Les Sorciers by alixe
Summary: PARTIE IV : Treize ans ont passé depuis la Bataille de Poudlard. Harry est désormais commandant des Aurors, les enfants grandissent et les sorciers apprennent à vivre entre magie et modernité. Suite des Survivants, des Bâtisseurs et des Réformateurs. FORMAT NUMÉRIQUE A TÉLÉCHARGER & FORMAT PAPIER : hp7troisquart.free.fr



Montage à partir d'une image dessinée par Martha sur le site Artdungeon

Categories: Après Poudlard Characters: Ginny Weasley, Harry Potter, Hermione Granger, Ron Weasley
Genres: Aventure/Action
Langue: Français
Warnings: Aucun
Challenges: Aucun
Series: HP, 7 trois-quart
Chapters: 35 Completed: Oui Word count: 212904 Read: 160658 Published: 19/12/2011 Updated: 01/09/2017

1. I : Une action hors du commun by alixe

2. II : Travail d'été by alixe

3. III : Parmi nous by alixe

4. IV : L'éducation des enfants sorciers by alixe

5. V : Le sentiment de devoir acompli by alixe

6. VI : Un homme charmant by alixe

7. VII : Procédure d'urgence by alixe

8. VIII : De bons souvenirs by alixe

9. IX : Une conscience aiguë by alixe

10. X : Le Carnet de la Gazette by alixe

11. XI : L'esprit de groupe by alixe

12. XII : Le rêve de Mélusine by alixe

13. XIII : Un problème de sommeil by alixe

14. XIV : La lettre d'amour by alixe

15. XV : A charge et à décharge by alixe

16. XVI : Scène de ménage by alixe

17. XVII : Modifier ses habitudes by alixe

18. XVIII : Un homme très séduisant by alixe

19. XIX : Un mauvais moment à passer by alixe

20. XX : La liste des priorités by alixe

21. XXI : La fin d'une époque by alixe

22. XXII : Rajeunir les rangs by alixe

23. XXIII : Les lieux stratégiques du monde magique by alixe

24. XXIV : La danse de Salomé by alixe

25. XXV : Le traité des Buveurs de Sang by alixe

26. XXVI : Des voisins calmes et courtois by alixe

27. XXVII : La lettre de sang by alixe

28. XXVIII : Un soutien sans faille by alixe

29. XXIX : Les raisons invoquées by alixe

30. XXX : Être et avoir été by alixe

31. XXXI : Le bois duquel on est fait by alixe

32. XXXII : Trouver le bon endroit by alixe

33. XXXIII : Penser aux générations futures by alixe

34. XXXIV : La part d’Albus Dumbledore by alixe

35. XXXV : Dix-neuf ans plus tard by alixe

I : Une action hors du commun by alixe
Author's Notes:

Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Bonjour tout le monde !

Pour ceux qui viennent voir en curieux, cette histoire est la quatrième partie d'une saga qui couvre la vie de Harry, de ses proches et du monde magique en général entre la bataille de Poudlard et l'épilogue du tome 7 (19 ans en tout). La première partie s'appelle Les Survivants. Vous pouvez cependant jeter un œil sur ce chapitre, puisque tout le monde sait où nous allons (vers l'épilogue), il n'y a pas tellement de suspense.

Je suis consciente que ce premier chapitre manque un peu d'action et de dialogues, mais il fallait tout remettre en place après une si longue absence de ma part. Je vous rassure, il y a des chapitres plus animés, avec des enquêtes et des dialogues.

Pour vous qui me suivez depuis plus longtemps, j'espère que l'année qui vient de s'écouler a été bonne pour vous et que vous avez eu de bonnes lectures. Je suis désolée du délai qui vient de s'écouler, j'ai un an de retard sur mes prévisions, mais j'avais besoin de lever le pied sur cette histoire et de me consacrer à d'autres projets. Je n'ai jamais envisagé l'abandonner et je suis toujours fermement décidée à la terminer.

Je vous préviens cependant que la totalité de cette partie 4 n'est pas écrite. Je ne poste donc dans un premier temps une tranche de 6 chapitres qui couvrent 1 an de temps fictionnel.

