Et toi, tu es la flamme by Sifoell
Summary:

Les trucs bizarres arrivent toujours à Shadow Moon. Après avoir parcouru les Etats-Unis avec son père pour une guerre stupide entre Anciens et Nouveaux Dieux, après être mort lors d'une veillée funèbre, Shadow a décidé qu'il en avait fini avec toutes ces conneries, et s'est pris quelques vacances en Europe. Et là encore, les trucs bizarres continuent à arriver.


Même lorsqu'il va boire une bière dans un pub en plein Londres, entre une vieille femme voilée de noir qui sent la viande crue et un immense homme à la barbe grise dont les poches font entendre des couinements.


Et puis, il y a eu la fille.



Montage fait sur Canva à partir d'une image de YOUNGU sur Pixabay.


Categories: CrossOver, Romance (Het), Après Poudlard Characters: Autre personnage, Famille Weasley, Victoire Weasley
Genres: Aventure/Action, Famille, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lemon soft
Challenges: Aucun
Series: Chemins de traverse (Cross-Overs)
Chapters: 5 Completed: Non Word count: 18056 Read: 416 Published: 13/05/2022 Updated: 13/09/2022
Story Notes:

Depuis la relecture des quatre livres American Gods, Anansi Boys, Le Monarque de la Vallée, et Le Dogue Noir, et le revisionnage de la série télévisée, j'ai eu envie d'écrire sur ce fandom qui me parle vraiment. Et Alena, encore elle, m'a lancé le défi d'écrire un cross-over entre American Gods et Harry Potter, donc c'est parti.

L'histoire se situe en 2022, Victoire Weasley a 22 ans, et Shadow une trentaine d'années. L'histoire se situe donc en next-gen pour le fandom Harry Potter et après les trois livres le concernant pour Shadow Moon (après les trois saisons de la série également, je vais m'appuyer sur les deux formats).

Pour ceux ne connaissant pas le fandom Harry Potter, en gros, il y a eu une grosse guerre entre les sorciers, suite à l'émergence d'un mage noir, qu'Harry Potter a défait. Victoire Weasley est la première des enfants née de la fratrie Weasley, elle est née le jour anniversaire de la fin de la guerre (le 2 mai 2000, deux ans après la Bataille de Poudlard). Ses parents, nombre de ses oncles et de ses tantes, ses grands-parents sont des héros de guerre.

Pour ceux ne connaissant pas le fandom American Gods, Shadow Moon en est le héros et a découvert l'existence d'anciens dieux (de la mythologie slave, nordique, égyptienne, etc.) en guerre contre les nouveaux dieux (Media, argent, internet, etc.), en Amérique. Le but des anciens dieux étant de continuer à exister selon leur identité, le but des nouveaux dieux étant de les reprogrammer et donc de gommer en quelque sorte leur identité. Shadow Moon a donc débarqué dans cet univers, a découvert l'identité de son père, mais ne sait toujours pas ce que cela fait de lui. Il y aura quelques clins d'oeil à ce qu'il a vécu.

 

Rêves de chance by Sifoell
Author's Notes:

Attention, spoilers de la saison 3 de la série American Gods, et des quatre livres (American Gods, Anansi Boys, le Monarque de la Vallée et le Dogue Noir).

Et sinon, plein de trucs m'ont inspirée ici :

 

Pas à pas, bibliothèque de fiction, Almayen

Semaine 1 :

- placer la phrase "Je t'attends ici"

- Une personne âgée

Les défis galactiques

139. copc d'écrire un crossover HP/American Gods (pour redonner un coup de fouet au monde d'HP au niveau croyances diverses) Alena

50 nuances de fandom méconnu

Ships rares Shadow Moon/Victoire Weasley 1/5

Cross-over en folie : American Gods/HP.

Cela fait plusieurs mois que Shadow voyage en Europe. Cela lui rappelle sa jeunesse, quand sa mère et lui parcouraient le monde, avant qu'ils ne s'installent en Amérique, et qu'elle y finisse sa vie. Le seul moment où il s'est vraiment posé, c'est quand il a rencontré Laura à Eagle Point. Quelques années de ce qu'il a cru être du bonheur, jusqu'à ce qu'elle lui dise qu'elle n'était pas heureuse, qu'elle faisait semblant, et qu'elle tisse ce plan ambitieux de voler le casino dans lequel elle travaillait. Jusqu'à ce qu'il se fasse coincer, et qu'il passe trois ans en prison à dévorer des livres et soulever de la fonte, parce qu'il avait décidé de porter le chapeau seul, et se nourrissait de l'attente de retrouver sa petite femme et de reprendre leur vie là où ils l'avaient laissée.

