Dahlia by Celiag
Summary: Un an après la fin de la guerre, Drago Malefoy se jette du haut d'une falaise, ne laissant derrière lui que deux lettres d'adieu, une à ses parents et une à Harry Potter. Harry, apprenti Auror, cherche son corps dans la mer, en vain. Cette lettre, et les questions qu'elle soulève, pèsent sur ses épaules comme un poids dont il n'arrive pas à se débarrasser. Quatre ans plus tard, alors en mission à New York, Harry est donc très surpris de croiser une femme qui ressemble à s'y méprendre à Drago Malefoy. Peut-être pourra-t-elle lui donner les réponses qu'il attend...

(Cette histoire traite de transidentité : Malefoy y sera une femme transgenre et leur relation sera donc hétérosexuelle.)
Categories: Romance (Het), Drarry (Harry/Drago) Characters: Drago Malefoy, Harry Potter
Genres: Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lemon Hard
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 41 Completed: Oui Word count: 660263 Read: 15578 Published: 03/04/2022 Updated: 08/01/2023

1. Chapitre 1 - Lettre d'adieu by Celiag

2. Chapitre 2 - Une vraie femme by Celiag

3. Chapitre 3 - Toi, à vrai dire by Celiag

4. Chapitre 4 - Les amochés by Celiag

5. Chapitre 5 - La soirée d'anniversaire by Celiag

6. Chapitre 6 - Au dernier moment by Celiag

7. Chapitre 7 - Bouleverser ma vie by Celiag

8. Chapitre 8 - Tout ce que tu es by Celiag

9. Chapitre 9 - Euphorie et dysphorie by Celiag

10. Chapitre 10 - Merveilleuse et parfaite famille by Celiag

11. Chapitre 11 - Souvenirs de Poudlard by Celiag

12. Chapitre 12 - Point de rupture by Celiag

13. Chapitre 13 - La perte by Celiag

14. Chapitre 14 - Le plus dégueulasse by Celiag

15. Chapitre 15 - Pour qu'il lui revienne by Celiag

16. Chapitre 16 - Journal intime by Celiag

17. Chapitre 17 - Pour la vie by Celiag

18. Chapitre 18 - Comme une poupée by Celiag

19. Chapitre 19 - Croisière sur le Nil by Celiag

20. Chapitre 20 - Les Corbeaux du Bronx by Celiag

21. Chapitre 21 - Le sortilège by Celiag

22. Chapitre 22 - La robe de Mrs Weasley by Celiag

23. Chapitre 23 - La Chauve-Souris by Celiag

24. Chapitre 24 - L'histoire d'Andrew by Celiag

25. Chapitre 25 - La guerre by Celiag

26. Chapitre 26 - Dans la neige de Pologne by Celiag

27. Chapitre 27 - Perseus by Celiag

28. Chapitre 28 - Une bonne mère by Celiag

29. Chapitre 29 - Avoir une fille by Celiag

30. Chapitre 30 - Un père minable by Celiag

31. Chapitre 31 - Les choses irréparables by Celiag

32. Chapitre 32 - La femme de Harry Potter by Celiag

33. Chapitre 33 - Dahlia Malefoy Potter by Celiag

34. Chapitre 34 - La pétition by Celiag

35. Chapitre 35 - L'instructeur by Celiag

36. Chapitre 36 - L'espionne et la ballerine by Celiag

37. Chapitre 37 - Les mensonges by Celiag

38. Chapitre 38 - L'histoire de Marilyn by Celiag

39. Chapitre 39 - Les monstres by Celiag

40. Epilogue - Partie 1 by Celiag

41. Epilogue - Partie 2 by Celiag

Chapitre 1 - Lettre d'adieu by Celiag
Author's Notes:
Bonjour à tous, me revoici avec une nouvelle histoire ! Comme vous l'avez lu, Malefoy sera une femme transgenre. Elle ne s'appellera donc plus Drago mais... (vous l'avez compris) Dahlia. J'espère que vous l'aimerez autant que moi. Vous verrez, sa façon de dire "Potter" avec mépris n'a pas changé ;)

Je ne suis pas transgenre et je ne prétends pas tout savoir. J'ai néanmoins fait des recherches pour écrire cette histoire, afin d'essayer d'être la plus juste possible. J'ai peut-être commis des erreurs et je m'en excuse d'avance. Je n'ai pas écrit un documentaire. Ni Dahlia ni moi ne sommes là pour vous expliquer ce qu'est la transidentité et si vous avez des questions, je vous conseille de faire vos propres recherches (sur https://wikitrans.co/ par exemple).

Je vous demanderai de la bienveillance dans vos commentaires, surtout quand vous jugerez les actes des personnages transgenres. Mais je vous fais confiance pour cela, je sais que j'ai des lecteurices ouvert.e.s d'esprit et intelligent.e.s :p

Bonne lecture !
Chapitre 1


Il y avait beaucoup de bruits dans la salle, beaucoup de chuchotements et de murmures. C’était un moment attendu par la plupart des gens, attendu avec de la haine et de la curiosité. Bien sûr, tout le monde était content que Voldemort ou Bellatrix Lestrange soient morts, on dormait mieux en sachant cela. Mais tout de même, leur mort laissait un goût amer d’inachevé et de frustration. S’ils étaient morts, alors qui allait payer pour tout ce qui s’était passé ? Qui allait subir le courroux des foules qui avaient perdu des parents, des sœurs, des fils, des amis ? Qui allait essuyer la haine, la colère et la vengeance des sorciers qu’on avait humiliés, privés de leurs baguettes, emprisonnés et torturés ? Parce qu’il fallait bien que quelqu’un paie, c’était inévitable. Il ne pouvait en être autrement.

Et ces gens qui allaient payer, c’étaient eux. Les murmures baissèrent significativement quand ils entrèrent dans la salle d’audience, entourés d’Aurors. Ils étaient sept et ils avaient passé deux mois à Azkaban dans l’attente de leur procès. Personne n’avait songé à trouver cela injuste, tout le monde était d’accord pour dire qu’ils le méritaient bien. Yaxley, Alecto et Amycus Carrow, Antonin Dolohov, Lucius, Narcissa et Drago Malefoy. Ils s’assirent sur les chaises qui leur étaient désignées, Drago tout au bout, à côté de sa mère, comme si elle essayait de mettre le plus de distance possible entre lui et les autres Mangemorts. Cela se voyait qu’ils avaient fait de la prison, ils étaient tous pâles, amaigris et silencieux. Ils avaient tous perdu leur superbe depuis la mort de leur maitre et ils n’essayaient plus de faire semblant.

Quand ils s’assirent, le silence devint pesant. Les regards posés sur eux n’étaient que des regards de haine et de rancœur, de mépris et de dégoût. Il n’y avait aucune compassion dans les yeux de la foule qui assistait au procès. Personne n’était là pour les sauver.

- Assassins ! cria une voix.

Il était impossible de dire d’où venait la voix mais elle résonna dans la salle comme un écho désagréable. Dolohov se retourna vers la foule et lui lança un regard noir qui n’impressionna personne. Il fut le seul à réagir de cette façon, les autres restèrent apathiques.

- Meurtriers ! Monstres ! Vous êtes coupables, sales Mangemorts ! Allez crever à Azkaban !

Le premier cri avait réveillé les autres et une pluie d’injures s’abattit sur les accusés. Drago baissait la tête, comme s’il essayait de se protéger de coups imaginaires. Narcissa regardait un point invisible droit devant elle. Tout s’arrêta brusquement quand le président-sorcier du Magenmagot entra à son tour dans la salle et prit place sur la haute estrade qui surplombait les prisonniers. Autour de lui, tous les juges s’assirent solennellement et le procès commença. Il n’y avait aucun témoin de la défense pour Yaxley, les Carrow et Dolohov. Il n’y avait de toute façon rien à dire pour leur défense. Ils étaient coupables avant même d’entrer dans cette salle et ils en ressortiraient tout aussi coupables. Leurs cellules les attendaient à Azkaban, c’était juste pour la forme.

Ce fut un peu différent quand on arriva aux Malefoy. L’attitude de la foule changea imperceptiblement aussi, parce que Drago était jeune et que cela dérangeait un peu. On osait moins espérer une condamnation. Le président-sorcier énonça les charges, comme il l’avait fait pour les autres. Meurtres, tentatives de meurtres, actes de torture, participation active à la chute du Ministère et à la prise de pouvoir de Voldemort. Là non plus, il n’y avait pas grand-chose à dire pour leur défense. Ou du moins, c’était ce qui semblait.

- Témoin de la défense, Harry Potter, déclara le président-sorcier d’une voix ferme.

Il y eut des murmures et des chuchotements à nouveau. Drago et Narcissa relevèrent vivement la tête pour regarder Harry venir se mettre debout à la barre. Harry évita de regarder Lucius, il préférait ne jamais le revoir. Il croisa le regard de Narcissa, resta impassible, puis croisa celui de Drago. Ce qu’il vit rendit Harry mal à l’aise. Il y avait beaucoup trop de désespoir dans ce regard-là.

- Monsieur Potter, vous êtes ici pour témoigner des actes de Narcissa Malefoy et de Drago Malefoy pendant la guerre.

Harry hocha la tête. Il avait prévenu Kingsley et le président-sorcier, il ne raconterait rien. Il avait déjà suffisamment parlé comme ça, il ne se sentait pas capable de le répéter encore devant une foule à un procès. Il avait accepté de venir, il avait même souhaité venir, mais simplement pour dire oui ou non.

- Vous nous avez raconté que Drago Malefoy avait, à plusieurs reprises, montré des signes de repentir ou exprimé de façon assez claire qu’il ne voulait pas commettre les crimes dont on l’accuse. Confirmez-vous cela ?

- Oui, répondit Harry en fixant la sorcière qui l’interrogeait.

- Comment pouvez-vous en être sûr ?

- Je l’ai vu.

- Vous avez affirmé que Drago Malefoy avait essayé de vous sauver la vie lors de la bataille de Poudlard. Je cite vos mots : « Drago Malefoy a essayé plusieurs fois d’empêcher Vincent Crabbe et Gregory Goyle de me tuer ». Confirmez-vous cela ?

- Oui, répéta Harry en se tournant vers Drago malgré lui.

Ils se regardèrent dans les yeux une seconde. Drago semblait pendu aux lèvres de Harry, comme si elles étaient son unique chance de survie. Elles l’étaient assurément.

- Selon vous, Drago Malefoy n’aurait agressé personne durant cette bataille et se serait contenté d’essayer de fuir. Vous le confirmez ?

- Oui.

- Avez-vous une preuve de cela ?

- Je le sais, c’est tout.

La sorcière sembla un peu agacée de cette réponse mais Harry ne fit aucun effort. Il ne voulait pas parler de la bataille, des morts ou de quoi que ce soit.

- Bien, passons à Narcissa Malefoy. Vous avez déclaré qu’elle vous avait sauvé la vie lors de la bataille de Poudlard. Confirmez-vous cela ?

- Narcissa Malefoy a délibérément menti à Voldemort pour me laisser en vie, oui.

Les trois Malefoy frissonnèrent en entendant le nom de Voldemort, ainsi que le reste de la salle. Harry ne se démonta pas.

- Savez-vous pourquoi Narcissa Malefoy a choisi de vous sauver ?

- Je n’en ai aucune idée, répondit placidement Harry.

Il échangea un regard avec Narcissa mais détourna vite la tête. Il savait parfaitement pourquoi elle l’avait épargné mais il ne jugeait pas utile de le dire. Dans la salle, il y avait un silence étrange et embarrassé, comme si les gens ne savaient pas vraiment quoi faire de cette information.

- Ce sera tout, merci monsieur Potter, conclut la sorcière.

Harry alla se rasseoir. Il hésita à partir tout de suite mais finalement, il voulait connaitre la fin du procès. Il se demandait dans quelle mesure son geste de compassion allait les aider. Il ne savait pas lui-même ce qu’il en espérait.

- Lucius Malefoy, compte tenu des crimes dont vous êtes accusés, de votre passivité durant la bataille à Poudlard et de la repentance dont vous avez fait preuve, vous êtes condamné à un an de prison ferme à Azkaban ainsi qu’à la confiscation de votre baguette et ce, jusqu’à votre mort.

Il y eut un bruissement dans la foule, cette sentence était originale et très peu utilisée. Lucius écarquilla les yeux et fixa le président-sorcier avec effroi.

- Vous n’allez pas… ma baguette, vous ne pouvez pas me l’enlever. Je ne serai plus un sorcier si vous…

- Eh bien de cette façon, nous serons sûrs que vous ne vous en prendrez plus jamais à qui que ce soit, répondit le président-sorcier d’une voix neutre qui ne montrait aucune pitié.

Il retourna sa feuille pour passer à la sentence suivante. Elles avaient visiblement été décidées à l’avance, comme c’était souvent le cas ici.

- Narcissa Malefoy, compte tenu du soutien que vous avez finalement montré à Harry Potter à la fin, votre peine de prison est annulée. Cependant, tout comme votre mari, votre baguette vous sera confisquée pour toujours.

Narcissa n’aurait pas eu la même expression si elle avait reçu un violent coup à l’estomac. Harry estimait qu’ils avaient bien de la chance de ne pas être davantage punis mais il savait également que pour des gens comme les Malefoy, être privés de leur baguette et de leur statut de sorcier était peut-être ce qui était le pire.

Pour finir, le président sorcier se tourna vers Drago qui le regarda avec une peur évidente.

- Drago Malefoy, compte tenu de votre jeune âge et de la repentance évidente dont vous avez fait preuve, les charges sont levées. Vous êtes libre.

Drago parut hébété une seconde, comme le reste de la salle. Narcissa et Lucius se détendirent nettement, dans une réaction de soulagement manifeste qui n’émut cependant personne. Les spectateurs du procès se mirent à chuchoter, non pas de la sentence de Drago mais plutôt de celle de Lucius. Ils la trouvaient globalement trop légère. En revanche, l’acquittement de Drago ne semblait déranger personne, au contraire. Cela aurait été un peu embarrassant d’envoyer un enfant en prison.
Harry profita du brouhaha général pour s’échapper de la salle d’audience et rentrer chez lui. Finalement, il n’espérait rien de particulier mais l’issue de ce procès lui convenait bien. Il pourrait dormir en paix avec lui-même, il avait fait ce qu’il fallait.


OoOoO



Un an plus tard, septembre 1999.


Ron étouffa un bâillement mais ne put lutter contre le second. Il bâilla à s’en décrocher la mâchoire puis se frotta les yeux dans l’espoir vain que cela l’aiderait à se reposer.

- Je suis épuisé, je n’en peux plus, pourquoi est-ce qu’ils nous font travailler aussi tard et aussi dur ? Même lors des examens à Poudlard ce n’était pas aussi terrible ! Et puis pourquoi est-ce qu’on a autant de devoirs alors qu’on est rentré depuis deux semaines seulement ?

- Ron, nous travaillons pour devenir Aurors, soupira Hermione. Nous aurons de longues vacances pour Noël…

Ron maugréa quelque chose qui signifiait que c’était complètement absurde et Hermione ne chercha pas à le contredire. Harry, lui, partageait la fatigue de Ron. Les entrainements de duel qu’on leur imposait et la tonne de choses à lire pour les dissertations à rendre les vidaient de leurs forces. Seule Hermione paraissait à peu près en forme mais cela ne les étonnait pas outre mesure. Ils attendaient patiemment qu’elle craque aussi pour se sentir mieux et légitimes dans leur détresse.

- Dîtes-moi qu’on n’a pas cours demain, supplia Ron. Ou alors qu’on commence tard !

- On commence à huit heures, cours d’antidotes aux poisons communs, répondit Harry d’une voix quasi-robotique.

- Oh non ! geignit Ron. Je vais sécher.

- Surement pas, coupa Hermione. Allez, rentrons.

- Tu viens chez nous ce soir ? demanda Ron avec une supplique évidente.

- Non, je dois finir mes recherches sur le sortilège du bouclier.

Ron lui jeta un regard mauvais qu’Hermione ignora parfaitement. Elle accéléra le pas dans le hall du Ministère, presque désert à cette heure du soir et entra dans une cheminée de transplanage. Là, elle leur attrapa les bras à tous les deux et disparut soudainement pour réapparaitre à plusieurs kilomètres de là, au sud de la Tamise, devant un joli immeuble de briques rouges. Elle les lâcha et ouvrit la porte d’un geste autoritaire et assuré, tandis qu’ils la suivaient en trainant des pieds, rêvant à leur lit douillet. Ils laissèrent l’ascenseur les monter jusqu’au quatrième étage, Harry et Ron débattant de ce qu’ils allaient faire à manger. Quand ils arrivèrent enfin, Hermione embrassa Ron pour lui souhaiter bonne nuit et entra dans le premier appartement, à côté de l’ascenseur. Harry et Ron continuèrent jusqu’au bout du couloir et entrèrent chez eux.

Ils avaient eu beaucoup de chance, ils avaient réussi à trouver deux appartements dans le même immeuble, au même étage. Harry était à peu près sûr que cela n’avait pas seulement à voir avec la chance et qu’Hermione avait usé de quelques sortilèges sur l’agent immobilier pour arriver à ses fins, mais il n’en avait jamais parlé. Il était beaucoup trop heureux de sa situation pour cela. Il habitait dans un appartement avec Ron, doté de deux chambres, d’un salon, d’une cuisine correcte et d’un balcon. C’était mieux que tout ce dont il avait pu rêver. Hermione, elle, avait un logement plus petit qu’elle habitait seule. Elle avait déclaré qu’il était un peu tôt pour envisager de vivre avec Ron et qu’elle avait besoin de calme pour travailler. Elle était donc leur voisine. En réalité, elle passait la majorité des nuits de la semaine dans la chambre de Ron mais cet arrangement leur convenait parfaitement. Harry lui-même n’aurait jamais supporté de vivre avec un couple et de subir leurs disputes perpétuelles. Quand ils voulaient se disputer, ils allaient chez Hermione. S’ils voulaient faire l’amour sur la table de la cuisine et crier, ils allaient chez Hermione. Si Harry voulait faire l’amour sur la table de la cuisine avec Ginny et crier, ils allaient chez Hermione. Et tout se passait admirablement bien.

Après la guerre, ils avaient gagné beaucoup d’argent. Il y avait eu des cadeaux du Ministère, pour services rendus. Il y avait eu des réparations de dommages et intérêts. Hermione, Ron et Harry avaient été emprisonnés chez les Malefoy, et ils avaient obtenu une grosse somme de leur part. Harry avait refusé l’argent mais on lui avait dit qu’il ne pouvait pas, Lucius Malefoy avait été condamné à payer. Harry avait donc offert l’argent à Andromeda, pour payer à Teddy tout ce qu’elle jugerait nécessaire. Hermione avait reversé la totalité de la somme à une association qui aidait les orphelins de la guerre. Quant à Ron, il avait gardé l’argent.

- Ils se sont moqués de moi toute ma vie, ça leur apprendra. Je vais garder leur argent et mener une vie bien plus intéressante que la leur ! Et je suis sûr que cela les rend fou de rage.

En tout cas, ils avaient pu s’acheter un appartement. Les parents d’Hermione payaient le loyer du sien, et tout allait bien. Harry trouvait cela très réconfortant de vivre avec Ron. Il n’était pas seul à ressasser tous les mauvais souvenirs de la guerre, il avait quelqu’un pour lui remonter le moral. Cela n’empêchait pas les cauchemars, les sursauts intempestifs, les douleurs fantômes, les voix dans sa tête, la tristesse et la colère mais c’était toujours mieux de vivre cela avec Ron et Hermione à ses côtés. En plus, maintenant qu’elle avait fini sa dernière année, il y avait aussi Ginny, qui venait souvent le voir et dormir avec lui. Il estimait qu’il ne s’en sortait pas si mal, tout compte fait.


Ron ouvrit la porte de l’appartement et y entra avec soulagement. Harry le percuta quand il s’arrêta brusquement, au seuil du salon.

- Quoi ? demanda Harry.

- Tu ne trouves pas qu’il y a quelque chose de bizarre ?

- De bizarre ?

- Oui, comme si quelqu’un était venu ?

Harry marcha dans le salon mais il ne remarqua rien d’étrange. Ron vérifia que rien n’avait été volé, dut se rendre à l’évidence qu’il s’était fait des idées et se laissa tomber dans le canapé.

- C’est à cause de la formation, ça me rend parano, soupira-t-il.

- Fais attention, tu vas finir comme Fol Œil… Vigilance constante !

- Merde Harry, ne crie pas comme ça, s’indigna Ron en sursautant.

Harry éclata de rire et sortit sur le balcon pour aller prendre le courrier. Ils avaient installé leur boîte aux lettres ici, pour que les hiboux puissent l’atteindre. Les hiboux ne rentraient malheureusement pas dans les halls d’immeubles moldus. Il y avait des prospectus pour commander des balais et des robes de sorciers, une lettre pour Ron – surement de sa mère – et une lettre pour Harry. Il regagna machinalement le salon et retourna l’enveloppe pour savoir qui lui avait écrit. Il s’immobilisa en lisant le nom de l’expéditeur : D. Malefoy. Ron remarqua que Harry était surpris et leva les yeux vers lui.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Malefoy m’a envoyé une lettre.

- Drago ? demanda Ron tandis que ses sourcils se relevaient jusqu’à ses cheveux.

Harry hocha la tête et hésita un instant. Il finit par jeter la lettre sur la table basse d’un geste indifférent.

- Je vais faire à manger.

- Tu ne l’ouvres pas ?

- Plus tard ! Je ne vois pas ce qu’il pourrait me dire de très intéressant de toute façon et je n’ai pas que ça à faire.

Harry se sentait agacé en entrant dans la cuisine. Pourquoi diable Drago lui envoyait-il une lettre ? Ils ne s’étaient pas vus depuis le procès, un peu plus d’an plus tôt. C’était un peu tard pour des excuses ou des remerciements. Lucius Malefoy était sorti de prison quelques mois plus tôt, d’après ce que Harry en savait. Pour le reste, la vie des Malefoy ne l’intéressait pas. Et malgré tout, il était quand même curieux de savoir ce que Drago lui voulait. Il décida d’ouvrir la lettre le lendemain, parce que ça lui apportait une satisfaction un peu cruelle de faire patienter Drago, même si c’était complètement absurde.

Le réveil arracha Harry et Ron de leur sommeil et ce fut en bâillant de plus belle qu’ils transplanèrent au Ministère le lendemain matin pour leur premier cours de la journée. Harry et Ron voulaient être Aurors et ils étaient motivés. Hermione, en revanche, voulait travailler au Département de la Justice, mais plutôt en tant que rédactrice des lois. Et pour cela, elle suivait la formation d’Auror aussi. Elle espérait bien finir présidente-sorcière du Magenmagot un jour mais il fallait bien commencer par le commencement. En attendant, elle était, sans surprise, la meilleure de leur promotion pour les aspects théoriques. Pour la pratique, personne ne battait Harry. Et d’une certaine façon, c’était réconfortant. D’autant qu’ici, personne ne se moquait de Ron, de ses finances, des origines d’Hermione ou des parents de Harry. Tout le monde les regardait avec respect et admiration. Hermione faisait semblant de ne pas le voir, Harry trouvait cela insupportable, Ron adorait ça.

Les cours furent moins ennuyeux que ce que Harry avait craint et il était plutôt de bonne humeur en s’asseyant à la cafétéria du Ministère. Ils n’étaient pas de cours avant trois heures, cela leur laissait du temps.

- Je vais aller à la bibliothèque, annonça Hermione.

Harry et Ron échangèrent un regard mais s’abstinrent de tout commentaire. De leur côté, ils passeraient leur pause déjeuner à discuter avec leurs collègues Aurors, c’était bien plus drôle. Ils se doutaient qu’ils le paieraient tôt ou tard mais tant pis.

Harry avait plusieurs amis chez les Aurors et il aimait passer du temps avec eux. De manière générale, tout ce qui pouvait l’empêcher de penser à la guerre lui faisait du bien. Il buvait son café en riant à la blague de Ron quand des cris les forcèrent à tourner la tête. Cela venait du couloir et Harry reconnut immédiatement la voix de Lucius Malefoy. Cela lui fit une désagréable impression le long de la colonne vertébrale. Lucius Malefoy faisait partie de ses cauchemars. Instinctivement, sans trop réfléchir, Harry gagna le couloir. Lucius était là, avec les secrétaires. Il se tourna vers Harry en le voyant arriver et marcha rapidement vers lui. Quand Harry regarda le visage de Lucius, il devina que quelque chose de terrible était arrivé.

- S’il te plait, Potter, dit Lucius. Nous avons besoin d’aide.

- Que s’est-il passé ?

- Nous avons…

Sa voix se brisa et il dut fournir un effort important pour reprendre. Harry se sentait de plus en plus angoissé.

- Un sorcier pêcheur a trouvé une lettre qui nous était adressée, au bord d’une falaise. Avec… la baguette de Drago. Il dit… il dit…

Visiblement, c’était trop dur. Lucius tenait la lettre à la main et Harry la saisit doucement. Il la parcourut rapidement du regard, se sentant un peu plus froid à chaque mot. C’était une lettre de suicide, une lettre d’adieu sans équivoque.

Papa, maman,

J’ai longtemps essayé d’être le fils que vous vouliez que je sois mais je n’y suis pas parvenu. Je ne serai jamais la personne que vous attendez de moi. Durant toutes ces années où j’ai été forcé à faire des choses qui ne me ressemblaient pas et qui me terrifiaient, je crois que je me suis perdu moi-même. Je ne veux plus de ça, je ne le supporte plus. Ce que j’ai fait pendant la guerre me dégoûte, ce que j’ai tenté de devenir me dégoûte, je me dégoûte. La vie m’est insupportable, je n’en peux plus. Je veux simplement disparaitre pour toujours. Ne pleurez pas ma mort trop longtemps, je ne suis pas sûr de le mériter. Souhaitez-moi d’être heureux, là où je serai, c’est tout ce que je désire.
Je vous demande pardon pour tout,

Avec tout mon amour,

Drago


- Je ne peux pas chercher son corps sans baguette, souffla Lucius Malefoy.

- Je m’en occupe, répondit Harry sans savoir ce qu’il disait. Vous devriez peut-être aller vous asseoir.

Harry tourna les talons et rejoignit les autres qui l’attendaient avec curiosité.

- Drago s’est suicidé, déclara-t-il.

Ron parut choqué. Ce n’était pas à Harry de mener ces recherches mais bizarrement, il avait envie de le faire. Il se sentait un peu concerné. Il courut dans le bureau de son chef pour lui demander l’autorisation de s’occuper de cette affaire et il l’obtint. Des Aurors examinèrent la baguette de Drago, confirmèrent que c’était bien la sienne, la nouvelle qu’Ollivander lui avait créée après la guerre, pour remplacer celle que Harry lui avait volée. Il n’y avait aucun doute possible. Le chef dépêcha des Aurors au large de la falaise et ils s’y rendirent en bateau, fouillant le fond de la mer. Harry les aida du mieux qu’il put malgré les vagues déchainées qui n’arrangeaient rien. Sur le bateau, Harry leva les yeux vers la falaise et la contempla un instant. C’était tragique et cynique à la fois. Drago Malefoy s’était jeté à la mer face à l’île d’Azkaban.

Ils draguèrent le fond de la mer pendant des heures, jusqu’à ce que le soleil se couche, mais ils ne trouvèrent rien. Ils fouillèrent les plages le long de la côte mais ils ne trouvèrent rien non plus. Le courant et les vagues avaient dû emporter le corps de Drago très loin et la mer était trop vaste pour qu’ils puissent chercher partout. A Azkaban non plus, ils n’avaient trouvé aucun corps. Harry était trempé à cause des embruns, il avait froid, il se sentait mal. Il ne cessait de repenser au contenu de la lettre, au visage de Lucius et au regard de Drago, la dernière fois qu’il l’avait vu. Harry n’avait jamais apprécié Drago, sa mort ne le rendait pas triste dans ce sens-là. Il avait cependant appris à ressentir de la pitié pour lui, il le connaissait depuis qu’ils étaient enfants, Drago Malefoy, qu’il le veuille ou non, faisait partie de sa vie. Et l’idée qu’il se soit noyé volontairement de cette façon le déprimait complètement.

Les Aurors regagnèrent la terre ferme à la nuit tombée, abandonnant les recherches. Cela ne servait plus à rien, ils ne le retrouveraient pas. Au bord de la falaise, Lucius et Narcissa attendaient. Ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils attendaient, au fond, ils n’avaient simplement pas envie de rentrer chez eux. Harry marcha vers eux pour leur expliquer qu’ils s’arrêtaient là. Les Aurors avaient fait passer un message aux habitants du littoral, indiquant de prévenir immédiatement les autorités s’ils apercevaient quelque chose. Ils ne pouvaient pas faire plus.

Harry quitta les Malefoy dès qu’il le put et se dépêcha de rentrer chez lui. Il y avait pensé toute la journée, il attendait ce moment autant qu’il le redoutait. Quand il entra dans son appartement, Ron et Hermione étaient là, interrogateurs. Harry répondit à leurs questions du bout des lèvres, non, ils n’avaient pas retrouvé le corps. Il échangea un regard avec Ron qui se tourna imperceptiblement vers la table basse. Harry s’en approcha, attrapa la lettre de Drago et alla s’enfermer dans sa chambre. Il avait besoin d’être seul, il ne voulait pas lire cela devant eux. Après tout, c’était à lui que Drago avait écrit, et à lui seul. D’une main légèrement tremblante, Harry décacheta la lettre. Il aurait menti s’il avait prétendu ne pas craindre ce qu’il allait lire.


Harry,

Je sais ce qu’est un peu tard pour le dire mais je voulais le faire quand même, parce qu’après je ne pourrai plus.

J’ai toujours voulu que tu gagnes cette guerre, même si je n’ai jamais osé l’assumer à voix haute. Je voulais que tu gagnes et je voulais que tu vives.

Je voulais vivre aussi, mais pas de cette manière-là. Je n’ai jamais voulu tuer ou torturer qui que ce soit. Je te le dis à toi, parce que j’ai l’impression que tu peux comprendre. Et j’ai l’impression que tu me croiras.

Merci d’avoir témoigné en ma faveur lors du procès, rien ne t’obligeait à le faire. C’est particulièrement frustrant et agaçant que tu restes un héros jusqu’au bout, même avec moi. 

C’est un adieu Potter, comme tu dois le deviner. T’écrire cette lettre et m’en aller pour de bon seront certainement mes plus grands actes de courage.

D.


Harry replia la lettre, toujours tremblant. Il s’était rarement senti aussi triste et choqué pour quelqu’un d’autre que lui-même. Pour Cédric, peut-être. S’il avait ouvert la lettre la veille et s’il l’avait lue, aurait-il fait quelque chose ? Aurait-il compris les intentions de Drago ? Aurait-il pu le sauver ? Harry pressentit que c’étaient des questions qui ne le quitteraient pas avant longtemps.

Il rejoignit Hermione et Ron dans le salon, fut surpris de constater que Ginny était là. Il s’assit contre elle, sur le canapé, épuisé et déprimé. Malgré lui, il sentait l’angoisse le gagner et il entendait une petite voix lui dire qu’il pourrait faire comme Drago, sauter une bonne fois pour toutes et ne plus jamais revenir. Il se concentra sur la chaleur de Ginny pour chasser cette idée.

- C’est moche, déclara Ron d’une voix grave. Il était méprisable et je ne l’aimais pas mais quand même, c’est moche. Je n’irai pas jusqu’à dire que je lui souhaitais d’être heureux mais je ne lui souhaitais pas ça.

- Moi non plus, répondit Harry. Je n’ai jamais voulu ça.

- Je me demande comment Lucius et Narcissa vont le supporter, dit Hermione. Parce que soyons francs, c’est leur faute si Drago est devenu ce qu’il est devenu. Ils auraient dû protéger leur fils.

- J’aurais dû lire la lettre hier soir, commenta Harry.

- Tu n’y es pour rien, coupa Ginny. Tu ne pouvais pas deviner.

Harry tourna la tête vers la porte-fenêtre et regarda la nuit noire. Où était le corps de Drago, maintenant ?

Ils enterrèrent un cercueil vide, à défaut d’autre chose. Ils le firent dans le caveau familial, dans la petite ville qu’habitaient les Malefoy. Il y eut très peu de monde, les Malefoy étaient des parias et n’avaient plus le moindre ami. Harry s’y rendit mais resta en arrière, à observer Theodore Nott, Pansy Parkinson et Blaise Zabini déposer des fleurs sur la stèle. Il se demanda lequel des trois était véritablement sincère et en ressentit un agacement profond ainsi qu’un écœurement qui lui laissa un goût amer dans la boucher. Drago Malefoy avait écrit deux lettres avant de se jeter à la mer, une à ses parents et une à Harry. Harry ne comprenait pas très bien pourquoi Drago s’était embêté à lui écrire à lui, en particulier. Il ne comprenait pas vraiment ce que l’autre avait voulu lui dire, en réalité. Mais à cause de cette lettre, il se sentait lié au suicide de Drago et il n’aimait pas cela. Les journaux avaient parlé du suicide du fils Malefoy, évidemment. Tout le monde y allait de son avis et de ses remarques déplacées. Harry n’avait pas jugé utile de dire à qui que ce soit qu’il avait reçu une lettre. Ce serait son secret et d’une certaine façon, son fardeau.



OoOoO



Narcissa Malefoy venait tous les jours sur la tombe de son fils. Parfois elle lui parlait, parfois elle se taisait. Quoi qu’elle fasse, son âme en peine la ramenait toujours ici. Le vide, la douleur et la culpabilité qu’elle ressentait ne lui laissaient aucun répit. Elle songeait chaque jour à mourir aussi, comme son fils, mais elle n’y parvenait pas. Respirer était difficile, vivre était difficile. Alors elle venait là, elle s’asseyait devant la tombe et attendait que les heures passent. Es-tu heureux maintenant ? demandait-elle. Où es-tu ? Peux-tu m’entendre ? Pardonne-moi.

Narcissa se retourna vivement en entendant des pas derrière elle. Le cimetière était minuscule et il n’y avait jamais personne, aussi était-ce surprenant de voir un visiteur. Elle songea que c’était peut-être Lucius mais non, la silhouette qui marchait vers elle était une femme. C’était une femme qu’elle n’avait pas vue depuis des années et elle se mit debout pour l’accueillir, un peu chancelante. Andromeda regarda Narcissa dans les yeux puis l’observa sans délicatesse, le visage pâle et fermé.

- Ça fait mal, n’est-ce pas ? Demanda-t-elle.

Narcissa sentit ses lèvres trembler et elle ne répondit pas.

- Après toutes ces années, nous voilà arrivées au même point, continua Andromeda. Nous avons perdu notre unique enfant. N’est-ce pas ironique ?

- Andromeda... qu’est-ce que tu veux ?

- Je voulais te voir souffrir, comme moi j’ai souffert.

Narcissa eut encore plus mal qu’avant, si c’était possible. Elle chancela légèrement et lança à sa sœur un regard qui peinait à être rancunier.

- Tu es venue pour te réjouir et prendre ta revanche ?

- Non… C’est ce que j’ai pensé au début mais maintenant je te vois, ce n’est plus ce que j’ai envie de faire.

- Alors quoi ?

Andromeda s’avança vers Narcissa et la prit dans ses bras d’un geste ferme et rassurant. Elle la serra contre elle, pour qu’elle arrête de chanceler et qu’elle reste debout. Elle la serra de toutes ses forces.

- Ça va aller, Cissy, murmura Andromeda dans les cheveux blonds de sa sœur.

Narcissa s’accrocha à Andromeda et se mit à pleurer, pour Drago, pour la sœur qu’elle avait perdue, pour la famille qu’elle avait eue, pour tout le reste. Andromeda ne dit rien et la garda là. Elle en voulait à Narcissa d’avoir choisi un homme comme Lucius, d’avoir suivi Voldemort et d’avoir toujours choisi la mauvaise voie. Elle lui en voulait mais elle ne pouvait s’empêcher de vouloir la consoler, parce qu’elle était sa sœur et qu’elle l’aimait.

- Ne m’abandonne pas une seconde fois, supplia Narcissa entre ses larmes.

- Non, promit Andromeda en lui caressant les cheveux. Je suis là maintenant.


OoOoO



Quatre ans plus tard, mars 2003


Harry était assis sur son lit, tendu et nerveux. Il avait envie de crier et il devait faire des efforts pour ne pas laisser la colère l’envahir entièrement. Il savait bien pourtant que ça ne durerait pas et qu’il finirait par exploser. Face à lui, Ginny était à peu près dans le même état.

- Ce n’est quand même pas très compliqué à comprendre ! s’écria-t-elle durement. J’aurais juste voulu que tu sois là, que tu viennes me voir, pour une fois.

- Je suis Auror, je ne peux pas m’absenter pour aller voir un match de Quidditch ! Je n’ai pas le temps, tu le sais bien…

- Tu n’as jamais le temps pour moi ! cria Ginny avec fureur. Tu aurais pu venir, si tu l’avais voulu ! Mais tu n’en as rien à faire de moi, tu t’en fous complètement !

- Ce n’est pas vrai, c’est…

- Bien sûr que c’est vrai ! Tout ce qui t’intéresse c’est ton travail, tes petites enquêtes, tes copains Aurors ! Enfin, c’est surtout Jane qui t’intéresse, pas vrai ? Ta collègue…

Harry lui lança un regard noir et ne put s’empêcher de rougir.

- Il ne s’est jamais rien passé avec Jane, arrête ça ! Et toi ? Toi tu passes ton temps avec ton entraineur de Quidditch, tu crois que je ne le remarque pas ? Toi non plus tu ne t’intéresses pas à moi.

Ils se fixèrent avec rancœur et colère. Harry finit par se lever de son lit et par faire le tour de sa chambre, pour se calmer. Malheureusement, ça ne fonctionnait pas du tout, au contraire. Il s’énervait à chaque pas.

- Tu ne t’intéresses pas à moi non plus, finit-il par répéter. Tu n’étais pas là quand j’ai eu besoin de toi, tu as préféré partir pour ta formation, pendant des mois. Tu m’as laissé tout seul. Moi aussi je t’en veux !

- Tu ne peux pas me reprocher ça, Harry ! J’avais dix-huit ans et j’ai choisi de privilégier ma carrière, oui ! A dix-huit ans, je n’allais pas laisser passer une chance aussi importante simplement pour rester consoler mon copain, ça aurait été du gâchis !

- Mais j’allais mal, j’avais besoin de…

- Mais tu vas tout le temps mal ! hurla Ginny, exaspérée. Tu vas toujours mal, ce sont toujours tes souffrances, tes peurs, tes traumatismes, tes problèmes ! Moi aussi j’existe, tu sais ! Je ne peux pas passer ma vie à m’occuper de tes besoins, ce n’est pas mon rôle !

Ils crièrent encore longtemps. Ron s’était réfugié chez Hermione et ils avaient donc le champ libre pour se disputer autant qu’ils le voulaient. C’était une belle façon de gâcher un dimanche après-midi mais tant pis, il fallait bien que ça sorte. Enfin, au bout de plusieurs heures à se reprocher à peu près tous les maux de la Terre et à faire un combat d’égoïsme, Ginny quitta l’appartement, pour de bon. Non sans avoir précisé que oui, elle était amoureuse de son entraineur de Quidditch et que Harry ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Il le savait bien, il savait qu’il avait de nombreux torts, il savait qu’elle en avait aussi. Bref, comme tous les autres couples, ils se séparèrent d’une façon des plus banales qui soient et il n’y avait pas grand-chose à en dire. Harry l’avait aimée pendant longtemps, il ne se souvenait plus à quel moment il avait arrêté de l’aimer. Mais c’était la vie et personne n’y pouvait rien.

Cela aurait été un mensonge de prétendre que sa rupture ne lui faisait pas mal. Pendant plusieurs semaines, Harry ne se sentit pas très en forme et pas très vivant. Heureusement, il y avait ses collègues Aurors qui le soutenaient et le forcèrent à sortir avec eux pour se changer les idées. Ce fut le moment idéal pour proposer à Jane de rentrer avec elle, un soir. Harry savait très bien qu’il lui plaisait et Jane accepta. Cela atténua nettement sa solitude et lui permit de se remettre de sa rupture avec Ginny plus vite qu’il l’aurait cru.

En dehors de ça, Harry allait plutôt bien. Du moins, il allait aussi bien qu’on pouvait l’espérer. C’était vrai que parfois, il avait du mal à s’endormir et qu’il était envahi d’angoisses si insupportables qu’il se levait et allait se promener dans la ville silencieuse, sans but. C’était vrai qu’il se sentait vide, comme s’il lui manquait une partie d’âme ou que le souffle de vie qui lui avait été pris par Voldemort durant la guerre n’était jamais totalement revenu. Harry faisait des efforts pour dissimuler tout cela le mieux possible mais il ne pouvait tromper Ron et Hermione qui vivaient avec lui. Ce n’était pas grave, personne ne lui en voulait. Parfois, il se disait qu’il ne s’en sortait pas si mal. Après tout, lui au moins n’avait pas sauté d’une falaise.




A l’étage des Aurors, c’était plutôt silencieux. Il était encore tôt mais Harry et ses collègues étaient là, réveillés grâce au café et aux regards sérieux de Rufus, leur chef d’équipe. Harry étouffa un bâillement, échangea un sourire avec Jane mais reprit son sérieux. Ils avaient décidé que leur relation devait rester entre eux, ils n’avaient aucune envie de subir les remarques moqueuses de leurs collègues. Ils ne montraient donc jamais de comportements déplacés au travail.

Dans l’équipe, ils étaient cinq. Il y avait Rufus, le chef, un Auror d’une trentaine d’années qui leur inspirait le respect. Il y avait ensuite Jane, qui avait à peu près le même âge que lui. Elle était la plus douée en potions et c’était généralement elle qui faisait toute sorte de tests et d’expérimentations pour analyser les indices qu’ils trouvaient. Le troisième membre de l’équipe, c’était Mark et c’était celui que Harry appréciait le moins. Il avait un caractère un peu macho qui l’agaçait, parlait fort, faisait des blagues grivoises à longueur de journée et donnait un peu trop son opinion sur les choses. Il n’était pas désagréable mais parfois, il tapait sur les nerfs de Harry. En plus de ces trois-là, il y avait Harry et Hermione. Hermione était globalement la tête pensante du groupe. Elle se destinait à une carrière dans la justice et avait plutôt un poste de bureau. Elle allait peu sur le terrain, elle attendait patiemment d’avoir rempli ses deux ans de service avant d’intégrer le bureau du directeur du Département de la Justice magique et de se spécialiser dans la législation. Elle aurait pu commencer comme secrétaire mais elle n’avait pas voulu de ça car elle savait que les secrétaires étaient généralement méprisées et exploitées. Là, elle était Auror, cela lui donnait du crédit et un statut plus important. Elle savait qu’on écouterait beaucoup plus facilement son avis une fois qu’elle changerait de bureau.

Ron était Auror lui aussi mais dans une autre équipe. Il avait demandé à être séparé d’Hermione et elle avait fait la même chose. Ils estimaient que, pour le bien-être de leur couple, cela valait mieux de ne pas passer tout leur temps ensemble.

- Mark, concentre-toi, ordonna Rufus en les obligeant tous à se redresser sur leur chaise.

Mark sursauta et essaya de se réveiller du mieux qu’il put.

- Le chef Achab nous a demandé d’abandonner l’enquête, annonça Rufus.

Tout le monde se tourna vers lui, surpris. Visiblement, la nouvelle déprimait Rufus.

- Cela fait un mois qu’il n’y a eu aucune victime connue et nous sommes toujours à mille lieues d’arrêter le violeur. Nous n’avons aucune piste, aucun indice sérieux, rien du tout. Nestor veut que nous laissions tomber. Ce sera classé comme affaire non résolue.

Depuis plusieurs mois, l’équipe de Harry enquêtait sur des viols en série commis avec le même mode opératoire : le criminel soumettait ses victimes au sortilège de l’Imperium, les forçait à faire ce qu’il désirait puis disparaissait. Les victimes retrouvaient leur libre arbitre, étaient souvent plongées dans une honte incommensurable d’avoir agi comme elles l’avaient fait et mettaient beaucoup de temps à porter plainte, si jamais elles le faisaient. C’était une affaire extrêmement délicate car le criminel ne laissait aucune trace et aucune des victimes ne faisait un portrait identique de son visage. A croire qu’il changeait d’apparence à volonté.

Sa façon de faire était répugnante, ils avaient tous envie de l’arrêter et ils furent donc tous déçus d’apprendre que l’affaire leur était retirée.

- C’est temporaire, mesura Rufus. Si jamais il y a une autre victime ou un nouvel indice, nous réouvrirons l’enquête, évidemment…


Ils hochèrent tous la tête, pas vraiment réconfortés. En attendant, ils iraient donner un coup de main à l’autre équipe d’Aurors, qui avait besoin d’aide.

Ils avaient donc un peu plus de temps libre et Harry en profita pour rentrer avec Jane, ce soir-là. Pour une fois, ils pourraient prendre le temps de dîner et de faire l’amour plusieurs fois avant de dormir. C’était une perspective enthousiasmante. Ils se retrouvèrent chez elle car c’était plus simple, elle vivait seule. Harry aida à préparer le repas, ils mangèrent en commentant le retrait de l’enquête. Jane était écœurée de devoir laisser tomber, cette affaire lui tenait à cœur. Elle aurait adoré envoyer le coupable en prison. Harry était d’accord avec elle mais il avait appris, depuis cinq ans qu’il travaillait chez les Aurors, qu’il y avait finalement beaucoup d’enquêtes non résolues. La magie laissait des traces et en même temps, elle offrait aux criminels beaucoup de possibilités de se cacher. C’était frustrant.

Le lendemain et les jours qui suivirent, Harry et ses collègues n’eurent pas grand-chose à faire. Ils purent soigneusement terminer leurs rapports et classer l’enquête du violeur à l’Imperium, jusqu’à une réouverture, peut-être. Ils aidèrent leurs collègues à préparer le déplacement du Ministre en France, pour rencontrer son homologue, le Président de la République sorcière française. Il fallait que tout soit sécurisé et ils s’y rendraient presque tous, pour assurer sa protection. Ils n’eurent pas vraiment le temps de s’ennuyer.

Quelques jours avant leur départ, Harry, Ron et Hermione allèrent dîner chez les Weasley, comme ils le faisaient régulièrement. C’était toujours un moment agréable et convivial qui donnait à Harry la fausse impression d’avoir une famille. Il se laissait bercer par l’illusion avant que la réalité le rattrape. Heureusement, il vivait toujours en colocation avec Ron et ça rendait cette réalité plus facile à supporter.

Chez les Weasley, il n’y avait pas Ginny et Harry en fut soulagé. Il suspectait Molly d’avoir fait exprès de ne pas l’inviter. Puisqu’elle sortait maintenant avec son entraineur de Quidditch, tout le monde semblait considérer Harry comme la victime et ne lui en voulait pas le moins du monde. Un peu lâchement, il n’essaya pas de contredire et d’expliquer qu’il était autant responsable qu’elle. Il laissa faire et laissa dire, c’était plus simple comme ça. Il avait bien trop peur de perdre ce semblant de famille pour risquer de dire que s’il avait traité Ginny avec plus de respect et d’attention, ils n’en seraient pas là.

Ginny n’était pas là mais il y avait George et Angelina ainsi que Bill, Fleur et leur fille. Depuis la fin de la guerre, Harry s’était beaucoup rapproché de Bill. Après tout, il les avait accueillis chez lui, mettant en péril la vie de sa femme et la sienne. C’était quelque chose que Harry n’oubliait pas. Bill était toujours calme, posé, intelligent et subtile. Il était une sorte de grand frère idéal qui mettait Harry à l’aise. Même Fleur était gentille avec lui et l’écoutait toujours avec attention quand il leur parlait. Elle était cependant un peu trop belle et un peu trop hautaine pour que Harry se sente complètement à l’aise en sa présence. Elle lui faisait un peu peur.

Ron attendit que sa mère se soit assise pour demander le silence et faire signe qu’il avait quelque chose à dire. Harry attendit patiemment, un léger sourire aux lèvres. Il savait ce que Ron allait annoncer et il était heureux pour lui, même si cela allait mettre un terme à leur petite vie tranquille.

- Je voulais simplement vous dire qu’Hermione et moi avons décidé de nous marier, déclara Ron, les oreilles écarlates.

Molly parut aux anges, Arthur sourit largement, George donna à son frère une tape amicale dans le dos et Bill le félicita chaleureusement.

- Mais vous n’habitez même pas ensemble, fit remarquer Angelina.

- On se trouvera un appartement, dit vaguement Ron. Et puis Hermione passe déjà la majeure partie de son temps chez nous.

- De toute façon, avec notre travail, nous serons rarement tous les deux chez nous, répondit Hermione d’un ton docte. Je ne pense donc pas que ça changera beaucoup avec la vie que nous menons déjà en ce moment.

- Vous allez faire ça quand ? demanda Fleur.

- Surement en automne, répondit Ron.

- Pourquoi pas en été ? rétorqua Fleur avec hauteur. Il fait froid et moche en automne.

- C’est ma saison préférée, répliqua froidement Hermione.

- Vraiment ?

Fleur paraissait clairement sceptique mais Hermione ne releva pas. Il faudrait que Harry se trouve un nouvel appartement, lui aussi. A moins qu’il garde celui-là et transforme la chambre de Ron en chambre d’amis. Après tout, oui, c’était ce qu’il allait faire.

Ils discutèrent longuement du mariage, évidemment. Ron était l’avant-dernier de ses frères à se marier. Bill l’était depuis des années, Percy aussi et George s’était marié l’année dernière. Il ne restait que Charlie, qui était toujours célibataire, au grand dam de sa mère qui s’inquiétait pour lui. Elle était bien la seule à le faire, d’ailleurs. Et puis bien sûr, il y avait Ginny mais Ron ne se comparait pas à Ginny, c’était différent. Harry pouvait sentir le soulagement de Molly, le soulagement de Ron également, qui semblait bien content de faire aussi bien que ses frères et de répondre à l’attente pas si muette que ça qui pesait sur lui. Il croisa le regard d’Hermione, qui le sentait aussi et qui adressa à Harry un sourire calme et paisible, l’air de dire qu’elle avait parfaitement conscience de ce qu’elle avait accepté de faire.

Au fond, cette histoire de mariage déprimait un peu Harry, il devait l’admettre. Il n’était pas jaloux d’eux mais il savait pertinemment qu’il allait les perdre, que le moment était venu de briser cette relation toute particulière qu’il avait avec eux. Ils ne seraient plus jamais tous les trois dans leur appartement à refaire le monde et à se raconter leurs pensées. Maintenant, Ron et Hermione vivraient ensemble, sans lui, et il ne pourrait plus les voir aussi souvent. Sans doute fallait-il que ça arrive un jour et sans doute avait-il eu de la chance que ça n’arrive pas plus tôt mais tout de même, cela le rendait triste et l’effrayait un peu.


Harry caressa doucement l’épaule nue de Jane, sans vraiment y faire attention. Il aimait être avec elle, surtout parce qu’il devinait qu’elle n’attendait absolument rien de lui. Et c’était très réconfortant. Il devinait aussi que s’il commençait à avoir des sentiments pour elle, elle prendrait la fuite, avec délicatesse, mais sans équivoque. Et cela, franchement, déchargeait Harry d’un poids important. Il n’était pas habitué à fréquenter des gens qui n’attendaient rien de lui. En général, il y avait des demandes et des désirs inconscients. On lui parlait parce qu’il était Harry Potter, on voulait se faire bien voir, on voulait des confidences exclusives, des photos avantageuses. Harry détestait cela, il avait souvent l’impression d’être un mourant autour duquel des vautours tournoyaient.

Il savait qu’il avait de la chance avec la presse, il avait réussi à s’en débarrasser plus ou moins. Puisque sa vie était d’un ennui mortel, les journalistes avaient cessé de le prendre en photo et de lui suivre partout. De toute façon, il ne faisait rien à part se rendre au travail et chez des proches, il n’y avait rien d’intéressant à dire. On avait simplement parlé de lui pour annoncer sa rupture avec Ginny Weasley mais ça n’était pas allé plus loin.

En revanche, il y avait tous ces gens du Ministère, toutes ces personnes en vogue qui venaient lui serrer la main dès qu’elles le pouvaient, qui se complaisaient à faire croire qu’elles avaient une quelconque relation avec lui. Harry les méprisait tous et les fuyait autant que possible.

- Alors, c’était bien en France ? demanda Jane.

Harry se tourna vers elle et haussa les épaules.

- Pas plus que ça. Surveiller le Ministre n’était pas très intéressant. A vrai dire, on s’est tous ennuyés à mourir !

- Ça ne m’étonne pas, dit Jane en riant. Je suis bien contente de ne pas y être allée.

- J’ai hâte de me repencher sur une affaire digne de ce nom, soupira Harry.

- En attendant, et si tu te penchais que cette affaire-là ? proposa Jane dans un souffle.

Elle attrapa la main de Harry, la glissa sous la couverture et la posa entre ses jambes. Harry sourit légèrement, caressa le sexe humide de Jane tandis qu’elle prenait le sien entre ses doigts et ils poussèrent un soupir de contentement en même temps.


Pendant un mois, Harry et son équipe n’eurent aucune affaire sérieuse sur laquelle se pencher. Tous les délits ou les crimes dont ils eurent la charge furent rapidement réglés. Au moins, c’était facile. Le reste du temps, ils aidaient la Brigade de police magique comme ils le pouvaient. Ron et Hermione ne semblaient pas chercher d’appartement et ne semblaient d’ailleurs pas très pressés de le faire. Ils estimaient qu’il ne servait à rien de se presser. Harry les soupçonnait d’aimer la vie qu’ils menaient depuis cinq ans et de ne pas avoir particulièrement envie d’en changer. Il le fallait pourtant car si Harry se trouvait une copine, il était évident qu’ils ne pourraient pas vivre à quatre de cette manière. Cependant, Harry ne faisait jamais aucune référence à leur déménagement et se contentait d’attendre de voir ce qu’ils feraient.

Au bout d’un mois, un crime défraya la chronique et perturba la vie paisible de la société sorcière londonienne. L’équipe de Harry se pencha dessus, motivée à l’idée d’exercer leur vrai métier. Chasser les sorciers qui pratiquaient la magie noire, c’était leur domaine. Ce fut donc plutôt agaçant et frustrant quand Nestor Achab, chef des Aurors, les convoqua dans son bureau pour leur annoncer une nouvelle des plus inattendues.

- J’ai été en contact avec nos collègues américains, dit-il. Ils ont eu plusieurs cas de viols avec usage du sortilège de l’Imperium. Rien ne dit que c’est le même gars mais les méthodes sont vraiment similaires. Les Aurors du MACUSA sont prévenus et vous attendent pour collaborer avec vous.

- Mais… nous sommes en plein sur l’affaire de…commença Rufus.

- Je sais, c’est pour ça que vous n’irez pas tous. Je pense que Harry et Hermione pourront se charger de cela à deux.

On les mettait souvent ensemble quand il fallait faire des binômes parce qu’on avait remarqué – c’était peu de le dire – que leur duo fonctionnait très bien.

- Je vous ai réservé un Portoloin demain matin, à la première heure. Vous partez pour New York !

Harry ne savait pas s’il était heureux ou pas mais la nouvelle ne l’affecta pas outre mesure. De toute façon, il se sentirait aussi vide à New York qu’il l’était à Londres, ça ne ferait aucune différence. S’il fallait voir le positif, Harry était plutôt content d’aller en Amérique. Il avait très peu voyagé dans sa vie et ce serait l’occasion de découvrir cette ville renommée. Hermione, elle, paraissait satisfaite de ce revirement de situation. Visiblement, découvrir New York lui plaisait bien.

A la première heure, ce fut finalement vers une heure de l’après-midi. Il y avait cinq heures de décalage entre Londres et New York et il aurait été totalement inutile de débarquer au MACUSA à l’aube. Munis de leur sac de voyage et de leurs papiers d’identité, Harry et Hermione se présentèrent à Greenwich, pas loin du parc. Il y avait là, dans un entrepôt abandonné, un endroit qui desservait les Etats-Unis. Tous les voyageurs de Portoloins partaient d’ici et arrivaient ici. Harry avait découvert, avec le temps et l’expérience, que le voyage en Portoloins était quelque chose de très encadré.

- Evidemment, avait répondu Mark quand Harry en avait fait la remarque. Imagine ce qui se passerait si des centaines de sorciers se mettaient à apparaitre n’importe où, un détritus à la main… Ce serait le bazar ! Il y a des zones et il y a des horaires. Si tu loupes ton Portoloin, tu dois attendre le suivant. Et tu n’as pas le droit d’en créer un toi-même sans l’accord du bureau des Portoloins.
- Un peu comme l’avion en fait, avait conclu Harry.

- Je ne sais pas de quoi tu parles, avait dit Mark avec un grimace de mépris.

Toujours était-il que Harry et Hermione étaient là, à l’heure, pour prendre le Portoloin de 12h48, direction New York. A l’accueil du hangar, le sorcier en charge leur désigna un groupe de personnes qui attendaient autour d’une corde à sauter usée. De toute évidence, ils étaient sept à vouloir se rendre Outre Atlantique. Ils se rapprochèrent de la corde à sauter quand l’heure arriva, posèrent tous leur main sur la ficelle et se laissèrent emporter au loin.

Ils reprirent brusquement pied dans un autre hangar, semblable à celui qu’ils avaient quitté. Là, une sorcière munie d’un paquet de fiches nota rapidement quelque chose.

- Portoloin de 7h48 en provenance de Londres, ok. Bienvenue à New-York. Veuillez suivre les flèches vers le guichet.

Harry et Hermione réglèrent machinalement leur montre. Aux Etats-Unis, ils ne plaisantaient pas avec la sécurité. Tous les sorciers arrivants durent montrer leurs papiers aux contrôleurs du guichet avant de pouvoir sortir. Harry et Hermione se retrouvèrent alors dehors, sur le trottoir, avec l’océan derrière eux. Et face à eux, des immeubles et des maisons à perte de vue. Harry se sentit mal immédiatement, parce que c’était trop grand, inconnu, inhospitalier. Il était vraiment heureux qu’Hermione soit avec lui, ça rendait les choses moins effrayantes. Il refoula l’envie de rentrer qui lui tenaillait les intestins et fit un pas vers la route. Il sursauta quand un homme s’approcha de lui et le détailla de la tête aux pieds.

- Vous êtes les Aurors anglais ? demanda-t-il avec un fort accent.

- Oui, répondit Hermione. Auror Granger et Auror Potter.

- Salut, je suis l’Auror Tyler Davis. Suivez-moi, je vais vous conduire. Je suppose que vous ne connaissez pas New York… Nos bureaux sont au Woolworth Building, vous connaissez ?

- Non, pas du tout, souffla Harry.

- C’est à Manhattan.

L’Auror mangeait tellement les consonnes que Harry comprenait à peine ce qu’il disait. Il se laissa guider sur quelques mètres puis s’arrêta devant une voiture noire qui devait visiblement les transporter à destination.

- On ne transplane pas ? s’étonna Harry.

Tyler Davis lui lança un regard mi horrifié mi agacé.

- C’est complètement interdit de transplaner au milieu des Non-Maj ! Vous risquez une grosse amende si vous le faites.

- Ah, pardon.

- Vous avez le droit de transplaner en pleine rue de Londres ?

- Euh, oui, en faisant attention quand même mais généralement…

- Vous ne faites jamais rien comme tout le monde hein, vous les British !

Harry n’aima pas Tyler Davis, ce fut plus fort que lui. Ils montèrent dans la voiture et l’Auror démarra pour les conduire dans Manhattan. Ils échangèrent des banalités, auxquelles Hermione répondit du mieux qu’elle put puisque Harry restait muet. Il regardait le paysage par la fenêtre, sans y trouver le moindre charme. Il pouvait sentir la déprime monter en lui à chaque tour de roue. Que faisait-il ici, loin de sa maison ? En fait, il n’avait aucune envie d’être là. Il se sentait angoissé et nerveux, il étouffait presque. Il aurait nettement préféré rester à Londres et enquêter avec ses collègues.

La voiture s’arrêta brusquement, au bord d’un trottoir et Tyler Davis coupa le moteur.

- Avant d’aller aux bureaux, vous voulez peut-être déposer vos affaires dans votre hôtel, non ?

- Oui, c’est gentil, répondit Hermione.

Ils sortirent de la voiture et Harry se rendit compte qu’ils étaient à côté d’un grand parc aux arbres verts et accueillants. Cela le rassura un peu.

- C’est Central Park, annonça Tyler d’un ton morne. Vous connaissez ?

- Euh oui, quand même, rétorqua Hermione, presque vexée par la question.

- Pour entrer dans Hidden City, c’est par là. Vous voyez l’entrée du métro, ici ?

- Hidden City ? C’est quoi ça ?

- C’est la ville des sorciers. Tous les sorciers qui vivent à New-York habitent là. En règle générale, on ne se mélange aux Non-Maj qu’en cas d’absolue nécessité. Donc, l’entrée du métro ?

- Oui, répondit Hermione.

- Arrêt Cathedral Parkway, vous retiendrez ? Vous entrez là-dedans et vous vous retrouvez à Hidden City.

- Et si on veut vraiment prendre le métro ? demanda Hermione.

- Vous y entrez en pensant que vous voulez prendre le métro.

Harry eut l’air sceptique mais il suivit Tyler Davis sans rechigner. Ils descendirent les premières marches mais au lieu d’arriver dans une station de métro, ils arrivèrent dans une grande rue passante. Tout autour d’eux, il y avait de petits immeubles de briques rouges, avec des escaliers extérieurs, des boutiques et des gens qui s’activaient. A leur style, Harry devina immédiatement que c’étaient des sorciers. Beaucoup portaient des robes classiques mais la plupart d’entre eux portaient des vêtements normaux. Sans doute était-ce toujours dans l’objectif de passer inaperçus parmi les Moldus. Harry regarda les devantures des boutiques avec curiosité et sentit l’angoisse diminuer. Cela ressemblait énormément au Chemin de Traverse mais en bien plus grand. Hidden City devait avoir la taille d’une petite ville et c’était beaucoup moins oppressant que New-York.

Là, ils purent transplaner jusqu’à l’hôtel que Nestor Achab avait réservé à Harry et Hermione. Ils avaient chacun leur chambre, qui étaient voisines et y déposèrent leurs affaires. Ensuite, Tyler les ramena à la voiture. Il semblait pressé et il était évident que s’occuper des Anglais ne lui faisait pas spécialement plaisir. Malgré tout, il resta cordial jusqu’à l’arrivée et les fit descendre du pied du Woolworth Building.

Là encore, ça ressemblait au ministère de la Magie mais en bien plus grand. Il y avait des escaliers partout, des centaines de portes et d’employés qui couraient dans tous les sens. Harry et Hermione suivirent docilement Tyler jusqu’à l’étage – immense – où se trouvaient les bureaux des Aurors. Ils traversèrent plusieurs couloirs puis plusieurs salles pleines de bureaux avant d’arriver là où ils devaient. Ils s’arrêtèrent dans une sorte de vaste salle lumineuse dont les grandes baies vitrées donnaient sur la ville. Même si Harry trouvait cela trop oppressant, il devait admettre que c’était une jolie vue. De part et d’autre des murs, il y avait des canapés et des fauteuils, des tables avec des machines à café et des piles de journaux qui trainaient. De toute évidence, c’était là que les Aurors se retrouvaient quand ils faisaient une pause.

Tyler marcha droit vers un homme d’une cinquantaine d’année qui se tourna vers eux et leur adressa un sourire légèrement condescendant. Il avait une tête de plus que Harry, il avait à peu près la même carrure que Goyle autrefois, et il était blond. Devant lui, Harry eut l’impression désagréable d’être petit, maigre et si peu viril qu’il en ressentit un agacement profond.

- Bienvenue ! dit l’Auror en leur serrant la main vigoureusement. Je suis Troy Bernard et je suis le chef de la section criminelle.

- Vous êtes le chef des Aurors ? demanda Harry, qui n’était pas sûr de comprendre.

- Non, juste celui de la section criminelle. Lui là-bas, vous voyez ?

Il leur désigna un autre homme, un peu moins grand, aux cheveux noirs et à la peau hâlée, qui buvait un café un peu plus loin.

- Lui, par exemple, c’est Will Masetti, le chef de la section des trafics. Trafic d’armes, trafic de drogue, c’est lui qui gère ça. C’est comme ça que c’est réparti ici.

- D’accord, répondit Harry, vaguement impressionné sans trop savoir pourquoi.

Le fameux Will se tourna vers eux, leur adressa un sourire plutôt charmant et retourna à son café. L’Auror Bernard les entraina dans une autre pièce, principalement occupée d’une table ovale et de plusieurs chaises. Ils furent rejoints par Tyler, une femme qui semblait importante et cinq autres Aurors. La femme s’appelait Abby Lynch et, avec Tyler, elle était la seconde de l’Auror Bernard. Les autres enquêtaient sur l’affaire des viols par Imperium.

Ils passèrent plusieurs heures à discuter de tout ce qu’ils avaient, comparant les cas américains aux cas anglais. La méthode était tellement identique qu’il était dur de ne pas faire de lien entre les deux affaires. Pour l’instant, il y avait quatre cas de viols avérés mais les Aurors suspectaient qu’il y en ait plus. C’était toujours la même chose : les victimes rencontraient leur agresseur dans un café ou une boite de nuit, étaient soumises à l’Imperium, suivaient l’homme dans un hôtel proche et se faisaient violer.

- Pour l’instant, il semble n’agir qu’à Hidden City, dit Troy Bernard. Nous avons déjà fait passer des informations à la radio pour demander la plus grande prudence aux habitants. Notre problème, c’est qu’il change d’apparence à chaque fois, aucun portrait ne concorde.

- C’est faux, rétorque Hermione en se penchant vers le dossier. Regardez le témoignage ici, il ressemble beaucoup à l’un des nôtres !

Ils comparèrent attentivement tous les témoignages des victimes anglaises et des victimes américaines. A la fin, ils avaient trois portraits qui revenaient plusieurs fois. C’était déjà ça.

Ensuite, ils passèrent à nouveau plusieurs heures à rechercher la liste de tous les sorciers qui étaient arrivés d’Angleterre durant ces deux derniers moins. Malheureusement, il y en avait énormément, beaucoup trop pour qu’ils puissent tous les interroger. Ils passèrent néanmoins en revue tous les noms, pour vérifier leurs dossiers et leurs antécédents. Quand ils eurent terminé, il faisait nuit. Harry et Hermione n’arrêtaient pas de bâiller, épuisés par le décalage horaire. Chez eux, il était une heure du matin.

- Allez vous reposer, proposa l’Auror Bernard. Nous irons interroger les profils suspects demain matin. Vous serez capables de revenir ici tous seuls ?

- Oui, merci, assura Hermione.

Ils sortirent de l’immeuble, un peu sonnés par cette journée. C’était étrange de travailler avec tous ces gens inconnus et c’était très étrange de se retrouver là, en plein New York. Ça donnait une nette impression d’irréalité.

- On prend un taxi pour rentrer ou… commença Harry.

- On va trouver une ruelle déserte et transplaner, coupa Hermione.

- C’est interdit…

- Tant pis, je suis trop fatiguée. Et c’est absurde, les Moldus ne voient jamais rien.

Harry sourit devant l’air buté d’Hermione et la suivit sans rien dire. Au fond, cela lui plaisait bien de désobéir aux règles américaines. Bon sang, il n’était vraiment qu’un enfant mais il s’en fichait, cela atténuait son angoisse d’être là.


Le lendemain ressembla beaucoup à la veille. Pour ne pas attirer les soupçons, Harry et Hermione se rendirent au MACUSA en taxi et ils firent bien car de nombreux sorciers fumaient à l’entrée du building et les saluèrent d’un signe de tête curieux en les voyant arriver. Avec les Aurors qui collaboraient avec eux, ils allèrent interroger tous les sorciers qui étaient arrivés d’Angleterre ces derniers mois et qui avaient un dossier un peu suspect. Le chef Bernard n’était pas avec eux, il avait sans doute mieux à faire. Ils étaient accompagnés de l’Auror Tyler Davis et de l’Auror Abby Lynch qui, au grand agacement de Harry, se chargeaient de tous les interrogatoires. Ajoutée à cela l’impression perpétuelle d’être perdu, Harry se sentait d’une humeur massacrante. Il finit par proposer qu’ils se séparent pour aller plus vite et être plus efficaces. Spontanément, Tyler voulut accompagner Harry, pour qu’il y ait au moins un Américain dans chaque binôme mais Harry refusa poliment. Il était habitué à travailler avec Hermione et ils n’avaient besoin de personne. Même s’il le cacha du mieux qu’il put, Tyler semblait heureux de rester avec Abby et de ne pas avoir à se coltiner cet Anglais maussade. « C’est sans doute à cause de la pluie et du temps qu’ils ont là-bas, ça doit déteindre sur eux » pensa Tyler en s’éloignant avec Abby.

L’avantage de ces interrogatoires était qu’ils pouvaient découvrir Hidden City, ses quartiers résidentiels, ses immeubles un peu plus pauvres et délabrés dans lesquels, étrangement, il semblait que les résidents étaient majoritairement des sorciers noirs. Hermione regardait cela sans rien dire, une expression fermée et hautaine sur le visage. Harry sentait qu’elle exploserait à un moment ou à un autre et il savait ce qu’elle dirait. Il serait d’accord avec elle, même s’il se sentirait moins indigné et moins concerné. Il attendait donc tranquillement que cela arrive.

Les hommes qu’ils interrogèrent avaient tous de bons alibis sauf deux mais cela ne voulait rien dire. Les deux suspects vivaient seuls et on ne pouvait pas le leur reprocher non plus. Évidemment, aucun d’eux n’avait rien à voir avec les viols et ils ne voyaient pas de quoi on leur parlait. Harry nota soigneusement le nom de ceux qui n’avaient pas d’alibi. Aucun d’eux ne ressemblait aux descriptions des victimes, ce qui était fâcheux. Vers midi, Harry et Hermione n’étaient guère avancés. Il leur faudrait rentrer au MACUSA pour comparer leurs trouvailles avec leurs collègues. En attendant, ils mouraient de faim.

Ils quittèrent Hidden City et émergèrent en monde moldu. Harry se sentait à nouveau écrasé par l’immensité de la ville mais déjà un peu moins que la veille. Et puis il fallait admettre qu’ils étaient dans un quartier plutôt agréable. Central Park offrait un paysage verdoyant réconfortant et les bâtiments aux alentours étaient jolis. Ils marchèrent quelques minutes, au hasard, trouvèrent une sorte de sandwicherie et achetèrent à manger. Ils allèrent déjeuner dans Central Park, sur un banc ombragé, regardant les promeneurs d’un œil distrait.

- J’espère que nous aurons le temps de visiter un peu, dit Hermione en croquant dans son Bagel. Ce serait dommage de venir ici et de ne même pas profiter de la ville.

- Nous ne sommes pas là pour visiter…

- Oh je suis sûre que nous arriverons bien à faire quelques balades le soir ou le dimanche après-midi, si nous ne sommes pas trop débordés.

- Oui, sans doute. Mais je ne saurais même pas par où commencer, c’est trop grand.

- C’est vrai que ce serait plus sympathique d’avoir quelqu’un pour nous faire visiter mais je n’ai pas très envie de demander à l’Auror Davis ou l’Auror Lynch. Ils sont gentils mais…

- Je sais, répondit Harry en terminant son hot dog.

- Tant pis, j’achèterai un plan et nous improviserons.

Etrangement, cette perspective plaisait à Harry. C’est vrai que ça pourrait être plaisant de se promener à New York avec Hermione. Il ne voulait pas l’avouer mais il aimait se retrouver ici seul avec elle, cela faisait longtemps. Généralement, ils étaient toujours avec Ron ou leurs collègues et ils ne pouvaient pas se parler comme ils le voulaient. En plus, Hermione ne tarderait pas à déménager et ils ne se verraient plus qu’au travail. Hermione n’était certes pas l’amie la plus drôle qui soit, elle n’était pas légère et amusante comme Ron. Elle était cependant la meilleure amie de Harry et, depuis qu’ils étaient devenus adultes, Hermione était un peu moins coincée qu’à Poudlard. Elle avait admis, après la guerre, qu’il y avait des choses bien plus importantes que le travail et les résultats scolaires.

Tyler et Abby n’avaient pas eu tellement plus de chances qu’eux. Ils avaient également trois noms suspects et sans alibis mais aucune preuve qui leur permettrait de faire quoi que ce soit. Ils reçurent les résultats des analyses à ce moment-là, sur les échantillons de sperme et de salive trouvés sur les victimes. Evidemment, ça aurait été trop simple, cela ne correspondait à aucun sorcier connu des services des Aurors. Ils convoquèrent au MACUSA les suspects de la matinée et leur firent des prélèvements pour comparer. Hermione observait tout cela, fascinée et intéressée. Les Aurors américains utilisaient beaucoup plus de méthodes d’investigation moldues qu’eux. Bien sûr, ils les adaptaient à la magie, les détournaient légèrement, mais l’idée était là. L’influence des méthodes du FBI avait dû être trop importante pour être ignorée.

Puisqu’ils se trouvaient plus ou moins dans une impasse, ils rentrèrent chez eux en fin d’après-midi, avant sept heures. Harry et Hermione en profitèrent pour se promener réellement dans Hidden City et découvrir l’endroit. Ils comprirent bien vite qu’il y avait deux grandes rues principales, qui se croisaient au centre avec une perpendicularité exemplaire. Dans ces rues, il y avait surtout des enseignes visiblement luxueuses aux Etats-Unis, des boutiques de vêtements chics, de balais professionnels, de bijoux affreusement chers, de baguettes haut de gamme. Il y avait des cafés, des restaurants, une immense librairie à côté de laquelle Fleury et Bott paraissait absurde. Il y avait évidemment beaucoup de gens à pied qui se promenaient, faisaient des courses ou erraient sans but précis.

Quand on sortait de ces deux grandes rues, il y avait des habitations élégantes, de grandes maisons new-yorkaises comme on en voyait dans les films, certaines en brique rouge, d’autres en pierre blanche et colonnades. Surement les riches familles sorcières du pays même si Hermione était persuadée que les plus riches ne vivaient pas là mais dans des propriétés aux dimensions honteuses, à la campagne. Dans ces rues-là, en plus des maisons, il y avait des boutiques plus petites et moins tape-à-l’œil, des restaurants discrets, des petites librairies, des épiceries. Il y avait des écoles aussi, les enfants sorciers américains allaient à l’école primaire avant d’intégrer Ilvermorny au collège. Ensuite, quand on s’éloignait encore davantage du centre-ville, on trouvait des immeubles banals, parfois un peu délabrés, dans lesquels devaient vivre les sorciers aux moyens limités.

Harry ne pouvait s’empêcher de trouver cela incroyable qu’il existe une ville entière peuplée uniquement de sorciers qui pouvaient donc faire ce qu’ils voulaient. A Londres, ils avaient le Chemin de Traverse mais c’était surtout une rue commerçante et peu de gens y résidaient. Ça n’avait absolument rien à voir avec Hidden City. Il était presque effrayant de penser qu’un sorcier américain pouvait finalement passer l’entièreté de sa vie ici, sans jamais mettre le pied à New York même.

- C’est leur politique, expliqua Hermione en marchant vers l’hôtel. Ils sont vraiment obsédés par la séparation avec les Non-Maj. Je trouve ça absurde. Mais ils peuvent davantage se le permettre que nous, ils sont bien plus nombreux et n’ont pas forcément besoin des Non-Maj pour se reproduire.

- Toujours aussi pragmatique, commenta Harry en souriant. En Angleterre, beaucoup de familles sorcières restent loin des Moldus aussi…

- Certes mais à un moment ou à un autre, il faut bien aller en monde moldu et s’ouvrir à eux. Et puis regarde, les familles de Sang Pur anglaises vont fatalement disparaitre, ils ne vont pas pouvoir se marier entre eux ad vitam aeternam. Tout ça pour dire qu’il faut bien croiser le chemin des Moldus de temps en temps.

- Je suis d’accord.

Ils rentrèrent à l’hôtel et se souhaitèrent bonne nuit. Harry se laissa tomber sur son lit, fatigué et déprimé, comme d’habitude. La chambre elle-même n’avait rien d’enthousiasmant, elle était banale à pleurer. Harry espérait sincèrement que l’enquête serait vite bouclée et qu’il pourrait rapidement rentrer chez lui. Il se releva, attraper une feuille de papier posée sur la table, écrivit une lettre à Ron pour lui raconter leur arrivée puis la plia soigneusement dans une des enveloppes mises à disposition. Il se sentait un peu mieux et se coucha plus léger qu’avant.

Le lendemain matin, Harry et Hermione se retrouvèrent sur l’une des deux rues principales de Hidden City, à la recherche d’un petit déjeuner plus alléchant que celui de leur hôtel. La rue s’appelait sobrement First Avenue et l’autre Second Avenue, ce qu’Hermione avait jugé ridicule quand elle l’avait appris. Il était clair que les Américains ne se foulaient pas pour nommer les choses. En attendant, même si leurs noms étaient fades, c’était là que la plupart des sorciers actifs de New-York se croisaient le matin, pour acheter un beignet ou un café. Armés de leur boisson chaude, ils ne pouvaient plus transplaner (ou alors, à leurs risques et périls) et marchaient d’un pas rapide vers leur lieu de travail. Puisqu’il était de bon ton de s’adapter aux coutumes d’un pays, Harry et Hermione s’achetèrent des pains au chocolat à la taille indécente et un café. Ils étaient en avance, ils se réveillaient trop tôt à cause du décalage horaire, c’était un peu agaçant mais au moins, ils avaient le temps de profiter de leur petit déjeuner avant de sortir prendre un taxi.

Tandis qu’il croquait dans sa viennoiserie, le regard de Harry fut attiré par une femme, sur le trottoir d’en face, de l’autre côté de First Avenue. Elle faisait la queue pour acheter un café, elle aussi et elle attendait patiemment, son sac à la main. Elle portait un chemisier vintage, avec de la dentelle blanche, ce que Harry trouva plutôt élégant, un pantalon noir des plus sobres et des chaussures de ville. Ce n’était pas cela qui attirait l’attention de Harry. C’étaient plutôt ses cheveux. Ils étaient longs, lui tombaient jusqu’en bas du dos et étaient très blonds, si blonds qu’ils paraissaient presque blancs. La femme arriva devant le vendeur, commanda ce qu’elle voulait puis se retourna pour s’éloigner. Harry put voir son visage et il la fixa sans délicatesse, sans même songer à être discret. Il ne savait pas si elle était jolie ou pas et franchement, il n’en avait rien à foutre. La seule chose qui l’interpelait, à cet instant précis, c’était que cette femme ressemblait à s’y méprendre à Drago Malefoy. Harry donna un coup de coude à Hermione.

- Hermione, dit-il précipitamment. Regarde la femme, là. Tu ne trouves pas qu’on dirait Malefoy ?
Hermione regarda et eut une réaction de surprise.

- C’est vrai que c’est troublant, admit-elle lentement. C’est peut-être à cause des cheveux…

Harry en doutait, il n’y avait pas que ça. Son visage n’était pas exactement le même que celui de Drago, il avait quelque chose de plus féminin mais tout de même… Les yeux, l’expression. Harry et Hermione la fixèrent tellement qu’elle dut le sentir car la femme se tourna vers eux leurs regards se croisèrent, de l’autre côté du trottoir. Pendant un quart de seconde, le visage de la femme sembla se pétrifier puis fut traversé par une expression de peur si évidente que Harry ne put la louper. Spontanément, il fit un pas en avant et la femme recula d’un pas. Elle fit demi-tour, s’éloigna du vendeur de café et transplana brusquement sans que Harry ait pu faire quoi que ce soit.

Il y eut un silence choqué, Harry et Hermione tenant leur gobelet sans y toucher, immobiles sur le trottoir. Ils devaient avoir l’air complètement idiots mais aucun d’eux n’y pensa.

- C’était Malefoy, dit Harry.

- Je… je ne sais pas, c’est…

- C’était lui, aucun doute. Tu as vu sa réaction ? Il nous a reconnu, c’est évident.

- Drago s’est suicidé, déclara Hermione, hésitante.

- Nous n’avons jamais retrouvé son corps, rétorqua durement Harry.

- Oui mais… cette personne, c’était une femme, c’est…

- Je ne sais pas mais c’est étrange.

Elle était d’accord. Ils quittèrent Hidden City, montèrent dans un taxi et regardèrent les bâtiments défiler devant eux. Ils ne pouvaient s’empêcher de penser à la femme de tout à l’heure.

- Il faut en avoir le cœur net, déclara Hermione d’un ton déterminé. Allons au bureau de l’immigration. Si Drago est arrivé à New York, il y aura forcément une trace.

Dans le rétroviseur, le chauffeur de taxi lui jeta un regard étonné, l’air de trouver qu’il était vraiment étrange de s’appeler Drago. Il conclut pour lui-même que c’était surement un surnom, le genre de surnom débile que se donnaient les artistes ou les jeunes délinquants.

Arrivés au MACUSA, Harry et Hermione indiquèrent à Troy Bernard qu’ils avaient besoin d’un renseignement au bureau de l’immigration. Comment pouvaient-ils s’y rendre ? C’était à un autre étage et il leur expliqua brièvement comment y aller sans se perdre. Harry n’avait pas retenu la moitié des informations mais Hermione avança sans jamais douter dans le grand immeuble et trouva ce qu’ils cherchaient. Heureusement, il était encore tôt et ils n’eurent pas besoin d’attendre longtemps. Une femme les accueillit avec lassitude, se redressa un peu en entendant leurs accents anglais et les regarda avec curiosité. Ils montèrent leurs badges d’Aurors.

- Nous aimerions savoir si un certain Drago Malefoy est venu à New York en… commença Hermione.

- En septembre 1999, compléta Harry.

- Je vais regarder mais il va falloir être patient, ça risque de prendre un peu de temps.

Et en effet, il y avait des milliers de personnes arrivées aux Etats-Unis par New York en 1999. Ils attendirent qu’elle consulte sa liste, un peu fébriles, échangeant régulièrement des regards impatients. Harry ne savait pas ce qu’il espérait mais d’une certaine manière, il voulait qu’il se passe quelque chose. Cette affaire l’intriguait beaucoup trop.

- Il n’y a pas de Drago Malefoy, déclara la sorcière de l’immigration.

- Ah bon, alors pouvez-vous regarder en… coupa précipitamment Harry.

- Vous êtes certains d’avoir le bon prénom ?

- Pourquoi ? s’étonna Hermione.

- Parce qu’en septembre 1999, il y a bien quelqu’un du nom de Malefoy qui est arrivé à New York mais elle s’appelait Dahlia. Dahlia Malefoy. Le 15 septembre 1999.

Harry se souvenait de la date du suicide de Drago, d’abord parce que ça l’avait marqué et ensuite parce que c’était la date écrite sur la stèle de sa tombe et qu’il s’y était rendu, une fois. C’était le 15 septembre 1999. Et ça ne pouvait pas être une coïncidence.
Chapitre 2 - Une vraie femme by Celiag
Author's Notes:
Bonjour à tous. Merci pour l'accueil que vous avez réservé à cette nouvelle histoire :)

Dans ce chapitre, Dahlia sera régulièrement mégenrée et nous aurons droit à un condensé de transphobie ordinaire. C'est volontaire, j'estimais que c'était nécessaire pour le réalisme de l'histoire. Par la suite, ça ira mieux !

Bonne lecture.
Ça ne pouvait pas être une coïncidence. Une femme, portant le même nom que Drago était arrivée à New York le jour même où il disparaissait dans la mer du Nord. C’était trop énorme, personne ne pouvait croire à un tel hasard. Harry fixa la sorcière de l’immigration avec stupeur.

- Et… vous auriez une adresse ? demanda-t-il sans trop y croire.

- Oui, j’ai son adresse et l’adresse de son lieu de travail, si vous voulez.

- De son lieu de travail carrément ? s’étonna Hermione.

- Bien sûr, répondit calmement la sorcière. Il faut travailler si vous voulez avoir le droit de rester dans ce pays et avoir la chance de devenir Américain, un jour.

Elle semblait estimer que devenir Américain était le plus grand privilège qui puisse exister et Hermione lui lança un regard profondément sceptique. Harry eut peur qu’elle dise quelque chose de déplacé qui fâcherait l’employée et il se dépêcha de prendre la parole.

- Je veux bien tous les renseignements que vous avez sur elle, merci.

La sorcière se leva, marcha jusqu’à d’immenses étagèrent où étaient classés tous les dossiers des migrants et mit plusieurs minutes à trouver celui de Dahlia. Elle le copia d’un coup de baguette magique et le tendit à Harry qui s’empressa de le prendre.

- Merci, bonne journée !

Ils s’éloignèrent, gagnèrent un couloir où ils pourraient être tranquilles et ouvrirent le dossier. Dahlia Malefoy habitait à Hidden City et y travaillait également, dans une petite librairie, visiblement. Elle possédait un visa qui lui permettait de rester mais qui devait être renouvelé. En haut de la fiche, il y avait une photo collée qu’ils observèrent avec une certaine fascination, parce que c’était étrange de le revoir de cette façon. C’était clairement Drago sur la photo, avec les cheveux courts et tel qu’ils l’avaient toujours connu. Il n’y avait donc plus aucun doute possible.

- Putain, murmura Harry, parce qu’il avait vraiment besoin de jurer. Il ne s’est pas suicidé en fait, il est encore vivant ! C’est…

- On dirait bien.

- C’est complètement dingue ! Et pourquoi est-ce que c’est écrit Dahlia ? C’est quoi cette histoire ?

Hermione fixa encore la photo puis regarda Harry sans trop le voir, réfléchissant à la question.

- Je ne vois que trois solutions, dit-elle enfin.

- Ah bon ? s’étonna Harry qui lui, n’en voyait aucune.

- Oui, trois, dont deux me paraissent invraisemblables.

- Vas-y, l’encouragea Harry, avide d’entendre ses hypothèses.

- Premièrement, il a changé de nom et se déguise en femme pour être certain qu’on ne le retrouve pas. Cependant, je n’y crois pas, ça me semble un peu extrême comme technique. Surtout que je ne vois pas très bien qui pourrait le rechercher aussi activement.

- Oui, simuler son suicide et s’enfuir aux Etats-Unis me semble déjà bien suffisant. En plus, s’il avait vraiment voulu se cacher, il aurait carrément changé de nom ! Et il n’avait pas besoin de se changer en femme pour autant.

- Voilà… Donc je n’y crois pas. Deuxième solution, il se travestit.

- De toute évidence, il se travestit, oui, dit Harry.

- Je ne pense pas, rétorqua Hermione.

Elle se tut quand des employés passèrent devant eux et se tourna à nouveau vers Harry.

- Les hommes qui se travestissent ne changent pas de nom, du moins pas officiellement sur les papiers administratifs. Là, Dahlia Malefoy est une femme aux yeux de la société américaine, ce n’est pas anodin, on ne fait pas ça juste parce qu’on aime s’habiller en femme !

- Ah bon…

- Donc on en vient à la dernière hypothèse, sûrement la bonne et qui expliquerait beaucoup de choses…

Il la regarda avec perplexité, attendant la suite qui ne venait pas.

- Donc ? insista Harry.

- Eh bien, à ton avis ? demanda Hermione avec un léger agacement. Comment appelle-t-on les gens qui naissent avec le mauvais genre et qui sont obligés de changer leur prénom et leur genre sur les documents officiels ?

- Euh, tu veux dire…

- Tu sais ce qu’est une femme transgenre, non ?

Il le savait, oui, il en avait entendu parler à la radio et à la télé et franchement, ça lui avait toujours semblé étrange comme phénomène. Etrange et surtout très éloigné de sa vie à lui. Il regarda Hermione dans les yeux et éclata nerveusement de rire.

- Attends, Hermione, tu n’es quand même pas en train de dire que…

- Pourquoi donc ? On sait que Drago et Dahlia ne sont qu’une seule et même personne. Il y a de fortes chances que la femme que nous avons vue ce matin soit Dahlia, c’est même certain, elle lui ressemblait énormément. Donc, je ne vois pas quelle autre hypothèse pourrait coller. Et puis ce serait logique, elle a simulé son suicide et s’est enfuie pour pouvoir être qui elle est, loin de sa famille et de l’Angleterre où tout le monde la connait. J’imagine qu’être transgenre dans une famille comme les Malefoy ne devait pas être très vivable…

- Mais… ça voudrait dire… Drago serait une femme depuis tout ce temps et…

- Si c’est le cas, il n’y a plus de Drago, dit doucement Hermione. Maintenant, c’est Dahlia et c’est « elle ».

Harry était sidéré, à tel point qu’il aurait aimé s’asseoir et discuter avec Ron, juste pour évacuer. Il n’y croyait pas, c’était absurde et pourtant… pourtant la femme de ce matin était bien réelle, tout comme le dossier qu’ils avaient entre les mains.

- Nous devrions retourner à l’étage des Aurors, dit Hermione en regardant sa montre. Ils vont nous attendre.

Harry suivit Hermione comme un somnambule, incapable de se sortir Drago de la tête, Dahlia ou peu importe. Il repensait à Drago, à Poudlard, à sa façon de marcher, entouré de Crabbe et Goyle, à son sourire méprisant et cruel, à l’expression de haine qu’il avait sur le visage quand il regardait Harry, à son air terrifié pendant la guerre, puis pendant le procès. Était-ce vrai ? Hermione avait-elle raison ? Drago portait-il réellement ce secret depuis toutes ces années ? C’était incroyable, au sens littéral du terme. C’était trop énorme, Harry n’arrivait pas à concevoir la chose.



La matinée fut à la fois longue, remplie et inutile. Ils firent des portraits approximatifs à partir des descriptions des victimes et les firent publier pour demander à la population de les avertir si quelqu’un connaissait ces hommes. Ils retournèrent dans les bars où les victimes avaient rencontré leur agresseur, interrogèrent une nouvelle fois les serveurs et les serveuses, en vain. A la fin de la journée, ils espéraient tous avec ferveur que les portraits dans les journaux donneraient quelque chose.

- On va boire un verre ? proposa Troy Bernard en enfilant sa veste. Il faut accueillir les Anglais comme il se doit.

Ils furent tous d’accord et enthousiastes. Même Harry était touché par l’attention. Ils sortirent des bureaux et traversèrent la salle de pause. Ils y trouvèrent Sofia Cruz, la cheffe de la section de protection des mineurs, qui sortait d’une réunion éreintante, Tina Conti, la cheffe de la section grand banditisme et Will Masetti. Tina et Will étaient en pleine dispute et faisaient clairement un effort pour ne pas crier. Tous les autres Aurors essayaient de suivre la dispute, de loin, mais n’y arrivaient pas. Quand ils voulaient s’engueuler de façon privée, ils parlaient en italien.

- Non è nella tua giurisdizione, Tina !

- I tuoi trafficanti hanno rapinato una banca !

- Vous voulez venir boire un verre avec nous ? proposa Tyler Davis pour les interrompre.

- Je ne peux pas, j’ai un braquage de banque à gérer, répondit Tina en lançant un regard exaspéré à Will.

- Moi je peux, dit Will.

Harry perçut le léger froncement de sourcil de Troy Bernard mais ne dit rien. Il n’était là que depuis trois jours mais il avait repéré beaucoup de choses, c’était son métier après tout. Il avait remarqué que Tyler et Abby n’osaient presque jamais contredire leur chef, même quand ils n’étaient pas d’accord, que beaucoup de femmes à l’étage observaient Will avec un désir évident, que Troy parlait beaucoup de sa copine dont il avait l’air fou amoureux, que Troy Bernard et Will Masetti ne s’aimaient pas. C’était amusant à regarder et ça le laissait complètement indifférent. De toute façon, il ne reverrait plus jamais ces gens.

Ils allèrent prendre une bière dans un bar que les Aurors affectionnaient. Harry et Hermione durent répondre à pas mal de questions sur le fonctionnement des Aurors à Londres. On comparait, on jugeait aussi mais avec courtoisie. Plus Troy buvait et plus il devenait bavard, parlait beaucoup et trop fort. Pendant tout le début de la discussion, Harry sentit le regard de Will Masetti sur lui et il trouvait cela gênant. Will parlait peu mais il le regardait régulièrement, avec une insistance dérangeante.

- Je sais qui tu es, dit enfin Will en reposant son verre. Nous le savons tous.

- C’est-à-dire ? demanda Harry.

- Nous sommes Aurors, nous participons à la sécurité du pays. Donc quand il y a un coup d’état au Royaume-Uni, tu te doutes bien que nous sommes au courant. Tu es Harry Potter, tu as tué le type qui a fait le coup d’état.

Harry le fixa, choqué de la formulation. C’était donc à cela que ça ressemblait, vu de l’extérieur ?

- Euh… oui enfin, c’était…

- Tu es un genre de héros dans ton pays, non ? Normal, vous avez frôlé une dictature qui aurait été très destructrice. Et toi, tu es son amie, tu as combattu à ses côtés, non ?

- Oui, admit Hermione.

- On nous a envoyé la crème de la crème, commenta Will avec un sourire un peu ironique.

- Nous sommes nouveaux dans le métier.

Harry et Hermione durent répondre à de nombreuses questions sur la guerre. Les Aurors américains étaient partagés entre l’admiration, la perplexité, l’indifférence, la condescendance et la fascination. De toute évidence, ils se foutaient bien de ce qui se passait ailleurs que chez eux et ils ne mesuraient pas à quel point la domination de Voldemort avait été un enfer pour l’Angleterre. Devait-on les en blâmer ? Pas forcément. Cependant, pour la première fois depuis la fin de la guerre, Harry sentit son statut de héros vaciller largement. Troy Bernard avait plus de quarante ans, il avait de l’expérience et un charisme indéniable. Will Masetti avait sans doute dix ans de plus que Harry, il semblait aussi en avoir vu d’autres. Le fait que Harry ait tué Voldemort leur paraissait presque normal et pas si extraordinaire que ça. Harry n’avait jamais désiré être un héros mais tout de même, c’était un peu blessant.

Quand il rentra à l’hôtel, Harry était saoul et Hermione n’en était pas très loin non plus. Il se coucha dans son lit, s’enroula sous la couverture et essaya de s’endormir. Il en fut toutefois incapable. L’enquête de la journée et sa soirée avec les Aurors l’avaient diverti mais maintenant qu’il était allongé là, il ne put s’empêcher de repenser à Dahlia Malefoy. Qui était-elle exactement ? Il voulait savoir. Si Drago n’était pas mort, il voulait le savoir. Il avait envie d’aller voir cette femme et de lui poser des questions. Il savait qu’il le ferait, il ne pourrait pas faire autrement et repartir sans avoir obtenu de réponse. Il repensa malgré lui à la lettre de Drago, qui était soigneusement rangée dans le tiroir de sa table de chevet. Il ne l’avait jamais jetée, il n’avait jamais osé. Et maintenant, il n’était plus sûr de rien.

Le lendemain, l’enquête se poursuivit. Ils avaient eu des signalements pour les portraits des journaux et ils durent aller vérifier tout cela. Les analyses de sperme et de salive prélevés sur les victimes montraient clairement que le violeur était une seule et même personne. En début d’après-midi, les Aurors spécialisés dans les analyses magiques leur firent savoir qu’ils avaient trouvé des traces de Polynectar dans la salive du coupable.

- On s’en doutait, déclara Troy Bernard. Mais maintenant, nous savons comment il fait pour changer d’apparence. C’est malin et exaspérant.

- On devrait faire retirer les portraits dans ce cas, suggéra Tyler Davis. Notre homme ne ressemble pas à ça.

- Non, c’est important de les laisser, coupa Abby Lynch. Si nous retrouvons les hommes à qui le coupable a pris des cheveux, ça pourra peut-être nous mener jusqu’à lui.

- A sa place, j’aurais pris des cheveux de Moldus, dit Hermione. Je veux dire, de Non-Maj. Ça nous rendrait la tâche beaucoup plus difficile !

- Si c’est ça, nous ne pouvons rien faire, répondit Troy.

- Il faudrait publier ces portraits chez les Non-Maj et demander leur aide, déclara Harry d’une voix morne.

- Quoi ? Hors de question, vous êtes fous ! s’écria Troy. On ne collabore jamais avec les Non-Maj, ce serait… Ils ne savent pas que nous existons voyons !

Harry et Hermione lui lancèrent des regards blasés mais n’insistèrent pas. S’ils ne faisaient pas appel aux Non-Maj, ça risquait d’être long… Ils quittèrent le MACUSA à plus de six heures et demie, agacés par l’obstination des Aurors américains. Décidément, ils ne fonctionnaient pas du tout de la même manière. Harry et Hermione prirent un taxi, parce que Sofia Cruz et plusieurs Aurors de sa section se tenaient devant l’immeuble à parler avec des journalistes. Même cela, c’était pénible.

Dans le taxi, Harry regarda sa montre puis jeta un coup d’œil à Hermione.

- Tu ne voudrais pas passer à la librairie où Dahlia travaille ? Proposa-t-il.

Il y avait pensé toute la journée mais ils n’avaient pas eu l’occasion d’en reparler.

- Pourquoi ? Tu veux aller la voir ?

- Non, mais juste, vérifier que c’est bien lui.

- Elle.

- Tu as compris ce que je voulais dire. On pourrait mettre la cape et simplement regarder.

- On ne tient plus à deux sous la cape, nous sommes trop grands, on se ferait repérer. Vas-y tout seul si tu veux absolument aller la voir mais je trouve ça un peu ridicule.

Harry s’enfonça dans un mutisme boudeur et regarda défiler les immeubles devant lui. Dès qu’ils arrivèrent à Hidden City, Harry se dissimula sans sa cape d’invisibilité et transplana jusqu’à la petite librairie où Dahlia travaillait. Il avait besoin de savoir et besoin de voir. Il avait retenu l’adresse lue sur le dossier et il arriva sur une petite place, à quelques rues de la First Avenue. Il y avait là une épicerie, une boutique de chapeaux, un restaurant et une librairie. Elle fermait à sept heures et il était sept heures cinq. Harry s’approcha, vit que la pancarte « Closed » avait été retournée mais qu’il y avait toujours du monde à l’intérieur. Dissimulé sous sa cape, il colla son visage à la vitrine pour regarder.

Ça ressemblait à une librairie des plus banales, évidemment, avec des étagères pleines de livres. Au niveau de la caisse, il y avait deux femmes qui discutaient en rangeant distraitement ce qui trainait. L’une d’elle était Dahlia, l’autre une grande femme aux cheveux noirs. Harry observa Dahlia qui parlait avec animation et souriait régulièrement aux commentaires de sa collègue. Plus il la regardait et moins il doutait. Absolument tout, chez cette femme, était identique à Drago. Sa façon de sourire avec une expression moqueuse, sa façon de hausser les sourcils, de tenir sa baguette. Il hésita un instant, pas tout à fait sûr de ce qu’il désirait. Il aurait pu ôter sa cape, entrer dans la librairie et dire ce qu’il pensait réellement, à savoir : « C’est quoi ce bordel ? » Comment ça t’es pas mort ? J’ai cherché ton corps pendant des heures, imbécile ! Et c’était pour quoi cette lettre ? Et puis quoi, t’es devenue une femme maintenant ?

Harry tourna les talons et s’en alla, en colère contre il ne savait même pas quoi. C’était quand même incroyable de se dire que même mort et à des kilomètres de chez eux, Malefoy parvenait encore à le faire chier.

Harry rentra à l’hôtel, ignora le regard interrogateur d’Hermione durant le dîner, répondit du bout des lèvres que oui, il l’avait vue, elle était bien là mais il n’était pas allé lui parler. Il tenta de refouler tout cela et de penser à son enquête. Après tout, qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire que Drago soit mort ou non ? Ce n’était pas son problème. Ce n’était pas non plus son problème qu’il soit une femme ou un homme. Il n’avait rien à lui dire.

Durant les deux jours qui suivirent, Harry se concentra sur son travail. Les signalements ne donnaient rien, personne ne connaissait les hommes dont le violeur prenait l’apparence, surement parce qu’Hermione avait raison. Ils se rendirent dans plusieurs boutiques de potions et d’ingrédients de potion pour savoir qui, dernièrement, avait acheté les ingrédients nécessaires à la fabrication de Polynectar. Cela leur prit un temps fou. Ils se rendirent dans une ruelle proche de la librairie de Dahlia et Harry ne put s’empêcher de penser à elle, pendant une seconde.


C’était la fin d’après-midi. Ils avaient interrogé presque tous les hommes qui avaient acheté des ingrédients suspects et ça n’avait pas donné grand-chose. Harry et les autres prenaient une pause bien méritée avant de terminer. Certains suspects ne pouvaient venir qu’après leur travail et ils les attendaient. Harry se servit un café dans la salle de pause tandis qu’Hermione était introuvable, surement en train de discuter avec Abby et Tyler. Le calme relatif de la pièce fut interrompu brutalement quand Will Masetti sortit de son bureau à toute vitesse, rapatriant ses collègues autour de lui, enfilant sa veste avec précipitation.

- La transaction a lieu ce soir, nous le tenons, andiamo !

Tous les Aurors de la section des trafics arrivèrent en courant, jetant café, donuts et journaux. Visiblement, ils avaient trouvé leur coupable, eux. Harry les regarda disparaitre avec un peu d’envie. De son côté, il était loin d’arrêter le violeur… Dans la confusion générale laissée par le départ de l’équipe, Harry eut soudain l’idée absurde d’en profiter pour disparaitre quelques minutes lui aussi. À vrai dire, il savait très bien où il voulait aller. Il avait conclu que finalement, il voulait tout de même obtenir des réponses à ses questions. Puisqu’ils n’avaient pas grand-chose à faire en attendant que les derniers suspects viennent leur parler, il pouvait bien sortir un peu.

Harry quitta le MACUSA, transplana dès qu’il le put jusqu’à Central Park, entra dans la bouche de métro, remit sa cape et transplana à nouveau. Il arriva cette fois-ci devant un immeuble en brique rouge qui semblait vieux et pas très engageant. De toute évidence, les riches ne vivaient pas ici. Harry observa longuement la façade de l’immeuble en se demandant ce qu’il allait faire, maintenant qu’il était là. Il aurait peut-être dû aller à la librairie mais il avait envie de voir où elle habitait. Il songea un instant qu’il pourrait lui écrire un mot et le mettre dans sa boîte aux lettres mais ce serait absurde. En fait, c’était absurde d’être là, il devrait rentrer. Il était partagé entre son désir de parler à Malefoy et sa peur de le faire. Il n’était pas sûr que quoi ce soit de bon en ressortirait. Peut-être Dahlia serait-elle méchante, insultante et cruelle, exactement comme autrefois. D’ailleurs, Harry ne voyait pas pourquoi elle serait autre chose que ça. Mais tout de même, Drago lui avait écrit une lettre où il se confiait à lui. C’était perturbant, c’était à n’y rien comprendre.

Harry sursauta quand la porte de l’immeuble s’ouvrit et qu’une femme en sortit rapidement. Il se figea, regarda Dahlia s’éloigner sur le trottoir et la suivit sans même réfléchir. Ne travaillait-elle pas à cette heure-là ? C’était peut-être son jour de congé, qui sait… Pour être sûr de ne pas la perdre, Harry lança discrètement le sortilège du Nexus qui le liait à la personne qu’il filait, en cas de transplanage. Il savait que ce qu’il faisait n’était pas très bien, il n’avait pas à la suivre de cette manière mais tant pis. Après tout, Drago avait menti, il avait fait croire qu’il s’était suicidé et il avait embarqué Harry dans son mensonge. Harry estimait donc qu’il avait le droit de savoir.

Dahlia transplana au bout de la rue et Harry se laissa emporter avec elle grâce au lien magique. Ils arrivèrent dans une ruelle plus petite, plus sale et délabrée. Ils devaient être loin de la First et de la Seconde Avenue, dans un endroit pas très fréquentable. Harry serra sa baguette avec soin et se demanda dans quoi il s’était engagé. Avec méchanceté, il se dit qu’il aurait dû s’en douter, Malefoy avait toujours aimé les coins glauques, sombres et illégaux comme l’Allée des Embrumes.

Pour lui donner raison, Dahlia entra dans un bar à la devanture sordide. Harry s’empressa de rentrer derrière elle sans se faire remarquer, prenant soin de ne pas faire de bruit. Heureusement, la musique dissimulait parfaitement le bruit de ses pas. L’intérieur du bar était plus agréable que l’extérieur et paraissait même finalement sympathique. Ça devait être un lieu alternatif où des groupes de musiques se produisaient en petit comité. Un peu rassuré, Harry suivit Dahlia et la regarda s’asseoir à la table d’un homme qui attendait tout seul. L’homme était vieux, laid et Harry espéra – sans trop savoir pourquoi – que leur relation n’avait rien de sentimental. Il s’approcha suffisamment pour les entendre et écouter leur conversation, restant debout près de la table, contre le mur.

- Vous êtes en retard, fit remarquer l’homme.

Il n’avait pas l’air très à l’aise, au contraire de Dahlia qui s’assit comme si elle possédait elle-même le bar.

- Vous avez ce que j’ai demandé ?

Harry eut une réaction de surprise en entendant la voix de Dahlia. Ce n’était pas la même qu’avant, elle était moins grave, plus aigüe. Une fois la surprise passée, Harry se fit la réflexion que c’était plutôt logique.

- Oui, mais je veux l’argent d’abord.

Dahlia sortit une liasse de billets de son sac – des dollars sorciers –, la montra à l’homme discrètement puis la rangea.

- Je veux voir la marchandise, sinon pas d’argent, ordonna Dahlia.

Sa voix n’était plus la même mais Harry reconnut nettement les intonations méprisantes et autoritaires de Malefoy. Certaines choses ne changeaient pas, visiblement. Ce qui ne changeait pas non plus, c’était que Dahlia était clairement en train de faire quelque chose d’illégal et Harry en éprouvait un agacement croissant. Par Merlin, pourquoi fallait-il toujours que Drago fasse des conneries répréhensibles ? Il était insupportable. L’idée qu’il puisse faire quelque chose de vraiment grave effraya Harry et le déprima. Ce serait vraiment frustrant, décevant et triste que Drago soit devenu un criminel comme son père après avoir réussi à s’enfuir.

L’homme et Dahlia se levèrent, laissèrent de l’argent sur la table et sortirent dans la ruelle. Ils marchèrent quelques mètres avant d’entrer dans ce qui ressemblait à un garage ou à un entrepôt. L’homme sortit une clé et ouvrit la porte en vérifiant qu’ils étaient seuls. Ils marchèrent jusqu’à une table sur laquelle était posé une grosse malle et l’homme la déverrouilla d’un coup de baguette. Dahlia se pencha pour regarder et eut un air satisfait. Harry, lui, fixa le contenu de la malle avec horreur. Il y avait une bonne trentaine de révolvers moldus, soigneusement alignés. Putain, dans quoi s’était-il fourré ? Et Dahlia bon sang, qu’est-ce qu’elle foutait ?

- Vous les avez tous testés ? demanda Dahlia.

- Oui, ils fonctionnent tous. Mais vous savez, c’est dur de trafiquer des armes de Non-Maj, ça prend du temps…

- Et donc ?

- Je ne suis pas sûr que vous ayez apporté assez d’argent.

- Ne vous inquiétez pas, répondit Dahlia avec un sourire cynique. J’ai apporté exactement ce qu’il faut.

Elle ressortit la liasse de billets et la tendit à l’homme. Pendant qu’il comptait, Harry vit Dahlia mettre ses mains derrière son dos et agiter très légèrement sa baguette. L’homme se tourna vers elle.

- Il manque cent dollars, dit-il sèchement.

- Je ne crois pas, non.

- Si.

Il fit un pas vers elle, menaçant.

- Ecoute-moi bien ma poule, t’as intérêt à me donner mes cent dollars sinon je remballe ma marchandise et…

Il s’interrompit brusquement, alerté par un bruit. Spontanément, il se tourna vers la porte et Harry recula contre le mur du garage, anxieux. Soudain, sous le regard ébahi de Harry, la porte s’ouvrit à la volée sur Will Masetti et ses Aurors qui entrèrent dans la petite pièce en courant. Le trafiquant n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit, on le désarma facilement et les Aurors le trainèrent hors du garage.

- Je vous arrête pour détournement d’armes de Non-Maj, vente, possession et trafic d’armes illégales, énonça calmement Will tandis qu’on lui passait les menottes.

L’homme n’arrêtait pas de jurer. Harry attendit la suite, persuadé que Will allait s’en prendre à Dahlia mais non, personne ne semblait s’intéresser à elle. Deux Aurors saisirent la malle pleine d’armes et l’emportèrent à l’extérieur. Bientôt, il ne resta plus que Will et Dahlia dans le garage, et Harry, caché sous sa cape.

- C’est toujours un plaisir de travailler avec toi, Dahlia, dit Will en souriant doucement.

- Tu sais que je déteste ça, rétorqua froidement Dahlia. Quand est-ce que ça va s’arrêter ?

- Ce n’est pas moi qui décide ça, tu le sais bien. Et ça fait partie du contrat.

Dahlia eut une expression méprisante et un geste d’exaspération. Will semblait mal à l’aise et il tendit lentement la main vers le visage de Dahlia.

- Tu m’as manqué, murmura-t-il en caressant sa joue.

Elle se dégagea vivement de sa caresse.

- Je croyais que nous étions d’accord pour dire que ça, au moins, c’était fini.

Harry ressentit spontanément de la peine pour Will Masetti. Il n’aurait pas aimé qu’une femme le rembarre aussi froidement, ça lui aurait brisé le cœur. C’est d’ailleurs ce que Will semblait éprouver car il retira sa main et la laissa retomber le long de son corps.

- Pas besoin d’être aussi cruelle, je n’ai rien fait pour mériter ça.

Dahlia observa Will une seconde et se mordit la lèvre, nerveuse.

- Désolée… Je suis un peu à cran en ce moment.

Il y eut un silence puis Will reprit contenance, comme si rien ne s’était passé.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il fermement.

- Vous travaillez avec des Aurors anglais en ce moment ?

La question trahissait une certaine nervosité et Harry comprit ce qui mettait Dahlia à cran. Evidemment.

- Tu les as vus ? dit Will. Ils sont là pour travailler avec Bernard.

- Ce connard, marmonna Dahlia. Ils vont rester combien de temps ?

- Aucune idée, jusqu’à la fin de leur enquête.

Will hésita, regarda Dahlia triturer la manche de son pull et se rapprocha un peu d’elle.

- Dahlia, sois honnête. Est-ce que la présence de Harry Potter à New York est un danger pour toi ? Tu as été innocentée, n’est-ce pas ? Ils n’ont rien à te reprocher ?

- Bien sûr que non ! se défendit vivement Dahlia. Je ne suis pas en danger, c’est juste…

Elle détourna le regard, fixa le sol et se tut. Harry eut la nette impression que Will comprenait parfaitement ce qu’elle taisait. A cet instant, il était sûr de quatre choses : Will Masetti était amoureux de Dahlia Malefoy, il savait parfaitement qui elle était et ce qu’elle avait fait, Dahlia travaillait pour le MACUSA et enfin, Dahlia était aussi perturbée d’avoir croisé Harry qu’il l’était de l’avoir croisée.

- Tiens, dit Dahlia en tendant la liasse de billets à Will.

Il la prit vivement, compta plusieurs billets qu’il donna à Dahlia puis fourra le reste dans sa poche.

- Tu viens faire ton rapport ? demanda Will avec un regard quasi suppliant.

- Non, répondit fermement Dahlia. Hors de question que je croise Potter.

- Alors on peut aller boire un verre et en profiter pour faire ta déposition…

- Will… souffla Dahlia.

Elle lui sourit, beaucoup plus doucement qu’au début, comme si elle voulait se faire pardonner son rejet.

- Va fêter ta victoire avec tes collègues, ils doivent t’attendre.

- Il n’y aurait pas de victoire sans toi, rétorqua Will avec une tristesse évidente.

- Tout le monde s’en fout de ça.

Il ne chercha pas à la contredire et ils sortirent tous les deux du garage. Harry les suivit, assez rapidement, pour ne pas se laisser enfermer et se retrouva dans la rue. Il vit Will transplaner et Dahlia l’imita juste après, entrainant Harry avec elle. Ils atterrirent devant l’immeuble de brique rouge qu’ils avaient quitté une trentaine de minutes plus tôt. Harry mit fin au sortilège du Nexus, regarda Dahlia rentrer chez elle et transplana à son tour.

Il était un peu choqué par ce qu’il venait de voir, même s’il ne savait pas trop ce qui le choquait le plus. D’un côté, il était rassuré de savoir que Dahlia n’était finalement pas une criminelle mais une indic qui aidait les Aurors. D’un autre côté, savoir qu’elle avait été avec Will Masetti le perturbait. Ce qui le déstabilisait le plus, au fond, c’était de se rendre compte que Malefoy avait continué à exister sans eux pendant des années, se créant une vie complètement différente, après les avoir abandonnés au bord d’une falaise. Décidément, il ne connaissait rien de Malefoy, rien du tout. Il avait témoigné en sa faveur, il lui épargné la prison, ils avaient combattu ensemble, d’une certaine manière mais malgré tout, Malefoy restait un mystère total pour Harry.

Il arriva au MACUSA avant Will puisqu’il avait transplané dans New York, lui. Il s’empressa de trouver Hermione qui l’accueillit avec un regard noir.

- Où étais-tu ? Je t’ai cherché partout !

Il expliqua qu’il avait eu quelque chose à faire.

- Une piste que je voulais vérifier, marmonna-t-il.

Hermione, Tyler et Abby avait interrogé les deux suspects qui étaient venus et il n’en restait plus qu’un. Harry assista et participa au dernier interrogatoire pour se faire pardonner puis ils regagnèrent tous la salle de pause où Will Masetti et sa bande recevaient des félicitations méritées. Harry observa Will différemment, avec plus d’attention. On lui donnait des tapes dans le dos, on lui assurait que cette réussite était méritée et qu’il avait bien bossé. Personne ne prononça le prénom de Dahlia. Harry trouvait que Will était plutôt courageux de sourire aussi facilement devant ses collègues alors qu’il venait de se faire jeter deux fois de suite par la femme dont il était clairement amoureux. D’ailleurs, les autres savaient-ils ? Harry aurait parié que non.

Dès qu’ils rentrèrent à l’hôtel, Harry raconta à Hermione ce qu’il avait vu, sans occulter le moindre détail. Elle eut l’air surprise et choquée, elle aussi et elle se fit un thé avant de poursuivre la discussion.

- Elle a traité Troy Bernard de connard ? demanda Hermione.

- Oui, confirma Harry en souriant.

Il ne savait pas pourquoi mais ça lui plaisait.

- C’est quand même incroyable qu’un type comme Masetti soit sorti avec elle, non ?

- Pourquoi ? demanda Hermione.

- Eh bien, je ne sais pas mais… c’est quand même particulier non ? Je veux dire, Dahlia était un homme avant, c’est… Enfin bon, c’est son problème.

- Oui, ça ne nous regarde pas.

- Je veux aller la voir et lui parler, maintenant qu’on est sûr que c’est elle et qu’on est sûr qu’elle travaille du bon côté. Je veux juste savoir ce qui s’est passé.

- D’accord, dit calmement Hermione. Allons-y demain.

Il eut l’air surpris qu’elle accepte aussi facilement et qu’elle veuille l’accompagner. Hermione haussa les épaules et mélangea son thé avec soin.

- Quoi ? Après tout, moi aussi ça me perturbe de savoir que Malefoy est encore en vie, sa mort m’avait attristée à l’époque. Je serais contente de savoir qu’elle a réussi à s’en sortir.

Ils s’y rendirent le lendemain soir, après leur service. Ils attendirent devant chez elle, à peu près certains qu’elle finirait par rentrer du travail à un moment ou à un autre. Ils étaient allés vérifier, elle était bien dans la librairie aujourd’hui. Ils attendirent longtemps et il faisait quasiment nuit quand Dahlia arriva sur le trottoir. Il était huit heures du soir, elle avait dû rester discuter avec sa collègue ou faire autre chose, peu importe. Harry et Hermione sortirent de l’obscurité de la rue et s’avancèrent vers elle.

- Malefoy, dit Harry en la regardant fermement.

Dahlia sursauta tellement qu’elle faillit faire tomber son sac à main et lança à Harry un regard mauvais. Elle sembla hésiter un instant puis céder, réalisant qu’il n’était plus utile de faire semblant de rien. Elle ne pourrait pas fuir indéfiniment, ils l’avaient retrouvée.

- Potter, dit-elle avec résignation.

Et elle le prononça avec le même mépris et la même froideur qu’autrefois.

- Nous voulons juste discuter, précisa Hermione pour atténuer la tension.

- Je m’en doute…

Elle poussa la porte de l’immeuble comme elle aurait poussé la porte d’une prison et ils la suivirent en silence. Il n’y avait pas d’ascenseur, malheureusement, ils durent monter les quatre étages à pied. Les couloirs étaient sombres, les murs décrépis et l’ensemble vieillot. Dahlia ouvrit la porte d’un appartement, alluma la lumière et les fit entrer chez elle.

C’était petit mais joliment décoré. Il y avait une minuscule cuisine, un salon qui contenait un étroit canapé, une table basse, une table et deux chaises ainsi qu’une étagère pleine de livres. Tout était bien agencé mais serré. On n’aurait rien pu mettre d’autre. Il y avait une porte, à droite, qui devait donner sur la chambre. C’était très sobre et très modeste, elle ne devait pas avoir beaucoup d’argent. Ce qui choqua Harry, ce fut le bazar qui régnait dans cet appartement. Une pile de vaisselle sale s’entassait dans l’évier, des vêtements trainaient par terre, des livres et des magazines s’empilaient sur la table basse et s’étaient manifestement effondrés. Harry regarda l’ensemble avec stupeur. Allez savoir pourquoi, il avait toujours imaginé Malefoy comme quelqu’un d’ordonné et de soigneux.

Harry échangea un regard avec Dahlia, malgré lui et elle rosit légèrement. Elle rassembla approximativement les livres, fourra deux tasses sales dans l’évier – qui débordait – et leur désigna la table.

- Je ne pensais pas recevoir de visite, déclara-t-elle dans une sorte d’excuse.

Harry et Hermione s’assirent à la table pendant que Dahlia faisait apparaitre une troisième chaise et prenait place à côté d’eux. Ou plutôt en face. Maintenant qu’ils étaient aussi proches, à la lumière de la lampe, Harry trouvait cela encore plus impressionnant. C’était Drago et en même, temps, ce n’était pas lui. Dahlia avait un visage légèrement différent, plus fin. Et ses cheveux longs, ça la changeait beaucoup. Mais paradoxalement, elle n’avait jamais autant ressemblé à son père.

Elle aurait pu leur proposer quelque chose à boire, elle ne le fit pas. Elle ne voulait surtout pas leur donner un prétexte pour s’attarder. Elle posa sa baguette sur la table, devant elle, et croisa les bras dans un geste clairement défensif. Harry fixa la baguette, malgré lui, parce qu’elle était juste sous ses yeux, et il tressaillit.

- Cette baguette… commença-t-il.

- C’est la mienne, répondit froidement Dahlia.

- C’est celle que je t’ai prise pendant la guerre ! Je croyais qu’elle était encore chez moi, comment tu l’as eue ?

- Je suis venue la récupérer.

- Quoi ? Tu t’es introduit chez moi pour voler la baguette ?

- Tu me l’avais volée en premier.

Harry et Dahlia s’affrontèrent du regard un seconde puis abandonnèrent, conscients que ce n’était pas utile de se disputer pour cela.

- Donc… dit Hermione pour changer de sujet. C’est Dahlia maintenant, c’est ça ?

Dahlia l’observa en silence, pour savoir si la question était un piège ou non puis se tendit.

- Oui, c’est Dahlia maintenant.

- C’est pour ça que tu es partie ?

- Oui, essentiellement. Ça aurait été… enfin… imagine un peu si j’étais sortie comme ça à Londres ! Mes parents m’auraient tuée.

Elle éclata de rire mais il n’y avait rien d’heureux dans son rire. Hermione eut une expression de compassion qui déstabilisa Dahlia et son rire mourut de lui-même.

- Mais donc, tu es devenue une femme alors ? demanda Harry.

- Non, répliqua froidement Dahlia sans le regarder. J’ai toujours été une femme.

- Ah bon… Mais…

- Ecoute Potter, je ne suis pas une encyclopédie, d’accord ? Si tu te poses des questions sur la transidentité, va lire des livres sur le sujet ! Je suis une femme, j’ai toujours su que j’étais une femme et maintenant je peux vivre comme je le veux.

- Même à Poudlard ? insista Harry.

- Oui.

- Ça ne se voyait pas.

Dahlia regarda Harry comme s’il était stupide, ce qui lui rappelait le bon vieux temps, si on pouvait dire ça.

- Evidemment, qu’est-ce que tu aurais voulu que je fasse ? Que je vienne en cours en jupe et que je me ridiculise devant toute l’école ?

- Oui, non, c’est sûr…

- Ça n’a pas dû être facile, dit gentiment Hermione. Tu as un travail apparemment, tout va bien ?

Pendant que Dahlia assurait de façon expéditive que tout allait bien, Harry l’observa du coin de l’œil, en essayant d’être discret alors qu’il ne devait pas l’être du tout. Son regard descendit sur son gilet gris, chercha un semblant de poitrine qu’il ne trouva pas et s’empressa de remonter, honteux.

- Mais alors, tu prends des… choses pour… être comme ça ? demanda Harry en faisant un geste vague dans sa direction.

- Harry, ça ne nous regarde pas, s’écria Hermione avec réprobation.

- Quoi ? Je demande juste par curiosité, c’est tout. Avoue que c’est quand même un peu déroutant non ? Pendant des années on l’a connue…

- Oui, je prends des potions pour être comme ça, Potter, coupa sèchement Dahlia.

- D’accord. Et tu t’es fait opérer pour changer… tu sais, pour changer de sexe ?

- Opérer ? demanda Dahlia d’un ton hargneux et agressif.

Sa main s’était crispée sur son gilet et elle fixait Harry avec une expression de haine et de rancœur qui le déstabilisa.

- Les sorciers ne se font pas opérer, dit froidement Hermione à Harry. Ils utilisent des sortilèges de reconstruction.

- Ah d’accord mais donc…

- Dis-moi, Potter, il y a une question que je me pose depuis des années et j’ai l’impression que c’est le moment idéal pour avoir ma réponse.

- Laquelle ? demanda Harry, étonné.

- Combien mesure ta queue ?

Harry la fixa, sidéré, et rougit un peu.

- Quoi ? Mais…

- Allez, vas-y, n’aie pas honte. Treize centimètres ? Quinze ? Dix-sept ?

- Mais arrête, ça ne te regarde pas ! s’écria Harry.

- Pardon, je croyais qu’on était en train de parler de nos parties génitales.