Bon, assez parlé, place à la lecture...

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 1er juillet 2011

Comme chaque matin, Harry fit le tour des bureaux en arrivant au QG des Aurors pour saluer chacun de ses subordonnés.

Il avait pris cette habitude après son entrée en fonction et en avait très vite vu les bénéfices : non seulement cela incitait ses hommes à arriver tôt, mais cela leur permettait de lui soumettre leurs questions ou leurs petits problèmes. De son côté, il en profitait pour prendre des nouvelles de chacun et discuter quelques minutes avec eux avant que ses nombreuses activités ne l'absorbent complètement.

La seule table devant laquelle il n'appréciait pas s'arrêter était celle de Cyprien Muldoon. Comme aux autres, il lui serrait la main et lui demandait comment il allait mais la question n'était pas plus sincère que l'invariable 'Très bien ' qu'il recevait en réponse.

En dix-huit mois, rien n'avait changé entre les deux hommes. Ils avaient toujours une conception sensiblement différente du métier qu'ils partageaient. A chaque innovation que Harry avait proposée, il avait lu le refus voire le mépris dans les yeux de son subordonné. Toutefois, Muldoon n'avait jamais prêché la sédition et Harry le laissait faire à sa guise, tant qu'il ne mettait pas en péril son autorité ou les dossiers qu'il suivait.

Les affaires qu'il confiait à l'Auror réfractaire constituaient l'un des seuls points de friction entre Harry et son adjoint, Stanislas Pritchard. Ce dernier préconisait de mettre Muldoon sur des enquêtes requérant beaucoup d'expérience, ce qui correspondait effectivement au profil de l'Auror senior. Mais Harry n'arrivait pas à faire confiance à un homme qui ne suivait pas les entraînements en duel du samedi matin et qui pouvait leur faire perdre un procès par son refus de prendre en compte la réforme des procédures criminelles. De ce fait, il le cantonnait dans des missions peu intéressantes, ce qui était dommage au regard de ses capacités, mais le jeune commandant estimait que c'était la mauvaise volonté dont son subordonné faisait preuve qui le maintenait dans cette situation peu enviable.

Après leur habituel salut convenu, il termina sa tournée et arriva enfin à son bureau.

— Alors, tout s'est bien passé, hier ? lui demanda Stanislas.

La veille, Harry avait participé à l'inauguration du musée de la Magie créé par Ginny, Fleur et Andromeda.

— Très bien, tout le monde semblait content. Aujourd'hui, c'est l'ouverture officielle. Je n'ai même pas vu ma femme ce matin !

En effet, il n'avait trouvé à côté de lui en se réveillant qu'un petit mot proposant qu'ils se retrouvent le soir au Terrier pour récupérer leurs enfants hébergés la veille par leurs grands-parents.

— Toute la presse en parle, lui assura Pritchard en désignant le tas de journaux qu'il épluchait chaque matin.

Dans les premières années qui avaient suivi sa victoire contre Voldemort, Harry avait renoncé à lire la presse, ne désirant pas apprendre ce qu'on disait de lui. Il avait cependant dû reprendre l'habitude de s'informer quand il était devenu commandant des Aurors.

Heureusement, mis à part les piques subtiles lancées par Rita qui avait réussi à l'interviewer au début de sa prise de fonction, les journaux avaient été relativement neutres à l'annonce de sa promotion, relatant sa nomination comme une suite logique du service qu'il avait rendu à sa communauté en la débarrassant de Celui-dont-on-ne-prononçait-toujours-pas-le-nom. Ses dix ans au sein du corps des Aurors avaient été rappelés, ainsi que les arrestations les plus marquantes qui avaient jalonné sa carrière. Son implication dans la modernisation des moyens de preuve avait aussi été révélée au grand public ainsi que les séances d'entraînement qu'il organisait depuis des années maintenant.

La suite avait été moins idyllique : aux cours des mois suivants, chaque opération ne se terminant pas par une victoire éclatante de ses services donnait lieu à des articles qui marquaient leur incompréhension face à ces manquements. Comme si la présence d'un Survivant à la tête du bureau des Aurors devait garantir des arrestations rapides et systématiques de tous les criminels du monde sorcier !

