II - Lust For Life by Winter
Summary:

Le brief pour les âmes soeurs ? Ok, alors ce sont deux âmes qui se sont perdues de vues. On ne leur souhaite que de se retrouver bien sûr.

 

Mais ceci n’est pas une histoire d’amour.

Ou pas. 

 

"Impossibility is a kiss away from reality."   - sense8.

image par @kimmberr

Partie 2 de Beautiful People, Beautiful Problems


Categories: Romance (Het), Epoque de Harry, Personnage original (OC) Characters: Famille Weasley, George Weasley, Le Trio, Personnage original (OC), Remus Lupin
Genres: Amitié, Aventure/Action, Romance/Amour
Langue: Anglais, Espagnol, Français
Warnings: Lemon soft, Lime
Challenges: Aucun
Series: love, winter
Chapters: 63 Completed: Non Word count: 329744 Read: 17489 Published: 16/04/2022 Updated: 28/01/2023
Story Notes:

Merci de continuer cette histoire, qui comme vous le savez j’aime d’amour.

Ceci est la partie 2 de la série love, winter (Beautiful People Beautiful Problems). La partie 1 s’intitule Dark Paradise et oui j’aime aussi la mélancolie de Lana Del Rey d’amour.

Playlist de cette fic juste ici @rowinter.

Bonne lecture,

kindness is sexy

winter 

Tout l’univers appartient à J.K. Rowling, certains dialogues sont empruntés aux livres de la saga Harry Potter.

1. Partie 1 - Chapitre 1 by Winter

2. Partie 1 - Chapitre 2 (past) by Winter

3. Partie 1 - Chapitre 3 by Winter

4. Partie 1 - Chapitre 4 (past) by Winter

5. Partie 1 - Chapitre 5 by Winter

6. Partie 1 - Chapitre 6 (past) by Winter

7. Partie 1 - Chapitre 7 by Winter

8. Partie 1 - Chapitre 8 (past) by Winter

9. Partie 1 - Chapitre 9 by Winter

10. Partie 1 - Chapitre 10 (past) by Winter

11. Partie 1 - Chapitre 11 by Winter

12. Partie 2 - Chapitre 1 by Winter

13. Partie 2 - Chapitre 2 (past) by Winter

14. Partie 2 - Chapitre 3 by Winter

15. Partie 2 - Chapitre 4 (past) by Winter

16. Partie 2 - Chapitre 5 by Winter

17. Partie 2 - Chapitre 6 (past) by Winter

18. Partie 2 - Chapitre 7 by Winter

19. Partie 2 - Chapitre 8 (past) by Winter

20. Partie 2 - Chapitre 9 by Winter

21. Partie 2 - Chapitre 10 (past) by Winter

22. Partie 2 - Chapitre 11 by Winter

23. Partie 3 - Chapitre 1 by Winter

24. Partie 3 - Chapitre 2 (past) by Winter

25. Partie 3 - Chapitre 3 by Winter

26. Partie 3 - Chapitre 4 (past) by Winter

27. Partie 3 - Chapitre 5 by Winter

28. Partie 3 - Chapitre 6 (past) by Winter

29. Partie 3 - Chapitre 7 by Winter

30. Partie 3 - Chapitre 8 (past) by Winter

31. Partie 3 - Chapitre 9 by Winter

32. Partie 3 - Chapitre 10 (past) by Winter

33. Partie 3 - Chapitre 11 by Winter

34. Partie 3 - Chapitre 12 (past) by Winter

35. Partie 3 - Chapitre 13 by Winter

36. Partie 3 - Chapitre 14 (past) by Winter

37. Partie 3 - Chapitre 15 by Winter

38. Partie 3 - Chapitre 16 by Winter

39. Partie 3 - Chapitre 17 by Winter

40. Partie 3 - Chapitre 18 by Winter

41. Partie 4 - Chapitre 1 by Winter

42. Partie 4 - Chapitre 2 by Winter

43. Partie 4 - Chapitre 3 by Winter

44. Partie 4 - Chapitre 4 by Winter

45. Partie 4 - Chapitre 5 by Winter

46. Partie 4 - Chapitre 6 by Winter

47. Partie 4 - Chapitre 7 by Winter

48. Partie 4 - Chapitre 8 by Winter

49. Partie 4 - Chapitre 9 by Winter

50. Partie 4 - Chapitre 10 by Winter

51. Partie 4 - Chapitre 11 by Winter

52. Partie 5 - Chapitre 1 by Winter

53. Partie 5 - Chapitre 2 (wolf) by Winter

54. Partie 5 - Chapitre 3 by Winter

55. Partie 5 - Chapitre 4 (wolf) by Winter

56. Partie 5 - Chapitre 5 by Winter

57. Partie 5 - Chapitre 6 by Winter

58. Partie 5 - Chapitre 7 by Winter

59. Partie 5 - Chapitre 8 (wolf) by Winter

60. Partie 5 - Chapitre 9 by Winter

61. Partie 5 - Chapitre 10 by Winter

62. Partie 5 - Chapitre 11 by Winter

63. Partie 5 - Chapitre 12 by Winter

Partie 1 - Chapitre 1 by Winter
Author's Notes:

ϟ. Labrinth - Forever

Certains dialogues sont tirés du tome 1, Harry Potter à l'école des sorciers par J.K. Rowling.

J’inspire.

 

 

 

Expire.

 

 

 

C’est comme le psychomage Brook m’a appris. Je ne lui parle jamais et n’écoute pas grand-chose de ce qu’il dit, mais ce conseil, je l’applique parce que mon père me le disait aussi.

 

 

 

« — Quand je suis rouge, je fais quoi ?

 

— Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions : celle du poète et celle du savant. Laquelle veux-tu en premier ?

 

— Celle du savant.

 

— Inspire et expire calmement. Concentre toi sur ta respiration. Vraiment. Concentre-toi sur tes poumons qui se remplissent d’air, puis qui se vident. 

 

 

 

Comme toujours quand ils abordaient le loup en elle, il hésitait sur ses mots. 

 

 

 

— Prends de la distance avec les autres. Crée ta bulle pour te couper du reste et tu reprendras le contrôle.

 

— Et le poète ?

 

— Le poète te dira que tu as le pouvoir de redevenir calme. Ce pouvoir, tu l’as déjà en toi, pas besoin de respirer pour l’obtenir. »

 

 

 

Mon pouvoir de contrôle du loup est parti depuis longtemps. Alors je rejoins le camp du savant et j’inspire et expire. 

 

 

 

Aujourd’hui, j’ai 11 ans. Je sais que quelqu’un de Poudlard va venir pour m’emmener faire mes achats de fournitures scolaires, et surtout obtenir ma baguette. Je crois aussi que Harry sera là. 

 

 

 

D’où la panique.

 

 

 

Le dortoir est vide, tout le monde profite du moment film pour s’évader un peu dans leur tête de cet endroit affreux. Je m’en moque pas mal du film, je sais qu’on va venir me chercher et rester enfermée dans le noir aurait été impossible. Alors je suis allongée sur mon lit et fixe le plafond en respirant comme tout être humain. 

 

 

 

— Emilynn ? Te voilà enfin, on t’a cherchée dans la salle de cinéma, que fais-tu ici toute seule ?

 

 

 

Adele, l’une des employées de cet orphelinat n’est pas quelqu’un de foncièrement méchant. Elle est juste trop dans le système pour comprendre que cet endroit tue tout le monde à petit feu.

 

 

 

Je me redresse et la suis dans les couloirs blanc sale alors qu’elle me sermonne. Je continue mes exercices de respiration. Inspire, expire. Je m’accroche à ces deux mots pour ne pas perdre pied.

 

 

 

Puis je le vois et finalement, j’en oublie de respirer tant je suis perturbée. C’est bien lui, il est devant moi.

 

 

 

— Ah, Emilynn, te voilà. Monsieur Hagrid, c’est bien ça ?

 

— Oui, oui.

 

- Avant de quitter ce monde, tes parents t’ont inscrite dans un pensionnat. Il vient t’emmener pour faire des achats qui seront utiles à ton année scolaire. Tu y iras dès le 1er septembre, c’est bien ça ?

 

— Oui, absolument. 

 

 

 

Je quitte mon regard d’Harry pour me tourner vers le géant qui lui tient compagnie. Il est immense, et pourrait être effrayant si une profonde bienveillance ne se dégageait pas de son regard.

 

 

 

— Bien, vous la ramènerez ce soir, c’est bien ça ?

 

— Bien sûr, dit Hagrid en me faisant un clin d’oeil.

 

 

 

L’habitude de la directrice de ponctuer toutes ses phrases par un « c’est bien ça » l’amuse et je retiens un sourire.

 

 

 

- Bien. Emilynn, comporte toi comme une petite fille exemplaire et soit polie. Adele, donnez lui une parka, je vous prie. 

 

 

 

Rien ne nous appartient dans cet endroit, pas même les vêtements. Tout est collectif. Je suis Hagrid et Harry alors qu’Adele nous rejoint dans ce hall qui détonne beaucoup avec le reste de l’orphelinat. C’est la partie visible au public, ici, on a l’impression que c’est un endroit chaleureux, modeste et accueillant. Je le déteste. 

 

 

 

- Merci Mademoiselle Adele.

 

— Bonne journée, nous souhaite t-elle. 

 

 

 

Hagrid prend le devant de la marche et je remarque un regard intrigué d’Harry en ma direction.

 

 

 

— Bonjour Emy, je m’appelle Rubeus Hagrid, je suis le Gardien des Clés de Poudlard, tu sais ce qu’est Poudlard ?

 

 

 

Il semble inquiet de ma réponse.

 

 

 

— Oui.

 

— Ah, ouf, tu me rassures. Je te présente Harry, il entrera en première année comme toi en septembre.

 

 

 

Je m’autorise à me tourner vers Harry qui me sourit timidement. 

 

 

 

— Enchantée, moi, c’est Emy.

 

— Tu le savais déjà que tu étais une sorcière ?

 

 

 

J’hoche la tête en souriant. Oui, je l’ai toujours su.

 

 

 

— Pas toi ?

 

— Non, dit-il en secouant la tête. J’ai été élevé par des moldus.

 

— Oui, c’est pourquoi je vous emmène tous les deux au Chemin de Traverse. Tu y es déjà allée Emy ?

 

 

 

Oui, dans de vieux souvenirs. 

 

 

 

Une autre vie.

 

 

 

— Non.

 

— Bien, restez près de moi, il ne faudrait pas que je vous perde.

 

 

 

On descend vers une bouche de métro, puis nous prenons la ligne noire vers Morden. On nous jette des regards étonnés, en même temps Hagrid est tellement… atypique. Pendant le trajet, nous gardons le silence, je n’ose pas parler à Harry et celui-ci aussi visiblement. Plus d’une fois, je crois sentir son regard sur moi.

 

 

 

— Désolé, finit-il par dire tellement bas que je crois l’avoir inventé.

 

 

 

Le bruit du métro contre les rames fait un bruit d’enfer. 

 

 

 

- C'est malpoli de fixer les gens, ajoute t-il. Excuse-moi, je ne devrais pas le faire.

 

 

 

Ah non, je n’ai pas rêvé.

 

 

 

— Ce sont mes yeux ?

 

 

 

Il hoche la tête et son regard vert émeraude me transperce.

 

 

 

— Ne t’inquiète pas, j’ai l’habitude.

 

 

 

Mes yeux sont vairons, comme les chiens-loups. Je vois des deux yeux, ils sont justes de couleurs différentes. Bleu et marron. 

 

 

 

— Comment tu connais… notre pensionnat si tu vis en orphelinat ?

 

 

 

Ah.

 

 

 

— Mes parents en étaient, ils sont morts lors de la guerre.

 

 

 

Je vois qu’il s’apprête à poser une autre question, mais je préfère couper court. 

 

 

 

— Je préfère ne pas en parler.

 

— D’accord, désolé, je comprends.

 

 

 

J’hésite à lui poser des questions sur sa vie à lui. Je ne sais pas comment il a grandi, et je ne veux pas être indiscrète. Tout le monde connaîtra déjà son nom, je peux peut-être éviter de l’embêter avec mes questions. 

 

 

 

Le métro s’arrête et Hagrid nous fait signe de sortir. L’arrivée à l’air frais fait du bien, le monde moldu est fascinant, j’aimerais pouvoir plus le découvrir. La mode moldue surtout me fascine. Mes vêtements uniformes que je porte paraissaient bien ternes à côté des leurs. Un jour, je m’habillerai comme je veux. 

 

 

 

Hagrid s’arrête devant le Chaudron Baveur. Je ne m’en rappelle que par bribes, mais c’est assez lointain. Ce devait être il y a deux ans, trois ans peut-être.

 

 

 

— C'est là. Le Chaudron Baveur. Un endroit célèbre. 

 

 

 

En entrant, une vague de vieux souvenirs refont surface. Je m’approche du coin à gauche où un panneau en liège recense des petites annonces.

 

 

 

Votre chat vous domine?

 

Découvrez la thèse de Brutus Crocus, théologiste en créatures.

 

 

 

Le roller volant, l’avenir du transport !

 

Jetez votre balai à la poubelle !

 

 

 

Je cherche parmi ces mots quelque chose de familier qui me rattacherait à mon passé. Il y a tellement de papiers mis les uns sur les autres, que j’écarte les plus récents qui volent autour de moi. Derrière, il y a les plus anciens, jaunis, qui ne prennent plus la peine de venir voir les curieux. S’ils tombent, le barman doit les jeter.

 

 

 

Soudain, je vois un visage connu.

 

 

 

Grands gagnants de boisson de bièraubeurre : James Potter et Sirius Black.

 

 

 

Le papier date d’août 1976. Les deux compères sourient à pleines dents et se tapent dans la main sur la photo. 

 

 

 

— Emy ? Tu viens ?

 

 

 

Je cours rejoindre Hagrid et Harry entourés d’une foule de curieux.

 

 

 

—Il s'en souvient ! s’écrit l’un deux avec un chapeau haut de forme. Vous avez entendu ? Il s'en souvient ! 

 

 

 

Le temps que je les rejoigne, ils conversent avec un sorcier au turban enroulé autour de la tête.

 

 

 

—La dé... défense contre les for... forces du Mal. Mais vous... vous... vous n'en avez pas be ... besoin, P... P... Potter. 

 

 

 

Je prends les devants, me dirigeant vers l’arrière boutique. Voila, le mur en briques est devant moi, tel que je m’en rappelais. Hagrid et Harry me rejoignent. 

 

 

 

— … même de ses élèves. Voyons, qu'est-ce que j'ai fait de mon parapluie ? Ah, le voilà.

 

 

 

Il ouvre le mur avec ledit parapluie. C’est étrange, je n’avais jamais entendu parler d’un parapluie avec de telles propriétés magiques. Il surprend mon regard et porte un doigt à ses lèvres. Je lui réponds d’un sourire, son secret sera bien gardé.

 

 

 

— Bienvenue sur le Chemin de Traverse, dit-il en direction de Harry qui est bouche bée devant le spectacle qui se déroule devant nous. 

 

— Tu n’étais jamais venu au Chemin de Travers ?

 

 

 

Il secoue la tête sans quitter des yeux le spectacle qui s’offre à nous.

 

 

 

- Non, avant qu’Hagrid vienne me voir, je ne savais pas que j’étais un sorcier.

 

 

 

Ok, c’est bizarre ça. 

 

 

 

— Toi, Harry Potter, tu ne savais pas que tu étais un sorcier ?

 

 

 

Mon ton le fait se tourner vers moi, je n’aurais peut-être pas dû parler, mais cela me surprend tellement, que la question m’a échappée.

 

 

 

— Tu sais qui je suis.

 

 

 

Heu… Oui.

 

 

 

— Évidemment, devine t-il.

 

— Désolée, ma question était indiscrète.

 

— Non, c’est pas grave, mon oncle et ma tante m’ont toujours dit que mes parents étaient mort dans un accident de voiture. 

 

 

 

C’est une blague ? Je me tourne vers Hagrid, et au regard qu’il fait, je comprends que non, Harry ne savait rien.

 

 

 

— Mais tu as bien dû avoir des événements que tu ne pouvais pas expliquer sans magie ?

 

— Oui, rigole-t-il. Une fois, j’ai fait disparaître une fenêtre et mon cousin est tombé dans un enclos à serpents.

 

 

 

Cette anecdote me fait sourire malgré tout. Hagrid nous dirige vers la rue commerçante. Alors que nous nous dirigeons vers Gringotts, j’observe Harry. Il est maigre, vraiment mal habillé comme tout ce qu’il avait était trop grand pour lui. 

 

 

 

Mais où a-t-il bien pu grandir pendant toutes ces années ?

 

 

 

Il regarde partout autour de lui avec des yeux émerveillés. Je le comprends, pour la première fois, on peut être sans voix. La boutique de balais volants me tire de mes pensées et attire mon attention. Voler me manque, mais il me semble qu’on n’a pas le droit d’avoir notre propre balai en première année. 

 

 

 

— Hagrid, est-ce que les premières années peuvent faire partie de l’équipe de Quidditch ?

 

— Ah non… me dit-il, désolé pour moi. Il faudra que tu attendes ta deuxième année.

 

 

 

Cette nouvelle me chagrine, attendre un an me paraît beaucoup trop long ! Je vais devoir trouver une solution, ce n’est pas possible. Hagrid me tapote l’épaule avec beaucoup de délicatesse avant de se tourner vers Harry. 

 

 

 

— Harry, viens par ici. Tu achèteras un chaudron, mais on va commencer par aller chercher ton argent.

 

 

 

Il revient vers nous alors que nous approchons de Gringotts. Je sors de sous ma blouse une petite clé en or accroché à une chaîne à côté de mon médaillon.

 

 

 

Harry semble encore une fois surpris, normal s’il n’a jamais vu de Gobelin, les moldus n’en côtoient pas, en tout cas, je n’en ai jamais vu à l’orphelinat. Hagrid s’approche d’un comptoir.

 

 

 

— Bonjour. On est venus prendre un peu d'argent dans le coffre de Mr Potter et Miss Lupin. 

 

— Vous avez les clés ?

 

 

 

Je lui donne la mienne ainsi que mon médaillon tandis que Hagrid vide ses poches. À l’air outré du Gobelin quand il voit les biscuits moisis, je manque de rigoler et détourne le regard. Harry semble tout aussi amusé que moi et nous manquons de partir en fou rire quand nos regards se croisent. 

 

 

 

— La voilà. J’ai aussi une lettre du professeur Dumbledore. C'est au sujet de Vous-Savez-Quoi, dans le coffre numéro 713. 

 

— Très bien. Gripsec !

 

 

 

C’est quoi cette histoire de coffre 713 ?

 

 

 

—Qu'est-ce que c'est, le Vous-Savez-Quoi dans le coffre numéro 713 ?

 

 

 

Ah parfait, Harry se pose la même question que moi.

 

 

 

—Ça, je ne peux pas vous le dire. Très secret. Une affaire qui concerne Poudlard. Dumbledore m'a confié une mission, mais je n'ai pas le droit d'en parler. 

 

 

 

Flûte, on échange un nouveau regard avec Harry. La réponse d’Hagrid nous intrigue encore plus. Nous rejoignons les wagons et nous installons avec difficulté en nous tassant à l’intérieur. Quand il commence à prendre de la vitesse, je sens mes lèvres s’étirer en un sourire. J’adore, c’est presque comme voler, mais en plus chaotique. C’est vraiment une chouette journée, j’ai tellement hâte d’aller à Poudlard.

 

 

 

Nous nous arrêtons en premier au coffre d’Harry, puis nous reprenons notre course. Cette fois-ci, l’air verdâtre d’Hagrid m’inquiète un peu. Nous allons plus profond encore pour aller à la chambre forte numéro 713. La sécurité est étrange, il n’y a pas de serrure. 

 

 

 

J’observe de loin Gripsec l’ouvrir. Je suis aussi stupéfaite qu’Harry. Mon père ne m’avait pas raconté autant en détail la sécurité de la banque. Je sais qu’il y a des dragons, mais des coffres alias des tombes, non.

 

 

 

- Si le voyage est trop compliqué pour vous, attendez là pendant que je vais au coffre de Miss Lupin, nous vous récupérerons en chemin.

 

— Ah oui, je veux bien, merci, répond Hagrid qui inspire un grand coup.

 

— Si vous voulez bien me suivre, nous dit Gripsec.

 

 

 

Harry et moi le suivons, puis le wagon reprend sa course. Le chemin n’est pas long. Quand il s’arrête, je suis presque déçue de ne pas voir de dragon. Au lieu de ça, un cours d’eau se dirige jusqu’à un coffre qui a l’air bien ancien. Gripsec saute dedans à pieds joints et continue de marcher comme si l’eau ne le mouillait pas. Je le suis en faisant de même, effectivement, c’est comme si je marchais sur n’importe quel sol.

 

 

 

— Ce n’est pas de la vraie eau ? demande Harry.

 

— Non, un voleur qui passerait par ici serait englouti s’il tentait de marcher dessus, répond Gripsec.

 

— Comment l’eau sait si on est un voleur ? 

 

 

 

Le gobelin se tourne vers moi et esquisse un premier sourire depuis que nous l’avons rencontré.

 

 

 

— Tout est dans l’intention Miss Lupin.

 

 

 

Je dois me contenter de cette réponse énigmatique, puis il montre mon médaillon à la porte avant de le faire tomber dans un interstice, puis il insère la clé et le coffre s’ouvre. L’or qui est en face de nous me gêne. Je n’ai rien fait pour avoir ces privilèges. Il y a de tout dans ce coffre, des objets étranges venus de partout dans le monde, et surtout beaucoup de pièces. Je n’y fais pas attention, voulant aller le plus rapidement pour remplir une bourse. Cependant, quand je me retourne, je vois bien que Harry a tout vu. J’évite son regard, encore plus gênée, et m’empresse de rejoindre le wagon. 

 

 

 

La route reprend, on récupère Hagrid qui a repris des couleurs, qu’il perd vite à nouveau quand nous redémarrons. En sortant de Gringotts, le beau soleil nous fait cligner des yeux tant nous étions habitués à l’obscurité. Hagrid nous dirige vers un magasin.

 

 

 

« Madame Guipure, prêt-à-porter pour mages et sorciers »

 

 

 

J’entre sans attendre et une femme rondelette m’invite à aller à l’étage réservé aux dames.

 

 

 

— Hagrid nous rejoindra, me prévient Harry qui entre à son tour. Il passe au Chaudron Baveur.

 

— Ok, je dois aller à l’étage, on s’attend à l’entrée ?

 

— D’accord.

 

 

 

Une jeune femme prend rapidement mes mesures, j’aimerais choisir un tissu parmi tous ceux entreposés, mais malheureusement Poudlard exige un uniforme noir en toile de coton. Alors je regarde les rubans, les dentelles, quelque chose qui pourrait le rendre plus original, plus moi. J’essaie d’aller vite tout en profitant de ces prémices de liberté, je ne voudrais pas faire attendre Hagrid et Harry.

 

 

 

— J’aimerais prendre vingts centimètres de cette gaze de coton, ainsi que trente centimètres de cette dentelle.

 

 

 

En dix minutes l’affaire est réglée et je descends l’escalier joyeusement. Ma hâte d' aller à Poudlard ne fait que grandir. Mais je manque de louper une marche en croisant une tête blonde bien connue.

 

 

 

Drago.

 

 

 

Il me jette un coup d'œil, regarde Harry au loin, puis se tourne à nouveau vers moi. Je secoue la tête discrètement, priant pour qu’il comprenne. Le temps semble être infini avant qu’il détourne son regard.

 

 

 

— A bientôt, dit-il tout bas.

 

 

 

J’aimerai dire quelque chose, lui dire que je suis contente de le voir ou lui demander comment va Narcissa. Mais les mots restent bloqués dans ma gorge. J’ai peur. Peur d’affronter mon passé que j’ai tant de mal à oublier. Peur de ne pas réussir à gérer. Alors je ne dis rien, hoche un peu la tête - je ne sais même pas s’il le voit - et sors. 

 

 

 

— Tiens Emy, c’est pour toi.

 

 

 

Hagrid me tend une glace et me fait un clin d’oeil.

 

 

 

— C’est l’anniversaire de Harry, me dit-il comme s’il me prévenait.

 

— Joyeux anniversaire, dis-je à Harry en mimant une parfaite surprise. Merci Hagrid.

 

— Merci, répond Harry qui semble gêné par tant d’attention.

 

 

 

Cette glace, c’est aussi mon cadeau d’anniversaire. Je suis touchée et honnêtement, c’est la meilleure glace de tous les temps. 

 

 

 

— Ça va mieux Hagrid ?

 

— Parfait. Nous pouvons aller à la papeterie, c’est important d’avoir du bon matériel pour commencer l’année.

 

 

 

On s’approche de la boutique et je laisse à Hagrid ma monnaie pour qu’il achète le nécessaire, je n’ai pas fini ma glace et le regard noir du vendeur me dissuade d’entrer avec. 

 

 

 

En attendant, je scrute le visage des passants à la recherche d’un visage connu. Mon père peut-être, même si cette idée est utopique, jamais le Ministère ne le laisserait venir ici en sachant que moi, j’y serai. Je sais qu’il est en Angleterre, à Londres même. Le reste, je ne sais pas. J’ai un vague souvenir de l’appartement où on habitait, mais je ne suis pas sûre de pouvoir le retrouver.

 

 

 

— … ce qu’est le quidditch !

 

 

 

La grosse voix de Hagrid me tire de ma réflexion.

 

 

 

— Je sais que j'ai l'air idiot, répond Harry.

 

— Le quidditch est le meilleur sport de tous les temps ! lui dis-je avec un grand sourire. Ne t’inquiète pas, évidement que tu ne sais pas ça si tu as été élevé par des moldus.

 

 

 

Il semble pensif un instant puis finit par nous raconter une étrange histoire qui s’est produite chez Madame Guipure. Drago a été odieux, je croirais entendre son père. Hagrid le rassure puis lui explique ce qu’est le quidditch, puis les maisons. Je préfère rester silencieuse, et continue d’observer la foule.

 

 

 

— Toutes les maisons sont bien, je murmure. C’est ce que toi tu es qui change tout.

 

 

 

Ses yeux verts me regardent un instant. Puis Hagrid reprend.

 

 

 

— Oui, absolument, tiens voilà Fleury et Bott, il vous faut des manuels scolaires.

 

 

 

La boutique est pleine de monde et de jeunes qui doivent être à Poudlard. Heureusement, les livres de première année sont regroupés, ce qui facilite la recherche, je tends un exemplaire de Vie et habitat des animaux fantastiques à Harry qui est posé devant un livre de sorts et contre-sorts.

 

 

 

— J'aimerais bien jeter un sort à Dudley, dit Harry.

 

— Dudley ?

 

— Mon cousin.

 

 

 

À son ton, je devine qu’ils ne s’apprécient pas beaucoup, je m’esclaffe, ce qui le fait sourire. Oui, ce serait drôle.

 

 

 

— Il doit bien y avoir un livre qui explique comment faire…

 

— Ce ne serait pas une mauvaise idée, répond Hagrid, mais il vaut mieux éviter d'utiliser la magie dans le monde des Moldus, sauf dans des cas exceptionnels. De toute façon, tu n'en sais pas encore assez pour jeter des sorts. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre avant d'en arriver là. 

 

 

 

Puis nous faisons nos achats pour les cours de potion. Tout me fascine, j’ai envie de rester ici pour toute la fin de l’été afin de tout voir, tout comprendre. Dès que je rentre à l’orphelinat, je lirai mes manuels, ça me permettra de supporter la fin de l’été plus facilement. Mais une chose plus que tout le reste m’intéresse : ma baguette.

 

 

 

— Il faut aussi que je t'offre un cadeau pour ton anniversaire, ajoute Hagrid en se tournant vers Harry. 

 

 

 

Il me jette un coup d'œil inquiet, et je le rassure d’un sourire. Cette journée était déjà un cadeau.

 

 

 

— Vous n'êtes pas obligé, répond Harry en rougissant. 

 

 

 

Finalement Hagrid nous fait entrer dans une boutique qui vend des hiboux, ils sont magnifiques et pendant qu’Harry choisit la sienne, j’admire ces si beaux rapaces. Mon père n’en avait pas, ni même ma grand-mère. Mais j’ai toujours eu l’habitude d’en voir venir distribuer le courrier. L’un d’eux hulule doucement. La chouette que choisit Harry est magnifique, il a fait un très bon choix. 

 

 

 

— Me… Merci… 

 

 

 

L’émotion de Harry est touchante, j’en profite pour lui tendre un livre : Sorts et contre-sorts (ensorcelez vos amis et stupéfiez vos ennemis avec les sortilèges de l'âne chauve, Jambencoton, Langue de plomb et bien d'autres encore) par le professeur Vindictus Viridian. Cette fois-ci encore, il rougit. Je suis fière de moi, Hagrid l’a distrait pendant que je l’achetais à la librairie. 

 

 

 

— Merci… Je ne sais même pas quand est ton anniversaire.

 

 

 

Flûte.

 

 

 

— Je n’aime pas le fêter, je lui réponds en haussant les épaules. Et puis, c’est avant tout le plaisir de faire plaisir à quelqu’un.

 

— Absolument, approuve Hagrid. J'imagine que tu n'as jamais eu beaucoup de cadeaux, chez les Dursley. Maintenant, il ne nous reste plus qu'à aller chez Ollivander, la meilleure boutique de baguettes magiques. 

 

 

 

Alors qu’on marche vers la boutique qui honnêtement ne paye pas de mine depuis l’extérieur, Hagrid me retient un peu et laisse Harry partir devant. 

 

 

 

— Tiens Miss, tu ne pensais pas que je t’avais oubliée.

 

 

 

Il glisse un paquet dans la poche de ma veste.

 

 

 

— Pour plus tard, ajoute-il avec un sourire.

 

— Merci… Il ne fallait pas.

 

— Allez, va choisir ta baguette, me répond-il avec un ton un peu bourru.

 

 

 

Nous nous sourions avant d’entrer à Ollivander qui nous salue d’une voix douce. J’assiste à l’échange entre Harry et lui en silence, à côté de Hagrid. Quand il évoque James et Lily, j’ai un peu peur. Je veux juste une baguette, ne pas revenir dans le passé.

 

 

 

— Je vais attendre dehors, dis-je à Hagrid avant de sortir un instant.

 

 

 

L’air extérieur me fait du bien, mais je sens que les émotions m’assaillent. Ma poitrine me comprime, je sais que je dois reprendre le contrôle. 

 

 

 

Inspire…

 

 

 

Expire…

 

 

 

Je lève les yeux au ciel, apercevant un bout de bleu et de nuages, je ne sais pas combien de temps, je reste comme ça à regarder le ciel. Je dois paraître pour une vraie demeurée, mais je m’en moque, le monde s’oublie à moi, j’observe les nuages disparaître derrière les immeubles, je suis hypnotisée.

 

 

 

Seul existe ces nuages dans le ciel.

 

 

 

— Emy ?

 

 

 

Hagrid me tire de ma rêverie, son air doux témoigne son inquiétude.

 

 

 

— Tout va bien ?

 

— Un peu beaucoup en une journée, répondis-je en tentant de sourire pour le rassurer.

 

— Ne t’inquiète pas. Tout ira bien. 

 

 

 

Sa gentillesse me fait chaud au coeur, j’ai envie de le croire, que tout ira effectivement bien. Je me tourne à nouveau dans la boutique, Harry est en train de régler, c’est maintenant à moi. 

 

 

 

— Merci Hagrid.

 

 

 

Je pousse à nouveau la petite porte et rejoins le comptoir.

 

 

 

— Miss Lupin… Oui, je me rappelle de vos parents. Votre mère était fidèle, elle a racheté sa deuxième baguette chez moi, la guerre…

 

 

 

Il ne finit pas sa phrase et part en marmonnant.

 

 

 

— De quelle main, tenez-vous votre baguette ?

 

— De la droite.

 

 

 

Son mètre me mesure, mais il n’attend pas les résultats qu’il apporte déjà une boîte.

 

 

 

— Une personnalité comme la vôtre, avec des parents et une histoire si particulière… Essayez celle-ci.

 

 

 

J’approche ma main, mais à peine, j’effleure la baguette que celle-ci tremble.

 

 

 

— Mmmh, non, je m’en doutais. Celle-ci par contre, bois de poirier avec un noyau en plumes de phénix 30,02 cm flexible. 

 

 

 

Comment décrire le sentiment que je ressens quand je la prends en main ?

 

 

 

Harmonie.

 

 

 

— Une baguette pour les personnes sages et respectées. Votre temps viendra.

 

 

 

Je ne sais quoi répondre et hoche simplement de la tête avec un sourire. Je paye la baguette et suis Harry et Hagrid dehors. La journée touche à sa fin, je suis épuisée, heureuse, et triste à la fois, j’aurais voulu que la rentrée soit demain. 

 

 

 

Encore un mois…

 

 

 

Sur le chemin, je bavarde un peu avec Hagrid, il m’explique un peu son travail, la forêt interdite, son chien… Harry marche silencieusement à côté de nous. Il semble fatigué ou soucieux. Nous finissons tout de même par arriver en face de l’orphelinat. Quand je lève les yeux en face des pierres grises et des fenêtres hautes, j’ai comme une boule dans le creux de la gorge.

 

 

 

— Bonne fin de vacances Emy, porte toi bien et nous nous revoyons à Poudlard.

 

 

 

Hagrid me sourit et me fait une tape maladroite sur l’épaule.

 

 

 

— Merci.

 

— J’ai hâte qu’on se revoit à Poudlard, me dit Harry. 

 

 

 

Ça me touche et me surprend un peu. Et je suis contente. Tout ça à la fois fait un joyeux mélange dans mon coeur. Je tente de garder ce sentiment pour retourner à l’orphelinat portée par cette énergie.

 

 

 

— Oui, moi aussi, à bientôt.

 

 

 

Madame Fermin est déjà sur le perron à m’attendre, je m’empresse de la rejoindre, ma grosse malle à la main.

 

 

 

— Nous mettrons ça au pied de votre lit. Laissez ça là, Mr Bruce s’occupera de vous montez ça. Et enlevez votre parka. Les autres vous attendent dans le réfectoire.

 

 

 

Je ne dis rien et obtempère, retirant discrètement le paquet d’Hagrid pour le glisser dans la malle. Madame Fermin a déjà tourné les talons. Je la suis et malgré moi, mon optimisme part en fumée alors que je rejoins le réfectoire. 

 

 

 

Toutes les cuisines et réfectoires ont cette odeur ? Une odeur de produit ménager écoeurante qui me dégoûte toujours, mélangée avec de la nourriture qu’on devine bien industrielle. Je déteste ça. Je la trouve violente, elle entre dans mes narines et me dégoûte que je suis obligée d’ouvrir la bouche pour tenter de respirer par petits à-coups, mais honnêtement, ça ne change pas grand-chose. C’est comme une claque dans la figure qui te rappelle qu’ici n’est pas chez toi, et que cela ne le sera jamais. 

 

 

 

Je m’assois à la place qui m’est attribuée et qui n’a pas changé depuis les 6 mois que j’ai passés ici. À côté de moi, il y a deux sœurs qui chuchotent toujours entre elles, ça me va, je ne veux parler à personne. Le repas est mauvais, fade, mais je le mange sans histoires, je veux partir d’ici au plus vite. Sinon Madame Firmin t’oblige à rester jusqu’à ce que ton assiette soit vide. Tu tentes une fois, pas deux.

 

 

 

Après le repas, nous avons du temps libre avant de nous coucher à neuf heures. Je monte directement au dortoir et longe les rangées de lits jusqu’à trouver le mien et ma précieuse malle. Nous avons toutes des malles au pied du lit, jusque là, j’avais la même que tout le monde, avec trois fois rien dedans, juste des vêtements de rechange. Ma seule possession personnelle est mon collier.

 

 

 

J’ouvre ma malle et trouve le précieux paquet. Déjà, quelques filles viennent pour se préparer au coucher. Je décide donc de partir vers une salle vide. La salle de cinéma fera l’affaire, je me moque pas mal de me faire disputer, je n’ai rien à perdre. 

 

 

 

Tête baissée, à frôler les murs, je me dépêche de rejoindre la salle et referme la porte derrière moi. Allumer la lumière serait trop voyant alors je m’assois sur une table contre la fenêtre qui donne sur la rue. La lumière d’un lampadaire me suffit.

 

 

 

Le paquet est en fait composé de deux. L’un interpelle mon attention : c’est une lettre. Je n’ose y croire et toutes sortes d’idées traversent mon esprit. Qui aurait pu m’écrire à part…

 

 

 

Pour Emy.

 

 

 

Mon coeur bat la chamade. C’est lui. C’est mon père. Je laisse tomber le paquet sur mes genoux et décache la précieuse enveloppe.

 

 

 

Emy,

 

 

 

Je me réjouis à l’idée que tu puisses lire ces mots. Je te souhaite un joyeux anniversaire en espérant que la journée au Chemin de Traverse t’aie plue. La prochaine fois, n’hésite pas à t’arrêter au glacier, il fait de très bonnes glaces au chocolat !

 

 

 

J’espère que cette première rentrée ne te stresse pas trop, Hagrid m’a assuré qu’il m'informera sur ta scolarité, j’espère surtout que tu te feras des amis en qui avoir confiance.

 

 

 

Je pense fort à toi et chéris l’idée d’un jour pouvoir te revoir,

 

 

 

Ton papa qui t’aime.

 

 

 

PS : pour aller sur la voie 9 3/4, prend appui contre la barrière, tu découvriras un autre monde…

 

 

 

J’ai la gorge très nouée en lisant ces quelques mots. Il me manque tellement, c’était définitivement le meilleur cadeau que je puisse avoir. L’autre paquet est toujours sur mes genoux. Ce sont des chocogrenouilles, j’en mange une goulument et relis encore et encore ma lettre. 

 

 

 

Je sais qu’il a pris de gros risques pour me faire parvenir cette lettre. Je sais aussi qu’il n’évoque pas ses problèmes pour me préserver. Il me manque tellement et je ne pourrai jamais remercier suffisamment Hagrid pour son aide.

 

 

 

À un moment, j’entends des bruits de pas et des appels pour aller se coucher. Alors je me lève et cache le tout dans ma ceinture de jupe. Quand je m’allonge dans mon lit, j’ai ma lettre cachée sous mon oreiller et toujours un petit goût de chocolat dans la bouche.

 

 

 

C’est mon plus beau anniversaire.

 

 

 

 

 

*****

 

 

 

 

 

— Alors Emilynn, comment était-ce de revoir Harry ?

 

 

 

Elles mangent quoi les mouches ? C’est fou, on en voit toujours plein, elles se posent à peine et repartent. Pourtant sur ce bureau, à part des trucs comme des microbes ou bactéries, des choses vraiment microscopiques, il n’y a rien.

 

 

 

— Emilynn, veux-tu me partager ce que tu as ressenti pour cette journée de préparation à la rentrée ?

 

 

 

C’est comme les moustiques. Ils sont là en été, mais le reste de l’année, ils font quoi et mangent quoi ? Pour une fois, je suis contente de cet internat, ils ont mis de la citronnelle partout, je n’ai que quelques piqûres parce que je suis restée tard dans le jardin. J’ai trouvé une lampe poche, je lis mes manuels de cours, ils sont passionnants. 

 

 

 

— Sens-tu une pression sur toi concernant ton attribution de maison Emilynn ?

 

 

 

J’ai commencé par Histoire de la Magie. Je n’ai pas été déçue, j’ai appris plein de choses sur Poudlard, les fondateurs, mais aussi des choses plus génériques sur les lois de la Magie. Je dois être discrète pour lire mes manuels, alors je me planque derrière un buisson, ça sent un peu le pipi de chat, mais cela vaut la peine, on me laisse tranquille.

 

 

 

— Emilynn, tu m’écoutes ?

 

 

 

Non. 

 

 

 

Il souffle, il soupire. Je joue vraiment avec ses nerfs. Le Mage Brook est un psychomage. Mais sa manie de ponctuer chaque question avec mon prénom m’agace. Il n’écoute pas ce que je lui dis alors je me tais et je m’évade dans ma tête.

 

 

 

— Emilynn, tu n’es pas coopérative. Si tu veux que le Ministère revoie sa position, il faut que tu fasses des efforts.

 

— Je veux voir mon père.

 

— Tu sais que ce n’est pas possible. Mais explique-moi : pourquoi tu souhaites tellement lui parler ?

 

 

 

Je détourne mon regard et repars dans ma tête, récitant Histoire de la Magie : Poudlard a été fondé par quatre illustres sorciers en l’an…

End Notes:

Hey,

Je suis heureuse de vous partager ce premier chapitre de la partie 2 de cette histoire. 