Dahlia s’adossa à sa chaise et le regarda, le visage fermé et méprisant. Hermione osa un coup d’œil vers Dahlia et ébaucha un très léger sourire, comme si elle appréciait la répartie de Malefoy. Harry, lui, se sentit stupide.

- Je ne disais pas ça pour te vexer, marmonna-t-il. C’est simplement que je me dis que si tu veux être une vraie femme, tu voudrais peut-être…

Les yeux de Dahlia s’écarquillèrent légèrement et ses doigts lâchèrent son gilet. Elle posa ses mains sur la table, comme pour se donner du courage ou s’empêcher de frapper Harry. Il observa machinalement le bracelet qu’elle portait au poignet droit, un bijou en argent représentant deux serpents entrelacés. C’était joli, ça aurait été encore plus joli si ça n’avait pas été sur Malefoy.

- Harry, ça n’a rien à… commença Hermione, l’air indignée.

- Je t’écoute, Potter, puisque tu es un expert en la matière, coupa Dahlia. C’est quoi une vraie femme pour toi ?

Il y avait un piège dans la question, assurément. Harry hésita un instant, pas très sûr de sa réponse.

- Eh bien, je pense que c’est quelqu’un qui a un corps de femme, je suppose, qui… je ne sais pas trop, qui a euh… enfin tu vois.

- Tu ne peux pas réduire ça au corps, Harry, rétorqua Hermione.

- Un avis sur la question peut-être, Granger ? Après tout, tu es concernée.

- Pour moi, être une femme c’est avant tout social. Ce n’est pas simplement avoir des cheveux longs et porter des jupes. C’est faire partie d’un groupe oppressé et en subir les conséquences.

- Tu veux dire qu’il faut se faire discriminer pour être une femme ? demanda Harry, sceptique.

- Pas tout à fait mais je trouverais ça déplacé qu’une personne revendique être une femme et continue à jouir des privilèges d’un homme.

- Tu m’as vue ? demanda froidement Dahlia. Tu crois vraiment que je jouis encore des privilèges d’un homme ?

- Je ne parlais pas de toi, je faisais une généralité. Dis-nous donc ton avis, toi.

Dahlia réfléchit à peine une seconde avant de répondre.

- Je pense que n’importe quelle personne qui dit être une femme en est une et que personne ne peut mieux savoir que nous ce que nous sommes. Le corps ou l’apparence n’ont aucune importance.

- C’est un peu facile, rétorqua Harry. Le corps c’est quand même important !

- Et pourquoi donc est-ce si important ? répliqua Dahlia. Ton pénis n’est quand même pas la partie centrale de ton identité, si ? Tu ne penses pas avec lui, tu ne parles pas avec lui, tu n’aimes pas avec lui. Si demain tu le perdais, ça ne changerait pas ta personnalité, tes défauts ou tout le reste. Ce n’est qu’un détail !

- Je ne suis pas d’accord, il y a des moments où c’est important et où on aime avec. Je ne pourrais jamais coucher avec une femme qui a un pénis.

- Harry ! s’indigna Hermione.

Dahlia rougit et détourna vivement le regard.

- Personne ne te le demande.

Il y eut un silence pesant et embarrassant pendant lequel Hermione foudroya Harry du regard. Il se demandait bien comment ils en étaient venus à débattre de ce qu’était ou non la féminité, il n’était pas venu là pour ça.

- Tu travailles avec le MACUSA, dit-il.

- Et alors ?

- C’est bien, je ne pensais pas que tu ferais quelque chose comme ça.

- Tu ne me connais pas.

- Non mais autrefois, tu n’étais pas vraiment du côté des Aurors, répliqua sèchement Harry.

- Tout le monde change, tempéra Hermione.

- C’est clair qu’elle a changé, admit Harry en appuyant sur le mot, avec un peu de moquerie.

Dahlia et Hermione levèrent les yeux vers lui, surprises de son ton.

- Pourquoi as-tu l’air tellement en colère ? demanda sincèrement Dahlia. Ça te dérange à ce point que je sois une femme ?

- Je me fous complètement que tu sois une femme, un trans ou je ne sais quoi !

- Alors quoi ? insista Dahlia d’un ton menaçant.

- Ce qui m’énerve c’est que j’ai cherché ton corps pendant toute une journée dans les eaux de la mer du Nord ! cria Harry. J’ai même assisté à ton enterrement ! Et j’ai reçu ta maudite lettre où tu me dis toutes ces conneries. A cause de ça, j’ai eu l’impression que c’était en partie ma faute si tu t’étais suicidé, je me suis senti coupable de ne pas avoir fait quelque chose plus tôt ou… Alors qu’en fait, tu vivais tranquillement à New York pendant tout ce temps !

Dahlia regarda Harry, ahurie, puis son visage s’assombrit nettement et devint aussi haineux qu’il pouvait l’être, autrefois. Elle se leva de sa chaise et se pencha vers lui avec mépris.

- J’en ai connu beaucoup des types égoïstes mais toi, tu détiens vraiment la palme ! Tu t’es senti coupable ? Mon suicide a bouleversé ta petite vie ? Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Ce n’est pas ma faute si tu te sens responsable de tout ce qui se passe dans ce monde ! Tu as cherché mon corps ? Et alors ? As-tu la moindre idée de ce que j’ai vécu, moi ? De ma souffrance à moi ? Je me suis enfuie, j’ai abandonné mes parents et mon pays pour venir ici, où je ne connaissais personne. J’ai renoncé à tout ce que j’étais pour être enfin libre et moi-même. Je me fous que tu te sentes coupable ! De quel droit est-ce que tu te pointes chez moi pour m’insulter ou m’agresser comme ça ?

- Je ne t’ai pas agressée…

- Si tu l’as fait ! Tu viens avec tes questions dégueulasses et tu te permets de juger ce que je suis, de quel droit ? Pour satisfaire ta petite curiosité malsaine ?

- Non, ce n’est…

- Va te faire foutre Potter ! Je me fiche de ce que tu penses ! Oui je prends des potions, oui j’ai encore une bite et non, rassure-toi, je ne te demanderai jamais de coucher avec moi ! Maintenant, va-t’en, sors de chez moi, je ne veux plus te voir !

La voix de Dahlia avait changé et était brusquement redevenue grave comme autrefois, comme si sa colère lui avait fait perdre le contrôle de ses cordes vocales. Harry était sonné. Il avait rarement vu Malefoy aussi furieuse et c’était la première fois qu’elle lui criait dessus de cette manière. Sans doute en avait-elle eu envie durant toute sa vie, c’était chose faite. Harry se leva sans protester, désireux de partir lui aussi. Hermione le suivit sans rien dire, souhaita une bonne soirée à Dahlia et ils transplanèrent dès qu’ils le purent. Quand ils rentrèrent à l’hôtel, Hermione attrapa le bras de Harry pour l’empêcher d’entrer dans sa chambre. Il y avait tellement de colère et de déception dans son regard qu’il se figea.

- Le fait que tu l’aies insultée et humiliée pendant toute la conversation, c’était volontaire ou bien est-ce que tu ne t’es même pas rendu compte de ce que tu faisais ?

- Tu exagères un peu, je n’ai pas…

- Arrête Harry !

Il affronta le regard d’Hermione, trop en colère lui aussi pour ressentir autre chose.

- Et pourquoi devrais-je être gentil avec elle ? Parce que c’est une femme ? Parce qu’elle est trans ? Femme ou pas, ça ne change absolument rien à ce qu’elle nous a fait pendant des années. Je ne l’ai jamais supportée et ce n’est pas maintenant que ça va changer. Tant mieux pour toi si tu lui as pardonné les insultes et les cruautés, ce n’est pas mon cas.

Il ne laissa pas à Hermione le temps de répondre et s’enferma dans sa chambre en claquant la porte.



Durant les deux ou trois jours qui suivirent, Harry fut d’une humeur épouvantable. Le fait qu’Hermione lui fasse la gueule n’arrangeait rien. Elle n’était pas spécialement froide avec lui, elle ne lui lançait pas de regards noirs mais il pouvait sentir qu’elle lui en voulait. Son attitude passive-agressive angoissait Harry. En plus de ça, il n’arrêtait pas de repenser à leur rencontre avec Dahlia. Ça avait été un désastre, c’était peu de le dire. En même temps, quand une rencontre avec Malefoy avait-elle été une réussite ? N’était-ce finalement pas la suite logique de leur histoire ? Il avait beau se le répéter, il se sentait un peu mal parce qu’il savait bien qu’il avait mal agi. Plus il y pensait et plus il avait conscience de l’aspect déplacé de ses remarques. Sur le moment, il n’avait pas vu le problème et il avait posé les questions que n’importe qui aurait posé – il voulait fortement le croire pour se dédouaner – mais avec du recul, demander à quelqu’un ce qu’il avait entre les jambes était plus que grossier.

Il l’avait surement blessée avec ses questions mais une voix dans la tête de Harry lui répétait qu’il s’en moquait bien. Ne l’avait-elle pas blessé pendant des années avec ses remarques cruelles sur la mort de ses parents ou des gens qu’il aimait ? N’avait-elle pas blessé Ron avec ses questions déplacées sur les finances de sa famille ou l’apparence de sa mère ? N’avait-elle pas blessé Hermione avec ses insultes et son mépris sur ses origines ? Alors bon, si une fois dans sa vie c’était elle qui se retrouvait blessée, insultée et qui avait l’impression d’être nulle, Harry estimait que ce n’était que justice. Ce qui ne l’empêchait pas de se sentir coupable quand même.

Le troisième soir, Harry frappa doucement à la porte de la chambre d’Hermione et entra quand elle le lui permit. Il la regarda avec hésitation et sourit presque timidement.

- On peut parler ? Demanda-t-il.

Hermione hocha la tête et il vint s’asseoir sur le fauteuil qui se trouvait là. Elle fit chauffer la bouilloire et leur servit un thé brûlant. Ils n’en pouvaient plus de boire le café du MACUSA, le thé leur manquait terriblement. Ils burent une première gorgée en silence puis Harry se lança.

- Je sais que j’ai été insultant envers Dahlia l’autre soir et je sais que je n’aurais peut-être pas dû.

Il lui expliqua ce que disait la voix dans sa tête, celle qui pensait que Dahlia méritait bien de se prendre quelques humiliations. Hermione écouta calmement et souffla sur son thé. L’obscurité de la chambre et la lueur de la petite lumière leur donnait l’impression d’être à nouveau à Poudlard, dans la salle commune et d’échanger une énième confidence.

- Je comprends, avoua Hermione. Je pense que j’ai peut-être réagi un peu trop fortement l’autre soir. Après tout, je n’ai pas non plus spécialement envie de défendre Dahlia. Je me souviens parfaitement des choses qu’elle m’a dites, de sa façon de me traiter de Sang de Bourbe.

- Ah, ça me rassure un peu…

- Cependant, je pense qu’il ne faut pas se tromper de combat. Ce n’est pas parce qu’on méprise quelqu’un qu’on peut se mettre à insulter la couleur de sa peau, ses préférences amoureuses ou son identité de genre. Je pense qu’on vaut mieux que ça.

- Je… d’accord, un point pour toi, Hermione, céda Harry. Sur le moment, je ne pensais pas forcément à mal mais…

- Lui dire que son corps ne convient pas et qu’elle n’est pas une vraie femme, ça ne peut pas être gentil ou délicat. Et ce n’est pas à nous de juger ça de toute façon.

- Ouais…

Il but une autre gorgée, honteux de lui-même.

- Autre chose, dit Hermione pour attirer l’attention de Harry. L’autre soir, j’avais envie d’être aimable avec Dahlia, pas parce que j’ai tout pardonné et parce que le fait qu’elle soit transgenre efface tout mais simplement parce que je me suis dit qu’en cinq ans, elle avait peut-être évolué et changé et que je pouvais bien lui donner une chance.

- Elle a peut-être évolué mais elle était toujours aussi froide et désagréable, je crois que c’est ça qui m’a énervé le plus.

- Je pense qu’elle avait surtout peur d’entendre exactement les remarques que tu as faites…

- Peut-être ou peut-être qu’elle est juste toujours aussi insupportable et déplaisante.

- Nous ne le saurons sans doute jamais, maintenant, soupira Hermione. Mais tant pis, ça ne m’empêchera pas de dormir non plus.

Ils étaient réconciliés et Harry se sentit beaucoup mieux. Lui non plus ne perdrait pas le sommeil pour si peu. Après tout, ce que Malefoy était devenue ne l’intéressait pas outre mesure et maintenant qu’il savait que c’était bien elle, qu’il avait une explication rationnelle au pourquoi du comment, il pouvait arrêter d’y penser.



L’enquête piétina pendant deux jours encore jusqu’à ce qu’Abby Lynch arrive aux bureaux avec une nouvelle : il y avait d’autres victimes qu’ils n’avaient pas reçues et dont ils n’avaient pas eu les témoignages. Une femme qui avait envoyé une lettre durant la nuit pour avouer qu’elle avait été agressée elle aussi mais qu’elle n’avait pas eu le courage de le dire plus tôt. Et deux autres, dont l’agression ne datait que de quelques jours.

- C’est l’un de mes indics qui me l’a dit, expliqua Abby. Il a entendu des rumeurs, à la sortie d’une boîte de nuit. Il parait que des filles qui y travaillent ont été agressées cette semaine, à trois jours d’intervalle.

- Très bien, dit Troy Bernard. Il faut aller interroger ces filles dans ce cas.

Abby Lynch eut une réaction de malaise évidente et pinça les lèvres.

- Ça s’est passé au Duc’s Nights, déclara-t-elle.

Troy et Tyler eurent la même réaction qu’elle et un silence embrassé s’installa. Harry et Hermione échangèrent un regard.

- Eh bien quoi ? demanda Harry.

- Nous ne pouvons pas aller dans cette boîte de nuit, répondit Tyler. Personne ne nous parlera, c’est inutile.

- Pourquoi ça ?

- Parce que ça appartient à Michael Leone, un des parrains de la mafia new-yorkaise et qu’il déteste les Aurors, évidemment.

- La mafia ? répéta Harry, sidéré. Il y a des bandes mafieuses chez les sorciers ?

- Bien sûr ! Bienvenue à New York mon vieux !

Harry et Hermione étaient surpris mais ils n’insistèrent pas. En attendant, c’était bien problématique. Ils avaient besoin du témoignage de ces femmes, chaque information nouvelle pouvait les mener au violeur.

- Qu’est-ce qu’on fait alors s’ils refusent de parler aux Aurors ? demanda Hermione.

Tyler et Abby échangèrent un regard hésitant.

- Il va falloir faire appel à… commença Abby.

- N’y a-t-il pas une autre solution ? coupa sèchement Troy Bernard.

- Vous savez très bien qu’elle est la mieux placée pour ça.

- Je n’ai aucune envie de demander de l’aide à cette garce, dit Troy avec rancœur.

C’était peut-être la façon dont il avait prononcé le mot « garce », façon qui ressemblait beaucoup au ton de Dahlia quand elle avait dit « ce connard » mais Harry fut presque certain qu’ils parlaient d’elle.

- S’il existe quelqu’un qui puisse nous aider, il faut le faire venir, dit Hermione d’un ton ferme pour couper court à ce débat inutile.

- Très bien, céda Bernard, qui n’avait pas d’autre choix. Envoyez-lui un message et dites-lui de rappliquer immédiatement.

Tyler s’en chargea et ils allèrent boire un café en attendant. Ils décidèrent qu’Hermione et Abby iraient interroger la femme qui avait envoyé un courrier tandis que Harry et Tyler s’occuperaient du reste. A la fin du café, Hermione et Abby s’en allèrent pour rencontrer la nouvelle victime. Harry, Tyler et Troy Bernard restèrent dans la salle de pause, en compagnie de nombreux Aurors. Il fallut trente minutes à la personne qu’ils avaient contactée pour arriver et quand elle le fit, Harry vit que son intuition était la bonne, c’était bien Dahlia.

Elle pénétra dans la salle de pause avec précaution, l’air méfiante et pas du tout à l’aise. Elle croisa le regard de Harry, l’ignora et marcha vers Tyler.

- Je suis là, dit-elle à voix basse.

- Ah ! s’écria la voix grave et forte de Troy Bernard.

Il s’approcha d’elle et Harry le suivit, bien obligé d’y aller. Troy s’arrêta à côté de Dahlia et regarda Harry.

- Voilà donc notre experte dans tout ce qui est glauque, sordide, illégal et indécent, annonça Bernard à l’adresse de Harry.

Il souriait avec un mépris qui n’échappait à personne. Autour d’eux, les Aurors en pause se tournèrent vers eux avec un sourire moqueur, l’air habitués aux déclarations de Bernard. Dahlia, elle, lui jeta un regard glacial. Bernard lui répondit en souriant davantage, un sourire méchant et cynique. Il recula d’un pas, l’observa avec attention et sourit encore plus.

- Ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas croisé, dit-il. J’avais oublié… C’est quand même incroyable que tu aies un cul plus sexy que celui de ma copine alors que t’es même pas vraiment une femme !

Et pour ponctuer ses dires, il donna une tape sur les fesses de Dahlia. La plupart des Aurors éclatèrent de rire ou hochèrent la tête en souriant, l’air de trouver que les plaisanteries de Troy étaient bon enfant. Harry vit la mâchoire de Tyler Davis se contracter, il ne riait pas du tout, lui. Il vit le visage de Dahlia devenir rouge de honte et de colère contenue. Harry comprit pourquoi elle l’avait traité de connard. Il fut frappé par l’idée extrêmement déplaisante qu’il ne valait pas mieux que Bernard. Ne lui avait-il pas dit, quelques jours plus tôt, qu’elle n’était pas une vraie femme, lui aussi ? Dans la bouche d’un autre, l’insulte devenait plus évidente encore. Harry détourna le regard, gêné, ne sachant pas trop comment réagir.

- Je suis vraiment une femme, répondit la voix de Dahlia.

Cela déclencha d’autres rires méprisants mais elle les ignora. Harry se tourna vers elle et la regarda avec stupeur. Il ne savait pas vraiment comment le formuler mais il trouvait cela terriblement courageux de réussir à déclarer ça au milieu de tous ces gens qui se foutaient de sa gueule. Et le fait que ce courage soit celui de Malefoy le choqua sincèrement, le choqua et le laissa un peu admiratif. Si elle n’avait pas dit cela, il n’aurait pas jugé utile de faire un esclandre. Mais puisqu’elle se défendait avec courage et que personne d’autre ne semblait vouloir prendre sa défense, Harry leva les yeux vers Troy Bernard.

- Je ne sais pas si c’est un comportement habituel chez vous, mais en Angleterre, on appelle ça du harcèlement sexuel.

La déclaration de Harry fut suivie d’un silence des plus pesants et des plus tendus. Plusieurs Aurors eurent l’air mal à l’aise et Troy Bernard observa Harry avec hésitation, partagé entre son envie de rembarrer ce jeune anglais présomptueux qui osait lui faire un reproche et son désir d’étouffer immédiatement cette querelle inutile.

- Mais non voyons, dit-il en riant. Malefoy sait très bien que je plaisante, c’est pour rire.

- Elle n’a pas l’air de s’amuser, rétorqua froidement Harry.

- Ah… souffla Troy en souriant. Et je suppose que tu sais de quoi elle a l’air quand elle s’amuse ?

Il y avait une insinuation qui ne plut pas à Harry, pas plus qu’il n’aima les sourires goguenards des autres Aurors. Il y avait une chose que Troy et les autres n’avaient pas comprise, parce qu’ils ne connaissaient pas Harry et qu’ils vivaient dans un monde très différent du sien. Cette chose, c’était que Harry avait affronté des gens bien plus effrayants qu’eux et qu’il n’avait absolument pas peur d’un type comme Troy Bernard.

- Je la connais depuis que nous sommes enfants, nous étions à l’école ensemble. Je sais parfaitement de quoi elle a l’air quand elle s’amuse.

La réponse de Harry était si froide que les sourires disparurent du visage des Aurors. Il y eut un nouveau malaise, bien pire que le premier. Cette fois-ci, Troy fixait Harry avec surprise et embarras.

- Vraiment ? Merde mon vieux, tu aurais dû me dire que c’était une amie d’enfance ! Désolé.

Il avait l’air sincère. Harry trouva ce changement d’attitude étrange et suspect puis il comprit, aux expressions désolées des autres, qu’il y avait des valeurs dans ce bureau. Se moquer des femmes, des trans et autres minorités était normal mais s’en prendre à un ami d’enfance, une sœur, une copine, une cousine d’un des Aurors, c’était inenvisageable. Troy s’avança, posa une main sur l’épaule de Harry et lui sourit.

- Sans rancune mon vieux.

Harry ne répondit rien et regarda Dahlia entrer dans la salle de réunion. Elle alla s’asseoir le plus au fond possible, comme si elle voulait se cacher. Spontanément, Harry la suivit et s’assit à côté d’elle. Dahlia lui lança un regard hargneux, l’air de lui demander de s’en aller mais il ne bougea pas. Tyler et Troy entrèrent à leur tour et s’assirent face à eux sur la grande table. Troy entreprit de raconter à Dahlia les grandes lignes de leur enquête et de lui expliquer pourquoi ils avaient besoin d’elle.

- Il nous faut le nom et le témoignage des victimes, c’est essentiel, insista Tyler d’une voix plus douce.

- J’ai compris, assura Dahlia.

- Vous y allez tous les deux, j’imagine ? demanda Troy en regardant Harry.

- Euh oui, c’est parfait.

Troy se leva et se dépêcha de s’en aller. Tyler annonça qu’il allait voir où en étaient Hermione et Abby et disparut à son tour. Harry se tourna vers Dahlia, incertain et mal à l’aise.

- Euh, donc…

- Allons-y Potter, ordonna-t-elle en se levant vivement.

Il la suivit docilement dans les escaliers du MACUSA puis ils sortirent et Harry continua à la suivre sur le trottoir. Puisqu’il n’avait pas vraiment mieux à faire, il regarda ses longs cheveux blonds qui se balançaient dans son dos, son pull bleu ciel, son pantalon bleu et ses bottines de cuir noires. Ce ne fut qu’alors qu’il se rendit compte qu’elle portait un jean et cette idée l’amusa.

- Depuis quand tu mets des jeans, Malefoy ? demanda Harry.

Elle se retourna pour lui lancer un regard méprisant.

- Tout le monde met des jeans ici, c’est la mode, répondit-elle. Nous devons trouver un taxi.

Elle en héla un dix secondes plus tard et ils se laissèrent conduire à Central Park avant d’entrer dans Hidden City. Harry n’avait pas envie de parler devant le chauffeur et il s’était abstenu mais il fallait qu’il discute avec Dahlia. Il voulait le faire avant qu’ils transplanent en direction de la boîte de nuit et il hâta le pas dès qu’ils sortirent de la station de métro magique, marchant à sa hauteur.

- Malefoy, attends, je voudrais te dire quelque chose.

Dahlia s’arrêta de mauvais gré et attendit avec une expression résignée. Harry se racla la gorge, nerveux et mal à l’aise.

- Je voulais… je voulais m’excuser pour l’autre jour, je… je sais que j’ai été blessant et… je suis désolé.

- Les gens sont toujours blessants sans le faire exprès, rétorqua Dahlia avec fatalisme.

- Non, je… je pense que j’avais envie d’être blessant, parce que c’était toi.

Dahlia tressaillit devant la sincérité de l’aveu et regarda Harry dans les yeux. Ils faisaient la même taille et ils s’affrontèrent du regard un instant, sur le trottoir. Pour la première fois depuis qu’il l’avait rencontrée à New York, Harry se sentit sûr de lui et presque serein. Dahlia finit par détourner le regard.

- Ecoute… Je comprends que tu me détestes encore et que tu m’en veuilles pour… tout ce qui s’est passé entre nous. Tu peux me reprocher tout ce que tu veux Potter, tu peux me reprocher mes choix, ma position pendant la guerre, les tentatives de meurtres, les insultes, les méchancetés, tu peux critiquer mes parents, ma lâcheté, tout ce que tu veux. Mais, s’il te plait, pas ça, pas le fait que je sois une femme.

Elle avait parlé calmement et fermement, sa voix n’avait pas chancelé mais Harry pouvait deviner la supplication. C’était exactement ce qu’Hermione lui avait dit, sur le fait de ne pas se tromper de combat.

- Très bien, céda Harry. De toute façon, je te crois, si tu dis que tu es une femme, c’est surement que tu en es une. Tu sais mieux que moi, je suppose… Et puis, je m’en fiche en fait.

- Merci.

- De rien.

- Puisqu’on y est… Je m’appelle Dahlia.

- Euh oui, je sais.

- Non, je veux dire, appelle-moi Dahlia, je préfère. Quand tu dis « Malefoy », j’ai l’impression que tu parles à… l’ancien moi. Je n’aime pas ça.

Oui mais justement, Harry avait envie de parler à l’ancien Malefoy, parce que Dahlia n’existait pas pour lui et qu’il ne savait pas qui elle était. Dire « Malefoy », c’était neutre, ça permettait la confusion.

- Hum, oui, je vais essayer, dit Harry.

- C’est si dur que ça ? demanda sèchement Dahlia.

- Je ne suis pas habitué c’est tout. Tu sais, c’est quand même un peu perturbant, tu ne peux pas m’en vouloir pour ça.

Elle lui adressa un regard qui semblait dire « Je peux t’en vouloir pour tout ce que je veux » mais elle ne le dit pas. Elle lui tourna le dos et posa une main sur sa hanche pour réfléchir.

- Bon, nous devons aller dans cette boîte de nuit et interroger les personnes qui y travaillent.

- Tu sais où c’est ?

- Bien sûr Potter, je ne serais pas là sinon.

Harry se sentit agacé par le son méprisant de sa voix. Pendant une minute, il avait presque éprouvé de la sympathie pour elle, ça n’avait pas duré longtemps.

- Au fait, tu n’étais pas obligé de prendre ma défense tout à l’heure, Bernard n’est qu’un imbécile vulgaire et machiste.

- Il fait ça souvent ?

- Presque à chaque fois qu’on se croise mais là c’était encore pire, je pense qu’il voulait crâner devant toi, puisque tu es leur invité.

- Je vois… C’était un remerciement ? demanda Harry en souriant légèrement.

- Non, je ne t’ai rien demandé. Comme je l’ai dit, rien ne t’obligeait à le faire, je n’ai pas besoin de ton aide.

- C’était aussi ce que tu disais dans ta lettre, il me semble, dit Harry d’un ton neutre. Que je n’étais pas obligé de témoigner en ta faveur. Pas de chance pour toi, Ma…

Harry s’arrêta et se racla la gorge.

- Dahlia, dit-il.

Elle se tourna vers lui et le regarda une seconde, avec une expression insondable qui perturba un peu Harry. Il vit les joues de Dahlia rosir un peu puis elle baissa vivement la tête et tendit la main vers lui. Elle attrapa son bras, prête à transplaner.

- Allons-y.

Il aurait voulu lui parler de la lettre, du procès et du reste mais elle les emporta dans Hidden City. Il eut la nette impression qu’elle voulait fuir cette discussion et il songea que ce n’était que partie remise.

Ils arrivèrent dans une rue déserte à cette heure de la journée, essentiellement composée de bars et de boîtes de nuit. Dahlia avait l’air de savoir parfaitement où elle allait et ce qu’elle faisait, ce qui rassurait un peu Harry. L’impression perpétuelle d’être perdu et de ne pas contrôler les éléments dans lesquels il se trouvait était vraiment agaçante. Ils s’arrêtèrent devant l’enseigne du Duke’s Nights, qui avait clairement l’air fermé.

- C’est fermé, commenta Harry.

- Oui mais le gérant doit être là, il est toujours là. C’est ici qu’il reçoit les dealers avec qui il travaille ou ses différents partenaires professionnels.

- Comment est-ce que tu sais tout ça ? demanda Harry.

- Parce que c’est mon travail de le savoir, répondit sobrement Dahlia.

Et cela ne semblait pas spécialement l’enthousiasmer. Harry avait l’intuition confuse qu’elle ne lui disait pas tout mais il n’insista pas.

- Le gérant, c’est Michael Leone ? dit-il à la place.

- Non, bien sûr que non, c’est juste un de ses hommes. Je n’ai jamais rencontré Leone, il me tuerait tout de suite si j’essayais. Ce type est un malade.

- Et le gérant, il voudra bien te parler, lui ?

- Oui, c’est… presque un ami.

- Ah bon…

Il avait envie de poser d’autres questions mais Dahlia ouvrit la porte d’un coup de baguette et entra dans la boîte de nuit vide et silencieuse. Ils furent accueillis par deux colosses vêtus de robes de sorciers sombres qui faillirent leur sauter dessus.

- Ah c’est toi, dit l’un des deux en reconnaissant Dahlia. Je vais lui dire que tu es là.

Quelques instants plus tard, ils furent introduits dans le bureau du gérant, un certain Tony, qui regarda entrer Dahlia avec un mélange d’agacement et d’affection.

- Ça faisait un bail, commenta Tony. Tu as l’air en forme.

- Oui, merci. Je…

- C’est qui ce type ?

Dahlia s’assit sur le canapé du bureau tandis que Tony fixait Harry avec suspicion.

- Ce n’est personne, répondit Dahlia. Un ami anglais…

- C’est un Auror, ne te fous pas de moi, ça se sent à des kilomètres.

- C’est un Auror anglais, il n’est pas là pour toi, il s’en fiche.

- Qu’est-ce que tu veux ?

- Apparemment, des filles qui bossent pour toi ont été agressées cette semaine.

Tony soupira, s’assit sur le bord de son bureau et croisa les bras. Harry n’osait pas parler, il pressentait qu’il valait mieux laisser Dahlia le faire s’il voulait obtenir quoi que ce soit.

- Un connard a violé deux filles, déclara Tony avec une colère évidente. Je déteste ça. Normalement, c’est mon job de les protéger mais là… Il a utilisé le sortilège de l’Imperium, comment je pouvais savoir qu’elles ne voulaient pas ? J’ai essayé de retrouver le gars et de lui régler son compte moi-même mais impossible.

- J’ai besoin du nom de ces filles, dit Dahlia. C’est après le violeur que les Aurors en ont.

Tony hésita une seconde puis baissa la tête en soupirant.

- Très bien.

- Elles travaillent aujourd’hui ?

- Non, elles sont en congé. Elles ne sont pas en état de se mettre à poil devant les clients.

- Tu es étonnamment compréhensif, fit remarquer Dahlia avec un ton cynique.

- Personne n’aime les stripteaseuses qui font la gueule, tu le sais bien. C’est mauvais pour le business.

Dahlia retint un commentaire acerbe, laissa Tony noter deux noms sur une feuille et l’attrapa sans hésiter.

- Merci Tony.

- Tu m’en dois une Dahlia.

Elle secoua la tête en souriant, l’air de dire qu’il pouvait toujours rêver et ils sortirent de l’établissement. Harry n’avait pas prononcé un mot mais il n’en avait pas eu besoin. Ça avait été bien plus facile que prévu et il essaya d’imaginer ce qui se serait passé s’il y était allé avec Tyler, sans Dahlia. Sans doute les gorilles de l’accueil les auraient-ils fichus dehors sans leur laisser le temps de se présenter.

- C’est un club de striptease en fait, dit Harry avec hésitation une fois qu’ils furent à nouveau dans la rue.

- Bonne déduction Potter.

- Tu… tu n’as quand même pas travaillé pour lui, n’est-ce pas ?

Dahlia se tourna vivement vers lui et le regarda comme s’il était demeuré.

- Bien sûr que non, par le grand Merlin, tu crois vraiment que j’ai envie de me déshabiller devant des gens ?

- Euh, je n’en sais rien, aucune idée…

- Plutôt mourir, murmura Dahlia en détournant le regard.

Il y eut un silence gênant puis Harry ouvrit la bouche, hésitant. Dahlia lui fourra le bout de papier dans la main et jeta un coup d’œil à sa montre.

- Voilà, tu as les noms. Je m’en vais maintenant, on doit m’attendre à la librairie.

- Quoi ? s’écria Harry. Non attends, il faut qu’on aille interroger ces deux femmes.

- Tu peux le faire tout seul, non ? Il suffit de chercher leur adresse dans les registres d’information et de t’y rendre.

- Je ne connais pas Hidden City, ce serait plus simple si tu… Et puis surtout, ce serait mieux qu’elles parlent à une femme dans un cas comme celui-là, non ?

- Demande à Granger de t’accompagner.

Néanmoins, Dahlia avait un peu rosi et contenait un sourire qui avait failli lui échapper. Peut-être parce que Harry venait de dire que les victimes avaient besoin de parler à une femme, ce qui officialisait l’identité de Dahlia et qu’elle en était heureuse.

- D’accord, céda Harry. Je ne vais pas te retenir plus longtemps si tu…

- C’est bon, je viens avec toi.

Il eut l’air surpris mais plutôt satisfait. Ils revinrent au MACUSA et y retrouvèrent Hermione qui avait terminé d’interroger l’autre victime. Elle discutait avec Abby et Tyler, dans la salle de pause, commentant ce qu’ils avaient appris. Ils se tournèrent tous en voyant Harry et Dahlia arriver.

- Bonjour Dahlia, dit gentiment Hermione.

- Salut Granger.

- Alors, il parait que vous êtes amis d’enfance ? demanda Abby, enthousiaste. Le monde est vraiment petit !

- On peut dire ça, répondit Hermione avec précaution.

De toute évidence, le bruit s’était répandu que les Aurors anglais connaissaient Dahlia Malefoy et qu’il valait mieux garder les plaisanteries et les moqueries habituelles pour eux en leur présence. Tyler jeta un coup d’œil à Dahlia et baissa la tête, mal à l’aise.

- Désolé pour ce matin, tu sais comme Bernard peut être…

- C’est bon, coupa immédiatement Dahlia. On a les noms des deux victimes.

Ils allèrent chercher l’adresse des deux femmes dans les registres civils. Tyler et Abby iraient en voir une, Harry et Hermione une autre. Avant qu’ils partent, Harry regarda Dahlia avec hésitation.

- Tu peux t’en aller si tu veux, je me doute que tu as des choses à…

- Cette femme, là, je la connais. Elle parlera surement plus facilement si je suis là.

Harry fut un peu étonné qu’elle n’en profite pas pour partir immédiatement, elle devait surement retourner travailler à la librairie. Cependant, cela ne le dérangea pas qu’elle vienne. Ils décidèrent donc d’aller rendre visite à la femme que Dahlia connaissait, laissant l’autre à Tyler et Abby.

La victime, une certaine Gabriella, vivait dans les immeubles éloignés du centre-ville, ceux qui suintaient la pauvreté, pas si loin de là où Dahlia habitait. Elle était chez elle et elle n’avait pas l’air en forme, c’était le moins qu’on puisse dire. Quand elle ouvrit la porte, elle était méfiante et craintive, elle ne se détendit qu’en voyait Dahlia. Harry se fit la réflexion qu’ils avaient bien fait de venir avec elle.

Gabriella les fit entrer et asseoir à la petite table de la cuisine. Il n’y avait pas assez de chaises pour tout le monde et Harry resta debout, en arrière.

- Je suis passée voir Tony, informa Dahlia. Ce sont des Aurors anglais, ils recherchent le type qui t’a fait du mal.

- Tu as vu Tony ?

- C’est lui qui m’a donné ton nom.

Gabriella sembla rassurée. Si Tony avait donné son nom, cela voulait dire qu’elle avait le droit de parler. Dahlia le savait parfaitement et elle fit un geste encourageant à Gabriella. Cette dernière raconta sa soirée, qui ressemblait beaucoup aux autres. L’homme avait attendu la fin de son service, à la fermeture de la boîte et l’avait forcée à rentrer avec lui. Tony les avait vu partir ensemble mais elle semblait consentante, il n’avait pas compris qu’il y avait un problème. Elle n’avait pas grand-chose d’autre à dire. Sa description de l’homme concordait avec une de ses apparences les plus courantes. Il n’y avait rien de plus à ajouter, à part que…

- Il avait un accent, dit Gabriella. Un accent du Texas.

C’était la première fois que quelqu’un leur disait cela. Les témoignages avaient tous pointé le fait qu’il avait un accent plus américain qu’anglais, signe qu’il n’était surement pas britannique. Mais jamais personne n’avait précisé que c’était un accent texan.

- Comment tu le sais ? demanda Dahlia.

- Je viens du Texas, je sais comment parlent les hommes là-bas.

L’information était précieuse et ils la remercièrent chaleureusement. Hermione avait soigneusement noté tout ce que Gabriella avait dit et ils se retrouvèrent dans la rue, satisfaits.

- Un Américain originaire du Texas qui s’est rendu à Londres il y a quatre mois, il ne doit pas y en avoir tant que ça ! déclara Hermione avec enthousiasme.

- N’en sois pas si sûre, répliqua Dahlia. Ils sont beaucoup plus nombreux que nous dans ce pays.
Harry regarda sa montre, il était bien plus de midi.

- On devrait manger un morceau avant d’y retourner.

Hermione hocha la tête, hésita et se tourna vers Dahlia.

- Tu ne connaitrais pas un petit restaurant sympathique par hasard ?

- Si, répondit Dahlia d’une voix presque aimable. Je peux vous y emmener si vous voulez.

- Avec plaisir. Tu manges avec nous ?

Hermione lui souriait et Dahlia eut l’air embarrassée. Elle rougit un peu, détourna le regard et haussa les épaules.

- Oh, j’aurais bien voulu mais… C’est juste… Peut-être pas dans ce restaurant alors, peut-être un restaurant un peu moins populaire.

- Moins populaire ? demanda Hermione sans comprendre.

- Oui, je veux dire… Je suis un peu…

- C’est bon, je t’invite, déclara Harry d’un ton indifférent.

Dahlia lui jeta un regard surpris mais Harry fit semblant de ranger sa baguette dans sa poche pour l’éviter. Il avait côtoyé Ron suffisamment longtemps pour reconnaitre les signes du malaise qui envahissait Dahlia. Lui-même en avait souvent souffert durant son enfance, avant Poudlard, avec ses lunettes cassées, ses vêtements informes, ses chaussures trouées et ses cartables toujours démodés. La pauvreté était quelque chose d’insidieux et d’insupportable, qui faisait naitre une honte qui n’aurait pas dû exister. Harry avait vu l’appartement de Dahlia, le quartier dans lequel elle vivait. Il n’était pas dupe.

- Je n’ai pas besoin que tu m’invites, répondit Dahlia d’un ton cassant.

- Pour te remercier de nous avoir accompagnés alors que tu n’étais pas obligée, précisa-t-il.

Elle hésita, sembla peser le pour et le contre puis elle céda. Elle les fit transplaner dans une jolie ruelle fleurie, devant une petite brasserie accueillante. Ils prirent place tous les trois près de la fenêtre et commandèrent rapidement. Quand le serveur s’en alla, il y eut un bref instant de gêne. Après tout, c’était faux, ils n’étaient pas amis d’enfance, ils n’avaient jamais partagé le moindre repas et ils n’avaient jamais eu de discussion agréable de toute leur vie. Harry leva les yeux vers Dahlia, observa discrètement son visage, baissa les yeux, toujours pas vraiment habitué à sa nouvelle apparence.

- Alors, tu aides souvent les Aurors dans leurs enquêtes ? demanda Hermione pour briser le silence.

- Régulièrement, oui.

- Mais tu travailles vraiment dans une librairie en plus de ça ?

- Oui. Heureusement la propriétaire, Emily, c’est une amie. Elle ne dit rien quand je dois m’absenter.

Harry eut envie de s’étonner un peu méchamment du fait qu’elle ait une amie. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Drago n’avait pas d’amis.

- Et comment en es-tu venue à travailler avec le MACUSA ? continua Hermione, réellement intéressée.

- Oh, c’est compliqué, dit prudemment Dahlia en évitant son regard. Ça s’est fait comme ça…

- Ils te forcent, non ? demanda Harry sans délicatesse.

Dahlia leva les yeux vers lui, surprise. Harry attendait patiemment une réponse. Il ne semblait pas la juger plus que ça, il voulait simplement savoir.

- Comment tu le sais ?

- Une intuition, répondit Harry qui ne voulait pas lui avouer qu’il l’avait suivie et l’avait surprise avec Will.

Hermione échangea un rapide coup d’œil avec Harry, faisant comprendre qu’il avait bien fait et ils attendirent tous les deux qu’elle accepte – ou non – de leur expliquer.

- Ils me forcent, oui, admit-elle enfin. Nous avons une sorte de contrat, je les aide et je peux rester à New York.

- Pourquoi ne pourrais-tu pas rester ? demanda Harry.

- C’est compliqué…

- Ils ont quelque chose à te reprocher ?

Dahlia regarda Harry dans les yeux, hésita, se mordit la lèvre avec nervosité puis rendit les armes. Harry estima qu’elle avait cédé un peu vite et il ne comprit pas pourquoi elle leur raconta son histoire aussi facilement. Toujours est-il qu’il était curieux de l’entendre.

- Quand je suis arrivée à New York, j’avais peu d’argent, expliqua Dahlia.

- Comment ça se fait ?

- Mes parents devaient croire à ma mort, ça n’aurait pas fonctionné si j’étais partie avec tout l’argent de mon coffre.

- Exact, admit Harry.

- Donc quand je suis arrivée ici, je n’avais que les quelques économies que j’avais discrètement réussi à faire. C’était quand même une somme importante mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Je… quand je suis arrivée, j’ai voulu qu’ils m’enregistrent sous le nom de Dahlia et en tant que femme mais les types de l’immigration ne voulaient pas. Alors je leur ai versé un pot de vin pour qu’ils acceptent, je ne savais pas quoi faire d’autre. Ça a fonctionné mais j’avais déjà perdu un peu d’argent. Ensuite, les logements à New York sont terriblement chers et ça m’a rapidement ruinée. Il a fallu que je me rachète toute une garde-robe puisque maintenant, je… pouvais m’habiller comme une femme. Bref, c’était un peu critique.

- J’imagine, dit Hermione. Ça a dû être extrêmement difficile pour toi de te retrouver toute seule ici…

- Ce n’était pas comme je l’imaginais, au début, répondit sobrement Dahlia.

- Et les Aurors alors ? encouragea Harry.

- J’y viens… J’avais du mal à trouver un logement, personne ne voulait louer à une personne qui n’avait qu’un visa de séjour. En plus, tout le monde me prenait pour un travesti et personne ne voulait me… bref, j’ai longtemps séjourné dans des sortes de motels, c’était l’enfer. En plus, un nouveau problème s’est posé. J’avais besoin… il me fallait des potions pour changer, je ne supportais plus de… Il fallait que je fasse ma transition, c’était une question de vie ou de mort.
Harry comprenait sans comprendre et il s’abstint de tout commentaire.

- Le problème c’est que je n’avais plus assez d’argent pour aller à l’hôpital et rencontrer un guérisseur donc j’ai… cherché une façon de me procurer des potions d’une autre manière. J’en achetais à des gens qui faisaient toute sorte de trafics, qui revendaient les potions moins cher aux gens comme moi qui étaient fauchés. A un moment, je n’ai plus pu payer et le dealer m’a proposé de travailler pour lui, dans l’un de ses bars.

- Donc tu as bien travaillé dans ce club de striptease finalement ! s’écria Harry, ahuri.

- Non, pour l’amour du ciel ! répondit Dahlia en rougissant. C’était dans un bar gay où les serveurs se travestissent. Les clients aiment ça, flirter avec des travestis, c’est leur truc.

Hermione voulut réagir mais Dahlia regardait Harry. Ils se fixèrent jusqu’à ce que Harry dise, avec une grande précaution :

- Mais… tu n’es pas un travesti, si tu es une femme… Les clients sont gay donc ils aiment les hommes. Ce n’est pas un peu bizarre ?

Dahlia essaya de rester impassible mais il fut clair aux yeux d’Hermione que la remarque de Harry insuffla en elle une joie incontrôlable.

- Si, tu as raison, c’était un gros mensonge. Mais à l’époque, mes potions ne faisaient pas encore effet donc j’avais mon ancienne apparence et je ne disais pas que j’étais trans. Je les laissais croire ce qu’ils voulaient le temps d’une soirée, ça n’avait pas d’importance. Je me sentais un peu mal de faire ça, évidemment, mais j’avais besoin d’argent donc…

- Je vois.

- Ça a duré un temps mais rien n’allait. Les potions qu’on me vendait, c’était de la merde, ça me rendait malade. J’étais toujours à court d’argent et un jour, j’ai été arrêtée par les Aurors de la section des trafics, alors que j’achetais des potions à mon dealer. Je n’avais qu’un visa et j’étais accusée d’achat et de possession de substances illégales. Ils voulaient me renvoyer en Angleterre. Je savais que ce serait pire que la mort pour moi de revenir, c’était inenvisageable…

- Oui, ça se comprend, commenta Hermione tandis que Harry hochait la tête.

- Et là, j’ai eu de la chance, enfin si on veut… Je suis tombée sur Will Masetti, le chef de la section.
Harry et Hermione n’eurent aucune réaction mais ils pensaient la même chose. Dahlia continua son récit sans se soucier d’eux.

- Will m’a prise en pitié, je ne sais pas pourquoi. Je devais être vraiment pathétique à l’époque… Il s’est arrangé pour me laisser rester, en négociant avec son patron. Will savait qui j’étais, il savait aussi que j’avais des aptitudes, que j’avais déjà combattu. Il m’a proposé de travailler pour lui pendant un temps en échange de quoi les charges pour possession de substance illégale seraient effacées et je pourrais rester sur le territoire américain. J’ai accepté, je n’avais pas vraiment d’autre choix de toute façon. Au début, je travaillais avec Will mais au fil du temps, j’ai travaillé pour les autres sections aussi, quand ils en avaient besoin. Voilà.

Elle n’avait pas parlé de sa relation avec Will mais Harry estimait que c’était compréhensible. Il y avait cependant une chose qu’il voulait savoir.

- Et ça te plait de travailler pour eux ?

Dahlia ébaucha un faible sourire et regarda Harry avec un air résigné, amer et un peu fragile.

- J’ai horreur de ça, avoua-t-elle. J’ai horreur de… de fréquenter sans cesse des gens mauvais. J’ai l’impression que je ne sortirais jamais de là. Moi je voudrais simplement travailler dans la petite librairie d’Emily et être libre.

- Je vois, répondit Harry. Ça va durer combien de temps ton contrat avec les Aurors ?

- C’est bien ça le problème, il n’y a pas de date de fin. Je suis coincée.

- Et Masetti, il ne peut pas y mettre un terme ? S’il t’aime bien…

- Il a déjà demandé mais son chef a refusé. Apparemment, je travaille bien et ils aiment ça. Et il y a toujours cette menace de me renvoyer en Angleterre.

- Tu ne peux pas obtenir un titre de résidente permanente ? demanda Hermione.

- Si, mais je dois avoir résidé et travaillé au moins cinq ans aux Etats-Unis et ça n’en fait même pas quatre.

- Autrement dit, il te reste encore un an à tenir et après, tu pourras leur dire que tu ne veux plus travailler pour eux.

Dahlia hocha la tête, but un peu d’eau et regarda sa salade. Ils avaient reçu leurs plats entre temps mais ils n’avaient pas mangé grand-chose, trop pris par le récit de Dahlia. Elle avait l’air de trouver qu’un an, c’était vraiment long à attendre. Ils se turent un instant et se mirent à manger. Dahlia avait chaud, le mois de mai était particulièrement ensoleillé et son histoire lui donnait encore plus chaud, comme si se rappeler tous ces mauvais souvenirs la brûlait de l’intérieur. Elle retira son pull d’un geste vif et remit correctement le col de son chemisier blanc. C’était encore un chemisier vintage avec de la dentelle blanche et Harry trouva cela joli, encore une fois.

Son regard fut attiré par des taches colorées sur le bras de Dahlia et il se tourna pour regarder. Son chemisier avait des manches trois quart qui laissaient apparaitre la peau de ses avant-bras. Au niveau du bras gauche, là où aurait dû se trouver la Marque des Ténèbres, elle avait un tatouage qui la recouvrait complètement, représentant deux fleurs partant de la même tige, une rouge et l’autre rose. C’était délicat, bien fait et plutôt élégant. Hermione remarqua le tatouage également et l’observa, tout comme Harry.

- Des dahlias, fit remarquer Hermione avec douceur.

Dahlia jeta un coup d’œil à son bras et pâlit un peu, l’air gêné.

- C’est mieux que la Marque de Vous-Savez-Qui, non ? Je ne voulais plus la voir.

- Tu la regrettes ? demanda Harry.

- Evidemment. C’est pour ça que tu es venu me défendre au procès, non ? Tu sais bien que je regrette.

- Oui, c’est ce que tu m’as écrit…

- Avoir ça sur mon corps, c’était… Il fallait que ça disparaisse. Quand je dis que je voulais partir à New York pour être libre, je ne parle pas seulement de ma transidentité, je parle aussi de cela. Ici, il n’y a pas de Mangemorts, le nom de Malefoy n’évoque pas l’horreur.

- Je vois, dit Hermione. C’était une façon de repartir complètement à zéro.

- Oui, si on veut.

- Donc… dit lentement Harry. Toutes les idéologies des Mangemorts, tout ce que tu pensais autrefois, tu as abandonné tout ça ? Tu ne le penses plus ?

- Drago pensait des choses ignobles et a fait des choses ignobles, répondit Dahlia sans les regarder. Pas moi.

Harry et Hermione échangèrent un regard.

- C’est un peu facile, non ? rétorqua Harry. C’était quand même toi.

- Je sais mais ce que je veux dire c’est que… j’ai passé quasiment toute ma vie à être le fils que mes parents désiraient, dans tous les sens du terme. Mais ce n’était pas vraiment moi, je… ce n’était pas moi. Et puis j’étais jeune, je ne me rendais pas toujours compte de…

- Tu étais un gros con, coupa Harry. Méchant, cruel et vraiment méprisable.

- Harry… souffla Hermione.

- Quoi ? Tu le penses aussi. On se rappelle bien les insultes sur les Sang de Bourbe, sur mes parents et sur la pauvreté de Ron. Mais c’était Drago, c’est ça ? Ce n’était pas toi…

- Je sais que c’était moi, répondit sèchement Dahlia. Mais comme je l’ai dit, je… ce n’est plus ce que je pense. Franchement, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? C’était il y a des années, on était petit !

- Pas si petit que ça… rétorqua Harry.

- Très bien, je m’excuse ! ça vous va ? Je suis désolée.

- D’accord, dit Hermione.

Elle l’avait dit d’un ton apaisant, comme si elle voulait faire comprendre qu’elle acceptait les excuses et qu’ils pouvaient aller de l’avant. Harry marmonna quelque chose qui avait une signification similaire et tout le monde se détendit. Après tout, Harry n’avait pas spécialement envie de détester Malefoy toute sa vie, surtout si elle avait changé et lui demandait pardon.

- Par contre, quand tu parles de moi au passé, parle aussi au féminin, dit Dahlia à Harry d’un ton détaché.

- Tu viens littéralement de parler de toi au passé en disant « Drago », répliqua Harry.

- Oui, mais moi je peux. Moi je parle de moi comme je le veux, toi tu parles de moi comme je te dis de le faire.

Harry eut envie de la frapper, femme ou pas. Son ton autoritaire et hautain lui tapait sur les nerfs, exactement comme autrefois. Il leva les yeux vers elle, prêt à lui lancer un regard haineux mais il vit qu’elle souriait. C’était un sourire ironique et moqueur, comme elle savait si bien le faire, mais qui n’était pas méchant. De toute évidence, cela l’amusait de profiter de la situation pour donner des ordres à Harry et cela l’amusait qu’il s’énerve. Harry garda son calme, il ne voulait pas avoir l’impression de perdre face à elle.

- Très bien, au temps pour moi… Je la refais donc : tu étais une grosse conne méchante, cruelle et vraiment méprisable.
- Va chier Potter, répliqua vivement Dahlia, furieuse.

Harry lui sourit à son tour, légèrement mais avec une moquerie évidente. Ils se fixèrent quelques secondes sous le regard lassé d’Hermione qui ne pouvait s’empêcher de les trouver puérils tous les deux. Harry était certain qu’à cet instant précis, Dahlia avait envie de le frapper, elle aussi. Et d’une certaine façon, il trouva cela réconfortant de voir que tout n’avait pas changé.

- Dahlia, dit sèchement Hermione pour les ramener à quelque chose de plus intéressant.

- Quoi ? demanda Dahlia en s’arrachant au regard de Harry.

- Tu as dit que les potions que tu prenais étaient de mauvaise qualité et te rendaient malade. Ça va mieux maintenant ? Tu es allée voir un guérisseur ?

- Oui, j’ai arrêté à cette époque-là. On m’a prêté de l’argent pour aller à l’hôpital et j’ai pu prendre les potions adéquates.

- On t’a prêté de l’argent ? fit remarquer Harry avec flegme.

- Aucune importance, coupa Dahlia d’un ton catégorique.

Harry aurait parié n’importe quoi que c’était Will Masetti qui avait prêté de l’argent à Dahlia. En vérité, Will avait embauché Dahlia, avait convaincu ses supérieurs de la laisser vivre à New York et lui avait prêté de l’argent pour qu’elle aille faire sa transition correctement. Il l’avait fait parce qu’il avait eu pitié d’elle, parce que le hasard avait fait que la cousine de Will, qui vivait à Los Angeles, était une femme transgenre également. Et puis après, la pitié s’était changée en amour. Mais tout cela, Dahlia n’avait pas envie de le dire, ça n’appartenait qu’à eux. Et elle n’avait aucune envie de parler d’amour devant Potter qui aurait l’air surpris et choqué de penser qu’un homme comme Will puisse aimer une femme comme elle. Ce serait bien trop humiliant et insultant.

- Allez, assez parlé de moi, déclara Dahlia. Et vous, comment se passe votre vie ? Je ne suis pas étonnée que Potter soit devenu Auror mais toi, Granger, je ne m’y attendais pas.

- Ce n’est qu’un tremplin pour la suite, avoua Hermione. Je voudrais travailler au Magenmagot mais ça ne peut pas se faire en trois ans, il faut bien que je fasse autre chose en attendant.

- Je vois, commenta Dahlia en souriant. Tu es plus ambitieuse qu’il y parait.

- L’ambition peut être une excellente qualité.

- C’est ce que j’ai pensé pendant longtemps aussi, répondit Dahlia d’un ton presque rêveur.

- Et ? encouragea Hermione.

- Et rien, je trouve juste que… On m’a élevée en me promettant un avenir brillant, riche et important et je croyais que je voulais ça. Aujourd’hui, je veux simplement travailler dans la librairie d’Emily et être tranquille.

Harry fut à peu près certain qu’elle ne disait pas toute la vérité, qu’elle avait toujours des rêves bien plus vastes que ceux-là mais il s’abstint de tout commentaire. Cela ne le concernait pas.

- Alors, tu es toujours avec Weasley ? demanda-t-elle à Hermione.

- Oui, toujours, répondit Hermione d’un ton ferme pour devancer toute critique. Nous allons nous marier en automne.

Dahlia la fixa avec stupéfaction, comme si cette idée lui paraissait absurde. Elle éclata de rire, un rire plus amer que moqueur.

- Vous marier, rien que ça ! Eh bien, félicitations. Et toi, toujours avec Ginny ?

- Non.

Dahlia eut l’air surprise à nouveau.

- Ah, c’est drôle mais je m’étais toujours dit que votre couple ressemblait à ceux qui sont faits pour durer.

- Qu’est-ce que tu en sais ? rétorqua Harry.

- Je ne sais pas, c’était juste une impression.

- Faut croire que tes impressions sont mauvaises.

Dahlia lui jeta un regard agacé. Ils continuèrent à discuter pendant le dessert, racontant comment leur enquête les avait amenés là alors qu’ils pensaient avoir perdu toute trace de leur coupable. Ils avaient étrangement beaucoup de choses à se dire mais Harry savait pertinemment pourquoi, c’était cette sensation bizarre et réconfortante de rencontrer une personne connue à l’autre bout du monde. Ils ne connaissaient personne dans cette ville et ils tombaient sur Malefoy. Ils avaient naturellement envie d’échanger des nouvelles du pays.

Ils sortirent du restaurant et se retrouvèrent au soleil, dans la petite ruelle. Finalement, c’était Hermione qui avait payé, mettant cela sur leurs frais de déplacement. Harry s’étira rapidement, Hermione renoua ses cheveux et Dahlia tourna son visage vers le soleil, pour profiter des rayons. Il y avait une ambiance irréaliste, parce qu’ils étaient à New York, avec Malefoy, et que personne n’avait vraiment envie de s’en aller. Dahlia finit par baisser la tête et se tourner vers Harry. Elle tritura la manche de son pull plusieurs secondes puis trouva le courage de dire ce qu’elle voulait dire.

- Et comment… comment vont mes parents ?

Harry et Hermione échangèrent un regard. Ils n’avaient pas osé en parler, ils ne savaient pas vraiment si Dahlia désirait avoir de leurs nouvelles ou non. Maintenant qu’elle avait posé la question, ils étaient un peu embarrassés.

- Ça a été très dur, je ne pense pas qu’ils s’en soient remis, répondit Harry un peu durement.

Dahlia pâlit et fixa le trottoir. Elle frissonna, remit son pull bleu ciel et croisa les bras pour se protéger d’un froid imaginaire.

- C’est-à-dire ? Ils… Qu’est-ce qu’ils font ?

- Ta mère allait tout le temps sur ta tombe, les premiers mois, dit lentement Hermione. Mais elle a arrêté et ce n’est pas plus mal. Elle s’est réconciliée avec sa sœur Andromeda, je pense que ça lui a fait beaucoup de bien et que c’est ça qui l’a aidée à surmonter ta mort. Elle… ne fait pas grand-chose à part rendre visite à sa sœur. De toute façon, ils n’ont plus de baguette, plus d’amis… ça fait des mois que je n’ai pas entendu parler d’eux
.
- Je vois… Et mon père ?

- Ta mort l’a changé, déclara Harry.

- Changé comment ? demanda Dahlia dans un souffle, avec une peur évidente.

- Il s’est mis à donner plein d’argent à des associations, il a parlé dans le journal, pour dire qu’il regrettait ce qu’il avait fait pendant la guerre, il a fait des dons à Poudlard, pour aider à l’intégration des Nés-Moldus.

- C’est une blague ? demanda Dahlia, sidérée.

- Non. Il a dit que ses idées abjectes lui avaient pris son fils et qu’il passerait le reste de sa vie à s’en repentir. Enfin, il a dit un truc dans ce genre-là.

Dahlia resta silencieuse un instant et personne n’osa interrompre ses pensées. Harry pouvait voir l’imperceptible tremblement de ses mains et l’expression de tristesse sur son visage, il essaya d’imaginer ce qu’elle pouvait ressentir à l’idée d’avoir brisé le cœur de ses parents de cette manière. Il ne lui vint pas à l’esprit qu’ils avaient brisé le sien bien avant.

- Vous ne devez pas leur dire que vous m’avez vue, surtout pas.

- Ça ne risque pas, je n’ai pas pour habitude de parler à tes parents, répliqua Harry.

- Je ne plaisante pas Potter, jure-moi de ne rien leur dire !

- Oui, oui, je ne dirai rien.

- Merci…

- Mais… tu sais… ta mort les a changés. Peut-être… peut-être qu’ils le prendraient plutôt bien, je veux dire…

- Non, hors de question, coupa sèchement Dahlia. Je ne veux pas, ils viendraient me voir et je ne veux pas.

- Pourquoi ?

- Je ne veux pas voir leurs regards déçus et dégoûtés sur moi, je ne le supporterais pas.

Harry et Hermione hochèrent la tête, promirent à nouveau puis il fut temps de se séparer. Ils devaient retourner au MACUSA pour faire part de leurs découvertes et écouter ce qu’Abby et Tyler avaient appris de leur côté. Il y eut un léger malaise, ils ne savaient pas trop s’ils devaient se dire adieu ou pas. Dahlia évitait le regard de Harry et elle finit par tendre la main à Hermione d’un geste vif et résigné.

- Bon, eh bien au revoir. Je ne pense pas qu’on soit amené à se croiser à nouveau donc… Bonne chance pour votre enquête.

- Merci Dahlia. Je suis heureuse de voir que tu es en vie et que tu as réussi à devenir ce que tu voulais.

- Merci…

Elles se serrèrent la main puis Dahlia se tourna vers Harry et lui tendit la main à son tour. Il la prit doucement dans la sienne, un peu gêné. Il n’avait pas pour habitude de donner des poignées de mains aux femmes.

- Au revoir Potter.

- Salut M… au revoir Dahlia.

Il regarda le bracelet argenté scintiller au poignet de Dahlia puis retira sa main. Elle leva les yeux vers lui et son visage sembla perdre toute son impassibilité pendant une seconde. Elle fut sur le point de dire quelque chose, comme une supplique, mais elle se tut et son visage reprit son expression froide et hautaine. Elle se détourna d’eux et transplana sans rien ajouter tandis que Harry et Hermione repartaient dans le sens inverse.
Chapitre 3 - Toi, à vrai dire by Celiag
Ils avaient un indice important : le coupable venait du Texas. Comme l’avait prédit Dahlia, il y avait finalement pas mal d’Américains texans qui s’étaient rendus en Angleterre durant les derniers mois. Le nombre de sorciers aux Etats-Unis n’avait rien à voir avec la population anglaise. Ici, tout était plus grand et donc plus difficile à analyser. Ils avaient toutefois une liste de trente personnes susceptibles de correspondre à leur profil, dont quinze vraiment sérieuses. Ils passèrent plusieurs jours à les interroger mais ils ne trouvèrent rien. Les suspects niaient, avaient des alibis, n’avaient pas d’antécédents, bref, les Aurors n’avaient aucune preuve. Pourtant, le coupable faisait certainement partie de cette liste-là et ça les frustrait.

Harry s’entendait de mieux en mieux avec Tyler et Abby qui étaient finalement des collègues sympathiques. Leur soumission vaguement lâche à Troy Bernard était en fait leur seul défaut. En revanche, Harry avait du mal à supporter Bernard. Depuis leur altercation au sujet de Dahlia, ils s’évitaient le plus possible et ne se parlaient que si nécessaire, sur un ton des plus affectés. Souvent, Harry croisait Will Masetti qui le saluait poliment, de loin et s’en allait flirter en italien avec une de ses collègues, toujours la même. Harry avait un peu pitié de lui et il se disait que Will devait être un type pas si mauvais que ça puisqu’il avait aidé Malefoy. Et puis après, il se disait que justement, il se méfiait des gens qui appréciaient Malefoy. Bref, après presque deux semaines sur place, Harry ne savait toujours pas ce qu’il pensait de Will Masetti.


Il était tard et Harry ne parvenait pas à s’endormir. En partant à New-York, il avait sincèrement cru que l’enquête se résoudrait rapidement. Il l’avait du moins espéré. Mais ils étaient là depuis deux semaines et, même s’ils avaient bien avancé, ils étaient encore loin d’attraper le coupable. Harry commençait à s’habituer à Hidden City mais pas à New-York. Cette ville l’effrayait, lui donnait l’impression déplaisante de l’écraser et de le faire disparaitre. C’était peut-être cela que Malefoy avait recherché en venant ici, se laisser dissoudre dans cette grande ville. Harry lui, trouvait cela terrifiant. Au fond, il savait bien qu’il aurait ressenti la même chose à Paris, à Berlin, à Buenos Aires ou à Beijing. Il se sentait mal où qu’il aille et quitter le réconfort de Londres l’angoissait toujours. Se retrouver ailleurs qu’à Londres faisait naitre en lui les mêmes sentiments que ceux qu’il avait en retournant chaque été chez les Dursley. Des sentiments d’insécurité profonds, de dépression, d’inutilité, d’invisibilité et de perte totale d’identité.

Harry se leva, enfila son pantalon, ses chaussures et sa veste puis il sortit de l’hôtel sans faire de bruit. Hidden City était plongée dans l’obscurité, trouée ici et là par les lampadaires. Il pouvait marcher comme il voulait et respirer l’air frais de la nuit. Aller marcher dehors diminuait l’angoisse de Harry et lui permettait de se changer les idées. C’était beaucoup mieux que de rester dans son lit, les yeux ouverts sur des cauchemars nocturnes qui créaient en lui des peurs incontrôlables.

Puisque c’était samedi soir, il y avait quand même des rues animées et des bruits réguliers mais cela rassurait Harry. Les signes de vie lui rappelaient qu’il était vivant aussi, ce dont il doutait un peu, parfois. Il marcha longtemps dans la ville, se perdant un peu plus à chaque pas, découvrant des boutiques fermées qu’il n’avait encore jamais vues et des restaurants qu’il pourrait essayer, dans les jours à venir. Enfin, quand la fatigue devint trop dure à supporter, Harry transplana à l’hôtel, se coucha et s’endormit immédiatement.

Le lendemain, dimanche, ils avaient leur jour de congé. A moins d’un fait nouveau qui viendrait bouleverser leur enquête, les Aurors resteraient chez eux. Harry se réveilla tard, puisqu’il avait passé une bonne partie de la nuit à errer dans Hidden City et Hermione avait déjà pris son petit déjeuner depuis longtemps. Il se contenta d’un café dans sa chambre, il n’avait pas très faim. Harry devinait qu’Hermione voudrait profiter de leur temps libre pour aller visiter New York et il était résolu à la suivre sans se plaindre. Avec elle à ses côtés, l’angoisse serait moins forte. Elle frappa à la porte de sa chambre vers onze heures, alors que Harry s’apprêtait à aller prendre une douche pour se réveiller complètement.

- Tu es enfin levé ? demanda-t-elle avec un jugement évident. Je me disais qu’on pourrait aller se promener à New York aujourd’hui.

- Oui très bien, répondit Harry avec résignation.

- J’ai envoyé une lettre à Dahlia pour lui demander si elle avait des conseils sur les choses à voir en priorité ou sur des promenades sympathiques.

Harry se tourna vers elle avec surprise.

- Ah bon…

- Oui après tout ça fait quatre ans qu’elle vit là, je suppose qu’elle s’y connait mieux que nous !

- Et donc ?

Hermione hésita un instant, observant Harry avec un peu d’appréhension.

- Elle a proposé de nous accompagner… Si tu veux bien…

- Pourquoi veut-elle nous accompagner ? demanda sincèrement Harry.

- Je ne sais pas mais c’est elle qui a fait cette proposition.

- Oui mais…

- Peut-être que l’Angleterre lui manque, au fond, et qu’elle est contente de parler de ça avec des gens qu’elle a connus autrefois, je n’en sais rien ! Après tout, elle a quand même tout plaqué pour partir à l’autre bout du monde, j’imagine qu’elle a dû se sentir très seule…

- Peut-être, admit Harry.

- Alors, je lui dis oui ou non ?

Harry hésita, pas très sûr de lui. Avait-il envie de voir Dahlia Malefoy ? Non, pas spécialement. Il n’était pas vraiment contre non plus. Elle était un peu intrigante, il fallait l’admettre. Enfin, pas intrigante dans le sens où c’était une chose bizarre à observer, mais intrigante dans le sens où, malgré ce qu’il disait, Harry ne pouvait s’empêcher d’avoir envie d’en savoir plus sur elle. Qui était Emily ? Et Will alors, pourquoi avaient-ils rompu ? Ses parents-lui manquaient-ils ? Pourquoi lui avait-elle envoyé une lettre avant de disparaitre ? Qu’est-ce qu’elle faisait, exactement, depuis quatre ans ?

- Oui, allons-y avec elle, répondit finalement Harry.

- Essaie d’être aimable dans ce cas, commenta Hermione.

- Je serai aussi aimable qu’elle.

Ça ne rassura pas Hermione.

Ils se retrouvèrent en début d’après-midi, sous un beau soleil printanier, à la sortie de Hidden City. Dahlia les attendait là, dans une attitude légèrement agacée et impatiente. Elle ne fit cependant aucune remarque sur leur retard et ils se serrèrent tous la main rapidement, sans juger utile d’en faire trop.

- C’est gentil d’avoir proposé de nous accompagner, dit Hermione en souriant.

- J’étais libre, répondit Dahlia d’un ton détaché.

- Nous sommes finalement amenés à nous croiser plus rapidement que prévu, commenta Harry avec un fond de moquerie.

- Je me suis dit que finalement, puisque vous n’allez pas rester très longtemps, nous pourrions tout de même nous voir un peu.

- Tu as envie de nous voir ? demanda Harry, sceptique.

- Pour être honnête, je suis heureuse de voir quelqu’un de ma vie d’avant, ça m’avait un peu manqué. Dommage que ce soit toi mais je vais faire avec.

Harry lui lança un regard agacé mais Hermione mit un terme immédiat à la discussion.

- Moi, j’ai envie d’aller me promener avec Dahlia, dit-elle fermement. Si tu n’en as pas envie, tu peux rester à l’hôtel et faire ce que tu veux.

- C’est bon, marmonna Harry.

- Très bien, allons-y.

Ils sortirent de Hidden City et Dahlia leur demanda s’ils avaient des envies particulières. Voulaient-ils faire des choses de touristes ou des choses plus informelles ?

- Des choses de touristes ? répliqua Harry en devinant le péjoratif derrière cette phrase.

- Aller voir la Statue de la Liberté par exemple.

- Evidemment qu’on veut aller voir la Statue de la Liberté Malefoy, c’est le truc le plus emblématique de la ville.

Ils commencèrent par ça. Harry et Hermione n’avaient pas envie de monter dans la couronne, il ne fallait pas exagérer mais tout de même, ils auraient été déçus de ne pas visiter ce monument aussi connu. Dahlia voulut prendre un taxi pour s’y rendre mais Hermione l’arrêta immédiatement. Ce serait interminable, mieux valait transplaner.

- On n’a pas le droit de transplaner à New York, rétorqua Dahlia.

- Oh, par Merlin, soupira Harry. Depuis quand est-ce que tu respectes les règles ?

- Depuis longtemps ! s’indigna Dahlia. Les Américains sont très stricts sur le…

Harry attrapa le bras de Dahlia et sourit.

- Personne n’en saura rien, promit-il.

Puis ils transplanèrent tous les trois. En reprenant pied dans une rue de Battery Park, Dahlia lança à Harry un regard outré mais il haussa les épaules. Il fallait prendre un ferry pour se rendre sur l’île et ils firent la queue en profitant du soleil. Dahlia racontait à Hermione qu’elle était venue ici une fois, avec ses amis qui avaient insisté pour lui montrer la Statue mais que ça l’intéressait peu, au fond. Dahlia ne dit jamais que son désintérêt venait du fait que la Statue de la Liberté était très populaire dans la culture moldue et pas dans la sienne mais Harry était à peu près certain que c’était ça.

- Tu parles de tes amis, fit remarquer Harry. Tu as donc des amis ici ?

- Oui, évidemment.

- Tu n’en avais pas autrefois…

- J’en avais quand même, rétorqua Dahlia en rosissant. Il y avait Crabbe, Goyle et Pansy et…

- Tu parles, tu n’étais pas amie avec eux.

- C’était compliqué autrefois, admit Dahlia. Aujourd’hui j’en ai, ils sont… ils sont ma famille.

Harry parut surpris de l’entendre dire cela mais il comprenait parfaitement ce qu’elle voulait dire. C’était la même chose pour Hermione et Ron.

- Il y a Emily, c’est ça ? demanda Hermione.

- Oui, Emily est ma meilleure amie.

- Raconte, encouragea Harry.

- Je doute que tu t’intéresses à mes amis…

- Nous sommes en train de faire la queue, rétorqua Harry. Je n’ai que ça à faire.

Dahlia lui jeta un regard blasé, à la limite entre la colère et la vexation. Harry, lui, attendait la suite. Il avait étrangement envie de savoir et il était sincère. En plus, c’était vrai qu’il n’avait rien d’autre à faire que d’écouter la vie de Dahlia.

- Très bien… Emily est la seule qui connaisse tout de mon passé. La guerre, mon faux suicide, tout.
- Comment est-ce que tu l’as rencontrée ?

- A l’hôpital. Elle attendait dans la même salle que moi pour le renouvellement de ses potions. Elle était bien plus avancée que moi dans sa transition et elle était aussi bien plus au clair avec elle-même. Moi, je devais avoir l’air nerveuse et effrayée donc elle a essayé de me rassurer. Elle m’a parlé d’une association dans laquelle elle travaillait, avec des gens comme nous. J’y suis allée et nous sommes devenues amies. J’ai rencontré d’autres personnes et maintenant, j’ai de très bons amis, qui me comprennent et m’acceptent exactement comme je suis.

- C’est la première fois que tu rencontrais d’autres personnes transgenres ? demanda Hermione avec curiosité.

- Pas tout à fait mais en Angleterre, je n’osais pas faire quoi que ce soit, j’avais trop peur que mes parents l’apprennent.

Il y eu un bref silence un peu embarrassé et ils avancèrent significativement quand une famille nombreuse obtint enfin ses billets.

- Elle t’a proposé de travailler avec elle du coup ? demanda Harry.

- Oui, Emily est la propriétaire de la librairie. Il lui fallait quelqu’un, j’ai eu de la chance. Et puis c’est elle qui m’a aidée à trouver un appartement, à l’époque.

- Emily c’est une femme grande avec des cheveux noirs ? demanda Harry.

Dahlia glissa vers lui un regard suspicieux.

- Comment tu le sais ?

- Parce que je… suis allé voir où tu travaillais quand on t’a vue dans la rue pour la première fois. Je voulais vérifier que c’était bien toi. Bref, je t’ai vue avec elle dans la librairie.

- Je n’arrive pas à croire que tu aies fait ça, dit Dahlia avec humeur. Bien que… fouiner dans mes affaires a toujours été un de tes passe-temps favoris, n’est-ce pas ?

- Je pourrais dire la même chose de toi, rétorqua Harry en rougissant. C’est simplement qu’on était un peu choqué, on te croyait mort !

- Morte.

- Oui.

- Qu’est-ce que tu as espionné d’autre ?

- Rien, mentit Harry.

Elle douta très clairement de ce qu’il venait de dire mais Harry tint bon. Il se sentait coupable de l’avoir vue avec Will, même s’ils n’avaient rien fait de compromettant et il n’avait aucune envie de lui avouer ça. A côté de lui, Hermione faisait semblant de regarder en direction de la Statue.

- Je voulais juste dire qu’elle avait l’air plus âgée.

- Oui, elle a un peu plus de trente ans.

- Je vois.

- Elle était mariée avant, dit Dahlia sans qu’on le lui ait demandé. Mais sa femme n’a pas supporté sa transition donc elles ont divorcé.

- C’est triste, commenta Hermione.

- Il faut dire que ça doit être particulier quand même… dit Harry. Tu épouses un homme et puis en fait il te dit qu’il est une femme et…

- Oui, Emily n’en veut pas vraiment à sa femme, c’est comme ça, assura Dahlia.

Ils achetèrent enfin leur billet puis ils purent embarquer sur le ferry. Il s’approcha de Liberty Island pendant que Harry et Hermione, accoudés au bastingage, regardaient la Statue grandir un peu plus à chaque mètre.

- Voilà donc la Statue de la Liberté, commenta Harry avec un peu d’admiration.

- Ouais, répondit Dahlia d’un ton blasé.

- La Statut de la Liberté, répéta Hermione. Enfin, ça dépend pour qui quand même.

- C’est-à-dire ? demanda Dahlia sans comprendre.

- Je veux dire, on nous dépeint tout le temps les Etats-Unis comme le pays des libertés, avec cette Statue comme symbole mais au fond… Pas de liberté pour les Amérindiens, pas de liberté pour les Afro-Américains, pas de liberté pour les émigrés irlandais ou italiens, pas de liberté pour les Mexicains. Pour les femmes, bof, pour les minorités sexuelles, bof. La liberté pour les hommes blancs hétéros et cisgenres en fait.

Harry et Dahlia échangèrent un regard, malgré eux. Hermione avait atteint son degré de tolérance, elle avait eu besoin d’exprimer enfin sa réprobation.

- Toujours aussi révoltée par les injustices à ce que je vois, commenta Dahlia avec un peu de moquerie.

- Heureusement qu’il y a des gens révoltés pour faire avancer les choses, répliqua sèchement Hermione.

- Certes, admit Dahlia de mauvaise grâce.

Ils descendirent du ferry et arrivèrent aux pieds de la Statue. En dépit de ce qu’Hermione venait de dire, ça restait impressionnant. Elle avait apporté un appareil photo, avait pris plusieurs clichés sur le bateau mais recommença ici. Elle insista pour que Harry pose avec elle.

- Allez, ça fera plaisir à Ron ! dit-elle avec autorité.

- Ça va surtout le rendre jaloux, protesta Harry.

- Mais non.

Dahlia fut chargée de prendre les photos de Harry et Hermione. Quand elle posa son œil sur le viseur et qu’elle les vit en tout petit, face à elle, elle se demanda sincèrement ce qu’elle foutait là à prendre Potter et Granger en photo. Ils l’agaçaient mais malgré tout, elle était quand même un peu contente de les voir. Parce que même si elle se sentait libre ici, même si elle avait des amis et une vie plus heureuse qu’avant, il y avait des moments où ses parents et son pays lui manquaient tellement qu’elle avait l’impression de se noyer. Revoir Harry et Hermione était semblable à une bouffée d’air glacial. Ça brûlait les poumons mais ça permettait de respirer.

Ils se promenèrent autour de l’île, au milieu des autres touristes. Le temps était toujours beau, il y avait une très légère brise qui faisait voler leurs cheveux et apportait les embruns de la rivière. Parfois, Harry surprenait le regard des gens qu’ils croisaient sur Dahlia et il se demandait si elle le voyait aussi. Les gens se rendaient-ils compte ? Harry n’en était pas certain. Il se rendait compte que Dahlia n’était pas exactement une femme comme les autres, parce qu’il le savait. Mais les inconnus qui la croisaient, le devinaient-ils ? Sans doute, au regard insistant que ce couple posa sur elle en les dépassant. C’était peut-être quelque chose sur son visage, ou dans son allure, Harry ne savait pas trop. Toujours est-il qu’il fut absolument certain que Dahlia le voyait. Elle devait les sentir glisser sur elle, tous ses regards douteux, suspicieux, qui l’observaient pour savoir si leur intuition était correcte ou non. Elle ne pouvait pas l’ignorer. Portant, elle continuait à avancer, bavardant avec Hermione, comme si rien ne venait la perturber. Harry en ressentit une admiration qu’il ne put nier.

Et encore, songea-t-il, aujourd’hui, Dahlia avait globalement l’apparence qu’on s’attendait à trouver chez une femme. Même si certaines personnes l’observaient, beaucoup ne faisaient pas attention à elle et ne remarquaient rien. Mais avant… pensa Harry. Comment était-ce, avant ? Quand elle avait changé sa garde-robe et qu’elle était sortie dans la rue, habillée en femme, que s’était-il passé ? Harry essaya d’imaginer quelques instants ce que cela pouvait être, le regard des gens sur son passage, la moquerie, le dégoût, le rejet. Oserait-il, lui, faire quelque chose comme ça ? Serait-il capable d’affronter le jugement des autres sans faiblir ? Il n’en était pas tout à fait sûr… Harry eut un choc en se disant que Dahlia était vraiment courageuse, bien plus qu’il n’aurait jamais pu l’imaginer.

Harry continua à marcher un peu en retrait, derrière Hermione et Dahlia qui étaient plongées dans une discussion visiblement passionnante au sujet d’il ne savait pas quoi. Il regardait les longs cheveux de Dahlia, qui tombaient dans son dos et scintillaient à la lumière du soleil. Elle les avait tressés par endroits, c’était joli et élégant. Harry songea brutalement que c’était en fait cela que les gens regardaient quand ils la croisaient. Ses cheveux. Et pas autre chose.

Ils regagnèrent Manhattan et trouvèrent un endroit agréable où prendre une collation. Ils burent un chocolat chaud tous les trois et dégustèrent des muffins si énormes que Harry dut se forcer pour aller au bout. Dahlia expliquait à Hermione qu’elle venait souvent à New York avec ses amis qui trouvaient Hidden City étouffante. Certains y étaient nés, y avaient grandi et ne supportaient plus d’y vivre. New York leur permettait de s’échapper, de se mêler aux Non-Maj, de se perdre dans la foule, de sortir de leur quotidien.

- C’est grand Hidden City quand même, commenta Harry. Ils peuvent y sortir sans croiser de gens qu’ils connaissent, non ?

- Tu dis ça parce que tu viens d’Angleterre, répondit Dahlia. Mais pour ceux qui ont toujours connu ça, ça semble petit et étriqué.

- Je vois. Ils viennent tous de Hidden City tes amis ?

- Non. Chris vient de Boston et Andrew vient du Maine. Les autres en revanche sont des New-yorkais de pure souche qui ne se verraient pas vivre ailleurs, apparemment.

- Et toi ? Tu aimes vivre ici ?

Il avait posé la question avec une sincérité qui le surprit lui-même. Il s’intéressait à elle, il devait bien l’avouer. D’un autre côté, c’était tout de même Malefoy, quelqu’un qu’il connaissait depuis qu’il était petit, qu’il avait cru morte, qu’il retrouvait en Amérique. N’était-ce pas normal qu’il s’intéresse un peu à elle ?

- Oui, j’aime bien, répondit-elle en souriant doucement. Je ne suis personne ici, je peux faire ce que je veux. Et puis c’est vivant et dynamique, on ne s’ennuie jamais. Je trouve ça moins guindé qu’en Angleterre. Enfin évidemment, il y a aussi beaucoup de familles très conservatrices comme chez nous mais il y a beaucoup plus de gens qui ne le sont pas. Vous voyez ce que je veux dire ?

Harry but une gorgée de chocolat chaud en souriant distraitement, pour lui-même.

- Quoi ? demanda Dahlia.

- Rien, c’est juste que… C’est drôle de t’entendre parler comme ça. Pour moi, tu as toujours été quelqu’un de guindé et de conservateur, justement.

- Oui, ma famille était comme ça mais je me suis échappée à temps, heureusement !

Elle le déclara en souriant largement et il lui rendit son sourire. C’était la première fois qu’ils partageaient un moment aussi amical et ils s’en rendirent compte tous les deux, détournant le regard avec un peu d’embarras.

Quand ils rentrèrent chez eux, en fin d’après-midi, Harry réalisa qu’il avait passé une excellente journée et que New York, finalement, ne l’avait pas effrayé tant que ça. Hermione et Dahlia avaient décidé de se revoir dans la semaine pour essayer une pizzeria apparemment délicieuse. Il fallait absolument s’y rendre avant de repartir. Harry était d’accord. Si leurs sorties ressemblaient à cela, il voulait bien revoir Dahlia. Elle pouvait être agréable finalement.

- Vous êtes devenues copines j’ai l’impression, dit Harry dans l’ascenseur de l’hôtel avec un ton moqueur.

- Eh bien, je n’irai pas jusque-là mais oui, j’avoue que je l’apprécie, confirma Hermione. Ah tiens, j’ai reçu une lettre de Ron.

- Tu lui as parlé de Malefoy ?

- Non, répondit Hermione. Je n’avais pas envie de raconter ça dans une lettre. Je lui dirai peut-être quand je rentrerai. Si nous sommes encore là la semaine prochaine, j’irai passer le dimanche avec lui.



L’enquête avançait lentement mais dans la bonne direction. Ils avaient réduit leur liste de suspects en vérifiant les alibis et en interrogeant les proches. A chaque fois qu’un suspect était éliminé, ils en éprouvaient un important soulagement puisque cela les rapprochait inéluctablement du coupable. Pour l’instant, il n’y avait pas eu de nouveaux viols mais ils étaient conscients que les victimes ne venaient pas toutes porter plainte. Ils avaient décidé d’aller interroger les autres bars et boîtes de nuit de Hidden City, pour vérifier qu’ils ne passaient pas à côté de témoins importants. Ils firent bien car ils obtinrent le nom d’une autre victime qui confirma tout ce qu’ils savaient déjà mais qui leur appris que l’homme l’avait emmenée dans l’hôtel X. Or c’était déjà là qu’il avait emmené une autre femme quelques semaines plus tôt. Pourquoi avoir choisi deux fois le même hôtel ? Parce que c’était pratique ? Parce qu’il y avait des habitudes ?

Ils en étaient là quand Harry et Hermione rejoignirent Dahlia à la pizzeria dont elle leur avait parlé, pendant leur pause du midi. On était mercredi et leur sortie à la Statue de la Liberté remontait à trois jours. Pour autant, Harry fut heureux de la voir. Ils lui racontèrent les avancées de leur enquête, puisqu’elle était au courant de presque tout et qu’elle faisait quasiment partie des Aurors. Elle n’aimait pas s’infiltrer dans des bandes de trafiquants ou aller parler à la mafia mais elle avait tout de même envie que le violeur soit arrêté et elle s’intéressait donc à cette affaire. D’autant qu’elle se sentait maintenant concernée.

- C’est la première affaire où on est obligé d’aller à la pêche aux victimes, déplora Harry en croquant dans sa pizza absolument délicieuse.

- Beaucoup de femmes ne disent jamais qu’elles ont été violées, rétorqua Hermione.

- J’entends bien mais… On dirait qu’elles ne veulent même pas nous parler.

- Franchement, si tu étais une femme et que tu avais été violée, tu aurais envie d’aller voir un type comme Bernard pour te plaindre ? demanda Dahlia avec mépris.

- Non, admit Harry.

- C’est scandaleux qu’un type comme lui traite ce genre d’affaire.

Harry voyait bien ce que Dahlia voulait dire et il n’essaya pas de la contredire. Le déjeuner fut agréable et Harry n’avait pas spécialement envie de retourner travailler. Juste avant de partir, Hermione demanda à Dahlia si elle pouvait raconter à Ron qu’ils l’avaient retrouvée. Dahlia n’hésita pas longtemps avant d’accepter, elle avait l’air de penser que de toute façon, s’ils étaient deux sur trois à le savoir, ça ne servait pas à grand-chose de le cacher à Ron. En laissant le taxi le ramener au MACUSA, il se rendit compte que Dahlia avait été gentille et plaisante du début à la fin, qu’ils n’avaient échangé aucune pique, aucun regard mauvais. Après tout, peut-être seraient-ils devenus amis avant la fin de leur séjour.

- Elle est plus aimable qu’au début, non ? fit remarquer Harry.

- Oui, acquiesça Hermione. Mais d’un autre côté, tu es plus aimable aussi.

- Ce qui veut dire ?

- Je ne pense pas qu’elle nous déteste encore, j’ai plutôt l’impression qu’elle veut aller de l’avant. Donc, si nous sommes aimables avec elle, je pense que tout se passera très bien dorénavant.

- Possible, concéda Harry en regardant par la fenêtre. C’est drôle qu’il faille tomber sur Malefoy à l’autre bout du monde pour devenir amis avec lui, non ? Je veux dire elle.

- Moi je trouve ça réconfortant de voir qu’on a tous mûri.

Harry devina que cette remarque dissimulait un mélange de reproche et de menace, pour lui rappeler qu’il avait intérêt à se comporter correctement et à renoncer à ses attitudes puériles. Il ne prit pas la peine de répondre mais il sentait qu’elle n’avait pas besoin de lui dire ça. Il n’avait plus vraiment envie de s’en prendre à Malefoy. Il lui avait dit ce qu’il avait à lui dire, elle s’était excusée, c’était du passé.

Harry, Hermione, Tyler et Abby allèrent se renseigner à l’hôtel pour obtenir le nom des clients réguliers. Ce fut plus difficile que prévu, le gérant n’était pas d’accord et réclamait un mandat. Ils durent retourner au MACUSA, faire signer un mandat par le chef des Aurors et revenir à l’hôtel. Toute cette affaire leur gâcha une bonne partie de l’après-midi. Ils ne furent toutefois pas déçus car en recoupant leur liste de suspects et la liste des clients de l’hôtel, ils trouvèrent un nom en commun. En fin de journée, ils allèrent arrêter l’homme en question et le ramenèrent dans les cellules du MACUSA. Bernard s’occupa de l’interrogatoire. Harry n’aimait pas sa façon d’interroger le suspect, il trouvait Bernard trop agressif, trop dur. Il criait trop, menaçait, insultait. C’était exactement le genre d’Auror qui agaçait Harry. Hermione, elle, était carrément rentrée à l’hôtel, excédée mais peu désireuse de créer un conflit avec leurs collègues américains.

Finalement, le suspect n’avoua pas et tout le monde rentra se coucher. La journée suivante fut consacrée à la suite de cet interrogatoire et à des recherches poussées au domicile du suspect. Bernard semblait absolument convaincu qu’ils tenaient le coupable mais Harry en doutait un peu plus à chaque instant. Il soupçonnait Bernard de vouloir boucler l’affaire le plus vite possible, au risque de charger un innocent.

Ce fut dans cette ambiance-là que Harry envoya un mot à Dahlia pour lui proposer de déjeuner avec lui le vendredi midi. Il ne supportait plus Troy, il avait l’impression d’avoir arrêté le mauvais gars et il avait l’impression d’être un mauvais Auror. Harry avait donc besoin de se changer les idées et de sortir de là. Hermione, elle, devait manger avec Abby et avait apparemment des recherches à faire de son côté. Quand elle lui dit cela, Harry éprouva un sentiment confus de satisfaction qu’il ne réalisa pas tout de suite. Ce ne fut qu’en arrivant dans Hidden City qu’il prit conscience qu’il était heureux qu’Hermione ne soit pas venue et qu’il était heureux à la perspective de se retrouver seul avec Dahlia.

Il transplana jusqu’à la petite place où se trouvait sa librairie et attendit qu’arrive l’heure de sa pause, dix minutes plus tard. C’était bizarre de l’attendre là, dehors, ça ressemblait un peu à un rendez-vous amoureux mais Harry chassa bien vite cette idée. Il s’appuya à un lampadaire et songea que cette place était charmante. Il comprenait que Dahlia prenne plaisir à travailler ici et que cela lui suffise. C’était sans doute bien plus coloré et joyeux que le manoir de son enfance, que les couloirs en pierre de Poudlard et que l’avenir qu’on avait tracé pour elle en Angleterre.

Harry se redressa quand la porte de la librairie s’ouvrit et il regarda Dahlia marcher vers lui. Elle avait à nouveau tressé une mèche de ses cheveux et il aimait bien cette coiffure. Il n’avait jamais fait attention aux cheveux de Drago autrefois – en pensée, il continuait à l’appeler Drago quand il faisait référence au passé, il ne pouvait pas s’en empêcher – mais d’un autre côté, pourquoi y aurait-il fait attention ? Aujourd’hui, c’était différent. Les cheveux de Dahlia, balançant entre lune et soleil, attiraient inévitablement son regard. Il s’obligea à regarder autre chose, de peur que ça se remarque et il regarda le reste. Dahlia portait un autre chemisier, vert cette fois-ci, toujours rétro, avec des manches bouffantes. Et puis, elle avait une jupe noire à taille haute, des collants noirs et ses bottines en cuir. Harry devait admettre, en la regardant s’approcher de lui, qu’il aimait sa façon de s’habiller.

Elle lui sourit étrangement en arrivant devant lui, avec un mélange d’assurance et de nervosité.

- Tu es seul ? Demanda-t-elle.

- Oui, Hermione avait des choses à faire.

Harry fut incapable de déterminer si cette information décevait Dahlia ou si elle s’en fichait. Il aurait préféré que Dahlia soit contente d’être seule avec lui. Il n’eut pas de réponse cependant et elle l’entraina dans un restaurant chinois assez connu de Hidden City.

- En Angleterre, je ne serais jamais allée manger dans un restaurant chinois mais ici, c’est normal, tout le monde le fait, expliqua Dahlia en s’asseyant.

- C’est parce qu’en Angleterre, les restaurants chinois sont moldus et que tu ne fréquentais pas les endroits moldus, rétorqua Harry.

- J’aimerais bien savoir si Ron Weasley fréquente beaucoup les endroits moldus, répliqua Dahlia.

Non, Ron ne les fréquentait pas non plus, parce qu’il fallait avouer que les sorciers anglais ne se mélangeaient pas non plus énormément aux Moldus.

- J’avoue que j’avais des préjugés envers les Moldus, ce n’est un secret pour personne et j’en ai encore mais ce que je veux simplement faire remarquer, c’est que je ne suis pas la seule.

- Oui, je sais.

Elle était douée avec les baguettes tandis que Harry n’y arrivait pas bien. Ce qui venait complètement étayer la thèse de Dahlia, à savoir que Harry boudait les restaurants moldus lui aussi. Pour fuir ce sujet épineux, Harry raconta qu’ils avaient arrêté un type mais qu’il n’était pas sûr de sa culpabilité. Il avoua même qu’il n’aimait pas les méthodes de Troy Bernard. Quand il le dit, Harry se demanda s’il avait vraiment le droit de se confier autant à Dahlia. Après tout, elle était une sorte d’indic, elle ne faisait pas vraiment partie de la police. Harry rejeta cette idée en se disant que ça n’avait aucune importance. Lui-même était un Aurors anglais, il se fichait complètement de ternir la réputation de Bernard. De toute façon, Dahlia le détestait déjà avant son arrivée. Ils critiquèrent donc Bernard ensemble, ce qui défoula Harry. Dahlia était au courant d’anecdotes que Harry ignorait, évidemment, et elle lui en raconta quelques-unes, pour son plus grand plaisir.

- Je crois que c’est la première fois qu’on est d’accord pour mépriser quelqu’un, fit remarquer Harry quand ils s’arrêtèrent enfin.

- Peut-être bien, admit Dahlia en souriant.

Il y eut un silence un peu gêné et Harry posa des questions sur le travail de Dahlia. Avaient-ils beaucoup de clients à la librairie, est-ce que ça marchait bien ? Ce sujet de conversation était neutre et facile, ils s’y complurent un instant. Régulièrement, les yeux de Harry suivaient le bracelet argenté qu’elle avait au poignet et qui bougeait quand elle levait ses baguettes. Finalement, il était joli, même si c’étaient deux serpents entrelacés. Et puis, tous les serpents n’étaient pas mauvais, Harry le savait bien. Dahlia parlait du fait qu’elle avait toujours aimé lire et que c’était plaisant de travailler dans ce domaine. Elle lui parlait d’elle avec une facilité déconcertante, remarquait-il. A côté de ça, il ne lui avait jamais rien confié de vraiment personnel. Les yeux de Harry quittèrent le bracelet argenté et remontèrent vers le chemisier vert de Dahlia. Maintenant qu’elle ne portait plus de pull qui cachait tout, Harry constata qu’elle avait indéniablement des seins. Plutôt petits, certes, mais des seins quand même. Et quand il réalisa cela, il se dit qu’il était vraiment sur la mauvaise pente.

Il se recula sur sa chaise, se concentra sur son bol de nouilles et continua à parler avec elle. Il essaya d’attraper ce qui devait être un champignon, dut s’y prendre à plusieurs fois, le refit tomber dans son bol et eut un geste d’exaspération.

- Merde ! Souffla-t-il.

Dahlia, qui avait observé ses efforts avec attention, éclata de rire, un rire un tout petit peu moqueur mais surtout sincère et joyeux. Il leva les yeux vers elle, surpris. Son rire n’était pas exactement comme il l’avait imaginé. Il était plus grave que sa voix, il ressemblait beaucoup à ce qu’il devait être autrefois. Dahlia rougit et baissa la tête.

- Désolée, dit-elle.

- De quoi ?

- Je ne sais pas. Je n’aime pas mon rire, je n’arrive pas à le faire monter et à le rendre plus… féminin. Je sais que ça choque les gens.

- Ah… ça ne me choque pas vraiment.

Dahlia eut l’air troublée par la déclaration et but une gorgée d’eau pour garder contenance. Harry réfléchissait à ce qu’elle venait de dire.

- C’est la première fois que je te vois rire vraiment, dit-il enfin.

- Quoi ? A Poudlard quand même, je devais bien…

- Non, ce n’était jamais de vrais rires spontanés comme celui-là. C’était plutôt… des ricanements cruels ou moqueurs, souvent exagérés.

Il s’attendit à ce qu’elle s’offusque de cette remarque et qu’elle le contredise mais elle fixa son bol avec un léger sourire, jouant avec ses baguettes.

- Tu… tu es plus observateur que je le pensais, déclara-t-elle.

Elle venait de lui faire un compliment, ce qui était peut-être la toute première fois. Décidément, c’était la journée des premières fois. Et Harry aimait ça, c’était agréable. Un compliment dans la bouche de Dahlia, ça le réchauffait un peu.

Pour rompre l’espèce de gêne inexplicable qui venait de s’installer et que Harry ne parvenait pas à comprendre, Dahlia essaya de lui montrer comme tenir correctement ses baguettes. Elle n’était pas un professeur très patient toutefois et elle finit par abandonner, l’air de penser qu’il était foutu. Harry était partagé entre humiliation et amusement, parce qu’autrefois, jamais Malefoy n’aurait pris le temps d’essayer de lui expliquer quoi que ce soit. Ce fut tout de même un soulagement de terminer les nouilles et de passer au dessert. Et ce ne fut qu’à ce moment-là que Harry eut le courage de poser la question qui le démangeait depuis maintenant presque quatre ans.

- Puisqu’on est tous les deux… commença-t-il avec prudence.

Dahlia lui lança un regard quasi apeuré qui ne le déstabilisa pas pour autant.

- Pourquoi est-ce que tu m’as écrit cette lettre ?

Elle se calma et réfléchit un instant avant de répondre.

- Parce que je voulais faire les choses bien, dit-elle enfin. Tu étais venu témoigner en ma faveur, j’étais reconnaissante même si je n’aurais jamais osé l’admettre à l’époque. Alors, puisque je savais que j’allais partir pour toujours, j’ai eu envie de… de te remercier et de te dire la vérité, pour une fois.

- La vérité, c’est-à-dire, que tu avais envie que je gagne la guerre ?

- Oui et puis, tu sais… que je n’avais jamais vraiment voulu faire tout ce qu’on m’a forcée à faire.

Harry se sentait plus léger, il ne savait pas vraiment pourquoi. Il se rendit compte que cette lettre d’adieu, que Malefoy lui avait envoyée avant de se suicider, avait été un fardeau qui avait pesé sur ses épaules durant toutes ces années. Il était heureux et soulagé de savoir pourquoi elle lui avait écrit ça, soulagé aussi de savoir qu’elle était finalement toujours en vie.

- Tu sais, dit-il doucement. Quand j’ai appris que tu étais mort…

- …te…

- Oui, je me suis dit… ce n’était pas non plus ce que je voulais. C’est vrai que nous étions ennemis et qu’on ne s’entendait pas mais je n’ai jamais souhaité ça pour toi.

- Trop aimable, répondit Dahlia avec un sourire moqueur.

Il y eut un silence mais il n’était pas pesant. Dahlia avait terminé son dessert et jouait avec ses baguettes, ce que Harry observait sans vraiment le voir. Il y avait une autre question qu’il se posait depuis qu’il l’avait revue et celle-ci lui demandait beaucoup plus d’engagement que la première. Il voulait toutefois la poser et il se sentait en sécurité ici, dans ce restaurant, avec elle. Il avait l’impression qu’il pouvait lui dire ce qu’il voudrait et qu’elle l’écouterait.

- Je me demandais… Est-ce que c’est plus facile de supporter tout ce qui s’est passé en partant à l’autre bout du monde ?

Elle eut l’air surprise par la question et elle détourna le regard. Elle ne semblait pas à l’aise et il voyait bien qu’elle aurait préféré qu’il ne parle pas de ça.

- Ce qui s’est passé, répéta-t-elle. C’est-à-dire ?

- La guerre, Voldemort…

- Ne prononce pas son nom ! s’écria Dahlia d’une voix étouffée.

Harry se tut et attendit. Dahlia reposa les baguettes et se mit à faire tourner nerveusement son bracelet autour de son poignet.

- Ça permet de penser à autre chose, oui, répondit Dahlia. Et puis, j’ai eu d’autres problèmes depuis le temps… C’est du passé tout ça, je n’en parle jamais. Et j’essaie de ne pas y penser. Evidemment, vous revoir m’oblige à me souvenir de certaines choses mais j’aimerais mieux qu’on évite le sujet.

- Mais…

- C’est derrière moi tout ça.

- D’accord, céda Harry.

De toute façon, il était l’heure qu’il reparte aux bureaux du MACUSA, il était déjà presque en retard.

- Tu n’as qu’à dire que tu étais avec moi, Bernard sera compréhensif, dit Dahlia d’un ton ironique.

Harry rit et lui promit de le faire, juste pour le provoquer. Tout en transplanant discrètement et en montant les escaliers interminables du MACUSA, Harry repensait à sa conversation avec Dahlia. Il la comprenait bien, à vrai dire. Elle était partie à New York, elle s’était construit une nouvelle vie avec de nouveaux amis, un travail qui lui plaisait et une identité qui lui convenait. C’était normal qu’elle n’ait aucune envie que des fantômes de son passé viennent lui parler de la guerre et de Voldemort. A sa place, Harry n’aurait peut-être même pas accepté de revoir ces fantômes. Il se promit de ne plus en parler et de la laisser tranquille. Après tout, si elle était heureuse, tant mieux pour elle.

A l’étage des Aurors, Bernard le regarda arriver avec un certain agacement.

- Ah, Potter, on se demandait où tu étais passé…

- Je déjeunais avec Dahlia, répondit calmement Harry sans se démonter.

- Ah… bon…

Bernard ne sut pas quoi dire, détourna le regard pour fuir ce sujet épineux et se râcla la gorge. Harry sourit pour lui-même et eut brusquement envie de retourner voir Dahlia, juste pour lui raconter.


Finalement, en dehors du fait que leur suspect fréquentait régulièrement l’hôtel que le violeur avait utilisé à deux reprises, les Aurors n’avaient aucune preuve contre lui. Et puisque l’homme n’avoua rien, ils furent bien obligés de le relâcher. Ils ne repartaient pas à zéro mais tout de même, il fallait continuer les recherches. Harry avait l’impression d’avoir perdu un temps précieux à interroger un homme qui était certainement innocent et cela faisait enrager Hermione. Etrangement, Harry n’en était pas si contrarié qu’il l’aurait cru.

- Tu crois qu’Achab va nous autoriser à rester ici combien de temps ? demanda Harry à Hermione tandis qu’ils buvaient un café dans la salle de pause.

- Aucune idée, répondit Hermione. Si on met trop de temps à boucler cette affaire, je suppose qu’il va nous demander de rentrer à Londres et tant pis.

- Ce serait quand même dommage de laisser tomber deux fois cette enquête, c’est frustrant !

- C’est vrai, admit Hermione. Et puis les autres comptent sur nous, Jane surtout. Elle m’a dit qu’elle espérait vivement qu’on arrête le coupable.

- Oui… souffla Harry.

Jane. Il n’avait pas pensé à elle depuis des jours, c’était honteux. Peut-être devrait-il lui écrire pour lui raconter comment avançait l’enquête. Ce serait la moindres des choses… Quoique, au fond, il n’en était pas sûr. Jane ne semblait pas attendre quoi que ce soit de lui. Il y réfléchirait plus tard. En repensant à ses collègues, Harry réalisa qu’ils lui manquaient, surtout Rufus. Mark était moins appréciable mais Harry serait heureux de le revoir. Et plus que tout, Ron lui manquait. Harry aurait adoré que Ron soit là, ils auraient eu tellement de choses à dire et à commenter… Ils le feraient à son retour mais ce ne serait plus la même chose. Harry lui écrirait ce soir.

Comme pour répondre aux leurs questionnements, ils reçurent une lettre de leur chef, Nestor Achab, qui leur fit savoir qu’il leur laissait encore une semaine pour collaborer avec les Américains. A la fin de cette semaine, sans avancée significative, ils renteraient à Londres. Le Ministère avait d’autres choses à faire que de payer des hôtels new-yorkais à ses Aurors. Hermione fut plutôt blasée par l’argument mais elle n’était pas étonnée. Harry non plus, même si ça l’agaçait.

- Au moins, c’est une bonne nouvelle, déclara Hermione. Dans une semaine, nous rentrons. Je sais que tu n’es pas bien ici, tu dois être content.

- Oui, je suis content.

Il l’était beaucoup moins qu’il l’avait imaginé. Il avait envie de rentrer, de retrouver sa maison, son lit, ses collègues et ses amis mais d’un autre côté, il avait l’impression qu’il perdrait quelque chose s’il repartait maintenant. Hermione, elle, semblait partagée entre son envie de rester boucler l’affaire et son désir de rentrer. Il la comprenait et il se cacha derrière cette excuse pour exprimer ses doutes.

- J’aurais quand même aimé arrêter le coupable, quitte à rester un peu plus longtemps, dit-il.

Hermione l’observa par-dessus son gobelet de café et ne fit aucun commentaire.



Le weekend arriva et Hermione, comme elle l’avait dit, rentra en Angleterre pour retrouver Ron qui devait lui manquer peut-être encore plus qu’il manquait à Harry. Elle partit le samedi soir, ce qui la faisait arriver à Londres vers minuit mais ça n’avait pas d’importance, elle savait que Ron l’attendrait avec impatience. Harry aurait pu rentrer s’il l’avait voulu mais il avait refusé. Il savait bien que Ron et Hermione, après deux semaines de séparation, ne se revoyaient pas pour passer leur temps à papoter avec Harry. Il les gênerait. Il aurait pu voir Jane mais leur relation n’avait jamais atteint le stade où ils passaient une journée ensemble. Rentrer pour tirer un coup une soirée semblait fortement inutile à Harry. Et puis…

Et puis il y avait Dahlia et finalement, passer son dimanche avec elle était une perspective qui attirait plus Harry que de rentrer en Angleterre pour n’y retrouver personne. Hermione lui avait demandé ce qu’il comptait faire de sa journée libre et Harry avait vaguement répondu qu’il en profiterait pour dormir et peut-être se promener un peu.

- Je vais surtout me reposer, avait-il dit.

Foutaises. C’était ce qu’il avait essayé de se faire croire mais après des heures d’hésitation qui, au fond, n’hésitaient pas du tout, Harry envoya un message à Dahlia pour lui proposer d’aller se promener à New-York comme ils l’avaient fait le weekend précédent. Visiter la ville était une excuse idéale, qui permettait de se voir sans qu’il y ait de gêne particulière. Il jouerait le touriste, elle jouerait la guide, et le jeu fonctionnerait parfaitement.

Comme la dernière fois, ils se retrouvèrent en début d’après-midi, à l’entrée de Hidden City. Harry observa rapidement le haut blanc de Dahlia, ses manches en dentelle, son bracelet qui brillait au soleil, sa jupe vert foncé, ses collants noirs et ses bottines. Il regarda ses longs cheveux qui tombaient dans son dos comme une cascade dorée. Puis il se concentra sur elle et lui sourit.

- Tu es à nouveau seul ? S’étonna-t-elle.

- Hermione est rentrée à Londres pour voir Ron.

- Tu ne voulais pas rentrer aussi ?

- Je n’ai personne à voir, répondit Harry d’un ton blasé. Donc… je suis là.

Il y eut une lueur dans le regard de Dahlia, une lueur que Harry ne vit pas. Elle détourna rapidement la tête, reprit contenance, attendit que la roseur de ses joues disparaisse et marcha vers la station de métro.

- Que veux-tu voir aujourd’hui ?

« Toi, à vrai dire » pensa Harry, mais il ne pouvait pas répondre ça. Il haussa les épaules, il n’avait pas réfléchi à un mensonge adéquat et depuis le début, il se foutait bien de New York.

- Je ne sais pas, emmène-moi où tu veux, répondit-il enfin.

Il n’en avait rien à faire, il pouvait bien la suivre n’importe où. De toute façon, il ne connaissait rien à cette ville et c’était plaisant de se laisser guider sans réfléchir, de temps en temps. Dahlia réfléchit quelques secondes puis ils sortirent de Hidden City et elle l’emmena à Brooklyn.

Harry n’eut absolument aucune émotion en traversant le célèbre pont mais il était heureux d’être là. Il faisait beau, encore, ils avaient de la chance. Le mois de mai tirait vers la fin et l’été commençait doucement à arriver. Il y avait beaucoup de monde mais ça ne dérangeait pas Harry. Il écoutait la voix de Dahlia qui commentait les choses avec un ton détaché et un peu hautain.

- Les Moldus sont fans de ce pont, disait-elle. Bon… je ne sais pas ce qu’il a de si exceptionnel, c’est juste un pont. Mais visiblement, tous les touristes y passent.

Harry la regarda en souriant. Il n’avait absolument aucun argument pour défendre le pont, qui, effectivement, ne lui semblait pas plus incroyable que n’importe quel autre pont mais ça l’amusait d’entendre Dahlia parler de cette manière. Elle avait l’air d’avoir fait des efforts pour comprendre les Moldus et leur culture mais avoir encore du mal à appréhender certaines choses.

- Nous avons le Tower Bridge, remarqua Harry. Chacun ses bâtiments célèbres.

- Oui, admit Dahlia. J’ai dû le voir une fois seulement, j’allais rarement à Londres et c’était uniquement sur le Chemin de Traverse.

- Ah, c’est drôle, je pensais que vous faisiez souvent des excursions en famille à Londres, à manger des Hot Dog et faire des tours de grande roue.

- La grande roue n’était même pas ouverte à l’époque, rétorqua Dahlia en souriant.

- Ah oui.

Arrivés de l’autre côté du pont, ils déambulèrent sur la Brooklyn Height Promenade qui longeait l’Hudson, comme à peu près tous les touristes de la ville, visiblement. Harry devait admettre que la vue était jolie, surtout grâce au beau temps. Il pouvait comprendre que les gens aiment se promener ici ou venir courir sur la promenade. Dahlia aussi observait autour d’elle avec curiosité et il devina qu’elle ne venait pas souvent.

- Je ne suis pas venue vivre à New York pour visiter la ville, expliqua-t-elle quand il lui en fit la remarque. Je passe le plus clair de mon temps à Hidden City. Et quand on sort, ce n’est pas forcément pour aller dans les lieux les plus touristiques.

- J’imagine.

Il y avait des silences et il y avait des moments où ils parlaient. Les deux étaient agréables. Parfois, Harry glissait un regard vers elle, sur son profil joliment découpé avec son nez droit et pointu. Il continuait à trouver cela étrange de passer du temps avec Malefoy mais la vie de Harry avait toujours été étrange quand il y pensait bien. Ce ne serait donc qu’une bizarrerie de plus. Et puis il fallait bien que leur haine réciproque aboutisse à quelque chose, ça aurait été dommage qu’elle soit complètement inutile et stérile. Déboucher sur une réconciliation et une amitié, même superficielle, c’était mieux que rien, ça y mettait un terme et ça finissait joliment l’histoire. Harry aurait aimé que ses autres histoires se terminent de cette façon. Par exemple, il n’aurait pas été contre une bonne discussion avec Rogue où il lui aurait reproché tout ce qu’il avait à lui reprocher et où Rogue se serait platement excusé. Harry n’aurait jamais Rogue mais il avait eu Malefoy.

Il se surprit à raconter à Dahlia qu’il sortait souvent à Londres parce que personne ne le connaissait là-bas et qu’il était tranquille. Même si les journalistes ne le harcelaient plus, c’était toujours pénible d’être sur le Chemin de Traverse et de voir tous les gens se retourner ou chuchoter sur son passage quand ils le reconnaissaient. C’était lourd et pesant, il détestait. Contrairement à ce qu’il avait craint, elle ne se moqua pas de lui, n’ironisa pas sur sa pauvre vie de héros. Elle comprenait ce qu’il voulait dire.

- Pourquoi être venue à New York et pas à Paris par exemple ? demanda Harry.

- Parce que ça parle anglais et que c’était le plus simple. Vivre à Paris aurait été bien plus contraignant. Et à Paris, je pense que les gens auraient beaucoup plus facilement pu connaitre mon nom. Ils étaient au courant de la guerre et ils suivaient cela de près, vu qu’ils sont juste à côté. Ici, aux Etats-Unis, personne ne sait ce qui s’est passé en Angleterre, en dehors des gens qui travaillent pour le MACUSA ou des sorciers qui s’intéressent aux nouvelles internationales. Mais ils sont peu, la plupart sont franchement complètement incultes.

- J’ai l’impression d’entendre Hermione, fit remarquer Harry en souriant.

- Hermione dit souvent des choses justes, répondit calmement Dahlia.

Ils s’écartèrent pour laisser passer des gens qui couraient et Harry en profita pour retirer son pull. Au soleil, il commençait à avoir chaud. A quelques pas devant lui, Dahlia s’arrêta également et sortit un ruban en tissu de son sac. Elle s’attacha les cheveux rapidement, essayant de faire un chignon pas trop loupé et y arriva plutôt bien. Harry la regarda faire, sans vraiment la voir. Ses yeux se posèrent alors sur la nuque de Dahlia, qu’il n’avait encore jamais eu l’occasion de voir. Elle y avait un autre tatouage, assez petit et délicat, tout en noir. C’était un dragon qui déployait ses ailes et semblait s’envoler. Harry s’avança pour rejoindre Dahlia et revenir à sa hauteur.

- Tu as un tatouage sur la nuque, fit-il remarquer, un peu inutilement.

- Oui. Ici, il y a moins de préjugés sur les tatouages, je connais beaucoup de gens qui en ont.

- Pourquoi un dragon ? demanda Harry. Est-ce que ça a un lien avec ton ancien prénom ou est-ce que ça n’a rien à voir ?

- C’est pour mon ancien prénom, oui, admit-elle.

Ils firent quelques pas sans parler, évitant des enfants qui couraient.

- Pourtant je pensais… commença prudemment Harry. J’avais cru comprendre que votre ancien prénom devenait un peu tabou, non ? Je veux dire, je comprends bien qu’il fait référence à une période de votre vie pas toujours très drôle.

- C’est vrai, répondit Dahlia en regardant droit devant elle. Je déteste la personne que j’étais à l’époque où je portais encore ce prénom. Il impliquait des choses qui ne correspondaient pas à ce que j’étais. Et puis au fond, Drago n’a jamais vraiment existé.

- Tu veux dire… parce que tu as toujours été Dahlia, au fond ?

- Oui, c’est ça.

Harry était soulagé d’avoir compris. Il y avait beaucoup pensé, il n’allait pas mentir. Plus il y pensait, plus il comprenait ce que Dahlia pouvait ressentir. En réalité, avec un peu de bonne volonté et d’ouverture d’esprit, ce n’était pas si compliqué. De son côté, Dahlia semblait soulagée que Harry ait compris et ne lui ressorte pas des insultes ou des aberrations comme la première fois.

- Mais alors, pourquoi ce tatouage ?

Dahlia hésita une seconde avant de répondre, comme si elle n’était pas certaine de vouloir lui dire la vérité. Puis finalement, elle eut envie de le faire.

- Parce que quand mes parents m’ont donné ce prénom, ils ne pouvaient pas savoir. Ce n’est qu’un malentendu en quelque sorte. Ils ont cru bien faire, je ne peux pas leur en vouloir. Ils l’ont choisi avec tout leur cœur et leur bonne volonté… Quand ils m’ont donné ce prénom, ils m’aimaient.

Harry lui jeta un coup d’œil. Elle avait l’air embarrassée de dire ces choses mais d’un autre côté, elle assumait de le penser.

- Je leur ai tourné le dos pour de bon, continua-t-elle. Ils me croient morte et c’est très bien comme ça. Je n’aurais jamais pu être libre là-bas, avec eux. Ça ne veut pas dire qu’ils ne me manquent pas et que… Je n’ai plus grand-chose à voir avec la personne que j’étais quand je suis partie et j’ai même abandonné le prénom qu’ils m’avaient donné… Alors, je ne sais pas… mon tatouage, c’est le dernier lien qu’il me reste avec eux. Comme un souvenir de l’amour qu’ils me portaient à ce moment-là.

Harry ne répondit pas immédiatement. La tirade de Dahlia le touchait un peu, il ne savait pas très bien pourquoi. Il n’avait aucune idée de la relation exacte que Dahlia avait eue avec ses parents tout au long de sa vie, il n’en avait vu que la surface. Et comme souvent, la façade impeccable cachait autre chose. L’amour qu’ils lui portaient à ce moment-là, hein ? Lui portaient-ils toujours autant d’amour quand ils laissaient Voldemort faire ce qu’il voulait avec leur fils ? Lui porteraient-ils toujours autant d’amour si Dahlia leur disait qui elle était ? Harry trouvait l’amour des Malefoy un peu défaillant. Et en même temps, il revoyait nettement le visage de Lucius, quand il était venu au Ministère pour demander de l’aide, après avoir lu la lettre de son fils. C’était un visage qui condensait toute la douleur du monde.

- Si ça te permet de te réconcilier avec ton passé ou quelque chose comme ça, tant mieux, répondit enfin Harry.

- Oui.

- Est-ce que tu en as d’autres ? Des tatouages, je veux dire…

- Non, dit Dahlia en souriant.

Ils s’assirent sur un banc miraculeusement libre et regardèrent le paysage devant eux. Les grands immeubles laissaient Harry complètement indifférent, il ne parvenait pas à penser à autre chose qu’à ce que Dahlia lui avait dit. Il aimait découvrir des choses sur elle, petit à petit. Il aimait qu’elle lui parle d’elle. Dahlia venait de dire qu’elle n’avait plus grand-chose à voir avec la personne qu’elle était autrefois et Harry n’était pas tout à fait d’accord. Elle était toujours la même, sur bien des points. Elle était cependant une meilleure version d’elle-même. Elle était ce qu’elle aurait pu être dès le début si les idées abjectes de Lucius et Narcissa n’avaient pas contaminé l’esprit de leur enfant, s’ils lui avaient appris à aimer plutôt qu’à haïr et à compatir plutôt qu’à mépriser. Il était admiratif qu’elle ait globalement réussi à se soustraire de tout cela. Bien sûr, il restait un peu de suffisance chez elle, un peu de snobisme, mais ce n’était pas dérangeant. Ce n’était plus accompagné de la même malveillance qu’autrefois.

A force de regarder les immeubles, Harry finit par s’y intéresser vaguement et une idée émergea en lui, vivement.

- Tu étais là lors des attentats des tours, s’écria-t-il.

- Oui, confirma Dahlia. Même si je n’étais pas vraiment là, j’étais à Hidden City.

- Tu n’as pas été touchée ? Tu ne connais personne qui l’a été ?

- Non, pas personnellement. Je sais que le MACUSA avait envoyé des sorciers pour aider et que certains d’entre eux sont morts en allant chercher des blessés mais il y en a eu très peu.

- Tant mieux.

- Ça a traumatisé les Moldus cette affaire, je m’en souviens bien.

- Ça a traumatisé tout le monde…

- Les Moldus sont capables de choses surprenantes… commenta Dahlia d’un air songeur. Envoyer des avions s’écraser dans des immeubles, quelle drôle d’idée… Même Tu-Sais-Qui n’a jamais fait des tueries de masses aussi importantes.

Et cela la laissait perplexe.

Ils reprirent leur promenade puis s’arrêtèrent dans un café pour boire et manger. Harry se sentait bien, New York ne l’oppressait pas et Hermione ne lui manquait pas du tout. En fait, c’était de loin la meilleure journée qu’il ait passé ici. Ce fut Dahlia qui évoqua Hermione en premier, elle semblait l’apprécier sincèrement. Ce qui était très paradoxal. Harry lui raconta qu’il vivait en collocation avec Ron et qu’Hermione habitait dans le même immeuble qu’eux. Dahlia trouva leur arrangement étrange et un peu amusant.

- Vous feriez mieux de vous mettre en couple tous les trois, dit-elle avec un sourire moqueur.

- Non, sans façon, Ron est mon meilleur ami ! Et c’est un homme.

- Et donc les hommes, c’est vraiment non alors ?

- Euh, oui… répondit Harry surpris par la question. Ça ne m’a jamais attiré.

- D’accord donc tu n’es attiré que par les femmes… les femmes qui n’ont pas de pénis.

Harry rougit un peu et se sentit mal à l’aise. Il baissa les yeux vers son verre de jus de fruit en essayant de trouver une réponse convenable.

- Eh bien, je… Oui, c’est vrai que… Je n’aurais pas dû dire ça ce jour-là, désolé.

- C’est bon Potter, dit Dahlia en se moquant de son embarras. Je disais ça pour t’embêter, j’étais sûre que tu aurais l’air outrageusement honteux.

Il lui lança un regard blasé mais soulagé, au fond.

Puisqu’il faisait beau, Dahlia suggéra d’aller jusqu’à Coney Island, autre lieu touristique connu. Ses amis l’avaient trainée dans le parc, une fois, et elle conservait ce souvenir comme un rêve éveillé. Les Moldus faisaient vraiment des choses étonnantes mais ils étaient créatifs, elle ne pouvait pas leur enlever ça. Harry avait envie d’aller voir, pour deux raisons majeures : premièrement, l’idée de se promener sur une plage lui plaisait bien, deuxièmement, cela prolongerait son moment avec Dahlia. Toutefois, Coney Island était loin et Dahlia accepta de transplaner discrètement pour s’y rendre. Harry remarqua qu’elle avait vite pris goût à la désobéissance, il trouvait cela amusant.

Harry n’avait aucune envie d’aller au parc d’attraction mais ils se promenèrent sur le remblai, au soleil. Ils restèrent silencieux pendant un moment, admirant l’océan et les gens qu’ils croisaient. Ce n’était pas le genre de Harry de se forcer à dire des platitudes quand il n’avait rien à dire et il ne trouvait pas ce silence dérangeant. Là encore, à cause du soleil, il y avait plein de gens. Harry et Dahlia s’arrêtèrent devant le parc d’attraction, achetèrent une glace et la mangèrent en regardant la plage, accoudés aux barrières du remblai. Dahlia observait les gens allongés sur le sable, sur leur serviette. Certains s’étaient mis en maillot de bain et profitait des chauds rayons du soleil pour faire le plein d’énergie.

- Ça t’arrive d’aller à la plage ? demanda Harry qui trouvait que cette activité ne cadrait pas avec Malefoy.

Elle se tourna vers lui et lui adressa un faible sourire un peu crispé.

- La plage, c’est un endroit effrayant et menaçant pour nous, répondit-elle. A moins de rester tout habillés mais donc… ça perd un peu de son intérêt. Car comme tu t’en doutes, je ne risque pas de me mettre en maillot de bain devant des gens.

- Euh… oui, je vois…

Il ne voyait pas trop, à vrai dire. Il regarda droit devant lui, léchant sa glace, essayant d’imaginer à quoi ressemblerait Dahlia en maillot et il chassa bien vite cette idée un peu dérangeante. Ils terminèrent leur cornet et reprirent leur marche. Harry avait rarement autant marché sans but précis comme il le faisait aujourd’hui. En fait, c’était même très rare qu’il fasse ce genre de sortie. Il mit cela sur le compte du voyage à New York qui le poussait à se comporter comme un touriste. Et puis, c’était plus rassurant que de rester assis face à Dahlia à la regarder dans les yeux pendant toute l’après-midi. D’un autre côté, rien ne l’obligeait à voir Dahlia, il aurait très bien pu rester à l’hôtel à faire une sieste, prendre un bain et lire le journal.

