Mon ami, le Wendigo by AliceJeanne
Ancienne histoire coup de coeurSummary:

Une aventure de Norbert (et Thésée) Dragonneau

Ou comment les vacances d'été 1907 se transforment en une véritable enquête au cœur des forêts canadiennes.

- Fanfiction illustrée -

 

Crédits : toutes les illustrations, y compris celle de la couverture, sont réalisées par mes soins.


Categories: Enfances, Les Animaux Fantastiques Characters: Autre personnage, Newt Scamander
Genres: Aventure/Action, Famille
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: Aucun
Chapters: 6 Completed: Non Word count: 7247 Read: 682 Published: 28/07/2022 Updated: 12/11/2022
Story Notes:

- Validé par la modération -

 

 

 

En -12 parce que peut-être que cela peut faire un peu peur par moment. Enfin certaines illustrations sont peut-être un peu flippantes (enfin moi elles me font flipper :mg:) :p

1. Partie 1 – Jour 1 : Le départ by AliceJeanne

2. Partie 2 – Jour 2 : La forêt by AliceJeanne

3. Partie 3 – Jour 3 : La disparition by AliceJeanne

4. Partie 4 – Jour 6 : La panique by AliceJeanne

5. Partie 5 – Jour 8 : Le mystère by AliceJeanne

6. Partie 6 – Jour 9 : La peur by AliceJeanne

Partie 1 – Jour 1 : Le départ by AliceJeanne
Author's Notes:

Joyeux anniversaire Alena! <3


Il s’agit d’une complète revisite de la créature du folklore du même nom, adaptée au monde magique et à mon imagination. J’espère ne pas trop faire frémir les puristes du genre… Si tel est le cas, je m’excuse pour la gêne occasionnée.


Il s'agit d'une fanfiction illustrée par mes soins. N'ayant pas de talent particulier pour le dessin, je vous demande de faire preuve de votre plus grande clémence lors de votre découverte^^


Un énorme merci à Sifoell pour sa relecture et ses bonnes ondes durant la fin de l'écriture <3 Tu as été un vrai soutien <3

2 juillet 1907,


Journal d'aventure et d'observation de Norbert Artemis Fido Dragonneau,


Thésée a passé l'intégralité de son lundi à pester contre les forces mystérieuses de l'univers qui l'obligent à nous suivre, Maman et moi, à l'Incroyable congrès décennal de l'hippogriffe de compagnie. Je ne le comprends décidemment pas. Il faut être un peu fou pour ne pas aimer les rares rassemblement de magizoologie d'ampleur mondiale. Mais c'est Thésée, et il rêve de rentrer au Ministère, alors je suppose que cela est normal. Il faudra que je note ça dans mon Journal d'observation du comportement de l'individu nommé « Grand-frère » pour me souvenir qu'il peut être très barbant. Il vient de finir Poudlard, il a bien de la chance, moi je n'y ai pas encore mis un pied. Cela n'a pas l'air très drôle l'école à l'entendre. Il faut rester toute la journée sur des sièges inconfortables à prendre des notes sur tout un tas de choses plus ou moins utiles. Moi, je préfère nettement courir autour de la propriété pour dénicher des gnomes et étudier les horglups. Mais puisque Maman m'a dit qu'il était vraiment nécessaire d'y passer, j'irais pour lui faire plaisir.

C'est la première fois que je me rends au Canada et j'en suis tout excité. Je ne connais que très peu de choses sur les créatures magiques qui y vivent et j'espère bien faire quelques découvertes durant mon séjour. J'espère que Maman sera trop occupée à discuter hippogriffes et Thésée trop concentré sur le fait de devenir le sorcier le plus barbant de tous les temps pour me surveiller. J'ai besoin d'avoir le champ libre, comme tout bon explorateur digne de ce nom !


Il a fallu se lever très tôt pour prendre le portoloin à destination du Ministère de la Magie, l'entrée sur le continent américain est très contrôlée et les formalités administratives commencent bien avant la traversée. Thésée dit que c'est une question de sécurité intérieure, mais personnellement je trouve juste que c'est une perte de temps. Comme si les contrevenants ne pouvaient pas trouver une autre façon pour faire passer illégalement de la marchandise. Si tout était si bien fait il n'y aurait pas de trafic de créatures et de création illégale d'hybrides. Enfin... techniquement ce n'est pas encore illégal, mais ça le sera un jour lorsque je serais devenu le plus grand défenseur des droits des créatures magiques de tous les temps !


L'agent du Ministère qui a fouillé mon bagage était très suspicieux, il a tenu à déboucher chacune de mes fioles. J'espère qu'il n'a pas abîmé mes essais de remèdes pour combattre la chute pathologique chronique de plumes de l'hippogriffe, je suis très fier de mes premiers résultats. Et Maman trouve que j'ai raison de considérer que c'est un vrai problème. Ces créatures sont si fières que se retrouver sans leur beau plumage les rend particulièrement tristes. Malheureusement c'est très courant chez les animaux d'élevage, les personnes s'en occupant ne sont pas toujours très soigneuses. Il faudrait vraiment revoir les qualifications minimales requises pour être autorisé à côtoyer les animaux magiques.


Je n'ai pas du tout aimé le passage de l'océan, si Thésée ne m'avait pas tenu fermement durant la traversée j'aurais certainement atterri quelque part au milieu de l'eau. J'ai été si malade que j'ai vomi sur l'agent d'accueil canadien. Je crois qu'il n'était pas très content car il a fait une drôle de grimace en me tendant un mouchoir. Le reste des formalités d'entrée a duré des heures et il faisait si chaud que même les sortilèges de rafraîchissement de Thésée et Maman étaient inefficaces. Lorsque nous avons enfin eu le droit de quitter le poste d'accueil des étrangers il faisait déjà nuit. Nous avons pu rejoindre le lieu du congrès en cheminée ce qui n'était pas pour me déplaire, j'en ai assez de voler à droite à gauche et je préfère nettement l'aspiration dans les conduits au tournis du portoloin. Notre chambre est vraiment grande, avec une vue superbe sur la forêt. Maman a refusé que je m'y rende en arrivant, elle trouve qu'il est imprudent de se promener seul dans le noir lorsque l'on a dix ans. Heureusement qu'elle ne sait pas que je sors presque chaque nuit lorsque nous sommes à la maison, elle m'aurait certainement déjà entravé à mon lit. Mais je ne peux décemment pas étudier les animaux nocturnes en pleine journée. Être magizoologiste cela demande d'être prêt à prendre des risques !


