Et toi, tu es la flamme by Sifoell
Summary:

Les trucs bizarres arrivent toujours à Shadow Moon. Après avoir parcouru les Etats-Unis avec son père pour une guerre stupide entre Anciens et Nouveaux Dieux, après être mort lors d'une veillée funèbre, Shadow a décidé qu'il en avait fini avec toutes ces conneries, et s'est pris quelques vacances en Europe. Et là encore, les trucs bizarres continuent à arriver.


Même lorsqu'il va boire une bière dans un pub en plein Londres, entre une vieille femme voilée de noir qui sent la viande crue et un immense homme à la barbe grise dont les poches font entendre des couinements.


Et puis, il y a eu la fille.



Montage fait sur Canva à partir d'une image de YOUNGU sur Pixabay.


Categories: CrossOver, Romance (Het), Après Poudlard Characters: Autre personnage, Famille Weasley, Victoire Weasley
Genres: Aventure/Action, Famille, Romance/Amour
Langue: Français
Warnings: Lemon soft
Challenges: Aucun
Series: Chemins de traverse (Cross-Overs)
Chapters: 5 Completed: Non Word count: 18056 Read: 418 Published: 13/05/2022 Updated: 13/09/2022
Story Notes:

Depuis la relecture des quatre livres American Gods, Anansi Boys, Le Monarque de la Vallée, et Le Dogue Noir, et le revisionnage de la série télévisée, j'ai eu envie d'écrire sur ce fandom qui me parle vraiment. Et Alena, encore elle, m'a lancé le défi d'écrire un cross-over entre American Gods et Harry Potter, donc c'est parti.

L'histoire se situe en 2022, Victoire Weasley a 22 ans, et Shadow une trentaine d'années. L'histoire se situe donc en next-gen pour le fandom Harry Potter et après les trois livres le concernant pour Shadow Moon (après les trois saisons de la série également, je vais m'appuyer sur les deux formats).

Pour ceux ne connaissant pas le fandom Harry Potter, en gros, il y a eu une grosse guerre entre les sorciers, suite à l'émergence d'un mage noir, qu'Harry Potter a défait. Victoire Weasley est la première des enfants née de la fratrie Weasley, elle est née le jour anniversaire de la fin de la guerre (le 2 mai 2000, deux ans après la Bataille de Poudlard). Ses parents, nombre de ses oncles et de ses tantes, ses grands-parents sont des héros de guerre.

Pour ceux ne connaissant pas le fandom American Gods, Shadow Moon en est le héros et a découvert l'existence d'anciens dieux (de la mythologie slave, nordique, égyptienne, etc.) en guerre contre les nouveaux dieux (Media, argent, internet, etc.), en Amérique. Le but des anciens dieux étant de continuer à exister selon leur identité, le but des nouveaux dieux étant de les reprogrammer et donc de gommer en quelque sorte leur identité. Shadow Moon a donc débarqué dans cet univers, a découvert l'identité de son père, mais ne sait toujours pas ce que cela fait de lui. Il y aura quelques clins d'oeil à ce qu'il a vécu.

 

1. Rêves de chance by Sifoell

2. Garde ton araignée occupée by Sifoell

3. La maison la plus hantée du quartier by Sifoell

4. Maou by Sifoell

5. Un troupeau de Weasley by Sifoell

Rêves de chance by Sifoell
Author's Notes:

Attention, spoilers de la saison 3 de la série American Gods, et des quatre livres (American Gods, Anansi Boys, le Monarque de la Vallée et le Dogue Noir).

Et sinon, plein de trucs m'ont inspirée ici :

 

Pas à pas, bibliothèque de fiction, Almayen

Semaine 1 :

- placer la phrase "Je t'attends ici"

- Une personne âgée

Les défis galactiques

139. copc d'écrire un crossover HP/American Gods (pour redonner un coup de fouet au monde d'HP au niveau croyances diverses) Alena

50 nuances de fandom méconnu

Ships rares Shadow Moon/Victoire Weasley 1/5

Cross-over en folie : American Gods/HP.

Cela fait plusieurs mois que Shadow voyage en Europe. Cela lui rappelle sa jeunesse, quand sa mère et lui parcouraient le monde, avant qu'ils ne s'installent en Amérique, et qu'elle y finisse sa vie. Le seul moment où il s'est vraiment posé, c'est quand il a rencontré Laura à Eagle Point. Quelques années de ce qu'il a cru être du bonheur, jusqu'à ce qu'elle lui dise qu'elle n'était pas heureuse, qu'elle faisait semblant, et qu'elle tisse ce plan ambitieux de voler le casino dans lequel elle travaillait. Jusqu'à ce qu'il se fasse coincer, et qu'il passe trois ans en prison à dévorer des livres et soulever de la fonte, parce qu'il avait décidé de porter le chapeau seul, et se nourrissait de l'attente de retrouver sa petite femme et de reprendre leur vie là où ils l'avaient laissée.

Jusqu'à ce que tous ses projets d'avenir avec Laura volent en éclat, et qu'il apprenne sa mort, celle de son meilleur ami Robbie, et leur liaison. Finis, alors, les projets à sa sortie de prison. Jusqu'à ce que Voyageur l'embauche comme garde du corps et l'embarque dans un périple dans tous les Etats-Unis, pour une foutue guerre entre anciens dieux et nouveaux dieux. Shadow ne l'a pas vraiment cru avant que des choses étranges ne commencent à se passer : Sweeney qui fait sortir des pièces de nulle part, l'autre connard avec sa limousine qui l'a fait lyncher, et Laura qui est revenue d'entre les morts. Avec un goût de charogne dans ses baisers.

Et tellement d'autres trucs bizarres qu'il serait trop long d'énumérer...

Maintenant, tout ça est fini. Shadow a découvert que Voyageur était son père. Il a été tué. Shadow l'a veillé selon les rites, et s'est sacrifié pour lui. Il a alors choisi le néant, mais même sa mort, il n'a pas pu la vivre jusqu'au bout, parce qu'Ostara, la déesse du printemps, et Horus, le dieu soleil, sont venus le chercher.

Alors, il en a eu marre de toutes ces conneries, a salué les quelques dieux qu'il appréciait avant de sauter dans le premier avion pour l'Europe.

Et les trucs bizarres ont continué d'arriver.

Et les rêves étranges envahissent ses nuits, le laissant parfois reposé, parfois dans un état de confusion qui lui fait se demander s'il est bien réveillé, si ce qu'il voit est bien réel.

Et une des dernières paroles de Bastet, venue le visiter en Angleterre alors qu'il était emmuré dans un tertre, encore une fois sacrifié, lui revient en mémoire, ne cesse de tourner dans son esprit.

Ma douceur, tu n'as vraiment aucune notion. Aucune idée de qui tu es, de ce que tu es, ni de ce que cela signifie*.

Et ces rêves de vikings sur des drakkars qui l'implorent sans cesse, dès qu'il ferme l'oeil.

Et cet autre rêve, étrange, où il est dans un lieu inconnu qui pourrait être n'importe quelle salle d'interrogatoire de n'importe quel poste de police. Sauf qu'en face, ce ne sont pas des policiers tels qu'il les a bien trop connus.

 

Après avoir visité les coins paumés de Norvège, où il est né, d'Ecosse, d'Irlande et d'Angleterre, Shadow a manqué de l'effervescence des villes et poursuivi son voyage jusqu'à Londres. Le sac de randonnée bien calé sur ses épaules musculeuses, il arpente les rues de la capitale, se remémorant ces lieux qu'il a visité, dans une autre vie, il lui semble, avec sa mère. Et Shadow envie le charme et le flegme anglais. Dès qu'il déplie sa carte de Londres à un croisement, il y a quelqu'un qui interrompt son chemin pour lui indiquer la route. Il se sent bien accueilli, et cela fait longtemps qu'il n'avait plus l'impression de vivre cela.

Le problème, en Angleterre, c'est la bouffe. Shadow n'est pas difficile, non, loin de là, mais dès qu'il doit s'aventurer à goûter des spécialités anglaises, de manière générale, il n'aime pas ça. Alors, armé d'un énorme hamburger avec une double portion de frites, et un demi-litre d'une bière blonde, Shadow traverse Hyde Park, et va se poser sur un des bancs pour dévorer son repas, en jetant un œil paresseux aux canards sur le plan d'eau qui le regardent avec l'attention de rapaces affamés, attendant qu'il lui jette quelque chose. Les écureuils courent d'un arbre à l'autre, à l'affût de la moindre miette.

Prenant son temps, Shadow adresse quelques sourires aux filles qui passent en gloussant et en se chuchotant des secrets une fois qu'elles l'ont dépassé, après un dernier regard et un dernier éclat de rire. Shadow a toujours plu, il en a conscience, en a parfois usé. Il aimerait goûter de nouveau à l'étreinte d'une femme entre ses bras. Une femme qui ne soit pas Bastet, ni une hulder. Une femme normale comme Laura.

Non, mauvais exemple.

Laura et lui, cela fait longtemps que c'est fini, même si le veuvage de Shadow n'a duré que quelques heures jusqu'à ce que sa femme s'extirpe de sa tombe, portant en son sein le trésor du soleil qu'il n'était pas conscient de lui avoir donné.

Tout le monde meurt autour de lui, et il ne sait toujours pas qui il est.

Shadow époussette son tee-shirt et son pantalon, se débarrasse des miettes et se lève de son banc, avant de passer devant une poubelle et d'y jeter les reliquats de son repas. Le ventre plein, il se sent malgré tout d'humeur mélancolique, ses pensées tournant sans cesse dans son esprit. Il a vécu des choses extraordinaires mais n'a pas l'impression d'en avoir été profondément changé. Tout change autour de lui, mais rien ne le change véritablement.

Le sac sur le dos, Shadow traverse le parc, sa beauté ne le touchant plus. Il a besoin de trouver une chambre pour quelques nuits, avant qu'il n'en ait fini avec Londres et décide de traîner sa carcasse ailleurs. Le temps est encore beau, il n'a pas eu le droit au fameux brouillard londonien ni aux averses. Pourtant, on n'est qu'en avril, et le soleil du début de printemps est déjà agréablement doux. Shadow rejoint la rue passante qui longe Hyde Park et, plus attentif à chercher du regard un hôtel qu'à surveiller la circulation, il s'élance pour traverser la route quand une main fine attrape son coude et le retient.

- Hey, attention aux voitures !

Quand il se retourne vers la jeune fille, Shadow en a le souffle coupé. Elle est plutôt grande, pour une fille, et porte de longs cheveux si blonds qu'ils en ont des reflets argentés. Elle a des yeux d'un bleu vif, qui ressortent sur son teint pâle, et quelques tâches de rousseur sur son nez et ses pommettes. Elle est incroyablement belle, et au trouble qui semble la saisir aussi, Shadow sent ses lèvres dessiner ce sourire en coin qui le caractérise.

- Merci.

Il lui tend sa large main pour la saluer, et elle la serre avec vigueur.

- Je m'appelle Shadow.

- Victoire.

La jeune femme fronce les sourcils, puis son visage se détend. Elle retire sa main de celle de Shadow, et ne semble pas savoir qu'ajouter, alors, il lui dit la première chose qui lui passe dans la tête.

- Je fais un peu de tourisme, et je cherche un hôtel pour plusieurs nuits. Vous avez une idée d'où je pourrai en trouver un ?

Le regard de Victoire glisse sur Shadow, sa peau cuivrée, les muscles de son torse et de ses bras tendant le tissu de son tee-shirt. Le sac à dos moldu. Elle semble sortir de sa rêverie, et rougit devant l'air suffisant de Shadow, parfaitement conscient d'avoir été admiré.

- Vous êtes américain, non ?

- Oui, mademoiselle. Je voyage depuis plusieurs mois en Europe.

Victoire acquiesce, arborant un air rêveur en contemplant le regard chaleureux de Shadow. Elle se sent idiote devant cet inconnu.

- Suivez-moi, il y a un hôtel au bout de la rue, là-bas.

Elle commence à marcher, et Shadow lui emboîte le pas. Elle est quasiment sûre que ce gars est un moldu, et il y a un hôtel qui fait au coin de la rue. Alors qu'ils approchent du Chaudron Baveur, Shadow en observe l'enseigne qui est de plus en plus visible et s'arrête, regardant alternativement l'entrée du bar, et Victoire qui s'est arrêtée elle aussi. Elle s'exclame alors.

- Oh, mais vous n'êtes pas un Moldu ! Mais il fallait me le dire ! Venez, on va sur le Chemin de Traverse.

Shadow regarde le reste de la rue, les gens qui passent devant ce bar sans sembler le remarquer, et ces autres personnes qui lui passent devant, s'engouffrant dans l'entrée, habillés pour certains de manière extravagante.

Les trucs bizarres continuent donc de lui arriver. Et c'est quoi un Moldu ?

- Ben alors, vous venez ? Je vais vous présenter Hannah.

Shadow acquiesce et entre à son tour, adressant un sourire à Victoire alors qu'il commence à se méfier de l'endroit où il est arrivé. Son regard parcourt le bar, les quelques personnes attablées dans des coins sombres, dont l'une d'elle, voilée de noir, mange de ses doigts pointus ce qui semble être du foie cru. Il y a également dans un coin du bar un homme immense qui prend à lui seul une banquette entière. Il porte de longs cheveux poivre et sel, et une barbe fournie. Victoire le salue d'un geste de la main auquel il répond, avant de reprendre sa conversation avec un petit gars roux, chauve et nerveux. Quand Victoire l'appelle de nouveau, il lui sourit encore et s'approche du comptoir derrière lequel une femme blonde portant un ample tablier blanc essuie des verres.

- Hannah, je te présente Shadow, un touriste américain. Il aurait besoin d'une chambre.

Nouvel échange de sourires polis.

- Oh, vous avez de la chance, comme on est hors saison et que la Coupe du Monde de Quidditch n'a pas encore commencé, j'ai quelques chambres de disponibles.

Shadow acquiesce, poli. La Coupe du Monde de quoi ?

- Je veux bien une chambre, oui, pour trois nuits, déjà.

Il essaie de garder son visage inexpressif alors que les verres qu'Hannah vient d'essuyer s'envolent pour se ranger sur les étagères derrière elle. Hannah lui demande alors, en reposant son torchon sur le comptoir.

- Première fois sur le Chemin de Traverse ? J'ai une chambre qui donne la meilleure vue possible sur la rue principale, jusque tout en bas. Suivez-moi !

Victoire, un peu gênée, reste assise au bar à les attendre, et Shadow suit Hannah dans les escaliers, essayant de ne pas avoir l'air surpris quand elle sort une baguette de sa poche pour éclairer le couloir, déverrouiller une porte, et l'ouvrir en grand pour le laisser passer. La chambre semble confortable, et a quelque chose de délicieusement désuet dans la décoration, pas comme ces motels merdiques dans lesquels il a dormi aux Etats-Unis du temps de Voyageur.