Tout a toujours été à propos d’Emy, toujours. L’écrire enfin était une drôle de sensation, comme si elle n’était plus tout à fait à moi. Contrairement à Lyra que j’ai développé pour la fanfic, Emy, c’est elle qui m’a amenée à la fanfic. 

Finalement je pense qu’Emy sera toujours à moi, malgré tous mes efforts, vous ne la verrez pas comme moi je la vois et c’est normal. J’espère toutefois vous faire découvrir une parcelle d’elle que je trouve merveilleuse, ne me jugez pas, c’est évident que je ne suis pas objective.

 

Vous devez avoir beaucoup d’interrogations, déjà depuis le chapitre 100 de la partie 1 et c’est normal. Ici je ne réponds à rien, j’ajoute juste d’autres interrogations. Petit à petit toutefois, vous pourrez comprendre un peu plus au fil de votre lecture, notamment avec le prochain chapitre qui se déroule le 31 octobre 1981. Oui, le soir d’Halloween que nous connaissons tant. Je suis gentille, je vous le mets direct, bonne lecture !

Les questions aux doubles réponses, le poète ou le savant ? Le Pacte des Marchombres par Pierre Bottero vous dévoile toute cette poésie. Je vous invite à découvrir ou redécouvrir cette trilogie...

Merci à MissArty pour sa relecture ♡

winter

PS : on recommence une longue histoire, si vous voulez marquer une trace de votre passage en review, cela me ferait très plaisir. Merci pour votre fidélité ♥︎

rePS : oui, ma baguette est en bois de poirier et plume de phénix. Tout ce que dit Ollivander sur les propriétés de cette baguette sont tirés de Wizzarding World.

Partie 1 - Chapitre 2 (past) by Winter
Author's Notes:


image par Maan Limburg sur unsplash

31 octobre 1981

 

 

 

Des peurs, Remus en avait tout le temps. La peur de voir ses proches souffrir, ou mourir, la peur de mourir… Il était tout le temps en alerte. Le moindre détail comptait. Alors quand il n’avait pas réussi à transplaner dans le jardin de James et Lily, la peur l’avait envahi. Tout de suite. 

 

 

 

Il avait donc dérogé à la règle qui était de ne pas transplaner à Godric’s Hollow même ou un endroit proche. Il était arrivé dans le jardin qui avait été celui de la famille Potter, proche de la grande maison où ils avaient passé un été juste après leur remise des diplômes.

 

 

 

Puis il avait couru. 

 

 

 

Comme un fou, comme si sa vie en dépendait. 

 

 

 

Parce qu’elle en dépendait. 

 

 

 

En arrivant en bout de l’allée, il se retrouva dans la rue. Il y avait du monde. Trop de monde. Mais pas de marque des Ténèbres. La peur montait toujours un peu plus, là, c’était de la réelle panique. Il se remit à courir pour remonter l’allée. Il vit la maison un peu détruite, la fumée, les lumières, les sorciers, les moldus oubliettés, Hagrid qui partait… Tout à la fois, dans un ordre un peu confus.

 

 

 

Sirius tourna vers lui un visage ravagé de larmes, Emy était dans ses bras.

 

 

 

— Ne parle pas !

 

— Remus…

 

 

 

C’était Maugrey qui lui parlait. Un bandage lui traversait le visage.

 

 

 

— Remus, tu devrais t’asseoir un instant. 

 

— Laissez-moi passer !

 

 

 

Il n’attendit pas la réponse et contourna l’auror pour s’avancer vers la maisonnette. Le premier corps était visible depuis le chemin, il n’y avait pas de doute. C’était James. Les sorciers autour de lui s’écartaient comme pour signifier un respect silencieux. Il tangua un peu, ne sachant si c’était pour les longues journées qu’il avait effectuées pour l’Ordre, le manque de nourriture, d’eau, ou…

 

 

 

Il releva la tête alors que le mur le maintenait debout.

 

 

 

Il vit sa main.

 

 

 

Et à son poignet, un bracelet.

 

 

 

Il l’aurait reconnu entre mille, c’était lui qui lui avait offert. Pour son anniversaire. Son premier après être partie de chez ses parents. Son premier depuis qu’ils étaient ensemble. 

 

 

 

Il puisa le peu de forces qui lui restait pour gravir les marches, mais quand il la vit étendue devant lui, il s’effondra secoué par des tremblements incontrôlables. Il voulait la prendre dans ses bras, qu’elle soit là, contre lui, que ce jour ne soit jamais arrivé, que ce soit lui plutôt qu’elle, que ce soit un mauvais rêve… 

 

 

 

Les sorciers présents intervinrent quand il se mit à sangloter, perdant tout contrôle. 

 

 

 

Il ne résista pas. C’était trop de toute façon, il n’y arrivait, n’y arriverait pas. Plus rien n’existait autour de lui, rien ni personne. Lyra était morte. Et il avait mal putain. La Bête, la douleur, la colère, ce sentiment amer d’injustice le rendait fou.

 

 

 

James et Lily morts ?

 

 

 

Il délirait, ce n’était pas possible.

 

 

 

Emy. 

 

 

 

Emy n’était pas morte. Il l’avait vue. Il devait trouver sa fille.

 

 

 

— Emy ? croassa t-il.

 

- Elle est là, lui assura l’un des deux sorciers qui le soutenaient.

 

 

 

Il était dans le jardin, on le dirigeait vers un coin où on lui tendit une couverture. Un sorcier avait Emy dans ses bras, Remus la récupéra et immédiatement, elle passa ses petites mains autour de son cou.

 

 

 

- Merci, merci, merci, merci… murmurait-il en boucle en réalisant que sa fille était sauve.

 

 

 

La nuit était tombée, mais pas l’agitation. Remus était conscient qu’il était en état de choc. Il serrait Emy contre lui, incapable de prononcer le moindre mot pour formuler une phrase complète. L’auror qui l’avait aidé à sortir, revint vers lui et tenta de lui parler, mais ce fut peine perdue. L’odeur d’Emy, ses petits bras autour de son cou, sa respiration qui s’apaisait toujours un peu plus… Il oubliait le reste, seul comptait sa fille vivante contre lui.

 

 

 

Une main se posa sur son épaule, une odeur familière, il releva la tête.

 

 

 

— Viens fiston.

 

 

 

Lyall l’aida à se relever, ajusta la couverture sur ses épaules et transplana. Il avait un sac sur son épaule, le sac d’affaires pour Emy qui aurait dû partir avec les Potter pour se mettre à l’abri. Il tendit le doudou lapin à la petite qui s’en saisit, tout en restant bien contre son père. Aucun gazouillis, pas de sourire, elle avait tout juste un an, mais semblait avoir compris l’horreur et la gravité de la situation.

 

 

 

Remus s’était remis à pleurer. Quand sa mère le serra dans ses bras, il pleurait toujours. Ses parents ne tentèrent pas de lui arracher un mot, c’était inutile, ils le voyaient bien. Alors ils chauffèrent un petit pot et une assiette, préparèrent la chambre à l’étage en mettant un lit bébé, firent couler un bain… 

 

 

 

Remus ne mangea pas, Emy avala deux bouchées, par contre, il resta un moment dans l’eau chaude. La petite était pleine de suie, il n’était pas sûr d’avoir compris ce qui s’était passé. Il verrait demain, cela attendrait. 

 

 

 

Le temps passa, ou pas, en tout cas, l’eau devint froide et il dut sortir sa fille pour ne pas qu’elle prenne froid. La sécher, lui mettre une couche, son pyjama, tous ces gestes mécaniques, mainte fois répétés étaient faciles à faire.

 

 

 

Puis il alla dans sa chambre d’adolescent, Emy se mit à pleurer dès qu’il la laissa dans son lit. Tant pis, il n’allait pas faire de l’éducation maintenant et il n’avait pas non plus envie de s’éloigner d’elle. Il la reprit dans ses bras et la posa entre lui et le mur. Puis il prit une potion de sommeil posée sur la table de chevet, et s’effondra.

End Notes:

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 3 by Winter
Author's Notes:

ϟ. Tom Odell - Can’t Pretend

Certains dialogues sont tirés du tome 1, Harry Potter à l'école des sorciers par J.K. Rowling.

Je suis partie bien en avance de l’orphelinat. Adele m’a conduite jusqu’à King’s Cross, puis elle m’a laissée ici comme Madame Firmin lui a demandé.. 


 


Ok, voie 9 3/4, je m’avance et attends que les moldus ne soient plus trop dans les parages. Je n’attends pas longtemps avant d’appliquer les instructions de mon père. 


 


S’appuyer sur la barrière ? 


 


D’accord. 


 


Je retiens mon souffle quand je me sens partir en arrière.


 


Le Poudlard Express est là devant moi. Si grand, si imposant, je sens mes lèvres s’étirer en un grand sourire. 


 


Enfin. 


 


Il y a du monde sur le quai. Des adultes qui embrassent leurs enfants, des frères et sœurs qui se saluent. Parfois, la famille entière est venue dire au revoir à leur proche. Le train part dans une bonne vingtaine de minutes, je me dirige donc tout au fond du train, le compartiment le plus éloigné sera sûrement celui où les gens viendront en dernier. Je préfère rester seule. Une fois que je parviens à charger ma valise, je m’assois confortablement sur le fauteuil et prends le livre de Newt Scamander. J’adore sa façon de décrire les modes de vie des animaux fantastiques, c’est comme s’il les comprenait. Je me demande ce qu’il pensait des loups-garous.


 


— Emy !


 


Je relève la tête, tirée de ma lecture par Harry.


 


— Je peux venir ?


— Bien sûr.


— C’est incroyable, me dit-il en s’asseyant le plus éloigné de la fenêtre. Tu as vu la barrière pour passer sur le quai ? C’est génial, non ?


— Oui, souris-je en refermant mon livre.


— Des sorciers m’ont aidé. Heureusement, sinon je n’aurais jamais pu trouver comment faire. C’était gentil de leur part, j’espérais tomber sur toi.


 


Je souris une nouvelle fois et on entend une famille de sorciers se dire au revoir, je suis gênée de les écouter malgré moi, alors je regarde mes pieds. Je ne sais pas non plus quoi dire à Harry… Socialiser, c’est vraiment nouveau pour moi. Quand la mère de famille leur dit de monter dans le train, il vient s’asseoir en face de moi.


 


— Comment c’était ton mois d’août ?


— Trop long, et toi ?


— Pareil. Je ne sais pas à quoi m’attendre, mais j’ai très hâte.


— Ça ne peut pas être pire que l’école moldue…


— Tu as été en école moldue ? se réjouit-il.


 


Il semble content que nous partagions quelque chose, même si je vois qu’il a plein de questions sur moi, il ne me les pose pas.


 


— Tu avais éducation sportive ?


— Oh oui… J’avais tout le temps « mal au ventre », dis-je en mimant des guillemets. Et puis ils ont trouvé bizarre que ce soit tous les mardi matin.


 


Il rigole.


 


— J’ai tenté une ou deux fois, mais mon oncle et ma tante on fini par l’apprendre. J’ai dû arrêter.


 


La porte du compartiment s’ouvre et l’un des garçons de la famille qui était sur le quai entre.


 


— La place est-elle libre ? Les autres compartiments sont pleins. 


 


On échange un regard avec Harry avant d’hocher la tête. Il s’assoit à côté de moi, évitant soigneusement de nous regarder tous les deux avant de se tourner vers le couloir où une fenêtre montre le paysage londonien défiler à une vitesse ahurissante.


 


— Hé, Ron. 


 


Deux garçons entrent. Des jumeaux. Tous les deux aussi roux que leur frère. L’un d’eux parle à son frère tandis que l’autre a ses yeux braqués sur moi. C’est étrange, la plupart du temps, les gens me fixent pour mes yeux vairons. Mais lui, on dirait que non, qu’il voit au-delà de ça.


 


— Pas vrai George ? lui demande son frère.


— Oui, Harry, je ne sais plus si nous nous sommes présentés. Fred et George Weasley. Et lui, c'est Ron, notre frère. Et tu es ?


 


Mince, c’est à moi qu’il parle.


 


— Emy Lupin.


— Enchantés, reprend l’autre frère tandis que l’autre détourne son regard de moi. À plus tard. 


 


Ils repartent. Ron commence à parler à Harry, je reste silencieuse, tournée vers la vitre. À côté, ils évoquent la nuit où tout à basculé, chamboulant le cours de la guerre, je ne veux pas l’entendre. Je pourrai prétexter d’aller aux toilettes, mais croiser d’autres personnes encore me terrifie. 


 


Puis finalement, j’écoute la conversation, ose parler une ou deux fois, mais pas plus. Salue Croutard, son rat, une fois qu’il nous le présente. Puis retourne à écouter leur conversation.


 


- Et toi Emy, tu viens d’où ?


— D’un orphelinat moldu. C’est loin d’être aussi horrible qu’Harry bien sûr, mais on s’ennuie beaucoup.


- Vous vous connaissiez avant de monter dans le train ?


— Hagrid est venu nous chercher, explique Harry. Il nous a emmenés sur le Chemin de Traverse pour faire nos achats.


— Vous n’y étiez jamais allés ?


 


Je préfère ne pas répondre, Harry le fait pour moi.


 


— Non. C’est incroyable, je ne savais pas qu’il y avait ça au cœur de Londres.


— Tu voulais que ça soit où ? demande Ron avec un sourire.


 


Sa remarque me fait sourire, puis Harry à son tour. Bien vu. J’aime bien voir les deux mondes se confronter. 


 


Puis vient l’heure de manger et en voyant que Ron collectionne les cartes chocogrenouilles, je me rappelle que j’en ai une avec moi.


 


— Merlin, je l’ai déjà.


— Tiens Harry, tu veux faire la collection ?


 


Il me remercie tandis que je déguste une patacitrouille. Le temps passe vite quand on est avec des gens sympas, peut-être même des copains, mais je ne veux pas trop m’avancer. Puis la porte du compartiment s’ouvre.


 


— Vous n’auriez pas vu mon crapaud ?


 


On fait non de la tête, et alors qu’il retourne dans le couloir, je quitte les garçons pour le rejoindre.


 


— Excuse-moi, tu es Neville Londubat ?


 


Il hoche la tête.


 


— Ma grand-mère m’avait prévenu que tu serais là, dit-il avec un sourire discret. C’était facile de te reconnaître avec tes yeux. 


 


Oui, c’est sûr.


 


— Elle a toujours dit qu’elle te soutenait toi et ton père et que c’est inadmissible ce qui s’est passé. 


— Oui, je me rappelle d’elle… 


- Évidemment, dit-il avec un sourire.


— Je ne suis pas trop à l’aise pour en parler… Ça remonte maintenant.


— Ne t’inquiète pas, je n’en parlerais à personne, ça ne les regarde pas.


— Merci. Heureuse de faire ta connaissance Neville. Tu veux de l’aide pour trouver ton crapaud ?


— Je veux bien merci…


 


On ne sait pas vraiment par où commencer, une fille arrive vers nous, marchant d’un pas énergique.


 


— Neville, on devrait remonter le train en cherchant tous les compartiments.


— Heu… Oui, je viens de passer…


 


Elle ne l’écoute pas et ouvre la porte du compartiment de Ron et Harry.


 


— Vous n'auriez pas vu un crapaud ? Neville a perdu le sien.


— On n'a rien vu du tout.


— Tu étais en train de faire de la magie ? On va voir si ça va marcher.


— Bon, allons y : « Soleil, jonquille et canari, que ce gros gras rat gris en jaune soit colorié, de la tête jusqu'aux pieds. »


 


Quand il a fini, je manque d’éclater de rire. Je ne sais pas où il a entendu ça, mais la personne qui le lui a dit lui faisait très clairement une blague. Au moins, il y a des rimes. 


 


— C'est ça que tu appelles jeter un sort ? Pas très brillant, comme résultat. Moi, j'ai essayé de jeter des sorts pour m'entraîner et à chaque fois, ça a marché. Personne n'est sorcier dans ma famille, j'ai eu la surprise de ma vie en recevant ma lettre, mais j'étais tellement contente ! On m'a dit que c'était la meilleure école de sorcellerie. J'ai déjà appris par cœur tous les livres qui sont au programme, j'espère que ce sera suffisant pour débuter. Ah, au fait, je m'appelle Hermione Granger, et vous ? 


 


Elle m’intrigue. C’est une née moldue, mais au contraire, venir d’un monde différent ne semble pas lui faire peur. Ou pas. Pour apprendre tous les livres scolaires par cœur, il faut une sacré motivation.


 


— Bon, je retourne chercher ton crapaud, dis-je à Neville. Tu peux rester, ajoutais-je en le voyant hésiter à me suivre. 


 


Être un peu seule me fait du bien. Je regarde au sol, tends l’oreille, puis finalement des cris dans un compartiment attirèrent mon attention.


 


— Ah, mais il est dégueulasse ce crapaud !


— C’est le mien, merci. 


 


Je me précipite et retire ledit crapaud d’un tas de capes dans un compartiment. On ne me remercie même pas, et je sens des regards peser sur ma nuque. Je les oublie en me concentrant sur ma tache. Je n’ai jamais porté de crapaud, et passé le léger dégoût de ce corps visqueux sur mes mains, ça va. Je reprends ma route vers le fond du train.


 


— Emy ?


 


Je me retourne vers Drago qui referme la porte derrière lui pour me rejoindre dans le couloir. En voyant le crapaud, il fait une légère grimace.


 


— Ce n’est pas le mien.


— Tu me rassures.


 


Malgré moi, cette phrase me fait sourire. On s’est vus, il y a si longtemps et avec cette simple phrase, typique de lui, je me retrouve plongée il y a un an, lors de cet été et de ces quelques journées passées ensemble. 


 


— Ça va ? Tu as pu avoir toutes tes fournitures ?


— Oui, oui.


— Mes parents peuvent t’aider s’il faut.


— Ce dont j’ai besoin, ils ne peuvent pas me l’apporter.


 


Mon ton est plus dur que je ne l’aurai voulu. Mais ses parents n’ont jamais rien fait pour m’aider moi et mon père, et je leur en veux un peu.


 


— Désolé que tu aies dû passer cette journée avec ce gros lourdeau.


— Ne l’insulte pas s’il te plaît…


— Emy, tu vaux mieux que ça, me coupe t-il.


 


Ok. Inspire, expire. 


 


— Arrête Drago. Oui, ça va, et non je n’ai pas besoin de votre aide.


 


Je tourne les talons et pars avant qu’il ne puisse poursuivre. Quand Neville me voit finalement arriver avec son crapaud, un grand sourire fend son visage. 


 


— Trévor ! Merci Emy !


 


Hermione derrière lui me sourit poliment. 


 


— Je m’appelle…


— Hermione Granger, je t’ai entendue tout à l’heure. Moi, c’est Emy.


— Enchantée Emy, on se retrouve à Poudlard alors.


 


J’hoche la tête et part rejoindre les garçons dans le dernier compartiment pour pouvoir me changer. Je prends mes affaires et part aux toilettes pour pouvoir le faire en toute intimité. Je ne suis pas mécontente de quitter cet affreux uniforme de l’orphelinat. En revenant, je croise Drago qui sort de notre compartiment. Il me jette un regard, deux autres garçons l’accompagnent, puis il me contourne et poursuit son chemin. 


 


- Qu'est-ce qu’il faisait là ? dis-je en entrant.


 


Ron et Harry sont morts de rire.


 


— Croutard ! Je pensais qu’il ne servait à rien, mais il nous a débarrassés d’eux !


 


Je m’efforce de sourire.


 


— Je crois bien qu'il est assommé, répond Ron qui tient Croutard par la queue. Ah non ! Ça, c'est incroyable ! Il n'est pas assommé, il s'est tout simplement rendormi !


 


 


*****


 


 


La traversée du lac qui borde Poudlard est magnifique et j’en oublie de me préoccuper de ce dont Harry m’a raconté concernant Drago. S’ils ne s’entendent pas, ce n’est pas mon problème. Je veux juste apprendre des choses et ne pas me préoccuper du reste. Il y a aussi cette histoire de cambriolage à Gringotts. Bien sûr, ça m’intrigue, mais je ne vais pas me mêler de ça. Non. Mon but est de faire une année scolaire normale sans personne qui découvre mon secret. 


 


Je dois admettre que je suis un peu stressée par ce choix de maison. Quand la porte du château s’ouvre après que Hagrid ait frappé, je sens la Bête au fond de moi tenter de prendre le contrôle. 


 


J’inspire, expire, tout en suivant le flot d’élèves à la suite du Professeur McGonagall. J’entends les autres qui parlent autour de moi, la professeure, Harry, Ron, Hermione Granger aussi. Les fantômes ne m’impressionnant pas, je suis dans ma bulle. Je me concentre sur moi, ma respiration. Ne pas fléchir. Mes poings qui tremblent sont cachés dans les poches de mon uniforme. C’est mon premier jour, je dois le faire, pourtant, je ne pensais pas que me contrôler serait si difficile.


 


Je suis terrifiée. Si je n’arrive pas à tenir, devrais-je retourner à l’orphelinat et être condamnée à ne jamais aller à l’école ? Ce serait trop bête. Mon père a réussi à tenir, alors moi aussi, je dois y arriver.


 


C’est dans cet état d’esprit que je traverse la Grande Salle. Je suis déterminée. Je vais faire sept ans d’étude à Poudlard, jouer au Quidditch et sortir d’ici avec la liberté de faire ce que je veux, à commencer par revoir mon père.


 


Dans ma tête, la cérémonie de répartition avait tout sauf l’air d’être un moment aussi simple que mettre un chapeau sur sa tête. Mais visiblement la professeure McGonagall ne plaisante pas. Quand elle appelle les premiers sur la liste fixée dans l’ordre alphabétique, je me répète la chanson du Choixpeau dans ma tête. 


 


Je n'suis pas d'une beauté suprême


Mais faut pas s'fier à ce qu'on voit


Je veux bien me manger moi-même


Si vous trouvez plus malin qu’moi…


 


J’ai une très bonne mémoire. J’ai toujours vite compris à l’école et m’ennuyais donc beaucoup. Alors en attendant, je lisais les manuels d’école, apprenais des trucs, inventais des choses… 


 


J’en suis à ma deuxième répétition de la chanson quand on appelle mon prénom.


 


— Emilynn Lupin.


 


Si vous allez à Gryffondor


Vous rejoindrez les courageux, 


Les plus hardis et les plus forts


Sont rassemblés en ce haut lieu.


 


Je continue de chanter dans ma tête et quand on me pose le Choixpeau sur la tête.


 


— Aucun doute pour toi. Ce sera GRYFFONDOR !


 


Je sens mes lèvres s’étirer en un grand sourire. Je me tourne vers la table des professeurs où Hagrid me fait un grand sourire. Rogue est égal à lui-même, ou peut-être pas, en tout cas, il applaudit poliment. Portée par tant de soulagement et de bonheur, je pars rejoindre la table des rouge et or.


 


— Bravo ! me dit Hermione Granger. 


 


L’un des jumeaux, George, me fait un sourire également. Je murmure un pâle merci avant de me tourner vers le Choixpeau. Harry lève un pouce en l’air dans ma direction auquel je réponds d’un sourire. Finalement, je n’ai pas à m’inquiéter, lui aussi est réparti à Gryffondor et même Ron Weasley.


 


—Bienvenue, nous dit Dumbledore. Bienvenue à tous pour cette nouvelle année à Poudlard. Avant que le banquet ne commence, je voudrais vous dire quelques mots. Les voici : Nigaud ! Grasdouble ! Bizarre ! Pinçon ! Je vous remercie ! 


 


 


*****


 


 


C’est étrange de se balader dans les couloirs de ce château dont j’ai tant entendu parler. Je me l’étais imaginé tant de fois, et la réalité est tout autre. C’est drôle comment l’esprit peut créer des choses. Je finis par trouver le bureau du professeur McGonagall. Les instructions qu’elle m’avait données en plus de ma lettre de rentrée étaient très claires, je savais exactement où aller en quittant la Grande Salle. Échapper à la surveillance des préfets ne fut pas difficile, et comme l’heure du couvre-feu n’était pas arrivé, les élèves que j’ai croisés dans les couloirs ont sûrement cru que j’étais en deuxième ou troisième année.


 


— Emilynn ? Parfait, entrez, dit le professeur McGonagall en ouvrant la porte après que j’ai frappé.


 


Dans la pièce, se trouve Severus Rogue, Albus Dumbledore et une femme que je ne connais pas.


 


— Vous connaissez le professeur Rogue, dit-elle. Voici le professeur Dumbledore et Madame Pomfresh, l’infirmière de Poudlard.


- Bonsoir Emilynn, me dit-elle avec un sourire bienveillant.


— Bonsoir.


— Comment s’est passé ce jour de rentrée ? demande Dumbledore.


 


McGonagall m’invite à m’asseoir, avant qu’elle ne fasse de même.


 


— Bien.


— Pas de difficultés pour te contrôler ?


 


J’hésite à répondre la vérité. Je ne veux pas qu’on me renvoie à l’orphelinat. 


 


— C’est totalement normal d’avoir parfois besoin de concentration pour garder le contrôle. C’est un travail fatiguant qui requiert une grande constance, avec une journée aussi stressante, j’imagine que tu as dû avoir des périodes plus difficiles. N’est-ce pas ?


 


Il a des yeux bleus qui pétillent d’intelligence. Mais aussi de gentillesse et je me dis que s’il a donné sa chance à mon père, il sait quelles sont les conditions d’accueillir un loup-garou dans son école. Je décide de lui faire confiance. 


 


Un peu.


 


— Oui, j’ai eu un moment plus difficile.


— Quand exactement ?


— Juste avant la répartition. 


— Tu étais stressée ?


— Oui, et de voir autant de monde, en revoir certains… Ça faisait beaucoup d’un coup.


— Comment as-tu fait pour reprendre le contrôle ?


— J’ai respiré.


 


Ça parait ridicule comme ça, mais c’est la vérité.


 


— Je me suis un peu isolée et me concentrais uniquement sur ma respiration.


— C’est bien, me dit Dumbledore avec un sourire. Tu peux être fière de toi.


— Merci, dis-je un peu gênée.


— Severus, voulez-vous lui expliquer comment se déroulera l’année ?


— Oui, bien sûr. J’ai préparé de la potion Tue-loup. Tu devras en prendre tous les jours, la semaine avant la pleine lune. Il est impératif que tu n’oublies aucune dose. Puis, le jour de la pleine lune, Mme Pomfresh t’attendra dans son bureau où une salle a été aménagée pour que tu sois enfermée. Nous allons voir comment tu réagis à la potion et si c’est… Favorable, tu pourras en bénéficier durant toute ta scolarité.


 


C’est inespéré. Cette potion, je n’en ai jamais pris, je me suis transformée uniquement cinq fois et c’est très éprouvant. Un agent du ministère m’emmenait dans un endroit fermé, une cellule, et quand je reprenais conscience, j’étais pleine de blessures. Certaines ont totalement cicatrisées, d’autres pas encore. J’ai déjà de pâles cicatrices. Pour que Madame Firmin, la directrice de l’orphelinat ne se pose pas de questions, ils lui ont jeté un sort de confusion. 


 


Voilà comment se sont passées mes premières pleine lune. La potion tue-loup n’empêchera pas la transformation, mais je serai un loup inoffensif. Peut-être même que je ne louperai pas les cours.


 


— Sinon, nous procéderons comme pour ton père, explique Mme Pomfresh. Je t’accompagnerais au Saule Cogneur puis à la Cabane Hurlante.


 


Afin de ne pas être un danger pour les autres.


 


— As-tu des questions Emilynn ?


— Non, c’est très clair. Merci.


— Le professeur Rogue confiera les potions au professeur McGonagall. Tu auras une autorisation pour être hors de ton dortoir afin de les chercher ici chaque début de semaine de pleine lune.


 


Il est temps pour moi de prendre congé. Le professeur McGonagall m’accompagne sur un bout de chemin en silence. Elle m’impressionne un peu. 


 


— Voilà, vous continuez ici, au bout du couloir à gauche. Le mot de passe est Caput Draconis, je ne peux pas vous accompagner jusqu’au portrait qui garde l’entrée de la salle commune, car je ne voudrais pas que l’on se pose des questions. Dépêchez-vous, l’heure du coucher est arrivée. Bonne nuit.


— Merci professeur, bonne nuit.


 


Elle me fait un bref sourire puis tourne les talons. Je commence à me diriger vers la salle commune de Gryffondor, joyeuse de cette liberté d’être dans les couloirs alors qu’il n’y a personne. Je ne suis pas obligée de rentrer maintenant, je pourrais aller au parc, visiter les mille et un recoins du château. Tout en veillant à ne pas me faire choper par le concierge bien sûr.


 


— Intrépide pour une première année. Et un jour de rentrée en plus.


 


Je me détends immédiatement en reconnaissant la voix de l’un des jumeaux. Je me retourne pour voir sortir Fred de sous une tapisserie, puis George apparait à son tour.


 


— Je pourrai en dire de même de vous deux.


 


Fred s’esclaffe. 


 


— Viens Miss Intrépide.


 


Il retourne derrière sa tapisserie et je le suis, nous retrouvant dans un autre couloir, désert lui aussi, mais plus sombre où une seule torche éclaire le chemin. Puis il marche un peu, vers une intersection. George n’a pas dit un mot. Parfois, il me regarde, mais détourne le regard dès que je me retourne.


 


— On ne risque pas de tomber sur Rusard ici. Tu faisais quoi seule dans les couloirs après l’heure de couvre-feu ?


 


Fred n’a pas un air menaçant, il est juste curieux. Il s’appuie contre le mur, les mains dans les poches, il attend ma réponse. George tient un bout de parchemin dans ses mains qu’il plie soigneusement.


 


— Je visitais.


 


Fred sourit.


 


— Et vous ?


— Tout pareil.


— Évidemment. 


 


De ce que j’ai saisi, ils sont habitués à ne pas respecter les règles. Je pourrais leur parler de mon problème concernant le quidditch. Avec un peu de chance, ils m’aideront.


 


— Les premières années n’ont pas le droit d’intégrer une équipe de quidditch ?


— C’est la règle oui…


 


Je souris, oui bien sûr.


 


— Mais disons que si je voulais outrepasser cette règle. Auriez-vous une idée de comment faire ?


— Tu joues au quidditch ? demande George.


 


J’hoche la tête.


 


— À quel poste ?


— Poursuiveuse.


— Tu es forte ?


— Je me débrouille.


 


Ils échangent un regard, j’assiste à un dialogue silencieux entre eux. C’est drôle, ils se ressemblent beaucoup, mais je vois aussi beaucoup de différences entre eux.


 


— Ce serait une première…


— On ne l’a jamais fait…


— Un challenge…


— Entraide…


 


Je reste bien silencieuse, leur laissant le temps de décider. 


 


— Nous sommes les batteurs de l’équipe, m’explique George. Depuis notre deuxième année. Et de ce que l’on sait, ça fait un moment qu’on se fait laminer par les autres équipes chaque année. Une bonne poursuiveuse, qu’importe son âge, ça peut changer le cours d’un match. 


 


J’ai le cœur qui bat la chamade, va t-il dire ce que je crois ?


 


— La semaine prochaine, nous avons des sélections à faire. C’est Dubois le chef d’équipe, il nous manque deux postes dont un poursuiveur ou une poursuiveuse.


— Et l’autre ?


— Attrapeur. On te propose de faire un test avant, on voit comment ça se passe, puis, si tu as les compétences pour, on va s’arranger pour te faire entrer dans l’équipe.


 


Je ne peux m’empêcher de leur faire un grand sourire.


 


— Merci.


— On n’a rien promis, répond Fred. Pas de faux espoirs Miss Intrépide.


 


J’ai envie de leur demander pourquoi ils font ça, mais ils se dirigent déjà vers la tapisserie pour retourner dans le couloir principal. George m’attend un peu et je m’empresse de les rejoindre. On marche en silence jusqu’au fameux portrait qui garde la salle commune. 


 


— Vous deux… soupire- t-elle.


— Bonsoir, et oui, nous sommes toujours là ! se réjouit Fred.


Caput Draconis.


 


Elle ne peut pas ne pas nous faire entrer, même si elle le voulait, George vient de lui donner le mot de passe, alors le portrait pivote et la salle que je découvre me fait me sentir chez moi immédiatement. Chaleureuse, ronde, confortable, accueillante, je me sens vraiment heureuse. Comme rarement je ne l’ai été depuis ces trois dernières années.


 


— On se retrouve demain après les cours dans cette salle, dit Fred. Ok pour toi ?


— Oui bien sûr.


 


Il part vers un escalier qui doit être l’accès aux dortoirs garçons puisqu’un autre escalier est juste à côté. George reste à côté de moi, ses yeux marrons me troublent. J’hausse un sourcil.


 


— Bonne nuit, finit-il par dire.


 


Je le regarde partir. 


 


Ok, calme toi Emy…


 


Je prends l’autre escalier et arrive au premier étage où des noms sont indiqués sur les portes. Je suis dans la même chambre qu’Hermione Granger, les deux autres filles, je ne les connais pas. Je me glisse silencieusement dans la chambre, tout le monde dort, alors je me mets en pyjama et me blottis dans le lit moelleux. 


 


C’est un peu comme à l’orphelinat, j’ai ma malle au pied de mon lit, des sanitaires partagés, une salle commune et un réfectoire… Mais ici, tout est différent. Je me sens chez moi. J’avais peur d’avoir idéalisé Poudlard, mais finalement, je suis plus agréablement surprise qu’autre chose. 


 


Je repense à cette journée folle, les retrouvailles avec Harry. La rencontre avec tous ces élèves, les jumeaux, leur aide, des yeux marrons…


 


Au bout d’une heure, je finis par m’endormir, un sourire aux lèvres.


 

End Notes:

Hey,

Je fais attention à insérer des éléments exclusifs pour ne pas faire des redit du tome 1, Emy a une expérience tout autre de sa rentrée, elle est très réservée et introvertie. Cependant si on la cherche, on la trouve ^^ Toute son attention se focalise sur deux choses bien définies : garder le contrôle et le quidditch. Elle n’est pas bavarde, passe du temps dans sa tête à rêver de sa passion. Moi c’était l’équitation, elle le quidditch, chacun rêve comme il le souhaite. Tant qu’il y a des rêves…

Le rythme de publication va changer, on reprend deux par semaine. Un chapitre « passé » le mercredi. Et un gros chapitre avec Emy le samedi. Merci à MissArty pour son gros travail de relecture et de corrections ♥︎

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 4 (past) by Winter
Author's Notes:


image par Andrik Langfield sur unsplash

1er novembre 1981

 

 

 

Le réveil fut douloureux. Son corps était si lourd et las, comme si lui-même se rappelait des événements de la veille. Remus n’avait pas eu le droit à quelques secondes perdues où le tragique événement ne se serait pas produit. Non. La douleur était toujours là. Irrépressible. Il s’efforça de ne pas repasser les images dans sa tête. Celles du corps de Lyra surtout. 

 

 

 

Emy était réveillée, serrant son doudou contre elle, ses grands yeux vairons posés sur lui. Un bleu et un marron. Elle n’avait jamais été un bébé bruyant, mais depuis hier, son silence absolu l’inquiétait un peu. Et il avait son chagrin… Le deuil, la douleur, l’inquiétude, cela faisait beaucoup à gérer. 

 

 

 

Tout couper. 

 

 

 

Shut down.

 

 

 

Il la prit dans ses bras, ignorant de l’heure. Lyall et Espérance l’attendaient, un air soucieux sur le visage. Il fit préparer un biberon pour Emy, puis un café pour lui. Il était incapable d’avaler quoi que ce soit d’autre. 

 

 

 

— Remus… Je ne sais pas exactement ce que tu sais…

 

 

 

Il se tourna vers son père qui hésitait à avancer.

 

 

 

— James est mort.

 

 

 

Sa voix était rauque, très enrouée.

 

 

 

— Et Lily aussi ?

 

 

 

Lyall hocha la tête.

 

 

 

— J’ai pas besoin de savoir le reste…

 

— Tu-sais-qui a disparu. 

 

 

 

Il s’arrêta, les sourcils froncés vers son père.

 

 

 

— Comment ?

 

— Il aurait tenté de tuer Harry, Harry Potter, et le sort se serait retourné contre lui. On ne sait pas s’il est mort, ni ce qu’il est devenu. Mais c’est fini.

 

 

 

Sous le coup de l’émotion, Remus resta pensif un instant, s’autorisant à penser à Lyra, à la bande, à tout ce qu’ils avaient fait pour en arriver là. Ils avaient tous rêvé de l’après s’imaginant mille scénarios où la liberté serait enfin acquise. Maintenant, triste ironie, ils étaient presque tous morts. Presque.

 

 

 

— Où sont Sirius et Peter ? Alice et Frank ? Et Harry alors s’il est en vie ? Vous avez des nouvelles ?

 

 

 

Ses parents échangèrent un regard.

 

 

 

- Oui, reprit Lyall, un auror est passé ce matin nous expliquer, il voulait te poser des questions, il repassera cet après-midi.

 

 

 

Remus ne quittait pas ses parents du regard.

 

 

 

— On nous a informés ce matin. Un auror est passé. Il y en a plein dehors de toute façon. Des mangemorts sont toujours en liberté, ils cherchent leur maître. Bellatrix Lestrange a torturé Alice et Frank avec le doloris. Ils sont à Sainte Mangouste, en vie, mais… Ils ne seront plus comme avant. Il y a eu plein d’arrestations ces dernières heures, Azkaban va vite se remplir.

 

 

 

Il n’avait plus de larmes pour pleurer, il encaissait chaque mauvaise nouvelle l’une après l’autre. 

 

 

 

— Leur fils…

 

— Est en vie, il était chez ses grands-parents.

 

— Et Sirius ? Peter ?

 

— Je…

 

 

 

Lyall sembla hésiter à poursuivre. Il n’avait aucune formation en psychomagie, et ce qu’il s’apprêtait à dire était difficile à entendre. Remus avait déjà tellement à endurer. Cependant, ils en avaient parlé avec Espérance : pas de secrets. Cela ferait encore plus de ravages.

 

 

 

— Sirius aurait perdu tout contrôle de lui-même et aurait poursuivi Peter. Il l’a tué. Il est maintenant enfermé au Ministère, je ne sais pas ce qui va se passer. L’agent qui va passer, en dira sûrement plus. Harry est chez son oncle et sa tante. Il vivra chez eux d’après ce que j’ai compris. 

 

— Lily et sa soeur ne s’entendaient pas…

 

 

 

Étrange que la seule pensée cohérente soit celle-là. Parmi la déferlante de mauvaises nouvelles, la seule chose qu’il en sortait était la non-entente des deux sœurs. Il abandonna toute conversation, se murant dans ses pensées, Emy toujours contre lui. Elle avait refusé d’aller dans la chaise haute. La nuit avait laissé des traces, des séquelles. Honnêtement, elle avait besoin de lui, autant que lui avait besoin d’elle.

 

 

 

On frappa à la porte. 

 

 

 

Les vieux réflexes surgirent, baguette à la main, Remus se tendit.

 

 

End Notes:

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 5 by Winter
Author's Notes:

ϟ. Evan Barlow - If You Care

Certains dialogues sont tirés du tome 1, Harry Potter à l'école des sorciers par J.K. Rowling.

Le jour qui suivit était rempli de découvertes, cela me permit d’avoir la patience de tenir jusqu’au soir. Les premières années étant les nouveaux, on mangeait tous plus ou moins ensemble. 


 


Le soir, quand je rejoignis les jumeaux dans la salle commune, elle était déserte, tout le monde étant parti manger dans la Grande Salle. On sort et je les suis en direction du parc.


 


— Attention à Rusard, m’explique George avec un sourire et un air amusé. C’est le concierge. Mais surtout fait attention à son chat. 


— Miss Teigne, grogne Fred.


- Elle est pire que son maître.


— Il y a aussi Peeves.


— Pas méchant, mais il peut franchement manquer de discrétion.


 


Ils échangent un regard avant d’éclater de rire. Devant mon air curieux, ils m’expliquent. 


 


— Une fois, on a voulu sortir tester des passages secrets.


— Il y en a partout.


- Alors on était à l’opposé de la salle commune, c’était un long chemin pour se cacher de Rusard s’il rappliquait. 


— À un moment, on a cru entendre un bruit alors on a couru.


— Sauf que je me suis pris le pied dans une marche, il y a un trou dedans, dit George. Celle de l’escalier près de la salle de bain des préfets.


 


Oh… Je vois le scénario catastrophe arriver, je me mets à rire au fur et à mesure qu’ils racontent leur histoire.