Ils finirent par arriver au bout de la promenade et l’après-midi touchait à la fin, elle aussi. Il fallait songer à rentrer. Harry pensa un instant à lui proposer d’aller dîner avec lui quelque part mais il trouva que c’était un peu trop, il ne fallait pas exagérer non plus. Ils n’étaient pas en rencard tout de même. Ils cherchèrent un endroit isolé et désert pour transplaner et regagnèrent Central Park, la station de métro magique et Hidden City. Là, il y eut l’habituel moment de gêne où il faut se séparer.

- Merci pour la visite, commença Harry.

- Vous repartez quand ? coupa Dahlia.

Elle avait posé la question d’un ton ferme, en le regardant dans les yeux, vraiment intéressée par la réponse. Harry hésita une seconde, il ne savait pas pourquoi.

- Si on ne trouve rien de nouveau, on rentre dans cinq jours, dit-il.

Le visage de Dahlia resta totalement impassible face à la nouvelle et Harry se sentit un peu déçu.

- Vous me préviendrez, n’est-ce pas ? demanda Dahlia. Qu’on se dise au revoir, au moins.

- Bien sûr. On pourra peut-être déjeuner ensemble une dernière fois ou…

- Oui, assura Dahlia.

Elle lui fit un signe de la main, lui souhaita une bonne soirée et transplana pour rentrer chez elle. Harry l’imita et regagna son hôtel qui lui parut plutôt inhospitalier, d’un seul coup. Il avait passé une bonne journée mais cet échange final l’avait déprimé. Evidemment, il ne repartirait pas comme un voleur sans la prévenir, ce serait grossier. Mais cette idée ne l’emballait pas spécialement.

Quand il arriva devant sa chambre, la porte d’Hermione s’ouvrit rapidement, comme si elle l’attendait. Il fut presque surpris de la voir.

- Tu es déjà rentrée ? S’étonna-t-il.

- Je suis repartie avec le Portoloin de vingt-deux heures, expliqua-t-elle.

Il renonça à rentrer dans sa chambre et entra dans celle d’Hermione. Comment allait Ron ? Avaient-ils passé une bonne journée ? Harry fut très heureux d’avoir un contact ne serait-ce qu’indirect avec Ron. Il lui passait le bonjour, évidemment. Il avait hâte qu’ils rentrent. Ils n’avaient rien fait de spécial, ils avaient surtout passé la journée au lit, à cause du temps maussade qu’il faisait à Londres.

- Et toi ? Tu es sorti un peu visiblement.

- J’ai passé l’après-midi avec Dahlia, répondit Harry.

- Ah oui ?

Il lui raconta ce qu’ils avaient visité et Hermione feignit d’être un peu jalouse d’avoir loupé ça.

- Tu as pris des photos au moins ?

- Euh… non, désolé.

Hermione soupira, déçue. Cela lui aurait plu de se promener à Brooklyn avec eux. Elle déclara qu’elle reviendrait un jour, pour des vacances, et qu’elle découvrirait la ville comme il se doit. Harry, lui, songea qu’il ne ferait jamais ça.

- Et avec Dahlia, ça s’est bien passé ? Demanda-t-elle.

- Oui, très bien, assura Harry.

Hermione observa Harry quelques secondes, sembla sur le point de dire quelque chose puis se retint.

- Il faudra penser à lui dire au revoir avant de partir, fit-elle remarquer.

- Oui, c’est aussi ce qu’elle a dit.

Comme s’il allait oublier de lui dire au revoir, pour qui le prenaient-elles ? Bien sûr qu’il allait y penser. Il pensait suffisamment à Dahlia pour ne pas oublier un détail aussi crucial. Il pensait un peu trop à elle d’ailleurs. Harry rentra dans sa chambre et ferma les yeux pour se replonger dans son enquête. Ils avaient cinq jours pour faire une découverte importance, sans quoi ils repartiraient à Londres et laisseraient tomber l’affaire pour la deuxième fois. Harry n’avait pas envie de laisser ça aux mains de Troy Bernard, ça l’agaçait. Il voulait finir les choses lui-même et résoudre cette enquête.
Chapitre 4 - Les amochés by Celiag
Author's Notes:
Bonjour à tous,

Je constate que cette histoire vous plait moins, peut-être à cause de la thématique. J'en suis un peu attristée mais je suppose que c'est le jeu, on ne peut pas réussir à plaire à tous les coups.

Je poste quand même le chapitre 4. Bonne lecture.
Dahlia rangeait les livres sur les étagères, en agitant sa baguette avec autorité. Il fallait qu’ils soient alignés et à l’endroit. Elle détestait les gens qui remettaient les livres à l’envers ou qui les laissaient n’importe où sans les ranger à leur place. D’habitude, elle ne mettait pas autant d’ardeur à disposer les livres mais aujourd’hui, elle était sans pitié.

Derrière elle, à la caisse, Emily l’observait avec inquiétude et compassion.

- Dahlia, finit-elle par dire. Ces livres sont parfaitement rangés, tu ne vois pas qu’ils commencent à s’énerver ? Tu les malmènes.

Dahlia jeta un coup d’œil aux livres de voyage qui tremblaient légèrement, comme s’ils étaient prêts à lui sauter au visage dès qu’elle essaierait une nouvelle fois de les aligner sur l’étagère. Elle poussa un soupir résigné et s’éloigna pour revenir vers la caisse. Elle changea d’avis au dernier moment et s’attaqua au rayon des romans.

- Potter m’a dit qu’ils repartaient dans cinq jours, lâcha Dahlia sans se retourner vers Emily.

Emily ne répondit pas, elle devinait qu’il y aurait une suite. De toute façon, elle n’était pas certaine de trouver les mots adéquats.

- Quand on y pense, c’est quand même effarant que je tombe sur lui à l’autre bout du monde, non ?

- Oui, le hasard est…

- Je suis partie, je lui ai écrit une lettre d’adieu, je croyais que tout ça serait terminé et derrière moi. Et non, il faut qu’il vienne à New York, avec Granger en plus ! Et il faut qu’on se croise, il faut même qu’on travaille ensemble. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça, hein ? Sans parler des sorties le weekend et des déjeuners ensemble…

- Tu n’es pas obligée d’aller te promener avec lui ou de manger avec lui, fit remarquer Emily.

- Je sais bien mais je ne peux pas m’en empêcher. Je n’ai jamais pu m’empêcher de venir vers lui quand il était dans les parages.

D’un geste violent, Dahlia releva un roman qui était tombé et l’envoya se ranger à côté des autres. Elle semblait furieuse et désespérée.

- Et il va repartir dans cinq jours, continua Dahlia. C’est facile pour lui, je suis sûre qu’il a hâte de rentrer. Mais moi… j’avais avancé, j’ai ma vie ici, j’étais heureuse et il faut qu’il vienne tout bousiller.

- Tu as bien réussi à partir il y a quatre ans, tu réussiras à surmonter son départ.

- C’était différent ! Il y a quatre ans, je ne lui avais pas confié des choses sur moi, je n’étais pas allée me promener avec lui au bord de la mer, je n’avais pas mangé de glace avec lui, je… Là c’est… j’ai l’impression qu’il s’intéresse à moi et à ce que je lui raconte, j’ai l’impression qu’il a envie de me voir. Alors parfois je me dis que… mais non c’est complètement absurde, il a été plutôt clair sur le sujet.

- Ce type ne mérite même pas que tu te tortures à ce point à cause de lui, cracha Emily avec rancœur.

- Je ne suis pas d’accord, tu ne le connais pas.

- Je ne suis pas sûre d’avoir envie de le connaitre d’ailleurs, grogna Emily à voix basse.

Dahlia se remit à ranger les livres sans répondre. Elle préférait ne pas rentrer dans ce genre de débat. Elle resta silencieuse quelques minutes puis elle se retourna vers Emily, le visage défait et plus pâle que d’habitude.

- Qu’est-ce que je vais faire moi, quand il va repartir ? Je vais rester là, toute seule, comme l’imbécile que j’ai toujours été. Et il va falloir tout recommencer.

- Je sais… murmura Emily.

- Je le déteste. Oh mon dieu, je le déteste tellement ! S’il avait pu mourir pendant cette guerre, ça m’aurait bien arrangée !

- Tu ne penses pas ce que tu dis.

- Détrompe-toi, je le pense vraiment. J’ai toujours souhaité sa mort à peu près aussi fort que je souhaitais sa survie.

- Tu fais un peu peur quand tu dis des choses comme ça…

Dahlia agita sa baguette pour s’occuper de la dernière étagère mais elle le fit si brusquement que le livre touché par son sortilège explosa en centaines de petits morceaux de papier.

- Merde ! cria Dahlia, exaspérée.

- Arrête, tu vas détruire toute ma librairie à ce rythme-là. Ça faisait longtemps que tu n’avais pas perdu tes moyens à ce point-là…

- Ça faisait longtemps que je n’étais pas tombée sur Potter, répliqua sèchement Dahlia.

Elle laissa retomber son bras, pour abaisser sa baguette et mettre un terme au désastre. Le silence s’installa dans la petite librairie, faisant redescendre la colère et l’amertume de Dahlia. Maintenant que cela passait, il ne restait plus que la peur et la tristesse, autant de sentiments qu’elle était habituée à ressentir depuis qu’elle était toute petite. Beaucoup de choses restaient identiques, malheureusement.

- Quand il partira, je n’irai pas bien, avoua-t-elle à voix basse.

- Je sais, admit Emily. Mais je serai là et tu vas surmonter ça.

- J’espère…

- Dahlia, je sais que tu vas souffrir mais ça va bien se passer. Nous sommes beaucoup plus fortes que ça.

Dahlia regarda Emily dans les yeux et reprit légèrement courage. Elle était beaucoup plus forte que cela, oui, elle le savait bien. Cela ne signifiait pas que ce serait facile pour autant.


OoOoO



Harry et Hermione y étaient depuis des heures, assis sur la table dans la salle de réunion vide. Ils avaient décidé de se dissocier quelque peu de leurs collègues américains et de mener l’enquête à leur façon. C’était exaspérant de devoir se conformer à des idées qu’ils jugeaient absurdes et qui les freinaient dans leurs recherches. Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, c’était Harry qui avait soumis l’idée et Hermione avait été d’accord pour le suivre, une fois de plus.

- Si on ne fait rien, nous ne trouverons jamais le coupable et nous allons repartir dans cinq jours sans avoir rien réglé, avait-il déclaré.

- Qu’est-ce que tu proposes ?

- Cherchons du côté des Moldus. Le coupable utilise l’apparence de plusieurs hommes pour commettre ses viols et ce sont surement des Moldus. Cela veut dire qu’il a facilement accès à des cheveux de Moldus. Or nous savons qu’ici, les sorciers sont plutôt renfermés sur eux-mêmes. Nous devons trouver celui qui fait exception.

Hermione y avait déjà pensé mais elle savait que Tyler et Abby ne seraient pas d’accord pour enquêter de ce côté-là, surtout si cela impliquait d’aller parler à des Non-Maj. Toutefois, si elle avait Harry de son côté, Hermione voulait bien passer outre les réticences de leurs collègues. Ils reprenaient donc tous les dossiers des suspects qu’ils avaient, pour essayer de trouver quelque chose. Harry y mettait un zèle qu’Hermione observait de loin, sans rien dire. Pour quelqu’un qui avait détesté New York dès qu’il y avait posé le pied, Harry ne semblait pas très pressé d’en repartir.

Après avoir passé en revue tous les dossiers, ils n’en trouvèrent aucun qui sortait du lot. En revanche, ils en ciblèrent quelques-uns qui leur paraissait les plus suspects, ceux qui avaient grandi dans un monde proche des Moldus. A New York, grâce à Hidden City, il était facile d’éviter tout contact avec eux. Mais au Texas, quand on venait d’une famille trop modeste pour déménager, on n’avait pas forcément ce luxe. Beaucoup de sorciers vivaient donc au milieu des Moldus, comme cela se faisait en Angleterre. C’était par là qu’ils allaient commencer.

Tyler et Abby étaient sidérés et hésitants.

- Vous voulez vous rendre au Texas pour interroger les proches des suspects ? demanda Tyler. Mais… certains sont des Non-Maj, vous ne pouvez pas…

- Écoutez, vous avez vos lois et je les comprends mais il faut savoir prendre quelques risques, de temps en temps, coupa Hermione. Si parler à des Non-Maj peut nous permettre d’arrêter le violeur, je le ferai. Vous pouvez refuser et nous laisser le faire, je comprendrais.

- Je…

- Je vais venir avec vous, décida Abby. Je préfère avoir un œil sur ce que vous faites, je me sentirais moins coupable… Et moi aussi j’ai envie d’arrêter ce type.

Ils prirent un Portoloin pour le Texas sans préciser à Troy Bernard ce qu’ils comptaient réellement faire. Harry était plus motivé que jamais et plus décidé qu’il l’avait jamais été. Hors de question de repartir dans quatre jours, cela l’angoissait. Ce serait un échec des plus cuisants. En plus… non, en plus rien, Harry refoula l’idée qui germait dans son esprit. Ce n’était pas le moment de penser à ça.

Ils interrogèrent beaucoup de monde et écartèrent certains suspects qui, visiblement, n’avaient plus aucun contact avec les Non-Maj qu’ils avaient connus autrefois. Ils firent cela pendant deux jours, stressés par l’échéance de leur départ imminent. A la fin du deuxième jour, Harry reçut un message de Dahlia qui leur proposait de venir dîner avec elle, « puisqu’ils repartaient bientôt ». Harry s’empressa de répondre qu’il acceptait. Si elle ne lui avait pas envoyé ce message, il l’aurait certainement fait lui-même. Impatient de passer la soirée avec elle, Harry sonna à la dernière maison qu’ils comptaient visiter ce jour-là. A côté de lui, Abby attendait avec anxiété. Elle n’aimait pas rencontrer les Non-Maj, cela ne la mettait jamais à l’aise.

Un homme ouvrit la porte, méfiant. Harry montra son faux badge d’Auror, qui prenait toujours une apparence adéquate quand les Moldus posaient leurs yeux dessus. Ici, en l’occurrence, une plaque du FBI. L’homme se figea, inquiet. Ils le faisaient tous.

- Nous aurions des questions à vous poser au sujet d’un certain Joseph Simmons. Il habitait dans la maison voisine quand vous étiez enfants. Vous vous souvenez de lui ?

L’homme hésita une seconde puis hocha la tête. Il les fit entrer, l’air soulagé de voir que les flics n’avaient rien contre lui. Ils s’assirent sur un canapé usé, face à l’homme d’une quarantaine d’années qui ouvrit une bière pour se détendre.

- Qu’est-ce que vous voulez savoir ?

- Nous avons besoin de toutes les informations que vous pourriez nous donner. Nous avons déjà parlé à plusieurs personnes et on nous a dit que vous étiez ami avec lui.

- C’est vrai, admit l’homme. Il n’allait pas dans la même école que moi mais comme on était voisin, on se retrouvait souvent dans la rue pour faire du vélo ou jouer au foot. Il était un peu bizarre, parfois j’avais l’impression qu’il était capable de faire des trucs un peu surnaturels, vous voyez ? Y a des gens comme ça. Par exemple, ma tante est magnétiseuse.

Abby ne comprenait rien à ce qu’il racontait mais Harry hocha la tête d’un air compréhensif. Il pensa vaguement à Dahlia, il n’était pas sûr qu’elle aurait apprécié d’être comparée à une magnétiseuse. Cela le fit sourire intérieurement.

- On est resté proche jusqu’au collègue et après ça, il est parti en pensionnat, je ne sais pas trop où. Il revenait pendant les vacances et on se voyait à ce moment-là. Tout a changé vers la fin du lycée, il s’est mis à mal tourner.

- C’est-à-dire ? demanda Abby, la curiosité éveillée.

- Il fréquentait des gens louches, des mecs qui s’amusaient à embêter les filles le soir, surtout les Noires. Ils s’étaient donné un nom, je sais plus lequel… Clairement, ils se prenaient pour le Klan.

- Le Klan ? dit Harry, peu familier du mot.

- Le Ku Klux Klan, répondit rapidement Abby.

Le visage de Harry se ferma spontanément. L’homme le vit car il posa sa bière sur ses genoux et secoua la main.

- Moi j’ai jamais aimé ce genre de truc, assura-t-il. J’ai rien contre les Noirs, ok ? Joseph avait des idées trop radicales, je n’aimais pas. On a arrêté de se voir.

- Donc vous n’avez plus de contact avec lui aujourd’hui ?

- Non mais ma mère croise souvent la sienne quand elles font leurs courses. Il travaille à New York à ce qui parait, il parait même qu’il a une bonne place mais je sais pas si c’est vrai. D’après ce que j’ai compris, il a arrêté ses bêtises avec le Klan.

- Vous l’avez revu, depuis ?

- Ouais, une ou deux fois, quand il est venu rendre visite à sa mère. On s’est juste croisé. Mais je sais qu’il va souvent boire un verre avec ses amis de l’époque.

- Ceux de sa bande de racistes ? demanda Harry un peu froidement.

- Euh… ouais…

- Vous auriez des noms ?

- J’en connais un, parce que c’est un client à moi. Je suis électricien.

Il leur donna le nom et ils le remercièrent chaleureusement pour les informations qu’il leur avait données. Il était presque sept heures du soir et ils avaient le temps d’aller voir l’homme en question. Il serait probablement chez lui à cette heure. Harry et Abby étaient peu motivés à l’idée d’aller parler à un homme qui avait voulu imiter le Klan dans sa jeunesse mais bon… Harry s’apprêtait bien à aller dîner avec Dahlia Malefoy, il pouvait laisser à l’homme le bénéfice du doute. Abby sonna avec résignation et l’homme finit par ouvrir la porte. Quand il le fit, Harry et Abby se figèrent. Il ressemblait tellement à l’un des portraits dressés par les victimes et dessinés dans le journal qu’il aurait été difficile de le louper.


Harry et Hermione étaient en retard mais ils l’avaient prévenue. Dahlia les attendait devant le café, les bras croisés sur son pull pour se protéger de la fraicheur de la soirée.

- J’ai cru que vous ne viendriez jamais, dit-elle froidement en les accueillant.

- Il s’est passé beaucoup de choses, répondit Harry d’un ton excité.

Elle lui jeta un regard indéfinissable, comme si le voir aussi heureux la déstabilisait et qu’elle ne savait pas quoi faire de cela. Ils la suivirent dans le café, disant qu’ils lui expliqueraient tout à l’intérieur, quand ils seraient installés. C’était un café dans lequel on jouait du jazz et l’ambiance plut immédiatement à Harry. Il y avait une chanteuse, sur la scène, au milieu d’instruments de musique qui jouaient seuls.

- Ils ne jouent pas seuls, rétorqua Dahlia. C’est elle qui les fait jouer.

Harry fut impressionné. Il ne connaissait rien à la musique et le talent des autres le laissait toujours admiratif. Ils commandèrent leur dîner, saumon grillé pour Harry, salade de poulpe grillé pour Dahlia et bruschetta aux crevettes pour Hermione.

- Nous avons trouvé le coupable ! s’exclama Harry dès que le serveur s’éloigna.

Dahlia le fixa avec stupeur.

- Ah vraiment ? Votre enquête est terminée alors ? Vous allez rentrer plus tôt que prévu…

- Non, on sait qui c’est mais on ne l’a pas arrêté. Nous y sommes allés ce soir mais il s’est enfui. La police le recherche activement et nous les aiderons dès demain matin. J’ai envoyé un message à notre chef, pour lui dire que nous restons ici pour aider à l’arrestation. Il n’a toujours pas répondu.

- Il est une heure du matin à Londres, rétorqua Hermione.

- Oui…

Dahlia but une longue gorgée de l’apéritif qu’on leur avait servi.

- Vous avez réussi, bravo !

- Pas encore complètement, temporisa Hermione.

- Vous en êtes à la dernière étape, dit Dahlia en souriant. Au moins, vous connaissez son identité.

- Oui.

- Cela va rallonger votre séjour ici, j’espère que ça ne vous dérange pas.

- Non, répondit Harry d’un ton détaché.

Ils lui racontèrent comment ils avaient trouvé le suspect, en interrogeant des Non-Maj. Dahlia s’en amusa, déclarant que Bernard serait furieux. Harry assura qu’il n’en avait rien à faire, Bernard ne pourrait rien lui faire de toute façon.

- Il peut être intimidant, quand il se met vraiment en colère, assura Dahlia. Tyler et Abby ont peur de lui, c’est pour ça qu’ils ne s’opposent jamais à ce qu’il dit même quand ils ne sont pas d’accord.

- J’ai remarqué, confirma Hermione. C’est un peu triste. Heureusement que ce n’est pas comme ça dans notre équipe.

- De toute façon, intimidant ou pas, je m’en fiche, répliqua Harry. Je n’ai vraiment pas peur d’un type comme Bernard. J’ai connu bien pire.

Hermione hocha la tête, complètement d’accord avec lui. Dahlia observa Harry un instant mais ne fit aucune remarque. Il avait cru voir une légère admiration dans ses yeux mais il devait être fou. Pour se reprendre, il parla des activités de Joseph Simmons, le coupable, qui avait autrefois fait partie d’un groupuscule dérivé du Klan et utilisait l’apparence de ses anciens camarades pour commettre ses viols. Hermione ne put s’empêcher de faire quelques remarques méprisantes sur le racisme de ce pays.

- En Angleterre, nous avons un problème avec les Nés-Moldus, dit calmement Dahlia. Ici, ils ont un problème avec les sorciers noirs. C’est complètement absurde.

- Ce n’est pas plus absurde que de croire qu’un sorcier né dans une famille moldue est inférieur aux autres, rétorqua vivement Hermione.

- Si, répondit Dahlia sans se démonter. Je trouve ça bien plus absurde.

- Pourquoi ? demanda Harry.

Dahlia fit tourner son verre de gin sans regarder Hermione.

- Je ne trouve pas cela complètement illogique de penser qu’un sorcier né dans une famille de sorciers qui acquiert donc la magie de façon héréditaire et culturelle est davantage un vrai sorcier qu’un sorcier qui nait dans une famille moldue, sans qu’on sache d’où vient sa magie et sans qu’il soit élevé dans ce monde-là. Depuis, je me suis bien rendu compte que ça ne changeait pas grand-chose, que ces différences étaient finalement peu importantes. Mais l’idée de base ne me semble pas délirante. En revanche, croire que la valeur d’un sorcier dépend de sa couleur de peau, c’est complètement stupide, ça n’a aucun rapport.

Elle avait dit la dernière phrase avec un mépris hautain et évident. Harry lui en fut reconnaissant, il aimait la voir mépriser des gens qui le méritaient, c’était satisfaisant. Il se tourna vers Hermione, s’attendant à la voir s’agacer de son discours mais elle ne le fit pas.

- D’accord, je comprends ce que tu veux dire, admit-elle. C’est vrai qu’en arrivant à Poudlard, on sent forcément la différence entre les enfants qui ont grandi dans le monde de la magie et les autres. Toi, par exemple, tu avais déjà appris à maitriser ta magie spontanée, tu connaissais déjà des sortilèges, tu avais déjà tenu une baguette. Moi, j’avais refoulé ma magie pendant des années en me disant que j’étais anormale.

- Nous avons finalement beaucoup de choses en commun Granger, dit Dahlia d’une voix doucereuse en buvant une autre gorgée de gin.

Harry ne comprit pas immédiatement ce que Dahlia voulait dire mais Hermione le comprit parfaitement. Une serveuse leur amena leurs plats et coupa la conversation. Harry observa avec répugnance les tentacules de poulpe de la salade de Dahlia. En fond, la chanteuse interprétait un morceau plutôt agréable et ils l’écoutèrent en silence. Du coin de l’œil, Harry trouvait que Dahlia buvait un peu trop mais il ne voulait pas faire de remarque. Il la trouvait différente des autres fois même s’il ne parvenait pas à déterminer ce qui avait changé. C’était peut-être cette tristesse au fond de ses yeux gris qui n’était pas là avant. Il eut envie de lui demander ce qui n’allait pas mais il ne se sentit pas légitime de le faire. Il avait peut-être peur de sa réponse.

Le morceau s’arrêta et Hermione leva les yeux vers Dahlia.

- Tu as dit que nous avions beaucoup de choses en commun. Parce que je refoulais ma magie et que je me sentais anormale ?

- Tu as très bien compris ce que je voulais dire, rétorqua Dahlia.

- Tu ne refoulais pas ta magie, fit remarquer Harry.

- C’est bien la seule chose que je ne refoulais pas, répondit Dahlia avec un sourire cynique.

Elle termina son verre de gin et tendit la main vers la chanteuse.

- Ça vous plait ce genre d’endroit ? Il y en a plein à New York et plein à Hidden City.

- Pour des gens qui veulent à tout prix rester loin des Non-Maj, je trouve que les sorciers d’ici les copient beaucoup, dit Hermione.

- C’est surement pour garder les sorciers à Hidden City. On y trouve tout ce dont on a besoin. Pas la peine de se mêler aux Non-Maj, donc.

Ils terminèrent leur dîner en comparant le monde de la culture anglais à celui de New York. Ça n’avait rien à voir. Hermione s’échauffait un peu, déclarant qu’il faudrait faire changer les choses. Dahlia était d’accord avec elle et elles réfléchirent ensemble aux modifications qu’il serait bon d’apporter en Angleterre. Harry ne participait pas vraiment à la conversation. Il écoutait la voix de Dahlia, il trouvait qu’elle disait des choses intéressantes. A vrai dire, il la trouvait plutôt intelligente, pas étonnant qu’elle s’entende bien avec Hermione. Il regardait le bracelet à son poignet, sans vraiment le voir. Elle n’allait pas bien, il le sentait, presque viscéralement. Parce qu’il n’allait pas bien non plus. « Vous allez rentrer plus tôt que prévu » avait-elle dit d’un ton neutre et détaché. Il n’y croyait pas trop. Il n’arrivait toutefois pas à savoir si elle avait envie qu’ils rentrent et lui foutent la paix ou si elle avait envie qu’ils restent. Qu’il reste ?

On les débarrassa de leurs couverts et ils refusèrent le dessert, ils n’avaient plus faim. Un digestif par contre, oui. Ils se turent pour écouter la musique mais Hermione était sans doute la seule à s’y intéresser vraiment. Dahlia fixait la chanteuse sans la voir, l’esprit perdu ailleurs et Harry ne pouvait s’empêcher de regarder Dahlia régulièrement.

- Est-ce que tout va bien ? demanda-t-il enfin.

Elle se tourna vers lui, surprise de la question. Elle lui sourit en faisant un geste vague de la main.

- Oui bien sûr.

- Ça n’a pas l’air, insista Harry.

Elle était un peu saoule, Harry le devinait au son de sa voix. Il ne connaissait pas tout de sa vie et il n’allait pas prétendre tout comprendre mais il pouvait deviner qu’il y avait quelque chose qu’elle ne leur disait pas. Quelque chose qui lui faisait mal, aussi. Il y eut un silence, pas pesant, pas vide non plus. Harry attendait que Dahlia dise autre chose. Elle resta silencieuse pendant un moment, fixant la table devant elle, jouant avec son verre vide.

- C’est étrange, dit-elle enfin. Je n’ai jamais pu parler de toutes ces choses quand j’étais en Angleterre, ni à mes parents, ni à mes amis, si je peux les appeler comme ça. Ici, j’ai pu tout raconter à Emily mais… elle n’était pas là, elle n’était pas à Poudlard. Ça n’a pas tout apaisé. J’ai eu envie d’essayer de te parler, ne serait-ce qu’un tout petit peu, en t’écrivant cette lettre mais je ne pouvais pas dire la vérité. J’avais trop peur de ce que tu pourrais faire de cette vérité.

Hermione glissa un regard vers Harry, pour voir comment il réagissait mais Harry observait Dahlia.

- Eh bien… je suis là, en chair et en os. Donc vas-y, dis-le-moi.

Dahlia leva les yeux vers lui et hésita une seconde, pas plus. Elle avait trop besoin de raconter tout cela à quelqu’un, à Harry plus encore, à Hermione aussi. Elle savait que ce serait plus facile ensuite, plus facile de supporter tout le reste, que ça la libèrerait d’un fardeau important.

- Moi aussi je me suis sentie anormale mais pas juste quand j’étais petite, toute ma vie, déclara Dahlia.

- J’imagine, dit doucement Hermione.

- Non, souffla Dahlia. Tu n’imagines pas. Ça a commencé quand j’étais enfant mais il était impossible pour moi de mettre des mots dessus. Il n’y avait rien de vraiment douloureux, juste… comme une démangeaison, l’impression constante que quelque chose n’allait pas. L’impression que je n’étais pas à ma place, qu’on attendait de moi des choses qui ne me plaisaient pas. Tant qu’on est enfant, ça reste supportable, en tout cas pour moi, puis arrive toujours ce moment atroce de l’adolescence et de la puberté, où tout le monde s’enferme dans son genre. Les filles jouent aux filles, les garçons jouent aux garçons, et le désastre continue. Je ne me sentais pas bien, j’avais peur et j’étais malheureuse. Je détestais le corps que j’avais, le prénom que j’avais, je détestais la promiscuité de mon dortoir avec tous ces garçons idiots qui ne pensaient qu’à se masturber et comparer la taille de leurs bites, c’était insupportable.

Harry pinça les lèvres, l’air de penser qu’elle était un peu dure avec les garçons. Ils n’étaient quand même pas tous comme ça.

- Je détestais ce que j’étais, ce que j’allais être amenée à être. Et puis le dégoût, la honte, toutes ces choses qui vous empoisonnent… Personne ne peut supporter ça à onze ou douze ans, c’est trop dur.

- Mmh, murmura Harry.

- Je savais que je ne survivrais pas longtemps si je continuais à me détester de cette manière, il fallait que je trouve quelque chose d’autre à haïr. Et, coup de chance, mes parents m’avaient appris qu’il y avait beaucoup de gens à haïr dans ce monde. Les Sang de Bourbe par exemple, impurs et inférieurs. Les Moldus, idiots, faibles et inférieurs. Les loups-garous, les pauvres, les gens en général, Potter. Alors je les ai détestés, j’ai ressenti du dégoût pour eux, plutôt que pour moi-même. C’était facile, je faisais plaisir à mes parents, tout le monde était content. Enfin, en surface. Parce que moi, j’étais constamment malheureuse et en colère, sans comprendre pourquoi.

- Quand est-ce que tu as compris ? demanda Hermione.

- A la fin de notre quatrième année.

- C’est précis, fit remarquer Harry, un peu étonné.

- Oui, parce que ça a commencé à cause de ce qui s’est passé avec Barthy Croupton.

Harry eut un geste surpris et Dahlia lui sourit faiblement.

- Mon père m’a parfaitement raconté comment il a pris l’apparence de Fol Œil durant toute l’année scolaire. Cette histoire m’a perturbée, je me suis mise à penser à des choses… ça serait drôle de changer d’apparence de temps en temps, juste quelques jours. Je savais très bien quelle apparence j’aurais aimé avoir… Être une fille une journée, ça m’amuserait. Pas qu’une journée, d’ailleurs. Les gens m’appelleraient Dahlia, je pourrais arrêter de jouer mon numéro. J’avais ce genre d’idées jusqu’à ce que je comprenne que je voulais me changer en fille parce que j’en étais une et que je voulais qu’on me considère comme ça. Evidemment, dans notre société et dans ma famille, ça me semblait peu envisageable. Pas plus envisageable que de dire que j’aimais les garçons mais que non, je n’étais pas homosexuelle. Bref, j’avais compris qui j’étais mais ça ne changeait pas grand-chose au problème.

- Non, en effet, dit Hermione.

- Après, il y a eu la guerre et j’ai un peu refoulé tout ça, parce que ma vie était en danger et que j’avais d’autres problèmes plus immédiats à gérer. J’aurais aimé voir la tête de Vous-Savez-Qui s’il avait su que j’étais transgenre.

- Oh… souffla Harry. Il est revenu en prenant plus ou moins l’apparence d’un serpent donc ça ne l’aurait peut-être pas choqué tant que ça que tu prennes l’apparence d’une femme. Et puis, il aime les changements de nom, lui aussi.

Dahlia fixa Harry une seconde puis éclata de dire, stupéfaite qu’il lui dise quelque chose comme ça. Harry la regarda rire en souriant, heureux d’avoir détendu l’atmosphère un instant. Elle avait beau dire ce qu’elle voulait, son rire ne choquait pas du tout Harry, au contraire. Il l’aimait bien.

- Enfin bref, après la guerre, tout cela est violemment revenu. J’étais une femme et je voulais qu’on me considère ainsi. Je savais aussi que ça risquait d’être très dur de le vivre en Angleterre. C’est pour ça que j’ai décidé de partir.

- Je comprends, dit Harry.

- Tout ça pour vous dire que… enfin, je voulais vous raconter ça pour que vous sachiez… je veux dire… aujourd’hui, je me fous des Nés-Moldus, je n’ai plus besoin de les détester. Pour moi, Poudlard c’était l’enfer et je suis désolée que ce soit retombé sur vous. Au fond, je n’ai jamais rien eu contre toi.

La dernière phrase s’adressait à Hermione qui hocha la tête pour dire qu’elle avait bien compris. Harry attendit une suite qui ne vint pas.

- Mais contre moi, si ? Demanda-t-il.

- Toi, c’est différent. C’était plus personnel.

- Ah.

Harry ne savait pas trop quoi faire de cette information, il ne savait pas si c’était réconfortant ou non. D’un certain côté, il préférait peut-être que leur haine ait été personnelle et pas une simple façon pour Dahlia de nier ses problèmes. Et puis, il savait très bien qu’elle l’avait toujours personnellement détesté lui, et pas quelqu’un d’autre.

- Voilà, conclut Dahlia. Je sais que vous allez repartir et je voulais profiter de l’occasion pour m’expliquer au moins une fois, puisque j’ai cette possibilité.

- Je vois, répondit Harry.

- Tu n’as… rien d’autre à dire ? demanda Dahlia.

Elle avait l’air d’attendre quelque chose, un commentaire, n’importe quoi. Elle venait de leur raconter les souffrances de sa vie et il ne lui avait rien donné en échange.

- Je ne trouve pas que ça excuse tout, dit lentement Harry. Mais le fait de comprendre pourquoi tu avais besoin d’être aussi… tu vois ce que je veux dire, ça rend les choses plus pardonnables.

- Je suis d’accord avec Harry, confirma Hermione. Et je suis bien contente que tu ne ressentes plus le besoin de haïr tout le monde.

Dahlia ébaucha un sourire un peu cynique. Elle s’était expliquée, elle avait obtenu leur pardon mais malgré tout, cela l’agaçait qu’ils soient ainsi, aussi compréhensifs et généreux. Elle voyait de la pitié dans le regard d’Hermione et elle ne voulait pas de sa pitié. Elle voulait juste que quelqu’un sache ce qu’elle avait vécu, parce qu’elle ne pouvait pas en parler à ses parents, parce qu’elle n’avait pas eu d’amis à Poudlard, parce qu’elle n’avait ni frère ni sœur à qui raconter cela. Il n’y avait qu’eux, ses ennemis d’autrefois, qui, paradoxalement, étaient peut-être ceux qui la connaissaient le mieux et étaient les plus proches d’elle et de son passé. C’était ironique, ça la rendait triste et amère. Malgré cela, elle était heureuse de penser qu’ils allaient rentrer et que quelqu’un en Angleterre, au moins, saurait qui elle était vraiment.

Hermione déclara qu’il était temps pour eux de rentrer. Ils travaillaient le lendemain et ils auraient fort à faire à rechercher leur coupable. Ils sortirent du café et se retrouvèrent sur la route éclairée. Dahlia songea qu’elle allait devoir arrêter de se rendre dans des restaurants et des cafés avec eux, elle dépensait trop. Ce serait un point positif à leur départ.

Ils ne savaient pas trop s’ils se reverraient ou non, comme à chaque fois. Hermione serra la main de Dahlia et Harry les observa en silence. Les jambes de Dahlia ne semblaient plus très vaillantes et elle ne marchait plus très droit. Il ne savait pas combien de verres de gin elle avait bu, mais c’était visiblement trop. Sans doute avait-elle eu besoin de se donner du courage pour leur raconter son passé et leur donner des explications sur son comportement méprisable de l’époque. Il ne pouvait pas vraiment le lui reprocher.

- Ça va aller pour rentrer ? demanda-t-il, un peu sceptique.

- Oui, aucun problème.

- Tu es sûre de pouvoir transplaner dans cet état ?

La désartibulation des sorciers ivres qui transplanaient pour rentrer chez eux était un réel problème et c’était bien plus fréquent qu’on le croyait.

- Mais oui, je…

- Je te raccompagne, déclara Harry d’un ton autoritaire et sans équivoque.

Hermione sembla penser que c’était plus sage en effet et elle hocha la tête. Harry prit le bras de Dahlia et transplana avec elle jusqu’à son immeuble de brique rouge, qui ressemblait à tous les autres. Elle s’écarta de lui dès qu’elle le put, agacée.

- J’ai horreur de la galanterie, c’est infantilisant. Je pouvais très bien rentrer chez moi toute seule.

- Je n’ai pas fait ça par galanterie, assura Harry. Je ne laisse jamais Ron transplaner seul quand il est ivre.

Elle lui lança un regard rancunier, parut prise de nausée et chancela un peu. Harry lui attrapa le bras, la retint fermement et désigna l’escalier du menton.

- Bonne nuit.

Dahlia le regarda un instant et cela perturba un peu Harry. Elle n’avait pas besoin de lever les yeux vers lui, comme le faisaient les autres femmes que Harry avait fréquentées. Elle était aussi grande que lui, elle pouvait le regarder bien en face et il trouva cela plutôt plaisant. Il sentit, dans ses yeux, qu’elle n’avait pas spécialement besoin de lui, qu’elle pouvait tenir debout toute seule, qu’elle ne tomberait pas s’il la lâchait. Et pourtant, elle n’enlevait pas son bras, elle restait là contre lui, à attendre quelque chose. Elle était un peu trop proche de lui, songea Harry. Il pouvait sentir le parfum de ses cheveux, la douceur de son pull sous sa main, la chaleur de son corps près du sien. Cela aussi, c’était perturbant.

- Tu vas me lâcher un jour ? demanda froidement Dahlia.

Harry la lâcha précipitamment et rougit violemment. Heureusement, il faisait nuit et cela ne se vit pas trop. Dahlia haussa les sourcils avec perplexité, l’air de se dire qu’il était décidément aussi fou et bizarre qu’elle l’avait toujours pensé.

- Tu me diras si vous parvenez à arrêter le coupable, dit Dahlia en montant les escaliers qui menaient à son immeuble.

- Bien sûr, bafouilla Harry.

- Bonne nuit Potter.

Il ne répondit pas et il regarda la porte se refermer sur elle, en grinçant. Harry fit demi-tour mais ne transplana pas immédiatement. Il se sentait un peu sonné. Il devait être à moitié ivre lui aussi, c’était la seule explication. Et il était surement aussi fou qu’elle le pensait. Dahlia n’était pas restée près de lui à attendre quelque chose, c’était lui qui l’avait retenue. Pourquoi au juste ? Que voulait-il qu’elle dise ? Que voulait-il qu’elle fasse ? Il n’en avait pas la moindre idée.



Ils reçurent un message de Nestor Achab en pleine nuit, leur disant qu’ils pouvaient rester quelques jours de plus pour arrêter le violeur. Leur chef en profitait pour les féliciter et leur souhaiter bonne chance. Bernard, lui, ne décolérait pas depuis deux jours. Le fait que les Anglais aient désobéi au règlement, soient allés interroger des Non-Maj et aient résolu l’affaire, le tout avec la complicité de Tyler et Abby, tout cela le mettait dans une colère noire. Cependant, il ne pouvait pas dire grand-chose pour s’en plaindre car aucun Non-Maj n’avait remarqué qu’ils avaient affaire à des sorciers, personne n’avait été heurté et ils avaient le nom du coupable.

Dans les couloirs, Will Masetti adressait des sourires moqueurs à Bernard et des sourires chaleureux à Harry et Hermione. Tyler et Abby étaient restés stoïques devant les reproches de leur chef, même s’il était évident que cela les mettait mal à l’aise. A côté de ça, ils avaient fouillé tous les endroits où Joseph Simmons pourrait se cacher et ils n’avaient rien trouvé. Son signalement avait été donné à tous les bureaux de Portoloins et à moins de transplaner de kilomètre en kilomètre ou de prendre les transports moldus, Simmons ne pourrait pas s’enfuir de New York. Sur l’insistance d’Hermione, son portrait avait été publié dans les journaux sorciers et quiconque l’apercevrait était prié de contacter les Aurors.

- Si c’était un meurtrier, vous auriez déjà mis son portrait dans les journaux, s’était énervée Hermione. Mais là c’est un violeur donc on s’en fiche, c’est ça ?

Bernard avait cédé. En plus, Simmons utilisait un Sortilège Impardonnable pour neutraliser ces victimes, ce qui faisait de lui un homme dangereux. Il était impossible de savoir jusqu’où il serait capable d’aller. Le bureau de Bernard recevait donc de nombreux signalements depuis deux jours, pas tous très pertinents mais ils se devaient de vérifier. Ils perdaient beaucoup de temps, parfois, mais c’était la règle du jeu.

Leur plus grosse crainte était assurément que Joseph Simmons ait transplané à l’autre bout du pays et se cache quelque part où il serait très difficile de le retrouver. Ils étaient à peu près sûrs qu’il ne pouvait pas quitter les Etats-Unis puisque les frontières entre le Canada et le Mexique étaient étroitement surveillées par les sorciers douaniers. Pour autant, il pouvait très bien se planquer dans un ranch, au fin fond de l’Oklahoma et ça leur compliquerait beaucoup la tâche.

Harry détestait les chasses à l’homme, c’était pénible et souvent frustrant. S’il fallait retrouver un Non-Maj, encore, ce serait facile. Mais les sorciers, c’était un casse-tête sans nom. Les sorciers pouvaient transplaner, se cacher sous des capes d’invisibilité, s’échapper dans une armoire à disparaitre, changer d’apparence. Les sorciers n’avaient pas de cartes bancaires qu’on pouvait identifier, ils ne prenaient pas l’avion et n’avaient pas besoin de montrer leur carte d’identité à la moindre occasion. Harry l’avait nettement vu avec Sirius, quand il s’était échappé de prison. Si Sirius n’était pas venu de lui-même à Poudlard au risque de se faire prendre, personne ne l’aurait jamais retrouvé. Et c’était encore plus vrai dans un pays aussi vaste que les Etats-Unis.

Cette fois-ci, pourtant, Harry ne détestait pas l’idée de rechercher Joseph Simmons. Cela risquait de leur prendre un certain temps et cela lui convenait. Il préférait ne pas réfléchir encore à la raison qui le poussait à vouloir rester plus longtemps ici, il devinait que ce serait beaucoup trop déstabilisant. Il y penserait plus tard. En attendant, un autre weekend arriva et Hermione annonça à Harry qu’elle passerait son dimanche à Londres, comme la dernière fois.

- Tu peux venir, tu sais, assura-t-elle à Harry. Ça ferait plaisir à Ron de te voir.

- Je préfère vous laisser tous les deux tranquilles, rétorqua Harry.

- C’est comme tu veux.

Il la laissa partir sans lui, le samedi soir, sans aucun regret. Il se coucha tôt, profita de sa nuit de repos et se réveilla tard le lendemain matin. Depuis le début, il avait l’intention de proposer à Dahlia une nouvelle sortie mais, quand il termina sa douche et s’habilla, il se mit à hésiter. Ce serait le troisième dimanche consécutif qu’il passerait avec elle. Sans doute avait-elle autre chose à faire de ses weekends qu’accompagner Harry dans des promenades inutiles. Peut-être n’avait-elle aucune envie de le voir, au fond. Et puis, la dernière fois, il s’était comporté bizarrement. N’en faisait-il pas un peu trop ? Après tout, ce n’était pas parce qu’ils étaient à New York tous les deux qu’ils étaient obligés de se voir. Harry pouvait parfaitement aller se promener seul ou passer sa journée à l’hôtel sans sortir. Ça lui ferait du bien aussi de se reposer, il n’en doutait pas.

Finalement, il n’était plus très sûr de lui. Il laissa passer le midi, mangea dans sa chambre ce qu’il avait commandé au room service puis se tourna vers la fenêtre. Il ne faisait pas spécialement beau, ce jour-là. S’ils se promenaient, ce serait moins agréable que les autres fois. De toute façon, Harry n’avait jamais eu particulièrement envie de se promener. Il voulait simplement voir Dahlia, parce qu’il aimait passer du temps avec elle. Il décida de lui envoyer un mot, comme il l’avait prévu. Et si elle ne voulait pas le voir, elle refuserait. Il ne doutait pas un seul instant qu’elle soit capable de l’envoyer sur les roses.

Il descendit à l’accueil, demanda à emprunter un hibou de l’hôtel et rédigea rapidement sa note avant de l’envoyer.

Bonjour Dahlia. Si tu es libre cet après-midi, que dirais-tu d’une autre sortie ? Harry.

Il remonta dans sa chambre et attendit la réponse avec une fébrilité qui l’agaça. Il s’y prenait à la dernière minute, ce n’était vraiment pas charitable. Elle serait surement prise. Elle lui ferait savoir qu’il allait pleuvoir et que c’était inutile. Il s’imagina toute sorte de choses jusqu’à ce que le hibou revienne frapper à sa fenêtre.

Bonjour, je suis libre, nous pouvons nous voir. A quelle heure ? D.

Harry sentit la pression retomber violemment. Il s’empressa de répondre, en jetant un coup d’œil à sa montre.

Parfait, je passe te prendre chez toi.

Il renvoya le hibou et attendit qu’elle réponde. Il en profita pour vérifier sa coiffure, laissa tomber au bout de deux secondes à peine et poussa un soupir exaspéré. Le hibou ne revenait pas et Harry décida de partir quand même. Il attrapa sa veste, sortit de l’hôtel et transplana jusqu’à l’immeuble de Dahlia. Il ne prit pas la peine de sonner en bas et il déjoua facilement le sortilège de protection de la porte d’entrée. Il monta les quatre étages, arriva dans le couloir avec un léger essoufflement et frappa chez Dahlia. Il n’aurait pas su expliquer pourquoi mais il avait eu envie de passer la prendre, pour une fois, sans que ce soit lui qui soit obligé de se rendre au rendez-vous qu’elle avait choisi et indiqué.

Dahlia ouvrit la porte et le fixa avec un air agacé. Harry y était habitué mais il se demanda ce qu’il avait encore fait, cette fois-ci.

- Tu n’as pas reçu mon mot ? demanda-t-elle en le faisant quand même entrer.

- Non, lequel ?

- Celui qui te dit de passer dans trente minutes, répondit Dahlia avec lassitude.

- Ah… non, j’ai dû partir avant. C’est grave ? Tu es vraiment occupée ?

- Non, c’est simplement que je ne suis pas prête. En plus, je viens de commencer à me mettre du vernis.

Harry la regarda avec une expression à la fois blasée et moqueuse. Dahlia haussa les épaules et retourna s’asseoir à la table, où elle devait être avant qu’il frappe.

- Quoi ? J’ai le droit, non ?

- Bien sûr, je vais attendre que tu termines, assura Harry en souriant.

Il observa l’appartement, qui n’avait pas changé depuis la dernière fois. Il y avait toujours autant de bazar et l’évier était toujours rempli de vaisselle sale qui s’entassait. Elle comptait peut-être faire la vaisselle avant qu’il arrive… Harry regarda Dahlia, qui se concentrait pour se vernir le doigt suivant et s’approcha d’elle.

- Tu sais, c’est drôle mais je t’imaginais vraiment comme quelqu’un d’organisé et soigné, qui aimerait l’ordre et la propreté, dit-il. Peut-être à cause de l’aspect de ton manoir, qui était si parfait, du moins en façade.

Dahlia releva la tête vers lui et sembla hésiter à se vexer de ce qu’il insinuait.

- J’aime l’ordre et la propreté, assura-t-elle.

- Vraiment ? Pourtant… ce n’est pas un jugement, remarque, mon appartement n’est pas tellement mieux rangé que le tien mais… C’est juste que ça me surprend.

- Au manoir, tout était propre et bien rangé parce que l’elfe s’en chargeait, répondit Dahlia un peu sèchement. Je n’ai jamais utilisé le moindre sortilège domestique de toute ma vie et j’ai dû apprendre toute seule. La poussière, je maitrise mais la vaisselle, je n’y arrive pas.

- Tu n’arrives pas à maitriser le sortilège de vaisselle ? répéta Harry, ahuri.

- C’est ce que je dis, oui. Quand je le fais, la brosse finit toujours par aller trop vite et envoyer de la mousse partout. Je repousse donc l’échéance de ce désastre.

Harry la fixa une seconde puis éclata de rire, si spontanément qu’il se surprit lui-même. Il se moquait d’elle, assurément, mais pas seulement. Il imaginait bien la scène et il trouvait cela vraiment drôle. Dahlia le comprit car elle ne se vexa pas et se contenta de sourire d’un air désabusé.

- Tant mieux si ça te fait rire, commenta-t-elle.

- Tu ne peux pas le faire à la main dans ce cas ? demanda Harry entre deux éclats de rire.

- Non, je ne suis pas une Moldue ! Et je compte bien réussir à maitriser ce sortilège un jour ou l’autre.

- Et les sortilèges de rangement ou de pliage de linge, tu n’y arrives pas non plus, du coup ?

- La ferme Potter, les tâches ménagères, ce n’est pas ma tasse de thé.

Il rit de plus belle, parce qu’elle avait l’air si hautaine et snob en le disant que c’était presque caricatural. Il se doutait bien, oui, que les tâches ménagères n’étaient pas la spécialité des Malefoy mais le fait que sa répugnance à faire la vaisselle se fasse sentir jusque dans sa magie, c’était quelque chose de notable. Au fond, cela lui allait bien. Harry trouva cela charmant. Il reprit contenance, arrêta de rire et revint vers la petite cuisine.

- Bon, je suppose que ça ne te gênera pas que je fasse la vaisselle alors ? Proposa-t-il.

- Je ne te demande pas de faire ma vaisselle Potter, qu’est-ce que…

Harry n’attendit pas la fin de sa phrase et agita sa baguette vers l’évier. La brosse s’anima d’elle-même et se mit à frotter soigneusement les assiettes sales. Satisfait, Harry rejoignit Dahlia et s’assit à côté d’elle sur la petite table.

- Merci, lâcha Dahlia à contre-cœur.

Elle se remit à son vernis pour éviter le regard moqueur de Harry.

- Hermione est rentrée à Londres ? demanda-t-elle pour changer de sujet.

- Oui, voir Ron. Elle m’a proposé de rentrer aussi mais franchement, ça ne m’enchante pas vraiment de tenir la chandelle.

- Normal. Oh, zut, par Merlin !

Elle s’était mis du vernis sur le doigt et elle eut un geste d’agacement assez intense.

- Le vernis non plus, ce n’est pas ta tasse de thé ? suggéra Harry.

- Je ne peux pas être douée partout.

- En quoi es-tu douée dans ce cas ?

- Je réussis très bien les sortilèges de coiffure.

Harry tendit la main vers le flacon de vernis et l’attrapa doucement. C’était stupide mais il se sentit un peu ému en le serrant entre ses doigts.

- Je vais te le mettre si tu veux, ce n’est pas facile de se le faire soi-même.

Dahlia hésita un instant puis posa ses mains à plat sur la table, juste devant Harry.

- Et oui, j’avais remarqué pour les coiffures, tu fais de jolies choses.

- Merci, répondit Dahlia, choquée du compliment.

Harry s’appliqua à apposer le vernis rosé sur le premier doigt de Dahlia et ils se turent en regardant ce qu’il faisait. Elle aurait aimé qu’il fasse n’importe quoi et que ce soit un désastre, juste pour pouvoir se moquer de lui aussi. Malheureusement, il faisait cela très bien.

- Comment se fait-il que tu aies l’air d’avoir fait ça toute ta vie ? demanda-t-elle avec ironie.

- Parce que je le faisais souvent à Ginny, répondit sérieusement Harry. J’aimais bien, c’était toujours un moment calme pendant lequel on pouvait discuter.

Dahlia resta silencieuse et Harry n’osa pas lever les yeux vers elle. Malgré lui, il repensa à Ginny, à toutes les fois où elle avait posé sa tête sur ses cuisses sur le canapé, à toutes les fois où il avait glissé sa main dans ses cheveux, à toutes les fois où il lui avait peint les ongles pendant qu’ils débattaient des résultats de la Coupe de Quidditch. Bizarrement, maintenant qu’ils étaient séparés depuis plusieurs mois, il arrivait à se remémorer les bons moments. Ils avaient été bien plus nombreux que les mauvais.

Dahlia regarda les cheveux noirs de Harry, qui résisteraient sans doute à ses sortilèges de coiffure et dans lesquels Ginny Weasley avait dû glisser ses doigts si souvent.

- Pourquoi est-ce que vous vous êtes séparés ? demanda-t-elle doucement.

Harry haussa légèrement les épaules.

- Parce qu’il y a une grande différence entre aimer une personne et être capable de la rendre heureuse. Le premier est plutôt facile, le second beaucoup moins.

- C’était toi qui ne la rendais pas heureuse ou c’était elle ?

- Les deux.

- Est-ce que tu es toujours amoureux d’elle ?

- Non, plus vraiment. Et puis de toute façon, elle sort avec son entraineur de Quidditch maintenant donc… c’est fini.

Il y avait eu de l’amertume dans sa voix et cela le surprit. Jusqu’à présent, il n’avait jamais vraiment assumé le fait que, quand même, cela lui faisait mal. Harry redressa ses épaules inconsciemment, pour ne pas avoir l’air abattu.

- Enfin bon, en ce moment je vois une de mes collègues, tout va bien.

- Ah oui ? s’étonna Dahlia. Mais alors, tu ne voulais pas rentrer pour la voir ?

- Non, ce n’est pas sérieux entre nous, nous ne sommes pas vraiment… Tu vois, c’est juste comme ça, pour… passer le temps.

- Je vois, répondit Dahlia.

Allez savoir pourquoi, Harry était bien content de ne pas la regarder dans les yeux en disant cela. Il termina ce qu’il était en train de faire, passa doucement le pinceau sur l’ongle de Dahlia une dernière fois puis reboucha le flacon. C’était du vernis magique qui séchait vite, restait plusieurs semaines et n’avait pas besoin de deuxième couche.

- Voilà.

- Merci, dit Dahlia en admirant ses mains.

Il y eut quelques secondes de silence puis Harry la regarda enfin.

- Et toi alors ? Avec Will Masetti.

Dahlia tressaillit et lui jeta un regard surpris. Il avait eu trop envie de poser la question pour résister, il voulait savoir.

- Comment est-ce que tu le sais ? Il te l’a dit ?

- Non, non. J’ai… j’ai deviné, avec ce que tu nous as raconté.

C’était un mensonge mais il ne voulait pas qu’elle s’énerve contre lui dans un moment comme celui-ci. Il remarqua qu’elle eut l’air un peu déçue même si elle essaya de la cacher. Peut-être aurait-elle aimé que Will ait le courage de dire à quelqu’un qu’il sortait avec elle.

- Je ne suis plus avec Will, répondit-elle. Ça s’est fini il y a quelques mois.

- Pourquoi ?

- Parce que… il est amoureux de moi et que je ne peux pas le lui rendre. Ça aurait été cruel de ma part de continuer. Je… il a été très précieux pour moi et il m’a beaucoup aidée, j’ai beaucoup d’affection pour lui mais je ne suis pas amoureuse de lui.

- Je vois.

- Je lui dois trop de choses, je ne veux pas mélanger amour et reconnaissance, je ne veux pas avoir l’impression de lui appartenir parce qu’il m’a sortie de la galère.

- Je… je vois, dit Harry, surpris qu’elle lui confie cela.

Dahlia n’avait pas retiré ses mains, toujours posées à plat sur la table. Elle savait que si elle les enlevait, elle se mettrait à jouer nerveusement avec et ce n’était pas ce qu’elle voulait.

- Je sais ce que tu penses, dit-elle sans le regarder. Tu te dis que je suis bien difficile, qu’une personne comme moi devrait être bien contente d’être aimée par un homme comme Will Masetti. Et que je suis ingrate de le plaquer.

- Non, sursauta Harry. Ce n’est pas ce que je pense.

Il l’avait pensé, au début, quand ils les avaient vus se disputer. Maintenant, il ne le pensait plus du tout. Cela ne l’empêcha pas de se sentir coupable quand même et d’avoir honte.

- Vraiment ? D’accord… Parfois je me dis que c’est peut-être le cas, que je suis peut-être folle de repousser un homme qui veut de moi telle que je suis.

- On pourrait dire ça pour n’importe qui, rétorqua Harry. J’ai bien réussi à faire fuir la seule femme qui m’ait jamais réellement aimé…

Dahlia le regarda dans les yeux avec une expression indéfinissable qui perturba Harry une nouvelle fois mais elle finit par détourner les yeux.

- C’est simplement que… Will a été le premier à faire preuve de compassion à mon égard et à tenter de m’aider. Ce ne serait pas juste pour lui que je me force à ressentir ce que je ne ressens pas, il mérite mieux.

Harry posa son doigt sur le flacon de vernis et le fit tourner sur la table, sans vraiment s’en rendre compte.

- Ce n’est pas vrai, dit-il enfin.

Elle eut l’air surprise de cette déclaration et attendit la suite.

- Ce n’est pas vrai qu’il a été le premier à faire preuve de compassion et à tenter de t’aider. Je… pourquoi crois-tu que je sois venu témoigner à ton procès ? Je voulais t’éviter la prison parce que j’avais de la compassion pour toi, justement.

Dahlia resta muette quelques secondes puis éclata nerveusement de rire. Harry savait qu’il n’aurait pas dû dire ça mais il n’avait pas pu s’en empêcher. C’était puéril de ressentir de la jalousie pour quelque chose d’aussi insignifiant.

- C’est vrai que tu m’as aidée à l’époque, admit Dahlia. Mais quand tu as su que j’étais transgenre, tu n’as pas fait preuve de compassion. Lui si.

Le reproche atteignit Harry de plein fouet, parce qu’il était justifié. Il se sentit encore plus stupide et puéril. Toutefois, il trouvait que ce n’était pas entièrement juste de lui dire ça. A force de jouer avec le flacon, il glissa sur la table et la heurta dans un bruit sourd. Harry n’y fit pas attention. Il regarda Dahlia dans les yeux, avec plus de sérieux et plus de sincérité qu’il l’avait jamais fait.

- Et toi ? demanda-t-il. Est-ce que tu as déjà éprouvé de la compassion pour moi ?

Dahlia affronta son regard, surprise. La question la prenait au dépourvu, c’était évident. Malgré lui, Harry fut heureux de la déstabiliser. Jusqu’à présent, c’était toujours elle qui lui faisait des croche-pieds et tentait de le faire tomber. Il avait envie de la voir trébucher, elle aussi. Et qu’ils soient à égalité.

- Euh… bafouilla Dahlia.

- De la compassion pour le fait que mes parents soient morts quand j’étais bébé, pour le fait que j’aie dû affronter Voldemort tout seul alors que j’étais un enfant, pour le fait que j’aie failli mourir pendant la guerre. Parce que je suis à peu près certain de ne t’avoir jamais vue faire preuve de compassion à mon égard.

La surprise et le malaise qui étaient apparus sur le visage de Dahlia s’effacèrent doucement et elle retrouva son expression habituelle.

- Je ne pouvais pas, répondit-elle doucement.

- Tu ne pouvais pas quoi ?

- Je ne pouvais pas ressentir de la compassion pour qui que ce soit. C’était au-delà de mes forces. Surtout pas envers toi.

- Et maintenant ? insista Harry, pas vraiment satisfait de la réponse.

- Maintenant, ce que je ressens en repensant à la guerre et à ce que tu as fait, c’est plutôt de l’admiration.

Il y eu une seconde de silence. Harry était stupéfait qu’elle admette quelque chose comme ça et stupéfait qu’elle parvienne à rester parfaitement impassible en le disant.

- De l’admiration ? répéta finalement Harry. Toi, tu ressens de l’admiration pour ce que j’ai fait ?

Il avait insisté sur le toi, comme s’il était incapable d’y croire.

- Oui, bien sûr. Maintenant que je n’ai plus besoin de me cacher derrière de la mauvaise foi, évidemment que je suis admirative de ce que tu as fait. Tu l’as tué, tu nous as débarrassés de lui et tu as réussi à survivre. C’est incroyable que tu aies pu faire tout cela.

Harry avait toujours détesté les louanges au sujet de la guerre, cela lui donnait envie de crier et d’insulter les gens qui lui parlaient. Les gens qui s’extasiaient de son courage alors qu’eux-mêmes n’avaient rien fait, avaient cru aux articles dégradants de la Gazette, avaient dénigré Dumbledore quand Fudge le leur avait ordonné. Pourtant, quand Dahlia prononça sa tirade, Harry n’en ressentit aucun désagrément. Au contraire, cela fit naitre en lui une chaleur agréable et délicieuse. Il devinait qu’il avait rougi mais tant pis. C’était l’une des premières fois qu’elle admettait qu’il n’était pas simplement un insupportable gamin égocentrique. Et puis venant d’elle, c’était différent. Peut-être parce qu’elle savait de quoi elle parlait. Parce qu’elle avait essayé, à son échelle à elle, de s’opposer au destin qu’on lui réservait. Parce qu’elle avait voulu le garder en vie, à deux reprises, de façon évidente et qu’il le savait.

- Merci, bafouilla Harry.

Finalement, elle l’avait encore fait trébucher. Harry s’y résigna, il ne gagnait jamais contre elle.

- Pour ce qui est de la compassion… reprit Dahlia. Je crois que je ne te connais pas assez pour vraiment… Je veux dire, je ne sais pas ce que tu as fait pendant la guerre, je ne sais pas ce qui s’est passé pour toi, ce que tu as ressenti. Si tu me racontais, j’aurais surement davantage de compassion.

Il aurait pu lui raconter mais il n’en avait pas envie. Comme elle, il essayait d’y penser le moins possible, comme elle, il avait envie de fuir toutes ces horreurs qu’il avait vécues. Il n’était pas prêt à le faire maintenant. Elle semblait avoir tourné la page, elle. Dahlia s’était créé une nouvelle vie loin de la guerre et des douleurs, elle avait d’autre problèmes, il ne voulait pas l’accabler avec ses histoires.

- Un jour, peut-être, répondit Harry avec un sourire crispé.

Dahlia comprit que c’était un refus et elle n’insista pas. Il y eut un nouveau silence, un peu embarrassé. Harry regarda les mains de Dahlia, toujours posées sur la table. Le vernis avait séché depuis longtemps. Il songea qu’il pourrait mettre ses mains face aux siennes et passer ses doigts entre ceux de Dahlia pour les entrelacer.

- Bon… tu voulais encore visiter New York aujourd’hui ? demanda Dahlia en retirant ses mains. Où veux-tu aller ?

Harry releva les yeux vers elle.

- Oh tu sais, en fait je… commença Harry.

En fait je ne veux pas visiter New York, je m’en fiche. C’était ce qu’il s’apprêtait à dire mais s’il disait cela, ce serait beaucoup trop étrange. Pourquoi serait-il chez elle s’il ne voulait pas visiter New York ?

- En fait j’aimerais bien voir Broadway, conclut Harry, au hasard.

- D’accord, allons-y.

Elle portait son pull bleu ciel et un jean, comme lorsqu’ils avaient travaillé ensemble pour la première fois. Harry estima qu’il n’était pas tout à fait normal qu’il remarque ce genre de détail. Il la regarda enfiler un imperméable noir et prendre un parapluie, au cas où, puis ils sortirent de l’immeuble.

Quand ils se retrouvèrent sur la grande avenue, Harry regretta immédiatement son choix. Il y avait un monde fou, des taxis jaunes partout, du bruit, de la pollution. Il se moquait éperdument des enseignes clignotantes et des magasins, il se moquait des affiches publicitaires. Il se moquait tout autant des théâtres et des salles de spectacle. Qu’est-ce qui lui avait pris de vouloir venir ici ? Il suivit Dahlia en silence sur le trottoir humide, au milieu des passants. Ils ne parlaient pas, ce n’était pas une ambiance très propice aux discussions de toute façon.

Harry ne se sentait pas à l’aise. Dahlia marchait à côté de lui, dans son long manteau noir, avec ses cheveux éclatants qui se balançaient dans son dos, comme les autres fois. Pourtant, elle lui sembla lointaine et étrangère. La foule l’angoissait et le bruit ne faisait rien naitre de très positif chez lui. Il aurait préféré rester chez Dahlia, dans le silence, juste avec elle. Et arrêter ce stupide jeu de tourisme alors qu’il s’en foutait complètement. Était-ce si difficile d’admettre qu’il l’aimait bien, qu’il appréciait sa compagnie et qu’il trouvait leur nouvelle amitié plutôt agréable ? Depuis quand Harry était-il si lâche ?

Pour ne rien arranger, il se mit à pleuvoir. Dahlia ouvrit machinalement son parapluie et Harry regarda autour de lui, dans l’espoir que quelque chose le sauverait.

- Et si on allait au cinéma ? proposa-t-il. Je n’ai pas envie de me promener sous la pluie.

- Euh… d’accord, céda Dahlia.

Elle le suivit jusqu’au cinéma qu’il avait aperçu et referma son parapluie.

- Tu es déjà allée au cinéma ? demanda Harry en souriant.

- Une fois oui, avec Emily. C’était bizarre.

Harry sourit davantage et regarda les films à l’affiche. Les titres ne lui disaient rien et il attrapa le magazine du cinéma qui proposait les synopsis des films. Il les lut tous à haute voix pour que Dahlia lui fasse savoir ce qui lui plaisait. Après avoir éliminé Matrix, X-Men et Bruce Tout-Puissant, dont les résumés firent naitre sur le visage de Dahlia une expression de profond mépris, Harry lui adressa un sourire ironique.

- Le Monde de Nemo alors ? C’est un dessin animé.

- C’est quoi un dessin animé ? demanda Dahlia, suspicieuse.

- C’est le moment de le découvrir, décida Harry.

Il referma le magazine et alla acheter les places. Ils n’avaient pas beaucoup d’autres choix et cela lui plaisait d’emmener Dahlia voir un dessin animé. Il ne se l’avouait pas trop mais il avait hâte de voir comme elle réagirait.

Il y avait essentiellement des familles avec des enfants dans la salle, des groupes d’adolescents et des jeunes adultes visiblement en couple. Dahlia ne fit aucun commentaire sur le sujet, se laissa tomber dans son siège et croisa les bras dans une position d’attente presque boudeuse. Harry pensait déjà au moment où il raconterait ça à Hermione et il sourit quand la lumière s’éteignit.

Après le film, la pluie s’était arrêtée. Ils quittèrent Broadway et allèrent boire un chocolat chaud dans un café, à quelques rues d’ici. Dahlia fixait sa tasse avec effarement et Harry attendait qu’elle parle, amusé.

- Mais c’est quand même étrange de suivre les aventures d’un poisson, non ? demanda-t-elle enfin. Je veux dire… c’est totalement inintéressant, c’est un poisson.

- Tu avais l’air plutôt prise par l’histoire pourtant…

- Parce qu’ils font vivre à un poisson des aventures humaines, c’est très bizarre.

Elle semblait très perplexe. Harry l’observa en buvant son chocolat chaud, amusé. Maintenant qu’il n’y avait plus de haine dans les propos de Dahlia, ses critiques du monde moldu faisaient rire Harry. D’autant qu’il voyait bien qu’elle essayait sincèrement de comprendre.

- Les Moldus sont quand même vraiment très étranges, conclut-elle. Et puis ce poisson bleu, il était totalement insupportable.

Dahlia secoua la tête, comme si elle voulait chasser ce moment délirant de son esprit et qu’elle préférait l’oublier. Harry, lui, savait qu’il ne l’oublierait pas. Ils terminèrent leur chocolat chaud sans parler, à observer ce qui se passait par la fenêtre. Ils dégustèrent un moelleux au chocolat absolument délicieux – la pluie leur avait donné faim – et ils reprirent leur promenade. Dahlia proposa de continuer à marcher sur Broadway mais Harry s’empressa de refuser.

- Je n’aime pas spécialement la foule et les grandes rues, expliqua-t-il.

- C’est bien ce que je pensais.

Ils s’éloignèrent et entrèrent dans Central Park par l’un des nombreux accès au parc. Harry s’y sentit tout de suite mieux. C’était paisible et il y avait moins de bruit. Certes, il y avait du monde, mais pas tant que ça à cause du mauvais temps. Ils avancèrent au hasard, regardant les arbres sans les voir, les gens qui marchaient et le lac, un peu plus loin. Les couples qu’ils croisaient se donnaient tous la main, ce qui rendait Harry nerveux sans qu’il sache pourquoi.

- Qu’est-ce que tu fais normalement le dimanche, quand tu ne te promènes pas avec moi ? demanda Harry. J’espère que je ne t’empêche pas de sortir.

- Je vois mes amis, en général. Pas tous les dimanches, il m’arrive aussi de rester chez moi et de me reposer mais souvent, je vais les voir. La plupart d’entre eux sont célibataires et sans enfants, ils ne sont donc pas coincés le weekend par des impératifs familiaux.

- D’accord. Et ça ne te dérange pas de ne pas les voir trois dimanches de suite ?

- J’ai passé la soirée avec eux hier, répondit doucement Dahlia.

Harry s’étonna puis se sentit stupide. Bien sûr qu’elle vivait des choses sans le lui dire et sans qu’il soit concerné.

- Ah… C’est… c’est drôle mais tu me parles de tes amis depuis le début et je vais partir sans les avoir rencontrés une seule fois.

- Tu doutes de leur existence ? demanda Dahlia avec un sourire cynique.

- Non, c’est juste que… je ne sais pas, oublie ce que j’ai dit.

Lui-même ne savait pas exactement ce qu’il avait voulu dire. Il remarqua toutefois que Dahlia semblait perturbée par son commentaire. Elle resta silencieuse un moment, à méditer quelque chose que Harry ne pouvait pas savoir.

- Ils m’ont dit la même chose, déclara enfin Dahlia. Eux aussi sont curieux à propos de mes amis d’Angleterre que je vois régulièrement.

- C’est comme ça que tu nous as présentés ? s’amusa Harry.

- Qu’est-ce que tu voulais que je dise ? Ils savent à peine que Tu-Sais-Qui a existé et ils ne savent pas qui tu es. J’ai voulu faire simple.

- Je vois.

- Je…

Elle hésita, s’arrêta et poussa un soupir.

- C’est mon anniversaire jeudi prochain, dit-elle sans le regarder. Je vais donc passer la soirée avec mes amis, dans un bar que nous aimons bien. Mon appartement n’est pas assez grand pour faire une véritable fête donc…

- Je comprends, c’est une autre ambiance.

- Ce que je voulais dire c’est que, si vous êtes encore là, Hermione et toi, vous… pourriez venir.

- Ah euh, oui, ce… pourquoi pas.

- Vous n’êtes pas obligés.

- Non, je sais mais ça me ferait plaisir de les rencontrer. J’en parlerai à Hermione.

- D’accord. De toute façon, vous serez peut-être repartis, alors…

- Nous verrons bien.

Harry implora en silence Joseph Simmons de rester bien caché encore cinq jours. Juste cinq jours.

Harry n’avait aucune idée de l’endroit où ils allaient mais il suivait Dahlia sans réfléchir. Il lui faisait confiance pour les mener à bon port. Elle semblait bien connaitre Central Park et elle expliqua – quand il en fit la remarque – qu’elle y venait assez souvent. C’était juste à côté de Hidden City et il n’y avait pas de parc dans la ville des sorciers. Elle se rendait donc à Central Park quand elle voulait être seule. Elle aimait les arbres et le lac, cela lui rappelait un peu la campagne dans laquelle elle avait grandi. Après tout, elle n’avait jamais vécu en ville jusqu’à son arrivée à New York. Parfois, le silence des champs anglais lui manquait.

Timidement, le soleil se fraya un chemin entre les nuages et ils eurent droit à un peu de lumière. Dahlia retira son imperméable et le porta à la main tandis que Harry enlevait lui aussi sa veste. Ils traversèrent le Bow Bridge, réputé pour son romantisme, sur lequel plusieurs couples se prenaient en photo. Harry se fit la réflexion qu’il aurait dû emmener l’appareil photo pour montrer à Hermione. Tant pis… Ils s’éloignèrent des amoureux, arrivèrent sur un chemin moins animé et continuèrent leur promenade.

Depuis la guerre, Harry était devenu indifférent à beaucoup de choses. Il l’était déjà avant mais ça avait empiré. Il avait conscience que dans d’autres circonstances, ce parc l’aurait laissé complètement froid et qu’il l’aurait même trouvé ennuyeux. Pourtant, alors qu’il marchait à côté de Dahlia, il arrivait presque à l’apprécier, tout comme il avait finalement apprécié la balade sur la promenade de Brooklyn ou au bord de la plage. Même le pont de Brooklyn, maintenant qu’il y repensait, avait presque un certain charme. Est-ce que c’était à cause de Dahlia que les choses devenaient plus agréables ? Peut-être. En tout cas, il aimait être avec elle, c’était indéniable. Il aimait quand elle parlait et il aimait leurs silences. Il aimait le simple fait de la savoir là, à côté de lui. Ce serait étrange de rentrer à Londres et de ne plus la voir.

Au détour du chemin, ils s’arrêtèrent pour regarder le lac. Ils avaient une jolie vue d’ici et les faibles rayons de soleil se reflétaient sur l’étendue d’eau en la faisant scintiller. Il y avait une sorte de tonnelle en bois au bord de l’eau, qui offrait un endroit parfait pour admirer le paysage. Même les immeubles, au loin, au-dessus des arbres, semblaient élégants.

- C’est peut-être l’endroit que je préfère de New York, commenta sincèrement Harry.

- Oui… murmura Dahlia.

Un peu plus loin, deux pères de famille surveillaient leurs enfants en discutant sur un banc. Une femme passa avec son chien tenu en laisse. Harry les voyait sans les voir. Il n’avait pas envie de s’en aller, il voulait rester ici un peu plus longtemps. Il tourna la tête vers Dahlia quand il la sentit se crisper à côté de lui. Elle avait peut-être simplement froid mais il n’en était pas sûr. Elle jeta un coup d’œil vers les deux hommes assis sur le banc puis se concentra à nouveau sur le lac. Harry se tourna légèrement vers eux et constata qu’ils regardaient régulièrement Dahlia. C’était cela qui la rendait nerveuse.

- Est-ce que ça se voit beaucoup que je suis trans ? demanda-t-elle brusquement.

- Non, répondit spontanément Harry. La première fois que je t’ai vue, quand je ne savais pas encore que c’était toi, je me suis juste dit que tu étais une femme qui te ressemblait beaucoup. Je n’ai pas remarqué quoi que ce soit d’autre.

- D’accord…

- Ce n’est pas pour cela qu’ils te regardent, dit Harry d’une voix égale.

Dahlia se tourna vers lui, surprise.

- Pour quoi alors ?

Harry eut un sourire presque gêné, passa sa main sur la balustrade de bois et haussa les épaules.

- Parce que tu es jolie.

Il y eut un tressaillement sur le visage de Dahlia puis elle éclata de rire, pour cacher son embarras. Harry rougit un peu.

- C’est un avis personnel, Potter ? demanda-t-elle d’une voix moqueuse.

- C’est objectif, se défendit Harry. Tu le sais, non ?

Ils se regardèrent dans les yeux une seconde et il se rendit compte que non, elle ne le savait pas. Elle avait passé l’entièreté de sa vie ou presque à se trouver laide et inadaptée, elle avait subi les regards scrutateurs, réprobateurs et dégoûtés, elle avait affronté son miroir chaque matin en se disant qu’elle n’était pas ce qu’elle devrait être. Alors non, elle ne savait pas qu’elle pouvait être jolie.

- Eh bien… bafouilla Harry. Tu es grande, tu es plutôt euh… je veux dire… tu es plutôt bien fichue et puis tu as des cheveux incroyables. Donc ça ne m’étonne pas que les hommes te regardent, parfois.

Il l’avait perdue, c’était clair. Dahlia avait rougi et regardait l’eau avec stupeur, l’air de se demander comment elle en était arrivée à avoir une telle discussion avec Harry Potter. Lui-même se tut, mort d’embarras et il attendit que le moment passe. Dahlia reprit contenance plus vite que lui, elle était experte à ce jeu-là.

- Donc, tu crois vraiment que c’est pour ça que ces deux hommes me regardent ?

- Euh, oui, j’en suis quasiment sûr.

Dahlia se tourna vers eux. Ils ne tardèrent pas à lui rendre son regard et elle leur sourit doucement. Ils lui rendirent son sourire aussi, spontanément. Elle se détourna d’eux et contempla le lac, souriant toujours.

- Je viens de te voir flirter avec des Moldus, je peux mourir en paix, commenta Harry.

Dahlia éclata de rire, un rire sincère et joyeux cette fois-ci. Ils reprirent leur promenade pour sortir du parc et rejoindre Hidden City. Dahlia semblait d’excellente humeur et Harry ralentit légèrement l’allure, malgré lui. Il regarda ses cheveux blonds sur son pull bleu ciel, la silhouette de ses jambes dans son jean. Il ne put empêcher ses yeux de se poser sur ses fesses et il pensa brusquement à Bernard. Harry se sentit misérable, revint à sa hauteur et chassa de son esprit les pensées déplacées qui s’y glissaient. Qu’est-ce qu’il foutait, bon sang ?

C’était l’heure du dîner quand ils arrivèrent à Hidden City. Hermione devait être rentrée depuis quelques temps mais Harry n’avait pas envie de retourner à l’hôtel pour autant. L’idée que son enquête pouvait se terminer le lendemain commençait à l’angoisser.

- Tu veux qu’on aille manger quelque chose ? proposa Harry, l’air indifférent.

- Il va falloir que j’arrête les restaurants, avoua-t-elle. Ça ruine mes économies.

- Je t’offre le dîner si tu veux.

- Non, je ne veux pas.

Elle l’avait dit d’une voix ferme et sans équivoque. Harry baissa les yeux vers le trottoir, déçu.

- Bon, dans ce cas, tant pis, je…

- On peut dîner chez moi, dit précipitamment Dahlia.

Harry sursauta, surpris par la proposition mais brutalement heureux. Il accepta sans hésiter et ils transplanèrent jusqu’à l’immeuble de Dahlia. Elle déclara qu’elle allait faire le repas et il la suivit dans le petit espace de la cuisine.

- J’espère que tu réussis mieux tes sortilèges de cuisine que de vaisselle, ironisa-t-il.

- Figure-toi que oui, répondit froidement Dahlia. Ils ne savent pas faire à manger dans ce pays, il a bien fallu que je m’y mette si je voulais me nourrir décemment.

Il n’osa plus faire la moindre remarque et il l’aida à couper le fromage et les tomates pour faire des tartines grillées. Harry n’avait jamais spécialement aimé faire la cuisine mais là encore, le faire avec Dahlia rendait les choses plus plaisantes. Ils n’arrêtaient pas de se croiser et de se frôler dans l’espace réduit, devant les plaques de cuisson, ça perturbait Harry. Il avait envie d’attraper Dahlia par le bras, de l’obliger à lui faire face et à le regarder dans les yeux. Il aurait pu crier ce qu’il pensait vraiment, au fond de lui, ce qui lui faisait peur et qu’il n’osait pas formuler. « Malefoy, regarde-nous. Nous sommes devenus fous, n’est-ce pas ? Qu’est-ce que nous sommes en train de faire ? » Evidemment, il ne fit rien de tout cela.

Ils dînèrent à la petite table où Harry avait mis du vernis sur les doigts de Dahlia, quelques heures plus tôt. Il en profita pour lui raconter où en était leur enquête et tout ce qu’ils avaient déjà essayé de faire pour retrouver la trace de Simmons. Dahlia avait sorti des bières de son frigo magique et Harry la buvait directement au goulot entre deux agacements devant la capacité de Simmons à leur échapper. Dahlia, elle, avait versé sa bière dans un verre. Elle bâillait régulièrement, fatiguée par sa soirée avec ses amis et sa courte nuit. Harry avait proposé de rentrer mais elle avait assuré que ce n’était pas grave. Elle ne commençait qu’à dix heures le lendemain, elle pourrait dormir un peu.
Dahlia avait posé sa baguette sur la table et Harry la contempla un instant. Il avait du mal à croire que Dahlia soit venue chez lui pour lui reprendre la baguette.

- Comment ça se passe avec la baguette ? demanda-t-il sincèrement. Elle t’obéit bien ?

- Bien sûr, elle me reconnait, c’est ma baguette.

- Techniquement, elle m’appartient…

- Elle me va très bien. Bon… C’est vrai que je n’ai pas tout à fait les mêmes sensations qu’avant mais c’est comme ça.

Les tartines grillées de Dahlia étaient délicieuses et Harry les dévora avec appétit. Il n’y avait pas vraiment de dessert, mais tant pis. Il se moquait bien de ces détails, il ne voulait qu’être avec elle. Avec un sourire un peu moqueur, Harry proposa de s’occuper de la vaisselle et du rangement de la cuisine. Dahlia accepta d’une voix hautaine et alla s’asseoir sur le canapé pour finir sa bière, ce qui accentua le sourire de Harry. Il surveilla la vaisselle, supervisa le rangement des assiettes et des couverts à leur place, nettoya le plan de travail. Ça lui faisait bêtement plaisir de l’aider à faire ça, comme s’il laissait une petite empreinte de lui-même en rangeant sa cuisine. C’était absurde.

Il avait remarqué qu’elle n’avait pas parlé depuis un moment et il se retourna pour la regarder. Dahlia s’était endormie sur le canapé, appuyée contre l’accoudoir. Harry s’approcha d’elle en silence, hésitant. Il savait que c’était bizarre d’observer quelqu’un dormir mais il ne put s’empêcher de le faire quand même. Comme c’était le cas pour tout le monde, Dahlia semblait plus fragile quand elle dormait. Il n’y avait plus d’expression hautaine sur son visage, il était lisse et détendu. Harry aurait aimé mettre une couverture sur elle, comme les héros le faisaient dans les films mais il n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvaient les couvertures et il n’allait pas fouiller son appartement sans elle. Et puis, il n’était pas un héros.

Harry hésita un instant. Il n’aimait pas l’idée de s’en aller de cette façon, alors qu’elle dormait, sans dire au revoir. D’un autre côté, il n’allait pas attendre ici qu’elle se réveille. Il chercha du regard un morceau de papier sur lequel il pourrait écrire un petit mot et souleva les magazines qui trainaient sur la table mais ne trouva rien. Il poussa un soupir et se tourna vers elle en l’entendant souffler dans son sommeil. Son visage n’était plus tout à fait lisse et paisible, mais Harry n’aurait pas exactement su dire ce qui avait changé. Harry se détourna d’elle, attrapa sa veste et s’apprêta à partir, malgré sa répugnance à le faire de cette manière. Il pourrait peut-être la réveiller, lui dire au revoir et lui permettre d’aller se coucher dans son lit au lieu de rester là, dans le froid, sur le canapé inconfortable. Oui, c’était ce qu’il allait faire.

Harry reposa sa veste sur la chaise et marcha vers Dahlia. Il tendit la main vers elle, pour toucher doucement son épaule mais elle se réveilla avant qu’il soit allé au bout de son geste. Elle se redressa vivement, posa sur lui un regard rempli d’horreur et la main de Harry se figea. Le regard de Dahlia se calma rapidement et elle s’assit sur le canapé.

- Potter, souffla-t-elle. Désolée, je me suis endormie.

- Ça va ?

- Oui, je… c’était juste un cauchemar.

Il essaya de croiser ses yeux mais elle fixait obstinément le canapé.

- Un cauchemar à propos de quoi ? Demanda-t-il.

- Aucune importance. Tu devrais rentrer, il est tard, je vais aller me coucher.

Harry resta debout devant le canapé et mit du temps à bouger enfin. Il n’avait aucune preuve mais il eut le pressentiment qu’elle lui avait menti. Elle pensait toujours à la guerre, elle aussi. Il était sûr que son cauchemar avait un rapport avec ça, il y avait trop de peur dans son regard pour que ce soit quelque chose d’anodin. Elle ne voulait peut-être pas en parler, elle s’était peut-être créé une nouvelle vie mais ça ne changeait rien. Le passé était bien là, tapi dans ses cauchemars.

Harry attrapa sa veste une deuxième fois et Dahlia se leva pour le raccompagner. Elle s’arrêta près de la table de la cuisine, ne jugeant pas utile de venir avec lui jusqu’à la porte. Il était suffisamment grand pour le faire lui-même. Harry posa la main sur la poignée, prêt à partir mais quelque chose le retint. Il n’avait pas dit ce qu’il voulait dire et le regard terrifié de Dahlia ne quittait pas son esprit. Il se retourna vivement et fit quelques pas vers elle, déterminé.

- Je fais des cauchemars moi aussi, dit-il précipitamment.

- Comme tout le monde, répondit Dahlia avec perplexité.

Il fit un nouveau pas vers elle et secoua la tête.

- Non, je veux dire, je fais des cauchemars sur ce qui s’est passé. Des cauchemars où Voldemort est là, où il essaie de me tuer, où il me torture encore, où je le regarde tuer les gens que j’aime. J’en fais moins qu’avant mais ça ne disparait pas. J’entends sa voix dans ma tête, parfois, le soir quand j’essaie de m’endormir. Et ça me terrifie tellement que je suis obligé de sortir de chez moi pour marcher des heures dehors et me calmer. Je… je fais des cauchemars moi aussi.

Harry baissa la tête, comme un enfant qui venait d’avouer une faute. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas parlé de cela à quelqu’un. Avec Hermione et Ron, ce n’était plus la peine, ils le savaient. Et puis Harry leur mentait ces derniers temps, essayant de faire bonne figure. Il ne voulait pas les agacer avec ses traumatismes et ses cauchemars, il avait peur de les faire fuir, comme il avait fait fuir Ginny. Face à lui, Dahlia s’était figée et le regardait avec un mélange de stupeur, d’angoisse et de… tendresse ? Harry ne savait pas trop.

- Je ne faisais pas un cauchemar avec le Seigneur des Ténèbres, souffla Dahlia.

Sa voix était un peu plus grave que d’habitude et Harry se fit la réflexion que cela faisait longtemps qu’il n’avait pas entendu quelqu’un dire « le Seigneur des Ténèbres ». Et il ne sut pas pourquoi mais cela le réconforta un peu.

- Je rêvais qu’on me ramenait à Azkaban.

Harry tressaillit. Cela remontait à loin maintenant et entre-temps, Malefoy s’était soi-disant suicidée, Harry était devenu Auror, il avait oublié. Il avait oublié mais Dahlia avait passé deux mois à Azkaban avant la tenue de son procès. D’ailleurs, elle s’était jetée à la mer face à l’île. Enfin, elle l’avait fait croire.

- Je n’y suis restée que deux mois mais c’était l’enfer, avoua-t-elle. Toutes les souffrances de sa vie qui défilent devant ses yeux du matin au soir, même la nuit… c’est insupportable. Quand je suis sortie et qu’on m’a conduite au Ministère pour mon procès, j’avais pris ma décision. Je m’étais dit que s’ils décidaient de m’y renvoyer, je me suiciderais.

Harry tiqua mais n’eut pas l’air choqué par ses paroles.

- Je comprends, dit-il.

- Heureusement, tu as fait en sorte de m’épargner ça… Il n’empêche que j’en rêve régulièrement.

- Moi je… parfois j’ai l’impression d’être coincé avec un Détraqueur qui m’oblige à revivre tout cela.

Il y avait assurément de la compassion dans le regard de Dahlia, Harry ne pouvait pas l’ignorer. Et ça lui faisait du bien. Il ne lui en voulait pas de ne pas trouver les mots pour le réconforter, il savait qu’elle-même souffrait comme lui.

- Tout ça nous a bien amochés, pas vrai ? souffla Harry avec un sourire triste.

- Oui, dit-elle à voix basse. Mais ça ne m’a pas empêchée de devenir celle que je devais être. J’espère que tu arriveras à devenir celui que tu dois être, toi aussi.

- Merci… Malefoy.

Dahlia sourit doucement, sans relever qu’il l’avait appelée par son nom alors qu’elle n’aimait pas ça. Ce soir, à ce moment-là, cela ne la dérangeait pas. Harry déclara qu’il allait rentrer et elle le laissa partir. Elle essaya de combattre le froid qui s’installa dans son appartement dès qu’il en passa la porte et s’empressa d’aller se mettre au lit. Elle aurait donné n’importe quoi pour qu’il reste là, s’allonge contre elle et la protège du froid, juste une fois.
Chapitre 5 - La soirée d'anniversaire by Celiag
Author's Notes:
Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont eu la gentillesse de me laisser une review cette semaine, ça m'a vraiment remonté le moral !

Voici le chapitre 5, bonne lecture, il est long !
Ils avaient retrouvé la trace de Joseph Simmons à Washington, dans un hôtel sorcier de la ville. Le gérant l’avait reconnu et avait alerté les Aurors, trop tard malheureusement. Simmons s’était enfui avant qu’ils arrivent, comme la dernière fois. Pour autant, cela leur donnait la confirmation qu’ils n’étaient pas loin et que leur suspect était toujours aux Etats-Unis. Hermione, Abby et Tyler avaient été frustrés et énervés de le louper d’aussi peu mais Harry avait pris la chose avec stoïcisme. Il en avait même été secrètement soulagé. Et cela le plongeait dans une culpabilité et une honte dont il n’était pas coutumier : jamais il n’avait souhaité retarder l’issue d’une enquête pour des raisons personnelles. C’était indigne de son métier d’Auror et c’était ridicule. Pourtant, c’était exactement ce qu’il pensait.

Pour ne rien arranger, il savait qu’Hermione le soupçonnait et il se sentait encore plus nul. Quand il était rentré de sa journée avec Dahlia, Hermione était sans doute déjà couchée et il ne l’avait vue que le lendemain. Elle s’était étonnée de ne pas le trouver à l’hôtel. Étonnée, mais pas trop non plus.

- J’étais avec Dahlia, avait répondu Harry. J’ai dîné chez elle.

- Ah… Vous vous entendez vraiment bien maintenant, avait-elle remarqué.

- Ça va. Elle nous invite à son anniversaire, jeudi, si nous sommes encore là. Il y aura ses amis, ils ont envie de nous rencontrer, apparemment.

- Très bien.

Il avait détourné le regard et il avait appuyé sur le bouton de l’ascenseur, pour signaler que le sujet était clos. Hermione avait regardé son dos une seconde.

- Harry ? avait-elle appelé doucement.

Il s’était retourné et ils s’étaient regardés dans les yeux un instant. Il savait ce qu’elle voulait lui dire, elle savait qu’il le savait. Ils attendirent tous les deux puis Hermione secoua la tête en souriant.

- Rien.

Il n’avait aucune envie d’analyser avec elle ce qu’il ressentait exactement pour Dahlia Malefoy, il avait bien trop peur de ce qui en découlerait. Hermione devait le sentir car elle n’y fit plus allusion jusqu’au mercredi. Simmons leur avait échappé mais ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’ils l’attrapent. Ils avaient fait parvenir son portrait à tous les hôtels sorciers de Washington et des villes voisines, Simmons n’aurait bientôt nulle part où se cacher. Malgré cela, il était désormais évident qu’ils seraient là jeudi soir, pour l’anniversaire de Dahlia. Hermione en reparla donc à Harry et il sentit qu’elle aussi avait envie d’y aller.

- Elle nous parle d’Emily depuis le début, je suis curieuse de la rencontrer, dit-elle à la pause-café. Et puis j’aime bien l’idée de rencontrer de nouvelles personnes, c’est tout l’intérêt d’un voyage, non ?

- Sûrement, maugréa Harry.

Tyler vint les interrompre pour leur faire part de la nouvelle qui venait de tomber. Joseph avait envoyé un mot à sa mère pour lui demander de l’argent. Bien sûr, ils surveillaient la mère et ils avaient intercepté le message.

- C’est bon signe, déclara Tyler en souriant. S’il est fauché, il va être obligé de tenter quelque chose et nous le cueillerons à ce moment-là !

- Parfait ! s’écria Hermione avec optimisme. Du moment que c’est demain, ça me va.

Elle l’avait dit en riant, comme si c’était une plaisanterie et elle expliqua qu’ils devaient se rendre à un anniversaire, ce soir. A l’anniversaire de Dahlia.

- Vous lui souhaiterez un joyeux anniversaire de notre part, dit une voix dans le dos de Tyler.

C’était Will Masetti qui s’était arrêté une seconde. Hermione promit de le faire mais Harry s’en serait bien passé. La journée s’acheva comme les autres, sans avancée particulière. Ça devenait franchement ennuyeux. Une partie de Harry avait quand même bien envie que tout cela s’arrête.

Le lendemain ne fut pas tellement plus intéressant. Harry avait envoyé un mot à Dahlia pour lui dire que, si tout se passait comme prévu, ils seraient là ce soir. Elle lui répondit de venir chez elle vers 19h avec Hermione. Harry attendait donc avec impatience que le soir arrive. Durant la journée, ils eurent quelques signalements qui finalement n’aboutirent à rien, un plaisantin qui n’avait jamais vu Simmons et qui écopa d’une amende pour avoir fait perdre leur temps aux Aurors et beaucoup de temps de désœuvrement. Tyler et Abby en profitaient généralement pour faire autre chose, mettre à jour la paperasse par exemple, mais Harry et Hermione n’avaient pas grand-chose à faire. Ils les aidaient du mieux qu’ils le pouvaient, leur rendant service pour ne pas s’ennuyer.

Enfin, à 18h30, Harry et Hermione s’en allèrent, tout comme Tyler et Abby. Ça ne servait pas à grand-chose de rester plus longtemps et si jamais la brigade de nuit recevait un signalement intéressant, on les préviendrait. Harry et Hermione s’empressèrent de regagner leur hôtel en transplanant dès qu’ils furent hors de vue. Ils se changèrent, essayèrent d’enfiler des vêtements à peu près convenables pour une soirée de ce genre. Évidemment, ils n’avaient pas beaucoup de choix, ils n’étaient pas venus à New York pour faire la fête. Ils se rabattirent donc sur les vêtements ordinaires les plus élégants qu’ils purent trouver. Après tout, ça suffirait, ce n’était pas un gala mondain non plus.

Ils arrivèrent chez Dahlia à l’heure, ce qui tenait du miracle. Harry se demandait pourquoi elle ne leur avait pas donné directement l’adresse du bar mais peu importait, ça le rassurait un peu d’y aller avec elle. Ils sonnèrent à la porte et elle ouvrit rapidement, signe qu’elle les attendait. Harry tressaillit en la voyant et entra dans l’appartement en la suivant des yeux. Elle avait parfaitement réussi son sortilège de coiffure, c’était sûr. D’ailleurs il n’arrivait pas très bien à comprendre exactement d’où partaient les tresses, comment elles rejoignaient le chignon ni d’où venaient les mèches qui lui retombaient sur l’épaule mais en tout cas, c’était joli. Plus que ça, en fait. Et puis il y avait le reste. Dahlia avait mis une robe noire qui épousait les formes de son corps et un collant noir des plus sobres. Cela rappela à Harry que le noir avait toujours été la couleur favorite de Malefoy, autrefois et qu’elle lui allait particulièrement bien. Peut-être parce qu’elle faisait ressortir l’éclat de ses cheveux.

Dahlia leur montra le canapé d’un geste autoritaire.

- Asseyez-vous, ordonna-t-elle.

Harry et Hermione s’assirent docilement et elle se planta devant eux. Elle était plus grande que d’habitude, parce qu’elle portait des chaussures noires à talons qu’elle ne devait sortir que pour les occasions de ce genre. Harry leva les yeux vers elle, attendit, la trouva belle et vaguement impressionnante.

- Bon, je vous ai invités ce soir mais j’avoue que je ne sais pas trop si c’était une bonne idée ou pas…

- Pourquoi ? s’étonna Hermione.

- Ecoutez… je vous l’ai dit, mes amis sont importants pour moi, ils sont ma famille.

- Nous avons bien compris, la rassura Hermione.

- Oui mais donc, je ne veux aucun commentaire maladroit ou désobligeant, je ne veux pas d’insulte involontaire. C’est un bar trans, nous sommes dans un endroit sûr où nous pouvons être nous-mêmes, il est hors de question qu’ils aient à subir des remarques déplacées.

- Evidemment, nous ne sommes pas idiots, rétorqua Hermione.

- Ce n’est pas vraiment toi qui m’inquiètes, à vrai dire.

Dahlia se tourna vers Harry et le regarda de haut, littéralement. Harry se sentit misérable et rougit un peu.

- Le genre de remarques que tu as faites la première fois qu’on s’est revu, tu les gardes pour toi.

- Je… c’était différent, je te connaissais, je ne dirais jamais ça à des inconnus. Et puis j’ai bien compris, je ne le referai plus.

- Je compte sur toi. Parce que si tu fais ça, je te dégage. Je suis sérieuse. Toutes les personnes que vous allez rencontrer ont déjà eu à subir des agressions en tout genre dans leur vie et je ne tolérerais pas que mes amis en rajoutent.

Elle avait appuyé sur le mot amis, pour rappeler que c’était moyennement vrai et qu’elle ne leur pardonnerait rien. Harry eut nettement l’impression d’être un enfant qui se faisait remonter les bretelles et il se dit qu’il avait déjà de la chance qu’elle ne l’ait pas fait plus tôt. Ce qu’elle avait accepté qu’il lui fasse, elle ne l’accepterait pas pour les autres et il le comprenait bien.


- C’est bon Dahlia, dit Harry en évitant son regard. J’ai compris.

- Très bien. Maintenant je vais… Merlin, je déteste faire ça, parce qu’on dirait des bêtes de foire mais je vais quand même vous dire deux ou trois mots sur eux, pour éviter les maladresses. Quoique, non, ça devrait être à eux de le dire s’ils veulent ou pas, je n’ai pas vraiment le droit de… Bon, tant pis, merde, j’ai trop peur que vous disiez n’importe quoi. Je la fais courte, soyez attentifs.

- On t’écoute, dit doucement Hermione.

- Alors, il y a Emily, je pense que vous avez compris. Ensuite il y a Jamal, c’est un homme trans, ça devrait aller. Pour les autres, je sais bien que c’est plus délicat à comprendre pour vous donc écoutez bien. Il y a Marilyn, c’est une femme. Elle ne fait pas de transition parce qu’elle n’en ressent pas le besoin, c’est son droit le plus stricte. Elle est à l’opposé de la définition que tu te fais d’une vraie femme, Potter, mais il va falloir t’y faire.

Harry lui lança un regard un peu froid et en même temps, il ne se sentit pas très à l’aise. Il n’était plus sûr que sa définition d’une vraie femme soit la même qu’au début.

- Bon, après, il y a Chris et Andrew. Ils ne sont pas transgenres, ils sont plutôt… non-binaires, vous voyez ?

Harry la fixa en se demandant de quoi elle parlait mais il ne fit aucune remarque.

- Andrew est plutôt gender fluid, il s’en fiche, il est à la fois un homme et une femme, il se moque du pronom qu’on utilise. Donc, vous pouvez dire « il » si vous voulez mais je pense que ce soir, vous aurez plutôt envie de dire « elle ».

Dahlia sourit devant l’air sidéré de Harry, un sourire moqueur et supérieur.

- Et Chris ? demanda Hermione.

- Chris est neutre, ni homme ni femme. Il ne genre pas ses comportements.

- Euh… murmura Harry. Mais donc il est quoi s’il n’est ni homme ni femme ?

Dahlia gonfla ses joues et soupira, comme si elle n’en avait pas la moindre idée puis elle écarta les mains d’un geste faussement hésitant.

- Je ne sais pas moi Potter, il est peut-être juste… lui-même.

Harry ne trouva rien à répondre à ça et dut s’en contenter. Hermione, elle, semblait méditer ce que Dahlia venait de dire.

- Tu dis qu’il est neutre mais tu dis « il ». Il n’y a pas de pronoms spécifiques pour ça ?

- Si mais Chris n’en utilise pas. On peut parler de lui au masculin, ce n’est pas grave, nous savons tous ce qu’il en est.

- Et par curiosité, pourquoi ne veut-il pas utiliser un pronom neutre ?

Dahlia sembla hésiter à répondre puis elle regarda Hermione avec un air triste.

- Parce que tu imagines un peu le courage qu’il faut pour reprendre chaque personne qui te genre au masculin et lui dire que non, il faut utiliser le neutre ? Moi encore, ça va, les gens me considèrent spontanément comme une femme maintenant mais Chris… Il faudrait le faire tout le temps. Certains ont le courage de le faire et je les admire. Chris ne l’a pas et personne ne peut le lui reprocher. Ça répond à ta question ?

- Oui…

- Bon, voilà… Ah oui, il y aura Ethan, le copain de Chris. Mais il est cisgenre donc rien à en dire. Des questions ?

- Non, murmura Harry du bout des lèvres.

- Parfait. Allons-y.

Dahlia attrapa son sac et ils la suivirent hors de l’appartement. Ils transplanèrent jusqu’à une rue de Hidden City, dans un coin qu’ils ne connaissaient pas. C’était une rue animée et bruyante, pleine de clubs et de cafés. Il y avait des drapeaux arc-en-ciel à peu près partout et Harry observa avec curiosité ce monde qui n’était pas le sien. Il était un peu plus nerveux à chaque pas, il devait bien l’admettre. Les explications de Dahlia le déstabilisaient. Il ne voulait pas la décevoir, il ferait un effort pour réfléchir à ce qu’il dirait mais tout de même, il se demandait bien à quoi pouvaient ressembler tous ces gens.

Dahlia s’arrêta devant un bar, leur adressa un sourire crispé, jeta un regard appuyé à Harry et ouvrit la porte. Elle avait l’air aussi nerveuse que lui, comme si elle avait peur qu’il fasse des bourdes. C’était presque humiliant mais d’un autre côté, il ne s’était pas illustré par sa délicatesse. Il la suivit entre les tables, Hermione derrière lui. Le bar était grand, bien éclairé et agréable. Il y avait une sorte de piste de danse, dans le fond, un grand comptoir et de la musique pas trop forte. Au moins, le cadre était chouette.

Il faillit rentrer dans Dahlia quand elle s’arrêta enfin devant une grande table et fit un signe en souriant.

- Bonsoir tout le monde, dit-elle.

Elle s’écarta un peu pour laisser Harry et Hermione s’approcher. Harry se trouva pathétique d’être aussi nerveux mais tout le monde se tourna vers lui pour les regarder et ça n’aida en rien.

- Ah, voilà donc enfin ces fameux amis d’Angleterre ! s’écria quelqu’un. Salut, bienvenue !

Harry salua. Ils se levèrent, il fallut faire des accolades. Les Américains tenaient visiblement au contact beaucoup plus que les Anglais et Harry répondit maladroitement, du mieux qu’il put. Ils se présentèrent l’un après l’autre, souriants et accueillants.

Jamal était un afro-américain qui devait avoir leur âge, à peu près. Il avait des cheveux courts soigneusement dessinés et une barbe tout aussi soignée, bien plus que celle de Harry qui ne se rasait plus depuis quelques temps. Il se fit la réflexion qu’il serait d’ailleurs temps d’y remédier. Ce fut la seule personne à qui Harry serra la main, entre hommes. C’était à la fois absurde et réconfortant.

Harry arriva ensuite devant une femme grande, aux cheveux d’un noir profond, qu’il avait déjà vue. C’était Emily, la propriétaire de la librairie. Elle posa sur lui des yeux sombres, intelligents et scrutateurs.

- Bonsoir Harry, dit-elle.

Il eut la conviction immédiate que cette femme ne l’aimait pas. Il ne savait pas pourquoi mais il était évident qu’elle savait qui il était et qu’il ne lui inspirait pas grand-chose de positif. Avec un peu d’embarras, il se dit qu’il l’avait peut-être rêvé et il se tourna vers la personne suivante. C’était assurément l’une des personnes les plus séduisantes que Harry ait jamais rencontrées, sans doute à cause des traits fins et symétriques de son visage. Elle avait des cheveux rouge foncé qui lui tombaient en cascade sur l’épaule, dans une coiffure qui rivalisait avec celle de Dahlia. Elle portait des perles à chaque oreille et s’était soigneusement maquillée. Harry réalisa que Dahlia ne se maquillait pas. Il se dégageait de cette personne quelque chose de vaguement snob et princier, mais de pas méprisant pour autant. Harry n’aurait trop su l’expliquer mais les perles semblaient chères, tout comme le costume sur mesure élégant qu’elle portait.

- Je suis Andrew, dit-elle en souriant.

- Euh bonsoir, Harry.

Il eut droit à son accolade, se sentit étrangement petit, pauvre et inférieur et refoula cette sensation. C’était agaçant de vivre avec un tel complexe d’infériorité, il s’exaspérait lui-même. Il avait beau être Harry Potter, tous les gens qu’il rencontrait avaient toujours l’air bien mieux que lui. Surtout les gens que Dahlia aimait, bizarrement.

Il fut presque content de s’éloigner d’Andrew et de dire bonjour à la personne suivante.

- Salut, Marilyn.

Harry répondit à la salutation en souriant. Marilyn avait des cheveux roux foncé qui lui arrivaient en bas des joues et une frange bien dessinée. Elle avait maquillé ses yeux avec du khôl très noir, ce qui lui donnait un air à la fois sombre et impressionnant. Harry remarqua l’anneau doré qu’elle portait à la narine, trouva cela joli. Elle avait des tatouages sur les bras mais il n’eut pas le temps de regarder ce que c’était. Il fut harponné par Chris qui l’accueillit avec un sourire calme et intelligent.

- Heureusement que nous ne sommes que six, dit-il en donnant une tape dans le dos de Harry. C’est interminable ce genre de salutation.

Harry rit et se détendit.

- Oui, en général je me contente d’un geste de la main collectif, avoua-t-il.

- Tu m’étonnes.

Chris avait des cheveux très bouclés qui lui faisaient une sorte d’auréole châtain autour de la tête. Il semblait plus âgé, surement la trentaine, et il portait une robe de sorcier traditionnelle, grise et quelconque. Il avait de petits écarteurs noirs aux oreilles, qui lui allaient plutôt bien et des lunettes élégantes sur le nez. A côté de lui, l’homme qui devait être son copain se leva et fit une accolade à Harry pour lui dire bonjour. C’était donc Ethan.

Maintenant qu’il avait fait le tour, Harry put aller s’asseoir aux places libres. Il se retrouva entre Hermione et Chris, face à Dahlia et Emily. Il se sentait un peu moins nerveux, maintenant qu’il les avait rencontrés en vrai et il apprécia le verre d’alcool que quelqu’un lui servit.

- Alors, vous vous êtes croisés par hasard dans le centre ? demanda Marilyn. C’est un sacré hasard !

Elle avait une voix grave qui déstabilisa Harry une seconde mais il se reprit. Hermione raconta que oui, c’était vraiment drôle de s’être croisés comme ça à l’autre bout du monde.

- Et donc, vous êtes Aurors c’est ça ? demanda Chris. Vous êtes là pour une enquête ?

Sujet que Harry maitrisait ; il répondit donc de bonne grâce. Il leur épargna les détails de l’affaire, personne n’avait très envie d’entendre parler de viol à une soirée d’anniversaire. Il raconta toutefois qu’ils pensaient devoir abandonner quand ils avaient appris que leur suspect était sans doute parti à New York. Hermione et lui avaient été envoyés ici pour collaborer sur l’enquête.

- Ils travaillent avec Bernard, dit Dahlia.

Tout le monde eut une expression dégoûtée autour de la table. Visiblement, elle leur avait raconté comment il la traitait.

- Au fait, Will te souhaite un joyeux anniversaire, dit Harry d’une voix nonchalante.

Dahlia le fixa à travers la table, ignora le sourire ironique d’Andrew et but une gorgée d’alcool.

- Merci.

- Toujours aussi dingue de toi, le pauvre, commenta Andrew.

- Arrête.

Elle n’était pas très à l’aise à l’idée de parler de Will devant Harry et Hermione. Heureusement, Andrew n’insista pas, elle avait dû le sentir.

- Et vous alors, qu’est-ce que vous faites ? demanda Hermione. Désolée, ça fait un peu tour de table… Toi tu travailles avec Dahlia, donc, c’est ta librairie.

- Oui, je suis sa patronne, répondit Emily en souriant.

- Une patronne bien sympa qui la laisse aller jouer aux aventurières avec les Aurors dès qu’ils ont besoin d’elle, fit remarquer Jamal en souriant à son tour.

Dahlia releva vivement les yeux vers Harry et ils se regardèrent une seconde. Il devina que ses amis ne savaient pas pour le chantage, pour son passé, pour le fait qu’elle n’aimait pas collaborer avec les Aurors. Elle l’avait dit, seule Emily savait tout.

- C’est vrai que je suis arrangeante, admit Emily.

- Dahlia nous a bien aidés sur cette enquête, assura Hermione.

- Tu parles, je n’ai presque rien fait…

Un par un, au milieu des digressions perpétuelles, ils se présentèrent. Jamal travaillait dans une agence de colis-hiboux, à l’extérieur de New York.

- C’est un boulot plutôt chiant, je n’ai pas grand-chose à en dire.

Chris éclata de rire.

- Ne dis pas ça comme ça, c’est très bien comme travail !

- Oui mais je veux dire, c’est moins palpitant que d’être Auror.

Chris haussa les épaules et Marilyn se lança, l’air pas très motivée.

- Moi je suis au chômage, j’ai été virée, à cause de… eh bien…

Elle montra son visage avec un geste exaspéré. Harry devina que ça devait être plutôt récent, on pouvait encore sentir le sentiment de hargne et d’injustice qui l’habitait.

- Désolée, dit Hermione.

- Au moins, je vais pouvoir réfléchir à ce que j’ai vraiment envie de faire.

- Et c’est ? demanda Andrew avec perplexité.

- J’ai toujours été intéressée par les créatures magiques.

- Tu t’es renseignée sur la formation dont je t’ai parlé ? intervint Chris.

- Oui, ça n’a pas l’air mal. Je pourrais commencer en septembre.

Ils furent tous heureux que Marilyn ait des projets. Andrew ne put s’empêcher de faire quelques plaisanteries sur le fait que Marilyn préférait les animaux aux humains et elle lui lança plusieurs regards noirs. De toute évidence, Andrew aimait blaguer et faire l’intéressante, remarqua Harry. Et Dahlia riait toujours à ses blagues. Il y avait beaucoup de regards complices entre elles, plus qu’avec les autres. Harry se dit qu’elle devait être l’amie qu’elle préférait, après Emily.

- Et toi ? demanda-t-il à Andrew.

- Oh, moi je ne fais rien. Je suis une riche rentière oisive qui habite dans le château de ses parents.

Harry se demanda si c’était sérieux ou non mais à voir l’expression mi amusée mi condescendante des autres, il devina que c’était vrai. Et ça confirmait la première impression qu’il avait eue.

- Ah, je comprends pourquoi vous vous entendez aussi bien alors, dit Harry à Dahlia en souriant avec ironie.

Ils se tournèrent tous vers Harry, interrogateurs. Emily leva imperceptiblement les yeux au ciel et Dahlia rougit.

- Quoi ? Tu ne leur as pas parlé du manoir de tes parents, du parc avec les buis taillés, des paons blancs et des fontaines ?

- Ça va Potter, on a compris, coupa sèchement Dahlia.

Harry lui sourit. Il n’avait pas trop de scrupules à avoir laissé passer cette information, ce n’était pas dangereux.

- Ah ouais… souffla Marilyn. J’ai toujours trouvé que tu avais un côté un peu princesse mais je pensais que c’était à cause de l’accent british. En fait non, c’est plus que ça.

- Je n’ai pas de côté princesse, rétorqua Dahlia.

- Euh si, clairement.

- Ah… soupira Andrew avec délice. Quelle bonne idée de les inviter, ils vont nous apprendre plein de choses sur toi qu’on ignore !

- Pas trop quand même, dit Emily en regardant Harry.

Il y avait presque une menace dans son regard et il resta muet. C’était officiel, Emily ne l’aimait pas.

- Tu ne travailles pas mais tu dois bien faire quelque chose pour t’occuper, non ? demanda Hermione à Andrew.

- Oui, j’ai un passe-temps que je fais à mes heures perdues…

- Arrête un peu, coupa Jamal. Tu es très douée et tu le sais très bien. Tu pourrais en faire ton métier si tu le voulais.

Andrew parut sincèrement touchée par le compliment et sourit à Jamal.

- Je fabrique des bijoux, expliqua-t-elle à Hermione. J’ai fait le bracelet de Dahlia, par exemple.

- Ah vraiment ? Il est joli, Jamal a raison, tu as l’air douée.

Harry regarda le bracelet de Dahlia qui entourait délicatement son poignet. Elle le mettait tous les jours visiblement, elle devait vraiment y tenir. Il faisait presque partie d’elle, d’une certaine manière. Harry savait qu’il se souviendrait de se détail.

- Et tu ne voudrais pas en faire un métier alors ? demanda Hermione.

- Je ne sais pas, avoua Andrew. Je suis bien trop fainéante pour ça !

- Tu n’es pas du tout fainéante, souffla Marilyn.

Andrew ébaucha un léger sourire mais ne répondit pas. Elle se tourna vers Chris, pour reporter l’attention sur lui et lui faire signe de prendre la parole. Chris le comprit parfaitement et il expliqua posément qu’il était professeur de comptabilité sorcière. Il était venu directement après le travail, il avait failli être en retard.

- C’est donc pour ça que tu portes cette triste robe traditionnelle, commenta Marilyn en souriant.

- Oui, d’ailleurs je meurs de chaud.

Il retira sa robe de sorcier grise et se retrouva en bras chemise, une chemise rouge à carreaux aux allures bûcheronnes. Harry estima que ça lui allait mieux que l’uniforme des professeurs. Hermione parut très intéressée par le métier de Chris et Harry l’envia d’être aussi à l’aise avec des gens qu’elle ne connaissait pas. Ce n’était pas son cas, c’était le moins qu’on puisse dire.

- Et ça te plait d’enseigner ? J’ai longtemps hésité à choisir cette voie.

- Ah bon ? demanda Harry, stupéfait.

Hermione lui lança un regard qui signifiait que ce n’était pas le moment de discuter de ça.

- Oui, j’adore, répondit Chris. Bon, d’accord, la comptabilité n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus enthousiasmant à enseigner mais ça me plait parce que je prépare mes étudiants à gérer leur vie d’adulte, à gérer leur entreprise, à débarquer dans le monde en étant plus armé qu’avant.

- Je comprends ! Et toi ?

La question s’adressait à Ethan. Il sourit largement et reposa son verre sur la table.

- Eh bien, je suis un sorcier-comptable, dit-il. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés, Chris était mon professeur.

- Vraiment ? s’étonna Harry. Pourtant tu n’as pas l’air tellement plus jeune que lui…

- Je suis plus âgé que lui, répondit Ethan. Je travaillais au MACUSA avant, j’étais un genre de secrétaire. Mais je n’aimais pas et quand ma sœur a voulu ouvrir sa boutique d’accessoires de potions, j’ai décidé de démissionner et de venir travailler avec elle. J’ai donc pris des cours de comptabilité avec Chris et voilà.

- Pas que des cours de compta… fit remarquer Andrew en souriant malicieusement.

- Non, j’avoue, admit Ethan avec le même sourire.

- Vous êtes ensemble depuis longtemps ? demanda Hermione.

- Trois ans.

- Et alors, votre nouvelle maison ? demanda Jamal.

Ethan et Chris s’étaient acheté une petite maison à Hidden City, ce qui les changeait de leur minuscule appartement d’avant. Leurs amis étaient venus les aider à déménager, samedi dernier.

- Enfin, sauf Dahlia qui était à la librairie et qui s’est donc pointée après la fermeture, quand nous avions déjà tout terminé, ironisa Ethan.

- Je suis arrivée pile à l’heure pour la bière, rétorqua-t-elle.

- Je ne pouvais pas fermer la librairie un samedi, c’est la journée où nous faisons le plus gros chiffre, dit Emily.

- Je sais, ce n’était pas un vrai reproche.

Ils discutèrent de la maison d’Ethan et Chris qui allaient devoir s’occuper de la décoration des pièces principales. Ils n’avaient pas de jardin, ça ne les dérangeait pas, aucun d’eux n’avait la main verte. Ils parlèrent du père de Jamal qui avait été malade et qui allait mieux, heureusement. Jamal jouait dans un club de Quidditch amateur, avec ses amis du lycée, il avait un match le weekend prochain. Harry fut heureux de découvrir à quoi ressemblait les championnats de Quidditch ici, aux Etats-Unis et eut une conversation animée avec Jamal.

En même temps, ils avaient commandé à manger et la table s’était recouverte de chips aux nombreux parfums différents, de toasts et de morceaux de fromages. Ils piochaient dedans en discutant joyeusement, finissaient leur deuxième bouteille de la soirée, entamaient la troisième. Harry se sentait beaucoup mieux qu’au début et il était bien plus détendu. Il y avait cependant quelque chose qui le perturbait un peu mais il mit plus d’une heure à l’identifier. Quand il le fit, il se sentit stupide.

A cause des explications de Dahlia et à cause de son ignorance, ils s’étaient imaginé des choses absurdes. Il avait imaginé des gens bizarres et différents, forcément atypiques et en marge de la société, des espèces d’artistes incompris aux métiers étranges. Il n’en était rien. Ils étaient normaux et banals, ils étaient professeurs, comptables, libraires et employés de poste. Ils parlaient de leur couple, de leurs maisons, de leur travail, de leur famille et de leurs passe-temps. Ils étaient comme tout le monde et Harry se sentit complètement idiot d’avoir cru autre chose.

Ce que Harry aimait, en revanche, c’était l’ambiance qui se dégageait de ce groupe. La communauté sorcière anglaise était encore très conservatrice et coincée, comme l’avait souligné Dahlia. Le monde des Aurors dans lequel Harry baignait l’était tout autant. Il adorait la famille Weasley mais Molly grognait quand Bill se laissait un peu pousser les cheveux et ils se mariaient tous à l’arrivée de la vingtaine. C’était donc assez plaisant de se retrouver avec des gens un peu différents, des gens qui avaient des tatouages sur les bras, des anneaux à la narine, des cheveux rouges et des discours moins conventionnels. Harry aimait cela. En fait, ça lui plaisait bien de regarder Andrew et sa coiffure sophistiquée. Même Marilyn, finalement, ne perturbait pas Harry tant que ça. Il y avait une légèreté ici que Harry n’avait jamais rencontrée ailleurs et qui lui faisait du bien. Il comprenait parfaitement ce que Dahlia leur trouvait. Après dix-neuf ans à vivre dans le manoir Malefoy, rencontrer ces gens avait dû être une bouffée d’air frais pour elle, un shoot d’oxygène, peut-être même plus que ça.

On leur posa des questions sur Dahlia et leurs années à Poudlard. Prudemment, Hermione et Harry expliquèrent qu’ils n’étaient pas vraiment amis à l’époque, qu’ils étaient dans des maisons différentes. Ils eurent droit à une présentation en bonne et due forme des maisons d’Ilvermorny et de la cérémonie de répartition. C’était bien plus impressionnant que leur vieux Choixpeau parlant. A Ilvermorny, les statues représentant les symboles des maisons, à l’entrée de l’école, s’animaient pour choisir leurs élèves.

- Chez nous, il n’y a pas de maison mal vue ou discriminée comme chez vous, fit remarquer Chris. Elles ont toutes une qualité particulière, elles représentent aussi les différentes parties du sorcier, l’esprit, le cœur, l’âme et le corps.

- C’est complètement absurde de séparer ces choses-là, rétorqua Emily.

- Oui, admit Chris. Mais bon, c’est symbolique.

- Franchement, elles sont toutes bien sauf la dernière. La maison du Womatou, qui représente le corps… la maison des guerriers. Ça ne veut pas dire grand-chose à notre époque. Guerriers de quoi ?

- Potter aurait été dans cette maison, à coup sûr, rétorqua Dahlia avec un sourire moqueur.

- Non, répliqua Hermione. Je l’imagine plutôt dans la maison de l’Oiseau-Tonnerre, celle de l’âme et des aventuriers.

- Aventuriers, guerriers, c’est un peu pareil, commenta Jamal.

- Non, les aventuriers sont courageux et curieux, les guerriers sont des grosses brutes qui ne pensent qu’à se battre et baiser, expliqua Andrew.

- Rappelle-moi dans quelle maison tu étais déjà ? ironisa Marilyn.

- Chez les Womatou, dit Andrew en souriant largement. Comme je l’ai dit, on ne pense qu’à se battre et à baiser. Plutôt le deuxième dans mon cas…

Marilyn lui jeta un regard blasé.

- Je croyais qu’aucune maison n’était mal vue, souffla Hermione en souriant.

- J’étais peut-être un peu optimiste, admit Chris.

Ils débattirent des maisons encore un instant, essayant de déterminer où ils seraient allés s’ils avaient été élèves à Poudlard. Pour Chris, Ethan et Emily, tout ceci remontait à loin et ils en parlaient avec une certaine condescendance d’adultes désabusés, l’air de dire que c’était quand même ridicule de classer les enfants de cette manière. Pour les autres, en revanche, c’était encore récent et bien vivace. Surtout pour Marilyn qui était la plus jeune du groupe et qui n’avait que vingt ans.

Régulièrement, Harry regardait Dahlia, assise face à lui. Elle était différente ici, elle souriait beaucoup plus, elle parlait plus, elle riait plus. Il ne l’avait jamais vue comme ça à vrai dire, c’était encore un nouvel aspect d’elle qu’il découvrait. Et il l’aimait bien. Elle était jolie quand elle riait, il n’y avait plus de haine, de froideur ou de mépris dans son regard, elle semblait simplement heureuse. Ses yeux gris brillaient différemment, ses lèvres souriaient différemment. Il savait qu’il n’aurait jamais dû penser cela mais Harry se sentait un peu jaloux. Jaloux qu’elle ait réussi à se créer un bonheur comme celui-là alors que lui n’y arrivait pas du tout. C’était désespérant. Ce qui le rendait jaloux, aussi, c’était de voir qu’elle était aussi heureuse avec tous ces gens alors qu’elle ne l’était pas avec lui. Il la connaissait depuis longtemps, il connaissait des choses qu’eux ne savaient pas, des choses que même Emily devait ignorer. Et pourtant, il restait Potter, le héros manqué qu’elle avait méprisé toute sa vie. Peut-être était-ce pour cela qu’Emily ne l’aimait pas, Dahlia avait dû le décrire comme quelqu’un d’égocentrique, de déséquilibré et de pleurnichard qui passait son temps à faire l’intéressant pour obtenir tous les regards. Pas étonnant qu’Emily n’ait pas un bon a priori à son égard…

A la fin de la troisième bouteille de vin, une serveuse apporta le gâteau qu’ils avaient commandé. Ils chantèrent tous un joyeux anniversaire à Dahlia, l’applaudirent quand elle souffla ses bougies, les jours rosées et un grand sourire aux lèvres. Ils lui offrirent les cadeaux qu’ils avaient apportés pour elle. Elle reçut une plante, pour remplacer celle qu’elle avait apparemment eue et qui était morte, une place de premier choix pour le prochain match de Quidditch de son club préféré (qu’elle irait voir avec Jamal, évidemment), une boite de ses macarons préférés, une bague réalisée par Andrew.

