Où fleurit mon jardin by Bloo
Summary:
Mariam Sitchinava


Mon coeur a envie de soeurs plus que tout
il a terriblement envie de femmes qui aident les femmes
comme les fleurs ont terriblement envie du printemps

Rupi Kaur

Women's March 2022

Categories: Romance (Het), Romance (Slash), Epoque Maraudeurs Characters: Dorcas Meadowes, Les Maraudeurs, Lily Evans, Marlene McKinnon, Personnage original (OC), Regulus Black
Genres: Amitié, Romance/Amour, Tragédie/Drame
Langue: Français
Warnings: Violence sexuelle
Challenges: Aucun
Series: Des filles et des zibelines
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 4879 Read: 481 Published: 02/04/2022 Updated: 13/06/2022
Story Notes:
Série d'OS pouvant se lire indépendamment les uns des autres et formant une réponse au projet d'écriture Women's March 2022 organisé par Fleurdépine.

Cette série s'inscrit dans mon univers Des filles et des zibelines et regroupe notamment des missing moments de Les zibelines triompheront bien, qu'il peut donc être préférable d'avoir lu pour plus de compréhension.

1. Chasse aux sorcières by Bloo

2. Sans toit ni loi by Bloo

Chasse aux sorcières by Bloo
Author's Notes:
Me revoilàààà o/

Avec une grosse, grosse extension à ma fanfiction Les zibelines triompheront bien.

Je n'ai pas encore attaqué la rédaction de la suite de cette histoire, mais j'ai énormément de choses à dire encore, que quelle meilleure occasion que la Women's March 2022 pour prolonger un peu cet univers ?

On commence avec le premier prompt pour le 1er mars : Chasse aux sorcières.

Je vous souhaite à toutes et tous une très bonne lecture, et puis amour et sororité, tout ça tout ça ♥ .

Trigger Warning : ce chapitre fait mention de viol.

Leila, Ada, Viviane, Omorose, Hazel, Jolene, Laoise, Violet, Beryl, Kitty, Mirza et bien sûr Marlène avaient quatre points communs : d’abord elles étaient des femmes, toutes. Kyrielle de filles devenues femmes plurielles. Elles étaient des sorcières, aussi, loyales, courageuses, intelligentes, ambitieuses. Elles étudiaient à Poudlard depuis plusieurs années déjà et, ce soir-là, Lily Evans les avait toutes réunies dans la même salle de classe désaffectée du troisième étage, à mi-chemin entre les dortoirs des quatre maisons qu’elles représentaient chacune fièrement.

— Nous sommes au complet, claironna justement Lily après qu’Ada et Omorose eurent franchi la porte les dernières.

Marlène se tenait juste à ses côtés, son coude effleurant celui de son amie et tout, de son air gêné à ses lèvres pincées en passant par la peau de son pouce irritée, tout en elle laissait transparaître que le sujet qui réunissait ce soir les filles de Poudlard n’avait pas la légèreté de leurs jeunes années.

— Je ne peux pas rester longtemps, dit Kitty d’emblée, j’ai un entraînement de Quidditch ce soir.

— J’ai une retenue, confia Jolene, une lueur espiègle dans les yeux.

— De toute façon, ça va bientôt être le couvre-feu, nota Viviane.

— Je suis Préfète, si la moindre d’entre vous se fait attraper par Rusard ce soir, vous n’aurez qu’à dire que je vous avais convoquée pour un projet de tutorat et j’irai vous défendre dans le bureau de Dumbledore s’il le faut bien, débita Lily à toute vitesse, les bras croisés contre sa poitrine, jusqu’à ce qu’un coup de coude de Marlène ne la détende subitement et qu’elle laisse retomber ses bras sur ses cuisses, adressant un sourire franc à son auditoire.