 


- Et là… Peeves qui débarque. Il veut nous aider, mais c’est un fantôme, alors il m’encourageait pour tirer George de la marche.


— Il n’encourageait pas, il criait.


- En pleine nuit, un Peeves qui crie. Évidemment, Rusard a rappliqué et heureusement, on a réussi à s’enfuir rapidement avant qu’il nous voit, mais c’était moins une.


— Bref, attention à Peeves.


 


Je rigole franchement et ils se joignent à moi. Nous sommes maintenant arrivés devant un vestiaire où ils partent chercher leurs balais. Puis nous nous dirigeons vers le stade. 


 


— Tiens, voici un balai de l’école. On a pris un souafle, d’abord, tu voles, puis on teste tes aptitudes.


 


J’attache mes longs cheveux noirs en une queue de cheval. En le faisant, ma manche descend et ma cicatrice sur mon avant-bras apparaît. Il fait encore jour, on ne peut pas la louper. Fred était déjà loin, mais George, toujours à côté de moi la remarque. Je baisse immédiatement ma manche, priant pour qu’il ne pose pas de question. 


 


Il n’en fait rien et s’envole sur son balai à quelques mètres de moi. Fred me surveille de loin, il veut voir si je sais bien voler. J’enjambe mon balai et frôle le sol de mon pied.


 


Liberté.


 


Je respire à nouveau.


 


J’oublie les garçons et vole paresseusement au-dessus des gradins. Je plonge, remonte, slalome, c’est merveilleux. 


 


— Emy !


 


Fred m’envoie le souafle que je rattrape avant de lui renvoyer. George nous observe de loin, nous laissant faire. Les passes sont simples puis Fred accentue la cadence ou la complexité. Je n’en fais tomber aucune. Alors on se met en mouvement et on  continue nos échanges. George se joint à nous, c’est génial, je sens que je n’arrête pas de sourire et j’en ai mal à la mâchoire quand on rejoint le sol.


 


- Bien… commence Fred avec un air faussement sérieux. On va voir ce que l’on peut faire. Ne t’attend à rien, c’est peu probable qu’une première année entre dans l’équipe.


— Oui, bien sûr, ajoute George avec un clin d'œil. Mais s’ils ne te prennent pas, je quitte l’équipe.


— Et moi avec.


 


Je suis touchée, les mots me manquent, je ne sais pas quoi dire.


 


— Non mais…


— Allez bonne soirée Miss Intrépide, dit Fred en rejoignant le vestiaire. Attention au couvre-feu.


 


George marche derrière lui. Il me faut un instant avant de reprendre mes esprits et de le rattraper en courant. 


 


— Vous allez vraiment faire ça ?


— Bien sûr.


— Merci…


 


Il a à nouveau ce regard qui me trouble tant. Ses yeux marrons se posent sur moi et je dois me concentrer sur ma respiration pour garder le contrôle.


 


— C’est avec plaisir Emy.


— Merci, vraiment. 


 


En rejoignant mon dortoir, tout le monde est dans la grande salle. Harry me fait un signe de la main auquel je réponds par un sourire avant de monter dans ma chambre. Il n’y a que Hermione qui lit un manuel.


 


— Tiens, dit-elle en me voyant arriver. 


 


Dans une serviette se trouve un petit pain et un fruit.


 


- J'ai vu que tu n’étais pas là pour le diner. 


— Merci, c’est gentil.


— Je t’en prie.


— Tu lis quoi ?


— J’ai été à la bibliothèque, leur sélection est incroyable. J’ai commencé un livre sur la métamorphose. J’ai hâte d’avoir notre premier cours !


— Tu as lu le manuel Guide de débutant en métamorphose ?


— Oui ! s’exclame t-elle toute excitée.


- Il est incroyable, j’ai très envie de tester les premiers sortilèges, ils ont l’air plus qu’accessible.


— L’allumette en aiguille ?


 


J’hoche la tête. Elle sourit et on parle un peu des cours et de nos premières impressions pendant que je mange. Hermione est sympa et son attention me touche. Peut-être sera-t-elle une bonne connaissance, et même une amie.


 


« Oui, mais tu es dangereuse… » me souffle une petite voix.


 


 


*****


 


 


En effet, le cours de métamorphose s’avéra être passionnant. Avec Hermione, nous nous retrouvons souvent l’une à côté de l’autre. Elle est au premier rang, et moi j’arrive toujours en dernier, alors je me mets à la seule place libre, à côté d’elle. On parle beaucoup des cours, et peu du reste. Je ne veux pas parler de moi.


 


Parfois, je mange aussi avec Harry et Ron. Ils sont amusants, mais pareil, je ne parle pas de moi, ni ne les questionne sur eux. Harry sait pour l’orphelinat et a dû prévenir Ron, car il ne me pose jamais des questions. En cours, sinon, je reste discrète, ne lève pas la main et attache bien le bouton de manche de ma chemise pour ne pas montrer à nouveau ma cicatrice.


 


En sortant de cours de potion, je retrouve Harry dans la Grande Salle et m’assois en face de lui.


 


— Désolée pour ce cours.


— Tu n’y es pour rien.


 


Il hausse les épaules, mais visiblement, il est plus agacé qu’il ne voudrait le montrer.


 


— Je n’arrête pas de lui dire de lâcher l’affaire, me dit Ron. Rogue était odieux, certes, mais il enlève aussi des points aux jumeaux tout le temps.


 


Harry ouvre la bouche pour répliquer puis la referme. 


 


— Ce n’est pas juste qu’il s’en prenne à ton histoire personnelle, dis-je. 


 


Il broie du noir pendant tout le repas et je m’en veux de n’avoir rien dit pour le défendre pendant le cours. Rogue est celui qui prépare ma potion tue-loup, puis-je me permettre de prendre la défense d’Harry ? C’est aussi lui qui m’avait sauvée il y a un an. Ce qu’il a fait plus tôt dans les cachots était quoi alors ? Ça ne colle pas avec le Severus Rogue que je connais.


 


— On va ensemble voir Hagrid ? je propose.


 


Ce matin, j’étais surprise de recevoir une lettre par une chouette effraie de la volière de l’école.


 


— Oui, allons-y.


 


Nous partons ensemble vers la cabane du garde chasse. Un gros chien court pour nous accueillir, il est magnifique, tout gris et tout content de nous voir. Il reste près de moi, j’ai toujours eu un bon feeling avec les chiens, comme mon père d’ailleurs.


 


—Du calme, Crockdur ! s’exclame Hagrid en sortant de la maison.


 


Il nous interroge sur nos cours, on repasse sur ce qui s’est passé en cours de potion. Mon père saurait sûrement pourquoi Rogue agit comme ça avec Harry. Ça semble personnel. Et Rogue est du même âge que mes parents, donc de ceux d’Harry. Ils ont dû se croiser, se connaître à un moment ou un autre. C’est la seule explication logique que je trouve pour expliquer cet acharnement.


 


Une Gazette du Sorcier traîne devant moi, je m’en saisis sans cesser de caresser Crockdur qui bave sur ma jupe. Je me tourne violemment vers Harry en voyant que le cambriolage qui a eu lieu à Gringotts était le jour de notre passage, le jour de notre anniversaire, le 31.


 


— Regarde !


 


Il lit avec moi l’article et semble tout aussi perturbé que moi. 


 


—Hagrid ! Ce cambriolage à Gringotts s'est passé le jour de mon anniversaire ! Ça aurait pu arriver pendant qu'on y était !


 


Il se tourne vers moi et j’hoche la tête. Ça ne fait aucun doute. Mais Hagrid évite notre regard et grogne en nous tendant des biscuits. C’est bizarre. Et ça m’intrigue. On finit par passer sur le sujet et alors qu’on se dirige vers le château, je réfléchis à ce cambriolage.


 


— On est d’accord que c’est bizarre tout ça ?


— Quoi exactement ?


 


Harry fronce les sourcils.


 


— Hagrid sait pourquoi Rogue est comme ça. Et ce cambriolage, le jour où on y est allé ?


— Ce n’est pas une coïncidence. 


 


Il sourit, on a pensé à la même chose.


 


— C’est obligé que ça ait à voir avec le paquet bizarre qu’il a récupéré.


— Ok, admettons, mais il ne voudra pas vous en parler, dit Ron.


 


C’est sûr, mais nous au moins, on le sait, c’est un début.


 


 


******


 


 


Le premier week-end au château, les jumeaux me retrouvent dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner, ils sont accompagnés d’un autre gars, plus grand, il doit être en cinquième ou sixième année.


 


— Salut, moi, c’est Olivier Dubois et tu es ?


—Emy Lupin.


— Enchanté, dit-il en me tendant la main tout en s’asseyant. Je suis le capitaine de l’équipe de Gryffondor. Ils m’ont dit que tu savais voler, et même plutôt bien. Tu pourrais passer des sélections ?


 


C’est trop beau pour être vrai.


 


— Oui, dis-je avec un grand sourire.


— Tu as le temps ce matin ?


 


Je pensais que les sélections étaient la semaine prochaine et qu’on devait voir Madame Bibine, mais je ne me le fais pas dire deux fois, l’occasion est trop belle. Je me lève immédiatement et suis Dubois vers le parc et le vestiaire, les jumeaux avec nous. Deux filles nous attendent déjà. 


 


— Angelina, Katie, voici Emy. Elle passe les sélection pour poursuiveuse, merci d’être venues. 


 


Elles me sourient poliment toutes les deux avant d’enfourcher leur balai et de s’envoler. George me tend le sien.


 


— Bon courage.


— Merci.


 


Son sourire me fait chaud au coeur. Je m’envole et ne me laisse pas entraîner dans les airs comme la première fois, cette fois-ci, je suis très concentrée. J’attends les instructions de Dubois qui envoie aux filles le souafle.


 


— Commencez par des passes simples.


 


On se met en route, et comme avec les jumeaux, je ne fais pas tomber la balle une seule fois. Alors Dubois les appelle et s’entretient avec elles quelques minutes. Quand elles reviennent et me lancent la balle à nouveau, c’est beaucoup plus agressif. Elles volent autour de moi, et nous faisons un grand cercle le long du stade. Je suis concentrée, anticipe un peu leurs lancés et leur renvoie la balle du mieux que je peux pour qu’elles ne fassent pas trop d’efforts à la rattraper. 


 


Je commence à être en sueur et les filles aussi. Je suis en uniforme et ce n’est pas très pratique. Dubois nous rappelle et ne fait toujours aucun commentaire. Il me lance la balle et se met devant les buts.


 


— Ok, Emy, marque.


— Seule ?


— Ouaip.


 


Ce n’est pas évident, il a toute son attention dirigée vers moi et je n’ai pas beaucoup étudié les tirs directs. 


 


Sur dix lancés, j’en réussis sept.


 


Dubois me fait signe de redescendre. Cette fois-ci, il a un grand sourire et tape dans la main des jumeaux.


 


— C’est parfait, il ne nous manque qu’un attrapeur et c’est tout bon ! Rappelle-moi dans quelle année tu es ? me demande t-il. Je n’ai pas le souvenir de t’avoir vue l’année dernière.


 


J’échange un regard avec les jumeaux.


 


— Première année, dit George.


— C’est une blague ? 


 


Le sourire est parti, Dubois semble… déçu.


 


- Les premières années n’ont pas le droit d’intégrer d’équipe de quidditch !


— Cette règle est là au cas où ils ne sauraient pas voler et auraient les yeux plus gros que le ventre. Regarde Emy, elle sait voler, et même plus que bien.


- On peut la garder en réserve, on fait les sélections et si elle reste la meilleure qui candidate, on la prend, intervient Angelina. Tu en penses quoi Dubois ?


 


Il ne répond pas, il a les lèvres pincées et me regarde. Un instant, il s’arrête sur mes yeux vairons puis détourne le regard.


 


— Tu l’as vu ça marche bien nous trois, dit Katie.


— On a le luxe de refuser quelqu’un ? intervint Fred. Si on veut gagner la coupe, il nous faut des éléments comme Emy.


 


Ma parole ! Ils prennent tous mon parti, ça me touche beaucoup et je ne prononce pas un mot tant que Dubois n’a pas pris sa décision. Mon coeur bat la chamade, j’espère tellement qu’il va accepter…


 


— Où tu as appris le quidditch comme ça ? Pour une première année, tu as des bases plus que correctes. Tu y as déjà joué.


— Un ami m’a appris.


 


Dubois n’insiste pas plus, soupire, ce qui fait sourire Fred.


 


— Il va dire oui.


— Je ne vais pas dire oui.


— Tu le penses si fort que je l’entends déjà : « oui » !


 


Les filles rigolent et me font des grands sourires avec les pouces levés.


 


— On va faire ce que tu proposes Angelina. On fait les sélections cette semaine, si tu restes la meilleure pour ce poste Emy, je parlerai au professeur McGonagall.


 


Les jumeaux sautent de joie et applaudissent, les filles me félicitent aussi alors que Dubois me tend la main. Je n’y crois pas, je me sens si heureuse, c’est fou. J’ai un foyer, j’apprends la magie, je vais pouvoir jouer au quidditch, c’est tout ce que je voulais. Enfin presque, mais cette perspective de pouvoir voler toutes les semaines me donne tellement de baume au cœur que je vais avoir des réserves pour sourire des semaines entières.


 


Sur le chemin du retour, il ne cesse de répéter que rien n’est joué, mais les jumeaux n’entendent rien et continuent de sauter de joie un peu partout. Je tente de garder la tête froide, mais c’est loin d’être aisé.


 


— Tu veux manger avec nous ? propose Angelina.


 


La proposition est tentante, mais non. Je décline son invitation gentiment et alors qu’ils entrent dans la Grande Salle, je repars dans l’autre direction pour aller chez Hagrid. De la fumée s’échappe de la cheminée, il est encore là. Je frappe à la porte et j’entends Crockdur qui gratte pour qu’on lui ouvre.


 


— Emy ? Ça va ?


— Oui, je venais vous rendre visite à tous les deux.


 


Crockdur me fait la fête, il est immense et ne contrôle pas trop sa force.


 


— Assis Crockdur, assis ! Entre. Tu as mangé ?


 


Je secoue la tête et il pose sur la table une assiette de gros pain et une épaisse tranche de jambon.


 


— Tu devrais manger avec tous les efforts que tu as fait.


— Vous avez vu ?


 


Il sourit et ses yeux noirs pétillent de malice.


 


— Oui, je me suis permis de jeter un coup d'œil, tu te débrouilles bien.


— Merci.


— Visiblement, tu en as déjà fait et pas qu’une fois.


— C’était là-bas… dis-je en espérant qu’il comprenne et n’insiste pas.


— Bien sûr, pardon, je comprends que ce soit difficile d’en parler.


 


Il sait que je n’ai parlé à personne de ce qui s’est passé. Lui, Dumbledore, les psychomages et même Rogue sont passés pour tenter de me faire parler, comprendre d’où j’avais cette cicatrice. Je n’ai rien dit, je voulais voir mon père et c’est tout. Le Ministère a refusé, alors je me suis tue. Ce n’est rien de personnel envers Hagrid et les autres, lui il n’y peut rien de cette situation.


 


C’est juste par principe, je ne dis rien. 


 


 


*****


 


 


Hermione semble stressée par le cours de vol sur balai. Tous les premières années ne cessent d’en parler. Les nés sorciers se déclarent aussi fort que Gwenog Jones, et plus ils en parlent, plus Hermione lit : des manuels de vol, des informations tactiques, la fabrication des balais maintenue si secrète…


 


Elle a tenté de m’interroger sur le sujet, mais je suis restée vague.


 


Le jour de notre premier cours, Fred et George m’appellent pour que je m'assois à table avec eux.


 


— Ça va ? On a vu la liste des inscrits pour ton poste.


— Et tu as toutes tes chances, finit George.


— Vous pensez ?


- Absolument. Dubois t’aurais prise direct sans attendre les autres sélections si ce n’était pas pour ce détail de première année.


— Comment avez- vous avez fait d’ailleurs ? Pour le convaincre de venir me voir.


— On a dit ce qu’on t’avait dit qu’on ferait. On lui a dit de te voir jouer, sinon on arrêterait.


 


Ils l’ont vraiment fait. Ça me parait fou. Tous les deux arborent de grands sourires. Ce qu’ils disent, ils le font. Ils n’ont qu’une parole. Bien.


 


— Merci encore.


— Ne nous remercie pas tant qu’on n’a pas gagné, marmonne Fred. 


 


J’échange un regard avec George, alors que son frère parle avec un dénommé Lee, les yeux marrons de son frère sont posés sur moi. 


 


— C’était si important pour toi d’intégrer l’équipe ?


 


J’hoche la tête.


 


— Tu rêves de quoi d’autre ?


 


Je prends le temps de réfléchir. Mais j’ai déjà la réponse au fond de moi.


 


— Être moi-même, être acceptée, être heureuse…


 


Il hoche la tête en jouant avec les miettes de pain sur la table.


 


— Ok, dans vingt ans, tu auras tout ça.


— Tu en fais une affaire personnelle ?


— Absolument. 


 


Je retiens un rire. La Grande Salle, un jour de classe, n’est clairement pas le meilleur endroit pour avoir ce genre de conversation. Mais à la fois, que l’attention de tout le monde soit centrée sur eux-même, cela me rassure, tout le monde s’en moque de tout le monde.


 


— Et toi ?


— Moi, j’ai déjà tout ce qu’il me faut.


 


Ses yeux sont brillants et je le crois sans hésitation. 


 


J’ai une impression…


 


Une drôle d’impression…


 


Quelque chose de diffus.


 


Oh, ça n’a pas d’importance.


 


 


*****


 


 


Le cours de vol me parait long. En fait, tous les cours m’ennuient déjà un peu. L’excitation des premiers moments est passée, je m’efforce de me focaliser sur ce que dit le professeur, mais mon esprit diverge.


 


Quand Mme Bibine, nous donne enfin l’autorisation de voler, je n’attends pas plus longtemps pour enfourcher mon balai. Sauf qu’elle n’a pas fini son décompte que Neville est déjà dans les airs. Hermione et moi échangeons un regard, il est paniqué et plus il tente de descendre, plus l’effet inverse se produit. 


 


L’inévitable finit par se produire, il glisse de son balai et tombe au sol, cassant son poignet. 


 


— Tu as vu ça ? me dit Hermione. J’ai bien lu le manuel et cela ne devrait pas se produire avec moi, mais tout de même…


 


Elle est inquiète.


 


— Ce n’est pas grave, une potion où un sort de Mme Pomfresh et il sera guéri. 


— Mme Pomfresh ?


— L’infirmière.


— C’est aussi simple que ça de se faire soigner par la magie ?


— Oui, pas d’attelle ou de plâtre, ne t’en fais pas.


 


Je tente de la rassurer, mais des éclats de voix nous font tourner la tête vers Harry et Drago. 


 


— Donne-moi ça, Malefoy.


 


Il tient dans sa main une boule ronde.


 


— C’est quoi ? je demande à Hermione.


— Un Rapeltout, Neville l’a reçu ce matin.


— Je vais le laisser quelque part pour que ce pauvre Neville puisse le retrouver. Au sommet d'un arbre, par exemple.


— Donne ça !


— Drago, arrête, dis-je.


 


Il me regarde, comme pour me provoquer, et encore plus Harry, il enfourche son balai et s’envole. J’ai toujours mon balai à la main, j’hésite à le suivre, récupérer le Rapeltout et revenir avant Mme Bibine, mais la dernière chose que je veux est de me faire renvoyer et d’attirer l’attention sur moi. Je peux le surveiller de loin et le récupérer quand on aura l’autorisation de voler. 


 


Oui, voilà, je vais faire ça.


 


Sauf qu’Harry ne l’entend pas de cette oreille. Malgré le commentaire d’Hermione, il s’envole et part à la suite de Drago. La suite est confuse. Ils se poursuivent, échangent des insultes, je suppose (on entend mal depuis le sol), puis Drago lâche le Rapletout. Immédiatement, je me mets à courir pour le rattraper. C’est idiot, il est bien trop loin, mais je tente comme même, en allant le plus vite possible. Harry est plus rapide, il descend en piqué et l’attrape à la dernière minute. Je le rejoins essoufflée, et sous le choc.


 


— Mais tu es un attrapeur ?


— Un quoi ?


— HARRY POTTER !


 


McGonagall arrive et je sens Harry se tendre. Oups.


 


— Jamais depuis que je suis à Poudlard…


— Comment avez-vous pu oser... ? Vous auriez pu vous rompre le cou... 


— Ce n'est pas sa faute, professeur, c'est Malefoy qui... 


— Taisez-vous, Weasley. Venez avec moi, Potter.


 


Il nous lance un regard paniqué et nous n’avons aucun autre choix que de le laisser partir sans rien dire.


 


— Mince, c’est injuste ! s’exclame Ron.


— Il va lui expliquer ce qu’il s’est passé.


— Qu’importe Emy, il va nous faire perdre des points de maison ! s’énerve Hermione.


— Mais on s’en fout de ça, s’emporte à son tour Ron. Il risque d’être expulsé !


 


Mme Bibine revient et c’est impossible de se concentrer après une telle injustice. Je bous de colère, et Ron avec moi.


 


— Quel abruti.


— Chut…


 


La professeure passe devant nous à ce moment là. Puis nous volons un peu, des exercices de base. Hermione, qui s’inquiétait, s’en sort plus que bien, puis c’est la fin du cours et nous allons à la Grande Salle.


 


— S’il est expulsé, on va voir McGonagall. Dumbledore même !


- Oui, approuve Ron. On va faire ça.


 


On s’assoit tous les deux à table, tendant la tête pour voir si Harry arrive. On finit par voir ses cheveux noirs ébouriffés qui viennent nous rejoindre.


 


— Alors ? on demande en choeur.


—Elle m’a fait rencontrer le capitaine de l’équipe de Gryffondor. Ils veulent que je sois attrapeur.


—Tu plaisantes ou quoi ?


 


Je suis d’accord avec Ron, c’est incroyable comme nouvelle. 


 


— Attrapeur ? Mais les première année ne jouent jamais... Tu vas être le plus jeune joueur depuis…


—Un siècle. C'est Dubois qui me l'a dit. C’est encore secret. Le premier entraînement est la semaine prochaine. 


 


Je suis sous le choc, c’est une super nouvelle. James aussi était dans l’équipe, papa m’a dit qu’il espérait nous voir tous les deux jouer au quidditch. C’est Sirius qui nous aurait offert des balais volants pour bébés. 


 


Qu’importe ce qu’il se passe, le passé nous rattrape toujours. 


 


Je bois un verre d’eau pour masquer mon trouble. Les jumeaux arrivent et félicitent Harry à leur tour.


 


— Deux premières années recrutées cette année, ça promet !


 


Ai-je bien entendu ? Le large sourire de George me le confirme : je suis prise !


 


— Vraiment ? ne puis-je m’empêcher de demander tout de même.


— Félicitations, répond t-il en me tendant la main.


 


Je tape dedans et je ne sais pas si c’est cette nouvelle ou le contact avec sa peau qui me chamboule à ce point. 


 


— Comment ça ? demande Ron.


— Ne le dites à personne, mais vous avez à votre table la nouvelle poursuiveuse de l’équipe.


— Ouah ! Bravo ! Mais comment tu as fait pour passer les sélections ?


— On l’a un peu aidé, dit Fred avec un clin d'œil. C’est notre secret. 


— On va jouer ensemble ! se réjouit Harry.


 


Son sourire sincère me fait plaisir, George me fait signe de le suivre, Dubois vient d’arriver. 


 


— Weasley… soupire t-il. Tu lui as déjà dit bien sûr.


— C’est quand le prochain entraînement ?


 


Il vérifie que personne peut nous entendre et s’approche.


 


— Semaine prochaine, dès lundi, on n’a pas de temps à perdre.


— Merci, dis-je.


— Je ne t’ai pas sélectionnée pour tes beaux yeux Lupin, répond-il. Gagne, c’est tout ce que je demande.


 


Le quidditch est tout pour lui, je n’en ai aucun doute. Ça tombe bien, moi aussi. Et je vais l’aider à la gagner cette coupe.


 


 


*****


 


 


Hermione arrive dans le dortoir visiblement contrariée. Elle se pose devant moi, les mains sur les hanches.


 


— Harry et Ron vont sortir du dortoir pour faire un duel.


 


Je fronce les sourcils. C’est ridicule, les duels sont interdits depuis longtemps, il me semble.


 


— C’est quoi un duel ? me demande t-elle.


 


Je lui explique dans les grandes lignes et cela accentue son agacement. 


 


— Ils sont toujours en colère contre ce Malefoy et ils vont surtout nous faire perdre des points de maison !


— Et une retenue, je complète. 


— Il faut qu’on les en empêche.


 


Ah…


 


— Je ne sais pas…


— Emy, ils vont se rejoindre à minuit dans la salle des trophées ! On devrait en parler à Percy, il est préfet et c’est le frère de Ron, il saurait le raisonner. 


 


J’aime bien Hermione, mais honnêtement ces conflits, je m’en moque un peu. S’ils veulent se battre dans le château la nuit, grand bien leur fasse et qu’ils cessent cette guéguerre…


 


— Ne fais pas ça Hermione. Ils sont grands, ils savent ce qu’ils font. 


 


Elle souffle et retourne sur son lit. J’enfile mon pyjama tout en la surveillant. Elle regarde régulièrement l’heure. Lavande et Parvati finissent par se coucher elles aussi, mais Hermione lit toujours, tout du moins, elle continue de faire semblant. Je lis un peu des techniques de quidditch, mais pareil, mon esprit vagabonde. Quand il est onze heures vingt, elle quitte son lit et tout en évitant soigneusement mon regard, elle sort de la chambre.


 


Je soupire.


 


Ferme mon livre.


 


Et la suis.

End Notes:

Hey,

Je sème de-ci, de-là des petites informations sur Emy et son passé. Oui, bien sûr, je suis un peu sadique de vous infliger cela sans répondre à vos questions, il va vous falloir un peu de patience…

Le prochain chapitre sera sur ce long jour de 1er novembre, Remus est interrogé par deux aurors. Le temps des révélations ? Oui, je me tente à faire un petit teasing hi hi, vous m’en direz des nouvelles ^^

Merci à MissArty pour sa relecture ♥︎

Et merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 6 (past) by Winter
Author's Notes:


image par Mathilda Khoo sur unsplash 

1er novembre 1981 


 


— Bonjour Mr Lupin, déclara le sorcier en montrant sa plaque d’auror. Je me présente, je suis Bill McLowe, j’étais membre de l’unité hydre pour l’opération Comète.


 


Cela expliquait qu’il ait une plaque. Remus baissa sa baguette et fixa l’autre sorcier qui avait un sac à la main.


 


— Waren Smith, auror au service du ministère de la magie, se présenta t-il. Nous pouvons entrer ?


 


D’autres sorciers, sûrement des aurors étaient, placés autour de la maison. Lyall se tourna vers Remus avant d’accepter. Celui-ci hocha la tête. Les deux aurors entrèrent pour rejoindre le salon où ils s’assirent.


 


— Je vous en prie Monsieur Lupin, asseyez-vous.


 


Il fit un signe de main en direction du canapé en face d’eux. 


 


— Nous vous présentons nos plus sincères condoléances. Nous avons conscience que c’est un temps difficile pour vous, cependant le bureau des aurors essaie de déterminer ce qui s’est produit dans cette nuit du 31 octobre, ce qui a conduit à la mort de quatre sorciers. Nous avons quelques questions à vous poser, y a t-il y moyen pour que vos parents gardent votre fille ?


 


Comme si elle comprenait, la petite resserra ses bras autour du cou de Remus.


 


— Elle reste, dit-il simplement.


 


L’auror hésita, échangea un regard avec son collègue, puis céda. D’un coup de baguette, des documents sortirent de la mallette qu’il avait avec lui. L’autre prit un calepin et se racla la gorge. 


 


— Désirez-vous quelque chose à boire ? proposa Espérance.


 


Elle avait besoin de s’occuper les mains.


 


— Un café peut-être ?


— Merci, c’est bien aimable à vous.


 


Elle partit en cuisine, tandis que Lyall restait debout, derrière le canapé. Il n’allait pas laisser son fils seul.


 


— Pourquoi êtes-vous ici ?


— Simple procédure. Nous voulons confirmer les faits. Votre fils n’est pas considéré comme suspect, mais reste un témoin important de ces tragiques événements. Nous devons confirmer certaines choses avec quelques questions.


— C’est tout ?


— Oui Monsieur Lupin.


 


Lyall hocha la tête alors que Smith se tournait vers Remus.


 


— Vous êtes bien Remus John Lupin, né le 10 mars 1960 ?


— Oui.


— Vous étiez bien marié à Lyra Irma Black née le 3 novembre 1959 ?


 


Il avait employé le passé. Remus ne manqua pas de le remarquer. Cela lui fit comme un coup de poignard et la boule de chagrin qui ne le quittait pas depuis la veille se logea un peu plus haut dans sa gorge.


 


— Oui.


 


Sa voix se cassa et il se racla la gorge.


 


— Oui, répéta t-il avec plus d’assurance.


— Vous faisiez partie tous les deux de l’Ordre du Phénix, ce groupe de résistance fondé par Albus Dumbledore ?


— Oui.


— Avec Lily et James Potter, ainsi que Peter Pettigrow et Sirius Black ?


— Oui.


— Vous vous connaissiez d’où ?


— De Poudlard. Nous étiez dans la même maison, la même année. 


— Depuis quand ? Depuis votre première année ?


— On peut dire ça oui.


— C’est à dire ?


— Nous sommes devenus très proches en sixième année environ. Avant, on s’entendait bien. Après Poudlard, on se voyait presque tous les jours.


— Donc une bonne bande d’amis, conclut Warren Smith.


— Oui…


 


Bill McLowe prenait des notes, relevant la tête de temps à autre vers Remus. Cependant Remus sentait qu’il évitait son regard. 


 


— Quels étaient vos plans hier ? Où étiez-vous ?


— J’étais en mission pour l’Ordre.


— Où ?


— C’est confidentiel.


- Mr Lupin, dit Smith visiblement contrarié qu’on lui tienne tête. La guerre est terminée, et nous enquêtons sur quatre meurtres, toutes les informations que vous retiendrez contre nous ne jouerons pas en votre faveur. Cela ralentira notre travail.


— Quatre meurtres dont ma femme et trois de mes meilleurs amis, répliqua Remus. Je ne risque pas de l’oublier et ma réponse reste la même, c’est confidentiel et n’aidera en rien votre enquête.


 


Ce fut le moment où Espérance revint avec des cafés. Les aurors la remercièrent, mais ne touchèrent pas à leur tasse, ils étaient trop préoccupés contre cet interrogatoire.


 


- Suite à cette mission confidentielle, reprit McLowe calmement, vous deviez faire quoi ?


— Aller chez Lily et James.


— Où votre femme était ? C’était prévu ?


— Oui.


 


L’auror s’apprêtait à poser une autre question, mais Remus lui fit signe d’attendre un peu, ça faisait beaucoup d’un coup. Emy n’avait pas bougé, elle était toujours dans ses bras, et sa présence lui faisait du bien. Sa fille était en vie. Tout ce qu’il ferait à partir d’aujourd’hui, il le ferait pour elle. Il ne pouvait pas flancher. Elle n’avait plus que lui. Et il était un putain de Gryffondor. 


 


— Vous dites que vous faisiez partie de l’opération Comète… commença t-il en se tournant vers McLowe.


— C’est exact.


— Il y avait deux opérations prévues. Celle dont vous étiez au courant. Et une autre. Elle visait à évacuer James et Lily ainsi qu’Harry. Leur faire quitter le pays pour les mettre en lieu sûr le temps de… De finir cette guerre.


 


Smith quitta son air renfrogné pour dévisager Remus.


 


— Qui était au courant ?


— Dumbledore, Sirius, Lyra et moi.


— Votre femme était à la tête de l’organisation de l’opération Comète, vérifia McLowe.


— Oui.


— C’était planifié depuis le départ d’évacuer ces trois civils ?


— Non. C’est venu il y a un mois à peu près. On en a parlé à Dumbledore et il était d’accord. C’était plus que secret.


— Black était au courant ?


— Oui.


 


Il nota.


 


— Donc vous deviez rejoindre votre femme chez les Potter.


— Oui. Nous devions leur laisser Emy. Nous voulions qu’ils l’emmènent avec eux. Pour la mettre en lieu sûr.


 


McLowe hocha la tête.


 


— Black était au courant de ça aussi ?


— Oui.


— Pourquoi était-il dans la confidence ?


 


La question parut stupide pour Remus.


 


— C’est évident, non ?


 


Les deux aurors avaient un visage impassible.


 


— C’est le frère jumeau de Lyra. Le meilleur ami de James, depuis toujours…


— Il devait aussi vous rejoindre hier soir ?


— Oui, et Peter aussi. Une dernière fois avant l’opération Comète.


— Sept personnes étaient au courant de la date de l’opération Comète. Dont votre femme. L’aurait-elle communiqué à Black ?


— Non.


— Vous semblez sûr de vous.


— Lyra menait cette opération où le secret de cette date pouvait signifier la victoire ou défaite. Elle ne lui avait rien dit.


— À vous non plus ?


— Non, répondit-il avec cette même assurance. 


 


L’auror prit une page de note et prit un peu de temps avant de poser de nouvelles questions. Durant ce temps, Remus avait envie de demander si les révélations de ses parents étaient vraies. Si Peter était mort lui aussi. Si Sirius l’avait tué. C’était fou. Impossible même. 


 


Cependant, le faire maintenant… Non. Trop tôt. Il devait mieux comprendre la situation avant, les laisser poser leurs questions. Comprendre la situation, analyser, puis il verrait ce qu’il ferait. 


 


Honnêtement, c’était aussi parce qu’il n’était pas prêt à connaître la vérité. Il était conscient qu’il se voilait la face. Qu’il devrait bientôt affronter les faits.


 


Juste gagner un peu de temps…


 


— L’adresse des Potter était secrète. Albus Dumbledore, que nous avons interrogé plus tôt, nous a confié que cette adresse était protégée par un gardien du secret. Qui était-ce ?


— Il a dû vous le dire. Il savait qui c’était.


- Nous aimerions vous l’entendre dire s’il vous plaît. 


 


Remus soupira.


 


— Sirius. Sirius était le gardien.


— C’est donc lui qui vous a donné l’indication pour que vous puissiez vous y rendre.


— Non, je le savais avant. On le savait avant. 


— Qui « on » ?


— Lyra, Peter et moi.


 


Nouveau griffonnage sur le calepin.


 


— Je sais ce que vous pensez.


 


McLowe et Smith levèrent la tête.


 


— Que pensons-nous ?


— Sirius n’aurait jamais pu faire ça.


— Il a tué votre ami… Peter… Peter Pettigrow. Devant des moldus, une dizaine d’entre eux et des témoins sorciers. Or, il était le gardien du secret. Expliquez-moi comment Vous-Savez-Qui aurait pu connaître l’adresse des Potter sans l’aide de Black ?


 


Remus fusilla Smith du regard.


 


— Vous ne savez pas de quoi vous parlez.


— Éclairez-nous Monsieur Lupin dans ce cas ! Black était le gardien du secret. Vous n’êtes pas sans savoir qu’on ne peut pas déroger à un tel sortilège.


— Je sais, répliqua Remus acide. Sauf que Sirius n’aurait jamais pu trahir James et Lily.


— Il venait d’une famille de Sang-Pur qui compte plusieurs partisans de Vous-Savez-Qui.


— Lyra aussi. Cela ne l’empêchait pas de se battre. C’était son passé.


 


Cela coupa le clapet à Smith. McLowe le fusilla du regard. S’énerver avec une personne qui venait de vivre un tel drame n’était clairement pas professionnel, et ce, malgré la pression donnée par le Ministère pour régler cette affaire au plus vite.


 


— Sirius et Lyra sont partis de chez leurs parents en réfutant leur idéologie par la même occasion à seize ans. Sirius… Non… Il n’aurait jamais pu faire ça. Je l’ai vu hier. Il avait Emy avec lui… C’était le parrain d’Harry. C’est impossible qu’il ait trahi James et Lily.


— Mr Lupin, nous voulons bien vous croire, mais nous avons une dizaine de témoins oculaires qui affirment avoir vu Black menacer Pettigrow, le pourchasser puis le tuer.


— Ce n’est pas possible, répéta Remus en secouant la tête.


— Peut-être est-ce le moment de s’arrêter là… commença Lyall.


— Comment ? coupa Remus.


 


McLowe et Smith échangèrent un regard.


 


— Comment quoi ?


— Comment l’a t-il… tué ?


— Peter Pettigrow ?


 


Parler était impossible tant il avait la gorge nouée. Remus hocha simplement de la tête. 


 


— Un sort informulé si puissant que cela a tout détruit.


 


Il fronça les sourcils, passa une main sur son visage. Non… Il ne comprenait pas.


 


—On a retrouvé qu’un doigt. 


 


Les larmes se remirent à couler. Remus les essuya d’un geste rageur. Sa fille bougea un peu dans ses bras et il s’efforça de se calmer.


 


— Et Lyra ? James et Lily… Comment ?


 


Nouveau échange de regard entre les aurors.


 


— Remus, tu veux que je prenne Emy ? proposa Espérance.


 


Elle avait raison. Sa fille n’avait pas besoin d’entendre tout cela. Il la porta vers les bras de sa mère et immédiatement Emy se mit à pleurer, s’agrippant à Remus. Il la reprit contre lui. Elle resterait.


 


— Comment ça s’est passé pour eux ?


— Black aurait vendu la mèche de l’adresse des Potter. Vous-Savez-Qui serait venu, aurait tué d’abord James Potter, un avada kadevra. Il n’a pas souffert, ce fut rapide, il n’avait pas sa baguette avec lui.


— Putain… murmura t-il pour lui même.


— Votre femme et Lily Potter étaient à l’étage avec votre fille et Harry Potter. Vous êtes sûr de vouloir savoir la suite ?


 


Oui.


 


— Lyra était dans l’escalier…


— On pense qu’elle a indiqué à Lily Potter de prendre la fuite. Cependant, celle-ci n’avait pas sa baguette avec elle non plus. Votre femme aurait tenté de repousser Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Elle s’est battue avec courage et honneur. Elle est décédée en héros.


 


Ce que ça pouvait lui foutre… Elle était morte.


 


— Puis il aurait tué Lily Potter, un avada également, comme son mari. La suite est flou, nous essayons encore de comprendre. Le sort de mort destiné à Harry Potter n’a pas eu l’effet escompté. Peut-être s’est-il retourné. On ne sait pas. Mais cela a détruit le mage noir, et Harry Potter est toujours en vie.


— Il a survécu à un avada kadevra ?


— Oui. Aussi fou que cela puisse paraître, ce bébé a vaincu le plus grand mage noir de tous les temps.


 


Oui, c’était fou.


 


— Black aurait été le premier sur les lieux du crime. Puis nous sommes arrivés, presque tout le bureau des aurors était de service, c’était une nuit chargée. Dumbledore était là aussi quand Pettigrow est arrivé et que Black l’a poursuivi. 


— Où est Sirius ?


 


Silence. Remus s’agaça, la Bête devenait difficile à maitriser.


 


— Où est-il ? Je veux le voir.


— Monsieur Lupin, dit McLowe qui prenait à nouveau le relai. Ce que vous vivez est terrible et nous comprenons votre peine. Cependant, vous devez comprendre que votre ami est le traître qui a entraîné la mort de trois sorciers, puis provoqué la mort d’un autre. En qualité de victime, vous ne pouvez pas lui rendre visite.


— Il n’aurait jamais pu faire ça à Lyra. Il savait qu’elle y était avec Emy. Jamais il n’aurait pu…


— C’était le gardien du secret, vous l’avez dit vous-même.


— Il y a forcément une explication.


 


Re-silence.


 


— Je veux le voir. 


— Je crains, que cela ne soit pas possible Monsieur Lupin.


— Il a le droit aux visites. Tant que son procès ne se sera pas déroulé, il est présumé innocent. Je veux le voir. Je veux comprendre. 


— Il n’y aura pas de procès. 


 


Remus se leva rageusement. Emy commença à pleurer dans ses bras, il tenta de la bercer, mais c’était peine perdue. Cette nouvelle était la goutte de trop, il commençait à être franchement énervé.


 


— Comment ça, pas de procès ?


 


McLowe détourna le regard.


 


— Putain, mais vous n’avez pas le droit de faire ça ! Tout sorcier, quelque soit la nature des crimes qu’il a commis, a le droit à un procès !