La première vague de critiques l'avait désarçonné. Heureusement, il avait à ses côtés Stanislas Pritchard. Son adjoint n'avait pas passé les articles sous silence comme l'avaient fait ses autres collègues, ni ne s'était répandu en protestations rageuses comme son épouse, outrée de le voir mis en cause. Non, Stanislas avait repris chacun des dossiers et les avait revus avec Harry pour déterminer si une erreur avait été commise et les leçons à en tirer.

Harry avait fini par admettre non seulement que toutes les affaires ne pouvaient être résolues, certains criminels se montrant assez subtils pour déjouer les Aurors, mais que tout le monde pouvait faire des erreurs et qu'il fallait vivre avec. Il avait appris à doser les compliments et les critiques qu'il adressait à ses subordonnés en prenant en compte les difficultés rencontrées lors des enquêtes, et non en fonction de la pression de l'opinion publique. Cette attitude avait été très appréciée par ses hommes qui s'étaient sentis soutenus et évalués à leur propre valeur.

Ce matin-là, la Gazette du Sorcier annonçait l'ouverture du musée de la Magie en première page et le compte-rendu du journaliste prenait la moitié de la page 3. Harry parcourut l'article avec attention : visiblement Harold Tribune avait beaucoup aimé ce qu'il avait vu. Harry paria pour une affluence importante au cours de l'été il n'allait pas souvent voir Ginny.

Il n'ignorait pas que les louanges ne seraient pas aussi unanimes. Pour commencer, il était bien placé pour savoir que toute personne qui entreprend une action hors du commun est critiquée. D'autre part, Ginny et ses deux associées avaient fait des choix politiques qui ne seraient pas appréciés par tous les sorciers.

Mais il était temps qu'il s'occupe de son propre travail. Comme chaque matin après la revue de presse, son adjoint lui résumait les rapports déposés par les hommes et femmes de la brigade. Il tenait ainsi Harry au courant de l'avancée des affaires en cours, lui soumettait les points qui lui paraissaient mériter une décision : fallait-il donner du renfort à une équipe, se pencher sur une enquête qui n'avançaient pas comme prévu, changer un binôme qui ne s'entendait pas ou qui n'était pas assez complémentaire ?

Harry ne s'était pas montré pressé de modifier les équipes car il savait qu'elles dépendaient d'un équilibre subtil et il n'était pas certain d'y arriver aussi bien que son prédécesseur. Cependant, certaines affaires avaient demandé des compétences spéciales, et il avait cherché à apparier ceux qui les capitalisaient. Il avait donc pu juger d'autres agencements qui lui avaient apporté satisfaction ou qui, au contraire, appelaient à ne pas être renouvelés.

Il n'avait pas non plus lancé de nouveaux recrutements, préférant attendre de se sentir complètement à l'aise dans son rôle avant de faire rentrer de nouvelles têtes dans la brigade. Il savait cependant qu'il devait songer à en faire. Quand il avait hérité du commandement des Aurors, cela faisait déjà plusieurs années que Dave Faucett n'avait pas pris d'aspirants. Les temps étaient calmes, et la trentaine d'hommes qu'il avait sous ses ordres suffisaient à gérer les affaires de magie noire et les enquêtes sur les morts suspectes.

Cependant, outre qu'il était recommandé de ne pas laisser trop d'années de différence entre les diverses arrivées d'Aurors, la population sorcière croissait lentement mais sûrement, ce qui justifiait une augmentation des effectifs. Les dix années qui avaient précédé la naissance de Harry les sorciers avaient mis moins d'enfants au monde car les temps étaient troublés — avec une exception notable dans la famille Weasley. De nombreux décès avaient aussi fait baisser le nombre de parents potentiels.