- C’était ce que tu voulais ? demanda Andrew.

- Oui, c’est exactement ça, sourit Dahlia en la mettant à son doigt.

C’était une bague fine et délicate, en argent, surmontée d’une petite pierre verte. C’était joli au doigt de Dahlia. Harry l’observa un instant, laissa son regard remonter sur le bras de Dahlia, sur le tatouage de fleurs qu’elle avait et que, décidément, il aimait bien. Il finit par détourner le regard et heurta celui d’Emily qui le fixait sans rien dire, de l’autre côté de la table. Il se sentit coupable, ne sut pas exactement de quoi et baissa la tête.

Hermione s’excusa, ils n’avaient pas eu le temps d’aller acheter quelque chose pour elle. Les magasins étaient tous fermés quand ils rentraient du travail. Dahlia assura que ça ne faisait rien, ils étaient venus, c’était déjà gentil.

- Moi j’ai un cadeau pour toi, déclara Harry.

Hermione et Dahlia lui jetèrent un regard surpris mais il resta impassible.

- Enfin, si tu en as envie, précisa-t-il.

- C’est-à-dire ? demanda Dahlia.

- Un duel, avec moi, pour récupérer ce qui t’appartient. La récupérer dans les règles et pas en me cambriolant.

Dahlia n’eut pas l’air honteuse un seul instant mais elle hésita une seconde. Autour de la table, personne ne semblait comprendre de quoi ils parlaient mais tout le monde sentit la tension bizarre qui venait de s’installer. Ils avaient l’air de se demander ce que Harry avait voulu dire, exactement, par « en me cambriolant ».

- Oui, accepta enfin Dahlia. Faisons cela. Dehors, pas à l’intérieur.

- Evidemment.

Ils se levèrent en même temps, sous le regard perplexe des autres.

- Vous allez vraiment vous battre en duel ? demanda Chris, dubitatif.

- Oui, vraiment, assura Dahlia en souriant.

- Mais pourquoi ?

- Parce que la baguette que j’ai lui appartient, répondit Dahlia, le regard fixé sur Harry.

- Comment ça se fait que ta baguette lui appartienne ? demanda Marilyn, sidérée.

- C’est une longue histoire.

Ils durent s’en contenter mais il était évident que la longue histoire en question les intriguait. Ils sortirent tous du bar, pour regarder. La nuit commençait à tomber mais on voyait encore assez pour faire un duel. Amusé, Harry donna sa baguette à Hermione et tendit la main vers Dahlia. De mauvaise grâce, elle lui confia sa baguette, pour la dernière fois.

- Et elle va se battre avec quoi si tu prends sa baguette ? s’étonna Jamal.

- Avec ce qu’elle veut, répondit Harry en haussant les épaules.

Dahlia eut une nouvelle hésitation puis se tourna vers Emily. La sorcière lui tendit sa propre baguette et Dahlia vint se poster face à Harry.

- N’essaie pas de faire le malin, Auror Potter, ordonna Dahlia. Tu te bats plus souvent que moi et je n’ai pas ma baguette. Je ne pourrai jamais gagner un véritable duel.

- Je sais bien, assura Harry, que cette idée séduisait un peu. Quant à toi, Malefoy, ne me jette pas de serpent…

- Ne me découpe pas vivante, répliqua Dahlia.

- Tu gagnes.

- Comme toujours, susurra Dahlia en souriant.

Les amis de Dahlia écoutaient le dialogue avec effarement, se demandant de quoi ils pouvaient bien parler. Hermione et Emily, elles, restaient immobiles et attentives sur le côté. Sans attendre plus longtemps, Dahlia leva la baguette et la braqua vers Harry. Quand il la regarda faire, il ne put empêcher son esprit de revenir en arrière, à un moment auquel il n’avait pas pensé depuis longtemps. Il n’était pas sûr de savoir pourquoi ce fut ce souvenir qui lui revint en mémoire et pas un autre mais il repensa à ce soir tragique, en haut de la tour d’astronomie. Quand Dahlia s’était tenue devant Dumbledore et l’avait menacé de sa baguette. Harry n’y avait pas vraiment songé auparavant, il n’avait vu que la perfidie de Drago, il ne ressentait que de la haine. Aujourd’hui, il se fit la réflexion que cela avait dû lui coûter terriblement, de monter toutes les marches une par une pour venir là, devant l’un des sorciers les plus puissants du monde. Que croyait-elle ? Pensait-elle vraiment qu’elle serait capable de le tuer ? Non, de toute évidence, elle n’avait pas dû y croire une seule seconde. Alors quoi ? Qu’avait-elle espéré en montant en haut de la tour ? Harry fixa Dahlia, debout face à lui, dans la même position. Objectivement, il avait dû lui falloir au moins autant de courage pour venir affronter Dumbledore qu’il n’en avait fallu à Harry pour venir affronter Voldemort dans la forêt interdite. Dans les deux cas, ils devaient tous les deux savoir que seule la mort les attendrait à la fin.

Et puis la suite, Rogue tuant Dumbledore d’un seul geste, sans hésiter, faisant basculer la vie de Harry dans quelque chose de terrifiant. Dumbledore avait laissé Rogue le faire, c’était à lui qu’il voulait confier sa baguette, à lui et à lui seul. Ça avait loupé cependant. C’était pareil aujourd’hui, Harry allait laisser Dahlia le désarmer et récupérer sa baguette. Et il ne louperait pas. Il lui devait bien cela.

Dahlia ne prononça pas le sortilège, elle n’en avait pas besoin. Harry regarda l’éclair rouge et brillant atteindre sa main, il sentit la baguette lui échapper et s’envoler vers son adversaire, sans rien faire pour la retenir. A quelques mètres de lui, Dahlia attrapa sa baguette et la serra dans sa main avec jubilation. Voilà, songea Harry, il venait de rompre le seul lien qu’il avait avec elle.

- Alors, est-ce que tu sens la différence ? demanda-t-il en s’approchant d’elle.

- Oui, assura Dahlia en souriant. C’est comme la première fois, quand je l’ai tenue chez Ollivander.

- Tant mieux.

- Merci, dit Dahlia en se tournant vers lui.

- De… de rien.

Ils rentrèrent dans le bar et dégustèrent le gâteau. Harry devinait qu’ils avaient envie de poser des questions sur cette histoire de baguette mais qu’ils étaient trop subtils pour ne pas comprendre que c’était un sujet délicat. Même s’ils avaient plaisanté à l’idée que Harry et Hermione leur apprennent des choses sur Dahlia, même ils avaient posé quelques questions sur leurs années d’école, ils savaient plus que quiconque que le passé pouvait blesser et qu’il ne fallait pas forcer quelqu’un à en parler.

- Au fait, c’est nouveau le rouge, commenta Emily en regardant Andrew. Ça te va bien.

- Oui j’avais envie de tester, répondit Andrew en jouant avec une mèche de cheveux. Merci.

- Je me demande si je ne préférais pas l’argenté, dit Marilyn. Mais le rouge c’est bien aussi. Ce sont clairement les deux couleurs qui te vont le mieux.

- Tu veux dire cette couleur-là ? dit Andrew.

Ces cheveux prirent aussitôt une teinte argentée comme la lune et scintillèrent à la lumière des néons du bar. C’était joli, un peu onirique et féérique.

- Oui, celle-là, confirma Marilyn.

Les cheveux d’Andrew redevinrent rouge foncé et Hermione sourit.

- Tu es métamorphomage, constata-t-elle.

- Oui, avoua Andrew en souriant.

Harry, qui écoutait un peu distraitement, sursauta et se tourna vivement vers Andrew.

- Tu es métamorphomage ? s’écria-t-il. Alors, tu veux bien me dire… A quel âge est-ce que vous maitrisez votre pouvoir exactement ? J’ai l’impression qu’au début c’est un peu aléatoire et incontrôlable.

- Euh… dit Andrew, surprise de susciter autant de curiosité. Je crois que c’était vers cinq ou six ans. Je parvenais à éviter que ça arrive dans des moments fâcheux. Par contre, pour la véritable maitrise de mes pouvoirs, pour réussir à modifier vraiment mon corps comme je le veux, ça a mis plus de temps. A dix ans je n’y arrivais pas encore complètement.

- D’accord, je vois. Mon filleul est métamorphomage aussi, comme sa mère. Il lui arrive souvent de changer la couleur de ses cheveux ou de ses yeux mais sans le faire exprès. Je voulais donc savoir à partir de quand nous pourrions travailler ça.

- Tu as un filleul ? demanda Dahlia en regardant Harry avec stupeur.

Il se tourna vers elle, un peu tendu.

- Oui, le fils de ta cousine.

- Le fils du loup-garou ! s’écria Dahlia, surprise. C’est ton filleul ?

Marilyn jeta un coup d’œil désapprobateur à Dahlia.

- Le fils du loup-garou ? Répéta-t-elle.

- Euh… balbutia Dahlia en rougissant. Je veux dire, le fils de Lupin. Je ne savais pas que… c’était ton filleul.

- Le mieux serait de demander à sa mère, coupa Andrew pour dissiper le léger malaise qui s’était installé. En général, on a les mêmes caractéristiques que ses parents. Il faudrait voir à quel âge sa mère a réussi à contrôler ses pouvoirs.

Harry, Hermione et Dahlia regardèrent rapidement Andrew et détournèrent la tête, gênés. Dahlia pâlit un peu et but une gorgée d’alcool, laissant Harry répondre pour eux.

- Ses parents sont morts pendant… vous savez, la guerre. Il vit chez sa grand-mère, la… la tante de Dahlia.

- Désolée, dit Andrew. C’est vrai qu’on ne connait pas grand-chose de la guerre qui s’est passée en Angleterre.

- Aucune importance, dit sèchement Dahlia. C’est fini depuis longtemps de toute façon.

Nouveau moment de malaise palpable. Hermione jouait avec son verre et Harry termina sa part de gâteau.

- Mais donc, tu es le parrain du fils de sa cousine, commenta Marilyn. Vous êtes un peu de la même famille alors, non ?

Dahlia recracha la moitié de ce qu’elle venait de boire, s’étouffa un instant et regarda Marilyn comme si elle était folle.

- Pas du tout, je n’ai rien à voir avec Potter !

- Et je n’ai rien à voir avec les Malefoy, merci bien.

Hermione lança à Harry un regard réprobateur mais il l’ignora complètement.

- Je pense qu’il est l’heure d’aller danser, déclara Ethan d’un ton joyeux. Tu viens ?

Il tendit la main à Chris qui le suivit sans hésiter. Tout le monde leur fut reconnaissant de faire diversion et de mettre un terme à l’échange étrange qui venait de se passer. Hermione avait un peu trop bu et elle alla danser avec enthousiasme, à côté d’Andrew. Dahlia annonça qu’elle allait chercher une autre bouteille et partit avec Marilyn. Jamal rejoignit Hermione sur la piste de danse, non sans avoir proposé à Harry de l’accompagner.

- Euh, peut-être plus tard, refusa Harry. Je ne sais pas danser, je suis nul.

- Personne ne sait danser, le rassura Jamal.

Harry jeta un coup d’œil à Andrew et constata que Jamal avait franchement tort. Ce dernier n’insista pas et s’en alla à travers les tables pour rejoindre les danseurs. Harry se retrouva seul avec Emily et, d’une certaine façon, il eut l’intuition que c’était fait exprès. Il la regarda à travers la table, mal à l’aise.

- Euh… commença-t-il, bégayant.

- C’était gentil de lui rendre sa baguette, dit Emily.

Elle avait une façon de parler calme, grave et autoritaire qui impressionnait Harry. Il songea qu’elle avait dû faire autre chose, avant d’être libraire, qu’elle avait certainement eu un poste à responsabilité. Elle semblait bien plus faite pour diriger un groupe que pour vendre des livres.

- Oui, il fallait bien régler ça, répondit Harry.

Emily hocha la tête, termina son verre de Whisky Pur Feu et le reposa sur la table.

- Tu ne m’aimes pas, fit remarquer Harry.

- C’est légèrement plus compliqué que ça, répondit Emily sans montrer la moindre gêne.

- Tu me connaissais avant, n’est-ce pas ? Elle t’a parlé de moi ?

- Oui.

- Elle… ça ne devait pas être très flatteur.

Emily fit une moue vague qui confirma les soupçons de Harry.

- Est-ce qu’elle me déteste encore ? demanda sincèrement Harry.

Les yeux sombres d’Emily s’accrochèrent à ceux de Harry et le fixèrent quelques secondes. Elle finit par tourner la tête et chercher Dahlia du regard. Elle la trouva au comptoir, avec Marilyn et revint vers Harry. Elle se leva légèrement et glissa sur la chaise voisine, celle qui faisait face à Harry. Là, elle se pencha vers lui et Harry attendit, tendu.

- Dahlia est ma meilleure amie, dit-elle à voix basse.

Harry dut tendre l’oreille pour entendre malgré la musique et les bruits du bar.

- Je sais, répondit-il, se demandant où elle voulait en venir.

- Je vais la trahir mais tant pis, j’en prends la responsabilité.

- Quoi ?

- Elle ne te déteste pas, mon pauvre, elle est complètement folle de toi. Depuis toujours, depuis que vous êtes gamins.

Harry écarquilla les yeux, sidéré. Avait-elle vraiment dit ce qu’elle venait de dire ? Avait-il bien entendu ? Il ouvrit la bouche pour répliquer mais elle le devança.

- Avant que tu essaies de me contredire, sache que je suis au courant de la relation que vous aviez à Poudlard. Je connais l’histoire de votre haine, de votre rivalité, je sais les insultes, sa cruauté, je sais tout cela. Tu vas me dire, comment pouvait-elle m’aimer en étant si méchante ? Eh bien c’est simple, on va dire que c’était une question de survie. Je pèse mes mots, oui. Imagine une seconde, Harry, rien qu’une seconde, la petite fille qu’elle était à l’époque, coincée dans une identité qui n’était pas la sienne, amoureuse d’un garçon qu’elle aurait dû détester. Que voulais-tu qu’elle fasse ? Qu’elle renie tout ce que ses parents lui avaient appris ? Quelle s’oppose à eux pour leur dire que le garçon qu’ils voulaient tuer, c’était justement celui qu’elle aimait ? Et quoi ? Au mieux, ils l’auraient prise pour un homosexuel et je ne suis pas sûre que ça aurait été très joli, au pire, elle aurait dû leur expliquer davantage. Elle aurait peut-être pu gérer différemment, je te l’accorde mais elle a fait ce qu’elle a pu. Te haïr, c’est ce qu’elle a trouvé de mieux pour ne pas sombrer complètement. Te haïr, c’était sa façon de survivre. Tu comprends ce que je veux dire ?

Harry resta pétrifié face à Emily, incapable de répondre. Il aurait aimé la contredire, prétendre qu’elle disait n’importe quoi et que c’était absurde. Car c’était absurde, non ? Mais il n’y arrivait pas parce qu’au fond de lui, il savait qu’elle disait la vérité. Pourquoi aurait-elle menti ? Accroché aux yeux d’Emily, Harry obtint la réponse à toutes ses questions, même à celles qu’il ne pensait même pas se poser. Il savait pourquoi Malefoy l’avait harcelé avec autant d’obstination pendant des années. Il savait pourquoi Malefoy ne l’avait pas dénoncé, quand les rafleurs l’avaient attrapé. Il savait pourquoi elle lui avait envoyé une lettre avant de disparaitre. Il savait pourquoi elle lui avait raconté sa vie si facilement depuis qu’ils s’étaient revus. Il savait pourquoi elle l’accompagnait chaque dimanche dans leurs promenades absurdes. Ça avait dû lui faire drôle de le revoir à New York, après toutes ces années. Comme un miracle ou un coup du destin. Elle avait eu l’occasion de lui raconter qui elle était, enfin, et elle avait saisi cette occasion de toute son âme.

- Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? demanda finalement Harry.

- Parce que tu es en train de foutre en l’air quatre ans de guérison. Je sais, tu n’y es pour rien, tu ne savais pas, tu n’as pas choisi de venir à New York et de tomber sur elle. Mais voilà, tu es là et tu la retrouves, tu lui balances à peu près toutes les pires choses qu’on puisse dire à une femme transgenre, tu lui dis qu’elle n’est pas une femme, que son corps te repousse. Tu ne l’as pas vue depuis quatre ans et la première chose que tu lui demandes c’est si elle a encore une queue. T’aurais pu t’arrêter là, ça l’avait déjà complètement anéantie. Mais tu as continué… Tu es devenu subitement gentil, tu t’es excusé, tu l’as emmenée se promener et manger une glace, tu l’as écoutée te raconter sa vie, tu t’es même mis à la comprendre, je crois. Tu abîmes et puis du répares, tu insultes puis tu consoles… tu ne t’en rends même pas compte. Et elle, qui était passée à autre chose, elle retombe amoureuse de toi, elle ne peut pas s’en empêcher. Et elle regarde les jours qui passent en sachant qu’à tout moment, tu vas repartir en Angleterre, disparaître de sa vie à nouveau et qu’elle va rester là. Elle va à nouveau devoir reprendre sa vie sans toi, t’oublier, se refaire une raison.

- Euh… je…

- Alors je te le demande sincèrement Harry, sois gentil avec elle, ne lui fais pas croire de choses inutiles, ne brise pas son cœur encore plus qu’il l’est déjà. Dis-lui au revoir gentiment, ne fais rien de stupide ou de superflu, ne pars pas sans dire adieu, ne… Bref, essaie de t’en aller en faisant le moins de dégâts possibles, si tu vois ce que je veux dire.

- Je vois…

- Elle a réussi à se faire une vie qui lui plait ici. Tout n’est pas parfait c’est sûr mais je pense qu’elle est aussi heureuse qu’elle peut l’être, elle a des amis, elle est acceptée pour ce qu’elle est. Ne bouleverse pas tout ça plus que nécessaire.


Emily était presque suppliante, elle semblait réellement s’inquiéter pour Dahlia et c’était pour cela que Harry ne lui en voulait pas pour tout ce qu’elle venait de dire. Il se sentait misérable, vide et triste, sans trop savoir pourquoi. Ou si, il savait pourquoi. « Je ne pourrais jamais coucher avec une femme qui a un pénis » lui avait-il balancé. Quel con. Combien de choses blessantes avait-il dites sans faire exprès ? Combien de fois lui avait-il fait mal sans le vouloir ? Harry s’était rarement senti aussi coupable de toute sa vie, ça lui coupait la respiration et ça lui donnait l’impression de suffoquer.

- Je… j’ai appris à l’apprécier, parvint-il à articuler. Je ne veux pas bouleverser sa vie, je n’ai jamais voulu ça.

- Je sais, admit Emily.

- Mais du coup, est-ce que…

Harry et Emily sursautèrent quand Dahlia arriva à la table, l’air un peu ivre mais joyeuse.

- De quoi parlez-vous ? demanda-t-elle d’un ton suspicieux.

- Euh… balbutia Harry avec le sentiment de se noyer.

- Il me racontait ce qu’il avait préféré à New York, répondit paisiblement Emily.

- Central Park, non ? suggéra Dahlia.

- Oui, avoua Harry.

- Tu viens danser avec moi ?

Harry se crispa et leva les yeux vers elle. Elle voulait qu’il vienne danser avec elle, évidemment, et maintenant Harry comprenait pourquoi. Il osa un regard vers Emily, hésitant. Elle resta impassible mais lui rendit son regard avec une certaine intensité, dans une demande muette de ne pas faire n’importe quoi. Harry se leva.

- D’accord mais je te préviens, je ne sais pas danser, je…

- Aucune importance Potter, il suffit de bouger.

Il la suivit entre les tables, jusqu’à la piste de danse. Tous les autres étaient là mais Jamal s’arrêta, essoufflé et rejoignit Emily à la table pour boire un peu d’eau. Harry fut bien obligé de se faire une place entre les danseurs, pas très loin d’Hermione qui riait avec Marilyn. A quelques mètres, Ethan tenait Chris contre lui et bougeait de façon un peu indécente. Harry n’aurait jamais osé faire ça en public.

Malgré ses efforts, il dut se tourner vers Dahlia, qui était face à lui et attendait qu’il danse avec elle. Il avait du mal à la regarder dans les yeux, maintenant qu’il savait. En plus, elle était plus grande que lui avec ses talons et ça rendait l’effort de lever la tête plus éprouvant encore. La musique s’arrêta et un nouveau morceau commença, changeant le rythme. Autour de Harry, tout le monde se remit à danser et il les imita, bougeant spontanément sans trop y faire attention. La seule chose qui l’intéressait vraiment, à cet instant précis, c’était Dahlia qui dansait face à lui. Il regarda ses cheveux bouger sur son épaule. Une mèche blonde collait à la peau moite de son cou et sa coiffure n’était plus aussi parfaite qu’au début. Il regarda la forme de ses seins à travers le tissu noir de sa robe. Il regarda sa robe bouger sur ses cuisses, au rythme de ses mouvements.

Dahlia l’aimait, elle l’aimait depuis toujours. Il ne savait pas exactement ce que cette révélation lui inspirait mais elle lui donnait chaud et elle faisait battre son cœur de façon anarchique. Elle voulait danser avec lui… Avait-elle envie de lui, là, maintenant ? S’il rapprochait son corps du sien, que se passerait-il ? Harry avait envie d’elle, lui et bien avant d’entendre les confessions d’Emily. Il avait envie de poser ses mains sur ses cuisses, de faire lentement remonter sa robe le long de sa jambe puis jusqu’à ses hanches. Il avait envie de la coller contre lui, de sentir son corps contre le sien. Il voulait lécher la sueur sur son cou, respirer le parfum de ses cheveux.

Dahlia se rapprocha de lui, en faisant semblant de rien, comme si elle bougeait simplement à cause de la danse. Elle était trop proche de lui maintenant, ça le rendait fébrile. Et puis elle avait baissé les yeux sur lui et elle le regardait. Elle ne laissait pas paraitre grand-chose, elle était trop forte à ça. Mais au fond de ses yeux gris, Harry devinait qu’elle n’était pas impassible du tout. Pour l’amour du ciel, que se passerait-il s’il l’embrassait ici et maintenant ? S’il caressait ses lèvres avec les siennes, puis caressait sa langue ? Harry se sentait bander, ça n’allait pas du tout. Il recula un peu pour s’éloigner d’elle, il avait peur que son érection devienne trop importante et se voie. Heureusement pour lui, le morceau de musique arriva à la fin et il s’éloigna davantage.

- Je crois que… commença-t-il.

- Il faut que j’aille aux toilettes, dit précipitamment Dahlia avant de s’en aller.

Il en fut lâchement soulagé. Il n’aimait pas danser de toute façon et il retourna vers la table. Quand il y arriva, il se figea un instant, pris d’une pensée des plus déstabilisantes. Elle n’était pas partie parce qu’elle avait envie d’aller aux toilettes, elle était partie parce qu’elle était dans le même état que lui et qu’elle voulait le cacher, elle aussi. Harry se tourna vers les toilettes. Il pourrait la rejoindre et… et quoi ? Qu’est-ce qu’il ferait ? Il se mettrait à genoux sur le carrelage et il la sucerait ? Harry rougit et il s’assit, désespéré par lui-même. Mais à quoi pensait-il par Merlin ? Emily venait juste de lui demander de ne pas faire n’importe quoi et voilà qu’il se mettait à envisager des choses complètement stupides. Il fallait qu’il se ressaisisse.

Harry remplit son verre, le but cul sec et regarda la piste de danse. Est-ce qu’elle était en train de se masturber aux toilettes ? Putain, il devenait fou. Que voulait-il, au fond ? Tout cela était ridicule, il allait repartir dans quelques jours à peine, Emily avait raison, il fallait qu’il parte sans faire trop de dégâts. Malefoy l’aimait depuis toujours et il n’y pouvait rien mais il pouvait au moins essayer d’être le plus respectueux possible. Malefoy l’aimait depuis toujours… Malefoy… Bordel, songea Harry avec détresse, mais c’était quand même Drago Malefoy, qu’est-ce qu’il foutait ? Drago, Dahlia, au fond, son prénom de changeait rien au cœur fondamental du problème. Ils s’étaient peut-être réconciliés mais ça n’effaçait pas tout. Et on parlait quand même de la personne qui l’avait traité comme de la merde pendant des années, qui avait combattu aux côtés de Voldemort, une personne que Harry avait considérée comme un garçon pendant des années. C’était… c’était délirant, Harry se sentait complètement perdu. Pour la première fois depuis des jours, il eut profondément envie de rentrer chez lui.

Dès qu’il le put, il attrapa Hermione et lui confia qu’il voulait partir. Il rappela aux autres qu’ils étaient tout de même Aurors, qu’ils étaient en pleine enquête et qu’ils travaillaient le lendemain. Ils ne pouvaient pas se permettre de boire trop ou de rentrer au petit matin. Tout le monde le comprit bien, Dahlia n’eut aucune réaction particulière et Emily dit quelque chose comme « Bien sûr, vous avez raison, il vaut mieux rentrer tôt ». Harry fit semblant de ne pas comprendre qu’elle était bien contente qu’il s’en aille et il transplana à l’hôtel avec Hermione. Il n’était même pas encore minuit, ils auraient pu rester encore un peu mais tant pis, mieux valait fuir avant que ça devienne n’importe quoi.

- Ça va ? demanda Hermione en l’observant dans l’ascenseur.

- Oui, mentit Harry.

Elle ne le crut pas. Il entra dans sa chambre et se coucha rapidement. Il eut toutefois beaucoup de mal à trouver le sommeil, il était partagé entre beaucoup trop d’émotions pour cela. Il était en colère contre Emily, antipathie réciproque. Pourquoi lui avait-elle dit tout cela ? Après le fardeau de la lettre d’adieu, il devait maintenant porter le fardeau de l’amour de Dahlia. Quand lui foutrait-elle la paix bon sang ? ça ne s’arrêtait jamais. Et Emily, pour qui se prenait-elle ? Elle lui en avait mis plein la gueule, elle l’avait traité avec condescendance comme s’il était un gamin arriéré. Bon, il fallait dire aussi que…

Harry enfonça son visage dans l’oreiller, abattu. Evidemment, Dahlia lui avait tout raconté, elle était sa meilleure amie. Aux yeux d’Emily, il devait être une espèce de type vulgaire et transphobe, à peu près autant que Troy Bernard. A la place d’Emily, Harry se serait détesté aussi. Mais quand même, il avait fait amende honorable ensuite…

Et puis Dahlia, elle devait être triste qu’il ait quitté sa fête d’anniversaire de cette manière. C’était peut-être le dernier vrai moment qu’ils passaient ensemble, qui sait ? Dansait-elle encore avec ses amis ? Riait-elle encore, sans lui ? Il s’endormit avec ses images-là, avec la robe noire de Dahlia et ses cheveux blonds. « Te haïr, c’était sa façon de survivre », avait dit Emily. Ça n’excusait pas tout. Mais ça changeait tout.


OoOoO



Dans le bar, après avoir dansé un moment, Dahlia et ses amis retournèrent s’asseoir et débouchèrent la quatrième bouteille de la soirée, surement la dernière.

- Qu’est-ce que tu leur as dit à tes amis avant de venir ? demanda soudain Andrew.

Dahlia la regarda sans comprendre.

- C’étaient les cisgenres les plus indifférents que j’ai jamais rencontrés, expliqua Andrew avec un sourire moqueur. Pas un sourcillement quand je parlais de moi au féminin, pas un tressaillement quand Marilyn s’est présentée, rien. Alors soit ils sont incroyablement ouverts et instruits sur la question soit…

- Je leur ai dit que s’ils disaient la moindre chose de travers je les ficherais dehors, avoua Dahlia d’une voix honteuse.

Ils la regardèrent tous avec consternation.

- Dahlia… souffla Chris. Tu n’étais pas obligée de faire ça, on aurait survécu à quelques petites maladresses.

- Oui je sais, je… j’ai paniqué, d’accord ?

- Tu as paniqué, toi ? répéta Jamal, sceptique.

- Ça arrive à tout le monde, la défendit Emily.

- Oui mais là ils doivent nous voir comme des gens horribles et bizarres qui pètent les plombs dès qu’on leur dit un mot de travers.

- Mais non, rétorqua Dahlia. Ils savent simplement que c’est important pour moi qu’ils soient respectueux avec mes amis, c’est tout.

- Ils doivent franchement tenir à toi alors parce qu’ils ont été respectueux, c’est le moins qu’on puisse dire, ironisa Andrew.

- Euh… oui, peut-être, dit Dahlia, déstabilisée.

- La prochaine fois, Dahlia, évite quand même de les menacer. Et ça aurait été peut-être mieux qu’on se présente nous-mêmes, si tu vois ce que je veux dire…

Chris n’avait pas parlé durement, il était resté doux et aimable mais il y avait un reproche évident dans ses propos.

- Désolée, dit Dahlia. Mais c’était la première fois que je ramenais des gens et c’était mon anniversaire, alors je voulais… que tout soit parfait, je ne sais pas.

- C’est vrai qu’au moins, c’était calme, confirma Marilyn. Et ça fait du bien de temps en temps.

Ils étaient d’accord avec elle. Dahlia repensa à ce que Chris avait dit et elle sourit faiblement. Harry s’était bien comporté, elle était presque un peu fière de lui. Et elle ne le lui dirait jamais.


OoOoO



Le lendemain matin, Harry se réveilla tôt. Il avait peu dormi, il avait bu la veille, il était épuisé. Pourtant, il se sentait incapable de rester au lit plus longtemps. Il décida donc de s’habiller tranquillement et pas en vitesse comme d’habitude puis il frappa à la chambre d’Hermione. Elle venait de se réveiller elle aussi et elle l’accueillit en bâillant. Elle avait la gueule de bois, encore plus que lui.

- Il faut qu’on parle, dit Harry.

- Il faut que je m’habille, gémit Hermione en le laissant quand même entrer.

- On peut parler pendant que tu t’habilles.

Hermione se rendit dans la salle de bain, poussa la porte pour qu’il ne puisse pas la voir mais la laisse entrouverte pour l’entendre. Harry s’appuya contre le mur, à côté de la porte et entreprit de lui raconter ce qu’Emily lui avait dit, la veille. C’était assez court à résumer, il n’y avait pas tellement de chose que ça à dire. Hermione écouta en se lavant les dents et recracha son dentifrice avant de répondre.

- Je me disais bien qu’elle était amoureuse de toi, admit Hermione. Mais je n’avais pas compris que c’était depuis toujours. C’est… un peu… perturbant.

Elle n’était pas aussi choquée que Harry l’était mais elle n’était quand même pas indifférente à la révélation.

- Comment ça tu te disais qu’elle était amoureuse de moi ? s’étonna Harry.

- Eh bien… Je trouvais ça un peu surprenant de sa part qu’elle soit si motivée à l’idée de te faire visiter la ville tous les dimanches ou de manger avec nous le midi. Je me suis donc dit qu’elle devait t’apprécier, au moins.

Harry resta silencieux et médita les propos d’Hermione. Il n’avait pas vraiment réfléchi à la question, lui, puisque c’était toujours lui qui l’invitait et lui proposait de sortir. Si Hermione pensait cela de Dahlia, que devait-elle penser de lui ?

- Et toi ? demanda Hermione comme si elle lisait dans son esprit. Qu’est-ce que tu ressens pour elle ?

- Elle me plait un peu, c’est vrai.

Il pouvait difficilement dire autre chose, maintenant. Il passait avec elle tout son temps libre depuis près de quatre semaines…

- Enfin c’est surtout que j’aime bien la personne qu’elle est devenue. Et puis c’était sympa d’avoir quelqu’un avec qui se promener.

- C’est tout ? demanda Hermione en enfilant sa veste d’Auror.

Harry fut bien content qu’elle soit dans la salle de bain et pas en face de lui.

- Oui. De toute façon, on va repartir en Angleterre, on ne la reverra plus. Inutile de trop réfléchir.

- Je vois.

Elle sortit de la salle de bain, prête à partir. Il n’y avait pas grand-chose à rajouter et ils se rendirent au MACUSA pour retrouver Tyler et Abby. Leurs collègues se moquèrent d’eux et de leurs têtes de déterrés. Quelle idée d’aller boire en semaine ! Est-ce que l’anniversaire de Dahlia s’était bien passé ? Avaient-ils passé un bon moment ? Hermione et Harry se servirent un café brûlant pour se réveiller et affronter la matinée. Ils l’avaient à peine terminé que Troy Bernard arriva en courant dans la grande salle, l’air tendu et excité.

- On le tient ! s’écria-t-il. Simmons est à la banque sorcière de Washington !

Il était tôt, il avait dû s’y rendre dès l’ouverture, en espérant qu’il n’y aurait personne et que sa visite passerait inaperçue. Il avait eu tort, les employés de la banque avaient son signalement et avaient prévenu les Aurors immédiatement. Tyler, Abby, Harry, Hermione et quelques Aurors de renforts se précipitèrent dans les escaliers pour atteindre les zones de transplanage d’urgence pour les cas comme celui-ci. Deux minutes plus tard, à peine, ils étaient devant la banque de Washington. Simmons était encore là, la banquière avait volontairement fait trainer l’opération pour le retenir. Ils lui tombèrent dessus à huit, il n’avait aucune chance. Abby lui passa les menottes et ils le trainèrent hors de la banque, malgré ses protestations inutiles.

Simmons était maintenant assis dans une des salles d’interrogatoires et Harry le fixait avec une certaine stupeur. Voilà, ils l’avaient trouvé. Tout cela s’était passé en quelques minutes seulement, si vite que Harry avait à peine eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait. Hermione s’était empressée d’écrire un message à Nestor Achab pour le prévenir et l’avait envoyé à l’aide du sortilège bien pratique qu’utilisaient les Aurors pour communiquer en urgence. Leur chef venait de leur répondre de rester pour les interrogatoires. Il leur fallait absolument les aveux des viols commis à Londres. Quand ils les auraient, ils pourraient rentrer.

Pendant la majeure partie de la matinée, Simmons nia tout en bloc. Il ne savait pas de quoi les Aurors parlaient, il n’avait jamais touché la moindre de ces femmes, il n’avait jamais utilisé le sortilège de l’Imperium sur elles. Harry laissa Bernard et Hermione prendre la relève de l’interrogatoire et écrivit un mot à Dahlia. Il fallait qu’il la prévienne et qu’elle sache, pour qu’elle puisse se préparer. Harry avait la ferme intention de faire exactement ce qu’Emily lui avait conseillé, à savoir de lui dire adieu correctement, sans rien faire d’inutile et de douloureux. Il attendit sa réponse avec fébrilité, même s’il se divertissait l’esprit en écoutant Bernard crier contre Simmons. La réponse de Dahlia arriva vingt minutes plus tard et il s’empressa de la lire.

Bonjour Harry,

Félicitations pour l’arrestation du coupable ! J’espère que vous aurez rapidement ses aveux.

Tu as dit hier soir que tu devais acheter un cadeau pour Teddy Lupin avant de partir. Si tu as le temps, on peut y aller lors de ta pause déjeuner. Je connais un magasin de jouets qui sera parfait pour ça.

Dahlia.


Le message le rendit triste et fit monter en lui une vague de mélancolie qui faillit le submerger. Elle mentait, elle mentait bien, pas assez bien. Il avait de la peine pour elle, parce qu’il savait qu’elle devait souffrir et qu’il ne pouvait pas grand-chose pour elle. Elle lui proposait une dernière sortie, il allait accepter, passer un dernier moment heureux avec elle avant de repartir.

Bonne idée, je te rejoins devant la librairie à 12h30. Harry.

Vers midi, Tyler revint avec les résultats des analyses réalisées par les Aurors experts en potions et sortilèges d’examens. Le sperme retrouvé sur certaines victimes était bien le sien. Simmons dut changer son discours et déclara qu’il avait certes couché avec ses femmes mais qu’elles étaient consentantes. Bernard se leva en regardant sa montre et Hermione l’imita.

- Nous allons faire une petite pause, dit-il. Réfléchissez bien à ce que vous nous direz quand nous reviendrons, Simmons.

Harry s’enfuit dès qu’il le put en expliquant qu’il devait aller acheter un cadeau pour son filleul avant de partir. Tyler et Abby sourirent spontanément et se moquèrent un peu de lui. Il était temps d’y penser…

- Harry fait toujours tout au dernier moment, déclara Hermione d’un air réprobateur.

Harry leva les yeux au ciel et dévala les escaliers du MACUSA. Il transplana dès qu’il le put, entra dans Hidden City et transplana à nouveau. Il arriva sur la jolie place où travaillait Dahlia et la regarda sortir de la librairie. Ça lui fit un coup au cœur, parce qu’il se rendit compte que c’était surement la dernière fois qu’ils se verraient. Il la regarda marcher vers lui, avec son chemisier blanc vintage, ses longs cheveux qu’elle n’avait pas pris le temps de coiffer particulièrement, son pantalon noir et ses chaussures à lacets. Il ancra cette image dans son esprit, avec la ferme intention de ne jamais l’oublier.

Elle lui sourit en arrivant à sa hauteur, doucement et normalement comme si rien de grave n’était en train de se passer et il la suivit en lui racontant l’arrestation de Simmons. Le magasin de jouets n’était pas loin et ils y arrivèrent rapidement. Harry voulait quelque chose en lien avec New York, qui ferait office de souvenirs.

- Il y a un petit rayon de souvenirs pour touristes, indiqua Dahlia d’une voix vaguement méprisante.

Harry se moquait bien de son avis et au fond, il se moquait bien d’acheter ce cadeau. Enfin non, c’était important pour lui de ramener quelque chose à Teddy mais il ne comptait pas choisir pendant une heure. Il saisit une petite statue de la liberté dont la flamme ne s’allumait que si l’on chantait l’hymne américain.

- C’est ridicule, dit Dahlia.

- C’est drôle, assura Harry.

- Ton filleul ne connait pas l’hymne américain.

- Il va l’apprendre !

- A quoi ça sert d’apprendre les hymnes moldus ?

- A rien, mais il y a aussi beaucoup de choses qu’on apprend à Poudlard et qui ne servent absolument à rien donc une de plus ou une de moins…

- Comme quoi ?

- Comme changer un animal en verre à pied, répondit Harry en payant le jouet.

Dahlia ne trouva rien à rétorquer à cette remarque et ils sortirent du magasin. Ça ne leur avait pris que dix minutes et Harry avait une heure de pause déjeuner. Ils hésitèrent une seconde, mal à l’aise.

- Tu veux aller manger quelque chose ? proposa Dahlia.

- Je n’ai pas très faim, avoua Harry.

- Moi non plus… souffla Dahlia.

- On pourrait… aller se promener à Central Park une dernière fois ? Dans un coin où on n’est pas allé l’autre fois.

- D’accord.

Ils transplanèrent et entrèrent dans l’immense parc, plus au nord que la dernière fois, juste à côté du passage magique qui menait à Hidden City. Il y avait un peu plus de monde aujourd’hui, parce qu’il faisait beau et que beaucoup de travailleurs venaient prendre leur déjeuner ici, pour prendre l’air. Ils avancèrent le long des sentiers en commentant la soirée de la veille. Qu’avait pensé Harry de ses amis ? Il les aimait bien, il trouvait Andrew drôle, Chris et Ethan perspicaces, il avait aimé parler de Quidditch avec Jamal, Marilyn avait un côté attachant qu’il n’arrivait pas à définir. Et Emily… Elle ne mâchait pas ses mots, elle avait l’air forte et… Il s’arrêta là. Dahlia semblait contente qu’il apprécie ses amis même si elle ne le dit pas.

- Emily n’a pas toujours été libraire, si ? demanda Harry.

Il était vraiment curieux et il avait envie d’avoir un sujet de conversation sans danger, pour faire passer l’amertume du moment. Dahlia parut surprise de la question.

- Comment tu le sais ?

- Une intuition, dit Harry.

Ce qui était vrai, pour une fois. Dahlia expliqua qu’Emily venait d’une famille sorcière riche, puissante et influente aux Etats-Unis. Elle avait fait de brillantes études et était naturellement entrée au MACUSA où elle travaillait dans les relations internationales, avec son meilleur ami Josh. Elle avait un très bon poste et un très bon salaire. Elle avait épousé une femme qui venait du même milieu qu’elle, elles avaient acheté une grande maison à New York et une grande maison à la campagne.

- Et après ? demanda Harry.

Dahlia hésita à raconter la vie d’Emily à Harry puis elle se dit qu’elle ne risquait pas grand-chose. Il allait repartir le lendemain, il ne la reverrait plus jamais. Elle expliqua donc qu’Emily n’était pas comme elle, elle avait réalisé sa transidentité plus tard, quand elle était déjà mariée. Au moment où sa femme et elle envisageaient d’avoir un bébé. Ça avait tout chamboulé. Ses parents, conservateurs et attachés à leur image, lui avaient tourné le dos. Au MACUSA, on lui avait fait comprendre qu’on n’avait pas très envie que les Etats-Unis soient représentés sur la scène internationale par une trans et on l’avait poussée à démissionner. Son meilleur ami Josh avait récupéré son poste, en s’excusant platement. Ensuite, sa femme avait finalement décidé que c’était trop pour elle et qu’elle ne pouvait plus vivre ainsi. Elle avait demandé le divorce. Quelques mois plus tard, Josh avait aussi récupéré sa femme.

- Ah… dit Harry, choqué. La pauvre, c’est…

- On n’a pas tous une vie aussi tragique, rassure-toi, affirma Dahlia en souriant.

Il l’espérait bien. Maintenant, il n’arrivait même plus à détester Emily comme la veille. Il soupira et continua la promenade, restant silencieux quelques minutes. Central Park était définitivement son endroit préféré. Il s’y sentait bien, bien mieux qu’ailleurs. Il aimait les arbres, les espaces verts et les plans d’eau. Ce qu’il aimait surtout, c’était être avec Dahlia. Il avait envie de lui prendre la main, comme les couples qu’ils croisaient mais il savait que ça ne leur ferait que du mal. Pas de choses inutiles, avait dit Emily.

Ils s’éloignèrent des chemins les plus passants et se retrouvèrent dans des endroits presque déserts. Harry vérifia sa montre et constata qu’il lui restait encore du temps. Malgré lui, il ressentit une légère panique en regardant les aiguilles et il essaya de se calmer. Il sursauta en entendant quelqu’un siffler, le genre de sifflement déplaisant qui n’annonçait rien de bon. Harry et Dahlia se tournèrent vers deux hommes, assis sur un banc, devant qui ils venaient de passer sans y faire attention. Les hommes se levèrent, Harry se tendit.

- C’est ton copain ? demanda l’un des hommes à Dahlia.

Elle hésita à répondre, surprise par la soudaineté de la question.

- Ce serait du gâchis si c’était ton copain, t’es beaucoup trop bonne pour lui, commenta le deuxième homme.

Harry rougit sous l’insulte et lui lança un regard noir. Dahlia le toisa avec hauteur et mépris.

- Je ne t’ai pas demandé ton avis, répliqua-t-elle sèchement.

- Oh allez, pas la peine de me regarder comme ça ! Tu veux pas me faire un petit sourire ? Allez, juste un petit sourire ?

- Fous-lui la paix, ordonna Harry avec colère. Viens Dahlia.

Il l’attrapa par le bras et la tira vers lui pour qu’ils se remettent en route et s’éloignent des hommes. Malheureusement, ils les suivirent en riant.

- Donc c’est bien ta copine finalement ! cria l’un d’eux. Désolé pour tout à l’heure, mais c’est qu’elle est vachement canon ta copine ! Tu veux pas nous la prêter deux minutes, juste pour qu’on…

Harry se retourna brutalement et fit face à l’homme avec une expression hargneuse sur le visage.

- C’est bon, on a compris, ferme-la maintenant, cracha Harry.

- Tout doux connard, ne me parle pas sur ce ton, ordonna l’homme en perdant son sourire goguenard.

- Alors ne parle pas d’elle de cette façon et laisse-nous partir.

- De quoi tu t’occupes ? intervint le deuxième homme en repoussant Harry. C’est à elle qu’on veut parler.

L’homme fit un pas vers Dahlia et Harry se décala pour l’empêcher d’avancer. L’homme attrapa la veste de Harry et le poussa de toutes ses forces, le faisant trébucher. Il était plus costaud que Harry, indéniablement, et sans magie, Harry avait peu d’atouts pour lui. C’était humiliant et frustrant de se retrouver dans une telle situation. Il revint vers l’homme qui le poussa à nouveau et le fit tomber, cette fois-ci. L’homme éclata de rire, un rire mauvais et méchant qui s’arrêta quand il sentit une main se refermer sur son bras et le serrer si fort que ça lui fit mal.

- Ne le touche pas ! s’écria Dahlia en le repoussant à son tour.

Sa voix était redescendue dans les graves, sans doute à cause du stress. Il y avait une menace évidente dans son regard et une agressivité dans sa posture qui ne laissait aucun doute sur ses intentions. Harry vit qu’elle avait mis sa main dans sa poche, prête à sortir sa baguette s’il le fallait et il se releva, inquiet, désireux de mettre un terme à tout ceci. L’homme et Dahlia se regardèrent dans les yeux quelques secondes puis il recula d’un pas et sourit à nouveau, avec plus de méchanceté qu’au début.

- C’est pas une femme, dit-il. C’est un putain de travelo.

Dahlia n’eut pas de réaction particulière.

- C’est ça, répondit-elle. Donc fous-moi la paix maintenant.

Les deux hommes éclatèrent de rire en les voyant s’en aller et continuèrent à les suivre.

- Vous êtes juste des pédés en fait ! Tu m’étonnes que tu sois pas capable de défendre ta copine ! Enfin, ton copain du coup… C’est ça qui te branche toi ? Les mecs qui se déguisent en nanas ? Remarque, elle est bien faite, j’ai bien failli me faire avoir.

- Eh ! Et alors, quand tu la baises, est-ce qu’elle encaisse comme un homme ou comme une gonzesse ?

Harry s’immobilisa sur le chemin et Dahlia devint écarlate. Harry se retourna et fit un pas vers l’homme qui venait de poser la question.

- Ah… il s’énerve parce que j’ai mal parlé de sa copine le travelo… Faut croire que t’as quand même des cou…

Harry le frappa de toutes ses forces, en plein sur le nez. Dahlia sursauta, l’autre homme eut l’air furieux et se jeta sur Harry. Dahlia sortit sa baguette et la braqua vers leurs agresseurs.

- Stupéfix ! Cria-t-elle.

Elle les regarda se figer et s’effondrer sur le sol puis elle attrapa la main de Harry et partit en courant.

- Viens Potter, souffla-t-elle en s’enfuyant.

Ils coururent plusieurs minutes, pour mettre le plus de distance possible entre eux et les deux hommes. Les gens qu’ils croisaient les regardaient avec surprise mais ils ne s’arrêtèrent que lorsqu’ils furent à bout de souffle. Dahlia lâcha Harry et lui jeta un regard à moitié effrayé, à moitié furieux.

- Ce n’était pas nécessaire de le frapper, tu aurais pu…

- Tant pis, il l’a bien mérité ! s’écria Harry, furieux lui aussi. Tu as vu ce qu’il a dit ?

Dahlia se calma, reprit ses couleurs habituelles et respira plus lentement.

- Désolée que tu aies été mêlé à ça, dit-elle sans le regarder. Et désolée qu’ils t’aient traité de pédé.

- Quoi ? s’étonna Harry en s’approchant d’elle. Mais je m’en fiche de ça ! Ce qui n’allait pas, c’est la façon dont ils parlaient de toi, c’était… dégradant et rabaissant.

Dahlia tressaillit et resta silencieuse. Harry l’observa du coin de l’œil, un peu chamboulé par ce qu’il venait de vivre.

- Ça va ? demanda-t-il doucement. Ils étaient… je suis désolé, c’était…

- Ça va, répondit Dahlia. Il y a pire. Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé.

Il la regarda sans répondre, attristé par ce qu’elle venait de dire. Il y avait pire, vraiment ? Avait-elle souvent connu pire ? Il voyait bien qu’elle n’allait pas vraiment bien et que ça l’avait blessée, évidemment. Il eut envie de la prendre dans ses bras et de la serrer contre lui, pour la réconforter. Dahlia regarda sa montre.

- Il est l’heure que tu y retournes, dit-elle froidement.

- Quoi ? Attends, je ne vais pas partir maintenant juste après ça, c’est…

- Ça va Potter, je vais m’en remettre. Merci d’avoir pris ma défense.

- Merci de m’avoir sauvé d’une bonne râclée, dit Harry, amer.

Ça avait sans doute été son dernier moment avec Dahlia et il trouvait cela affligeant qu’il se termine de cette manière. Ça lui donnait envie de hurler.

- Allons-y alors, céda-t-il.

Ils sortirent de Central Park rapidement grâce à un discret sortilège d’orientation et revinrent dans la ville, avec les voitures et les immeubles. Harry était un peu sonné et il se tourna vers Dahlia, inquiet.

- Tu es sûre que ça va aller ?

- Oui, assura-t-elle. Tu vas être en retard… Envoie-moi un message quand vous repartez.

Harry se rappela qu’ils devaient d’abord recueillir les aveux avant de s’en aller que cela allait peut-être leur prendre quelques temps. Après tout, il la reverrait peut-être. Il en éprouva un profond soulagement et hésita à la façon de la quitter. Jusqu’à présent, ils n’avaient échangé que des poignées de mains plutôt froides mais il se dit qu’ils pouvaient passer à l’étape supérieure, maintenant. Il s’approcha d’elle, lui fit une accolade rapide mais sincère puis recula d’un pas. Elle le fixa avec un mélange de surprise et de tristesse avant de se reprendre et de lui dire au revoir.

Finalement, il revint pile à l’heure. Hermione et les autres venaient de terminer leur pause et ils s’apprêtaient à reprendre l’interrogatoire.

- Alors, tu as trouvé un jouet pour ton filleul ? demanda Tyler.

Harry mit une seconde à comprendre de quoi il parlait, il avait complètement oublié le jouet de Teddy. Il ne repensait qu’à Dahlia et la grossièreté de ces deux cons. C’était insupportable d’entendre quelqu’un parler d’elle de cette manière. Elle n’était pas un travelo et elle n’était pas à « prêter ». Son rôle dans la vie n’était pas de leur sourire et la façon dont elle baisait ne les regardait pas. Et puis, encaisser comme un homme ou comme une femme, qu’est-ce que ça voulait dire ? Harry se sentait plein de rage quand il entra dans la salle d’interrogatoire mais il fit un effort pour se contenir. Abby commença à parler, l’homme continua à nier. Visiblement, sa pause déjeuner ne l’avait pas aidé à devenir plus intelligent.

- Vous avez utilisé l’apparence de vos amis d’enfance pour violer ces femmes, c’est votre sperme qu’on a retrouvé sur elles et il y a des traces de Polynectar dans votre sang. Vous pouvez continuer à plaider l’innocence mais tous les indices sont contre vous. Nous retiendrons à votre procès que vous n’avez pas voulu collaborer. Soyez sûr que vous allez être reconnu coupable de toute façon.

- Où est mon avocat ? demanda l’homme comme si Abby n’avait pas parlé.

- Il va arriver.

- Je ne dirai rien tant qu’il ne sera pas là.

- Bien.

Ils attendirent tous l’avocat, qui prenait son temps. Harry en profita pour boire un café et grignoter une barre chocolatée achetée au distributeur. Il n’avait rien mangé à midi et il commençait à avoir faim, maintenant. Hermione l’observait avec attention.

- Ça va ? Tu es bizarre depuis que tu es revenu.

Il lui murmura rapidement qu’ils avaient été agressés à Central Park, rien de grave physiquement mais un peu éprouvant moralement. Qu’avait dit l’homme déjà ? Elle est bien trop bonne pour être ta copine. Qu’il aille se faire foutre.

L’avocat arriva enfin et dut s’entretenir avec son client. Pendant ce temps, les Aurors piétinaient autour de la salle d’interrogatoire, agacés et pressés d’en finir. Ils poussèrent un soupir d’exaspération quand la porte s’ouvrit enfin et que l’avocat leur fit signe d’entrer. Simmons se mit à avouer, en fin de compte. Son avocat avait dû lui faire comprendre qu’il ne servait à rien de nier et que ça ne jouait pas en sa faveur. Il avoua dans le désordre, un peu n’importe comment, sans entrer dans les détails. Abby le stoppa net et ils reprirent depuis le début. Ils lui montrèrent les photos des femmes violées, lui rappelèrent les lieux et les dates. Simmons avouait avec répugnance, de mauvaise grâce et ne semblait montrer aucun remord. C’était un moment détestable.

Harry et Abby s’arrêtèrent pour faire une pause, au milieu de l’après-midi. Ils étaient tous à cran, à cause du soulagement de voir l’enquête se terminer et du dégoût que Simmons faisait naitre chez eux. Hermione et Tyler devaient prendre la relève mais ils furent stoppés dans leur élan par Troy Bernard qui entra dans la pièce à grands pas furieux.

- Potter ! cria-t-il. Viens ici tout de suite !

Harry se figea, stupéfait que le chef de section lui parle de cette manière. Il échangea un regard avec Hermione et rejoignit Bernard. Ce dernier l’entraina dans une salle d’interrogatoire et l’y fit entrer d’un geste agacé. A la table, il y avait Dahlia, qui était assise à la place des accusés et qui lui lança un regard angoissé. Derrière Harry, Tyler et Abby entrèrent.

- Que se passe-t-il Bernard ? demanda Tyler.

- Venez donc aussi tous les deux, ordonna-t-il. Et toi, assieds-toi là.

Le dernier ordre s’adressait à Harry. Il prit place à côté de Dahlia tandis que l’imposant Troy s’installait face à eux, dans une position de domination infantilisante qui fit bouillir Harry.

- Aux alentours d’une heure et demie de l’après-midi, des Non-Maj ont été agressés à Central Park, énonça Bernard. Ils ont été stupéfixés, d’après les policiers. Ils ont raconté cela à la police non-maj qui évidemment, ne les a pas pris au sérieux mais nous, nous savons ce qu’il en est. D’après eux, les deux personnes qui les ont agressés sont un travesti avec de longs cheveux blonds et un homme aux cheveux noirs portant de petites lunettes rondes…

Il y eut un instant de silence pendant lequel Bernard sourit avec mépris, Dahlia fixa la table en refoulant sa colère et Harry rougit. Tyler et Abby semblaient stupéfaits et embarrassés.

- Je ne sais pas si c’est une pratique courante chez vous, Potter, reprit Troy, mais chez nous, utiliser la magie contre les Non-Maj est formellement interdit par la loi.

Harry eut envie de le frapper, surtout à cause de l’air satisfait qu’il arborait.

- C’est moi qui les ai stupéfixés, dit Dahlia en regardant Bernard dans les yeux. Potter n’a rien à voir avec ça.

- D’après leur témoignage, Potter s’est contenté de leur donner un coup de poing, en effet.

- Je l’ai fait parce qu’ils nous agressaient, se défendit Harry, hors de lui. Et Dahlia n’a agi que pour me protéger et éviter que ces deux hommes me tabassent, c’est tout. Elle est venue au secours d’un Auror, c’était de la légitime défense.

- Ce n’est pas ce qu’ils disent, contredit Bernard. Ils affirment n’avoir dit que quelques plaisanteries et s’être fait agressés alors qu’ils n’avaient rien fait.

- Ce n’était pas des plaisanteries ! s’écria Harry. C’étaient des insultes !

- Des insultes ? répéta Bernard en fronçant exagérément les sourcils.

Dahlia fit un mouvement imperceptible vers lui et Harry se tut. Bernard n’attendait que ça, visiblement. Il voulait écouter Harry répéter les insultes qu’on leur avait lancées et se moquer d’eux pour ridiculiser Dahlia. Tout comme Harry l’avait ridiculisé devant tout le monde, l’autre jour. Harry fournit un effort important pour se maitriser et ne pas aggraver la situation.

- Ecoute Bernard… Tu peux croire ces deux Non-Maj débiles ou me croire moi. Ils s’en sont pris à nous, alors qu’on se promenait à Central Park. Je n’aurais pas dû le frapper, c’est vrai mais Dahlia n’y est pour rien. Elle a été obligée d’intervenir pour m’aider, c’est tout.

- Peut-être bien, admit Bernard. Mais c’est tout de même elle qui a lancé le sortilège… Utiliser la magie contre des Non-Maj constitue un crime. Et c’est fâcheux parce que Dahlia n’est pas citoyenne américaine, elle n’est pas même pas résidente permanente. C’est donc le genre de crime qui pourrait la faire renvoyer chez elle.

Dahlia pâlit terriblement et Harry tressaillit. Il regarda Troy avec stupeur et inquiétude. Il n’allait quand même pas faire ça, si ? Harry n’avait pas pris la mesure de la gravité de la situation jusqu’à maintenant et quand il le fit, il comprit pourquoi Dahlia avait l’air si angoissée depuis le début. Harry frissonna malgré lui et se sentit affreusement coupable. Il n’était pas stupide, il savait bien que ce serait une catastrophe pour Dahlia de devoir rentrer en Angleterre, qu’elle perdrait tous ses amis et toute la vie qu’elle s’était construite ici. Sans compter qu’on risquait de la reconnaitre et que ça pourrait même être dangereux pour elle. Harry essaya de réfléchir à ce qu’il pourrait dire pour l’aider et résoudre ce problème dont il était en partie responsable. Avant qu’il ait trouvé une solution, une voix froide retentit dans la pièce.

- Bernard, qu’est-ce que tu essaies de faire au juste ?

Il y avait une accusation évidente dans la voix et la question. Ils se tournèrent tous vers la personne qui venait de parler et Harry fut surpris de constater que c’était Abby. Il n’était pas aussi surpris que Troy, visiblement, car le chef la regarda avec stupéfaction.

- Comment ça ? Demanda-t-il.

- Je te demande ce que tu essaies de faire, répéta-t-elle. C’est Dahlia, elle travaille avec nous depuis plus de trois ans, elle nous a rendu de nombreux services, elle a toujours accompli ses missions avec perfection alors qu’elle n’est qu’une simple civile, même pas Américaine de surcroît. Elle est quasiment l’une des nôtres. Et là, tu sembles vouloir l’expulser parce qu’elle a stupéfixé deux imbéciles ? Tu ne crois pas que tu cherches la petite bête ? En plus, ce n’est même pas à nous de gérer ce genre de problème, c’est à la section des relations avec les Non-Maj.

Bernard était abasourdi. C’était la première fois qu’Abby s’opposait à lui de façon aussi frontale et évidente. Qu’elle s’opposait à lui tout simplement.

- Je ne cherche pas la petite bête ! s’écria Bernard, furieux. Je fais respecter les règles ! Ce n’est pas ma faute si…

- Je suis d’accord avec Abby, rétorqua Tyler. Je n’ai jamais rien dit sur la façon dont tu traites Malefoy depuis le début mais là tu vas trop loin. Les Non-Maj n’ont pas été blessés, ils n’ont même pas eu mal, un simple sortilège d’amnésie devrait faire l’affaire. Si ça avait été n’importe lequel d’entre nous, tu n’aurais jamais réagi comme ça. Tu viens de la menacer de l’expulser pour ça, sérieusement ?

Visiblement, le courage d’Abby lui avait donné la force de s’exprimer, lui aussi. Il y avait de la déception sur le visage des deux Aurors, une déception évidente qui rendait Bernard muet et pâle. Dahlia se retourna pour regarder Tyler et Abby et leur adresser un faible sourire de gratitude. Harry, lui, observait le chef avec attention, cruellement satisfait de le voir aussi déstabilisé.

- Je… je n’ai jamais dit que j’allais l’expulser, bafouilla-t-il. Je faisais juste remarquer que… Bon, c’est vrai que si c’était juste pour défendre l’Auror Potter, on peut peut-être fermer les yeux sur…

L’idée que ses deux collaborateurs le contredisent et soient dépités de son comportement l’attristait et le blessait. Ça n’était jamais arrivé avant, ou jamais aussi clairement. Harry estima qu’il était temps que Tyler et Abby osent s’opposer à leur chef.

Ils se tournèrent tous vivement vers la porte quand elle s’ouvrit brusquement sur Will Masetti qui entra dans la salle d’interrogatoire.

- J’ai entendu dire qu’il y avait eu une agression, c’est quoi cette histoire ? dit-il précipitamment. Bernard, tu ne peux pas…

- Oh ça va Masetti, cracha Bernard avec exaspération. Pas la peine de me sortir les grands discours, l’affaire est réglée. Malefoy a agi pour défendre Potter, c’était de la légitime défense, on va s’arrêter là.

- Ah… dit Will, surpris. Bon, parfait, dans ce cas… Que s’est-il passé ? Vous allez bien ?

- Rien de grave, assura Harry. Deux Non-Maj s’en sont pris à nous et j’ai perdu mon sang-froid, c’est tout.

Dahlia leva les yeux vers Will, échangea un regard avec lui puis détourna la tête.

- Ça va ? demanda Will.

La question s’adressait à Dahlia et à elle seule.

- Oui, merci, répondit Dahlia. C’était une erreur, nous aurions simplement dû nous en aller, je sais bien. Je…

- C’était ma faute, coupa Harry.

- Bon, l’épisode est clos, déclara Bernard en se levant. Je vais dire un mot à la section RANM, n’en parlons plus.

Il commença à se lever, désireux de s’en aller. Abby et Tyler se décollèrent du mur, embarrassés mais contents d’eux et Dahlia recula sa chaise. Harry resta immobile.

- Puisqu’on y est, j’ai une remarque à faire, dit Harry.

Tout le monde se tourna vers lui, étonné. Dahlia lui jeta un regard méfiant, appréhendant ce qu’il allait dire.

- Comme je vous l’ai dit, Dahlia Malefoy est une connaissance de longue date et une citoyenne britannique. Je suis assez choqué de la façon dont vous la traitez ici. Vous la forcez à travailler pour vous depuis plus de trois ans alors qu’elle n’est pas Auror et qu’elle ne fait pas partie de la police. C’est quoi cette histoire ? Vous savez bien qu’elle déteste ça, combien de temps est-ce que ça va durer ?

- Qu’est-ce que tu racontes ? cracha Bernard. Qu’est-ce que j’en sais moi qu’elle déteste ça ?

- Toi tu le sais ! s’écria Harry en se tournant vers Masetti, furieux. C’était gentil au début mais maintenant ça devient ridicule ! Et tout ça pour quoi ? Parce qu’elle a acheté des potions illégales sur le marché noir il y a quatre ans ? Mais qu’est-ce que ça peut faire ? Ce n’était même pas de la drogue, c’étaient juste des potions d’hormones, ce n’était pas si grave ! Et vous l’avez menacée de l’expulser si elle ne travaillait pas pour vous, juste pour ça ? Et ce depuis trois ans ? Quand est-ce que vous allez lui foutre la paix ? Vous avez trouvé une personne que vous pouvez envoyer comme vous le voulez dans les endroits dangereux et vous ne voulez plus la lâcher ?

- Ça n’a rien à voir, rétorqua Will, blessé. Ce n’est pas nous qui décidons ! C’est le chef des Aurors qui s’occupe de ça.

- Oui, je suppose que tu n’es de toute façon pas très pressé de la voir partir donc pas étonnant que tu n’insistes pas trop.

Masetti regarda Harry comme s’il l’avait frappé.

- De quoi tu parles Potter ? s’énerva Will. Tu ne connais rien de moi, je ne suis pas ce genre de personne !

- Heureux de le savoir, commenta Harry.

- Potter, arrête, ordonna Dahlia. Ce n’est pas la peine, Will et Bernard ne sont pour rien dans cette affaire, ce n’est pas leur faute.

- Bien sûr que c’est leur faute ! s’énerva Harry à son tour. Ils se servent de toi, ils ne font rien pour t’aider à partir et ils te traitent comme de la merde ! C’est révoltant ! Bernard ne pense qu’à t’expulser ou te toucher le cul !

- Ça suffit Potter ! hurla Bernard. Tu dépasses les bornes, pour qui tu te prends ? Tu es peut-être une sorte de héros dans ton pays mais ici, tu n’es qu’un Auror étranger sous mes ordres ! Ferme-la ! Un mot de plus et c’est toi que j’expulse !

- Bien, dit Harry entre ses dents. J’ai dit ce que j’avais à dire de toute façon. Maintenant je vais aller obtenir les aveux de Simmons et rentrer chez moi dès que possible.

- Oui, fais donc ça ! rétorqua Bernard, rouge d’indignation.

Il se leva et sortit de la salle d’interrogatoire en claquant la porte, laissant les autres sur place, immobiles et choqués. Tyler et Abby, appuyés contre le mur, regardaient Harry comme s’il était fou, Will paraissait aussi furieux que Bernard et Dahlia osait à peine respirer. Elle se tourna lentement vers Harry et le fixa une seconde.

- Désolé, dit Harry. Mais il fallait que je le dise, je m’en serais voulu de partir sans avoir fait de remarque.

- Je n’ai pas besoin de ton aide, répondit-elle.

Il n’y avait cependant pas de reproche ou de rancœur dans sa voix, elle n’avait pas l’air en colère contre lui. A vrai dire, elle ne semblait plus savoir ce qu’elle devait ressentir. Harry se leva et sortit de la salle avec Tyler et Abby pour rejoindre Hermione. Les deux Aurors ne prononcèrent pas un mot mais eux non plus ne paraissaient pas lui en vouloir. Dans la petite salle, Dahlia se leva enfin et rejoignit Will près de la porte. Ils se regardèrent un instant, silencieux, puis Will se pencha légèrement vers elle.

- Tu sais que je ne te garde pas ici pour mon plaisir, n’est-ce pas ? C’est au chef de…

- Je sais, admit Dahlia. Mais pour le reste, tout ce que Harry a dit est vrai et tu le sais très bien aussi.

Will ne prit pas la peine de répondre et Dahlia quitta le MACUSA rapidement, pressée de retrouver Emily à la librairie. Elle ne serait pas expulsée, elle l’avait échappé belle. Elle prendrait le temps de remercier Abby et Tyler comme il se devait une autre fois.
Chapitre 6 - Au dernier moment by Celiag
A la fin de la journée, Joseph Simmons avait avoué presque tous les viols. Il restait toutefois des zones d’ombres et ils seraient obligés de terminer le lendemain. Il faudrait mettre au propre toutes les déclarations et les ramener à Londres pour boucler l’affaire. Simmons serait jugé aux Etats-Unis mais il fallait une trace de ses aveux dans les dossiers du Ministère. Heureux de toucher à la fin de cette enquête, Harry et Hermione rentrèrent à l’hôtel, en prenant soin d’éviter de croiser Bernard. Ils dînèrent ensemble et Harry lui raconta ce qui s’était passé à Central Park, les menaces de Bernard, les accusations qu’il avait lui-même lancées à l’encontre du MACUSA qui utilisait Dahlia. Hermione écouta attentivement, comme d’habitude. Elle fut outrée des menaces de Bernard.

- Ce type est vraiment méprisable, cracha-t-elle. Je trouve cela odieux de jouer avec la vie des gens de cette façon, de les menacer de les renvoyer chez eux à la moindre occasion. C’est inhumain.

- Oui, confirma Harry. Ce serait terrible pour elle de revenir en Angleterre, comment peut-il utiliser ça aussi facilement ?

- En revanche, tes remarques sur le chantage auquel Dahlia est soumise, tu penses que ça va l’aider ?

- Je ne sais pas mais il fallait que je le dise. Ça aussi c’est ridicule ! Par Merlin, je déteste ce pays.

Hermione sourit et hocha la tête. Elle sortit un prospectus de son sac et le posa sur la table.

- Par chance, nous rentrons bientôt ! Ce sont les horaires des Portoloins pour Londres, lequel veux-tu que nous réservions ?

Harry se pencha pour regarder les horaires.

- On va dire que demain nous restons pour boucler complètement l’affaire donc soit nous partons demain soir, soit nous partons dimanche matin.

- On pourrait le prendre demain soir, ça nous ferait arriver vers une heure du matin à Londres mais ce n’est pas grave, si ?

- Oh… dit Harry, mal à l’aise. On pourrait peut-être partir dimanche matin, non ? Comme ça on pourrait boire un dernier verre avec Dahlia… Et puis, ça ne sert pas à grand-chose de rentrer en pleine nuit.

Hermione hésita une seconde.

- D’accord, céda-t-elle. Dans ce cas, celui de 7h36 ?

- Aussi tôt ? s’écria Harry.

- Ça nous fait arriver à Londres à 12h37, on aura déjà perdu la matinée !

- Ce sera dimanche, quelle importance ?

- Harry, dit Hermione d’un ton un peu sec. J’ai envie de rentrer chez moi et de retrouver Ron.

- Oui, désolé, bégaya Harry. Réserve celui-là alors, c’est parfait.

Hermione envoya un hibou à l’agence de Portoloins et ils regagnèrent leurs chambres. Le lendemain, l’ambiance au MACUSA était plus que tendue. Visiblement, le petit discours de Harry sur les méthodes discutables des Aurors était parvenu aux oreilles de tout le monde et certains lui lançaient des regards peu amènes. D’autres, à l’inverse, semblaient plutôt contents qu’il se soit opposé à Bernard. En parlant de Bernard, Harry l’avait croisé en arrivant et il n’avait reçu aucune salutation de sa part. Le chef de la section criminelle l’avait ignoré et s’était empressé de disparaitre dans son bureau. En toute franchise, cela ne perturbait pas Harry plus que ça. Il se fichait bien de la fierté de Bernard, il se fichait même de celle de Will Masetti.

Avec Abby et Tyler, ils continuèrent à interroger Joseph Simmons qui termina ses aveux vers midi. Voilà, ils avaient tout, les victimes pourraient obtenir justice. Ils allèrent manger tous les quatre à la cafétéria, fiers d’avoir résolu l’enquête et soulagés de passer à autre chose.

- Vous avez reparlé avec Bernard de ce qui s’est passé hier ? demanda Harry.

- Non, avoua Abby. Il nous évite aussi.

- Ça va aller ? s’inquiéta Hermione.

- Oui, assura Abby. Il était temps qu’on lui dise ce qu’on pense de toute façon.

- C’est vrai, confirma Tyler. Menacer Dahlia de l’expulser pour ça, c’était trop. Il a un problème avec elle, on sait tous pourquoi mais c’est pénible. Moi je l’ai toujours appréciée et j’aurais dû intervenir plus tôt mais bon… Bernard est un peu… comment dire, impressionnant ?

- Je pense que ça l’a calmé, dit Abby en souriant.

Ils reprirent leur travail et mirent au propre tout ce que Simmons avait déclaré. Ils rangèrent soigneusement les indices dans des cartons puis déposèrent tout cela dans la salle des scellés. Quand ce fut fait, il était un peu plus de quatre heures de l’après-midi et ils avaient terminé. Harry et Hermione n’avaient aucune raison de rester plus longtemps ici et d’ailleurs, ils n’en avaient pas spécialement envie. Ils échangèrent des accolades chaleureuses avec Abby et Tyler puis une poignée de main froide et rapide avec Troy Bernard qui était quand même venu leur dire au revoir. Harry et Hermione se retrouvèrent sur le trottoir sans regret et transplanèrent sans hésiter.

Ils avaient du temps. Harry avait envoyé un mot à Dahlia et ils devaient la retrouver à sept heures, pour la fermeture de la librairie. Ils iraient manger quelque chose, boire un dernier verre et se dire au revoir. En attendant, ils avaient deux bonnes heures devant eux pour se promener. Hermione décida d’aller à Harlem et Harry la suivit. Il n’y était jamais allé non plus et l’idée le tentait bien. Maintenant que l’enquête était terminée et qu’ils n’avaient plus aucune obligation, Harry se sentait mieux et prenait presque plaisir à la promenade. C’était peut-être aussi parce qu’il savait qu’il repartait le lendemain et que ce serait sa dernière fois ici. Il observa les maisons colorées de Harlem, les rues bordées d’arbres, les boutiques. C’était bien plus agréable que Broadway, il fallait l’admettre. En revanche, Harry constata que se promener avec Hermione était un peu moins enthousiasmant que se promener avec Dahlia.

Ils revinrent à Hidden City quand il fut l’heure de retrouver Dahlia et l’attendirent devant la librairie. Elle sortit avec Emily et marcha vers eux, accompagnée de son amie. Emily sourit à Hermione.

- Alors, vous partez vraiment cette fois-ci ?

- Oui, confirma Hermione. Tout est terminé.

- C’est bien que vous ayez attrapé ce type.

- Oui…

- Je voulais en profiter pour vous dire au revoir, puisqu’on se croise.

Hermione et Emily échangèrent une accolade puis Emily se tourna vers Harry et fit la même chose. Elle le fixa une seconde, l’air un peu suppliant puis recula de quelques pas, leur fit un dernier signe de la main et rentra chez elle. Harry se sentit mal, plus mal qu’il l’était déjà. Il ne voulait pas blesser Dahlia mais il savait qu’il le ferait de toute façon, il ne pouvait pas en être autrement. C’était cependant à lui de faire en sorte que la soirée se passe bien.

Ils allèrent dans une sorte de brasserie, dans une rue animée et colorée. C’était samedi soir et il y avait beaucoup de monde, c’était bien. Ça rendait l’ambiance moins sinistre. Ils commandèrent des burgers et des bières et s’assirent dehors. Il faisait beau, la soirée était douce, c’était parfait. Harry et Hermione racontèrent les derniers détails de l’enquête, ne cachèrent pas la répugnance que leur inspirait Simmons. Dahlia écouta en mangeant son burger, faisant de temps en temps des remarques méprisantes sur le coupable.

- Vous semblez soulagés d’avoir fini, constata-t-elle en souriant.

- Oui, avoua Hermione. Nous allons pouvoir rentrer et retrouver nos collègues, ce sera très bien.

D’un accord tacite, ils ne parlèrent pas de Bernard et de ce qui s’était passé la veille. Personne n’avait envie d’aborder de tels sujets pour une dernière soirée. Harry grignotait en observant Dahlia du coin de l’œil. Il était sincèrement admiratif du contrôle dont elle faisait preuve. Elle devait être triste de savoir qu’il allait partir et elle n’en montrait rien. C’était presque effrayant. A moins qu’elle soit soulagée qu’il reparte, au fond. Elle était peut-être impatiente qu’il s’en aille, qu’il lui fiche la paix et qu’il disparaisse. Elle pourrait reprendre sa vie normalement. Cette pensée déprima Harry et il s’intéressa à nouveau à la conversation.

- Alors, quand allez-vous vous marier ? demandait Dahlia.

- En automne, répondit Hermione. Il va falloir trouver une maison, ça va être la priorité.

- Et toi Potter, des projets particuliers ?

- Euh, non, pas vraiment… juste, tu sais, le travail et… je verrai bien. Et toi ?

Dahlia sourit vaguement.

- J’ai des projets, oui. Je verrai bien si j’ai le courage de les concrétiser.

Elle n’en dit pas plus et ils n’insistèrent pas. Ils bavardèrent de tout et de rien, burent une autre bière. C’était un peu forcé comme conversation et en même temps pas vraiment, c’était bizarre. Harry se perdit quand elles se mirent à parler de lotion pour cheveux qui les faisait pousser plus vite, ce que Dahlia avait utilisé au début de sa transition. Il observa les cheveux de Dahlia qui s’était fait un chignon sobre et serré. Elle ressemblait à sa mère avec cette coiffure-là.

Il commençait à faire nuit et Harry regarda sa montre. Il était neuf heures et demie passées. Il se demanda s’il fallait faire trainer la soirée ou y mettre un terme tout de suite et il fut incapable de trouver une réponse. Ce fut Hermione qui décida pour lui, quelques minutes plus tard.

- Bon, il est presque dix heures, dit-elle. Notre Portoloin est tôt demain matin, nous devrions peut-être rentrer.

Il conclut qu’elle avait raison, mieux valait abréger, c’était inutile de repousser indéfiniment l’échéance. Dahlia hocha la tête et ils se levèrent de table. Ils firent quelques pas dans la rue, pour s’éloigner des restaurants et ne pas déranger tout le monde en transplanant. Harry marchait en regardant le dos de Dahlia. Elle avait son gilet gris, un chemisier blanc, son pantalon noir. Il pouvoir voir le haut des ailes de son dragon, sur sa nuque.

- Je te raccompagne si tu veux, proposa-t-il.

Dahlia lui jeta un coup d’œil mais n’hésita pas vraiment.

- D’accord, dit-elle.

Hermine et Dahlia se dirent au revoir, se prirent dans les bras l’une de l’autre et se sourirent.

- Je suis contente de t’avoir revue, dit Hermione. Bonne chance pour la suite !

- Merci, bonne chance à toi aussi Granger.

Hermione transplana à l’hôtel et les laissa seuls. Harry et Dahlia se regardèrent une seconde puis elle lui prit le bras et transplana jusqu’à son immeuble. Ils atterrirent sur le trottoir, juste devant. Le silence devint oppressant et Harry se sentit encore plus mal.

- Euh… dit Dahlia, embarrassée.

- Je t’accompagne jusqu’à chez toi ? proposa Harry.

Ils rentrèrent dans l’immeuble et grimpèrent les escaliers.

- Si jamais tu veux prendre des nouvelles de l’Angleterre ou de tes parents, tu peux m’écrire, assura Harry. Je te répondrai.

- C’est gentil, répondit Dahlia. D’ailleurs Potter, on n’en a jamais parlé mais… s’il arrivait quelque chose à mes parents, est-ce que tu pourrais me tenir au courant ?

- Bien sûr.

Ils arrivèrent devant l’appartement de Dahlia et elle ouvrit la porte. Elle se tourna ensuite vers Harry.

- Merci de m’avoir raccompagnée.

Ça n’avait aucun sens de remercier pour ça alors qu’elle n’avait absolument pas besoin d’être raccompagnée. Harry se rendit compte qu’on disait perpétuellement des choses convenues et ridicules et c’était d’autant plus flagrant dans un moment comme celui-ci. Le couloir de l’étage était vide et sombre, il n’y avait que la petite lumière au plafond qui l’éclairait, vacillante et blafarde. Il fallait que Harry s’en aille.

- Merci de m’avoir fait visiter New York, dit-il en souriant. Et… je trouve ça bien que nous ayons pu régler quelques problèmes du passé, tu sais…

- Oui, confirma Dahlia.

- Je suis heureux que tu ne sois pas morte et que tu sois heureuse ici.

- Merci. Essaie d’être heureux aussi, si tu peux.

- Ouais, dit Harry en souriant. Allez, à la prochaine, peut-être.

Il se détourna d’elle, il n’avait pas envie de la serrer dans ses bras, il s’en sentait incapable. Il fallait simplement qu’il s’en aille et que ça s’arrête, qu’ils retrouvent tous les deux leurs vies d’avant et qu’on n’en parle plus.

- Potter, rappela Dahlia.

Il se tourna vers elle et attendit. Elle avait l’air hésitante et nerveuse, au moins autant que lui.

- Est-ce que… si… Si j’avais été une femme comme… Granger… est-ce que tu crois que j’aurais pu te plaire ?

La question retentit dans le silence du couloir. Harry resta immobile et la regarda avec stupeur. Que voulait-elle qu’il réponde à quelque chose comme ça ? S’il disait oui, ce serait insultant, s’il disait non, ce serait blessant. Il fallait répondre « On ne saura jamais » et même ça, ça n’allait pas. Harry ouvrit la bouche mais elle le devança.

- Oublie ce que je viens de dire, c’est complètement stupide, dit-elle précipitamment.

Elle avait rosi un peu, elle semblait se détester. Harry aurait dû s’en aller mais il n’y arrivait pas. Son cœur s’était accéléré dans sa poitrine et il ne pouvait désormais ignorer la panique qui s’emparait de lui. Il ne voulait pas partir de cette façon, il ne voulait pas lui dire adieu, il ne voulait pas la laisser sur cette cruelle question. Il voulait lui répondre correctement, il le lui devait bien.

- C’est une question absurde, dit-il en faisant un pas vers elle.

- Oui je sais, ça n’a aucun sens, laisse tomber.

- C’est une question absurde parce que tu me plais déjà maintenant, exactement comme tu es.

Les yeux de Dahlia s’écarquillèrent légèrement et elle le fixa sans rien dire, essayant d’intégrer ce qu’il venait de déclarer.

- Quoi ? demanda-t-elle inutilement.

- Tu as très bien compris ce que j’ai dit, répondit doucement Harry. Pas besoin d’être une femme comme Hermione, tu me plais déjà comme ça.

Dahlia se reprit et resta immobile près de la porte. Harry hésita un instant à ce qu’il devait faire, maintenant qu’il avait dit cela. Qu’avait dit Emily déjà ? Ne rien faire d’inutile, ne rien faire qui pourrait lui briser le cœur, partir sans faire le moins de dégâts possible. Harry se pencha vers Dahlia et l’embrassa lentement, un peu maladroitement. Il ne savait pas vraiment ce qu’il faisait mais il savait qu’il avait envie de faire ça. Pendant les premières secondes, Dahlia resta figée de stupeur puis, au moment où Harry s’apprêtait à reculer, elle posa ses mains dans ses cheveux noirs et l’attira vers elle pour l’embrasser davantage. Maintenant, c’était un vrai baiser. Harry ferma les yeux, sentit les lèvres de Dahlia contre les siennes, la chaleur de sa bouche, son parfum, la douceur de sa peau. Il ouvrit la bouche, approfondit le baiser, alla chercher sa langue, la trouva facilement. Il avait envie de ça, il avait envie d’elle, au moins une fois, rien qu’une fois. Il savait que c’était réciproque, il savait qu’il allait partir et qu’il ne la reverrait plus. Finalement, il ne voulait pas partir sans emporter un petit morceau d’elle.

Harry fit un pas en avant et poussa Dahlia dans son appartement. Il referma la porte derrière lui, à bout de souffle, l’embrassant toujours. Elle se laissa faire, recula jusqu’à la petite table et s’y appuya. Harry posa ses mains sur les joues de Dahlia puis remonta dans ses cheveux. Il mourait d’envie de les toucher depuis des jours, depuis la première fois qu’il l’avait vue, peut-être bien. Il recula légèrement, reprit son souffle, lécha ses lèvres puis l’embrassa à nouveau. Ça avait un léger goût de bière et d’amertume mais tant pis, c’était un sentiment que Harry connaissait bien. Il attrapa le chignon de Dahlia, retira au hasard les pinces et le ruban qui le maintenaient, les jeta sur la table, derrière elle et défit ses cheveux. Il les regarda tomber autour de son visage, étincelants comme la lune qui se levait au dehors. Il faisait nuit et il y avait peu de lumière sans l’appartement, mais les cheveux de Dahlia, eux, se voyaient bien.

Il y fit glisser ses doigts, les agrippa fermement, s’y accrocha avec un léger désespoir. Il avait envie d’elle, assurément, il ne pensait qu’à ça depuis qu’il avait dansé avec elle à son anniversaire. Harry lâcha les cheveux de Dahlia, repoussa son gilet gris, posa ses mains sur ses seins à travers son chemisier et se serra contre elle. Il aurait voulu lui écarter les jambes pour pouvoir coller davantage son corps contre le sien, se fondre dans sa chaleur et son parfum. Quand il posa ses mains sur les cuisses de Dahlia, elle se recula et le repoussa vivement.

- Attends Potter, ordonna-t-elle.

Il la regarda dans la pénombre de l’appartement, frustré et anxieux. Elle était peut-être un peu rouge et défaite mais son regard le fixait durement, comme d’habitude.

- Qu’est-ce que tu veux au juste ? Demanda-t-elle.

La question refroidit Harry et il ne comprit pas très bien ce qu’elle voulait dire.

- Ce que je veux ? Eh bien, je ne sais pas trop mais… si tu as envie, cette nuit, on peut… enfin…

- Je croyais que tu ne pourrais jamais coucher avec une femme qui a un pénis. J’en ai toujours un Potter, ça n’a pas changé parce qu’on a passé quelques moments ensemble.

Harry se crispa et en même temps, il reprit confiance.

- Oui je l’ai dit mais finalement, je crois bien que je m’en fiche.

- Tu crois ? demanda-t-elle sèchement.

- J’en suis sûr, je m’en fiche, ça n’a aucune importance.

A vrai dire, elle pouvait bien avoir n’importe quoi entre les jambes, il s’en foutait complètement. Il avait simplement envie d’elle, ni plus ni moins. Et il se maudissait intérieurement d’avoir prononcé cette phrase malheureuse. Dahlia s’écarta de la table et se rapprocha de lui.

- Bon, si tu t’en fiches alors, ça va.

- Oui.

Dahlia l’embrassa brusquement, comme si elle s’était retenue trop longtemps et qu’elle arrivait au bout de sa résistance. Il passa un bras autour de sa taille pour la garder contre lui mais elle avança et l’obligea à reculer. Harry obéit sans réfléchir, il ne pensait qu’à la langue de Dahlia dans sa bouche, ses cheveux contre son visage, son corps contre le sien. Il heurta le mur, près de la porte de la chambre et s’y appuya obligeamment. Dahlia défit les boutons de sa veste d’Auror et il s’en débarrassa rapidement, le cœur battant, excité comme il l’avait rarement été. Elle lui retira son t-shirt et se pencha vers lui. Elle embrassa la peau de son cou et la respira lentement pour s’imprégner de son odeur puis elle posa ses mains sur son torse. Elle fit glisser ses doigts sur les poils de Harry, sur ses mamelons, sur ses pectoraux tout en faisant remonter ses baisers le long de son cou, de sa mâchoire puis de sa bouche à nouveau. Sentir que Dahlia avait envie de lui faisait bander Harry, ça l’excitait complètement et ça lui faisait oublier tout le reste. Il posa ses mains sur les fesses de Dahlia et l’attira contre lui, pour que leurs sexes se touchent. C’était un peu bizarre de sentir son érection contre la sienne mais d’une certaine façon, ça le faisait bander encore plus. Pas de mensonge ici, son désir se voyait bien plus que chez les autres femmes que Harry avait connues. Et ça le rendait un peu fou.

Dahlia l’embrassa une dernière fois puis s’éloigna doucement de lui, à contre cœur, le souffle court.

- Je vais me préparer, murmura-t-elle. Attends-moi là.

- Fais vite, supplia Harry.

Il la regarda partir dans la chambre puis s’enfermer dans la salle de bain. Harry pénétra dans la chambre à son tour et alluma la lumière. Il regarda le lit, les vêtements qui trainaient sur le sol et sourit. Il jeta un coup d’œil à la porte de la salle de bain et s’assit sur le lit en attendant. Il savait parfaitement ce qu’elle était en train de faire, il n’était pas stupide. Il l’avait déjà fait avec Ginny, plusieurs fois, mais il refoula cette pensée.

Il ne faisait pas froid dans l’appartement mais Harry, torse nu, fut parcouru d’un frisson. Il se sentait seul sans elle, il voulait qu’elle revienne. Autrement, il serait obligé de réfléchir à ce qu’il était en train de faire et il n’en avait aucune envie. Il se leva vivement, soulagé, quand la porte de la salle de bain s’ouvrit et que Dahlia en sortit. Elle s’était changée, elle avait retiré ses vêtements et enfilé une nuisette noire et sobre, simplement agrémentée de dentelle au niveau du décolleté. Harry la contempla une seconde, un peu subjugué, parce qu’il la trouvait belle et attirante.

- Tu es encore là, constata Dahlia avec un sourire crispé.

Elle semblait presque surprise, comme si elle s’était attendue à se retrouver seule en revenant dans sa chambre. C’était ce qu’elle devait craindre, au fond.

- Bien sûr, répondit Harry, étonné.

- Tu aurais pu changer d’avis et t’enfuir.

- Ce n’est pas vraiment mon genre.

Dahlia sourit. Elle n’avait que sa baguette à la main et elle la pointa vers la lampe pour l’éteindre.

- Je préfère éteindre, dit-elle.

Harry ne fit aucune remarque, elle pouvait bien faire ce qu’elle voulait. Il la rejoignit dans l’espace exigu de la chambre et se pencha vers elle. Il caressa sa joue avec le bout de son nez, remonta vers ses cheveux, les sentit le chatouiller. Dahlia posa sa baguette sur la table de chevet, un peu au hasard, puis posa une main sur le torse de Harry et le poussa vers le lit. Il s’y laissa tomber sans résister, s’allongea et la regarda venir sur lui. C’était peut-être à cause de l’obscurité, de l’éclat pâle de la lune, des reflets dans les cheveux de Dahlia, mais tout cela ressemblait un peu à un rêve. Harry leva les yeux vers elle et la regarda, partagé entre désir et stupeur de se retrouver là, allongé entre ses jambes. Il croisa ses yeux gris, les mêmes qui l’avaient regardé avec tellement de haine pendant toutes ces années. Il n’y avait plus de haine aujourd’hui, ils étaient sombres et différents. Harry redressa légèrement la tête et Dahlia se pencha vers lui. Ses longs cheveux tombèrent autour du visage de Harry mais il s’en moquait parce que la bouche de Dahlia retrouva la sienne et l’embrassa à nouveau.

Harry posa ses mains sur les hanches de Dahlia, à travers sa chemise de nuit. C’était la première fois qu’il la touchait vraiment depuis qu’il la connaissait et il avait envie de plus, beaucoup plus. Il descendit vers ses fesses puis ses cuisses, jusqu’à ce qu’il atteigne la peau de ses jambes. Elle avait la peau douce et chaude et il prit son temps. C’était ridicule, ce n’était que ses jambes mais toucher sa peau excita Harry encore plus. Il fit lentement remonter ses mains, souleva sa nuisette sur ses cuisses, agrippa ses fesses. Il sentit Dahlia soupirer contre ses lèvres et se sentit durcir encore plus. En parlant de ça, Harry délaissa les fesses de Dahlia et voulut soulever sa nuisette. Dahlia arrêta de l’embrasser et lui attrapa vivement les poignets.

- Non, dit-elle d’un ton autoritaire.

- Non ? s’étonna Harry. Ça ne me dérange pas, je te l’ai dit, je peux…

- Mais moi ça me dérange, coupa Dahlia. Ne me touche pas ici, ne regarde pas.

- Ah…ah bon, d’accord.

Harry retira ses mains. Pour faire passer le léger embarras, sans doute, Dahlia l’embrassa à nouveau, avec plus d’envie et de passion qu’avant. Harry passa une main dans ses cheveux, les tint fermement et se redressa vivement. Il s’assit sur le lit, la garda contre lui et lui rendit la passion de son baiser. Il aimait sentit son ventre contre le sien, il aimait sentir ses cuisses autour de lui. Il pouvait nettement sentir qu’elle bandait, contre lui, mais il n’essaya pas de faire quoi que ce soit. Au lieu de ça, il mit fin au baiser et la regarda dans les yeux. Elle était un peu plus grande que lui, puisqu’elle était assise sur lui et elle tendit les mains pour lui prendre ses lunettes. Elle les lui retira doucement, les posa quelque part, il ne savait où et se retourna vers lui. Elle passa une main dans ses cheveux noirs, avec une tendresse qui lui échappa un peu. Il savait qu’elle l’aimait et il aurait voulu le sentir davantage. Si elle l’avait dit à voix haute, Harry aurait bien été capable de lui répondre « Moi aussi ».

Harry caressa les épaules nues de Dahlia et saisit les bretelles de sa nuisette. Il tira un peu dessus et la regarda.

- Ça, je peux ? Demanda-t-il.

- Oui.

Il fit glisser les bretelles le long de ses épaules et se pencha vers elle. Il embrassa la peau de son cou, puis le haut de ses seins. Il repoussa la nuisette le plus qu’il put, jusqu’à son ventre et hésita une seconde. Mon dieu, comme il avait envie de ça. N’y tenant plus, Harry posa ses mains sur elle, sur la peau de son dos, sur sa nuque, sur ses seins. Ils tenaient parfaitement dans sa paume, c’était presque mieux qu’ils soient petits. Harry referma ses mains sur eux, les caressa doucement, un peu plus excité à chaque seconde. Il frôla les tétons de Dahlia avec son pouce, l’écouta soupirer contre lui, en retira un plaisir intense. Il retira ses mains, baissa la tête et lécha ses seins. Ils étaient doux, ils avaient le goût de sa peau, un goût un peu fruité à cause du savon. Il prit un de ses mamelons dans sa bouche, le suça et le caressa avec le bout de sa langue. Dahlia agrippa ses cheveux et soupira à nouveau dans le silence de la petite chambre. Il continua ses caresses sur ses seins, avec sa main et avec sa langue, il la sentit se tendre contre lui et il écouta sa respiration s’accélérer. Il avait envie de la repousser sur le lit, de se mettre au-dessus d’elle, de la déshabiller complètement, de s’allonger entre ses jambes. Il avait envie de caresser chaque parcelle de sa peau, de s’enivrer de son parfum, de s’attacher à ses cheveux, pour toute la nuit, pour plus longtemps que ça, même.

Quand il songea à se redresser pour l’allonger sur le lit, Dahlia lâcha ses cheveux et s’écarta de lui, l’empêchant de faire ce qu’il voulait. Elle descendit de ses cuisses et entreprit de défaire son pantalon. Il l’aida, se débarrassa de son vêtement inutile, retira son caleçon et la regarda se mettre à quatre pattes au-dessus de lui. Il n’avait pas le droit de regarder son sexe mais elle ne se gênait pas, elle. Harry retint sa respiration quand Dahlia se pencha, quand ses cheveux chatouillèrent la peau de son ventre et de ses cuisses, quand la langue de Dahlia lécha le bout de son gland. Puisqu’il ne voyait de toute façon pas grand-chose sans ses lunettes, Harry ferma les yeux et laissa Dahlia faire le reste. Et puis, il commençait à comprendre qu’elle ne le laisserait pas diriger les choses mais ça ne le dérangeait pas vraiment. Les yeux fermés, il pouvait mieux entendre le silence de la chambre, les bruits de la bouche de Dahlia sur son sexe. Il pouvait mieux sentir la chaleur, l’humidité, le plaisir quand la main de Dahlia descendait sur son pénis et quand sa langue le léchait.

Il éprouva le froid quand tout s’arrêta et ouvrit les yeux.

- Potter, appela-t-elle. Tiens mes cheveux s’il te plait.

- Avec plaisir, répondit Harry en souriant.

Il attrapa les cheveux de Dahlia et les garda dans ses mains pour lui permettre de continuer sa fellation sans qu’ils la gênent.

- Arrête de m’appeler Potter, souffla Harry en la regardant.

- Comme tu veux.

Elle le reprit dans sa bouche et Harry poussa un gémissement. Ça l’excitait de lui tenir les cheveux pendant qu’elle le suçait, ça l’excitait de la voir faire ça. Et en même temps, il ne se sentait pas complètement bien, il y avait un malaise qu’il n’arrivait pas à identifier. Peut-être parce que c’était la première fois qu’il couchait avec elle et que les premières fois n’étaient jamais les plus réussies. Peut-être parce que c’était elle, justement, et que ça restait étrange de coucher avec Malefoy.

Harry tira doucement sur ses cheveux pour l’obliger à arrêter. Il voulait passer à la suite, il commençait à se sentir un peu seul, même s’il avait conscience que c’était bizarre de penser cela dans un moment pareil. Dahlia se redressa et avança jusqu’à la table de chevet. Elle en sortit une boite et un flacon qu’elle ramena vers elle. Harry voulut attraper la boite de préservatifs mais elle s’en chargea pour lui. Elle voulait visiblement tout faire. Elle le lui mit d’un geste plutôt assuré et il se laissa faire. Il reconnaissait la sensation, il avait les mêmes préservatifs à Londres, ceux de la marque Passe-Partout, qui étaient fins et légers, tellement qu’on les sentait à peine, qui étaient enduits d’une potion qui évitait toute douleur, à moins que cela se fasse de force ou sans aucune préparation. Harry pensa à Jane, refoula cette idée, regarda Dahlia se verser du lubrifiant sur les doigts et se pénétrer elle-même, sous sa chemise de nuit.

- Je peux le faire, dit Harry.

- C’est bon, assura Dahlia en retirant sa main.

Il se sentait un peu frustré. Il le fut encore plus quand elle rajusta rapidement sa nuisette et s’assit sur lui en lui tournant le dos. Dans l’obscurité, il n’aurait de toute façon pas pu voir grand-chose mais tout de même, l’idée qu’elle ne veuille pas lui faire face le déprima un peu. Il ne dit rien cependant, il la laissa prendre son sexe et s’asseoir lentement dessus, il soupira quand il se sentit entrer en elle, elle gémit à voix basse, comme si elle avait peur de faire trop de bruit. Harry posa ses mains sur ses hanches et elle se mit à bouger lentement sur lui, en s’appuyant sur ses jambes pour se retenir. Elle soupirait à chaque fois qu’il s’enfonçait en elle et les mains de Harry se crispaient sur sa nuisette. C’était bon et en même temps, Harry n’était pas satisfait. Ce n’était pas ce qu’il voulait. Il la voulait elle, il voulait la toucher, la sentir contre lui, sentir sa peau nue contre la sienne. Il voulait bouger lui aussi, la pénétrer lui-même, lui donner du plaisir. Il n’était pas stupide, il avait bien compris ce qui la gênait. Elle ne voulait pas qu’il voie ou touche son pénis, bien, il ne le ferait pas. Mais pour le reste, il trouvait cela frustrant.

Il la laissa bouger comme elle le voulait pendant quelques minutes, accélérer un peu, lui arracher un gémissement. Il aurait pu se contenter de ça mais pour leur seule et unique nuit, il voulait plus. Il ne se pardonnerait pas de rester aussi passif du début à la fin. Il avait l’impression qu’elle cherchait à rester loin de lui et ça lui faisait mal. Il ne faisait pas l’amour avec elle pour se sentir seul. Harry serra les hanches de Dahlia pour l’arrêter.

- Je veux bouger moi-même, dit-il.

Elle hésita une seconde puis se redressa. Il se sentit glisser d’elle, s’assit sur le lit et hésita à son tour. Elle se mit à quatre pattes devant lui et Harry la fixa un instant avant de lui attraper le bras pour la tirer vers lui.

- Non, pas comme ça, dit-il d’un ton autoritaire. Mets-toi à genoux devant le mur.

- Tu donnes beaucoup d’ordres, fit remarquer Dahlia.

- Autant que toi, c’est à mon tour maintenant.

Elle céda et se mit à genoux face au mur. Harry vint se coller à elle et saisit le bord de sa nuisette. Il la remonta vivement pour la lui retirer et elle se figea contre lui.

- C’est bon, je ne vois rien dans cette position, assura Harry à son oreille.

Dahlia accepta de se déshabiller et il jeta la nuisette au bout du lit. Il posa doucement ses mains sur ses fesses de Dahlia, les caressa puis la pénétra à nouveau, lentement et profondément. Elle poussa un nouveau soupir et Harry se serra contre elle. Il se sentait beaucoup mieux, la peau de son dos contre la peau de son torse, ses fesses contre son bas-ventre. Dahlia posa une main sur le mur pour se retenir et il posa sa main sur son bras. Il serra son poignet, juste sous le bracelet argenté qu’il sentait contre ses doigts puis remonta et posa sa main sur la sienne. Il ne la lâcherait plus, maintenant qu’il la tenait. Il accéléra ses gestes, s’enfonça profondément en elle, sentit sa peau devenir moite contre son torse. Dahlia gémit avec moins de retenue et sa respiration devint anarchique. Harry repoussa les cheveux de Dahlia de main libre, lécha le dragon qu’elle avait sur la nuque et l’embrassa. C’était bon, c’était meilleur qu’avant. Elle lui tournait peut-être toujours le dos mais elle ne le fuyait plus et il n’était plus seul. Il lâcha sa main, la posa sur le ventre de Dahlia pour la maintenir contre lui et remonta vers ses seins. Il referma ses doigts sur l’un d’eux et le tint fermement. Dahlia poussa un autre gémissement qui fit frissonner Harry et lui donna l’impression qu’il allait jouir immédiatement. Elle tendit son bras libre en arrière, attrapa les cheveux de Harry et le tira vers elle. Elle tourna la tête vers lui et l’embrassa violemment. Il lui rendit son baiser, excité à mort, sentant la fin assez proche.

Elle arrivait au bout de sa résistance elle aussi et elle retira sa main du mur. Elle arrêta d’embrasser Harry et se masturba rapidement, pour jouir vite. Harry lui attrapa le poignet et elle se figea à nouveau.

- Continue, gémit Harry. Je veux juste te sentir le faire.

Elle reprit ses gestes et Harry la pénétra au même rythme, rapidement, impatient de jouir. Les mouvements que faisait Dahlia pour se masturber excitaient Harry, les soupirs qu’elle poussait l’excitaient aussi. Il l’entendit gémir plus fort quand elle jouit enfin et que les gestes s’arrêtèrent. Harry ne lâcha pas son poignet, il le serra fort, avec la sensation du bracelet froid contre sa peau, bougea encore un peu en elle et éjacula à son tour en gémissant contre sa nuque. Lentement, il ouvrit ses doigts pour la libérer et il se retira délicatement d’elle. Ils restèrent l’un contre l’autre pendant un instant, attendant que leurs respirations se calment. Dahlia pouvait sentir le torse de Harry gonfler contre son dos à chaque inspiration, elle sentait son souffle chaud contre sa nuque. Elle savait qu’elle aurait froid quand tout cela s’arrêterait et elle préférait s’en charger elle-même. Elle s’écarta de lui et se leva pour aller chercher sa nuisette, prenant bien soin de lui tourner le dos. Elle l’enfila rapidement et se tourna enfin vers lui.

Harry ne savait pas trop quoi faire. Il commença par retirer le préservatif et alla le jeter dans la salle de bain. Il revint ensuite dans la chambre, hésitant. Il n’avait pas envie de partir juste après, de cette façon, mais il ne savait pas ce qu’elle désirait, elle.

- Tu veux que je parte ? Demanda-t-il.

- Non, pas forcément, répondit Dahlia sans le regarder. Tu veux une dernière bière ?

- Oui, merci.

Il avait soif et il lui fut reconnaissant de la proposition. Il remit son caleçon et ils burent leur bière tous les deux, assis en tailleur sur le lit. Dahlia avait rallumé la lumière et Harry avait remis ses lunettes, tout était plus clair et moins flou. Il regarda le tatouage qu’elle avait au bras gauche et fut frustré de ne pas l’avoir touché. A vrai dire, il y avait plusieurs choses qui le frustraient mais tant pis, il devrait se contenter de ça.

- Tu peux dormir là si tu veux, proposa Dahlia.

- Je dois me lever tôt demain matin, tu es sûre que ça ne te dérange pas ? On sera dimanche…

- Je me rendormirai, tant pis.

- D’accord.

Il alla jeter les bières dans la cuisine pendant qu’elle se lavait les dents et ils se couchèrent l’un à côté de l’autre dans le lit. Il avait envie de la prendre dans ses bras mais quelque chose le retint et il ne le fit pas. Elle éteignit la lumière et ils restèrent là.

- Je ne sais pas si c’était une bonne idée, mais je suis bien contente que tu aies reproché à Bernard et Will de se servir de moi, dit brusquement Dahlia. Ce n’est pas directement de leur faute mais tout de même, ça m’a fait plaisir.

- Tant mieux, répondit Harry en souriant. Ils se bougeront peut-être pour faire quelque chose.

Harry bailla. Il était fatigué à cause de son enquête qui venait de s’achever et à cause du sexe avec Dahlia. La bière n’aidait pas et il se sentait somnoler. Il se tourna dans le lit, s’allongea dos à elle et ferma les yeux. Il s’endormit bien plus vite qu’il l’aurait cru.

Dans le noir, Dahlia se rapprocha de lui, le plus qu’elle put sans que ça paraisse étrange. Elle ferma les yeux pour respirer l’odeur de ses cheveux. C’était comme prendre une dernière bouffée d’oxygène avant de plonger, sauf que cette fois-ci, elle savait qu’il n’y aurait jamais de retour à la surface. Elle se noierait sans rien pouvoir y faire, elle espérait bien qu’Emily viendrait la sauver mais elle ne savait pas si ce serait suffisant. Elle referma ses bras sur elle, pour lutter contre un froid imaginaire. Elle pouvait encore sentir la brûlure entre ses jambes, elle avait presque envie qu’elle ne disparaisse jamais. Elle resta longtemps dans le noir à fixer le dos de Harry sans vraiment le voir et à écouter les bruits lents de sa respiration.

Harry fut tiré du sommeil par quelqu’un qui lui secouait l’épaule et il ouvrit les yeux pour se retrouver face à Dahlia. Il se redressa brusquement, un peu désorienté et mit maladroitement ses lunettes sur son nez. Elle se tenait devant lui, en chemise de nuit. Elle avait enfilé une légère robe de chambre pour se protéger du froid matinal et ça sentait le café dans l’appartement.

- Il faut que tu te lèves, dit-elle. Tu vas louper ton Portoloin sinon.

Il se leva rapidement, s’habilla un peu au hasard et la rejoignit dans la cuisine. Il était 6h30 du matin et elle avait déjà préparé le café.

- Tu es levée depuis longtemps ? S’étonna-t-il.

- Non, assura Dahlia.

Elle lui tendit une tasse et il s’assit à la table pour la boire. Elle n’en prit pas, elle avait surement l’intention de se recoucher, comme elle l’avait dit. Harry trempa ses lèvres dans le liquide brûlant et se rappela les événements de la veille. Il se souvenait parfaitement de tout, de la question absurde de Dahlia dans le couloir, de leur premier baiser, de ses lèvres sur son sexe quand elle l’avait sucé, de la sensation d’être en elle. C’était bizarrement beaucoup moins intense et enthousiasmant, maintenant que c’était le matin.

Harry leva les yeux vers Dahlia qui restait appuyée au plan de travail, les bras croisés. Elle ne le regardait pas, elle ne disait rien, elle semblait attendre qu’il finisse et qu’il s’en aille. Harry la fixa et eut un coup au cœur. La panique l’envahit à nouveau, mais pas la même que la veille. Au fur et à mesure qu’il se rendait compte de ce qu’il lui avait fait, il se sentait froid et misérable. La culpabilité le submergea complètement et il eut presque du mal à respirer. Il avait fait exactement ce qu’Emily lui avait dit de ne pas faire, évidemment. C’était bien son genre, il était doué pour tout gâcher. Elle lui avait demandé de partir sans briser le cœur de Dahlia. Tu parles, il avait couché avec elle une fois, pour sa dernière nuit et il s’apprêtait maintenant à partir pour toujours en la plantant là, toute seule.

Harry termina rapidement sa tasse, se brûla au passage et se leva. Il fallait qu’il y aille, il devait prendre ce Portoloin.

- Il va être l’heure que je m’en aille, dit-il.

Et chaque mot lui écorcha la bouche.

- Oui, répondit Dahlia.

- Désolé de partir aussi vite, je…

- Inutile de t’excuser, on savait très bien que tu devais partir.

Harry se tut et la regarda en espérant quelque chose, il ne savait même pas quoi. Si elle lui demandait de rester, maintenant, si elle lui disait qu’elle l’aimait et qu’elle ne voulait pas qu’il parte, il resterait peut-être. Malgré cela, Dahlia ne disait rien et évitait toujours de le regarder. Harry remit ses chaussures, un peu fébrile et revint vers elle.

- Bon… eh bien, j’y vais alors, bafouilla-t-il.

- Oui.

Elle marcha vers la porte et l’ouvrit sans hésiter. Harry la regarda une dernière fois et elle leva enfin les yeux vers lui. Pendant une seconde, il eut envie de dire « Merci pour cette nuit » mais il se retint à temps, ça aurait été pire que tout. A la place, il se pencha vers elle, déposa un léger baiser sur sa joue et se força à sourire.

- Au revoir Dahlia, prends soin de toi.

- Au revoir Harry.

Il s’était à peine détourné qu’elle referma la porte sur lui, pour couper court aux adieux. Harry s’empressa de s’en aller et de transplaner à l’hôtel. Dans une sorte de brouillard, il gagna sa chambre et appuya sur la poignée. A cet instant, la porte d’Hermine s’ouvrit et son amie apparut sur le seuil. Harry se figea et ils se fixèrent un instant, sans rien dire. Il n’y avait pas vraiment de jugement sur le visage d’Hermione, il y avait surtout une interrogation. Harry baissa la tête et regarda le sol.

- J’ai fait quelque chose de cruel et d’égoïste, murmura-t-il.

- Oui… confirma Hermione. Mais elle savait ce qu’elle faisait, elle aurait pu refuser.

- C’est trop facile. C’est moi qui…

- Alors tu n’aurais pas dû le faire. Tu n’as rien fait de blessant au moins ?

- Non…

- Prépare tes affaires Harry, nous devons partir.



Harry reprit pied dans le grand hangar qui abritait les Portoloins en partance et en provenance des Etats-Unis. Il n’y eut aucun contrôle dans ce sens-là et il sortit du hangar aux côtés d’Hermione, son sac à la main. Il faisait beau et c’était absurde mais Harry se sentit bien immédiatement. Londres lui avait manqué, il était heureux de rentrer. Ils quittèrent Greenwich en transplanant et se retrouvèrent devant leur immeuble. Harry attendit qu’Hermione ouvre la porte mais elle resta immobile sur le palier.

- Ça va ? demanda-t-elle en lui tournant le dos.

- Oui, assura Harry.

- Tu es sûr ?

- Oui.

Il allait bien, oui, et il irait bien de toute façon, il n’y avait rien à dire. Il avait croisé Dahlia à l’autre bout du monde, elle lui avait plu, ils avaient partagé des moments agréables mais c’était terminé. Ce n’était qu’une passade, un genre d’amourette de vacances sans projet d’avenir, ce n’était pas sérieux. Elle était restée là-bas, il était rentré ici, tout allait lentement s’effacer et redevenir comme avant.

Hermione poussa la porte de l’immeuble sans insister davantage et ils gagnèrent l’appartement. Ron ouvrit la porte avant même qu’ils touchent la poignée et leur adressa un large sourire. Il était heureux de les revoir. Il embrassa vivement Hermione, serra Harry dans ses bras et referma la porte. Ça sentait bon, Ron avait fait à manger en les attendant. Harry, qui n’avait pas pris de petit déjeuner, avait faim et ça tombait bien. Ils s’assirent tous les trois à la table et Ron servit les pommes de terre et les saucisses. Il avait l’air ravi.

- Je commençais à me sentir sacrément seul ici sans vous, avoua-t-il. Vous êtes partis longtemps quand même, je ne pensais pas que ça prendrait autant de temps.

Harry se fit la réflexion qu’ils allaient bientôt déménager, se marier et le laisser seul aussi et que ce ne serait pas pire mais il se retint. Ça jetterait un froid et il n’avait pas le droit de leur faire ce genre de reproche. Hermione entreprit de lui raconter la fin de l’enquête et la discussion leur prit tout le temps du déjeuner. Il y avait beaucoup de choses à dire et puisque Ron était Auror aussi, ils pouvaient lui expliquer tous les détails et les petits éléments de l’enquête. Il comprenait. Plus il parlait et plus Harry se sentait bien. Il était heureux d’être rentré et de retrouver Ron, son meilleur ami lui avait manqué. Il était heureux de retrouver son appartement, sa vie, sa ville. Finalement, c’était bien moins tragique qu’il l’avait craint.

Après le repas, Harry lança la vaisselle et ils s’assirent sur les canapés.

- J’ai presque envie d’un café, se plaignit Hermione. Ils m’ont contaminée.

Harry rit et fit chauffer de l’eau. Eté ou hiver, on buvait du thé. Armés de leurs tasses fumantes, ils continuèrent à discuter, comme ils l’avaient fait tant de fois. Hermione s’était assise contre Ron et soufflait sur son thé. Harry était décalé. Il avait envie de faire une sieste alors qu’il s’était levé à peine quelques heures plus tôt.

- Bon, alors, dit Ron en regardant Harry. C’est incroyable cette histoire avec Malefoy, non ?

- C’est surprenant, oui, admit Harry en détournant rapidement le regard.

- Il parait que tu ne voulais pas rentrer me voir pour rester avec elle, commenta Ron avec un sourire moqueur.

Harry rougit un peu et jeta à Hermione un regard noir.

- Je ne voulais pas vous gêner, c’est tout.

- Tu sais très bien que tu aurais pu rentrer une fois.

- Au moins, j’ai visité New York, se défendit Harry.

- Tu as pris des photos ? demanda Ron, intéressé. Tu as une photo d’elle ?

Harry fixa Ron avec stupeur. Non, il n’avait pas pris de photo et il n’avait pas de photo d’elle. C’était peut-être mieux comme ça. Il dévia un peu le sujet en racontant ce qu’il avait visité avec elle. Il ne cacha pas qu’il appréciait peu cette ville et qu’il n’y avait rien trouvé de spécialement enthousiasmant.

- Vous êtes amis alors maintenant ? demanda Ron. Hermione m’a dit que Malefoy n’est plus comme avant. Je veux dire, pas juste physiquement mais dans son caractère aussi.

- Oui, elle est différente. Et puis elle s’est excusée, c’était… constructif.

- Tant mieux, dit Ron, l’air un peu sceptique. Et alors, elle est comment en femme ?

Harry fixa sa tasse de thé un instant.

- Stupéfiante, souffla-t-il.

Il y eut un silence dans le salon et Harry releva les yeux vers Ron. Son ami le regardait attentivement, un peu surpris par la déclaration.

- On pourrait peut-être parler d’autre chose ? proposa Harry. Quoique, je crois que je vais aller me reposer, j’ai envie de retrouver mon lit.

Il alla s’enfermer dans sa chambre et s’allongea sur son lit. En jetant un coup d’œil à sa montre, il constata qu’il ne l’avait pas remise à l’heure. Il tendit la main puis changea d’avis au dernier moment. Il était 9h30 à New York, Dahlia devait se préparer à aller travailler.



OoOoO




Emily commençait à deux heures de l’après-midi mais elle arriva un peu en avance. Elle s’inquiétait pour Dahlia et elle ne voulait pas la laisser seule trop longtemps. Dahlia était au comptoir quand elle entra dans la librairie et elle se tourna vers son amie en entendant la clochette tinter. Elle lui sourit, comme tous les jours. Emily rejoignit Dahlia, s’attacha distraitement les cheveux et la regarda avec douceur.

- C’était bien hier soir ? Vous avez fait quoi ?

- Nous sommes allés manger, nous avons bu un dernier verre et puis ils sont partis vers 22h.

- C’est tout ?

Dahlia hésita une seconde.

- Oui, répondit-elle.

- Bon… Ils sont partis là ?

- Oui, leur Portoloin était tôt ce matin.

- D’accord… Tu vas bien ?

Dahlia joua avec la plume qui trainait devant elle. Elle avait menti à Emily, il y avait eu bien plus que ça. Elle avait couché avec Harry, elle avait dormi avec lui, elle lui avait fait du café, elle l’avait regardé s’en aller. Elle aurait pu le raconter à Emily mais elle n’osait pas, elle avait honte d’elle-même. Elle savait très bien ce que sa meilleure amie dirait, que c’était stupide de faire ça, que ça n’apportait rien à part de la souffrance supplémentaire. Elle insulterait Harry, le traiterait d’imbécile égoïste. Elle aurait raison, mais Dahlia n’avait pas envie d’entendre ça. Elle voulait garder pour elle la voix de Harry qui disait « Tu me plais exactement comme tu es », elle voulait garder pour elle le désir qu’elle avait vu dans ses yeux, la chaleur de ses mains sur sa peau. Il était peut-être un imbécile et il était peut-être égoïste mais elle l’aimait comme ça. Et il avait voulu d’elle, rien qu’une fois peut-être, parce qu’il savait qu’il allait partir et que ça ne mènerait à rien mais tant pis, il avait voulu d’elle. Alors elle pouvait bien souffrir maintenant, ça lui convenait.

- Ça va aller, répondit Dahlia. Je n’ai pas besoin de lui, je peux tout à fait vivre sans lui.

- Oui, je n’en doute pas.

Dahlia se tourna vers le client qui entra et lui sourit. Elle l’observa sans le voir, les yeux dans le vague. Elle repensa au baiser que Harry avait déposé sur sa joue avant de partir, à la fois où il lui avait mis du vernis, au dessin-animé absurde qu’il l’avait emmenée voir, au jour où il avait attrapé sa main, dans la Salle sur Demande pour la sauver des flammes, au visage qu’il avait quand il avait dit « Je fais des cauchemars moi aussi ». Et elle se sentit si seule que c’était presque insupportable.



OoOoO




Harry fut très content de retrouver ses collègues, il était même heureux de se rendre au Ministère. Il passa une bonne partie de sa matinée du lundi à raconter à Jane, Rufus et Mark à quoi ressemblait le fonctionnement des Aurors aux Etats-Unis. Il leur avoua qu’il s’était disputé avec le chef de la section criminelle et leur fit promettre de ne rien répéter à Nestor Achab. Mark n’arrêtait pas de rire et lui donna une franche et puissante tape dans le dos pour le féliciter.

- C’est bien, il faut leur montrer qui nous sommes !

Rufus était plus mesuré et ne trouvait pas cela si drôle. Il n’osa cependant plus faire de commentaire quand Hermione déclara calmement que Troy Bernard méritait tout à fait ce que Harry lui avait dit.
Pendant leur absence, leurs trois coéquipiers avaient résolu l’affaire qui secouait Londres et ils étaient plutôt tranquilles depuis quelques jours. Nestor avait proposé à Harry et Hermione de prendre une semaine de congés, après avoir passé un mois à New York, mais ils avaient refusé. Harry n’avait aucune envie de rester seul chez lui à ressasser des choses inutiles, il était bien mieux au travail. Quand ils n’enquêtaient pas, les Aurors aidaient généralement la police pour des missions moins enthousiasmantes mais nécessaires. Après tout, il n’y avait pas de mages noirs en liberté et menaçants tous les jours.

Le soir, quand il fut l’heure de rentrer, Harry fut rejoint par Jane dans l’ascenseur.

- Tu veux venir dîner chez moi ? Proposa-t-elle.

Harry hésita un instant, mal à l’aise.

- Non, pas ce soir, je suis un peu fatigué à cause du décalage horaire, répondit-il.

- D’accord, pas de souci.

Ils se dirent au revoir et partirent chacun de son côté. Harry regarda sa montre. Il était deux heures de l’après-midi à New York, Dahlia devait travailler à la librairie. Elle avait sans doute vu Emily. Harry se demanda s’il n’allait pas recevoir une lettre incendiaire. Dans son esprit, Emily pourrait tout à fait lui envoyer une beuglante pour lui hurler dessus qu’il avait brisé le cœur de Dahlia avant de partir et qu’il n’était qu’un gros con. Il le mériterait surement.

Finalement, les jours passèrent et il ne reçut aucune beuglante. Il ne reçut rien du tout d’ailleurs et la vie à New York commença à devenir floue et irréelle. Il avait du mal à croire qu’il avait véritablement vécu là-bas pendant près d’un mois, qu’il avait rencontré des gens comme Troy Bernard ou Will Masetti. Bientôt, il les oublierait complètement et ce ne serait pas plus mal. Il préférait largement travailler avec Rufus, Jane et Mark. Il retrouva le plaisir de blaguer avec eux, de prendre sa pause au soleil en bavardant avec Rufus, de se rendre au travail avec bonne humeur. Il finit par accepter la proposition de Jane et rentrer avec elle un soir, après leur service. Il ne put s’empêcher de penser à Dahlia en faisant l’amour avec elle et cela lui fit de la peine car, en vérité, c’était bien plus reposant et facile de coucher avec Jane. Et cette idée lui faisait mal, lui broyait le cœur sans qu’il comprenne pourquoi, le faisait se sentir plus coupable encore.

Au milieu de tout cela, il fut invité à déjeuner chez Bill et Fleur, le dimanche qui suivit son retour. Il n’avait pas vu les Weasley depuis longtemps et il fut heureux de les retrouver. Bill avait invité ses parents, Harry, Ron et Hermione. Ils étaient presque en petit comité mais c’était très bien comme ça. Ils s’étaient installés dehors, devant la petite maison et ils avaient une vue splendide sur la mer, en contre-bas. Il faisait beau depuis plusieurs jours, ce qui promettait bientôt de la pluie à venir. Ils profitaient donc du jardin et du beau temps. Victoire jouait dans l’herbe tandis que Dominique dormait dans les bras de Molly. Harry se rappela qu’il avait un jeu pour Teddy et qu’il faudrait qu’il aille lui rendre visite dès qu’il le pourrait.

Bill était déjà allé à New York pour son travail et ils comparèrent ce dont ils se souvenaient. Molly et Arthur étaient curieux et elle répéta plusieurs fois qu’elle aimerait bien voyager plus souvent.

- Quand je prendrai ma retraite, répondait Arthur en souriant.

Molly levait les yeux au ciel, découragée. Hermione et Ron subirent une agression de questions sur leur déménagement prochain. Avaient-ils trouvé quelque chose ? Voulaient-ils de l’aide ? Ron avoua qu’ils avaient une visite prévue la semaine prochaine mais refusa catégoriquement que sa mère l’accompagne. Harry souriait pour lui-même, amusé de voir son ami se battre contre sa mère. Parfois, il regardait Fleur et à chaque fois, il se sentait un peu oppressé. Elle ressemblait à Dahlia, elle avait les mêmes cheveux blonds argentés, longs et scintillants. Enfin non, ce n’était pas tout à fait le même blond. Mais quand même, elles avaient quelque chose en commun, une allure un peu semblable. Harry regarda sa montre, il était dix heures à New York, Dahlia ne travaillait pas. Peut-être était-elle avec ses amis. Il les imagina chez Chris et Ethan, dans leur nouvelle maison, Andrew avec des cheveux à la couleur improbable, Emily avec son regard autoritaire, Jamal et son sourire communicatif, Marilyn et son khôl noir. Il ne les connaissait pas vraiment mais il était heureux qu’ils existent. Ça le rassurait un peu de savoir que Dahlia n’était pas toute seule.



OoOoO




Harry et Hermione étaient repartis depuis presque deux semaines quand Dahlia reçut un message du MACUSA qui la convoquait cinq jours plus tard à seize heures tapantes. Elle était chez Andrew quand elle le reçut, ce qui agaça prodigieusement Emily.

- Mon Dieu, ils te débusqueraient n’importe où, c’est effrayant ! S’écria-t-elle.

- Ce sont les Aurors, commenta Andrew d’un ton neutre.

Ils étaient sur l’une des terrasses du château, en hauteur, et avaient une vue merveilleuse sur le parc. Dahlia n’auraient su dire si la famille Stewart était plus riche ou non que l’avait été la sienne mais ça la rendait toujours nostalgique de venir ici. En Angleterre, elle habitait un manoir bien plus petit avec un parc bien plus petit mais elle n’était pas certaine que ça ait vraiment un rapport avec la somme totale des biens de sa famille. C’était simplement qu’ici, aux Etats-Unis, tout était toujours démesurément grand.