- Elle vous plaît ?

Shadow se retourne vers Hannah et lui sourit.

- Oui, ce sera parfait, merci.

- Je vous laisse vous installer, alors. Vous nous rejoignez ensuite ? La nuit c'est 3 Gallions et dix Mornilles.

Shadow acquiesce comme s'il avait compris ce qu'Hannah venait de dire. Il pose son sac au sol, puis s'avance vers la fenêtre et laisse son regard se perdre dans la rue, dans cette foule bigarrée. Certains hommes et femmes portent de longues robes colorées et des chapeaux pointus. Il y a de petites personnes habillées de noir et de blanc, et tout au bout de la rue, une devanture où plein d'enfants avec leurs parents sont agglutinés. Il n'arrive pas à en lire le nom, mais un gigantesque automate violet salue la foule d'un geste de son chapeau. Shadow s'éloigne de la fenêtre quand il observe deux personnes volant sur des balais.

Les trucs bizarres ne cessent de se produire quand il est là. Mais jamais il n'en avait vu autant en même temps. Même pas dans la Maison du Rocher où, sur le carrousel qui avait servi de moulin à prières géant, il avait voyagé avec les dieux jusque dans les Coulisses, jusqu'au Temple de son père, Odin.

Shadow quitte la chambre en se disant qu'il va continuer à agir comme si tout cela était normal, pour ne pas attirer l'attention sur lui. Et si cela finit par l'emmerder, il repartira de là, c'est aussi simple que ça.

Il rejoint Victoire et Hannah qui sont en grande conversation toutes les deux, et s'interrompent en pouffant de rire quand elles le voient en bas des escaliers.

- Alors, Shadow, qu'est-ce que vous êtes venus faire ici ?

Il s'installe sur le siège de bar à côté de Victoire qui rayonne auprès de lui. Cette fille est vraiment très belle.

- Un peu de tourisme, je visite.

- Vous avez voyagé où ?

Au fur et à mesure qu'il explique à Hannah et Victoire son périple à travers les Etats-Unis puis l'Europe, il sent la plus jeune vers qui toute son attention est tournée, devenir rêveuse, ses yeux pétillants.

- Je n'ai été que dans les Pyrénées, dans la famille de ma mère. Sinon, dans le Royaume Uni, et en Egypte, des fois... Mon père y travaille en Egypte. Il est briseur de sorts pour Gringott's, et certains de leurs clients achètent des antiquités égyptiennes, et mon père doit s'assurer qu'elles ne sont pas dangereuses avant de les ramener dans leurs coffres.

Shadow acquiesce, n'ayant absolument aucune idée de ce qu'elle vient de dire. Et quand Victoire précise que Gringott's est la banque sorcière, il se dit qu'il devrait essayer d'être plus convainquant dans ses expressions. Sa mère a toujours dit de lui qu'il était un mauvais menteur, et son père lui a appris tout ce qu'il pouvait à ce sujet. Il n'en a retenu que ce qu'il a voulu.

Shadow restant silencieux, Victoire saute du fauteuil du bar et marmonne.

- Je vais vous laisser, si vous voulez.

Il s'empresse alors de la retenir, armé de son sourire charmeur, et de celui de connivence d'Hannah qui ne rate pas une miette de leur échange.

- Oh, mais non, restez ! Excusez-moi, j'étais dans mes pensées. Vous me faites visiter le Chemin de Traverse ?

Victoire lève les yeux vers Shadow et acquiesce.

- Bien sûr !

Elle se met à lui sourire et penche la tête sur le côté, son rideau de cheveux blonds aux reflets argentés venant balayer son épaule.

- Avant que vous ne partiez, Monsieur...

- Shadow Moon.

- Monsieur Moon. Si vous souhaitez manger ici, le service est entre 18h30 et 20h30. Cela vous laisse du temps pour visiter.

Shadow acquiesce en souriant de nouveau, puis suit Victoire qui traverse le bar jusqu'à une petite cour. Il plisse des yeux en cherchant la sortie, mais elle sort une baguette de sa poche et se met à tapoter quelques briques du mur, qui s'écartent pour révéler un passage menant à une rue pavée et passante. Victoire s'y engouffre, avec Shadow à sa suite, et quand elle se retourne vers lui, il a une telle expression enfantine d'émerveillement qu'elle se met à rire.

- Vous n'avez pas des villages sorciers en Amérique ? A New-York ?

Shadow acquiesce, bien que ne sachant pas du tout s'ils existent.

- Si, bien sûr, mais j'ai vécu longtemps dans l'Indiana. Dans une toute petite ville.

Les yeux de Shadow se promènent sur les vitrines surannées des magasins, sur la foule bigarrée qui se presse dans les rues.

- Oh, et vous avez été à l'école à Ilvermorny ?

- Non, au lycée Rosa Parks.

Victoire le regarde alors intensément.

- Ce sont vos parents alors qui vous ont appris pour la magie ?

- Oui, mon père. Un peu. Ma mère m'a appris tout le reste.

Shadow pose ses yeux sur la jeune femme mais à son expression de surprise intense, il se dit qu'il a dit une connerie.

- Votre mère est une Moldue ? On dit Non-Maj en Amérique.

Non-Maj, Non-Maj...

- Heu... Oui.

- Excusez-moi, je ne veux pas être indiscrète, mais en Amérique, ils étaient très à cheval sur l'interdiction des unions entre sorcier et Non-Maj, même si c'était il y a une soixantaine d'années. Les mœurs ont changé depuis ? Comment vos parents ont fait ?

- Je ne sais pas, honnêtement. Je n'ai rencontré mon père qu'il y a quelques années.

La main de Victoire vient saisir la sienne très brièvement, et la serrer.

- Je suis vraiment désolée.

- Y a pas de mal.

Ils s'échangent un sourire chaleureux. De ce que lui dit Shadow, Victoire comprend qu'il est un sorcier peu éduqué, et sans doute peu doué. Cela l'attriste profondément qu'il ne puisse pas être capable de faire ce que n'importe quel enfant de première année peut accomplir à Poudlard.

- Et vous faites quoi dans la vie, à part de grands voyages en Europe ?

- Oh, j'ai été garde du corps pendant quelques temps. C'est comme ça que mon père m'a approché, d'ailleurs. Il m'a embauché pour le protéger.

Victoire se retourne vers lui en ouvrant de grands yeux.

- Il était en danger, mais comment un sorcier peut demander à un fils comme vous de le protéger ?

Shadow se dit qu'il a fait une gaffe quelque part, et précise.

- Il a fait des affaires avec des Non-Maj, des trucs illégaux. Il avait besoin d'un grand costaud à ses côtés.

Mais dans l'esprit de Victoire passent tous les moyens qu'un sorcier mal intentionné peut mettre en œuvre pour se débarrasser de Moldus inquiétants, et ils sont tellement nombreux qu'elle se contente d'acquiescer d'un air absent. Ce mec lui ment.

- Et vous, vous faites quoi dans la vie ?

Victoire se tourne de nouveau vers lui et rougit sous le regard chaleureux de Shadow. Elle est toujours plutôt méfiante, mais elle lit une telle ouverture d'esprit dans ses yeux, son attitude, qu'elle ne peut s'empêcher de s'épancher.

- J'ai fini mes études à Poudlard il y a cinq ans, et je cherche un peu ce que je veux faire, grimace-t-elle. J'ai pas trouvé encore. Mes parents voudraient que je travaille à Gringott's, mon oncle Percy au Ministère, mes oncles Ronald et George à la boutique de farces et attrapes, Charlie à la réserve de dragons. Il n'y a que ma tante Ginny qui me fiche la paix et me dit de patienter, que je trouverai bien. Pas évident de se faire une place dans ma famille.

- On dirait que vous avez une grande famille.

- Ils étaient sept du côté de mon père, mais Fred est mort pendant la guerre. Et elles sont deux du côté de ma mère. J'ai un petit frère et une petite sœur. Cela fait des repas de dimanche très animés, quand on mange au Terrier, chez mes grands-parents. C'est plus calme dans la Vallée, en France, chez mes autres grands-parents.

Quand Victoire a mentionné la guerre, Shadow a froncé des sourcils mais n'a pas osé poser de questions. Il se perd un peu dans son babillage, étonné qu'elle se livre tant à l'inconnu qu'il est. La courtoisie britannique, peut-être bien.

- C'est une grande famille. Je n'avais que ma mère, puis je n'ai eu que mon père.

Victoire lui lance encore un regard empathique. Elle ne peut pas concevoir, ayant une si grande famille, d'en avoir une si restreinte, et quelque part, ça l'attriste. Elle murmure alors.

- C'est dingue, on se connaît à peine, et on se dit des choses si...

Ses yeux quittent un instant Shadow pour se concentrer sur une haute silhouette maigre, et une tête couronnée de cheveux roux et de lunettes sévères. Victoire ouvre de grands yeux avant de saisir la main de Shadow et de le traîner jusque dans un salon de thé où tout est rose et fleuri.

- Une table pour deux, s'il-vous-plaît ! Et loin des fenêtres.

Madame Piédodu les accueille avec un sourire avant de les entraîner dans le fond du salon de thé et de les installer à une table élégante entourée de banquettes confortables.

- Quelqu'un vous embête ?

Le regard de Victoire parcourt le salon de thé et les fenêtres qui donnent sur la rue où elle voit avec soulagement la silhouette de Percy poursuivre son chemin. Elle pousse un soupir avant de répondre rapidement.

- Non. C'est mon oncle Percy, celui qui travaille au Ministère de la Magie. Il m'a dégoté un stage, mais je n'ai pas accroché, j'ai laissé tomber. Et s'il me voit, il va venir m'en parler encore pendant des heures. Il est adorable, mais qu'est-ce qu'il est rasoir !.

Le regard de Shadow embrasse le salon de thé, où il n'y a que des couples qui se tiennent les mains en se disant des mots doux au-dessus de la table. Il sourit, d'un air gêné, mais Victoire a ses yeux braqués sur la rue, l'ignorant totalement. Il a une soudaine envie de partir de là, mais la jeune femme ne semble pas décidée à sortir.

- C'était un stage de quoi ?

- Au département de la justice magique. Paperasse, paperasse, et encore paperasse. Rien qui ne me fasse rêver.

Ministère de la Magie, Département de la Justice Magique. Shadow a l'impression d'être tombé dans une vraie société parallèle bien organisée. Comment peuvent-ils donc exister en plein Londres sans que personne ne le sache ?

Mme Piédodu vient prendre leur commande, et avant que Shadow n'ait pu ouvrir la carte qu'elle leur présentait, Victoire demande un thé noir aux écorces d'orange, et des scones avec de la confiture de citron, pour eux deux. Refermant sa bouche, Shadow rend avec un sourire la carte à la petite dame. Le menu est un peu trop anglais à son goût et il ne rêve que d'un énorme beignet bien gras et sucré.

La porte du salon de thé s'ouvre alors, et une personne âgée, portant une improbable fourrure et un oiseau naturalisé sur son chapeau, entre en claudiquant, aidée par sa canne. Shadow amorce le geste de se lever, mais Victoire lui attrape la main en secouant la tête, puis elle murmure avec un sourire qui irait si bien avec d'autres mots.

- N'aidez surtout pas Madame Londubat, elle vise très bien les rotules avec sa canne.

Victoire adresse alors un signe de la main à Augusta qui la salue d'un hochement sec de la tête avant de s'asseoir près de la fenêtre.

- Elle est courtisée par Monsieur Ollivander qui a levé un peu le pied depuis la guerre, et a consenti à former deux apprentis pour sa boutique de baguettes. Il ne travaille plus que le matin, et ils passent toutes leurs après-midis ensemble.

Victoire les observe d'un air rêveur.

- Et Augusta est la grand-mère de Neville, qui est le mari d'Hannah que vous avez rencontrée au Chaudron Baveur. C'est une femme formidable, très forte. Terrifiante. Je l'adore.

Victoire adresse un sourire et un signe de la main, murmurant un bonjour et un ça va à Madame Londubat qui hoche une nouvelle fois la tête en ouvrant la carte. Shadow se recule contre le dossier de sa banquette quand dans un gigantesque claquement, une petite créature aux yeux globuleux et aux immenses oreilles chiffonnées apparaît, portant un plateau sur lequel sont posées une théière, deux tasses et leurs soucoupes, un pot à lait, un pot de sucre, un pot de confiture de citron et des cuillères. Quand il lève les yeux vers Victoire, elle l'observe d'un œil d'aigle, puis murmure quelque chose qui finit en « o » en agitant sa baguette autour d'eux.

- Vous n'êtes pas un sorcier, n'est-ce pas ? Sinon, vous ne seriez pas si étonné de voir de la magie et un elfe de maison. Vous êtes qui ?

La baguette se tend alors vers lui, et même si cet étrange outil paraît relativement inoffensif entre ses doigts fins, Shadow ne peut s'empêcher de se méfier. Il se rembrunit et son expression se durcit, alors que Victoire, face à lui, semble perdre toute contenance et se met à respirer plus fort.

- Je vous l'ai dit, je suis Shadow Moon. Et je crois que tout ceci est une farce. Tu es Loki, c'est ça ?

Shadow se lève brusquement, envoyant valser une partie de la vaisselle, s'attendant à ce que tout ce qui est autour de lui ne soit reprogrammé et qu'il se retrouve dans une limousine familière, avec l'autre connard de Technical Boy et l'autre connard de Loki. Et la jeune fille face à lui semble tout bonnement pétrifiée de peur. Shadow regarde autour de lui, mais toutes les personnes présentes ont encore leur visage, et certaines ont leur baguette brandie sur lui. Quelque chose cloche. Les trucs bizarres arrivent toujours autour de lui, mais ça, c'est du bizarre comme il n'en a encore jamais vu.

- Stupéfix !

Un éclair de lumière rouge surgit de la baguette de Victoire, puis d'autres baguettes encore, mais cela ne fait que pincer la peau de Shadow qui, machinalement, porte la main là où il a été touché, comme pour en écarter un insecte inopportun. Quelque chose lui dit que ce n'est peut-être pas un tour de Loki.

 

End Notes:

La phrase en italique (la citation de Bastet), est extrait du Dogue Noir, le dernier livre concernant Shadow Moon (l'auteur en aurait un autre sur le feu, je le sais de source sûre, son compte instagram lui-même).

Garde ton araignée occupée by Sifoell
Author's Notes:

Pas à pas, bibliothèque de fiction, Almayen

Semaine 2 :

- Un baiser sur la joue

- Lecture d'un SMS / lettre

Les défis galactiques.