Les filles lui sourirent à leur tour, parce qu’elle était comme ça, Lily : populaire, adorée. Les professeurs louaient son sérieux, sa politesse et sa grande disponibilité, ils l’avaient d’ailleurs récompensée d’un insigne brillant en cinquième année. Mais Lily était aussi extravertie, espiègle, et tout à fait capable de détourner sans sourciller les règles à son avantage ou, le plus souvent, à celui de ses camarades, lorsqu’il lui paraissait que c’était juste – ou, mais elle l’aurait nié la main sur le cœur face à James Potter et sa bande, quand il était question d’organiser d’incroyables soirées avec Marlène et de faire pénétrer à cet effet des substances tout à fait illicites entre les murs du vieux château.

— J’imagine que nous sommes là ce soir pour parler d’Eulalia Kane, lâcha soudain Omorose.

Les sourires se fanèrent, les regards se croisèrent. La nuit tombait, un ballet de corneilles se déployait dans le ciel sous les yeux vitreux de Leila et Beryl. Omorose avait laissé tomber ses mots comme le couperet. Ada se mordilla la lèvre, partagée entre l’admiration qu’elle ressentait pour sa petite amie, si franche, si honnête, et son anxiété à l’idée d’affronter la discussion à venir sans même commencer par un échange bienvenu de banalités.

— Oui, confirma Lily non sans exercer une légère pression sur la main de Marlène, qui semblait avoir pris toute la crispation initiale de son amie.

— Tout le monde ne parle que de ça, souffla Mirza.

— Et tout le monde ferait mieux de la fermer que de professer les stupidités que j’ai pu entendre aujourd’hui, s’indigna Laoise.

— Mais… mais si…

— Mais si quoi ? s’agaça Jolene.

— Mais si Eulalia avait menti ? souffla Hazel.

La jeune femme se tassa sur sa chaise, étonnée et presque désolée elle-même de son interrogation, mais Lily vit danser des doutes similaires sur les épaules affaissées de Leila, Violet, Hazel, Kitty et Viviane. Cela l’attrista sans l’étonner : elle avait vu les regards dans les couloirs, pire, entendu les propos claironnés par des troupeaux d’étudiants excités toute la journée durant.

— Sérieusement ? Il y a des personnes ici qui préfèrent prendre le parti d’Avery que d’Eulalia ?

— Avery est un sale type. Je rêve qu’il tombe de son balai à chaque fois que je le vois sur le terrain de Quidditch, et vous savez comme je tiens à la victoire de ma maison, argua Viviane en entortillant sa cravate verte autour de ses doigts. Mais lui dit que c’est n’importe quoi, et il a autant le droit que tout le monde à la présomption d’innocence.

— Non, désolée, il a perdu ce droit le jour où il m’a embrassée de force dans les couloirs, cracha Laoise.

— On ne parle pas juste d’un baiser, là.

— Non, en effet, intervint Lily en croisant ses jambes sur le bureau qui lui servait d’appui. Eulalia dit qu’il l’a violée.

Le mot força le silence, et Lily en profita pour les dévisager, toutes. Leila gesticulait contre un mur, mal à l’aise, parce que son inimité avec Eulalia était connue de toutes ici : les deux filles s’étaient disputées le même garçon en quatrième année, et elles lui avaient sacrifié leur amitié. Elles étaient d’ailleurs nombreuses, dans la pièce, à se méfier d’Eulalia qui n’avait pas la langue dans sa poche, voire à lui reprocher carrément d’avoir déjà colporté des rumeurs à leur sujet. Lily elle-même en avait fait les frais, lorsqu’Eulalia avait exposé à haute et intelligible voix dans la Grande Salle la liaison qu’entretenait alors la Préfète avec Dirk Cresswell. Mais Lily savait assez des secrets de Poudlard pour noter qu’Eulalia n’avait jamais rien avancé qui n’était pas avéré, même si elle s’agaçait comme les autres de ses commérages.