Jusqu'à ce que tous ses projets d'avenir avec Laura volent en éclat, et qu'il apprenne sa mort, celle de son meilleur ami Robbie, et leur liaison. Finis, alors, les projets à sa sortie de prison. Jusqu'à ce que Voyageur l'embauche comme garde du corps et l'embarque dans un périple dans tous les Etats-Unis, pour une foutue guerre entre anciens dieux et nouveaux dieux. Shadow ne l'a pas vraiment cru avant que des choses étranges ne commencent à se passer : Sweeney qui fait sortir des pièces de nulle part, l'autre connard avec sa limousine qui l'a fait lyncher, et Laura qui est revenue d'entre les morts. Avec un goût de charogne dans ses baisers.

Et tellement d'autres trucs bizarres qu'il serait trop long d'énumérer...

Maintenant, tout ça est fini. Shadow a découvert que Voyageur était son père. Il a été tué. Shadow l'a veillé selon les rites, et s'est sacrifié pour lui. Il a alors choisi le néant, mais même sa mort, il n'a pas pu la vivre jusqu'au bout, parce qu'Ostara, la déesse du printemps, et Horus, le dieu soleil, sont venus le chercher.

Alors, il en a eu marre de toutes ces conneries, a salué les quelques dieux qu'il appréciait avant de sauter dans le premier avion pour l'Europe.

Et les trucs bizarres ont continué d'arriver.

Et les rêves étranges envahissent ses nuits, le laissant parfois reposé, parfois dans un état de confusion qui lui fait se demander s'il est bien réveillé, si ce qu'il voit est bien réel.

Et une des dernières paroles de Bastet, venue le visiter en Angleterre alors qu'il était emmuré dans un tertre, encore une fois sacrifié, lui revient en mémoire, ne cesse de tourner dans son esprit.

Ma douceur, tu n'as vraiment aucune notion. Aucune idée de qui tu es, de ce que tu es, ni de ce que cela signifie*.

Et ces rêves de vikings sur des drakkars qui l'implorent sans cesse, dès qu'il ferme l'oeil.

Et cet autre rêve, étrange, où il est dans un lieu inconnu qui pourrait être n'importe quelle salle d'interrogatoire de n'importe quel poste de police. Sauf qu'en face, ce ne sont pas des policiers tels qu'il les a bien trop connus.

 

Après avoir visité les coins paumés de Norvège, où il est né, d'Ecosse, d'Irlande et d'Angleterre, Shadow a manqué de l'effervescence des villes et poursuivi son voyage jusqu'à Londres. Le sac de randonnée bien calé sur ses épaules musculeuses, il arpente les rues de la capitale, se remémorant ces lieux qu'il a visité, dans une autre vie, il lui semble, avec sa mère. Et Shadow envie le charme et le flegme anglais. Dès qu'il déplie sa carte de Londres à un croisement, il y a quelqu'un qui interrompt son chemin pour lui indiquer la route. Il se sent bien accueilli, et cela fait longtemps qu'il n'avait plus l'impression de vivre cela.

Le problème, en Angleterre, c'est la bouffe. Shadow n'est pas difficile, non, loin de là, mais dès qu'il doit s'aventurer à goûter des spécialités anglaises, de manière générale, il n'aime pas ça. Alors, armé d'un énorme hamburger avec une double portion de frites, et un demi-litre d'une bière blonde, Shadow traverse Hyde Park, et va se poser sur un des bancs pour dévorer son repas, en jetant un œil paresseux aux canards sur le plan d'eau qui le regardent avec l'attention de rapaces affamés, attendant qu'il lui jette quelque chose. Les écureuils courent d'un arbre à l'autre, à l'affût de la moindre miette.