Après la disparition de Voldemort, il y avait eu recrudescence des naissances. L'effectif de la classe de Demelza, par exemple, était deux fois supérieur à celui des promotions de Harry ou de Ginny. Cette génération était parvenue à l'âge adulte juste après la guerre. Une autre vague de bébés était arrivée un an après le dernier conflit. Ces derniers sortiraient de Poudlard dans six ans maintenant et ils n'auraient jamais connu de période de conflits. Oui, il était temps de songer à recruter un peu.

Harry revint au temps présent : il avait des papiers à signer et il fallait qu'il s'entretienne avec Richard Wellbeloved et Angelina qui semblaient peiner sur leur enquête en cours. Peut-être qu'une conversation avec Harry et Stanislas permettrait de faire naître des idées utiles.

L'après-midi, le commandant des Aurors comptait se rendre à la Maison de Justice où allait se tenir un procès. C'était une affaire d'Imperium au sein d'une famille. Une mère jetait ces sortilèges pour mener ses jeunes enfants à la baguette mais elle utilisait le plus souvent la baguette de sa propre mère qui vivait dans son foyer pour jeter ses sorts coupables. Cela avait rendu l'identification de la magie délicate, car une baguette qui a servi longtemps la même personne a tendance à colorer l'empreinte magique de celui qui l'utilise. Cela avait troublé l'enquête : la baguette contenant les sorts fautifs appartenait à une personne trop affaiblie magiquement pour les lancer et aucun autre membre de la famille n'avait l'empreinte correspondant exactement au sort trouvé sur l'un des enfants. Heureusement, le partenaire de Seamus Finigan , Nat Proudfoot, n'était pas né de la dernière pluie et avait fini par comprendre l'astuce. Harry espérait que leurs preuves seraient considérées comme suffisantes.

Mais avant tout, il devait participer à la réunion hebdomadaire des chefs de service du département de la Justice magique. Il y verrait le chef de département Sturgis Podmore ainsi qu'Hermione qui lui servait d'assistante. Il y aurait aussi un représentant du Magenmagot, le chef de la police magique et les chefs des services des usages abusifs de la magie, des détournements de l'artisanat moldu, et du contrôle de l'équipement magique.

Cette réunion permettait à tous les acteurs de la justice de parler des dossiers importants, de se maintenir informés de ce que faisaient les autres et de recevoir des directives de leur supérieur. Harry n'aimait pas spécialement les réunions et y envoyait parfois Stanislas mais il savait qu'il avait besoin de rencontrer ses collègues pour entretenir des liens avec eux. C'est pourquoi il s'astreignait à y aller le plus régulièrement possible.

Il ne se dit rien de passionnant ce matin-là et Harry fut heureux quand arriva l'heure du déjeuner qui marquait la fin de la rencontre. Il mangea avec son adjoint puis partit pour assister au procès. Trois heures plus tard, il eut la satisfaction de voir son accusée sortir entre deux gardiens. D'ici quelques jours, elle dormirait à Azkaban.

ooOoo

Enfin, après une fructueuse discussion avec Angelina et son partenaire, le commandant des Aurors quitta son bureau à dix-huit heures. Teddy revenait ce soir-là de Poudlard et Harry tenait à accueillir son filleul sur le quai de la gare. Il ne doutait pas qu'Andromeda y serait — même l'ouverture au public du musée sur lequel elle travaillait depuis un an ne suffirait pas à la détourner de ses devoirs de grand-mère.

En effet, elle était déjà arrivée quand Harry traversa le mur et déboula sur le quai.

— Alors, comment s'est passée cette journée ? demanda l'Auror.

— Très bien, répondit-elle d'un ton distrait en tendant l'oreille pour distinguer le bruit caractéristique du train à vapeur.

Déjà, on voyait se profiler la haute cheminée de la locomotive et bientôt les wagons défilèrent devant eux. Andromeda était presque sur la pointe des pieds, tellement elle se tendait pour tenter d'apercevoir son petit-fils. Celui-ci lui avait à l'évidence beaucoup manqué. Harry était lui aussi heureux de revoir son filleul, mais les trois enfants qu'il avait à la maison n'avaient aucun mal à meubler son attente entre chaque vacances.