147. copc d'écrire sur un personnage dont les rêves deviennent sa réalité (du style nuit 1, il rêve d'un lieu et jour 2, il se réveille dedans et ainsi de suite) ? (Alena)

50 nuances de fandom méconnu

Ships rares Shadow Moon/Victoire Weasley 2/5

Shadow se tient debout devant Victoire qui a l'air terrifiée. Il a renversé une partie du service à thé que la petite créature s'est empressée de ramasser, et quand il regarde autour de lui, il se rend compte que les autres personnes semblent apeurées également. Il fronce les sourcils et se retourne vers Victoire quand elle crie « Protego », puis il se reçoit un énorme coup sur la tête et s'effondre comme un sac de linge sur place, achevant de renverser table, chaise et ces foutus scones.

- Bande d'incapables, tous autant que vous êtes ! Quand vous avez vu que vos sortilèges de stupéfixion ne marchaient pas, aucun de vous n'a pensé qu'un bout coup sur la tête suffirait ?

Exhalant la respiration qu'elle n'avait pas conscience d'avoir retenue, Victoire se lève et regarde Shadow, recouvert des débris de la lourde jarre de terre qu'Augusta lui a envoyé en pleine tête. Son visage s'éclaire des étincelles rouges qu'un des sorciers fait jaillir de sa baguette pour appeler au secours, alors qu'Augusta grogne un commentaire déplacé puis agite la sienne.

- Spero Patronum.

Un rapace lumineux et argenté surgit de sa baguette, sans doute aussi nerveux que ne l'est la vieille dame et flotte devant elle.

- Ce message est pour le directeur du département des Aurors, Monsieur Harry Potter. Nous avons subi l'attaque d'un mage noir au salon de thé de Madame Piédodu. Il est neutralisé, personne n'a été blessé.

Elle agite de nouveau sa baguette et le rapace s'envole à toute vitesse, suivi par des filaments de lumière argentée qui flottent derrière lui avant de se dissiper dans l'air.

- Je ne disais pas ça pour toi, ma fille.

Victoire lève les yeux vers Augusta, et tout d'un coup, elle se laisse tomber sur sa chaise en tremblant. Madame Piédodu vient débarrasser d'un coup de baguette les dégâts et réconforter son elfe de maison bouleversé, et les conversations reprennent doucement autour d'eux, alors que tous attendent l'arrivée des Aurors qui signalent bientôt leur présence par plusieurs pops qui retentissent dans la rue. Harry est devant eux, balaye la salle du regard avant qu'il ne se pose sur Shadow qui est toujours assommé, puis Victoire, qui est choquée. Harry marmonne un ordre aux Aurors qui font léviter Shadow, tout en le saucissonnant de liens, puis en quelques pas, il est près de sa nièce et l'entoure de ses bras avant de l'embrasser sur la joue.

- Tu n'as rien, ça va ?

Victoire fond en larmes en expliquant tout ce qu'il s'est passé, tandis qu'Harry ordonne aux Aurors d'aller emmener Shadow au Bureau des Aurors, et de récupérer ses affaires au Chaudron Baveur. Et même si sa nièce refuse d'inquiéter sa famille, quelques patronus s'envolent sur le Chemin de Traverse, et le salon de thé est bientôt envahi de Weasley. Son père est là, ainsi que Percy, George et Ron. Victoire rassure tout le monde comme elle le peut, ne sachant pas elle-même ce à quoi elle a été exposée.

Bill aide Victoire à se lever, mais bientôt, tenant plus sur ses jambes et reprenant ses esprits, elle s'écarte de son étreinte. Bill esquisse un sourire triste qui tire sur les cicatrices qui barrent encore son visage.

- On va aller au Bureau, Victoire, pour que tu réexpliques tout ça. Augusta, vous venez avec nous ? Hannah doit déjà y être.

Victoire se sent mal. Elle a l'impression d'avoir emmené le loup dans la bergerie. Et pourquoi l'a-t-il appelé Loki ? A part le dieu mythologique, Victoire ne connaît aucun Loki. A moins qu'elle n'ait pas compris.

 

Shadow se réveille avec un sacré mal de crâne qui tape à l'arrière de sa tempe. Il est fourbu et sent son sang pulser derrière ses yeux, ce qui lui donne une sensation bizarre. Une lumière vive vient éclairer ses yeux, et quand il veut s'en protéger de ses mains, il se rend compte qu'il n'est plus du tout dans le salon de thé de madame Piédodu, et qu'il est entravé. Ses poignets et ses mains sont attachés à un fauteuil avec un accoudoir, et son torse vient buter contre la table qui le sépare de celui qui lui met de la lumière plein les yeux.

- C'est bon, les pupilles sont normales. Vous pourrez rassurer Augusta, elle ne l'a pas tué.

- Pour ce qu'elle s'en soucie...

Quelqu'un se racle la gorge.

- Merci, Phelps.

La lumière s'éloigne de ses yeux, et Shadow discerne la pièce où il est, et qui ressemble à s'y méprendre à n'importe quelle salle d'interrogatoire. Sauf que le gars devant lui, ne ressemble à aucun flic. Il porte une longue robe noire, comme celles que portaient certains passants sur le Chemin de Traverse. Il a les cheveux noirs et courts, et d'étonnants yeux verts qui ressortent de son visage mangé par une barbe drue.

- Qu'est-ce que je fais là ?

- Je m'appelle Harry Potter, je suis le chef du Bureau des Aurors. Et vous êtes ?

- Shadow Moon. Qu'est-ce que je fais là ?

- Si vous vous appelez Shadow Moon, pourquoi avoir une pièce d'identité au nom de Mike Petersen ?

Shadow grince des dents, et dit tout simplement.

- Je veux un avocat.

Puis il se cale contre le dossier, serrant les poings et resserrant les liens contre ses poignets et ses chevilles. De surprise, il les regarde, desserre et resserre les poings, mais plus il bouge, plus les liens se serrent, pour se relâcher quand il se détend.

- Je veux un avocat, répète-t-il, les mâchoires serrées.

- Et que faisiez-vous sur le Chemin de Traverse ?

- Du tourisme. Je veux un avocat.

Cette scène lui rappelle cette autre arrestation, avec Voyageur, quand le dieu Arbre avait fini par attaquer le poste de police, et permis, sans doute sans le vouloir, leur fuite. Son regard se promène sur la pièce nue et étrangement familière pour se poser sur la table de bois le séparant du flic, Harry Potter.

- Et pourquoi les sortilèges n'ont eu aucun effet sur vous ?

Shadow lève les yeux vers l'homme qui l'interroge, lui renvoyant sa propre ignorance.

En repartant du poste de police, profitant de l'aubaine de l'attaque du dieu Arbre, Voyageur lui avait dit avoir révélé toute la vérité. Son identité, la guerre qui couvait, tout. Toute la vérité.

- La pièce d'identité est à mon nom. Je suis Shadow Moon.

Harry Potter allait répliquer quelque chose en prenant la carte dans ses mains, mais il s'arrête et fronce les sourcils. L'identité est bien au nom de Shadow Moon.

- Et je faisais bien du tourisme sur le Chemin de Traverse. Je voyage. J'ai fait la Norvège, l'Ecosse, l'Irlande. J'avais envie de visiter Londres. Et je n'avais aucune idée que des sortilèges pouvaient exister.

- Vous êtes un cracmol, sans doute. Un enfant sans pouvoir né d'au moins un parent sorcier. Mais cela s'explique pas l'inefficacité des sortilèges.

- J'ai été assommé.

- Quand vous avez reçu la jarre en pleine tête. La jeune fille avec qui vous étiez nous a dit que votre père était un sorcier.

- J'ai menti.

Harry Potter s'avance alors vers Shadow en se penchant au-dessus de la table.

- Qui êtes-vous alors ?

Shadow hausse les épaules.

- Juste Shadow Moon.

Et comme d'habitude, il goûte cet engourdissement qui le saisit régulièrement. Cette chape de plomb qui le recouvre et l'empêche de respirer, de se sentir vivant. Cet engourdissement que, comme une maladie, il a probablement un peu transmis aussi à Laura et qui l'a empêchée d'être pleinement heureuse.

Juste Shadow Moon. C'est tout ce qu'il est, c'est tout ce qu'il a. Et dans sa tête résonne la voix traînante et charmeuse de Bastet.

Ma douceur, tu n'as vraiment aucune notion. Aucune idée de qui tu es, de ce que tu es, ni de ce que cela signifie.*

C'est alors qu'une petite araignée vient descendre en rappel du plafond au bout de son fil, et se suspendre entre eux deux, distrayant Harry Potter de la tâche de le surveiller et évaluer le danger qu'il représente.

- Anansi ? Murmure Shadow.

D'un geste de la main, Harry Potter chasse l'araignée.

Tu crois que je vais me traîner jusqu'à Londres ? Noooon, pas pour toi, trésor. Un de mes fils viendra te sauver le cul. Pas moi. Ton père et moi devons discuter de choses importantes, Juste Shadow Moon.

Shadow pourrait jurer que c'est la petite araignée qui vient de disparaître dans une fissure qui vient de hurler du rire un peu nasillard d'Anansi. Mais les seules choses qu'il a retenu de la voix du dieu araignée c'est qu'Harry Potter ne l'a absolument pas entendue. Qu'un des fils d'Anansi va venir l'aider, ce qu'il avait apprécié quand Anansi et Czernobog étaient venus à son secours lors d'une énième arrestation. Et que son père est vivant.

- La jeune fille qui était avec vous dit de vous que votre père a eu des soucis avec des Moldus et vous a embauché pour le protéger.

- Mon père n'était pas un sorcier. Et ce n'était pas des soucis avec des Moldus. C'est quoi, d'ailleurs ?

- Des personnes dépourvues de magie. Des personnes qui n'auraient pas pu voir l'entrée du Chaudron Baveur. Des personnes sur qui les sortilèges des sorciers ont un effet. Vous êtes quoi ?

Shadow n'a pas le temps d'ouvrir la bouche pour répondre quoi que ce soit que la porte de la salle s'ouvre, et que Harry Potter se détourne de lui pour fusiller du regard l'importun. Shadow esquisse un sourire en voyant le jeune Noir entrer, habillé d'un costume qui rappelle furieusement la coupe de ceux que porte Anansi. Un costume qui a dû être taillé par Ibis lui-même.

- Qui êtes-vous ? Demande Harry Potter en empoignant sa baguette.

- Miles, s'annonce le jeune Noir avec un sourire suffisant.

Le fils d'Anansi, parce qu'il ne peut être quelqu'un d'autre, s'installe sur une chaise qui n'était pas là il y a un instant, jauge du regard Shadow avant de lui sourire.

- Mon père dit que vous étiez honoré d'être comparé à ses fils.

- Oui.

- Il m'a dit de venir vous sauver le cul.

- Oui.

Le regard de Shadow passe du fils d'Anansi à Harry Potter qui semble être dans un brouillard mental dont il a du mal à s'extraire. Shadow a déjà remarqué que c'était l'effet que produisait Anansi quand il modifiait la réalité, qu'il la contait jusqu'à ce qu'elle devienne tout ce qu'il voulait. En général, il commençait ces contes par « Je vais vous raconter une histoire... »

- Et c'est qui, lui ? Demande Miles en pointant du pouce l'homme à ses côtés.

- Harry Potter, le chef des aurores. Un flic.

Miles acquiesce avant de murmurer.

- Putain, ce que j'aime pas les sorciers. C'est une sorcière qui nous a séparés, mon frère et moi. Je suis Mygal.

Mygal tend la main à Shadow qui montre les siennes, entravées, et d'un geste de la main de Mygal, les liens disparaissent. Mygal et Shadow échangent alors une franche poignée de mains. Mygal se tourne ensuite vers Harry Potter qui se contente de cligner des yeux, visiblement très confus.

- Cet homme est innocent, Harry Potter. Vous allez le relâcher, et il va partir avec moi, et plus jamais vous ne verrez sa sale tronche, ni la mienne, d'ailleurs, d'accord ?

Harry Potter plisse les yeux, puis enlève ses lunettes avant de les nettoyer sur sa robe et de les remettre sur son nez.

- D'accord. Allez-vous-en. Toutes nos excuses.

Mygal se lève, invitant Shadow à en faire de même et à le suivre, ouvrant de grands yeux pour qu'il se presse, tandis que Harry les regarde quitter la salle en se demandant ce qu'il a bien pu oublier de faire.

- Cela va être sûrement difficile pour toi vu que tu as un balai dans le cul, mais est-ce que tu peux faire un effort et faire semblant d'avoir l'air innocent ? Cet endroit est un vrai labyrinthe rempli de sorciers, et je ne voudrai pas te vexer, mon chou, mais c'est une grand-mère qui t'a assommé...

- Mais tu ne vas pas me laisser ?

Mygal se met à rire doucement.

- Non, j'ai promis à mon père que je te sauvais le cul jusqu'au bout. Et là, on n'est pas encore sortis du sable. Alors, marche, souris et aies l'air innocent.

Mygal porte sa main à son front en une ébauche de révérence en croisant un homme qui le regarde d'un air suspicieux.

Ils arrivent au bout du couloir qui ouvre sur une grande pièce où des tas de sorciers circulent, il y a même des trucs qui volent au-dessus d'eux. Certains sorciers s'arrêtent autour d'eux, se demandant ce que font ces deux inconnus ici.

- Je suis Miles, je travaille comme aurore avec Harry Potter. Cet homme est innocent et libre.

Et l'histoire de Mygal conquiert son auditoire, portée de bouche à oreille par les murmures de sorciers qui s'effacent pour les laisser passer. Ils arrivent devant une rangée de cheminées dont les flammes se colorent de vert quand des sorciers y entrent ou en sortent, et à une énorme cabine d'ascenseur.

- Je sais pas toi, mais je ne me risquerai pas à entrer dans une de ces foutues cheminées, Shadow Moon, dit Mygal en fronçant les sourcils. Je n'ai pas la moindre idée de comment ces trucs fonctionnent.

Le regard du fils d'Anansi étudie la question de comment sortir de là avec Shadow, parce que sans lui, ce serait aussi simple de se transformer en araignée et de filer dans la fissure d'un mur comme l'a fait son père.

- Prenons l'ascenseur.

Les deux hommes s'engouffrent dans la cabine avec une dizaine d'autres sorciers et sorcières, et quelques feuilles de papier volettent au-dessus de leur tête. Mygal regarde les boutons de l'ascenseur et il n'y a pas la moindre fichue explication.

- Excusez-moi, c'est quel étage pour la sortie ? Demande Shadow à la cantonnade.

Non, mai sans blague, il y a même des runes écrites sur certains boutons.

- Oh, c'est celui-là, annonce une sorcière en appuyant sur un bouton. Vous n'avez pas de badge ?

Mygal lui sourit et elle rosit.

- Vous savez bien, chérie, que je l'oublie tout le temps.