Pour Violet, Hazel, Kitty et Viviane perdues quelque part entre l’incrédulité et la gêne, Eulalia était une étudiante débridée qui n’avait jamais cachée une certaine expérience avec les garçons, et dont les jupes de Moldue faisaient souvent jaser en soirée. Mais Eulalia n’était pas que la somme de ses défauts. Pour Ada, c’était étonnamment une confidente, qui l’avait bien aperçue embrasser Omorose, à la dérobée, mais qui l’avait gardé pour elle jusqu’à ce qu’Ada se sente prête à prendre la main de sa petite amie dans la sienne, sur les chemins de Pré-au-Lard. Et Eulalia était aussi la fillette bravache qui, le jour où John Dawlish s’était moqué à haute voix de la couleur de peau d’Omorose, avait mis sans plus de cérémonie son poing dans la figure du garçon. Jolene avait appris à aimer son propre corps en aimant d’abord celui d’Eulalia, qui en avait toujours assumé les courbes et jusqu’au moindre centimètre de peau découvert. Mirza, elle, voyait dans les yeux d’Eulalia la même flamme qui l’avait animée, enfant, quand elle avait dû s’imposer auprès de ses frères si estimés par leur famille conservatrice, et elle la respectait beaucoup pour cela. Quant à Laoise, Beryl, et Marlène qui n’en avait pas encore conscience, elles étaient comme Eulalia : elles retenaient un grand cri au bord des lèvres et ne pouvaient qu’admirer le courage dont avait fait preuve la jeune femme en dénonçant son agresseur à Dumbledore au lendemain des faits.

Lily ne savait pas, personne ne savait exactement ce qui s’était passé dans ce dortoir déserté, dans ce lit où s’était effondrée une Eulalia très éméchée, à peine consciente du contour des objets qui l’entouraient. Mais elle savait ce qu’elle avait vu, ce qu’elle avait entendu aujourd’hui. Eulalia était moquée, Eulalia était commentée, jugée, Eulalia était trop laide ou trop dévergondée ou trop insupportable pour être violée, Eulalia-ci, Eulalia-ça. Eulalia qui avait fui la Grande Salle sous les regards inquisiteurs. Eulalia enfermée derrière les épais rideaux de son lit à baldaquins. Eulalia la menteuse. Eulalia la lie la fille de joie, Eulalia était cachée tandis qu’Avery foulait de sa démarche habituelle chacune des pierres qui composaient le château, à peine inquiété par ses pairs.

— Je vous ai demandé de venir ce soir parce que je crois qu’au-delà de toutes nos divergences, et de vos griefs qui peuvent très légitimement exister à l’encontre d’Eulalia, je crois que vous m’accorderez toutes qu’elle n’aurait jamais dû passer la journée qu’elle a passé aujourd’hui.

— C’est très bien ça, mais qu’est-ce qu’on peut faire exactement ? s’enquit Mirza.

— On est treize dans cette salle, on représente toutes les maisons de Poudlard. Si aucune de nous ne laisse plus passer la moindre remarque, le château aura fini de commenter la vie d’Eulalia dès le petit-déjeuner, offrit Lily.

— Les garçons de mon année en parlaient ce midi. Ils ont dit qu’on ne pouvait pas accuser quelqu’un sans preuve mais ils ne se sont pas gênés, eux, pour traiter Eulalia de menteuse. Quand je leur ai demandé où étaient les preuves de ce qu’ils avançaient, ils me sont tous tombés dessus, je ne pouvais même pas en placer une, ils n’ont cessé de me couper la parole, rapporta Omorose.

— J’ai dit à Sirius que s’il préférait croire un apprenti mage noir qu’une fille de son année, ça voulait peut-être dire qu’il portait mieux son nom de famille qu’il ne le pensait.

— Et bien c’est très nul comme remarque, ça, attaqua Viviane.