Bientôt, un adolescent boutonneux se tint devant eux. Il avait encore grandi, remarqua Harry. Il était assez trapu par rapport à ses camarades — ses deux parents n'étaient pas spécialement grands — mais il prenait assez de centimètres entre chacun de ses congés pour que son parrain le trouve changé. Il s'avança pour recevoir le bref baiser de sa grand-mère. Si l'affection que cette dernière lui portait ne faisait aucun doute, elle restait toujours réservée dans ses manifestations, sans doute un reste de sa stricte éducation. Cela évitait à Teddy les embrassades d'autres parents plus expansifs qui semblaient embarrasser bon nombre d'élèves se trouvant autour d'eux.

Harry se rappela combien Ron craignait les débordements maternels, surtout en public. De son côté, il n'était jamais très à l'aise à cette époque quand Molly le prenait dans ses bras, même s'il aurait été peiné qu'elle ne le traite pas comme l'un de ses enfants. Il est vrai qu'il n'avait pas l'habitude de ce genre de contact et ne savait pas vraiment y répondre. Depuis, Ginny le lui avait appris et ses propres enfants ne manquaient pas de câlins de sa part.

L'Auror se contenta cependant de serrer la main de Teddy pour ménager sa susceptibilité devant ses camarades de classe. Le regard qu'ils échangèrent et leur sourire suffirent à transmettre la joie qu'ils avaient de se revoir.

— Ton voyage s'est bien passé ? demanda Andromeda. Et tes examens de fin d'année, tu as eu de bonnes notes ?

— J'aurai eu mon année, grand-mère, ne t'en fais pas, la tranquillisa le jeune homme.

A la déception patente de la vieille dame, son petit-fils était loin de briller dans ses études. Il n'était pas si mauvais mais travaillait juste le minimum pour se maintenir à une moyenne de Acceptable. Les Efforts exceptionnels ne faisant pas mentir leurs libellés en restant excessivement rares et les Optimal n'avaient jamais été invités sur les copies de Teddy. Toute la famille était persuadée qu'il était parfaitement capable d'obtenir de meilleures notes en portant davantage d'intérêt à ses études, mais le principal intéressé préférait passer son temps à s'entraîner au Quidditch — il avait réussi à décrocher une place de batteur dans l'équipe de sa maison — et à bricoler dans le cadre de son club 'sciences des Moldus'.

Cette activité parascolaire, proposée aux élèves depuis la fin de la guerre, faisait partie des nombreuses initiatives mises en oeuvre par le directeur qui avait pris la suite de Rogue, le professeur Brocklehurst. C'était l'équivalent des cours de technologie enseignés dans les collèges moldus, très axés sur les expériences et les travaux pratiques. Depuis quelques années, c'était devenu une matière à part entière, proposée parmi les autres options à partir de la troisième année. Harry était persuadé que Teddy aurait au moins un O l'année suivante car il montrait une grande habilité dans ce domaine. D'ailleurs, en voyant ce qu'il était capable de faire lors des vacances de Pâques, Ron et George lui avaient proposé un stage dans leur boutique pendant l'été, ce que Teddy avait accepté avec empressement.

— Et ton musée ? demanda-t-il à sa grand-mère. J'ai vu qu'ils en parlaient dans le journal, ce matin. Tu es contente ?

— Oui, tout s'est bien passé hier et aujourd'hui, répondit-elle en lui lançant un regard pour lui montrer qu'elle n'était pas dupe de l'intérêt soudain de son petit-fils pour ses occupations. Je pense qu'on en parlera au dîner.

Elle ne précisa pas qu'ils mangeraient au Terrier : à chaque retour de Teddy, le premier repas était pris en famille à la table d'Arthur et Molly. Personne n'aurait eu à l'idée d'y déroger, pas même Charlie qui travaillait toujours dans une réserve de dragons en Amérique du Sud.