— On parle du meurtrier de votre femme, répliqua Smith comme si cela lui ferait changer d’avis. Le Magenmagot veut régler cette affaire au plus vite, comme nous tous. Cette guerre a assez duré, il est temps d’en finir. De toute manière, il est coupable. Qu’il aille à Azkaban aujourd’hui ou dans une semaine ne changera rien. Les citoyens ont le droit de pouvoir dormir en paix ce soir.


 


Les larmes coulaient sur les joues de Remus sans qu’il prenne la peine de les essuyer. C’était n’importe quoi. Il était dépassé. Toutes ses forces l'avaient quitté, protester était impossible. Il voulait se réveiller de ce mauvais rêve. 


 


— Il est incarcéré dans les cellules provisoires du bureau des aurors. Son transfert devrait se faire dans la journée, finit par dire McLowe.


— Je veux le voir. Laissez-moi le voir. S’il vous plaît…


 


Smith était déjà debout prêt à partir. Il regarda McLowe qui visiblement hésitait. 


 


— D’accord.


 


Smith soupira, mais ne contesta pas.


 

End Notes:

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 7 by Winter
Author's Notes:

ϟ. Arcade Fire - My Body Is A Cage

Certains dialogues sont tirés du tome 1, Harry Potter à l'école des sorciers par J.K. Rowling.

— J'espère que vous êtes contents de vous. On aurait pu se faire tuer, ou pire, être renvoyés. Et maintenant, si ça ne vous dérange pas, je vais me coucher. 


 


J’éclate de rire sous le regard stupéfait de Ron. Décidément, je l’aime bien cette Hermione. Alors qu’elle part et que Neville rejoint lui aussi son dortoir, je me tourne vers Harry.


 


— Il était sur une trappe. Tu penses à la même chose que moi ?


— Le paquet de la chambre forte numéro 713, c’est forcément là qu’il est, finit-il avec un sourire.


 


Absolument. 


 


— Donc ce serait pour cela qu’on n’a pas le droit d’aller dans ce couloir ? en déduit Ron. Parce que ce chien garde le colis ?


— Ce doit être quelque chose de très important pour mettre une telle créature dans un lieu rempli d’élèves.


 


Je hoche la tête.


 


— Oui, mais quoi ?


 


Les deux garçons n’en savent pas plus que moi.


 


— Au moins, on a évité une retenue !


 


On pouffe de rire. La nuit va être courte après ces péripéties. 


 


Le lendemain, Drago me regarde suspicieusement ainsi que Harry et Ron. Nous avons le même air fatigué, mais son petit piège n’a pas fonctionné. Venant de sa part, je ne suis pas surprise, je ne comprends juste pas sa haine contre Harry. Parce qu’il lui tient tête ? C’est sûr que ça doit le changer du Manoir où tout le monde se plie en quatre pour lui. 


 


Je mange de plus en plus avec Ron et Harry. Nous réfléchissons à ce que peut contenir ce paquet en papier kraft. Hermione refuse de leur parler, et je ne veux pas la laisser seule, alors je mange aussi souvent avec elle. Plus j’apprends à la connaitre, plus je l’apprécie. On se ressemble beaucoup. Elle a ses propres obsessions, et moi les miennes. Je lui ai dit pour ma sélection dans l’équipe de quidditch. Elle était ravie pour moi et viendra me voir pour le premier match. 


 


J’ai tellement hâte.


 


— Comment as-tu appris que tu étais une sorcière ?


— Je savais que des choses n’étaient pas normales. Une fois, j’étais au cabinet de mes parents en attendant qu’ils finissent avec leurs patients, et je ne savais pas utiliser le chauffage. C’était l’hiver, tard le soir, j’avais froid, et par magie, mais ça, je l’ai su après, la chaleur est arrivée. Quand ils sont venus me chercher, le chauffage était toujours éteint !


 


Je rigole avec elle.


 


— C’est le professeur McGonagall qui est venue me l’annoncer. Elle était très attentionnée auprès de mes parents. Elle leur a expliqué ce que cela voulait dire, ce qu’était Poudlard…


— Tu avais des doutes sur… Comment dire… Je veux dire, tu as une femme inconnue qui te dit que tu es une sorcière et que tu vas étudier sept ans dans un internat. Il y a bien un moment où tes parents remettent sa parole en doute. 


— Mmmh… Oui et non.


 


Les élèves arrivent de plus en plus autour de nous. Nous ne devrions plus tarder à aller en cours de botanique. 


 


— En fait, je crois que c’était autant une évidence pour eux que pour moi.


— Ok, oui, je comprends. Ça fait sens.


— Et toi ?


 


Elle risque un regard vers moi. Jusque là, je ne réponds jamais à ses questions sur moi. Ou alors je reste très évasive. Elle sait le strict minimum et ça me convient comme ça.


 


— Je l’ai toujours su.


 


Elle n’insiste pas plus et ça me va très bien. Professeur Chourave arrive et nous nous mettons en place. Harry vient vers moi, l’air excité.


 


— Regarde.


 


Il me tend un parchemin que je survole rapidement. Un Nimbus 2000 ? Par Merlin… Une pointe de jalousie perce mon coeur mais je m’efforce de sourire. 


 


— Génial. Il est où ?


— Dans mon dortoir.


— Je pourrais venir le voir ? C’est le meilleur balai sur le marché !


— Tu vois ! Je te l’avais dit ! s’exclame Ron.


– Je ne l’ai pas encore déballé, je le ferai ce soir, juste avant l'entraînement. 


— Alors, j'imagine que tu prends ça comme une récompense pour avoir violé le règlement ?


 


Hermione les fusille du regard. 


 


— Je croyais que tu ne nous parlais plus ?


— Oui, tu devrais continuer, dit Ron, ça nous fait beaucoup de bien.


 


Elle les fusille à nouveau du regard et part chercher, je ne sais quoi pour le cours.


 


— Arrêtez, elle est cool…


 


Ils ne répondent pas et partent vers leur bureau. C’est impossible de se concentrer, je pense trop à l'entraînement de ce soir et au fait que McGonagall ait acheté un balai pour Harry. Je ne peux que me demander pourquoi pas moi ?


 


Je devine la raison derrière ça, je la comprends même, mais c’est si dur de ne pas être plus agacée.


 


Harry a été sélectionné parce qu’il n’y avait personne pour ce poste. Moi, il y avait d’autres candidats à mon poste. Moins bons d’après Dubois, mais il n’empêche qu’il me fait une faveur de m’accepter dans l’équipe. Je devrais le voir sous cet angle. J’ai déjà de la chance de pouvoir être poursuiveuse. J’achèterai un beau balai plus tard, ceux de l’école feront parfaitement l’affaire en attendant.


 


Les cours de la journée passent lentement. Hermione est agacée par le comportement des garçons, mais tente de le cacher. Cependant, elle reste silencieuse et cela me convient très bien, cela me permet de rester dans mes pensées remplies de quidditch. J’ai si hâte de voler.


 


Plus tard, quand Harry déballe son paquet, je dois dire que je suis bouche bée. Son balai est magnifique. Le bois est poli à la perfection et les brindilles sont ajustées magnifiquement pour permettre de voler avec un minimum d’accros dans l’air. C’est du grand art. 


 


Avant l'entraînement, Harry et moi devons rejoindre Dubois au vestiaire, nous partons rapidement tellement nous avons hâte de commencer à jouer.


 


— Je… Je suis désolé que tu n’en aies pas, me dit-il sur le chemin.


 


Je ne sais pas quoi répondre à cela. Ce n’est pas de sa faute, et puis, lui, moi, ce n’est pas pareil.


 


— Je suis très contente pour toi.


— Merci… 


 


On continue d’aller vers les vestiaires un peu en silence avant qu’il ne reprenne. 


 


— Je n’ai jamais rien eu d’aussi beau.


 


Oh Merlin… Il n’aurait jamais dû vivre chez son oncle et sa tante. Le Ministère… Bref, quand je repense à tout ça, je suis toujours un peu en colère. Et la pleine lune approche, ça n’aide pas.


 


— Potter, Lupin, bienvenue.


 


Dubois est déjà là. Devant des casiers, une pile de vêtements nous attend.


 


— Ça, ce sont des vêtements d'entraînement. Et ça, l’uniforme pour les compétitions. Vous avez des douches au fond du vestiaire et ces casiers pour mettre vos affaires personnelles sous verrou. Ne tentez pas un sortilège dessus, ils sont protégés. Des questions ?


 


On secoue la tête.


 


— Ok. Emy viens avec moi, tu vas choisir ton balai parmi ceux de l’école. Tu pourras en acheter un en temps voulu si tu le souhaites ou prendre ceux de l’école. Tu verras bien. Potter, tu peux te changer et aller sur le terrain. Les autres ne devraient plus tarder.


 


Dubois m’emmène vers une pièce à l’écart où des balais sont entreposés. Franchement, je m’attendais à pire. Certains sont dans un état plus que convenable. Il y a des Comète, des Brossdur, et même une Étoile Filante. Dubois surprend mon regard. 


 


— Moi aussi, je prendrais ça. Ils ne sont pas les plus faciles à manier, mais une fois qu’on s’y fait, ils peuvent être de sacrés bons balais. 


 


Cela confirme mon choix, je me décide pour l’Étoile Filante. On repart alors vers le vestiaire pour se changer. Les autres sont là et me saluent chaleureusement. 


 


— C’est vrai que Potter a un Nimbus 2000 ?


 


J’hoche la tête en attachant mes cheveux en queue de cheval. L’uniforme d’entraînement est pratique, un gros sweat aux couleurs de la maison, un pantalon confortable blanc cassé et des bottes en cuir montante marron. Le sweat a même mon nom écrit en gros dessus. Ça me fait tout drôle.


 


LUPIN


 


On sort pour rejoindre le terrain, j’ai tellement hâte, l’excitation s’empare de moi et il faut que je me concentre pour ne pas laisser la Bête prendre le dessus. 


 


— Merlin… Il est vraiment bon !


 


Je lève la tête et je dois dire que je suis d’accord avec Dubois. Harry vole dans les airs comme si la gravité n'avait pas d’emprise sur lui.


 


— Cette année avec une équipe pareille… reprend-il.


 


Il me jette un coup d’oeil.


 


— Bon, on verra bien. Hé, Potter ! Redescends ! Je vais lui expliquer les règles et faire un peu d’entraînement avec lui pour le voir voler. Vous autres, vous commencez de simples entraînements de passes. Les Weasley avec les poursuiveuses. 


 


On se met en place, et vite, j’oublie Harry un peu plus bas, resté avec Dubois. Au-delà du sport, je crois que je me rends compte de ce que cela veut dire être avec des gens, une équipe. Je n’irai pas jusqu’à dire  des amis, mais je sens qu’on se soutient. Que notre objectif commun de jouer et gagner nous réunit. Et c’est formidable comme sentiment. 


 


Je me concentre sur le souafle, mais je commence à comprendre ce qui a fait la légende des Étoiles Filantes. Mon balai m’obéit, mais il a… Comment dire. Une sorte de libre arbitre parfois. Je dois m’habituer à ne pas faire ce que je veux et devoir faire des compromis. Ça me change, j’avais l’habitude de ne pas me poser de questions, sauf que les balais sont des objets magiques, au même titre que les baguettes. 


 


Quand la nuit commence à tomber, Dubois nous rappelle et on vole vers lui. L’épuisement ne prend pas le pas face à la joie de découvrir tant de nouvelles choses. Comme nous, il a un sourire radieux sur le visage. 


 


— Cette année, la coupe de Quidditch sera gravée au nom des Gryffondor. 


 


Je souris à Harry qui a un poil de pression sur lui. Après avoir posé nos affaires au vestiaire, on rentre au château côte à côte en échangeant nos premières impressions.


 


— Ils sont accueillants et gentils, mais on sent que l’on doit faire nos preuves.


— Oui, je trouve aussi. Ce n’est pas dérangeant, je comprends, leur choix de prendre des premières années est très critiqué. Dubois a tout le monde qui le regarde.


— C’est génial qu’il t’ait aussi sélectionnée ! Tu ne m’avais pas dit avec qui tu jouais au quidditch. 


 


Je baisse la tête un peu gênée.


 


— Tu ne dis pas grand chose de toi de manière générale.


 


Il me sourit, cela me rassure un peu. J’aime bien Harry, j’aimerais vraiment pouvoir lui parler, lui en dire un peu plus sur moi, ce qui nous rapproche. Mais j’ai peur, et…


 


Et c’est trop.


 


Trop de souvenirs, de mauvais souvenirs et c’est au-delà de mes forces. 


 


Peut-être qu’un jour, j’arriverai à lui parler. Mais ce jour n’est pas aujourd’hui, j’ai besoin de temps.


 


— Ce n’est pas grave, reprend Harry. On est amis, qu’importe ton passé.


 


Maintenant, c’est ma gorge nouée qui m’empêche de répondre. Il me sourit, ça me rassure. J’ai le temps. 


 


 


*****


 


 


Mon cœur bat la chamade quand Madame Pomfresh reprend le verre de potion et m’enferme d’un puissant sortilège. Cette nuit est un test, je le sais. Je pourrais m’épargner d’aller à la Cabane Hurlante, de louper des cours et de compromettre mon secret si je parviens à garder le contrôle. Je dois juste ne pas devenir une bête sanguinaire.


 


Rien que ça.


 


« — Pourquoi je suis comme ça ?


— Comme ça comment ?


 


Un sourire de l’enfant et il avait compris.


 


— Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions : celle du poète et celle du savant. Laquelle veux-tu en premier ?


— Celle du poète.


— Nous avons tous un animal en nous que nous devons apprendre à connaître et parfois avec lequel vivre. En toi, il y a un loup.


— Et celle du savant ?


— Ta maman avait une panthère en elle. Moi, un loup. On a donc eu un bébé loup.


 


Nouveau sourire de l’enfant. 


 


Enfant-loup, presque apprivoisée. 


 


Presque. »


 


Une fenêtre haute me laisse apercevoir le ciel, c’est sur ça que je me focalise. La nuit tombe petit à petit. C’est nuageux ce soir, mais cela ne m’empêche pas de voir la lune, bien ronde, bien pleine me narguer depuis les cieux.


 


Mon corps brûle. Je crispe mes mains sur le sol, mes ongles raclent la pierre, tout, tout pour me raccrocher à la réalité. 


 


Douleur.


 


Je ne veux pas qu’on découvre mon secret, je veux apprendre, fuir mon passé, ne plus retourner à l’orphelinat, être amie avec Hermione, Harry, Ron, jouer au quidditch avec les jumeaux, revoir mon père…


 


Douleur.


 


George. Ses tâches de rousseur, ses yeux marrons, ses cheveux roux aussi fous que lui. Avec certaines personnes, quand on les rencontre, sans raison, une connexion s’établit. Comme si on se connaissait déjà ou plutôt qu’on n’avait pas besoin d’apprendre à se connaître. Lui et moi ?


 


Douleur. Ou pas. Elle n’existe plus.


 


Le loup se bat. Moi plus. 


 


On ne fait qu’un.


 


Ce soir, je serai moi.


 


La lune tout haut dans le ciel ne rigole plus.


 


Et moi, je suis libre.


 


 


*****


 


 


Les regards posés sur moi ne me dérangent pas. Je suis sur mon petit nuage, j’ai vaincu la bête, la lune. Elles n’ont pas fait le poids. C’est supposé être impossible, mais c’est pourtant ce qu’il s’est passé. Je sais que les connaissances sur les loups-garous sont rares, ce qui s’est passé n’a pas d’explications, quelque chose nous échappe tous, cela ne fait aucun doute.


 


— Bien, merci Emy, si tu te sens capable de garder le contrôle, tu peux dès maintenant rejoindre tes camarades, me dit Dumbledore.


 


Ouf, j’avais peur de devoir tout lui répéter à nouveau. Et honnêtement, je ne comprends pas plus que lui ce qui m’est arrivé, je veux juste retourner à une vie « normale ».


 


— Nous procéderons alors de la même manière le mois prochain, dit Rogue.


— D’accord.


 


Ils me regardent partir et je sais qu’une fois que la porte s’est refermée derrière moi, leur conversation va durer un bout de temps.


 


Une potion tue-loup qui entraîne une non-transformation ?


 


C’était du jamais vu. 


 


La pleine lune qui suit est exactement pareille. Je ne me transforme pas. Je ne dis pas que c’est simple, mais je parviens à rester suffisamment maître de moi pour ne pas laisser la pleine lune décider pour moi.


 


Je ne deviens pas loup, je reste Emy. 


 


Hagrid est très heureux pour moi quand il apprend la nouvelle. On fête ça avec un fabuleux fromage français et du bon pain frais du jour. Il me laisse même tremper mes lèvres dans de l’hydromel. C’est sucré et un peu fort, en me voyant tousser, il sourit. 


 


— C’est tout pour ce soir Miss. 


— Je ne suis pas sûre d’aimer. Un bon jus de pomme, c’est tout aussi bien, non ?


— Absolument ! se réjouit-il.


 


Il me ramène une bouteille en verre et me sert un verre.


 


— 100% artisanal, une pure merveille.


— Merci.


 


C’est exquis. Et cela se voit sur mon visage, Hagrid s’en félicite et me tend des biscuits que je refuse poliment. Je tiens à mes dents.


 


— Hagrid…


— Oui ?


— Vous pensez qu’un jour je pourrai vivre normalement sans me soucier de la lune ?


— Tu ne devrais pas brûler les étapes, Emy. Pour l’instant, tu arrives peut-être à tenir une nuit, mais cela te demande de grands efforts. Ne l’oublie pas. Si tu as réussi une nuit, tout porte à croire que tu parviendras à tenir les suivantes. Mais…


— Mais je ne devrais pas me réjouir trop vite, finis-je.


 


Je le sais tout ça. Sauf que quand je me permets à iimaginer cette totale liberté, j’en ai le tournis tellement c’est beau…


 


— Vous allez prévenir mon père ?


 


Ma voix n’est qu’un murmure, mais Hagrid m’a bien entendue.


 


— Il était déjà au courant quand je lui en ai parlé.


— Vous l’avez vu ?


 


Il hoche la tête, mais ne me donne pas plus de détails. Je sais qu’un village sorcier n’est pas loin de l’école. Et s’il y était ? Et si mon père n’était qu’à quelques mètres de moi sans que je le sache ?


 


— Le professeur Dumbledore lui avait déjà parlé. Ce que tu as fait nous intrigue beaucoup. Il cherche à comprendre, et je ne doute pas qu’il en sache plus que nous tous. Il est comme ça, le professeur Dumbledore, il comprend vite, ne t’en fais pas, une fois qu’il sera sûr de lui, il t’expliquera tout.


— Il a parlé à mon père ?


— Oui.


 


Il hésite, il voit que cette nouvelle me trouble, mais il y a autre chose.


 


— Quand j’ai vu Remus, il m’a donné ceci pour toi.


 


Un nouveau paquet ! Je m’en empare avec une infime précaution, c’est un cadeau inestimable à mes yeux. Je l’ouvre délicatement et découvre un livre. Toutes les pages sont remplies de petites notes, c’est comme si je lisais avec lui. Des larmes me bloquent la gorge que je repousse d’une profonde expiration.


 


— Merci Hagrid.


— Y’a pas de quoi, petite. Je lui ai dit que s’il avait d’autres choses à me faire passer, je pouvais tenter de te les faire parvenir. Des livres, c’est plus facile, plus innocent, le ministère ne pourrait pas soupçonner que…


 


Que mon père garde le contact malgré l’interdiction.


 


Quand je retourne au château ce jour-là, je me blottis dans un fauteuil de la salle commune et commence ma lecture, coupée du monde. Il fait de plus en plus tard, et les gens désertent pour rejoindre leur lit, me laissant seule avec les mots de mon père.


 


— Qu’est-ce qui se passe ?


 


George se tient devant moi, il s’assoit sur un fauteuil qu’il rapproche de moi et me fixe de ses yeux marrons qui me perturbent tant. 


 


— Comment ça ?


— Tu es… différente. 


 


Je ne dis rien et referme mon livre contre moi.


 


— C’est du français ?


 


Je hoche la tête. Il regarde la salle qui est déserte, puis porte à nouveau son regard sur moi qui n’a toujours pas bougé. Il finit par se lever, son visage s’est fermé.


 


— Pardon, je ne voulais pas te déranger. Excuse-moi. Bonne nuit.


— Non, reste.


 


Il suspend son geste, il est surpris, cependant il finit par se retourner sur son fauteuil.


 


— Je parle français, et un peu le russe, dis-je en lui tendant le livre.


— Ouah… fait-il en le feuilletant. Impressionnant. 


— J’ai vécu là-bas, j’ai appris, petite.


 


Un sourire amusé se dessine sur les lèvres. Mon cœur s’emballe et je me détourne vers le feu pour ne pas que  la bête ne vienne tout détruire.


 


— Pourquoi tu m’as dit que j’étais différente ?


— Oh heu… Je ne sais pas comment dire… Tu sembles changée. Plus confiante en toi peut-être ou alors plus épanouie.


 


Il s’interrompt et j’ose à nouveau porter mes yeux sur lui.


 


- Et tu es magnifique… souffle t-il.


 


Inspire. Expire.


 


— Tu as des secrets et un passé compliqué. Un jour, tu devras apprendre à faire d’autres choix, et j’espère que tu auras confiance en moi. Parce que je serai toujours là, toujours.


 


Il ne me connaît pas. Pourtant, je vois qu’il est très sérieux. Je ne sais pas pourquoi, mais George c’est… Dès que je l’ai vu, je l’ai su, je l’ai senti. Je lui fais confiance. Au point que je serai prête à tout lui dire, je sais qu’il ne dira rien. 


 


Alors je me fais une promesse, que quand je serai prête, je lui raconterai mon histoire. Il hoche la tête comme s’il le savait. Pas besoin de mots.


 


— Je n’ai jamais voulu être définie par mes parents. Mais la vie a été dure avec moi et maintenant, j’essaie de me définir sans prendre en compte mon passé. Cependant la personne qui a vécu ce que j’ai vécu, c’était moi. Si je ne me définis pas par mes parents ou mon passé, comment je sais qui je suis ? Avec quoi ?


 


Ma voix s’est mise à trembler, mais je n’ai pas peur. George est là. Il me sourit, je tends la main, il s’en saisit. On reste un instant comme cela, puis il me souhaite bonne nuit. 


 


Je suis apaisée. Je l’ai retrouvé.


 


 


*****


 


 


Halloween.


 


Sentiment mitigé qui me donne en même temps envie de m’enfuir, et aussi profiter de la magie de Poudlard avec  insouciance. 


 


Harry ne semble pas savoir ce que ce jour signifie. Normal si personne ne lui a dit, et je ne vais pas être celle qui le lui rappellera. Malgré mes efforts, je reste un peu dans mon coin, laissant Hermione de côté. 


 


La journée de cours me semble interminable. Je broie du noir et comme si ce n’était pas assez, Ron et Hermione se disputent encore. Ils ne parviennent pas à communiquer, ils sont tous les deux butés dans leur vérité. 


 


Un mal de tête monte et je finis par lever la main.


 


— Oui ?


— J’ai mal à la tête professeur. Je peux aller voir Mme Pomfresh ?


 


Professeur Flitwick hoche la tête. Je glisse de ma chaise, prends mes affaires rapidement et sors de cours. Je me dirige vers les toilettes, le lieu le plus proche qui permet de s’enfermer sans qu’on vienne te déranger. Un jour, il faudrait que j’explore d’autres endroits pour me trouver des cachettes plus chaleureuses, en attendant ça fait l’affaire. 


 


Je m’enferme dans la cabine du fond, me laisse tomber au sol et ferme les yeux un instant. Il fait froid avec le carrelage tout autour, mais ça ne me dérange pas. Je sors de mon sac un vieux journal. C’est l’édition spéciale de la Gazette du Sorcier du 1 novembre 1981. 


 


LA FIN DE LA GUERRE


VOUS-SAVEZ-QUI DÉFAIT


 


Beaucoup de livres parlent de la première guerre. J’en ai feuilleté une bonne partie, mais peu me paraissent relater la vraie histoire. Ils sont très… comment dire. Très lisses. Tout le monde a résisté, tout le monde a soutenu tout le monde sauf bien sûr les Mangemorts condamnés.


 


Le mythe de la résistance n’est pas un fait seulement appliqué à la guerre sorcière anglaise. En France par exemple, après la seconde guerre mondiale, il y a eu ce mouvement de « tout le monde a résisté ». La vérité était tout autre. Au-delà de collaborer, certains sont juste restés passifs. 


 


Bref, les livres qui parlent de cette nuit-là, évoquent comment Voldemort a été anéanti ? Porté disparu ? Combattu ? Par Harry. Ils évoquent un peu James, Lily, et ma mère, mais seulement sous le nom de « Lyra ». Jamais avec Black. Ce nom, porté par le traître qui a causé leur perte ne méritait pas d’être cité. On parle aussi de moi, du bébé qui était là, qui, par miracle, s’en est sorti.


 


Tout le monde dit que j’ai eu de la chance que Voldemort décide de ne pas me tuer en premier.


 


Je doute avoir la même vision si utopique de cette nuit là.


 


Vous-Savez-Qui, qui fait trembler notre nation avec ses Mangemorts depuis de longues années, a tenté hier soir de tuer une famille de résistants. James et Lily Potter, farouchement opposés à Vous-Savez-Qui depuis leur sortie de Poudlard, s’étaient réfugiés dans un cottage à Godric’s Hollow avec leur fils, Harry âgé d’un an. Le couple accueillait une amie, Lyra B. et sa fille, du même âge qu’Harry Potter.


 


En ce soir du 31 octobre, Vous-Savez-Qui s’est présenté et a abattu James Potter sans état d’âme. Il semblerait que la présence de Lyra B. ait troublé ses plans, elle s’est battue pour aider son amie et son fils à s’échapper. Cependant, la puissance de ce Mage Noir lui a été fatale. Il s’est donc ensuite dirigé pour tuer Lily Potter et enfin Harry Potter. 


 


LE PREMIER SURVIVANT À UN SORTILÈGE DE LA MORT


 


Ce sortilège impardonnable est connu de nous tous. Cependant, au lieu de donner la mort au jeune Harry Potter, tout juste âgé d’un an, le sort aurait rebondi et détruit celui qui se faisait appeler Seigneur des Ténèbres. Seule trace de cet affrontement ? Une cicatrice en forme d’éclair sur le front de l’enfant.


 


LA FIN DE LA GUERRE


 


Réjouissez-vous, la guerre est finie. Ce jour est à marquer en commémoration de ceux qui ont perdu la vie pour nous offrir cette liberté. Mais nous devons aussi penser aux vivants, alors respirez à nouveau la guerre est finie.


 


La liberté est de retour.


 


Une photo de la maison à moitié détruite illustre l’article. Le temps a passé depuis, je suis à Poudlard pour ma première année bien différente, de ce que mes parents avaient dû imaginer pour moi…


 


La vie a continué son cours, je suis dans l’équipe de quidditch, j’ai quelques amis, sais qu’il faut éviter les toilettes de Mimi Geignarde, ne pas écouter les bêtises de Peeves, que pour aller dans les cuisines, il faut chatouiller la poire… Bref, tout est si différent de ce que le scénario original aurait pu être, et à la fois, tout est si normal…


 


J’interromps mes pensées en entendant des bruits de pas. Puis une personne tente d’ouvrir la porte.


 


— Il y a quelqu’un ? 


— Visiblement.


— Emy ?


— Hermione ?


 


J’ouvre la porte et l’invite à entrer. Elle s’assoit au sol et se met à pleurer. Je me mets à côté d’elle et passe un bras autour de ses épaules. On reste un moment comme ça, même quand ses larmes s’arrêtent, on ne bouge pas, j’attends qu’elle soit prête pour en parler. Des élèves passent, mais Hermione s’en moque bien qu’elles l’entendent, les cours reprennent et le silence revient dans les toilettes.


 


— Je suis désolée…


— Tu n’as pas à t’excuser, dis-je. On a tous des hauts et des bas.


— C’est juste que… Je me sens si seule.


 


Je ne dis rien. Je suis avec elle parfois. Que parfois, et si je le pouvais, je ferais plus d’efforts, mais c’est trop… Trop.


 


— Désolée, tu es là, j’aime bien manger avec toi ou être à côté de toi, mais je vois que tu aimes beaucoup être seule aussi. Vraiment, beaucoup. Et moi… Pfff… J’en ai marre de ces personnes qui ne comprennent rien à rien.


— Ne t’excuse pas, je sais que je ne suis pas à la hauteur d’être ton amie.


— Quoi ? Non ! Ce n’est pas ce que je voulais dire !


 


Elle se dégage un peu et se tourne pour me faire face.


 


— Tu as beaucoup de secrets Emy, tu as aussi des cicatrices qui témoignent d’une  enfance que je devine compliquée puisque tu n’en parles jamais. Tu ne parles jamais de toi. Et je ne peux pas continuer à ne parler que de moi, tu comprends ?


 


Oui.


 


Je hoche la tête.


 


— Qu’est-ce qui s’est passé en cours de sortilège ?


 


Elle me jette un regard si explicite qu’il me fait doucement sourire. Oui, je change de sujet. 


 


Elle entame son récit, je dois lui donner raison, du peu que j’ai suivi ce cours, Ron s’y prenait mal pour faire voler sa plume. Puis elle me parle de son mal-être depuis le début d’année et une nouvelle fois, je sens une piqûre de culpabilité m’envahir. 


 


On oublie le temps, on parle de Poudlard, de tout cet univers qui s’offre à nous, de nos craintes, un peu, ce doit être l’heure du dîner maintenant, mais je suis bien avec Hermione. J’ai le sentiment d’avoir une amie.


 


— Et toi, tu faisais quoi ici ? Tu avais vraiment mal à la tête ?


— J’avais envie de calme, dis-je en haussant les épaules.


 


Elle remarque la brochure de journal que j’ai toujours dans la main.


 


— Tu l’as depuis tout à l’heure. C’est quoi ?


 


Je m’apprête à répondre une réponse plutôt vague, on peut être amies, je ne suis pas prête à tout lui dire, sauf qu’un bruit sourd nous fait sursauter. On échange un regard avec Hermione tout en se saisissant de la main de l’autre. Un autre bruit sourd retentit. On dirait des pas.


 


— On dirait des pas, murmure Hermione.


 


Je hoche la tête et m’empare de ma baguette avant de me relever doucement. Hermione en fait de même, et nous continuons de tenir nos mains. C’est à ce moment-là qu'une odeur envahit mes narines. Une odeur horrible, un mélange de vieilles chaussettes et de toilettes mal entretenues… On échange un nouveau regard avec Hermione.


 


Mais qu’est-ce qui se passe ?


 


On ouvre la porte et glissons nos têtes à l’extérieur, puis Hermione m’entraine vers le bout du couloir, allant vers la sortie. On pousse un cri en même temps en voyant le monstre.


 


Rectification : un troll.


 


Un troll de quatre mètres de haut est devant nous ! Hermione serre fort ma main et je suis incapable de réagir. En deux mois, je n’ai appris aucun sortilège pour combattre un troll ! J’ai lu des choses, mais de là à m’amuser en les formulant pour la première fois avec un troll… Non.


 


La porte au bout du couloir s’ouvre sur Ron et Harry. Leur présence ne me surprend pas, il y a bien un troll des cavernes devant moi…


 


On pourrait partir de l’autre côté pour se mettre à l’abri du troll, mais il n’y aucune issue. Et je ne vois rien dont on pourrait s’emparer pour l’assommer. Il a une massue ! Que suis-je censée faire contre une massue ? 


 


— Essaye de l'attirer ailleurs ! lance Harry à Ron.


 


Je raffermis ma prise sur la main d’Hermione, dès que le champ est libre, on court vers la sortie. Ron tente de lui jeter des choses, mais ce foutu troll est si costaud, que ça ne lui fait presque rien. Puis une ouverture, inespérée, se dessine devant nous. Je tire Hermione derrière moi, mais elle reste figée.


 


— Hermione, viens, on court !


 


Harry nous a rejoint et tente de m’aider à raisonner Hermione qui tremble violemment. Le troll commence à s’énerver contre Ron. Je me précipite contre une poubelle et la jette de toutes mes forces sur ses pieds. Tout le monde déteste se taper un orteil, pourquoi pas un troll ? Au même moment, Harry s’est jeté sur lui et sa baguette s’est plantée dans une narine du troll. La situation aurait pu être drôle si Hermione ne s’était pas effondrée au sol. Je me précipite vers elle et tente de la porter vers la sortie. Qui sait combien de temps Harry tiendra son rodéo ?


 


Je parviens à la soulever et marche vaillamment vers la porte.


 


— Ça va aller Hermione, reste avec moi. Hermione, tu es là ? Tu peux marcher ?


 


Elle tente de faire des pas, mais ses jambes ne semblent pas lui répondre.


 


— Wingardium Leviosa ! 


 


Je me retourne pour voir la massue s’envoler et s’abattre sur la tête du troll qui s’effondre avec un gros boom. J’échange un regard avec Ron qui est partagé tout comme moi entre le rire et les larmes.


 


— Il... il est mort ? 


— Je ne crois pas. Il doit être simplement assommé. Beuââârk ! De la morve de troll…


 


Cette fois-ci, c’est trop et lorsque je croise le regard de Ron, je pouffe de rire. Quand les professeurs arrivent et nous disputent, je m’en moque. Je crois que j’ai gagné des amis, et honnêtement, cet Halloween n’était pas si terrible.


 


 


 


« Il se crée des liens particuliers lorsqu'on fait ensemble certaines choses. Abattre un troll de quatre mètres de haut, par exemple. » 

End Notes:

Hey,

Emy est née loup-garou. Elle n’a donc pas commencé à se transformer lorsqu’elle était bébé, mais plutôt vers le début de la puberté, vers ses 10 ans. Elle est née comme ça et pour l’instant la potion tue-loup n’agit pas comme elle devrait (un loup-garou classique se transforme toujours en loup, mais reste sous une forme inoffensive). C’est un mystère qui s’élucidera plus tard, mais il me semblait important de vous expliquer mes idées concernants la lycanthropie dans le monde d’HP. Imaginer tout ce qui s’en rapproche me plaît toujours autant ! Passions loups ♡

Merci à MissArty pour sa relecture ♥︎

Et merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 8 (past) by Winter
Author's Notes:


image par Iz Zy sur unsplash

1er novembre 1981


 


Il n’arrivait pas à penser clairement. Ça allait vite, trop vite. Il apprenait tout d’un coup sans avoir le temps d’assimiler les informations. Lyra était morte, c’était une information à laquelle il se raccrochait. Toutes les autres gravitaient autour. 


 


Lyra était morte. 


 


Il ne la reverrait plus, ne l’embrasserait plus, ne la serrerait plus contre lui, n’entendrait plus son rire ou ne sentirait plus son odeur. Ses baisers, ses longs cheveux noirs, ses mains blanches, son petit tatouage en forme de lune…


 


Tout.


 


Il ne la reverrait plus. 


 


— Monsieur Lupin ?


 


Il s’était perdu dans ses pensées. McLowe, l’auror qui l’avait interrogé un peu plus tôt, lui fit un sourire compatissant. 


 


— J’ai réussi à vous obtenir cinq minutes avec Black. Son transfert n’est pas encore prêt, mais ce soir, il dormira à Azkaban. Des gardiens assureront votre protection. Vous êtes sûr de toujours vouloir faire cela ?


 


Il hocha la tête.


 


— Vous voulez un café ? Un thé en attendant ?


 


Il secoua la tête. Emy toujours contre lui avait cessé de pleurer. Lui, il avait repris le contrôle de la Bête, il sentait le pouls de sa fille battre contre lui, cela l’aidait à se concentrer pour ne pas perdre pied.


 


— Cependant, votre fille ne pourra pas vous accompagner. Le Bureau ne veut pas avoir la responsabilité d’un bébé, et elle ne pourra pas se défendre dans le cas où Black attaquerait. Seul vous, un sorcier adulte pouvez le voir.


— Sirius n’attaquerait pas Emy…


 


McLowe en doutait, mais ne fit pas d’objection. Remus Lupin était un sorcier adulte et majeur. Il ne comprenait pas pourquoi il tenait tant à voir ce traître. Mais qu’importe, si cela pouvait l’aider à surmonter ce drame, alors il allait l’aider. Son supérieur, Thomas Bowler avait d’abord refusé cette rencontre. Comme tout le monde, il était sous le choc. Black était étudiant pour être auror. Cela ne l’avait pas empêché de trahir son meilleur ami et sa sœur. 


 


Une belle histoire de merde.


 


Bill McLowe avait une femme et deux fils de neuf et onze ans. Il n’osait pas imaginer les perdre. L’homme qu’il avait en face de lui faisait pitié malgré lui. En une nuit, il avait tout perdu. Comment se remettre de ça ? En faisant face au traître ?


 


— Je reviendrai vous chercher quand Black sera en cellule.


 


Remus ne répondit pas. Laisser Emy l’embêtait un peu, et il ne faisait confiance à personne pour la garder. Mais il voulait tout de même voir Sirius. Lui parler, comprendre ce sur quoi son cerveau cherchait désespérément une explication logique à tout ça. Parce que ce n’était pas possible. Non. C’était impossible. 


 


— Lupin ?


 


Maugrey arrivait en clopinant. Il avait plusieurs bandages dont un énorme sur le visage ainsi qu’un air fatigué de quelqu’un qui n’a pas dormi en plus de vingt-quatre heures. Un peu comme tous les aurors que Remus avait croisés jusque là.


 


— On m’a dit que tu voulais voir Black.


 


Remus acquiesça d’un hochement de tête. Il économisait ses forces pour ce qu’il allait suivre.


 


— Pourquoi ?


— C’est vrai qu’il n’aura pas de procès ?


— Remus… commença Maugrey en s’asseyant sur la chaise à côté de lui. Il est coupable.


— Ce n’est pas possible.


— Je comprends que ce soit difficile à admettre, mais…


— Il a le droit à un procès, coupa Remus. 


 


Maugrey pinça les lèvres. De toute évidence, il ne voulait rien entendre.


 


— Remus Lupin ? Veuillez me suivre, je vous prie.


 


L’auror qui venait d’arriver affichait le même air fatigué que Maugrey. Remus se leva, Emy toujours dans ses bras.


 


— Sans l’enfant.


— Je ne veux pas me séparer d’elle.


— Je peux la prendre Remus, proposa Maugrey.


 


Il n’y connaissait rien aux enfants, encore moins aux bébés, mais ce jeune homme lui faisait de la peine. Ce n’était qu’un gamin. Sacré gâchis…


 


Sitôt que Remus avait lâché Emy, la laissant dans les bras de Maugrey, elle se mit à pleurer. Cela lui fendit le cœur, il déposa un baiser sur son front.


 


— Je suis désolé, murmura t-il. Je reviens vite, je te le promets.


 


Il partit sous les pleurs de sa fille. C’est le cœur à l’envers qu’il arriva dans une pièce vide à l’exception d’une table et de deux chaises. L’auror lui dit signe de s’asseoir puis lui dit d’attendre. Ce ne fut pas long, il n’eut pas le temps de cogiter trop longtemps, trois sorciers amenèrent Sirius qui était enchaîné et menacé de baguettes. On le fit s’asseoir, puis ils reculèrent, mais restèrent dans la pièce.


 


Remus s’en moquait, seul comptait la vérité. Il regardait celui qui avait été l’un de ses meilleurs amis. Ou qui l’était encore ? Il ne savait plus. Pas vraiment. Tout le monde lui répétait qu’il était coupable, il n’y avait pas d’autres explications. Mais il ne pouvait pas le croire.


 


Sirius n’était plus le jeune homme pétillant de malice et de joie. De larges cernes noirs s’étalaient sous ses yeux. Ses cheveux tombaient devant son visage. Il était pâle, très pâle. Et il semblait ailleurs aussi.


 


La tête fixée vers le bas, il regardait la table en se balançant de gauche à droite. Remus attendit un peu. Par où commencer ? Il finit par se racler la gorge et l’appeler. 


 


— Sirius ?


 


Il attendit et crut d’abord qu’il ne l’avait pas entendu. Mais il finit par relever la tête et planta ses yeux gris dans les siens.


 


Les mêmes que Lyra.


 


Cela lui fit mal. La douleur qui était presque devenue sourde se raviva, les larmes avec. Il se racla la gorge pour chasser la boule de noeud dans son ventre. Sans grand succès. 


 


— Comment va Emy ?


 


Il ne s’attendait pas à cette question. Cela le déstabilisa.


 


— Mal, je suppose, reprit Sirius sans attendre de réponse.


 


Il eut un sourire triste.