Thésée n'a pas souhaité nous accompagner pour le repas, préférant se documenter sur les formations qui s'ouvrent à lui à partir du mois de septembre. Je crois qu'il ne sait pas réellement ce qu'il veut faire lorsqu'il sera grand. Je lui proposerais bien de devenir mon assistant lorsque je serais magizoologiste mais je doute qu'il attende jusque-là. A dire vrai, si j'en avais eu le choix, je serais certainement resté avec lui dans la chambre, le lieu a beau être magnifique, les discussions sont barbantes. Les éleveurs parlent beaucoup plus d'argent que d'hippogriffes, ils devraient vraiment revoir le sens de leurs priorités.

Je crois que Maman me fait signe de venir, j'espère que c'est pour retourner à la chambre, ils font bien trop de bruit ici avec leurs bavardages et je doute que l'on me laisse rester sous la table toute la soirée. J'ai hâte qu'ils sortent les hippogriffes demain, ainsi je me sentirai moins seul. Drop here! 
Finalement assis sous une table avec un plat de pancakes au sirop d'érable, j'ai pu observer un peu plus attentivement les lieux sans devoir saluer mille et une personne désireuses de me poser une main sur l'épaule ou de m'ébouriffer les cheveux. Maman aurait pu me prévenir que je serais confronté à cela, je me serais aspergé de jus de crottin de gnomes afin que personne ne s'approche trop près. Qu'ils gardent donc leurs doigts pour compter les billets semblant si importants à leurs yeux au lieu de vouloir les poser sur d'autres personnes innocentes ne souhaitant pas être touchées.


La toile du chapiteau est parée de couleurs criardes, à croire qu'il s'agit du congrès du focifère. L'ensemble est loin d'être harmonieux et de respecter la solennité de l'animal qu'ils vont honorer durant les prochains jours. Il y a toute une série de petits box, alignés en rang d'oignons. Au vu de leur taille ils doivent être amplifiés magiquement. Je rêverais d'avoir un sac ou peut-être même bien une valise traitée avec le même sort pour pouvoir emmener mes recherches avec moi. Je crois que c'est la première chose que j'essayerais de faire lorsque j'aurais une baguette. Il ne me reste plus qu'un an à patienter. A défaut de souhaiter me retrouver à l'école, je suis très enthousiaste à l'idée que l'on m'apprenne à utiliser la magie. Même si dans bien des cas, elle demeure insuffisante et inefficace pour comprendre le monde qui nous entoure.


Au centre du chapiteau, à quelques mètres de là où je me trouve, je peux observer les grandes tables servant à accueillir les victuailles. Je me demande qui se charge de préparer les plats. Ont-ils aussi des elfes de maison pour ce genre de choses au Canada ? Je sais que les tâches que l'on leur confie peuvent dépendre des coutumes. Et avec l'avènement des sorts de ménage et de cuisine, ils sont de moins en moins sollicités dans les évènements où leur présence pourrait troubler. Personne ne les trouve très ragoutants alors qu'ils sont par nature bons et doués d'une formidable magie. J'espère qu'un jour quelqu'un se penchera sur leur cas. Pour ma part je ne suis pas très attiré par les créatures humanoïdes, elles me rappellent que les adultes ne font pas très attention à moi ou alors d'une bien mauvaise façon.

 

Partie 2 – Jour 2 : La forêt by AliceJeanne

3 juillet 1907,

 

Journal d'aventure et d'observation de Norbert Artemis Fido Dragonneau,

 

Ma déception est immense. En raison des règles sanitaires canadiennes, les hippogriffes ne peuvent pas sortir de leurs box de transport aujourd'hui. La journée n'est donc constituée que d'une multitude de conférences à l'allure plus barbante que Thésée lorsqu'il vante le programme de formation des Langues-de-plomb. Je vais assurément m'ennuyer. Je n'ai emmené que deux manuels de Magizoologie pour le voyage et je les connais déjà par cœur. Il faut dire que comme la discipline ne connait pas un franc succès, les ouvrages de référence se font rares. Les gens ont si peu de goût.

 

J'ai repris mon poste sous une table, au moins suis-je épargné d'interaction avec tous ces sorciers très bruyants. J'ai pris mes fusains et mes craies, la forêt me nargue à quelques pas. Si Maman ne jetait pas régulièrement des coups d'œil en ma direction je m'y serais déjà rendu. Il doit y avoir tant d'être fascinants qui peuplent ces bois... Si un lac s'y trouve, j'y verrais peut-être même un ogopogo. Il parait qu'ils sont très intelligents et peuvent parcourir de très longues distances lorsqu'ils empruntent les fleuves avant de rebrousser chemin parvenus à la mer dont le sel les indispose. On a très longtemps pensé qu'il s'agissait d'une sous-espèce de dragon, alors qu'ils n'en sont qu'un éloigné cousin et ne pourraient, de toute manière guère voler en raison de la densité de leur corps.