La jeune sorcière glousse avant d'oser dire.

- Oui, et vous êtes incorrigible !

Le sourire de la jeune femme se ternit un peu et elle semble confuse, mais quand elle regarde de nouveau Mygal, elle semble avoir retrouvé sa raison.

- Comment tu fais ça ? Demande Shadow entre ses dents.

- Attends qu'on soit sortis, grince Mygal qui sourit à tous les regards se posant sur lui.

L'ascenseur s'arrête encore plusieurs fois, d'autres sorciers en entrent et en sortent, mais à chaque fois, avec une phrase aimable et un sourire charmeur, Mygal éteint toute suspicion. Odin n'a jamais enseigné de telles choses à Shadow, ce qui aurait pu clairement l'aider.

Ils sont juste tous les deux dans l'ascenseur qui sort enfin à l'air libre, dans ce qui semble être une cabine téléphonique. Et tout là-bas, au bout de la rue, Big Ben trône. Les deux hommes sortent comme si de rien n'était, Shadow s'étonnant de l'absence de réaction des passants.

- Les sorciers sont puissants, je te l'ai dit. Je m'en méfie. Ils ont des pouvoirs même sur nous, annonce Mygal.

- Nous ?

- Nous, les dieux et les demi-dieux.

Shadow est si surpris par le terme de demi-dieux qu'il sent sa bouche s'ouvrir de surprise.

- Ne me dis pas que tu n'avais pas fait le lien. Mon frère, toi et moi, on a ce point commun : un père divin, une mère humaine.

Mygal se met à rire devant l'expression perplexe de Shadow.

- Mon père a raison. T'es vraiment un imbécile.

Shadow ne se vexe pas le moins du monde, mais le temps étant capricieux à Londres, même au mois d'avril, en quelques minutes le ciel s'est couvert et déverse des litres de flotte sur eux. Mygal s'ébroue en frissonnant.

- Mais... Ils ont mes affaires !

- Oh, ce que j'aime pas Londres, l'Angleterre, leur bouffe et les sorciers...

- Je fais comment pour les récupérer ?

- Shadow Moon, j'ai été ravi de te rencontrer. Mais je m'ennuie, et c'est jamais bon pour moi.

- Quoi ?

Mygal lui tapote l'épaule et en un clignement d'oeil, disparaît, laissant Shadow les bras ballants à côté de la cabine téléphonique qui est aussi un ascenseur sorcier.

- Putain...

Shadow serre les poings et les dents, luttant contre l'envie de taper quelque chose.

Le voilà donc en plein centre de Londres avec juste ce qu'il a sur le dos. Aucun fric, aucun papier.

Putain...

End Notes:

La citation de Bastet est extraite du Dogue Noir, le dernier livre relatant les aventures de Shadow Moon qui fait du tourisme au Royaume-Uni.

La maison la plus hantée du quartier by Sifoell
Author's Notes:

Pas à pas, bibliothèque de fiction, Almayen

Semaine 3 :

- Présence de fleurs

- "Fais attention"

Les défis galactiques.

74. cocp d'écrire sur un personnage qui se lance comme défi de passer une nuit dans un château réputé être le plus hanté de la région ? (Nanthana)

50 nuances de fandom méconnu

Ships rares Shadow Moon/Victoire Weasley 3/5

Cross-over en folie : American Gods/HP

C'est tellement la merde pour récupérer ses affaires chez les sorciers que Shadow ne les a toujours pas, ne sait pas comment faire, et finit par renoncer. Il fait preuve d'une patience qu'il ne soupçonnait pas avoir en lui, résiste à l'envie très forte de taper la causette avec n'importe quelle araignée qu'il croise, se disant que, peut-être bien, au bout du fil, il y a Anansi, Mygal, ou l'autre fils de Nancy. Il se demande même s'il ne va pas parler aux corbeaux, Odin en ayant deux et étant supposé être revenu à la vie, histoire que quelqu'un vienne lui filer un vrai coup de main.

Mais non, il est tout seul à se démerder.

Shadow fait appel à toutes ses ressources d'arnaqueur et de beau parleur, et décide tout simplement d'aller se plaindre d'avoir été détroussé au poste de police. Quelques tours de passe-passe plus tard, il a au moins un formulaire relatant la perte de ses papiers d'identité. Mais il y a l'autre souci. Shadow n'a que ses vêtements sur lui, et pas le moindre billet. Tout est dans son sac, qui est resté dans le service de ce connard d'Harry Potter.

Et une des dernières choses que lui a dit Mygal avant de s'évaporer le hante. Les sorciers ont des pouvoirs même sur nous, les dieux et les demi-dieux. Et Mygal n'a pas daigné lui donner la moindre explication hormis le traiter d'imbécile et lui rappeler leurs points communs : un père divin et une mère humaine.

Connard.

 

Shadow réussit à récupérer un peu d'argent en le sortant de nulle part, comme Sweeney lui a montré, mais ce ne sont que des pièces qui ont au moins le mérite de lui remplir les poches et de lui payer son dîner, mais jamais il n'aura la patience d'en sortir suffisamment pour se payer une nuit d'hôtel. Il est bien trop en colère.

Ses pas le ramènent vers Hyde Park, et il fusille du regard l'enseigne du Chaudron Baveur qu'il évite ostensiblement en traversant la rue pour aller se mettre sur un banc avec son énorme cheeseburger, sa double portion de frites et son demi-litre de bière, avec la curieuse impression de revenir à son point de départ. Il ne se fera pas avoir deux fois, c'est certain, et ne remettra pas les pieds sur le Chemin de Traverse.

Rageusement, il mord dans son cheese, dévore ses frites, avale sa bière, et n'en laisse pas la moindre miette aux pigeons ou aux écureuils qui ne viennent d'ailleurs rien lui demander. Shadow jette le tout dans une poubelle et revient sur son banc. C'est un comble pour un arnaqueur de s'être fait avoir de la sorte.

En plus, il pleut depuis qu'il est sorti de la cabine téléphonique et que ce connard de Mygal l'a planté parce qu'il s'ennuyait. Shadow est trempé et n'arrive pas à se sécher vu la pluie est continue. La nuit tombe, les groupes de passants se clairsèment, et Shadow reste sur son banc, ayant un moment le doute de se faire virer du parc, parce que les Anglais et leurs espaces verts, c'est une grande histoire d'amour, et il ne sait pas s'il a exactement le droit de passer la nuit-là.

Tout retiré qu'il est dans ses pensées coléreuses, Shadow ne remarque pas la fine silhouette qui passe devant lui, le regarde plusieurs fois, avant de faire demi-tour et de repartir vers le Chemin de Traverse.

 

La nuit est sombre, et Shadow dort sur un banc. Mais, contrairement à d'habitude, ses rêves restent proches de lui, et alors qu'il plisse les yeux et se redresse, il a l'impression de voir la silhouette de Victoire, assise en face, sous un parapluie, silencieuse et la mine désolée. Puis ses rêves s'éloignent, et il tient dans la main la statuette émaillée d'un homme à la tête de chien.

Shadow se réveille en sursaut et frissonne, trempé de pluie. Il se passe une main sur le visage avant de regarder le banc en face. Et quand il voit Victoire, sa mine s'allonge. C'est à cause d'elle que tout ça est arrivé. Il toussote, s'assied, et quand son pied bute dans son sac, il le ramasse, regarde dans ses poches, cherchant la lumière du lampadaire le plus proche. Tout y est.

- J'ai pensé à vous le ramener quand je vous ai vu tout à l'heure. Mon oncle Harry me l'a donné sans problème. Il était... plutôt confus.

Victoire se lève et s'approche timidement de Shadow qui ne répond rien. Elle porte un trench-coat dont la ceinture souligne sa taille fine, et un parapluie qui semble transparent. Quand elle abaisse sa main, le parapluie disparaît, révélant une baguette fine sur laquelle les yeux de Shadow se posent, méfiants.

- J'ai cru comprendre que vous étiez innocent. En tout cas, c'est ce qu'ils répètent tous, au Ministère. Mais personne ne se souvient vraiment de quoi vous étiez accusé.

Victoire ramasse sa baguette dans sa poche, et Shadow se rend compte qu'elle tremble.

- Vous avez froid ?

Elle secoue la tête, les yeux un peu brillants.

- Non. Vous me faites peur.

Shadow lui adresse alors le visage le plus innocent, n'étant pas très sûr du résultat vu la rougeur des joues de la jeune femme.

- Je ne vous ferai rien.

Victoire acquiesce, bravement.

- La chambre tient toujours au Chaudron Baveur si vous voulez.

Shadow secoue la tête avec un petit rire.

- Non, merci. La dernière fois que vous m'avez filé un coup de main, ça a mal fini pour moi.

Victoire ouvre la bouche pour l'interrompre, mais Shadow poursuit, en marmonnant.

- Et on m'a déconseillé de fréquenter les gens comme vous.

- Quoi ?

Shadow hésite avant de lui répondre, regardant autour de lui, mais il n'y a personne. Il murmure.

- Les sorciers.

L'expression de Victoire passe de la perplexité à la colère en revenant au scrupule.

- Ne restez pas dormir dehors, les rues ne sont pas sûres, la nuit.

Il lui adresse son sourire charmeur. Même si elle lui a apporté des problèmes, elle est quand même très jolie.

- Je suis un grand garçon, je peux me défendre.

- J'ai vu ça, oui. Augusta est désolée de vous avoir assommé avec cette jarre.

Victoire s'assied à côté de lui et plante ses yeux dans les siens.

- Non, en fait, Augusta ne s'excuse pas du tout de vous avoir assommé, même si elle ne sait plus exactement pourquoi, elle affirme qu'elle l'a sûrement fait pour une bonne raison.

Victoire semble chercher ses mots, et Shadow est pendu à ses lèvres. Il compte quelques tâches de rousseur ornant sa bouche.

- Shadow, tous ceux qui vous ont côtoyé ces dernières heures semblent avoir beaucoup de mal à s'en souvenir correctement... Sauf moi. Et... On vous a lancé des sorts tout à l'heure, quand vous avez été menaçant envers moi chez Madame Piédodu. Normalement, ils auraient dû avoir un effet sur vous. Je n'ai jamais vu quelque chose comme ça. Jamais. Je n'ai jamais lu à ce sujet non plus, c'est comme si vous étiez quelqu'un de tout à fait spécial. Enfin, encore plus spécial qu'un sorcier par rapport à un Moldu... A quelqu'un dépourvu de magie, précise-t-elle en voyant son incompréhension.

Les sorciers ont des pouvoirs même sur nous, les dieux et les demi-dieux.

- Je vous fais toujours peur ?

Victoire fait la moue, et Shadow comprend que oui, il lui fait encore un peu peur.

- Je vous parle de tout ça, des sorciers, et de la magie, parce que, quelque part, vous en faites partie, même si je ne sais absolument pas ce que vous êtes. Normalement, nous devons respecter strictement le secret magique, nous avons une interdiction de révéler notre existence aux personnes dépourvues de magie, parce que les nôtres ont été chassés pendant des siècles, même les enfants. Mais si je vous parle de nous, c'est parce que je suis sûre que vous faites partie de nous. Je ne sais pas ce qui était vrai, et ce qui était faux, dans ce que vous m'avez dit de votre famille...

- Je suis le fils d'Odin. Celui qui vit en Amérique.

Victoire reste la bouche ouverte avant de la refermer et de regarder avec une plus grande intensité Shadow qui continue à se livrer, chose qu'il fait si rarement.

- J'ai dit vrai quand je vous ai dit que c'était ma mère et moi pendant des années. J'ai rencontré mon père il y a quelques mois, et c'est Odin, le dieu scandinave. Je ne savais pas qui il était, ni qu'il était mon père. Il m'a embauché comme garde du corps et...

Shadow s'interrompt devant l'expression énigmatique de Victoire.

- C'est complètement dingue. C'est complètement dingue ! Vous n'allez jamais me croire.

Shadow se détourne de Victoire et saisit son visage dans ses mains, et elle, sur une impulsion, pose la sienne sur sa nuque, ferme les yeux quelques instants, ouvrant son esprit comme elle aurait dû l'apprendre il y a si longtemps, mais ces conseils-là aussi, elle ne les a pas écoutés. Shadow se raidit, sentant le pouce de la jeune femme caresser la naissance ses cheveux.

Et les yeux fermés de Victoire servent d'écran à des images de l'esprit de Shadow qui s'y projettent, dans le désordre, à toute vitesse. De la neige. Une épée qui fend l'air et une tête qui vole. Un arbre qui l'enserre à le broyer. Une femme aux yeux morts, des mouches tournant autour d'elle. Et Miles l'Auror qui n'est pas du tout sorcier et lui dit de se méfier d'eux.

- Qu'est-ce que vous m'avez fait ?

La voix de Shadow est douce, grave et profonde. Et quand Victoire enlève sa main, Shadow la saisit. Victoire reste silencieuse un instant, plus émue qu'il ne lui est supportable d'être.

- Je suis legilimens. Cela veut dire que je peux lire les pensées. Mais je ne le fais pas très bien, je n'ai jamais voulu de ce pouvoir-là. Je n'ai pas besoin de lire les pensées de quelqu'un qui se retourne sur moi parce que je suis une Weasley et que je m'appelle Victoire. Ni parce que je suis belle et que je n'ai que faire de leur désir. J'ai besoin de toucher les gens pour lire en eux. Et vous... Vous êtes tellement seul !

La voix de Victoire se brise. Shadow dessine des lignes et des angles sur le dos de sa main, machinalement, jusqu'à ce que la jeune femme s'apaise et le regarde de nouveau. Shadow frissonne.

- Et si nous allions dans cet hôtel moldu du coin de la rue ? Vous avez froid.

Shadow lève un sourcil interrogateur, et immédiatement, Victoire rougit, détourne les yeux.

- Enfin, on ne peut pas rester sur ce banc toute la nuit...

La jeune femme ferme les yeux, ayant l'impression que plus elle essaie de s'expliquer, pire c'est.

- Enfin, vous avez besoin d'une chambre pour dormir, et j'ai envie de continuer à discuter avec vous. Et vous avez froid, précise-t-elle.

Ses lèvres pleines s'ourlent d'un petit sourire en coin et Shadow pourrait le jurer, mais sous la lumière conjuguée des lampadaires et du croissant de lune qui, là-haut, avec l'Etoile du Berger, a l'air de leur faire un clin d'oeil, il pourrait jurer que la peau claire et les cheveux blonds de Victoire brillent d'une lueur argentée.

Shadow continue à caresser le dos de la main de Victoire avec son pouce jusqu'à ce qu'elle ait un air de surprise et le regarde faire.

- Berkanan*... Mais que faites-vous ?

Shadow lui adresse un sourire indécis.

- Quoi ?