— Ah mais clairement, sauf qu’il m’a bien pris la tête avant, à oser dire que croire Eulalia sur parole c’était ouvrir la porte à toutes sortes d’accusations farfelues et que ça allait se finir en chasse aux sorcières après les mecs. Une chasse aux sorcières ! Quand on sait que ce sont ultra-majoritairement des femmes qui ont vraiment fait les frais de ces chasses, pour du savoir qu’on leur reprochait précisément de détenir, c’est n’importe quoi de dire ça, ça m’a mise hors de moi.

— J’espère que tu lui as fait manger sa baguette, cracha Laoise.

— Et comment, pourquoi crois-tu que je vais en retenue ce soir ? répondit Jolene en bombant la poitrine.

— En même temps, pourquoi voulez-vous qu’il tienne un autre discours que celui de nos professeurs, hein ? Dumbledore a considéré que le doute devait bénéficier à Avery parce qu’Eulalia avait trop bu de toute façon, mais c’est ça le truc, ça devrait être une circonstance aggravante pour lui ! Et Slughorn, Brulôpot, Flitwick, tous les professeurs que j’ai eus aujourd’hui n’ont eu que la présomption d’innocence à la bouche quand je leur ai parlé d’Avery, mais pendant ce temps-là, Eulalia, elle, tout le monde se permet de juger jusqu’au comportement qu’elle a pu avoir dans une fête vieille de trois ans ! s’emporta Beryl.

— Alors qu’est-ce qu’on peut faire ?

— Rien, les filles. On ne peut rien faire.

Kitty avait finalement pris la parole, les jambes croisées, les bras aussi. Elle prenait son petit-déjeuner à la table des Serdaigle lorsqu’Hazel s’était laissée tomber à ses côtés, lui soufflant précipitamment la nouvelle à l’oreille. C’était vrai, elle n’y avait d’abord pas cru. Une part d’elle-même n’avait pu s’empêcher de penser qu’Eulalia devait mentir, qu’Avery n’avait pu lui nuire à ce point sans qu’elle ne l’y ait enjoint.

C’était vrai aussi : elle avait changé d’avis. Elle avait changé d’avis à voir Eulalia s’enfuir de classe laissant ses notes sur place, à voir Eulalia et ses rares amies, de la tarte à la mélasse dans les cheveux jetés par des garçons peu scrupuleux, Kitty avait changé d’avis, quand Avery s’était pavané si sûr de lui et que personne ne lui avait vraiment rien dit. Parce que celles qui avaient défendu Eulalia avaient glané les mêmes insultes, écopé d’un même tumulte qui les avait ramenées au silence. Parce que celles qui ne se laissaient pas faire semblaient devoir souffrir désormais de la même réputation qu’Eulalia, parce qu’elles finissaient en retenue comme Jolene, parce qu’elles étaient dépassées comme Lily devait l’être elle-même.

Lily les avait convoquées toutes, ce soir, elle qui n’avait jamais attendu l’assentiment de ses condisciples pour défendre ses idées avant qu’Eulalia ne révèle avoir été violée. Lily aurait pu claironner son soutien sans escompter celui des autres filles, elle l’avait déjà fait face aux Serpentard, aux élèves qui ne la jugeaient pas à sa place entre les murs de Poudlard, et si elle ne l’avait pas fait, si même Lily n’avait pas trouvé le courage, la force de se dresser, Kitty ne se savait pas capable d’y parvenir.

— Tu dis ça comme si c’était une fatalité, pointa Laoise.

— Mais parce que je pense que ça l’est. Parce que ce soir, c’est Eulalia qui est dans son lit et Avery dans la Grande salle. Parce que c’est Jolene qui va en retenue et pas Sirius. Parce que c’est Omorose qui a dû se taire et pas les garçons. Parce que vous avez essayé, déjà, d’aider Eulalia, et ça n’a pas marché.