 

 

Thésée me trouve parfois ennuyeux à autant parler sur les créatures magiques en oubliant tous les autres sujets de conversation possibles, mais Maman trouve cela mignon. Je crois que toutes les mamans trouvent leurs enfants mignons, même s'ils ne le sont pas vraiment. Je ne sais pas vraiment si je suis d'accord avec l'adjectif « mignon », je le réserve aux botrucs. Je crois que j'aimerais beaucoup être ami avec un botruc, ils protègent les arbres destinés à la confection des baguettes, je trouve que c'est une très noble cause. Nous ne serions pas grand-chose sans nos baguettes magiques... Pourtant, Thésée m'a affirmé qu'en effectuant des recherches dans la bibliothèque de Poudlard pour une rédaction il avait appris que les baguettes avaient été introduites très tardivement en Amérique. Je me demande comment les sorciers faisaient avant cela. Nos civilisations étaient alors si différentes...

 

Je crois qu'une brèche vient de se créer. Maman n'est plus en visuel. Et si je ne peux la voir, alors il y a de grandes chances pour qu'elle aussi ne puisse pas m'apercevoir non plus ! La forêt est moi ! Je vais certainement pouvoir m'y dégoter un endroit calme pour dessiner et écrire.

 

Rectification. La forêt est bien moins tranquille que je ne le pensais. Et surtout, elle est très étrangement peuplée... J'ai vu l'ombre d'une créature qui m'est inconnue et, sans vouloir me vanter, c'est tout à fait rare que ceci arrive.

 

Je venais de finir le sprint de mon existence pour échapper à la vigilance des adultes. Mais à vrai dire, ils étaient tous tellement occupés à discuter chiffres et rendements que je crois qu'un gamin débraillé courant avec son carnet sous le bras les importait peu.

 

Les arbres se dressaient devant moi avec majesté et je ressentais une intense excitation à l'idée de m'enfoncer entre leurs branches enlacées. Je pénétrai dans les bois avec entrain, la nature a toujours été mon échappatoire, le seul lieu où je me suis toujours senti à ma place. J'aime m'y perdre de longues heures à tout observer et imprimer chaque découverte dans ma mémoire. C'est cela que je souhaite pour ma vie entière, aller de découvertes en nouveautés. Rencontrer des chimères que même le plus fertile des penseurs n'a jamais imaginées.

 

Les racines et les fougères serpentaient entre mes pieds, m'entravant parfois dans mes mouvements et me forçant à la plus grande prudence. Je restais à l'affut du moindre mouvement, prêt à brandir mon fusain et mon carnet. Je trouvai rapidement un petit coin où la végétation était plus clairsemée et m'y installai, me servant d'un tapis de mousse grasse comme coussin et d'un tronc creux comme tablette à fourniture.

 

J'étais déjà concentré dans mes esquisses, griffonnant avec application une singulière fleur d'un rouge sang dont j'ignore le nom, lorsqu'un groupe de jackalopes vint à ma rencontre. J'en fus très surpris, ces animaux étant très farouches par nature et réputés pour être difficilement observables. Leurs bois étaient impressionnants pour leur taille, ils portaient à merveille leur sobriquet de « lapins cornus ». Leur fourrure fauve paraissait si soyeuse que j'y aurais volontiers glissé mes doigts si je n'avais pas été aussi à cheval sur mes principes : interagir le moins possible avec les animaux fantastiques afin de ne pas perturber leur existence. Il vaut souvent mieux que les créatures et les sorciers restent chacun dans leur monde car les seconds ne sont pas prêts à vivre avec les premiers et ne méritent pas de les côtoyer.

 

 

Je n'ai pas eu le plaisir d'entendre les jackalopes. Ils ont la réputation de pouvoir reproduire la voix humaine à la perfection. Sans doute le fait que je sois resté silencieux y était-il pour quelque chose.

 

Je finissais de dessiner un individu aux bois tarabiscotés lorsqu'une ombre passa dans mon champ de vision, me faisant sursauter. Sa présence était froide et inquiétante et mes nouveaux amis craintifs s'enfuirent sans demander leur reste, me laissant seul dans un nouveau silence. Prenant mon courage à deux mains je me levai de mon poste d'observation et me dirigeai avec discrétion vers ce qui avait vidé les lieux en un si court laps de temps. Je marchai plusieurs minutes à sa suite, concentré sur la végétation piétinée pour ne pas perdre sa trace, insensible à mon instinct qui commençait à me crier de fuir et ma nuque perlée de sueur.

 

Lorsque je parvins enfin à mon but, je restai stupéfait par l'immensité rocheuse qui culminait devant moi. L'ombre avait dû grimper, à moins qu'elle ne soit dans une caverne à guetter les alentours. Déçu je commençai à faire demi-tour, lorsque soudain, ils apparurent devant moi, les yeux rouges perdus dans la noirceur. J'étouffai un cri de peur et en un clignement de paupière je me retrouvai à l'orée du bois.

 

 

Je crois que bien que cela ne soit pas très prudent, des investigations supplémentaires sont nécessaires.

Partie 3 – Jour 3 : La disparition by AliceJeanne

4 juillet 1907,

 

Journal d'aventure et d'observation de Norbert Artemis Fido Dragonneau,

 

Quel remue-ménage ce matin ! J'avais encore le nez dans mes tartines de beurre de cacahuètes et mon jus de citrouille lorsque l'on vint frapper à la porte de notre chambre. Le sorcier se trouvant sur le seuil lorsque ma mère l'eut ouverte était plus rouge que Thésée lorsque je casse par mégarde ses encriers en courant après les gnomes. Il était également anormalement essoufflé, tant et si bien que je ne compris pas immédiatement de quoi il en retournait. J'ai également beaucoup de difficultés à me faire à l'accent canadien, ainsi qu'à leurs expression locales. A l'expression choquée de Maman, je devinai tout de même rapidement qu'il valait mieux que j'ouvre grand mes oreilles.

 

D'après le membre du comité d'organisation, un certain Mr Leopold Lillypilly, un des éleveurs, s'était tout simplement volatilisé durant la nuit. D'après sa femme, il s'était absenté pour aller jouer aux cartes avec d'autres congressistes et n'était jamais rentré. Ses compagnons de jeu l'avaient vu pour la dernière fois un peu après trois heures du matin et depuis il demeurait introuvable. Seule sa baguette avait été ramassée, brisée, à l'orée de la forêt.