- Qu’est-ce qu’ils te veulent ? demanda Andrew.

- Aucune idée, répondit Dahlia en échangeant un regard anxieux avec Emily.

Ce n’était pas une convocation pour une mission ordinaire, c’était différent. Le message portait le sceau du chef des Aurors lui-même, ce qui inquiétait beaucoup Dahlia. Elle se força à rester calme et à ne plus y penser.

- Qu’est-ce que tu disais ? Demanda-t-elle.

- Je disais que j’allais faire une fête la semaine prochaine…

- Une fête avec tous les jeunes aristos sorciers du pays ? rétorqua Emily, un peu méprisante.

- C’est un peu mal venu de ta part ma chérie, répondit Andrew en haussant les sourcils. Je te rappelle que tu viens de ce milieu-là toi aussi.

- Non, ma famille était dans la politique, c’est différent. Et même quand j’étais jeune, j’ai toujours détesté ce genre de fête. Regarder toute la jeunesse dorée du pays se saouler et faire n’importe quoi pour oublier ses problèmes de gosses de riches, ça m’insupporte.

- Ils ne sont pas tous comme ça, pas besoin d’être aussi agressive, rétorqua Andrew. Ce sont mes amis, et ils ne viennent pas tous pour se saouler et faire n’importe quoi. Nous avons le droit de nous amuser un peu.

- Oui…

- Dahlia ! s’écria Andrew, les yeux pétillants. J’ai commandé une nouvelle robe pour cette soirée, tu vas voir, elle est incroyable !

Dahlia regarda Andrew en souriant. Elle se demanda pourquoi Andrew se cachait toujours derrière cette façade superficielle alors qu’elle valait bien plus que cela. Au fond, Dahlia savait pourquoi mais c’était un peu triste à regarder. Ça lui donnait envie de prendre la main d’Andrew et de lui dire « Arrête » d’une voix douce. Elle savait cependant qu’Andrew ne pouvait pas arrêter et elle se contenta de hocher la tête.

- Il faudra me la montrer.

Dahlia tourna la tête vers le parc, n’écoutant plus les chamailleries de fond entre Emily et Andrew. Que lui voulait le chef des Aurors ? Y avait-il un rapport avec ce qui s’était passé entre Harry et Bernard ? Ce n’était sans doute pas à cause de l’agression des Non-Maj, ça remontait à trop longtemps, il y aurait eu des répercussions bien plus tôt si ça avait été le cas. Alors quoi ?


Le jour du rendez-vous, elle arriva en avance, anxieuse mais déterminée à se défendre s’il le fallait. Elle n’avait pas surmonté toutes ces épreuves pour échouer maintenant, alors qu’elle avait enfin une vie qui lui convenait. Ce serait désespérant au possible. Dahlia s’assit dans une sorte de salle d’attente et resta là, à tapoter sa jambe avec le bout de sa baguette. Elle dut patienter vingt minutes avant que la secrétaire du chef des Aurors vienne la chercher et l’emmène dans son bureau, son bureau à elle, pas celui du chef. Dahlia s’assit sur la chaise des visiteurs et la secrétaire saisit un dossier.

- Mademoiselle Malefoy, dit-elle en la regardant à peine. Vous travaillez pour nous depuis plus de trois ans il me semble. Je vois que vous avez effectué de nombreuses missions d’infiltration et apporté beaucoup d’informations pour le compte des différentes sections.

- Oui, répondit Dahlia, méfiante.

- Au début, c’est le chef Masetti qui vous a proposé de travailler pour lui, n’est-ce pas ? En échange de quoi vous ne seriez pas punie d’avoir acheté des potions illégales.

- Oui…

- Très bien mademoiselle Malefoy, ceci remonte à plus de trois ans, nous avons décidé que vous vous étiez acquittée de votre dette. Si vous le désirez, vous pouvez mettre fin au contrat qui vous lie au département des Aurors. Vous pouvez aussi choisir de prolonger le contrat, si vous le voulez.

- Non, je veux y mettre un terme ! s’écria Dahlia.

- Parfait, tenez, signez là.

La secrétaire lui tendit une feuille que Dahlia parcourut du regard puis signa avec soulagement. C’était fini, ils allaient enfin la laisser tranquille et elle ne serait plus obligée de faire des choses dangereuses et déprimantes qui la ramenaient perpétuellement vers son passé. Dahlia rendit la feuille que la secrétaire dédoubla d’un coup de baguette et récupéra son exemplaire. Elle s’apprêta à remercier et partir mais la secrétaire n’avait pas terminé. Elle sortit un autre document sur lequel Dahlia reconnut le sceau du MACUSA.

- Vous avez rendu service au département des Aurors des Etats-Unis pendant plus de trois ans. Nous vous en sommes reconnaissants. Voilà votre certificat de résidence permanente, ne le perdez pas.

- Quoi ? Ah bon… mais…

- Voilà ce sera tout. Bonne journée mademoiselle Malefoy.

Dahlia sortit du bureau, sidérée et sous le choc. Bien serré dans sa main, elle tenait le précieux document qu’elle attendait depuis des années, celui qui lui donnait le droit de rester dans ce pays et qui empêcherait désormais qui que ce soit de la menacer de la renvoyer en Angleterre. Elle n’avait jamais cru qu’elle l’obtiendrait de cette façon, aussi brusquement. Partagée entre la joie et l’incrédulité, Dahlia parcourut les couloirs pour atteindre les escaliers. Elle tourna vivement la tête en entendant la voix de Will qui sortait d’une salle en compagnie des Aurors de sa section. Dahlia hésita une seconde puis fit un pas vers lui. Will s’arrêta en l’apercevant et laissa ses collègues partir sans lui pour la rejoindre. Il lui lança un regard interrogateur.

- Qu’est-ce que tu fais là ?

- J’ai reçu une convocation du chef des Aurors. Il a mis fin à mon contrat et je suis officiellement résidente permanente des Etats-Unis.

Elle l’avait dit en souriant, incapable de cacher sa joie. Will n’eut pas l’air vraiment surpris.

- Oui, il parait que les accusations de Potter lui sont parvenues aux oreilles. Je crois qu’il n’avait pas envie qu’on l’embête avec ça et qu’il a décidé de se débarrasser de toi pour avoir la paix.

Will souriait aussi en disant cela mais elle savait qu’il avait raison. Le chef des Aurors se foutait complètement de Dahlia. En revanche, il n’avait pas envie que Harry Potter leur donne des leçons ou que le Ministère anglais vienne le faire chier avec ça et il avait réglé le problème. Dahlia n’avait que faire des motivations du chef des Aurors, tant qu’elles lui apportaient ce qu’elle désirait.

- Il t’a reçue personnellement ? demanda Will.

- Non, tu parles, je n’ai vu que sa secrétaire.

- J’aurais trouvé cela étonnant.

Ils échangèrent un regard amusé puis il y eut un moment de malaise. Will se tourna vers le couloir, hésitant à y retourner.

- Bon, voilà… Tu es libre maintenant. Tu vas pouvoir te consacrer entièrement à ta librairie et au reste. Tu t’es décidée, tu es allée à l’hôpital ?

- Non, pas encore.

- D’accord. Eh bien… je ne suis pas sûr qu’on se reverra dans ce cas.

Dahlia se mordit la lèvre, hésitante et Will lui lança un regard presque suppliant.

- Tu ne veux pas aller prendre un verre ? proposa-t-il. Pour fêter ça.

- Oui, répondit Dahlia. Allons prendre ce verre.

Will ouvrit la porte de son appartement à tâtons et entra sans même y faire attention. Il était trop occupé à tenir Dahlia contre lui et à l’embrasser. Ça lui avait terriblement manqué, c’était peu de le dire. Finalement, le verre s’était fini plus vite que prévu et ils étaient arrivés là en transplanant. Il l’avait embrassée dans l’ascenseur et elle avait répondu comme avant. Depuis, il ne la lâchait plus.

Will tourna pour refermer la porte et poussa Dahlia vers la table. Il y jeta ses clés, son badge d’Auror, sa baguette et tout ce qui l’encombrait. Il se serra contre elle, heureux de la retrouver, heureux de l’avoir chez lui à nouveau, comme avant. Il savait bien que ce n’était pas exactement comme avant mais tant pis, il ferait semblant. Impatient et excité, il déboutonna le pantalon de Dahlia et le fit glisser sur ses jambes. Il passa une main sur ses fesses, attrapa son sexe, la caressa un peu, jusqu’à ce qu’elle soupire puis se mit à genoux devant elle sur le parquet. Dahlia le regarda faire, les yeux sombres et excités aussi. Elle poussa un gémissement quand Will prit son sexe dans sa bouche et la suça lentement. Ça lui avait manqué, à elle aussi, pour être franche. Elle agrippa les cheveux de Will et les serra entre ses doigts, avec un geste un peu autoritaire, pour le maintenir là et lui ordonner de continuer. De sa main libre, elle se retint à la table et arrêta de penser à quoi que ce soit d’autre. Elle pouvait gémir comme elle voulait ici, elle pouvait même crier ou pleurer, et c’était très réconfortant.

Quand Will la sentit assez dure entre ses lèvres et qu’il l’entendit haleter, il arrêta et se releva. Il s’avança entre ses jambes et se pencha vers elle pour poser sa bouche dans son cou.

- Allons dans la chambre, dit-il.

Dahlia s’assit sur la table et referma ses jambes autour de lui. Il la prit dans ses bras, la porta jusqu’à la chambre et les fit tomber sur le lit tous les deux.



Will fumait à la fenêtre, recrachant la fumée dans l’air chaud de la soirée de juin. C’était une mauvaise habitude qu’il avait héritée de son père, un émigré italien non-maj que sa mère avait rencontré à un mariage. Will avait été élevé dans le monde fermé de Hidden City mais il se rendait souvent dans le quartier italien de New York, là où vivait sa famille paternelle. Il en gardait des traces évidentes, dont la cigarette n’était sans doute pas la meilleure mais ça n’avait pas d’importance. Assise dans le lit, sous le drap, les jambes repliées contre elle, Dahlia le regardait fumer.

- Will… Je suis sûre que tu es pour quelque chose dans la décision du chef des Aurors.

- Plus ou moins, admit Will. Je suis allé le voir, pour lui dire que ce serait bien de te laisser partir et il a dit qu’il allait y penser. Il n’était pas content que Potter ait critiqué nos méthodes. En revanche, je n’ai jamais rien dit pour la résidence permanente. Donc non, je n’ai pas fait grand-chose.

- D’accord, merci quand même.

Dahlia posa son menton sur ses genoux et médita ce qu’il venait de dire. Will inspira une nouvelle bouffée de tabac qu’il rejeta par la fenêtre.

- Alors, est-ce que tu étais contente de les voir ? Tu avais peur au début mais finalement, tu les as invités à ton anniversaire… J’étais un peu étonné, je sais parfaitement que vous n’êtes pas amis d’enfance.

- Après toutes ces années et à l’autre bout du monde, ça semblait absurde de se détester encore, répondit Dahlia.

Will fixa un point imaginaire par la fenêtre, au-dessus des immeubles qui s’étendaient devant lui.

- Tu es amoureuse de Potter, constata-t-il.

Dahlia se tourna vivement vers lui.

- Comment est-ce que tu le sais ?

Will haussa les épaules et prit une autre bouffée.

- Je te connais. Tu étais différente quand il était dans la pièce, tu avais une façon de le regarder, je ne sais pas… Quand il s’est énervé pour prendre ta défense, tu aurais dû voir ta tête.

Will eut un sourire amer mais pas moqueur. Il y eut un silence qui remplit la chambre de regret et de tristesse. Will n’osait pas regarder Dahlia et elle resserra ses jambes contre elle.

- J’ai couché avec lui, avoua-t-elle. La veille de son départ. C’était vraiment inutile de faire ça, je le sais bien mais je n’ai pas pu m’en empêcher.

Will éclata de rire, un rire qui n’avait rien de joyeux.

- Cazzo, tu es vraiment cruelle, souffla-t-il en même temps que sa fumée. Désolé de passer après lui alors, ça devait être bien moins bon !

- Non, j’aimerais bien que ce soit vrai mais c’était meilleur avec toi.

- Ah bon ? s’étonna Will sans trop y croire.

- Oui. Avec lui je n’osais pas… Je ne voulais pas qu’il me voie nue, qu’il touche mon sexe ou qu’il fasse quoi que ce soit de…

- C’était un peu pareil avec moi au début, commenta Will.

- Oui mais là c’était pire. J’avais peur qu’il soit dégoûté et qu’il n’ait plus envie. Je déteste ça.

- Il avait l’air dégoûté ?

- Non.

- Et lui, il t’aime ?

Dahlia joua avec le drap en réfléchissant à la question.

- Je ne sais pas trop. En tout cas, il est parti sans hésiter et il n’a rien dit du tout.

- Il semblait plutôt enflammé quand il a fallu prendre ta défense devant Bernard…

- Potter est comme ça, il pense que c’est sa mission sur terre de défendre les innocents, même les coupables d’ailleurs.

Will écrasa son mégot sur le bord de la fenêtre et la laissa entrouverte. Il revint s’asseoir sur le lit, à côté de Dahlia et poussa un soupir.

- Tu n’as couché avec moi que pour chasser Potter de tes pensées, avoue-le.

- Will, dit sèchement Dahlia. J’ai été honnête, je t’ai dit que je n’étais pas amoureuse de toi et j’ai rompu avec toi. C’est toi qui n’arrêtes pas de me proposer d’aller boire un verre. J’ai accepté, tu devrais être content. Qu’est-ce que tu espérais ?

Will passa une main sur son visage et sourit tristement.

- Oui, merci pour ta froide lucidité. Je ne te le proposerai plus… De toute façon, maintenant que tu ne travailles plus pour nous, je ne te verrai plus. Ce sera surement mieux comme ça.

- Tu vas me manquer, dit doucement Dahlia.

- Toi aussi.

- Will… Le fait que je ne sois pas amoureuse de toi ne signifie pas que je ne tienne pas à toi ou que tu ne sois pas important pour moi.

- Je sais.

Dahlia se leva et entreprit de se rhabiller. Elle était contente de s’être confiée à Will et elle était contente d’avoir fait l’amour avec lui une dernière fois. Elle savait qu’elle l’avait blessé mais elle avait le sentiment qu’il en avait besoin. Maintenant, il pourrait arrêter d’espérer et se tourner vers une autre femme.

Dahlia avait l’intention de passer voir Emily pour lui raconter ce qui s’était passé au MACUSA mais finalement, elle n’y arriva pas. Elle se promena à Central Park toute seule, en prenant soin de rester sur les chemins passants et animés. Peut-être devrait-elle faire comme Will, arrêter d’espérer et se tourner vers quelqu’un d’autre. Elle savait qu’elle devait le faire. Elle y était parvenue, quatre ans plus tôt, pourquoi ne pourrait-elle pas recommencer ? Parce que quatre ans plus tôt, elle n’avait pas couché avec Harry, elle n’avait pas partagé avec lui tous ces moments intimes qui rendaient leur relation réelle. Pour l’amour du ciel, elle avait presque eu l’impression de sortir avec lui pendant quelques jours. S’il était parti sans lui dire qu’elle lui plaisait et sans faire l’amour avec elle, les choses auraient été plus simples, elle le savait.

- Va chier Potter, murmura Dahlia en regardant le lac.

Il fallait toujours qu’il ruine sa vie et qu’il lui fasse mal, qu’il apparaisse à des moments inopportuns et qu’il fasse des choses qui détruisaient tout ce qu’elle avait construit. Elle le détestait tellement que ça la brûlait et elle se demandait bien pourquoi elle l’aimait autant, en même temps. Elle avait envie de pleurer de dépit et de frustration, de colère et de douleur. Et voilà que sans même le savoir, Potter la libérait des Aurors et des menaces d’expulsion, tout comme il l’avait libérée des flammes et de la prison. Ne pouvait-il donc pas la libérer de lui, tant qu’à faire ?
Chapitre 7 - Bouleverser ma vie by Celiag
Harry était allé voir Teddy et Andromeda pour offrir son cadeau. Il s’était amusé à apprendre le début de l’hymne américain à son filleul qui souriait à chaque fois que la flamme de la Statue de la liberté s’allumait. Depuis, Teddy passait son temps à fredonner l’air de l’hymne et ça agaçait prodigieusement Andromeda. Harry lui avait vaguement raconté son séjour à New York, passant en silence ce qu’il y avait de plus important, finalement. Il avait pris de ses nouvelles à elle.

- Vous voyez souvent votre sœur, dernièrement ? avait demandé Harry d’un ton neutre.

- Oui, comme d’habitude.

- Et comment va-t-elle ?

- Je la trouve plutôt bien en ce moment. Pourquoi cet intérêt soudain ?

- Pour rien.

Il trouvait étrange de penser que Narcissa continuait à pleurer la mort de quelqu’un de parfaitement vivant mais bien sûr, il n’en dirait jamais rien. Il avait fait une promesse à Dahlia et il comptait bien la respecter.

Souvent, quand il travaillait, il regardait sa montre et essayait de deviner ce que Dahlia pouvait bien faire. Il l’imaginait sur la jolie place de sa librairie, avec Emily. Il l’imaginait au MACUSA, avec ce rustre de Bernard. Il l’imaginait dans le bar, avec ses amis. Il l’imaginait chez elle, se bagarrant avec la vaisselle, se peignant les ongles ou élaborant une de ces coiffures dont elle avait le secret. Et à chaque fois, il était pris de l’envie plus ou moins étouffante de la rejoindre.

Il était rentré à Londres depuis un mois et les choses ne se passaient pas exactement comme il l’avait prévu. Au début, c’est vrai qu’il avait été heureux de revenir et de retrouver sa vie, heureux de revoir Ron. Il avait essayé de ne pas beaucoup penser à Dahlia et il y avait plutôt bien réussi. Malgré cela, elle était toujours là, à la surface de son esprit et à vrai dire, elle y prenait de plus en plus de place. Il pensait à elle quand il regardait l’heure, pensait à elle quand il s’ennuyait au Ministère. Il pensait à elle quand c’était dimanche et qu’il n’avait rien à faire. Il pensait à elle quand il était avec Hermione. Il pensait à elle quand il faisait l’amour avec Jane, quand il se masturbait. Il pensait à elle quand il croisait des femmes blondes, quand il voyait Ron et Hermione s’embrasser, quand il se couchait et qu’il n’arrivait pas à trouver le sommeil. Au bout du compte, Harry estimait qu’il pensait un peu trop à elle.

Penser à Dahlia faisait naitre de plus en plus de regrets chez Harry. Il n’arrêtait pas de se refaire le film, d’imaginer ce qu’il aurait dû dire ou dû faire. S’il pouvait recommencer, il ferait les choses différemment. Il ne coucherait pas avec elle, ou alors il le ferait plus tôt, pour que ça ne ressemble pas à une idée de dernière minute totalement déplacée. Il lui dirait qu’il n’avait pas envie de partir. Mais s’il lui avait cela, que ce serait-il passé ? Avait-il réellement envie d’avoir une relation avec elle à l’autre bout du monde ? Avec Dahlia Malefoy, qui n’était même pas censée être en vie ? Il n’en était pas très sûr. Il aurait peut-être dû éviter de la voir, tout simplement. Ne pas faire toutes ces promenades absurdes, ne pas l’attendre devant chez elle pour lui poser des questions. Ça aurait été le plus sage. Et pourtant, cette solution ne plaisait pas à Harry. Il était content de l’avoir rencontrée, content d’avoir passé du temps avec elle, il trouverait cela horriblement triste de l’effacer.

Et horriblement triste, Harry l’était, encore plus qu’avant. Surtout que Ron et Hermione avaient trouvé leur maison. Elle ne serait disponible qu’en septembre, ce qui leur laissait le temps d’effectuer des recherches de meubles mais tout de même, ils allaient bel et bien partir. Ça n’arrangeait rien à l’humeur de Harry.



Harry buvait une bière avec ses collègues, dans un bar qu’ils aimaient bien. Ils avaient rapidement bouclé une affaire de cambriolages aggravés et ils étaient fiers d’eux. Le voleur entrait chez de vielles familles sorcières pour voler des objets anciens et précieux qu’il avait essayé de revendre à des brocanteurs. Ce faisant, il avait blessé un père de famille qui l’avait surpris, avait causé un malaise chez une vieille dame en entrant dans sa chambre et pour finir, avait tué la dernière habitante qu’il avait cambriolée. Les motifs du meurtre n’étaient pas très clairs mais ils avaient suffisamment de preuves pour savoir que c’était lui. Ils l’avaient arrêté dans l’après-midi et il était actuellement en cellule, sous bonne garde.

- C’est tellement plaisant quand ça se termine bien de cette façon, dit Mark en s’étirant.

- Ça aurait été mieux de l’arrêter avant qu’il tue cette femme, rétorqua Rufus.

- Ne sois pas rabat-joie.

Harry échangea un sourire avec Hermione. Jane disait qu’ils avaient eu chaud, le coupable avait failli leur échapper, heureusement que Harry était doué et rapide avec ses sortilèges d’attaque. Harry sourit distraitement. Il repensa malgré lui au pseudo duel qu’il avait fait avec Dahlia pour lui rendre sa baguette. Alors, réussissait-elle à l’oublier et à reprendre sa vie sans lui ? Sans doute que oui, il lui faisait confiance pour ça. Et en même temps, il n’avait pas vraiment envie qu’elle l’oublie. Il n’avait pas envie qu’elle réapprenne à vivre sans lui. Parce qu’il n’arrivait pas à l’oublier, lui. Quant à la vie sans elle, Harry savait parfaitement ce que c’était et il pouvait très bien le supporter. Pourtant, sa vie actuelle n’apportait aucune joie à Harry, elle était vide de sens, comme d’habitude, angoissante comme d’habitude. Sa vie avait du sens quand il était auprès de Dahlia, elle devenait moins angoissante. Finalement, c’était toujours quand Dahlia s’éloignait de lui qu’il se sentait seul, vide et effrayé.

Ils rentrèrent tard ce soir-là, ils avaient passé une bonne soirée. Ils étaient tous un peu saouls mais ça ne faisait rien, ils avaient le droit de fêter leurs réussites et ils avaient le droit de diluer les tristesses qu’ils côtoyaient dans des verres d’alcool. Harry rentra avec Jane et la suivit dans son appartement. Ils allaient toujours chez elle, pour ne pas croiser Ron et Hermione, c’était plus facile. Jane se déshabilla dans le noir et Harry l’imita. Il était déprimé et à moitié ivre, il n’avait pas vraiment envie de faire l’amour avec elle maintenant mais il le fit quand même, parce que c’était réconfortant. Et quand il caressait les jambes de Jane, il pensait aux jambes de Dahlia quand elle s’était assise sur lui dans sa chemise de nuit noire et soyeuse.

Ça n’avait pas été la meilleure expérience sexuelle de sa vie, il fallait l’admettre. Il ignorait à quel point ça lui avait plu, à elle, et cette idée le torturait un peu. C’était cependant l’un des moments les plus érotiques de sa vie, parce qu’il l’avait désirée vraiment, comme il avait rarement désiré qui que ce soit. Il s’était senti frustré tout du long mais ça avait été intense, intense comme la sensation des cheveux de Dahlia sur sa joue, intense comme les soupirs qu’elle poussait quand il était en elle, intense comme la sensation de ses seins contre ses paumes, intense comme la chaleur de sa peau contre la sienne. De toute façon, sa relation avec Dahlia avait été toujours été intense, faite de cris, de coups, de haine et d’émotions beaucoup trop fortes. C’était sa main attrapant celle de Dahlia dans la Salle sur demande, c’était le pied de Dahlia lui brisant le nez dans le Poudlard Express. C’était le sang de Dahlia, partout, dans les toilettes. C’était son regard désespéré au procès. C’était la voix de Dahlia qui lui hurlait de sortir de chez elle. C’était le rire de Dahlia, quand il avait du mal à tenir ses baguettes. C’était la main de Dahlia attrapant la sienne quand ils s’étaient enfuis à Central Park.

Assis dans le lit, Harry se tourna vers Jane qui agitait sa baguette pour faire venir un verre d’eau.

- Jane, appela-t-il doucement.

Il faisait sombre dans la chambre, il n’y avait que la lumière de la lampe de chevet et Harry pouvait voir leurs ombres sur le mur. Jane se tourna vers lui et attendit qu’il parle.

- J’ai rencontré quelqu’un à New York, dit-il.

- Vraiment ? s’étonna-t-elle. Tu n’as rien dit !

- Non, je… Je suis parti donc ça s’est fini avant même de commencer. Mais…

Il se tut un instant et elle ne dit rien, elle lui laissait le temps de réfléchir. Harry se sentait bien avec elle, il avait la sensation qu’il pourrait lui dire ce qu’il voulait.

- Mais je pense à elle quand je couche avec toi. Donc, j’aimerais mieux qu’on arrête.

- D’accord, répondit tranquillement Jane.

- Merci.

- Elle doit être plutôt incroyable pour que tu penses autant à elle alors que tu n’as passé que quelques semaines là-bas. C’est quoi, un coup de foudre ?

Elle l’avait demandé en souriant, sincère et un peu moqueuse à la fois. Harry lui rendit son sourire.

- Incroyable, oui, dit-il à voix basse.

Et ça avait été un coup, assurément. De foudre, peut-être pas, mais un coup, encore un autre. Ils s’en étaient mis suffisamment pour une vie entière.


OoOoO




Dahlia avait été invitée chez Andrew pour l’heure du thé, même s’ils ne buvaient pas vraiment de thé dans ce pays. Elle dut se contenter d’un café qu’elle accepta en souriant quand Andrew le lui servit. Elle s’y était habituée. Elle était cependant moins habituée à la politesse d’Andrew qui poussa vers elle le plateau de pâtisseries en lui proposant aimablement de prendre ce qu’elle voulait. Elle ne l’avait jamais vu aussi serviable. Elle échangea un regard avec Marilyn, qui était assise sur le fauteuil à côté d’elle mais cette dernière tourna la tête vers sa tasse de café.

Ils bavardèrent un instant, des banalités, sur la fête d’Andrew ou les cours de Chris. Ils n’étaient que quatre aujourd’hui et Dahlia s’en étonna. C’était assez rare qu’Emily ne puisse pas venir.

- Je ne l’ai pas invitée, avoua Andrew en évitant le regard de Dahlia.

- Ah bon, pourquoi ?

- Parce que… je voulais discuter de choses qui ne la regardent pas.

Dahlia leva les yeux vers Andrew et l’observa attentivement. Il avait les cheveux blonds aujourd’hui et il s’était fait une sorte de catogan démodé qui lui allait à la perfection. Il ne s’était pas maquillé, il portait un pantalon sobre et une chemise sobre. D’une certaine façon, Dahlia trouva cela un peu inquiétant. Pas aussi inquiétant cependant que les regards fuyants de Marilyn et Chris qui s’obstinaient à contempler leur tasse. Dahlia eut le sentiment désagréable d’être la seule à ignorer quelque chose que tout le monde savait et elle reposa sa tasse sur la table.

- De quoi voulais-tu discuter ? Demanda-t-elle.

- En fait, nous voulions te parler, dit Chris.

Dahlia se crispa perceptiblement. Elle se sentit seule et oppressée au milieu des tentures et des meubles précieux du petit salon d’Andrew. Marilyn le vit parfaitement et elle fit un geste vers elle.

- Ce n’est pas contre toi, assura-t-elle précipitamment.

- Nous avons… commença Chris, nerveux. Nous avons fait quelque chose de… pas très correct et…

- Nous n’avons pas fait exprès, coupa Andrew en se tournant vers Dahlia.

- Oui mais nous l’avons fait, rétorqua Chris. Donc, nous voulions te le dire.

L’angoisse de Dahlia diminua pour faire place à de la stupeur. Ils ressemblaient à des enfants honteux devant avouer une bêtise à leur mère.

- Mais qu’est-ce que vous avez fait ?

- C’est parce que nous avons rencontré tes amis, à ton anniversaire… dit Marilyn.

Dahlia se crispa à nouveau et attendit la suite.

- J’étais sûr d’avoir déjà entendu son nom, à Harry Potter, expliqua Andrew. Je savais que ça avait un rapport avec la guerre. J’ai dit à Chris que je pensais bien que c’était celui qui avait tué Voldemort, à l’époque…

- Ne dis pas son nom, coupa Dahlia sans pouvoir s’en empêcher.

Ils la regardèrent tous une seconde, un peu surpris et elle eut peur soudain, parce qu’elle commençait à deviner ce qu’ils allaient lui dire.

- Enfin bref, Chris ne voulait pas me croire. Si c’était vrai, alors Potter serait une sorte de héros et ça aurait été fou de le rencontrer comme ça, sans que personne ne le mentionne. Alors on s’est juste dit qu’on pourrait vérifier. Nous sommes à New York, je sais qu’on vend votre journal, la… Chronique, non, la…

- La Gazette du Sorcier, souffla Dahlia d’une voix lointaine.

Elle se sentait froide et brusquement très loin d’eux, comme si elle n’était plus vraiment dans le salon d’Andrew. Ils devaient s’en rendre compte mais c’était trop tard pour arrêter maintenant.

- Nous sommes allés à la bibliothèque, tous les trois, juste par curiosité. Nous voulions en apprendre plus sur Potter, nous ne pensions pas…

- Nous ne voulions pas fouiller dans ton passé Dahlia, assura Chris. Nous ne pouvions pas savoir, nous…

- Nous avons cherché des numéros datant de la fin de la guerre pour voir ce qu’ils disaient sur Potter, continua Marilyn. Mais… euh… le dernier article qui est sorti sur Potter et la guerre, en fait, c’est… celui sur le procès de ta famille.

Dahlia se souvenait parfaitement de ce numéro, elle l’avait lu pour savoir ce qu’on pensait de son acquittement. C’était à la Une de la Gazette, elle se souvenait encore de la photo qui prenait toute la page avec elle et ses parents, face au Magenmagot.

- Vous l’avez lu ? Demanda-t-elle.

Elle avait parlé d’une voix glaciale et tranchante qui résonna dans le salon comme un écho désagréable. Ses trois amis la regardèrent avec une certaine appréhension. Chris se racla la gorge et s’avança sur le bord de son fauteuil pour se rapprocher d’elle.

- Sur le moment, on n’a pas compris que c’était toi le… enfin, l’enfant Malefoy. On s’en est vite rendu compte mais c’était un peu trop tard.

- Vous l’avez lu en entier ?

Dahlia savait ce que contenait l’article. Il racontait l’issue du procès, rappelait tous les crimes dont on les accusait, ses parents et elle, expliquait comment Potter était intervenu. Tout y était, du plus odieux au plus dégradant. Son parler de la photo qui la montrait avant sa transition ou de son dead name, qui faisait le titre de l’article. Rien n’allait.

- Oui, dit Chris.

Dahlia se tourna vers le tableau qui trônait au-dessus de la cheminée et des statues d’albâtre qui y étaient exposées. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle ressentait, si c’était de la colère, de la peur, de la tristesse, ou une vague indifférence qui la faisait se durcir à chaque seconde.

- Désolée Dahlia, dit Marilyn. Je suis la meilleure placée pour savoir que je détesterais qu’on découvre mon passé et tout le reste de cette façon. C’était à toi de choisir de nous le dire ou pas, nous n’avons jamais voulu fouiller dans ton passé. Nous sommes tombés dessus par hasard.

- J’ai compris.

- Au début je ne voulais pas te le dire, avoua Andrew avec un peu de lâcheté. Mais vu le… enfin, c’est quand même plutôt, euh… Je n’aurais pas réussi à faire comme si je ne savais pas.

Il y eut un silence pesant qui s’abattit sur le salon comme un couperet. Dahlia se mit à gratter le tatouage sur son bras, se mordit la lèvre et resta muette. Les trois autres échangèrent un regard gêné et attendirent qu’elle se décide à dire quelque chose. Ils auraient presque aimé qu’elle les engueule. Les secondes s’étirèrent, devinrent insupportables et Dahlia se décida à parler.

- Et alors ? souffla-t-elle. Vous me détestez ?

- Quoi ? s’écria Andrew. Bien sûr que non, pourquoi est-ce que…

- Parce que mon passé est détestable ! répondit durement Dahlia en se tournant enfin vers lui. J’ai suivi les ordres d’un psychopathe, j’ai essayé de tuer des gens, c’est une chance incroyable que ça n’ait pas fonctionné ! J’ai torturé des gens quand il me l’a demandé, j’ai… Vous avez lu, non ! Ils ne m’ont acquittée que parce que j’étais jeune mais ça n’y change rien, j’ai commis tous les crimes dont ils m’accusaient. Je suis allée un mois à Azkaban mais j’y serais allée beaucoup plus si Potter n’avait pas eu la clémence de venir témoigner pour moi. Vous savez ce qu’est Azkaban ?

- Non…

- C’est une prison, comme la vôtre, sur Pelican Island !

Ils pâlirent légèrement. Pelican Island, la prison sorcière des Etats-Unis, était réputée pour ces conditions d’isolement cruelles. Les prisonniers restaient seuls avec un Détraqueur, avec pour unique vue sur le monde, de petits ronds dans la porte. Comme à Azkaban, tous les détenus en ressortaient fous.

- Oui mais… avança prudemment Chris. Tu… tu étais endoctrinée par tes parents, non ?

- Qu’est-ce que ça change ? demanda Dahlia. Et puis j’ai fait mes choix, ce ne sont pas mes parents qui m’ont forcée à prendre la Marque des Ténèbres ou à torturer des gens !

- Oui enfin, si un psychopathe me menaçait de me tuer si je n’obéissais pas, je l’aurais surement fait aussi, dit Andrew. Surtout si j’étais ado quoi, je veux dire…

- Exactement, insista Chris. Tu étais enfant, comment aurais-tu pu faire autrement ?

Dahlia ramena ses jambes contre elle sur le fauteuil et détourna la tête.

- Je n’ai pas envie de réfléchir à ça, dit-elle. Si je suis partie, c’est aussi pour fuir tout cela. Je… Merci mais je ne veux pas qu’on me trouve des excuses, qu’on me console ou quoi que ce soit.

- D’accord, pardon, dit Marilyn.

Elle avait l’air un peu impressionnée par Dahlia et sa détresse, peut-être parce qu’elle était la plus jeune et qu’elle l’avait toujours considérée comme un modèle pour elle. Dahlia essaya de se ressaisir, respira profondément et se tourna vers eux, pâle et tendue.

- Et qu’est-ce que vous vouliez me dire exactement ? demanda-t-elle sèchement.

- Nous voulions juste te dire que vous savions, répondit doucement Andrew. Et que ça ne ne changeait rien, tu es toujours notre amie. Nous te connaissons depuis plusieurs années maintenant et nous voyons bien que tu n’es plus comme à cette époque-là. A ma connaissance, tu ne tortures personne le weekend pour t’amuser… donc tout va bien. Nous savons bien que c’était la guerre chez vous et la guerre oblige parfois à faire des choses terribles. Au demeurant, nous avons eu notre réponse, Harry Potter est bien le héros qui a tué Vol… le psychopathe qui a essayé de prendre le pouvoir. Et c’est terrible aussi. D’ailleurs, il n’est pas du tout ton ami d’enfance en réalité, pas plus qu’Hermione Granger…

Dahlia regarda Andrew, à la fois choquée et touchée par ce qu’il disait. Elle se détendit au fur et à mesure qu’il parlait, rassurée de voir que ses amis ne la rejetaient pas pour ce qu’elle avait fait. Elle n’était pas certaine qu’elle s’en serait remise.

- C’est quoi la Marque des Ténèbres, en fait ? demanda Chris.

Dahlia expliqua rapidement, sans s’attarder sur les détails. C’était ce qu’elle cachait sous son tatouage. Elle avait recouvert sa Marque par des dahlias. Chris sourit légèrement avec un air appréciateur, il trouvait l’idée jolie.

- Par contre, en parlant de tatouages, dit Marilyn. Tu t’es fait tatouer ton dead name, mais qui fait ça ? Jamais je ne pourrais faire un truc aussi dingue.

- Je ne suis pas obligée de tout haïr, répondit doucement Dahlia. Pas obligée de tout oublier non plus, ou de tout jeter à la poubelle. J’ai déjà abandonné absolument toute ma vie en venant ici, je voulais en garder un petit bout.

Marilyn ne trouva rien à rétorquer et elle écarta les mains, vaincue.

- Puisque nous y sommes, dit Dahlia en regardant ses amis. Je ne suis pas vraiment partie, j’ai fait croire à tout le monde que je m’étais suicidée et je me suis enfuie. Mes parents me croient morte ainsi que tout le reste de la population sorcière de Grande-Bretagne. Vous l’avez compris, ma famille est plutôt connue, mon suicide a fait les gros titres. C’est pour ça que Potter et Granger étaient surpris de tomber sur moi à New York, ils n’ont rien compris au début.

- Tu m’étonnes, le choc ! s’écria Andrew, sidéré.

- Et Emily sait tout, au sujet de mon passé.

- Ah bon ?

- C’est la première d’entre vous que j’ai rencontrée et j’avais besoin de tout raconter à quelqu’un, à l’époque.

Andrew semblait presque jaloux et Dahlia sourit, pour la première fois de l’après-midi. Finalement, ce n’était pas plus mal qu’ils soient au courant. Elle n’aurait plus besoin de craindre qu’ils le découvrent et lui tournent le dos. Il faudrait qu’elle le dise à Jamal, ce n’était plus utile de le lui cacher. Elle se sentit libérée d’un poids important. A vrai dire, elle était réellement libre désormais, son passé ne pouvait plus rien contre elle.



OoOoO




C’était dimanche après-midi et Harry s’ennuyait un peu. Il avait fait une sieste, après le déjeuner, pour se reposer de sa semaine même si elle n’avait pas été si éprouvante que ça. Hermione était allée voir ses parents, sans Ron, parce qu’elle avait parfois besoin de leur parler d’elle sans qu’il soit là, ce que Harry comprenait parfaitement. Harry avait donc fait une partie d’échecs contre Ron, l’avait perdue puis était retourné dans sa chambre, laissant Ron feuilleter le catalogue de mariage dans lequel on proposait des dizaines de décorations différentes, selon les goûts. Harry n’avait aucune envie de s’intéresser à ça, c’était déjà bien suffisant qu’il soit le témoin de Ron.

Harry se laissa tomber sur son lit et attrapa distraitement le livre posé sur sa table de chevet. C’était Mark qui le lui avait prêté, ça arrivait souvent. Mark adorait lire des romans policiers pour les critiquer et relever toutes les incohérences et énormités qui s’y trouvaient. Harry se prenait au jeu, parfois, c’était amusant de considérer leur travail différemment, avec un regard extérieur. D’une certaine façon, ça dédramatisait un peu les choses. Harry lut quelques pages puis s’arrêta. Il n’arrivait pas vraiment à entrer dans l’histoire aujourd’hui, il n’avait finalement pas envie de lire. De quoi avait-il envie ? Harry s’exaspéra lui-même de constater à quel point sa vie était vide, nulle et inintéressante. Il n’avait pas de passions, pas de hobbies, il n’avait pas de famille. Il avait rompu avec la seule femme qu’il fréquentait. Que faisaient donc les autres gens ? Il n’en avait aucune idée.

Les autres gens devaient rendre visite à leur famille, devaient passer du temps avec leurs amis, devaient peindre, écrire, se promener, lire, faire toutes sortes de jeux, jardiner. C’était ce qu’il avait fait, à New York, avec Dahlia. Il s’était promené, il avait découvert de nouveaux endroits, il était allé au cinéma, il avait dansé avec ses amis. Le dimanche, à New York, il ne s’ennuyait pas. Harry regarda sa montre. Il était plus d’une heure de l’après-midi à New York. Que faisait-elle ? Se battait-elle avec sa vaisselle ? Harry sourit et regarda par la fenêtre de sa chambre. Dahlia lui manquait. Il avait envie de la revoir, de lui confier davantage de choses sur lui, de lui poser des questions, de marcher à côté d’elle, de dîner avec elle. Elle lui manquait terriblement. Pendant une seconde, il pensa à se précipiter dehors pour attraper le premier Portoloin en partance pour New York et aller la rejoindre. Qu’est-ce qui l’en empêchait au juste ? Harry resta sur son lit, immobile. Il ne risquait pas d’aider Dahlia à l’oublier s’il débarquait chez elle de cette façon. Et puis elle ne devait même pas être chez elle. Ce serait complètement idiot de venir sans prévenir si elle était occupée.

Harry ferma les yeux et repensa aux moments qu’il avait vécus avec elle. Ils se mélangeaient un peu mais ce n’était pas grave, ça ne changeait rien. Il revoyait parfaitement ses cheveux qui se balançaient sur son dos, sa jupe verte, ses collants noirs et ses chemisiers en dentelle. Il revoyait la petite place de la librairie, l’appartement de Dahlia, les sentiers de Central Park. Elle lui avait raconté beaucoup de choses sur elle, il se demandait à qui d’autre elle l’avait confié. Avait-elle expliqué à Emily pourquoi elle s’était tatoué un dragon dans la nuque ? Lui disait-elle qu’elle faisait des cauchemars de la guerre ? Racontait-elle à Will que l’Angleterre lui manquait ? Finalement, Hermione et Ginny n’avaient jamais confié grand-chose sur elles à Harry. Elles avaient l’air de penser qu’il avait déjà assez de problèmes comme ça et que les leurs ne valaient pas la peine qu’ils en parlent. Maintenant qu’il y réfléchissait, il n’avait jamais réellement aidé, écouté ou soutenu Ginny. Dahlia, elle, ne se gênait pas. Elle ne prenait pas de gant pour préserver la sensibilité de Harry. Et puis surtout, Dahlia avait la même blessure que lui au fond des yeux, une blessure que Ginny n’avait jamais eue. Et Harry aimait cela.

Harry se redressa sur son lit et ouvrit le tiroir de sa table de chevet. Il y fouilla un moment avant de retrouver, au fond, la lettre que Dahlia lui avait envoyée avant de simuler son suicide. Il ne l’avait jamais relue depuis cette époque-là, il ne savait même plus vraiment ce qu’elle lui avait écrit, en fait. Harry ouvrit l’enveloppe, déplia la lettre et la relut attentivement.

Harry,

Je sais ce qu’est un peu tard pour le dire mais je voulais le faire quand même, parce qu’après je ne pourrai plus.

J’ai toujours voulu que tu gagnes cette guerre, même si je n’ai jamais osé l’assumer à voix haute. Je voulais que tu gagnes et je voulais que tu vives.

Je voulais vivre aussi, mais pas de cette manière-là. Je n’ai jamais voulu tuer ou torturer qui que ce soit. Je te le dis à toi, parce que j’ai l’impression que tu peux comprendre. Et j’ai l’impression que tu me croiras.

Merci d’avoir témoigné en ma faveur lors du procès, rien ne t’obligeait à le faire. C’est particulièrement frustrant et agaçant que tu restes un héros jusqu’au bout, même avec moi. 

C’est un adieu Potter, comme tu dois le deviner. T’écrire cette lettre et m’en aller pour de bon seront certainement mes plus grands actes de courage.

D.


C’était étrange de la relire maintenant, avec un regard différent. Harry ne se souvenait plus exactement de ce que Dahlia avait écrit dans la lettre qu’elle avait adressée à ses parents mais il était sûr de deux choses : dans la lettre à ses parents, Dahlia avait explicitement mentionné sa mort et elle avait signé Drago. Ici, à Harry, elle n’avait jamais dit qu’elle allait se suicider, elle disait simplement qu’elle allait partir pour de bon. C’était lui qui avait supposé le reste. Et sa signature… Harry la fixa une seconde, un peu ému. D pour Dahlia, pas pour Drago. Elle ne lui avait jamais menti, elle lui avait envoyé la lettre la plus honnête possible sans se trahir. Elle disait juste au revoir à la personne qu’elle aimait avant de partir à l’autre bout du monde.

Harry se sentit mal et sa panique s’accentua quand il se rendit compte qu’il n’arrivait plus vraiment à se rappeler les traits du visage de Dahlia. Il paraissait flouté dans son souvenir, il lui échappait. Harry n’avait pas pris de photo d’elle, quel imbécile. Il n’avait même pas de preuve matérielle qu’il l’avait rencontrée, ça aurait tout aussi bien pu être un rêve. Il se repencha sur la lettre et la fixa d’un regard vide. Il avait envie de pleurer, c’était insupportable. Elle n’en finissait pas de lui dire adieu et il voulait la revoir. Elle lui manquait, il voulait la retrouver, faire les choses bien, mieux qu’il les avait faites. Il voulait coucher avec elle sans partir au petit matin comme un voleur. Il voulait lui dire qu’il l’aimait aussi, qu’il avait aimé chaque instant passé avec elle, qu’il aimait ce qu’elle était devenue, qu’il aimait tout d’elle, même ce qu’elle détestait. Harry se mit à pleurer, la lettre à la main, sans pouvoir s’arrêter. Il se sentait ridicule mais tant pis, il n’arrivait plus à faire semblant. Il ne voulait pas quitter New York, au fond, il n’avait jamais voulu prendre ce Portoloin. Il voulait rester avec elle.

Harry sursauta violemment quand la porte de sa chambre s’ouvrit sur Ron, qui avait peut-être frappé ou peut-être pas. Ron fit un pas dans la pièce.

- Harry, qu’est-ce que tu veux qu’on mange ce s…

Ron se tut brutalement en regardant Harry qui essaya d’essuyer les larmes qui lui coulaient sur le visage. C’était peine perdue, Ron les voyait parfaitement. Il resta figé près de la porte, inquiet, observant la lettre que Harry tenait dans ses mains.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il précipitamment. Tu… tu as reçu une lettre ? Il y a une mauvaise nouvelle ?

- Non, répondit faiblement Harry. C’est une vieille lettre, ce n’est pas ça…

- Ah bon, mais…

- J’arrive dans une minute, coupa Harry.

Ron hésita puis tourna le dos à Harry et sortit de la chambre en refermant doucement la porte. Harry poussa un soupir résigné, remit soigneusement la lettre dans l’enveloppe et essuya ses larmes. Il se moucha, espéra qu’il aurait meilleure mine mais il savait bien que c’était idiot et il se leva. Ron était dans la cuisine et il se retourna en entendant Harry arriver. Ce dernier s’assit à la table et Ron le rejoignit prudemment.

- Ça va si je fais des sandwiches au maquereau ?

- Très bien, souffla Harry.

Ron s’assit face à Harry et entreprit de préparer à manger. Puisque Harry était toujours là et ne semblait pas vouloir fuir, Ron se dit qu’il pouvait lui poser des questions.

- Tu te sens mal à cause de quelque chose qui a rapport avec la guerre ?

- Non, assura Harry. Ce n’est pas ça. Et je ne vais pas si mal que ça en fait, ce n’est pas très grave.

- C’était quoi cette lettre ?

- C’est la lettre que Dahlia m’a envoyée.

Ron mit plusieurs secondes à comprendre de qui et de quoi parlait Harry.

- La lettre d’adieu de Malefoy ? Demanda-t-il.

- Oui.

- Mais pourquoi tu relisais ça ?

Harry ne répondit pas et baissa les yeux vers la table. Ron l’observa un instant, vérifia que le couteau découpait convenablement les morceaux de maquereaux et se tourna à nouveau vers son ami.

- Je sais bien qu’il y a quelque chose que vous me cachez à propos de Malefoy, dit Ron d’un ton détaché. Hermione avait l’air gênée d’en parler quand vous êtes rentrés. Je n’ai plus posé de question ensuite mais… Il s’est passé quelque chose entre vous, c’est ça ?

- Oui, admit Harry.

- C’est pour ça que tu ne rentrais pas et que tu préférais rester là-bas ?

- Oui.

Harry avait envie de lui dire, il en avait assez de ressasser cela tout seul. Et Ron était son meilleur ami, Harry avait besoin de lui.

- J’ai couché avec elle, dit Harry. Juste avant de partir, la veille.

- Tu… tu as couché avec Malefoy ? demanda Ron, choqué.

- J’ai couché avec Dahlia, répondit fermement Harry.

Il lui raconta tout, les sorties du dimanche, ses confidences, ses cheveux et ses chemisiers, son courage, le cinéma, la soirée d’anniversaire, les recommandations d’Emily, jusqu’à ce fameux dernier soir.

- Et elle me manque, avoua Harry d’un ton dépité. Je pense à elle tout le temps.

- Ben pourquoi est-ce que tu ne vas pas la voir ?

- Parce que… je ne sais pas, elle a sa vie là-bas, elle est heureuse, et moi je suis venu tout gâcher. Elle est surement mieux sans moi. Et puis elle est à New York et moi à Londres. Franchement, ce serait difficile de se voir avec le décalage horaire et notre travail. Tout serait compliqué.

- C’est sûr, confirma Ron. Tu peux aussi attendre que ça passe dans ce cas.

- C’était ce que je comptais faire, oui. Je pensais que ça passerait plus vite, pour être honnête. Mais j’aimerais quand même juste… Enfin, j’ai quand même couché avec elle et je suis parti comme ça, je me sens mal, je voudrais…

- Tu n’as qu’à lui écrire une lettre pour prendre de ses nouvelles, suggéra Ron. Et si vraiment elle ne veut pas te parler, elle ne te répondra pas et tu seras fixé.

Harry regarda Ron et hocha la tête, déterminé.

- Oui, je vais faire ça. Je vais lui écrire une lettre !

- Mmh.

- Merci Ron.

Harry se leva brusquement de la table et s’enfuit dans sa chambre. Il s’assit à son bureau, prit une plume et une feuille blanche et se pencha sur la question. Il voulait lui dire des choses mais pas trop non plus, il ne voulait pas la blesser inutilement. Il mordilla sa plume puis se lança.

Bonjour Dahlia,

Comment vas-tu ? Ta vie doit être plus calme depuis que nous sommes repartis, tu peux enfin profiter de tes dimanches. J’espère que tous tes amis vont bien. As-tu fait d’autres missions pour les Aurors depuis ? J’aurais aimé t’aider davantage à ce niveau-là.

Ici, tout va bien, je suis heureux d’avoir retrouvé mes collègues. Nous n’avons pas de grosse affaire en ce moment donc c’est plutôt calme. Ron et Hermione préparent leur mariage, ils ont trouvé une maison et vont bientôt déménager. Les choses avancent.

J’aurais dû écrire plus tôt mais je n’étais pas sûr que tu aies envie que je le fasse. Je regrette d’être parti de cette façon, juste après la nuit que nous avons passée ensemble. J’aurais aimé faire les choses différemment et ne pas donner l’impression de m’enfuir au petit matin. Je m’excuse pour ça.

Je repense souvent aux moments que nous avons passés ensemble. Je n’aime pas spécialement la ville de New York, je pense que tu t’en es rendue compte, mais j’aimais bien me promener avec toi. Finalement, c’était un bon séjour et c’est essentiellement grâce à toi. Merci de m’avoir fait visiter tout ça.

Prends soin de toi et passe un bel été.

Harry.


Harry se relut plusieurs fois. Il se trouvait suffisamment neutre pour ne pas avoir l’air désespérément amoureux et en même temps, il évoquait clairement ce qui s’était passé entre eux. Il répétait « passé ensemble » deux fois mais tant pis, il ne savait pas comment tourner ses phrases autrement. Il n’avait jamais été très doué pour écrire. Satisfait de lui-même, il fouilla dans ses affaires pour retrouver son adresse. Il avait gardé le document remis par l’employée de l’immigration, sans trop savoir pourquoi. Ce n’était pas plus idiot que de laisser sa montre à l’heure de New York. Être amoureux faisait vraiment faire des trucs stupides, c’était affligeant. Harry nota son adresse au dos de l’enveloppe, espérant qu’il obtiendrait une réponse, puis il envoya son hibou porter sa missive. Harry ne savait pas combien de temps mettrait son hibou pour faire le trajet jusqu’à New York mais ça risquait d’être un peu long. Il se souvenait parfaitement qu’il attendait plusieurs semaines les réponses de Sirius à l’époque où son parrain se cachait à l’étranger. Ça ne faisait rien, Harry attendrait. Il revint dans le salon, remit sa montre à l’heure, et s’assit face à Ron pour manger les sandwiches au maquereau.



Harry fêta son anniversaire chez les Weasley, sans en faire trop. Ils n’invitèrent personne d’autre et c’était très bien ainsi. Ginny ne vint pas, prétextant d’être occupée. Elle s’était disputée avec Ron et sa mère à ce sujet. Elle trouvait un peu agaçant que sa famille continue de traiter Harry comme s’il était l’un des leurs alors que ce n’était pas vrai, elle leur reprochait de prendre son parti à lui.

- Et quoi ? s’était-elle écriée, en colère. Il faudra donc toujours qu’il soit présent à Noël aussi, c’est ça ? Il va vraiment hanter ma vie pour toujours ?

Ron s’était énervé, lui avait fait savoir que si ça la dérangeait, elle pouvait bien aller passer Noël ailleurs. Molly s’était énervée aussi, déclarant qu’elle avait veillé sur Harry bien avant que Ginny sorte avec lui et qu’elle n’avait qu’à assumer ce qu’elle avait fait. Hermione fit remarquer qu’elle comprenait quand même un peu les arguments de Ginny qui avait tout de même le droit de vouloir passer du temps avec sa famille sans que son ex soit là. En conclusion, Ginny n’était bien sûr pas venue à l’anniversaire de Harry et personne n’avait répété à Harry ce qui s’était passé. Ils savaient trop bien ce qui arriverait s’ils le lui disaient. Harry refuserait de venir pour Noël, arguant qu’il n’avait pas le droit de s’imposer à Ginny de cette manière. Ils verraient bien quand le moment sera venu.

Pour l’instant, Harry avait vingt-trois ans et c’était la seule chose qui comptait. Il reçut de gentilles lettres de la part d’Hagrid et du professeur McGonagall, de Dean, Seamus, Neville et Luna. Il leur répondit, il alla passer une soirée chez Neville avec Ron, Hermione et tous leurs amis. La grand-mère fut très heureuse de les recevoir, elle semblait comblée d’avoir Harry Potter chez elle, comblée en plus de savoir qu’il était l’ami de son petit-fils.

Le mois d’août s’installa, alternant entre pluie et soleil. Les projets de mariage devenaient de plus en plus concrets, les meubles achetés s’entassaient chez les Weasley en attendant d’emménager dans leur nouvelle maison. Ron et Hermione commençaient à être un peu excités par tout ça et Harry les regardait de loin avec l’impression constante et égoïste d’être abandonné et mis à l’écart.

Et puis, au milieu de tout cela, il attendait la réponse de Dahlia. Parfois, il se disait qu’elle ne répondrait pas, qu’elle jetterait sa lettre sans même l’ouvrir. D’autres fois, il se disait qu’elle répondrait, comme elle avait toujours répondu quand il s’agissait de lui. Il guettait les fenêtres dans l’espoir de voir arriver son hibou, il vérifiait inutilement la boite aux lettres. Le soir, quand ils rentraient, Ron disait :

- Alors, toujours rien ?

Harry était parfois pris d’une fébrilité impatiente et tournait en rond dans la maison. Parfois, il arrêtait d’y penser et parvenait à se persuader qu’il n’en avait rien à faire. Il s’était dit que peut-être, le fait d’écrire à Dahlia pour s’excuser et prendre de ses nouvelles endormirait ses sentiments et l’aiderait à passer à autre chose. Il n’en était rien et il avait été bien stupide de le croire. Elle lui manquait toujours autant et la promesse de cette lettre était la seule chose qui l’enthousiasmait vraiment.

Finalement, le hibou revint au bout de trois semaines, avec une réponse. La pauvre bête semblait épuisée par son voyage mais Harry lui arracha quasiment l’enveloppe des pattes et laissa à Ron le soin de le nourrir. Fébrile, tremblant presque, Harry s’enferma dans sa chambre pour lire sa lettre. Il en ressortit quinze minutes plus tard, l’air déprimé, le visage sombre. Ron leva les yeux vers lui, perplexe et mal à l’aise.

- Elle… te rembarre ? Demanda-t-il.

- Non, assura Harry.

- Alors, qu’est-ce qu’il y a ?

Harry tendit la lettre à Ron d’un geste las.

- Tiens, lis.

Ron parut surpris que Harry le laisse lire sa correspondance avec la femme qu’il aimait mais il prit tout de même la feuille de papier.

Bonjour Potter,

Je vais très bien, je te remercie. Effectivement, j’ai le temps de voir mes amis, comme avant.

Le chef des Aurors a mis fin à mon contrat, je ne travaille officiellement plus pour eux. Me voilà libérée de ça. Et, pour me remercier de mes loyaux services, j’ai obtenu la résidence permanente. Ils ne pourront plus jamais me menacer de m’expulser. Will dit que c’est en partie grâce à ton esclandre. Il faut croire que tu ne peux pas t’empêcher de m’aider, même involontairement.

Tant mieux si j’ai rendu ton séjour plus plaisant. Je suppose que tu n’es pas près de revenir à New York.

Bonne chance pour tes enquêtes à venir et pour tout le reste.

Mes amitiés à Hermione,

Dahlia.


Ron releva les yeux vers Harry, hésitant.

- Eh bien, elle ne dit rien de méchant dans cette lettre, avança-t-il prudemment.

- Non, elle ne dit rien de méchant…

- Quel est le problème alors ?

- Elle ne dit rien du tout, elle m’envoie une réponse lapidaire. Elle aurait tout aussi bien pu écrire ça à un parent éloigné !

Elle avait complètement éludé l’allusion à leur nuit ensemble, il n’y avait aucune tendresse dans sa lettre, aucune affection, aucun sous-entendu à ce qu’ils avaient partagé. C’était froid et impassible, comme elle savait si bien le faire. Harry se sentait terriblement déçu. Il ne savait pas très bien ce qu’il avait espéré, mais pas ça. Il était heureux qu’elle ait pris le temps de répondre, heureux de savoir que son problème d’immigration était réglé. Pour le reste, il se consumait de frustration.

- Et en plus elle me parle de Will ! s’énerva Harry.

- Qui est Will ?

- C’est le chef de la section des trafics, l’Auror Masetti. C’est son ex.

- Ah, elle a un faible pour les Aurors on dirait, fit remarquer Ron.

- La ferme.

Il savait déjà qu’il ne répondrait rien à Dahlia. Cette lettre n’attendait aucune réponse. Finalement, ça n’avait servi à rien mais ça avait douché son envie de se rendre à New York pour la voir. Lui manquait-il ? Rien ne l’indiquait. Pourquoi n’avait-elle pas donné un signe, n’importe lequel ? Harry récupéra la lettre et la serra dans sa main. Ça lui faisait mal, comme si elle l’avait quitté ou qu’elle lui avait infligé un refus. Malgré lui, il repensa à la scène dont il avait été témoin, dans le hangar, caché sous sa cape d’invisibilité. Will avait essayé de lui caresser la joue et Dahlia s’était reculée. « Je croyais que ça, au moins, c’était terminé », avait-elle dit froidement. C’était maintenant au tour de Harry, il ne faisait pas mieux que Will, visiblement. Il se sentit misérable, seul et déçu. Le cœur brisé, il froissa la lettre et la fourra dans le tiroir de sa table de chevet, avec l’autre. Ron paraissait franchement désolé pour lui, ce qui rendait les choses pires encore. Elle était quand même censée être amoureuse de lui, pourquoi ne faisait-elle aucun effort ? « Elle est complètement folle de toi » avait dit Emily. Tu parles. Dahlia avait une façon bien à elle d’être folle dans ce cas-là. Une folie froide et silencieuse. L’image de Narcissa Malefoy émergea dans l’esprit de Harry et il la repoussa rapidement.



Harry essaya de penser à autre chose et abandonna tout espoir. Ses sentiments finiraient bien par s’émousser d’eux-mêmes, puisqu’ils n’avaient finalement passé que quelques semaines ensemble et que Harry ne la voyait plus. Il ne se souvenait plus de son visage, sa voix devenait incertaine, son parfum s’était dissipé. Comme pour l’aider, l’équipe de Harry fut appelée sur une affaire de double meurtre à l’hôpital Ste Mangouste. Un patient s’en était pris à deux guérisseurs qui refusaient de lui donner plus de potion et les avaient tués. L’hypothèse d’une crise de folie liée à la maladie ou au manque était leur piste principale mais il ne fallait rien laisser de côté. Rufus trouvait tout cela louche et ses collègues lui faisaient confiance.

Harry dut travailler beaucoup. Il se rendit souvent à Ste Mangouste pour interroger tous les témoins de la scène et tous ceux qui avaient côtoyé les victimes ou le coupable. Ils épluchèrent toutes les informations qu’ils possédaient sur le tueur, le firent venir plusieurs fois en salle d’interrogatoire. L’homme ne disait rien, répétait qu’il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé. Rufus fut sur le point de boucler l’affaire en décrétant que le coupable avait bien agi sur le coup de la folie.

Puis Jane découvrit quelque chose de suspect sur l’un des guérisseurs. Harry et ses collègues passèrent des jours à enquêter sur le guérisseur en question, rentrant tard chez eux, fatigués. Harry n’avait plus vraiment le temps de penser à autre chose et c’était très bien comme ça. Il croisait à peine Ron le matin, le croisait à peine le soir. Ron était également occupé sur une autre affaire et n’était pas plus souvent à la maison. Quand arriva dimanche soir et qu’ils eurent quelques heures de repos, Harry, Ron et Hermione se laissèrent tomber sur les canapés, une bière à la main, incapables de parler et de se lever pour aller faire à manger. C’était prenant et épuisant mais Harry aimait cela en réalité, il aimait l’urgence, le sentiment d’être débordé et utile. Grâce à cela, il ne pensait pas à la solitude de sa vie, au vide de son existence, aux morts, à la guerre. C’était une façon comme une autre de se protéger de la douleur.

Finalement, une semaine plus tard, ils découvrirent le pot-aux-roses. L’un des guérisseurs assassinés revendait sous le manteau des potions illégales, volant la réserve de l’hôpital. Le tueur était l’un de ses clients réguliers et n’avait pas apprécié que son fournisseur lui annonce qu’il ne pouvait plus avoir accès à la potion à laquelle il était désormais addicte. Il était venu à l’hôpital pour faire un esclandre, le guérisseur avait essayé de le faire taire, l’homme l’avait tué, lui et l’un de ses collègues qui passait par là, alerté par le bruit. L’affaire fit les gros titres, on trouvait scandaleux que l’hôpital ne se soit rendu compte de rien. Le directeur promettait une enquête interne. La rumeur s’apaisa et l’équipe de Rufus reçut les félicitations de Nestor Achab. Fier de lui, Harry apprécia ses quelques jours de congés, alla rendre visite à Teddy, se reposa sur son balcon dès que le soleil le permettait. Le mois d’août allait bientôt toucher à sa fin et cela promettait à Harry une vie différente, sans Ron et Hermione. Harry essayait de ne pas trop y penser.

Le samedi suivant, Ron et Hermione décidèrent d’aller dîner au restaurant tous les deux. Avec leurs enquêtes, ils ne s’étaient pas beaucoup vus ces derniers temps et ils avaient besoin d’un petit moment en tête à tête. Harry leur souhaita une bonne soirée et resta seul chez lui. Il regarda la fenêtre d’un air morne, il faisait un temps épouvantable, il tombait des trombes d’eau et le ciel était si sombre qu’il faisait déjà pratiquement nuit. Harry se fit à manger en écoutant la radio d’une oreille distraite. Ce n’était pas un moment si désagréable finalement et il fallait bien qu’il s’habitue à vivre seul. Il mangea rapidement, assis à la table, réfléchissant à ce qu’il pourrait faire le lendemain. Encore un dimanche qui serait vide de sens, sans aucun doute. Harry soupira, fit la vaisselle et s’assit sur son canapé. Il regrettait de ne pas avoir acheté de télé, ça l’aurait au moins un peu occupé. Il en achèterait une quand Ron partirait. En attendant, il attrapa la Gazette et la parcourut en prenant son temps, s’arrêtant sur les articles qui l’intéressaient, ignorant les autres.

Harry fut interrompu dans sa lecture par la sonnerie de la porte d’entrée et se tourna vivement vers le bruit. Il resta immobile une seconde, stupéfait. Dehors, il pleuvait toujours autant et il faisait nuit. Harry vérifia sa montre, constata qu’il était 21h30 et se demanda qui pouvait sonner chez lui à cette heure-là. Sans avoir sonné à l’interphone du bas, qui plus est. Surement un voisin, conclut Harry. Il se leva, déverrouilla la porte à l’aide de sa clé magique et l’ouvrit fermement. Il se figea sur place, les mots moururent sur ses lèvres et il regarda Dahlia qui se tenait devant lui, trempée et dégoulinante. Instinctivement, Harry recula et la laissa entrer, ahuri.

- Je suis trempée, j’avais oublié quel temps épouvantable il faisait ici, murmura Dahlia en sortant sa baguette de sa poche.

Elle se sécha immédiatement mais ses cheveux portaient tout de même la trace de l’averse qu’elle s’était prise sur la tête. Harry referma la porte, remarqua qu’elle portait un petit sac de voyage et réussit à retrouver l’usage de la parole.

- Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il.

Elle posa son sac par terre, dans un coin et se tourna vers lui sans vraiment le regarder.

- Je suis venue te voir, j’ai quelque chose à te dire.

Il y avait quelque chose d’un peu dramatique dans sa phrase et pendant un court instant, Harry repensa aux films qu’il avait vus. Il s’attendit presque à ce qu’elle lui dise « Je suis enceinte » puis il se rappela que c’était impossible et en fut lâchement soulagé.

- Tu es venue jusqu’ici parce que tu avais quelque chose à me dire ? Tu ne pouvais pas me l’écrire dans ta lettre ?

- Non, répondit Dahlia.

- Mais… tu es venue en Portoloin ? Personne ne t’a reconnue ?

- Non, il n’y avait pas grand-monde. Et je ne suis pas une célébrité non plus.

Elle n’avait pas l’air à l’aise et Harry ne l’était pas plus qu’elle. Ils étaient toujours debout devant la porte, c’était ridicule. Harry regarda le visage de Dahlia, il s’en souvenait parfaitement maintenant, il lui avait manqué. Il ne savait pas trop s’il devait être heureux ou inquiet de la voir mais il ne pouvait s’empêcher d’être heureux.

- Euh, tu veux…

- Tu me fais visiter ? coupa Dahlia.

- Ah, oui, si tu veux.

Il n’y avait pas grand-chose à visiter mais il eut l’impression qu’elle voulait gagner du temps. Il lui montra le salon, qu’elle voyait de toute façon parfaitement depuis la porte, la chambre de Ron, la salle de bain, sa chambre à lui.

- Ron n’est pas là ? demanda Dahlia, tendue.

- Non, il est au restaurant avec Hermione.

- D’accord.

Elle parcourut le salon du regard, eut un bref rire nerveux et haussa les épaules.

- C’est beaucoup plus grand que chez moi, vous avez de la chance… Et je dois le reconnaitre, c’est aussi bien mieux rangé que chez moi.

- Ce n’est pas très difficile, dit Harry en souriant.

- J’ai ouvert la porte du bas avec un sortilège, il pleuvait trop et je ne sais pas utiliser les enterphones moldus.

- Interphones.

- Oui, bref. J’ai regardé le numéro de ton apparemment sur les boites aux lettres, dans le hall.

- Aucun problème, assura Harry.

Il y eut un silence embarrassé. Harry se demandait bien ce qu’elle lui voulait, Dahlia n’osait pas vraiment le regarder. Elle lui avait manqué, il avait envie de le lui dire et en même temps, il ne se sentait pas assez courageux pour ça. Et en fait, il n’arrivait même pas à croire qu’elle soit vraiment là. Il la regarda marcher jusqu’à une chaise et s’y asseoir lentement. Harry la rejoignit et s’assit à la table lui aussi, un peu plus loin.

- Pourquoi est-ce que tu es venue ? Demanda-t-il.

Dahlia croisa ses mains et les posa sur la table, comme pour s’empêcher de jouer avec. Elle hésita un peu puis parvint à le regarder dans les yeux.

- Je suis venue à cause de ta lettre, dit-elle.

- Ma lettre ? s’étonna Harry.

- Oui. Je ne serais jamais venue si tu ne m’avais pas écrit. Mais tu m’as écrit et alors… alors je me suis dit que…

Elle se tut, chercha ses mots, rosit un peu, parut s’agacer de son propre comportement. Harry resta silencieux et attendit la suite, le cœur battant, la dévorant du regard sans même s’en rendre compte.

- Tu sais, le matin où tu es parti, après… après avoir passé la nuit avec moi…

- Oui, dit Harry.

- Je… je n’ai pas été très honnête. Enfin, je veux dire… J’ai dit que ça ne faisait rien, qu’on savait que tu allais partir, que ce n’était pas grave. Mais la vérité, Harry, c’est que… je n’avais pas envie que tu partes. J’avais envie que tu restes avec moi.

Les yeux de Harry s’écarquillèrent légèrement, surpris par la déclaration. Il le savait bien mais il trouvait stupéfiant qu’elle ose le dire de cette manière. Nerveuse mais déterminée, Dahlia continua sur sa lancée.

- Je pensais vraiment qu’il n’y avait aucune chance pour que je puisse te plaire mais tu as continué à m’inviter le dimanche, tu avais l’air… Et ce soir-là, tu as dit que je te plaisais exactement telle que j’étais, tu as même couché avec moi. J’ai pensé que c’était juste comme ça, parce que tu savais que tu allais partir mais tu as fini par m’envoyer une lettre, preuve que tu… pensais à moi. Alors je me dis que peut-être, si tu as fait tout cela c’est parce que… tu avais des sentiments pour moi. Donc je suis venue te dire que…

Elle se tut et inspira profondément, en manque d’oxygène. Elle avait parlé sans s’arrêter, sans respirer, sans bouger d’un millimètre. Harry ne respirait pas tellement plus qu’elle.

- Moi, je suis amoureuse de toi, Potter. Donc si jamais tu ressens… quelque chose pour moi aussi, je me suis dit qu’on pourrait peut-être, je ne sais pas, essayer de… Mais si je me suis trompée, tant pis, je rentre à New York et on reprend nos vies comme on l’a fait jusqu’à présent.

Harry n’entendait plus la pluie contre la fenêtre, il ne ressentait rien d’autre qu’une tension douloureuse dans ses intestins et une sensation persistante d’implosion imminente. Il ne voyait plus rien d’autre que Dahlia devant lui, ses cheveux blonds, ses yeux gris, son chemisier blanc et son pantalon noir. Bon sang, comme elle lui avait manqué ! Il était complètement fou d’elle, c’était presque terrifiant. Comment avait-il pu tomber amoureux d’elle aussi vite ? Tant pis, ça n’avait plus d’importance maintenant.

- Dis quelque chose Potter, ou je repars immédiatement, ordonna froidement Dahlia. Dis-moi ce que tu penses.

- Ce que je pense, dit Harry en se penchant un peu vers elle. Je pense à toi tout le temps, même quand je ne devrais pas. Et tu me manques, c’est insupportable. J’ai hésité cent fois à venir te voir à New York mais j’avais peur que tu ne veuilles plus de moi ou que… J’ai attendu ta lettre avec impatience, je te jure, je devais être pathétique. Et quand je l’ai reçue, elle était tellement courte, froide et impersonnelle que… j’en aurais pleuré. Voilà ce que je pense.

- Donc… souffla Dahlia, respirant à peine.

Harry se leva de sa chaise, nerveux au-delà du supportable et s’approcha d’elle. Elle le regarda, fébrile et tout aussi nerveuse.

- Je suis sincèrement désolé, dit doucement Harry. Tu as été obligée de venir ici alors que c’est risqué pour toi et c’est ma faute. J’aurais dû venir te retrouver bien plus tôt, je n’aurais même pas dû partir d’ailleurs. C’était lâche de ma part mais je me disais… je me disais que tu serais sans doute mieux sans moi. Tu t’es construit une nouvelle vie là-bas, tu as un nouveau nom, un travail, des amis. Je ne voulais pas bouleverser toute ta vie, je…

Dahlia se leva de sa chaise à son tour et lui fit face. Du bout des doigts, elle souleva doucement la mèche de cheveux qui tombait sur le front de Harry, dévoilant légèrement sa cicatrice.

- Oui mais tu vois, Potter, moi j’ai envie que tu bouleverses ma vie, dit-elle.

Elle avait parlé d’une voix calme, trainante et assurée. Harry n’en pouvait plus. Il tendit la main, l’attira vers lui et la serra dans ses bras. Il enfouit son visage dans ses cheveux blonds, retrouva leur parfum, le respira comme un assoiffé. Dahlia s’accrocha à lui et lui rendit son étreinte. Harry ne se sentait plus vide et sa vie venait de trouver un nouveau sens. Il la garda contre lui un moment, il ne voulait plus la lâcher et elle ne semblait pas spécialement vouloir s’éloigner de lui non plus. Dahlia finit toutefois par se reculer légèrement, pour pouvoir relever la tête et poser sa bouche sur la sienne. Harry l’embrassa, plus doucement qu’il l’aurait cru, comme s’il voulait être sûr que ce n’était pas un rêve et qu’elle n’allait pas s’envoler. Elle ne s’envola pas mais elle mit fin au baiser et posa une main sur le torse de Harry pour s’écarter un peu de lui. Elle le regarda dans les yeux, exactement à la même hauteur que lui.

- Je n’ai pas eu de vraie réponse, fit-elle remarquer.

- De vraie réponse ? s’étonna Harry. Ça me parait clair, non ?

- Je t’ai dit que j’étais amoureuse de toi Potter, répliqua sèchement Dahlia. Tu crois que c’était facile ? Non, alors je mérite une vraie réponse.

Harry rougit un peu, sans trop savoir pourquoi. Elle n’avait pas tort, elle avait traversé l’océan pour venir le voir et lui dire qu’elle l’aimait, il pouvait bien lui répondre sincèrement.

- Moi aussi je suis amoureux de toi, répondit-il, mal à l’aise et stupidement embarrassé.

Dahlia sourit sans pouvoir s’en empêcher.

- Qui aurait pu prévoir ça, hein ? demanda-t-elle avec un éclat de rire ironique.

Harry sourit à son tour et haussa les épaules. Il la lâcha un instant pour passer ses doigts dans ses cheveux blonds, lentement.

- Arrête de m’appeler Potter, ordonna-t-il doucement.

- Désolée, c’est l’habitude.

Harry la lâcha enfin complètement et se détourna pour reprendre ses esprits. Il avait un peu de mal à croire ce qui venait de se passer, il n’était pas sûr non plus de ce que cela signifiait pour l’avenir.

- Tu veux boire quelque chose ? demanda-t-il. Je pense que nous devrions quand même parler de…

- Après, coupa Dahlia. Je me suis séchée en arrivant mais je me sens encore un peu humide et j’ai froid. J’ai envie de prendre une douche et de me changer. On parlera après.

Harry la laissa prendre son sac et s’enfermer dans la salle de bain. Pendant ce temps-là, il mit l’eau à chauffer pour le thé, l’esprit bourdonnant de la voix de Dahlia, de ce qu’elle venait de lui dire, de sa présence chez lui. Dahlia, elle, referma la porte et prit appui sur la vasque du lavabo. Elle se regarda dans le miroir, pâle et tendue. Elle était si nerveuse à l’idée de venir le retrouver, elle avait eu si peur de se faire rejeter qu’elle éprouvait maintenant un sentiment de soulagement presque pire. Elle avait mal au ventre, elle avait envie de vomir, c’était absurde. Elle se déshabilla et laissa l’eau chaude la détendre. Quand elle en sortit, elle se sentait mieux, le soulagement était un peu retombé. Maintenant, elle se sentait toujours nerveuse, mais de façon plus positive. Bon sang, ce que l’amour pouvait être pénible parfois. Elle enfila son pyjama, mit un pull par-dessus et revint dans le salon.

Harry la regarda revenir, des tasses de thé brûlant à la main. Il contempla ses cheveux qui avaient meilleure mine, son short de pyjama rose et ses jambes nues qu’il avait envie de toucher.

- J’ai fait du thé, dit-il. Ça va mieux ?

- Oui, assura Dahlia. Il pleut aussi à New York mais ici, il fait plus froid, j’avais oublié. Bref, merci pour le thé.

Elle s’assit à la table, à la même place qu’avant et il fit la même chose. Ils soufflèrent sur leur tasse pour la refroidir et burent une première gorgée. Cela finit de détendre Dahlia.

- Tu as prévu de rester combien de temps ? demanda Harry.

- Je dois repartir lundi soir, je travaille mardi. Je pourrais prendre le dernier Portoloin, à minuit.

- D’accord.

Ils burent une autre gorgée et Harry se sentit rassuré de savoir qu’elle resterait avec lui le lendemain. Ça semblait cependant trop court.

- Tu as dit que si j’avais aussi des sentiments pour toi, on pourrait essayer mais tu n’as pas terminé ta phrase. Tu voulais dire, essayer d’être ensemble ?

- Oui. Je sais que ce ne sera pas facile, admit-elle. Je vis à New York, tu vis à Londres et on ne peut pas changer ça. Il va falloir prendre beaucoup de Portoloins…

- Aucune importance, répondit immédiatement Harry.

Deux jours plus tôt, il trouvait lui aussi cela compliqué, c’était même une excuse pour ne pas essayer d’aller la voir. Pourtant, maintenant qu’ils s’étaient dit qu’ils s’aimaient, l’obstacle ne semblait pas si insurmontable que ça à Harry. Il était hors de question qu’il la perde à nouveau alors qu’elle lui avait enfin dit ce qu’elle ressentait pour lui, c’était inenvisageable. Il voulait être avec elle, quel qu’en soit le prix.

- Je ne pourrai pas venir trop souvent, dit Dahlia. Je ne veux pas croiser quelqu’un que je connais et les prix des Portoloins sont élevés.

- Je viendrai, assura Harry. On y arrivera, ça se passera bien.

- Oui, dit Dahlia en souriant.

Ils auraient bien le temps d’y penser plus tard, ils se débrouilleraient. Pour l’instant, Harry n’avait aucune envie de penser à quoi que ce soit de négatif. Il ne voulait que profiter du bonheur d’être avec elle.

- Alors, les Aurors t’ont libérée ? demanda-t-il. Tu ne m’as pas vraiment dit comment ça s’était passé.

Dahlia lui raconta son entrevue avec la secrétaire du chef des Aurors et sa surprise que tout se règle si facilement. Il lui parla de sa dernière enquête, qui lui avait demandé pas mal de recherche et de persévérance. Elle expliqua qu’elle était partie sans le dire à personne, sur un coup de tête.

- Tu ne l’as pas dit à Emily ? s’étonna Harry.

- Non. Elle ne sait même pas que j’ai couché avec toi le dernier soir. Je savais qu’elle trouverait ça idiot.

- Je vois…

C’était donc pour cela qu’il n’avait pas reçu de beuglante de sa part. Sans trop savoir pourquoi, Harry fut soulagé de savoir qu’elle avait caché cette information à Emily, ça le faisait se sentir moins nul.

- C’était plutôt risqué et courageux de venir me retrouver de cette façon, dit Harry en souriant.

- Ce n’était pas si risqué que ça, répondit Dahlia avec sérieux. Je savais quand même ce que je faisais, j’avais bon espoir que tu dirais oui.

- Ah vraiment ?

- Quand tu m’as dit que je te plaisais exactement telle que j’étais, ça ressemblait quand même un peu à une déclaration d’amour. Et puis après, quand on a couché ensemble, je ne sais pas trop comment le dire mais… tu avais l’air d’en avoir vraiment envie. Alors je me doutais bien que tu avais des sentiments pour moi.

- Oui, dit comme ça…

Ils se regardèrent un instant sans rien dire. Ce moment ressemblait à tous ceux qu’ils avaient vécus à New York et Harry se sentit parfaitement bien et parfaitement à sa place. Il observa la bague qu’elle portait au doigt, celle qu’Andrew lui avait offerte à son anniversaire et son bracelet argenté qu’on devinait au bord de la manche de son pull. Autant de détails qui lui avaient manqué.

- C’est la première fois que tu reviens à Londres, non ? Ce n’était pas trop dur ?

- Je pensais sincèrement ne jamais revenir. Mais ça va, je n’ai rien vu, j’ai directement transplané chez toi. Je n’ai même pas vraiment l’impression d’être à Londres. Je voulais juste te voir.

Il était certain qu’elle ne disait pas toute la vérité. Bien sûr que revenir ici, dans son pays natal, près de ses parents, à l’endroit où elle avait tant souffert pour diverses raisons, devait la perturber. Il n’insista pas, elle le lui dirait elle-même plus tard, si elle en avait envie.

Harry sursauta en entendant la poignée de la porte d’entrée et se tourna vers le bruit. Il avait oublié l’existence de Ron et Hermione pendant quelques minutes. Dahlia se tourna également vers la porte, un peu tendue. Ron et Hermione entrèrent, refermèrent derrière eux et firent quelques pas dans l’appartement avant de les voir. Hermione eut l’air surprise et Ron tressaillit, stupéfait.

- La vache Malefoy ! S’écria-t-il.

- Bonsoir Dahlia, dit Hermione en s’approchant d’elle.

Dahlia se leva, fit une accolade à Hermione et affronta le regard de Ron qui ne pouvait pas s’empêcher de l’observer avec un peu trop d’insistance. Harry les rejoignit, craignant malgré lui que son ami fasse une remarque désagréable.

- Salut Weasley, dit Dahlia.

- Salut…

- Qu’est-ce que tu fais ici ? demanda Hermione. Quand est-ce que tu es arrivée ?

- Il y a un peu plus d’une heure, expliqua Dahlia. Je suis venue voir Harry.

Elle l’avait dit d’un ton ferme et impassible, comme si c’était normal. Harry rougit légèrement, Ron et Hermione lui jetèrent un coup d’œil et il détourna la tête. Il attrapa la main de Dahlia et la tira un peu vers lui.

- Bon, on va se coucher, annonça-t-il.

- Euh, nous aussi, dit Ron, abasourdi.

- Bonne nuit alors.

Harry emmena Dahlia dans sa chambre et referma soigneusement la porte. Dans le salon, Ron et Hermione restèrent immobiles une seconde.

- C’est quand même assez bizarre, avoua Ron.

- Tu vas t’y faire. Tu crois qu’on devrait aller chez moi ?

- Oh non, ton lit est trop petit quand on dort à deux.

- D’accord.

Elle jeta tout de même un sortilège à leur chambre, pour être certaine qu’aucun son n’en sortirait ou n’y entrerait. De son côté, Harry fit la même chose pendant que Dahlia faisait quelques pas dans la chambre, observant le si peu de décoration qu’il y avait. Harry savait qu’il n’aurait pas dû agir de cette façon mais bizarrement, il n’avait pas très envie que Dahlia soit trop longtemps avec Ron. Il ne voulait pas de dispute ou d’insultes le soir même où il venait de se mettre en couple avec elle.

- Quand doivent-ils déménager ? demanda Dahlia d’un ton neutre.

- Dans deux semaines, répondit Harry en s’asseyant sur son lit.

- Tu vas te retrouver seul…

- Ça ne me gêne plus autant qu’avant.

Dahlia arrêta son exploration et revint vers Harry. Elle resta debout devant lui, indécise.

- Désolé pour la réaction de Ron, dit Harry. Il…

- Ça ne fait rien, assura Dahlia. Quand on m’a connue avant et qu’on n’a pas suivi toute la transition, je comprends que ça soit perturbant la première fois. Ce qui l’a peut-être davantage choqué, c’est de voir que tu m’emmenais dans ta chambre.

Elle eut un sourire moqueur en disant cela mais Harry secoua sérieusement la tête.

- Non, dit-il fermement. Ron sait très bien que je t’aime, c’est même lui qui m’a conseillé de t’écrire une lettre parce que tu me manquais tellement que j’en étais malade.

- Vraiment ? souffla Dahlia en tendant la main vers Harry.

Elle glissa ses doigts dans ses cheveux noirs et les caressa un instant. Quand il l’avait emmenée dans sa chambre, Harry souhaitait surtout se retrouver seul avec elle, sans ses amis. Il ne l’avait pas forcément fait pour qu’ils couchent ensemble. Cependant, puisqu’elle était là, juste devant lui et qu’elle lui caressait les cheveux, il eut envie de la toucher aussi. Il posa ses mains sur les jambes de Dahlia, nues et douces, et il remonta doucement jusqu’à ses fesses, glissant ses doigts sous son pyjama rose. C’était délicieux de toucher sa peau à nouveau, c’était différent de la première fois. Il savait que cette fois-ci, elle aurait confiance en lui. Il voulait la toucher sans avoir l’impression qu’elle le fuyait, il voulait qu’elle se donne à lui comme il s’était donné à elle, lui, sans hésiter.

Harry se leva vivement et embrassa Dahlia avec une certaine urgence et beaucoup de désir contenu. Il embrassa ses lèvres, douces contre les siennes, ouvrit la bouche, lécha sa langue. Elle lui répondit de la même façon, agrippa ses cheveux noirs et les maintint fermement pour l’empêcher de reculer. Harry n’avait de toute façon aucune envie de reculer. Il se serra contre elle, passa une main sous son pull et sous son pyjama, caressa la peau de son dos. Il mourait d’envie de la déshabiller complètement et de la tenir toute nue contre lui, pour que leurs peaux se touchent et se confondent. C’était surement ce dont il avait le plus envie à cet instant précis mais quand Dahlia lâcha ses cheveux, Harry en profita pour s’écarter d’elle, mettant fin au baiser. Il lui lança un regard contrit et se rassit sur son lit.

- Je pense qu’on devrait parler avant, dit-il, un peu essoufflé mais déterminé.

- Parler de quoi ? s’étonna Dahlia, clairement frustrée.

- De ce que tu aimes et de ce que tu n’aimes pas. La dernière fois, tu ne voulais pas que je te regarde ou que je te touche à certains endroits alors… je voudrais que tu me dises clairement ce que… enfin…

Il se tut, s’estimant assez clair comme ça. L’excitation de Dahlia retomba brusquement et elle s’assit sur le lit, face à Harry. Elle ramena ses jambes contre elle dans un geste un peu enfantin et posa son menton sur ses genoux. Harry attendit patiemment qu’elle se mette à parler, il avait tout son temps.

- Il y a des choses à propos de mon corps que je n’aime pas, déclara Dahlia.

- Je… j’avais compris, avoua Harry.

- Il y en a qui s’en fichent, comme Emily et Marilyn par exemple. Emily dit qu’elle a un pénis de femme et ça lui va et tant mieux pour elle. Je suis même un peu jalouse parfois… Mais moi… moi je n’y arrive pas, je n’aime pas ça. Alors c’est vrai, je n’aime pas toujours qu’on me touche ici. Il y a des périodes où ça me dérange moins et il y a des périodes où je ne le supporte pas, c’est comme ça.

- D’accord… dit Harry, perplexe.

- Et avec toi, l’autre fois c’était… encore pire parce que c’était toi et j’avais peur que tu… changes d’avis ou que tu sois dégoûté ou je ne sais quoi.

- Je ne suis pas dégoûté, assura Harry. Je te l’ai dit, je m’en fiche.

- C’est ce que tu dis, oui, mais tu ne peux pas en être totalement sûr.

Harry eut envie de répliquer que c’était absurde, qu’il avait déjà couché avec elle une fois et qu’il se moquait totalement de ce détail. Il ne le fit pas cependant, devinant que les craintes de Dahlia n’étaient pas tout à fait rationnelles et que ça ne servait à rien de discuter. L’angoisse dépasse souvent la raison et il pouvait comprendre son angoisse.

- Mais donc, tu ne veux pas que je te touche là alors ?

- J’aimerais mieux que tu évites, oui.

- Mais…

Il eut du mal à cacher sa déception et sa frustration.

- Mais comment je peux… comment je peux te faire jouir si je ne touche pas ?

- Comme la dernière fois, c’était très bien.

- Tu t’es masturbée toute seule, répliqua Harry, dépité.

- Non, contredit Dahlia. C’était surtout le fait de te sentir en moi qui m’excitait donc c’était bien toi qui…

Ils rougirent un peu et fixèrent la couverture. Harry commençait à avoir un peu chaud, ce que disait Dahlia l’excitait. Il se reprit rapidement, il voulait absolument avoir cette discussion jusqu’au bout.

- Donc… commença-t-il.

- Ecoute, quand on l’aura fait plusieurs fois et qu’on se connaitra mieux, peut-être que ça ne me gênera plus et que tu pourras me toucher mais pour l’instant, non. Si je te dis que tu peux, tu peux et sinon, non. Désolée, je… je suis désolée.

Elle eut l’air déprimée, comme si elle se reprochait de mettre autant de conditions et de compliquer les choses.

- D’accord, répondit Harry. J’ai compris, ça ne fait rien.

- Merci.

Dahlia resta assise sur le lit, les jambes repliées contre elle et Harry la fixa un instant. Il médita ce qu’elle venait de dire, un peu triste pour elle. Il avait envie de la serrer dans ses bras et en même temps, il avait autre chose à ajouter.

- Dahlia, dit fermement Harry pour la forcer à le regarder. J’ai bien écouté ce que tu as dit et évidemment, je ne te toucherai que si tu veux bien. Cependant, j’ai quand même une suggestion.

- Une suggestion ? répéta Dahlia, méfiante.

- Oui. Je ne te touche pas mais laisse-moi voir.

- Non, c’est…

- Alors rien qu’aujourd’hui. Si je comprends bien, c’est en partie lié à moi, parce que tu as peur que je sois dégoûté. Dans ce cas, allons-y, déshabille-toi et montre-moi, on sera fixé.

Dahlia secoua la tête, effarée.

- Non, surement pas, c’est…

- Ce serait ridicule de te cacher pendant des mois et me montrer ça tout à coup. Imagine qu’on découvre que ça me dégoûte dans six mois, on aura l’air malin !

- Ne plaisante pas avec ça Potter, ça ne me fait pas rire.

- Je ne plaisante pas, je suis sérieux. Je n’ai pas envie de faire l’amour dans le noir à chaque fois, je veux te voir, je veux te regarder. Je pense donc que tu devrais te déshabiller maintenant, une bonne fois pour toute pour qu’on n’en parle plus. Promis, je ne toucherai pas.

Dahlia fixa Harry, hésitante. Elle avait peur de ce qu’il proposait mais au fond, elle savait qu’il avait raison. S’il devait se rendre compte que finalement, une femme avec un pénis c’était trop pour lui, autant qu’il le fasse tout de suite et qu’ils s’épargnent des humiliations supplémentaires. Et puis elle savait bien que s’ils couchaient régulièrement ensemble, de toute façon, elle ne pourrait pas se cacher indéfiniment.

- D’accord, céda-t-elle.

- Parfait, dit-il en souriant.

Voyant qu’elle ne bougeait pas, Harry lui attrapa le pied et la tira vers lui. Dahlia lâcha ses genoux et tomba en arrière, déséquilibrée. Harry éclata de rire et se rapprocha d’elle doucement. Elle était trop nerveuse pour rire mais elle s’allongea sur le lit et regarda Harry venir au-dessus d’elle. Ils s’observèrent un moment dans les yeux, les yeux gris de Dahlia dans les yeux verts de Harry. Elle aimait l’avoir sur elle de cette façon et en même temps, ça lui faisait peur. Elle avait peur qu’il la blesse, peur qu’il la quitte, peur qu’il la repousse. Après tout, c’était Harry et Harry n’avait jamais été particulièrement gentil avec elle.

Harry posa sa main sur le pull de Dahlia et le souleva légèrement. Elle se redressa un peu, enleva son pull et le laissa tomber par terre. Harry regarda son pyjama rose qui ne cachait pas grand-chose de la forme de ses seins. Il y posa ses mains, à travers le tissu fin, la caressa un peu puis retira sa main. Il se mit à genoux, enleva son t-shirt et défit son pantalon. Dahlia le regarda faire en silence, partagée entre excitation et appréhension. Harry se dépêcha de se déshabiller et revint au-dessus d’elle. Il fit glisser ses mains sur son ventre, relevant son pyjama centimètre par centimètre jusqu’à ce qu’elle s’en débarrasse elle-même. Il se pencha vers elle pour la contempler avec émerveillement.

- Tu m’as manqué, dit-il sincèrement.

- Toi aussi, avoua Dahlia.

Harry attrapa l’élastique du short de Dahlia et voulut tirer dessus mais elle l’arrêta.

- Je vais le faire moi-même.

Il hocha la tête et la laissa faire. Elle se débarrassa de son short d’un vif mouvement du pied et l’envoya rejoindre le reste de leurs vêtements au sol. Il y eut une seconde tendue pendant laquelle Dahlia se crispa et retint sa respiration malgré elle. Se déshabiller avait toujours été une douleur pour elle, ça n’avait pas changé. Harry baissa les yeux vers le sexe de Dahlia, le regarda un bref instant et revint vers son visage. Il n’y avait pas grand-chose à en dire, c’était un pénis comme il en existait des millions. Harry se pencha vers elle pour l’embrasser mais Dahlia posa une main sur son torse pour le retenir.

- Tu as à peine regardé, souffla-t-elle. Tu n’aimes pas ça, n’est-ce pas ?

- C’est parce que je m’en fous, répondit Harry.

Il l’embrassa avant qu’elle puisse répliquer, avec envie et impatience. Il posa ses mains autour de son visage, s’accrocha à elle et approfondit le baiser. Dahlia ouvrit la bouche, embrassa ses lèvres comme si elle voulait le dévorer et posa ses mains sur le dos nu de Harry. Il s’allongea sur elle, pour que leurs peaux se touchent et Dahlia se crispa à nouveau.

- Ecarte les jambes, murmura Harry contre ses lèvres.

Elle hésita quelques secondes puis écarta les jambes et Harry s’y étendit, enfin à sa place. Dahlia frissonna malgré elle, parce que c’était trop bon de sentir le corps de Harry peser contre le sien, c’était trop bon de l’avoir entre ses jambes, de savoir qu’il voulait d’elle et qu’il ne partirait pas. Et même si ça lui faisait un peu peur, c’était bon de sentir le sexe de Harry contre le sien.

Elle l’embrassa à nouveau et referma ses jambes autour de lui pour le garder là, avec elle. Cette fois-ci, Harry put la caresser comme il le voulait, il put prendre son temps, prendre ses seins dans ses mains, les lécher, les embrasser. Il put la sentir s’exciter contre lui et soupirer quand sa langue glissait sur le bout de ses seins. Harry put embrasser la peau douce de son ventre, autour de son nombril et la peau de ses cuisses, passer ses mains sur ses hanches et sur ses jambes. Il ne toucha pas son sexe, il l’avait promis. Il pouvait toutefois la sentir durcir contre lui, tout comme il durcissait lui-même et cette idée lui plaisait bien.

Elle finit par se redresser, excitée par les caresses de Harry mais désireuse de le toucher, elle aussi. Elle s’assit sur ses cuisses et il la serra contre lui, pressant son torse contre ses seins, laissant leurs cheveux s’entremêler un peu. Elle posa ses mains sur les épaules de Harry et le poussa en arrière pour l’allonger. Ce fut son tour à elle de se mettre entre ses jambes, de passer ses mains sur son torse et sur son ventre. Elle attrapa le sexe de Harry et le masturba, bien serré dans sa main mais pas trop, juste comme il fallait. Harry se fit la vague réflexion que de toutes les femmes avec qui il avait couché, elle était celle qui branlait le mieux. Il s’abandonna aux baisers qu’elle déposait sur son cou, frissonna quand elle mordilla sa peau, soupira quand elle caressa son gland avec son pouce. C’était bon et c’était meilleur que la première fois.

Cette fois-ci, ce fut Harry qui la pénétra avec ses doigts pour la préparer et ça l’excita complètement. Il pouvait la regarder rougir et soupirer sous lui, il aimait cela. Il avait dû lubrifiant mais pas de préservatifs, ils étaient restés chez Jane. Ils décidèrent de s’en passer, tant pis, ils avaient beaucoup trop envie l’un de l’autre pour s’arrêter là. Harry regarda Dahlia, allongée sur le lit, avec ses cheveux blonds éparpillés autour de sa tête comme une auréole décoiffée. Il s’allongea entre ses jambes, entra lentement en elle, centimètre par centimètre, gémit de la sensation qu’il éprouvait, l’écouta gémir elle aussi. Il se pencha au-dessus d’elle, pour regarder son visage et pas le reste et il se mit à bouger doucement ses hanches, pour s’enfoncer davantage en elle. Ce soir, elle ne le fuyait pas, elle restait contre lui, elle affrontait son regard et c’était peut-être ce qui rendait Harry le plus heureux. Dahlia referma ses jambes autour de lui, posa ses pieds sur ses fesses et appuya dessus. Il sourit vaguement, accéléra ses gestes, l’embrassa pour aspirer ses soupirs. Son souffle chaud contre ses lèvres l’excitait, la chaleur à l’intérieur de son corps l’excitait, le parfum de ses cheveux, de sa peau, tout l’excitait. Harry abandonna les lèvres de Dahlia et posa ses mains sur les siennes. Il les releva au-dessus de sa tête, entrelaça leurs doigts et la tint fermement. Il embrassa le tatouage de fleurs qu’elle avait sur le bras, revint vers son épaule, l’embrassa à nouveau.

Harry pouvait sentir le corps de Dahlia contre le sien, à chaque fois qu’il bougeait sur elle, il sentait ses jambes autour de lui qui suivaient les mouvements de son bassin, il entendait sa peau rencontrer la sienne, l’odeur de leurs ébats, les gémissements de Dahlia, ses propres halètements, la moiteur de leur peau. Tout était bon. Quelques heures plus tôt, Harry se sentait seul mais c’était terminé. Elle était là dans son lit, il était là en elle, tout allait bien, il n’était plus seul.

Dahlia se dégagea des mains de Harry et saisit son sexe pour se masturber. Il la regarda faire, il voulait voir l’expression de son visage cette fois-ci, il voulait qu’ils le fassent ensemble, même si ce n’était pas en même temps.

- Dépêche-toi, gémit Harry. Je suis au bout aussi…

- Pas à l’intérieur, dit Dahlia, le souffle court.

- Non, non…

Elle agrippa les cheveux de Harry, l’attira vers elle et l’embrassa vivement. Elle jouit enfin, gémissant contre ses lèvres, les joues rouges et les yeux sombres. Elle le lâcha et laissa retomber sa main fatiguée sur le matelas. Harry fit encore quelques mouvements en elle puis se retira rapidement et se masturba au-dessus de son ventre pour éjaculer à son tour, tendu à tel point que ça devenait douloureux.

Ils s’allongèrent face à face dans le lit après s’être nettoyés. Dahlia avait remis son bas de pyjama et Harry ne s’était pas rhabillé. Il pouvait faire courir ses doigts sur les bras dénudés de Dahlia, de ses épaules jusqu’au bout de ses doigts, il pouvait sentir sa peau chaude contre lui. Ça lui convenait parfaitement. Il était heureux d’avoir pu faire l’amour avec elle comme il le voulait, sans se sentir seul et frustré. Il devinait que la dernière fois, elle l’avait tenu à distance parce qu’elle savait qu’il allait partir et qu’elle préférait ne pas trop s’accrocher à lui, ne pas trop le regarder, ne pas le laisser la tenir, pour que le moment où il s’en irait et la lâcherait ne soit pas trop dur à supporter. Ça n’avait pas vraiment fonctionné cependant, son départ avait été dur à supporter, c’était peu de le dire.

Dahlia était heureuse elle aussi. Passée l’angoisse du début, elle s’était sentie bien avec lui, elle avait aimé faire l’amour de cette façon, en lui faisant face, en laissant son corps se serrer contre le sien. C’était bien plus agréable et bien plus réconfortant. Au fond d’elle, elle savait que Harry ne la repousserait pas et qu’il la voulait comme elle était, elle le connaissait. Il pouvait être dur, parfois, il pouvait être colérique et égoïste mais il n’était ni méchant ni cruel. Elle avait confiance en lui. Dahlia sourit à Harry qui avait remis ses lunettes pour la voir distinctement. La lampe de chevet n’éclairait pas beaucoup mais suffisamment pour qu’ils se voient sans peine et ils pouvaient s’observer comme ils le voulaient, toujours un peu incrédules à l’idée de s’être retrouvés de cette façon.

- Dis-moi quelque chose sur toi que je ne sais pas, demanda Dahlia.

Harry hésita, déstabilisé par la question. Il ne savait pas vraiment quoi répondre à vrai dire, c’était presque triste.

- Euh… bafouilla-t-il. Tout ce qui me vient à l’esprit a rapport avec la guerre ou mon enfance mais je n’ai pas envie d’en parler maintenant.

- On ne s’est pas vu pendant quatre ans, tu as bien dû faire des choses, non ?

- J’ai l’impression que non, avoua Harry. Je… c’est pathétique, non ? J’ai l’impression de n’avoir rien à raconter. Mais bon, si tu veux savoir quelque chose, je peux te dire que j’ai rompu avec Jane, ma collègue, parce que je pensais à toi quand je couchais avec elle.

Dahlia eut un éclat de rire satisfait et un peu désabusé.

- D’accord, tant mieux, dit-elle.

- Et toi, dis-moi quelque chose que j’ignore sur toi.

Dahlia réfléchit à son tour, il y avait des centaines de choses sur elle qu’il ignorait. Sans doute était-ce le cas pour Harry également mais il ne s’en rendait pas compte. Elle hésita un peu, pas vraiment certaine de vouloir lui révéler ça mais au fond, elle en avait envie, pour voir sa réaction.

- Je fais du Quidditch, dit-elle sérieusement. Deux fois par semaine, dans un petit club amateur de New York.

Il la regarda avec stupeur.

- Ah bon ? Mais l’autre jour j’ai parlé au moins trente minutes de Quidditch avec Jamal et personne n’y a jamais fait allusion !

- C’est parce que je leur avais demandé de ne pas le dire, avoua Dahlia.

- Pourquoi ?

- Je ne voulais pas que tu te moques de moi ou que tu fasses de commentaires déplaisants sur nos affrontements passés au Quidditch ou… ce genre de choses.

Harry pinça les lèvres. Il l’aurait surement fait, elle avait raison.

- Tu joues dans le même club que Jamal ?

- Non, un autre.

- Tu es attrapeuse ?

- Oui…

- Et ? Tu y arrives ?

- Plutôt bien à vrai dire, répondit Dahlia en souriant. Maintenant que je suis plus âgée, que je n’ai pas la pression de me faire humilier par toi ou que je ne suis plus obsédée par l’idée de te battre, je joue beaucoup mieux.

- Je veux bien te croire. Il faudra que je vienne te voir jouer ! Tu fais des matchs ?

Elle en faisait oui, certains samedis ou dimanches, mais pas l’été, ils étaient en pause, ce qui expliquait qu’elle ait pu voir Harry sans problème tous les weekends. Et oui, cela lui ferait plaisir qu’il vienne la voir jouer, même si ça la stressait un peu, au fond. Ils discutèrent de Quidditch un moment, enthousiastes. Harry aimait toujours autant ce sport mais il n’avait plus particulièrement envie d’en faire. Et de toute façon, il n’en avait pas le temps. Il assistait régulièrement à des matchs de la Coupe avec Ron, quand il le pouvait. A la fin, Harry se mit à rire un peu, blasé par l’idée qui lui était venue.

- Il faut croire que j’ai un faible pour les joueuses de Quidditch, dit-il.

- Ginny Weasley est joueuse professionnelle, c’est encore un niveau au-dessus.

Elle avait parlé un peu sèchement, comme si elle n’appréciait pas trop la comparaison avec Ginny. Pourtant, Harry trouvait que Ginny et Dahlia se ressemblaient, tout comme Jane d’ailleurs. Elles étaient fortes, déterminées, indépendantes, elles pouvaient parfaitement se passer de lui. Si Harry n’avait pas écrit de lettre à Dahlia, elle ne serait jamais venue le chercher et elle aurait continué à vivre sans lui. C’était un peu effrayant comme idée mais Harry préférait cela. On lui avait mis le poids de l’Angleterre sur les épaules alors qu’il n’était qu’un enfant, on lui avait dit qu’il était le seul à pouvoir tuer Voldemort et sauver tout le monde. C’était bien suffisant. Il ne voulait plus être le seul espoir de qui que ce soit.

- Toi tu as un faible pour les Aurors, fit remarquer Harry, en se rappelant ce que Ron avait dit.

- Ce n’est que pure coïncidence, rétorqua Dahlia d’une voix hautaine.

Harry rit doucement, amusé. Il était heureux qu’elle ait pu se libérer des pressions qu’elle se mettait à Poudlard et qu’elle arrive à jouer au Quidditch comme elle le voulait. Encore une fois, elle allait de l’avant et ne restait pas bloquée dans le passé comme lui. Il ne put s’empêcher de penser qu’elle allait peut-être réussir à le tirer avec elle et à le débloquer.

- Il y a autre chose que je voudrais te dire, ajouta Dahlia en interrompant ses pensées.

Elle l’avait dit avec sérieux et gravité, ce qui força Harry à la regarder attentivement.

- Tu sais, quand tu m’as demandé si j’avais fait le sortilège pour changer de sexe ?

- Oui, répondit Harry, un peu honteux.

- Je vais le faire, c’est prévu.

- Ah, s’étonna Harry. D’un autre côté, ça me semble normal, si vraiment tu n’aimes pas cette partie de ton corps…

- Oui.

- Mais pourquoi est-ce que tu ne l’as pas fait avant ? demanda Harry, sincèrement curieux.

- Pour deux raisons principales : premièrement, c’est très cher et je ne gagne pas beaucoup à la librairie. J’économise donc depuis plusieurs années pour faire ça. Ensuite, parce que… ça me fait un peu peur.

- Peur ?

- Oui… Ce n’est quand même pas anodin, je veux dire, c’est une modification corporelle importante. Et puis, c’est douloureux et c’est un peu dangereux aussi, comme tous les sortilèges aussi invasifs.

Harry se crispa malgré lui.

- Dangereux comment ? Demanda-t-il.

- Dangereux comme… ça pourrait mal se passer.

- Oui mais…

- Ce n’est pas plus dangereux qu’autre chose, c’est de toute façon toujours dangereux de pratiquer des sortilèges de ce genre, c’est comme ça. Dans le sens qu’il y a toujours un risque.

- D’accord, répondit Harry, un peu anxieux. Et douloureux comment ?

- Je ne sais pas, imagine…

- Et tu vas vraiment faire ça ?

- Oui, je vais le faire, je pense. J’en ai encore plus envie maintenant.

Harry s’allongea sur le dos pour regarder le plafond. Prétendre que cette perspective ne l’inquiétait pas serait un mensonge. Pour autant, il comprenait pourquoi elle voulait le faire.

- Dahlia, dit gravement Harry. Moi je me moque complètement que tu fasses ce sortilège ou pas. Ça ne me dérangerait pas du tout que tu restes comme ça. Mais si tu veux le faire, j’irai avec toi.

- Merci.

Après cela, ils discutèrent encore longuement du sortilège. Elle n’avait aucune date de prévue, elle n’était pas encore complètement sûre d’elle mais elle savait bien, au fond, qu’elle ne serait jamais vraiment en paix tant qu’elle ne l’aurait pas fait. Ils durent parler d’autre chose ensuite, allongés l’un contre l’autre, mais Harry ne s’en souvenait plus vraiment et ils finirent par s’endormir tous les deux, tard dans la nuit.
Chapitre 8 - Tout ce que tu es by Celiag
Harry et Dahlia furent réveillés par la lumière filtrant derrière les rideaux, signe qu’il faisait jour depuis longtemps. Pendant une seconde, ils se sentirent perdus et perplexes puis se rappelèrent tout ce qu’ils s’étaient dit la veille. La chambre était étrangère à Dahlia mais quand elle réalisa que le corps chaud à côté d’elle était celui de Harry et qu’il l’aimait, elle ne ressentit qu’une paix douce et réconfortante. Quant à Harry, il fut soulagé de se rendre compte qu’il n’avait pas rêvé tout cela. Ils se levèrent tous les deux, enfilèrent leur pyjama et Dahlia remit son pull. Les matinées de la fin août restaient fraîches et il pleuvait toujours dehors. Pour une fois, cela ne déprima pas du tout Harry qui n’y fit aucunement attention. Il pouvait bien neiger que ça lui serait complètement égal. Dahlia était là.

Dans le salon, il y avait Ron et Hermione qui venaient visiblement de se lever eux aussi et qui avaient commencé à faire griller des toasts. Il y eut un léger moment de malaise, des salutations timides et tout le monde s’assit autour de la table. Hermione jetait des regards interrogateurs à Harry qui faisait tout son possible pour l’ignorer, Ron observait Dahlia du coin de l’œil avec un mélange de stupeur et de fascination, Dahlia fixait sa tasse et Harry fixait les mains de Dahlia.

- Alors… dit Ron en se reprenant. Vous… euh… vous avez pu parler ?

- Oui, assura Harry.

- Et donc ?

- Donc… nous sommes ensemble.

Hermione et Dahlia ébauchèrent le même sourire incontrôlable quand Harry prononça la phrase et échangèrent un regard. Ron resta muet une seconde puis reposa sa tasse de thé sur la table.

- Tant mieux pour toi ! déclara-t-il. Tu vas pouvoir arrêter d’errer dans l’appartement comme un amoureux transi et désespéré.

- Je n’errais pas dans l’appartement comme un amoureux transi ! se défendit Harry, rougissant.

- Si, si, je t’assure, appuya Ron sans aucune pitié.

- Et ça ressemblait à quoi ? demanda Dahlia de sa voix trainante et impassible.

Ron se tourna vers elle, un peu moins tendu.

- Oh tu sais, il avait laissé l’heure de New York sur sa montre pour pouvoir penser à…

- C’est bon Ron, la ferme, on a compris, coupa sèchement Harry.

Ron et Dahlia se regardèrent spontanément avec amusement, réalisèrent qu’ils venaient d’échanger un regard complice et burent chacun une gorgée de thé brûlant pour faire passer l’information. Hermione en profita judicieusement pour changer de sujet. Elle prit des nouvelles de Dahlia, de la librairie, d’Emily. Elle avait été heureuse d’apprendre que Dahlia était maintenant résidente des Etats-Unis et ne risquait plus rien. Ils bavardèrent tranquillement – du moins le plus tranquillement qu’il était possible dans cette situation – tout en terminant leur petit-déjeuner. Ron ne pouvait s’empêcher d’être un peu curieux de la vie de Dahlia et de son départ à New York mais il n’osa pas poser beaucoup de questions.

- Et comment est-ce que vous allez faire pour vous voir avec la distance et le décalage horaire ? demanda Ron.

- Je prendrai des Portoloins, aucune importance, dit Harry. Nous sommes des sorciers, c’est facile !

- La magie n’efface pas le décalage horaire, fit remarquer Ron.

- On se débrouillera, rétorqua Harry avec un geste vague de la main.

- Je suppose que tu ne viens pas déjeuner avec nous chez Arthur et Molly, dit Hermione en se levant de table.

Harry la regarda avec surprise, il avait complètement oublié qu’il était censé aller manger chez eux.

- Non, effectivement… Vous n’aurez qu’à leur dire, je ne sais pas…

- Oh je vais leur dire la vérité, déclara Ron avec enthousiasme. Je vais leur dire que ta copine américaine a débarqué et avec un peu de chance, ça leur fera un tel choc qu’ils oublieront de nous poser des questions sur le mariage !

L’idée de « copine américaine » plut bien à Dahlia mais elle s’abstint de le dire. Hermione hocha la tête, d’accord pour suivre le plan de Ron et Harry accepta qu’ils en parlent aux Weasley, sans dire qui était vraiment sa copine, bien entendu. Hermione s’en alla en annonçant qu’elle devait passer chez elle pour prendre des vêtements et s’habiller, les laissant tous les trois à la table de la cuisine.

- Qui veut le dernier toast ? demanda Harry en bâillant. Mangez-le pour que je puisse débarrasser.

Dahlia hésita, tendit la main vers le toast mais Ron l’attrapa vivement avant elle avec une impolitesse des plus flagrantes. Dahlia lui jeta un regard méprisant que Ron affronta en mâchant son toast.

- Ce n’est pas parce que tu es une fille que je vais être plus sympa avec toi, prévint-il sérieusement.

- De toute évidence, répondit Dahlia avec hauteur.

- Ron… souffla Harry, un peu agacé.

Il savait bien que Ron n’aurait jamais fait ça devant Hermione mais maintenant qu’elle était partie, il pouvait se permettre d’être un peu désagréable avec Dahlia. Harry débarrassa, lança la vaisselle et les regarda avec hésitation.

- Je… vais rapidement me préparer, dit-il. Je reviens.

Il disparut dans la salle de bain et les laissa seuls, légèrement inquiet de ce qui pourrait se passer. Et en même temps, Ron et Dahlia allaient devoir apprendre à s’entendre à partir de maintenant. Elle était sa copine, il était son meilleur ami, ils n’avaient plus le choix. Harry pensa à Emily qui le détestait et soupira profondément en versant du dentifrice sur sa brosse à dents.

A la table, Dahlia et Ron restèrent assis face à face, tendus et sur leurs gardes. Ils auraient pu partir et s’en aller chacun dans sa chambre sous prétexte de prendre leurs vêtements mais ils ne le firent pas. Aucun d’eux ne voulait s’enfuir le premier. Ron se contenta d’observer Dahlia en silence, sans trop de discrétion.

- Une remarque à faire, Weasley ? demanda froidement Dahlia.

- Je me disais qu’en fait, ça te va plutôt bien, dit Ron.

- Quoi donc ?

- D’être une fille.

Dahlia plissa légèrement les yeux, chercha la moquerie et l’insulte dans cette déclaration mais n’en trouva pas.

- Merci, je suppose, répondit Dahlia du bout des lèvres. C’est tout ?

- Eh bien, oui…

- Tant mieux. Je m’attendais à ce que tu sois moins… compréhensif.

Ron se cala dans le dossier de sa chaise et joua avec les miettes de toast qui restaient sur la table.

- Oh mais je ne comprends pas, rétorqua-t-il. Mais ce n’est pas vraiment le problème.

- Non.

- En fait tu vois, j’y ai beaucoup réfléchi depuis qu’Hermione me l’a dit et au fond, je trouve que c’est un peu comme les Nés-Moldus.

Dahlia le regarda avec stupeur, angoisse et une quasi-horreur, l’air de se demander quelle énormité il allait lui sortir. Elle se crispa sur sa chaise et croisa les bras.

- C’est-à-dire ? demanda-t-elle sèchement.

- C’est-à-dire qu’il y a des enfants qui naissent dans des familles de Moldus et qui ont des pouvoirs magiques. Et au fond, personne ne sait expliquer ça, personne ne comprend. Il y a donc deux types de réactions face à ça. Soit on déclare qu’on ne comprend pas, que ce n’est pas normal, que des enfants nés chez les Moldus ne peuvent pas être de vrais sorciers, qu’ils ne devraient pas avoir le droit de posséder de baguette et d’aller à Poudlard, soit on admet qu’on ne comprend pas mais qu’ils existent et qu’ils sont légitimes d’exister, qu’ils sont des sorciers qui valent autant que les autres et que les questions d’hérédité et de sang ne sont finalement pas ce qui compte le plus.

Ron et Dahlia se fixèrent une seconde à travers la table, lui souriant légèrement, elle encore plus crispée.

- Et donc je trouve ça un peu drôle que toi, parmi tous les autres, tu te retrouves à subir les mêmes remarques que celles que tu as imposées à Hermione pendant des années en lui disant qu’elle n’était pas une vraie sorcière parce qu’elle n’était pas née là où il fallait.

- Il ne t’est jamais venu à l’esprit que je faisais ces remarques justement parce que c’était ce qui me faisait souffrir ? répliqua Dahlia d’une voix glaciale.

- Mmh, si, admit Ron en hochant la tête.

- Ça n’a rien de drôle.

- Non mais je ne peux pas m’empêcher d’en remarquer l’ironie.

Dahlia se tut, incapable de savoir ce qu’elle ressentait exactement. L’analyse de Ron était peut-être bien la chose la plus subtile et en même temps la plus cruelle qu’elle ait entendue. C’était dur de lui balancer à la figure qu’elle recevait la même haine que celle qu’elle avait déversée autrefois. Mais au fond, ce que disait Ron, c’était surtout que…

- Bref, conclut Ron. Comme je l’ai dit, je trouve que ça te va très bien d’être une fille.

Que si Hermione Granger était une vraie sorcière qui valait autant que les autres, alors Dahlia était une vraie femme qui valait autant que les autres. Ron se leva de la table et s’étira sans élégance. Ils entendirent la porte de la salle de bain s’ouvrir et Harry sortit, lavé et habillé. Ron laissa retomber ses bras le long de son corps et se tourna vers Dahlia.

- Bon allez, je veux bien être sympa pour cette fois et te laisser la salle de bain en premier.

Dahlia se leva à son tour, parut agacée d’être plus petite que lui mais le regarda tout de même avec hauteur.

- Trop aimable, déclara-t-elle sèchement.

Puis elle se détourna, un peu remuée par ce que Ron Weasley venait de lui dire et partit chercher ses affaires avant de s’enfermer dans la salle de bain à son tour. Harry observa la scène d’un air blasé et résigné. Il n’avait pas envie de savoir ce qu’ils s’étaient dit, il espérait simplement que Ron n’avait pas été insultant. Il ne s’inquiétait pas trop cependant, il avait confiance en son ami pour respecter la femme dont il était amoureux. C’était la moindre des choses.

Dahlia revint, laissant sa place à Ron et rejoignit Harry dans le salon. Assis sur le canapé, il la regarda venir vers lui, avec son chemisier blanc vintage, sa jupe verte et sa jolie coiffure. Tout cela aussi lui avait manqué. Elle passa devant lui pour s’asseoir à côté mais il la retint, enlaça ses jambes et posa son front sur le ventre de Dahlia. Il n’était pas très doué pour parler, il ne l’avait jamais été, encore moins pour exprimer ses sentiments. Il espérait qu’elle ressentait à quel point il était heureux qu’elle soit là, avec lui.

Hermione revint dans l’appartement et Dahlia se libéra doucement de l’étreinte de Harry. Elle s’assit à côté de lui sur le canapé et regarda Hermione frapper à la porte de la salle de bain pour crier à Ron de se dépêcher.

- Ne vous en faites pas, nous allons partir, assura-t-elle à Harry et Dahlia.

- Aucun problème, dit tranquillement Harry qui avait hâte qu’ils s’en aillent.

- Qu’est-ce que vous allez faire aujourd’hui ?

- Euh, je ne sais pas. Si la pluie s’arrête, nous irons peut-être nous promener à Londres.

- Si vous voulez un parc agréable éloigné du Chemin de Traverse où vous ne risquez pas de croiser de sorciers, allez à Regent’s Park.

- Oui, nous verrons.

- Ah, c’est bon, tu as terminé ? s’écria Hermione quand Ron ouvrit la porte.

Ils se souhaitèrent mutuellement une bonne journée et Ron et Hermione sortirent enfin de l’appartement, au grand soulagement de Harry. Il y eut une seconde de silence après leur départ et Harry poussa un soupir.

- Je vire Ron de son propre appartement, ce n’est pas très gentil…

- Je ne me sens pas plus coupable que ça, rétorqua Dahlia de sa voix trainante.

Harry s’en doutait bien mais il sourit malgré lui.

- Non, moi non plus, avoua-t-il.

Dahlia lui rendit son sourire. Elle se redressa et se pencha vers Harry pour l’embrasser. Ils ne s’étaient pas touchés depuis qu’ils s’étaient levés et ça leur manquait déjà. Harry fit attention à ne pas décoiffer Dahlia et l’embrassa longuement, le cœur gonflé par quelque chose qu’il ne connaissait pas. Ils se séparèrent enfin, pour reprendre leur souffle et Dahlia se rassit confortablement sur le canapé. Harry regarda ses jambes nues sous sa jupe, hésitant à les toucher.

- Tu aimes bien mes jambes, commenta Dahlia d’un ton neutre.

- Oui. J’aime bien quand tu coiffes tes cheveux de cette façon, aussi.

Dahlia posa ses jambes sur Harry et il y posa ses mains, les faisant glisser sous sa jupe pour caresser sa peau.

- J’aime bien tes mains, dit Dahlia. J’aime aussi quand tu me souries.

Ça n’avait pas dû arriver beaucoup ces douze dernières années, songea Harry. Tant pis, il passerait son temps à lui sourire à partir de maintenant.

- Tu vas souvent manger chez les Weasley ? demanda Dahlia en changeant brusquement de sujet.

- Oui, souvent.

- Tu n’es plus avec Ginny pourtant.

- Ça n’a rien à voir.

Harry raconta comment les Weasley avaient toujours pris soin de lui, comment Molly Weasley l’avait traité comme un fils et avait toujours cherché à le protéger. Il raconta les étés passés au Terrier, la reconnaissance qu’il éprouvait pour eux. C’était Arthur Weasley qui était allé voir les Dursley pour les menacer s’ils maltraitaient encore Harry, c’était lui qui l’avait accompagné au Ministère pour son audience. C’était Molly Weasley qui était venue le voir et l’encourager lors du Tournoi des Trois sorciers, c’était Molly Weasley qui l’avait réconforté après la mort de Cédric, alors qu’il venait de voir son camarade d’école se faire assassiner sous ses yeux et qu’il venait de se faire torturer par Voldemort ; elle l’avait serré dans ses bras.

- A vrai dire, murmura Harry en immobilisant sa main sur la jambe de Dahlia. Je crois bien que c’est la seule personne à s’être réellement soucié de l’enfant que j’étais.

- Je ne savais pas tout ça… constata Dahlia.

- Non… Ce serait un peu trop fort de dire que je la considère comme ma mère mais tu vois, elle… il y a un peu de ça quand même.

- Je vois.

C’était la première chose vraiment intime qu’il lui racontait et Dahlia en éprouva un plaisir aigu. Un plaisir toutefois entaché par les souvenirs du passé qui la mettaient mal à l’aise.

- J’ai passé des années à les insulter, dit Dahlia à voix basse.

- C’est fini maintenant, déclara Harry d’un ton ferme. Tu vas voir, ce sont des gens très gentils, généreux et drôles. Je suis sûr que tu les apprécieras !

Dahlia fixa Harry un instant, surprise et nerveuse. Elle détourna la tête, joua avec sa jupe et retira ses jambes pour les replier sous elle sur le canapé.

- Parce que… tu veux que je les rencontre ? Demanda-t-elle.

Harry hésita, mal à l’aise à son tour devant la question. Il devinait le danger de cette conversation mais il ne voulait pas lui mentir. Harry n’était pas doué pour ça non plus.

- Eh bien, peut-être pas tout de suite mais si nous restons ensemble longtemps, oui, j’aimerais bien que tu les rencontres, un jour. Comme je l’ai dit, ils sont ma famille et ça me ferait plaisir de… enfin, que tu viennes avec moi, parfois, ou juste qu’ils rencontrent la femme avec qui je sors.

- Je vois… souffla Dahlia.

- Tu… ne veux quand même pas que je leur cache la vérité pendant des années ? Ils ne diront jamais rien à tes parents, on peut leur faire confiance.