 


— Elle a tout vu. Putain, il aurait pu choisir de la tuer avant Harry. C’est étonnant. Il devait vouloir en finir au plus vite. Il avait perdu patience. Lyra a résisté longtemps, ça a dû le retarder. Merde alors…


— Ne dis pas son nom, coupa Remus le souffle court.


 


À nouveau, les yeux gris se plantèrent dans les siens.


 


— Ne dis pas son nom tant que tu ne m’auras pas dit que tu ne les as pas trahis. 


 


Sirius resta silencieux.


 


— Dis-moi que c’est plus compliqué que ça en a l’air. Que je me trompe. Que tu ne les as pas trahis. Je ne peux pas croire que tu l’aies fait. Dis-moi le contraire, que…


— C’est ma faute Remus. C’est entièrement ma faute.


 


La Bête faisait rage, Remus sentit ses mains trembler, il les posa à plat sur la table. Reprendre le contrôle. Respirer. Respirer encore.


 


— Ce n’est pas possible, tu n’aurais jamais pu faire ça.


 


Sirius se mit à pleurer, tout en continuant de tanguer.


 


— Tout est ma faute… Ils sont morts par ma faute…


 


Remus réalisa que ça ne servait à rien d’insister. Sirius répétait ces dernières phrases en boucle, plus rien ne semblait l’atteindre. Il devait lui faire ses adieux, à lui, à son ami. Mais aussi à son adolescence, ses amis, les Maraudeurs, Lyra… Leur bonheur à eux… C’était fini tout ça.


 


Remus se leva et quitta la pièce.


 


Derrière lui, un homme coupable.


 

End Notes:

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 9 by Winter
Author's Notes:

ϟ. Nothing But Thieves - Soda

Certains dialogues sont tirés du tome 1, Harry Potter à l'école des sorciers par J.K. Rowling.

Je n’ai plus de cours de vol sur balai, ce qui est chouette, j’en profite pour étudier des techniques de quidditch en attendant le prochain entraînement. Toute mon énergie est tournée vers cet objectif : voler. Encore et encore, j’ai besoin de cette liberté, de cette bulle loin du monde et de ce qui m’entoure.

 

Parfois, j’ai un sentiment comme… comme si j’étais prisonnière. En fait, j’ai parfois l’impression que ma tête ressasse les mêmes histoires encore et encore, ça me fait tourner en rond. Que je suis bloquée dans une spirale de pensées qui ne s’arrête jamais. 

 

Un peu comme Sisyphe et son rocher.

 

Harry étudie aussi le quidditch. La pression monte alors que notre premier match arrive. Et Dubois attend encore plus de lui, c’est un bon coach, mais il met aussi beaucoup la pression et je crois que les techniques d’intimidation des Serpentard fonctionnent un peu sur Harry.

 

— Tu t’en moques de ces abrutis, lui dis-je alors qu’il a la mine sombre de ses mauvais jours. 

— Oui, mais s’ils ont raison et que je tombe de mon balai parce que…

— Parce que quoi ? le coupe-je. Tu n’es jamais tombé de ton balai, n’est-ce pas ?

— Oui, mais…

— Je ne vois pas pourquoi tu commencerais ce jour-là.

 

Il soupire avant d’esquisser un sourire.

 

— J’ai raison, devine-je ce qui le fit encore plus sourire. 

— Je n’ai pas l’habitude d’être le centre d’autant attention.

 

Nous sommes assis, ou plutôt avachis dans le canapé proche de la cheminée de la salle commune. La température est glaciale en ce début d’hiver. La salle est presque vide, Ron et Hermione sont déjà partis se coucher depuis un moment. 

 

— Tu parles de ton oncle et de ta tante ?

 

Il hoche la tête. Je ne dis pas un mot pour le laisser formuler ses pensées que je devine difficile. Pour moi aussi penser à mon passé me fait mal, et même si ça devient de plus en plus « mon ancienne vie » j’ai toujours peur d’y retourner brutalement. Je finis par lui dire et il hoche la tête.

 

— C’est totalement ça. Ici, je me sens chez moi, je me sens bien et même si en ce moment avec le match, c’est difficile avec les Serpentard, je ne voudrais retourner là-bas pour rien au monde. 

— Tu restes ici du coup pendant les vacances ?

— Oui. Toi ?

 

J’hoche la tête en souriant. 

 

— Cool, on pourra en profiter pour bien visiter le château comme toi, tu fais avec les frères de Ron les soirs.

 

Je fronce les sourcils, comment il sait ça ?

 

— Ça se voit tellement que vous avez une complicité entre vous. Et puis tu en sais déjà plus que moi sur Poudlard alors que tu es arrivée en même temps. Ils en ont parlé à Ron aussi.

— Fred, je suppose.

— Oui Fred.

 

On finit par monter se coucher. Le prochain match approche. J’ai hâte. 

 

 

*****

 

 

— Je suis persuadé que c’est le chien à trois têtes qui lui a fait ça.

 

Si parler de Rogue peut détourner Harry de son stress alors d’accord. Je hoche la tête pour la énième fois et lui tends un verre de jus de fruit ainsi qu’un toast. 

 

— Tu es d’accord ou pas ?

— Oui, Harry, mange.

— Tu vois Hermione !

— Je dis juste Harry que le professeur Rogue est un professeur justement. Il ne pourrait pas faire entrer un troll des cavernes dans l’école dans l’idée de faire diversion, c’est insensé.

— Harry, mange.

— Il doit vouloir récupérer ce fameux paquet.

— Tu n’en veux pas ? demande Ron en désignant l’assiette de bacon bien frit qui trône devant Harry.

 

Celui-ci tend l’assiette et je me saisis d’une tranche avant de la donner à Ron.

 

— Tellement bon… soupire t-il.

 

Je hoche la tête en chœur. J’arrive à compartimenter mon stress depuis ce matin, je suis assez fière. J’arrive même à manger pour me permettre de bien prendre des forces avant le match.

 

— Mais c’est un professeur Harry.

— Bon Harry mange un peu, dis-je en coupant court à ce discours qu’on a déjà entendu mille fois ces derniers jours. 

— Je n’ai pas faim.

 

Il s’est rembruni comme si le stress lui était tombé dessus d’un coup.

 

— Un simple morceau de toast.

 

Je souris à Hermione pour la remercier de m’aider dans cette tâche qui semble être impossible, Harry ne nous écoute pas.

 

— Harry, il faut que tu prennes des forces. Les attrapeurs sont toujours la cible principale de l’équipe adverse. 

— Merci Seamus.

 

Je pouffe de rire avec Ron, vraiment, j’ai beau adorer le quidditch, la notion de gagner m’échappe. Je veux juste jouer le plus longtemps possible, si pour cela, il faut gagner, alors je gagnerai.

 

— Ça va Emy ? Harry, comment ça va ?

 

George me tape dans la main alors que Fred pique un bout de bacon à Ron.

 

— Mais…

— Pas trop stressés ? fait-il en ignorant l’air mécontent de son frère.

 

Le regard d’Harry en dit long.

 

— Et toi Miss ?

— Ça va super. Il fait beau, ce sont de bonnes conditions.

— Absolument, pour la peine…

 

Fred tend à nouveau sa main vers le bacon de Ron qui cette fois-ci s’y attendait et retire son assiette.

 

— Ha ha ! Tu ne m’auras pas deux fois !

— Bon, je vais aux vestiaires, lâche Harry en jetant un regard de dégoût vers la nourriture autour de lui. 

— Je t’accompagne.

— Bon courage ! nous lance Hermione.

— Merci, merci !

 

On quitte la Grande Salle et aussitôt que nous ne sommes plus sous le regard de tous les autres élèves, Harry semble se détendre. Un peu. 

 

— Pourquoi je suis aussi stressé ? Pourquoi je n’arrive pas à me calmer ? marmonne t-il.

— Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions : celle du poète et celle du savant. Laquelle veux-tu en premier ?

— Hein ? dit-il en fronçant les sourcils.

— Rien, juste un truc que mon père me disait. 

— Tu te rappelles de lui ?

— Un peu… Bon, tu veux quelle réponse en premier ?

— Celle du poète.

— Tu cherches à te prouver quelque chose. Le quidditch, ça nous montre comme on est réellement. Bas les masques, on est nous et ça te fait peur. Peut-être que tu as peur de savoir qui tu es ?

— Elle est nulle ta réponse. Et celle du savant ?

— Toute l’école va nous regarder, évidement que tu stresses ! Il ne faut pas le faire disparaître. Juste apprendre à vivre avec. 

— Ça me parait impossible. Tu stresses toi ?

 

J’hausse les épaules en riant. 

 

- Évidemment, mais je vais voler, alors ça va !

 

 

*****

 

 

— Tu lis en français ?

 

Je pose mon livre offert par mon père et hoche la tête devant une Hermione plus que surprise. Devant elle s’étend des notes de divers cours, et surtout un gros manuel d’histoire de la magie. Pas celui de Batilda Tourdesac, non, c’est plutôt une relique que j’avais déjà commencé il fut un temps, puis que j’avais abandonné.

 

Il était rempli de bêtises sur les loup-garous.

 

— Mais tu le parles couramment ? insiste t-elle.

— Oui, ça va, je me débrouille. 

— Comme tu te débrouilles en quidditch ?

 

Son sourire malicieux me contamine. On a gagné le match. Harry a attrapé le vif d’or et les filles et moi avons marqué plein de buts. On commence à comprendre notre mécanique et nos échanges sont de plus en plus fluides, c’est assez incroyable comme sensation. Nous sommes trois, mais pour marquer des buts et contrer les attaques d’adversaires, nous devons faire qu’une. Après le match, Dubois n’a pas cessé de me féliciter, ses yeux brillaient, il était heureux. 

 

— Bon et concernant les révélations d’Hagrid et de son cher ami à quatre pattes, tu en penses quoi ?

 

Elle n’est pas dupe, elle sait que je détourne la conversation. 

 

— Que ce truc ait un nom me dépasse, commença t-elle ce qui me fit doucement rire. 

— Tout le monde a un petit nom.

 

Elle grimaça.

 

— Pour ce monstre, on peut s’en passer, non ? J’admets qu’il est impressionnant et fascinant à sa façon, mais cela reste un chien à trois têtes avec trois fois plus de crocs.

 

Elle avait fini sa phrase en chuchotant. Nous sommes seules dans notre chambre, mais soyons prudentes, Lavande et Parvati pourraient arriver à tout moment. 

 

— Ce qui m’agace le plus, c’est que les adultes ne veulent pas nous écouter. Je déteste quand on me sort le refrain de « je suis trop jeune pour comprendre ». 

 

Elle secoue la tête d’un geste agacé.

 

— Au moins, on a quelque chose sur lequel avancer.

— Nicolas Flamel.

— Oui, je me dis que je finirai bien par trouver quelque chose là-dessus.

 

Elle relève la tête et à cet air de quand elle va me poser une question personnelle.

 

— Tu n’as jamais dit ce que tu pensais de Rogue qui a tenté de faire tomber Harry de son balai.

 

C’est pour une raison. Je crois Ron et Hermione quand ils disent que Rogue proférait des incantations en fixant Harry lors du match. C’est juste que… Ça ne colle pas avec la personne que je connais. Alors, oui, je n’étais pas complètement maîtresse de mes moyens la fois où nos chemins se sont croisés, mais de là à tuer un élève… Non… Non ?

 

— Je vous crois.

— Mais tu ne sembles pas très convaincue. Tu ne cherches pas qui est Nicolas Flamel et… Et tu n’as pas dormi dans le dortoir cette nuit. Ça fait trois fois depuis la rentrée.

 

Je me tends et elle le remarque aussitôt. 

 

— Désolée, je ne voulais pas… Je…

 

Je ne sais pas quoi dire. Je l’apprécie, mais elle aussi très intelligente et si elle a compris que j’étais partie trois fois, il lui manquera peu de temps pour comprendre que ce sont les soirs de pleine lune. La peur m’envahit et fini les pincettes. Je me lève et la regarde froidement. 

 

— Hermione, j’ai dit que je vous croyais, c’est que je vous crois. Maintenant arrête de mettre ton nez dans mes affaires, j’ai besoin d’être seule, j’ai besoin qu’on me laisse tranquille et je tiens à toi alors… Et je m’en voudrais de dire des choses trop dures, alors respecte cela s’il te plaît.

 

Elle hoche la tête, je pars déjà pour quitter la chambre puis la salle commune. Je ne sais pas où je vais, je déambule dans les couloirs, finis par me perdre. Un peu. Avant de retrouver mon chemin lorsque j’aperçois les serres de cours de botanique par une fenêtre. 

 

Un bruit de pas me faut tourner la tête, je suis sur mes gardes, on ne dirait pas Rusard et son pas clopinant, non, on dirait…

 

— Tout va bien ?

 

George semble inquiet pour moi. Il s’approche un peu, mais reste à une bonne distance de moi, comme pour respecter mon espace personnel, ce que j’apprécie beaucoup. 

 

En fait, il n’y a pas grand chose que je n’apprécie pas chez lui. Tout me plaît, à commencer par son immense respect pour moi, mes émotions et mon caractère. J’ai l’impression que je peux être moi, vraiment moi.

 

— Comment tu m’as trouvée ?

 

Il hausse les épaules.

 

— Fred me tuerait si je te le disais. Tu vas devoir te contenter d’une réponse énigmatique. 

— Secret de jumeaux ?

— Absolument. 

 

Je lui souris, j’aimerais vraiment répondre à sa question en toute honnêteté, j’ai l’impression que je pourrais. Que je pourrais même tout lui dire.

 

Mais…

 

J’ai peur. 

 

C’est idiot, je suis une Gryffondor, je devrais oser, être emplie de courage.

 

Alors ai-je vraiment ma place à Gryffondor ?

 

— Oui, ça va, j’avais besoin de prendre l’air.

— Tu veux voir un endroit cool ?

 

Je hoche la tête et le suis à travers les couloirs. Il se dirige vers les cachots où une petite pièce semble être logée sous l’eau du lac. La lumière du soleil qui se couche est incroyable, les reflets dansent sur le mur, c’est… Magique. Je reste silencieuse un instant à observer les reflets de lumières jouer sur la pierre, je sens le regard de George sur moi, mais cela ne me dérange pas. Je le sens bienveillant et je crois même que ça me plaît un peu.

 

— Pourquoi tu ne nous confonds jamais ?

— Comment ça ? Entre toi et Fred ?

— Oui.

— Vous êtes si différents…

— Mais… Tu n’as jamais eu de doute.

— Non.

 

Cela perturbe George.

 

— Fred est moins…

 

Je ne trouve pas mes mots. Finalement, c’est moi qui suis confuse. 

 

— Tu es plus…

 

Non, vraiment, je ne trouve pas.

 

— Je vois, dit-il avec un sourire.

 

Pas un sourire moqueur, non, c’est autre chose.

 

— C’est évident, dis-je pour conclure cette explication fort peu explicative.

— C’est la même chose qui m’a poussé à t’aider pour intégrer l’équipe et sûrement aussi à te parler calmement du fait que tu disparais à chaque pleine lune.

 

La température de la pièce chute brutalement. Avant que la panique ne m’envahisse complètement, George reprend la parole. 

 

— Je ne dirai rien Emy. À personne. Jamais. 

 

Pour la même raison que moi ? Je ne suis pas sûre de comprendre.

 

— Je ne te demande pas d’explications, tu en parleras si tu le souhaites quand tu le voudras. Cependant, si tu as besoin de moi pour créer des subterfuges ou des alibis, ou même besoin d’une oreille, je suis là.

 

Le regard qu’il me jette me transperce. 

 

J’ai compris.

 

Moi aussi.

 

— Tu n’as pas à t’inquiéter, tu n’es pas seule…

 

Je sens les larmes monter. Il se lève et s’approche doucement, c’est moi qui fais le dernier pas. Depuis quand quelqu’un m'a-t-il serré dans ses bras ? George m’entoure de ses bras ce qui me fait doucement frémir, sa chaleur me rassure, je n’ai toujours pas parlé, pas besoin de mots. 

 

Il a compris et moi aussi.

 

 

******

 

 

L’épais grimoire devant moi semble n’avoir jamais de fin. Au début de nos recherches sur Nicolas Flamel, je me laissais parfois captivée par un paragraphe ou deux, mais j’ai vite arrêté. C’était vraiment peu productif comme recherche et nous devons aller vite. 

 

Les vacances de Noël ont commencé, et pendant que Ron apprend les règles d’échecs façon sorcier à Harry, je continue de lire un gros grimoire toujours plus épais, toujours plus poussiéreux.

 

— Toujours rien ? me demande Ron.

— Non…

— Tu veux faire une partie ?

— Avec plaisir.

 

La vérité est que j’adore les échecs. Les soirs, avant d’aller dormir, mon père et moi jouions un peu. On reprenait souvent la partie de la veille, échangions deux trois coups avant que j’aille dormir. Dans le noir, j’essayais de continuer la partie dans ma tête pour trouver le prochain coup, j’ai toujours eu une bonne mémoire. Souvent, je m’endormais avant d’avoir tout testé. 

 

Depuis, je ne crois pas avoir joué. Harry me laisse les pièces que Seamus lui a prêté et nous regarde faire alors que les jumeaux approchent. Ron me tend deux points fermés, noir, c’est lui qui commence.

 

— Ron a toujours été le plus fort de la famille à ce jeu. Papinou lui a appris et s’en est voulu après.

— C’était un mauvais joueur, m’explique George.

 

Il me fait un clin d'œil.

 

— Bon courage.

 

La partie commence. Effectivement, Ron est bon, très bon même. Il connaît ce jeu comme sa poche, je prends un plaisir fou à calculer ses coups à l’avance. Le temps s’est arrêté autour de nous, on prend de plus en plus de temps pour réfléchir, puis finalement, je commets une erreur, ma dame est prise. Cela ne signifie pas ma perte, mais une dame est tellement un allié précieux, que cela demande de me poser calmement sur mon prochain coup pour ne pas enchaîner les erreurs. Mais suite à cela, ma stratégie est éclatée et je peine à trouver une attaque. Quand il finit par gagner, j’ai un grand sourire aux lèvres, jouer m’avait manqué et j’ai trouvé un adversaire de taille. 

 

— Bravo, dis-je.

— On en fait une autre ?

 

J’hoche la tête et on remet tout en place. On enchaîne deux autres parties où il gagne à nouveau. Puis, la troisième, je sens que les réflexes reprennent, je parviens à gagner. Cette fois-ci, c’est lui qui me félicite avec un grand sourire.

 

— Bravo, ça faisait longtemps que je n’avais pas joué comme ça.

— Merci.

 

Autour de nous, les quelques élèves restés pour les fêtes ont observé les différents matchs avec admiration. On décide de s’arrêter là pour l’instant et chacun part se coucher. Demain, c’est Noël et j’ai dû mal à savoir comment l’aborder. Cette soirée m’a confirmé que Poudlard est chez moi, que j’ai des amis et que je ne suis plus seule. Pourtant, je ne parviens pas à me résoudre de quitter mes secrets et ma bulle de protection. J’essaie de lire un peu le livre que m’a envoyé mon père pour me calmer, mais rien n’y fait, les mots dansent devant mes yeux sans que je ne parvienne à les attraper. 

 

Je finis par m’allonger dans le noir, les yeux fixés au plafond. 

 

 

*****

 

 

— Percy, arrête de râler, ce pull va très bien avec ton insigne.

 

J’éclate de rire, ce qui encourage plus Fred à embêter son frère.

 

— À la limite, je te propose d’échanger avec le mien, tu gagnes un super pull avec un F. 

— Comme « Formidable », propose George.

— Ou « Flatulence ».

 

Percy lève les yeux au ciel tandis que je rigole de plus belle accompagnée de Ron et Harry.

 

— Arrêtez de citer tous les mots en F ! s’énerve Percy, ce qui ne fait aucun effet aux jumeaux.

— Fourmi !

— Fourchette !

— Feu !

 

C’est le meilleur Noël que j’ai passé depuis longtemps. Un bon repas et une bonne compagnie, cela fait tout de suite très plaisir. J’ai aussi eu de jolis cadeaux, notamment un pull bleu de la part de madame Weasley. Il paraît qu’entre Ron et les jumeaux, elle était ravie de m’offrir ce pull et même de me rencontrer un jour. Ne faisons rien d’officiel, calmons-nous, cependant, cela me fait rudement plaisir. 

 

J’adore aussi la neige. Faire une bataille de boules de neiges, une vraie où tu finis trempé et épuisé d’avoir tant rigolé et couru, c’est un délice sans nom.

 

Oui, c’était un merveilleux Noël.

 

 

*****

 

 

« riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej. »

 

— Regarde, mets-toi devant, tu vois quoi ?

 

Toute la journée Harry avait la tête ailleurs. Bien sûr, il m’a parlé de ce miroir le matin même après sa découverte, mais nous avons préféré attendre la nuit pour y aller. Ron ne s’est pas joint à nous, il trouve que c’est dangereux avec Rusard et Miss Teigne qui rôdent. 

 

Honnêtement, j’ai beaucoup hésité avant d’accompagner Harry. Lui, il me disait voir sa famille. Ron, lui, avait gagné la coupe de quidditch. Et moi alors ? Que verrais-je ?

 

Harry me regarde de ses yeux vert émeraude alors que je me place devant le miroir le cœur battant. Ce que je vois me coupe le souffle. Les larmes me montent aux yeux et je suis incapable de parler. Un peu déstabilisé, Harry ne sait pas quoi faire, je ne montre jamais mes sentiments, et encore moins quand je pleure, et là, c’est trop.

 

— Emy, ça va ?

 

Je me détourne du miroir et sèche mes larmes d’un coup de main rageur. 

 

— Oui, oui.

— Tu… Tu as vu ta famille ?

 

Je hoche la tête, incapable de dire quoi que ce soit. 

 

Oui, j’ai vu mes parents. Souriants, heureux, comme si le drame ne les avait jamais frappés. J’ai vu aussi mon oncle, Sirius, mais aussi James, Lily, vivants, entourant Harry. 

 

Cette vision me bouleverse, les larmes reviennent et je me contiens avec peine jusqu’à ce qu’on rentre à la salle commune. Une fois arrivés, je pars dans ma chambre sans un regard pour Harry.

 

 

*****

 

 

— Je suis désolé, me dit Harry.

— Ce n’est rien.

— Je ne pensais pas que ce…

— Ne t’inquiète pas. Ce n’était pas ta faute. 

— George a demandé de tes nouvelles. Il ne pouvait pas aller dans ton dortoir te voir, mais il semblait inquiet. 

 

Harry semble vraiment s’en vouloir. Je le rassure une nouvelle fois.

 

— Ce n’était pas ta faute.

— Oui, mais…

 

Il soupire.

 

— Tu les as connus tes parents ?

— Ma mère, non. Mon père un peu.

 

Il n’insiste pas à mon grand soulagement. Les cours reprennent et je me plonge encore plus dans le quidditch. Revoir mes parents m’a perturbée, je m’applique tellement à oublier mon passé, mais… Et si je ne pouvais pas m’en affranchir ? J’ai des difficultés à dormir, je sens que je deviens irritable et que garder le contrôle est moins évident. Je prends de la distance avec tout le monde. C’est la veille du second match que George me tire de mes pensées en annonçant que Rogue arbitrera.

 

— C’est une blague ? dis-je méfiante.

— Non.

— Mince.

— Comme tu dis. Je me disais bien que tu n’avais pas intégré l’info.

 

Je range mes affaires dans mon casier et reste pensive un instant, scrutant les informations aux tableaux de stratégies plus ou moins efficaces. Si Rogue arbitre, soyons honnête, on ne risque pas d’avoir de cadeaux. Et Harry ? Il ne doit pas jouer.

 

— Emy, tu m’écoutes ?

— Je dois voir Harry.

— Il est parti, comme tout le monde.

 

Effectivement, je me rends compte que nous sommes seuls dans les vestiaires.

 

— Pardon George, je… Je dois voir Harry.

 

Il se contente d’hocher la tête et je me sens encore plus désolée de le planter ici. J'aimerais vraiment être plus ouverte, plus bavarde, vraiment, c’est juste que j’ai un léger problème de fourrure.

 

Pfff…

 

Je cours rejoindre la salle commune et me dirige vers Harry penché vers Ron et Hermione.

 

— On va te protéger, dis-je sans aucune introduction.

— De quoi ?

— De Rogue, de ses sortilèges. Moi, les filles, on va garder nos baguettes avec nous et on te protègera. Je peux apprendre un sortilège de défense cette nuit.

— Les filles ont dit ça ? Qu’elles auraient leur baguette ?

 

J’hausse les épaules. 

 

— Je ne leur ai pas encore demandé, mais elles diront oui.

— Et tu vas apprendre un sortilège bouclier en une nuit ? Intervient Hermione.

— Oui.

 

Ils ont l’air sceptiques, je ne vois pas où est le problème.

 

— Je ne pense pas qu’il me jettera un sort alors que tout le monde aura les yeux braqués sur lui. Mais merci Emy.

 

Qu’importe, je vais tout de même apprendre ce sort. L’idée qu’il parte au match demain sans défenses m’est insupportable. Je repars vers la bibliothèque en courant, Madame Pince pince les lèvres en me voyant débarquer à toute allure. Je trouve rapidement ce que je cherche, emprunte le livre et retourne dans les couloirs feuilleter le manuel de sortilège de cinquième année.

 

Charme de bouclier, parfait !

 

Je m’enferme dans une salle, prends ma baguette et lis attentivement les instructions. Je tente de le jeter, mais seule, c’est difficile de voir les résultats. Je sens que je n’y arrive pas complètement, je ne sens pas la magie opérer. Le couvre-feu est passé depuis longtemps quand je me décide à retourner dans la salle commune. Seuls les jumeaux sont encore debout. Ils se lèvent en me voyant arriver.

 

— Besoin d’aide Miss Intrépide ? demande Fred.

 

Parfait. 

 

 

*****

 

 

Je vérifie que ma baguette est toujours bien calée dans ma ceinture tout en attendant le coup d’envoi. Durant une partie de la nuit, les jumeaux se sont alternés pour me jeter le sort du Bloque-jambes, à la fin, j’arrivais à faire un charme du bouclier. Puis ils sont partis dormir et j’ai continué seule, impossible de fermer l'œil.

 

Maintenant que le match est sur le point de débuter, je suis toujours aussi énervée, j’ai hâte de commencer à jouer. Dubois parle à Harry avant de voler pour me rejoindre.

 

— Lupin, marque autant de buts que tu peux.

— Comment ça ?

— Je sais que tu peux marquer sans faire de passes aux filles. Aujourd’hui, tu as carte blanche, Rogue est remonté comme un coucou, il faut prendre autant d'avance que possible. J’ai dit à Harry de se dépêcher d’attraper le vif d’or.

— Ok, oui bien sûr.

— Carte blanche, ok ? On oublie les tactiques de jeux d’équipes, tu voles, et vite. 

— Oui oui.

 

Il part vers les buts et un frisson d’excitation traverse mon corps. Il veut que je marque ? Ok. Je n’ai jamais joué contre les Poufsouffle, j’ai cependant étudié un peu leurs techniques de jeux. Dès que le souafle est jeté, je me précipite vers lui, l’attrape de justesse, effectue un demi-tour avant que Clark, le poursuiveur jaune n’ait le temps de réagir. Je slalome entre les cognards qui viennent tout juste d’être lâchés eux aussi et fonce vers les buts. Howard n’a pas le temps de réagir que je marque.

 

— Et c’est 10 points pour Gryffondor ! C’est le but le plus rapide de l’histoire !

 

Rogue secoue la main, je fronce les sourcils et le rejoins.

 

— But annulé, il y a penalty.

— Mais pourquoi ? je m’insurge.

 

Angelina et Katie m’ont rejointe et ne comprennent pas non plus.

 

— Weasley a envoyé un cognard dans ma direction.

— C’est faux, marmonne George.

— J’accorde un penalty pour Poufsouffle.

— C’est pas grave, Emy continue comme ça, nous encourage Dubois.

 

J’observe avec appréhension Clark tirer, Dubois dévie le souafle de justesse et je me remets à respirer. On s’apprête à reprendre le match quand tous les gradins se mettent à crier. Harry fonce en piqué vers Rogue et puis… 

 

On a gagné !

 

 

*****

 

 

Après que Gryffondor ait pris la tête du championnat, je continue de garder mes distances avec les autres. Je parle uniquement aux jumeaux. Cela n’empêche pas Hermione de me confier leurs dernières découvertes, comme l’identité de Nicolas Flamel et Rogue qui menace Quirrel, mais cela s’arrête là. Elle semble comprendre que j’ai besoin d’espace. 

 

J’ai été beaucoup trop optimiste que je m’adapterai facilement à la vie à Poudlard sans difficultés, à me contrôler ou tout simplement vivre avec les autres. En réalité, tous les jours, c’est un combat. Il y a juste avec les jumeaux où c’est plus facile.

 

Notamment George.

 

Et plus je passe de temps avec eux, plus je me dis que…

 

Non, c’est idiot. 

 

Arrête de rêver ma pauvre Emy. 

 

Mais en même temps, je sens que je peux leur faire confiance. 

 

Et si…

 

On se baladait dans les couloirs du château, comme beaucoup de soirs d’ailleurs, à la recherche d’un passage secret ou d’une surprise encore inédite. L’autre jour, j’ai découvert qu’un lustre pouvait te rendre transparent quelques instants après s’être placé en dessous. On s’était beaucoup amusés à jouer aux fantômes ce soir-là, jusqu’à ce que Rusard arrive. J’ai eu ma première retenue, et encore une fois, c’était avec les jumeaux, il y a pire comme compagnons de colle.

 

Aujourd’hui, nous sommes dans la tour opposée à celle d’astronomie, personne n’y met jamais les pieds, allez savoir pourquoi, pourtant la vue est magnifique de là-haut. Et on est tranquille surtout. 

 

— Pour fuir ton pensionnat, tu peux venir chez nous cet été.

 

George a fait cette proposition dans le plus grand des calmes, comme si c’était une proposition totalement anodine. Pourtant sa jambe qui tressaute marque son stress. Je fais mine également de prendre cette proposition à la légère.

 

Mille fois oui aurais-je envie de répondre.

 

Mais les pleines lunes ?

 

Mon regard croise celui de George tandis que Fred reste étonnement silencieux. Le calme que je perçois dans ses yeux marron m’aide à m’ancrer dans la réalité. Ils sont là, tous les deux, ce sont des êtres humains sensibles qui m’ont aidée à intégrer l’équipe de quidditch alors que je n’étais qu’une inconnue.

 

Qu’une inconnue vraiment ?

 

— Si j’accepte votre proposition, je vous dois la vérité.

- C'est ce que tu souhaites ? Accepter ? demande George sans dissimuler son empressement. 

 

Je hoche doucement la tête. Mon cœur bat à mille à l’heure. Je suis folle de faire ça. J’oublie les scénarios catastrophes, je décide de faire confiance, de foncer tête baissée avant que je ne prenne peur à nouveau.

 

Je passe une main sur mon visage, recoiffant mes longs cheveux noirs en arrière, par où commencer ? Fred reste silencieux, me laissant le temps de prendre mes marques. George quant à lui me jette un regard qui me gonfle de confiance et de force. 

 

Ok, je vais le faire, je vais tout leur dire. 

 

— Ma mère est bien décédée quand j’étais bébé, mais mon père est vivant, j’ai vécu avec lui jusqu’à mes neuf ans. Puis ma grand-mère maternelle a obtenu ma garde et je n’ai plus eu le droit de le voir. C’est chez elle que j’ai obtenu ma cicatrice sur le bras.

 

George hoche la tête, il est assis en tailleur en face de moi, ses mains sont posées devant lui, je pourrais tendre la main et m’en saisir, mais je n’ose pas et reprends mes confessions. Mon cœur bat la chamade, je sens que je tremble un peu, que ma voix manque d’assurance, mais je continue.

 

— Chez elle, c’était… Dur, vraiment dur. Tout est un peu confus dans ma tête et je ne veux pas vraiment rentrer dans les détails. Cependant, quand elle est décédée, j’ai été placée dans un orphelinat. 

 

Je me tais, attendant la question qu’ils ne manqueront pas de poser.

 

— Comment ta grand-mère a pu récupérer ta garde ? 

 

L’émotion me prend à la gorge. Flûte, je pensais que j’arriverais à me maîtriser, que ces émotions étaient enfouies, que c’était du passé, n’en parlons plus.

 

— Ma mère… Ma mère s’appelle Lyra Black. C’est une famille sorcière… Je ne sais pas si vous connaissez…

— Si, des Sang-Pur, finit Fred.

— Voilà.

 

Je passe une main nerveuse dans mes cheveux. Mince, le plus dur reste à venir. Je m’apprête à poursuivre, à lâcher la bombe qui allait tout faire changer, sauf que George prend la parole d’une voix douce.

 

— Lyra, ce n’est pas un prénom commun.

 

Il tend sa main doucement vers moi et se saisit de la mienne. Pour rien au monde, je bougerais.

 

- La nuit où Tu-Sais-Qui a disparut, il y avait une Lyra B avec les Potter. Je m’en rappelle parce que personne ne semble s’en soucier, comme si ce n’était qu’un détail, mais pourtant il y avait cinq personnes dans la maison dont deux bébés.

 

Je hoche la tête et je ne peux retenir les larmes de couler sur mes joues.

 

— Le deuxième bébé, c’était toi ?

 

Re-hochement de tête, il passe son pouce sur le dos de ma main pour m’apaiser.

 

— Oui, ma mère… Elle ne pensait pas que sa propre mère pourrait aller jusqu’à me retirer de la garde de mon père. Sauf que Walburga, elle… Elle avait des contacts, elle savait gratter où il fallait pour décrédibiliser mon père.

 

Ok Emy, c’est le moment où tu ne peux plus reculer. Vas-y, dis-le.

 

— Mon père étant un loup-garou, ça n’a pas été très compliqué de récupérer ma garde complète.

 

Je me remets à trembler, mes yeux sont fixés au sol, j’ai peur d’affronter leur regard. George continue de caresser du pouce le dos de ma main, c’est plutôt bon signe, non ?

 

— Et, toi aussi, tu es une loup-garou, non ?

 

Je retiens mon souffle. 

 

— Emy.

 

Je ferme fort les yeux, j’ai peur, j’espère ne pas avoir fait une erreur…

 

— Emy, répète-t-il une nouvelle fois. 

 

Je relève la tête et suis surprise par toute la bienveillance qui se dégage de lui comme de Fred.

 

— On s’en fout que tu sois une loup-garou. On te connait comme tu es et on t’apprécie comme ça, tu n’as pas à t’inquiéter. On sait qu’on peut te faire confiance. 

— On t’apprécie même beaucoup, ajoute Fred avec un clin d'œil dans ma direction ce qui me fait légèrement rougir. 

 

George ne réagit pas si ce n’est que ses joues semblent prendre une légère teinte rouge. Ou alors je me fais des idées.

 

— Donc pour les vacances, reprend Fred, on va en parler à nos parents et pour ce léger détail aux pleines lunes, on trouvera une solution. Comment tu gères jusqu’ici ?

— Potion-tue-loup. Elle stoppe la métamorphose dans mon cas. J’ai juste une nuit isolée pour ne courir aucun risque.

— Dans ton cas ? relève George. 

— C’est juste censé te transformer en loup inoffensif, pas empêcher la transformation.

— Voilà, il n’y a pas de problème, c’est parfait !

 

L’enthousiasme de Fred est contagieux, je ne peux m’empêcher de sourire. Un poids s’envole de mes épaules. Son visage est radieux et je me rends compte que face à moi ce sont deux personnes incroyables. 

 

Je compte bien faire un bout de chemin avec eux. 

 

Peut-être même, ne jamais les quitter. 


End Notes:

Hey,

Quand j’étais petite, je jouais vraiment aux échecs avec mon père. On jouait la même partie pendant des siècles. Tous le soirs on jouait quelques coups, puis on reprenait le lendemain. Honnêtement, je n’avais aucune patience, et encore aujourd’hui, je peux être saoulée de ne pas savoir quoi faire alors juste avancer une pièce pour avancer une pièce. Oui, rien à voir avec Beth Harmon dans The Queen’s Gambit (j’ai tellement adoré cette série !).

Emy a tellement été très livrée à elle-même avant d’aller à Poudlard. Les jumeaux m’ont toujours inspirée une confiance aveugle. Ils savent ce qui est juste et ils foncent sans se préoccuper du reste. Avec Ombrage par exemple, ou alors lors de la construction de leur boutique ou encore pour soutenir Harry quand tout le monde le croyait Héritier de Serpentard. De vrais Gryffondor…

Merci à MissArty pour sa relecture ♥︎

Et merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 10 (past) by Winter
Author's Notes:


image par Ursula Castillo sur unsplash 

3 novembre 1981


 


Les quelques rayons de soleil qui étaient là paraissaient bien ironiques pour Remus. Voilà des années qu’ils n’avaient pas eu un beau temps en Angleterre. Et maintenant que la guerre était finie, ils avaient eu trois beaux jours de soleil.


 


Les derniers enterrements auxquels il avait assisté s’étaient passés sous la pluie et la bruine, dans un froid humide. Cette fois-ci était bien différente, le petit village de Godric’s Hollow paraissait joyeux avec ses arbres colorés de l’automne.


 


On dévoila la statue, il entendit des applaudissements polis, même quelques reniflements, cela l’agaça encore plus. Tous les sorciers venus pour l’enterrement de Lyra, James et Lily semblaient être des hypocrites. On voulait voir les martyrs, ces derniers morts qui avaient marqué la fin de la guerre. Remus aurait voulu vivre ce moment seul. Leur dire au revoir sans des dizaines de regards dirigés vers lui.


 


Oh oui, il les sentait ces regards plein de pitié envers le pauvre veuf qui tenait sa fille dans ses bras, sa fille qui avait été témoin de l’événement.


 


Saleté de voyeurs. 


 


Saleté de guerre.


 


La statue devant lui ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle était cruelle de réalisme, représentant James et Lily se tenant la main, et dos à eux, Lyra, qui avait sa baguette brandie. À leurs pieds, deux bébés, Harry et Emy. L’hommage aurait pu le toucher si la douleur n’était pas si récente, si vive. Là, dans l’état actuel des choses, il voulait préserver sa fille de tout cela. 


 


Le cortège se dirigea vers le cimetière. Il les suivit en dernier, entouré de ses parents qui restaient à une certaine distance de lui. Il appréciait cette intimité, mise à part Emy, voir des personnes était difficile pour lui. Se contrôler surtout. 


 


Parmi les invités, il remarqua Hagrid, Dumbledore, quelques professeurs de Poudlard comme McGonagall, mais aussi Jonathan. 


 


L’inhumation fut un supplice pour lui. Mais il ne pleura pas. Il n’avait plus de larmes. Cela faisait trois jours qu’il ne dormait pas et ressassait les événements de ce triste jour du 31 octobre dans sa tête. Lyra était morte. Il ne l’acceptait pas, mais commençait enfin à réaliser  qu’elle ne reviendrait pas, que c’était fini, que oui, c’était injuste, qu’il allait devoir apprendre à vivre avec.


 


Ou mourir. 


 


La cérémonie aurait tout aussi bien pu être courte que longue, il n’aurait su dire. Le petit souffle d’Emy contre son cou était la seule chose dont il avait conscience, oubliant l’audience autour de lui. 


 


Lyra reposerait dans une tombe juste à côté de James et Lily, c’était bien, non ?


 


Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort.


 


Il resta un moment à méditer devant cette phrase. Elle était profonde. Son « lui » d’avant l’adorait, elle voulait tout dire, tout signifier, la vie surtout. Son « lui » d’aujourd’hui la détestait. 


 


Les larmes revinrent. 


 


Un homme en larmes, son bébé, et ses souvenirs. Voilà ce qu’il restait. 


 


 


*****


 


 


— Bonjour Monsieur Lupin. Mes plus sincères condoléances.


 


Il ne s’embarrassait plus de faire des efforts de socialisation, il hocha juste la tête, cela suffirait. 


 


— Asseyez-vous, je vous en prie. Désirez-vous un thé ou un café ?


— Non merci.


 


Il s’assit et remit Emy bien sur ses genoux. Elle avait son doudou lapin contre elle et somnolait sur son épaule. Il ne tentait plus de la poser, il la gardait dans ses bras toute la journée et même le soir. Sinon elle pleurait, ses démons semblaient la rattraper.


 


Une autre personne était déjà présente dans la pièce. Jonathan Verrier se leva et fit un sourire vers Remus. Sans non plus être chaleureux au vu des circonstances, il était honnête et cela lui fit un peu chaud au cœur. 