Prenant son temps, Shadow adresse quelques sourires aux filles qui passent en gloussant et en se chuchotant des secrets une fois qu'elles l'ont dépassé, après un dernier regard et un dernier éclat de rire. Shadow a toujours plu, il en a conscience, en a parfois usé. Il aimerait goûter de nouveau à l'étreinte d'une femme entre ses bras. Une femme qui ne soit pas Bastet, ni une hulder. Une femme normale comme Laura.

Non, mauvais exemple.

Laura et lui, cela fait longtemps que c'est fini, même si le veuvage de Shadow n'a duré que quelques heures jusqu'à ce que sa femme s'extirpe de sa tombe, portant en son sein le trésor du soleil qu'il n'était pas conscient de lui avoir donné.

Tout le monde meurt autour de lui, et il ne sait toujours pas qui il est.

Shadow époussette son tee-shirt et son pantalon, se débarrasse des miettes et se lève de son banc, avant de passer devant une poubelle et d'y jeter les reliquats de son repas. Le ventre plein, il se sent malgré tout d'humeur mélancolique, ses pensées tournant sans cesse dans son esprit. Il a vécu des choses extraordinaires mais n'a pas l'impression d'en avoir été profondément changé. Tout change autour de lui, mais rien ne le change véritablement.

Le sac sur le dos, Shadow traverse le parc, sa beauté ne le touchant plus. Il a besoin de trouver une chambre pour quelques nuits, avant qu'il n'en ait fini avec Londres et décide de traîner sa carcasse ailleurs. Le temps est encore beau, il n'a pas eu le droit au fameux brouillard londonien ni aux averses. Pourtant, on n'est qu'en avril, et le soleil du début de printemps est déjà agréablement doux. Shadow rejoint la rue passante qui longe Hyde Park et, plus attentif à chercher du regard un hôtel qu'à surveiller la circulation, il s'élance pour traverser la route quand une main fine attrape son coude et le retient.

- Hey, attention aux voitures !

Quand il se retourne vers la jeune fille, Shadow en a le souffle coupé. Elle est plutôt grande, pour une fille, et porte de longs cheveux si blonds qu'ils en ont des reflets argentés. Elle a des yeux d'un bleu vif, qui ressortent sur son teint pâle, et quelques tâches de rousseur sur son nez et ses pommettes. Elle est incroyablement belle, et au trouble qui semble la saisir aussi, Shadow sent ses lèvres dessiner ce sourire en coin qui le caractérise.

- Merci.

Il lui tend sa large main pour la saluer, et elle la serre avec vigueur.

- Je m'appelle Shadow.

- Victoire.

La jeune femme fronce les sourcils, puis son visage se détend. Elle retire sa main de celle de Shadow, et ne semble pas savoir qu'ajouter, alors, il lui dit la première chose qui lui passe dans la tête.

- Je fais un peu de tourisme, et je cherche un hôtel pour plusieurs nuits. Vous avez une idée d'où je pourrai en trouver un ?

Le regard de Victoire glisse sur Shadow, sa peau cuivrée, les muscles de son torse et de ses bras tendant le tissu de son tee-shirt. Le sac à dos moldu. Elle semble sortir de sa rêverie, et rougit devant l'air suffisant de Shadow, parfaitement conscient d'avoir été admiré.

- Vous êtes américain, non ?

- Oui, mademoiselle. Je voyage depuis plusieurs mois en Europe.

Victoire acquiesce, arborant un air rêveur en contemplant le regard chaleureux de Shadow. Elle se sent idiote devant cet inconnu.

- Suivez-moi, il y a un hôtel au bout de la rue, là-bas.

Elle commence à marcher, et Shadow lui emboîte le pas. Elle est quasiment sûre que ce gars est un moldu, et il y a un hôtel qui fait au coin de la rue. Alors qu'ils approchent du Chaudron Baveur, Shadow en observe l'enseigne qui est de plus en plus visible et s'arrête, regardant alternativement l'entrée du bar, et Victoire qui s'est arrêtée elle aussi. Elle s'exclame alors.

- Oh, mais vous n'êtes pas un Moldu ! Mais il fallait me le dire ! Venez, on va sur le Chemin de Traverse.

Shadow regarde le reste de la rue, les gens qui passent devant ce bar sans sembler le remarquer, et ces autres personnes qui lui passent devant, s'engouffrant dans l'entrée, habillés pour certains de manière extravagante.