- Oui mais… ça ne te dérange pas, toi, de leur dire la vérité ?

Harry eut l’air surpris.

- Non, pourquoi ça me dérangerait ?

Dahlia ouvrit la bouche mais la referma sans répondre. Il y avait un peu de naïveté dans la question de Harry mais c’était aussi ce qu’elle aimait. Il aurait tout le temps de se rendre compte que sortir avec elle ne serait pas toujours de tout repos.

- Nous verrons ça plus tard alors, conclut Dahlia sans trop se mouiller.

Harry n’insista pas, ce n’était de toute façon pas le moment d’en parler. Ils venaient à peine de se mettre ensemble, ils allaient déjà devoir faire en sorte que ça marche avant de penser à autre chose. C’était peut-être parce qu’il venait de dire qu’il voulait la présenter aux gens qu’il considérait comme sa famille ou peut-être parce qu’il avait parlé d’eux en disant « pendant des années » comme s’il était évident que leur histoire allait durer mais Dahlia eut brusquement envie de le toucher. Elle grimpa sur lui, sur le canapé, et se serra contre son corps tandis qu’il passait ses mains sur son chemisier blanc pour la tenir dans ses bras. Elle était contente que quelqu’un s’accroche à elle de cette façon, elle était contente que ce quelqu’un soit Harry.

Ils déjeunèrent ensemble ce que Harry avait préparé, assis à la table. C’était un peu comme à New York, à la différence qu’ils pouvaient maintenant arrêter de faire semblant. Ils pouvaient se sourire sans se retenir, se regarder avec désir et tendresse sans se cacher. Elle se moqua de lui parce qu’il avait laissé sa montre à l’heure de New York et qu’elle trouvait cela à la fois idiot et romantique. Il se vexa un peu. N’avait-elle rien fait de stupide, elle, après son départ, pour avoir l’impression qu’il n’était pas complètement parti ? Dahlia hésita un instant.

- Non, dit-elle sincèrement.
Après le repas, ils profitèrent d’être seuls dans l’appartement pour faire ce qu’ils voulaient sans être dérangés. Harry put assouvir un de ses désirs les plus persistants, qu’il avait depuis des semaines maintenant : défaire un à un les boutons délicats du chemisier de Dahlia et le lui retirer, regarder son soutien-gorge et le lui retirer aussi. Admirer Dahlia s’asseoir sur lui et soulever sa jupe pour caresser ses cuisses. Harry aimait tout. Ils firent l’amour sur le canapé, du mieux qu’ils purent, haletant à chaque mouvement de Dahlia sur lui, en se regardant bien en face. C’était encore meilleur que la veille, d’une certaine façon, parce que le plus dur avait été dit et qu’il ne restait maintenant plus que l’amour et l’envie.

Il y avait toujours des nuages mais la pluie s’était arrêtée. Suivant le conseil d’Hermione, ils transplanèrent à Regent’s Park et s’y promenèrent lentement, peu pressés d’arriver au bout. Cette fois-ci, enfin, Harry prit la main de Dahlia dans la sienne et put croiser les autres couples sans ressentir ce malaise qu’il avait souvent ressenti à New York. Il avait eu envie de faire cela à Central Park, les deux fois. Il repensa aux hommes qui les avaient insultés et qui avaient prétendu qu’elle était trop belle pour sortir avec lui. Ça le blessait toujours autant et il repoussa ce souvenir avec force. Maintenant, il pourrait répondre que oui, il était bien son copain, et tant pis s’il s’en prenait une pour avoir répondu cela.

Ils ne croisèrent sans doute aucun sorcier et personne ne s’intéressa à eux. Ici, ils ne risquaient pas grand-chose, personne ne les connaissait. Dahlia en profita pour raconter à Harry, en gardant les yeux fixés devant elle, que ses amis avaient découvert la vérité sur son passé et sur ses agissements pendant la guerre. Ils étaient tombés sur de vieux articles en voulant se renseigner sur Harry.

- C’est donc en partie ma faute, commenta Harry.

- C’est toujours en partie ta faute de toute façon, rétorqua Dahlia d’un ton léger.

- Qu’est-ce qu’ils ont dit ?

Dahlia assura qu’ils ne lui en voulaient pas, qu’ils comprenaient bien qu’elle était jeune et forcée, qu’elle avait changé et que la guerre était terminée. Harry se fit la réflexion que ça devait être beaucoup plus simple de pardonner pour eux qui n’avaient pas connu la guerre et qui n’avaient aucune idée de ce qui s’était réellement passé. D’un autre côté, leur ignorance aurait aussi pu les conduire à juger avec moins de compassion. Il ne savait pas trop comment il réagirait, lui, s’il apprenait qu’un de ses amis avait travaillé pour un criminel, avait torturé des gens et essayer d’en tuer d’autres. C’était sans doute aussi plus facile à pardonner quand on savait que son amie avait grandi dans un pays en guerre. On pouvait plus aisément deviner que les survivants avaient peut-être été obligés de faire des choses sales pour survivre. Dans le cas de Harry, ce n’était pas son amie qui avait commis tous ces crimes, c’était sa copine. Mais ça ne le dérangeait pas parce qu’il comprenait exactement ce qu’elle avait ressenti et pourquoi elle l’avait fait.

Il se remit à pleuvoir en fin d’après-midi et ils se serrèrent sous le parapluie de Dahlia. Ils s’étaient perdus dans Regent’s Park, étaient allés trop loin et transplanèrent discrètement pour se rapprocher de la sortie. La journée avait filé à une vitesse qui donnait le vertige à Harry. Ils n’avaient pas eu le temps de faire grand-chose et en même temps, vivre à côté d’elle était tout ce dont Harry avait besoin. Il se raccrocha à l’idée qu’elle ne repartait que le lendemain soir et qu’il leur restait encore du temps à passer ensemble.

Harry proposa d’aller dîner au restaurant mais Dahlia refusa en détournant les yeux, un peu gênée. Le Portoloin qui reliait Londres à New York coûtait cher, elle ne pourrait pas se permettre d’aller au restaurant en plus à chaque fois. Harry garda pour lui sa proposition de payer et n’insista pas. Quand ils rentrèrent à l’appartement, Ron et Hermione n’étaient pas là. Harry les soupçonnait de rester chez Hermione pour ne pas les déranger et il leur en fut reconnaissant. Il partit à la recherche de restes comestibles à préparer pendant que Dahlia allumait la radio et tentait de retrouver la station de la RITM.

- Ah, je connais cette chanson ! s’écria-t-elle avec satisfaction en trouvant enfin la station de radio sorcière. C’est un groupe américain, je suis allée les voir en concert avec Andrew.

- Ah bon ? s’étonna Harry en se tournant vers elle. Tu vas à des concerts toi ?

Elle le regarda comme s’il était idiot.

- Bien sûr, pourquoi n’irais-je pas ?

- Tu allais à des concerts en Angleterre ?

- Non, admit Dahlia. Mais quand j’ai eu l’âge d’aller à des concerts, Tu-Sais-Qui est arrivé et ça m’a un peu refroidie, tu vois.

- Certes, c’était stupide comme question…

Harry lui-même avait dû attendre plusieurs mois après la fin de la guerre pour faire des activités normales comme assister à un match de Quidditch ou même aller manger une glace sur le Chemin de Traverse. Il posa à Dahlia des questions sur le concert, ça lui plaisait de l’imaginer chanter et crier avec tous les autres, ça ne lui ressemblait pas du tout. Bien qu’au fond, c’était stupide aussi de penser ça. De toute évidence, à treize ans, à quinze ans, avant que Voldemort ne lui mette la main dessus, Dahlia avait bien dû avoir des passions et des passe-temps comme n’importe quelle adolescente de son âge. Pendant une seconde, Harry eut la vision très nette de la main blafarde et squelettique de Voldemort se refermer sur le bras de Dahlia pour l’entrainer avec lui dans un endroit terrifiant.

- Je suis surprise que Weasley ne t’ait jamais proposé d’aller à un concert avec lui ! Il doit connaitre beaucoup de chanteurs pourtant, il a grandi avec la RITM lui aussi. Tu crois que…

Dahlia se tut et sursauta quand elle se rendit compte que Harry l’avait rejointe et se tenait juste derrière elle. Avant qu’elle ait pu dire autre chose, il se pencha vers elle, l’embrassa vivement puis retourna dans la cuisine.

- J’avais juste envie de faire ça, expliqua Harry en lui tournant le dos, les joues rouges.

Dahlia se mordit la lèvre, debout au milieu du salon, rouge aussi, heureuse et hésitante. Elle ne savait plus ce qu’elle voulait dire mais tant pis. Elle le rejoignit dans la cuisine, jeta un coup d’œil circonspect au contenu de la casserole, parut satisfaite et se recula.

- Tu vas faire quoi demain, quand je serai au travail ? demanda Harry.

- Je ne sais pas trop, je vais m’occuper ne t’inquiète pas.

- Si j’avais su ça plus tôt, j’aurais demandé un jour de congé mais c’est trop tard maintenant, je…

- Je débarque chez toi sans te prévenir, je me doute que tu n’as pas organisé tes congés Po… Harry.

- Merci.

A vrai dire, c’était lui qui regrettait de ne pas avoir de congés. Il aurait donné n’importe quoi pour rester avec elle toute la journée du lendemain aussi.

- Dis Harry, ta cape d’invisibilité, tu l’as toujours ?

Harry lui lança un regard surpris.

- Comment est-ce que tu sais pour la cape ?

Elle lui adressa un regard vaguement supérieur, l’air de dire qu’il était évident qu’elle savait. Voldemort savait pour la cape, ce qui voulait dire que Lucius savait aussi et que Dahlia devait le savoir, ainsi que tous les Mangemorts. En fait, tout le monde savait.

- Oui, je l’ai toujours, pourquoi ?

- Est-ce que tu pourrais me la prêter ? J’aimerais bien retourner rien qu’une fois sur le Chemin de Traverse mais je ne peux pas y aller comme ça, on finirait par me reconnaitre.

- D’accord.

Ils dînèrent rapidement, ils n’avaient pas envie de s’éterniser sur la petite table. Dahlia ne pouvait se sortir de la tête ce moment fugace où Harry était venu l’embrasser, pris d’une impulsion subite et elle ne pouvait s’empêcher de l’observer du coin de l’œil, avec un mélange de curiosité et de stupeur. C’était quand même très étrange pour elle de se retrouver ici, chez Harry Potter, de se dire qu’il l’aimait et qu’il l’aimait assez pour ressentir le besoin urgent de traverser une pièce et de venir l’embrasser. Elle n’en revenait pas. Et puis, après des années à l’observer de loin, elle trouvait cela incroyable d’être brusquement si proche de lui, de le voir de cette façon, chez lui, sans masque, sans cape et sans mensonge. Il ne lui venait pas à l’esprit que Harry, de l’autre côté de la table, pensait exactement la même chose.



Ron était devant la porte depuis déjà plusieurs minutes et commençait fortement à s’impatienter. Il avait essayé de crier, il avait frappé, mais rien n’avait fonctionné. Et il savait très bien pourquoi, ce qui l’agaçait encore plus. Harry avait jeté un sortilège sur sa chambre, pour ne laisser filtrer aucun bruit, ni dans un sens ni dans un autre, comme ils le faisaient toujours quand ils dormaient avec quelqu’un. Ron savait qu’il aurait beau frapper à la porte, rien n’y ferait. Il hésita sincèrement à partir et à planter Harry là, mais ce ne serait pas charitable. Jetant un dernier coup d’œil à sa montre, Ron attrapa la poignée et ouvrit la porte d’un geste brusque.

- Harry ! cria-t-il, excédé.

Il tressaillit quand ses yeux se posèrent sur les fesses nues de Harry, essaya d’ignorer le corps à moitié dévêtu de Malefoy et cria une nouvelle fois. Dahlia et Harry se réveillèrent en sursaut, poussant des jurons plus ou moins vulgaires en rabattant la couverture sur eux.

- Ron, merde ! s’écria Harry. Frappe avant d’entrer comme ça !

- J’ai frappé dix fois, je te signale ! répondit Ron. Tu n’entendais rien !

- Oui, et alors quoi ?

- Il est 7h55. Voilà, c’est dit, maintenant débrouille-toi.

Ron tourna les talons, jugeant qu’il en avait fait assez. Il se serait bien passé de voir les fesses de Harry, merci bien, cette image allait le suivre toute la matinée, assurément. Il sortit de l’appartement en claquant la porte, un peu énervé et à la fois pas vraiment, plutôt de bonne humeur au fond. L’expression furieuse de Malefoy dès le matin lui donnait de l’entrain.

Dans la chambre, Harry jura à nouveau et se leva en vitesse. Il commençait à 8h, c’était très mal parti. Il se précipita dans la salle de bain, se lava les dents en un temps record, essaya de s’habiller si vite qu’il faillit se prendre les pieds dans son pantalon et s’étaler de tout son long sur le sol de sa chambre. Dahlia le regardait faire, assise dans le lit, amusée et désabusée de le voir si maladroit. Parfois, elle se demandait vraiment comment il avait pu survivre à tout ça en étant si mauvais dans tout le reste. Harry courut vers elle, l’embrassa sur la joue et courut à nouveau vers la porte.

- A ce soir ! cria-t-il du salon.

Dahlia écouta la porte claquer et se laissa retomber sur le matelas. Ils n’avaient pas beaucoup dormi, ils s’étaient couchés bien trop tard, Harry allait sans doute être fatigué toute la journée. Tant pis pour lui, songea Dahlia en se rendormant tranquillement dans la chaleur des draps qui avaient l’odeur de Harry.

Elle se réveilla tard et prit son temps pour se préparer. Puisqu’elle était seule, elle fit le tour de l’appartement, fouilla dans les tiroirs et les placards, sans trop de scrupules. Elle n’alla pas dans la chambre de Ron, ça ne l’intéressait pas, mais la chambre de Harry n’échappa pas à ses explorations. Elle trouva ses lettres, dans le tiroir de la table de chevet et elle ressentit un plaisir égoïste à l’idée qu’il les avait gardées près de lui. Elle relut la lettre qu’elle avait envoyée quatre ans plus tôt mais ça la déprima de repenser à cette époque et elle la remit soigneusement dans l’enveloppe. En revanche, elle se souvenait bien de sa récente lettre, elle n’avait pas besoin de la relire. Elle pouvait nettement voir que Harry l’avait froissée, dans un geste de rage et de déception. Ça lui plaisait aussi qu’il puisse perdre son calme à cause d’elle.

Elle eut beau fouiller, elle ne trouva rien de spécialement intéressant. Harry avait raison, il ne semblait pas faire grand-chose en dehors de son travail. Dahlia regagna le salon, s’assit à la table et entreprit d’écrire dans son journal. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle avait toujours tenu un journal. C’était d’ailleurs sans doute la seule chose qui lui avait permis de rester à peu près saine d’esprit durant les années les plus sombres de sa vie. Elle prit son temps, nota sur le papier comment s’étaient passées ses retrouvailles avec Harry et quelles émotions cela faisait naitre en elle. Comme prévu, les mots n’étaient pas assez forts pour les décrire comme elle l’aurait voulu.

Finalement, elle grignota les restes du dîner. Elle n’osa pas laver la vaisselle et se retrouva un peu désœuvrée au milieu du salon. Elle avait apporté un livre, elle pouvait s’asseoir sur le canapé et lire quelques heures. Elle pouvait sortir et se promener à Londres. Elle pouvait enfiler la cape et aller marcher sur le Chemin de Traverse. C’était ce qu’elle avait dit à Harry. En réalité, elle se moquait bien du Chemin de Traverse, cet endroit ne représentait pas grand-chose pour elle. Ou alors, si, peut-être, mais elle aurait préféré s’y promener librement, en tenant la main de Harry, regarder les boutiques sans se cacher et sans craindre les regards des gens. Ce n’était pas pour cela qu’elle avait demandé à Harry de lui laisser sa cape, elle le savait bien.

D’un geste déterminé, Dahlia attrapa la cape d’invisibilité et sortit de l’immeuble. Elle s’enroula soigneusement dedans et transplana sans hésiter. Elle se retrouva sur une petite colline bordée d’arbres qui offrait une vue splendide sur la campagne anglaise et sur la grande propriété dont le parc s’étendait en contre-bas. Dahlia observa le haut portail en fer forgé, les tourelles du manoir dans lequel elle avait grandi, la fontaine du parc, les buis, les saules, les fleurs et les allées en graviers blancs. Elle regarda la fenêtre de sa chambre, en haut de la tourelle sud, qui donnait sur un petit balcon. Elle se rappela les heures qu’elle avait passées ici, à prendre l’air quand elle n’arrivait plus à respirer, à fuir la présence de Voldemort dans sa maison, à se dire qu’elle avait envie de sauter, à penser à Harry, à élaborer des plans pour gagner sa liberté.

Dahlia frissonna malgré la douceur de l’air et resserra la cape sur elle. D’un pas moins assuré qu’avant, elle descendit la colline et se rapprocha du manoir. Elle n’arrivait pas à savoir si c’était une bonne idée ou non mais elle ne pouvait pas s’en empêcher. Elle était partie depuis quatre ans et cela lui semblait une éternité. Elle se sentait étrangère à l’endroit, comme si elle n’y avait jamais vraiment vécu, comme si cette vie n’était pas vraiment la sienne. Pourtant, quand elle se retrouva devant le portail et qu’elle l’ouvrit d’un coup de baguette, Dahlia fut forcée de constater que c’était bien sa vie qui s’était déroulée ici, emprisonnée derrière les buis parfaitement taillés. Les sortilèges de protection n’avaient pas changé et elle put rentrer sans peine. C’était presque déprimant.

Toujours cachée sous la cape de Harry, Dahlia remonta l’allée principale et s’en écarta au dernier moment. Elle avança dans l’herbe et atteignit les fenêtres du rez-de-chaussée. A cette heure-ci, ils devaient finir de déjeuner, sans doute. Dahlia longea la façade du manoir et s’arrêta devant les fenêtres de la salle à manger. Elle se pencha pour regarder mais elle ne vit personne. Le repas était donc terminé. Dahlia continua sa progression jusqu’aux fenêtres du salon. Elle y colla son visage pour déjouer les reflets du soleil et observa la grande pièce froide et élégante. Rien n’avait changé en réalité, tout était exactement comme avant. Dahlia aperçut enfin son père, assis sur son fauteuil. Elle ne pouvait pas le voir aussi bien qu’elle le désirait et elle fit le tour du manoir pour avoir un angle différent.

De là où elle était maintenant, elle pouvait véritablement voir son visage. Cela lui fit un choc de revoir son père et elle resta immobile, comme fascinée devant la grande fenêtre. Il avait vieilli, il paraissait plus fragile qu’avant, moins sûr de lui et beaucoup moins fier. Il lisait, le coude posé sur l’accoudoir du fauteuil, appuyé sur sa main. Dahlia le regarda tourner la page, il avait toujours le même geste lent et soigneux qu’autrefois. Elle avait souvent vu son père lire ici, exactement dans cette position. Elle était souvent grimpée sur ses genoux, elle avait souvent écouté ses histoires et ses discours de grandeur, elle avait bu ses paroles, elle l’avait cru. Elle l’avait cru quand il lui avait raconté les prouesses de ce sorcier puissant qui leur offrirait la liberté. Elle l’avait cru quand il lui parlait de la noblesse de leur famille et de leurs ancêtres. Elle l’avait cru quand il disait à quel point ils étaient supérieurs aux autres. Elle n’aurait jamais dû le croire.

Ça n’empêchait pas Dahlia de vouloir rejoindre son père dans le salon, comme autrefois. Elle était trop grande pour s’asseoir sur ses genoux mais elle pourrait prendre place sur le petit tabouret de velours, comme elle le faisait les dernières années. Elle lèverait les yeux vers lui, vers ce père qu’elle avait aimé, idolâtré et qui l’avait trahie. Et elle dirait « Est-ce que tu m’aimes toujours, maintenant ? » Elle en avait envie, au fond de ses entrailles, envie de se tenir devant lui, de lui dire « Regarde-moi, c’est ce que je suis, est-ce que tu m’aimes ? » Mais elle savait qu’elle ne pourrait jamais le faire, qu’elle n’en aurait jamais le courage et la force. Elle avait peut-être grandi, elle était devenue une femme dont elle pouvait être fière mais ça n’y changeait rien. Devant son père, elle redevenait enfant, petite et effrayée. Et elle était toujours aussi terrifiée à l’idée de lire de la déception dans son regard.

Dahlia ne sut pas combien de temps elle resta là à regarder son père mais elle finit par s’arracher à sa contemplation. Elle s’éloigna des fenêtres et traversa à nouveau l’herbe humide pour revenir vers l’allée principale. Elle y était presque arrivée quand elle s’immobilisa à nouveau, alertée par un bruit. C’étaient des pas, qui faisaient crisser les graviers. Dahlia fit demi-tour et partit à la recherche du bruit. Elle n’eut pas besoin d’aller très loin pour le trouver. Narcissa Malefoy remontait l’une des allées, celle qui s’enfonçait vers l’arrière du parc. Dahlia attendit, dans l’herbe, que sa mère marche vers elle. Elle ne l’avait pas vue depuis quatre ans et elle fut heureuse de revoir son visage, à elle aussi. Il lui avait manqué.

Narcissa marchait sans se presser, elle n’avait pas vraiment l’air de savoir où elle allait. Visiblement, sa promenade n’avait aucun autre but que celui de l’éloigner de chez elle et de l’occuper. Elle aussi semblait avoir vieilli mais cela n’avait en rien altéré son élégance. Elle se tenait toujours bien droite quand elle marchait, elle avait toujours ses longs cheveux blonds parfaitement coiffées, cette expression hautaine sur le visage et une robe impeccable qui soulignait la finesse de sa taille. Une autre personne moins impliquée que Dahlia aurait tout de suite remarqué à quelle point la fille avait tenté de ressembler à sa mère, sans même s’en rendre compte.

Dahlia fit un pas vers sa mère, pour se rapprocher d’elle. Narcissa était grande mais Dahlia la dépassait de quelques centimètres, ce qui ne lui donnait, étrangement, absolument aucun sentiment de supériorité. Dahlia s’était toujours sentie inférieure à ses parents de toute façon. Et aujourd’hui plus encore, parce qu’elle était dévorée d’une culpabilité qui ne s’en allait jamais. Elle aurait pu rejoindre sa mère, la prendre dans ses bras et lui dire « Je ne suis pas morte maman, pardonne-moi ». Mais cela non plus, elle savait qu’elle ne le ferait pas. Au lieu de ça, elle se contenta d’agiter sa baguette, sous la cape, pour faire voler quelques pierres blanches qui retombèrent en faisant du bruit. Narcissa se tourna vivement et guetta le chemin derrière elle, à la recherche de ce qui aurait pu faire bouger les pierres. Dahlia recommença et Narcissa se crispa.

- Il y a quelqu’un ? Demanda-t-elle.

Dahlia abaissa sa baguette, c’était tout ce qu’elle voulait, entendre la voix de sa mère au moins une fois, sa voix froide qui ne se réchauffait que pour elle. Narcissa n’entendit plus rien et s’empressa de rentrer au manoir sans plus attendre. Dahlia la regarda disparaitre derrière la porte et regagna lentement le portail pour rentrer à son tour. Les oreilles bourdonnantes de la voix de sa mère, elle transplana à Londres et rentra dans l’appartement de Harry, qui lui sembla bizarrement réconfortant alors qu’elle n’y avait passé que deux jours à peine. Elle s’assit sur le canapé et resta là, les jambes repliées contre elle, la gorge nouée par une envie de pleurer qui ne se réalisait pas, l’esprit envahi de souvenirs qu’elle avait tenté de refouler pendant des années et qui revenaient sans crier gare. Elle avait envie de raconter cela à quelqu’un mais elle n’avait plus aucun ami de cette époque-là, elle n’en avait de toute façon jamais eu. Emily savait écouter mais Emily n’était pas là autrefois, elle ne savait pas tout. Dahlia avait envie que Harry rentre, il comprendrait, lui.



Harry rentra plus tôt que prévu, il avait réussi à s’échapper, il n’avait pas trainé. Il fut infiniment heureux d’ouvrir la porte de son appartement et de constater que Dahlia était bien là. Il l’avait quittée trop vite en partant, il ne l’avait même pas vraiment embrassée. Il put se rattraper, la serrer contre lui et respirer le parfum de ses cheveux, l’embrasser en prenant son temps, sans être pressé. Qu’avait-elle fait toute la journée ? S’était-elle ennuyée ? Dahlia assura que non, elle était sortie un peu, elle avait lu. Elle avait rangé ses affaires, il faudrait faire attention à ne pas louper le Portoloin du retour. Harry hocha la tête mais ne dit rien, cette idée le déprimait beaucoup trop.

Ron arriva peu de temps après Harry et interrompit leur moment. Dahlia lui jeta un regard peu accueillant et Ron le lui rendit sans hésiter.

- Désolé mais je suis chez moi ici, déclara-t-il en retirant sa veste. Hermione a du travail à faire et elle a besoin d’être seule.

- Bien sûr, aucun problème, assura Harry. Mais c’est à toi de faire le repas.

Harry et Dahlia restèrent assis l’un contre l’autre sur le canapé pendant que Ron faisait la cuisine. Les deux Aurors commentèrent leur journée, profitant de l’occasion pour présenter à Dahlia les différents membres de leurs équipes. Dahlia connaissait Jane mais pas les autres et Harry se fit un plaisir de lui décrire Mark et Rufus. Elle écouta leurs histoires avec curiosité, heureuse d’en apprendre un peu plus sur la vie de Harry qui ne disait jamais grand-chose. Elle pouvait compter sur Ron pour ça, c’était la seule chose qu’elle appréciait chez lui. Il ne savait pas se retenir et il n’hésitait pas à descendre Harry de temps en temps, toujours avec bienveillance mais sans trop de pitié. Dahlia songea que c’était nouveau chez Ron, qu’il n’aurait pas osé faire cela avant. A Poudlard, il défendait toujours Harry, même quand il lui faisait la gueule. Les problèmes de Ron Weasley ne la concernaient pas et elle se fichait totalement de ses états d’âme mais elle ne put s’empêcher de constater qu’il avait appris à se sortir un peu de l’ombre de Harry et de penser que ce n’était pas plus mal.

Ils dînèrent tous les trois, dans une ambiance étrange. Dahlia ne pouvait pas dire qu’elle détestait Ron Weasley, ça n’aurait aucun sens. Elle ne pouvait pas dire qu’elle l’appréciait pour autant. Il en était de même pour Ron et ils faisaient un effort pour maintenir un semblant d’équilibre devant Harry. Parfois, c’était difficile.

- Tu vas souvent venir ici maintenant du coup ? demanda Ron d’un ton innocent qui ne dissimulait pas le fait que cette idée ne l’enchantait pas.

- Tu vas déménager dans deux semaines de toute façon, donc ça ne te regarde pas, rétorqua Dahlia.

- C’est vrai, ça tombe très bien finalement toute cette histoire.

- Ron… menaça Harry.

Après le dîner, Ron alla s’enfermer dans sa chambre et les laissa seuls. Dahlia profita du moment pour raconter à Harry qu’elle était allée voir ses parents, cachée sous la cape. Elle avait simplement eu envie de les revoir, pour vérifier qu’ils allaient bien, pour… elle ne savait pas vraiment quoi. Harry la fixa un instant sans rien dire, essayant d’imaginer ce qu’il pourrait ressentir à sa place. Il n’en avait aucune idée, il n’avait pas de parents.

- Et ? demanda-t-il. Qu’est-ce que ça t’a fait de les revoir ?

- Rien de très bon, répondit Dahlia.

Ça, il pouvait s’en douter. Il se sentit coupable de l’avoir forcée à revenir en Angleterre, même s’il n’était pas entièrement responsable de cette décision, évidemment. Emily n’avait pas tort au fond, à cause de lui, l’équilibre qu’elle s’était construit vacillait.

- Je pense que je n’aurais pas dû aller les voir, conclut Dahlia. Je ne le ferai plus.

- C’est surtout moi qui ferai le voyage jusqu’à New York de toute façon, tu n’auras pas besoin de revenir souvent.

- Merci.

Il put sentir que cette déclaration la soulageait terriblement. Ils projetèrent leur prochaine rencontre, Harry viendrait la voir, il arriverait à telle heure, tel jour, elle finirait tôt, ils pourraient passer plusieurs heures ensemble. Parler de ça les réconforta un peu et ils s’enfermèrent dans la chambre de Harry plus légers qu’avant.

Dahlia était allongée sur Harry, tout aussi nue que lui, et reprenait sa respiration. Elle pouvait sentir la poitrine de Harry se soulever de plus en plus lentement contre ses seins, ses jambes contre les siennes, la chaleur de la couverture. Harry caressait doucement son dos, sentait le picotement de ses cheveux contre son torse et le souffle de Dahlia sur sa peau. Elle essaya de se redresser un peu.

- Je vais me rhabiller, dit-elle.

- Non, supplia Harry en la gardant contre lui. Reste un peu comme ça.

Dahlia regarda le réveil sur la table de chevet, il n’était que 10h du soir, ils avaient encore le temps. Elle reprit sa place sur Harry mais releva la tête pour l’embrasser.

- Je n’ai pas très envie que tu partes, souffla Harry, un peu honteux d’avouer ça.

- Je sais, dit Dahlia en souriant. Mais cette fois-ci, ce n’est pas un adieu.

Harry glissa ses mains dans les cheveux blonds de Dahlia et les accrocha un instant pour l’attirer vers lui et l’embrasser à nouveau. Il n’avait pas envie qu’elle parte, il aurait préféré qu’elle reste avec lui. Ou alors qu’elle parte moins loin, qu’elle se contente de rentrer dans son appartement à Londres, près de lui, et pas à l’autre bout du monde. C’était une idée effrayante qui lui donnait le vertige. Harry n’avait jamais autant apprécié les Portoloins qu’à cet instant. Comment auraient-ils fait sinon ?

- J’ai hâte de voir la tête d’Emily quand je lui raconterai ce que j’ai fait de mon weekend, dit Dahlia en souriant encore plus.

- Elle me déteste, affirma Harry. Elle ne sera pas très emballée.

- Mais non, pourquoi est-ce que tu dis ça ?

- Elle me déteste, je le sais bien.

Dahlia parut étonnée de la perspicacité de Harry et haussa les épaules. Elle ne pouvait rien y faire si Emily ne portait pas Harry dans son cœur, les choses s’arrangeraient surement d’elles-mêmes. Et Ron n’était pas tellement plus chaleureux qu’Emily. C’était ainsi, il faudrait faire avec.

Harry, lui, repensait à Emily et à la conversation surréaliste qu’ils avaient eue à la fête d’anniversaire. Il y avait un point qu’il n’avait pas éclairci avec Dahlia et il ne savait pas vraiment comme s’y prendre. Il ne savait pas pourquoi, il ne voulait pas trahir Emily et avouer à Dahlia ce que sa meilleure amie lui avait confié. Il préférait garder cette discussion secrète. Pour autant, il ne pouvait pas faire comme s’il ne savait pas.

- Dahlia… souffla Harry. Tu m’aimais déjà à Poudlard, n’est-ce pas ?

Dahlia se redressa et le regarda dans les yeux, avec beaucoup plus d’assurance qu’il le pensait. Elle eut l’air de fouiller le visage de Harry pour chercher une moquerie ou un reproche, avec ses yeux gris et froids. Il se laissa faire, prêt à l’affronter sans ciller.

- C’est vrai, admit-elle. Mais j’étais une enfant, je ne te connaissais même pas vraiment, ça n’a rien à voir avec maintenant.

- C’est-à-dire ?

- Je suis partie quatre ans, j’ai été avec Will, j’ai arrêté de t’aimer et de penser à toi. Et puis tu es venu à New York et je t’ai rencontré à nouveau et je suis tombée amoureuse de la personne que tu étais devenue.

- Tu es tombée amoureuse de moi deux fois alors, remarqua Harry, un peu content de cette idée.

- Oui, si on veut.

- Moi aussi je suis tombé amoureux de la personne que tu es devenue.

Dahlia sourit et se mit à jouer distraitement avec les poils de Harry, sur son torse. Harry osa un coup d’œil vers le réveil mais s’en détourna rapidement. Il referma ses bras autour de Dahlia pour la garder contre lui encore un peu.

- Si j’avais été simplement Dahlia, une indic des Aurors avec qui tu avais dû collaborer, est-ce que tu m’aurais aimée ? demanda Dahlia.

- Non, répondit spontanément Harry. Non, je ne pense pas.

- Alors… Est-ce que tu m’aimes parce que j’ai été Drago ? Ou bien, est-ce que tu n’aimes que la personne que je suis devenue ? Est-ce que tu m’en veux encore pour le passé ?

- Ça fait beaucoup de questions, fit remarquer Harry.

- Réponds, ordonna Dahlia sans se démonter.

Harry resserra ses bras autour d’elle, c’était rassurant de sentir sa peau chaude contre la sienne. Il aurait froid quand elle s’en irait.

- Je ne t’en veux plus pour le passé, répondit Harry. Je pense que nous nous sommes suffisamment expliqués sur ce point.

- D’accord.

- Et pour le reste, je ne sais pas trop. Je n’aimais pas ce que tu étais quand tu étais Drago, ce n’est pas ça qui… Mais je ne t’aimerais pas si tu n’avais pas été ce que tu as été. Je ne sais pas comment le dire, j’aime ce que tu es, c’est tout. J’aime que tu aies grandi de cette manière et que tu aies eu le courage de changer. J’aime tout cela.

- D’accord, répéta Dahlia.

Harry lâcha Dahlia et caressa ses cheveux. Il attrapa son visage et la força à le regarder.

- J’aime absolument tout ce que tu es, Dahlia Malefoy.

Elle se dégagea de ses mains et se pencha vers lui pour l’embrasser violemment, avec une passion qui lui échappa. Personne ne lui avait jamais dit ça. Will l’avait aimée, certes, mais Will ne connaissait pas tout d’elle, il l’avait rencontrée au moment où elle devenait elle-même, où elle était une personne qu’elle ne méprisait pas. Harry, lui, connaissait tout d’elle. Il connaissait ses rictus haineux, ses sourires cruels, ses regards méprisants, ses peurs, ses tremblements aux moments cruciaux, ses sanglots secrets. Harry savait à quoi ressemblaient ses larmes, son sang et son sperme, et il avait été à l’origine de tout cela, de nombreuses fois. Elle n’avait pas besoin de mentir et de se cacher avec lui, elle pouvait être Dahlia Malefoy sans rougir et sans avoir honte. Et elle l’aimait à la folie pour cela.

Harry ouvrit la bouche, lécha la langue de Dahlia, dévora ses lèvres, l’attira vers lui. Il la sentit resserrer ses cuisses autour de lui pour se remettre correctement et il devina qu’elle avait envie de recommencer, de refaire l’amour une dernière fois avant de partir. Ils en avaient le temps. Harry laissa ses mains glisser sur le dos de Dahlia, lentement, prenant soin de sentir la courbe de sa colonne vertébrale et la douceur de sa peau. Il aimait son dos. Dahlia se colla davantage contre lui, contre son ventre et Harry soupira. Tout était excitant avec elle, il était capable de bander simplement de l’avoir là, allongée sur lui. Les mains de Harry continuèrent leur chemin et se posèrent sur les fesses de Dahlia, les prenant fermement dans leurs paumes. Il aimait ses fesses. Elles étaient douces et chaudes, comme le reste. Harry caressa les fesses de Dahlia et y appuya doucement, pour la serrer contre lui. Il put sentir le sexe de Dahlia contre le sien, qui durcissait à nouveau. Il aimait son sexe aussi, il aimait la faire bander.

Harry voulut retirer ses mains mais Dahlia lui attrapa vivement le poignet. Elle le ramena vers ses fesses et le regarda en silence, avec ses yeux gris et ses cheveux blonds qui lui tombaient le long du visage. Il la trouva tellement belle qu’il resta immobile pendant une seconde, à la regarder. Il retrouva ses esprits quand Dahlia se pencha vers lui pour lécher ses lèvres avec le bout de sa langue et l’embrassa à nouveau. Harry aurait été incapable de penser à quoi que ce soit qui ne soit pas elle. Il la sentait partout, dans sa bouche, contre sa peau, dans ses mains. Il voulait la sentir encore davantage. Harry glissa un doigt entre ses fesses et la pénétra lentement, lui arrachant un soupir contre ses lèvres. Il pouvait sentir son doigt entrer facilement en elle, ils avaient déjà fait l’amour un peu plus tôt. Il y avait la chaleur, l’humidité, le souffle de Dahlia à chaque mouvement qu’il faisait. Il la pénétra avec un autre doigt, aussi loin qu’il put, l’écouta gémir, banda sérieusement.

Dahlia se mit à bouger lentement sur Harry, pour venir à la rencontre de ses doigts et pour frotter son sexe contre lui. Il la laissa faire, excité, grisé, enivré par le parfum de ses cheveux. Il arrêta de l’embrasser, posa ses lèvres sur son cou, la mordilla doucement, recommença plus bas. Il la voulait tellement que ça lui faisait mal. Le corps de Dahlia qui ondulait sur lui le rendait un peu fou et il releva légèrement les hanches pour suivre ses mouvements. Le sexe de Dahlia caressait le sien, le masturbait un peu, pas assez, le frustrait. Harry poussa un soupir, Dahlia poussa un gémissement et elle enfouit son visage dans le cou de Harry pour s’allonger complètement sur lui. Il y avait les seins de Dahlia contre son torse, ses jambes autour de lui, ses fesses qui se resserraient autour de ses doigts, son souffle dans son cou, les gémissements de Dahlia dans la chambre.

- Encore… gémit Dahlia en passant ses bras autour du cou de Harry.

Harry enfonça ses doigts plus profondément en elle, bougea plus vite. Les mouvements de Dahlia sur lui s’accélérèrent, tout comme leurs soupirs. Il avait l’impression qu’elle faisait l’amour à ses doigts, il aimait ça. Il aimait la sentir prendre du plaisir contre son corps de cette façon. Il aimait tout. Il faillit pousser une plainte de soulagement quand il vit Dahlia se redresser légèrement pour passer une main entre eux et se masturber.

- Moi aussi, supplia Harry.

Elle hésita une seconde mais elle prit le sexe de Harry dans sa main et le caressa avec le sien. Le souffle de Dahlia s’accéléra contre le cou de Harry et le souffle de Harry s’accéléra dans les cheveux de Dahlia. Il jouit en premier, elle l’excitait beaucoup trop. Elle garda tout de même son pénis entre ses doigts et jouit un peu après lui, sur le ventre de Harry. Il retira ses doigts et passa ses bras autour de Dahlia pour prolonger le moment. Ils reprirent leur souffle tous les deux, immobiles et légèrement tremblants puis Dahlia se redressa et regarda Harry. Ils se sourirent, sans pouvoir s’en empêcher, parce qu’ils venaient de jouir ensemble et qu’ils étaient heureux. Elle baissa son visage vers Harry, toucha le bout de son nez avec le sien puis l’embrassa doucement, pour terminer l’instant avec tendresse.

Malgré eux, ils finirent par se tourner vers le réveil qui indiquait 11h05. Harry ne savait pas s’il était soulagé ou effrayé. Dahlia se releva et se mit debout, faisait fi des crampes qui commençaient à lui couper les jambes.

- Je vais m’habiller, j’ai trop peur de m’endormir, dit-elle.

- Ce ne serait pas dramatique, rétorqua Harry dans sa barbe.

Elle l’ignora et enfila son jean. Harry alla se nettoyer dans la salle de bain puis revint auprès d’elle. Ils s’assirent sur le lit, attendant que l’heure passe fatalement. Harry joua avec les mains de Dahlia, qui étaient à peu près aussi grandes que les siennes mais plus fines et plus délicates. Il caressa la bague qu’elle portait au doigt, repensa à la fois où il lui avait mis du vernis, sur la petite table de son appartement. Il y aurait d’autres moments comme celui-là, il y en aurait beaucoup d’autres. Il fallait qu’il retienne ça.

Enfin, quand l’heure arriva, Dahlia prit son sac et ils quittèrent silencieusement l’appartement. Ils transplanèrent à Greenwich, à quelques mètres du hangar qui dissimulait les voyageurs de Portoloins. Ils ne voulaient pas trop s’approcher, Harry était trop célèbre et attirerait l’attention si des sorciers le croisaient ici. Dans l’obscurité de la rue, sous un réverbère, Dahlia fit face à Harry.

- A bientôt, dit-elle en souriant doucement.

- Oui, assura Harry.

Il la serra contre lui, respira son parfum une dernière fois et l’embrassa avec un désespoir qui n’échappa à personne.

- Je t’aime, chuchota-t-il dans le silence de la rue déserte.

Dahlia lui adressa un sourire un peu hautain, l’air de dire « Je le sais bien » et rabattit la capuche de son manteau sur sa tête pour cacher son visage. Il la regarda transplaner jusqu’au hangar et y rentrer sans hésiter. Il resta sur le trottoir quelques secondes, alors que c’était inutile puis il rentra chez lui. Il fallait qu’il dorme, il était déjà tard et il travaillait le lendemain. Harry n’avait cependant pas du tout envie de dormir. Il ne savait pas s’il se sentait heureux, triste, ou les deux à la fois. Dahlia l’aimait, Dahlia était venue le retrouver, Dahlia était maintenant la femme avec qui il était. C’était magnifique, il se sentait heureux et plein d’espoir. Cependant, son lit lui paraissait bien vide et bien froid sans elle. Leur moment avait été trop court. Il se demanda si elle avait ressenti ce froid et ce vide, elle aussi, quand il était rentré à Londres. Surement, et ça avait dû être bien pire pour elle.



Harry s’était endormi vaguement déprimé par le départ de Dahlia mais quand il se réveilla, il était d’excellente humeur. Elle l’aimait, il l’aimait, ils étaient ensemble, il irait la voir dans quelques jours, tout allait bien. Il prépara son thé en sifflotant, fit griller le pain avec le même enthousiasme et apporta tout cela sur la table sous le regard désabusé de Ron. Il se sentait étrange, sur un nuage cotonneux, un peu absent à tout ce qui se passait autour de lui et en même temps étonnamment conscient de certaines choses qui le laissaient jusqu’à présent indifférent. Le ciel avait une jolie couleur, le thé sentait bon, l’air frais du matin était agréable. Il arriva en retard au travail, encore une fois, mais il s’en fichait. Personne n’y fit très attention toutefois, les horaires des Aurors étaient flottants.

A peine arrivé, il partit à la recherche d’Hermione qui était déjà là depuis plusieurs minutes, évidemment. Elle discutait de l’emploi du temps avec Rufus. Ce matin, ils iraient donner un coup de main à la section de Mr. Weasley qui devait aller arrêter des imbéciles s’amusant à ensorceler des caddies moldus. Les caddies se mettaient à rouler seuls, emportant avec eux les courses des Moldus qui leur couraient après, se mettant en danger au milieu des voitures.

- Très bien, dit Harry en souriant, alors qu’il détestait ce genre de mission inintéressante. Tu as une minute Hermione ?

Elle le suivit, laissant Rufus exposer la mission du jour aux deux autres. Harry regarda son amie avec une excitation contenue qu’elle perçut nettement.

- Vous avez eu le Portoloin à temps ? demanda-t-elle doucement.

- Oh oui, aucun souci. Dis, tu sais, le sortilège qu’on utilise pour communiquer rapidement entre nous, tu crois qu’il fonctionnerait jusqu’à New York ?

Hermione réfléchit un instant à la question, avec tout le sérieux qui la caractérisait.

- C’est une sorte de transplanage pour objet et normalement, ça ne devrait pas fonctionner sur une aussi longue distance mais si ce n’est qu’un morceau de papier, ça pourrait peut-être aller… Ce ne sera surement pas aussi rapide qu’en temps normal mais déjà plus rapide qu’en hibou. Le plus simple est d’essayer.

- Merci, je vais essayer.

- Ce serait plus simple avec un téléphone, soupira Hermione.

- Dahlia n’aura jamais de téléphone, tu le sais bien. Et ça ne fonctionnerait pas à Hidden City, il y a beaucoup trop de magie.

- Tu as raison… Espérons que ça fonctionne alors.

- Oui ! Il faut que je lui demande si elle est bien rentrée. Et ce serait trop long de ne pas pouvoir se parler entre deux visites.

Hermione lui jeta un regard à la fois amusé et condescendant. Elle l’avait rarement vu dans un tel état. Optimiste, Harry se retourna pour envoyer son message mais se heurta à Mark qui attendait derrière lui, un léger sourire aux lèvres.

- Qui donc est bien rentré, Harry ? demanda-t-il d’un air goguenard. Et à qui as-tu donc tellement envie de parler ?

- Euh…

- Tu es bizarre depuis hier, tu souris bêtement, tu es dans la lune et tu sembles toujours pressé.

Mark, Jane et Rufus regardèrent Harry avec la même expression moqueuse mais attendrie, celle qu’on réserve aux gens amoureux.

- Tu as une copine, avoue-le, acheva Mark.

- C’est vrai, admit Harry.

Il n’avait aucune raison de mentir et il était trop heureux pour le cacher.

- C’est la femme que tu as rencontrée à New York ? demanda Jane.

- Oui, c’est elle.

- Tu as rencontré une femme à New York ! s’écria Mark. Quel cachotier ! Vas-y raconte, elle est comment ?

- Euh… Elle est forte, courageuse, drôle. Elle…

- C’est bien mais physiquement ?

Jane et Hermione lancèrent à Mark un regard agacé. Il haussa les épaules, pas plus honteux que ça.

- Elle est blonde et elle est belle, répondit Harry avec concision.

- Et elle s’appelle ? demanda Rufus.

- Dahlia.

- C’est joli, commenta Jane.

- Oui… confirma Harry avec un sourire vaguement stupide.

- C’est super, bravo mon vieux ! dit Mark en donnant une tape virile dans le dos de Harry.

Harry regarda ses collègues avec sérieux, perdant son sourire.

- Cela reste entre nous, ordonna-t-il. Je ne veux surtout pas que la presse l’apprenne. Elle est Américaine, je veux qu’on lui foute la paix et je veux pouvoir aller la voir sans être harcelé.

- Evidemment, dit Mark, sérieux à son tour. On est une équipe, on ne se trahit pas.

Ils hochèrent tous la tête. Harry leur faisait confiance, il savait qu’aucun d’eux n’irait balancer l’histoire à la Gazette et c’était réconfortant. Il était heureux de leur avoir dit la vérité. Il pourrait partir précipitamment le soir sans que ça semble suspect et il pourrait leur parler de ses séjours à New York. Il pourrait parler de Dahlia sans mentir et sans se cacher. Tout serait plus simple. Il raconta brièvement à ses collègues que Dahlia travaillait avec les Aurors américains, qu’ils s’étaient rencontrés comme ça, qu’il avait passé tous ses weekends avec elle à visiter la ville, etc. C’était grisant de pouvoir en parler de cette façon, librement. Il savait bien qu’il ne pourrait sans doute jamais se montrer avec elle à Londres comme il l’avait fait avec Ginny et qu’il ne pourrait jamais leur dire qui elle était exactement. C’était donc rassurant de penser qu’il pouvait au moins leur raconter qu’il avait une copine et qu’il allait la voir.

Harry s’éclipsa un instant pour écrire un mot à Dahlia. Il voulait savoir si elle était bien rentrée, lui dire qu’il l’aimait et qu’au fond, il n’avait rien de spécial à lui dire mais qu’il voulait simplement lui parler. Il lui demanda d’essayer de répondre en utilisant le même sortilège que lui, celui qui permettait d’envoyer un message directement sans passer par un hibou. Il savait que les Aurors américains l’utilisaient aussi et que Dahlia savait parfaitement comment ça fonctionnait. Au moment de l’envoyer, il se retint et se traita d’imbécile. Il n’était même pas encore 4h du matin à New York, Dahlia devait dormir. Il l’enverrait plus tard.

Finalement, il le fit à sa pause de midi. C’était étrange de penser qu’elle commençait sa journée quand lui avait déjà vécu toute une matinée. Harry n’était pas sûr d’aimer cela. Ce qu’il aima, en revanche, fut de recevoir une réponse à peine trente minutes après l’envoi de son message. Ça avait fonctionné. Hermione avait raison, c’était un peu plus lent à cause de la distance mais c’était mieux que rien. Harry fixa avec une émotion un peu absurde l’écriture de Dahlia qui lui disait qu’elle était bien rentrée, qu’elle avait bien dormi, qu’elle avait hâte d’aller travailler pour voir Emily. Et qu’elle était heureuse qu’il lui ait envoyé un mot. Harry fut de bonne humeur toute la journée.



OoOoO



Dahlia entra dans la boutique avec un entrain qu’elle n’avait pas ressenti depuis des semaines voire des mois. Elle rejoignit Emily qui était arrivée peu avant elle et ne put s’empêcher de lui adresser un large sourire. Emily la regarda avec circonspection tout en ouvrant le registre des ventes.

- Tu as l’air de bien bonne humeur ce matin, commenta-t-elle.

- Je suis allée voir Harry à Londres ce weekend, expliqua-t-elle. Je lui ai dit que je l’aimais, il m’a dit qu’il m’aimait aussi et maintenant, nous sortons ensemble.

Emily la fixa, bouche bée. Dahlia eut un sourire satisfait, hautain, vaniteux et timide à la fois.

- Ah… ah bon, répondit Emily. Eh bien c’est… inattendu. Mais je croyais qu’il t’avait dit que…

Elle n’alla pas au bout de sa phrase, elle se sentait déjà coupable d’en avoir parlé. Dahlia, elle, comprit très bien à quoi son amie faisait allusion.

- Etant donné que nous avons fait l’amour cinq ou six fois en deux jours, je suppose que ça ne le dérange pas plus que ça, finalement… dit-elle d’un ton détaché.

Emily observa Dahlia avec attention. Depuis qu’elle l’avait rencontrée, elle avait ressenti le besoin de la protéger et de veiller sur elle, comme elle aurait aimé qu’on veille sur elle dans les moments les plus difficiles de sa vie. Elle voulait que Dahlia soit heureuse et elle ne faisait pas confiance à Harry pour cela. Cependant, il était celui que Dahlia aimait et elle allait lui donner une chance. D’autant que Dahlia semblait si heureuse que c’en était presque aveuglant.

- C’est merveilleux alors, conclut Emily en souriant à son tour. Je suis vraiment contente pour toi ! Maintenant, raconte-moi tout.


OoOoO




Plusieurs jours passèrent ainsi, elle à New York, lui à Londres et des messages réguliers pour se dire que tout allait bien et qu’ils pensaient l’un à l’autre. Harry avait passé quasiment deux heures dans un bureau au département de la Coopération magique Internationale pour obtenir un document qui lui permettrait d’aller ponctuellement aux Etats-Unis pour voir « un ami ». Il savait bien que s’il admettait aller rencontrer une femme là-bas, la rumeur se propagerait et c’était la dernière chose qu’il souhaitait. Il était cependant bien soulagé d’avoir son visa sorcier. Enfin, le vendredi après-midi, sous les sourires encourageants et complices de ses collègues et amis, Harry quitta le Ministère en trombes, son sac de voyage à la main et transplana jusqu’à Greenwich. Il avait obtenu son weekend complet parce que son équipe n’était sur aucune affaire en ce moment et que son absence ne dérangerait personne. Il savait que Dahlia travaillerait le lendemain mais pas toute la journée et ça lui allait très bien. Il l’attendrait chez elle comme elle l’avait attendu l’autre jour.

Harry arriva à New York à 1h15 de l’après-midi, heure locale. Il n’aimait toujours pas spécialement la ville mais il se sentit beaucoup moins oppressé que la première fois. Il avait hâte de retrouver Dahlia, hâte de la serrer dans ses bras, de s’assurer que tout cela était bien réel. Il héla un taxi, peu désireux de se faire prendre à transplaner devant la douane sorcière et se laissa conduire à l’entrée de Hidden City. C’était étrange de se retrouver là mais c’était une étrangeté plutôt agréable. Harry eut un sentiment familier en avançant sur la First Avenue, il était presque content de revenir ici. Il observa les magasins qui n’avaient pas changé, les sorciers et les sorcières pressés qui marchaient autour de lui et qui ne le regardaient pas. C’était très réconfortant de se savoir anonyme dans ce pays.

Il faisait beau mais c’était uniquement grâce au vent du nord qui chassait les nuages et Harry resserra sa veste autour de lui. Sans hésiter plus longtemps, il transplana jusqu’à la jolie place où se tenait la librairie d’Emily. Il savait que Dahlia devait finir à 2h30 mais il n’avait pas envie d’attendre jusque-là pour lui dire bonjour. Il poussa doucement la porte de la boutique, écouta la clochette tinter au-dessus de sa tête et la chercha du regard. C’était la première fois qu’il pénétrait dans la librairie et il se sentit heureux d’être là, dans son monde à elle. Il y avait trois ou quatre personnes entre les étagères, pas plus. Emily était à la caisse et se tourna vers lui, pas très surprise de le voir arriver. Ils échangèrent un signe de tête convenu puis Harry vit Dahlia, un peu plus loin, en discussion avec une cliente. Il ne voulait pas la déranger et il gagna la caisse en attendant.

- Bonjour Emily, dit Harry en essayant d’avoir l’air serein alors qu’elle lui faisait presque peur.

- Bonjour.

Ils échangèrent quelques banalités sur le visa de Harry, ses horaires qui lui permettaient d’arriver tôt ici. Combien de temps restait-il ? Jusqu’à dimanche soir. Ah, parfait. Dahlia revint vers la caisse avec la cliente qui s’était finalement décidée à acheter les livres conseillés et aperçut Harry. Elle accéléra le pas, murmura « Excusez-moi » à la cliente et rejoignit Harry. Ils se sourirent, un peu maladroitement, sans oser montrer trop de choses devant Emily et les gens qui étaient là, ne sachant pas très bien encore comment se comporter. Enfin, elle surtout, c’était elle qui n’osait pas parce que Harry, lui, il se fichait complètement de ce que les autres pouvaient penser. Il attrapa le visage de Dahlia entre ses mains, l’attira vers lui et l’embrassa vivement. Il en avait bien trop envie. Après une seconde où elle se figea de stupeur, Dahlia passa ses bras autour du cou de Harry et lui rendit son baiser.

- Excusez-les, ils ne se sont pas vus depuis longtemps, chuchota Emily à la cliente en encaissant ses achats.

- Ça ne fait rien, assura la dame en souriant. C’est ça quand on est jeune et amoureux.

Emily sourit poliment à cette remarque clichée et tendit les livres à la vieille dame qui s’en alla avec un dernier sourire. Dahlia se décolla de Harry et reprit son sérieux.

- Je termine dans trente minutes, attends-moi dehors, proposa Dahlia.

- Il peut attendre dans l’arrière-boutique, suggéra Emily.

- Vraiment ? s’étonna Harry. Merci.

Dahlia lui montra la petite pièce où elle prenait ses pauses avec Emily, juste à côté de la salle obscure où elles entreposaient leurs stocks de livres. Harry s’assit sur l’une des chaises et attendit. Ça n’avait aucun intérêt en soi d’être là mais il s’en moquait. Il était impatient que les trente minutes passent et que Dahlia revienne le chercher. Pas de chance pour lui, ce fut Emily qui souleva le rideau et se glissa dans la salle de pause. Harry lui jeta un regard interrogateur.

- Elle est avec un client, dit Emily. Je voulais te parler.

Elle resta debout devant lui, appuyée contre le meuble où elles rangeaient leurs tasses et leurs affaires. Harry se sentit petit et inférieur, se prépara à recevoir un nouveau sermon et se crispa.

- D’après ce que j’ai pu voir, tu ne lui as pas dit que je t’avais raconté la vérité à son anniversaire… commença Emily.

- Non, confirma Harry.

- Merci… Si je te l’ai dit, c’est parce qu’avec tout ce qu’elle m’avait raconté sur toi, tu semblais être quelqu’un de bien qui n’utiliserait pas cette vérité pour lui faire du mal. Et aussi parce que je m’inquiétais vraiment pour elle.

- Je sais, j’avais compris. C’est pour ça que je n’ai rien dit.

- Merci, répéta Emily. On va dire qu’en échange, je ne ferai pas de commentaire sur le fait que tu aies couché avec elle juste avant de te barrer en lui brisant totalement le cœur exactement comme je t’avais demandé de ne pas le faire.

Ils se regardèrent un instant, Harry rougit et baissa la tête. Dahlia lui avait tout raconté maintenant, évidemment… Il n’avait cependant plus envie de se sentir coupable pour ça, c’était du passé et ils étaient ensemble depuis.

- Ecoute, je suis amoureux d’elle et c’était trop dur de partir sans… Je n’ai pas pu m’en empêcher. Mais je l’aime et je suis avec elle maintenant, je…

- C’est bon Harry, soupira Emily.

Elle donna un léger coup de pied à une poussière imaginaire qui trainait sur le sol et releva la tête vers lui. Il y avait beaucoup moins d’accusation dans son regard et beaucoup moins de méfiance qu’avant.

- Je suis contente pour elle, elle est heureuse. N’en parlons plus.

- D’accord.

- Je sais que parfois je peux être un peu agressive quand il s’agit de Dahlia mais… elle n’a personne tu comprends ? Qui veillera sur elle si je ne le fais pas ? Je veux juste… que tout aille bien pour elle.

- Je comprends, dit sincèrement Harry en lui souriant pour la première fois. Je veux veiller sur elle moi aussi.

- Tant mieux.

Emily parlait de Dahlia avec une tendresse touchante mais Harry se demanda si elle savait vraiment qui était Dahlia. Dans sa bouche, elle devenait presque une petite chose fragile et sans défense qui avait besoin qu’on veille sur elle. Harry n’était pas sûr de cela. Il la revoyait nettement, debout dans le Poudlard Express, lui péter le nez à coups de pied ou debout dans les toilettes à lui balancer le sortilège Doloris.

- Malgré tout, elle n’est pas si fragile que ça, fit remarquer Harry.

- Non, je le sais bien. Mais tout le monde a besoin de sentir que quelqu’un veille sur lui, même les gens forts.

Harry ne pouvait qu’être d’accord, il avait souhaité toute sa vie que quelqu’un veille sur lui et le protège.

- Bon, j’y retourne, dit Emily. Je suis contente qu’on se soit parlé.

Elle retourna dans la boutique et le laissa seul à nouveau. Il avait l’impression étrange qu’il aimait Dahlia encore plus qu’avant.

Quand arriva l’heure, Dahlia vint chercher Harry et ils quittèrent la librairie en faisant à Emily un dernier geste de la main. Ils se retrouvèrent sur la petite place, hésitant un instant.

- Tu veux… commença Dahlia, pas très sûre d’elle.

- Nous pourrions aller d’abord chez toi, suggéra Harry. Je n’ai pas envie de porter mon sac toute l’après-midi.

Elle hocha la tête et ils transplanèrent ensemble devant l’immeuble en briques rouges qu’habitait Dahlia. Harry était presque ému de revenir là, il se sentait à la fois nostalgique et excité. Il la suivit dans les escaliers, arriva en haut des marches en étant bien heureux qu’elle ne soit pas plus haut et remarqua que Dahlia, elle, ne semblait pas du tout essoufflée. L’habitude, sans doute… Dahlia ouvrit la porte de son appartement avec sa clé magique et Harry y entra avec un peu d’émotion, encore une fois. Pour la dissimuler, il ne put s’empêcher de plaisanter.

- Je vois que tu as enfin rangé et fait la vaisselle…

- Evidemment, dit-elle sèchement en se tournant vers lui.

Ils se regardèrent une seconde, elle pas vraiment vexée par la remarque, lui pas vraiment intéressé par l’état de l’appartement. Il laissa retomber son sac de voyage dans l’entrée, l’écouta heurter le sol dans un bruit sourd et fit un pas vers Dahlia. Elle le rejoignit spontanément, sans réfléchir. Elle s’accrocha à lui et l’embrassa passionnément, heureuse et rassurée de le savoir là. Harry passa ses bras autour de sa taille, la serra contre lui, se laissa envahir par son parfum, la douceur de ses lèvres, ses cheveux, tout ce qui la constituait. Elle lui avait manqué.

Ils se retrouvèrent dans la chambre, après avoir retiré leurs chaussures et décidé d’un regard qu’ils ne ressortiraient pas tout de suite. Harry se laissa tomber sur le lit de Dahlia pour la deuxième fois mais aujourd’hui, c’était totalement différent. Il leva les yeux vers elle, tandis qu’elle restait debout entre ses jambes, à côté du lit. Il aimait quand elle le regardait de haut de cette façon, non pas avec mépris comme avant mais avec désir et tendresse. Il tendit les mains vers elle, les fit glisser sur ses jambes, caressa ses fesses à travers son pantalon noir, remonta sur sa taille. Il souleva lentement son pull, sortit son chemisier de son pantalon, défit sa ceinture. Elle le laissa faire, immobile, attendant la suite avec impatience, toujours un peu crispée tout de même, sans trop savoir pourquoi. Harry remonta le chemisier de Dahlia, embrassa la peau de son ventre au fur et à mesure qu’il la dévoilait, son nombril, la ligne de ses muscles jusqu’à ses seins. Il s’arrêta là, empêché par les vêtements et lui jeta un regard, pour lui demander de se déshabiller.

Dahlia sourit et grimpa sur lui d’un mouvement souple, appuyant sur son épaule pour le faire tomber sur le matelas. Elle retira son pull, déboutonna son chemisier sous le regard attentif de Harry et l’enleva à son tour. Harry tendit la main vers le soutien-gorge noir qu’elle portait, le caressa doucement puis retira sa main. Il se contenta de la regarder quelques secondes, toujours un peu ahuri de se retrouver là, sans trop savoir pourquoi. Il aimait le poids du corps de Dahlia sur lui, il aimait regarder son ventre qui se contractait, le sous-vêtement noir qu’elle portait, ses cheveux tressés autour de sa tête comme une auréole, ses yeux gris qui se posaient sur lui, toujours sur lui, rien que sur lui. Harry se redressa brusquement, posa brutalement sa bouche sur celle de Dahlia et l’embrassa. Il agrippa ses cheveux, ouvrit sa bouche, lécha sa langue, sentit l’excitation monter en lui comme une vague qu’il ne pouvait maitriser. Il fallut pourtant reprendre son souffle, se mêlant au souffle de Dahlia. Harry lâcha ses cheveux qu’il avait légèrement décoiffés et s’écarta d’elle. Il retira son pull lui aussi mais elle l’arrêta pour la suite. Elle défit elle-même les boutons et repoussa les pans de sa chemise pour la lui enlever. Harry frissonna quand les mains de Dahlia se posèrent sur son torse, sur ses épaules, sur son dos. Ça embrasait tout son corps.

Ils se déshabillèrent un peu plus, retirant leurs pantalons. Harry passa ses mains sur les jambes nues de Dahlia, sur la dentelle noire de sa culotte, se serra contre elle pour lui montrer qu’elle le faisait bander. Dahlia poussa un soupir, lui rendit sa caresse, l’assura qu’elle bandait aussi et l’embrassa à nouveau. Il en profita pour dégrafer son soutien-gorge et le lui enlever doucement. Il put poser son torse contre ses seins, s’exciter de les sentir se presser sur sa peau, passer ses bras autour de son corps pour la serrer contre lui.

- Harry, dit la voix trainante de Dahlia. Pas de pénétration cette fois-ci, je n’ai pas très envie d’aller me préparer maintenant.

- D’accord.

Il était un peu déçu mais pas plus que ça. Il savait bien qu’avec Dahlia, ce ne serait pas comme avec les autres femmes qu’il avait connues. Il ne pouvait pas lui imposer ça à chaque fois et il le comprenait parfaitement. Harry se pencha vers elle, respira le parfum de sa peau, juste au niveau de son cou. Dahlia se redressa, à genoux au-dessus de lui, pour que ses seins arrivent au niveau du visage de Harry et baissa les yeux vers lui. Il savait ce qu’elle voulait et ça l’excitait qu’elle l’ordonne de cette manière. Il allait répondre à son désir, il ne savait plus trop qui était à la merci de qui. Il se demanda à quel moment il avait commencé à aimer que Malefoy lui donne des ordres.

Harry tira la langue, lécha les tétons de Dahlia, les prit dans sa bouche, l’écouta gémir doucement. Cela ne faisait finalement que quatre jours qu’ils s’étaient quittés dans une ruelle de Londres, à minuit, mais Dahlia avait manqué à Harry. Il était donc heureux de la tenir contre lui, réelle et vivante, avec sa peau chaude qui touchait la sienne, ses seins dans la paume de ses mains. Il continua à la caresser avec sa langue et ses lèvres, il fit glisser ses mains le long de son dos, sous sa culotte, sur ses fesses. Il aimait explorer son corps de cette manière, sentir sa peau sous ses doigts. Il la touchait comme si elle était quelque chose de précieux qu’il avait peur de perdre en étant trop brusque et en même temps, quelque chose qu’il voulait tenir le plus fort possible entre ses mains pour ne pas le laisser tomber. Il ne savait plus trop.

Dahlia finit par agripper les cheveux de Harry et les tirer doucement. Il abandonna ses seins, lâcha ses fesses et leva les yeux vers elle.

- A mon tour, dit Dahlia, la voix tendue par l’excitation.

Elle appuya sur l’épaule de Harry, le fit s’allonger sur le lit et se mit à quatre pattes au-dessus de lui. Harry était content qu’ils fassent l’amour en plein jour et qu’elle n’ait pas demandé à tirer les rideaux. Il pouvait la regarder poser ses lèvres sur son torse, la regarder caresser son ventre, descendre vers son sexe. Harry se crispa, impatient de la suite, les yeux braqués sur elle. Il poussa un soupir quand les lèvres de Dahlia se posèrent sur son caleçon et embrassèrent son sexe à travers le tissu. Harry se sentit durcir encore plus et releva la tête pour la regarder dans les yeux. Dahlia referma ses lèvres sur le sexe de Harry, toujours par-dessus son caleçon, se réjouissant de le voir durcir sous ses caresses. Elle continua quelques secondes, regardant le ventre de Harry se contracter un peu plus à chaque fois et ses hanches se soulever légèrement. Dahlia releva la tête et fixa Harry avec un sourire un peu moqueur.

- Fais-le en vrai bon sang, supplia Harry avec frustration.

- Fais quoi ? demanda Dahlia d’une voix trainante.

- Suce-moi en vrai.

- Qui aurait cru que Harry Potter me supplierait un jour de le sucer ?

Harry lui jeta un regard agacé. Qui l’aurait cru, en effet… Mais c’était peut-être ça qui l’excitait tellement, justement. L’idée que c’était elle qui le faisait, elle parmi toutes les autres.

- Arrête de te moquer de moi et suce-moi Malefoy, ordonna Harry en laissant retomber sa tête sur le lit.

Le visage de Dahlia s’assombrit imperceptiblement.

- Ne m’appelle pas comme ça, tu sais que je n’aime pas ça.

- Oui mais moi j’aime que ce soit toi… souffla Harry.

Dahlia resta immobile une seconde puis s’avança vers le visage de Harry. Il l’observa sans rien dire, un peu inquiet à l’idée de l’avoir vexée, mais Dahlia se pencha et l’embrassa violemment. Il s’abandonna à son baiser, la laisser faire ce qu’elle voulait, accepta son rythme et sa langue, et resta pantelant quand elle se recula. Dahlia essuya sa bouche d’un geste machinal et regarda Harry de haut, avec ses yeux gris qui n’étaient plus froids du tout.

- Très bien, je vais donc te sucer maintenant Potter. Et oui, c’est moi qui le fais, ne pense qu’à ça.

- Je ne vois pas à quoi je pourrais penser d’autre, rétorqua Harry.

- Tant mieux, murmura Dahlia en souriant.

- Attends ! s’écria Harry tandis qu’elle reculait pour revenir au-dessus de son sexe.

Elle leva les yeux vers lui, attendant qu’il parle.

- Euh… dit Harry en rougissant un peu. Je voulais juste… Je t’aime.

Dahlia sourit davantage mais ne répondit pas. Elle se pencha vers lui, baissa son caleçon et en sortit son sexe. Elle le lécha doucement, suçota son gland puis le fit entrer dans sa bouche. Harry ne pouvait penser à rien d’autre que ça, elle n’avait pas besoin de le lui dire. Et il savait bien que c’était elle. Suce-moi Malefoy. Va te faire foutre Potter. Je t’aime Malefoy. Malefoy. Dahlia. Malefoy. Dahlia. Harry laissa échapper un gémissement qui résonna dans la petite chambre et il serra la couverture sans même s’en rendre compte. Il rouvrit les yeux, leva la tête, observa les cheveux blonds de Dahlia qui bougeaient entre ses jambes. La bouche chaude de Dahlia autour de sa queue lui faisait presque mal, tant c’était bon. Il souleva un peu ses hanches, pour accompagner ses gestes, gémit à nouveau quand elle resserra ses lèvres et aspira son gland. C’était la meilleure fellation de sa vie, Harry n’en doutait pas. Il avait envie de jouir là, comme ça, dans sa bouche, dans sa bouche qui l’avait insulté et blessé, dans sa bouche qui avait essayé de le sauver, dans sa bouche qui avait dit « Je suis amoureuse de toi ».

Harry serra davantage la couverture et respira rapidement, sentant l’orgasme monter en lui.

- Dahlia, je vais jouir, continue s’il te plait.

C’était plus une supplique qu’un ordre, sa voix lui fit légèrement défaut sur la fin de la phrase et il soupira à nouveau. Dahlia aurait souri, si elle l’avait pu. Elle continua ses gestes, le laissa glisser contre sa langue, le long de sa joue et dans sa gorge. Elle aimait l’avoir là, c’était beaucoup plus excitant que de l’avoir au bout de sa baguette. Et par-dessus tout, elle aimait sentir qu’il la désirait. Ça faisait naitre en elle des choses incroyables qui la rendaient un peu folle et l’empêchaient presque de respirer. « J’aime que ce soit toi » avait dit Harry. Putain, elle avait envie de hurler, mieux valait donc qu’elle le garde dans sa bouche encore un instant. Parfois, Dahlia se demandait comment il était possible de ressentir tellement de choses contradictoires pour une seule et même personne. Elle perdait tout contrôle d’elle-même quand Harry Potter était là, elle devenait… Non, songea Dahlia en sentant Harry tressaillir dans sa bouche, elle ne perdait rien du tout. Quand Harry était là, elle était simplement elle-même, rien de plus et rien de moins. Quand il était là, elle pouvait être lâche et courageuse à la fois, elle pouvait le haïr et l’aimer en même temps, elle pouvait désirer qu’il la sauve tout en désirant le sauver lui aussi. Elle pouvait presque être Malefoy à nouveau, mais différemment, comme elle avait toujours rêvé de l’être. Elle pouvait faire tout ce qu’elle voulait sans lui, elle n’avait pas besoin de lui. Mais quand il était là, tout était bien plus fort.

Dahlia laissa Harry jouir dans sa bouche et se redressa. Harry lâcha la couverture, déplia sa main moite et reprit sa respiration. Il regarda Dahlia se lever et disparaitre dans la salle de bain pour se rincer la bouche et resta allongé, ressentant nettement un bien-être langoureux se propager dans ses membres. Il n’ouvrit les yeux que quand il l’entendit revenir dans la chambre. Il ne put s’empêcher de la regarder, presque entièrement nue avec sa culotte noire. Elle n’avait pas joui, il ne savait pas comment il allait faire pour lui donner du plaisir, maintenant. Il avait presque un peu peur qu’elle lui dise qu’ils pouvaient s’arrêter là. Ce n’était pas ce qu’il voulait, il n’aimait pas l’idée d’être le seul à prendre du plaisir. Surtout qu’elle bandait, il le voyait bien. Harry se redressa sur ses coudes quand Dahlia monta sur le lit et vint se remettre à quatre pattes au-dessus de lui. Il passa ses bras autour de son cou, l’embrassa doucement.

- Tu n’as pas joui, toi, dit Harry, un peu gêné. Qu’est-ce que tu veux que je…

- Allonge-toi, ordonna Dahlia en appuyant une nouvelle fois sur son épaule.

Harry obéit et elle se mit au-dessus de lui, pour que leurs yeux soient au même niveau.

- Reste comme ça, souffla Dahlia.

Harry resta immobile pendant que Dahlia glissa une main dans sa culotte pour attraper son sexe et se masturber. Il ne put s’empêcher de regarder et elle arrêta ses gestes.

- S’il te plait… murmura-t-elle. Regarde-moi dans les yeux.

Elle reprit ses gestes et Harry la regarda dans les yeux, comme elle le voulait. Il se sentit stupide mais il ne comprit qu’à cet instant qu’elle avait l’intention de se masturber en le regardant, juste comme ça, et cette idée l’enflamma. Il n’avait pas la force de rebander aussi vite mais s’il l’avait eue, il ne doutait pas qu’il se serait remis à durcir immédiatement. Harry et Dahlia se fixèrent dans les yeux un moment qui sembla hors du temps, tandis qu’elle rosissait et perdait peu à peu le contrôle de sa respiration. Harry pouvait entendre chaque respiration, voir chaque crispation de ses lèvres, regarder sa bouche s’ouvrir pour soupirer. Il pouvait sentir son souffle sur sa peau, il devinait les mouvements de sa main, les bruits humides de son sexe, la cambrure de ses hanches. Harry se dit que c’était peut-être bien le moment le plus érotique de sa vie, allez savoir. Aucune femme ne s’était masturbée devant lui en le regardant dans les yeux de cette manière.

Dahlia poussa un autre soupir et Harry n’y tint plus. Il agrippa ses cheveux, l’attira vers lui et lécha sa bouche pour qu’elle l’ouvre et l’embrasse. Ils s’embrassèrent à en perdre leur souffle, profondément, lentement et passionnément à la fois, dévorant chez l’autre tout ce qu’ils désiraient, jusqu’à ce que Dahlia jouisse à son tour en gémissant contre les lèvres de Harry. Elle laissa sa main retomber, posa son front sur celui de Harry et ils restèrent immobiles l’un contre l’autre, légèrement tremblants et essoufflés.

Ils n’avaient pas envie de sortir tout de suite, ils voulaient simplement rester là, l’un contre l’autre. De toute façon, Harry était venu pour cela : être avec Dahlia. Le reste n’avait aucune importance. Et à cet instant précis, dans la petite chambre de l’appartement sobre et étroit de Dahlia, Harry se sentait pleinement heureux. Ils s’étaient allongés l’un en face de l’autre, sous la couverture, sans se rhabiller. Harry sentait les jambes de Dahlia entremêlées aux siennes et ça lui suffisait.

- Qu’est-ce qu’Emily t’a dit tout à l’heure, quand elle est venue te voir dans la réserve ? demanda soudain Dahlia.

- Oh, dit Harry d’un air vague. Tu sais, elle m’a demandé de prendre soin de toi, ce genre de chose.

Dahlia sourit et se rapprocha imperceptiblement de Harry.

- Elle tient beaucoup à moi, elle ne peut pas s’empêcher de vouloir me protéger.

- Un peu trop peut-être, commenta Harry.

- Je ne sais pas, répondit Dahlia en fixant le matelas. J’étais toute seule, j’étais vulnérable, j’étais dans un état pitoyable, j’étais bien contente qu’elle soit là et qu’elle ait envie de me protéger.

Harry ne répondit pas tout de suite. Il remit doucement une mèche de cheveux blond derrière l’oreille de Dahlia et observa son visage. Il aurait été bien content que quelqu’un soit là pour lui aussi, quand il était seul, vulnérable et pitoyable. Il avait Ron et Hermione, il leur était très reconnaissant de ne pas l’avoir abandonné mais d’une certaine façon, ils ne l’avaient jamais vraiment protégé de rien.

- En parlant de vulnérable et de pitoyable, dit lentement Harry. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce moment, quand tu pleurais dans les toilettes de Poudlard et qu’on s’est battu. Et je n’ai pas pu m’empêcher de me demander ce qui se serait passé si, au lieu de m’attaquer, tu m’avais simplement dit toute la vérité. Si tu m’avais dit que tu devais tuer Dumbledore mais que tu ne voulais pas faire ça, si tu m’avais dit que tu m’aimais, si tu m’avais dit pour… Dahlia et toutes ces choses. Peut-être que tout aurait été différent.

- Sans doute, oui, confirma Dahlia avec une certaine distance. Mais ce n’est pas très utile d’y penser, on ne pourra rien y changer de toute façon.

Dahlia ne s’embarrassait de ce genre de regrets-là. Harry, lui, était bouffé par les regrets. Ils restèrent silencieux un instant et Dahlia sembla deviner que l’idée perturbait Harry et qu’il n’arrivait pas à s’en débarrasser complètement.

- J’ai hésité à t’en parler, admit-elle enfin. Pas dans les toilettes mais avant. Dans les toilettes, j’avais simplement envie de te faire mal… J’ai hésité à aller voir Dumbledore aussi, bien sûr, mais j’avais bien trop peur. Trahir le Seigneur des Ténèbres demande un courage quasiment suicidaire. Le genre de chose que tu pourrais faire, toi.

Elle sourit en le disant mais Harry se sentit triste. Même si elle avait raison et même s’il était bien trop tard pour revenir sur ce moment de leur vie, Harry trouvait toujours cela accablant de penser à tout le mal qui avait été fait et à tout ce qui avait gâché pour rien. D’autant qu’il avait la nette impression que la plupart des drames dont sa vie était jonchée auraient largement pu être évités. Sirius, Dahlia, Cédric, Fred, autant de vies gâchées inutilement.

- A quoi tu penses ? demanda doucement Dahlia. Tu te dis que si je t’avais parlé, on aurait pu s’enfuir ensemble tous les deux, loin de la guerre et du Seigneur des Ténèbres ?

Elle se moquait de lui, Harry le voyait bien. Il rosit un peu et eut un geste d’agacement.

- Non, je ne suis pas niais à ce point-là.

Elle rit, l’air de penser « Je n’en suis pas si sûre » et il fit semblant de se vexer. Dahlia se redressa sur un coude et se pencha vers Harry pour le regarder.

- Personne ne te demande de réparer le passé, Potter, dit-elle.

- Je sais, rétorqua Harry.

Dahlia l’embrassa doucement, comme pour le rassurer et le consoler. Il referma ses bras autour d’elle, serrant son corps chaud contre le sien. Ce qu’il trouvait rassurant et réconfortant, c’était de l’avoir là, près de lui. A vrai dire, il n’avait jamais ressenti cela avec Ginny ou Jane, c’était la première fois. Il savait bien pourquoi et il aimait cette idée. C’était parce que Dahlia lui ressemblait, qu’elle avait des cicatrices comme lui et des blessures comme lui, parce qu’elle était terrifiée par Voldemort et par les Détraqueurs, tout comme lui. Parce qu’ils pouvaient tous les deux se permettre d’être des enfants apeurés se cachant sous la couverture sans que quiconque ressente de la honte. Parce que finalement, elle était aussi forte que lui et aussi fragile que lui aussi et qu’ils pouvaient se tenir exactement de la même manière sans se briser.
Chapitre 9 - Euphorie et dysphorie by Celiag
Durant de nombreuses semaines, la vie de Harry se partagea entre Londres et New York. Il prenait des Portoloins le weekend quand il le pouvait, il allait passer un jour ou deux avec Dahlia puis il rentrait chez lui. Parfois, quand elle lui manquait trop, Harry prenait un Portoloin en sortant du travail, rejoignait Dahlia pour une soirée puis revenait par le Portoloin de minuit qui le faisait arriver à Londres à cinq heures du matin. Quand il faisait ça, il ne dormait pas de la nuit mais il s’en moquait. Il était jeune, il était amoureux, il n’avait jamais été un grand dormeur, il pouvait bien supporter quelques nuits blanches. Il aimait cela, s’échapper d’Angleterre pour quelques heures seulement, retrouver Dahlia, vivre auprès d’elle un court instant puis repartir. Repartir était toujours le plus difficile, Harry se sentait toujours un peu triste, bien plus qu’elle apparemment. Elle se moquait de lui, parfois, déclarant qu’ils se reverraient dans quelques jours et que ce n’était pas la peine de faire cette tête.

- Tu ne pars pas à la guerre, tout va bien, disait-elle en riant.

Mais Harry trouvait qu’il passait un peu trop de temps à lui dire au revoir. Malgré cela, il était heureux. Il se sentait presque chez lui à Hidden City, il y avait des habitudes. Dahlia avait fait fabriquer un double de ses clés magiques pour lui permettre de rentrer dans l’immeuble et l’appartement sans qu’il ait besoin de l’attendre et Harry en était reconnaissant. Parfois, quand il arrivait à New York vers deux heures de l’après-midi et que Dahlia travaillait encore, il se rendait chez elle et faisait une sieste en l’attendant, pour compenser la nuit qu’il allait perdre. Quand elle rentrait, Dahlia venait s’allonger à côté de lui et il la serrait dans ses bras, heureux de se réveiller avec son parfum et son visage. Ensuite, c’était toujours trop court.

Dahlia vint une fois à Londres elle aussi, pour soulager Harry un weekend. Il savait que c’était une épreuve pour elle et qu’elle n’aimait pas cela mais elle voulait à tout prix faire le déplacement de temps en temps, par souci de justice. Cette fois-ci, ils eurent l’appartement pour eux tous seuls puisque Ron et Hermione avaient déménagé et c’était bien mieux comme ça. Ils dînèrent avec eux, un soir, parce qu’Hermione et Dahlia avaient envie de se voir. Tout se passa bien, Ron fut aimable et Harry se sentit soulagé de savoir que les choses ne seraient pas si compliquées que ça. Dahlia aussi, visiblement. Elle n’alla pas voir ses parents comme la dernière fois, c’était inutile et douloureux. Mieux valait laisser au passé ce qui appartenait au passé.



Harry se réveilla de sa sieste en retard, comme c’était à prévoir. Il resta calme et ne paniqua pas, il avait quand même le temps. Il ne savait pas vraiment s’il était heureux, excité ou au contraire un peu déprimé, c’était difficile à dire. Dans quelques heures, il devrait se rendre au Terrier pour assister au mariage de Ron et Hermione. C’était une journée de novembre digne de ce nom : le ciel bleu de la matinée était lentement obscurci par de nombreux nuages qui ne promettaient rien de bon. Il allait certainement pleuvoir mais tant pis, ils seraient sous le chapiteau. Ici, en Angleterre, la pluie n’était pas un mauvais présage.

Harry se prépara soigneusement, se brossa les dents, se coiffa, enfila sa nouvelle robe de sorcier achetée spécialement pour l’occasion, se parfuma. Il était le témoin de Ron, il devait faire un effort. Il vérifia cent fois qu’il avait bien mis les alliances dans sa poche, resserra dix fois le nœud de sa cravate, passa vingt fois la main dans ses cheveux dans l’espoir que ça aurait un quelconque effet puis se décida enfin à s’en aller. Il transplana jusqu’au Terrier et pénétra dans le jardin en souriant. Ici, c’était l’effervescence. Arthur, Molly, George, Elizabeth et Francis Granger couraient partout, contrôlant les derniers préparatifs. Ils avaient installé un vaste chapiteau, protégé par un sortilège chauffant qui les garderait dans une température douce et agréable. Harry voulut aider à déposer sur les tables le reste des amuse-bouche mais Molly Weasley le chassa d’un geste de la main empressé.

- Va donc voir Ron ! S’écria-t-elle.

Harry obéit et entra dans la maison. Il grimpa rapidement les marches de l’escalier étroit et ouvrit doucement la porte de la chambre de Ron. Il y trouva son meilleur ami en compagnie d’Hermione et de Ginny. Hermione avait revêtu sa robe de mariée, blanche, classique, sobre, que Harry aurait eu bien du mal à décrire avec précision. Au fond, il se fichait un peu de la robe d’Hermione.

- Tu es très jolie, commenta Harry.

Ce qui était vrai. Harry se moquait de la robe mais il n’était pas aveugle au point de ne pas remarquer que son amie était belle dedans. Il se tourna vers Ron et lui adressa un sourire beaucoup plus détendu.

- Tu n’es pas mal non plus.

- Merci vieux. J’ai cru que tu n’allais jamais arriver !

- Je me suis réveillé en retard.

Harry échangea un regard avec Ginny, la salua brièvement et tourna la tête. Ils n’étaient jamais très à l’aise en présence l’un de l’autre, ils n’arrivaient pas à se pardonner. Harry s’assit sur le sol puisque le lit était occupé par Ron et Ginny et qu’Hermione était appuyée contre le petit bureau.

- Je ne veux pas abîmer ma robe, expliqua-t-elle d’un ton nerveux.

- On s’en fiche, répondit Ron, pour la dixième fois surement.

- Tu es venu seul ? demanda Ginny d’une voix un peu trop forte.

La question s’adressait à Harry et il releva la tête vers elle, méfiant.

- Oui.

- Ta copine américaine ne voulait pas faire le déplacement ? Pourtant, elle connait Hermione et elle a déjà rencontré Ron, d’après ce que j’ai compris.

Ron et Hermione furent brusquement très intéressés l’une par la tulle de sa robe et l’autre par le tissu de sa cravate. Harry se tendit un peu.

- Elle ne pouvait pas venir.

- Dommage, j’aurais bien aimé la rencontrer.

- Je ne pense pas, dit Ron d’un ton détaché.

- C’est juste que c’est un peu triste de venir seul à un mariage alors qu’on est en couple.

- Je ne suis pas triste, rétorqua sèchement Harry.

Hermione se redressa un peu.

- J’en ai marre d’attendre. Quelle heure est-il ?

- Tu es impatiente ? demanda Harry en souriant.

- Impatiente d’un finir ! S’écria-t-elle.

- Voyons Hermignonne, dit doucement Ron. Ça va être un beau moment…

- Essaie donc de porter ma robe, tu verras si c’est un beau moment !

Harry et Ginny éclatèrent de rire devant l’expression de Ron. La conversation devint plus légère, Ron et Ginny prirent des paris sur la tenue de la grand-tante Muriel. Harry les laissa parler et les écouta distraitement, l’esprit lointain. Ginny ne s’était pas trompée, elle avait touché un point gênant. En vérité, Harry était triste que Dahlia ne soit pas là. C’était idiot bien sûr, ça ne changeait rien. Et il était évident que Dahlia Malefoy ne pouvait pas débarquer au mariage de Ron et Hermione, tout le monde la reconnaitrait, ce serait une catastrophe. D’ailleurs, l’idée qu’elle puisse venir n’avait même pas été évoquée tant elle était impensable. Tant pis, songea Harry en se secouant un peu. Il était là pour Ron et Hermione, il allait passer un bon moment avec ses amis, c’était le plus important.

Les invités commencèrent à arriver par petits groupes, accueillis par Arthur et Molly Weasley ou par Elizabeth et Francis Granger. Hermione n’avait pas invité beaucoup de membres de sa famille parce que peu d’entre eux étaient au courant de l’existence des sorciers. Elle avait donc renoncé à faire venir ses cousins ou ses oncles et tantes. Seuls ses grands-parents maternels étaient là, parce qu’ils avaient toujours su que leur petite-fille était différente et qu’elle leur avait raconté la vérité. En revanche, elle avait invité beaucoup d’amis et collègues du Ministère ainsi que ses amis à Poudlard qui étaient globalement les mêmes que ceux de Ron. Harry fut ravi de serrer la main de Neville, Luna, Dean et Seamus, Hannah, Susan, Anthony, Ernie et tous les anciens de l’armée de Dumbledore. Il savait qu’il passerait une excellente soirée.

La cérémonie du mariage en elle-même fut assez courte et ce n’était pas plus mal. Ni Ron ni Hermione n’avaient la patience et l’envie de rester debout deux heures à écouter des discours pompeux. Tout le monde s’accorda à dire qu’Hermione était magnifique, tout le monde félicita les nouveaux mariés, Molly Weasley pleura sous le regard vaguement condescendant d’Elizabeth Granger, tout se passa exactement comme un mariage devait se passer. Harry attendait le moment du dîner avec impatience et il s’assit en compagnie de tous ses amis, heureux et d’excellente humeur. Il pouvait voir le sourire béat de Ron, ses oreilles écarlates et son expression de satisfaction intense à l’idée de s’être enfin marié et d’avoir fait aussi bien que ses frères. Il pouvait voir le sourire calme d’Hermione qui observait son mari avec tendresse et un peu d’amusement.

Le repas était bon, Harry fut sans cesse pris dans des conversations avec des gens qu’il appréciait, ce qui était plutôt rare. Il passa échanger quelques mots avec Andromeda, prit Teddy sur ses épaules le temps d’aller saluer Hagrid et le professeur McGonagall. L’enfant était aux anges et offrit une parfaite diversion quand Hagrid commença à dire d’une voix émue que Harry serait sans doute le prochain à se marier et qu’il ne devait pas s’inquiéter. Le professeur McGonagall adressa à Hagrid un regard réprobateur, Harry sourit et ne répondit pas. Teddy en profita pour essayer d’attraper une des nombreuses décorations qui pendaient au plafond du chapiteau et Harry put changer de sujet.

Ce fut l’heure de danser et de faire la fête. Avec un sourire un peu ému, Harry regarda Ron et Hermione danser tous les deux, au milieu du chapiteau. Il ne put s’empêcher de penser à Dahlia pendant un instant, à ce à quoi elle ressemblerait, avec la robe blanche d’Hermione. A vrai dire, l’image de Dahlia avec une de ses jolies coiffures, des fleurs dans ses cheveux lunaires et une robe éclatante, perturba Harry beaucoup plus que c’était permis. Il essaya de penser à autre chose mais tous les couples se levèrent pour danser. Harry regarda Ginny embrasser son entraineur de Quidditch sous la lumière bleutée des chandelles, tourna la tête et fixa le sol un instant. Plus loin, Bill et Fleur se serraient l’un contre l’autre, George et Angelina prenaient toute la place sur la piste de danse. Dean sortait avec une jeune fille moldue qui était allée à l’école primaire avec lui. Seamus essayait de tenter sa chance avec une des collègues d’Hermione, Neville dansait maladroitement avec Hannah Abbot. Harry se sentit seul. Il aurait aimé danser avec Dahlia, comme le soir de son anniversaire. Cette fois-ci, il aurait pu poser ses mains sur sa jupe, l’embrasser et la suivre aux toilettes. Elle lui manqua terriblement et il se sentit dépité de vivre un mariage sans elle. Regarder les autres s’aimer lui rappelait sans cesse que son amour à lui n’était pas là.

Son malaise s’accentua quand une des collègues d’Hermione vint le voir, les joues un peu rougissantes, pour lui proposer de danser avec elle. Il aurait pu accepter et s’amuser quelques minutes, il n’aurait trahi personne en le faisant, mais il n’en avait pas envie. Il refusa poliment, prétextant une fois de plus qu’il était un piètre danseur. La jeune femme s’en alla et Harry se sentit encore plus déprimé, allez savoir pourquoi. Elle fut remplacée par Ernie Mac Millan qui s’assit près de Harry en posant une main fraternelle sur son épaule.

- Dur d’être célibataire à un mariage, soupira-t-il. Je compatis… D’un autre côté, nous devrions voir ça comme une chance, nous pouvons essayer de séduire quelqu’un et passer une bonne soirée !

- Je n’ai pas envie de séduire qui que ce soit, rétorqua Harry.

- Allez mon vieux, tu es Harry Potter, tu pourrais avoir toutes les filles que tu veux ! Regarde, celle-là, elle te jette des coups d’œil depuis le début de la fête.

Harry rougit vaguement, leva les yeux vers la fille en question puis détourna le regard. Ernie le gonflait avec ses déclarations vaniteuses et assurées, comme s’il détenait la vérité. Harry devait à tout prix s’en débarrasser. Et, intervention du destin, Ron marcha vers eux, essoufflé, un grand sourire aux lèvres. Il se laissa tomber sur une chaise vide en poussant un profond soupir.

- Je fais une pause, dit-il.

- Je peux te remplacer dans ce cas ? demanda Harry.

- Vas-y.

Harry se leva et rejoignit Hermione qui discutait avec ses collègues. Il lui sourit et lui tendit la main, dans un geste volontairement solennel. Hermione prit sa main et le suivit sur la piste de danse. Il passa un bras autour d’elle et la tint sans embarras, il n’y avait pas de ça entre eux. Elle se serra contre lui sans hésiter, sans se sentir coupable de rien et elle mena la danse, parce qu’elle savait qu’il était mauvais à ce jeu-là. Pendant quelques secondes, Harry oublia Dahlia, Ron, Ginny, tout le reste. Il se souvint de tous les moments qu’il avait passés seul avec Hermione, à toutes les fois où elle était restée près de lui alors que les autres lui tournaient le dos, à toutes les fois où elle l’avait sauvé et où il l’avait à peine remerciée.

- Tu es heureuse ? demanda doucement Harry en se penchant légèrement vers elle.

- Oui, dit-elle d’une voix calme.

- Tant mieux. Je suis bien content qu’on ait réussi à en arriver là.

Elle devinait ce qu’il voulait dire. Il était content qu’ils aient survécu à la guerre, qu’ils aient continué à vivre et à aimer, qu’ils soient restés ensemble. Hermione lui sourit.

- Je suis contente pour toi aussi. Je vois bien que tu es beaucoup plus heureux ces derniers temps.

Harry sourit et repensa à Dahlia. Il se sentait un peu moins triste toutefois, Hermione venait d’apaiser quelque chose.

- Je ne serais jamais arrivé là sans toi, dit Harry.

- Tu n’as pas eu besoin de moi pour te rapprocher de Dahlia, plaisanta Hermione.

- Non, rétorqua Harry en la regardant dans les yeux. Je voulais dire, je n’aurais jamais survécu à tout ça sans toi. Alors… merci.

Hermione lui rendit son regard et ils arrêtèrent de danser, pour partager l’émotion du moment. Harry ne l’avait jamais véritablement remerciée pour tout ce qu’elle avait fait et pour tout ce qu’elle avait sacrifié pour se tenir à ses côtés quoi qu’il arrive. Il était temps de le faire et cette danse semblait être le moment idéal pour cela. Hermione passa ses bras autour du cou de Harry et l’étreignit doucement, sans rien dire. Il la serra contre lui, tout aussi doucement. Il eut envie de pleurer, il ne savait même plus pourquoi. Parce qu’ils avaient survécu, parce que la guerre était finie, parce que maintenant qu’ils étaient mariés, Harry avait conscience qu’il les perdait un peu, Ron et elle.

- De rien, souffla enfin Hermione dans son oreille. Merci à toi aussi, d’avoir fait en sorte que nous puissions tous survivre.

Harry la serra davantage contre lui, sentant les larmes lui monter aux yeux. Il n’arrêta qu’en devinant une présence auprès d’eux et tourna la tête pour rencontrer le regard de Ron qui les avait rejoints. Pendant une seconde, Harry se sentit coupable mais les yeux de Ron ne reflétaient aucune rancune. En revanche, les gens qui dansaient autour d’eux les observaient, l’air de se demander si c’était convenable ou non que la mariée se laisse aller de cette façon dans les bras d’un autre homme et si le marié n’allait pas faire une scène. Au lieu de ça, Ron passa ses bras autour des épaules de Harry et d’Hermione et ils s’étreignirent tous les trois. Harry fut incapable de retenir ses larmes plus longtemps et s’accrocha à la veste de Ron. C’était bon d’être tous les trois comme ça, une dernière fois. Ou peut-être pas, peut-être qu’il y aurait d’autres fois, que rien n’était fini, que Harry se trompait.

Il finit par se dégager lentement, la tête baissée.

- C’est un peu bizarre, tout le monde nous regarde, murmura-t-il.

- Aucune importance, dit Ron avec sérieux. Vous êtes mes deux meilleurs amis, c’est vous que je veux avoir à mes côtés à mon mariage.

- Sans compter que je suis quand même la mariée, fit remarquer Hermione.

- Oui, ça aussi.

Harry et Hermione éclatèrent de rire, se regardèrent avec amusement, essuyèrent les larmes qui coulaient sur leurs joues. Autour d’eux, les gens semblaient croire qu’ils étaient fous, sauf leurs amis de Poudlard qui les observaient avec condescendance pour dissimuler leur émotion. Parce qu’après tout, même si personne ne savait ce que Harry, Ron et Hermione avaient fait pendant la guerre, tout le monde savait que c’était à ces trois étranges et banales personnes qu’ils devaient leur survie et leur liberté.

Ron se tourna vers George qui était chargé de la musique.

- Mets quelque chose d’un peu plus entrainant, nous sommes là pour nous amuser ! Cria-t-il.

George obéit de bonne grâce et changea la musique. L’air devint beaucoup plus joyeux et électrique, tout le monde se remit à danser. Harry, Ron et Hermione restèrent tous les trois, hilares, un peu ivres, à danser ensemble et à crier les paroles de la chanson. Harry se sentait heureux, comme il l’avait rarement été, comme il ne le serait peut-être plus jamais. Ils dansèrent longtemps, burent encore un peu, chantèrent à tue-tête avec tous les autres, s’amusèrent comme on s’amuse à une fête de mariage. Harry dansa avec Luna, il dansa même avec Dean et Seamus, qui étaient encore plus saouls que lui et faisaient n’importe quoi. Harry avait seize ans à nouveau ou plutôt, il avait seize ans comme il ne les avait jamais eus, sans menace de mort et promesse de souffrance. Tout allait bien, il pouvait rire librement avec les gens qu’il aimait.

Peu à peu, les gens s’en allèrent pour rentrer chez eux et se coucher. Ron et Hermione serrèrent Harry dans leurs bras une dernière fois et disparurent. La fête continua sans eux mais Harry perdit son euphorie. Il avait trop bu et il avait mal aux pieds. Mal à la gorge à force de chanter aussi. Il sortit du chapiteau pour respirer l’air frais de la nuit et son esprit se remit en place. Il était heureux d’avoir remercié Hermione, heureux d’avoir passé cet instant avec eux. Il se sentait plus en paix avec lui-même. Il aurait pu aller se coucher aussi mais l’idée de rentrer seul le déprimait. Face aux étoiles qui apparaissaient quand les nuages avançaient, Harry repensa à Dahlia. Il avait terriblement envie de la voir, de s’allonger dans ses bras, de lui dire qu’il se sentait seul sans elle.

- Tout va bien Harry ? demanda une voix douce dans son dos.

Harry se retourna vers Bill Weasley qui le rejoignit dehors. Il fut content que ce soit Bill et pas quelqu’un d’autre.

- Ça va, juste un peu fatigué.

- C’est normal, admit Bill en consultant sa montre. Il est quatre heures du matin.

- Oui…

- Tu devrais rentrer te coucher.

- Sans doute.

Bill jeta un regard à Harry, attentif et calme.

- Tu sais… Ce n’est pas parce qu’ils sont mariés qu’ils n’auront plus envie de te voir. Les vraies amitiés peuvent durer toute une vie.

- Je… je sais, bafouilla Harry, un peu honteux.

Ils restèrent silencieux quelques secondes, profitant de la fraicheur de la nuit et du vent qui les maintenaient éveillés.

- C’est dommage que Dahlia ne soit pas venue, commenta enfin Bill.

Harry se tourna vers lui et Bill lui sourit doucement, l’air de dire qu’il n’était pas si stupide que ça et qu’il devinait bien ce qui avait déprimé Harry pendant la moitié du mariage. Harry trouva agaçant d’être entouré de gens qui le comprenaient mieux qu’il se comprenait lui-même et en même temps, c’était un peu réconfortant.

- Elle ne pouvait pas, répondit-il.

Bill fourra ses mains dans ses poches et poussa un soupir, faisant apparaitre de la buée devant sa bouche.

- Il y a quelque chose que tu nous caches à son propos, n’est-ce pas ? demanda-t-il sérieusement.

Harry le fixa, bouche bée puis se reprit et frissonna.

- Euh… pourquoi est-ce que…

- Je ne sais pas, c’est l’impression que j’ai. Tu as toujours l’air nerveux quand tu parles d’elle et tu es mal à l’aise à chaque fois que ma mère te pose des questions sur elle.

Harry joua avec les brins d’herbe humides à ses pieds. Il avait envie de dire la vérité, pour une fois, il ne voyait pas l’intérêt de mentir plus encore.

- Oui, avoua-t-il. Il y a quelque chose que je vous cache. Je vous le dirai quand elle voudra bien.

- D’accord, répondit Bill en posant une main amicale sur l’épaule de Harry.

Il n’insista pas, ne demanda aucune explication et ne sembla pas vexé. Harry l’appréciait pour ça. Après Ron, Bill était le frère Weasley qu’il préférait. Il espéra que, quand il saurait, Bill ne ferait aucune remarque méprisante sur Dahlia. Harry en serait blessé, sans aucun doute. Son envie de voir Dahlia atteignit des sommets et quand Bill se détourna pour revenir sous le chapiteau, Harry l’arrêta brusquement.

- Attends, tu as dit qu’il était quelle heure ?

- Il est 4h12, répondit Bill en regardant sa montre.

Harry sourit largement, le cœur soudain léger. Il suivit Bill sous le chapiteau, retourna auprès de Neville, Dean et Seamus, échangea quelques derniers mots avec eux puis les salua. Il dit au revoir à tous les gens qu’il avait envie de voir une dernière fois puis il quitta la fête à son tour. Il transplana chez lui, saisit son sac de voyage, y fourra son pyjama, sa brosse à dents, des vêtements de rechange et sortit de son apparemment. Il transplana à Greenwich, fatigué mais motivé, et attendit patiemment qu’il soit possible de prendre le premier Portoloin de 5h pour New York. Sa venue n’était pas prévue mais tant pis, il voulait la voir.

Harry arriva à New York dans l’obscurité de la nuit et en profita pour transplaner discrètement à quelques rues du hangar. A Hidden City, il y avait du monde dans les rues mais beaucoup moins qu’en été. Il y avait surtout des groupes d’amis qui sortaient des cafés et des restaurants, s’empressant de transplaner pour rentrer chez eux et fuir le froid de novembre. Harry espéra que Dahlia serait chez elle mais il n’en était même pas certain. C’était samedi soir et elle était peut-être avec ses amis. Cette idée angoissa Harry, il serait franchement déprimé si elle n’était pas là. Tant pis, il se coucherait dans son lit et l’attendrait en s’endormant dans son parfum, ce serait mieux que rien.

Harry atterrit devant l’immeuble de briques et utilisa sa clé pour entrer. Il ne frappa pas à la porte de l’appartement, il se dit qu’elle dormait peut-être et que ce n’était pas utile de l’obliger à se lever. Harry déverrouilla la porte et l’entrouvrit doucement. Il termina son geste avec plus de fermeté en constatant que la lumière du salon était allumée et il entra avec impatience. Dahlia était là, un pied posé sur une chaise, en train de défaire les lacets de sa bottine. Elle se tourna vivement vers lui, surprise que quelqu’un pénètre chez elle et se détendit en le voyant. Harry l’observa un instant, à la fois rassuré de la trouver là et mélancolique sans savoir pourquoi. Il contempla ses cheveux blonds qui étaient franchement décoiffés, ses joues rosies par le froid, son gilet et son chemisier blanc. Dahlia jeta un coup d’œil à sa montre et eut un geste de surprise.

- Qu’est-ce que tu fais ici ? Il est cinq heures du matin chez toi !

- Je…

- Ah oui ! s’écria Dahlia. Tu étais au mariage de Ron et Hermione !

- Oui, j’en viens, répondit Harry en s’approchant d’elle.

- C’était bien ? demanda Dahlia en terminant de délacer ses bottines.

La question était distraite et pas vraiment honnête. Elle se fichait du mariage de Ron et Hermione et il le savait bien. Il ne pouvait pas lui en vouloir.

- J’aurais aimé que tu sois là, déclara Harry.

Dahlia se redressa, retira son pied de la chaise et se tourna vers lui, incertaine.

- Impossible, dit-elle.

- J’aurais aimé que tu sois là quand même, j’aurais aimé danser avec toi. Je me suis senti seul toute la soirée, tout le monde pensait que j’étais célibataire, j’ai dû refuser au moins trois propositions.

Dahlia hésita nettement entre se moquer de lui et compatir à son chagrin. Elle détourna la tête, un léger sourire aux lèvres.

- Pauvre Harry…

- Je ne plaisante pas, tu m’as manqué. C’est déprimant d’être seul à un mariage.

Harry eut un éclat de rire désabusé et Dahlia ne sut pas quoi lui répondre. Elle marcha vers lui, passa ses bras autour de son cou et l’embrassa doucement. Harry put nettement sentir le goût du vin sur ses lèvres, tout comme sur les siennes, sans doute.

- Où étais-tu ?

- Chez Andrew avec Marilyn, dit-elle en s’écartant de lui. J’ai dîné là-bas, je viens de rentrer.

- C’était bien ? Emily n’était pas là ?

- Non, elle voyait sa copine ce soir.

- Elle a une copine ? s’étonna Harry.

- Oui, depuis deux semaines.

Il sourit vaguement tout en retirant ses chaussures. Il suivit Dahlia jusqu’à la chambre, machinalement. Il ne savait plus trop s’il avait envie de dormir ou pas.

- Je vais me mettre en pyjama, annonça Dahlia en entrant dans la salle de bain.

Elle s’enfermait toujours dans la salle de bain pour se changer quand il était là. Il avait l’impression qu’elle lui reprochait d’être là et d’être venu sans prévenir mais il ne savait pas s’il n’était pas en train d’imaginer des choses qui n’existaient pas. Il attendit qu’elle ressorte, en pyjama, avec ses cheveux détachés qui tombaient dans son dos.

- Il est plus de minuit, j’ai trop bu, je suis fatiguée, dit-elle d’un ton d’excuse.

- Moi aussi, répondit Harry.

- Très bien.

- Est-ce que ça va être comme ça tout le temps ? demanda brusquement Harry quand elle attrapa la couverture pour la soulever.

Dahlia le regarda sans comprendre.

- C’est-à-dire ?

- C’est-à-dire moi, assistant seul à tous les événements importants de ma vie, sans toi.

Dahlia se figea dans une posture défensive évidente qui agaça Harry. Ses yeux gris et froids se posèrent sur Harry avec rancœur.

- C’est pour ça que tu es venu ? Pour me faire des reproches ?

- Peut-être bien, admit Harry. Et alors ? Je n’ai pas le droit de t’en faire ?

- Si, mais tu sais parfaitement que je ne peux pas venir à ce genre d’événement, tout le monde me reconnaitrait !

- Je sais bien, dit Harry d’une voix butée.

- Alors à quoi ça sert de…

- A rien ! coupa Harry avec colère. Ça ne sert à rien Dahlia ! Je suis juste un imbécile égoïste qui aurait aimé que sa copine soit là au mariage de ses meilleurs amis, c’est tout !

Dahlia ne répondit pas tout de suite, surprise par l’honnêteté de Harry. Elle perdit sa posture défensive et le regarda avec hésitation et, au fond d’elle, un peu d’excitation.

- Je t’ai manqué tant que ça ? Souffla-t-elle.

Harry lui lança un regard noir qu’il perdit rapidement. Il n’avait pas envie de se disputer avec elle, il n’était pas venu là pour ça. Il ne savait même plus pourquoi il s’était énervé, il s’en voulait. A la base, il était simplement venu pour qu’elle le serre dans ses bras.

- Tu… commença Harry. J’aurais aimé que tu sois là, c’est tout. Je sais que c’est stupide, je sais que tu ne peux pas venir à cause de tes parents, je sais tout ça.

- Ce n’est pas simplement à cause de mes parents, dit calmement Dahlia.

- Ah non ?

- C’est aussi à cause de ce que les journaux diraient s’ils apprenaient que tu sortais avec moi.

- Pfff, soupira Harry avec cynisme. Je me fous des journaux.

- Vraiment ? demanda Dahlia d’une voix plus basse que d’habitude. Et quand ils diront que tu ne peux pas être hétéro si tu sors avec moi, tu t’en ficheras ? Quand ils diront que ta copine n’est pas vraiment une femme mais une sorte de travesti dégénéré qui prend des potions pour ressembler à une femme, tu t’en ficheras ? Quand les journaux feront leurs gros titres pour dire que le fils Malefoy n’est pas mort mais qu’il est finalement en couple avec Harry Potter et que c’est répugnant, tu t’en ficheras aussi ?

Harry la fixa, un peu choqué par ce qu’elle venait de dire. Dahlia ébaucha un sourire crispé et baissa la tête vers le lit.

- Parce que c’est ce qu’ils diront. Si vraiment tu t’en fiches, alors tant mieux pour toi, j’aimerais être aussi forte que toi. Mais moi tu vois, je ne m’en ficherais pas. Plutôt sauter d’une falaise que de subir ça.

Elle l’avait dit d’un ton calme, sans colère et sans menace, mais Harry devina qu’elle était sincère et il la comprenait. Il se sentit mal, coupable et stupide. Il venait d’avoir la réponse à sa question. Oui, ce serait toujours comme ça, lui assistant seul aux événements importants de sa vie et ils ne pouvaient rien y faire. Et il savait que c’était en partie sa faute à lui, parce qu’il était Harry Potter et qu’il était célèbre.

- Je me fiche de ce que les journaux disent de moi, dit Harry. Mais… je ne supporterais pas qu’ils disent des horreurs sur toi. Je… je crois que je serais capable de faire un scandale.

- Ce serait tout toi, oui, confirma Dahlia avec un sourire désabusé.

Il y eut un silence, triste mais pas pesant. Ils n’étaient plus en colère l’un contre l’autre, ils étaient simplement conscients que leur relation n’était pas de celles qu’on racontait dans les histoires et qu’on lisait en s’émouvant. Leur relation était de celles qui faisaient les gros titres, de celles qu’on insultait, qu’on méprisait et qu’on essayait de briser. Mais Harry ne laisserait jamais faire une chose pareille. Il se le jura pour lui-même, avec conviction. Il ne laisserait jamais les journalistes trainer Dahlia dans la boue, piétiner leur histoire et massacrer leur amour. Pour la première fois dans sa vie, il avait trouvé quelqu’un qui le rendait heureux, le comprenait et l’acceptait comme il était. Elle était son espoir d’une vie meilleure, elle était sa joie, elle était tout pour lui, maintenant. Et personne ne lui prendrait cela.

- J’étais venu parce que tu me manquais et que j’avais envie de dormir avec toi, conclut Harry.

Il se rendit compte qu’il était épuisé. Il était quasiment six heures du matin pour lui, il était grand temps qu’il se couche. Dahlia hocha la tête et Harry hésita. Idéalement, il faudrait aller prendre une douche pour se débarrasser de la sueur d’avoir trop dansé, il faudrait aller se laver les dents, se mettre en pyjama. Il n’en avait plus le courage.

- Aucune importance, dit Dahlia.

Harry retira vivement ses habits de fête et se glissa dans le lit contre Dahlia. Elle le serra dans ses bras, comme il en avait envie et il ferma les yeux, rassuré. Il eut une pensée fugace pour Ron et Hermione, qu’il avait complètement oubliés et les oublia à nouveau presque aussitôt. A vrai dire, c’était surtout de Dahlia dont il avait besoin à cet instant précis.

- J’ai un match le weekend prochain, murmura Dahlia. Tu pourrais venir me voir jouer.

Les entrainements avaient repris en septembre mais les matchs n’avaient pas commencé tout de suite et Harry avait loupé les deux premiers. Il fut donc heureux de la proposition.

- Oui, j’aimerais beaucoup.

- Très bien. Et… Harry ?

- Oui, souffla Harry, à moitié endormi déjà.

- Tu peux dire la vérité aux Weasley si tu veux. Comme ça je… pourrai peut-être les rencontrer un de ces jours.

Harry ouvrit les yeux dans l’obscurité de la chambre. Il savait ce qu’elle était en train de faire, elle voulait lui rappeler qu’il ne serait pas seul à chaque fois, qu’il pouvait aussi passer des moments avec elle, ici à New York. Et qu’elle voulait bien faire un effort pour ne pas le laisser seul sans arrêt à Londres. Il lui en fut reconnaissant.

- Merci.

- De rien, mais… Les remarques qu’ils feront en apprenant la vérité, je ne veux pas que tu me les répètes.

- D’accord, promit Harry.

Il espéra, avec un peu de témérité et d’optimisme, qu’il n’y aurait de toute façon aucune remarque à répéter.



Harry était assis dans les gradins, autour d’un terrain de Quidditch de Boston. Ce n’était pas le terrain officiel de la ville, là où se jouaient les matchs de la Coupe américaine, c’était un terrain amateur où s’affrontaient les petits clubs. Sur les gradins, il n’y avait que les membres des familles des joueurs, cela rappelait à Harry l’ambiance de Poudlard où c’étaient les amis qui encourageaient sur les bancs. Ici, il ne connaissait personne mais il s’en moquait bien. Il s’était retrouvé assis à côté du mari d’une des poursuiveuses, que Dahlia lui avait présenté quand ils étaient arrivés. Le mari mangeait du popcorn en piochant nerveusement dans la boite, son bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles.

- C’est la première fois que tu viens assister à un match ? demanda-t-il à Harry.

- Oui.

- Moi ça me stresse complètement, avoua le mari.

Harry lui jeta un coup d’œil amusé et condescendant. Il avait envie que Dahlia gagne, c’est vrai, mais ça ne le stressait pas non plus. Quand Ginny jouait, était-il inquiet ? Peut-être… Il ne s’en souvenait plus… Il l’était au début, sans doute, il avait arrêté de l’être. Harry chassa Ginny de ses pensées et accepta de piocher dans la boite de popcorns que le mari lui tendit.

- C’est une bonne équipe ? Demanda-t-il.

Il songea que le stress du mari venait peut-être du fait qu’ils étaient mauvais et perdaient tout le temps. Harry aurait trouvé cela embarrassant.

- Oui, ça va, ils gagnent plus de la moitié de leurs matchs en général. La capitaine est une bonne batteuse, le gardien est très correct et l’attrapeuse est franchement douée. Je veux dire, ta copine.

- Ah bon, tout va bien alors, répondit Harry, rassuré.

Harry regarda les joueurs avancer sur le terrain et se serrer la main. Dahlia avait noué ses cheveux dans une queue de cheval haute qui se balança dans son dos quand elle enfourcha son balai. Elle portait l’uniforme bleu marine de son club tandis que les joueurs adverses étaient en rouge. Harry la suivit des yeux, sans trop savoir ce qu’il désirait. Il avait envie qu’elle soit aussi douée que le mari le disait et une partie de lui, honteuse, avait envie qu’elle reste moins forte que lui.

Le match débuta vraiment et Harry se laissa embarquer par l’implication du mari qui hurlait à chaque fois que sa femme s’approchait des buts, souafle à la main. Quand elle marquait, il se levait de son banc, poings serrés, criant comme un possédé, renversant une partie de ses popcorns. Bientôt, Harry se leva avec lui à chaque fois et encouragea l’équipe avec autant d’ardeur. Au bout d’une heure de jeu, l’équipe de Dahlia était menée au score de vingt points seulement. Le match était serré et il y avait eu de jolis buts. Harry, qui était habitué à voir les matchs de Ginny ou des Canons de Chudley, se rendait bien compte que c’était plus lent ici, moins précis, moins fort. Plus amateur, quoi. Mais il s’en moquait, cela n’avait aucune importance. C’était sans doute la même chose à Poudlard mais à l’époque, il était trop jeune pour le remarquer. En attendant, il suivait l’avancée du poursuiveur adverse tout en surveillant Dahlia du coin de l’œil. Elle volait au-dessus des autres, évitant les cognards, cherchant le vif d’or du regard. Harry le cherchait aussi, par réflexe. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas éprouvé autant d’enthousiasme devant un match de Quidditch.

Enfin, Dahlia le vit, le vif d’or qui volait près des gradins. Elle le vit avant l’attrapeur de Boston et plongea à pleine vitesse, sans se soucier du reste. L’autre tenta de la suivre et de la distancer mais ce fut peine perdue. Dahlia attrapa le vif d’or largement avant lui, sans discussion possible. A côté, le mari se mit à hurler de toutes ses forces, étreignit Harry qui se laissa faire, ahuri, et se moucha bruyamment. Sur les bancs de Boston, la déception était grande mais Harry, lui, était heureux pour Dahlia. Et la joie de son voisin était contagieuse. Ils allèrent attendre près des vestiaires que les joueurs quittent le terrain, en compagnie d’autres spectateurs venus soutenir leurs proches. La poursuiveuse rejoignit son mari, excitée et souriante.

- Tu as vu mon troisième but ? Il était beau, hein !

- Oui, magnifique ! répondit le mari, tout aussi excité.

Harry regarda Dahlia qui arrivait derrière elle, son balai dans une main, le vif d’or dans l’autre. Elle avait l’air très fière d’elle et elle arbora un sourire vaniteux qui ne dérangea pas Harry, bien au contraire. Au fond, elle était éperdument soulagée d’avoir bien joué. Se ridiculiser devant Harry aurait été une douleur pour elle.

- Alors ? demanda-t-elle. Qu’est-ce que tu as pensé du match ?

- Tu as attrapé le vif d’or bien avant l’autre, bravo ! Tu… tu as très bien joué !

Elle avait bien joué, oui, un peu trop bien même. Il l’avait ressentie pendant quelques secondes en la voyant accélérer pour attraper le vif d’or, la petite piqûre de jalousie et d’amertume. Il l’avait balayée d’un revers de main, c’était nul et pathétique. Harry s’approcha de Dahlia et l’embrassa vivement avant de se reculer, de peur d’en faire trop. Elle avait très bien joué, elle était devenue forte, bien plus qu’avant. Elle avait gagné largement, elle méritait sa victoire. Elle avait le bout du nez rouge à cause du froid, ses cheveux se balançaient toujours dans son dos et le maillot de Quidditch bleu marine lui allait bien. Harry la fixa une seconde en se faisant la réflexion qu’il venait de retomber amoureux d’elle, apparemment.

- Hum, je vais rentrer chez moi directement et prendre une douche là-bas, annonça Dahlia qui ne se douchait jamais dans les vestiaires avec les autres.

- D’accord, répondit la poursuiveuse. Moi je vais me changer.

Dahlia salua tous les membres de son équipe et entraina Harry vers la sortie du terrain. Ils transplanèrent ensemble jusqu’à New York, la distance restant raisonnable. Harry ne fut pas surpris d’arriver dans une ruelle déserte, non loin de Central Park, c’était l’endroit parfait pour apparaitre sans éveiller l’attention des Non-Maj. En revanche, quand ils marchèrent jusqu’à l’entrée de Hidden City, ils durent subir les regards scrutateurs des passants qui se demandaient bien ce que faisait cette femme avec ce balai étrange presque plus grand qu’elle. Harry s’en amusa, Dahlia jugea que c’était quand même pénible de devoir composer avec les Non-Maj et ils arrivèrent sans encombre à son appartement. Elle disparut sous la douche pour se laver et se réchauffer tandis que Harry l’attendait, caressant distraitement le balai qu’elle avait réussi à s’acheter avec ses économies, deux ans plus tôt.

Harry se tourna vers la porte de la salle de bain quand elle s’ouvrit dans un tourbillon de vapeur et sourit malgré lui. Dahlia avait remis sa tenue de Quidditch, juste le haut, qui lui tombait sur les cuisses et elle s’était appuyée à l’encadrement de la porte.

- Tu en avais envie, non ? souffla-t-elle avec un sourire moqueur.

- Oui, avoua Harry.

- Est-ce que j’ai bien joué ? demanda-t-elle en perdant son sourire.

- Oui, tu as très bien joué.

- Vraiment ?

- Oui.

Elle rejoignit Harry, un sourire satisfait sur les lèvres et il la prit dans ses bras pour la faire tomber sur le lit. Elle n’avait pas osé demander « Suis-je devenue meilleure que toi ? » mais elle aurait aimé le faire et elle aurait aimé qu’il dise oui. Elle brûlait d’envie d’être meilleure que lui au Quidditch. En attendant, elle aimait voir le désir dans ses yeux et l’admiration avec laquelle il l’avait regardée, après le match. Elle ressentait encore l’adrénaline de la victoire, du vent et de la vitesse. Et quand les mains de Harry remontèrent son maillot pour caresser ses seins, elle se mit à brûler d’autre chose, qui ne s’arrêta pas et ne fit que s’enflammer plus encore sous les lèvres de Harry sur sa peau, et ses mains sur ses cuisses et ses doigts en elle. La brûlure devint brasier quand elle écarta les jambes pour que Harry entre en elle et qu’elle s’accrocha à son dos pour le garder contre elle. Elle aimait cela, sentir le poids du corps de Harry sur le sien, le voir bouger entre ses jambes, en elle, tout autour d’elle. Elle aimait la sensation du sexe dur et glissant de Harry entre ses fesses, ça l’excitait. Elle aimait ses halètements et ses soupirs, elle aimait ses jambes à lui, qui se serraient contre les siennes. Elle aimait qu’il soit venu la voir jouer au Quidditch et qu’il ait admis qu’elle avait bien joué. Elle l’aimait.



Harry et son équipe d’Aurors travaillaient sur une affaire d’agressions qui faisaient parler les journaux sorciers d’Angleterre. Plusieurs personnes avaient été interpelées et malmenées sur le Chemin de Traverse, souvent à la tombée de la nuit. L’agresseur jetait des sortilèges à ses victimes et leur volait leur argent. Il y avait déjà eu quatre cas et les gens commençaient à avoir peur de sortir le soir, ce qui faisait planer sur le Chemin de Traverse une ambiance lugubre.

Harry et ses collègues recherchaient activement le coupable, tellement activement que Harry était contraint de rester à Londres. Il sortait trop tard du Ministère pour songer à se rendre à New York, il ne pouvait pas se permettre de faire des nuits blanches et des voyages en pleine enquête. C’était un peu pesant mais ils savaient tous les deux que cela risquait d’arriver. Harry était Auror, il n’était pas toujours libre de ses horaires comme Dahlia. Ils s’envoyaient des messages régulièrement, pour se dire que tout allait bien et qu’ils pensaient l’un à l’autre. Ses collègues se moquaient un peu de lui, de ses sourires quand il recevait les lettres de Dahlia, de ses soupirs quand le soir arrivait et qu’il devait rentrer chez lui en sachant qu’une fois de plus, il ne la verrait pas.

Enfin, après deux semaines de recherches minutieuses, ils mirent la main sur le coupable et l’arrêtèrent avec soulagement. Les Aurors eurent droit à quelques jours de congé, pour se reposer et Harry alla les passer à New York avec Dahlia. Cela avait été leur séparation la plus longue depuis qu’ils sortaient ensemble et Harry fut bien content de la retrouver. Il assista à un autre match de Quidditch, retrouvant Harold, le mari de la poursuiveuse, criant à nouveau avec lui sur les bancs. Il se promena dans les rues de New York, tenant Dahlia par la main. Et pour Thanksgiving, ils furent invités chez Emily. Dahlia ne s’intéressait pas particulièrement à cette fête, elle était anglaise et pas très concernée. Mais ses amis, eux, y tenaient fortement. Cela faisait donc plusieurs années qu’elle se réunissait avec eux pour partager un repas de fête qui était surtout une parfaite excuse pour manger, boire, et passer un bon moment avec ses amis.