 


— Nous sommes ici pour l’ouverture testamentaire de Lyra Irma Black. Une autre personne est citée, mais Sirius Black étant à Azkaban, il est donc considéré aux yeux de la loi comme « retiré » de cet échange. 


 


Remus ne réagit pas, c’était injuste, et il était las de chercher à comprendre ou à se faire entendre.


 


— Walburga Black s’est présentée à mon bureau hier après l’enterrement. Elle désirait obtenir les effets de sa fille, mais n’étant pas citée dans le testament, ce droit lui a été refusé. De plus, je sais que Lyra a bénéficié avec son frère d’une émancipation anticipée. Je voulais toutefois vous en informer.


 


Mage Bailey, se tourna vers Remus.


 


— Cela fait des années que je travaille pour les Black, Monsieur Lupin. D’abord pour Alphard Black, puis pour Lyra et Sirius. Si je peux vous donner un conseil : méfiez-vous de Walburga.


— Merci, je… 


 


Remus se racla la gorge, il se rappelait si bien de ce jour à l’hôpital, peu après la naissance d’Emy. Il se rappelait de l’échange violent entre Lyra et sa mère et surtout de ce profond sentiment de haine contre cette femme. Elle avait laissé sa propre fille se faire violenter, il la haïssait du plus profond de son être.


 


— J’en ai conscience, merci.


 


Le Mage hocha la tête avant de sortir un parchemin entouré d’un trait comme s’il avait été brûlé. Le sortilège de protection avait disparu en même temps que Lyra, seul un filin permettait de savoir qu’il avait un jour existé.


 


— M’autorisez-vous à entamer la lecture ?


 


Il se blinda et hocha la tête. Le Mage se racla la gorge et commença la lecture.


 


— Je, soussignée, Lyra Irma Black remettre à ma fille Emilynn Espérance Lupin la totalité de mes possessions en accord avec la loi Black sur l’héritage. Ma fille disposera de son héritage à sa majorité. D’ici là, son tuteur légal, c'est-à-dire, Remus John Lupin, mon mari, dispose d’un droit de jouissance sur mon legs. Je souhaiterais formuler mon souhait qui n’aura aucune valeur légale, je le sais, mais qui saura être entendue par Remus : j’aimerais que Jonathan Verrier puisse continuer à vivre sur la propriété du Roc au vent, en France, léguée par mon oncle Alphard Black, en accord bien sûr avec Sirius Black, mon frère et détenteur à cinquante pourcents du bien. Seule exception, je souhaite que mes bijoux reviennent à ma fille qui pourra en disposer avant sa majorité.


 


Remus concentrait toute son énergie à écouter et comprendre les paroles du notaire. C’était dur à entendre. Lyra n’avait jamais pensé que tout se finirait aussi tôt, n’est ce pas ?


 


— C’est quoi la loi Black ? demanda-t-il.


 


Lyra ne lui en avait pas parlé, ni Sirius d’ailleurs. 


 


— La loi Black sur l’héritage empêche à un Black de léguer à quiconque d’autre qu’un Black ou un Sang-Pur. Ce qui fait que seule votre fille peut hériter de votre femme puisque le sang Black coule dans ses veines. Lyra m’avait contacté pour tenter de retirer cette loi, mais cela impliquait de réunir tous les membres vivants de l’illustre famille Black…


— Compliqué… murmura Remus.


— Oui. Attendez-vous alors à ce que Walburga Black tente de faire blocus sur la décision de Lyra.


 


Cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Il s’en moquait de l’héritage, si sa fille pouvait obtenir des souvenirs de sa mère qu’elle ne connaîtrait jamais, alors cela lui suffisait. Remus ne dit rien et hocha la tête.


 


— Bien.


— Voici les bijoux que portait votre femme le jour de sa mort, ils reviennent donc à votre fille.


— Bien.


 


Il signa les papiers, assura à Jonathan qu’il pouvait continuer à vivre sur la propriété, prit le sachet de bijoux, puis s’apprêtait à partir quand Jonathan l’arrêta.


 


— Voulez-vous venir vivre en France toi et Emy ?

End Notes:

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 1 - Chapitre 11 by Winter
Author's Notes:

ϟ. Glass Animal - Life Itself

Certains dialogues sont tirés du tome 1, Harry Potter à l'école des sorciers par J.K. Rowling.

J’entends les bruits de respiration des filles qui dorment dans notre dortoir, signe que tout le monde est endormi, même Hermione. Je fixe le plafond, peinant encore une fois à trouver le sommeil. Je décide de me lever et de rejoindre la salle commune, je pourrais lire à nouveau le livre offert par mon père. Les pages sont cornées et la couverture usée par le fait que je le balade partout. Ça me réconforte aussi de lire dans une langue que je ne pratique plus. 


 


Nous venons de confier Norbert à Charlie, ça c’est une bonne chose de faite. Cependant nous avons aussi reçu une retenue et moins cinquante points pour Gryffondor. La retenue, je m’en moque un peu, mais les points en moins non. Les autres vont forcément le voir, et s’il y a bien une chose que je veux éviter, c’est avoir l’attention de tout le monde portée sur moi.


 


La journée qui suivit fut pire que ce que je m’étais imaginée. J’avais sous-estimé la volonté de gagner la coupe des quatre maisons de la part des Gryffondor. Une fois qu’ils se furent rendus compte de la perte de points, les premières théories arrivèrent.


 


— C’est une erreur, c’est pas possible.


 


J’entre la tête dans mes épaules et fonce piquer de quoi manger avant de repartir vers la prochaine salle de classe. Pour une fois, je ne serai pas en retard. Hermione me rejoint un peu plus tard avec un air de quelqu’un qui a mal dormi.


 


— Ils  savent déjà que c’est nous.


— Pardon ?


— Tout le monde sait que c’est toi, Harry et Neville et moi qui avons fait perdre les points, je ne sais pas comment, mais tout le monde ne parle que de ça.


— Ça va passer.


 


Elle esquisse une moue.


 


— J’en doute. Même les Serdaigle et Poufsouffle étaient furieux.


— C’est ridicule.


 


Elle soupire, les larmes aux yeux. J’aimerais faire un geste vers elle pour la réconforter et n’ose pas vraiment. La porte s’ouvre et nous nous installons face au professeur Binns. Ce cours est long et je regrette de ne pas l’avoir séché, je préfère lire dans un livre l’histoire de Emerie le Hargneux et Ulric le Follingue plutôt que de tenter de décrypter le charabia du fantôme. 


 


En partant vers les serres de botanique, on croise les Poufsouffle de quatrième année. Howard, de l’équipe de quidditch, et sa bande d’amis s’arrêtent devant moi, bras croisés, ils ont l’air furieux. 


 


— Ça servait à quoi, Lupin, de nous faire ta belle en marquant ton but en trente secondes si c’est pour laisser les Serpentard gagner la coupe ?


 


Ron à mes côtés serre les poings tandis que Harry et Hermione font pâle figure, surtout Harry.


 


— Si tu n’es pas content qu’ils gagnent, tu n’as qu’à marquer des buts et gagner la coupe toi-même.


 


Il ne semblait pas s’attendre à ce que je réponde, et ma réponse le rend encore plus furieux. 


 


— Salut, bonne journée, dis-je rapidement en le contournant. 


 


Toute la journée passa avec ce sentiment d’avoir une cible sur mon dos. Partout où on passait avec Harry, les gens chuchotaient sur notre passage ou allaient directement nous voir pour nous donner le fond de leur pensée. Je n’attends qu’une chose : l’entraînement de ce soir. En rejoignant les jumeaux devant le château pour aller au vestiaire, je trouve Fred un peu distant.


 


— Ah non, tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !


— Cinquante points Emy, c’est beaucoup quand même.


 


Je me tourne vers George qui me fait un sourire désolé.


 


— Et toi, tu en penses quoi ?


 


Il prend un peu de temps avant de répondre, je prends ça comme un signe qu’il ne s’en moque pas non plus.


 


— Ok, bon salut, je vais me changer.


— Emy attends…


 


Je ne l’écoute pas et pars d’un pas rapide vers le vestiaire. Moi qui espérais trouver un peu de répit, c’est loupé. Tout le monde nous en veut et je ne décolère pas du tout. Angelina et Katie ne font aucun effort lors de leurs lancers et je dois rattraper leurs erreurs durant tout l’entraînement. Dubois ne leur dit rien et se contente de pincer les lèvres quand je fais une énième pirouette pour récupérer le souafle. 


 


— J’ai demandé à démissionner, me dit Harry quand on rentre vers le château.


— Tu es fou ! Jamais de la vie !


— C’est ce que m’a dit Dubois, qu’on devait se bouger pour gagner le prochain match et des points par la même occasion. 


— Il a raison. 


— C’est juste que…


 


Il grimace, oui, cet entraînement était horrible.


 


— Oui, je sais, ça va se calmer.


— J’espère… me dit-il.


 


Je pars directement dans ma chambre, évitant toute rencontre avec qui que ce soit. Je n’ai pas la force de croiser de nouveaux regards noirs. Hermione est toujours aussi mal quand elle se couche, elle lit à peine avant d’éteindre la lumière. Lavande et Parvati m’ignorent ce qui me va très bien. Je sens encore une fois que le sommeil ne va pas venir, peut-être aussi est-ce dû à la prochaine pleine lune qui est dans une semaine. Mon père me racontait que, petite, même bébé, je dormais peu, ce qui les avait un peu étonné avec ma mère.


 


Ma lycanthropie ?


 


Peut-être. 


 


Je me lève, prends mon livre et descends dans la salle commune. Je pensais être seule à cette heure, cependant George, à moitié endormi face au feu, se redresse en me voyant. Ma colère s’est un peu apaisée et j’hésite sur la démarche à suivre. Je pourrais l’ignorer royalement, mais je n’ai pas tellement envie de me le mettre officiellement à dos, en dehors de Ron, Hermione et Harry, il semble le seul à ne pas m’en vouloir. Et il m’a attendue. Je devrais le rejoindre.


 


Il me fait un sourire et cela achève de me convaincre, je m’appuie contre la cheminée en face de lui et attends. Directement après l'entraînement, il m’a attendue ici, il a les cheveux en bataille, son gros sweat sur les épaules, ses mains sont cloquées par la batte…


 


Il a un charme fou.


 


— Comment ça va ? demande-t-il en se levant doucement. 


— Ça va.


 


Mon ton est plus sec que je ne l’aurais voulu, je suis sur la défensive. 


 


— Ça va, je répète plus doucement. 


 


Il s’approche de moi et je retiens mon souffle. Sa main glisse dans mes cheveux et dégage une mèche de cheveux de mon visage. J’ai beau être devant la cheminée, j’ai un frisson et je remonte mon sweat à capuche sur mes épaules.


 


— Tu m’as demandé ce que j’en pensais de cette perte de points. J’ai pris le temps de répondre car ce serait mentir que de dire que ça ne m’ennuie pas, j’ai très très envie que les Serpentard ne gagnent pas cette année, et pourquoi pas que Gryffondor prenne leur place. 


 


Je devine le « mais ».


 


— Mais non je ne peux pas t’en vouloir Emy. Jamais.


 


Ses yeux brillants me donnent soudain très chaud. La Bête en moi m’empêche d’oser faire quoi que ce soit. La main de George est toujours dans mes cheveux, près de ma joue et son contact me fait l’effet d’une brûlure sans pour autant que je me décide à bouger. 


 


— Comment te faire comprendre à quel point je… Je…


 


George s’interrompt et s’approche, mon cœur bat la chamade, la Bête est là, je la sens, petite, j’aurais dit que je vois rouge. Là, c’est plutôt rose. Je ne me transforme plus aux pleines lunes, je peux bien garder le contrôle quelques minutes.


 


Il s’approche pour poser ses lèvres sur ma joue en un baiser si doux, mais qui me retourne toutefois le cœur. Je voudrais que ses lèvres restent contre ma peau, sauf qu’il finit par se reculer pour me murmurer tout bas :


 


— Tu comprends maintenant ?


— Oui… je souffle tout bas à mon tour.


 


Oui, je comprends. Ce baiser, c’est comme une promesse de « plus tard ». Parce que nous avons deux ans d’écart, que je suis une loup-garou, que tout ça nous dépasse et qu’on a besoin de temps.


 


Une promesse de bientôt.


 


Une promesse de trois mots, sept lettres. 


 


 


*****


 


 


— Vous vous imaginez peut-être que vous allez passer un peu de bon temps avec ce fainéant ? Détrompez-vous jeunes gens. C’est dans la Forêt interdite que vous allez et ça m’étonnerait que vous soyez encore entiers quand vous en ressortirez. 


 


Je lève les yeux au ciel en direction d’Hermione et Harry ce qui les fait sourire un peu. Il faut un peu dédramatiser Rusard. 


 


— Il fallait penser aux loups-garous avant de faire des bêtises.


 


Oui, bien sûr…


 


Il y en a juste une dans la forêt interdite.


 


Moi.


 


 


*****


 


 


Drago a arrêté de se plaindre, et c’est tant mieux, ça commençait à me taper sur les nerfs. Neville marche derrière moi, Crockdur me colle à ma droite, tandis que Drago s’avance à ma hauteur.


 


— J’ai demandé à mes parents pour que tu passes l’été chez nous, souffle-t-il.


 


Je remarque que Neville prend un peu de distance, comme pour nous laisser de l’intimité. J’apprécie son attention, c’est vraiment un gars bien et j’apprécie son geste. 


 


— Je ne veux pas passer l’été chez toi.


— Tu ne veux tout de même pas passer l’été dans cet endroit rempli de moldus ?


— C’est quoi le problème d’être avec les moldus ?


 


Il s’apprête à répondre, mais je reprends avant, cette conversation m’agace et on doit retrouver une licorne. 


 


— Au moins, je sais ce qu’est l’électricité, je marmonne tout en scrutant au loin un fourré.


 


J’ai cru le voir bouger, mais je dois me tromper. 


 


— Quoi ?


— Rien laisse tomber.


— Emy arrête.


 


Il me prend le bras, l’obligeant à lui faire face.


 


— Lâche-moi Drago.


— Je comprends que tu en veuilles à mes parents de ne pas avoir supporté ton père, vraiment, je comprends, mais tu dois aussi te rendre compte des opportunités que cela t’offre.


— Des opportunités ? Vraiment ? 


 


Je m’esclaffe, je n’ai pas très envie de répondre, sinon je risque d’être méchante.


 


— Lâche-moi.


— Tu peux vivre avec nous, avoir une belle maison, une belle condition, tu peux aussi…


— Elle t’a demandé de la lâcher.


 


Drago se tourne vers Neville qui rougit un peu, mais semble prêt à prendre ma défense. J’en profite pour retirer mon bras brutalement et reprendre ma route. 


 


— De quoi tu te mêles toi ? réplique Drago sèchement tandis que je reprends ma marche le plus rapidement possible. 


 


J’en veux un peu à Neville d’être intervenu, je peux me défendre seule, d’un autre côté, j’apprécie son soutien. J’inspire à grand coup, le plus calmement possible, la Bête au fond de moi me fait trembler, et je m’accroche au collier de Crockdur toujours à côté de moi.


 


Des bruits de pas indiquent que quelqu’un s’approche. Neville est pâle. Cette forêt noire l’inquiète et je m’en veux qu’il se retrouve dans cette situation à cause de nous.


 


— Merci et je suis désolée.


— De quoi ?


— Que tu te retrouves en pleine nuit dans cette forêt. Je suppose que tu avais d’autres plans en tête pour ce soir. Comme dormir bien au chaud dans ton lit.


 


Il rigole doucement.


 


— Oui plutôt.


— On n’a pas menti, dis-je tout bas pour que Drago loin derrière ne nous entende pas.


 


Il fronce les sourcils puis écarquille les yeux.


 


— Oh, vraiment ?


 


On a aidé Hagrid à faire échapper un dragon en pleine nuit enfreignant, je ne sais combien de règles de l’école et du Ministère ? Oh oui absolument. 


 


— Oui, longue histoire, merci de garder ça pour toi.


- Évidemment. 


 


Il méritait de savoir la vérité.


 


On reprend notre marche, cette forêt est pleine d’étranges bruits suspects qui m’obligent à beaucoup me concentrer pour les identifier. Je ne me suis jamais transformée en pleine nature, je n’ai aucune idée de ce qui peut se passer dans une forêt la nuit, mais je trouve cet endroit étrangement réconfortant. Comme si le loup, au fond de moi, retrouvait ses repères. Mes yeux s’habituent vite au noir et je parviens rapidement à trouver des repères, avançant à un rythme soutenu sans me prendre des racines ou des branches.


 


Crockdur suit le rythme, peut-être est-il un froussard, mais c’est un bon chien, plein de bonne volonté. 


 


Toujours aucune trace de sang. Nulle part. La licorne a dû partir dans une autre direction. 


 


— Aaaaah !


 


Je me retourne précipitamment, mon cœur battant la chamade. Drago est mort de rire, alors que Neville est rouge d’avoir fait sortir des étincelles de sa baguette.


 


— Que se passe-t-il ici ?


 


Hagrid a l’air franchement en colère contre Drago qui s’en moque complètement. 


 


— Ça va Neville ?


— Oui… Oui…


— Bon, venez avec moi, fait Hagrid en ignorant totalement Drago.


 


On traverse les buissons pour rejoindre Harry et Hermione. Ils froncent les sourcils en nous voyant arriver, je réponds en levant les yeux au ciel. Drago m’insupporte tant par son attitude avec les autres que par son envie de nouer des liens avec moi.


 


On reprend la recherche, sauf que cette fois-ci je suis avec Harry et Drago. Crockdur trottine toujours à mes côtés et on ouvre la marche. Malgré l’atmosphère pensante et le chemin qui devient de moins en moins praticable, j’apprécie cependant de me retrouver à l’air libre en pleine nuit. 


 


— Regarde, me dit Harry en tendant le bras vers une racine.


 


Du sang.


 


— On dirait qu’elle s’est débattue, folle de douleur, que c’était au delà du supportable. 


 


Je hoche la tête et regarde au loin à travers les feuillages. À quelques mètres, on devine une clairière. Et au sol…


 


— Regarde, dis-je à mon tour en désignant la forme blanche.


 


Drago nous a rejoints et s’abstient de tout commentaire, se contentant de nous suivre. On s’avance doucement, je sens la Bête qui se réveille. Mon cœur bat fort contre ma poitrine, dans le silence de la forêt soudain devenue silencieuse, j’ai l’impression qu’on entend que ça.


 


Boum boum. Boum boum. 


 


Découvrir la licorne morte me donne envie de pleurer. La vie d’une si belle créature ôtée par la force semble abominable.


 


Soudain une silhouette encapuchonnée s’approche en rampant de la licorne et…


 


La vision me terrifie, je m’empare du bras d’Harry qui me sert la main. On est figés par la vision d’horreur devant nous. Malefoy s’enfuit en courant, et j’aimerais faire de même pour chercher Hagrid. Je tire Harry par le bras, mais il est comme figé. Mon coeur bat encore plus fort si c’est possible et je commence à avoir vraiment peur. La silhouette s’avance vers nous, tout doucement. Je ne sais pas ce que c’est, mais c’est évident que ça ne nous veut pas du bien. 


 


— Harry ! 


 


Je le tire un peu plus fort sur son bras, il se plie soudain en deux et titube. Je le tire vers moi, mais la silhouette est plus rapide. Quelque chose arrive derrière nous, je n’ai pas le temps de me retourner qu’un centaure fait fuir la créature en se cabrant. Il se tourne alors vers nous et je dévie le regard, me retenant de le dévisager. C’est la première fois que je vois un centaure, c’est très, très impressionnant. 


 


— Ça va ?


 


Je hoche la tête, incapable de prononcer le moindre mot. La noirceur qui se dégageait de la créature me fait encore trembler, j’ai besoin de prendre mon souffle.


 


— Oui, merci, dit Harry. Qu’est-ce que c’était ?


 


Le centaure l’observe longuement avant de se tourner à son tour vers moi. 


 


— Un oeil bleu, l’autre marron… Black.


 


Je n’aime pas ça. J’aimerais qu’il cesse. Finalement, il ne poursuit pas sur sa lancée et plie les genoux.


 


— Et toi, tu es le fils Potter. Il vaudrait mieux que vous retourniez auprès d’Hagrid. La forêt n’est pas sûre, ces temps-ci, surtout pour toi. Vous savez monter à cheval ? Ce sera plus rapide. Je m’appelle Firenze.


 


 


*****


 


 


— Rogue veut la Pierre pour la donner à Voldemort… Et Voldemort l’attend dans la forêt… Et pendant tout ce temps-là, nous pensions que Rogue voulait simplement devenir riche…


— Arrête de prononcer ce nom !


 


Je n’écoute plus Harry penser à voix haute. Ce qu’à dit Firenze me perturbe. Pourquoi m’a t-il appelé Black et pas Lupin ? Que disaient les étoiles ? Comme Harry, je suis persuadée que ce qu’il s’est passé ce soir est essentiel. Mais pourquoi ? Voldemort cherche vraiment à revenir ?


 


Hermione décide de faire confiance à Dumbledore, mais Harry ne l’entend pas de cette oreille. On sait tous très bien ce qu’il se passerait si Voldemort revenait : il chercherait à tuer Harry.


 


— On devrait demander à voir Dumbledore, dis-je. Lui parler de tout ça.


— Il ne nous croira jamais. Nous ne sommes même pas censés connaître l’existence de la Pierre, réplique Hermione. Et ce ne sont que des suppositions.


— Quand Rogue a essayé de faire tomber Harry de son balai, ce n’était pas des suppositions, intervient Ron. 


— Oui, mais nous ne sommes pas sûrs de nous, n’est-ce pas ? dis-je.


 


J’aimerais tout autant qu’eux comprendre ce qu’il se passe, cependant tant que nous ne sommes pas sûrs, se tourner au ridicule en allant voir le directeur ne peut pas être une option. 


 


— La Pierre est protégée… dit Harry tout bas comme pour lui-même.


— Oui, voilà, on sait qu’il y a déjà Touffu, approuve Ron.


— On devrait faire confiance aux professeurs de l’école.


 


Je me tourne vers Hermione, elle n’a pas l’air cent pour cent convaincue par ce qu’elle dit. La nuit a été courte et on finit par tous se coucher pour grappiller quelques minutes de sommeil.


 


En vain. 


 


 


*****


 


 


Mes poumons me brûlent quand on trouve enfin le professeur McGonagall dans un couloir du château. On tente de la convaincre de voir le professeur Dumbledore, mais elle ne semble pas vouloir nous emmener à son bureau.


 


— Écoutez, il s’agit de la Pierre philosophale. 


— Comment savez-vous cela ?


 


Cela fait des jours qu’Harry souffre. Sa cicatrice le brûle, même la nuit, il pense à Voldemort. Il est épuisé et je me sens désemparée, incapable de l’aider.


 


On vient de finir les examens, on était au bord du lac quand il s’est rendu compte d’un élément clé : qu’un inconnu offre à Hagrid un dragon, ce n’était pas une coïncidence. 


 


— Je suggère que vous retourniez tous les quatre dehors pour profiter du soleil. 


 


Le professeur McGonagall repart tandis que nous, nous ne sommes pas décidés à retourner dans le parc. 


 


— Le seul moyen, c’est de récupérer la Pierre avant que quelqu’un d’autre ne le fasse durant l’absence de Dumbledore.


— C’est complètement absurde comme idée !


 


Ron ne paraît pas convaincu, Hermione non plus, mais Harry semble être arrivé à la même conclusion.


 


— C’est une question de vie ou de mort.


— Justement, de mort, il y a un chien à trois têtes au moins à affronter !


— Et on ne connaît pas les autres choses qui protègent la Pierre, intervient Hermione.


— Si on attend, ce sera trop tard. Je pars chercher ma cape d’invisibilité.


 


Il part en courant vers la salle commune, Ron et Hermione se tournent vers moi.


 


— Vous deux ensembles, ça donne de mauvaises idées, dit Ron.


 


Il ne semble pas être sincère une seconde, un pâle sourire contredit ses dires.


 


— C’est Voldemort qui a tué ses parents, dis-je. Je ne vais pas le laisser seul affronter tout ça.


— Non bien sûr, dit Hermione d’une petite voix. 


 


McGonagall arrive au bout du couloir et fronce les sourcils en nous voyant à nouveau.


 


— Sortez prendre l’air immédiatement, et arrêtez avec vos bêtises ! Sinon j’enlève cinquante points à Gryffondor ! Parfaitement Weasley ! Même si c’est ma propre maison !


 


On fuit vers la salle commune, croisant Harry en chemin. Il est essoufflé et semble furieux. 


 


— J’ai croisé Rogue, il a menacé de me faire virer de l’école s’il me retrouvait à nouveau près du couloir du deuxième étage.


— Tu y es allé sans nous ? demande Hermione.


— Heu… Oui.


— Ridicule, dis-je. On passe à quatre sous la cape.


 


Ron approuve d’un hochement de tête.


 


— Oui, largement. 


— Mais… Mais si on se fait prendre, vous aussi, vous serez renvoyés…


 


Je hausse les épaules, vite rejoint par les autres.


 


— Bien, dit Hermione fermement. Maintenant que ça c’est réglé, on attend ce soir pour y aller. On sortira juste avant le couvre-feu avec la cape. 


— Donc on va manger maintenant ? dit Ron.


 


On échange un sourire avec Hermione.


 


— Oui, on peut aller manger oui…


 


Toutes les deux, on prend un manuel de sortilèges avec nous, j’ai toujours celui de cinquième année où j’ai appris Protego, d’autres sorts peuvent nous être utiles ce soir. Une fois que la salle commune est vide, nous nous apprêtons à sortir avec la cape. Sauf que quelqu’un fait son apparition, quelqu’un que j’aurais aimé ne pas croiser ce soir-là…


 


 


*****


 


 


La culpabilité me ronge, je sens que j’ai le visage tiré et fermé. Nous sommes tous les quatre collés sous la cape et je vois Neville tomber en arrière par le sortilège saucisson encore et encore.


 


— On n’avait pas le choix, me murmure Hermione.


 


Je sais, mais je m’en veux.


 


— Moi aussi, devine t-elle.


 


On échange un sourire et je me concentre sur la tâche à suivre. On a Touffu en premier, ça c’est sûr, mais après ?


 


 


*****


 


 


J’ai la gorge sèche, je suis épuisée, mais j’ai un sourire aux lèvres. Avec Harry, on a réussi à attraper la bonne clé, notre stratagème n’était pas sorcier : faire croire qu’on allait dans une direction alors que la réalité était tout autre. On échange une tape dans la main avant de s’avancer vers la prochaine salle plongée dans l’obscurité. 


 


Soudain, elle s’illumine et on découvre un jeu d'échecs géant. Avec Ron, nous échangeons un regard, c’est évident, nous devons jouer les pièces noires. 


 


— Nous serons sans doute obligés de nous transformer nous-mêmes en pièces d’échecs, dit-il.


— Que se passe-t-il selon toi si une de nos pièces est prise ?


 


Il grimace.


 


— Je ne sais pas, on doit être stratégique. Il faut bien réfléchir. 


— On vous laisse faire, nous assure Hermione avec un sourire.


 


Je m’approche de Ron. Quatre pièces à « sauvegarder » plus le roi ça fait beaucoup. Il en est autant conscient que moi.


 


— Un pion et trois pièces maîtresses ? dis-je.


— On prend un pion qu’on laisse avec le roi en protection ?


— Oui, il aura moins de risques de se faire manger. 


— Ok, et puis ? Un fou, un cavalier, une tour ?


— Dame ?


— Un cavalier obligé.


— Fou ou tour alors ?


 


Les autres restent silencieux, assistant à notre échange sans intervenir. 


 


— Et si on faisait plutôt cavalier, fou, tour ? me dit Ron.


— Tu as raison, si on fait une dame, on n’osera pas la jouer et on va se faire lapider.


— Tu as étudié des jeux ?


— Ça m’est arrivé, oui.


 


À l’orphelinat, j’ai fini toute la bibliothèque, quand la dernière chose qui te sauve de l’ennui est un vieux livre de jeux d’échecs, et bien… Tu le lis. 


 


— Tu t’en rappelles ?


— Oui.


— Parfait, dit-il. Ces pièces vont jouer avec la logique, un sort les guide, on doit les surprendre, aller plus vite qu’elles et le mieux serait d’attaquer le roi avec deux pièces.


— Ok on fait comme ça.


— Bien, dit-il avant de se tourner vers les autres. Toi, Harry, tu prends la place de ce fou et toi, Hermione, tu te mets du même côté sur la case de la tour.


 


Je me dirige vers le pion devant le roi, tandis qu’il se hisse sur le cheval noir. Puis les blancs commencent et se poursuit la partie d’échecs la plus incroyable de ma vie. Je n’ai jamais joué à deux avant. Nos longues parties avec Ron m’ont permises de me remettre à niveau, je cerne les pièges des blancs, et on tente au maximum de préserver Harry et Hermione. Jouer avec cinq pièces à protéger c’est très compliqué quand le jeu en comporte seize. L’adrénaline coule dans mes veines, et la complicité avec Ron est incroyable. Peut-être suis-je un peu folle de m’amuser à jouer comme ça alors que ce que nous faisons est incroyablement risqué, j’ai pourtant conscience du danger. Cependant, ce sentiment d’avoir un groupe d’amis, de vivre quelque chose d’aussi fort me rend profondément heureuse. 


 


Nous savons qu’à un moment ou un autre, nous devrons sacrifier l’une de nos pièces. On l’évite autant que possible. Sauf que si nous sacrifions notre cavalier, c'est-à-dire Ron, la reine sera obligée de le manger, Harry bouge en E4 (trois cases vers la gauche), bloque la diagonale et Hermione se place dans la colonne C et on fait échec et mat. Ron hoche la tête imperceptiblement, nous sommes arrivés à la même conclusion. On pourrait trouver un autre moyen, on peut toujours trouver, mais le temps presse.


 


— Non ! s’écrient les deux autres qui comprennent ce que nous allons faire. 


— C’est le jeu. Il faut savoir faire des sacrifices ! Je vais m’avancer, et elle me prendra, ce qui te permettra de faire échec et mat, Harry. 


— Mais…


— Tu veux arrêter Rogue, ou pas ?


 


Harry me regarde, comme pour valider ce qu’avance Ron. 


 


— Sinon on peut faire mat en quatre coups, mais ce sera deux pièces qu’on sacrifierait, dis-je la gorge nouée. Ron et Hermione.


— Ron…


— Si tu ne te dépêches pas, il va s’emparer de la Pierre ! Vous êtes prêt ? J’y vais… et ne traînez pas ici quand vous aurez gagné.


 


Je serre fort ma baguette dans ma main, le regarder sans rien faire avancer aussi courageusement vers la reine blanche est insupportable. Il est pâle, mais déterminé. Aussitôt, elle l’assomme et Harry peut enfin faire mat. Dès que le roi jette sa couronne au sol, je cours le rejoindre.


 


— Partez chercher la Pierre ! Je m’occupe de Ron.


 


Ils ne discutent pas et filent vers la porte au fond de la pièce. Ron respire doucement et n’a pas de plaie visible. En revanche, il est parti pour avoir une grosse bosse. J’enlève ma cravate et la mouille avec un Aquamenti. C’est un simple sort qui peut le rafraîchir et l’aider à se réveiller. J’éponge un peu son front et tente de le redresser. On fait la même taille et je dois admettre que j’ai peu de forces.


 


— Ron, Ron, réveille-toi.


 


Je suis inquiète pour Harry et Hermione, j’espère qu’ils vont s’en sortir, qu’ils récupéreront la Pierre à temps. Je tends l’oreille espérant entendre quelque chose qui m’aiderait à savoir ce qui se passe. Ron dans mes bras bouge un peu, je tente de le redresser un peu plus. 


 


— Ron, ça va ?


 


Je vois ses paupières bouger un peu, il respire encore, c’est bon signe. J’entends des bruits de pas s’approcher, je m’empare de ma baguette et la dirige vers le bruit. Ce n’est pas le pas d’un troll des cavernes, mais sait-on jamais. Je soupire de soulagement en voyant Hermione.


 


— Et Harry ?


— C’était l’épreuve du professeur Rogue, une énigme avec des potions, tu aurais adoré. Une seule personne pouvait aller à la prochaine étape, je suis revenue sur mes pas pour vous aider du coup.


— Il faut qu’on aille chercher un professeur.


— Oui. Comment va Ron ?


— Il émerge doucement. 


— Ok, vas-y, prend un balai, tu seras plus rapide.


 


Et passer devant Touffu en volant ? Pas sûre. Mais on n’a pas le temps de tergiverser. Harry affronte Voldemort seul.


 


— Ok.


 


Elle prend ma place aux côtés de Ron qui ouvre doucement les yeux tandis que je cours vers la salle des clés. Je m’empare du premier balai qui me tombe sous la main et m’envole aussitôt. Passer entre le filet du Diable n’est pas compliqué, remonter le conduit jusqu’à Touffu non plus. Mon balai n’est pas très puissant, il ne démarrera pas rapidement pour que je passe devant lui sans me faire croquer. Je reste donc à pleine vitesse, sans me laisser le temps de trop réfléchir et passe devant lui à toute allure. Il est tellement surpris de me voir débarquer de nul part qu’il ne dit rien. Je m’arrête à la porte, l’ouvre précipitamment pour me jeter dehors, tombant nez à nez avec le professeur Dumbledore.


 


— Bonsoir Emilynn. Harry est allé le retrouver ?


— Oui.


— Bien. Reste ici.


 


Et il passe devant moi sans un regard pour s’assurer que je respecte son ordre. J’ai très envie de le suivre, cependant Ron a besoin de soins. Vais-je chercher Madame Pomfresh ?


 


— Emilynn Lupin, puis-je savoir ce que vous faites ici ?


 


C’est les professeurs McGonagall, Flitwick, Chourave et… Rogue ! Alors là, je ne comprends plus rien.


 


— Miss Lupin, je vous ai posé une question !


 


Elle a l’air furieuse. 


 


— Je… Hum… Voldemort allait voler la Pierre alors on y est allé pour l’arrêter.


 


La surprise se lit sur leurs visages.


 


— « On » je suppose que vous étiez accompagnée de Monsieur Potter, Weasley et de Miss Granger.


— Oui.


— Où sont-ils ?


— Harry dans la pièce après les potions, Ron est dans la vôtre professeur, avec Hermione.


 


Les quatre professeurs échangent un regard.


 


— Bien, attendez ici, dit-elle en se dirigeant vers Touffu.


— Professeur ? demande-je d’une petite voix.


 


Rester en arrière m’est impossible.


 


— Oui ?


— Je peux vous accompagner ?


 


Elle soupire et je réprime un sourire.


 


— Attendez ici Emilynn, dit-elle finalement à ma plus grande déception.


 


 


*****


 


 


— Donc Rogue détestait ton père et te sauvait la vie cette année pour éponger sa dette ?


— C’est ça, approuve Harry.


 


Je ne dis rien tandis que Ron et Hermione posent leurs questions. Ils les posent toutes pour moi, et puis je suis un peu déçue de cette défaite contre Serdaigle. Je crois que j’ai un peu pris goût à la compétition. Quoi qu’il en soit, cette histoire est dingue. 


 


— Ça fait presque un quart d’heure, maintenant. DEHORS !


 


Mme Pomfresh fait partie de ces gens comme le professeur McGonagall à être respectée naturellement. On saute de nos chaises et rejoint la sortie. Je repense à cette histoire de Rogue et James qui se détestaient. J’aimerais en parler avec mon père pour mieux comprendre. 


 


On rejoint la salle commune tandis que Ron et Hermione échangent sur les révélations d’Harry. George en me voyant arriver me fait signe.


 


— Ça va ?


 


Il sourit en voyant mon air suspicieux. Fred nous rejoint et me fait une grande claque dans le dos.


 


— Alors tu vas où pour les vacances ?


 


Ils savent très bien où je vais. Qu’est-ce qu’ils manigancent ?


 


— Ça te dirait d’aller à Loutry Sainte Chaspoule ? Un charmant bourg plein de…


— Gnomes des jardins, finit George faisant rire son frère.


— Ha ha j’avais pas pensé à eux, je pensais plutôt à de super rouquins qui font de super blagues !


— Aussi.


— Bon, Emy, tu veux venir chez nous pour les vacances ?


 


Bah… Oui. Mais ils semblent oublier un détail.


 


— On a parlé à nos parents. On leur a juste expliqué ton détail santé, et pour eux, c’est d’accord. On ne leur en a pas trop dit pour respecter ton intimité, mais suffisamment pour qu’ils acceptent. Si tu es d’accord, ils demandent au Ministère de te garder un peu pendant les vacances. 


— On va négocier pour que ce soit au maximum.


— Oui, bien sûr.


— Ça te dit ?


 


Je suis incapable de parler. Je hoche juste la tête en me mordant la lèvre. Les garçons rigolent puis George me prend brièvement dans ses bras. La Bête est devenue furieuse, je tremble un instant, puis reprends le contrôle. Seule reste son odeur si douce qui commence à devenir familière. 


 


Ils me font un sourire et repartent dans leur dortoir. Je n’ai pas eu le temps de les remercier, j’en aurais été incapable. Je monte à mon tour l’escalier menant à ma chambre, je suis si contente… Hermione est sur son lit une lettre à la main. Elle se jette sur moi en me voyant. 


 


— Emy, tu veux passer une partie des vacances chez moi ?


 


Je suis sans voix, puis éclate de rire avant lui faire un grand sourire.


 


— Avec grand plaisir.


 

End Notes:

Hey,

C’est possible qu’un clin d’oeil à Gossip Girl se soit glissé quelque part. 

Ce qui est sûre par contre, c’est que j’ai fait un vrai jeu d’échecs pour pouvoir dire que Harry va en E4 et Hermione en colonne C pour pouvoir faire un « et mat ». ^^

Les musiques des chapitres sont choisies soit pour les paroles, soit pour la mélodie, vous pouvez la retrouver comme avant juste : ici sur spotify, @rowinter.

Merci à MissArty pour sa relecture ♥︎

Et merci pour votre lecture,

winter

Partie 2 - Chapitre 1 by Winter
Author's Notes:

ϟ. Timbre Timbre - Black Timbre

Certains dialogues sont tirés du tome 2, Harry Potter et la Chambre des Secrets par J.K. Rowling.

— Comment vas-tu Emilynn depuis la dernière fois ?


 


Je ne réponds pas, j’ai envie de lui jeter son parchemin à la figure et de partir d’ici. Il respire la confiance en lui ce qui n’est pas quelque chose de mal en soi, sauf qu’il en a trop et il oublie beaucoup trop de se remettre en question.


 


Je le déteste.


 


— Emilynn, je t’ai posé une question.


 


Ça fait dix jours que je suis rentrée de Poudlard. Deux fois que je le vois et jusque-là, je parviens à rester silencieuse. Les parents d’Hermione ont fait une demande pour m’héberger deux semaines, puis les parents de Ron et des jumeaux ont demandé trois semaines. Entre temps, il y a la pleine lune, c’est parfait, je n’aurai plus à rester dans cet orphelinat affreux. 


 


— Emilynn, je trouve que tu régresses. 


 


J’ai malheureusement toujours l’obligation d’aller à ces entretiens avec le Mage Brook. 


 


— Avant, tu réagissais au moins à mes questions. Je me demande si tu comprends toujours quand je parle.


 


Absolument, dès que tu ouvres ta bouche, je ne parle plus l’anglais. C’est fou non ?


 


— Cependant, en voyant tes résultats scolaires, cela ne me paraît pas cohérent. 


 


Bravo génie.


 


— Emilynn, j’ai bien saisi que tu entretenais une certaine animosité envers moi. J’aimerais comprendre pourquoi…


 


Apprends déjà à écouter.


 


— Je suis sûr que tu es une jeune fille très intelligente…


 


Cette condescendance…


 


— Et nous pourrions trouver un terrain d’entente, d’autant plus que…


 


Il se tait, m’observant, pour capter un certain intérêt dans le regard. Il rêve, je ne lui ferai pas ce plaisir. 


 


— Avec le soutien d’Albus Dumbledore, ton père a fait une demande de réévaluation de votre cas.


 


Cette fois-ci à sa pause, je réagis et le regarde fixement. Il joue sur mes nerfs, savoure le pouvoir de ses mots sur moi. Je reste silencieuse, garde les poings serrés sur mon short d’uniforme tout en respirant calmement le temps qu’il reprenne.