Harry sortit sa baguette pour faire léviter la malle du collégien vers les chariots qui étaient à leur disposition en bout de quai, contre le mur qu'ils devaient franchir pour passer du côté moldu de la gare. Ce n'était pas par galanterie envers Andromeda qu'il jouait au portefaix : c'était surtout pour avoir l'air trop occupé et feindre de ne pas remarquer tous les saluts plus ou moins discrets qui lui étaient adressés par les autres parents. S'il avait dû y répondre, il aurait ressemblé à un roi saluant son peuple et il s'y refusait. Quand il sortait dans les lieux sorciers, il modifiait ordinairement son apparence pour se promener tranquillement. Mais il répugnait à prendre les traits d'un autre pour accueillir son filleul et devait donc subir les conséquences de sa popularité.

La plupart des sorciers vivant dans un lieu magique se précipitaient vers la cheminée la plus proche pour rentrer chez eux. Pour ne pas avoir à faire la queue, Harry, Andromeda et Teddy prirent le bus moldu vers le Square Grimmaurd d'où ils pourraient utiliser le réseau de cheminette. Le collégien salua donc Miffy et Trotty, les elfes qui travaillaient chez Harry, avant de rejoindre le reste de la famille.

Quand ils débouchèrent dans le salon du Terrier, une pétarade les accueillit et, juste en dessous du plafond, un cierge magique écrivait en couleurs "BIENVENUE TEDDY !".

— Pas dans la maison, je l'ai déjà dit ! protesta Molly.

— Mais maman, tout l'intérêt est dans l'effet de surprise, protesta Ron.

— Je suis certaine que Teddy sera très surpris de retrouver la maison en cendres, jugea Hermione.

— Salut Teddy ! Comment tu trouves nos dégradés, s'enquit George.

— C'est votre tête que je vais dégrader, menaça Ginny. Vous n'êtes pas fous de faire un bruit pareil ? J'en ai les oreilles qui bourdonnent.

— Calmez-vous les enfants ! cria Angelina aux petits qui sautaient sur le canapé pour tenter de toucher les lettres qui flottaient toujours au dessus de leur tête.

— Le D et le Y jurent un peu, répondit Fleur à la place de Teddy. Je ne mettrais pas du rose à côté de l'orange, si j'étais vous.

Arthur se porta à la rencontre des nouveaux arrivés qui s'étaient arrêtés devant l'âtre.

— Bon retour parmi nous, Teddy, annonça-t-il de son habituelle voix douce.

ooOoo

Il fallut une bonne heure pour que tout le monde se retrouve autour de la table. Harry parcourut du regard la nouvelle génération : Teddy, qui venait de terminer sa seconde année à Poudlard, parlait avec Victoire qui y rentrerait en septembre. Sa soeur Dominique, qui venait d'avoir huit ans, était en grande discussion avec Frederick, l'aîné de George et Angelina — il faudrait se méfier, une blague était sans doute en préparation. Louis, le petit dernier de Bill et Fleur, Rose et Albus, tous trois âgés de cinq ans, riaient des pitreries de James qui aurait six ans dans deux semaines. On avait déjà nourri la classe des "Trois ans" : Roxanne, la sœur de Frederick, Lily et Hugo. Ils étaient en pyjama et jouaient dans le salon attenant à la cuisine. Une fenêtre magique avait été aménagée dans le mur entre les deux pièces pour qu'on puisse les surveiller. Quand à la petite Molly, la fille de Percy et Audrey qui avait seize mois, elle était déjà couchée.

Harry reporta son regard vers son épouse. Ses cheveux roux étaient rassemblés en chignon, coiffure qu'elle avait adoptée depuis qu'elle représentait le musée de la Magie. Cela lui donnait un petit air sérieux que Harry ne détestait pas. Cependant, c'est quand elle retirait ses épingles et que sa chevelure tombait en vagues sur ses épaules qu'il la trouvait la plus séduisante. A trente ans, il la trouvait encore plus belle que lorsqu'il l'avait embrassée pour la première fois quinze ans auparavant. Il aimait ses gestes pleins d'assurance, le petit froncement de sourcils qu'elle adoptait quand elle se trouvait en présence d'une difficulté et qu'elle cherchait la manière de la contourner. Il se rappelait de l'adolescente brûlant de faire ses preuves et préférait incontestablement l'adulte plus sûre d'elle-même, connaissant ses compétences et acceptant ses limites. Elle leva les yeux vers lui et ils se sourirent. Après sept ans de mariage, ils appréciaient toujours autant de se retrouver à la même table et dans la même chambre chaque soir.