Les trucs bizarres continuent donc de lui arriver. Et c'est quoi un Moldu ?

- Ben alors, vous venez ? Je vais vous présenter Hannah.

Shadow acquiesce et entre à son tour, adressant un sourire à Victoire alors qu'il commence à se méfier de l'endroit où il est arrivé. Son regard parcourt le bar, les quelques personnes attablées dans des coins sombres, dont l'une d'elle, voilée de noir, mange de ses doigts pointus ce qui semble être du foie cru. Il y a également dans un coin du bar un homme immense qui prend à lui seul une banquette entière. Il porte de longs cheveux poivre et sel, et une barbe fournie. Victoire le salue d'un geste de la main auquel il répond, avant de reprendre sa conversation avec un petit gars roux, chauve et nerveux. Quand Victoire l'appelle de nouveau, il lui sourit encore et s'approche du comptoir derrière lequel une femme blonde portant un ample tablier blanc essuie des verres.

- Hannah, je te présente Shadow, un touriste américain. Il aurait besoin d'une chambre.

Nouvel échange de sourires polis.

- Oh, vous avez de la chance, comme on est hors saison et que la Coupe du Monde de Quidditch n'a pas encore commencé, j'ai quelques chambres de disponibles.

Shadow acquiesce, poli. La Coupe du Monde de quoi ?

- Je veux bien une chambre, oui, pour trois nuits, déjà.

Il essaie de garder son visage inexpressif alors que les verres qu'Hannah vient d'essuyer s'envolent pour se ranger sur les étagères derrière elle. Hannah lui demande alors, en reposant son torchon sur le comptoir.

- Première fois sur le Chemin de Traverse ? J'ai une chambre qui donne la meilleure vue possible sur la rue principale, jusque tout en bas. Suivez-moi !

Victoire, un peu gênée, reste assise au bar à les attendre, et Shadow suit Hannah dans les escaliers, essayant de ne pas avoir l'air surpris quand elle sort une baguette de sa poche pour éclairer le couloir, déverrouiller une porte, et l'ouvrir en grand pour le laisser passer. La chambre semble confortable, et a quelque chose de délicieusement désuet dans la décoration, pas comme ces motels merdiques dans lesquels il a dormi aux Etats-Unis du temps de Voyageur.

- Elle vous plaît ?

Shadow se retourne vers Hannah et lui sourit.

- Oui, ce sera parfait, merci.

- Je vous laisse vous installer, alors. Vous nous rejoignez ensuite ? La nuit c'est 3 Gallions et dix Mornilles.

Shadow acquiesce comme s'il avait compris ce qu'Hannah venait de dire. Il pose son sac au sol, puis s'avance vers la fenêtre et laisse son regard se perdre dans la rue, dans cette foule bigarrée. Certains hommes et femmes portent de longues robes colorées et des chapeaux pointus. Il y a de petites personnes habillées de noir et de blanc, et tout au bout de la rue, une devanture où plein d'enfants avec leurs parents sont agglutinés. Il n'arrive pas à en lire le nom, mais un gigantesque automate violet salue la foule d'un geste de son chapeau. Shadow s'éloigne de la fenêtre quand il observe deux personnes volant sur des balais.

Les trucs bizarres ne cessent de se produire quand il est là. Mais jamais il n'en avait vu autant en même temps. Même pas dans la Maison du Rocher où, sur le carrousel qui avait servi de moulin à prières géant, il avait voyagé avec les dieux jusque dans les Coulisses, jusqu'au Temple de son père, Odin.

Shadow quitte la chambre en se disant qu'il va continuer à agir comme si tout cela était normal, pour ne pas attirer l'attention sur lui. Et si cela finit par l'emmerder, il repartira de là, c'est aussi simple que ça.

Il rejoint Victoire et Hannah qui sont en grande conversation toutes les deux, et s'interrompent en pouffant de rire quand elles le voient en bas des escaliers.

- Alors, Shadow, qu'est-ce que vous êtes venus faire ici ?

Il s'installe sur le siège de bar à côté de Victoire qui rayonne auprès de lui. Cette fille est vraiment très belle.

- Un peu de tourisme, je visite.

- Vous avez voyagé où ?