 

 

Tous pensent à un monstre. Ce qui est bien stupide. Les monstres, cela n'existe pas, c'est une vue de l'esprit. Le seul être véritablement monstrueux en ce monde, c'est l'Homme et sa propension à tout détruire.

 

La forêt est pointée du doigt, selon eux, quelque chose y réside et attend tapi dans l'ombre qu'un sorcier un peu imprudent y pénètre pour s'en emparer. Cela me laisse bien perplexe car après tout, je suis allé dans les bois hier et en suis ressorti en un seul morceau. Avec la frousse de mon existence, certes, mais également pourvu de tous mes membres. Je pense tout de même à l'étrange créature que j'ai aperçue, et instinctivement un frisson me parcourt les épaules.

 

Il faut que je la retrouve. Quoiqu'il en coûte. Je dois l'identifier et comprendre comment elle provoque cette terreur qui m'a fait produire une magie involontaire suffisamment forte pour me faire transplaner.

 

Semer Maman ne fut pas un mince affaire. Elle est inquiète à cause de la disparition et connait un peu trop mon intérêt pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une créature magique. Sans doute se dit-elle que si monstre il y a je vais certainement chercher à le trouver. Je ne peux malheureusement pas lui donner tort. A ceci près que je souhaite prouver l'innocence des animaux pour établir la culpabilité d'un sorcier. La plupart du temps, les créatures se contentent de vivre de leur côté, si une rencontre se produit, c'est nécessairement qu'elle est due à un envahissement de son territoire. Ou au moins à une perturbation de celui-ci.

 

Maman abandonnée auprès d'un éleveur particulièrement excentrique, je n'avais plus que Thésée collé à mes semelles. Et je ne connais actuellement rien de pire qu'un grand-frère ronchon à l'idée de surveiller son cadet. Ce n'est pourtant pas moi qui l'y ai obligé et pourtant j'ai la nette impression d'avoir brisé son rêve le plus cher étant donnée la façon dont il me regarde en soupirant. Il n'avait qu'à rester à la maison. Je me demande d'ailleurs pourquoi il ne l'a pas fait. Maman a bien insisté mais je lui connais beaucoup plus de volonté et de force de persuasion que ça. Sans doute ne voulait-il pas la laisser aller seule. Après tout, c'est le premier évènement de ce genre sans Papa.

 

Je ne l'ai jamais connu. J'étais bien trop petit lorsqu'il est parti. Je crois même n'avoir jamais vu de photo de lui et ni Thésée ni Maman n'en parlent. J'ai juste compris au fil de temps que c'était un moldu et qu'après sa séparation avec Maman il avait été oubliété, conformément aux lois en vigueur. Ce qui implique qu'il ne voulait plus avoir de contact ni avec Thésée, ni avec moi, sinon il aurait pu conserver ses souvenirs du Monde Magique. Nous ne portons même pas son nom mais celui de la famille de Maman. Il n'y a rien pour me relier à lui si ce n'est mon reflet dans le miroir chaque matin.

 

Nous n'avons pas quitté la maison pendant des années après son départ, je crois qu'ils avaient coutume de voyager beaucoup. J'ai bien essayé de questionner Thésée mais il refuse de me dire quoique ce soit. Il est pire qu'un botruc qui boude. J'ai lu dans plusieurs ouvrages qu'ils avaient vraiment un sale caractère. J'aimerais bien qu'il se confie un peu à moi car il passe son temps à exiger que je le fasse sans me rendre la pareille. Je n'aime pas qu'il se sente obligé de me surprotéger comme cela. Je suis grand à présent, j'ai dix ans ! J'ai passé l'âge d'avoir peur du noir et des secrets.

 

Thésée était toujours collé à mes pas lorsque je pris innocemment la direction de la forêt, il semblait complètement absorbé par ses pensées et ne réagit véritablement qu'une fois les premiers arbres passés. Ce fut d'abord la stupeur, puis l'exaspération et enfin, un rire auquel je ne m'attendais pas. Il m'indiqua que je n'en ratais décidemment pas une et que j'avais bien failli l'avoir avant de me demander pourquoi je tenais à ce point à m'enfoncer dans les bois.

 

Je mentis, en veillant bien à garder le contact visuel et à ne pas cligner des yeux ou grimacer comme j'ai l'habitude de faire, prétextant un intérêt soudain pour la végétation et les groupes de jackalopes. Contre toute attente il me fit part de sa curiosité pour lesdits animaux et je manquai de laisser tomber ma mâchoire sur le tapis mousseux à mes pieds. C'était bien la première fois qu'il témoignait un réel intérêt pour quelque chose qui me passionnait moi. Il n'est pas non plus totalement méprisant et m'écoute volontiers, mais cela ne dure pas le temps que j'aimerais.

 

 

Je me retrouvai donc flanqué de Thésée, à arpenter les sentiers sinueux noyés dans la végétation, feignant de m'intéresser à celle-ci en griffonnant dans mon carnet quelques croquis. Cependant mon objectif restait le même : retrouver la créature et en apprendre davantage sur elle. J'espérai secrètement que mon frère serait rapidement lassé de me suivre et n'entraverait pas mes investigations comme je le savais capable de le faire.

 

Nous marchâmes ainsi plusieurs heures, dans le silence. Thésée ne le mentionna pas, mais je suis presque certain qu'il était très déçu de ne rien voir de plus que quelques branches et fougères. Les animaux semblaient avoir tous disparu et aucun son ne trahissait leur présence. J'étais inquiet. Rien ne devrait pouvoir perturber un environnement si vaste et cela ne pouvait être la seule présence de deux jeunes sorciers qui faisait se terrer tous les habitants de la forêt dans leurs antres et terriers. Quelque chose se tramait.