Ils avaient l’habitude d’organiser cela le mercredi soir, la veille de Thanksgiving. Le jeudi soir, Jamal, Chris et Andrew dînaient avec leurs familles et n’étaient donc pas disponibles. Harry était content d’aller passer la soirée avec eux. En dehors d’Emily, il n’avait pas revu les amis de Dahlia depuis son anniversaire et la perspective du dîner lui plaisait bien. Et puis, maintenant qu’ils savaient la vérité sur le passé de Dahlia, il n’aurait plus besoin de cacher quoi que ce soit, il pourrait être naturel. Il se prépara dans la petite salle de bain, avec Dahlia. Ils avaient enfilé des vêtements élégants, parfaits pour ce genre de fête. Harry essayait de coiffer ses cheveux et s’énervait. A côté de lui, Dahlia agita sa baguette autour de sa tête et Harry se tourna vers elle. Il regarda avec fascination les cheveux de Dahlia se tresser tous seuls, les pinces s’élever dans les airs et venir se fixer au bon endroit. Il finit par se regarder une nouvelle fois dans le miroir avec un peu d’amertume.

- Mes cheveux sont vraiment nuls, je ne suis jamais bien coiffé, se désola-t-il.

A côté d’elle, de ses jolies coiffures, de ses tenues élégantes et de son maintien toujours impeccable, Harry se sentait parfois pitoyable. Il avait l’impression constante de rester ce petit garçon mal habillé, avec ses vêtements trop grands et trop usés, ses lunettes démodées et ses baskets abîmées. C’était déplaisant.

- Veux-tu que j’essaie un sortilège de coiffure ? proposa Dahlia.

- Vas-y, accepta Harry.

Elle se tourna vers lui, l’observa un instant puis agita doucement sa baguette. Harry sentit ses cheveux se plaquer docilement sur sa tête et contre ses tempes. C’était une sensation qu’il n’avait jamais ressentie et qui lui parut étrange. Il se regarda dans le miroir et resta bouche bée. Cela lui faisait un visage différent, dégageait complètement son front, lui donnait un air qu’il n’avait jamais eu. Il se tourna à nouveau vers Dahlia qui le contemplait en silence, les lèvres pincées.

- C’est… commença Harry, incertain.

Dahlia éclata de rire, lui épargnant d’en dire plus. Elle fut prise d’un fou-rire incontrôlable, le fixant toujours, s’appuyant d’une main au lavabo. Il était d’accord avec elle, au fond, ça ne lui allait pas du tout. Harry passa une main dans ses cheveux, dut franchement insister pour se défaire du sortilège et fut presque soulagé de retrouver ses mèches ébouriffées. Il se tourna vers Dahlia une nouvelle fois, un peu agacé et vexé de la voir rire encore.

- Bon, ça va, dit sèchement Harry.

Sa déclaration eut l’effet inverse et Dahlia rit encore plus, se moquant de lui et de son air blessé. Harry ne savait plus trop s’il devait rire avec elle ou s’énerver, puis il se rendit compte que s’énerver pour cela serait stupide. Il finit par sourire d’un air un peu désabusé et hausser les épaules.

- Ton sortilège ne me va pas, conclut-il.

Dahlia retrouva son calme et glissa ses doigts dans les cheveux de Harry.

- Non, en effet. Finalement, tu es mieux comme ça.

Elle l’avait dit doucement, avec une sincérité qui déstabilisa Harry. Dahlia lâcha ses cheveux et le regarda, ses yeux toujours un peu éclairés par le fou-rire qu’elle venait d’avoir. Harry ressentit le besoin absurde mais vital qu’elle lui dise encore qu’elle le préférait comme ça, qu’elle l’aimait et le désirait pour ce qu’il était.

- Est-ce que je te plais vraiment ? demanda Harry.

La question résonna dans la petite salle de bain et Dahlia le regarda avec surprise.

- Evidemment, répondit-elle comme si c’était idiot.

- Pourtant, je ne suis pas beau, j’ai une cicatrice sur le front, des lunettes, des cheveux en bataille, je suis trop maigre, je suis tout pâle, je… A côté d’un type comme Will Masetti, je suis vraiment moins…

Harry n’alla pas au bout de sa phrase, ce n’était pas la peine. Il eut envie de dire « Tu vois, tu n’es pas la seule à te trouver laide, inférieure et repoussante, tu n’es pas la seule à craindre mon regard quand il se pose sur toi » mais il le garda pour lui.

- Je me moque complètement de tout ça, dit fermement Dahlia. Will est peut-être plus beau mais je ne l’ai jamais aimé. Toi, je t’ai toujours aimé. C’est tout.

La réponse heurta Harry, lui donna chaud, lui fit mal et lui fit du bien en même temps. Dahlia venait de mettre à terre ses craintes en une phrase. C’est tout, disait-elle. Il se serait surement senti beaucoup moins misérable si elle lui avait dit cela à Poudlard dès le début. C’était trop tard maintenant, et pourtant, Harry ne parvenait pas à se détacher totalement du passé.

- On ferait mieux de se dépêcher, dit Dahlia. On va finir par être en retard.

Elle vérifia sa coiffure dans la glace tandis que Harry venait se serrer contre son dos, juste pour la sentir contre lui et laisser toutes ses peurs s’échapper. Il la regarda hésiter une seconde et tendit la main vers le tube de rouge à lèvres qui trainait près du lavabo.

- Tu ne te maquilles jamais en fait, commenta-t-il.

- Non, c’est vrai. Je le faisais au début, tu sais, pour que les gens me voient comme une femme. Mais c’est stupide, je n’ai pas besoin de ça. Et je me trouve mieux sans finalement.

- Je vois.

- Je mets simplement du rouge à lèvres de temps en temps, quand j’en ai envie.

- Et là, non ?

- Pourquoi ? Tu veux que j’en mette ?

- Non pas forcément mais je veux bien voir ce que ça donne quand tu en mets. Enlève-le après si tu veux.

- D’accord, répondit Dahlia en souriant.

Elle ouvrit le tube, s’appliqua soigneusement la pâte rouge sur les lèvres, les frotta l’une à l’autre puis se tourna vers Harry. Elle n’était pas plus jolie que d’habitude, elle n’était pas moins jolie non plus, c’était juste différent.

- Ça te va bien, dit-il simplement.

- Merci. Maintenant que tu as vu, c’est à mon tour.

- De ?

- De voir ce que ça donne quand tu en mets.

Elle lui adressa un sourire moqueur et Harry recula imperceptiblement.

- Quoi ? Ne dis pas n’importe quoi.

- En quoi est-ce n’importe quoi ? demanda-t-elle calmement.

Harry ne trouva rien à répondre. Elle l’agaçait, il avait l’impression qu’elle voulait se foutre de lui et en même temps, elle n’en avait pas l’air. Harry eut un geste résigné.

- D’accord, très bien.

Il lui prit le tube des mains, un peu brusquement, et s’en mit à son tour. Le résultat donnait quelque chose d’étrange et en même temps, à vrai dire, pas tant que ça. Dahlia observa le rendu, un léger sourire aux lèvres, comme il l’avait fait juste avant.

- Ça te va plutôt bien aussi.

- Si tu le dis…

Elle attrapa le tube de rouge à lèvres pour le ranger mais le garda dans sa main un instant. Son sourire devint triste et amer.

- C’est drôle quand même, non, comme on accorde autant d’importance à des choses stupides. Quand j’étais jeune, je mourais d’envie de m’en mettre pour faire comme les autres filles mais je n’avais pas le droit de le faire et ça me rendait malheureuse. Juste parce que j’étais censée être un garçon et me comporter comme tel. Alors que c’est simplement une ridicule pâte qui colore les lèvres, qu’est-ce qu’on en a à foutre ?

Elle le reposa près du lavabo et se redressa devant le miroir d’un geste digne et hautain, comme elle savait si bien le faire.

- Bref, conclut-elle. Aujourd’hui je fais ce que je veux.

Elle sembla forte et fragile à la fois, Harry ne savait plus trop. Il posa une main sur son épaule, l’obligea doucement à se tourner vers lui et l’embrassa lentement. Quand il le fit, il se rappela qu’il avait du rouge à lèvres, s’imprégna du goût que ça avait sur ses lèvres à elle. Dahlia lui rendit son baiser quelques secondes puis se recula légèrement.

- Attends, on va en mettre partout, ça va…

Harry sourit et l’embrassa à nouveau, sans faire attention, amusé à l’idée qu’ils allaient abîmer le maquillage de l’autre. Il abandonna sa bouche, l’embrassa au coin des lèvres, sur les joues. Dahlia éclata de rire, résignée elle aussi.

- Crétin, dit-elle entre deux baisers. On va vraiment être en retard maintenant.

- Tant pis…

Elle attrapa le visage de Harry entre ses mains et déposa des baisers appuyés partout où elle le pouvait, sur son nez, sur sa cicatrice, sur ses pommettes. Quand ils s’arrêtèrent, ils étaient recouverts de rouge à lèvres et ils étaient à nouveau de bonne humeur.

Evidemment, ils arrivèrent en retard chez Emily mais pas tant que ça non plus et ils n’étaient même pas les derniers. Andrew arriva après eux, visiblement agacé parce qu’il venait de se disputer avec ses parents pour une sombre affaire de cheval que Harry ne comprit pas vraiment. Les riches avaient des problèmes différents. Andrew cessa rapidement d’en parler, retrouva sa bonne humeur et salua Harry avec un sourire sincère. Ils s’installèrent tous dans le salon, sur les canapés et les chaises, autour de la table recouverte de verres et de bouteilles. L’appartement d’Emily était plus grand que celui de Dahlia, il témoignait d’une aisance financière plus importante, vestige du passé d’Emily qui, entre temps, avait perdu quasiment toutes ses richesses. Ils eurent donc la place de s’asseoir tous les huit, un peu serrés tout de même mais pas chagrinés pour autant.

Chris assura qu’il était heureux de revoir Harry, Marilyn déclara honnêtement qu’elle avait été surprise d’apprendre qu’il sortait avec Dahlia mais qu’elle était heureuse pour elle. Harry fut sommé de raconter comment s’était passée la venue impromptue de Dahlia à Londres, quand elle lui avait fait sa déclaration et de raconter ce qu’il en avait pensé, lui. Un peu rougissant et mal à l’aise, Harry expliqua qu’il aurait dû le faire lui-même (le regard d’Emily dit clairement « oui, en effet »), qu’il aimait Dahlia aussi, qu’il avait dit oui tout de suite. Il n’alla pas plus loin, ça ne les regardait pas et Harry avait toujours été plutôt pudique sur ses sentiments. L’apéritif continua joyeusement, Harry prit de leurs nouvelles. Marilyn avait commencé sa formation de soin aux créatures magiques et s’y plaisait bien. Chris et Ethan avait terminé les aménagements de leur maison et en profitaient enfin pleinement. Andrew menait toujours sa vie de riche héritier oisif. Jamal allait faire des matchs de Quidditch le weekend avec son club. Cela entraina une discussion passionnée sur le Quidditch entre Jamal, Dahlia et Harry pendant que les autres parlaient d’autre chose.

Ils étaient là depuis plus d’une heure quand Dahlia se tourna vers Emily et la regarda avec surprise, comme si elle réalisait seulement maintenant que quelque chose clochait.

- Dis… il ne devait pas y avoir ta copine ? Demanda-t-elle.

Chris et Andrew arrêtèrent de parler et se tournèrent vers Emily à leur tour, attendant la réponse. Emily détourna le regard et fit semblant d’attraper la bouteille vide pour la ranger.

- Nous nous sommes séparées, admit-elle.

Harry eut l’air un peu surpris mais il fut bien le seul. Il remarqua l’air gêné des autres et il eut l’impression que ça n’était pas la première fois que ça arrivait.

- Pourquoi cette fois ? demanda Marilyn, confirmant ce qu’il pensait.

Elle était de toute évidence celle qui avait le moins de délicatesse et celle qui posait les questions les plus directes. Emily ne sembla toutefois pas lui en vouloir et fit un geste vague de la main.

- Parce qu’elle disait que je ne l’aimais pas vraiment, que j’avais l’air de penser à quelqu’un d’autre et que ça ne lui convenait pas.

- Elle avait raison, non ? fit remarquer Chris d’un ton calme.

- Oui, je sais bien, rétorqua Emily. Mais je n’y arrive pas, je n’arrive pas à les aimer vraiment. J’essaie pourtant, mais…

- Ça ne fait rien, dit Marilyn. Tu n’es pas obligée d’aimer qui que ce soit !

- Je ne suis pas comme toi, répliqua Emily. Je n’ai pas envie d’être seule, j’ai besoin d’avoir quelqu’un.

Dahlia posa une main affectueuse sur le bras d’Emily et lui sourit.

- Ça viendra Emily, assura-t-elle. Un jour tu arrêteras d’y penser et tu aimeras quelqu’un d’autre.

- J’espère.

Harry se demanda qui était cette personne qu’Emily aimait mais il n’osa pas poser la question, ce serait trop déplacé. Il regarda la main de Dahlia sur son bras et fut pris d’une idée un peu déplaisante qu’il essaya de chasser de son esprit. Heureusement, Emily proposa de passer à table et Dahlia retira sa main. Ils s’assirent tous autour de la grande table qui prenait quasiment toute la place dans la partie du séjour qui faisait office ce salle à manger. D’un coup de baguette, Emily fit venir les plats sans avoir à s’en préoccuper, ce qui facilitait les choses. Elle avait fait le repas une bonne partie de l’après-midi avec Marilyn et on les félicita sincèrement. Ils se servirent tous comme ils le voulaient, prirent de la dinde, des frites de patates douces, du maïs, de la sauce aux cranberries, de la farce. C’était délicieux, Harry n’avait pas fait un aussi bon repas depuis longtemps.

Parfois, dans les conversations, il se sentait un peu à l’écart mais cela ne le dérangeait pas plus que ça. Les autres faisaient des efforts pour lui expliquer quand il ne savait pas de qui ils parlaient et pour l’intégrer dans les débats. Harry n’avait cependant pas plus d’opinion que ça sur la politique du MACUSA. En revanche, il s’amusa un peu de la passion avec laquelle Marilyn s’indigna sur la façon dont beaucoup de créatures étaient traitées. Elle lui fit penser à Hagrid et il leur raconta avec une certaine émotion toutes les mésaventures dans lesquelles il avait été trainé à cause de lui. Il avait un peu trop bu et il le raconta sans filtre, Norbert le dragon en première année, Aragog l’acromentule en deuxième année, l’hippogriffe en troisième année, les cours avec les scrouts à pétards. Plus il parlait et plus Andrew et Chris semblaient horrifiés, Marilyn enchantée, Ethan et Emily choqués.

- Mais c’est quoi ce prof ? Il est complètement cinglé ou quoi ? s’écria Emily, indignée.

- Tu as failli te faire dévorer par des acromentules ? demanda Chris, dégoûté.

Harry essaya de défendre Hagrid comme il put mais il finit par admettre qu’il n’était pas très prudent ou conscient des risques et qu’être professeur n’était peut-être pas son principal talent. Durant toute la conversation, Dahlia n’osa pas trop parler, de peur de déclencher une dispute qu’elle voyait venir de très loin. Elle fut toutefois forcée de se mêler au débat quand Marilyn se tourna vers elle, en souriant.

- Et toi ? Tu l’avais comme prof aussi ?

- Euh, oui, je… j’étais en cours avec Harry pour cette matière-là.

- Et ? Tu en pensais quoi ?

Dahlia hésita et regarda Harry. Il se tourna vers elle également, la fixa une seconde puis baissa la tête vers sa farce.

- Oh, Dahlia le détestait, dit-il d’un ton égal. Elle n’arrêtait pas de le critiquer avec ses amis et de se plaindre de ses cours.

- Je… j’avais raison sur toute la ligne, répondit-elle. J’ai été agressée par un hippogriffe, brûlée par les scrouts et j’en passe.

- L’hippogriffe c’était parce que tu n’avais pas voulu écouter et suivre les règles.

- Peu importe, c’est dangereux de montrer une créature de ce genre à des enfants.

- Et il en a payé le prix fort.

- Il n’a pas été exécuté il me semble, il s’est enfui, répliqua Dahlia en rougissant.

- Il a été exécuté une première fois, tu n’imagines pas ce que j’ai dû faire pour le sauver.

Autour de la table, les amis de Dahlia sentirent la tension monter d’un cran. Emily sembla un peu inquiète et lança à Harry un regard incertain qu’il ignora. Marilyn se pencha vers Dahlia.

- Comment ça, exécuté ? Vous n’avez quand même condamné à mort un hippogriffe ?

Dahlia leva la main pour la faire taire, d’un geste autoritaire qui surprit tout le monde et elle fixa Harry avec intensité.

- C’est quoi cette histoire ? Qu’est-ce que tu as fait pour le sauver ?

- J’ai été obligé de remonter dans le temps avec un Retourneur de Temps pour empêcher Macnair de le décapiter. J’ai aidé l’hippogriffe à s’évader, j’ai aidé Sirius à s’échapper et il s’est enfui sur le dos de l’hippogriffe.

- Putain Potter ! s’écria Dahlia, choquée.

- Quoi ? demanda Harry d’un ton provocateur.

- Rien, tu… tu… Tu fais toujours des choses complètement…

Elle perdit contenance quelques secondes, ne sut pas quel mot utiliser, hésita entre colère et admiration, ne fut même pas capable de savoir pourquoi elle était en colère, en fait, et reposa violemment sa fourchette sur la table.

- Complètement folles et incroyables, conclut-elle.

Il y eut un silence étonné pendant lequel Harry et Dahlia rougirent comme deux idiots sous les regards désabusés des autres. Dahlia finit par se tourner vers Marilyn, gênée.

- Pardon, souffla-t-elle.

- Est-ce que quelqu’un veut encore de la dinde ? demanda Emily d’une voix forte.

Ils se resservirent. Harry n’était pas en colère contre Dahlia, il savait que tous ces événements remontaient à une autre vie. Et d’une certaine façon, elle en avait payé le prix fort, elle aussi. En revanche, il était heureux de voir de l’admiration dans ses yeux. Cela lui faisait presque oublier la tristesse de ces souvenirs, de Sirius qui n’était plus là, de ces morts qu’il s’était acharné à éviter et qu’il n’avait finalement pas pu empêcher.

La conversation repartit dans une autre direction, Jamal parlait de ses projets pour les fêtes. Ses parents voulaient aller passer Noël chez sa tante, en Géorgie, pour changer. Ce serait l’occasion de voir une partie de la famille qu’ils ne voyaient presque jamais. Il n’était pas très emballé, il n’aimait généralement pas se rendre dans les états du sud.

- En fait, je déteste sortir de New York, admit-il. Dès qu’on va ailleurs, les gens ont l’esprit étroit et sont racistes.

- Ici aussi, fit remarquer Chris.

- Oui mais c’est pire là-bas, je le sais bien. Enfin bref, ce ne sera que pour une semaine heureusement, ça devrait aller.

Harry et Dahlia répondirent du bout des lèvres sur leurs projets de Noël, ils n’en avaient pas encore parlé. Ils n’avaient pas osé. Andrew le fêterait avec ses parents et sa famille dans leur château, Chris et Ethan iraient chez leurs deux familles. Marilyn et Emily, qui ne parlaient plus à leurs parents, le feraient ensemble, comme elles l’avaient fait les deux dernières années. C’était toujours moins déprimant que de rester seules. Jusqu’à présent, Dahlia le faisait aussi avec elles et elles passaient à chaque fois un très bon moment. Emporté dans la conversation, Harry se surprit à parler du fait que ses parents étaient morts, qu’il n’avait plus de famille et qu’il se joignait donc toujours à celle de son meilleur ami pour ce genre d’occasion.

Quand il parlait, il sentait régulièrement le regard curieux et involontairement insistant de Chris sur lui. Harry releva les yeux plusieurs fois, croisa son regard mais l’autre se contenta de baisser la tête sur sa farce. Ce ne fut qu’au bout de son histoire que Harry osa fixer Chris avec une expression interrogatrice, pour lui demander ce qu’il voulait. Chris eut l’air un peu gêné et joua avec sa fourchette quelques secondes.

- C’est juste… commença-t-il. C’est juste que maintenant qu’on connait un peu mieux le passé de Dahlia, on s’est renseigné sur ce qui s’est passé chez vous et…

- Chris, coupa doucement Jamal. Je croyais qu’on ne devait pas en parler.

- Je sais mais bon, vous ne trouvez pas ça un peu bizarre de le voir et de faire comme si nous ne savions rien ?

- Comment ça ? demanda Harry, tendu.

- Eh bien, tu es… tu es carrément un héros en Angleterre, tu as fait des choses incroyables, tu as sauvé ton pays à toi tout seul alors que tu n’avais même pas dix-huit ans ! Je… trouve ça super impressionnant.

Il était évident, aux expressions des autres, qu’ils le pensaient tous. Harry se mit machinalement à gratter la nape en papier avec son ongle et ébaucha un sourire crispé.

- Ah oui, ça… souffla-t-il. Il n’y a pas grand-chose à en dire.

- Tu as quand même débarrassé l’Angleterre d’un psychopathe qui voulait s’en prendre à tous les sorciers différents, c’est vraiment admirable, dit gentiment Andrew.

- Je n’étais pas tout seul, je…

- Bien sûr que tu étais seul, coupa Dahlia. Ron et Hermione t’ont aidé mais c’est toi qui l’as tué, je t’ai vu.

- Non, tu n’as rien vu, rétorqua Harry un peu sèchement.

- Bien sûr que si, s’étonna Dahlia. J’étais là à Poudlard, j’ai…

- Non, ça ne s’est pas passé comme tout le monde le dit, je n’ai rien fait à ce moment-là, il s’est détruit lui-même en m’attaquant.

- Oui mais… Il avait l’air immortel et face à toi… Tu as bien dû faire quelque chose pour en arriver là, non ?

- Oui, avoua Harry.

- Qu’est-ce que tu as fait ? demanda Dahlia.

Harry leva la tête et la regarda dans les yeux une seconde. Il lui adressa un sourire sans joie qui lui fit mal aux joues puis il se tourna vers les autres.

- Ça ne… vous regarde pas, désolé. Je n’ai pas envie d’en parler.

- C’est normal, dit Emily. Nous avons tous des souvenirs dont nous ne voulons pas parler.

- Désolé Harry, s’excusa Chris. Je n’aurais pas dû aborder le sujet.

- Non, c’est… c’est gentil de dire tout ça, je vous remercie.

C’était la fin de la conversation et ils le comprirent tous. Dahlia jeta à Harry un regard frustré, elle aurait aimé savoir la vérité. Elle s’était posé la question pendant des années et elle n’avait jamais eu de réponse. Après la guerre, elle en avait discuté avec ses parents et eux-mêmes n’avaient aucune réponse à lui apporter. Pour eux aussi, la victoire de ce garçon sur un sorcier aussi puissant était un mystère.

Emily fit venir la tarte à la citrouille qu’elle avait préparée et qui finissait traditionnellement le repas. Ce fut une bonne diversion pour repartir sur autre chose. Andrew les amusa en déclarant qu’il allait certainement être malade, comme d’habitude, après avoir mangé le repas d’Emily et le repas que ses parents feraient le lendemain. C’était toujours trop chargé et trop copieux, il en ressortait écœuré.

- Ce ne sont pas tes parents qui vont préparer le repas, ce sont vos domestiques, rétorqua Marilyn.

- Oui pardon, répondit Andrew d’un air cynique.

- Tes grands-parents seront là ? demanda Dahlia.

- Oui… Ce qui veut dire que je vais devoir changer de tête, dit-il tristement en jouant avec une mèche de ses longs cheveux blonds.

Harry devina vaguement où se situait le problème et il ne posa pas de question inutile. La tarte était très bonne, Emily et Marilyn s’étaient appliquées.

- Bon, l’année prochaine on le fait chez nous alors, dit Ethan en souriant.

- C’est noté, répondit Jamal.

Le repas se termina dans une ambiance qui avait retrouvé sa légèreté. Harry et Chris allèrent se charger de la vaisselle et du rangement dans la cuisine puis ils prirent tous un dernier verre. Les conversations devinrent un peu plus libérées, Emily parla davantage de sa rupture avec sa copine, Jamal avoua qu’il y avait une fille, dans son club de Quidditch, qui lui plaisait bien mais qu’il n’osait rien tenter parce qu’il ne savait pas trop ce qu’elle pensait de lui. Andrew leur avoua, un peu ivre, qu’il avait couché avec le fils de la présidente du MACUSA mais qu’ils ne devaient le répéter à personne parce que le pauvre tenait à sa réputation.

- Lequel ? s’écria Chris.

- Le troisième, Samuel.

- Ah oui, c’est clairement le plus beau, commenta Marilyn d’un ton moqueur.

- Mais… commença Harry, un peu ahuri. C’est un secret alors ? Et ça ne te dérange pas ?

Andrew éclata de rire et regarda Harry avec condescendance.

- Ah non, moi je m’en fous, je voulais juste coucher avec lui. Je n’ai pas spécialement envie non plus qu’il le crie sur tous les toits ! Les Américains sont plutôt puritains tu sais, encore plus que les Anglais. Mes parents seraient furieux s’ils l’apprenaient et puis ça mettrait une mauvaise ambiance au prochain dîner avec les Picquery.

En vérité, tout ceci avait surtout l’air de l’amuser. Harry savait bien que la présidente du MACUSA s’appelait Deliverance Picquery et qu’Andrew parlait de sa famille.

- Vous êtes amis avec la famille de la présidente ? S’étonna-t-il.

- Bien sûr, dit Andrew comme si c’était évident.

- Notre société utilise beaucoup de bois, déclara brusquement Dahlia. Pour les baguettes, pour les balais, pour les bâtiments, pour les meubles, pour les ustensiles qui servent à fabriquer tout cela. Et comme tu le sais, nous n’utilisons pas n’importe quels arbres, nous utilisons des arbres aux propriétés magiques. La quasi-totalité du bois utilisé par les sorciers américains provient des arbres des plantations Stewart, qui appartiennent donc aux parents d’Andrew. C’est une des premières familles sorcières britanniques à avoir émigré aux Etats-Unis, une des familles de Sang Pur les plus anciennes donc, et aussi une des plus puissantes. Ça n’a donc rien d’étonnant qu’ils soient amis avec la présidente.

Andrew écarta les bras d’un geste d’impuissance pour signifier qu’il n’y pouvait rien et que ce n’était pas sa faute. Au fond, c’était un peu comme la famille Malefoy qui avait toujours eu de l’influence auprès des Ministres en place. A la différence qu’Andrew ne semblait pas gêné d’être ami avec des gens comme Jamal, Chris ou Marilyn, qui ne venaient de toute évidence pas de ce milieu-là. Et c’était cela qui le rendait sympathique.

Harry et Dahlia rentrèrent à l’appartement après une heure du matin, un peu saouls mais pas trop. Ça avait finalement été une bonne soirée, si on oubliait les dangereuses évocations du passé qui risquaient toujours de faire exploser un conflit entre eux. Dahlia espérait bien qu’un jour ils pourraient en parler sans craindre de s’énerver l’un contre l’autre mais ce jour n’était pas encore arrivé. Même si Harry lui avait pardonné, cela ne signifiait pas que toute la douleur liée à leur histoire s’était envolée. Et pour Dahlia non plus.

Ils se lavèrent les dents rapidement, se mirent en pyjama et s’allongèrent dans le lit. Harry était fatigué mais il n’était pas certain de pouvoir s’endormir tout de suite. Il était encore trop excité par l’ambiance du dîner et il y avait encore trop de pensées qui tournoyaient dans son esprit. C’était visiblement la même chose pour Dahlia puisqu’elle n’éteignit pas la lumière tout de suite, attendant que son lit se réchauffe. Harry se tourna vers elle et s’appuya sur son coude pour la regarder.

- Hey, appela-t-il. C’est qui la femme dont Emily est amoureuse ?

Dahlia se retourna elle aussi pour lui faire face et lui adressa un sourire amusé qu’il devina plus qu’il ne vit, dans le flou de sa myopie.

- Pourquoi est-ce que tu veux savoir ça ?

- Ce n’est pas toi, n’est-ce pas ?

Dahlia rit doucement, surprise par la question.

- Non, pas du tout !

- Je ne sais pas, je trouve qu’elle semble quand même très préoccupée par ton bonheur.

- Ça n’a rien à voir, je te l’ai déjà dit.

- Alors, de qui est-elle amoureuse au point de ruiner toutes ses relations ?

- De son ancienne femme, Abigail.

- Ah.

Harry se sentit un peu stupide, sans trop savoir pourquoi. Il y avait de la tristesse dans la voix de Dahlia et Harry pouvait la comprendre. Après tout, Emily avait aimé cette femme au point de vouloir l’épouser, elles avaient été mariées plusieurs années, et puis tout s’était effondré. Il était normal qu’Emily ait toujours des sentiments pour Abigail, ces choses-là ne disparaissaient pas d’un seul coup simplement parce qu’un papier de divorce était signé.

- Tu avais peur qu’elle soit amoureuse de moi, dit Dahlia d’un ton ironique.

- Peut-être pas peur mais je me demandais, c’est tout…

L’idée qu’il se soit senti menacé par Emily et qu’il puisse être un peu jaloux plut à Dahlia. Elle se rapprocha de lui, l’embrassa tendrement et s’accrocha à son cou. Harry oublia Emily et les lèvres de Dahlia sur les siennes lui rappelèrent leurs bêtises dans la salle de bain, quand ils s’étaient mis du rouge à lèvres partout. Cela l’excita, parce que ça avait été un moment tendre et heureux et qu’il aimait en vivre auprès de Dahlia. Il se serra davantage contre elle, pour sentir son corps contre le sien. Le baiser se prolongea, devint plus profond et plus langoureux. Harry glissa une jambe entre celles de Dahlia, se frotta légèrement contre elle presque inconsciemment. Il posa une main sur ses seins à travers son pyjama, descendit vers ses fesses, les agrippa fermement.

Dahlia lâcha le cou de Harry et glissa sa main dans son bas de pyjama. Elle attrapa son sexe et le serra entre ses doigts, faisant soupirer Harry. Elle le caressa rapidement, tandis que Harry bougeait légèrement les hanches pour venir chercher sa main et qu’il soupirait contre ses lèvres, excité par son parfum et le gout de sa langue sur la sienne. Il jouit rapidement, un peu trop fatigué pour durer plus longtemps. Et de toute façon, c’était le genre de caresses faites pour être courtes. Dahlia retira sa main et regarda Harry dans les yeux. Elle hésita un instant puis elle se serra à nouveau contre lui.

- Est-ce que tu veux essayer de… me le faire ? Demanda-t-elle.

- Bien sûr ! répondit Harry, surpris par la question.

- Vas-y alors.

Les mains de Harry, toujours sur ses fesses, remontèrent, soulevèrent son pyjama et se posèrent sur sa peau. Il caressa une nouvelle fois ses fesses, la faisant frissonner d’impatience puis il glissa sur ses hanches et enserra son sexe entre ses doigts. Il la sentit se tendre contre lui et bougea lentement, comme pour lui laisser le temps de s’y faire. La main de Dahlia agrippa le pyjama de Harry et s’y accrocha nerveusement. Harry la caressa un peu plus fermement, excité à l’idée de la toucher enfin. Il lui fallut plusieurs secondes pour se rendre compte que le sexe de Dahlia, au lieu de durcir davantage dans sa main, débandait. Il ralentit ses gestes, hésitant et elle lâcha son pyjama pour lui attraper le poignet.

- Arrête, dit-elle.

Il obéit tout de suite, bien conscient qu’il était inutile d’insister. Dahlia s’écarta de lui et se retourna pour s’allonger dans le lit, dos à lui.

- Désolée, murmura-t-elle. Je n’y arrive pas finalement.

- Ça ne fait rien, répondit Harry, par automatisme.

- Bien sûr que si. Ta copine ne supporte même pas que tu la touches, c’est nul.

- Tu exagères un peu, je peux parfaitement te toucher ailleurs.

Dahlia ne répondit pas et ramena ses jambes contre elle, sous la couverture. Harry se sentit impuissant et triste, il voulait lui dire que ce n’était pas grave, qu’ils essaieraient une autre fois, qu’il ne lui en voulait pas. Il se rapprocha d’elle pour la prendre dans ses bras mais elle s’écarta.

- Ne me touche pas, s’il te plait, dit-elle.

Harry resta figé, surpris et blessé par ce rejet soudain qu’il ne comprenait pas. Il s’assit dans le lit, attrapa ses lunettes et la regarda. Il ne pouvait voir que ses cheveux qui dépassaient de la couverture comme si elle voulait se cacher de lui.

- Dahlia, dit fermement Harry. C’était la première fois qu’on essayait, ce n’est pas grave si ça ne fonctionne pas tout de suite. On recommencera une autre fois et on verra bien, pas la peine de te mettre dans cet état.

Elle ne répondit pas immédiatement et il crut un instant qu’elle allait l’ignorer. Cela l’inquiéta et il fut soulagé d’entendre enfin sa voix.

- Harry… Je suis désolée mais j’ai besoin que tu me laisses tranquille. Ce n’est pas contre toi mais là, s’il te plait, tais-toi et laisse-moi.

Harry la regarda avec plus d’inquiétude qu’avant. Il pouvait nettement sentir la détresse dans sa voix, quelque chose qui ressemblait à de la peur et quelque chose qui ressemblait à de la douleur.

- D’accord, souffla Harry.

Il s’adossa aux oreillers et resta silencieux. Il n’avait plus envie de dormir, il ne savait plus ce qu’il avait envie de faire. A côté de lui, Dahlia passa ses bras autour de ses jambes et se recroquevilla sur elle-même comme une enfant. Elle essaya de lutter contre l’angoisse qui montait en elle, destructrice, emportant tout sur son passage. Cela faisait longtemps qu’elle ne l’avait pas ressentie à vrai dire mais elle savait bien que l’angoisse était toujours tapie dans un coin. Dahlia ouvrit les yeux et éteignit la lumière d’un geste nerveux. Elle ne voulait rien voir, surtout pas elle-même. La détresse lui serra la gorge et elle resta là à perdre face à la tristesse, la douleur et la peur. Elle avait beau essayer, elle était faible et pathétique, son corps ne valait rien et la dégoûtait, elle était nulle, laide et jamais assez bien. Et ça lui faisait presque mal physiquement, ça l’empêchait de respirer, ça lui donnait envie de mourir et de disparaitre.

Elle finit par s’endormir, au beau milieu de la nuit, alors que Harry dormait déjà depuis longtemps à côté d’elle, incapable de résister davantage. Quand elle se réveilla, il faisait jour et le soleil perçait à travers les rideaux. Dahlia resta immobile sous la couverture, rassurée de sentir que Harry s’était levé. Plusieurs minutes passèrent, elle perdit le compte. Elle se crispa quand elle entendit ses pas venir dans la chambre.

- Tu es réveillée ? demanda-t-il. Tu veux du café ?

- Non merci, parvint-elle à articuler.

- Ça va mieux ?

Il y avait de l’inquiétude dans sa voix et cela la déprima encore plus. Comment pouvait-il l’aimer et vouloir d’elle ? Elle ne le comprenait pas. Elle avait peur qu’il s’approche d’elle, elle ne voulait pas qu’il la voie en plein jour, il risquait de se rendre compte à quel point elle était repoussante. Il finirait par se rendre compte qu’il ne pouvait pas aimer quelqu’un comme elle.

- Tu devrais rentrer chez toi, dit-elle. Je ne me sens pas bien aujourd’hui.

- Quoi ? Mais non, je veux rester avec toi. Qu’est-ce qu’il y a ?

- Ça va passer, rentre chez toi. Je ne veux pas que tu me voies comme ça.

Elle ne pouvait pas le lui dire, elle se sentirait encore plus pitoyable si elle le lui disait. Elle allait simplement rester là, dans son lit, et attendre que ça passe. Elle savait que ça finissait toujours par partir. Autrefois, quand elle vivait encore en Angleterre, cela pouvait durer pendant des semaines mais depuis plusieurs années, ça partait au bout de quelques jours. Il suffisait de se cacher sous la couverture et d’attendre que l’angoisse se dissipe.

- C’est à cause d’hier soir, c’est ça ? demanda Harry.

- Je suis désolée…

- Arrête de dire ça.

Il n’osa pas s’approcher d’elle, il sentait bien qu’elle ne voulait pas de lui. Il se contenta de rester debout à la porte et de regarder ses cheveux avec tristesse.

- Je t’aime, dit-il doucement, pour être sûr qu’elle le sache.

Elle fut incapable de répondre et elle entendit ses pas s’éloigner dans le salon tandis qu’il refermait la porte derrière lui. Là encore, le temps défila bizarrement. Dahlia n’avait pas envie de se lever, elle avait trop peur. Se lever voudrait dire voir son corps, voir son reflet dans la salle de bain, voir son sexe en allant aux toilettes. Elle ne voulait surtout pas ça. Elle ne savait pas si Harry était parti ou pas et elle avait peur de se retrouver face à lui. Elle ne voulait plus parler, sa voix l’exaspérait et lui faisait honte. Mieux valait donc mieux rester là et ne rien faire.

Plus d’une heure passa ainsi. Elle avait dû louper le déjeuner mais elle n’avait pas faim. Elle avait entendu du bruit dans la cuisine, preuve que Harry était toujours là. Elle lui en voulait de rester mais une partie d’elle était quand même heureuse de savoir qu’il ne l’avait pas abandonnée. Elle le détestait et elle l’aimait en même temps, comme ça lui était arrivé bien souvent. Elle voulait qu’il parte mais elle savait qu’elle se sentirait encore plus malheureuse s’il partait en la laissant seule dans cet état-là. Elle était égoïste et incohérente, elle le savait parfaitement.

Dahlia se crispa et serra la couverture en entendant la porte de la chambre s’ouvrir à nouveau.

- Je t’ai dit de rentrer chez toi ! dit-elle sèchement sans le regarder. Laisse-moi tranquille !

- Dahlia, répondit une voix qui n’était pas celle de Harry.

Elle se redressa légèrement pour regarder Emily et Marilyn qui se tenaient à la porte et qui entrèrent dans la chambre, doucement, presque prudemment. Marilyn repoussa la porte et elles marchèrent jusqu’au lit. Elles se penchèrent sur Dahlia qui évitait leurs regards.

- Harry m’a envoyé un mot, expliqua Emily. Il s’inquiète pour toi, il ne comprend pas ce que tu as.

- Je ne peux pas le lui dire, souffla Dahlia.

- Bien sûr que si.

- Non. Si je lui dis il va se rendre compte que je suis folle et qu’il serait bien mieux sans moi. Il va me quitter.

- Mais non…

- Mais si ! Je suis nulle, je suis moche, je ne suis pas assez bien. Je ressemble à un homme, je suis dégoûtante.

La mâchoire d’Emily se contracta légèrement et elle fixa le plafond pour se donner du courage.

- Dahlia, tu…

- Je n’arrive même pas à coucher avec lui, je suis vraiment inutile, je… je…

Dahlia se mit à pleurer et fut incapable d’aller au bout de sa phrase. Les sanglots et l’angoisse lui bloquaient tellement la gorge qu’elle eut le sentiment d’étouffer et la tristesse devint douleur. Emily grimpa sur le lit et serra Dahlia dans ses bras, doucement, jusqu’à ce qu’elle se calme. Assise sur le bord, Marilyn caressa tendrement les cheveux de Dahlia, dans un geste apaisant et réconfortant. Les sanglots s’arrêtèrent d’eux-mêmes au bout d’un moment, quand elle n’eut plus grand-chose à pleurer et que ses yeux s’asséchèrent.

- Ça va mieux ? demanda Emily.

Dahlia ne se sentait pas mieux, non. En plus de ça, elle se rendit compte qu’elle commençait à avoir vraiment mal au ventre.

- J’ai envie de faire pipi mais je ne veux pas y aller, dit-elle avec désespoir.

- Tu ne peux pas te retenir comme ça, tu sais que ce n’est pas bon.

- Oui mais…

Emily se leva et l’attrapa par le bras pour l’obliger à sortir du lit. Dahlia finit par se laisser faire et Emily la traina dans la salle de bain. Elle n’alluma pas la lumière et referma la porte pour que ce soit le noir complet. Dahlia s’assit sur les toilettes, se soulagea et revint dans la chambre. Elle se sentait honteuse et ridicule, elle n’osait pas les regarder.

- Ça faisait longtemps que tu n’avais pas fait de crise aussi importante, commenta Emily avec douceur. Mais tu sais que ça finit toujours par passer.

- On va t’aider à la faire passer plus vite, déclara Marilyn avec détermination.

- Je ne crois pas… commença Dahlia, désespérée.

- Mais si, coupa Emily en souriant. Tu te trouves laides, tu trouves que tu ressembles à un homme, c’est normal, c’est le principe. On va donc chasser ça en faisant des choses que tu aimes. Tu sais très bien que ça fonctionne.

Marilyn sortit une petite pochette d’on ne savait où et sourit à son tour à Dahlia.

- C’est le moment de se maquiller chérie, dit-elle avec enthousiasme.

- Et de se coiffer, renchérit Emily en allant chercher la brosse dans la salle de bain.

Au début, Dahlia se laissa faire comme une poupée de chiffon. Elle n’avait pas envie de se maquiller ou de se coiffer, elle était moche de toute façon. Et puis… il y avait la sensation de la poudre sur ses joues, des pinceaux sur sa peau, du crayon sur ses yeux, du mascara sur ses cils, du rouge sur ses lèvres. Et chaque sensation semblait la laver de la boue et de la laideur. Emily coiffa joliment ses cheveux, en prenant son temps. Tout en s’occupant d’elle, les deux amies bavardaient calmement, uniquement de sujets superficiels qui apaisaient l’âme de Dahlia. Elle n’arrivait pas à se mêler à la conversation mais ça ne faisait rien, elle était heureuse de ne pas être toute seule.

- Voilà, tu es prête, dit Emily d’un air appréciateur. Il faut s’habiller maintenant, ça gâcherait notre magnifique travail si tu restais en pyjama.

- Ce n’est pas la peine, dit Dahlia, sans trop chercher à résister toutefois.

Emily l’ignora et ouvrit la penderie d’un geste autoritaire. Elle contempla les vêtements de Dahlia avec sérieux.

- Qu’est-ce que tu veux mettre ? Demanda-t-elle.

- Aucune importance…

- Très bien. Je vais choisir alors. Tu vas mettre ce chemisier-là, avec…

- Cette jupe, montra Dahlia.

Emily sourit pour elle-même et prit la jupe. Dahlia se leva et ouvrit le tiroir qui contenait ses sous-vêtements et ses collants puis elle ramena tout sur le lit. Emily et Marilyn se tournèrent le temps qu’elle se déshabille et enfile culotte et soutien-gorge puis Dahlia attrapa son chemisier et le boutonna soigneusement. Les deux autres la regardèrent à nouveau et Emily lui tendit le collant noir. Dahlia le plia dans sa main, y glissa son pied puis fit lentement remonter le collant le long de sa jambe. Elle aimait cette sensation, cela la mettait toujours de bonne humeur, faisait naitre en elle un bonheur que les autres ne pourraient pas comprendre. Une euphorie.

Elle mit la jupe, pour finir, et resta debout dans sa chambre, incertaine. L’angoisse n’avait pas complètement disparu, la peur et la tristesse non plus. Mais ça allait mieux. Elle se sentait déjà plus en paix avec elle-même. Elle reprit place sur son lit, entre Emily et Marilyn, et leur raconta son échec avec Harry, la veille. Ses deux amies ne partageaient pas les mêmes angoisses qu’elle au sujet de leur sexe mais elles pouvaient la comprendre tout de même, sans trop de difficulté. Et puis elles la connaissaient bien, depuis le temps. Elles la réconfortèrent comme elles purent, avec douceur et compassion, comme les amis savent le faire. Petit à petit, elles se mirent à parler d’autre chose, de Harry qui avait l’air d’être quelqu’un de bien – et ça faisait mal à Emily de l’admettre –, d’Andrew qui faisait un peu n’importe quoi de sa vie et qui les inquiétait, au fond, des décorations de Noël qu’il faudrait installer ensemble.

Au bout de deux heures de discussions apaisantes, Dahlia leur proposa de sortir de la chambre et d’aller boire un thé. Elle avait peur d’aller dans le salon et d’affronter le regard de Harry mais elle commençait à en avoir assez d’être assise sur son lit comme une adolescente. Elle ouvrit la porte et fut surprise de ne voir personne. Le salon était vide et Harry n’était pas là. Dahlia se sentit un peu froide. Instinctivement, elle revint dans la chambre et constata avec soulagement que le sac de Harry était toujours là.

- Où est Harry ? Demanda-t-elle.

- Aucune idée, répondit Emily. Il est peut-être simplement sorti un peu, nous sommes restées enfermées longtemps dans la chambre.

Dahlia prépara du thé et s’assit sur le canapé avec ses deux amies. Elle se sentait faible et fatiguée, comme si elle sortait d’une maladie éreintante. Elles avaient quasiment fini leur tasse quand la porte de l’appartement s’ouvrit et que Harry entra, chargé de plusieurs sacs. Dahlia le regarda arriver, soulagée malgré elle puis détourna le regard, gênée. Harry déposa ses sacs près de la table de la cuisine et s’approcha des trois femmes, un peu mal à l’aise. Il était soulagé lui aussi de voir que Dahlia s’était levée.

- Ça va mieux ? demanda Harry.

- Un peu, répondit Dahlia du bout des lèvres. Où étais-tu ?

- Euh, je suis sorti pour vous laisser tranquilles mais comme je ne savais pas trop quoi faire, je me suis mis à faire les magasins et à m’acheter des choses.

Il avait presque l’air honteux de lui-même et Dahlia réussit à sourire légèrement. Il ne l’avait pas abandonnée, il avait appelé Emily à l’aide et il s’était retiré pour leur laisser de l’espace. Elle l’aimait et elle se sentait coupable de l’avoir si mal traité.

Harry était toujours debout et ne savait pas vraiment s’il devait s’en aller à nouveau, rester avec elles, ou encore essayer de parler à Dahlia. Emily leva les yeux vers lui et désigna la cuisine d’un geste du menton.

- Il doit rester du thé si tu veux.

Harry la remercia intérieurement, réchauffa le thé d’un coup de baguette et vint prendre une chaise pour s’asseoir avec elles. Il jeta un regard étonné à Dahlia en constatant qu’elle était maquillée. Cela assombrissait ses yeux mais d’un autre côté, cela faisait ressortir la pâleur de ses iris grises et c’était beau.

- Ça te va bien le noir comme ça, dit-il avec un peu d’embarras. Tu… tu es jolie.

Emily et Marilyn échangèrent un regard amusé et Dahlia se cacha dans sa tasse de thé. Elle ne savait pas si le commentaire de Harry lui faisait mal ou la réconfortait. Les deux en même temps. Il y eut un silence un peu gênant. Harry n’osait pas poser de questions, Dahlia n’arrivait pas à parler, Emily et Marilyn attendaient que leur amie dise quelque chose. Emily finit toutefois par se tourner vers Harry et prendre les choses en mains.

- Tu as bien fait de m’envoyer ce mot, dit-elle. C’était la bonne chose à faire.

- Je ne savais pas quoi faire, avoua Harry. Elle… Tu… Enfin bon, tant mieux si tu te sens moins mal.

- Si ça recommence, tu pourras me renvoyer un mot, je viendrai, assura gentiment Emily.

- Ça va recommencer ? demanda Harry, un peu inquiet.

- Sans aucun doute, dit Dahlia sans le regarder. Et ça m’arrivera surement jusqu’à ma mort…

- Peut-être pas, tempéra Marilyn.

Dahlia termina sa tasse de thé qui était devenu froid et la fit tourner dans ses mains.

- Ils appellent ça de la dysphorie de genre, déclara-t-elle. C’est quelque chose qui touche beaucoup de personnes transgenres. En général, ça se calme un peu quand on fait une transition, mais parfois ça revient, par crises ou sur une période plus longue.

- C’est-à-dire ? C’est quoi ?

- Ce sont des sentiments négatifs, de l’angoisse, c’est la sensation de ne toujours pas être en accord avec son genre et d’en souffrir. Ça peut être la peur de sortir, se sentir moche, trouver qu’on n’est pas assez féminine, ce genre de chose. Ce n’est pas vraiment rationnel, c’est juste… ça revient parfois. Comme de vieux démons qui ne s’en vont jamais complètement.

- Je pense que je comprends, dit Harry.

Les vieux démons qui revenaient, ça parlait à Harry. L’impression soudaine d’être mauvais, misérable et nul, ça lui parlait aussi. L’angoisse, la douleur, il comprenait aussi. Bien sûr, ce n’était pas comme Dahlia, c’était différent. Mais avec un peu d’effort et de compassion, il devinait quand même un peu ce qu’elle voulait dire.

- Et alors, qu’est-ce qu’il faut faire pour que ça passe ? demanda Harry.

Emily haussa les épaules d’un geste fataliste.

- Il n’y a pas de solution miracle, ça dépend des gens et de l’intensité de la crise. Aujourd’hui, se maquiller et se mettre en jupe, ça a plutôt bien fonctionné.

Harry lui lança un regard incertain et Dahlia eut un éclat de rire sans joie.

- Je sais, ça a l’air ridicule et superficiel dit comme ça, admit-elle. Mais c’est simplement…

- C’est simplement que parfois, faire ces choses très clichées qui nous étaient interdites avant, ça fait du bien au moral, expliqua Emily. C’est comme vous, vous vous sentez mieux parfois quand vous sortez de chez le coiffeur ou quand vous mettez un nouvel habit. Eh bien c’est pareil pour nous. Ça nous fait du bien aussi de savoir qu’on peut le faire, de se retrouver jolies en se mettant du mascara, on se sent un peu plus femmes, même si c’est absurde et pas très féministe, je le sais bien.

- Euh… Non mais je vois ce que tu veux dire, répondit Harry.

Il songea à Hermione qui avait déclaré qu’être une femme n’était pas seulement se maquiller et porter des jupes et il se demanda ce qu’elle en penserait. Mais en réalité, elle n’avait pas le droit d’en penser quoi que ce soit parce que, elle, elle avait grandi avec le pouvoir et le droit de faire ces choses, sans même y penser. Alors c’était un peu facile de devenir adulte et de dire que finalement, une femme n’avait pas besoin de tout ça pour être une femme. Emily, Dahlia et Marilyn, avant même de se dire qu’elles pouvaient se passer de maquillage, de jupe et de talons, elles avaient déjà envie d’avoir le droit d’en porter, sans se faire insulter ou tabasser dans la rue.

Puisqu’elles avaient terminé leur thé et que Harry était rentré, Emily et Marilyn s’en allèrent. Elles serrèrent Dahlia dans leurs bras, lui murmurèrent des choses que Harry n’entendit pas et partirent avec un dernier sourire encourageant. Dahlia retourna s’asseoir sur le canapé et Harry hésita à nouveau à ce qu’il devait faire.

- Qu’est-ce que tu as acheté ? demanda Dahlia en désignant les sacs.

Il lui montra ses trouvailles, un pull, deux chemises et un pantalon. Cela détendit nettement l’atmosphère. Il rangea ses nouveaux vêtements dans son sac et vint s’asseoir à côté d’elle sur le canapé, sans la toucher.

- Est-ce que tu veux sortir te promener un peu ? Proposa-t-il.

- Non, je ne préfère pas, dit Dahlia après une petite hésitation. Je n’ai pas envie qu’on me regarde.

- D’accord.

Harry se leva, alluma la radio pour mettre de la musique et chercha quelque chose à grignoter. Il n’y avait rien et il revint, dépité. Dahlia, elle, se rendit compte qu’elle avait faim. Elle leva les yeux vers Harry, essaya de sourire, n’y arriva pas mais ne se démonta pas.

- J’avais acheté de quoi faire des brownies. Tu veux qu’on en prépare ?

- Très bien, répondit Harry, qui aurait dit oui à absolument tout.

Ils se rendirent dans la cuisine et prirent leur temps pour préparer la pâte. Dehors, il faisait encore jour mais le ciel était gris et froid, un jour banal de Thanksgiving. Dahlia se sentait toutefois un peu plus légère à chaque minute qui passait. La musique la mettait de meilleure humeur, partager ce moment avec Harry la rassurait, elle se sentait moins nulle et moins perdante.

Harry versa la pâte dans le moule et Dahlia le mit au four avec précaution. Elle n’avait rien mangé depuis la veille, il était presque cinq heures de l’après-midi, elle commençait à avoir sérieusement faim. Et l’odeur de chocolat qui s’était propagée dans l’appartement ne l’aidait pas. Elle se tourna vers Harry qui faisait glisser son doigt dans le récipient en verre pour attraper le reste de pâte.

- Tu en veux ? Proposa-t-il.

- Non, tu peux finir.

Harry suça son doigt, eut l’air satisfait et en reprit à nouveau. Il hésita une seconde puis sourit légèrement et se rapprocha de Dahlia. Elle le regarda venir avec méfiance et recula d’un pas.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle froidement.

- Rien, assura Harry d’un air innocent.

Il essaya de lui mettre du chocolat sur la joue, elle esquiva d’un geste souple et le fusilla du regard. Harry sourit largement, content de lui. Il aimait bien l’agacer, c’était plus fort que lui. Et on ne pouvait pas vraiment le lui reprocher, elle le méritait bien. Dahlia poussa un profond soupir et lui jeta un coup d’œil vaguement méprisant.

- Tu es vraiment un gamin, c’est sidérant.

- Mieux vaut ça que d’être coincée et aigrie.

- Qui est coincée et aigrie ? rétorqua-t-elle vivement.

Harry tenta une nouvelle attaque, parvint à lui laisser une trace de chocolat sur la joue et lui adressa un sourire vaniteux et fier de lui. Dahlia rougit un peu.

- Arrête, je n’ai pas envie de…

- Vas-y, dit doucement Harry en reprenant son sérieux. Dis-moi ce que tu n’aimes pas sur ton visage.

Dahlia perdit ses rougeurs et le fixa avec hésitation. Il avait l’air d’attendre la réponse avec sincérité et attention, comme si ce qu’elle allait dire était précieux et important. Quand elle y pensait, il existait peu de gens qui la regardaient de cette façon.

- Mon nez, dit-elle enfin.

- Ok.

Harry lui mit du chocolat sur le nez et en reprit dans le moule.

- Quoi d’autre ?

- Mon menton.

- D’accord. Autre chose ?

- Ma mâchoire.

- Très bien. Et ?

- Mon front.

- C’est tout ?

- Oui.

Il lui avait déposé du chocolat à chaque endroit qu’elle avait cité, ce qui lui donnait un air parfaitement ridicule. Dahlia attendit la suite, un peu crispée et nerveuse et elle ferma les yeux quand Harry se pencha vers elle. Il lécha doucement le chocolat, embrassant sa peau au passage, sur son nez, sur son menton, sur sa mâchoire et sur son front. Elle n’était pas sûre que quelqu’un l’ait déjà embrassée avec autant de tendresse auparavant. Quand Harry eut terminé, il la prit dans ses bras et la serra contre lui, sans rien dire, sans tenter quoi que ce soit d’autre. Elle referma ses bras autour de lui, elle aussi, s’accrocha à l’immortalité et l’éternité qu’il représentait, se sentit un peu moins vacillante. Ils restèrent ainsi longtemps, pendant que les brownies cuisaient dans le four et imprégnaient la pièce d’une douce odeur sucrée.

- Pardon, chuchota Harry au bout d’un long moment.

- Pardon pourquoi ? demanda Dahlia sur le même ton.

- Parce que je t’ai fichu du chocolat partout et que tu es toute sale maintenant.

Il l’avait dit d’un ton amusé, faussement dramatique, et Dahlia éclata de rire. Rire allégea son fardeau d’un poids important.
Chapitre 10 - Merveilleuse et parfaite famille by Celiag
Sur la pendule du salon, la plupart des aiguilles pointaient « A la maison », à l’exception de celle de Ginny qui disait « Au travail » et celle de Charlie qui indiquait « Chez lui ». Celle de Fred ne pointait que du vide, ce que Harry trouvait particulièrement déprimant. Il se demandait pourquoi Molly et Arthur ne retiraient pas l’aiguille, tout simplement. Mais sans doute était-ce beaucoup moins simple qu’il y paraissait.

Pour la première fois de sa vie, Harry se surprit à regretter qu’il n’y ait pas d’horloge moldue classique, cela aurait comblé le silence qui venait de tomber sur la pièce. A côté de Harry, Ron attendait en silence, un peu plus tendu à chaque seconde qui passait. Tout le monde fixait Harry avec stupeur et incrédulité, l’air de se dire qu’il avait perdu la tête. Finalement, Molly Weasley fut la première à se reprendre et à remuer sur sa chaise.

- Donc elle… hum, ne s’est pas suicidée.

- Non, confirma Harry. Elle a menti et elle s’est enfuie à New York.

- Cela explique que vous n’ayez jamais retrouvé le corps, fit remarquer Bill d’un ton docte.

- En effet…

- Lucius et Narcissa n’ont aucun soupçon ? demanda Arthur, un peu chamboulé par la nouvelle.

- Non, pas le moindre et il faut que ça reste comme ça.

- C’est dur d’infliger cela à ses parents tout de même, murmura Molly en frissonnant.

- Ce n’est pas notre problème, répondit fermement Harry.

Il y eut un autre silence gênant. Harry pouvait presque voir les rouages de leurs cerveaux tourner, il devinait parfaitement que la situation les déstabilisait et ne leur plaisait pas mais il ne pouvait rien y faire. Bill paraissait un peu surpris mais pas plus que ça, c’était peut-être celui qui avait le moins réagi. Fleur ne disait rien, comme si elle ne se sentait pas très légitime de commenter la relation de Harry. Pour une fois, cependant, elle ne semblait pas dégoûtée par ce qu’elle entendait.

- Tu le savais depuis le début ?

La question de George fit sursauter Harry. Elle avait été posée un peu brusquement, à Ron, comme une accusation.

- Oui, dit lentement Ron.

- Et alors, tu as rencontré Malefoy ?

- Oui, plusieurs fois.

- Et ?

- Et quoi ? demanda Ron d’une voix tendue.

- Eh bien on ne s’est jamais particulièrement bien entendu il me semble, donc je suis quand même un peu surpris que Harry soit tombé amoureux de…

George n’alla pas au bout de sa phrase, n’osant ni dire « lui » ni dire « elle », ne sachant pas comment la terminer. A côté de George, Percy croisa les mains d’un air solennel qui exaspéra Harry.
- Nous n’avons pas à juger les choix de Harry, déclara-t-il d’un ton pompeux et emphatique.

- Je ne juge pas, c’est simplement que je ne comprends pas, rétorqua George. Malefoy nous a toujours traités avec mépris. Ce n’est pas correct de dire du mal des morts mais puisqu’il n’est pas mort, je peux le dire. Aux dernières nouvelles, ce n’était qu’un petit crétin arrogant et teigneux.

Harry se crispa un peu mais ne releva pas le masculin, estimant qu’il valait mieux ne pas se disputer avec George dès le début. Lui-même avait eu du mal à employer le bon genre quand il avait revu Dahlia, il ne pouvait pas lui jeter la pierre. Il se contenta de regarder George avec calme.

- Dahlia a changé, elle n’est plus comme avant, rétorqua-t-il. La guerre est terminée depuis plusieurs années, nous avons tous grandi et évolué, elle aussi.

- Si tu le dis…

- Je pense que je le sais quand même mieux que toi, répondit Harry, agacé.

- Bien sûr, apaisa Angelina en posant une main sur le bras de son mari.

Il y eut une discussion sur le fait que la guerre changeait les gens, en bien ou en mal et qu’il ne fallait pas rester sur les souvenirs qu’ils avaient de Malefoy. A vingt-trois ans passés, il était évident qu’elle n’était plus la même et heureusement. Molly hocha la tête avec bienveillance, Ron eut l’air de penser qu’elle restait quand même bien pénible mais il ne le dit pas et Percy appuya les dires de Harry en le paraphrasant avec emphase. Il était insupportable mais au moins, il le soutenait. Harry était donc obligé de lui sourire pour le remercier.

Ils refusèrent tous de reprendre de la tarte, ils n’avaient plus vraiment faim. L’annonce de Harry était suffisamment perturbante pour leur couper l’appétit. Ron estima qu’il était peut-être temps de changer de sujet mais George le devança, un sourire incrédule sur les lèvres.

- Mais donc… tu sors vraiment avec Malefoy, dit-il comme si c’était délirant. Et alors, est-ce qu’il a encore sa… tu sais…

George ébaucha un sourire un peu moqueur et grivois tandis que Molly lui faisait les gros yeux. Harry fixa George, figé par la question. Il n’était pas à la place de Dahlia, il ne saurait jamais ce qu’elle ressentait, elle, quand on lui demandait cela. Malgré cela, pour la première fois, il put ressentir toute la violence de la question, l’humiliation qu’elle portait, l’espèce de saleté qu’elle induisait. Et si lui, en ne ressentant que le dixième de ce qu’elle pouvait ressentir elle, en était aussi agressé, il n’osait imaginer la douleur que c’était pour elle. Et il se sentit encore plus coupable de lui avoir infligé cela dès leur première rencontre. Harry releva les yeux vers George, furieux de la question, incapable de rester calme plus longtemps, déçu et exaspéré d’avoir à se justifier devant ces gens qu’il considérait comme sa famille.

- Ce n’est pas « il », c’est « elle », dit Harry d’une voix sèche et cinglante. Et pour le reste, ça ne te regarde pas. Est-ce que je pose des questions sur les parties intimes de ta femme, moi ?

Il y eut un silence pesant, parce que Harry n’avait jamais parlé aussi froidement et aussi durement à quelqu’un dans cette maison. George se figea lui aussi, un peu choqué par la façon dont Harry venait de lui parler. Ils avaient toujours été amis, c’était la première fois que Harry le rembarrait aussi violemment. George se dandina sur sa chaise une seconde, mal à l’aise.

- Non, je ne voulais pas…

- C’est ce que tu viens de faire, répliqua froidement Harry.

- Oui enfin, je peux quand même…

- Non, c’était grossier, dit calmement Bill en regardant son frère avec indulgence.

George lui jeta un regard hésitant mais il dut sentir que tout le monde partageait cet avis et il se tut.

- Désolé, dit-il sans regarder Harry.

- Ecoutez… J’aime Dahlia et je sors avec elle. C’est tout ce qu’il y a à savoir. Si cela vous dérange, je ne viendrai plus et c’est tout, tant pis.

Molly eut l’air scandalisée, Arthur tressaillit.

- Mais non Harry mon garçon, voyons… balbutia-t-il.

- Bien sûr que cela ne nous dérange pas ! s’écria Molly d’une voix ferme. Si tu l’aimes, c’est qu’elle est certainement très bien. Ce serait un plaisir de la rencontrer !

- Vraiment ? appuya Harry.

- Evidemment mon chéri, assura Molly sans se démonter. Les enfants ne sont pas comme leurs parents. Lucius Malefoy est un homme imbuvable mais si tu dis que son… sa fille a changé, alors c’est parfait.

- Merci.

Harry se sentit nettement rassuré et beaucoup moins tendu. Personne ne contredit la mère, signe qu’ils semblaient tous d’accord. Maintenant que c’était dit, ils reprirent de la tarte et la dégustèrent avec enthousiasme. Fleur se tourna vers Harry, libre maintenant de dire ce qu’elle voulait.

- J’avais un ami comme ça, à Beauxbâtons, déclara-t-elle d’une voix hautaine. Il avait changé de prénom en cours d’année, ça ne nous avait pas vraiment surpris. Je me souviens que les professeurs avaient écrit une lettre à l’état civil magique pour que le changement soit plus rapide. C’est une telle épreuve de parvenir à modifier les choses ! Mais la lettre de Beauxbâtons avait clairement aidé. Il faudrait que je lui écrive d’ailleurs, je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis le mariage de Perrine.

- C’est qui ? demanda Bill.

- C’est Jérôme.

- Ah oui ? s’étonna sincèrement Bill.

Le Jérôme en question était marié depuis trois ans, possédait une boutique de parfum dans laquelle il travaillait avec sa femme et semblait heureux. D’une certaine façon, cela fit beaucoup de bien à Harry, surtout quand Fleur se mit à discourir avec mépris et hauteur sur les discriminations que son ami avait eu à affronter. Il comprit qu’il avait une alliée qui saurait accueillir Dahlia sans poser de questions déplacées et c’était très bien. Bill, qui paraissait totalement d’accord avec sa femme, ne serait pas une menace non plus. À vrai dire, seul George inquiétait un peu Harry. Il espérait sincèrement qu’il n’y aurait pas d’incident majeur le jour où il présenterait Dahlia à la famille Weasley.




Harry retira son manteau et échangea un sourire lassé avec ses collègues. Mark se laissa tomber sur son siège de bureau et Jane enleva ses gants. Hermione paraissait dépitée, leur intervention avait été un échec, le suspect s’était enfui en emportant toutes les preuves et ils devaient repartir à zéro.

- Qui veut un café ? demanda Rufus.

Tout le monde leva la main, désabusé et le chef s’en alla en souriant. Il était déjà tard, il était plus de sept heures du soir et Harry avait loupé son Portoloin. Il essayait de ne pas trop y penser, certain qu’il finirait par s’énerver. Rufus revint, leur tendit leurs cafés et ils le burent tous avec plaisir. Le liquide chaud qui coulait dans leur corps était réconfortant. Harry préférait quand même le thé.

- Tu vas y aller finalement ? demanda Mark à Harry.

- Oui, j’ai réservé un autre Portoloin. Je pars dans trente minutes.

- Reste joignable quand même, au cas où… préconisa Rufus.

- Je sais.

Il savait bien que ce n’était pas une très bonne idée de partir dans une telle situation mais il n’avait pas vu Dahlia depuis plus d’une semaine et c’était pesant. Il n’avait pas pu lui raconter l’annonce aux Weasley ou lui parler de l’invitation de Molly à passer Noël avec eux. Il avait un peu peur de ce que Dahlia dirait mais il fallait bien qu’il pose la question. Harry termina son café, attrapa le sac de voyage qu’il avait emmené au travail pour ne pas avoir à repasser chez lui et salua tout le monde.

- Amuse-toi bien, dit Mark d’un air blasé.

- Tu pourrais être plus enthousiaste, commenta Jane.

- Je suis jaloux, avoua Mark en soupirant. Quand est-ce que je vais me trouver une copine comme eux ? Pourtant, je suis un gars bien moi aussi.

- Toutes tes copines te quittent au bout d’un mois, il doit bien y avoir une raison…

- Merci Hermione, cracha Mark avec désespoir.

Jane et Hermione échangèrent un regard amusé tandis que Rufus donnait une tape amicale à l’épaule de Mark. Harry s’en alla de bonne humeur, s’estimant bien chanceux, lui. Il arriva en avance à Greenwich, dut attendre l’heure de son Portoloin avec les sorciers qui partaient aux Etats-Unis comme lui et dut subir quelques regards surpris et curieux. Quand cela arrivait, Harry avait toujours un peu peur qu’un journaliste trop zélé se mette à enquêter sur ses déplacements et trouve la trace de Dahlia. Il fut donc soulagé de poser les pieds à New York et sortit rapidement du hangar. Les voitures étaient toutes blanches et recouvertes de neige, ce qui le surprit quelques secondes. Etrangement, il trouva que la ville était plus chaleureuse sous la neige. Il s’empressa de disparaitre dans une ruelle, désireux de transplaner malgré les risques. Ainsi, il était à peu près sûr que personne ne le suivrait.

Il était presque trois heures de l’après-midi quand Harry sonna à la porte de Dahlia. Il avait une clé, il pourrait entrer sans s’annoncer mais il n’y parvenait toujours pas vraiment. Il savait qu’elle allait lui en faire la remarque, il devinait déjà son expression vaguement agacée. Souriant malgré lui, Harry regarda la porte s’ouvrir, éclairant le couloir d’un trait de lumière soudain.

- Bonjour, dit Harry.

- Bonjour. Tu sais que tu n’es pas obligé de sonner à chaque fois ?

- Oui, répondit Harry en souriant davantage.

Il posa son sac de voyage et ils s’embrassèrent doucement, pour faire durer le moment. Ça leur avait manqué. Revigoré, Harry retira son écharpe, son manteau et ses chaussures. Il avait les doigts rouges et crispés.

- Je suis gelé, avoua-t-il. Je ne pensais pas qu’il neigerait ici.

- Il a neigé cette nuit, expliqua Dahlia. Je ne suis pas certaine que ça tienne longtemps cela dit.

- Tant pis.

- Alors, vous avez eu un problème avec votre suspect ? Ce n’était pas plus mal en fait, j’ai pu finir mon travail et rentrer avant toi.

Harry lui raconta que leur suspect s’était enfui et qu’ils n’avaient plus de preuves. Ils étaient mal partis, l’enquête risquait de s’éterniser. Cette perspective déprimait un peu Harry, c’était un véritable échec, comme cela ne leur arrivait pas souvent. Dahlia l’écouta, appuyée à la table de la cuisine. Elle était partagée entre son indifférence pour le sort des Aurors et sa tendresse vis-à-vis de la déception de Harry.

- Ça fait partie du travail, dit-elle d’une voix trainante. Tu ne peux pas toujours tout réussir du premier coup.

- C’est très rare que je réussisse quelque chose du premier coup, rétorqua Harry avec un rire désabusé.

- Eh bien dans ce cas, tu sais que tu réussiras la prochaine fois.

Harry haussa les épaules et s’approcha d’elle. Il posa son front sur son épaule, respira le parfum de son cou, se serra contre elle. Dahlia passa ses bras autour de lui et le garda là. Parfois, cela ne la dérangeait pas vraiment de ne pas voir Harry pendant plusieurs jours. Elle avait son travail, ses amis, le Quidditch, elle vivait très bien sans lui. Et puis parfois, il lui manquait terriblement et elle se couchait avec un sentiment de solitude douloureux. Aujourd’hui, elle avait attendu qu’il arrive avec une impatience qui lui crispait le ventre et elle devinait, dans le geste de Harry, qu’il éprouvait la même chose.

Harry releva la tête, remonta le long du cou de Dahlia, embrassa sa mâchoire puis ses lèvres. Il s’avança entre ses jambes, elle s’assit sur la table et referma ses jambes autour de lui. Elle passa ses mains dans les cheveux noirs de Harry, sentit ses lunettes contre son visage, se laissa envahir par la paix, l’excitation et le réconfort que cela lui procurait. Harry posa ses mains sur les jambes de Dahlia, remonta sa jupe sur ses collants noirs, se serra davantage contre elle. Il abandonna sa bouche, enfouit son nez dans ses cheveux blonds qui tombaient sur son pull noir, se sentit heureux d’être là. Son enquête lui parut lointaine et insignifiante, tout allait bien si Dahlia le tenait dans ses bras.

- Puisque tu es parti plus tard, j’ai eu le temps de me préparer avant que tu arrives, dit Dahlia. On peut le faire tout de suite.

Harry lui jeta un regard à la limite entre l’admiration et la reconnaissance. A vrai dire, ça faisait longtemps qu’ils n’avaient pas fait l’amour. Lors de sa dernière visite, Dahlia n’allait toujours pas bien et n’avait pas envie de ça. Par extension, Harry n’en avait pas spécialement eu envie non plus. Il fut donc soulagé et rassuré de voir que son désir était revenu et qu’elle allait mieux. Harry serra les cuisses de Dahlia sous ses doigts et respira l’odeur de ses cheveux une dernière fois.

- Je devrais peut-être aller prendre une douche avant, suggéra-t-il. J’ai passé la journée à…

- Tant pis, murmura Dahlia en embrassant son cou. J’en ai envie là maintenant, j’y pense depuis des jours.

- D’accord, répondit Harry, désormais complètement excité.

Ils retirèrent vivement le pull de l’autre puis Harry défit lentement le chemisier de Dahlia et le fit tomber sur la table, derrière elle. Par la fenêtre, ils pouvaient voir les toits enneigés mais ici, dans le petit appartement, la température était douce. Harry fit glisser sa main sur le ventre de Dahlia, sur son soutien-gorge, sur son cou. Il aimait toujours sa peau, il l’aimait même peut-être encore plus. Il dut la lâcher quand Dahlia se redressa et attrapa le bord de son t-shirt pour le lui enlever. Elle le jeta par terre et se serra contre lui, posa ses mains sur son torse, déposa des baisers sur ses clavicules un peu trop maigres. Le corps de Harry lui avait manqué. Durant les semaines qui venaient de s’écouler, elle s’était sentie trop laide et repoussante pour avoir envie qu’il la touche, elle s’était sentie trop malheureuse pour vouloir partager un moment de plaisir avec lui. Mais maintenant, c’était passé et ces moments lui manquaient. Elle n’était plus malheureuse, elle n’était finalement pas si laide et repoussante que ça. Elle s’était même trouvée jolie tout à l’heure, quand elle s’était habillée. Alors elle voulait qu’il la touche à nouveau et qu’il lui rappelle qu’elle méritait d’être aimée et désirée, elle aussi. Et en même temps, elle voulait lui rappeler qu’il le méritait autant qu’elle.

Dahlia fut tirée de ses fugitives pensées par la langue de Harry qui se posa sur son cou pendant que ses mains défaisaient son soutien-gorge. Elle l’aida à aller plus vite et ferma les yeux quand la bouche de Harry descendit vers ses seins, prenant son temps, comme s’il voulait goûter chaque millimètre de sa peau. Les mains de Harry s’étaient reposées sur les cuisses de Dahlia et les caressaient doucement, remontant vers ses fesses, sous sa jupe.

- J’aime bien quand tu portes des collants, avoua Harry en se redressant et en rougissant un peu.

- Moi aussi, répondit Dahlia avec un sourire moqueur.

- Non mais je veux dire, je trouve ça excitant.

- J’avais compris.

Dahlia défit la ceinture de Harry, baissa son pantalon et serra son sexe entre ses doigts pour le masturber. Il se laissa faire, les mains crispées sous les cuisses de Dahlia, le souffle un peu plus rapide. La langue de Dahlia sur son torse et ses mamelons le fit bander encore plus, les mouvements de sa main sur sa verge le firent soupirer. Dahlia releva la tête vers lui et continua ses caresses.

- Je peux garder mon collant sur tu veux… proposa-t-elle d’un ton vaguement aguicheur.

- Ce serait excitant mais pas très pratique, souffla Harry.

- Tu n’as qu’à le déchirer.

Pendant une seconde, il songea qu’elle se moquait de lui mais elle avait l’air plutôt sérieuse. Cette idée l’excita, il n’avait jamais fait ça.

- J’espère que tu le pensais vraiment, répondit Harry en attrapant le poignet de Dahlia pour l’arrêter.

Harry posa ses mains sur les épaules de Dahlia et la poussa pour l’allonger sur la table. Il se pencha au-dessus d’elle, l’embrassa fiévreusement, caressa ses seins. Dahlia poussa un soupir, s’accrocha à ses cheveux mais fut obligée de le lâcher quand il quitta sa bouche pour tracer un chemin de baisers sur son corps jusqu’à sa jupe. Il la releva doucement, posa ses lèvres sur ses cuisses. Dahlia écarta davantage les jambes, presque involontairement et Harry l’embrassa à l’intérieur de la cuisse, près de l’aine, à travers son collant. Il pouvait voir qu’elle bandait, elle aussi et Harry se sentit frustré et impatient. Il voulait plus, il le voulait maintenant, il en avait assez d’attendre. Il se remit debout devant la table et regarda Dahlia, la respiration un peu saccadée.

- Retourne-toi.

Dahlia descendit de la table et se retourna, impatiente elle aussi. Harry remonta sa jupe, attrapa son collant et le déchira vivement, au niveau de ses fesses. Le cœur de Dahlia s’accéléra malgré elle, elle aimait cela. Elle y avait pensé souvent dans ses fantasmes et ses rêveries masturbatoires quand elle était plus jeune, elle s’était imaginé être Dahlia à Poudlard, porter les mêmes jupes plissées et clichées que Pansy et Daphnée. Harry l’aurait peut-être aimée alors, qui sait ? Il l’aurait rejointe dans les toilettes, dans les vestiaires de Quidditch. Il aurait soulevé sa jupe, défait son éternel chemisier blanc, déchiré son collant. Il se serait accroché à sa cravate verte de Serpentard, il aurait murmuré son nom sans haine et il l’aurait baisée. Elle l’avait imaginé tellement de fois qu’elle connaissait les scénarii par cœur et qu’ils lui faisaient mal à chaque fois. Elle n’avait plus besoin de l’imaginer cependant. Cette fois-ci, Harry était bien là, contre elle et il venait de se mettre à genoux devant la table de la cuisine. Dahlia frissonna quand il posa ses mains sur ses fesses et elle se pencha davantage sur la table. La langue de Harry entre ses fesses lui arracha un gémissement de plaisir, de frustration et de désir.

Dahlia posa son front sur la table et gémit à chaque mouvement de langue de Harry. Elle sentait la chaleur de son propre souffle, elle sentait son corps s’ouvrir petit à petit, désireux de recevoir Harry en lui, elle sentait son sexe durcir et lui faire mal dans sa culotte. Elle poussa un dernier gémissement quand Harry arrêta et se releva. Il se serra contre elle, posa sa verge sur ses fesses et s’y masturba quelques secondes, rendant Dahlia un peu folle d’impatience et de frustration. Elle le voulait tout de suite, maintenant, qu’il rentre en elle, qu’il gémisse aussi, qu’il perde l’esprit autant qu’elle. Elle se retourna et posa sur lui ses yeux gris tempête qui excitaient Harry.

- Harry, dit-elle simplement.

Ça sonnait comme un ordre, sa voix était plus grave que d’habitude, rendue un peu rauque par le désir et ne souffrait aucune contradiction. Harry n’avait pas envie de la contredire cela dit. Il se baissa pour attraper sa baguette qui trainait par terre au milieu de leurs vêtements et la dirigea vers la chambre. Il enfila le préservatif rapidement, sans même y penser, se versa du lubrifiant sur les doigts et la pénétra doucement. Dahlia se crispa et soupira à nouveau, toujours frustrée. Elle le laissa la caresser un instant puis lui saisit le poignet pour l’arrêter.

- Arrête, c’est suffisant, passe à la suite.

- Tu es sûre ?

- Oui, je veux ta queue maintenant, mets-la-moi.

- Merde Dahlia, souffla Harry. Depuis quand est-ce que tu parles comme ça ?

Harry retira ses doigts et lui prit doucement le bras pour qu’elle se retourne.

- Je veux voir ton visage, dit-il.

Dahlia s’allongea à nouveau sur la table et il s’avança entre ses jambes. Il fit glisser ses mains sur le collant noir, agrippa ses cuisses, remonta jusqu’à ses hanches. Il la tira au bord de la table et posa son sexe entre ses fesses. Il appuya doucement, la pénétra légèrement, appuya plus fort et entra en elle. Dahlia poussa un gémissement sourd qui résonna dans l’appartement. Dehors, il neigeait à nouveau mais aucun d’eux ne le remarqua. Dahlia referma ses jambes autour de Harry et il s’accrocha à ses hanches. Maintenant, ils haletaient tous les deux, à chaque fois que Harry s’enfonçait en elle. Dahlia regarda les lunettes de Harry s’embuer un peu et elle les lui retira d’un geste vif. Elle voulait voir ses yeux sur elle, qui la désiraient. Il se pencha vers elle, pour mieux la voir, l’embrassa passionnément, la pénétra plus profondément. Dahlia griffa son dos et souleva les hanches pour venir à sa rencontre. Elle avait chaud, elle sentait la brûlure entre ses cuisses, une brûlure qui faisait du bien. Elle posa ses pieds sur les fesses de Harry, le pressa d’aller plus loin. Elle aimait le corps de Harry qui ondulait entre ses jambes et la pénétrait, elle aimait la sensation d’être pleine de lui, elle aimait son souffle sur sa peau.

Dahlia lâcha le dos de Harry et glissa sa main dans son collant. Elle se masturba au même rythme que les mouvements de Harry en elle, n’y parvint pas longtemps, accéléra ses gestes. Elle était plutôt contente d’avoir gardé sa jupe, ça cachait plus ou moins ce qu’elle faisait et elle se sentait moins nerveuse. Harry l’embrassa à nouveau, s’enfonça plus profondément en elle, se redressa pour la voir jouir. Il aimait ça, c’était toujours rassurant de constater qu’elle prenait du plaisir de l’avoir en elle. Il agrippa les cuisses de Dahlia, fit encore quelques va et vient entre ses fesses puis éjacula à son tour, dans un frisson de soulagement. Il ne lâcha pas ses jambes tout de suite, ne se retira pas d’elle tout de suite et Dahlia ne fit pas mine de bouger non plus. Ils avaient la sensation que ça serait un peu ridicule de le dire à voix haute et ils restèrent silencieux à reprendre leur souffle mais ils étaient heureux que leurs corps se soient retrouvés. Leur corps et tout le reste, à vrai dire.

Ils finirent quand même par bouger, parce que la table faisait mal à Dahlia et qu’ils commençaient à avoir froid. Dahlia alla se changer et se laver, puisque ses collants étaient définitivement hors d’usage et elle enfila un jean. Dès qu’ils furent prêts, ils sortirent se promener. Il neigeait rarement à Londres et Harry était un peu nostalgique des jours enneigés à Poudlard. Il avait envie de marcher dans Central Park, de regarder les feuilles blanchies et les empreintes de pas dans les allées. Il tenait la main gantée de Dahlia dans la sienne et de la buée s’échappait de leurs bouches dès qu’ils parlaient. Harry aimait l’hiver, beaucoup plus que l’été. L’été avait longtemps été pour lui synonyme de détresse, de solitude et d’humiliation. Il fallait rentrer chez les Dursley, abandonner son identité et se glisser dans le personnage du neveu non désiré et invisible. L’hiver, en revanche, lui rappelait les Noël chez les Weasley, les parties de Quidditch, les batailles de boules de neige avec Fred et George, les promenades à Pré-au-lard, les bièraubeurres chaudes et sucrées, les feux de cheminées dans la salle commune de Gryffondor. A vrai dire, c’était essentiellement de bons souvenirs. Cela lui plaisait donc d’être là avec Dahlia, malgré l’air frais qui soulevait son écharpe et se glissait entre ses vêtements, malgré le bout de leur nez qui rosissait un peu plus à chaque seconde. De toute façon, c’était charmant de regarder le nez rougi de Dahlia.

Pendant qu’ils se promenaient, Harry raconta à Dahlia qu’il avait dit la vérité aux Weasley et que maintenant, tout le monde savait. Il devina qu’elle se crispait à côté de lui et elle continua de regarder droit devant elle, pour ne pas le regarder lui.

- Ah… murmura-t-elle en expirant un nuage de vapeur.

Il y eut un instant de silence. Harry attendit qu’elle rajoute quelque chose mais visiblement, elle n’osait rien dire de plus.

- Tu m’as demandé de ne pas te répéter les remarques qu’ils feraient, dit Harry.

Elle se tourna vers lui, sur la défensive, prête à lui faire ravaler ce qu’il s’apprêtait à déclarer mais Harry l’ignora.

- Il n’y a eu aucune remarque, conclut-il fermement. Ce qui les a étonnés le plus, pour être franc, c’est que je tombe amoureux de toi alors que jusqu’à présent, nous étions plutôt en mauvais termes. J’ai dit que tu avais changé et ça leur a suffi.

Il mentait et en même temps, pas vraiment. Il se doutait bien qu’il y avait des choses qui les perturbaient un peu mais qu’ils n’avaient pas osé faire de remarque dessus. Et il les remerciait pour cela. A l’exception de la question déplacée de George, il n’y avait pas eu de réactions déplaisantes.

- D’accord, répondit prudemment Dahlia. N’importe qui serait surpris de savoir que Harry Potter sort avec la fille de Lucius Malefoy, c’est donc normal qu’ils ne comprennent pas.

Elle l’avait dit avec un mélange de cynisme et d’amertume qui n’échappa pas à Harry mais il n’avait pas envie de débattre sur l’absurdité de leur couple, pas quand ils venaient de faire l’amour sur la table et qu’ils marchaient en se tenant la main.

- Harry Potter sort avec qui il veut, répliqua Harry d’un ton assuré.

- Mmh…

- En tout cas, tu es invitée à venir passer le réveillon de Noël avec nous.

Dahlia n’eut pas l’air surprise de la proposition, elle devait s’y attendre. Elle ne répondit pas tout de suite, marcha en regardant droit devant elle, les joues pâles et le visage impassible.

- Nous ne sommes pas ensemble depuis très longtemps donc rien ne t’oblige à venir et je comprendrais que tu préfères rester avec Emily et Marilyn, dit Harry. Mais j’aimerais bien être avec toi pour Noël…

Ils ne se voyaient déjà pas tant que ça et Harry aurait trouvé triste de ne pas être avec elle pour une telle fête. Si elle refusait de venir chez les Weasley, il lui proposerait de l’accompagner chez Emily. Il était trop amoureux d’elle pour préférer un Noël chez les Weasley à un Noël en sa compagnie à elle. Il attendit donc qu’elle lui réponde, tandis que deux enfants venaient de glisser dans la neige et poussaient des cris joyeux à quelques mètres d’eux. Dahlia les entendit à peine, elle réfléchissait à l’invitation de Harry. Si elle faisait les comptes, elle devait admettre que Harry sacrifiait beaucoup plus qu’elle dans leur histoire. Et chez les Malefoy, on faisait les comptes avec soin. Il était venu à son anniversaire, avec des personnes qu’il ne connaissait pas du tout et qui n’appartenaient pas à son monde. Il était venu fêter Thanksgiving avec eux avec enthousiasme. Il avait assisté à plusieurs de ses matchs de Quidditch. Il payait tous les trajets en Portoloin et les subissait tous. En échange, elle ne lui donnait pas grand-chose.

- Hermione sera là, n’est-ce pas ? demanda Dahlia pour se rassurer.

- Oui, évidemment.

- D’accord, très bien, je veux bien venir passer le réveillon chez les Weasley.

- Vraiment ? demanda Harry en souriant, heureusement surpris.

- Oui, assura Dahlia en souriant à son tour.

Harry se sentit léger et joyeux. Il était heureux qu’elle accepte, heureux de savoir qu’il ne serait pas seul là aussi. Et il voulait faire comme tout le monde, pour une fois. Il voulait présenter la femme qu’il aimait aux gens qu’il considérait comme sa famille, il voulait fêter Noël avec elle. C’était ce que faisaient les gens normaux, ceux qui avaient une famille et pour qui Noël était un moment chaleureux à vivre. Harry n’avait pas de parents, pas de grands-parents, pas de frère et pas de sœur, il avait découvert la chaleur de Noël à treize ans seulement. Il pouvait bien réclamer un peu de bonheur et de banalité.

Ils sortirent de Central Park et revinrent à Hidden City. Il y avait un marché de Noël installé au croisement entre la First et la Second Avenue où grouillaient un grand nombre de sorciers et de sorcières. C’était un bon endroit pour acheter des cadeaux, un bon endroit pour déguster des chocolats de toute sorte et de la bièraubeurre brûlante, au bon goût de caramel. Harry et Dahlia s’y promenèrent lentement, sans but précis, pour le simple plaisir de le faire. Il n’y avait pas de choses comme ça à Londres et même s’il y en avait eu, Harry n’y serait pas allé. Cela aurait été trop pénible de subir les regards curieux de tous les passants. Ici, au moins, ils ne craignaient rien. Enfin, c’était ce qu’il pensait jusqu’au stand de jouets en bois où des pions décapitaient joyeusement des cavaliers pour l’exemple.

- Dahlia ? s’écria une voix dans leur dos.

Dahlia et Harry se retournèrent et sourirent à Abby Lynch qui vint vers eux, accompagnée de deux autres femmes qui devaient être ses amies. Pendant une seconde, sans trop savoir pourquoi, Harry sentit la main de Dahlia essayer imperceptiblement de s’échapper de la sienne mais il la garda fermement et rendit son sourire à Abby.

- Et Harry Potter ! Quelle surprise !

Elle regarda leurs mains accrochées l’une à l’autre et sourit encore plus.

- Eh bien, je vois que vous êtes ensemble maintenant… Il faut croire que cette mission à New York n’a pas été uniquement négative alors.

- Non, en effet, répondit Harry en riant.

Abby proposa à ses amies de continuer sans elle, elle les rejoindrait plus tard. Harry était heureux de la voir, il l’avait toujours appréciée et elle avait pris la défense de Dahlia quand Troy Bernard l’avait menacée d’expulsion. Il prit des nouvelles des Aurors américains, de Tyler Davis, de leurs dernières enquêtes.

- Comment se porte Bernard ? demanda Dahlia avec ironie.

- Il est fidèle à lui-même, admit Abby en haussant les épaules.

Elle demanda à Dahlia ce qu’elle faisait, maintenant qu’elle ne travaillait plus pour eux. Elle fut heureuse d’apprendre que Dahlia pouvait enfin se consacrer pleinement à la librairie sans être appelée en plein service pour aller jouer les indics pour les Aurors et que ça lui convenait parfaitement. Quand ils eurent fait le tour des nouvelles, Abby tendit la main et la posa brièvement sur le bras de Dahlia.

- Je suis contente de t’avoir revue, dit-elle sincèrement. Je vais aller rejoindre mes amies, elles doivent m’attendre.

- Je suis contente de t’avoir croisée aussi, assura Dahlia.

- Mes amitiés à Hermione Granger, dit Abby en faisant une accolade à Harry. Et… félicitations pour vous deux ! J’ai presque envie de le dire à Bernard pour voir sa tête.

Harry éclata de rire et haussa les épaules.

- Tu peux le lui dire si tu veux, je m’en fiche.

Un large sourire aux lèvres, Abby s’éloigna en faisant un dernier signe. Harry et Dahlia reprirent leur promenade, commentant cette rencontre inattendue. Il ne savait pas trop pourquoi mais Harry était heureux d’avoir croisé quelqu’un qu’il connaissait à New York. C’était presque comme une étape de franchie. Maintenant, il avait lui aussi une partie de lui et une partie de vie dans cette ville, qu’il le veuille ou non. Et ces parties-là étaient heureuses.

Dahlia, elle, ne savait pas vraiment si elle était contente ou non d’avoir croisé Abby. Elle gardait peu de bons souvenirs de sa collaboration avec les Aurors américains mais d’un autre côté, c’était agréable de conclure l’aventure de cette façon, de savoir que des gens, au MACUSA, l’appréciaient et avaient aimé son travail. C’était toujours mieux que de rester coincée sur Bernard et sa vulgarité. Et puis, Harry avait gardé sa main dans la sienne alors que Will l’aurait lâchée. C’était toute la différence. Elle se sentait donc de bonne humeur finalement. Et une partie d’elle ne put s’empêcher de penser que c’était toujours une bonne chose d’avoir des amis parmi les Aurors. Elle n’avait tout de même pas oublié tout ce que son père lui avait appris.

Ils rentrèrent enfin chez Dahlia, frigorifiés et bien soulagés de se mettre au chaud. Dahlia fit chauffer le thé, Harry déballa la bougie magique qu’elle avait achetée et qui promettait de parfumer éternellement la pièce d’une douce odeur de cannelle, parfaite pour la période de Noël. Ils sirotèrent leur thé en élaborant leurs projets pour les fêtes. Dahlia viendrait à Londres le 24 décembre en début d’après-midi, ils iraient chez les Weasley le soir. Quant au 25, c’était plus flou, il faudrait y réfléchir. Harry voulait voir Teddy, Dahlia hésitait à rejoindre Emily. Ils s’arrêtèrent là et Dahlia jeta un coup d’œil au livre qui trainait sur la table.

- Je dois absolument le finir pour demain, avoua-t-elle. Je suis en retard dans mon travail.

- Tu peux lire, dit Harry. Je vais en profiter pour me reposer un peu.

En bonne libraire, Dahlia se devait de lire les nouveautés et elle avait pris du retard. Elle s’assit sur le canapé, Harry s’allongea à côté d’elle et posa sa tête sur ses cuisses. Un doux silence envahit l’appartement, seulement entrecoupé par les pages que Dahlia tournait. La bougie dégageait une odeur agréable, la neige s’était arrêtée de tomber. Harry s’endormit rapidement, il était épuisé. Il était levé depuis sept heures, il avait fait une intervention périlleuse avec ses collègues, avait subi un échec cuisant, avait fait l’amour avec enthousiasme et pour lui, il était une heure du matin. Il avait terriblement besoin de dormir avant de reprendre le Portoloin de minuit et de rentrer à Londres.

Dahlia tressaillit légèrement quand un morceau de papier se matérialisa dans son salon et heurta le visage de Harry mais celui-ci se réveilla en sursautant violemment, comme si on l’avait frappé. Il attrapa le message, le déplia et le lut rapidement. Il se redressa en jurant.

- Je dois y aller, désolé, on a retrouvé la trace du suspect.

Harry jeta un regard à sa montre, constata qu’il était à peine sept heures du soir. Il aurait dû rester encore cinq heures avec Dahlia et il se sentait frustré. En plus, il se sentait envahi d’une légère panique à l’idée qu’il devrait attendre le prochain Portoloin avant de rentrer. Il espérait qu’il ne serait pas trop en retard. S’il avait été à Londres, il serait déjà au Ministère à l’heure qu’il est. Harry se précipita vers ses affaires, mit ses chaussures et son manteau sous le regard de Dahlia qui n’avait pas prononcé un mot. Il se tourna vers elle, désolé et nerveux.

- Tu es vraiment obligé de partir ? demanda-t-elle enfin, un peu froidement.

- Oui, tu le sais bien. Je verrai si je peux revenir avant Noël.

Il l’embrassa précipitamment et s’en alla en claquant la porte. Il était resté avec elle pendant quatre heures seulement et Dahlia eut vraiment l’impression amère d’être une sorte de maitresse qui devait se contenter de courts moments volés ici et là. Elle savait qu’elle était injuste et qu’ils n’y pouvaient rien mais tout de même, c’était d’une frustration à faire pleurer.

Harry arriva au hangar où partaient les Portoloins pour l’Angleterre et apprit avec désolation que le prochain partait dans vingt minutes. Ce n’était pas si long mais ça l’était beaucoup trop pour lui. Ses collègues devaient déjà être sur place, tentant d’arrêter le suspect une nouvelle fois. Harry allait tout louper, il allait se faire engueuler. Il se sentait coupable d’abandonner ses partenaires de cette façon, coupable d’abandonner Dahlia de cette façon. Bref, rien n’allait.

Bien entendu, il arriva trop tard. Son équipe était déjà intervenue et était déjà revenue au Ministère. Ils avaient une nouvelle fois manqué le suspect. Mark, Jane et Hermione avaient une tête à faire peur, pâle, épuisée et dépitée. Harry n’était pas plus en forme qu’eux. Il n’avait même pas dormi une heure, il ne s’était pas reposé du tout. Il se répandit en excuses, affirmant qu’il avait fait au plus vite mais qu’il dépendait des horaires des Portoloins.

- Tu n’es peut-être pas obligé de partir à l’autre bout du monde quand on est en pleine enquête, asséna sèchement Rufus.

C’était la première fois que son chef lui parlait de cette façon et Harry se mordit la lèvre pour ne pas répondre. Hermione poussa un soupir, Mark et Jane parurent mal à l’aise.

- Enfin, pour être honnête, ça n’aurait pas changé grand-chose que tu sois là ou pas, tempéra Rufus. Il nous aurait échappé de toute façon.

- Je suis désolé, murmura Harry.

- La prochaine fois, reste à Londres.

Harry songea que c’était facile à dire pour lui, puisque sa copine l’attendait sagement à la maison tous les soirs. Dahlia, elle, avait autre chose à faire que d’être sage et d’attendre. Et ils n’avaient pas de maison. L’injustice de la situation fit monter en lui une colère qui retomba presque aussitôt. Il était trop fatigué pour cela et ses collègues n’étaient pas responsables de ses choix amoureux. Triste, dépité, furieux d’avoir finalement gâché son moment avec Dahlia pour rien, Harry rentra chez lui et se coucha dans son lit glacé pour essayer de dormir quelques heures avant de reprendre les recherches le lendemain matin.




Finalement, Dahlia arriva à Londres dès le 23 décembre, pour gagner un jour de plus avec Harry. Emily l’avait laissé finir plus tôt et Dahlia avait pris le Portoloin de seize heures qui la faisait arriver à neuf heures du soir à Londres. Harry était rentré chez lui depuis déjà un moment et il l’attendait avec impatience. Il n’était pas allé la chercher à Greenwich, ils avaient décidé que ce serait trop risqué. Avec les fêtes, beaucoup de sorciers voyageaient et la présence de Harry aurait attiré l’attention sur la femme qui le rejoignait. Elle transplana donc toute seule et sonna chez Harry, emmitouflée dans son écharpe grise et sa longue cape noire. Ils ne s’étaient pas revus depuis la fois où Harry était parti précipitamment mais il lui avait écrit pour lui raconter le mécontentement de son chef et lui dire qu’il préférait ne pas refaire deux fois la même erreur en quelques jours seulement. Il était donc resté à Londres où son équipe et lui-même avaient enfin réussi à arrêter leur suspect.

Dahlia retira sa cape, ses gants et son écharpe tout en marchant vers Harry.

- Ce qui manque vraiment dans les appartements, c’est une cheminée, constata-t-elle.

- C’est vrai, admit Harry en repensant aux flambées de Poudlard ou au bon feu de cheminée qui les attendait chez les Weasley.

- Dommage que les maisons soient si chères à New York, je ne suis pas près de pouvoir en acheter une… Adieu donc cheminée.

- Peut-être qu’un jour nous… commença Harry avant de se taire brusquement.

- Quoi ?

- Rien.

Il n’osait pas se projeter dans un futur trop lointain avec elle, ça l’effrayait. Il avait peur qu’elle se moque de lui et le trouve ridicule. Plus que cela, il avait peur de la perdre en rêvant trop. Il avait rêvé d’une vie avec Sirius, une vie où il viendrait habiter avec lui, où il aurait une véritable famille et enfin un adulte qui veillerait sur lui, le féliciterait de ses bonnes notes et l’emmènerait voir des matchs de Quidditch. Il en avait rêvé à en perdre la tête et il n’avait jamais effleuré cette vie, pas même du bout des doigts. Harry préférait donc ne pas trop rêver, on ne savait jamais.

Il embrassa Dahlia et la serra dans ses bras pour détourner son attention et lui montra le sapin qu’il avait installé dans le coin du salon. Harry avait sorti les décorations, vestiges de moments plaisants et souvent drôles qu’il avait partagés avec Ron à l’époque où ils vivaient ensemble.

- Je viens d’acheter le sapin, expliqua Harry. J’y suis allé en sortant du travail tout à l’heure.

- Et tu espérais que je t’aiderais à le décorer ? demanda Dahlia avec un sourire moqueur.

- Non, pas forcément. Je veux qu’il soit joli pour qu’il plaise à Teddy.

Teddy devait venir passer le 25 décembre chez Harry pour vivre un moment complice entre parrain et filleul. Pour que Dahlia n’ait pas à croiser Andromeda. Pour qu’Andromeda puisse aller chez sa sœur. En vérité, cela arrangeait tout le monde. Heureusement pour lui, Andromeda n’avait pas insisté pour rencontrer Dahlia, la fameuse copine américaine de Harry que personne n’avait jamais vue. Ils n’étaient pas assez proches pour cela. Andromeda posait à Harry des questions convenues et amicales sur sa vie, sur son travail, mais cela n’allait jamais plus loin. Quant à Harry, il ne posait des questions que sur Teddy. Il estimait – à tort peut-être, il ne savait pas – que ce n’était pas à lui de demander à une femme qui aurait pu être sa mère comment elle allait vraiment.

Il décora le sapin, pendant que Dahlia, assise sur le canapé, lui donnait des ordres et des conseils. « Là, il n’y a pas assez de boules, ne mets pas la verte à côté de la dorée, ça ne rend pas bien ». Harry obéissait docilement, amusé. Il n’avait certainement pas besoin d’elle pour faire son sapin de Noël mais il aimait l’entendre parler sérieusement d’un sujet aussi superficiel. Il se demandait à quoi ressemblait la fête de Noël chez les Malefoy, s’ils avaient l’habitude de décorer leur sapin eux-mêmes ou s’ils confiaient cette tâche à l’elfe de maison. Dahlia devait recevoir une montagne de cadeaux, assurément. Un peu comme Dudley. Harry se fit la réflexion que tous ces cadeaux n’avaient sans doute jamais rendu Dudley ou Dahlia heureux.

Quand ils terminèrent, Harry déposa sous le sapin les présents qu’il avait achetés pour Teddy – au dernier moment, bien sûr – et Dahlia y posa celui qu’elle avait choisi pour Harry. Il fixa le paquet avec curiosité.

- Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-il.

Dahlia le toisa avec hauteur et réprobation, l’air de penser qu’il était vraiment stupide et déplacé de poser une telle question.

Harry était déjà levé depuis longtemps quand Dahlia se réveilla. Avec le décalage horaire, elle n’avait pas réussi à émerger plus tôt et de toute façon, personne ne le lui demandait. Elle rejoignit Harry dans le salon et s’assit contre lui sur le canapé pour boire son thé. Elle le fit en regardant par la fenêtre le ciel grisâtre de Londres et les toits qui s’étendaient à perte de vue. Que feraient ses parents ce soir ? Seraient-ils seuls tous les deux pour le réveillon ? Surement. Penseraient-ils à elle ? Surement.

Les pensées de Dahlia furent interrompues par l’arrivée d’un hibou qui frappa à la porte-fenêtre. Harry s’empressa d’aller lui ouvrir et de récupérer les deux lettres que le hibou transportait. Il le fit entrer au chaud, lui donna un peu de Miamhibou et ouvrit les deux lettres. Elles venaient de Poudlard, une de Hagrid et l’autre du professeur McGonagall, pour lui souhaiter un joyeux Noël. Harry lut les messages à haute voix et Dahlia écouta, un peu blasée. Elle n’aimait toujours pas Hagrid et elle savait que ça ne changerait jamais. Quant au professeur McGonagall, elle n’avait pas vraiment d’avis sur la question.

- Je ne savais pas que tu étais si proche d’elle, commenta Dahlia. Tu étais le favori de Dumbledore, ça c’est sûr mais McGonagall paraissait plutôt impartiale avec toi. Enfin… dans la mesure du raisonnable. Personne n’était vraiment impartial avec toi.

- Dahlia ? demanda Harry sans la regarder.

- Quoi ?

- Arrête-toi là.

Elle pinça les lèvres dans une attitude vexée et lui lança un regard glacial qu’il ignora. Il pensa à ses deux anciens professeurs qui devaient rester à Poudlard pour garder les élèves qui ne pouvaient malheureusement pas rentrer chez eux. Harry gardait de bons souvenirs de ces années-là, quand il était resté à Poudlard avec Ron et Hermione. Et qu’il s’était introduit illégalement dans la salle commune des Serpentard pour espionner Dahlia, par exemple. Harry se tourna vers elle en souriant.

- Tu veux que je te raconte quelque chose de drôle ? demanda-t-il d’un air moqueur.

Dahlia ne prit pas la peine de répondre et attendit en silence qu’il lui fasse son petit récit. Il avait l’air très fier de lui et de ses bêtises, très fier d’avoir réussi ça à douze ans et de l’avoir piégée de cette façon. Dahlia écouta sans rien dire, les lèvres toujours pincées dans une attitude méprisante, bouillonnant intérieurement d’avoir été humiliée à son insu une fois de plus. Quand il arriva au bout de son récit, elle se tourna vers lui.

- Pervers, dit-elle froidement.

- Quoi ? rétorqua Harry en tressaillant.

- C’est pervers de prendre une autre apparence pour aller espionner quelqu’un.

- Oui enfin c’était pour te faire cracher des informations sur la Chambre des Secrets, pas pour te regarder te déshabiller.

- Dommage, souffla Dahlia d’un air presque rêveur.

Harry se racla la gorge en rougissant un peu.

- Bref, maintenant tu sais.

- Je suis sidérée par le nombre de stupidités que tu as faites quand nous étions à Poudlard, dit-elle sincèrement. Je pense que c’est un record.

- Probablement, oui, concéda Harry.

Harry ne savait pas très bien quoi faire avec Dahlia en attendant qu’il soit l’heure de partir chez les Weasley. Il trouvait absurde de faire une énième promenade à Londres, cela ne les intéressait ni l’un ni l’autre. En plus, il faisait moche et froid. S’il s’était écouté, Harry aurait aimé se rendre à Pré-au-lard pour retrouver la magie des hivers d’autrefois. Ils auraient pu se promener dans le petit village, vide d’élèves à cette période de l’année et boire une bièraubeurre. Il aurait pu saluer Abelforth ou même Hagrid, rapidement.

- A quoi est-ce que tu penses ? demanda Dahlia, étonnée de le voir silencieux depuis longtemps.

A la grande surprise de Harry, elle accepta d’aller à Pré-au-lard. Harry enfonça un bonnet sur sa tête pour cacher sa cicatrice et ferma son manteau jusqu’en haut. Dahlia dissimula ses cheveux sous un bonnet, elle aussi, et s’emmitoufla dans son écharpe. S’ils croisaient des gens, on ne les reconnaitrait pas. Ils transplanèrent en Ecosse, où il faisait bien plus froid qu’à Londres et où la neige glacée rendait les chemins glissants. C’était la veille de Noël mais il y avait tout de même un peu de monde dans le village. Ils croisèrent des élèves de Poudlard, ceux qui restaient pour les vacances peut-être ou ceux qui habitaient à côté. Occupés à regarder les vitrines des magasins ou à se réchauffer les mains, aucun d’eux ne remarqua Harry. De toute façon, ces enfants ne l’avaient jamais vu et ne connaissaient que son nom. Il était tranquille. Il marcha dans la rue principale, passa près de la gare où il était arrivé de nombreuses fois, devant Derviche et Bang, la boutique d’objets magiques en tout genre. Il n’était pas revenu ici depuis la guerre et il trouva cela apaisant de pouvoir y marcher à nouveau sans tristesse, sans douleur et sans regret.

Dahlia avait eu envie de venir, elle aussi. C’était la première fois qu’elle revenait ici depuis la guerre et elle ne savait pas vraiment si elle en ressentait de la tristesse, de la douleur ou de la nostalgie. Elle avait l’espoir que se promener ici avec Harry changerait les souvenirs qu’elle gardait de ces années sombres de sa vie. Elle aurait aimé être une enfant plus heureuse, vivre dans un monde d’amour et de joie plutôt que de haine et de barrières. Elle tourna la tête vers les lumières vives du coin de la rue et entraina Harry vers la boutique de confiseries. Elle y entra avec enthousiasme, respirant les bonnes odeurs de sucre et de nougat. Honeydukes n’avait pas changé, c’était toujours vivant et coloré. Il y avait des enfants et des adolescents qui s’empressaient d’obliger leurs parents à leur acheter une dernière friandise, des grands-parents venus faire quelques emplettes de dernière minute.

Dahlia se souvint des fois où elle était venue ici avec Vincent, Gregory et Pansy et où ils en étaient sortis les poches pleines de bonbons et de chocolats. Vincent et Gregory étaient stupides mais ils la protégeaient et lui permettaient de cacher aux autres sa propre fragilité. Ils l’exaspéraient mais ils étaient ce qui se rapprochaient le plus d’un ami. Quant à Pansy, elle était idiote aussi, cruelle et méchante, mais pas tellement plus que Dahlia, à l’époque. Elles s’entendaient parfaitement. Même si Dahlia devait subir les cajoleries de Pansy qui était clairement amoureuse d’elle, elle l’aimait bien. Elle observait les gestes de Pansy, sa façon de remettre ses cheveux derrière son oreille, la façon qu’avait sa jupe de se balancer sur ses jambes quand elle marchait. Elle la regardait s’épiler les sourcils le soir, devant son miroir, elle la regardait vernir ses ongles et brosser ses cheveux. Elle regardait ses seins qui avaient une jolie forme ronde sous son chemisier, elle observait le soutien-gorge de Pansy, qu’on devinait parfois à travers ses vêtements quand il y avait du soleil. Vincent et Gregory se moquaient de Dahlia, disant qu’elle n’arrêtait pas de mater Pansy. Ils n’avaient rien compris mais ça ne faisait rien, elle ne leur en voulait pas.

Quand elle acheta un paquet de caramels dorés et un sachet de nougats, elle se dit que finalement, il y avait eu des moments heureux dans sa jeunesse. Des moments un peu drôles, même, si on parvenait à prendre du recul. Harry tendit la main vers le paquet pour lui en voler un et Dahlia le laissa faire, de bonne humeur.

- Tu souris toute seule, commenta Harry. Je craignais que ça te dérange de venir ici mais finalement, ça a l’air de te plaire.

- Ça fait remonter des souvenirs, c’est tout… répondit Dahlia.

- Des souvenirs heureux, visiblement.

- J’ai essayé de coucher avec Pansy, une fois.

Harry s’étouffa avec le nougat, toussa violemment pendant que Dahlia lui tapait dans le dos sans grande conviction avec un sourire condescendant. Il finit par se reprendre, les joues rouges, et lui lança un regard mi navré mi étonné.

- Elle était insupportable, toujours collée à toi… Elle avait une tête de bouledogue méchant.

- Peut-être mais c’était mon amie, rétorqua sèchement Dahlia. J’aimais bien l’embrasser, c’était agréable. En fait j’avais envie, tu sais… Non, rien.

- Vas-y, je meurs d’envie de connaitre la fin, dit Harry avec cynisme.

- Elle est venue chez moi un jour, pendant les vacances d’été, quand nous avions seize ans. Elle était plutôt entreprenante et ça m’arrangeait parce que j’avais envie de la toucher aussi. J’avais envie de la déshabiller et de regarder à quoi ressemblait son corps. J’étais jalouse de ne pas avoir le même. Donc je l’ai déshabillée, je l’ai touchée à peu près partout et puis j’ai dit qu’il valait mieux s’arrêter là.

- La pauvre…

- Oh non ! s’écria Dahlia. Elle a pensé que j’étais un garçon galant qui lui avait donné du plaisir sans rien attendre en retour, ce qui est globalement le contraire de ce que font les garçons à cet âge. Je crois qu’elle m’aimait encore plus après ça…

Harry avait assez peu envie d’imaginer Dahlia coucher avec Pansy, même si, à l’époque, il était certain qu’ils le faisaient. Aujourd’hui, c’était beaucoup plus perturbant. Dahlia éclata de rire en voyant l’expression de Harry et mangea un autre nougat. Elle préférait en rire, maintenant, et le prendre comme une sorte de blague, c’était plus facile.

Ils hésitèrent à entrer aux Trois Balais mais ils craignaient qu’il y ait trop de monde et qu’on reconnaisse Harry. Ils se rendirent donc à la Tête de Sanglier. Le pub gardait sa réputation douteuse mais depuis la guerre, les choses avaient un peu changé. Abelforth avait refait la décoration pour accueillir les nombreux visiteurs qui venaient chaque année pour voir l’endroit par lequel Harry Potter s’était infiltré à Poudlard pour la bataille finale ou ce genre d’imbécilités. Harry poussa la porte et alla s’asseoir dans un coin tranquille. Dahlia s’assit contre le mur, là où on la verrait le moins et retira son bonnet. Abelforth s’approcha d’eux, un léger sourire aux lèvres, un plateau à la main.

- Salut Harry, dit-il à voix basse. Tu vas bien ?

- Bonjour Abelforth. Oui, merci et vous ?

- Les affaires marchent bien, je te remercie. Je suis surpris de te voir. En charmante compagnie, en plus…

- Oui c’est… euh… c’est ma copine. Elle est américaine donc je lui fais visiter des…

- Enchanté, coupa Abelforth en faisant mine de s’incliner. Qu’est-ce que je vous sers ?

Il n’avait pas l’air particulièrement intéressé par l’histoire d’amour de Harry, pas plus qu’il ne fut intéressé par Dahlia. Il s’occupa de leur servir deux bièraubeurre et retourna à son comptoir. Dahlia eut l’air soulagée, Harry était blasé par le comportement bourru du propriétaire. Décidément, il était l’opposé de son frère.

- C’est bien lui qui a un penchant pour les chèvres ? demanda Dahlia en trempant ses lèvres dans sa chope.

- Chut ! ordonna Harry en jetant un coup d’œil au comptoir. Personne ne sait si cette histoire est vraie de toute façon.

Dahlia eut un sourire ironique et but une autre gorgée. Elle aimait toujours autant énerver Harry en critiquant les gens qu’il connaissait. Il changea de sujet, raconta comment il était venu ici plusieurs fois lors de sa scolarité, toujours pour préparer de mauvais coups. Ou plutôt des coups éclatants de justice et de rébellion. Dahlia l’écouta, trouvant qu’il parlait beaucoup plus que d’habitude. C’était peut-être parce que cet endroit lui rappelait son passé. Elle avait remarqué depuis longtemps que Harry restait fermement accroché au passé, bien plus qu’elle et elle trouvait cela un peu triste. Elle se disait que peut-être, si elle l’écoutait avec attention, il finirait par arrêter d’en parler et se tournerait enfin vers le futur ou au moins, vers le présent. Peut-être qu’il arriverait à lui dire sans hésiter qu’il voulait avoir une maison avec elle.

Harry consulta sa montre et constata qu’il était presque cinq heures de l’après-midi. Ils allaient devoir rentrer pour se préparer et aller fêter Noël au Terrier. Il se tourna vers Dahlia pour le lui dire et sourit malgré lui.

- Tu as encore de la mousse sur la lèvre, dit-il.

Elle l’enleva d’un coup de langue que Harry regarda attentivement. Il aurait bien aimé la lécher lui-même. A moitié frustré, à moitié heureux, Harry quitta le pub avec Dahlia. Ils étaient satisfaits de cette promenade, satisfaits de voir qu’ils pouvaient tout de même sortir quelque part sans être inquiétés et reconnus, même s’il fallait aller à l’autre bout du pays pour cela.

Dahlia avait mené beaucoup de combats dans sa vie, de toute sorte. Elle en avait perdu beaucoup mais elle avait aussi remporté quelques victoires éclatantes. Ce combat-là, elle ne voulait pas le perdre. Elle ne voulait pas se sentir faible et impuissante devant le regard de la famille Weasley, elle ne voulait pas se sentir laide et différente. Elle ne voulait pas décevoir Harry. Comme un chevalier sorcier du temps jadis revêtant son armure avant de partir à la guerre, Dahlia fit lentement glisser le collant noir sur ses jambes puis sur sa culotte et sur ses hanches. Elle enfila sa robe, noire aussi, la fit remonter doucement jusqu’à son soutien-gorge et fit entrer ses mains dans les manches en dentelle. Elle agita sa baguette pour que les boutons se ferment tous seuls dans son dos et elle attacha la fine ceinture rouge autour de sa taille. Avec soin et précision, elle appliqua la poudre sur ses joues, le noir sur ses yeux, le rouge sur ses lèvres. Elle brossa ses longs cheveux blonds qu’elle aimait tant et dont elle était si fière, les mêmes que son père. Elle les noua avec un ruban rouge, assorti à la ceinture de sa robe et elle se regarda dans le miroir. Elle ne parvenait pas vraiment à se trouver jolie mais elle était elle-même et c’était déjà ça.

Dahlia sortit de la salle de bain et retrouva Harry qui l’attendait dans le salon. Il avait fait un effort, lui aussi, pour des raisons différentes. Son pantalon était repassé et impeccable, sa chemise était soigneusement glissée dans sa ceinture et son pull était élégant. Il avait taillé sa barbe et ses cheveux… Ils étaient fidèles à eux-mêmes mais Dahlia les aimait ainsi. Harry la regarda quelques secondes, avec une expression sérieuse sur le visage qui l’effraya un peu.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Dahlia.

- Rien, tu es belle, c’est tout.

- Ah.

Elle se détourna, chercha ses bottines des yeux et rougit un peu. Elle les laça rapidement, le pied posé sur une chaise puis se redressa et regarda l’horloge. Il était l’heure d’y aller, elle ne pouvait plus se défiler. Harry mit son manteau et prit le sac qui contenait les cadeaux qu’il avait achetés pour Ron et Hermione. Dahlia y avait rajouté des pâtisseries et chocolats qu’elle avait ramenés de New York, pour les offrir aux Weasley. Elle se devait de faire bonne impression. Elle se dépêcha donc d’enfiler sa cape, elle aussi, d’enrouler son écharpe autour de son cou puis ils sortirent de l’appartement et transplanèrent dès qu’ils le purent.

Ils arrivèrent sur un sentier enneigé, à une centaine de mètres du petit portillon. Harry s’y dirigea naturellement mais Dahlia resta immobile sur le chemin. Elle avait froid, elle avait la sensation angoissante de manquer d’air. Elle tendit la main vers Harry.

- Attends ! Cria-t-elle.

Harry s’arrêta et revint vers elle.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Je… J’ai changé d’avis, je ne veux plus y aller, déclara précipitamment Dahlia.

- Quoi ? Mais nous y sommes, ils nous attendent, qu’est-ce que tu racontes ?

- Je ne veux pas y aller.

- Mais pourquoi ? Je sais que tu ne les apprécies pas spécialement mais c’est surtout parce que tu ne les connais pas. Tu verras, ils sont…

Il se tut de lui-même, voyant l’expression sur le visage de Dahlia. Ça ressemblait à de la panique. Harry fit un autre pas vers elle et lui attrapa le bras de sa main libre.

- Dahlia… dit-il doucement.

- J’ai peur, murmura Dahlia. J’ai peur de ce qu’ils vont penser de moi. Je… C’est la première fois que je vais revoir des gens de mon passé, des gens qui ne m’aimaient pas, en plus. Je…

- C’est faux, tu nous as revus d’abord, Hermione et moi.

- Et on ne peut pas dire que ça se soit bien passé, rétorqua Dahlia.

Harry serra le bras de Dahlia et la regarda dans les yeux.

- Ils sont beaucoup moins stupides que moi et beaucoup plus généreux. Ils ne diront rien de blessant et honnêtement, je ne suis même pas sûr qu’ils pensent quoi que ce soit de blessant. Ils m’aiment et ils me respectent, ils te respecteront aussi. Et puis je suis là. S’il y a le moindre problème, nous partirons et c’est tout.

Dahlia expira une longue bouffée d’air qui se changea en vapeur devant sa bouche. Elle savait que Harry avait raison et elle avait vécu des choses bien plus terrifiantes que ça. Dahlia se redressa, reprit contenance et rassembla ses pensées. Elle avait peur, elle n’allait pas le nier. La peur était une compagne fidèle qui ne la quittait jamais vraiment. Mais cette fois-ci, il y avait Harry à ses côtés, tout irait bien. Et puis, Harry ou pas, elle n’allait tout de même pas se laisser impressionner par ces campagnards rouquins. Il fallait qu’elle se reprenne.

- C’est bon, souffla-t-elle. C’est passé.

- Tu es sûre ?

- Oui, allons-y.

Harry lui prit la main et avança vers le portillon. Elle se chargea de l’ouvrir et ils traversèrent le jardin pour gagner la maison. Par les fenêtres, ils pouvaient voir de la lumière et des gens debout qui discutaient. Le cœur de Dahlia se mit à cogner contre sa poitrine quand Harry cogna à la porte et elle attendit, plus morte que vive, que quelqu’un vienne ouvrir. Ce fut Molly Weasley qui ouvrit la porte d’un grand geste accueillant et se recula pour les laisser entrer. Dahlia suivit Harry, prête à subir les regards, les questions, le mépris et la curiosité malsaine. Molly serra Harry dans ses bras et montra le salon.

- Va déposer les cadeaux au pied du sapin, ordonna-t-elle.

Puis elle se tourna vers Dahlia et lui sourit.

- Entre donc ma chérie, tu as l’air frigorifiée ! Donne-moi ton manteau.

Dahlia fut incapable de prononcer un mot, retira son manteau et le tendit à Molly Weasley.

- Je suis ravie de faire enfin ta connaissance, dit sincèrement Molly en accrochant le manteau sur un cintre magique qui alla s’aligner avec les autres. Harry nous parle de toi depuis des mois mais il ne voulait jamais t’emmener. Bon, je comprends bien sûr mais je suis contente que tu sois là.

- Merci… Moi aussi.

- Ils sont tous dans le salon, vas-y, dit gentiment Molly en la poussant presque.

Harry attendait Dahlia devant la porte du salon, pour entrer avec elle et ne pas l’abandonner cruellement. Son sentiment d’étouffement s’accentua quand elle pénétra dans la pièce et se rendit compte qu’ils étaient plus nombreux qu’elle l’avait imaginé. Il y avait beaucoup d’enfants qui couraient partout, un peu trop à son goût mais elle était chez les Weasley, elle devrait s’y faire. Elle sourit avec soulagement à Hermione qui vint la prendre dans ses bras, fut presque heureuse de voir Ron. Elle serra la main d’un type charmant aux cheveux longs qu’elle était à peu près certaine de n’avoir jamais vu et qui se présenta comme étant Bill Weasley. Elle reconnut Angelina, qui jouait au Quidditch et qui vint lui dire bonjour en souriant aussi. Après sa femme, George Weasley se planta devant Dahlia et baissa les yeux sur elle avec circonspection.

- Salut Malefoy, dit-il en tendant la main.

- Bonjour, répondit Dahlia d’un ton neutre.

George eut une seconde d’étonnement en entendant le son de sa voix et se décala pour dire bonjour à Harry. Arthur Weasley eut un peu plus de mal à dissimuler sa stupeur en voyant Dahlia mais il se reprit tout de suite et lui sourit chaleureusement. Percy en fit trop, comme d’habitude, et Harry sauva Dahlia d’une présentation trop longue. Elle essaya de se détendre, renonça à dire bonjour aux enfants ou même à apprendre tous leurs prénoms et inspira profondément. Jusqu’à présent, ça allait, c’était moins terrible qu’elle l’avait craint.

- Ah tu es là Arry, dit une voix de femme en provenance du couloir.

Fleur entra dans le salon à son tour, dans une longue robe bleutée qui lui allait à ravir. Son regard se posa sur Dahlia et elle marcha vers elle avec lenteur, le visage impassible. Elles se fixèrent un instant, Fleur jaugeant avec méfiance cette nouvelle femme aux longs cheveux blonds comme la lune qui venaient faire concurrence aux siens, Dahlia contemplant avec fascination cette femme qu’elle avait toujours trouvée belle et qu’elle avait toujours rêvé d’être.

- Tu es arrivée aujourd’hui ? demanda poliment Fleur du bout des lèvres.

- Non, je suis arrivée hier soir.

- Ça ne doit pas être facile avec le décalage horaire…

- C’est plus facile dans mon sens que dans celui de Harry, répondit Dahlia.

- Tout de même, commenta Fleur. Le Portoloin n’est pas le moyen de transport le plus agréable je trouve…

- C’est vrai. Et c’est souvent un objet cassé et répugnant, c’est moins plaisant que la poudre de Cheminette.