Au fur et à mesure qu'il explique à Hannah et Victoire son périple à travers les Etats-Unis puis l'Europe, il sent la plus jeune vers qui toute son attention est tournée, devenir rêveuse, ses yeux pétillants.

- Je n'ai été que dans les Pyrénées, dans la famille de ma mère. Sinon, dans le Royaume Uni, et en Egypte, des fois... Mon père y travaille en Egypte. Il est briseur de sorts pour Gringott's, et certains de leurs clients achètent des antiquités égyptiennes, et mon père doit s'assurer qu'elles ne sont pas dangereuses avant de les ramener dans leurs coffres.

Shadow acquiesce, n'ayant absolument aucune idée de ce qu'elle vient de dire. Et quand Victoire précise que Gringott's est la banque sorcière, il se dit qu'il devrait essayer d'être plus convainquant dans ses expressions. Sa mère a toujours dit de lui qu'il était un mauvais menteur, et son père lui a appris tout ce qu'il pouvait à ce sujet. Il n'en a retenu que ce qu'il a voulu.

Shadow restant silencieux, Victoire saute du fauteuil du bar et marmonne.

- Je vais vous laisser, si vous voulez.

Il s'empresse alors de la retenir, armé de son sourire charmeur, et de celui de connivence d'Hannah qui ne rate pas une miette de leur échange.

- Oh, mais non, restez ! Excusez-moi, j'étais dans mes pensées. Vous me faites visiter le Chemin de Traverse ?

Victoire lève les yeux vers Shadow et acquiesce.

- Bien sûr !

Elle se met à lui sourire et penche la tête sur le côté, son rideau de cheveux blonds aux reflets argentés venant balayer son épaule.

- Avant que vous ne partiez, Monsieur...

- Shadow Moon.

- Monsieur Moon. Si vous souhaitez manger ici, le service est entre 18h30 et 20h30. Cela vous laisse du temps pour visiter.

Shadow acquiesce en souriant de nouveau, puis suit Victoire qui traverse le bar jusqu'à une petite cour. Il plisse des yeux en cherchant la sortie, mais elle sort une baguette de sa poche et se met à tapoter quelques briques du mur, qui s'écartent pour révéler un passage menant à une rue pavée et passante. Victoire s'y engouffre, avec Shadow à sa suite, et quand elle se retourne vers lui, il a une telle expression enfantine d'émerveillement qu'elle se met à rire.

- Vous n'avez pas des villages sorciers en Amérique ? A New-York ?

Shadow acquiesce, bien que ne sachant pas du tout s'ils existent.

- Si, bien sûr, mais j'ai vécu longtemps dans l'Indiana. Dans une toute petite ville.

Les yeux de Shadow se promènent sur les vitrines surannées des magasins, sur la foule bigarrée qui se presse dans les rues.

- Oh, et vous avez été à l'école à Ilvermorny ?

- Non, au lycée Rosa Parks.

Victoire le regarde alors intensément.

- Ce sont vos parents alors qui vous ont appris pour la magie ?

- Oui, mon père. Un peu. Ma mère m'a appris tout le reste.

Shadow pose ses yeux sur la jeune femme mais à son expression de surprise intense, il se dit qu'il a dit une connerie.

- Votre mère est une Moldue ? On dit Non-Maj en Amérique.

Non-Maj, Non-Maj...

- Heu... Oui.

- Excusez-moi, je ne veux pas être indiscrète, mais en Amérique, ils étaient très à cheval sur l'interdiction des unions entre sorcier et Non-Maj, même si c'était il y a une soixantaine d'années. Les mœurs ont changé depuis ? Comment vos parents ont fait ?

- Je ne sais pas, honnêtement. Je n'ai rencontré mon père qu'il y a quelques années.

La main de Victoire vient saisir la sienne très brièvement, et la serrer.

- Je suis vraiment désolée.

- Y a pas de mal.

Ils s'échangent un sourire chaleureux. De ce que lui dit Shadow, Victoire comprend qu'il est un sorcier peu éduqué, et sans doute peu doué. Cela l'attriste profondément qu'il ne puisse pas être capable de faire ce que n'importe quel enfant de première année peut accomplir à Poudlard.

- Et vous faites quoi dans la vie, à part de grands voyages en Europe ?