- Pourquoi vous me dessinez des runes sur la main ?

- Je ne dessine pas de... Je l'ai fait ? Que signifie Berkanan ?

- C'est le nom de la rune que vous m'avez dessiné sur la main. Elle est le signe de la féminité, de la fertilité... D'un nouvel amour.

Shadow tient toujours la main de Victoire dans la sienne, et elle ne la retire pas de son étreinte, semblant attendre plus, le souffle court. Et le jeune homme espère, mais espère vraiment, qu'il n'a pas fait un tour de passe-passe sur cette fille, comme son père a pu le faire avec de jeunes serveuses que Shadow retrouvait au lit avec son père le lendemain... Le souvenir seul lui donne la nausée.

- Vous savez quoi ? Je connais un coin tranquille, pas loin d'ici. Mon père y travaille. Enfin, je pense qu'il a fini, vu l'heure. C'est la maison la plus hantée de ce quartier. Ça vous tente ?

Des images du tertre et de ses fantômes, ou de la bagarre contre le monstre et des cris attendant la curée, passent dans sa tête, et le visage de Victoire se trouble. Elle se lève, comme s'ébrouant d'un rêve, et tire sur la main de Shadow qui ne l'a toujours pas lâchée.

- Venez. Ce n'est pas loin. Et c'est vide, on sera tranquille.

Alors Shadow se lève, sa main serrant toujours celle de Victoire, il jette son sac sur son épaule, et lui emboîte le pas, sous la pluie.

 

Et tout devient encore plus étrange, d'un étrange quasiment quotidien, doux, tel que Shadow aurait envie qu'il dure toujours. Cette main qui ne quitte pas la sienne, la présence à ses côtés qu'il sent avec tout son corps, les cheveux de Victoire qu'une brise fait s'envoler pour venir chatouiller son cou. Et elle brille de la même lueur étrangement chaude que celle qui nimbait Zorya Polunochnaya quand elle lui a offert la Lune cette nuit-là.

Pour une fois, Shadow se sent à sa place.

Et Victoire est silencieuse, ses doigts s'entremêlent à ceux de Shadow qu'elle ne connaît que depuis quelques heures, et qui a fait une telle entrée fracassante dans sa vie que tout ce qu'elle sait en est chamboulé. N'étant pas une spécialiste de mythologie, elle sait quand même qui est Odin, et le mystère du peu que lui a dit Shadow sur sa vie, et des miettes qu'elle en a perçu dans son esprit, la rend vivante comme elle ne s'est pas sentie ainsi depuis bien trop longtemps.

Pour une fois, Victoire se sent à sa place, elle aussi.

Et les runes que Shadow a machinalement tracé sur sa main, sans avoir aucune conscience de ce qu'il a fait, ni de leur signification, se mélangent, hésitent, puis se mettent en ordre, elles aussi.

- Faites attention, on arrive...

Shadow tourne la tête vers Victoire qui le regarde, un grand sourire sur les lèvres. Elle ralentit et lève les yeux vers une maison qui, comme le Chaudron Baveur, apparaît à mesure qu'ils s'en approchent. Les doigts de Victoire serrent ceux de Shadow, et elle sort sa baguette de sa poche.

- Alohomora, murmure-t-elle, et elle pousse du pied le portail qui grince, et ils entrent dans le jardin aux herbes folles, empli des senteurs capiteuses et un peu écoeurantes des énormes fleurs qui parsèment les buissons.

- Ne touchez à rien, ce sont des plantes magiques, et je n'y connais rien en botanique.

Shadow montre sa main libre, comme pour lui assurer qu'il fera tout ce qu'elle lui dit. Victoire lui sourit et lève les yeux vers la maison, qui, comme toutes celles de la rue, compte trois étages. Elle semble délabrée, comme si elle n'avait pas été habitée depuis bien longtemps.

- Mon père travaille ici depuis plusieurs jours, avec d'autres collègues briseurs de sorts de Gringott's, la banque sorcière. Cette maison appartenait à une vieille famille depuis plusieurs générations, mais elle n'est pas habitée depuis la dernière guerre. Son propriétaire est à Azkaban, en prison. C'était un Mangemort. Il a tué plusieurs personnes, mais pas dans cette maison. Comme cela fait plus de vingt ans qu'il est emprisonné, et qu'il ne sortira jamais, sa maison a été mise en vente. On dit qu'elle est remplie de fantômes, plus qu'à Poudlard. C'est l'école où les enfants sorciers apprennent à contrôler leur magie.

Shadow l'écouterait parler toute la nuit.

Alors qu'ils arrivent à la porte d'entrée, Shadow déchiffre le nom de Rowle sur le fronton.

- Ne touchez à rien, vaut mieux. La maison est pleine de magie noire, c'est ce qu'en a dit mon père.

Shadow serre la main de Victoire.

- Et on ne risque rien ?

Des images de cellules, de livres et de poids passent dans l'esprit de Shadow.

- Non. La maison a été en partie vidée après la guerre, il ne reste pas grand-chose. De la poussière, des fantômes, et quelques bibelots. Mais on ne peut rien toucher sans gants en peau de dragon, c'est une précaution de base.

- De dragon ?

Victoire sourit en devinant la surprise sur les traits de Shadow.

- Oui, vous n'en avez jamais vu ? Mon oncle Charlie travaille dans une réserve en Roumanie. Les dragons sont systématiquement protégés, ils sont en voie de disparition, et difficiles à désillusionner, leur peau est trop épaisse et résiste aux sortilèges. Donc, des gants en peau de dragon sont ce qu'il y a de mieux quand on ne veut pas courir de risque avec des objets inconnus. Donc, il ne vaut mieux rien toucher. Alohomora.

Victoire pousse la porte avec son pied, et à peine ont-ils franchi le seuil de la maison que tout ce qu'elle recèle de fantômes vient s'amonceler dans l'entrée, silhouettes transparentes et poussiéreuses, yeux fous roulant dans les orbites, bouches béantes et édentées. Victoire vient se nicher contre Shadow, ouvrant de grands yeux sur l'ensemble compact de fantômes qui sont tellement serrés les uns contre les autres qu'on ne voit presque plus au travers d'eux.

- Ce n'est pas normal...

- Quoi ?

- Je n'ai jamais vu de fantômes agir comme ça.

Shadow ressent le malaise de Victoire et cela lui rappelle, ironiquement, sa femme - ex-femme, enfin, défunte épouse - Laura, revenue d'entre les morts avec le Trésor du Soleil pour faire battre son coeur, et qui disait qu'elle savait toujours où il était, qu'il était comme une lumière dans la nuit. Ils ne se sont pas séparés en bon terme, quand Laura a tué Odin, et que lui-même est mort. S'ils ont bien un point commun tous les deux, c'est d'être revenus.

- Je pense que c'est à cause de moi. Ils sont attirés. C'est ce que m'a dit Cassie, aussi. Un fantôme que j'ai rencontré dans la campagne anglaise. Je les vois tels qu'ils sont. Et ils n'attendent que cela, être vus tels qu'ils sont, et ont été.

Et si Victoire voit les fantômes comme elle les a toujours vus, transparents, poussiéreux et un peu ennuyeux, Shadow voit les hommes et les femmes qu'ils ont été, vivants, tangibles. Victoire ne lui aurait pas dit qu'ils étaient des fantômes, il les aurait pris pour les propriétaires mécontents de cette maison. Et tous, ils se pressent dans l'entrée, se bousculent, leurs regards posés sur la haute silhouette sombre de Shadow qui est comme un phare dans l'entrée, ignorant la jeune femme blottie contre lui.

Et tous, ils se mettent à parler en même temps. Des bribes de ce qu'ils disent parviennent difficilement à Shadow et Victoire, qui pensait lui faire découvrir quelque chose, et se retrouve dans une espèce de jeu de rôle inversé.

Une voix se détache de celles des fantômes.

- Nous sommes prisonniers. Délivrez-nous.

- Comment je peux le faire ? Marmonne Shadow.

-Comment vous voulez qu'on le sache ? S'exclame un fantôme belliqueux qui, plus il s'approche de Shadow, plus il semble prendre de la consistance. Ils nous ont gardé prisonniers depuis des générations et des générations, pour que notre savoir ne se perde pas avec notre mort.

D'autres fantômes acquiescent, des « c'est vrai ! » et des « bien dit ! » et d'autres commentaires de la même teneur se font entendre dans la masse de plus en plus compacte des esprits, au point que Victoire commence à avoir la tête qui tourne et se presse encore plus contre Shadow, fermant ses mains autour de son biceps. Le jeune homme regarde Victoire dont il devine la pâleur et, le sac à dos bien calé sur son épaule, il lui attrape les mains.

- Poussez-vous, demande Shadow aux fantômes.

- Ne touchez à rien, murmure Victoire à Shadow.

Les esprits se décalent et ouvrent un couloir, permettant à Victoire et Shadow d'entrer vraiment dans la maison, mais les fantômes les suivent, si près que les petits cheveux sur la nuque de la jeune fille se redressent et qu'elle sent la chair de poule descendre le long de son dos.

- Quelle maison de merde ! Marmonne Shadow, plissant les yeux dans l'atmosphère où flotte une quantité phénoménale de poussières.

- Mon père et ses collègues ont pourtant bien avancé le nettoyage de la maison. Il n'y a plus de doxys ni de serpencendres.

- ça va ? Murmure Shadow à Victoire, alors qu'ils entrent dans un grand salon, et qu'il l'accompagne jusqu'à un fauteuil. Asseyez-vous, vous êtes pâle.

Victoire grimace en regardant tous les fantômes qui suivent comme des ombres Shadow qui les ignore totalement, les yeux parcourant la pièce. Il fait descendre son sac de son épaule et entreprend de farfouiller dedans, murmurant qu'il cherche sa lampe de poche.

- Lumos maxima !

Toutes les lampes accrochées au mur, posées sur des meubles, et jusqu'à la moindre bougie oubliée sur un chandelier s'allument alors. Shadow sourit à Victoire, impressionné.

- Merci.

Pour toute réponse, Victoire se contente de hausser les épaules et de ranger sa baguette dans sa poche, avant de sourire en coin.

- Moi qui voulais vous présenter mon monde, vous faire découvrir des choses. On dirait que c'est plutôt vous qui le faites !

Et elle se met à rire doucement, bientôt rejointe par Shadow.

- Il m'arrive toujours des trucs bizarres.

- Et nous, alors ? Occupez-vous de nous ! Supplie le fantôme d'une vieille sorcière qui chevrote.

- Oh, Porunn, patientez un peu, voulez-vous, j'étais là avant vous !

Et de nouvelles plaintes et supplications s'élèvent dans une cacophonie avant que Shadow ne perde patience et réclame le silence. D'un geste de la main, il les invite à se pousser afin qu'il regarde ce qu'il y a autour de lui. Victoire se lève de son fauteuil et vient le rejoindre.

- Mon père m'a dit que les Rowle étaient férus d'archéologie, venez voir, il paraît qu'il y a plein d'objets de contrebande dans la bibliothèque.

Naturellement, la main de Victoire vient de nouveau se glisser dans celle de Shadow et ils sortent du salon, regardant autour d'eux, la horde de fantômes les suivant comme leurs ombres. Ils arrivent dans la bibliothèque, qui s'ouvre après un long couloir où Shadow surveille du coin de l'oeil des personnages dormant dans des peintures. D'immenses étagères recouvrent tous les murs, uniquement percés de portes et de fenêtres, et ce qui a dû être un confortable mobilier est maintenant piqué de moisissures, les boiseries percées de trous de vers à bois. Shadow s'avance vers une vitrine à la porte brisée, où plusieurs sculptures prennent la poussière. Une porte grince, quelque part dans l'entrée.

- Non, ne touchez à rien ! S'exclame Victoire, mais Shadow a déjà pris dans sa main cette statuette bleutée qu'il a vue en rêve. L'homme à tête de chien.

- Anubis ? Murmure-t-il, d'un ton rêveur.

- Accio statuette !

La sculpture s'échappe des mains de Shadow et Victoire et lui se retournent brusquement vers un homme grand, aux longs cheveux roux se mêlant de gris, et au visage balafré.

- Victoire, tu es complètement inconsciente ? Amener un moldu ici ?

- Mais... Mais, papa, c'est pas un moldu !

Bill s'avance vers eux, la statuette fermement serrée dans son poing.

- Poussez-vous, je la remets là où vous l'avez trouvée. Et j'ai même pas mis mes gants en peau de dragon, grogne-t-il.

Shadow et Victoire se lâchent la main pour faire de la place à Bill qui repose en secouant la tête la sculpture parmi les autres artefacts, dans la vitrine. Bill jette à peine un regard à Shadow avant de froncer les sourcils, comme s'il se rappelait vaguement de quelque chose, puis il se tourne vers sa fille.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu es dans une propriété privée ! Si tu veux venir faire un stage de briseur de sorts, tu n'as qu'à me demander, je connais le type qui s'en occupe. Bon, ça sera Selma ta référente, et pas moi, mais là, j'avoue que je ne comprends pas. Et c'est qui, lui ?

L'homme s'avance vers Bill, lui tendant la main.

- Shadow Moon, monsieur.

La bouche de Bill s'arrondit de surprise tandis que ses sourcils se haussent.

- Bill Weasley. Enchanté. Je suis le père de Victoire.

Bill hésite, ayant l'air un peu confus de celui qui essaie de se souvenir de quelque chose, puis lui serre la main.

- Vous êtes l'innocent, non ? Augusta n'a pas perdu la main, on dirait. Et encore, vous n'avez pas vu ce qu'elle est capable de faire avec sa canne. Elle vise très bien.

Bille reste le regarder d'un air perçant, et Shadow commence à se demander si Victoire ne tient pas son côté très bavard de son père.

- Vous avez été arrêté pour quoi déjà ?

Shadow hésite et regarde Victoire sur laquelle Bill se retourne, comme si elle avait l'explication rendant toute la situation compréhensible.

- J'ai été arrêté parce que j'ai eu peur de l'elfe de maison qui est apparu à côté de nous. Je n'en avais jamais vu. Et je me suis mis en colère ensuite, parce que j'ai pensé que c'était une mauvaise blague. Je leur ai fait peur au salon de thé.

Victoire se rapproche de son père et pose sa main sur son bras.

- On a eu peur pour rien au salon de thé, papa. L'arrestation de Shadow était ridicule.

- Et il s'est passé quoi, exactement ?

Shadow ouvre la bouche pour répondre mais est de nouveau coupé par Victoire.

- Shadow s'est levé un peu brusquement et a renversé quelques tasses quand l'elfe de Madame Piédodu est apparu.

- Chez Madame Piédodu ?

Victoire ouvre de grands yeux sur Shadow qui poursuit.