— On était isolées, contra Lily. Je pense que si on faisait front, toutes…

Si, tu vois Lily c’est ça le problème : si. Si on fait front, si on s’unit, si, si, si, mais si ça ne marche pas ? Si les autres filles ne nous suivent pas ? Si les garçons parlent plus forts ? Si les professeurs les soutiennent eux plutôt que nous ? Je suis désolée les filles, mais moi j’ai peur. Je n’ai pas envie qu’on rit de moi comme on rit d’Eulalia.

— Eh, c’est un peu facile aussi de compter sur les autres pour prendre les coups à votre place, s’indigna Beryl.

— Mais on ne vous demande pas d’aller prendre les coups à notre place ! s’écria Viviane. C’est vous qui voulez nous embarquer dans un combat qui ne nous regarde pas.

— Un combat qui ne te regarde pas ? Tu es une femme, Viviane. Tu es une femme comme nous. Demain ça pourrait être toi à la place d’Eulalia, et alors peut-être que tu voudras que nous soyons là.

— Parce qu’être une femme c’est forcément être une victime ?

— Personne n’a dit ça…

— J’ai l’impression que l’on attend toutes que l’une d’entre vous fasse un coup d’éclat pour peut-être la suivre, mais personne ne veut être cette femme.

— Et toi, alors ?

— J’ai peur.

— J’ai peur, moi aussi.

— Mes parents vont me tuer si je finis en retenue.

— C’est ma dernière année, j’ai besoin des lettres de motivation des professeurs.

— Je ne veux pas qu’on se moque de moi.

— Je ne veux pas me mettre à pleurer devant tout le monde.

— Je ne veux pas être comme Eulalia.

— Et moi je crois qu’Eulalia ne voulait pas être violée, et qu’elle ne voudrait pas non plus avoir écho de cette conversation et découvrir que les personnes avec qui elle vit, les personnes avec qui elle grandit depuis toutes ces années, ces sorcières soi-disant extraordinaires que notre imaginaire veut si braves, sont en fait d’incroyables lâches, dit âprement Laoise en se levant d’un bond, son sac tanguant sur l’une de ses épaules, avant de passer la porte de la salle de classe d’un pas furibond.

Les filles la regardèrent partir, certaines essayèrent de la retenir, mais sa silhouette disparut derrière l’embrasure et Viviane ne mit pas longtemps à l’imiter, vite suivie par Leila. Alors, Kitty se tourna vers Lily et assena :

— Voilà. Voilà pourquoi je pense qu’on ne peut rien faire. Celles qui le pouvaient ont déjà essayé, et ça n’a mené à rien. C’est comme ça, on ferait aussi bien de l’accepter maintenant.

— Et on devrait aussi accepter que les enfants de Moldus n’ont rien à faire dans cette école ? s’agaça Lily. C’est comme ça, on n’y peut rien ?

— Mais forcément, si tu vas par-là…

— Si on va par-là, aucune d’entre nous ne devrait même étudier dans cette école ou prétendre à une carrière après Poudlard, parce qu’après tout nous ne sommes que des femmes, n’est-ce pas ?

Elles n’étaient que treize femmes. Dix femmes, après les départs de Laoise, Viviane et Leila, huit, lorsque Kitty et Hazel se retirèrent à leur tour. Elles étaient huit femmes, huit sorcières, huit étudiantes et autant de rêves, autant de projets, autant de cauchemars qui les maintenaient éveillées la nuit, autant d’appréhension quant à leur vie future, autant de joies, de peines, de blessures silencieuses.