- Oh, j'ai été garde du corps pendant quelques temps. C'est comme ça que mon père m'a approché, d'ailleurs. Il m'a embauché pour le protéger.

Victoire se retourne vers lui en ouvrant de grands yeux.

- Il était en danger, mais comment un sorcier peut demander à un fils comme vous de le protéger ?

Shadow se dit qu'il a fait une gaffe quelque part, et précise.

- Il a fait des affaires avec des Non-Maj, des trucs illégaux. Il avait besoin d'un grand costaud à ses côtés.

Mais dans l'esprit de Victoire passent tous les moyens qu'un sorcier mal intentionné peut mettre en œuvre pour se débarrasser de Moldus inquiétants, et ils sont tellement nombreux qu'elle se contente d'acquiescer d'un air absent. Ce mec lui ment.

- Et vous, vous faites quoi dans la vie ?

Victoire se tourne de nouveau vers lui et rougit sous le regard chaleureux de Shadow. Elle est toujours plutôt méfiante, mais elle lit une telle ouverture d'esprit dans ses yeux, son attitude, qu'elle ne peut s'empêcher de s'épancher.

- J'ai fini mes études à Poudlard il y a cinq ans, et je cherche un peu ce que je veux faire, grimace-t-elle. J'ai pas trouvé encore. Mes parents voudraient que je travaille à Gringott's, mon oncle Percy au Ministère, mes oncles Ronald et George à la boutique de farces et attrapes, Charlie à la réserve de dragons. Il n'y a que ma tante Ginny qui me fiche la paix et me dit de patienter, que je trouverai bien. Pas évident de se faire une place dans ma famille.

- On dirait que vous avez une grande famille.

- Ils étaient sept du côté de mon père, mais Fred est mort pendant la guerre. Et elles sont deux du côté de ma mère. J'ai un petit frère et une petite sœur. Cela fait des repas de dimanche très animés, quand on mange au Terrier, chez mes grands-parents. C'est plus calme dans la Vallée, en France, chez mes autres grands-parents.

Quand Victoire a mentionné la guerre, Shadow a froncé des sourcils mais n'a pas osé poser de questions. Il se perd un peu dans son babillage, étonné qu'elle se livre tant à l'inconnu qu'il est. La courtoisie britannique, peut-être bien.

- C'est une grande famille. Je n'avais que ma mère, puis je n'ai eu que mon père.

Victoire lui lance encore un regard empathique. Elle ne peut pas concevoir, ayant une si grande famille, d'en avoir une si restreinte, et quelque part, ça l'attriste. Elle murmure alors.

- C'est dingue, on se connaît à peine, et on se dit des choses si...

Ses yeux quittent un instant Shadow pour se concentrer sur une haute silhouette maigre, et une tête couronnée de cheveux roux et de lunettes sévères. Victoire ouvre de grands yeux avant de saisir la main de Shadow et de le traîner jusque dans un salon de thé où tout est rose et fleuri.

- Une table pour deux, s'il-vous-plaît ! Et loin des fenêtres.

Madame Piédodu les accueille avec un sourire avant de les entraîner dans le fond du salon de thé et de les installer à une table élégante entourée de banquettes confortables.

- Quelqu'un vous embête ?

Le regard de Victoire parcourt le salon de thé et les fenêtres qui donnent sur la rue où elle voit avec soulagement la silhouette de Percy poursuivre son chemin. Elle pousse un soupir avant de répondre rapidement.

- Non. C'est mon oncle Percy, celui qui travaille au Ministère de la Magie. Il m'a dégoté un stage, mais je n'ai pas accroché, j'ai laissé tomber. Et s'il me voit, il va venir m'en parler encore pendant des heures. Il est adorable, mais qu'est-ce qu'il est rasoir !.

Le regard de Shadow embrasse le salon de thé, où il n'y a que des couples qui se tiennent les mains en se disant des mots doux au-dessus de la table. Il sourit, d'un air gêné, mais Victoire a ses yeux braqués sur la rue, l'ignorant totalement. Il a une soudaine envie de partir de là, mais la jeune femme ne semble pas décidée à sortir.

- C'était un stage de quoi ?

- Au département de la justice magique. Paperasse, paperasse, et encore paperasse. Rien qui ne me fasse rêver.