- Votre fille m'a empêché de me faire renverser par une voiture. Et elle m'a invitée au salon de thé sur le Chemin de Traverse...

Shadow hésite puis se tait. Cela ne s'est jamais vraiment bien passé avec la mère de Laura qui pensait qu'il ne la méritait pas. Ce n'était guère mieux avec son père.

- Shadow est un Cracmol. Il a vécu avec sa mère qui est Non-Maj et n'a rencontré son père que tard. Son père était sorcier.

Le regard de Bill sur Shadow change, comme s'il avait soudain un peu pitié de lui. Puis il plonge ses yeux dans ceux de sa fille, et il se dit tellement de choses dans cet échange silencieux.

Des voix éthérées les interrompent, qui se répondent l'une à l'autre, dans un brouhaha duquel il est difficile de comprendre qui parle réellement.

- Un Cracmol ? Un Cracmol ? Des foutaises. Il est comme un phare dans la nuit. Il va nous libérer.

Les trois se tournent vers les fantômes qui s'amassent de nouveau dans la bibliothèque. Bill se gratte machinalement le bras quand Victoire s'exclame.

- Papa, ta main !

Bill lève sa main devant son visage et pâlit considérablement. Sa peau se parchemine sur la paume, et cela s'étend à vue d'oeil. Victoire saisit le bras de son père pour regarder le sortilège.

- Shadow, suis-nous, on va transplaner à Sainte-Mangouste.

Alors qu'ils repassent dans le salon, Shadow récupère son sac au passage et le jette sur son épaule, puis aide Victoire à soutenir son père. Ils sortent de la maison, et Victoire murmure quelque chose en agitant sa baguette, et c'est comme si un rideau humide et froid venait les recouvrir.

- Accrochez-vous, ça ne va pas être agréable.

- Quoi ?

Quelque chose tire au niveau du nombril de Shadow, et il a l'impression de passer par le siphon d'un évier. Ils disparaissent en un claquement de doigts pour réapparaître dans ce qui semble être un couloir d'hôpital, uniformément blanc.

End Notes:

Et c'est là que je me rends compte que l'histoire de Victoire et Shadow ne fera pas « que » cinq chapitres...


J'ai d'autres idées pour Shadow, dans le MCU (Marvel Cinematic Universe), et je me demande si je ne vais pas utiliser cette première fic à son sujet pour commencer le développement du personnage qui se poursuivra chez Marvel. Je ne sais pas encore si ce sera un « simple » cross-over Marvel/American Gods ou carrément un Marvel/American Gods/HP. On verra où mon esprit tortueux me mènera.


J'ai travaillé pour Shadow dix-huit charmes qu'il a appris sur Yggdrasil lorsqu'il s'est sacrifié lors de la veillée funèbre de son père.


*J'en connais un seizième : si j'ai besoin d'amour, je puis tourner la tête et le coeur de n'importe quelle femme.


Un dix-septième : aucune femme que je désire ne désirera jamais quelqu'un d'autre (deux des charmes d'Odin, citation American Gods le livre)


Ceci n'est que suggéré dans la série American Gods, mais dans le livre, Odin dessine des runes sur du sel qu'il a répandu sur une table avant de saisir la main de la serveuse, mineure, avec qui il passera la nuit ensuite. Odin a besoin de l'amour des vierges pour gagner en pouvoir avant une bataille. Les dix-huit charmes d'Odin (donc je vous présente juste deux ci-dessus), ne sont pas, il me semble, précisés dans la série comme ils le sont dans le livre où il les récite à Shadow, sans doute avant qu'il n'apprenne qu'il est son fils.


Donc, là, Shadow, qui est pour moi un personnage en pleine quête identitaire, dessine machinalement des runes sur la main de Victoire, il a lui aussi appris dix-huit charmes lorsqu'il s'est donné en sacrifice à Yggdrasil lors de la veillée funèbre de son père (que l'on suppose aussi ressuscité), mais ils ne seront pas les mêmes que ceux d'Odin. Shadow est, pour moi, bien moins roublard que son père et beaucoup plus naïf.


Mais il a quand même en quelque sorte scellé son destin avec Victoire Weasley.

Maou by Sifoell
Author's Notes:

Pas à pas, bibliothèque de fiction, Almayen
Semaine 4 :
- Une scène de nuit
- "Tu es insupportable"

La main de Shadow vient se plaquer contre un mur alors qu'il titube comme s'il avait bien trop bu.

- Fais attention !

Victoire attrape sa baguette, les bras de son père toujours sur son épaule et celle de Shadow.

- Je préviens maman.

La jeune fille, tremblante, se reprend à deux fois avant de prononcer Spero Patronum, et un filament argenté s'échappe de sa baguette, avant de se transformer en corbeau qui coasse un cri silencieux avant de battre des ailes et de se poser devant Victoire.

- Va dire à maman que papa est blessé et qu'on est à l'Hôpital Sainte-Mangouste.

Le corbeau file en un éclair et Victoire jette un œil au bras de son père. Elle devine la peau qui se parchemine au-delà de son coude, maintenant.

- Tiens bon, on va à l'accueil.

Shadow se reprend et entoure la taille de Bill de son bras puissant, et suit Victoire qui les mène. Au fur et à mesure qu'ils avancent, le poids de Bill se fait de plus en plus lourd, jusqu'à ce qu'il marmonne un « je ne vais pas bien du tout », et perde conscience.

- A l'aide ! Appelle Victoire, et quand ils sortent de l'espèce de couloir blanc où ils étaient et où d'autres sorciers apparaissent, ils arrivent dans un hall d'accueil et deux personnes vêtues d'une robe verte se dirigent vers eux. Le poids de Bill devient plus léger et Shadow se recule quand il s'aperçoit que ce dernier flotte au-dessus du sol. Victoire se met à expliquer à toute vitesse ce qu'il s'est passé.

Ils se dirigent alors tous vers un ascenseur et s'y engouffrent. Shadow suit le mouvement, les yeux froncés fixés sur le corps de Bill qui luit légèrement, les sorciers en robe verte lui lançant des sorts pour le guérir sans doute, puis il regarde Victoire, ses immenses yeux bleus emplis de larmes, la main qu'elle voulait poser sur son père restant en l'air, dans un geste avorté, une fois qu'on lui a rappelé de ne pas le toucher, que cela pouvait être contagieux. Shadow lève sa propre main devant ses yeux, mais non, rien. Pourtant, lui aussi, a touché la statuette.

Quand les guérisseurs emmènent Bill et empêchent Victoire de les suivre, assurant qu'ils vont faire tout leur possible, mais que la situation est désespérée, la jeune fille fond en larmes et s'accroche au bras de Shadow comme si sa vie en dépendait. Une fois qu'elle s'est un peu reprise, elle lève les yeux vers lui qui referme ses bras sur elle en une étreinte bourrue et maladroite, Victoire se raidissant contre lui.

- Je suis désolé. Je n'aurai rien dû toucher comme tu me l'as dit.

Victoire se détache de ses bras et le considère d'un air dur, mais à la fois plein d'espoir et d'incertitude. Entre ses dents, elle murmure.

- Si tu es bien celui que tu dis être, Shadow, il n'y a rien que tu puisses faire ?

La main de Victoire reste posée sur son bras, alors que dans l'esprit de Shadow passent les souvenirs du rêve de Bastet, à Cairo, qui l'avait soigné des blessures de son lynchage, lors d'une nuit d'amour. Souvenirs qui passent également dans l'esprit de la jeune fille.

- Je ne sais pas, hésite-t-il.

Victoire lâche brusquement son bras.

- Oh, mais si, tu sais. Et tu vas me réparer ce que tu as fait, Shadow qui que tu sois.

Victoire lui adresse un dernier regard avant de s'éloigner de lui, serrant sur son corps les pans de son trench-coat. Shadow reste planté là, les bras ballants, ne sachant que faire, et pourtant, Bastet l'a bien soigné. Et elle lui a dit qu'elle avait des yeux partout où des chats étaient. Et elle était là le jour où il a été emmuré et qu'il a failli en mourir.

- Il me faut un chat, marmonne-t-il à personne en particulier, avant de se retourner et d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur.

Quand il sort au rez-de-chaussée, une très belle femme blonde le bouscule, suivie par trois hommes roux, un couple grisonnants, et Harry Potter qui le regarde un instant, comme s'il essayait de se rappeler quelque chose, avant d'être traîné dans l'ascenseur par une jeune femme rousse elle aussi. D'autres gens s'y engouffrent aussi, et Shadow se demande s'ils sont tous de la famille de Victoire.

- Il me faut un chat, se répète-t-il en cherchant la sortie de l'hôpital, puis dans la rue.

Le sac toujours sur l'épaule, il passe son bras dans la deuxième lanière - les trucs bizarres lui arrivent toujours - avant de promener son regard sur les trottoirs, dans les allées, alors que la nuit est noire et que les lumières aux fenêtres s'éteignent.

- Il me faut un chat.

Cela devient une sorte de mantra, et, comme pour la neige, Shadow se demande s'il n'a pas fait apparaître ce fichu chat gris qui descend d'un muret et vient en trottant vers lui. Indifférent aux quelques personnes passant dans la rue, Shadow s'accroupit et appelle le félin qui vient se frotter à ses jambes et chercher des caresses à petits coups de tête amicaux.

- Bastet, murmure-t-il, j'ai besoin d'aide. J'ai fait une connerie, et un sorcier est tombé malade à cause de moi. Je crois que la statuette que j'ai touché, et qu'il a attiré dans sa main, était spéciale.

Le chat se contente de ronronner comme si sa vie en dépendait, et Shadow le ramasse dans ses bras avant de se lever, et de prendre le chemin inverse jusqu'à l'hôpital. Il s'étonne encore de voir apparaître l'entrée à côté d'un magasin de vêtements qui a l'air d'être fermé depuis des lustres, et dont les mannequins ne sont que des silhouettes sombres derrière leur vitrine poussiéreuse. Shadow entre, le chat ronronnant dans les bras, et ignore la sorcière d'accueil qui l'appelle, pour se diriger vers l'ascenseur. Le trajet jusqu'au quatrième étage est assez long, Shadow essayant de demeurer le plus loin possible d'un homme qui a des tentacules qui sortent de ses oreilles à chaque fois qu'il éternue, et qui, ô joie, sort aussi au quatrième étage.

Shadow ne tarde pas à retrouver Victoire, entourée d'une foule de gens qui s'étreint, se serre dans les bras, et fixe la porte de la chambre de Bill d'un air éploré.

- Des nouvelles ? Demande Shadow à Victoire quand elle pose ses yeux sur lui puis sur le chat.

Victoire secoue la tête en réprimant un sanglot. Shadow danse d'un pied sur l'autre, avant de montrer le chat gris qui les toise tous d'un air royal.

- Je crois qu'il peut aider.

La jeune fille lui montre du nez la porte de la chambre de Bill, et Shadow actionne la poignée avant de poser le chat par terre. Plusieurs sorciers s'activent au-dessus de Bill, et aucun ne réagit quand le chat essaie de se faire une place pour sauter sur le lit.

- Qu'est-ce que vous faites ? Que fait ce chat ici ? C'est un fléreur ? Adam, dis-moi que c'est un fléreur, je suis allergique aux chats.

Le chat tourne la tête vers Shadow, ses yeux verts prenant la couleur de l'ambre.

- Sortez, messieurs.

Les sorciers se tournent vers Shadow qui ignore Victoire se disputant avec sa famille. Il répète sa demande de sortir, et les deux sorciers sursautent quand le chat se transforme en une femme à la peau dorée et aux yeux jaunes, entièrement nue. Ils regardent la femme, puis Shadow, puis de nouveau la femme qui darde sur eux un regard impérieux. Les deux hommes sortent, puis Shadow referme la porte sur lui et rougissant soudain à l'idée de ce que Bastet va faire avec le père de Victoire, il fait barrage de son corps, empêchant quiconque d'entrer.

- Laissez-la faire... murmure-t-il en priant pour que personne ne pose de questions auxquelles il n'a nulle envie de donner de réponses.

Mais bientôt, Victoire et sa famille apostrophent les deux sorciers en robe verte et avec la cacophonie qui s'ensuit, personne n'entend les gémissements sourds que Shadow essaie d'ignorer en toussotant.

- Pourquoi tu as ramené ce chat, Shadow ? Demande Victoire.

- Un chat ! Foutaises ! Un animagus, non déclaré, je suis sûr ! Et aucune décence ! S'exclame un des guérisseurs, d'un air outré.

Shadow bafouille des explications sans queue ni tête avant de choisir de se taire, il vaut mieux. Et heureusement pour lui, Victoire et sa famille semblent avoir une réserve de parole inépuisable. Shadow espère que Bastet en aura fini vite avec Bill, parce qu'il ne se voit pas faire le planton toute la nuit devant la chambre d'hôpital. Un grognement sourd se fait entendre et quelques paroles marmonnées, derrière la porte.

- Quelqu'un veut boire un café ? Demande Shadow avec un sourire quelque peu fragile.

Victoire est la seule qui semble saisir qu'il faut vraiment qu'ils quittent le couloir, et elle entraîne tout le monde, sorciers de l'hôpital et Shadow inclus, jusqu'à la cafétéria, où dans un grand désordre typique des grandes familles, ils commandent à boire, à manger, tout le monde parlant en même temps, tandis que les guérisseurs repartent dans leur service s'occuper d'autres patients. Au bout d'un moment, le silence commence à se faire, et le regard de Harry Potter se pose sur Shadow, méfiant.

- Vous êtes Juste Shadow Moon...

Shadow a un petit sourire nerveux avant d'acquiescer.

- Shadow Moon, en fait.

Délaissant la boisson qui est devant lui, Harry Potter s'avance sur la table et plisse ses yeux.

- Et pourquoi je vous ai arrêté tout à l'heure ?

Les muscles des mâchoires de Shadow tressautent.

- Parce que c'était une erreur, et que vous vous êtes trompé.

Victoire pose sa main sur le bras de Harry.

- Ce n'est pas le moment.

Shadow se sent mal à l'aise devant tous les regards qui sont tournés vers lui, dont plus de la moitié est franchement hostile.

- C'est lui qui a touché l'objet magique ? Demande la femme rousse.

Victoire acquiesce, les yeux plongés dans ceux de Shadow, douloureux.

- Erreur de débutant, poursuit la femme, n'importe quel sorcier de onze ans sait qu'il ne faut pas toucher un objet magique dont on ne connaît pas la provenance, surtout quand c'est chez les Rowle. Quelle idée d'y aller, franchement, Victoire !

- Tante Ginny, je ne l'aurai jamais fait si j'avais pensé que papa serait blessé ! Tu penses vraiment que je l'aurai fait, sinon ? Tu me prends pour une idiote ?