Ada tressait toujours ses longs cheveux avant d’aller se coucher, à la main, comme sa mère Moldue le lui avait appris, enfant. Omorose s’astreignait à des exercices physiques très poussés qui conditionnaient sa légitimité au poste de batteuse. Jolene, un soir sur deux, courait de la tour des Gryffondor aux cuisines où elle connaissait chacun et chacune des elfes par leur prénom, s’enquérant de leur santé et de leurs dernières nouveautés. Violet, elle, veillait jusqu’à ce que le dernier des élèves de Poufsouffle se soit assoupi, jusqu’à ce que même les fantômes se soient évanouis dans les couloirs obscurcis, et alors elle chaussait ses pointes et enchaînait les grands jetés sur le parquet tapissé. Beryl fixait longtemps le plafond de son dortoir, sur lequel elle avait fini par tracer des animaux translucides qu’elle illuminait parfois comme s’ils avaient été des Patronus veillant son sommeil agité. Mirza s’endormait à peine sa tête avait-elle effleuré l’oreiller, mais elle s’éveillait avant l’aurore, prête, toujours prête à s’apprêter, à étudier, travailler, à être la meilleure et rien de moins que la meilleure pour ses parents qui, de toute façon, lui préfèreraient toujours ses frères.

Marlène, elle, savait qu’elle ne parviendrait pas à trouver le sommeil cette nuit-là. Lily aussi. Alors elle suivit son amie dans la salle commune des Serdaigle où elle la serra très fort entre ses bras, contre sa poitrine qui se soulevait à un rythme effréné comme à chaque fois qu’elle était énervée, en contemplant les flammes mourantes danser dans l’âtre noir.

Elles avaient été huit, treize femmes, la peur trop chevillée au cœur par des siècles d’oppression et, à leur minuscule échelle, par des années de soumission qui ne disait pas son nom, des années de Ça ira et Ne t’inquiète pas et Ce n’est pas grave et Tout va bien, même si ça n’allait pas, même si elles s’inquiétaient, mais si c’était grave, même si tout n’était pas bien et même si rien n’était bien.

Elles étaient treize femmes, dont Mirza et Laoise et Kitty qui pratiquaient avec ardeur la divination, et pourtant pas une n’aurait deviné, même pas celles qui l’espéraient de toutes leurs forces, pas une n’aurait deviné que dans moins d’un an, Sybil Kvapilová briserait trois côtes à Avery pour venger Eulalia et les lierait toutes et à jamais au destin des zibelines.

End Notes:
Merci d'avoir lu !

Je commence ce recueil avec absolument zéro avance et une vie professionnelle bien, bien remplie, mais disons que l'objectif sera de l'achever cette année ah ah (et de caser un ou deux moments fluffy entre Sybil et Regulus, bien sûr !).

Si vous voulez suivre le projet et notamment découvrir les textes des autres participantes, je vous invite à parcourir ce topic sur le forum HPF !

N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce premier "missing moment" dans une review ♥ .
Sans toit ni loi by Bloo
Author's Notes:
Deuxième prompt : Sans toit ni loi.

Un très grand merci à Rozenn Selwynn et Mathvou pour leur review sur le chapitre précédent ♥ .

Ce missing moment se situe quelque part entre l'avant-dernier et le dernier chapitre des Zibelines triompheront bien.

Bonne lecture !

Un peu avant le retour du printemps, Sybil a perçu un chant dans le marais, elle n’a pas eu besoin de s’y enfoncer longtemps pour retrouver Lily. Son amie imitait joliment le cri de l’alouette et, depuis quelques semaines qu’elle avait regagné son pays de sang, Sybil distinguait à la perfection les notes qu’émettaient chacun des milliers d’oiseaux qui nichaient le long des étangs environnants.

Elle n’a rien dit d’abord, Lily non plus. Parce qu’il n’était pas de mots assez forts pour dire la joie farouche qu’elles éprouvaient à s’enlacer sur les dégradés de bleu et vert éclatant qui faisaient leur décor en Bohême, elles, qui s’étaient bien vues mourir des mois en arrière. Puis ce tableau noir, celui d’un bar saccagé et de masques sombres et d’une caverne aux parois lisses et ensanglantées, ce tableau s’est estompé. Il n’est resté que le clapotis de l’eau troublé par la pêche d’une grande aigrette, et la main de Sybil sur le ventre arrondi de Lily.