 


— Au vu des derniers événements qui se sont produits lorsque tu vivais chez ta grand-mère, le Ministère a décidé de se montrer clément malgré la lycanthropie de ton père. En fonction de ton comportement cette année, nous pouvons envisager une rencontre l’été prochain.


 


Un an… Un an et je pourrai le revoir. Ça me paraît surréaliste. 


 


— Mais il va falloir être sage. C’est un bon début, tu as de bonnes notes à l’école, il y a quelques retenues auxquelles il faudra faire attention toutefois. Quant à ton père, il a trouvé un travail et a déjà un logement puisqu’il est propriétaire de l’appartement où vous viviez avec ta maman. C’est vraiment un bon début, dit-il en hochant la tête. Toutefois, tu t’obstines à ne pas me parler, venir ici n’est pas suffisant. Tu dois aussi faire preuve de coopération, m’expliquer ce que tu ressens.


 


Ok, message compris.


 


— Alors Emilynn, comment vas-tu ?


 


Il se recule sur son siège et croise ses mains sur son ventre, me scrutant avec ses yeux. Au prix d’un long effort, je finis par lâcher un simple :


 


— Bien.


— Mais encore ? Es-tu contente de revenir à Norwalk ?


— Non.


— Tu retrouves pourtant tes camarades de chambre.


 


J’hausse les épaules.


 


— Et comment te sens-tu de passer quelque temps chez ton amie ?


— Bien.


 


Il soupire. Je ne fais pas assez d’efforts, ça se voit. Je me force un peu.


 


— Je suis contente. 


— Bien. Emilynn, nous allons nous arrêter là. Nous nous revoyons dans deux semaines.


 


Je quitte la pièce avec un espoir fou, celui de revoir mon père.


 


 


*****


 


 


— Et vous êtes dans quelle école déjà ?


 


On échange un regard avec Hermione.


 


— Un internat près de l’île de Skye, dit-elle avec un sourire.


 


Le mensonge passe tout doucement et son oncle repart satisfait.


 


— C’est quoi la version officielle ?


— Oh, que nous sommes dans le même internat dans le nord du pays. Que c’est une école privée assez discrète, mais qui permet de faire de bonnes études au plein air.


 


Je la regarde avec un air sceptique ce qui la fait rire.


 


— Oh, officiellement, nous nous sommes rencontrées au cours d’aviron !


— Pourquoi pas plutôt rugby ? J’ai aucune idée de comment on fait de l’aviron.


— Ok, alors on s’est rencontrées en cours d’aviron, mais on n’aimait pas ça  et on n’y comprenait rien alors on fait du rugby maintenant, sauf…


— Sauf que quoi ? C’est parfait.


— Sauf que l’on n’a pas vraiment le physique de rugbywomen, ajoute t-elle en rigolant.


 


Mon rire se joint au sien alors que je la pousse doucement. 


 


— Parle pour toi !


 


Elle me tire la langue et m'entraîne à une table sous un parasol. Son père vient de déposer une assiette de grillades et de légumes. C’est l’été et les gens normaux, semble t-il, font des barbecues en famille. Les grands-parents d’Hermione sont là ainsi que le frère de son père et sa famille. Tout le monde se connaît, ils évoquent des souvenirs d’enfance, promettent de s’appeler plus souvent, rigolent fort comme pour oublier qu’ils ne tiendront pas cette promesse…


 


Ce n’est pas chez moi, cela ne le sera jamais, la vie, ses aléas, les traumas et les démons m’ont été amenés comme ça avec une petite note qui indiquait « débrouille toi ». Pourtant je me sens bien ici, Hermione est à mes côtés, prévenante, elle ne me laisse jamais seule et je ne me sens jamais seule. Je crois que c’est parce qu’elle aussi sait que cet endroit, ce n’est pas elle. 


 


Plus elle. 


 


Peut-être cela n’a jamais été sa place ?


 


— Ça va ? dit-elle comme si elle devinait que le silence chez moi signifiait mauvaises pensées.


— Oui. Merci de m’accueillir.


 


Elle salue ma remarque d’un geste de la main désinvolte comme à chaque fois que je la remercie. Cela ne m’empêchera pas de recommencer, et elle le sait bien.


 


— Tu penses que tu es contente d’être ici, devine t-elle.


 


J’acquiesce, la laissant poursuivre. Elle finit de se servir de l’eau avant de reprendre. 


 


— Je ne vais pas te mentir, en voyant l’orphelinat, j’ai compris pourquoi tu étais si renfermée.


 


Elle est venue avec ses parents me chercher. Fait exceptionnel, ils sont venus jusqu’au dortoir pour chercher ma malle, Mr Bruce s’est fait un lumbago, il vieillit et Mrs Firmin doit apprendre à se débrouiller sans lui.


 


J’ai bien vu sur leurs visages que l’austérité des lieux, le manque de lumière, de joie, les surprennaient pour un endroit censé accueillir des enfants. Jusque là, Hermione n’avait pas abordé le sujet, toutefois sa mère oui. Olivia, est adorable, elle est pleine de considération et nous traite toutes les deux comme des adultes. Elle est douce, comme les mamans, je devine, et je sens que Hermione pourrait tout lui dire, elle l’aimerait toujours autant. 


 


Ça m’émeut à chaque fois que j’y pense.


 


Olivia était venue me voir un soir alors qu’Hermione était partie je-ne-sais-où, me laissant seule dans sa chambre quelques instants. Elle s’était assise sur le lit et m’avait un peu parlé, cherchant à comprendre ma situation. Je lui ai dit que ma mère était décédée, elle n’a pas cherché plus loin. Je ne sais pas ce qu’elle cherchait exactement comme information, peut-être juste souhaitait-elle plus comprendre qui était la personne qui vivait chez elle durant deux semaines. Ou alors… Ou alors je l’intéressais vraiment et elle s’inquiétait pour moi.


 


— Oui, ce n’est pas la meilleure location de vacances, dis-je avec la voix un peu grippée.


— Tu y es depuis toujours ?


 


Je secoue la tête. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à lui dire la vérité ? À lui parler de mon père, de ma grand-mère qui m’a enlevée à lui, de ce que j’ai vécu au Square Grimmaurd, de mon arrivée à l’orphelinat ? Parce que je sais qu’elle chercherait à tout comprendre. Et que lui dire que je suis une loup-garou, c’est hors de question. Alors je m’enfonce un peu plus dans mon mensonge, jusqu’à ce que ça devienne impossible de faire machine arrière.


 


— On s’y fait, dis-je avec un haussement d’épaule, tentant de minimiser la situation. 


— Tes parents n’avaient aucune famille ?


 


Si, j’ai un oncle en prison pour avoir entraîné la mort de ma mère et accessoirement celle des parents d’Harry.


 


— Non, il n’y a plus personne.


— Donc tu connais tes origines ?


— Oui.


 


Je pince les lèvres, elle aimerait poser plus de questions. Je mange tranquillement à ses côtés, c’est délicieux, je n’avais pas mangé de barbecue depuis très longtemps… Depuis la France en fait. 


 


— Bon et avec Fred, il se passe quoi ?


- George, la rectifie-je.


 


Son sourire malicieux me fait me rendre compte de ma boulette. Je viens de me trahir.


 


— Ah ! C’est qu’il y a quelque chose !


— Non, non…


 


Comme si elle allait me croire…


 


— Comment ça va mes chéries ?


 


La grand-mère d’Hermione vient de se joindre à nous. Elle est très vieille et malgré ses quatre-vingts ans passés, elle vit encore seule. Son fils vient tous les jours la voir pour être sûre que tout va bien. Depuis que je suis arrivée, nous sommes allées chez elle tous les jours également, Hermione l’adore et je comprends pour quoi. Elle a la sagesse de celle qui a tout vécu, elle sait qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps alors elle va droit à l’essentiel. J’adore.


 


— Très bien mamie, merci. Je demandais justement à Emy ce qui se passait avec George.


 


Je la fusille du regard ce qui la fait éclater de rire.


 


— Oh, mais qui est ce George ? Tu ne m’en avais pas parlé.


— C’est personne. 


— Le frère de Ron, explique Hermione.


 


Ma parole, mais elle va entièrement me vendre ! Je ne la connaissais pas si malicieuse. Peut-être qu’être dans l’environnement qui l’a vue grandir l’aide à prendre confiance en elle.


 


Je décide de boire un peu d’eau pour m’occuper les mains.


 


— Il est fou amoureux d’elle, ça se voit.


 


Je manque de m’étouffer et me mets à tousser pour reprendre mon souffle. Hermione me tapote le dos pendant que sa grand-mère se penche vers moi.


 


— Et toi, tu l’aimes bien ?


 


Elle a des yeux bleus presque transparents, ses cheveux blancs bouclés encadrent son visage ridé emprunt d’une profonde bienveillance. Je ne peux pas me dérober. 


 


— Oui.


— Tu sais, commence t-elle avec un sourire. Mon Albert, avant d’être mon époux était un grand timide. Toujours avec ses amis à rire, mais une fois qu’il fallait faire face à ses sentiments, il ne savait même plus parler !


 


Hermione a les yeux qui brillent comme à chaque fois que sa grand-mère nous parle de son passé.


 


— Un jour, j’en avais assez d’attendre, c’était le bal du village, c’était comme ça qu’on se rencontrait à l’époque. Notre père nous donnait une permission, mais gare à nous si on ne rentrait pas à l’heure ! On s’habillait bien, enfilait notre plus belle robe, mettions un beau ruban dans nos cheveux et on se pinçait les joues pour les rosir un peu.


 


Elle sait raconter des histoires. On croirait entendre au loin la musique et les bruits de pas sur la scène de danse en bois. 


 


— C’était aux garçons d’inviter les jeunes filles à danser. Nous, on devait attendre. Si par malheur aucun d'eux ne nous invitait et bien, nous ne dansions pas.


— C’est terrible ! s’exclame Hermione outrée. Vous ne pouviez pas danser avec une amie ?


— Non, ça ne se faisait pas.


— Mais donc, si papi était timide, comment vous avez fini par danser ensemble au bal ?


— Et bien, je l’ai invité.


 


Hermione et moi n’en revenons pas. J’éclate de rire en imaginant la scène. Jeannette, dix-sept ans qui invite Albert à danser. C’est incroyable ! Elle est géniale. 


 


— Il faut savoir parfois prendre son courage à deux mains pour forcer un peu le destin. On n’a pas toute notre vie pour attendre l’amour, ajoute Jeannette avec un clin d'œil.


 


 


*****


 


 


Demain, je retourne à l’orphelinat. La pleine lune arrive et je dois m’isoler un peu, ordre du Ministère. Mes affaires sont finies et j’attends Hermione qui prend sa douche pour faire notre dernière soirée pyjama ensemble. Pendant le mois d’août, elle va partir en vacances avec ses parents. En Espagne ou en France, ce n’est pas encore décidé.


 


Toc, toc, toc.


 


Olivia passe sa tête par le chambranle de la porte avec un doux sourire.


 


— Je peux venir ?


— Oui, bien sûr.


 


Elle s’installe sur le lit d’Hermione et tient dans ses mains une petite pochette. 


 


— Je voulais te remercier pour ces deux semaines passées avec nous. Ta présence a amené beaucoup de joie et Hermione était heureuse, c’était un plaisir de t’accueillir. Tu peux revenir quand tu veux.


— Merci… C’est plutôt à moi de vous remercier. Pour m’avoir accueillie…


 


Elle me fit un grand sourire qui me donna soudain envie de me blottir contre elle. Je n’ai pas envie de retourner à l’orphelinat. Même pour une semaine.


 


— Lorsque nous sommes venus te chercher, j’ai pu observer l’endroit où tu as grandi, tu as beaucoup de mérite. Tu es une jeune fille remarquable et tu peux être fière de toi. Car quand je vois ce lieu je…


 


Elle se tue regardant sa pochette toujours posée sur ses genoux. Puis elle me la tendit. 


 


— Je ne sais pas exactement quelle éducation ils vous donnent. Je sais que tu es intelligente et que Hermione ne manquera pas de t’aider si tu en avais le besoin, mais voici de quoi faire le jour où tu auras tes règles.


 


Je me saisis de la pochette, la gorge nouée par l’émotion.


 


— Tu sais ce que c’est ?


 


J’hoche la tête. Mme Firmin avait dit que c’était par là que les bébés sortaient. Que tous les mois, les femmes avaient leurs règles et perdaient du sang. Cette explication ne me convenait pas, je ne comprenais pas tout, alors j’avais chippé un livre de biologie des grandes de l’orphelinat et avais appris la suite dedans.


 


— Oui, je crois. Je ne suis pas sûre.


 


Alors elle m’expliqua ce que sont les règles, mais aussi les garçons, leur corps, ce qui peut ait se passer avec les filles, pour ensuite aborder le consentement et les protections. Je vois qu’elle n’est pas ultra à l’aise avec ces sujets. Cependant, elle poursuit ses explications et je lui en suis reconnaissante. Sa gentillesse et sa bienveillance me touchent beaucoup, je ne trouve pas les mots pour la remercier.


 


— Merci.


 


Elle me fait un dernier sourire et quitte la pièce. Hermione arrive aussitôt. Elle a dû voir que nous parlions avec sa maman. Elle ne fait aucun commentaire, respectant mon intimité, c’est décidément ma meilleure amie.


 


— On les mange ces marshmallows ? fait-elle avec un grand sourire.


 


 


*****


 


 


Molly Weasley a un visage très doux et rassurant. Comme Olivia, une vraie aura de « maman » se dégage d’elle. Arthur est quant à lui, grand fin, un peu l’opposé de sa femme. Fred et George ne sont pas là, ni Ron d’ailleurs.


 


Pour pouvoir quitter l’orphelinat, ils doivent parler avec un auror et le Mage Brook. Je suppose qu’ils vont leur expliquer ma situation, s’assurer qu’ils comprennent que je suis dangereuse, m’empêcher de voir mon père. Que je doive être là pour entendre ça, par contre, ça me dépasse. Je ne comprends pas trop, mais si au moins je peux être ailleurs que dans cet orphelinat, ça me va.


 


Le couloir où on me fait patienter est en face du bureau des aurors. C’est eux qui gèrent mon dossier après que le Magenmagot ait retiré ma garde à mon père. Je ne vais pas faire l’effort d’être gentille avec eux, je les déteste tous, ils sont tous des pourris. Je ferme mon visage et ne souris à personne, pas non plus les bras croisés, je ne voudrais pas qu’ils me prennent pour une gamine immature. Je veux juste leur montrer que je me sens au-dessus d’eux et que leurs décisions ne m’atteignent pas. 


 


Prendre de la distance, oui voilà.


 


Monsieur et Madame Weasley sont dans le bureau en face en train de parler avec Warren Smith, l’un des agents chargé de mon dossier. Je le trouve antipathique, je ne saurais dire pourquoi. Finalement, il se lève et vient me chercher.


 


— Emilynn, bonjour, comment vas-tu ?


 


Silence.


 


— Suis-moi, dit-il en voyant que je ne répondrais pas.


 


Il a l’habitude.


 


— Monsieur et Madame Weasley, je vous présente Emilynn.


— Bonjour.


 


Leurs sourires bienveillants me font un bien fou, j’esquisse un pâle sourire, le premier depuis que j’ai quitté Hermione.


 


— Bonjour Emilynn, nous sommes ravis de te revoir. Comment vas-tu ?


— Bien, je…


— Ah Emilynn ! Je devais te parler.


 


Le psychomage Brook entre aussi dans la pièce, me coupant la parole. Il tend un dossier à Smith qui le feuillète rapidement.


 


— Assis-toi, nous n’en aurons pas pour longtemps.


 


Je le fusille du regard, j’aimerais ne pas obéir juste pour l’embêter, mais je ne voudrais pas donner une mauvaise image de moi aux parents de Ron.


 


— Bien. Monsieur et Madame Weasley, c’est très généreux de votre part d’accueillir Emilynn pour la fin de ses vacances scolaires.


 


Brook prend une pause pour vérifier du regard que Smith lit toujours l’un des parchemins du dossier.


 


— Sa situation familiale est compliquée et instable, c’est important pour son développement qu’elle puisse avoir un cadre familial. Merci pour elle. Toutefois, vous pouvez comprendre qu’elle doive continuer à suivre sa thérapie. Deux fois par semaine, elle devra venir en consultation.


— Excusez-moi, commence Monsieur Weasley. Il me semble que votre collègue disait qu’aucune amélioration ne ressortait de ces entretiens.


 


Brook pince les lèvres.


 


— C’est exact. 


— Que se passe-t-il si elle ne va pas à ces rendez-vous ?


— Elle risque de devenir violente, perdre ses moyens, vous devez comprendre qu’elle a une personnalité instable donc que pour votre sécurité et celle…


— De ce que mes fils m’ont dit, elle n’a pas été une seule fois instable durant sa première année, et pourtant elle n’avait pas d’entretiens.


 


Je me tourne lentement vers Monsieur Weasley. Sa femme me fait un sourire. Ai-je bien compris ? Il veut m’éviter ces rendez-vous ? 


 


— Je ne suis pas sûr de bien comprendre, dit Brook.


— C’est simple, nous aimerions étudier la possibilité qu’elle n’ait pas ces entretiens pendant les trois prochaines semaines. Un cadre familial comme vous dites, pour cela, elle doit se sentir confortable. Et je ne la sens pas particulièrement ouverte actuellement ni joyeuse.


— Elle a une personnalité taciturne.


— Et instable de ce que vous avez dit. Cependant, ce n’est pas ce que mes fils ont noté d’elle. Ils sont quatre à avoir le même discours.


— Ce sont des enfants, comment peuvent-ils savoir ?


— Hum hum.


 


Smith s’est raclé la gorge, ce qui rend Brook furieux. 


 


— Laissons voir une première semaine, puis si tout se passe bien nous aviserons pour la suite. Nous maintenons toutefois celui d’avant la rentrée et c’est non négociable.


 


Brook est rouge de colère, mais ne dit rien. Je n’y crois pas, je vais cesser ces affreux entretiens. Une gratitude encore plus grande m’envahit.


 


— Avez-vous prévu d’accueillir Harry Potter chez vous également ? Vos fils sont amis, c’est exact ?


 


Monsieur et Madame Weasley froncent les sourcils.


 


— Oui, comment le savez-vous ?


— Tout ce qui la concerne, nous concerne également. 


 


Je peux voir que cette réponse ne leur plaît pas.


 


— Bon et bien je crois tout est clair pour tout le monde, Emilynn avant de repartir avec eux, tu peux rester un instant ?


 


Brook et Smith ne laissent rien transparaître sur leur visage. Je m’étais déjà levée que je me rassois lentement. Madame Weasley me fait un sourire avant de fermer la porte derrière elle.


 


Une boule d’angoisse se forme au creux de mon ventre alors que Smith lisse le parchemin devant lui. 


 


 


*****


 


 


— C’est modeste, mais c’est chez nous.


— C’est génial, j’adore, dis-je.


 


Ron semble soulagé de ma réponse.


 


— J’imagine que ça ne peut pas être pire que l’orphelinat.


 


Je fronce les sourcils, aurait-il parlé à Hermione ?


 


— Oui, oui, répondis-je distraitement. 


 


On rejoint le rez-de-chaussée où tout le monde prend un goûter. Les jumeaux taquinent Percy, Ginny rigole à pleins poumons et Monsieur Weasley les reprend gentiment. En me voyant arriver, Madame Weasley me fait un grand sourire et m’invite à m’asseoir.


 


— Tiens un bon thé et des gâteaux. Tu es toute fine, il faut manger pour bien grandir.


— Merci.


 


George me fait un clin d’oeil, il m’avait prévenue. 


 


— Tu as des nouvelles d’Harry depuis le début des vacances ? me demande Ron après avoir pris une grosse bouchée de gâteau au chocolat.


— Ron, on ne parle pas la bouche pleine !


 


Il lève les yeux au ciel et je retiens un sourire. Sa relation avec Mrs Weasley, sa mère, m’intrigue, mais je tente de ne pas les dévisager pour ne pas paraître malpolie.


 


— Non, j’ai tenté de lui envoyer une lettre et il ne m’a pas répondu. C’est étrange.


— Une lettre moldue ? Moi, j’ai tenté par hiboux


— Oui.


— Ah, justement, comment ça fonctionne ? me demande Mr Weasley.


— Arthur, nous n’allons pas commencer à lui poser plein de questions, cela a dû être une journée éprouvante pour Emilynn.


— Emy, la corrige Ron.


— Emy pardon.


— Ça va, dis-je avec un sourire un peu crispé. Je suis très reconnaissante d’être ici, merci à vous de m’accueillir. 


 


J’aimerais ajouter un merci à monsieur Wealsey pour avoir tenu tête à Brook plus tôt, mais il y a trop de monde autour de la table. Je le ferai plus tard.


 


— C’est normal voyons. D’ailleurs, tu dormiras dans la chambre de Bill et Charlie.


— D’accord merci.


 


Durant le goûter, je ne parle pas beaucoup. Tout le monde me laisse prendre mes marques ce qui me laisse le temps de les observer. Ils sont très joyeux, tous différents, mais évidemment ils s’aiment tous très forts. Je pourrai être jalouse de tant de joie dans laquelle ils sont plongés sans même sembler s’en rendre compte. 


 


Je pourrais.


 


Mais j’ai moi aussi connu ces bonheurs simples. Qu’ils m’offrent la possibilité d’y goûter une nouvelle fois, me rend extrêmement heureuse et reconnaissante. J’oublie ce que m’a dit Smith et savoure ce moment. Un sourire se dessine sur mes lèvres. George se tourne vers moi et me sourit à son tour. Mon cœur s’emballe, mais cela ne m’embête pas outre mesure. Ce bonheur est trop grand.


 


 


*****


 


 


— Tu as tout ce dont tu as besoin ?


 


Mrs Weasley entre dans la chambre avec un doux sourire. Je l’apprécie déjà beaucoup, elle est douce avec moi et prend soin de me laisser du temps et de l’espace. Elle est aussi très maternelle, ça me change.


 


— Oui, bien sûr.


 


Mr Weasley entre à son tour.


 


— Nous voulions te souhaiter une bonne nuit. N’hésite pas à venir nous voir si tu as besoin de quoi que ce soit. Considère ici comme chez toi.


— Merci, dis-je la gorge nouée.


 


Ils s’apprêtent à partir, mais s’arrêtent en m’entendant reprendre.


 


— Merci aussi pour avoir pris ma défense dans le bureau.


 


Mr Weasley souffle, son visage se durcit un peu.


 


— Je ne vais pas mentir, cette personne ne me plaisait pas beaucoup. Durant le début des vacances, Fred et George ont expliqué ta situation et bien sûr, nous attendions de voir l’agent Smith avant de nous faire notre avis.


 


Il échange un regard avec sa femme.


 


— Quelle que soit la nature de ton père, ils n’auraient jamais dû vous séparer. Sa condition n’est pas pour moi une excuse valable. Je ne le connais pas certes, mais rien ne justifiait un retrait de garde, et ce, malgré ce qui s’est passé après chez ta grand-mère.


 


J’ai la gorge trop nouée pour répondre. J’hoche juste la tête en retenant mes larmes.


 


— On ne peut pas désobéir au ministère, mais crois-moi, si nous le pouvions, nous vous permettrions de vous revoir.


 


Mrs Weasley vient s’asseoir à côté de moi et passe un bras réconfortant autour de mes épaules pour m’attirer contre elle. Je ne suis pas une personne tactile, je ne suis pas habituée au contact humain, pourtant la douceur qui se dégage de ce geste me donne envie de me laisser faire.


 


Je ferme les yeux.


 


Je me sens déjà un peu comme chez moi.


 


 


*****


 


 


— Mais pourquoi ils veulent que tu gardes le secret ?


— Pour éviter d’avoir la même chose qu’avec vos parents.


— Ils ont peur que les gens se révoltent en entendant à quel point ils font de la merde ? Bah oui, logique.


— C’est surtout dégueulasse de faire du chantage comme ça.


 


Je ne réponds pas. Je suis d’accord bien sûr, mais qui a t-il à dire ? Je n’ai pas le choix si je veux revoir mon père, je ne dois rien raconter et à personne. Surtout à Harry. Soit. C’est que Smith m’a dit avant que nous quittions son bureau : je ne dis rien de ma situation, à personne. C’est la condition pour revoir mon père l’été prochain.


 


Fred et George sont chacun allongés d’un côté de moi et nous sommes tournés vers le ciel bleu immaculé. Ron est parti tenter de faire une énième lettre à Harry et Ginny est avec Mrs Weasley de corvée d’éplucher les légumes. Ici, tout le monde participe aux tâches ménagères. Ménage, cuisine, jardin, nous sommes tous réquisitionnés. Les garçons et Ginny râlent beaucoup, moi, j’adore. De toute manière, j’aime tout ici.


 


Nous passons la plupart de notre temps dehors, soit à jouer à la bataille explosive, soit aux bavboules, soit aux échecs et  au quidditch aussi. Le soir, les repas sont toujours très joyeux, Mr Weasley rentre du travail et est toujours très jovial.


 


Bref, c’est la maison du bonheur.


 


— De toute manière, tu comptais leur dire ? me demande Fred me tirant de mes pensées.


— De quoi ?


— À Ron, Harry et Hermione, tu comptais leur dire la vérité ?


 


Non, pas vraiment.


 


— Non.


— Tu ne penses vraiment pas qu’ils comprendraient ?


— Je ne sais pas. J’ai peur de les perdre, tu vois ?


— Et si tu savais qu’ils ne prendraient pas peur, tu leur dirais tout malgré le Ministère ?


 


Bonne question.


 


— Peut-être…


— Tu te vois leur mentir jusqu’à ce qu’ils découvrent la vérité ?


— Peut-être, répétais-je en haussant les épaules.


— Si c’est au bout de plusieurs années, ils pourraient le prendre mal.


 


Je sais. Ça me hante, mais d’un autre côté, je ne peux pas leur dire, entre le Ministère qui me promet de voir mon père et le fait que je sois allée trop loin… Fred n’est pas méchant, il m’aide à rester lucide en me posant toutes ces questions, cependant, je sais tout ça, le répéter n’y changera rien.


 


— Je ne sais pas.


— C’est dégueulasse, répète George. Ça va bien finir par se savoir. Dès que tu es majeure, tu pourras faire ce que tu veux.


 


Je ne réponds pas. L’idée de devoir attendre mes dix-sept ans me parait impossible. C’est trop long. 


 


— Ça fait combien de temps que tu n’as pas eu de contact avec lui ?


— Trois ans techniquement.


 


Ils me regardent en fronçant les sourcils.


 


— Pourquoi techniquement ?


 


Je souris et leur raconte le beau cadeau que m’a fait Hagrid par deux fois.


 


— Mais nous aussi, on va faire ça ! propose Fred en se levant comme s’il allait partir de suite.


— Non. Je ne sais pas si le Ministère nous surveille, mais si ça venait à se savoir, nos chances de nous revoir seraient totalement nulles.


— C’est ça le livre en français que tu te balades partout ?


 


George n’a pas besoin que je lui réponde pour qu’il connaisse la réponse. Il me connaît bien trop et sourit en hochant la tête.


 


Fred rit, il a compris, a compris depuis longtemps, je crois, mais comme nous fait semblant de ne pas voir au-delà des mots. Alors il rit. 


 


Quant à moi, je me focalise sur ma respiration. Oui, voilà, c’est ça, je reprends le contrôle.


 


 


*****


 


 


— C’est plus possible, on doit aller le chercher !


— Mais comment gros malin ?


 


Ron fait les cent pas depuis ce matin. Voilà plus d’un mois que Harry ne répond à aucun d’entre nous et ça nous inquiète. Ce n’est pas normal.


 


— En train ? je propose.


— Tu sais prendre les transports moldus ?


— Oui. Il faudrait prendre deux trains potentiellement. 


— Mais ça va être trop long pour y aller qu’en une seule nuit…


 


Fred grimace, ça ne lui plaît pas ce plan. George regarde au loin vers le petit garage qui jouxte la maison.


 


— Conduire la voiture de papa ne doit pas être sorcier…


 


Sur le visage de Fred se dessine un grand sourire.


 


 


*****


 


 


Ginny m’a offert un collier de perles multicolores, pour elle, si timide avec les nouveaux venus, c’est un vrai signe d’affection. Je le tripote nerveusement tandis que Mrs Weasley, furieuse, dispute les garçons. Je ne sais pas où me mettre, je me sens toute honteuse. Harry à côté de moi est tout aussi mal à l’aise.


 


Finalement, sa colère semble tomber un peu pendant le petit-déjeuner. Et quand elle nous demande de dégnomer le jardin, j’y vais avec encore plus d’entrain que d’habitude.


 


— Je suis crevé, râle Fred.


 


Je trouve vite un gnome et le jette le plus loin possible après l’avoir fait tourner.


 


— Nouveau record !


— N’importe quoi.


— Vas-y pour voir.


 


Cela suffit pour lui donner plus d’énergie. Il se tourne vers Ron qui vient de lancer lui aussi un gnome.


 


— Ridicule ! Je te parie que j'arrive à lancer le mien plus loin que la souche d'arbre, là-bas.


 


Je reste un peu à l’écart avec George qui s’approche pour me parler tout bas.


 


— Ça va ?


— Moui. J’espère que ta mère ne m’en voudra pas trop pour ce qui s’est passé.


— Ma mère t’adore.


 


Je ne réponds pas. Oui, certes, elle semblait bien m’aimer. Mais est-ce que je viens de trahir sa confiance alors qu’elle était si gentille avec moi ? Je ne veux pas paraître pour une ingrate, je suis extrêmement reconnaissante envers sa famille pour son accueil et son soutien. 


 


— Ce n’est pas une petite bêtise qui va changer ça, reprend-il. D’ailleurs, elle est venue nous voir pour nous dire de cesser de t’entraîner dans « nos coups foireux » comme elle dit. Les agents du ministère leur ont parlé de tes retenues.


— Ah oui ?


 


Il hoche la tête en souriant. 


 


— J’ai une mauvaise influence sur toi, parait-il.


— Je n’irai pas jusque-là.


 


Ça le fait rire.


 


— On verra…


 


 


*****


 


 


— Tu ne vas pas acheter un balai ?


 


Je secoue la tête.


 


— Non, je n’ose pas.


 


George me regarde en fronçant les sourcils alors je lui explique. Devant nous, une multitude d’élèves s’émerveillent devant le Nimbus 2001 exposé dans une vitrine. Depuis des années, à chaque nouveau balai, tout le monde s’accorde à dire que c’est l’objet le plus performant du marché. Tout le monde rêve d’en avoir un, moi y compris.


 


— Je devrais peut-être économiser au cas où ils réévaluent notre cas avec mon père.


 


J’ai fini ma phrase en parlant tout bas pour ne pas me faire entendre malgré le fait que le Chemin de Traverse est bondé. George hoche la tête, comprenant mon intention.


 


— De ce que j’ai vu, tu as de quoi faire, finit-il par dire.


 


Nous venons de passer à Gringotts, je sais que sa famille a des difficultés financières, Harry, comme moi étions très gênés de descendre dans nos coffres devant eux. 


 


— Désolé, lâche t-il. C’était maladroit.


 


Je ne réponds pas. Cet argent n’est pas le mien, c’est ma mère qui l’a hérité de son oncle. 


 


— C’est juste que… Le jour où vous aurez votre cas réévalué, et je pense vraiment que ça va arriver, je doute que cela coûte l’équivalent de ton coffre plein. Tu mérites de profiter un peu, et t’offrir un balai n’est que la moindre des choses…


 


Toujours aussi mal à l’aise, je ne dis rien.


 


— Si j’en avais les moyens, je t’offrirais un beau balai. Tu es talentueuse, tu le mérites.


 


« Merci » serait une réponse appropriée. Mais les mots se coincent au fond de ma gorge. Mon cœur bat la chamade et la Bête s’anime, toute l’agitation autour de nous n’aide pas, je fixe le sol, regardant mes tennis, focalisant mon attention sur les traces laissées sur la gomme.


 


George reste silencieux, il me laisse le temps, ne me brusque pas alors que Fred aurait déjà sauté en l’air. C’est ça que j’apprécie chez lui. Ça et d'autres choses…


 


— George ! Emy !


 


Fred vient vers nous en courant, se faufilant un passage parmi la foule.


 


— Venez voir !


 

End Notes:

Hey,

L’île de Skye se situe au Nord de l’écosse. C’est un endroit magnifique, l’herbe est couchée par le vent et le soleil donne des teintes incroyables à la verdure. Vraiment, je vous recommande de la visiter si vous en avez l’occasion. 

Hermione ne peut s’empêcher d’être curieuse, c’est normal. Cependant Emy a été si longtemps livrée à elle-même (je vous l’expliquerai dans un chapitre « past ») que du coup, parler d’elle lui fait peur, et surtout qu’Hermione apprenne que c’est une loup-garou. Donc pour l’instant elle ne dit rien. Le Ministère met son nez là-dedans, il sait que ses agissements n’ont pas été justes (encore une fois, je vous l’expliquerai dans un chapitre « past »), donc ils lui demandent de ne rien dire et eux lèvent un peu leur décision de justice. Mmmmh, oui, c’est pas cool. 

L’histoire de Jeannette, la grand-mère d’Hermione est purement tirée des histoire de mon grand-père, où, à leur époque, on allait au bal pour rencontrer sa bien-aimée (par contre le féminisme de Jeannette, pure invention, pur ajout de ma vision moderne).

Merci à MissArty pour sa relecture ♥︎

Et merci pour votre lecture,

winter

Partie 2 - Chapitre 2 (past) by Winter
Author's Notes:

 

image par Brittany Burns sur unsplash

3 novembre 1981

 

 

 

Revenir dans cette maison toujours lovée au bord de mer, toujours remplie de livres, toujours aussi perdue dans le vent breton, donnait une drôle d’impression à Remus. 

 

 

 

Tant de choses s’étaient passées depuis.

 

 

 

Le mariage, Emy, Harry, l’opération Comète, les espoirs, les décisions déchirantes, les loups-garous, la peur, la mort…

 

 

 

Il ravala ses larmes et suivit Jonathan dans l’entrée du Roc au Vent. La maison était plongée dans la pénombre, la nuit tombait de plus en plus tôt, amenant avec elle l’obscurité et le froid. Jonathan résolut ceci avec un coup de baguette, un feu dans l’âtre de la cheminée se mit à brûler.

 

 

 

Tac, clac. 

 

 

 

Seul le crépitement des flammes troubla le silence durant de longues minutes.

 

 

 

— Jonathan… Merci.

 

 

 

L’homme lui fit un sourire.

 

 

 

— Je t’en prie. Ils étaient comme les enfants que je n’ai pas eu. La seule chose qui me ramenait encore à Alphard. Ça et mes souvenirs…

 

 

 

 

 

*****

 

 

 

 

 

Allongé dans le noir, les yeux grands ouverts, Remus ne parvenait pas à trouver le sommeil. Sa tête tournait à mille à l’heure, et ce, malgré la potion prescrite par le Mage qui était passé le voir alors qu’il était encore chez ses parents. 

 

 

 

Son cerveau tournoyait entre mille pensées, mille idées, mille souvenirs, c’était épuisant. Il ne parvenait pas à se focaliser sur l’une d’elle. Et quand il fermait les yeux, ses paupières tressautaient comme en proie à un trop plein d’images.

 

 

 

Il repensait à ce soir, ce terrible soir du 31 octobre. Chaque mouvement, paroles échangées lui revenaient, revivant cette scène encore et encore.

 

 

 

Il cherchait à comprendre. 

 

 

 

Comment Sirius avait-il pu faire ça ? Comment avait-il pu les trahir ? Lui qui avait été accueilli par les Potter, lui qui considérait James comme son frère, lui qui aurait refusé de quitter le Square Grimmaurd sans Lyra, lui qui avait offert son premier doudou à Emy. Ce même doudou qu’elle gardait blotti contre elle.

 

 

 

Comment un mec qu’il connaissait depuis ses onze ans pouvait s’avérer être un total inconnu ?

 

 

 

Il revoyait son visage ravagé de larmes devant la maison de James et Lily. Harry était dans ses bras. Qui pleurait-il ? Ses amis et sa sœur ? Ou son maître ?

 

 

 

Sirius un mangemort depuis tout ce temps ?

 

 

 

Non, cela ne faisait aucun sens.

 

 

 

Regulus était mort pour la cause de Voldemort. Sirius lui en avait voulu d’avoir cédé à la pression sociale. Il avait fui sa maison familiale pour suivre ses valeurs bordel, ce n’était pas pour tout foutre en l’air en les trahissant !

 

 

 

Remus se redressa dans le lit, passa une main sur son visage et fixa le reflet de la lune à travers les rideaux. En tendant l’oreille, au-delà du vent qui soufflait contre les volets, il pouvait entendre la mer. 

 

 

 

Lyra adorait cette maison, elle aurait adoré élever Emy dans cet endroit.

 

 

 

Les larmes se remirent à couler. Il ne lutta pas, les laissant venir à lui tout comme les souvenirs qui l’assaillaient : leurs rencontres au terrain de quidditch, ses sourires timides de celle qui découvre le monde, leur amitié d’abord lorsqu’elle l’aidait à cacher la vérité aux garçons, elle en panthère, cette sublime panthère, leur premier baiser, premier je t’aime, première nuit passée, c’était leur premier amour.

 

 

 

Il inspira un grand coup. Pour sa fille, pour Emy, il allait devoir continuer à vivre et se battre. C’était sa raison de vivre.

 

 

 

— Ne t’inquiète pas, souffla t-il dans le noir. Je prends soin d’elle.

 

 

End Notes:

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 2 - Chapitre 3 by Winter
Author's Notes:

ϟ. CLOVES - Don't Forget About Me

Certains dialogues sont tirés du tome 2, Harry Potter et la Chambre des Secrets par J.K. Rowling.

— Je suis contente que tu aies passé un peu de tes vacances chez Ron, me dit Hermione. 


 


Elle a vu l’orphelinat. 


 


— Oui, sa famille est adorable, vraiment, ils vivent à la campagne, ont des poules, ça fait un peu la maison du bonheur, tu vois ?


 


Elle hoche la tête.


 


— Oui tout à fait. D’ailleurs, ils font quoi les garçons ?


— Ils passaient après moi, on était en retard, je suis direct montée. Ils doivent être ailleurs dans le train.


 


Hermione fronce les sourcils, elle est inquiète.


 


— Tu veux faire le tour du train pour les chercher ? je propose.


 


Ça nous occupera. 


 


On commence par marcher vers l’avant du train, là où ils sont le plus susceptible d’être montés en premier. En chemin, je croise Ginny, assise avec d’autres premières années, je lui fais un coucou ce qui la fait sourire. Elle est stressée, Fred et George n’ont pas arrêté de l’embêter pour sa répartition, disant qu’elle devait se battre contre un ogre. 


 


Toujours plus…


 


À Ron, c’était un troll qu’il devait combattre. J’ai bien tenté de la rassurer, elle avait la pression d’être la dernière d’une fratrie de Gryffondor. J’ai confiance, tout se passera bien, où qu’elle aille.


 


On croise aussi Neville, puis Dean et Seamus, Lavande et Parvati ainsi que quelques autres personnes de notre année. Mais pas de traces de Ron ou Harry.


 


— C’est pas possible, où ont-ils bien pu aller ? marmonne Hermione.


— Viens, on marche vers le fond, on va finir par les trouver.


 


Je suis bien trop confiante. En arrivant dans le fond du train, toujours aucune trace d’eux. Cette fois-ci, je commence à être vraiment inquiète. On refait le tour du train, évitant à nouveau soigneusement Drago et ses amis (après l’épisode sur le chemin de traverse cet été, pas besoin d’en ajouter une couche), on inspecte encore chaque recoin du train, rien. 


 


On finit par s’asseoir, nos cerveaux cogitent à cent à l’heure, où sont-ils ?


 


— Tu dis qu’ils sont passés après toi ?


— Je devais passer avec Percy en première, puis j’ai vu Mr Weasley et les jumeaux. Ils m’ont dit que les autres suivaient et que je devais monter dans le train tout de suite pour ne pas le louper.


— Donc tu ne les as pas vus sur le quai ?


— Je n’ai pas regardé. Mais ils savent franchir la barrière, ils connaissent le chemin.


— C’est tellement bizarre.


 


J’hoche la tête et me cale contre la fenêtre. Il n’y a rien à faire à part attendre de toute manière.


 


Lorsqu’on arrive à la gare, ce n’est pas Hagrid qui nous emmène en barque jusqu’au château, mais des diligences. J’ajuste ma cape sur mes épaules, l’air est glacial et humide, je suis déjà gelée. Hermione est devant avec Neville qui tient Trevor dans le creux de sa main quand soudain, il s’arrête brutalement et fixe l’avant des diligences. 