Victoire se lève brusquement de la table avant de sortir de la cafétéria. Quand Shadow se rend compte que la femme blonde qui ressemble tant à Victoire est debout aussi, il se rassied, la mine renfrognée, et croise les bras devant lui en suivant des yeux celle qui doit être la mère de la jeune fille. Il soupire profusément alors que la tablée est silencieuse, tous les regards sont posés sur lui. Shadow espère que Bastet finira vite, et pourra sauver Bill.

Les trucs bizarres lui arrivent toujours, mais pour une fois, Shadow aimerait qu'ils continuent à lui arriver, avec Victoire. Il ne la connaît que depuis quelques heures, mais quelque chose le pousse vers elle. Et même les regards furibonds de sa famille ne le convaincront pas du contraire.

Shadow essaie de sourire, mais cela ressemble tellement à une grimace, qu'il arrête et se renfrogne, fixant un point au-dessus des têtes de la tablée.

Et d'autres personnes viennent s'ajouter à la tablée, une jeune femme et un jeune homme blonds, qui ressemblent terriblement à Victoire. Un homme roux avec des lunettes au bras d'une femme qui a l'air de pétiller malgré l'atmosphère lourde de presque deuil.

Presque. Parce que Shadow espère de toute son âme que Bastet, dans la chambre de Bill, pourra faire quelque chose.

Et la famille de Victoire se donne des nouvelles, ceux qui savent apprennent à ceux qui sont arrivés ce qu'il s'est passé, ce qu'ils en ont compris, jusqu'à ce que les regards finissent par converger vers Shadow qui se tasse sur sa chaise, alors qu'on met devant son nez un thé arrosé de lait et de sucre. Il réprime une grimace, et se promet qu'il ne goûtera pas ce breuvage. Il préfère les cafés américains, noyés d'eau, de crème et de sucre. Le thé, ça n'a pas de goût, c'est dégueulasse. Shadow ouvre la bouche pour remercier Tante Ginny du thé qu'elle a poussé devant lui quand Victoire revient en trombe et s'installe, suivie par sa mère qui étreint ses deux autres enfants. Shadow se recroqueville devant les regards inquisiteurs qu'on lui lance, et ce n'est pas évident de se recroqueviller quand on a sa carrure.

- Bon, tout le monde, je vous présente Shadow Moon, annonce Victoire. Je l'ai rencontré dans l'après-midi devant le Chemin de Traverse, et on a passé quelques heures ensemble... Harry l'a arrêté, mais pour de mauvaises raisons, et a dû le relâcher.

Ledit Harry ouvre la bouche, mais ne peut prononcer un mot, car Victoire continue.

- Je l'ai retrouvé ensuite à Hyde Park, et c'était une idée stupide, mais je l'ai entraîné dans la maison des Rowle. Donc ce n'est pas la faute de Shadow, ce qui est arrivé à papa. C'est la mienne.

Les yeux bleus de Victoire plongent dans les siens et semblent y chercher une force qui lui échappe, ses lèvres tremblent un instant avant qu'elle ne soupire et se reprenne. Shadow se sent absorbé par ce regard, qui le met à nu tout comme le rassérène.

C'est à ce moment que le chat gris entre dans la cafétéria, et Shadow se demande l'espace d'un instant comment Bastet l'a trouvé.

Maou, répond-elle. Forcément. Les yeux du chat sont ambrés, signe que Bastet est encore là. Elle se frotte contre les jambes de Shadow qui se penche et la recueille dans ses bras. C'est alors qu'il se rend compte que tous les regards de la famille de Victoire ne l'ont pas quitté, et avec un sourire gêné, il se lève, s'excuse dans une ébauche de geste, et, les mains encombrées par le chat qui ronronne profusément, il s'éloigne dans la cafétéria, trouve des toilettes, et s'y engouffre.

Le chat saute des bras de Shadow et se promène de sa démarche féline, furetant à droite à gauche, avant de s'arrêter et de fixer ses yeux dorés sur une cabine. Un bruit de chasse d'eau se fait entendre et un minuscule sorcier, portant une longue barbe et une robe verte aux liserés d'or en sort, le salue d'un hochement de la tête, avant de se laver longuement les mains, et de sortir. Le chat gris devient alors Bastet, qui étire son corps longiligne et secoue ses cheveux en arrière, dardant un regard de feu sur Shadow qui croise les bras devant lui.

- J'ai soigné le sorcier. Ils sont imprudents d'enfermer la magie dans des objets.

Un frisson la secoue, et elle pose la main sur son ventre, comme si elle allait être malade.

- Le fils d'Anansi m'a dit de me méfier des sorciers. Que la magie pouvait avoir de l'effet sur nous, commence Shadow.

Bastet avale sa salive et toussote.

- Il a raison. Nous agissons sur eux, mais eux aussi peuvent agir sur nous. Le sorcier est sauf, Shadow Moon. Tu peux le dire à sa famille.

- Combien de fois me sauveras-tu la mise ?

- Aussi souvent qu'il le faudra. Tu es des nôtres, et ton père te traite avec trop de légèreté.

Les yeux de Bastet brûlent dans les siens, et elle porte sa main à sa bouche, prise d'un haut le coeur. Shadow n'a pas le temps de faire deux pas vers elle en lui demandant si elle va bien, qu'elle est de nouveau un chat gris aux yeux d'or, puis aux yeux verts, signe qu'elle est partie. Le chat se met à hoqueter, tendant la tête, plissant des yeux.

- Sérieusement ? Marmonne Shadow, les lèvres pincées.

Et sous ses yeux, en un véritable geyser, le chat vomit, s'éloigne de quelques pas, puis recommence. Le chat file alors se cacher dans une des cabines, pendant que Shadow nettoie ses vomissures parsemant le sol, avant de jeter le papier dans des toilettes et de tirer la chasse.

- Bastet, ça va ?

- Oui, murmure-t-elle en sortant de la cabine, toujours nue.

Bastet s'essuie les lèvres d'une main avant de se regarder dans le miroir, et de se passer de l'eau sur le visage, de se rincer la bouche. Puis elle se tourne vers Shadow.

- Je veux un lait de chèvre, avec du miel. Je ne peux pas laisser un des miens malade.

Shadow la regarde un instant, son corps magnifique tendu vers lui, la supplique dans son regard.

- Le sort qui a touché Bill t'a rendue malade ?

- Bien sûr, je prends la souffrance et la maladie. Mais là, je n'ai pas réussi à me séparer de tout. C'est sans doute pour ça que Mygal t'a dit de te méfier des sorciers. Ils nous affectent autant qu'on les affecte.

Shadow se demande vaguement comment il va expliquer à Victoire et sa famille qu'il est rentré dans les toilettes avec un chat pour en sortir avec une femme nue, quand Bastet s'avance vers la porte, se retourne vers lui, avec une interrogation dans le regard, et, la main sur la poignée, esquisse un sourire moqueur, et redevient chat.

Ils rejoignent la table où une discussion animée s'interrompt. Et, balbutiant quelque peu, Shadow demande s'il peut avoir un lait de chèvre avec du miel. Les regards vont du chat, qui a sauté sur la table, à Shadow, et Victoire se lève pour aller passer commande, et en revenir avec un bol qu'elle pose devant le chat en hésitant.

- Ce n'était pas pour toi, n'est-ce pas ?

Shadow secoue la tête, regardant le chat laper le bol de lait sucré, sa petite langue projetant des gouttes blanches partout sur la table, et ses vibrisses grises. Quand le chat a fini son bol, dans le silence relatif de la grande tablée, Shadow se lève, ignorant les regards posés sur lui, et marmonne qu'il doit ramener le chat où il l'a trouvé, sa voix montrant son hésitation, ce n'est pas comme s'il avait un mode d'emploi, après tout...

- Je t'accompagne, j'ai besoin de me dégourdir les jambes !

- Victoire...

La jeune femme rejoint Shadow qui a dans les bras le chat gris qui se pourlèche les babines, et lance juste un regard à sa mère en haussant les épaules.

Alors qu'ils quittent l'hôpital, Victoire demande d'une petite voix à Shadow si son père va guérir. D'une voix peu assurée, il répond :

- Je pense que oui. Elle m'a déjà soignée une fois, et sauvé la vie une autre fois.

- Qui ça ?

Les yeux de Victoire se posent sur le chat gris qui la regarde en clignant des paupières.

- Bastet...

La jeune femme regarde Shadow d'un air incrédule.

- Je ne sais pas comment cela marche, mais elle peut voir et interagir avec le monde partout où se trouve un chat, vivant ou mort, d'ailleurs.

Une fois que Shadow retrouve la petite ruelle où il a trouvé le chat, ce dernier se met à bouger dans ses bras et saute au sol, avant de lui lancer un dernier regard, comme s'il disait adieu à un ami, puis se perche sur un mur et reprend sa vie de chat. Les yeux de Victoire restent posés sur la silhouette grise, assise sur le muret, qui les observent en retour. Dans la faible lueur du réverbère, Shadow lui trouve un air vulnérable. La jeune femme frissonne et se frotte les bras de ses mains. Elle lève les yeux vers lui, semble vouloir dire quelque chose mais sans trouver les moments, et se contente de secouer la tête dans un rire triste et de se rapprocher tout près de Shadow. Les mains toujours sur ses bras, Victoire pose délicatement sa tête contre le torse du jeune homme.

- Serre-moi fort, murmure-t-elle.

Et quand Shadow s'exécute, Victoire noue ses bras autour de lui, ferme les yeux, et se presse contre lui, se berçant dans son étreinte. Shadow inspire l'odeur des cheveux de Victoire, et sa main vient jouer avec les mèches blondes et ondulées.

 

End Notes:

Je vous avais dit que cette fic devait à l'origine faire 5 chapitres, ni plus ni moins ?

Ben c'est plus le cas. Elle fera entre 23 et 25 chapitres. Pourquoi ? Pourquoi pas :)

J'espère que la lecture vous a été agréable !

 

Un troupeau de Weasley by Sifoell
Author's Notes:

Pas à pas, bibliothèque de fiction, Almayen

Semaine 5 :

- Un personnage chante (Alice Londubat)

- Une relation adelphique (de sang ou de coeur)

Les défis galactiques.

50 nuances de fandom méconnu

Ships rares Shadow Moon/Victoire Weasley 5/5

Cross-overs en folie : American Gods/HP

Atelier Nanthana : ravissement, toutou.

Bingo des situations Shadow/Victoire 1/9 Shadow fait un compliment à Victoire

Si tu l'oses : 25. Je suis vivant(e)

Les 18 charmes de Shadow Moon :

1. Je ne crois que ce que je vois, et ce que je ne vois pas, je peux aussi y croire.

De retour à l'hôpital Sainte-Mangouste, Victoire attrape la main de Shadow pour ne plus la lâcher. C'est étrange, cette attraction. Ils se connaissent si peu, mais c'est comme si chaque découverte qu'ils font l'un de l'autre n'était qu'une cause de ravissement. Pourtant, Shadow n'est pas vraiment fleur bleue, mais il se sent vivant auprès de Victoire, et elle se sent complète auprès de lui, et tout cela ils se le montrent, ne se le disent pas encore. Quand ils rejoignent la cafétéria, tous les Weasley présents ont déserté la grande tablée, les doigts de Victoire se serrent alors d'appréhension autour de ceux de Shadow. Elle l'entraîne jusqu'aux ascenseurs et ils montent jusqu'au service où est hospitalisé son père. Victoire grignote le bout de son ongle d'inquiétude pour sa santé.

Tout est beaucoup trop bizarre, même pour une sorcière, mais si ce chat, avec Bastet dedans, a réussi à le guérir... La jeune femme soupire et cela ressemble presque à un gémissement douloureux.

- ça va aller, Victoire, j'en suis sûr.

Le sourire que lui adresse Shadow la rassure un peu, mais à l'intérieur d'elle, le doute est bien installé et ne s'en ira que quand elle verra son père debout et en bonne santé, délivré du maléfice que Shadow lui a bien involontairement lancé.

Alors qu'ils s'approchent de la chambre de Bill, un véritable troupeau de Weasley fait son apparition au détour d'un couloir, suivant un médicomage agacé qu'un si grand nombre de personnes lui demandent tous la même chose en même temps.

Quelques voix se taisent en apercevant Victoire et Shadow de retour sans le chat, main dans la main. Le médicomage profite du silence relatif pour réussir à marmonner, avant de prendre la fuite.

- Bill Weasley va mieux. Le maléfice s'est volatilisé, nous ne sommes pas parvenus à comprendre pourquoi. Vous n'avez qu'à lui demander ce que lui a fait l'animagus. Mais bref, le patient a besoin de repos avant de rentrer chez lui. Bon, j'ai à faire...

Shadow esquisse un sourire gêné devant tous les regards posés sur lui, attendant qu'il apporte une réponse à leur question. Il ouvre la bouche, et avant qu'il n'ait pu balbutier quoi que ce soit, Victoire lui demande.

- Les dieux... Leur existence est secrète ?

Shadow ouvre de grands yeux en haussant les épaules, ayant probablement l'air stupide qui avait inspiré Laura à l'appeler Toutou, et ses bras lui en tombent quand Victoire se tourne vers sa famille, affirmant d'une voix ferme.

- Le chat n'était pas un animagus, mais un chat... La déesse Bastet a pris possession de son corps et a soigné papa pour rendre service à Shadow... En tout cas, c'est ce que j'en ai compris.

Victoire adresse un regard interrogateur à Shadow qui se contente d'acquiescer avant de hausser les épaules. Il ne s'est jamais senti plus stupide qu'à cet instant. Et ce n'est pas prêt de s'arrêter.

Le silence qui s'ensuit est assourdissant.

Et ce silence pesant éclate quand la porte de la chambre s'ouvre sur un Bill pâle et échevelé, mais debout. Il parcourt des yeux la foule de Weasley qui encombre le couloir, son regard tombe sur sa fille aînée, puis sur l'armoire à glace au bras duquel elle est pendue.

- Je suis vivant... rassure-t-il sa famille en balayant les têtes inquiètes de son regard avant qu'il ne se fixe sur l'imbécile qui a pris dans sa main une statuette imprégnée d'un maléfice inconnu.

Et c'est à Shadow que d'une voix infiniment lasse, mais non dénuée d'autorité, Bill demande.

- Il s'est passé quoi, exactement ?

Le silence est tellement épais qu'ils pourraient tous le toucher. D'une voix prudente, Shadow lui répond.

- Je n'aurai pas du toucher à cette statue... Et... C'est Bastet qui vous a soigné. Vous êtes guéri.