— Ce n’est pas dangereux pour toi, de venir ici ?

— Le Portoloin n’est déconseillé qu’au cours du dernier mois de grossesse, tu sais.

— Je sais, je voulais dire, à cause de la guerre.

— C’est quitter le pays qui est périlleux, mais j’ai enchanté moi-même mon Portoloin et maintenant, je ne peux pas être moins en sécurité qu’en Angleterre.

L’aigrette a plongé une nouvelle fois son long bec jaune avant de s’envoler soudain vers le Podsedek, ses longues plumes émettant un froissement outré, un bihoreau gris s’était emparé de l’anguille qu’elle visait. Le petit héron a ensuite survolé les alluvions, poussant quelques cris rauques qui évoquaient les grenouilles s’époumonant au printemps.

— Oh, Lily !

Et Sybil s’est jetée dans les bras de son amie, striés comme les siens de fines cicatrices blanches qu’avaient creusé les Inferi dans leur chair. Elle était abîmée, elles étaient toutes les deux abîmées par la fatigue, par la douleur et la peur, par les deuils qui les frappaient, de près ou de loin, depuis que la guerre avait englouti leur quotidien. Mais Sybil était en vie, Lily aussi, elles s’aimaient et un instant dans le marais éloigné, elles pouvaient encore en profiter.

— Je ne peux pas rester, a articlé Lily entre deux sanglots qui vinrent mourir dans son sourire. J’ai une mission, je dois être rentrée ce soir.

— Pourquoi tu es venue ? Tu m’avais dit de ne pas t’attendre, que ta venue c’était nous exposer, Regulus et moi.

— James a demandé à Sirius d’être le parrain de notre enfant.

— Et tu n’es pas d’accord ?

— Si, bien sûr. C’est le meilleur ami de James, il irait se sacrifier et avec le sourire s’il le fallait. Mais Sirius, il est autant embourbé dans cette guerre que nous. Et puis, moi aussi, je veux choisir quelqu’un.

— C’est pour ça que tu es là ?

— Je veux que tu me fasses une promesse, Sybil.

Un martin-pêcheur sur la rivière, un rayon réfléchissant du soleil dans ses plumes azurées, et les nuances bleutées ont éclaté partout à la vue de Lily et Sybil, leurs mains entrelacées.

— Quand mes parents sont morts, j’étais mineure, c’est ma sœur qui est devenue ma tutrice légale. Parce que c’était la loi, parce que c’était comme ça. Mais ça fait des années, presqu’une décennie qu’elle ne s’est pas comportée comme une sœur, pour moi. À ma majorité, elle m’a fait comprendre que je n’étais plus chez moi, sous ce qui avait été notre toit. S’il devait nous arriver quelque chose demain, à James et moi, et que Sirius n’était pas en mesure non plus de s’occuper de notre enfant, promets-moi que toi, tu le feras. James, ses parents vont mourir, moi je n’ai pas d’autre famille que ma sœur. Je refuse que mon enfant lui revienne à elle.

— Lily…

— Je te le demande parce que je te fais confiance. Parce que je crois que tu es une femme courageuse, une sorcière extraordinaire, et une amie profondément généreuse. Je te le demande, parce que je veux donner sa meilleure chance à mon enfant, et crois-moi quand je te dis que sa meilleure chance, elle n’est pas sous le toit ma sœur.

— Je te crois.

Elle l’a cru. Évidemment, elle l’a cru. Et aussi elle s’est souvenue : d’un matin d’hiver dans la roseraie familiale, gelée, des lèvres crispées de sa mère à faire perler le sang, de la colère qui irradiait de tous les membres de son père. Sybil s’est souvenue de leurs mots, et de leur violence qui faisait comme une gifle, elle s’est souvenue qu’ils ne l’avaient pas crue, elle, face à son fiancé qu’ils espéraient déjà leur gendre. Sybil avait perdu sa maison, même après le pays où elle avait vécu toute sa vie, les amis qui le peuplaient.