 


Des chevaux à la robe sombre, noire, sont attelés. Des Sombrals. Fascinants, magnifiques, ces créatures sont décrites avec tant d’émerveillement par Newt Scamander, que je ne peux que le comprendre. 


 


— Vous faites quoi ? Vous venez ?


 


Hermione est déjà en train de monter dans la diligence, on échange un regard avec Neville avant de monter à notre tour. Aucun de nous deux ne prononce un mot durant tout le reste du trajet. 


 


 


*****


 


 


J’arrive à profiter un peu durant le repas, oubliant les Sombrals et leur beauté troublante, l’absence des garçons et la fin de mes vacances de rêve. Je me surprends à rire aux pitreries de jumeaux et de Lee plus d’une fois. Ginny, soulagée d’être à Gryffondor, mange joyeusement un peu plus loin, alors avec Hermione, nous nous permettons de profiter du fabuleux festin de rentrée.


 


— Vous avez vu Ron et Harry ?


 


On répond en haussant les épaules vaguement, puis faisons mine de nous plonger dans une conversation passionnante, cela suffit pour détourner le sujet. 


 


— Cet été, j’ai été voir la Tour Eiffel ! s’exclame Seamus. Mon père avait fait un programme Erasmus avec son université, il rêvait d’y retourner.


— C’est quoi Erasmus ? demandent les nés sorciers.


— Tu peux suivre une année scolaire dans des universités d’Europe. C’est pour les moldus, quand ils ont passé l’équivalent de leur septième année.


— J’adorerai faire ça, soupire Hermione. J’avais des cours de français à l’école primaire, ça me manque d’apprendre une langue.


 


Et moi, j’apprenais l’anglais, c’est cocasse, non ?


 


— Tu parles parfaitement bien le français ? me demande t-elle.


— Oui, plutôt, dis-je un peu mal à l’aise.


— Ce serait parfait pour toi un programme comme ça. Tu aurais un double diplôme. Tu sais s’ils font ça avec les études supérieures sorcières ?


— Je pense que oui, ce serait logique. Il y a d’autres sociétés sorcières dans le monde, si tu souhaites le faire, tu peux l’organiser.


 


Elle reste pensive un instant. Hermione est quelqu’un d’ambitieux. Pas dans le mauvais sens du terme, plutôt comme quelqu’un qui est très curieux et qui ne cesse jamais d’apprendre. Une fois sortie de Poudlard, elle voudra tout découvrir du monde sorcier. 


 


— Tu voudrais aussi faire ça ? me demande t-elle, me sortant de ma rêverie.


— Étudier à l’étranger ?


— Oui, en France par exemple.


— Oui, oui… Je pourrais y retourner…


 


Elle plisse les yeux.


 


— Tu as vécu là-bas ?


— Oui, j’ai la double nationalité, dis-je malgré moi un peu sèchement. 


 


Elle comprend le message et se tourne vers une cinquième année, qui a l’air excité.


 


— Il parait que Potter et Weasley vont se faire renvoyer.


 


C’est quoi cette histoire ? On échange un regard surpris avec Hermione.


 


— N’importe quoi, réplique t-elle.


— Si, ils auraient eu un accident avec une voiture volante.


 


Il nous tend un journal, c’est le Sorcier du Soir marqué du jour, son titre : Une Ford Anglia volante inquiète les moldus. Mince, je reconnais la voiture. Je tends le journal aux jumeaux, eux aussi la reconnaissent, c’est certain.


 


— Tu vois, réplique le cinquième année à Hermione. On reconnaît très bien Potter et son ami, le rouquin.


 


Elle ne répond pas, c’est la fin du banquet, on se lève pour rejoindre la salle commune.


 


— Tu as le mot de passe ?


Anthochère. Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi n’ont-ils pas pris le train comme tout le monde ?


— Aucune idée, on va à la salle commune ?


— Ça ne t’inquiète pas tout ce qui se dit ?


— Si on écoutait toutes les rumeurs Hermione… dis-je sans finir la phrase.


 


Si on les écoutait, nous ne serions pas amies, ni amies avec Harry d’ailleurs. Cela n’a aucune valeur à mes yeux. Elle s’empourpre un peu puis me suit pour rejoindre la Tour des Gryffondor. 


 


— Tu as raison, allons-y, on verra bien.


 


 


*****


 


 


Finalement au petit-déjeuner le lendemain, Harry et Ron n’étaient pas expulsés, mais avaient bien fait voler une voiture moldue à travers tout le pays. Hermione leur en veut un peu d’avoir bravé tant de règles, moi, c’est cette histoire de passage bloquée qui me tracasse.


 


— Vous dites que le mur était un vrai mur ?


— Oui Emy, me répète Harry avec un air agacé. On ne pouvait pas passer.


— Vous êtes sûrs d’avoir pris le bon mur ?


— Evidemment, je la connais cette barrière, réplique Ron la bouche pleine, s’attirant un regard noir d’Hermine plongée dans sa lecture de Voyages avec les vampires


— C’est bizarre.


— Oui, mais on ne sait pas pourquoi, alors autant nous réjouir de nous retrouver pour une nouvelle année !


 


L’optimisme d’Harry ne m’atteint pas. Je le regarde fixement. 


 


— Et cette histoire avec l’elfe, ça ne pourrait pas être lié ?


 


Il hausse les épaules et se sert un nouveau verre de jus de fruit. 


 


— Errol !


 


Un vieux hibou vient d’arriver, faisant tomber une lettre rouge. 


 


Oh oh…


 


 


*****


 


 


Cet été, j’ai moins pris le temps que l’année dernière pour lire les livres du programme. J’ai passé finalement peu de temps à l’orphelinat. Les seuls livres que j’ai lu sont ceux de ce Gilderoy Lockhart. Enfin… J’ai commencé avec Promenades avec les loups-garous. J’ai lu une dizaine de pages avant de réaliser que ce mec était un abruti fini et qu’ils ne connaissaient décidément rien à la lycanthropie et tout ce qui s’en approche. J’ai donc lu le Livre des sorts et enchantements (niveau 2) de Miranda Fauconnette et puis c’est tout. 


 


J’arrive à bien m’en sortir toutefois en Métamorphose, je n’ai pas tout oublié durant les vacances, c’est déjà ça, mais le cours de Lockhart qui arrive l’après-midi, m’ennuie déjà. Fred et George ne l’ont pas eu ce matin, impossible de savoir si son cours sera bien ou pas.


 


— Tu n’as qu’à sécher, me propose George au midi.


— Tu ne vas pas faire ça ? demande Hermione.


— Je ne vois pas ce que ce mec pourrait m’apprendre.


— Qu’est-ce que tu en sais ? répond-elle un peu énervée. Il a écrit des livres incroyables, tu les as lus ?


— Non, ce ne sont que des bêtises.


— Comment tu peux être aussi catégorique ?


— Et comment toi, tu ne peux pas le voir ? J’ai remarqué les petits cœurs dans ton agenda.


 


Elle est rouge de colère et part manger avec les garçons sans rien ajouter. Je décide de ne pas la suivre et de rester avec les jumeaux et Lee. Ça m’embête un peu qu’on se soit disputées comme ça, Hermione, je l’apprécie vraiment beaucoup, pourquoi met-elle tant d’énergie à défendre ce professeur ?


 


— Toutes les filles ont le béguin pour lui, me dit Fred.


 


Hermione aussi ? Non…


 


— Sauf Emy de toute évidence, ajoute Lee.


— Son cœur est déjà pris.


 


Je les fusille tous les deux du regard alors que George fait mine de ne rien avoir entendu. J’ai finalement envie d’aller à ce cours le plus vite possible.


 


 


*****


 


 


Je dévisage le questionnaire que le Lockart vient de déposer devant moi.


 


1) Quelle est la couleur préférée de Gilderoy Lockhart ?


2) Quelle est l'ambition secrète de Gilderoy Lockhart ? 


3) À votre avis, quel est le plus grand exploit réalisé par Gilderoy Lockhart à ce jour ? 


C’est quoi ces questions débiles ? Hermione, à côté de moi a déjà commencé à répondre. La question 8 me met hors de moi :


 


8) Combien de loups-garous Gilderoy Lockart a t-il réussi à sauver en inversant leur maladie de lycanthrope, leur donnant un nouveau sens à la vie ?


 


C’est impossible, pauvre imbécile. Je suis dans le même état d’énervement que quand j’ai tenté de lire Promenades avec les loups-garous. C’est à cause de ce genre de personnes et des messages qu’elles véhiculent que les croyances populaires sur les loups-garous persistent. 


 


La bête au fond de moi me fait trembler. Je m’oblige à poser calmement ma plume sur ma table avant de la briser. Hermione me jette un coup d'œil discret avant de reprendre son devoir. Elle en est déjà à la seizième question.


 


Je ne peux pas rester ici, je sais que me contrôler sera au-dessus de mes forces. Il faut que je sorte de cette classe.


 


— Professeur ?


 


Il s’approche avec son insupportable sourire et son air mielleux. 


 


— Oui Miss ?


— Je ne me sens pas très bien, je peux aller à l’infirmerie ?


— Bien sûr, voyons, qui peut vous accompagner…


— Ça va, je connais le chemin, dis-je en le coupant.


 


Je suis déjà debout, mon sac à la main et je sors rapidement avant qu’il ne puisse protester. Une fois dehors, je m’empresse de rejoindre une tour où il y a peu de passage. J’ai besoin d’être seule, j’ai Mémoires d’une jeune fille rangée avec moi, je vais en profiter pour le relire.


 


Je m’assois au sol, et savoure cette liberté. J’ai deux heures devant moi, c’est parfait.


 


« De mes premières années, je ne retrouve guère qu'une impression de rouge, de noir et de chaud. » Simone de Beauvoir, 1958.


 


 


*****


 


 


Maintenant que nous sommes de retour à Poudlard, j’ai hâte de reprendre le quidditch. J’ai bon espoir pour la coupe cette année. Je décide de voir Dubois avant de rejoindre les autres. En me voyant arriver, il affiche un grand sourire.


 


— On reprend quand les entraînements ?


— Un tel enthousiasme fait plaisir à voir Lupin. On reprend samedi, j’ai réservé le stade.


 


Cette fois-ci, c’est à moi d’afficher un grand sourire. 


 


— Tu t’es acheté un balai ?


— Non, je vais continuer avec l’Étoile Filante de l’école, je l’aime bien.


— Tu es la seule à l’avoir apprivoisée. La légende dit qu’elle appartenait à Gwenog Jones avant qu’elle joue en pro, tu vois le caractère…


— Tant que j’ai encore des brindilles pour voler !


 


Ma remarque le fait rire, après ça, il me recommande de bien dormir pour les entraînements, je le remercie et rejoins Harry, Ron et Hermione qui sont… Décoiffés.


 


— Il vous est arrivé quoi ? Ma parole, on dirait qu’un troupeau de crabfeu vous est passé dessus.


— Non, pas des crabfeu, répond Ron morose. Des lutins de Cornouailles. Pire !


 


Devant mon air intrigué, ils m’expliquent la suite du cours. J’éclate de rire, ce qui fait se renfrogner un peu plus Ron.


 


— C’est un rigolo qui n’y connaît rien.


— Tout à fait d’accord, dis-je.


— Vous ne pouvez pas dire ça, réplique Hermione cassante. Si vous aviez pris la peine de lire ses livres, vous verriez qu’il a accompli beaucoup de prodiges !


— C’est ce qu’il dit, marmonne Ron.


 


Je ne réponds pas pour ne pas vexer Hermione, celle-ci retourne à son assiette sans relever la remarque. 


 


— Pourquoi tu es partie du cours ? me demande Harry.


 


Mince.


 


— Je n’aime pas ce prof, je n’avais pas envie de perdre mon temps.


— À l’orphelinat, ils ne disent rien si tu sèches des cours ou a des retenues ?


— Non, ils s’en moquent. Et toi ?


— Pareil. Il ne faut juste pas que je me fasse renvoyer, ça les embêterait de me voir plus souvent. 


— Et toi aussi, je devine.


 


Il sourit.


 


— Oui, et accessoirement avoir un diplôme, c’est bien aussi. 


 


J’éclate de rire. Oui, je suis bon public. 


 


 


*****


 


 


Pauvre Harry. En le voyant arriver, suivi par Colin, l’air mal réveillé, je le plains un peu. Juste un peu, car j’ai hâte de voler à nouveau. Tout le monde a l’air mal réveillé, certains ont même eu la chance de se faire réveiller par Dubois, d’où leur air un peu furieux.


 


Dubois commence à présenter sa nouvelle tactique. Jusque là, j’approuvais de commencer tôt, de faire beaucoup d'entraînements, sauf que… Sauf que les explications durent des heures et je commence à moi aussi sentir le sommeil me gagner. Petit à petit, je me cale contre l’épaule de George qui ne bouge pas du tout, au contraire, il me fait un sourire interrompu par un bâillement. 


 


Du coup, je n’écoute pas un mot du blabla de Dubois. 


 


— Donc, cette année, nous devrons nous entraîner plus que jamais... Et maintenant, allons expérimenter notre nouvelle stratégie sur le terrain ! 


 


C’est le mot que j’attendais. Je me lève avec énergie, récupère la vieille Étoile Filante et cours à l’extérieur, savourant l’air frais qui me réveille totalement. 


 


— Emy !


 


Hermione me fait des coucous avec sa main, je vole vers eux et croque avec délice dans la brioche qu’elle me tend.


 


— Merci.


— Vous n'avez pas encore fini ? dit Ron, étonné. 


— On n'a même pas commencé, répond Harry qui vient d’arriver. Dubois a passé son temps à nous expliquer sa nouvelle tactique. 


 


Il me rejoint dans les airs et on commence à faire la course, vite rejoints par les jumeaux. On s’amuse à faire des pirouettes et Fred me fait éclater de rire en manquant de tomber. Dubois nous rappelle à l’ordre avec un air sévère sur le visage. 


 


— C’est pas le moment de se blesser.


 


Puis Colin prend des photos, les Serpentard arrivent et les ennuis avec. 


 


 


*****


 


 


Je suis furieuse, je ressors de la cabane d’Hagrid pour souffler et me calmer. L’injustice de Rogue, la bêtise des Serpentard, mais surtout Drago, Drago ! Jusque là je lui donnais l’excuse que je connais son père, je connais sa famille, il tentait juste d’entrer dans le moule. Mais insulter Hermione de Sang de Bourbe ? Ça, c’est la goutte de trop.


 


Je pars vers le château, laissant derrière moi Ron entre de bonnes mains. Je sais qu’Hagrid sera de bons conseils, et pourra expliquer la situation à Harry et Hermione, ils ne savent pas ce que Sang-de-Bourbe veut dire.


 


« Emilynn, ma pauvre enfant, vous faites les frais des folies de votre mère qui a osé souiller la très noble famille des Black. Les Sang-de-Bourbe ont le sang sale, ces moldus ne sont pas à notre hauteur. Un Black ne se mélange pas avec eux, jamais. Car nous sommes quoi Emilynn ? »


 


— Toujours pur…


 


Des discours comme ça, Walburga m’en donnait à la pelle. Surtout à la fin d’ailleurs, elle commençait à divaguer un peu et oubliait ce qu’elle avait dit, répétant encore et encore les mêmes phrases.


 


Je pars vers le terrain de quidditch où les Serpentard sont toujours en train de s'entraîner. Je décide de me mettre dans un coin où je ne louperais pas Drago quand il reviendra vers le château.


 


Je n’attends pas longtemps, une vingtaine de minutes tout au plus.


 


— Drago !


 


Il soupire en marchant vers moi, les autres poursuivent leur route pour rentrer dans leur salle commune. Il a la tête haute, le visage fermé et aucun sentiment apparaît sur son beau visage. Je sais que je fais comme lui, on se protège, on adopte la technique Black, Narcissa est maîtresse dans cet art. 


 


— Qu’est-ce que tu veux ? demande t-il.


— Ne la traite plus jamais de Sang-de-Bourbe.


— Sinon quoi ?


— Je t’en prie, ne joue pas à l’idiot avec moi, tu es capable de réfléchir par toi-même et de te rendre compte que ce sont des idioties.


— C’est une Sang-de-Bourbe, réplique t-il en croisant les bras.


— C’est une née moldue, rectifie-je.


— Appelle-le comme tu veux.


— Non, justement Drago, pourquoi ça te pose un problème ? Pourquoi tu dois être aussi méchant ? Elle ne t’a rien fait, rien demandé, laisse la tranquille.


 


Il ricane.


 


— Sinon quoi ?


— J’ai vraiment besoin de te faire des menaces ? C’est si petit Drago, j’avais encore un peu de compassion pour toi, mais en fait, je m’étais trompée, tu es comme tes parents, des idiots enfermés dans des idées, des valeurs qui…


— N’insulte pas mes parents !


 


J’ai appuyé là où ça fait mal. Je sais qu’il a été très seul durant son enfance. Il n’avait que Narcissa, son père travaillait d’arrache pied au Ministère pour se racheter. Sa famille, c’est tout ce qu’il a.


 


— Après tout ce qu’ils ont fait pour toi, tu n’as pas le droit de les insulter ! s’énerve Drago.


 


Cette fois-ci, c’est à moi de ricaner.


 


— Tu veux rire ? Je serai restée avec mon père, ils n’auraient pas eu à m’accueillir chez eux. Ils n’ont rien fait pour m’aider, ils sont comme Walburga, persuadés que mon père était dangereux, ils ne savent rien à rien.


 


Je perds mes moyens, je le sens. Je pars dans tous les sens et cette conversation ne mène à rien. Au moins, Drago a compris ce que je pensais de ses actes, maintenant, je dois partir avant que je ne perde le contrôle. La Bête au fond de moi est déchaînée.


 


Je pars sans un mot, ce qui fait rager Drago. Il me crie qu’on en a pas terminé, mais je l’ignore et il finit par abandonner. Tant mieux.


 


Au déjeuner, j’ai réussi à me calmer ce qui me permet de manger avec les autres. Hermione a l’air d’aller bien tandis qu’Harry et Ron ruminent pour ce soir : ils ont leur première retenue. L’un avec Rusard, l’autre avec Lockhart. 


 


— Mais qu’est-ce qu’il te veut à la fin ? je demande.


— Qu’est-ce que tu veux dire ? répond Hermione avec une voix un peu plus aiguë que d’habitude.


— Il n’arrête pas de vouloir être avec Harry, vous m’avez dit qu’au magasin à Londres, il a fait une photo avec toi, puis il se compare à toi en parlant de vos notoriétés, c’est risible.


— Il l’apprécie, c’est tout…


— Non, il gratte la notoriété, réplique Ron.


— Mais arrêtez, je n’ai pas de notoriété, dit Harry.


 


On échange un sourire tous les trois. Bah si Harry, un peu quand même.


 


— Oh ne répondez pas, ajoute t-il ce qui entraîne nos rires.


 


 


*****


 


 


— Et cette voix disait quelque chose du genre « viens à moi, que je t’écorche, que je te tue ».


— Tu dis que Lockhart ne l’a pas entendu ?


— Non.


— Si ça se reproduit Harry, on en parlera à quelqu’un, en attendant peut-être que c’est ton esprit qui te joue des tours.


 


Harry fronce les sourcils sans répondre. Je commence à le connaître, il n’est pas d’accord avec Hermione, la voix qu’il a entendu était réelle. Sauf que la seule personne présente avec lui n’a rien entendu. C’est impossible. Quelque chose cloche.


 


Je lui fais un grand sourire rassurant ce qui le détend un peu.


 


— Hermione a raison, si ça se reproduit, on verra, en attendant, j’ai une super idée. Et si on commençait nos devoirs avant de trop en accumuler ?


— Oui ! s’exclame Hermione.


— Malheur, voilà que tu t’y mets toi aussi, soupire Ron.


 


J’éclate de rire devant l’air indigné d’Hermione. 


 


 


*****


 


 


En cours d’Histoire de la Magie, j’écoute pas grand chose. Souvent, j’étudie sur un bout de parchemin des techniques de quidditch, c’est assez discret pour que Binns ne se doute de rien. Aujourd’hui, je suis à côté de Ron, la pleine lune était la veille et je suis épuisée, je dors les yeux ouverts.


 


— Sincèrement, tu as envie d’y aller à cette fête d’anniversaire de mort ? me demande t-il à voix basse.


 


Je soupire, j’espère que c’est une réponse assez évidente comme ça.


 


— Merci, enfin un soutien. J’ai l’impression qu’Hermione voit ça comme une super expérience à vivre et Harry ne se rend pas compte du truc.


— Tu sais à quoi ça ressemble toi ?


— Aucune idée, mais je ne vois pas ce que ça a de réjouissant. 


 


Moi non plus.


 


— J’espère qu’on pourra tout de même aller au festin d’Halloween.


— Mais oui ! s’exclame t-il un peu trop fort, ce qui fait que tout le monde se retourne vers nous.


— Un commentaire Monsieur Weasley ? demande Binns.


— Heu non… Je me disais bien que Pierre Bonadord était bien le premier sorcier suprême de la Confédération des sorciers internationaux.


— Le premier Manitou Suprême était Pierre Bonaccord, et c’est la Confédération internationale des sorciers, pas l’inverse, rectifie le professeur pinçant. 


— Ah heu oui…


 


On pouffe de rire quand le professeur retourne au cours. 


 


— Bien joué, dis-je, ce qui fait encore plus rougir Ron.


— Pfiou, c’était moins une, j’en ai assez de récurer la salle des trophées.


— Continue de voler des voitures volantes et tu pourras devenir sorcier suprême.


— Désolé, je n’accepte que les rôles de Manitou Suprême. Sorcier, c’est trop banal pour moi.


 


On rigole discrètement, Hermione se retourne en nous faisant un regard noir. Elle déteste quand on bavarde en classe.


 


— Bref, j’avais oublié qu’on allait avoir le festin d’Halloween. C’est toujours trop bon les festins à Poudlard… marmonne t-il.


— Moi, j’aurais bien voulu voir les citrouilles d’Hagrid.


 


Il hoche la tête avec moi.


 


— Ahlala, ce qu’on ferait pas pour ses amis, dit-il.


 


Sa remarque me trouble. Oui, il a raison, on est amis. On va même à des soirées d’anniversaire de mort ensemble. Pourtant, je ne suis pas honnête, et ça fait plus d’un an que je leur mens.


 


Ignorant de mes sombres pensées, Ron retourne dormir les yeux ouverts. Moi, je sens la culpabilité m’envahir un peu plus. Ça me pèse. Mais je n’ai pas le choix. 


 


 


*****


 


 


Ce nouvel entraînement m’a exténuée. Je repose ma tête contre les casiers derrière moi tout en grignotant un bout de biscuit. La pleine lune était il y a quelques jours, j’ai du mal à récupérer.


 


Cette fois encore, j’ai réussi à rester sous forme humaine.


 


Tout le monde a déserté le vestiaire, seuls restent Harry et George. Ce dernier était pourtant prêt à partir en même temps que Fred, je devine pourquoi il traîne…


 


Pourquoi est-ce si dur de respirer ?


 


— Je repars au château… me dit Harry avec un sourire.


 


Il repart avant que je réponde, me laissant seule avec George. Je continue de manger mon biscuit pendant qu’il range une énième fois son casier.


 


— Tu en veux un ?


 


Il se retourne, secoue la tête et me tend un paquet. Moi le bras tendu avec mes biscuits, lui le bras tendu avec son paquet, la situation est comique. 


 


— C’est quoi ?


— Surprise.


— J’aime pas les surprises.


— Le contraire m’aurait étonné. Moi, je les adore.


 


Je rigole puis je m’empare du paquet. J’ai déjà une idée de ce que c’est. Effectivement, je découvre un livre en enlevant l’emballage en papier kraft, par contre, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit français.


 


La force de l’âge, Simone de Beauvoir.


 


Mince alors. Mes mains tremblent un peu quand je l’ouvre et découvre l’écriture de mon père dans les marges.


 


« La croûte terrestre. Quel énorme gâteau, cette planète, mal cuit, trop cuit, boursouflé, crevassé, fendillé, craquelé, tavelé, gonflé de cloques, creusé de poches, fumant, fumeux, encore bouillant et bouillonnant. »


—> Une belle accumulation certes, mais je ne marcherai plus de la même manière sur la terre en imaginant que je suis sur un gâteau.


—> Gâteau au chocolat bien sûr !


 


J’éclate de rire en lisant son commentaire, j’ai été élevée avec un père gourmand en chocolat, il avait toujours une tablette au chocolat dans la maison.


 


- Merci, souffle-je à George qui arborait un sublime sourire.


— Tout le plaisir est pour nous.


— Nous ?


— Fred et moi.


 


Évidemment. 


 


— Comment avez-vous fait ?


— On a envoyé une note avec le jour de notre sortie à Pré-au-Lard, disant qu’on pourrait récupérer un colis à la poste. On a mis suffisamment de blabla pour ne pas lever les soupçons du ministère, ne t’inquiète pas. On raconte qu’on a adoré le dernier jeu de Kasparov et qu’on peut récupérer le livre oublié chez lui en allant à la poste…


 


J’écarquille les yeux en réalisant tout ce qu’ils ont fait pour moi.


 


— Depuis quand vous connaissez Kasparov ? 


 


Cela est la seule chose que j’arrive à répondre.


 


— On a fait nos recherches, réplique t-il avec un sourire.


 


Kasparov est un excellent joueur d’échecs. Un des meilleurs du monde.


 


— Merci. Vraiment merci. 


— Ne me remercie pas. De te voir aussi heureuse me…


 


Appuyé contre les casiers, il laisse sa tête tomber en arrière et regarde le plafond pour réfléchir. Je lui laisse le temps d’y penser, observant la couverture cornée du livre. Mon père l’a depuis longtemps, combien d’autres conserve t-il en mettant des notes dans les pages espérant me parler via ces petites phrases ? Finalement George se redresse pour finir sa phrase.


 


— Tu sais Emy, le sentiment que j’ai quand tu es heureuse est comme si tu faisais sourire mon coeur. Tu vois ce que je veux dire ?


 


Oui, très bien.


 


Je comprends une chose ce soir là.


 


George ne dit pas « je t’aime » comme les autres personnes.


 


Tous ses gestes, mots, actes le crient.


 


Parce que c’est évident. 


 

End Notes:

Hey,

Je me suis toujours dit qu’Hermione aurait tellement aimé faire un double cursus. Elle a pris étude des moldus en étant née moldue. Si le programme Erasmus était fait pour quelqu’un, c’est bien elle ! 

Emy lit les livres autobiographiques de Simone de Beauvoir, auteure ambiguë, certes, mais surtout, n’étant pas une grand fan de la littérature, ses livres sont les seuls livre français, publiés avant 1990 que j’ai lu. Il y a aussi L’étranger de Camus que je cite dans Dark Paradise. Je ne veux pas parler de ce que je ne sais pas. Pardonnez-moi si j’en offense certains.nes, je préférais donc intégrer Simone dans mon histoire. Sinon c’était le Misanthrope, mais j’ai pas du tout aimé (où étaient les vampires, fées et autres créatures fantastiques ?).

Merci à MissArty pour sa relecture ♥︎

Et merci pour votre lecture,

winter

Partie 2 - Chapitre 4 (past) by Winter
Author's Notes:

 

 

 

image par Nick Wilkes sur unsplash

12 décembre 1981


 


— Ah ! Papa !


 


Emy courait sur ses petites jambes derrière les nuages d’écume soulevés par le vent. Remus courait avec elle et la poursuivait en faisant de grands bruits terrifiants qui faisaient rire la petite fille aux éclats.


 


— Hiiiiii !


— Attention, je vais te manger !


 


Elle courait dans tous les sens, ses cheveux noirs voletant autour de son visage rougi par le froid. En une puissante foulée, il l’attrapa par la taille et la serra contre lui en tournant sur lui-même la faisant encore plus rire.


 


— Ah papa aête aête !


— Miam miam miam !


 


Elle gesticulait dans tous les sens, son rire retentissait sur cette colline côtière malgré le vent puissant du nord. 


 


— J’arrête ? demanda t-il alors que sa fille avait un sourire immense.


— Ui.


— Sûre que j’arrête ?


 


Il s’approcha de son petit cou, la faisant glousser de plus belle.


 


— Bon, ok, j’arrête, je n’ai plus faim. Et toi petit loup, tu as faim ?


— Ui !


— On va prendre le goûter !


— Le chocolat !


 


Ce n’était pas sa fille pour rien, pensa t-il amusé. Il la hissa sur ses épaules pour revenir vers le Roc au Vent. Elle tendait sa petite main vers les nuages de mousse pour tenter de les attraper. Le vent qui avait gelé Remus ne semblait pas avoir d’emprise sur elle, ce n’était pas une frileuse, elle adorait être en plein air. Toutefois, malgré le fait qu’elle ne tombe jamais malade, il la couvrait bien, il préférait être prévoyant. 


 


Ça faisait plus d’un mois qu’ils étaient en France. Au fil des jours, Emy s’était ouverte à nouveau, souriant, parlant, marchant, comme si elle retrouvait la vie. Il ne doutait pas que les récents événements, malgré son jeune âge, l’avaient choquée. Elle avait encore des séquelles, elle avait du mal à être loin de lui, et dormait mal la nuit. Cependant, elle s’habituait bien à la présence rassurante de Jonathan, la prochaine pleine lune devrait mieux se passer que la précédente. 


 


En rentrant dans la maison, Plume, la petite chatte tricolore, vint les accueillir avec un miaulement. Dès qu’il déposa Emy, la petite partit vers la cuisine pour rejoindre Jonathan, Plume sur ses talons. 


 


— Emy, ton manteau et tes chaussures.


 


Sage, elle revint pour tenter d’enlever ses affaires. Ce serait une gamine autonome, il n’en doutait pas, elle était en avance sur son âge et tentait déjà d’enlever ses chaussures toute seule. Il se contenta d’enlever le scratch et elle tira sur sa petite basket pour enlever son pied. Ses gestes étaient peu précis, mais il la laissait faire, c’était en faisant qu’on apprenait. 


 


Plume ne perdait pas une miette du spectacle. Pourquoi ce chat collait-il sa fille ? Il ne savait pas. Emy avait des gestes un peu brusques parfois, ne contrôlant pas trop ses mouvements. Pourtant, l’animal la suivait comme une ombre et plus d’une fois, il la surprit à dormir avec elle. 


 


Avec lui et Jonathan, Plume était radicalement différente. Sa lycanthropie de naissance peut-être ? Possible.


 


— Salut, comment était cette balade ?


— To bien, répondit Emy qui allait partir avec toujours son manteau sur le dos.


— Hep hep hep Miss, le manteau et les chaussons, prévint Remus.


 


Elle le laissa enlever la fermeture éclair, puis elle prit ses petits chaussons pour tenter de les mettre. Cependant, elle confondait encore l’avant de l’arrière et ne parvenait pas à les enfiler. Remus eut un sourire attendri tout en l’aidant. Faire découvrir le monde à son enfant était sa seule source de bonheur, et plus d’une fois par jour, une bouffée d’amour l’envahissait. Lyra était toujours là, toujours avec lui, à chaque fois qu’il voyait leur fille, c’était une parcelle de Lyra qui vivait encore.


 


— Ça va Remus ?


— Oui, oui, et toi ? Comment vont André et Denise ?


— Très bien, on a joué aux cartes, elle a encore gagné comme toujours, avec André. Marcel n’était pas content. 


 


Jonathan était un fou de belote. Marcel était son binôme depuis qu’Alphard était parti. Ils jouaient toujours à quatre contre André et Denise. 


 


— Je suis rentré, il y a une demi-heure, j’en ai profité pour préparer un bon chocolat chaud au cacao.


 


Les yeux d’Emy pétillèrent de gourmandise.


 


— Ha ha, viens avec moi petite morfale. 


 


L’enfant et le chat coururent vers la cuisine. 


 


 


*****


 


 


2 février 1982


 


— Turn slowly if you don’t want to splash everywhere the crêpes pasta.


** Tourne doucement si tu ne veux pas mettre de la pâte à crêpes partout. **


 


Emy hocha la tête en fronçant ses petits sourcils. Elle avait un tablier trois fois trop grand pour elle, juchée sur une chaise, elle appliquait les conseils de Jonathan à la lettre. 


 


Avec Remus, ils avaient convenu de parler dans les deux langues à la petite fille. Il ne souhaitait pas revenir en Angleterre maintenant, il n’y avait plus rien pour lui là-bas, alors tout portait à croire que son école, elle la ferait en France. 


 


Pour les fêtes de fin d’année, Lyall et Espérance étaient passés. Ils s’étaient réjouis de voir leur petite fille si grande et de voir que Remus se reconstruisait. Tout doucement, mais ces choses-là prenaient du temps, c’était normal.


 


Jonathan était heureux de partager sa grande maison avec eux. La présence d’un petit enfant qui découvrait le monde était merveilleuse. Et avec Remus ils s’entendaient très bien, alors ils vivaient dans ce drôle d’équilibre qu’ils avaient trouvé tous les trois. 


 


Quatre, il y avait Plume.


 


Celle-ci ne perdait pas une miette de l’apprentissage de cuisine d’Emy. Sait-on jamais, un bout de crêpe pouvait tomber.


 


Remus ne pouvait pas dire qu’il était parfaitement heureux. Non. Avec la mort de Lyra, un petit bout de lui était mort. Cependant, dans des moments de la vie aussi simples que regarder sa fille et Jonathan faire des crêpes, avec un feu qui crépite, du chocolat et de la confiture plein l’estomac, il ne pouvait que se sentir…


 


Apaisé.


 


Ces moments de paix, il les accueillait avec délice, il ne se sentait pas coupable de sourire, il avait le droit d’avoir des moments de répit. 


 


— Papa egade !


 


Il se leva pour rejoindre Emy qui lui tendait dans sa petite main une crêpe pleine de chocolat qui dégoulinait sur ses doigts.


 


— Pou toi.


 


Le coeur de Remus se gonfla d’amour, c’était la meilleure crêpe de tous les temps. 


 


 


*****


 


 


31 juillet 1982


 


Cette journée avait été difficile pour Remus. Il y avait des jours où il ne faisait que penser à Lyra et le passé le rattrapait, le plongeant dans une tristesse infime. Heureusement, la présence d’un petit enfant obligeait à être dans le présent, dans la vie.


 


Mais pour l’anniversaire de sa fille, il avait vraiment eu du mal à en faire une fête joyeuse. Ses parents et Jonathan avaient pris le relai donc Emy avait passé la journée entourée d’amour. 


 


Il s’en voulait de ne pas avoir été à la hauteur.


 


L’heure du coucher était désormais arrivée, ils étaient devant son armoire. À son âge, elle commençait à affirmer ses choix, sa personnalité se dévoilait, alors il la laissait choisir pour le livre du soir par exemple, ou son pyjama.


 


— Lui.


 


Elle désigna un pyjama rayé beige et blanc avec un petit éléphant sur le devant. Il n’était pas surpris, elle le choisissait toujours. S’il y a quelques semaines, il était un peu grand, il commençait déjà à être trop petit, la séparation avec ce pyjama fétiche allait être compliquée, il le savait. 


 


— D’accord.


 


Il lui tendit le pyjama pour qu’elle enfile une jambe. En s’appuyant sur lui, elle maintint son équilibre et parvint à l’enfiler rapidement. Puis elle se tourna pour qu’il ferme les boutons à l’arrière.


 


— Et voilà miss, tout est bon.


 


Son doudou lapin dans une main, Plume de l’autre côté, elle se dirigea vers son lit qui était dans la chambre en face de celle de Remus. Il ne fermait jamais la porte et laissait toujours une veilleuse. Cependant, qu’elle dorme maintenant dans sa chambre était un exploit. Il y a quelques mois, cette idée aurait été impossible.


 


— Tu veux quelle histoire ce soir ?


 


Elle avait déjà saisi son album préféré, celui d’Elmer l’éléphant. En général, ça variait entre lui et Arc-en-ciel, le plus beau des poissons de l’océan. Elle semblait aimer la couleur.


 


Il s’assit près d’elle, ouvrit l’album alors qu’elle se blottissait tout contre lui. Le lapin sous son bras, Plume roulée en boule sur la couette, il avait un auditoire très attentif.


 


Lire en français était un exercice loin d’être évident pour lui. Certes, il s’améliorait et se débrouillait très bien, cependant, il était bien conscient que sa fille saurait parler sans accent bien avant lui et avec bien plus de facilité. Il s’en félicitait, Lyra aussi savait parler très bien français. 


 


Quand il eut fini, Emy était toujours réveillée, son souffle s’était apaisé, elle était calme, il espérait qu’elle s’endormirait rapidement. Quand elle avait trop de difficultés, un Mage spécialisé pour l’enfant, lui avait donné une petite potion à base d’herbes qui chassait les cauchemars. Car Emy en faisait beaucoup. Ça s’était calmé depuis un temps, mais ce n’était pas rare que Remus soit réveillé par des pleurs.


 


— Bonne nuit mon coeur, fit-il en déposant un baiser sur son front. 


— Papa ?


 


Il se rassit sur le lit et observa sa petite fille aux grands yeux vairons. 


 


— Oui.


— Maman est partie ?


 


Il s’obligea à rester stoïque. Ce jour, il l’attendait, il se doutait qu’elle lui en parlerait. Et il ne voulait pas la peiner.


 


— Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions, murmura t-il.


 


Il prit Emy contre lui sentant son petit coeur battre tout fort contre lui. Son odeur l’apaisa, la Bête ne se réveillait jamais en sa présence.


 


— Le savant dirait que oui, elle est partie. Mais le poète dirait qu’elle est toujours là. Elle ne partira jamais, elle sera toujours dans ton coeur, d’accord ? Nous ne sommes pas seuls, elle est avec nous.


 


Emy hocha juste de la tête. Parfaitement calme, elle le laissa le border. Son doudou lapin était aussi grand qu’elle, et avec le petit chat qui ne la quittait pas, le tableau était magnifique. Il lui fit un dernier baiser et partit rejoindre les adultes en bas.


 


Il ne savait pas s’il avait dit ce qu’il fallait pour calmer les peurs et doutes de sa fille. Il était sûr qu’elle poserait la question à nouveau, en attendant, il allait faire des recherches sur la psychologie infantile. Il ne voulait pas avancer à tâtons. 


 


— Tout s’est bien passé ? demanda Espérance en le voyant les rejoindre dans le salon.


 


Il était épuisé, il s’assit et passa une main sur son visage.


 


— Elle m’a demandé où était Lyra.


 


Un silence accueillit ses paroles.


 


— Je voulais vous remercier pour aujourd’hui. Je n’ai pas pu être plus…


 


Sa voix se brisa et il inspira calmement.


 


— J’aurais dû être plus présent pour Emy, c’est son anniversaire, je veux que ce soit un jour joyeux pour elle, pas que son père broie du noir.


— C’était le premier, répondit Lyall. Le prochain sera plus facile.


— Tu peux être fier de toi, de tout le chemin que tu as accompli, reprit Espérance. Tu ne devrais pas te culpabiliser à ce point, soit clément avec toi-même. 


— On peut prendre le relai quand ça ne va pas, ajouta Jonathan.


 


Leur bienveillance fit chaud au coeur de Remus. La gorge coupée par l’émotion, il ne put qu’hocher la tête.


 


Les autres avaient très bien compris. 


 


« Merci. »


 

End Notes:

Hey,

Plume est vraiment mon chat, qui est tricolore et a vraiment un comportement de chien parfois (elle a été élevée avec un golden). Donc elle peut me suivre comme un chien et se coucher à mes pieds. Je pensais à cette vidéo quand j’imaginais Emy avec Plume.

Comme pour Dark Paradise, le français est écrit en anglais dans cette fic, vous avez les traduction à la suite pour faciliter la lecture.

Elmer l’éléphant et Arc-en-ciel le poisson ont vraiment bercé ma petite enfance. Génération 99 bonjour. Il y avait aussi les albums de la famille souris. :)

Le savant et le poète appartiennent à Pierre Bottero - Le Pacte des Marchombres ♥︎

Merci pour votre lecture,

winter

Partie 2 - Chapitre 5 by Winter
Author's Notes:

ϟ. The Antlers - Kettering

Certains dialogues sont tirés du tome 2, Harry Potter et la Chambre des Secrets par J.K. Rowling.

— Tenez, fait le professeur Rogue.


 


Il me tend cette potion immonde qui est devenue mon quotidien depuis plus d’un an.


 


— On ne peut pas rajouter du sucre ?


 


Son regard n’incite pas du tout à la conversation, mais en même temps, ce n’est pas lui qui doit la boire pendant une semaine