 

Nous rebroussions chemin, l'heure avançant et le soleil déclinant à la cime des arbres, lorsque je ressentis de nouveau le frisson de la veille et l'horrible peur qui m'avait saisi les entrailles. Thésée ne semblait pas non plus à son aise et triturait nerveusement le manche de sa baguette machinalement au travers de la poche de sa veste. Il me fit presser le pas et pour une fois je n'y trouvai rien à redire. Malgré la curiosité qui me criait de me retourner pour voir si l'objet de mon expédition sylvestre se trouvait dans mon dos, j'avais également très envie de retrouver la tranquillité de mon dessous de table sous le grand chapiteau.

 

Les derniers arbres se profilaient lorsque je sentis une caresse glacée sur ma joue et fis volte-face par réflexe, malgré l'injonction de Thésée à me hâter davantage. Je revis les yeux rouges avec effroi et manquai de m'évanouir lorsque des doigts semblables à des pattes d'araignée et prolongés de griffes crochues apparurent sur mon bras. Ma terreur fut cependant de courte durée, Thésée, s'était retourné lui aussi, ayant lancé le premier sort lui venant à l'esprit sur ce qui venait de m'attraper. Alors que mon frère me tirait par le bras en s'époumonant à me questionner sur la nature de la chose que nous venions de croiser, je la vis disparaître dans la végétation, claudiquant. Elle portait les mêmes bois que les grands cerfs.

 

End Notes:

J'avoue que je me fais plutôt plaisir au niveau créatif sur cette histoire, donc parfois il y a quelques loupés que ce soit dans l'écriture ou l'illustration. Mais... je m'éclate BEAUCOUP.

Partie 4 – Jour 6 : La panique by AliceJeanne

7 juillet 1907,

 

Journal d’aventure et d’observation de Norbert Artemis Fido Dragonneau,

Malgré mes tentatives, je n’ai pas, à ce jour, réussi à rentrer de nouveau dans la forêt et Thésée en est le seul responsable. Ce traitre froussard me tient au chantage. Si je retourne à la chasse aux créatures magiques, il dira tout à Maman à propos de mon excursion du deuxième jour que j’ai dû lui conter dans les détails après notre retour à la chambre à la suite de notre rencontre avec l’être mystérieux. Et il a bien insisté sur le fait qu’il avait bien d’autres dossiers sur mon compte si je ne me tenais pas tranquille. Je me demande encore comment il a su pour le chartier que j’ai soigné l’hiver dernier, j’avais pourtant été très prudent et discret. Peut-être est-ce ma soudaine maîtrise du langage grossier qui l’a aiguillé… Quoiqu’il en soit, il va falloir que je me montre encore plus vigilant, mon frère est déjà sur le dangereux chemin de l’âge adulte. Il s’est même intéressé de beaucoup trop près aux récents évènements…

Si la panique n’était encore que très diffuse après la disparition de l’éleveur anonyme, elle gagna en ampleur lorsque ce fut le tour d’un des organisateurs du congrès. Cela survint le lendemain et de la même étrange façon. On ne retrouva de lui que sa baguette brisée à l’orée de la forêt. Cette fois-ci un début d’enquête fut mené et un auror américain, sur place pour assurer la sécurité, se chargea de commencer à remuer le mystère pour y voir un peu plus clair. Tout du moins essaya-t-il, car il fut le suivant à disparaître. A ce jour, ils sont quatre à s’être volatilisés et des battues ont commencé à être organisées dans la forêt afin de rechercher d’éventuels corps, pour reprendre les mots des aurors canadiens venus en renfort depuis Ottawa. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le MAMICAGO* ne plaisante pas lorsqu’il se met en ordre de marche.

Ils ont entrepris d’interroger tout le monde, ce qui ne présente pas une mince affaire, nous sommes plusieurs centaines de congressistes. L’hippogriffe a particulièrement la cote ces temps-ci. J’ai compté et l’équipe qu’ils ont envoyée ne compte qu’une dizaine de membres, ils en ont au moins pour trois jours à recueillir et analyser les témoignages de tout le monde. Et durant ce laps de temps, rien ne certifie que d’autres disparitions ne vont pas survenir. Non pas que cela m’inquiète particulièrement pour moi-même ou mon entourage, quoi ou qui que soit le criminel il n’enlève que des hommes très bien portants et ni Thésée, ni Maman, ni moi ne correspondons à ce descriptif, mais je reste anxieux à l’idée que toutes ces personnes puissent être décédées. Ce qu’a l’air de songer le chef des aurors en faction. Je le sais car Thésée, qui ne me quitte plus d’une semelle, m’a trainé avec lui afin qu’il puisse lui faire part de ses théories sur le sujet. Pour un amateur d’énigmes en tout genre comme mon frère, c’est une sacrée aubaine de pouvoir rencontrer un homme de la carrure de l’Auror Aarav Snow, le directeur adjoint du bureau d’Ottawa.

Je n’eus pas à attendre très longtemps pour que mon tour de témoignage arrive. Je pense qu’ils voulaient certainement éliminer d’office ceux qu’ils pensaient comme peu informatifs pour leur enquête. Je tâchai d’être poli avec l’auror qui me posait des questions en suivant méticuleusement une petite fiche flottant en face de lui, mais je crois l’avoir tout de même agacé. Il est vrai que j’étais beaucoup plus concentré sur son étrange redingote aux motifs psychédéliques que ce sur quoi il m’interrogeait. Je ne parvins pas à réellement savoir ce qu’ils représentaient exactement mais je récoltai un sacré mal de crâne à trop les fixer. L’adulte resta cependant impassible et ne se formula pas de mon air absent, sans nul doute n’attendait-il pas grand-chose de moi de toute manière. Il me congédia au bout d’un quart d’heure durant lequel j’omis consciencieusement de mentionner la créature. J’étais bien trop informé sur les comportements néfastes des humains envers les animaux fantastiques pour pouvoir me permettre de mettre sa sécurité en danger tant que sa culpabilité n’était pas établie, ainsi que les raisons l’ayant poussé à de tels actes. Car en réalité, les êtres se nourrissant réellement de sorciers par choix, sont très rares. Le plus souvent, il s’agit du résultat d’une légitime défense ou de la conséquence de l’invasion de son territoire conduisant à une pénurie de son régime alimentaire classique.