Elle a songé à Regulus, aussi, Regulus qu’elle avait laissé dormir dans la chambre enfin illuminée après une nuit noire sans sommeil, Regulus qui, plus encore que le sang, avait toujours valorisé la famille, le clan. Il arpentait désormais avec elle les paysages verdoyants de la Tchécoslovaquie du sud, et son père était mort, ses cousines l’auraient souhaité mort si elles ne l’avaient pas su vivant, sa mère aussi, certainement. Seuls Sirius et Andromeda s’étaient souciés de lui depuis, Sirius et Andromeda honnis, les bannis, les branches les plus pourries du vieil arbre familial.

Sybil savait que ce qui importait, ce qui importait vraiment, ce n’était pas le sang ni la loi ni la bienséance, c’était le cœur, c’était la maison, celle que l’on construit avec les volontés conjuguées de ses amis, celle que l’on a choisie. C’est ça, qui était beau, c’est pour ça, qu’elle a pris le flambeau, c’est à ça qu’elle a fait écho quand elle a promis :

— Et ma maison, ce sera toujours ta maison, et bien sûr celle de ton enfant.

— Merci, Sybil. Je sais tout ce que je te demande maintenant. Mais je sais aussi pourquoi je le fais.

Alors seulement l’aigrette est revenue, le bihoreau aussi, tandis que le martin-pêcheur s’ébrouait dans les eaux claires au doux son de l’alouette, et qu’un busard des roseaux les surplombait tous depuis le ciel parsemé de nuages cotonneux.

— Qu’on soit bien claires, si la garde de ton enfant était officiellement transférée à ta sœur, j’ai ta totale bénédiction pour outrepasser la loi ? s’enquit Sybil en esquissant enfin un sourire franc.

— Ne fais pas comme si tu avais jamais attendu ma bénédiction pour briser les règles, rétorqua aussitôt Lily, espiègle. Je te l’ai dit, je sais parfaitement ce que je demande, et à qui je le demande.

Et alors, enfin, encore, elles ont ri. Sybil a ri, Lily s’est esclaffée plus fort, elles se sont accordées une heure, une parenthèse enchantée au milieu des étangs colorés à l’encre du printemps qui venait. Elles se sont imaginées des pirates, des bandits de grand chemin, malandrines, les héroïnes d’un roman de cape et d’épée, et leurs chevilles ont effleuré la Nová řeka. Avec leurs joues blanches et chevelures brillantes elles étaient semblables à des ondines. Lily a confié aux bons soins de Sybil ce qu’elle avait de plus précieux, et Sybil a fait la même chose : elle a mis un morceau de son cœur entre les mains de son amie.

Puis, pour un moment volé à la guerre, deux femmes n’ont plus eu que leur âge, et leur babillage a bercé longtemps les oiseaux dans la roselière.

End Notes:
Merci d'avoir lu ! ♥

Je crois que je pourrais écrire à l'infini sur le marais, et sur les oiseaux d'eau. (Si c'est une thématique qui vous plaît, je vous invite très, très, très fortement à lire le formidable Là où chantent les écrevisses. ♥)

Je sais que Dumbledore a confié Harry aux Dursley, pas pour leur bienveillance parentale mais pour le sang, pour la protection. Pour autant, j'ai du mal à croire que Lily, de son vivant, aurait approuvé ce plan. Personnellement, je pense donc que Dumbledore ne leur a jamais confié ce projet, et qu'ils pensaient sincèrement que Sirius aurait la garde de Harry s'ils décédaient (d'ailleurs, Sirius est bien venu chercher Harry cette nuit-là, à Godric's Hollow).

N'hésitez pas à me faire part de vos impressions dans une review ♥ .
Cette histoire est archivée sur http://www.hpfanfiction.org/fr/viewstory.php?sid=38502