Shadow achève sa déclaration d'un sourire fragile, alors tout ce qu'il souhaite, c'est de fuir. Et pourquoi pas en emmenant avec lui Victoire qui ne le lâche plus. A la mention du nom de la déesse égyptienne, Bill se retient au chambranle de la porte, son teint un ton plus pâle que précédemment. Fleur se précipite vers son mari pour le soutenir et le raccompagner vers son lit, ses sourcils se fronçant en remarquant les griffures dans son cou et sur ses épaules. Aidant Bill à se rallonger pour se reposer, ses yeux passent rapidement de Victoire à Shadow, y cherchant une réponse que le jeune homme se jure de ne pas lui apporter. Les mains de Victoire se crispent autour du biceps de Shadow, et elle l'entraîne dans le couloir, vers un recoin à part. Chuchotant d'une voix pressante, Victoire jette un œil à sa famille, personne ne les ayant heureusement suivi.

- C'est quoi ces griffures ?

S'il avait pu rougir, Shadow l'aurait fait, mais il se contente de bafouiller une explication sans queue ni tête, et Victoire, comprenant ce qu'il ne dit pas ouvre grand sa bouche et plaque sa main sur elle, étouffant son exclamation.

- Tu ne le diras jamais à maman. A personne. Pas à moi non plus. Personne ne veut savoir ça.

Elle le regarde avec ses grands yeux horrifiés.

- Mais c'était quand Bastet était sous une forme humaine ? Les médicomages ont parlé d'une animagus...

Puis elle secoue la tête en frémissant, et pointe son index sur Shadow.

- Non, ne dis rien, je ne veux pas le savoir...

Sur cette conclusion, elle le laisse planté là et rejoint sa famille où ils s'étreignent de soulagement, et où les voix recommencent à chuchoter, dans l'effort collectif qu'ils font de ne pas déranger plus le repos des patients.

Shadow se sent de trop, et ne sachant que faire, commence à prendre le couloir pour rejoindre la cafétéria, mais Victoire le rappelle, et de nouveau, les Weasley dans un bel ensemble, se taisent.

Pour briser ce silence soudain, Victoire montre d'un mouvement de sa tête la chambre où est Bill, et sur le seuil de laquelle Fleur se tient..

- On ne devrait pas aller voir comment va papa ?

Un peu gênée par la situation, et la présence de Shadow, Fleur murmure qu'ils ne doivent y aller que deux par deux pour ne pas le fatiguer, et elle laisse passer Arthur et Molly qui vont au chevet de leur aîné, encore inquiets.

Et c'est deux par deux que les Weasley se relaient au chevet de Bill. Après Arthur et Molly, c'est au tour de Dominique et Louis. Et ensuite, Victoire traîne Shadow, qui ne sait plus trop où se mettre. Bill, le dos bien calé sur des coussins moelleux, pointe son index vers le jeune homme, ça doit être une manie dans la famille, ce n'est pas possible, et lui murmure, la voix ensommeillée.

- Vous débinez pas, quand je sortirai de l'hôpital, vous êtes invité à la maison. Ma femme est d'accord. Maman cuisinera, elle a l'habitude des grandes tablées.

Shadow marmonne qu'il est d'accord, et Victoire le traîne ensuite hors de la chambre, pour laisser la place à d'autres duos de Weasley. Ils rejoignent à la cafétéria les grands-parents, la mère, le frère et la sœur de Victoire, qu'elle lui présente un par un. Et quand de plus en plus de Weasley s'amoncellent à leur table, qui se garnit de café, de thé et de ces petits biscuits secs dont les Anglais raffolent, Shadow plonge le nez dans une tasse qu'on lui tend, essayant d'oublier que l'attention de tous est fixée sur lui. Mais personne ne lui demande rien, pas même Harry Potter quand il les rejoint avec sa femme Ginny, la plus jeune sœur de Bill, si Shadow a bien compris.

Et ils passent la nuit là, assis sur les chaises de bois de la cafétéria, les couples enlacés, les frères et sœurs aussi, et la seule chose qui empêche Shadow de piquer un somme, c'est la main de Victoire dans la sienne, puis sa tête sur son épaule quand elle finit par s'endormir dans un équilibre précaire, et que son bras l'embrasse et la rapproche de lui pour ne pas qu'elle tombe.

- Est-ce que vous avez bu une potion nacrée ? Demande soudainement Fleur à Shadow qui hausse un sourcil surpris.

- Une potion ?

- Une boisson, si vous voulez. Couleur du nacre, comme l'intérieur des coquillages, et qui a une odeur différente suivant les gens.

Shadow parcourt les visages fatigués et tendus. Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ?

- Est-ce que ma fille et vous, vous avez bu une potion nacrée ?

Shadow secoue la tête, attentif à ne pas réveiller la jeune fille.

- Maman, Victoire ne boirait jamais d'Amortentia, ni de philtre d'amour ! assure Dominique en roulant des yeux puis en étouffant un bâillement.

- Et ça sert à quoi, tout ça ?

La jeune sœur de Victoire l'explique à Shadow, d'un ton professoral et en le prenant un peu de haut, ce qui l'agace.

- Les philtres d'amour, et même l'Amortentia, sont des potions qui agissent sur l'équilibre chimique du sorcier qui le boit. Elles ne créent pas artificiellement le sentiment d'amour, mais l'imitent. Cela dérègle vraiment le buveur, produit surtout de l'obsession. Bref, c'est dangereux, faut pas y toucher.

Dominique termine son laïus en pointant son index vers Shadow.

- Ne buvez jamais ça.

La jeune fille se récolte un coup de coude dans les côtes et un regard furibond de Fleur.

- Mais quoi, maman ! Il a pris une statuette provenant de la maison d'un mage noir, et sans gants en cuir de dragon ! Il faut bien lui expliquer les choses !

L'exclamation de Dominique réveille Victoire qui se défait de l'étreinte de Shadow avant de frissonner, de bâiller, de s'étirer puis de se frotter les yeux. Elle finit par passer la main dans ses cheveux déjà ébouriffés et la tend vers sa tasse de thé oubliée devant elle avant d'en boire une gorgée.

- Lui expliquer quelles choses ? Marmonne Victoire d'une voix encore pleine de sommeil.

Dominique s'avance vers sa sœur, en souriant.

- Maman pense que vous avez vu de l'Amortentia tous les deux.

Victoire repose sa tasse un peu bruyamment.

- Mais non ! N'importe quoi ! Shadow et moi on n'a jamais bu de philtre d'amour, je sais que c'est dangereux ces choses-là...

La main de Victoire vient se poser sur le bras de Shadow, comme aimantée. Fleur et Dominique la suivent des yeux avant de lui adresse un regard éloquent. Victoire se rend compte de sa proximité avec Shadow, qui ne dit rien, et d'un geste vif elle s'éloigne de lui avant de l'observer d'un air suspicieux, de lui prendre la main et de l'entraîner en dehors de la cafétéria. Une fois dans le couloir, Victoire s'arrête brusquement avant de lui montrer sa main.

- Tu as tracé des runes sur ma main quand on était sur le banc dans le parc. Tu as tracé quoi comme runes, avant Berkanan ? Tu as voulu me faire quoi ?

Shadow secoue la tête, un peu dépassé. Victoire saisit alors son bras de ses deux mains et le regarde intensément dans les yeux, se concentrant. Et elle ne lit en lui que de l'ignorance. Ce que Shadow ignore de lui ou de ce qu'il est est abyssal. Bastet lui a dit qu'il ne savait rien. Mygal aussi. C'est comme si son esprit était empli de vide. Un vide qui a failli s'arrêter quand il a renoncé alors qu'Yggdrasil refermait ses branches sur lui. Et il a alors choisi la mort, comme si la vie n'avait pas d'importance. Et cela a quelque chose à voir avec la montagne de crânes et les supplications du dieu Bison et du dieu Tison. Et de tous les autres dieux dont les noms ont été oubliés, si jamais ils en ont eu un.

- Victoire ?

Mais un faucon et une très belle dame blonde au parfum de fleurs ont été le chercher dans le Néant où il résidait, lui qui ne croit en rien. Lui qui croit en tout sauf en lui.

- Victoire !

Mais ce n'est pas Shadow qui l'appelle qui la ramène ici, mais une dame aux courts cheveux gris qui chantonne une berceuse et vient dans leur direction. Victoire se retourne vers elle, un peu confuse, et quand elle la reconnaît, une vague de tristesse lui tombe dessus comme une chape de plomb. Victoire lâche le bras de Shadow et lui demande d'une petite voix :

- C'est Alice Londubat, la belle-fille d'Augusta, la dame qui t'a assommé. Prends-lui la main, elle s'est perdue. On va la ramener.

Shadow observe la femme qui s'approche d'eux en souriant, continuant à chantonner le même début de refrain en boucle. Elle porte une chemise de nuit d'hôpital sur son corps frêle. Victoire explique du bout des lèvres :

- Frank et Alice faisaient partie de l'Ordre du Phénix, lors de la première guerre des sorciers. C'était des résistants. Ils ont été torturés jusqu'à en perdre l'esprit. Depuis, ils vivent ici, parce qu'ils ne pourraient pas vivre chez eux. Ils ont besoin d'une surveillance constante. Ce sont les parents de Neville, le mari d'Hannah qui tient le Chaudron Baveur, que tu as rencontré sur le Chemin de Traverse.

Shadow acquiesce, l'air grave, et tend son bras vers Alice qui le prend, sa chansonnette enfantine tournant toujours en boucle.

- Allez, venez, on va vous ramener dans votre chambre, Alice. Moi, c'est Shadow Moon.

Alice éclate de rire avant d'agiter sa main libre et quelques poissons rouges apparaissent, nageant dans l'air comme des filaments de lumières orangées s'entrecroisant et jouant ensemble. Victoire observe l'apparition d'un air encore plus triste, et Alice vient lui effleurer la joue, en un geste maternel et pour une fois adapté. Victoire ne s'y soustrait pas, bien qu'elle craigne d'être parasitée par l'esprit dérangé d'Alice, parce que cela lui arrive souvent, d'être envahie par les émotions des autres.

- Non, je ne suis pas triste, Alice. Tout va bien, ne t'inquiète pas.

Portés par le refrain qui tourne comme un disque rayé, ils avancent doucement dans le couloir qui mène aux ascenseurs. Un médicomage affolé s'arrête brusquement en voyant Alice accompagnée de Victoire et Shadow.

- Alice ! Tu t'es encore échappée! Il ne faut pas faire ça, tu sais que cela nous fait peur, et cela inquiète Frank.

Les poissons rouges qui continuaient à voleter autour d'eux éclatent comme des bulles de savon et le médicomage les regarde disparaître avec intérêt.

- Fascinant ! C'est un progrès considérable... Bravo, Alice... Tu n'avais pas fait de magie intentionnelle depuis si longtemps !

Les yeux du médicomage se posent sur Shadow et il tend son bras vers sa patiente.

- Vous permettez ? Je la raccompagne. Merci de votre sollicitude, monsieur...

- Shadow Moon.

Le médicomage acquiesce avant de prendre le bras d'Alice et de s'engouffrer dans l'ascenseur.

- C'est étouffant, Shadow.

Le jeune homme se tourne vers Victoire. Elle secoue la tête en le regardant dans les yeux d'un air grave.

- C'est étouffant, parce que absolument tout rappelle ces guerres. Les morts et les blessés de la première comme de la seconde. Et mes parents n'ont rien trouvé de mieux que de m'appeler Victoire parce que je suis née le jour anniversaire de la Bataille de Poudlard, deux ans après. C'est étouffant parce que j'ai l'impression d'être constamment entourée de gens en deuil ou en souffrance, et la dernière guerre date d'il y a plus de vingt ans ! Mais tout, absolument tout, la rappelle toujours.

Shadow acquiesce gravement, ne sachant que dire, alors qu'il n'a qu'une envie, c'est de serrer Victoire dans ses bras. Et il ne peut s'empêcher de la comparer à Laura. Laura qui n'en avait rien à foutre de personne sauf d'elle-même.

Mais Shadow a envie de croire en elle. En cette jeune femme douée de pouvoirs magiques. Comme lorsqu'il a rencontré son père qui se faisait alors appeler Voyageur, Shadow a envie de croire que Victoire va changer sa vie, et que peut-être lui aussi va changer la sienne. Peut-être qu'elle va lui donner un but. Peut-être sont-ils destinés à faire un bout de chemin ensemble.

- Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi empathique que toi, Victoire. Tu es la seule à en avoir quelque chose à faire des autres. A ne pas te concentrer uniquement sur ta petite personne. C'est une très belle qualité.

Victoire l'observe un instant de ses yeux humides, figée qu'il puisse lire en elle autant qu'elle peut lire en lui, puis, cédant à une impulsion, comme marquant une reconnaissance mutuelle, elle vient se presser contre son corps, l'enlacer de ses bras, caresser sa nuque et l'attirer à elle. Ils échangent un baiser tout doux, délicat, presque irréel. Et aussi vite qu'il est arrivé, ce moment disparaît, alors que Victoire se lèche les lèvres avant de murmurer d'une voix rauque, son esprit envahi d'images de manège qui tourne, plein de lumières, et d'un visage barbu environné de nuages et d'éclairs.

- On devrait rejoindre les autres. Ils vont se demander ce qu'on fait.

Se rendant compte de ce qu'elle peut ainsi insinuer, Victoire pouffe de rire, bientôt imitée par Shadow. Ils retournent bras dessus, bras dessous, à la cafétéria où c'est le branle-bas de combat, les médicomages ayant décidé de laisser Bill rentrer chez lui. Ils se rendent alors tous compte que la matinée est déjà bien entamée.

L'agitation de tous ces Weasley donne le tournis à Shadow. Victoire lui tire alors sur la manche, répétant.

- Tu veux repartir comment ? On transplane comme quand on est arrivé ?

Shadow hésite. En fait, il n'a pas très bien compris comment ils sont arrivés à l'hôpital.

- Le transplanage ne t'a pas rendu malade, en plus. C'est le plus rapide. Sinon, je peux t'assurer que tu vas détester le Magicobus.

- Comme tu veux, répond Shadow qui n'a aucune idée de ce qu'est le Magicotruc.

Victoire acquiesce brièvement, fait voleter le sac à dos et la veste de Shadow jusqu'à elle, avant de les lui tendre, puis ils repartent dans les couloirs de l'hôpital jusqu'à une grande salle blanche et vide, avec de larges cercles rouges d'un côté de la salle, verts de l'autre, sont tracés au sol.

- Les verts c'est pour les départs, les rouges pour les arrivées, explique Victoire qui avise un cercle vide où elle se dirige, Shadow sur ses pas.

Elle lui tend alors le bras, les yeux brillants d'excitation de rentrer chez elle, et que son petit monde retourne à la normale, avec son père en bonne santé. Shadow le lui prend, serre sa main sur la lanière de son sac.

- Prêt ?

- Prêt ! Affirme-t-il avec un peu trop de conviction.

Le transplanage, c'est vraiment le moyen de transport le plus gerbant qu'il connaisse.

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