Thésée en revanche, resta bien plus longtemps que moi dans le petit bureau d’enquête, improvisé dans un coin du chapiteau. Je parie dix Gallions qu’il a fait bien plus que de répondre aux questions. Il a certainement dû proposer son aide pour les recherches. Son envie d’aider son prochain, combinée à sa curiosité débordante et son amour pour les défis et mystères insolubles ne faisaient jamais bon ménage. Si je suis capable de me mettre dans le pétrin en poursuivant des créatures, lui fonce tête baissée dedans dès lors qu’il y a un minimum de challenge. Je ne peux pas nier qu’il s’est tout de même un peu amélioré avec le temps, pas assez cependant pour que je puisse être désigné comme la tête brûlée de la famille.

Pas de forêt pour moi ce jour, les aurors sont bien trop organisés pour laisser passer ne serait-ce qu’un soupir de doxy. Je dois me contenter de mes vagues croquis et de ma mémoire embrumée par la peur. Je ne me souviens de rien de plus que du regard rougeoyant, les doigts comme des serres et les bois étranges. Quelle taille faisait donc la créature ? Deux mètres ? Un peu plus ? Un peu moins ? Dans mes cauchemars elle m’apparait titanesque mais également invraisemblablement mélancolique. Pourquoi une telle sensation ? Et pourquoi suis-je convaincu que la vérité est bien plus complexe que ce que peuvent suggérer les apparences ? L’instinct du magizoologiste certainement. Il faut impérativement que je me remette en chasse au cours des prochains jours, pour comprendre et empêcher Thésée de révéler quoique ce soit sur notre escapade. Je sais qu’il n’en a rien fait pour le moment et je lui ai fait jurer de ne pas parler de ce que nous avions vu aux aurors. Je sais qu’il tient pour le moment parole pour me faire plaisir. Car même si je l’agace, je sais qu’il m’aime, à sa façon, éloignée de la mienne mais qui me touche néanmoins.

Il ne se taira malgré tout pas éternellement, et je sais que le temps est compté avant qu’il ne dévoile tout. Je dois agir vite, avec prudence et intelligence. La survie de quelques-uns en dépend peut-être.

End Notes:

* Le Ministère Canadien de la Magie est divisé en deux branches voisines et collaboratives. MAMICAGO pour Magical Ministry of Canadian Government est le terme général anglophone avec deux sous-sections : ES pour English Speaking et FS pour French Speaking. Ministère Magique du Gouvernement Canadien (ou MIMAGOCA) est l’appellation générale francophone avec les sous-sections An pour Anglophone et F pour francophone. Le siège du MAMICAGOES est à Ottawa et celui du MAMICAGOFS est à Montréal. Les aurors sont mutualisés entre les deux sites et de nombreux échanges ont lieu avec les ministères anglais et français de la magie. Norbert étant anglophone il emploie le terme MAMICAGO.

Partie 5 – Jour 8 : Le mystère by AliceJeanne

9 juillet 1907,

Journal d’aventure et d’observation de Norbert Artemis Fido Dragonneau,

Je dois malheureusement revenir sur mes précédentes déclarations : les aurors du MAMICAGO progressent aussi vite qu’une goule s’essayant aux mots croisés de La Gazette du Sorcier. Deux jours se sont écoulés depuis leur arrivée et les disparitions n’ont pas cessé, bien au contraire, le nombre de malheureux sorciers volatilisés a doublé. Si une enquête n’était pas en cours, ils auraient certainement déjà fait cesser le congrès et renvoyé tout le monde chez soi. A la place, nous sommes tous confinés dans nos quartiers et je commence à trouver difficilement supportables les quatre murs de la chambre que je partage avec Thésée.

Celui-ci ne cesse de gribouiller des notes illisibles depuis deux jours, je me demande bien ce qu’il manigance. Mais à chacune de mes questions, il se contente d’un grognement tout en cachant précieusement son carnet. Peut-être travaille-t-il à un plan de domination du monde ? Je ne vois que cela qui pourrait être aussi secret. Cela et un nouveau remède contre la gale de l’hippogriffe. J’ai bien essayé de lire par-dessus son épaule, mais même lorsqu’il ne me repousse pas avec un sort informulé qui m’envoie contre un mur je ne parviens pas à déchiffrer son écriture. Je suis certain qu’il en fait exprès. Thésée a toujours eu la plus belle des écritures et il n’y a aucune raison que ses notes ressemblent à ses traductions de runes.

Je finirai bien par l’avoir, je l’espère, car je m’ennuie et aimerais beaucoup participer à ses projets. Quitte à rester cloîtré en sa compagnie, autant faire une activité commune. Maman, elle, est bien trop occupée à lire ses nouvelles revues d’élevage pour me proposer quoique ce soit. De plus, je vois qu’elle est bien trop sur les nerfs pour répondre à mes dix mille questions quotidiennes. Elle a peur pour nous, alors que selon mes observations rien ne peut nous arriver. Je suis rarement inquiet, cela ne sert pas à grand-chose, à mon sens, de s’infliger cette activité désagréable. S’inquiéter, c’est souffrir deux fois.

Thésée a enfin posé son carnet pour aller aux sanitaires, ce qui est étrange car il l’emmène avec lui même pour se laver. Je dois sauter sur l’occasion, elle ne se représentera peut-être pas !

Malheureusement pour moi, je n’ai pas été assez rapide dans mon entreprise et j’ai à peine eu le temps de jeter un œil à la première page qu’un maléfice du saucisson me heurtait de plein fouet. Il devrait y avoir des lois interdisant de torturer ainsi les petits frères. Cependant j’ai pu déchiffrer quelques bribes de mots et face à mon visage implorant et ma grimace, apparemment hilarante, Thésée a cédé et accepté de me révéler la nature de ses élucubrations.