Ministère de la Magie, Département de la Justice Magique. Shadow a l'impression d'être tombé dans une vraie société parallèle bien organisée. Comment peuvent-ils donc exister en plein Londres sans que personne ne le sache ?

Mme Piédodu vient prendre leur commande, et avant que Shadow n'ait pu ouvrir la carte qu'elle leur présentait, Victoire demande un thé noir aux écorces d'orange, et des scones avec de la confiture de citron, pour eux deux. Refermant sa bouche, Shadow rend avec un sourire la carte à la petite dame. Le menu est un peu trop anglais à son goût et il ne rêve que d'un énorme beignet bien gras et sucré.

La porte du salon de thé s'ouvre alors, et une personne âgée, portant une improbable fourrure et un oiseau naturalisé sur son chapeau, entre en claudiquant, aidée par sa canne. Shadow amorce le geste de se lever, mais Victoire lui attrape la main en secouant la tête, puis elle murmure avec un sourire qui irait si bien avec d'autres mots.

- N'aidez surtout pas Madame Londubat, elle vise très bien les rotules avec sa canne.

Victoire adresse alors un signe de la main à Augusta qui la salue d'un hochement sec de la tête avant de s'asseoir près de la fenêtre.

- Elle est courtisée par Monsieur Ollivander qui a levé un peu le pied depuis la guerre, et a consenti à former deux apprentis pour sa boutique de baguettes. Il ne travaille plus que le matin, et ils passent toutes leurs après-midis ensemble.

Victoire les observe d'un air rêveur.

- Et Augusta est la grand-mère de Neville, qui est le mari d'Hannah que vous avez rencontrée au Chaudron Baveur. C'est une femme formidable, très forte. Terrifiante. Je l'adore.

Victoire adresse un sourire et un signe de la main, murmurant un bonjour et un ça va à Madame Londubat qui hoche une nouvelle fois la tête en ouvrant la carte. Shadow se recule contre le dossier de sa banquette quand dans un gigantesque claquement, une petite créature aux yeux globuleux et aux immenses oreilles chiffonnées apparaît, portant un plateau sur lequel sont posées une théière, deux tasses et leurs soucoupes, un pot à lait, un pot de sucre, un pot de confiture de citron et des cuillères. Quand il lève les yeux vers Victoire, elle l'observe d'un œil d'aigle, puis murmure quelque chose qui finit en « o » en agitant sa baguette autour d'eux.

- Vous n'êtes pas un sorcier, n'est-ce pas ? Sinon, vous ne seriez pas si étonné de voir de la magie et un elfe de maison. Vous êtes qui ?

La baguette se tend alors vers lui, et même si cet étrange outil paraît relativement inoffensif entre ses doigts fins, Shadow ne peut s'empêcher de se méfier. Il se rembrunit et son expression se durcit, alors que Victoire, face à lui, semble perdre toute contenance et se met à respirer plus fort.

- Je vous l'ai dit, je suis Shadow Moon. Et je crois que tout ceci est une farce. Tu es Loki, c'est ça ?

Shadow se lève brusquement, envoyant valser une partie de la vaisselle, s'attendant à ce que tout ce qui est autour de lui ne soit reprogrammé et qu'il se retrouve dans une limousine familière, avec l'autre connard de Technical Boy et l'autre connard de Loki. Et la jeune fille face à lui semble tout bonnement pétrifiée de peur. Shadow regarde autour de lui, mais toutes les personnes présentes ont encore leur visage, et certaines ont leur baguette brandie sur lui. Quelque chose cloche. Les trucs bizarres arrivent toujours autour de lui, mais ça, c'est du bizarre comme il n'en a encore jamais vu.

- Stupéfix !

Un éclair de lumière rouge surgit de la baguette de Victoire, puis d'autres baguettes encore, mais cela ne fait que pincer la peau de Shadow qui, machinalement, porte la main là où il a été touché, comme pour en écarter un insecte inopportun. Quelque chose lui dit que ce n'est peut-être pas un tour de Loki.

 

End Notes:

La phrase en italique (la citation de Bastet), est extrait du Dogue Noir, le dernier livre concernant Shadow Moon (l'auteur en aurait un autre sur le feu, je le sais de source sûre, son compte instagram lui-même).

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