- Absolument, dit Fleur avec hauteur. Je n’ai jamais compris pourquoi ils s’obstinent à nous faire voyager avec des détritus. Pourquoi ne pas créer un objet magique digne de ce nom ?

Elles s’entendirent parfaitement, Fleur perdit sa méfiance et elles purent médire ensemble du manque de considération que subissaient les voyageurs sorciers dans le monde. Harry et Bill échangèrent un regard et s’éloignèrent pour retrouver Ron.

Dans l’ensemble, la soirée se passa très bien. Dahlia et George s’évitaient poliment, pas plus emballés que ça à l’idée de se rapprocher pour le moment. Molly s’était surpassée et le dîner était délicieux. Fleur et Dahlia étaient devenues les meilleures amies du monde sous le regard un peu désabusé de Harry qui connaissait maintenant suffisamment Dahlia pour voir la légère roseur de ses joues et le léger éclat de ses yeux quand elle regardait Fleur trop longtemps. Il ne pouvait pas vraiment le lui reprocher cependant, le charme de Fleur et de ses origines vélanes n’avait jamais laissé grand-monde indifférent.

Pendant le repas, on posa des questions à Dahlia sur sa vie à New York, son travail, sa rencontre avec Harry. Elle y répondit de bonne grâce, peignit un portrait un peu idéalisé de sa vie. Elle n’avait pas envie de leur en dire trop ou de se confier à eux, elle ne les connaissait pas. Ce fut le moment où George se détendit le plus et parvint à surmonter le fait que c’était Malefoy. New York l’intéressait sincèrement, il regrettait souvent de ne pas avoir plus voyagé que ça quand il était plus jeune. Arthur et Molly baissèrent la tête et haussèrent les épaules.

- Nous n’en avions pas les moyens, dirent-ils comme une excuse.

- Ce n’était pas un reproche, assura George. J’avais les moyens moi mais il y a eu la guerre et puis…

Il fit un geste qui ne voulait rien dire. Il y eut une conversation globalement agréable sur le Quidditch entre Dahlia, Angelina et George. Contrairement à ce que Harry avait craint, Angelina ne fit jamais allusion aux matchs à Poudlard et George en fit très peu. Tout cela remontait à plusieurs années maintenant, c’était une autre vie, avant la guerre et les morts, ils avaient oublié. Ce ne fut qu’au dessert que les questions devinrent un peu plus osées et sérieuses. Molly regarda Dahlia avec gentillesse.

- Ça n’a pas été trop difficile de partir toute seule et de te débrouiller là-bas ? Demanda-t-elle.

- Un peu, admit Dahlia. Mais j’ai rencontré des gens qui m’ont aidée, heureusement.

- Et tes parents ? osa Molly. Tu comptes ne jamais leur dire la vérité ?

- Ne vous inquiétez pas pour mes parents, dit fermement Dahlia en finissant son verre de vin. Ils préfèrent sans aucun doute me croire morte que d’apprendre qui je suis réellement.

Molly Weasley eut une réaction de stupeur.

- Aucun parent ne pourrait penser cela ! S’écria-t-elle.

Dahlia se tourna vers elle, surprise à son tour. Fleur et Hermione attendirent la suite, sur le point de dire quelque chose elles aussi.

- Mais bien sûr que si, répondit Dahlia, stupéfaite. Il y en a plein des parents qui mettent leur enfant à la porte en apprenant qu’il est différent de ce qu’ils s’imaginaient. J’en ai rencontré beaucoup dans l’association où mon amie travaille. Des jeunes homosexuels ou transgenres dont les parents ne veulent plus.

- Vraiment ? bafouilla Molly, abasourdie. Moi jamais je… jamais je n’aurais pu…

- C’est parce que toi tu es une bonne mère, maman, dit doucement George en posant une main sur son bras.

- Merci, dit Molly en rougissant.

- Tu crois que c’est ce que tes parents auraient fait, s’ils l’avaient appris ? demanda Arthur.

Dahlia eut un éclat de rire amer et regarda Arthur Weasley avec ironie.

- Vous savez mieux que personne qui est mon père, n’est-ce pas ?

Après le repas, tout le monde s’éparpilla dans la maison. George, Percy, Ron, Harry et Bill se chargèrent de débarrasser la table pendant qu’Arthur servait du vin chaud à ceux qui le voulaient. Assises devant le feu, Fleur, Dahlia et Hermione continuèrent de parler des discriminations dont souffraient encore trop de personnes. Angelina et Audrey, la femme de Percy, surveillaient de loin les bêtises de leurs enfants. Molly berçait le plus jeune de ses petits-enfants dans ses bras. Dans la cuisine, Harry et les frères Weasley surveillaient attentivement la vaisselle, essuyaient ce qui était propre et rangeaient le tout dans les placards. Harry avait une question qui lui trottait dans la tête depuis qu’il l’avait appris mais qu’il n’avait pas osé poser avant et pas devant Molly.

- Pourquoi Ginny n’est-elle pas venue fêter Noël ? demanda-t-il. C’est à cause de moi, n’est-ce pas ?

George et Ron échangèrent un regard, Bill continua d’essuyer la vaisselle et Percy prit un air important.

- Elle viendra demain, ne t’en fais pas. Elle est chez la famille de son… nouveau copain ce soir.

- Ça ne répond pas à ma question, fit remarquer Harry. Elle ne voulait pas me voir c’est ça ? Ou c’est à cause de Dahlia ? Elle n’est pas au courant, si ?

Ils eurent tous l’air un peu gêné, ils ne savaient pas mentir. Harry commençait à sentir l’agacement monter, en même temps qu’une pointe d’anxiété.

- Allez, dîtes-le-moi !

- Ginny a… commença George.

- Maman a dit de ne pas lui en parler, coupa sèchement Percy.

- Harry a le droit de savoir, dit calmement Bill.

Il se tourna vers Harry et posa le torchon sur la table.

- Il y a eu plusieurs disputes avec Ginny. Elle n’appréciait pas que tu sois invité aux fêtes de famille. Elle a dit qu’elle ne voulait pas être obligée de passer tous ses Noël avec toi alors que vous avez rompu.

- Ça se comprend, dit Harry à voix basse.

Lui-même avait été bien content d’apprendre qu’elle ne serait pas là. Il aurait fait un effort cependant, c’était elle la fille de Molly et Arthur, elle avait le droit d’être là bien plus que lui.

- Elle a donc déclaré qu’elle viendrait le 25, quand tu ne serais plus là.

- Mais… Il n’y aura personne demain, vous serez tous chez les parents de votre femme !

- Moi je serai là, dit Bill. Et il y aura nos parents.

- Je vois, conclut Harry.

Elle s’était privée de passer Noël avec toute sa famille à cause de lui alors qu’il ne faisait même pas partie de la famille. Harry se sentit affreusement coupable. Il aurait dû savoir que sa présence bouleverserait les choses maintenant qu’ils ne sortaient plus ensemble.

- Tu as passé Noël avec nous bien avant de sortir avec Ginny, déclara brusquement Ron. Tu as tout à fait le droit d’être là.

Il semblait avoir deviné les pensées de Harry, ça ne devait pas être très difficile. C’était sans doute pour cela que Molly Weasley leur avait interdit d’en parler, pour que Harry ne se sente pas coupable et ne prenne pas la décision d’arrêter de venir les voir. Pourtant, il n’était pas idiot, l’absence de Ginny était criante et il savait bien que c’était sa faute. Il n’avait pas le droit de lui infliger ça. Il sourit à Ron et ils terminèrent de ranger la cuisine.

Dahlia pouvait deviner les regards fréquents et furtifs que lui adressaient certaines personnes mais elle savait que ce qui les perturbait le plus était sans doute son changement physique plus que le reste. Elle faisait semblant de ne pas le voir, se disant que ça pourrait être pire et qu’au moins, ils n’avaient fait aucun commentaire déplacé. Elle se demanda vaguement, avec un peu d’amusement et d’amertume, si Harry les avait menacés eux aussi, en cas de comportements insultants. Il en était bien capable. Elle ne put empêcher son esprit de dériver égoïstement et cruellement, comme elle savait si bien le faire depuis toujours. Une petite partie d’elle aurait aimé qu’un membre de la famille Weasley l’insulte et que Harry prenne sa défense. Elle aurait aimé le regarder la choisir elle plutôt qu’eux, enfin, comme elle aurait voulu qu’il le fasse dès le début. Mais ce n’était pas très raisonnable comme pensée, pas très mâture non plus, et Dahlia finit par la chasser de son esprit.

Il faisait nuit depuis très longtemps et les familles étaient rentrées chez elles pour coucher leurs enfants. Dahlia avait été un peu déçue de voir Fleur partir mais il restait Hermione, au moins. Percy et Audrey avaient également ramené leurs enfants à la maison et le silence s’était abattu sur le salon. C’était plus calme mais, pour Dahlia, un peu plus angoissant. Ils étaient tous assis devant le feu de cheminée, un peu ivres à cause du vin, Dahlia sur un pouf, Harry sur le tapis à côté d’elle. Elle écoutait Arthur Weasley parler, avec fascination. Elle savait qu’elle n’aurait pas dû le laisser lui parler de ça et qu’elle n’aurait pas dû l’encourager en posant des questions mais c’était plus fort qu’elle.

- Chaque année il offre l’inscription de Poudlard à une famille qui a été victime de la guerre, d’une manière ou d’une autre. Au début, nous ne regardions pas ça d’un très bon œil, pour être franc, nous pensions qu’il voulait simplement redorer son image et retomber dans les bonnes grâces du Ministère. Mais non, ce n’est pas ça. Il n’essaie pas de contacter le Ministère, il ne sort quasiment pas de chez lui. Si je ne connaissais pas aussi bien Lucius, je dirais qu’il tente de faire pénitence, à sa manière.

- Ce n’est pas le genre de mon père de faire pénitence si personne ne l’y oblige, rétorqua Dahlia.

- Non, mais perdre son unique enfant peut changer n’importe qui, fit remarquer doucement Arthur.

- C’est quand même bien triste qu’il faille attendre que je meure pour se mettre à faire le bien.

Elle l’avait dit durement, plus durement qu’elle l’avait imaginé. Elle essayait généralement de ne pas penser à ses parents et quand elle le faisait, elle alternait entre deux états d’esprit. Soit elle se détestait et se sentait coupable de leur avoir infligé une telle souffrance, soit elle les détestait eux. Et ni la première option ni la deuxième ne la rendait heureuse. Arthur et Molly la fixèrent un instant, un peu surpris par sa réponse. Et puis au fond, plutôt soulagés. Ils avaient toujours détesté et méprisé Lucius Malefoy mais ils ne savaient rien de ce que son enfant pouvait penser de lui. Bien sûr, ils avaient entendu les récits de Ron, de George et de Fred sur le sujet mais c’était vieux. Ils étaient donc quand même rassurés de voir que Dahlia Malefoy était capable de juger ses parents et de faire mieux qu’eux. Ils n’en avaient jamais vraiment douté cependant, ils savaient que Harry ne l’aurait jamais aimée s’il en avait été autrement.

Avant de partir, Molly fourra un paquet dans les bras de Dahlia, des restes de petits gâteaux et de pâtés enveloppés dans du papier.

- Tiens, ramène ça, tu as besoin de manger toi aussi, tu es toute mince !

- Je mange, rétorqua Dahlia qui n’avait aucunement envie de prendre du poids.

- Oui mais ça te fera quelques bonnes choses à manger là-bas. Ils ne savent pas cuisiner aux Etats-Unis !

- Merci, céda Dahliaen souriant.

Elle se retrouva dehors, avec sa cape, son écharpe et ses paquets de nourriture, toujours un peu saoule et un peu sonnée. Il faisait un froid glacial mais ça ne faisait rien, elle ne ressentait pas grand-chose.

- Tu pourras les laisser chez moi si tu n’en veux pas, proposa aimablement Harry.

- Non, répondit immédiatement Dahlia en serrant les paquets contre elle. Non, ça ira.

A vrai dire, elle était bien contente que Mrs Weasley l’ait trouvée trop mince et se soit sentie obligée de lui donner des pâtés pour pallier ce problème. C’était le genre de chose pénible qu’une mère faisait et quand sa propre mère essayait de se mêler de sa vie de cette manière, Dahlia trouvait cela très agaçant. Mais elle n’avait pas parlé à sa mère depuis des années et personne ne s’inquiétait de la voir trop mince ou trop pâle ou dieu sait quoi. Alors, au milieu du mépris toujours un peu latent qu’elle ressentait pour les Weasley et de sa répulsion à l’admettre, elle était heureuse que Molly Weasley lui ait offert des gâteaux et des pâtés.

Ils rentrèrent rapidement chez Harry et se retrouvèrent dans la petite salle de bain pour se laver les dents. Il se déshabilla pendant qu’elle se démaquillait soigneusement devant le miroir.

- Finalement, ça a été, non ? demanda-t-il avec prudence.

- Oui, ça va.

Dahlia se serait bien passée d’avoir à parler de ses parents mais elle ne pouvait pas complètement en vouloir aux Weasley pour cela, elle avait encouragé la discussion. Comme un enfant qui s’amuse à appuyer sur son hématome pour se faire mal. Elle se serait bien passée aussi de la condescendance de George Weasley qui ne l’appréciait pas mais c’était réciproque. Elle se serait bien passée enfin de la gentillesse de Molly Weasley qui ne faisait que remuer le couteau dans la plaie de sa culpabilité mais même ça, ça lui avait un peu plu. Dahlia retira le reste de mascara sur ses yeux en se disant qu’elle avait de nettes tendances masochistes elle aussi, comme Harry. Enfin, lui c’était quand même pire.

- Fleur te plait, n’est-ce pas ? dit Harry en souriant.

- A qui ne plairait-elle pas ? répondit Dahlia sans le regarder. Tout le monde la suivait du regard et rêvait d’elle quand elle a séjourné à Poudlard.

- C’est vrai. Je crois que je suis trop habitué à la voir maintenant, ça me fait moins d’effet.

- Moi ça m’en fait toujours, dit Dahlia en souriant à son tour.

Harry la fixa un instant, hésitant.

- Mais donc… tu aimes aussi les femmes alors ?

Dahlia haussa les épaules et entreprit de défaire sa robe.

- Je préfère généralement les hommes mais certaines femmes peuvent me plaire. Fleur par exemple. Elle est tellement belle que ça n’a plus aucune importance que ce soit une femme ou pas.

- Je vois…

Tandis que Dahlia retirait son collant noir, les pensées de Harry dérivèrent un peu, vers l’image plus que séduisante de Fleur et Dahlia, leurs cheveux blonds entremêlés, leurs jambes nues entrelacées, leurs seins qui se frôleraient et puis tout le reste de leurs corps qui se confondrait. Ça lui donna un peu chaud.

- Si tu es en train d’imaginer un plan à trois avec Fleur, sache que j’aurais été complètement d’accord. Dommage qu’elle soit mariée à ce Bill Weasley.

Harry éclata de rire, comme si elle venait de dire quelque chose d’absurde mais il se rendit compte qu’elle était parfaitement sérieuse. Il se débarrassa de son pantalon, mit son pyjama et ils allèrent se coucher sans attendre. Dahlia était épuisée par sa soirée et par toute la tension qu’elle avait eu à supporter. Harry, lui, oublia Fleur pour repenser à Ginny. Il savait qu’il n’irait plus passer le réveillon de Noël chez les Weasley et que c’était la dernière fois. Cela le rendait triste mais c’était la meilleure chose à faire, il en était convaincu. Fort de cette décision, il s’endormit.

Dahlia avait sans doute été trop nerveuse et trop angoissée durant la soirée, elle dormait mal. Elle se retourna longtemps, incapable de trouver une position confortable pour s’endormir et quand elle le fit, elle se retrouva dans un endroit bien plus angoissant encore. Elle était dans le manoir de ses parents mais pas dans le grand salon. C’était une pièce plus petite et plus sombre, le cabinet de son père. Dahlia était debout, au milieu du tapis, sans savoir ce qu’elle faisait là. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle avait envie de partir. Le silence était oppressant, l’obscurité aussi. Elle avait froid et elle avait peur, elle voulait s’enfuir. Au moment où elle essaya de faire un pas hors du tapis, une main glacée se posa sur son épaule et la retint fermement à sa place. Dahlia étouffa un cri qui l’empêcha de respirer et se figea.

- Drago, dit la voix basse et coupante de Voldemort. Tu sais pourquoi je t’ai fait venir ici, n’est-ce pas ?

Aucun son ne sortit de la bouche de Dahlia. Elle pouvait sentit le sang, cognant contre ses tempes et les gouttes de sueur glacée qui commençait à perler dans son dos. La main de Voldemort était toujours posée sur son épaule.

- J’ai une mission pour toi, Drago. Une mission très importante. Je veux que tu tues Albus Dumbledore.

Seuls les yeux de Dahlia glissèrent pour affronter ceux de Voldemort qui la fixaient sans aucune pitié. Ils se regardèrent quelques secondes, dans le silence froid et sépulcral du cabinet. Elle savait qu’elle n’y parviendrait pas, comment pourrait-elle ? Il savait qu’elle n’y arriverait pas, comment pourrait-il être aussi naïf ? La main de Dahlia se mit à trembler et elle agrippa ses vêtements pour se calmer. Tiens, remarqua Dahlia, elle portait sa robe noire, celle de Noël.

- Si tu réussis ta mission, tu seras récompensé au-delà de tes espérances et tu obtiendras une place privilégiée à mes côtés. Si tu échoues… je serai très déçu. Tu ne me serviras plus à rien. Et je ne m’encombre pas de choses inutiles.

Voldemort retira sa main de l’épaule de Dahlia et s’éloigna de quelques pas. Elle devina une ombre bouger à ses pieds et elle dut faire un effort considérable pour rester immobile. L’écaille froide du serpent glissa entre ses jambes, caressa son collant. Dahlia eut envie de hurler. C’était trop pour elle, elle n’y tint plus. Elle s’enfuit en courant loin de Voldemort et de son serpent, ouvrit brusquement la porte du cabinet et sortit. Elle se retrouva chez les Weasley, au milieu du salon, devant le sapin de Noël. Ron était allongé sur le sol, inerte et Harry était agenouillé à côté de lui. Il releva la tête vers Dahlia.

- Il est mort ! cria-t-il. Tu l’as empoisonné !

- Non, dit Dahlia en secouant la tête. Non.

Puis elle se rendit compte qu’aucun son ne sortait de sa bouche. Elle se tourna, cherchant une autre issue de secours mais elle ne voyait rien et tout le monde la fixait. Molly Weasley s’approcha d’elle, en pleurs, et lui attrapa les bras pour la maintenir face à elle.

- Mais pourquoi ? demanda-t-elle, la voix brisée par le chagrin. Je t’avais offert des pâtés…

Dahlia se réveilla, moite et effrayée. Elle se redressa dans le lit, écouta le silence de la nuit et vérifia que tout allait bien. Son cauchemar ne la quittait pas vraiment, elle n’était pas encore bien réveillée et elle avait l’impression de voir des ombres étranges.

- Dahlia ? chuchota la voix endormie de Harry. Qu’est-ce qu’il y a ?

Dahlia se recoucha, la voix de Harry était réconfortante. Elle s’allongea contre lui, gagnée à nouveau par le sommeil.

- Tue-le, murmura-t-elle.

- Qui donc ? demanda Harry, surpris.

- Tu Sais Qui, tue-le…

La voix de Dahlia se perdit et Harry resta figé dans le lit, comme s’il avait reçu un coup.

Le lendemain, Harry ne fit aucune allusion au cauchemar de Dahlia, pas plus qu’il ne fit allusion au fait qu’elle l’avait supplié de tuer Voldemort dans son sommeil. Visiblement, elle ne s’en souvenait pas et c’était sans doute mieux ainsi. Ils se levèrent tard puis allèrent boire du thé devant le sapin de Noël. Dahlia offrit à Harry l’écharpe de cachemire qu’elle lui avait achetée et reçut un nouveau parfum en échange. Ils trainèrent sur le canapé jusqu’à midi puis se décidèrent à se préparer. Harry irait bientôt chercher Teddy, il fallait s’habiller.

Harry ramena Teddy sur son balai, après avoir pris soin de leur lancer un sortilège de désillusion, bien sûr. Le petit garçon arriva dans l’appartement, les cheveux ébouriffés par le vent, le nez rouge et coulant, un immense sourire aux lèvres. Visiblement, cette promenade dans les airs avec son parrain lui avait plu. Il fut tout aussi enchanté de rencontrer l’amoureuse de Harry, comme il l’appelait, et ne cessa de lui poser des questions gênantes auxquelles Dahlia essaya de répondre tant bien que mal. Était-ce vrai qu’elle habitait à New York ? C’était comment ? C’était quoi son métier ? Pourquoi n’était-elle jamais venue le voir chez sa grand-mère ? Est-ce qu’ils s’étaient déjà embrassés ? C’était comment ? Est-ce qu’elle allait se marier avec Harry ? Et s’ils se mariaient, est-ce que Harry irait vivre à New York ?

- Tu ne veux pas ouvrir tes cadeaux ? demanda Harry pour sauver Dahlia.

Teddy se tourna vers le sapin et Dahlia s’échappa pour aller boire un peu d’eau. Par Merlin, ce que les enfants pouvaient être durs ! Elle écouta de loin les exclamations enchantées de Teddy qui ouvrait ses cadeaux et essaya de chasser ces questions embarrassantes. Elle revint avec eux, s’assit sur le canapé et observa Harry aider Teddy à construire son nouveau jouet. Il le faisait patiemment, en souriant, l’air presque aussi excité que l’enfant. C’était amusant à regarder, ça lui donner envie de se moquer de lui et de l’embrasser juste après. Elle était contente d’être restée et de passer ce moment avec eux.

Teddy vivait à la campagne et se rendait très peu à Londres. Harry l’emmena en ville et ils allèrent faire du patin à glace à Hyde Park. L’enfant adora. Après une ou deux chutes dans les premières secondes, Teddy s’arrangea naturellement pour ne plus tomber et se redresser au dernier moment grâce à la magie. Les gens le regardaient bizarrement, l’air de se demander comment il arrivait à faire ça mais Harry ne dit rien et n’essaya pas de l’en empêcher. Ils patinèrent longtemps, autant profiter de l’occasion. Il fut surpris de constater que Dahlia savait parfaitement faire du patin à glace et qu’elle était aussi à l’aise que sur un balai. C’était presque un peu agaçant.

- J’allais patiner tous les hivers sur le lac gelé près du manoir, expliqua-t-elle d’une voix trainante en observant les gestes maladroits de Harry.

- Evidemment, répondit Harry avec mauvaise humeur.

Elle lui lança un regard ironique avant de s’éloigner et de le laisser seul avec Teddy. Ils étaient trop lents pour elle. Quand ils en eurent assez, ils rendirent leurs patins et allèrent se réchauffer dans un café des alentours. Ils dégustèrent leur chocolat chaud avec plaisir et Teddy dévora un muffin aux myrtilles. Harry le regardait avec tendresse, bien conscient que ce genre de sortie était largement suffisant pour rendre l’enfant heureux. C’était exactement le genre de sortie auquel Harry n’avait jamais eu droit, justement. Il était donc touché par le sourire de Teddy, par son excitation dans la grande ville, par son regard émerveillé qui sautait de touriste en touriste, extasié de voir autant de Moldus et autant de voitures. Harry riait à ses remarques naïves de petit garçon de cinq ans et demi et essayait de répondre le mieux possible à ses questions.

Dahlia, elle, observait Harry. Elle regardait la grande main de Harry qui tenait la petite main de Teddy et elle restait un peu en retrait, malgré elle. Elle se demandait ce que pensaient les gens qui les croisaient, s’ils s’imaginaient que Harry et elle étaient les parents de Teddy. Elle aurait préféré que ce ne soit pas le cas. Elle fut presque soulagée qu’ils rentrent à l’appartement. Il faisait déjà nuit et il était bientôt l’heure de rentrer. Harry mit les cadeaux de Teddy dans un sac qu’il accrocha à son balai puis l’enfant réajusta son bonnet et ses gants pour affronter le froid du voyage dans les airs. Il alla déposer un baiser sur la joue de Dahlia.

- Est-ce que tu seras encore là la prochaine fois ? demanda Teddy.

Bonne question, Dahlia répondit évasivement et Harry assit Teddy sur le balai. Ils s’envolèrent du balcon, dans la nuit noire, au-dessus des toits londoniens. Dahlia attendit que Harry revienne puis ils dînèrent tous les deux. Elle devait prendre le Portoloin le lendemain matin, vers huit heures, au moment où Harry retournerait travailler, ce qui leur laissait une dernière nuit ensemble. Dahlia prit une douche, enfila son pyjama et rejoignit Harry dans sa chambre. Il était en train de trier les vêtements qui trainaient et elle s’assit sur le lit, sans aucune intention de l’aider. Elle aurait aimé lui demander s’il avait parlé avec Andromeda, si elle lui avait raconté sa journée avec Narcissa, si elle avait dit quelque chose. Cependant, elle estimait qu’elle avait déjà suffisamment parlé de ses parents ces derniers jours et elle s’abstint. Harry n’y fit d’ailleurs aucune allusion. Il alla mettre son linge sale dans le panier de la salle de bain et revint en souriant avec satisfaction.

- Teddy a dit que tu étais jolie et que tu patinais bien, annonça-t-il. Ce sont les deux seuls éléments qu’il a pu répéter à Andromeda.

- Ah… dit Dahlia en souriant aussi. Je suppose qu’il vaut mieux ça qu’autre chose.

Harry sortit ses vêtements du lendemain, sa plaque d’Auror, toutes les affaires dont il aurait besoin. Il savait que quand Dahlia était là, il avait tendance à être en retard.

- Il a l’air de beaucoup t’aimer, fit remarquer Dahlia. Et tu as l’air d’être un parrain plutôt correct.

- Merci du compliment, répondit Harry avec un regard blasé.

- Tu ressembles à un enfant quand tu es avec lui.

- C’est sans doute parce que je fais des choses que je n’ai jamais eu l’occasion de faire quand j’étais enfant.

Dahlia sourit légèrement et Harry tira les rideaux.

- Est-ce que tu penses que tu voudras des enfants un jour ? demanda Dahlia.

Harry haussa distraitement les épaules.

- Je ne sais pas, je n’y ai jamais vraiment songé. Oui sans doute !

Puis il se retourna vers elle et quand il croisa son regard, il se rendit compte de ce qu’elle lui demandait. Il se rendit compte aussi que c’était la question qu’elle avait eu envie de lui poser toute la journée pendant qu’elle l’observait jouer avec Teddy. Harry se crispa un peu, Dahlia aussi et un silence gêné tomba sur la chambre.

- Je pense que ça me ferait plaisir d’avoir des enfants à moi, pour avoir enfin ma propre famille, dit sincèrement Harry. Mais ce n’est pas ma priorité et je pourrai très bien m’en passer.

- Vraiment ? demanda Dahlia.

- De toute façon, je n’ai que vingt-trois ans, je n’ai aucune envie d’avoir des enfants maintenant donc ça ne sert à rien de trop y réfléchir.

- D’accord, répondit Dahlia. N’oublie pas de me tenir au courant quand tu te rendras compte que tu veux des enfants et que tu devras me quitter pour en avoir.

- Dahlia ! s’écria Harry, agacé.

Elle croisa les bras, dans son pyjama gris, comme si elle voulait se défendre d’un coup imaginaire qu’il risquait de lui donner. Elle lui faisait de la peine et en même temps, elle l’exaspérait.

- Pourquoi est-ce que tu fais tout le temps ça ? demanda-t-il sèchement.

- Pourquoi je fais quoi ?

- Tu balances des commentaires déprimants sur nous ! Tu as toujours l’air d’attendre que je te quitte, c’est fatiguant.

- Non, c’est faux, je ne…

- Si c’est vrai ! Tu veux que je te quitte ?

- Non, bien sûr que non !

- Alors quoi ?

Dahlia décroisa les bras, agacée à son tour. Il ne faisait aucun effort pour la comprendre, c’était pénible.

- Alors j’ai passé Noël dans ta merveilleuse et parfaite famille, au milieu de toutes ces femmes parfaites qui ont plein d’enfants comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, j’ai passé la journée à te regarder sourire à un enfant qui n’est même pas le tien et ça me rappelle, Harry, que je ne pourrai certainement jamais te donner tout ça ! Et ça me fait me sentir comme de la merde !

Elle s’était levée pour dire la dernière phrase, histoire de ne pas être complètement pitoyable non plus. Harry la regarda dans les yeux, hésitant.

- Je ne t’ai jamais demandé de me donner quoi que ce soit, dit-il.

- Pas encore, parce que nous sommes ensemble depuis quatre mois mais…

- Mais quoi ? Tu crois vraiment que je pourrais te quitter parce que tu ne peux pas avoir d’enfants ?

- Oui, pourquoi pas ?

- Ça n’arrivera pas, ni maintenant ni plus tard.

Dahlia lui lança un regard exaspéré.

- Comment peux-tu en être si sûr ?

- Je ne te quitterai jamais pour des personnes qui n’existent pas, ce serait ridicule.

- Comment ça ?

- Les potentiels enfants que nous n’aurons pas n’existent pas, je m’en fiche. Toi tu existes et je ne te quitterai pas. Ou du moins pas pour ça. J’ai dit que oui, idéalement, avoir des enfants me plairait bien, mais je préfère largement être avec toi.

L’exaspération et la colère de Dahlia s’atténuèrent perceptiblement et elle redevint presque fragile devant Harry. Elle ne savait plus trop si elle voulait l’embrasser ou lui crier encore dessus, si elle pouvait croire ou non ce qu’il disait. Et au fond d’elle, elle savait que cette dispute n’avait pas de sens.

- Très bien, dit-elle froidement avec un geste vaguement méprisant de la main. De toute façon, c’est inutile d’en parler maintenant. Nous sommes encore jeunes et nous sommes en couple depuis peu donc…

Elle écarta les mains pour dire que le sujet était clos et Harry regarda le bracelet argenté briller à son poignet. Elle n’avait pas complètement tort d’avoir lancé le sujet, mieux valait y réfléchir tout de suite que se déchirer plus tard. Mais maintenant qu’il y pensait, Harry réalisa qu’il n’y avait qu’une seule chose qui comptait réellement à ses yeux.

- Dahlia, dit-il doucement. J’ai aimé des gens qui sont morts. Il y a des gens qui sont morts avant même que j’ai pu les aimer. Alors, ces histoires d’enfants que j’aurai peut-être envie d’avoir plus tard ou peut-être pas, ça ne m’intéresse pas. Moi tout ce que je veux et tout ce qui m’intéresse, c’est que tu sois vivante avec moi.

La déclaration de Harry déstabilisa Dahlia qui ne sut pas quoi lui répondre. Il s’approcha d’elle, déterminé, fort de cette nouvelle découverte. Le passé le terrifiait, il ne faisait pas confiance en l’avenir. La seule chose qui lui restait, c’était elle, maintenant. Et il fallait qu’elle reste en vie, qu’elle reste à ses côtés, c’était tout ce qui comptait. Qu’elle ne l’abandonne pas comme tous les autres, qu’elle ne meure pas comme tous les autres. Enfants ou pas, il n’en avait rien à foutre. Il attrapa la nuque de Dahlia et l’attira vers lui, posa son front contre le sien et ferma les yeux.

- Je veux juste que tu sois vivante avec moi, répéta-t-il.

- D’accord, souffla Dahlia.

- Reste avec moi.

Ça ressemblait presque à une supplique et Dahlia passa ses mains dans les cheveux de Harry pour lui rendre son étreinte.

- Oui, dit-elle.

Il l’embrassa brusquement, désireux de la sentir contre lui. Noël, c’était bien, mais ça lui rappelait surtout sa solitude, à chaque fois. La famille Weasley, c’était bien, mais ce n’était pas la sienne et même les Weasley pouvaient mourir ou se détourner de lui. Et à côté de ça, il avait Dahlia qui l’aimait, qui l’aimait au point d’accepter de passer Noël avec des gens qu’elle n’aimait pas et qui lui faisaient peur. Il avait besoin de ça, d’elle et de son amour.

Dahlia s’assit sur le lit et attira Harry avec elle. Il avait le don de dire et de faire des choses qui bouleversaient sa vie, encore et encore, qui faisaient battre son cœur plus fort et la rendaient plus vivante que n’importe quoi. Dahlia retira le t-shirt qui servaient de pyjama à Harry et posa ses mains sur son torse pour sentir son cœur battre à lui aussi. Elle espérait qu’il cognait sa poitrine aussi fort que le sien le faisait, que Harry se sentait aussi vivant qu’elle et qu’elle bouleversait un peu sa vie, à lui aussi.

Dahlia finit par retirer sa main et Harry déboutonna le haut de son pyjama gris. Il écarta les pans du vêtement en caressant le ventre et les seins de Dahlia puis le lui enleva complètement. Il n’avait pas envie d’attendre plus longtemps pour la déshabiller, il avait envie d’elle tout de suite. Et il sentait bien que c’était le cas pour elle aussi. Harry attrapa le lien de soie du pantalon de Dahlia et tira doucement pour le défaire. Il fit lentement glisser le pyjama sur ses hanches, sentant sous ses mains les fesses de Dahlia, ses cuisses, ses jambes, ses pieds. Il aimait chacune de ces parties de son corps, il se demandait même si elles ne lui faisaient pas encore plus d’effet qu’au début. Dahlia se redressa et interrompit ses pensées. Elle glissa ses mains dans le pantalon de pyjama de Harry elle aussi, les posa sur ses fesses et les caressa doucement. Harry l’embrassa à nouveau, avec urgence et impatience. Il laissa Dahlia lui retirer son pantalon et il se pencha vers elle.

Harry agrippa la cheville de Dahlia, qui tenait parfaitement entre ses doigts puis les fit remonter le long de sa jambe, effleura son sexe et revint sur ses seins. Les yeux de Dahlia s’écarquillèrent légèrement en sentant la caresse de Harry sur son sexe mais elle se détendit rapidement en voyant qu’il ne s’y attardait pas. Elle écarta davantage les jambes pour que Harry puisse s’approcher d’elle et soupira quand il prit le bout de son sein dans sa bouche. Elle aimait ça, ça l’excitait et ça la faisait bander. C’était sans doute ce qu’elle préférait, quand Harry caressait ses seins. Dahlia cala sa tête sur l’oreiller et le regarda faire, lécher le sillon entre ses seins, sucer ses mamelons qui durcissaient sous sa langue. Harry attrapa son sexe et se masturba tout en continuant ses caresses, ce qui excita Dahlia encore plus. Il leva les yeux quelques secondes, rencontra le regard de Dahlia, accéléra ses gestes sur sa verge. Le regard de Dahlia sur lui ne l’avait jamais laissé indifférent, ni autrefois ni maintenant. Ce qui changeait, c’était le sentiment que cela lui inspirait. De la rage autrefois, du désir aujourd’hui.

Dahlia s’était retournée et s’était allongée sur le ventre. Elle ne pouvait pas voir Harry dans cette position mais elle l’aimait bien quand même, parce qu’elle aimait le corps qu’elle montrait ainsi. Dans cette position, elle n’avait honte de rien et elle pouvait se laisser aller. Elle gémit quand Harry s’enfonça en elle et s’allongea contre son dos. C’était excitant de sentir les hanches de Harry onduler sur ses fesses et la pénétrer encore et encore, c’était chaud, humide, insupportable. Dahlia agrippa le drap et le serra entre ses doigts. Il allait plus profondément en elle dans cette position-là, elle aimait cela aussi. Elle aimait sentir Harry frissonner légèrement quand il entrait en elle le plus loin possible, essayant toujours d’aller plus loin encore, comme s’il voulait se perdre complètement en elle. Elle désirait plus que tout que Harry Potter se perde complètement en elle, c’était même ça qui la faisait jouir.

Harry repoussa les cheveux de Dahlia et embrassa le dragon sur sa nuque qui essayait de s’envoler. Il l’embrassa encore, goûtant le parfum de sa peau, puis le mordit quand il la pénétra à nouveau. Il écouta le gémissement de Dahlia qui lui donnait envie de jouir au plus profond d’elle et accéléra ses gestes. Harry posa sa main sur le bras de Dahlia, sur son poignet et le serra lui aussi. Il sentait le bracelet des serpents argentés le cogner à chaque coup de rein qu’il donnait, il entendait la respiration de Dahlia qui devenait haletante. Dahlia se dégagea, l’obligea à lâcher son bras et souleva légèrement les hanches pour pouvoir se masturber. Elle sentait le souffle brûlant de Harry sur sa nuque, les soupirs qu’il poussait contre sa peau. Il voulait qu’elle reste vivante avec lui. Avaient-ils jamais été plus vivants qu’à instant précis ?
Chapitre 11 - Souvenirs de Poudlard by Celiag
Habituellement, Dahlia fêtait la fin d’année avec Emily et Marilyn, une fois de plus. Andrew organisait toujours une énorme fête avec ses amis riches et influents, Jamal passait la soirée avec ses amis du lycée, Ethan et Chris étaient invités chez des amis qu’ils avaient en commun. Cette année cependant, Marilyn devait se rendre à Chicago, chez son amie d’enfance qui avait déménagé là-bas et qu’elle n’avait pas revue depuis deux ans. Dahlia et Emily se retrouvaient donc seules toutes les deux et Harry leur avait proposé de venir passer le Nouvel An à Londres avec lui. Emily n’était pas venue en Angleterre depuis longtemps, depuis qu’elle avait été écartée de son poste à la Coopération magique internationale, et l’idée lui plaisait bien. Harry avait été invité chez Seamus mais il avait décliné l’invitation en expliquant qu’il serait avec sa copine. Seamus avait été un peu vexé, Harry n’avait qu’à ramener sa copine mais Harry avait tenu bon. Il ne se sentait pas trop coupable d’avoir refusé, il voyait suffisamment ses amis comme ça, ils pouvaient bien se passer de lui à une fête. Il y en aurait d’autres. Hermione avait immédiatement émis l’envie de rester avec Harry elle aussi.

- Oh, Seamus, Neville et Luna sont très gentils et je les aime bien, avait-elle dit d’un air gêné. Mais…

Mais Seamus serait vite saoul et stupide, Neville était inintéressant au possible et Luna était folle. Hermione préférait nettement la conversation d’Emily et de Dahlia, elle devait bien l’avouer. Ron avait eu l’air passablement horrifié.

- On a déjà passé Noël avec Malefoy et il faut aussi qu’on passe le Nouvel An avec elle ? avait-il gémi.

- Je ne te demande pas de venir avec moi, avait conclu Hermione. Va faire la fête avec tes amis, moi j’irai avec Harry. Nous ne sommes pas obligés d’aller à la même soirée.

- D’accord, avait répondu Ron, soulagé.

Cela avait réglé la question. Dahlia et Emily étaient arrivées à Londres le 31 décembre dans la matinée, plutôt heureuses de ce projet. Pour Emily, c’était un peu comme des vacances. A contre-cœur et la mort dans l’âme, Dahlia avait accepté que Harry paie son voyage en Portoloin. Deux trajets aller-retour en Angleterre en deux semaines, c’était trop pour Dahlia, ça ruinait ses économies. Elle avait donc accepté en se disant qu’elle ne reviendrait pas avant un moment.

Ils s’étaient promenés à Londres une bonne partie de la journée. Emily avait revu avec plaisir les quartiers qu’elle avait aimés et avait découvert tout ce qu’il y avait de nouveau depuis les dernières années. Elle ne connaissait pas vraiment Hermione mais elle était contente qu’elle soit là. Passer la soirée seule avec Harry et Dahlia aurait été usant. Elle pouvait marcher à côté d’Hermione sans se sentir délaissée par Dahlia qui tenait fermement la main de Harry, sans se sentir en trop ou à l’écart. C’était donc très bien comme ça.

Ils rentrèrent dans l’appartement de Harry quand la nuit se mit à tomber et se préparèrent pour la soirée. Soirée calme en petit comité mais ça convenait parfaitement à Harry. Il aurait certainement passé un très bon moment avec Ron et leurs amis de Poudlard, Harry n’en doutait pas. Mais rester avec Dahlia lui plaisait aussi. De toute façon, c’était toujours en fond la même indifférence de Harry vis-à-vis de tout ce qui n’était pas essentiel. Sa soirée du Nouvel An était loin d’être essentielle.

Harry avait préparé certaines choses et avant acheté le reste. Il bénissait en secret les traiteurs moldus dont Emily et Dahlia ne semblaient pas connaitre l’existence – tant mieux. Dahlia paraissait surprise que Harry se soit donné autant de mal pour le repas et il ne jugea pas utile de lui dire la vérité. Hermione lui jetait régulièrement des regards moqueurs et indignés qu’il ignorait et tout se passa très bien. C’était bon, Harry avait bien choisi le vin, l’ambiance était agréable. Harry n’avait jamais parlé à Hermione du passé d’Emily, il n’avait pas à le faire. Elle fut donc surprise en apprenant, au détour de la conversation, qu’Emily avait travaillé au MACUSA, dans les relations internationales. S’en suivit une discussion politique plus qu’enflammée entre Hermione et Emily, discussion que Harry et Dahlia finirent par quitter et abandonner définitivement.

- Je suis contente qu’Emily puisse parler avec Hermione de cette façon, dit Dahlia à voix basse quand elle accompagna Harry dans la cuisine pour débarrasser. Je suis sûre que ça lui manque, même si elle en parle peu. Elle aimait son travail, c’est évident.

Harry pouvait l’imaginer sans peine. Quand Emily parlait de politique, elle changeait un peu, se redressait, devenait plus calme et ferme dans ses propos, prenait une posture plus autoritaire. En en même temps, Harry était globalement d’accord avec ce qu’elle disait, sa vision des choses n’était ni dure ni étriquée. Emily avait certainement été très performante dans son travail avant qu’on la remercie cruellement.

Après le dîner, ils prirent un autre verre et Harry mit de la musique. L’ambiance ressembla davantage à une fête, la conversation devint plus légère. Dahlia et Emily racontèrent quelques anecdotes de moments embarrassants qui leur étaient arrivés, ce qui était généralement à la fois drôle à cause de la façon de parler d’Emily et à la fois navrant. Harry et Hermione avaient des anecdotes à raconter eux aussi, sur leur jeunesse ou leur travail. Le récit de Harry de l’une de ses arrestations les plus mémorables engendra un fou-rire chez Dahlia et Emily qui mit du temps à s’éteindre, en grande partie à cause de l’alcool.

A minuit, ils se souhaitèrent une joyeuse année 2004 en regardant les feux d’artifice par la fenêtre. Emportées par les émotions de l’alcool, Dahlia et Hermione se prirent dans les bras l’une de l’autre sous le regard blasé de Harry qui songea qu’il pouvait mourir en paix, maintenant qu’il avait vu ça. Ils dansèrent un peu, entrainés par la musique. Cette fois-ci, Harry put se serrer contre Dahlia et la tenir contre lui comme il le voulait, sans craindre les conséquences de ses actes. Quand l’épuisement leur tomba dessus, Harry était donc de très bonne humeur. Il alla se coucher contre Dahlia, Emily s’installa dans l’ancienne chambre de Ron et Hermione rentra chez elle en transplanant. En vérité, la nouvelle année commençait parfaitement bien.

OoOoO



Durant les mois de janvier et de février, Harry essaya de se rendre à New York plusieurs fois par semaine. Il trouvait que passer uniquement les weekends avec Dahlia n’était pas suffisant. Il n’avait pas forcément envie de vivre avec elle tous les jours mais il y avait tout de même beaucoup de soirs où Harry aurait aimé la retrouver en rentrant du travail, beaucoup de matins où il aurait aimé se réveiller à côté d’elle. Alors il faisait le trajet plus souvent. Son coffre à la banque restait tout de même bien rempli et il ne s’inquiétait pas. La vente de la maison de Sirius avait largement compensé l’achat de son appartement et Harry dépensait très peu au quotidien. Il pouvait donc prendre des Portoloins sans craindre grand-chose mais tout de même, l’argent partait plus vite depuis qu’il sortait avec Dahlia. Et surtout, quand il allait la voir, il ne dormait pas ou très peu. Il revenait à Londres à cinq heures du matin, il parvenait parfois à fermer les yeux une heure mais il se réveillait plus épuisé encore.

Même si Harry n’en parlait pas et essayait de faire bonne figure, il sentait que cet arrangement ne tiendrait pas longtemps. Il s’était dit au départ qu’il était jeune et amoureux et qu’il pouvait bien supporter quelques nuits blanches et il était sincère. En réalité, supporter plusieurs nuits blanches dans la semaine commençait à devenir usant, surtout pour un Auror. Harry n’avait cependant pas de solution à apporter et il évitait donc le sujet avec Dahlia. Il arrivait de plus en plus souvent qu’elle le trouve endormi dans son lit quand elle rentrait du travail mais Harry se réveillait, se levait, passait le reste de la soirée avec elle. C’était toujours mieux que de ne pas la voir du tout.

A la fin du mois de février, Dahlia estima qu’il était temps pour elle de venir à Londres. Harry n’osait jamais le lui demander, il savait à quel point c’était dur pour elle mais il était toujours soulagé quand elle le faisait. Ironiquement, le décalage horaire était bien plus facile à vivre dans son sens à elle et c’était bien dommage que ce ne soit pas l’inverse. Ce jour-là, en tout cas, Dahlia se rendit dans le hangar où partaient les Portoloins pour l’Angleterre, après avoir fermé la librairie. Elle était un peu en avance et elle attendit devant la chaussure à la semelle décollée qu’il soit l’heure de partir. Elle eut une pensée pour Fleur en regardant l’objet répugnant et sourit toute seule. Dahlia venait passer tout le weekend avec Harry et ils avaient prévu de rendre visite aux Weasley, juste deux ou trois heures. C’était l’anniversaire de Ron le 1er mars et ce serait l’occasion de le fêter. Dahlia avait accepté d’accompagner Harry à l’anniversaire de son meilleur ami, surtout parce qu’elle s’entendait bien avec Hermione et qu’il y aurait Fleur. Sans cela, elle aurait certainement refusé.

Dahlia releva les yeux, malgré elle, sentant qu’on l’observait. Elle croisa le regard d’un homme d’une soixantaine d’années qui attendait visiblement le Portoloin lui aussi. Il était debout à quelques mètres d’elle et il détourna la tête. Dahlia se crispa légèrement, consulta sa montre et trouva que les cinq minutes qui restaient étaient bien trop longues. Elle se crispa encore plus quand l’homme bougea et se rapprocha d’elle. Dahlia le vit venir avec angoisse et appréhension. Que lui voulait-il ? Allait-il lui faire une remarque insultante et déplacée ? Avait-il compris qu’elle était transgenre, allait-il se moquer d’elle ? Ou bien voulait-il flirter avec elle parce qu’il la trouvait jolie, comme Harry le lui avait dit l’autre fois ? Dahlia aurait nettement préféré qu’il n’ouvre pas la bouche.

- Vous allez à Londres, n’est-ce pas ? demanda gentiment l’homme.

- De toute évidence, dit sèchement Dahlia.

- Pour y voir de la famille, peut-être ? insista l’homme.

Elle le regarda avec méfiance.

- Pourquoi ?

- Je me demandais si par hasard, vous ne connaitriez pas la famille Malefoy ?

Le sang de Dahlia se glaça, c’était peut-être pire que ce qu’elle avait imaginé, finalement.

- Quoi ? demanda-t-elle pour gagner du temps. Je ne connais pas…

- Vous ressemblez énormément à un vieil ami à moi, Lucius Malefoy. C’est stupéfiant ! Et vous avez les mêmes cheveux, propres à cette famille. J’ai du mal à croire que vous ne les connaissiez pas !

- Je n’en ai jamais entendu parler, dit froidement Dahlia.

- C’est drôle… Peut-être Lucius a-t-il de la famille en Amérique et qu’il l’ignore. Il faudra que je le lui demande…

Le cœur de Dahlia s’emballa dans sa poitrine et elle serra sa baguette, dans la poche de sa cape. Elle reconnaissait l’homme, elle l’avait déjà vu plusieurs fois au manoir. Il travaillait au ministère de la Magie et il avait toujours eu une bonne relation avec son père. Comme beaucoup, il n’avait jamais pris officiellement le parti de Voldemort mais il avait toujours soutenu la cause, de loin.

- Le Portoloin va partir, dit précipitamment Dahlia en attrapant la chaussure.

L’homme l’imita, ainsi que les deux autres voyageurs qui les accompagnaient et ils se laissèrent emporter à Londres. Ils arrivèrent à Greenwich, saluèrent les sorciers et sorcières du bureau des Portoloins et se dirigèrent vers la sortie du hangar. L’homme adressa un léger signe de tête à Dahlia et gagna la porte mais elle le rattrapa rapidement. Avant qu’il puisse faire deux pas hors du hangar, elle lui saisit fermement le bras. L’homme se tourna vers elle, surpris.

- Mr. Montague, dit-elle à voix basse.

- Vous connaissez mon nom ? S’étonna-t-il.

Dahlia ne répondit pas et transplana avec lui, à quelques rues de là. Dès qu’elle toucha le sol, Dahlia sortit sa baguette et poussa l’homme contre la façade d’une maison. Il la regarda avec de la crainte et de la stupeur mais elle n’hésita pas un seul instant.

- Je suis désolée, murmura-t-elle. Oubliettes.

Elle le pensait sincèrement. Montague ne lui voulait sans doute aucun mal, il avait dû être réellement surpris de tomber sur une femme ressemblant en tout point à Lucius Malefoy. Mais elle ne pouvait pas prendre le risque qu’il en parler à son ami. Peut-être Lucius s’en moquerait-il mais peut-être serait-il curieux de savoir qui pouvait être cette potentielle cousine américaine qui lui ressemblait tant. Dahlia ne pouvait se permettre de laisser une telle chose arriver. Pendant que le regard de Montague devenait flou et que les souvenirs de ce voyage en Portoloin s’estompaient de son esprit, Dahlia transplana pour fuir le plus vite possible.

Dahlia arriva chez Harry qui ne travaillait pas ce samedi-là et qui l’attendait avec impatience. Elle entra dans l’appartement, n’embrassa pas Harry et se laissa tomber sur la première chaise qu’elle atteignit. Harry la fixa, surpris. Elle était encore plus pâle que d’habitude et elle paraissait nerveuse.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- J’ai agressé quelqu’un, répondit Dahlia en posant sa baguette sur la table.

- Quoi ? demanda Harry.

- Enfin pas vraiment, j’ai lancé un sortilège d’amnésie à quelqu’un.

Harry ne pouvait pas lui reprocher d’avoir fait ça, les employés du Ministère passaient leur temps à jeter des sortilèges d’amnésie aux Moldus.

- Pourquoi ?

Il devinait la réponse mais il voulait l’entendre.

- Cet homme, Montague, c’est une vieille connaissance de mon père. Il est venu me parler pour me demander si je faisais partie de la famille Malefoy et si je connaissais Lucius. Il trouvait que je lui ressemblais énormément. Il avait l’intention d’aller lui en parler. Je… j’ai été obligée de le faire, il ne fallait pas qu’il en parle à mon père.

- Je vois, désolé…

Il y eut un silence pesant. Ils avaient toujours su que la présence de Dahlia en Angleterre était risquée. Même si elle avait changé et même si les gens la croyaient morte, il n’en demeurait pas moins qu’il était facile de la reconnaitre. Son visage n’avait pas tant changé que ça, elle ressemblait toujours à Lucius et ses cheveux la trahissaient. Une personne un peu trop curieuse et un peu trop vive d’esprit aurait tôt fait de faire le lien ou de suspecter quelque chose. Harry savait donc qu’il mettait Dahlia en danger à chaque fois qu’elle venait à Londres mais ils avaient décidé de prendre le risque ensemble, il fallait l’assumer. Cela déprima tout de même fortement Harry qui baissa la tête vers le sol et fut incapable de trouver quoi dire de réconfortant.

- Au moins, Montague ne parlera pas, conclut-il.

- Non…

Dahlia se leva de la chaise et se rapprocha de Harry. Elle passa ses bras autour de son cou et se serra contre lui. Elle ne lui avait même pas dit bonjour. Ils s’embrassèrent spontanément, par réflexe, un peu moins longtemps que d’habitude.

- Quand part-on chez les Weasley ? demanda Dahlia en s’écartant de lui.

- Dans une heure et demie.

- Très bien.

Ils se regardèrent un instant, hésitants. Harry remarqua que la main de Dahlia tremblait légèrement. Dans une autre circonstance, ils seraient sans doute aller faire l’amour avant de partir mais il était évident qu’aujourd’hui serait différent.

- Je vais faire du thé, annonça Harry.

Ils s’assirent tous les deux sur le canapé, l’un contre l’autre. C’était à cause de Ron et de Molly Weasley que Harry avait pris l’habitude de boire du thé quand il se sentait mal. Ça ne changeait rien au problème en lui-même mais la chaleur qui se répandait dans leur corps avait quelque chose de très réconfortant. Pendant quelques minutes ils se racontèrent leurs dernières journées, entretinrent une conversation plutôt superficielle et se détendirent. C’était exactement le genre de moment qui manquait à Harry quand il ne voyait pas Dahlia assez souvent dans la semaine. De simples moments comme celui-ci où il pouvait raconter à quelqu’un ce qu’il avait vécu et où il pouvait écouter la vie de quelqu’un d’autre. Ils finirent par se taire, sans que ce soit pesant. Harry termina son thé et reposa la tasse sur la table basse.

- Quand je suis partie, j’étais contente de fuir mes parents, déclara Dahlia, hors de propos.

Harry se rassit confortablement dans le canapé, passa un bras autour d’elle et attendit la suite. Les relations des gens avec leurs parents étaient toujours un peu exotiques et étranges pour lui.

- Je voulais me détacher d’eux, de leurs opinions, de leurs idées, de tout ce qu’ils représentaient. Je n’avais pas envie de rester toute ma vie l’enfant des criminels qui avaient aidé le Seigneur des Ténèbres. Je voulais me libérer de cette prison.

- Je comprends, dit Harry qui se serait bien libéré de quelques petites choses lui aussi.

- Mais il n’y avait pas que ça, je voulais aussi… Je voulais arrêter d’attendre leur approbation, arrêter de quémander des choses qu’ils ne me donnaient pas. J’en avais assez de craindre la déception de mon père, assez de chercher continuellement à lui plaire. J’en avais assez de n’être qu’une enfant faible et manipulable. Je voulais être moi, sans avoir à me préoccuper d’eux.

Il y avait un peu de rage au fond de la voix de Dahlia et Harry ne l’interrompit pas. Il l’aimait quand elle parlait de cette façon, quand elle se rebellait contre sa vie et son passé. C’était peut-être pour cela qu’il l’aimait, en vérité. Pour ce genre de discours-là et pour le courage dont elle faisait preuve quand elle les prononçait.

- Alors je suis partie et j’ai mené ma vie comme je l’entendais. Je me suis fait des amis qu’ils auraient méprisés, je suis devenue une personne qui les aurait dégoûtés, j’ai un métier qu’ils considèreraient comme minable, je sors avec quelqu’un qu’ils détestent. Mais je m’en fiche parce que je n’ai jamais été aussi heureuse que maintenant.

- Tant mieux alors…

- Oui mais tu vois, à chaque fois que je reviens ici, j’ai l’impression de détruire tout ce que j’ai accompli.

Harry se tourna vers elle, pas vraiment surpris mais attristé de l’entendre. Dahlia continua à fixer sa tasse de thé sans le regarder, triste elle aussi.

- Quand je viens à Londres, j’ai peur de les croiser, j’ai peur qu’ils l’apprennent. J’ai peur de ce qui se passerait si je les voyais. C’est plus que de la peur, à vrai dire, c’est… Je me demande comment ils vont, j’ai envie de prendre de leurs nouvelles mais ça me fait mal. J’ai envie de les voir et ça me terrifie, je me sens coupable et j’ai le sentiment d’être une fille horrible. Je ne me sens plus forte et plus moi-même, j’ai simplement l’impression de redevenir comme avant, une petite fille effrayée qui craint les réactions de ses parents. Je déteste ce que je suis quand je viens en Angleterre.

- Je comprends mais…

- Je ne veux plus venir, c’est la dernière fois.

Harry se redressa vivement.

- Ah bon, mais…

- Je ne viendrai plus en Angleterre, répéta Dahlia d’une voix dure.

Une grande partie de Harry comprit parfaitement pourquoi et estima que c’était la bonne solution. Une petite partie de lui en voulut terriblement à Dahlia. Il ne savait pas quoi lui répondre. Égoïstement, bien sûr que cela le dérangeait qu’elle refuse totalement de revenir en Angleterre. Cela allait compliquer les choses encore davantage. Et il avait toujours un peu de mal à comprendre les gens qui voulaient à tout prix éviter leurs parents, lui qui aurait fait n’importe quoi pour les rencontrer. Pourtant, Harry se força à refouler ses sentiments. Il pouvait sentir, dans la voix de Dahlia, dans ses yeux, dans le tremblement de ses mains, qu’elle avait peur. Peur de ses parents, peur de leur regard, peur de leurs paroles. Et ce n’était pas normal, les choses n’auraient pas dû se passer de cette façon. Il avait pitié d’elle, il détestait Lucius et Narcissa plus encore qu’au premier jour. Il aimait Dahlia et il voulait la protéger, il n’avait pas d’autre choix que d’accepter sa décision.

- D’accord, je comprends, dit finalement Harry.

Elle ne le remercia pas et elle n’eut pas l’air soulagée. Elle se moquait de la bénédiction de Harry, elle ne voulait plus revenir, c’est tout. Elle l’aimait mais il y avait des choses qui dépassaient largement son couple avec Harry : sa relation avec ses parents en faisait partie. Si Harry la quittait pour ça, s’il le lui reprochait, elle le supporterait. Mais si elle se retrouvait face à ses parents, ses parents qui la regarderaient avec horreur et déception, qui la rejetteraient, elle ne s’en remettrait pas. Ce serait bien plus destructeur qu’une banale rupture. Harry le devina sans qu’elle ait besoin de le dire, il l’avait deviné à la dureté de sa voix quand elle lui avait annoncé sa décision. Il se sentit inutile et impuissant à l’aider mais c’était aussi ce qu’il aimait chez elle. Il aimait qu’elle n’ait pas besoin de lui pour respirer.

Harry regarda sa montre discrètement, ils avaient encore un peu de temps avant de partir.

- Et tes parents… commença Harry, curieux. Ils n’ont jamais rien deviné ?

Ils n’en avaient jamais vraiment parlé. En règle générale, Dahlia ne parlait pas de ses parents et Harry n’osait pas poser de question sur son passé ou sur ce genre de choses. Il craignait de réveiller de mauvais souvenirs et de la blesser. Aujourd’hui toutefois, la blessure était déjà là et c’était peut-être le moment le plus propice qu’il ait trouvé pour demander ça.

- Je ne pense pas qu’ils aient compris que j’étais une femme mais il y a tout de même eu des moments déplaisants, répondit Dahlia de sa voix trainante.

- Comme ? Si tu ne veux pas me raconter je comprendrais mais…

Mais il avait envie de savoir, pour mieux la comprendre et la connaitre. Même s’il n’en avait pas vraiment le droit, au fond. Il n’avait fait qu’évoquer l’enfance malheureuse qu’il avait vécue chez son oncle et sa tante, sans rien raconter de précis. Elle n’était donc pas obligée de lui donner les détails de son enfance à elle.

Dahlia appuya sa tête contre le bras de Harry, sur le dossier du canapé et ferma les yeux. Elle avait honte de certaines choses et elle ne les raconterait pas. Elle avait cependant envie qu’il en sache un peu plus, elle voulait qu’il la comprenne.

- L’été de mes quinze ans, quand j’ai réellement compris que j’étais une femme, même si je ne mettais pas de mots concrets dessus, j’ai pris l’habitude d’emprunter des affaires de ma mère. J’essayais ses robes, ses bijoux, son maquillage, ses chapeaux, je regardais de quoi j’avais l’air avec. Mon père m’a surprise une fois, ça l’a rendu furieux.

En vérité, c’est l’elfe qui l’avait dénoncée. L’elfe de maison détestait Dahlia, pour des raisons totalement justifiées. Il était arrivé après le départ de Dobby et elle n’avait pas été plus gentille avec lui qu’avec le précédent. Pourquoi l’aurait-elle été ? Les elfes de maison n’étaient que de la vermine dont le seul rôle était de servir les sorciers, c’était ce qu’on lui avait toujours enseigné. L’elfe connaissait les passe-temps de « maitre Drago » et il avait demandé à Lucius de venir dans la chambre de sa fille, prétextant un problème, un jour où elle essayait les vêtements de sa mère. Le père était entré et Dahlia avait sursauté si violemment qu’elle s’était fait mal à l’épaule. Elle s’était figée comme une statue d’albâtre devant son miroir, avec la robe de sa mère, son collier de perles et son maquillage sur le visage. Lucius s’était figé lui aussi et ils s’étaient regardé quelques secondes, l’une avec terreur, l’autre avec sidération.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? avait demandé Lucius.

Dahlia avait essayé de répondre mais aucun mot n’était sorti de sa bouche. De toute façon, qu’aurait-elle pu dire ? Que c’était simplement pour s’amuser ? Absurde, quel garçon s’amuserait seul à porter les habits de sa mère ? Forcément un garçon dont Lucius ne voudrait pas. Son père s’était rapproché d’elle, le visage fermé et dur. La sidération avait fait place à la colère. Il avait attrapé la robe de Narcissa et avait tiré dessus d’un geste brusque.

- Enlève ça, avait-il ordonné d’une voix glaciale.

Dahlia avait obéi, dans un état second. Elle avait retiré la robe et avait essayé de défaire le collier de perles mais ses mains tremblaient tellement qu’elle n’y arrivait pas. Lucius avait saisi le collier et le lui avait arraché sans plus de cérémonie, dans un geste d’exaspération. Dahlia se souvenait parfaitement du bruit des perles qui avaient rebondi sur le plancher et qui avaient roulé un peu partout dans la chambre.

- Dépêche-toi d’enlever ce maquillage ridicule, avait sifflé Lucius avec mépris. Je ne veux plus jamais revoir ça, est-ce que c’est clair ? Il est hors de question que tu fasses honte à notre famille. A quoi est-ce que tu joues ? Si je te reprends à… à… te déguiser de cette façon, il y aura des conséquences. C’est compris ?

- Oui, avait réussi à articuler Dahlia d’une voix mourante.

- Bien. Cela restera entre nous, je vais épargner à ta mère la mauvaise surprise d’apprendre que son fils lui vole ses affaires pour s’habiller comme une trainée.

Lucius s’était détourné et avait regagné la porte. Sur le seuil, l’elfe avait contemplé la scène avec jubilation. Lucius s’était vivement tourné vers lui et l’avait regardé comme un insecte gênant.

- Je t’interdis de raconter à qui que ce soit ce qui vient de se passer.

- Oui maitre, avait répondu l’elfe en s’inclinant.

- Va-t’en maintenant.

L’elfe avait déguerpi et Lucius s’était retourné pour regarder Dahlia une dernière fois.

- Les garçons ne portent pas de robes et ne se maquillent pas, avait-il asséné. Reste à ta place Drago.

Puis il avait refermé la porte et avait laissé Dahlia toute seule au milieu de sa chambre et des perles. Elle avait senti les larmes lui monter aux yeux et couler silencieusement sur ses joues, maintenant que son père était parti. Elle avait serré ses poings sans vraiment s’en rendre compte, s’enfonçant ses ongles dans la peau, essayant de résister à la détresse qui s’emparait d’elle.

- Mais je ne suis pas un garçon, avait murmuré Dahlia à la porte fermée.

Quant à sa place, elle se demandait bien où elle se trouvait.

Dahlia ouvrit les yeux sur le canapé et joua avec sa tasse de thé vide, la faisant tourner sans fin entre ses mains.

- Durant le reste de l’été, mon père a soigneusement évité de me regarder et de se retrouver seul avec moi. Il était évident que je l’avais considérablement déçu. Il a attendu le dernier soir avant la rentrée pour me faire savoir qu’un nouveau professeur venu du Ministère allait venir travailler à Poudlard et qu’il fallait que je me fasse bien voir d’elle. C’était important pour notre famille. Le Ministère refusait de croire au retour de Tu-Sais-Qui et refusait de croire à ta version, c’était une chance inespérée pour nous. Je devais donc faire en sorte que ça continue. Je l’ai vu comme une mission pour me racheter auprès de mon père alors j’ai fait tout ce qu’il voulait. Je suis rentrée dans la Brigade Inquisitoriale, j’ai aidé Ombrage à te coincer et à renvoyer Dumbledore. Je voulais que mon père soit fier de moi à nouveau.

Elle eut un sourire amer et triste, qui était sans doute aussi amer et triste que le sentiment qu’éprouvait Harry à cet instant. Elle haussa les épaules d’un geste désabusé.

- Après cela, mon père a été arrêté, il a été envoyé à Azkaban. Quand il est ressorti, il semblait avoir oublié cette histoire, il m’aimait à nouveau et moi j’avais d’autres choses plus importantes à penser que ça. Après la guerre et les procès, tout est revenu mais il était évident que mon père ne m’accepterait jamais comme j’étais et que je devais partir si je voulais être moi-même.

Ils restèrent silencieux un instant, à laisser les paroles de Dahlia s’évanouir dans le salon. Harry ne savait pas quoi répondre d’intelligent à tout cela, il avait l’impression que tout aurait l’air fade et convenu. Il referma son bras autour des épaules de Dahlia et la serra contre lui. Il se tourna vers elle, embrassa doucement ses cheveux, s’imprégna de son odeur.

- Tu n’auras plus besoin de revenir en Angleterre, dit-il doucement. Tu n’auras plus besoin de repenser à tout ça à chaque fois.

- Oui, ce sera mieux de cette façon.

Harry la serra encore un peu plus contre lui et Dahlia se redressa. Elle grimpa sur les cuisses de Harry et s’assit sur lui pour lui faire face. Il leva les yeux vers elle, affronta son regard quelques secondes, se perdit dedans, ressentit un mélange de colère et de haine envers Lucius, de l’amour pour elle, de la tristesse, l’envie inébranlable de la garder là et de la protéger. Dahlia avait dit quelque chose un jour, qui était resté dans l’esprit de Harry, comme un regret absurde et pourtant bien présent. Ils se ressemblaient plus qu’ils l’imaginaient, ils auraient dû le voir plus tôt. Ils auraient dû s’enfuir ensemble, loin du destin tragique qui les attendait et que les adultes essayaient de leur imposer. Il n’était pas trop tard cependant, ils étaient ensemble maintenant, tout irait bien. Harry passa ses bras autour de Dahlia et la serra contre lui. Elle s’accrocha à son cou, posa son front sur ses cheveux noirs.

- Je t’aime, dit Harry.

- Je t’aime aussi, répondit Dahlia.



Harry et Dahlia arrivèrent chez les Weasley à l’heure exacte, l’esprit un peu ailleurs. Cette conversation les avait remués, ils auraient préféré rester tous les deux. Bien que, songea Dahlia en passant le petit portillon, c’était peut-être une bonne chose de se changer les idées et de ne pas ressasser le passé à la maison avec Harry. Elle fut accueillie par le sourire de Molly Weasley qui lui adressa un joyeux « Bonjour ma chérie » et la débarrassa de son manteau. Dahlia se fit la réflexion que sa mère ne l’aurait jamais appelée de cette façon. Les surnoms affectueux et ridicules n’étaient pas coutume chez les Malefoy. Marilyn l’appelait comme ça de temps en temps et Dahlia trouvait cela un peu idiot. Mais dans la bouche de Mrs Weasley, allez savoir pourquoi, elle aimait bien.

Dahlia fut contente de retrouver Fleur et Hermione et d’échanger avec elles les nouvelles de ces deux derniers mois. Un peu moins de revoir George même si l’échange de salutations fut plus chaleureux que la première fois. Percy n’était pas là, il avait été retenu au Ministère pour une affaire urgente, ce dont Bill et George se moquèrent gentiment. L’urgence de Percy était subjective. Harry serra Ron dans ses bras, lui souhaita un joyeux anniversaire. Ils s’assirent tous dans le salon, sur les canapés et les poufs. Arthur avait allumé un feu dans la cheminée, agréable même en cette saison. Le mois de mars annonçait le retour du beau temps mais l’air restait froid. Dahlia s’assit sur un canapé, à côté de Fleur, près du feu. Hermione opta pour un pouf et étendit ses jambes vers la cheminée pour réchauffer ses pieds. Dahlia se tourna vers Fleur, laissa son regard glisser sur son ventre et releva la tête vers elle.

- Harry m’a dit que tu étais enceinte, déclara-t-elle d’une voix trainante. Félicitations.

- Merci, répondit doucement Fleur en passant une main sur son ventre. Nous avons déjà deux filles et nous aimerions bien avoir un petit garçon. Nous avons donc décidé de nous donner une dernière chance.

- C’est surement ce qu’ont pensé Arthur et Molly et ils en ont eu sept, fit remarquer Hermione avec une légère ironie.

Dahlia et Fleur ne purent retenir un sourire moqueur.

- Je ne suis pas Molly Weasley, assura Fleur en chuchotant. Je m’arrêterai à trois.

Hermione ne dit rien mais il était évident qu’elle soutenait largement Fleur dans cette décision. Dahlia regarda une nouvelle fois le ventre de Fleur mais sa grossesse ne se voyait pas encore. Elle avait envie de poser des questions, elle se demandait bien ce que ça faisait d’avoir un être vivant qui grandissait à l’intérieur de soi. Ça la terrifiait et la fascinait en même temps, ça lui donnait envie de déshabiller Fleur pour toucher son ventre et envie de l’agresser, par dépit. C’était un mélange d’amitié pour Fleur et de jalousie haineuse que Dahlia essaya de refouler, se sentant coupable. Fleur n’y était pour rien, elle n’avait pas le droit de lui en vouloir. Il allait bien falloir qu’elle s’y fasse. Ou justement, non, elle ne reviendrait plus en Angleterre, elle s’épargnerait de voir le ventre de Fleur s’arrondir, de la voir tenir son bébé dans ses bras et toutes ces choses qui griffaient le cœur de Dahlia. Ce serait bien mieux ainsi.

Ils dégustèrent le gâteau que Molly avait préparé pour l’anniversaire de Ron, s’accordant à dire, avec enthousiasme, qu’il était délicieux. Ron reçut quelques cadeaux, parut heureux. Les filles de Bill et Fleur se réveillèrent de leur sieste, descendirent pour rejoindre les adultes. L’ambiance était moins formelle qu’à un dîner, c’était plus agréable. Harry vint s’asseoir à côté de Dahlia, discuta avec Hermione. George expliquait pour la dixième fois à sa mère que Roxanne allait bien, qu’elle était simplement un peu malade comme les bébés le sont souvent et qu’Angelina avait préféré la garder à la maison. Arthur et Bill bavardaient dans un coin, du Ministère sans doute. Ron jouait avec Victoire.

Ils furent tous un peu surpris d’entendre la porte d’entrée s’ouvrir et se tournèrent vers le couloir pour regarder Ginny entrer. Visiblement, ils ne l’attendaient pas. Tout le monde parut heureux de la voir et se leva pour l’accueillir. Elle serra Ron dans ses bras, l’embrassa sur la joue.

- Je n’allais quand même pas manquer l’anniversaire de mon frère préféré, dit-elle avec un sourire espiègle.

- Je note, répondit George avec le même sourire.

Ginny embrassa ses parents puis avança vers le canapé. Harry et Dahlia s’étaient levés mais ne s’étaient pas joints aux autres pour la saluer. Il y eut un moment de malaise palpable quand Ginny se pencha vers Harry pour lui faire une bise des plus distantes puis quand elle se tourna vers Dahlia.

- J’ai cru que c’était une plaisanterie la première fois que Ron et Hermione me l’ont dit, déclara-t-elle calmement. Mais je constate que non… Bonjour Malefoy.

- J’ai cru que c’était une plaisanterie quand Harry m’a raconté que tu l’avais quitté pour ton entraineur de Quidditch mais j’ai constaté que non… Ah oui, bonjour Ginny.

Ginny pinça les lèvres et fixa Dahlia avec un mélange de colère et d’amusement. Harry leva les yeux au ciel, Hermione retint difficilement un sourire, Ron et George échangèrent un regard embarrassé. Ginny finit par s’asseoir sur le canapé qui faisait face et accepta une part de gâteau. La conversation dévia, elle ignora Dahlia, se concentra sur ce que ses parents lui disaient. Harry essaya de reprendre le fil de ce qu’il disait avec Hermione mais il avait du mal. La présence de Ginny le gênait et le mettait mal à l’aise, il craignait qu’elle se dispute avec Dahlia et que cette visite se transforme en désastre.

Après le thé, Molly, Fleur, Bill et Arthur sortirent dans le jardin pour promener les enfants qui s’ennuyaient à l’intérieur. Libérés de la présence de leurs parents, Ginny et ses frères échangèrent des nouvelles plus privées et purent parler sans faire attention à ce qu’ils disaient. Ils la félicitèrent pour son dernier match, qui avait été une victoire écrasante et lors duquel elle avait marqué la plupart des buts. Ginny se tourna vers Dahlia.

- J’ai cru comprendre que tu jouais au Quidditch toi aussi… dit-elle d’un ton neutre.

- Seulement en amateur, répondit Dahlia, rosissant un peu.

- Tu fais des matchs ?

- Oui, certains weekends.

Ginny reposa sa tasse de thé sur la table et jeta un coup d’œil à Harry.

- J’espère qu’il vient t’encourager de temps en temps.

- Oui, il vient souvent me voir, répondit froidement Dahlia.

- Profites-en tant que ça dure, bientôt il s’en moquera éperdument et ne prendra plus la peine de se déplacer pour ça.

- Ginny ! s’écria Harry avec colère.

- Quoi ? rétorqua sèchement Ginny. C’est ce que tu as fait avec moi, non ?

George, Ron et Hermione se mirent à fixer le sol avec l’envie évidente de fuir cette dispute qui ne les concernait pas.

- Ce n’était pas la même chose, se défendit Harry.

- Ah non ? Et pourquoi ça ? Parce que tu as de la considération pour Malefoy alors que tu n’en avais pas pour moi ?

- J’avais de la considération pour toi. C’est toi qui n’as jamais accepté d’entendre que mon travail avait bien souvent des enjeux plus importants qu’un simple match de Quidditch !

- Ce n’est pas un simple match de Quidditch, c’est ma vie, Harry, c’est mon travail !

- Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, rétorqua Harry.

- Si. Tu es toujours persuadé que ce que tu fais est plus important que tout le reste, tu as toujours été comme ça.

- C’est faux, je…

- Bien sûr que c’est vrai. Tu ne t’intéresses qu’à toi et à tes problèmes.

- Et je suppose que c’était une raison valable pour me tromper avec ton entraineur ? cria Harry, hors de lui.

- Oh mais taisez-vous ! ordonna la voix sèche et méprisante de Dahlia.

Tout le monde se tourna vers elle, surpris et vaguement soulagé. Dahlia les regarda avec exaspération et dédain, comme elle savait si bien le faire.

- C’est vraiment déplaisant d’assister à cette pathétique dispute d’anciens amants. Allez faire ça ailleurs, vous dérangez tout le monde.

Ginny lui jeta un regard haineux mais Harry se sentit terriblement coupable.

- Désolé, dit-il. Dahlia a raison, ce n’est ni le moment ni le lieu de parler de ça.

- Non, en effet, admit Ginny en s’adossant au canapé.

- Et je n’ai pas besoin que tu me donnes des conseils ou des avertissements sur ma relation avec Harry, ajouta sèchement Dahlia.

- Tant mieux pour toi dans ce cas.

Il y eut un silence des plus pesants. Finalement, George poussa un profond soupir faussement affecté.

- Bon… Eh bien j’espère que maintenant que la glace a été brisée, ce sera plus détendu la prochaine fois !

Hermione et Ron sourirent. Ginny se sentait coupable elle aussi, elle aurait dû se retenir mais ça avait été plus fort qu’elle. Elle se tourna vers la fenêtre puis revint vers ses frères.

- Il fait frais mais il fait beau. Pourquoi ne pas faire une partie de Quidditch ?

- Je suis pour, s’écria immédiatement Ron, heureux de fuir l’ambiance du salon.

- Tu es attrapeuse, non ? demanda Ginny à Dahlia. Tu vas pouvoir affronter Harry.

Cette idée enthousiasma tout le monde, à l’exception des deux concernés. Harry et Dahlia se crispèrent et évitèrent de se regarder, dans une gêne que personne ne comprit.

- Oh… balbutia Harry. Nous ne sommes pas obligés de jouer l’un contre l’autre, si ? De toute façon nous ne sommes pas assez pour…

- Mais si, ce sera amusant ! assura George, déjà debout. Malefoy a dû progresser depuis le temps, on va voir si elle arrive à te battre ou pas !

Harry rougit un peu, Dahlia pâlit. Ils ne s’étaient jamais affrontés au Quidditch, ils avaient l’un et l’autre peur de ce qui en découlerait. Harry ne voulait pas perdre face à Dahlia, ce serait la fin de son don pour le Quidditch, la fin d’un mythe. Dahlia ne voulait pas perdre face à Harry, ce serait une humiliation de plus. Ils finirent toutefois par céder sous la pression des autres et tout le monde enfila son manteau. Ginny transplana chez elle et revint presque aussitôt avec des balais pour Harry et Dahlia, en plus du sien. Les frères Weasley avaient laissé leurs balais chez leurs parents et ils allèrent les chercher dans leurs anciennes chambres. Ils sortirent dans le jardin et demandèrent à Bill de les rejoindre pour faire un trois contre trois. D’habitude, dans ces cas-là, ils ne sortaient pas de vifs d’or mais en vérité, tout le monde avait trop envie de voir qui l’emporterait entre Harry et Malefoy.

Dahlia se mit avec Bill et Ron tandis que Harry fit équipe avec Ginny et George. Ils commencèrent une partie sans vif d’or, pour leur laisser le temps de marquer quelques buts. A vrai dire, assez vite, le match se joua surtout entre Ginny et Dahlia. Elles étaient nettement plus fortes, plus rapides et plus efficaces que les autres, ça crevait les yeux. Ron et George n’avaient jamais été si doués que ça au Quidditch et ne jouaient plus que pour le plaisir de temps en temps, ils avaient perdu tout leur niveau. Harry restait meilleur qu’eux mais tout de même, il ne faisait pas le poids face à Ginny qui jouait en tant que professionnelle. Au bout de trente minutes, l’équipe de Ginny gagnait nettement. Même si Dahlia était douée, elle n’était pas habituée à jouer poursuiveuse et ce n’était pas son rôle de marquer des buts, contrairement à Ginny. Ce fut à ce moment-là qu’Hermione lâcha le vif d’or comme on le lui avait demandé.

Le vif d’or disparut tout de suite, laissant le temps à Ginny de marquer un autre but, suivi de près par une belle attaque de Bill. Harry le cherchait frénétiquement du regard, stressé plus qu’il le devrait par cette partie absurde. Dahlia ne jouait plus, complètement accaparée par sa recherche du vif d’or, elle aussi. D’ailleurs, les autres cessèrent de jouer eux aussi et attendirent en se faisant des passes un peu inutiles. Jouer à deux contre deux n’était pas très intéressant. Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que Harry repère enfin le vif d’or. Dahlia le repéra une seconde après lui et ils s’élancèrent tous les deux, sous les encouragements de leurs équipes respectives. Harry avait suffisamment d’expérience avec le Quidditch pour deviner, en quelques secondes, qu’il ne gagnerait pas. Dahlia allait plus vite que lui, était plus légère que lui. Il accéléra, refusant de s’avouer vaincu, tourna brutalement vers la droite pour lui barrer le passage et la bloquer mais Dahlia évita sa feinte d’un mouvement souple et attrapa le vif d’or.

Tout le monde regagna le sol, avec des sentiments partagés. Ron n’en croyait pas sa chance et criait, heureux de leur victoire. Ginny regardait Dahlia avec une expression appréciatrice, George était dépité. Harry toucha terre en refoulant la tristesse nostalgique que cela lui inspirait. Voilà, il n’était plus le plus fort au Quidditch, ce temps-là était révolu. Il avait brillé enfant, il ne brillerait plus adulte. Ce n’était pas grave, c’était simplement un deuil à faire. Dahlia, elle, rayonnait de façon évidente mais essayait de se contrôler. Elle ne voulait pas humilier Harry comme elle l’aurait fait à Poudlard mais elle était heureuse d’avoir gagné, heureuse de façon absurde et puérile et elle n’y pouvait rien. Elle marcha vers Harry et sourit.

- J’ai gagné, dit-elle simplement.

- Oui, tu es devenue bien meilleure que moi, admit-il.

- Merci.

Et elle avait l’air tellement heureuse qu’il le reconnaisse que l’amertume de Harry s’évanouit complètement. Qu’est-ce que cela pouvait faire qu’il perde ? Elle jouait au Quidditch chaque semaine, il ne pratiquait plus, évidemment qu’elle était plus forte que lui. Elle avait mérité sa victoire, sans tricherie et sournoiserie. Elle jouait bien et cela lui plaisait. Il regarda le sourire de Dahlia, l’éclat dans ses yeux et le rouge sur ses joues. Elle avait perdu contre lui durant toute sa vie, pour cela et pour le reste, il était temps qu’elle remporte enfin ses propres victoires. D’une certaine manière, Harry l’aimait encore plus maintenant qu’elle l’avait battu. Il la rejoignit rapidement, passa une main dans ses cheveux pour l’attirer vers lui puis l’embrassa fiévreusement.

- C’était bien joué, dit-il en s’écartant d’elle.

Dahlia rougit franchement, parce qu’elle sentait les regards gênés de leurs coéquipiers qui n’avaient sans doute jamais imaginé, dans leurs rêveries les plus folles, voir Harry embrasser Malefoy de cette façon. Ginny se racla la gorge avec exaspération et Dahlia lui jeta un regard ironique qu’elle fut la seule à remarquer.

- Bon, déclara Ginny. Je propose une autre partie. Cette fois-ci, je me mets avec Malefoy, et nous jouons contre vous quatre. Ça devrait être plus équilibré.

Les quatre hommes se tournèrent vers elle avec un regard blasé.

Finalement, ce fut plutôt une bonne après-midi. Après la partie de Quidditch, Ginny et Dahlia parvinrent à avoir des échanges civilisés, comme si les matchs avaient fait naitre un respect mutuel qui contrebalançait l’aversion qu’elles avaient l’une pour l’autre. C’était toutefois un équilibre bien fragile et Harry fut heureux de rentrer chez lui. Ils avaient quasiment oublié leur discussion précédente, la peur de Dahlia d’avoir été presque reconnue, l’amertume de Harry de savoir qu’elle ne viendrait plus le voir, la tristesse et la colère du souvenir avec Lucius. Ils rentrèrent, Dahlia de bonne humeur parce qu’elle avait gagné contre Harry, Harry un peu moins mais vaguement excité par l’enthousiasme de Dahlia. Visiblement, sa victoire donnait à Dahlia envie de faire l’amour avec Harry, de l’allonger sur son lit et de le toucher comme elle le voulait. Cela convenait parfaitement à Harry.


OoOoO



Pendant plus d’une semaine et demie, Harry fut incapable d’aller à New York pour voir Dahlia. Son équipe n’était pas vraiment sur une grosse affaire mais il devait être disponible tout le temps pour venir au Ministère à la moindre alerte. En fait, c’était un fait divers qui faisait jaser les journaux. Un élève avait disparu de Poudlard. Steve Brandwell, en sixième année, n’avait pas dormi dans son dortoir et ne s’était pas présenté en cours le lendemain matin. Personne ne savait où il était allé. La piste de l’enlèvement était peu probable car Harry savait plus que personne que les protections de Poudlard empêchaient globalement les étrangers d’entrer. Et il aurait été bien plus simple d’enlever Steve durant ses vacances ou une sortie à Pré-au-Lard. Les Aurors soupçonnaient plutôt une fugue mais là encore, ils préféraient ne pas trop s’avancer non plus. Il fallait tout de même vérifier que rien n’était arrivé au jeune homme.

Avec la pression médiatique et la pression des parents inquiets, Harry et son équipe étaient sur les nerfs. Ils avaient pu d’indices, ils rencontraient des difficultés à interroger les autres élèves qui leur parlaient de tout sauf de ce qui les intéressaient ou qui n’avaient aucune information à leur donner. Les amis de Steve disaient qu’il n’était pas très heureux ces derniers temps, qu’il leur racontait moins de choses. A part ça, rien à signaler.

- Il s’est surement barré, conclut Mark en sortant de la salle de classe qu’on leur avait affectée pour interroger les enfants.

- Alors nous devons le retrouver, soupira Rufus.

Harry se sentait mal à l’aise, quelque chose le gênait dans cette affaire. C’était étrange de revenir à Poudlard de cette façon, de fouiller la chambre de Steve, de croiser les professeurs inquiets. Steve était un élève de Serpentard et Horace Slughorn était particulièrement remué. Il ne comprenait pas comment un enfant sous sa protection avait pu disparaitre de cette façon. Jane posa une main réconfortante sur son épaule mais Hermione eut une moue plus dubitative.

- Ce ne sera pas la première fois, dit-elle froidement.

Le professeur McGonagall lui lança un regard légèrement outré mais Hermione haussa les épaules sans se démonter.

L’enquête prit un autre tournant quand on retrouva les affaires de Steve dans un village, à plusieurs kilomètres de Poudlard. Sa valise avait été jetée dans une poubelle. Soit il s’en était débarrassé lui-même, soit quelqu’un d’autre était impliqué. Harry et ses collègues reprirent les interrogatoires. Ils n’étaient pas naïfs, Poudlard était une école et ils savaient comment cela fonctionnait. Les rumeurs et les médisances allaient bon train, les secrets n’étaient pas gardés. Quelqu’un savait forcément quelque chose. En attendant, la piste de la fugue commençait à décliner. Harry et les autres avaient un mauvais pressentiment, à cause de la valise dans la poubelle. L’âge de Steve, la peur des parents, les interrogatoires de jeunes adolescents, tout cela déprimait les Aurors et les stressait. Harry était fatigué, il ne dormait pas bien, il faisait des cauchemars de ses propres années à Poudlard.

Harry et ses collègues grignotaient leur déjeuner dans la salle de classe vide en discutant de l’affaire et de ce qu’ils savaient, pour faire le point. Plus Harry en apprenait sur Steve, plus il se reconnaissait en lui, pour diverses raisons. Un père décédé et une mère absente, des difficultés à se faire des amis, des tendances nettes à la solitude, plutôt introverti. Steve ne semblait effectivement pas très heureux ni très épanoui. En général, il aimait venir à Poudlard où il retrouvait les deux seuls amis qu’il avait et se réfugiait dans le travail. Il était doué, il aimait ça. L’école lui faisait oublier la vie merdique qu’il retrouvait chaque été. Et puis quelque chose avait changé, il avait moins aimé l’école, il avait travaillé encore davantage.

- Il a même décidé de rentrer chez sa mère pendant les vacances de Noël alors qu’il ne le faisait jamais avant, avait expliqué son ami. C’était la première fois.

Harry se demandait ce qui avait pu arriver à Steve pour qu’il prenne la décision de s’enfuir définitivement de l’école. Il avait presque un peu peur de la réponse, même s’il ne se l’avouait pas trop.

Les Aurors se tournèrent tous vers la porte en entendant frapper. Mark alla ouvrir et se retrouva face à deux jeunes filles de Gryffondor qui semblaient nerveuses et angoissées. Elles avaient quelque chose à leur dire, elles n’avaient pas osé avant. Elles s’assirent dans la salle de classe vide et Hermione les invita à parler.

- C’était par hasard, dit l’une des filles. On a découvert que le père de Steve n’était pas vraiment mort mais qu’il était à Azkaban, à cause de crimes qu’il a commis pendant la guerre. Steve a changé de nom et pris celui de sa mère, pour éviter que ça se sache, je suppose. Alors, un garçon de notre classe, James, s’est mis à lui faire des remarques dessus, dès qu’il le croisait. Et… après, je crois… je crois que…

- On sait qu’il lui faisait d’autres choses, quand il n’y avait personne dans les parages. On n’a pas vraiment vu mais il y a des rumeurs. C’est simplement que James est plutôt populaire, il… Tout le monde l’aime bien alors on n’a pas vraiment…

Le fameux James fut convoqué mais il prit l’histoire à la rigolade. Oui, il l’admettait, il avait taquiné Steve à cause de son père, oui il l’avait un peu embêté parfois. Après tout, son père était quand même un criminel, James n’y était pour rien, c’était la stricte vérité. Après l’interrogatoire, Hermione et Harry ne pouvaient s’empêcher de détester James alors que Mark essaya de temporiser.
- On va interroger les autres, coupa Rufus avec impartialité.

Tous les Gryffondor de sixième année y passèrent ou presque. Il fut vite évident qu’ils cachaient des choses. Jane et Mark se chargèrent de leur mettre la pression, ils étaient doués pour ça, beaucoup plus que Harry. Les langues se délièrent petit à petit, cruelles, viles, parfois honteuses. Oui, James s’en prenait à Steve, tout le temps, dès qu’il le pouvait. Non, ce n’était pas simplement de la taquinerie, non ce n’étaient pas simplement des insultes. Oui, James lui lançait des sortilèges humiliants ou douloureux, lui jouait des tours méchants et dangereux. Oui, et globalement, tout le monde trouvait ça assez drôle. Steve n’avait qu’à se défendre, il n’avait qu’à être moins faible et pathétique. Mais qu’attendre de ce gamin qui ne savait rien faire d’autre que travailler et qui mentait sur les actes de son père ? Pas de pitié pour les collabos qui avaient aidé Voldemort.

Après deux jours d’interrogatoire plus que déprimants, Harry fut le premier à s’emporter. Il était fatigué, tout cela le blessait sans qu’il sache pourquoi. Il repensait à Rogue, il repensait à sa propre enfance à lui, il prenait ça trop à cœur.

- Mais donc où est Steve ? S’énerva-t-il.

Personne ne savait. Steve avait dû en avoir marre et s’enfuir, sans doute. Certains le disaient même avec un peu de mépris comme si sa fuite était la preuve de sa lâcheté. Comme si cela prouvait qu’il avait mérité son sort.

- Je ne pense pas qu’il soit parti, dit Hermione quand ils se retrouvèrent seuls.

- Pourquoi ? s’étonna Mark. Avec tout ce qu’il subissait, ça serait compréhensible.

- Mais sa valise ? rétorqua Jane.

- Il a très pu s’en débarrasser pour brouiller les pistes.

- Avec son argent à l’intérieur ? remarqua Hermione, dubitative.

Ils méditèrent tous la situation actuelle. La piste de la fugue restait la plus probable mais Harry n’y croyait plus tellement. Et visiblement, Hermione non plus.

- Où est Steve à ton avis ? demanda Harry.

- Je ne sais pas… dit lentement Hermione. Je trouve simplement que le coup de la fugue est trop gros. Et si…

- Quoi ? encouragea Rufus.

- Et si c’était bel et bien une affaire de meurtre ? osa Hermione. Jusqu’à présent, on a évité de trop y penser parce qu’on n’a pas trouvé de corps et que ce sont des enfants mais…

Il y eut un silence embarrassé. Ils y avaient bien pensé, au fond, évidemment. Mais pour l’instant, rien ne laissait suspecter un meurtre.

- Il faudrait trouver le corps… dit Jane.

- Attendez, vous croyez vraiment que les gamins auraient pu tuer Steve et planquer le corps ? s’écria Mark.

- Et pourquoi pas ? demanda Rufus. On a déjà vu pire !

- Euh… non, avoua Mark. Je ne crois pas avoir déjà vu pire.

- Mais où auraient-ils caché le corps ? insista Jane. Je veux dire, c’est tout de même une école où il y a beaucoup de personnes et tout le monde a activement cherché Steve durant ces derniers jours. Comment auraient-ils pu passer à côté de ça ?

Il y eut un autre silence pendant lequel Harry et Hermione échangèrent un regard. Décidément, cet endroit lui aurait apporté autant de joie que de douleur, c’était terrible. Harry avala sa salive et se tourna vers Rufus.

- Je sais où est le corps, affirma-t-il dans un souffle.

Il se mettait à la place du meurtrier, seul avec un cadavre sur les bras. La panique, l’absence de plan, le besoin primordial de trouver une cachette pour se débarrasser des preuves. La salle répondait aux besoins, surtout quand ils étaient aussi importants. Elle avait dû s’ouvrir pour le meurtrier, comme une chance inespérée.

Harry et ses collègues montèrent au septième étage et s’arrêtèrent devant la tapisserie de Barnabas le Follet.

- Je veux voir la salle où le corps de Steve Brandwell est caché, dit Harry.

Il continua à y penser, passa trois fois devant le mur. Il espérait avoir raison et en même temps, il espérait se tromper. Malheureusement, une petite porte apparut dans le mur de pierre, ne laissant plus aucune place au doute. Les autres Aurors regardèrent le phénomène avec surprise, à l’exception d’Hermione. Jane fut la première à s’avancer et à ouvrir la porte. Hermione avait raison, Steve n’avait pas fugué.

Après deux jours d’interrogatoire tendus, la vérité éclata, tout aussi vile que le reste. Maintenant qu’il y avait un corps, il était beaucoup plus difficile de raconter des mensonges. James avait tué Steve, involontairement, avec le sortilège de trop. C’était un accident, répéta-t-il plusieurs fois, en larmes, assis entre ses deux parents.

- Tu l’as harcelé et torturé pendant des mois, dit froidement Jane. Tu ne vas pas non plus nous faire croire que tu lui voulais du bien…

James était seul au moment des faits mais il s’était confié à sa petite amie. Tous les deux avaient rassemblé les affaires de Steve dans sa valise et avaient profité d’une pause entre deux cours pour s’en débarrasser et faire croire à une fugue. Ils avaient eu leur permis de transplanage quelques semaines plus tôt, coup de chance, ils avaient donc facilement pu gagner un village à plusieurs kilomètres de là.

Rufus attrapa le bras de James et le souleva avec un mélange de fermeté et de douceur. Ses parents poussèrent les lamentations indignées mais Rufus prononça les mots de l’arrestation sans hésiter et passa les menottes au meurtrier. Ils l’entrainèrent hors de l’école, traversant des couloirs remplis d’élèves qui observaient la scène avec honte, dégoût, curiosité, crainte ou encore jubilation morbide. Ils embarquèrent également la petite amie de James qui avait couvert le meurtre. Au moment de passer la porte, Harry se tourna vers la directrice et la regarda dans les yeux une seconde. Il avait envie de lui faire une remarque acerbe mais il n’osa pas, le moment passa trop vite. Combien de Severus, combien de Steve, combien de Harry faudrait-il pour surveiller davantage le comportement des élèves de Poudlard ?

Rufus et son équipe d’Aurors avaient mis dix jours à élucider l’affaire, c’était donc plutôt une réussite. Evidemment, le destin tragique de Steve fit la une de tous les journaux et suscita un vif émoi dans la communauté. « Justice pour Steve » titrait la Gazette. Libéré de ses obligations, Harry envoya un message à Dahlia pour lui dire qu’il venait la voir. Ils ne s’étaient pas vus depuis deux semaines et il était temps que Harry se rende à New York. Il réserva son Portoloin, prépara son sac et regarda sa montre. Il lui restait encore quarante-cinq minutes avant de partir et Harry se laissa tomber sur le canapé. Tout cela l’avait épuisé, physiquement et émotionnellement. C’était peut-être son enquête la plus éprouvante pour l’instant. Et à cause de cela sans doute, Harry s’endormit profondément sur le canapé.

Il se réveilla lentement, l’esprit brumeux, le corps endoloris par sa position inconfortable sur le canapé. Harry mit quelques secondes à réaliser qu’il n’était pas censé dormir et regarda sa montre. Il était neuf heures du soir, Harry avait dormi plus de quatre heures.

- Merde ! jura Harry en se levant d’un bond.

Il avisa des morceaux de papier posés sur la table basse, qui n’étaient pas là avant. Il y en avait trois, tous écrits par Dahlia, qui lui demandait ce qu’il fichait. Le premier était interrogateur, le deuxième énervé, le troisième apeuré. Harry se sentit affreusement coupable, attrapa son sac et se précipita à Greenwich. Un Portoloin partait pour New York dans vingt minutes, il avait de la chance. En attendant, il répondit à Dalhia au dos de l’un de ses propres messages et l’envoya de l’autre côté de l’océan.

Il arriva à New York vingt minutes plus tard, transplana rapidement et s’empressa de rejoindre l’immeuble de Dahlia. Il s’en voulait d’arriver si tard et d’avoir perdu tellement de temps mais tant pis, il s’était endormi, il n’y pouvait rien. Harry ouvrit la porte sans frapper, pour une fois, et entra dans l’appartement. Dahlia lisait sur le canapé et se leva brusquement pour le regarder approcher. Il vit nettement, dans ses yeux, qu’elle lui en voulait.

- Désolé, dit immédiatement Harry. Je me suis endormi en attendant le Portoloin, j’étais crevé à cause de l’enquête, j’ai…

- J’étais à deux doigts de venir moi-même à Londres, répondit froidement Dahlia. J’étais inquiète, tu aurais dû arriver il y a cinq heures ! Et tu n’arrives pas, je n’ai aucun message, tu ne réponds pas aux miens… J’ai cru que… je ne sais même pas ! J’étais inquiète !

- Je sais, désolé.

Il était sincère. Il comprenait qu’elle se soit inquiétée et qu’elle soit un peu énervée, il l’aurait été aussi à sa place. Harry posa son sac près de la porte de la chambre et rejoignit Dahlia. Il se pencha pour l’embrassa, elle resta immobile, n’ouvrit pas la bouche. Harry se recula, blessé et un peu agacé.

- Tu m’en veux à ce point-là ? demanda-t-il froidement. Je me suis simplement endormi, ce n’est pas si grave quand même…

- Quand j’ai reçu ton message, ce matin, j’ai demandé à Emily de me remplacer pour pouvoir passer la journée avec toi. Et je t’ai attendu inutilement.

- Désolé, répéta Harry. Tu n’auras qu’à échanger avec elle un autre jour…

- Je n’aurai qu’à, oui, répondit Dahlia d’une voix glaciale.

Harry lui tourna le dos et se laissa tomber sur le canapé en soupirant. Elle resta debout, évitant de le regarder, les bras croisés. Il se demandait si c’était la peur qu’elle avait ressentie qui la poussait à l’agresser de cette façon ou si c’était réellement de la colère.

- L’enquête était éprouvante, j’avais besoin de dormir, j’aurais dû faire une sieste avant de te dire que je venais.

- Sans doute.

- Mais si c’est pour être accueilli comme ça, je me demande bien pourquoi je viens.

Dahlia se tourna vers lui et lui adressa un regard haineux qui cloua Harry sur place.

- Et comment voudrais-tu que je t’accueille ? demanda-t-elle d’un ton mielleux qui n’annonçait rien de bon. J’aurais peut-être dû attendre nue, allongée sur la table pendant cinq heures, que tu daignes te réveiller ?

- Arrête, ce n’est pas ce que…

- Ou te sauter au cou à peine passée la porte pour féliciter mon héros qui revenait enfin me voir après deux semaines au front ?

Harry rougit et lui lança un regard tout aussi haineux. Ils se fixèrent un instant, furieux l’un et l’autre. Elle lui en voulait, parce qu’il lui avait fait peur, parce qu’il s’était endormi, parce qu’elle l’avait attendu. Et elle détestait cela, être celle qui attend que son copain rentre, ce n’était pas la vie qu’elle voulait et c’était pourtant celle qu’elle subissait. Attendre un mot de Harry, attendre que son travail lui permette de venir, attendre que son enquête se termine. Et elle se sentait stupide et faible parce qu’elle n’avait qu’à prendre un fichu Portoloin et le rejoindre elle-même au lieu de rester là. Mais elle ne pouvait pas, elle souffrait trop quand elle rentrait. Alors elle était coincée là, à l’attendre et il s’endormait comme un con sur son canapé. Il arrivait finalement, comme si ce n’était rien et il avait raison, ce n’était rien, au fond. Mais elle aurait aimé qu’il ne s’endorme pas, qu’il soit impatient de le retrouver comme elle était impatiente, elle. Elle lui en voulait, elle ne savait même pas vraiment pourquoi, juste parce que c’était lui.

Et Harry lui en voulait aussi, d’être froide, de le repousser de cette façon à chaque fois qu’elle était contrariée, de tourner en ridicule ce qu’il disait, de lui prêter des intentions qu’il n’avait pas. Il n’avait jamais voulu qu’elle l’attende nue ou qu’elle lui saute au cou et elle le savait parfaitement. Il aurait simplement voulu qu’elle l’accueille avec plus de chaleur dans le regard et pas avec cette rancœur glaciale qui ralentissait un peu le cœur de Harry. Et puis, dans ces moments-là, elle ressemblait tellement à ce qu’elle était avant que ça faisait mal à Harry, presque un peu peur. Il repensa à James et à Steve, il repensa au regard de Dahlia, autrefois, quand ils se croisaient dans les couloirs de Poudlard. Il se redressa et posa ses coudes sur ses cuisses.

- C’était l’enquête qui m’a le plus remué, dit Harry. Nous avons trouvé l’assassin du pauvre Steve. C’était l’un de ses camarades. Le camarade en question l’a harcelé pendant des mois, s’est moqué de lui, l’a insulté, lui a jeté de nombreux sortilèges, simplement pour s’amuser. Et puis un jour, il lui en a lancé un de trop et Steve est mort, accidentellement. Tu sais où il a caché le corps ?

Dahlia fixa Harry sans rien dire.

- Dans la Salle sur Demande, évidemment. Cet endroit est décidément bien pratique pour faire toute sorte de choses interdites… Tu sais ce qui est ironique ? C’était un élève de Gryffondor et un élève de Serpentard. La seule différence c’est que c’est le Gryffondor qui harcelait le Serpentard.

Le visage de Dahlia resta impassible mais quelque chose s’alluma dans son regard et Harry comprit qu’il n’aurait jamais dû dire cela. De toute façon, il le savait bien, il ne l’avait fait que pour la blesser.

- La seule différence avec quoi ? siffla Dahlia d’un ton menaçant.

Harry, lâchement, n’osa pas répondre. Finalement, il n’était pas certain d’assumer jusqu’au bout ce qu’il avait voulu sous-entendre. Il regrettait déjà.

- La seule différence avec nous, c’est ça que tu voulais dire ?

- Euh, je…

- Donc au lieu de venir me retrouver, tu t’endors sans donner de nouvelles, tu te pointes chez moi avec cinq heures de retard, tu espères en plus que je vais t’accueillir en souriant et tu finis par me reprocher ce qui s’est passé quand nous étions enfants en me comparant au criminel de ton enquête ?

- Non, se défendit Harry. Ce n’est pas exactement…

- C’est exactement ce que tu viens de faire ! cria Dahlia.

Harry se sentit misérable et furieux en même temps. Elle l’avait toujours rendu furieux, de toute façon.

- Avoue quand même que la ressemblance est…

- Je croyais que tu m’avais pardonné ! coupa Dahlia en haussant le ton. Tu m’as dit que tu m’avais pardonné. Quand je suis venue à Londres pour te dire que je t’aimais, tu m’as dit que c’était du passé et que tu m’avais pardonné.

- Oui, je sais, je le pensais. Je t’ai pardonné, ce n’est pas…

- Alors pourquoi tu me jettes ça à la figure de cette façon ?

La voix de Dahlia était froide, coupante et accusatrice mais Harry devinait la peur et la blessure qui se cachaient derrière.

- Je ne sais pas, c’est à cause de l’enquête, ça a réveillé des choses, c’est tout.

- Ça a réveillé des choses ? Donc tu vas me détester à chaque fois que quelque chose te rappellera le passé ?

- Je ne te déteste pas…

- Bien sûr que si, tu viens de me dire que j’étais comme cet élève qui a tué son camarade.

- Je n’ai pas dit ça.

- Si, tu l’as clairement dit ! Et je sais bien que j’ai des torts et que tout est ma faute mais je te signale quand même que le seul d’entre nous qui a failli se retrouver avec le cadavre de l’autre sur les bras, c’est toi !

- Pure malchance, ça ne reflète absolument pas la relation que nous avions, rétorqua sèchement Harry.

Dahlia lança à Harry un regard où se battaient haine et désespoir.

- Pourquoi est-ce que tu me balances tout ça maintenant ? Répéta-t-elle.

- Parce que tu m’accueilles comme si j’avais fait quelque chose de grave, que tu ne veux même pas m’embrasser, que tu… Je me suis simplement endormi, j’étais crevé ! Ce n’est pas la fin du monde !

- Et donc ? Tu es crevé et tu te mets à me reprocher le passé ?

- Non, je…

- Tu sais quoi Harry ? Si tu es si fatigué que ça, rentre chez toi et va dormir !

Il hésita une seconde puis se leva brusquement du canapé, le visage fermé et déterminé.

- Très bien, je vais faire ça.

Dahlia sortit sa baguette et fit un geste vif vers le sac de Harry. Ce dernier s’éleva dans les airs et vint heurter Harry à la tête.

- Prends tes affaires et dégage de chez moi ! cria Dahlia.

- Parfait ! cria Harry à son tour.

- Et puisque tu m’en veux toujours pour autrefois et que tu me vois encore comme ça, pas la peine de revenir ! Nous n’avons plus rien à nous dire !

- Comme tu voudras, cracha Harry avec de la rage.

Il atteignit la porte, l’ouvrit à la volée, sortit précipitamment et claqua derrière lui. Bouillonnant de colère, Harry dévala les marches et se retrouva dans la rue. Il ne voulait pas transplaner, il voulait marcher, il en avait besoin. Harry s’engagea dans les rues, à grands pas nerveux, pour revenir vers le centre de Hidden City. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas été si en colère contre quelqu’un, bien longtemps aussi qu’il ne s’était pas disputé aussi violemment avec quelqu’un. Ce n’était pas très surprenant cependant, c’était Dahlia, elle le rendait fou. Elle était injuste, elle était froide, elle était cruelle, elle était… Il ne savait même plus, il n’arrivait plus à penser correctement.

Harry marcha presque trente minutes, au hasard des rues, à ressasser ce qu’ils venaient de se dire et à marmonner dans sa barbe les réponses qu’il aurait dû lui opposer. Harry arriva à un carrefour plus important et plus animé. Il fut coupé dans ses pensées par un sorcier qui le croisa de près et fut obligé de relever la tête. Il allait reprendre un Portoloin et rentrer chez lui, c’était la meilleure chose à faire. Harry fit encore quelques pas puis un fourmillement désagréable apparut dans son estomac. Qu’avait dit Dahlia, exactement ? « Pas la peine de revenir, nous n’avons plus rien à nous dire ». Qu’est-ce que ça signifiait exactement ? Qu’elle ne voulait plus qu’il revienne ? Est-ce qu’elle venait de le quitter ?

Harry s’immobilisa sur le trottoir, l’esprit embrouillé et le crâne douloureux. Elle ne l’avait pas quitté, n’est-ce pas ? Ils n’allaient quand même pas se séparer comme ça, juste parce que Harry s’était endormi et était arrivé en retard ! Juste parce que Harry avait dit à Dahlia que… Il avait été odieux. Par le grand Merlin, pourquoi lui avait-il balancé ces horreurs ? Elle l’avait accueilli froidement, sans doute parce qu’elle s’était inquiétée, il aurait pu être plus subtile. Se disputer, d’accord, utiliser le passé pour lui faire du mal, ça n’allait pas. Il n’aurait jamais dû dire ça. « Je croyais que tu m’avais pardonné » avait crié Dahlia. Il lui avait pardonné, c’était peut-être ça le pire, il ne lui en voulait même plus vraiment. Il n’avait dit ça que pour la blesser et se venger de sa froideur. Il était nul, il était con, il était détestable. Elle venait de le foutre dehors, évidemment, comment aurait-elle pu réagir autrement après les accusations de Harry ?

Il ne voulait pas qu’elle le quitte, il ne voulait pas qu’elle pense qu’il la détestait. C’était faux, il ne la détestait pas, il l’aimait. Elle lui avait manqué, il avait eu envie de la revoir, il s’était endormi. Il voulait la prendre dans ses bras, lui assurer que tout cela n’était qu’un énorme malentendu. Pourquoi était-il parti aussi facilement ? C’était absurde. Qu’était-il en train de faire pour l’amour du ciel ? Harry ignora les passants qui s’indignaient de le voir immobile au milieu du trottoir et transplana sans hésiter. Il grimpa les marches de l’immeuble en courant, arriva essoufflé au quatrième étage, ouvrit la porte aussi brusquement qu’il l’avait refermée mais pas de la même manière. Dahlia s’était rassise sur le canapé et faisait rien, elle avait l’air de fixer le mur devant elle avec un regard vide. Elle se tourna vers lui quand il entra, surprise de le revoir. Son visage se ferma tout de suite mais Harry ne se démonta pas. Il lâcha son sac, marcha vers elle et fut presque soulagé de la voir bouger pour se lever et lui faire face.

- Je ne veux pas partir, déclara Harry d’une voix vaguement désespérée. C’est absurde, cette dispute n’a aucun sens, je ne veux pas partir comme ça.

La mâchoire de Dahlia tressaillit légèrement, comme si elle se retenait de pleurer ou de crier. Harry y vit un encouragement.

- Je ne pensais pas un mot de ce que j’ai dit, j’étais simplement en colère, assura Harry. Je t’ai pardonné pour le passé, je n’aurais jamais dû dire ça, je suis désolé !

- Tu n’avais pas le droit de me dire ça, répondit Dahlia, les larmes aux yeux. Je n’ai jamais essayé de te tuer, je regrette ce que j’ai fait, tu ne peux pas me le reprocher indéfiniment !

- Je…

- Et tu n’es pas obligé de me rappeler ce que j’ai été contrainte de faire dans la Salle sur Demande ! Je m’en souviens parfaitement toute seule !

- Je sais, pardon…

Il avait envie de pleurer lui aussi, parce qu’elle était malheureuse, parce qu’il avait peur de la perdre, parce qu’il se sentait pitoyable. Il rejoignit Dahlia, passa ses bras autour de son cou, s’accrocha à elle.

- Je ne veux pas rentrer, répéta-t-il. Je t’aime, je ne veux pas partir. Tu as dit que ce n’était plus la peine de revenir, tu ne le pensais pas, n’est-ce pas ? Tu ne vas pas me quitter, n’est-ce pas ?

- Non, je ne sais pas, j’étais en colère moi aussi, je…

En fait, ils ne savaient plus très bien pourquoi ils s’étaient disputés, au début. Tout ce qu’ils savaient à présent, c’était qu’ils voulaient rester ensemble et se pardonner. Harry posa ses mains sur les cheveux de Dahlia, sur son cou, l’embrassa sur la bouche. Cette fois-ci, elle lui répondit, l’embrassa à son tour, un peu violemment et avidement. Elle croyait que Harry allait partir pour de bon et la laisser là, après lui avoir rappelé toutes les souffrances de son passé et cette idée l’avait terrifiée. Elle savait qu’elle ne lui aurait jamais pardonné s’il l’avait fait. Heureusement, il était revenu et il avait demandé pardon. Il l’aimait toujours et il voulait toujours d’elle, tout allait bien. C’était ce qu’elle se disait en léchant la langue de Harry et en glissant ses mains sous son pull. Tout allait bien, ce n’était qu’une dispute de couple comme cela arrivait souvent.

Dahlia et Harry se déshabillèrent rapidement, parsemant l’appartement de leurs vêtements jusqu’au lit. Elle s’allongea sur Harry, elle voulait sentir leurs peaux l’une contre l’autre, ressentir le frisson d’excitation que cela faisait naitre en elle. Harry passa ses mains sur le dos nu de Dahlia, les posa sur ses fesses, y appuya légèrement pour accentuer le contact. Il la voulait contre sa peau, lui aussi, il la voulait tout entière sur lui, il l’aimait. En vérité, ils n’avaient pas grand-chose à voir avec James et Steve, elle valait bien plus que ça. Il l’aimait comme un fou, justement pour ça. Il avait la sensation qu’il avait failli la perdre, il ne voulait plus que cela arrive.

Harry se redressa, repoussa Dahlia et l’allongea sur le lit. Il ne voulait pas la perdre, il voulait la retrouver, sentir qu’elle l’aimait et que tout allait bien. Harry retira la culotte de Dahlia, lui écarta les jambes, s’étendit sur elle. Il l’embrassa à en perdre le souffle, frotta son sexe contre le sien, soupira sur ses lèvres.

- J’ai envie de te pénétrer tout de suite, avoua Harry d’une voix impatiente.

- On ne peut pas, je ne me suis pas lavée. Je vais…

- Ça n’a pas une grande importance.

- Bien sûr que si, c’est sale sinon.

- Je me fiche que ce soit sale.

Dahlia le fixa, hésitante, puis céda vite. Après tout, elle l’avait déjà fait de cette façon avec Will et effectivement, ça n’avait pas eu une si grande importance que ça. Dahlia écarta davantage les jambes et se souleva pour caresser le sexe de Harry avec le sien.

- D’accord, dit-elle.

Harry s’empressa d’attraper un préservatif dans la table de chevet, rajouta du lubrifiant et pénétra lentement Dahlia. Elle planta ses ongles dans son dos, ils gémirent tous les deux et Harry se pencha vers elle.

- Va doucement, ordonna-t-elle.

- Je vais doucement, rétorqua Harry.

- Plus doucement alors !

Il se sentit un peu coupable, parce qu’il ne l’avait pas préparée avant mais tant pis, elle le voulait aussi, visiblement. Il continua ses mouvements, doucement, gémit à nouveau en se sentant glisser en elle, s’immobilisa et se retira lentement. Il recommença, encore et encore, jusqu’à ce que le corps de Dahlia se soit fait à lui et la pénétra un peu moins doucement, plus profondément. Il s’arrêta, le souffle court et la regarda une seconde. Voilà, il était à sa place ici, tout allait bien. Les halètements de Harry se mêlèrent à ceux de Dahlia, son souffle se mêla au sien. Ils se retenaient moins que d’habitude, c’était meilleur que d’habitude, peut-être parce qu’ils s’aimaient encore plus. Harry était infiniment soulagé de ne pas être parti.

Ils se sentaient épuisés, à cause de la dispute, des émotions, du sexe, Harry à cause de son enquête et du manque de sommeil. Ils restèrent allongés nus l’un contre l’autre, incapables de trouver l’énergie de faire autre chose. Et puis de toute façon, après la scène qu’ils venaient de vivre, ils n’avaient pas envie de s’éloigner l’un de l’autre. Dahlia avait posé sa tête sur le bras de Harry et ses jambes entre les siennes. C’était rassurant de sentir qu’il était bien là.

- Que va-t-il arriver à l’élève qui a tué l’autre ? demanda soudain Dahlia d’une voix presque endormie.

- Eh bien… Il a eu dix-sept ans au début du mois de mars donc il sera jugé en tant qu’adulte. Il va surement aller en prison quelques années.

Il y eut un silence puis Dahlia posa son bras devant ses yeux, dans un geste de lassitude et de reddition.

- J’aurais dû aller en prison quelques années moi aussi.

- Tu n’as tué personne.

- Pure malchance… souffla Dahlia en reprenant l’expression de Harry.

Harry se tourna vers elle et la regarda un moment. Il ne pouvait pas voir ses yeux à cause de son bras mais il voyait ses longs cheveux blonds décoiffés qui s’étalaient sur l’oreiller, sa bouche pâle et fermée, son menton pointu. Il se mit sur le côté, l’attira vers lui et referma complètement ses bras sur elle. Dahlia retira son bras et le regarda à nouveau. Ils faisaient la même taille, elle aimait ça. Elle pouvait s’allonger face à lui et être exactement au même niveau que lui sans se sentir petite et inférieure. Elle regarda ses cheveux noirs ébouriffés, sa cicatrice, ses yeux verts et tendres qui la contemplaient à travers ses lunettes.

- Je ne pense pas que c’était de la malchance, dit Harry.

- Comment cela ? demanda Dahlia sans comprendre.

- Tu as essayé de tuer des gens et tu n’as pas réussi, je ne pense pas que ce soit de la malchance. C’était surtout parce que tu n’en avais pas très envie. Et ça fait toute la différence.

Elle ne savait pas quoi répondre quand Harry disait des choses comme ça. Elle avait envie d’y croire, parce que c’était plus simple. Elle se sentait coupable pour le passé mais une partie d’elle refusait aussi de se sentir coupable de tout cela. Elle avait fait ce qu’elle devait faire pour survivre, il n’y avait rien de plus à dire. Elle était tout de même bien contente, au milieu de tout cela, de n’avoir tué personne et surtout pas ses camarades de Poudlard.

Harry approcha son visage de Dahlia, caressa son nez avec le bout du sien, l’embrassa lentement, en prenant son temps. Il voulait se faire pardonner, il voulait lui montrer qu’il ne la détestait pas et ne la méprisait pas. Dahlia l’embrassa aussi, langoureusement, en passant une jambe autour de lui pour se fondre encore plus contre son corps. Harry avait presque envie de la pénétrer à nouveau, de se glisser en elle une seconde fois et de rester là. Il n’osa toutefois pas faire le moindre mouvement, il ne voulait pas lui faire mal. La première fois sans préparation avait déjà dû être un peu douloureuse pour elle. Au lieu de ça, il la garda contre lui et eut brusquement envie de lui dire des choses, des choses qu’il ne lui avait jamais racontées.

- Tu te rappelles la dernière fois qu’on s’est vu, dit Harry. Tu m’as raconté comment ton père t’avait surprise avec la robe de ta mère.

- Oui, murmura Dahlia.

- Je me suis rendu compte que je ne t’avais jamais parlé de mon enfance à moi.

- Tu m’as dit que tu ne t’entendais pas avec ton oncle et ta tante et que c’était pour ça que tu t’étais autant attaché aux Weasley. Mais c’est tout ce que je sais.

- Ce n’est pas tout à fait la vérité, dit Harry à voix presque basse. Ce n’était pas vraiment qu’on ne s’entendait pas, c’était plutôt…

Harry expliqua comment Dumbledore l’avait laissé sur le paillasson des Dursley avec un simple mot pour leur ordonner de s’occuper de lui, comment Pétunia avait toujours jalousé et détesté sa sœur, comment elle l’avait fait payer à Harry. Il parla du placard, de l’absence totale d’amour et d’intérêt qu’on lui portait, de son existence à peine tolérée, de la cruauté de Dudley, des remarques blessantes et humiliantes qu’il avait endurées sur ses parents, sur son apparence, sur son être lui-même durant toute sa vie, de la solitude à l’école, de la honte d’avoir des vêtements toujours usés et trop grands. Il avait dû attendre d’avoir onze ans pour apprendre qu’il valait quelque chose, apprendre que ses parents l’avaient aimé, apprendre ce que l’amitié signifiait. Et en parlant, il n’avait pas honte parce qu’il savait qu’elle le comprenait, elle qui avait dû partir à l’autre bout du monde pour apprendre qu’elle valait quelque chose, que ses parents l’avaient mal aimée et qu’elle pouvait avoir des amis.

Après cela, Harry fit un effort pour se lever avec elle, l’aider à préparer le repas, dîner et discuter alors qu’il n’avait qu’une seule envie, aller dormir. Il se coucha à côté d’elle, la regarda s’endormir contre lui. Il avait mis un réveil à sonner au cas où mais il n’en eut pas besoin. Malgré sa fatigue, Harry craignait tellement de s’endormir et de rater à nouveau son Portoloin qu’il fut incapable de fermer l’œil. Il s’en alla sans bruit pour ne pas la réveiller, prit le dernier Portoloin de minuit et arriva à Londres à cinq heures du matin. Quand il retrouva ses collègues, quelques heures plus tard, Harry se sentait à peu près en forme, grâce au café. Ce n’était qu’une impression toutefois car Jane lui lança un regard concerné.

- Tu n’as pas l’air de dormir beaucoup quand tu vas la voir… commenta-t-elle.

- Il a autre chose à faire que dormir, rétorqua Mark avec un sourire ironique.

Jane eut une expression blasée.

- Je ne faisais pas d’allusions sexuelles, Mark. Je parlais plutôt du décalage horaire et des Portoloins.

- Ah…

Hermione entra dans les bureaux à ce moment-là et jeta un coup d’œil à Harry. Elle sembla sur le point de dire quelque chose, se retint. Harry s’était confié à elle quelques semaines plus tôt, sur le fait que ses excursions à New York commençaient à lui peser.

- Ça s’est bien passé ? demanda-t-elle après lui avoir fait une rapide accolade.

Harry eut envie de dire que oui, par facilité. Puis il songea que Mark était le premier à venir geindre quand une fille le quittait et que Rufus parlait régulièrement de sa copine. Il ne voyait donc pas pourquoi il devrait toujours tout cacher.

- Non, avoua Harry. On s’est disputé, c’était la première fois qu’on criait autant je crois.

- Ah bon ? s’étonna Hermione, inquiète. Et ?

- Elle m’a fichu dehors.

- Laisse-moi deviner, dit Mark avec un léger sourire. Tu es revenu et tu l’as suppliée de te reprendre ?

- Je ne l’ai pas suppliée, répondit Harry avec un air vexé. Mais je suis revenu, on s’est expliqué et on s’est réconcilié.

- J’espère que c’était une torride réconciliation, dit Mark. Pour que ça vaille au moins la peine de se disputer.

Harry échangea un regard avec Jane qui semblait plutôt amusée, songea qu’il n’avait jamais fait l’amour avec elle de façon « torride » et chassa cette idée déplacée.

- Oui, si on veut, lâcha Harry en rougissant légèrement.

- Et donc c’est passé, vous allez mieux ? insista Hermione, toujours inquiète.

- Oui, tout va bien, assura Harry.

Tout allait bien mais il était crevé et cette dispute l’avait tout de même un peu déprimé. Ce qui le déprimait aussi, c’était qu’il avait dû se forcer à manger avec Dahlia au lieu de dormir, qu’il avait dû se forcer à la quitter en pleine nuit au lieu de rester avec elle. Il commençait à sérieusement détester ça. Il voulait de vrais moments avec Dahlia, pas juste un passage en coup de vent, du sexe volé et des au revoir qui arrivaient trop vite. Il voulait de vraies nuits à ses côtés, de vrais petits-déjeuners, de vraies soirées. Et il ne voyait sincèrement pas comment il pourrait obtenir tout cela.
Chapitre 12 - Point de rupture by Celiag
Le second fils de la présidente du MACUSA, Ashton Picquery avait deux nouvelles à fêter. Premièrement, il avait obtenu un poste plus qu’intéressant dans la section économique du MACUSA, deuxièmement, il allait se marier. Il avait donc invité ses amis d’enfance pour célébrer l’une et l’autre. Tout le monde faisait semblant de le féliciter pour sa promotion et au fond, ils étaient sincères. Parfois, Andrew se demandait comment ces gens parvenaient à se voiler la face aussi efficacement et aussi impunément. Il aurait sans doute été exactement comme eux s’il n’avait pas été ce qu’il était. Il