Ce que je suis bien forcé d’admettre c’est que mon frère ferait certainement un formidable enquêteur. Du moins est-il certain qu’il rivaliserait avec ceux qui nous tiennent enfermés faute de mettre la main sur le responsable des disparitions. Il a tout noté et répertorié, y compris certains interrogatoires menés par les aurors. Il refuse de me dire comment il s’y est pris pour ce dernier point et je devine qu’il ne s’agit certainement pas d’une honnête façon de procéder. Mais après tout, mon frère sachant mieux s’exprimer que moi, il est fort possible qu’il ait tout simplement demandé des informations avec toute la candeur dont il est capable.

Je suis particulièrement subjugué par son plan des lieux, incroyablement détaillé et magiquement animé. On s’y croirait ! Je ne pensais pas qu’il y avait tant de pièces, cela a dû lui prendre un temps fou pour obtenir toutes ces données. J’imagine qu’il a finalement passé beaucoup moins de temps enfermé au début de notre séjour qu’il ne le prétend. Tous les lieux des disparitions sont indiqués avec précision et renvoient à de petites fiches sur les victimes. Il a également fait des liens entre elle, mettant en avant leurs points communs. Sur une autre page s’étale le registre des participants au congrès. Je me demande également comment il a bien pu obtenir cette information… A ma connaissance il faut être dans le comité d’organisation pour y avoir accès. Certains noms sont mis en avant : ceux des disparus apparaissent flous, ceux des personnes qu’il considère comme innocentes sont barrés et ses suspects figurent dans une calligraphie plus appuyée. Je suis ravi de constater qu’il ne me considère pas comme un suspect potentiel, cela aurait certainement terni notre relation. Cependant le fait qu’il fasse figurer « le spectre » comme il nomme la créature inconnue qui nous a fait si peur l’autre jour, m’interroge. A quoi pense-t-il ?

Après investigation, il semble qu’il ne veuille écarter aucune possibilité et m’a même proposé de l’aider. Je ne crois pas avoir autant écarquillé les yeux qu’à ce moment. Nous ne faisons que si peu de choses ensemble et mener l’enquête c’est bien une activité que je n’aurais jamais osé rêver de faire avec lui. Je dus me contenir pour ne pas trop laisser éclater ma joie et me contentai de mouvements de tête saccadés. Je suis si heureux ! Surtout depuis qu’il m’a dit que j’étais, à son grand désespoir, certainement le mieux placé pour réussir à identifier la créature et parvenir à l’éliminer des suspects ou affirmer sa possible culpabilité.

Un problème de taille subsiste cependant. Comment sortir de la chambre sans être repérés ? D’après Thésée, les aurors ont apposé des sorts de traçage sur les baguettes de tout le monde, il est donc impossible de transplaner ou de lancer un sort de désillusion. Nous serions repérés dans l’instant. Nous allons devoir œuvrer « à la façon moldue ». Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens tout d’un coup très excité à cette idée. Je crois que je vais vivre une vraie aventure et une évasion digne de ce nom !

End Notes:

Les "plans" présentés sont évidemment ceux de Norbert, Thésée a refusé de me laisser approcher les siens pour les inclure dans les illustrations de ce chapitre ;)

Partie 6 – Jour 9 : La peur by AliceJeanne

10 juillet 1907,

Journal d’aventure et d’observation de Norbert Artemis Fido Dragonneau,

 

Le plan est simple : une diversion, une ouverture, une sortie, une dispersion. Le tout suivi d’investigations avant le retour au camp de base (notre chambre) sans se faire prendre et avec le plus d’informations possible. Je suis paré. Equipé de ma besace d’aventurier, de ma loupe, de mes carnets et fusains, je suis capable de faire face à tous les imprévus. Pas besoin de baguette magique pour être un héros. Le départ est prévu à huit heures précises, notre fenêtre d’action est étroite, nous n’avons pas le droit à l’erreur.

 

 

7h37 : début de la tournée des chambres par les elfes de maison. Ils apportent des draps propres et les petits-déjeuners aux congressistes confinés dans leurs logements.

 

7h55 : changement de l’auror de garde au début du couloir nord, offrant une fenêtre de dix minutes de non-surveillance le temps de la transmission de poste.

 

7h59 : l’elfe de maison arrive chez nos voisins en glissant son chariot de linge volant devant notre porte. C’est là qu’il nous faut agir en nous faufilant pour rejoindre le bout du couloir à ce moment déserté.

 

8h : sortie de la chambre.

 

8h01 : arrivée à l’extrémité déserte du couloir.

 

8h02 : passage par la porte du fond et orientation dans les escaliers.

 

8h06 : sortie des escaliers de l’hôtel.

 

8h17 : contournement par le nord du chapiteau central en évitant scrupuleusement les points de garde des aurors et leurs sortilèges de surveillance.

 

8h23 : séparation devant l’orée de la forêt. Thésée part en direction de l’Est et moi de l’Ouest. Je reste en lisière, tandis qu’il s’enfonce un peu plus dans les bois pouvant se permettre de prendre plus de risque, ayant le droit de faire de la magie à volonté. Il ne s’en servira cependant qu’en dernier recours en raison de la trace installée sur chaque sorcier de l’évènement en âge de posséder une baguette magique.

 

11h37 : retrouvailles au point de dispersion pour faire le chemin en sens inverse et regagner la chambre avant la livraison des repas du midi.

 

13h : mise en commun de nos découvertes.

 

 

Sur le papier, tout se tenait à peu près, mais en pratique, ce fut une autre paire de manches. Si le début du plan se passa à merveille, il en fut tout autrement pour le retour. Nous venions de nous rejoindre, chacun ébranlé par nos propres découvertes lorsque des aurors un peu trop zélés nous tombèrent dessus et nous ramenèrent par la peau du cou jusqu’à nos quartiers en nous servant le deuxième sermon le plus mémorable de la création. Le premier étant celui que nous avait réservé notre mère, mise au courant de notre escapade par un organisateur un peu trop curieux que les manigances de Thésée intriguaient. Il s’était introduit dans notre chambre avec l’intention de nous assommer pour lire les notes de mon frère et ne trouvant que des lieux vides avait sonné l’alerte. Je ne comprendrai certainement jamais pourquoi aucune remontrance ne lui fut faite malgré ses intentions belliqueuses. C’est sans doute cela, la complexité du genre humain.

 

Nous ne pûmes finalement nous concerter que bien plus tard dans la soirée, après que Maman nous eut tout confisqué et que Thésée ait tenté plusieurs fois de la faire revenir sur sa décision. Mais elle était intransigeante. De mon côté, cela ne me fait pas grand-chose, je sais ruser suffisamment pour récupérer mes affaires et je connais toutes ses cachettes et ses subterfuges. Cela ne me prendra pas longtemps pour remédier à cette fâcheuse situation.

 

Thésée paraissait très secoué et je le pressai rapidement de questions pour savoir ce qui pouvait tant l’ébranler, lui qui était toujours d’un calme olympien. Il mit plusieurs minutes, entre deux bafouillages, à me révéler ce qu’il avait vu, et lorsque je sus enfin de quoi il en retournait, je ne pus que réprimer un frisson.

 

Mon frère était tombé sur les potentiels cadavres de nos disparus, tout du moins, ce qu’il en restait. Quelques morceaux de vêtement, de rares lambeaux de chair et des os rongés jusqu’à la moelle, le tout exsangue. De quoi retourner le plus brave des braves et Thésée ne démérite pas. Alors qu’il me contait dans les détails les macabres découvertes qu’il avait faites, je me remémorais les miennes, incertain de ce que j’avais vraiment vu et hésitant à en faire part à Thésée. Mais nous avions convenu de tout nous dire, donc, après qu’il se fut calmé, j’entrepris de verbaliser ce qui m’avais terrifié quelques heures plus tôt.

 

Désobéissant à Thésée, je m’aventurais dans le bois bien au-delà de sa lisière, en quête d’une piste. Nous nous étions séparés à l’endroit où nous retrouvions communément les baguettes brisées des disparus et depuis là, je scrutais le sol à la recherche d’empreintes. Qui ou quoi que fut le responsable de tout ceci, il ne pouvait avoir rien laissé sur son passage. Certes, il aurait très bien pu voler ou même transplaner mais ces pratiques laissaient leurs traces.

 

En m’enfonçant bien plus loin que je ne l’aurais dû, je ne trouvais rien, ou plutôt je ne trouvais pas ce que je recherchais, je tombais sur bien plus indicatif et horrifiant. Alors que je contournais la clairière aux jackalopes, un bruit peu ragoutant de succion attira mon attention. Obéissant à mon instinct de conservation, qui aurait certainement mieux fait de me dicter de prendre mes jambes à mon cou, je m’approchai avec discrétion du son angoissant. Prenant garde à ne faire craquer aucune branche sur mon passage, je me faufilai entre les fougères et écartai en tremblant celles bordant une petite allée. Je retins de justesse mon cri. La créature était là, et elle n’était pas seule. J’avais trouvé le responsable des disparitions que se révélaient être des meurtres. Pour une fois, l’être humain n’était pas le monstre de l’histoire, ou tout du moins, pas à première vue.

 

La créature ressemblait à un homme à la peau grisâtre et dure, recouverte par endroits de poils à l’apparence drue, sombres comme les eaux profondes d’un lac. Des bois d’ébène ornaient sa tête et paraissaient aussi tranchants que les longs doigts qu’elle enfonçait dans la chair du pauvre malheureux gisant au sol. Il tressautait, signe que son agonie se poursuivait toujours. J’eus un haut le cœur, je n’étais peut-être pas si prêt que cela à devenir magizoologiste en fin de compte. Je voulais m’enfuir, le plus vite et le plus loin possible hors d’atteinte de cet être qui se nourrissait du sang des sorciers. J’ignore encore ce qu’elle est, mais repenser à ce que j’ai vu me donne des sueurs froides.

 

 

Je ne me rappelle plus très bien comment j’ai réussi à repartir, tant j’étais figé sur l’instant, mais après que la créature eut tiré le pauvre malheureux derrière elle je finis par retrouver ma mobilité et courus sans me retourner jusqu’à la lisière des bois. Thésée m’y attendait déjà, blême. Nous nous sommes faits cueillir quelques instants plus tard.

 

Alors que j’énonçais mes observations à Thésée, je trouvais celui-ci très soupçonneux, comme s’il ne me croyait pas. J’étais un peu vexé qu’il n’accorde pas plus d’attention que cela à mes paroles. Je pensais pourtant que sur ce coup-là nous étions sur la même longueur d’onde. Il faut croire que j’ai espéré un peu trop fort et avec trop de naïveté. Je ne peux pas changer Thésée en une journée.

 

Il ne dit rien à la fin de mon monologue mais je sais qu’il n’en tiendra certainement pas compte dans ses propres conclusions. Même s’il a entrevu lui aussi la créature, il doit certainement ne pas y croire. Après tout, il a passé l’âge d’avoir peur des monstres cachés sous les lits. Pour lui donner raison, il est vrai que je n’avais jamais entendu parler d’une telle chose et que je suis bien incapable de la nommer. J’espère pouvoir obtenir des informations d’une façon ou d’une autre, il doit bien y avoir une sorte de bibliothèque ici ou bien des autochtones au fait de la faune et de la flore locale. Des murmures m’ont soufflé qu’il y en avait peut-être une derrière les mystérieuses portes closes du bâtiment abritant la grande salle à manger.

 

Quoiqu’il en soit je dois rester vigilant et surveiller Thésée, j’ai peur qu’il ne se mette en danger, son silence ne me dit rien qui vaille.

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