Autour d'eux, les frères Weasley étaient tous venus : Charlie avec ses traits burinés par le vent et le poil parfois brûlé par le souffle ardent des dragons — un roux peut-il avoir le poil roussi ? se demandait parfois Harry. Bill avait le bras passé autour des épaules de Fleur qui n'avait rien perdu de sa capacité à enchanter les mâles qui croisaient sa route, ce que Ginny exploitait sans remords pour le bien de son entreprise. George avait maintenant retrouvé sa capacité à rire, mais il regardait toujours régulièrement en direction des photos de Fred qui les suivaient de pièce en pièce au Terrier. La première fois que Harry était allé chez George et Angelina, il avait été surpris de ne trouver aucune représentation du jumeau disparu. Puis il avait trouvé qu'il était sage de la part du couple de ne pas passer leur vie sous le regard de celui qui leur manquait autant. Ils devaient aller de l'avant, vivre leur vie sans se laisser emprisonner par le passé. Retrouver Fred à la maison familiale était suffisant. Harry ne doutait pas, cependant, que le disparu accompagnait quotidiennement les pensées de son frère et de son ancienne fiancée.

Ron et Audrey discutaient avec de grands gestes, tentant visiblement de se convaincre mutuellement. C'était devenu une habitude : la Moldue défendait avec fougue le système libéral moldu et Ron se faisait l'apôtre d'un système économique plus régulé. Hermione et Percy échangeaient de leur côté des informations politique, sous l'écoute attentive d'Arthur qui peu à peu se dégageait de ses activités de responsable de département, mais restait très intéressé par ce qui se passait au Ministère. Angelina se tenait près d'eux, mais elle avait le regard dans le vague. Harry était certain qu'elle pensait à son enquête et anticipait les interrogatoires qui étaient prévus pour le lendemain.

Molly surveillait les enfants d'un œil, la cuisson de son repas de l'autre, participait aux diverses conversations, écartait le couteau que James tenait dangereusement près de ses cousins, relevait le verre renversé de Louis et épongeait l'eau répandue de sa baguette.

Comme à l'accoutumée, chacun parlait fort pour se faire entendre, augmentant la cacophonie ambiante.

— Je suis heureuse que Teddy connaisse ce genre d'atmosphère familiale, fit remarquer Andromeda à Harry. Sans vouloir la comparer à ce que j'ai connu de ma propre enfance, je vois bien que je n'ai pas su donner cela à ma fille.

— Il vous aurait fallu du renfort pour cela, répartit Harry. Il vous manquait une dizaine d'enfants pour y parvenir.

— Mes sœurs ne m'ont pas apporté beaucoup de satisfactions, fit la grand-mère avec nostalgie. J'ai voulu offrir à Dora la tranquillité que j'aurais souhaitée. J'ai eu peur de la compétition qui peut exister entre les enfants et qui transforme toute activité en combat sans merci. Mais c'est stupide d'élever ses enfants en fonction de ce qu'on aurait soi-même voulu. Je pense qu'avec son caractère la compagnie d'autres enfants a beaucoup manqué à Dora et qu'elle était, en tout état de cause, hors compétition avec son don de métamorphose.

— On ne peut pas savoir à l'avance, remarqua Harry. Après coup, on s'est rendu compte qu'Albus était arrivé trop tôt et que James aurait eu besoin d'être seul plus longtemps. Mais maintenant qu'ils sont là, comment regretter la présence d'Albus et de Lily ? Nul ne sait si Tonks aurait été plus heureuse avec des frères et sœurs, compléta-t-il. Elle a mené sa vie et nous a laissé un merveilleux petit garçon.

— Oui, inutile de réécrire le passé, convint Andromeda. Faire de notre mieux avec la situation telle qu'elle se présente nous occupe déjà bien assez.

Finalement, tout le monde arriva à se caser autour de la table. Avec l'agrandissement de la famille par mariages et enfantements, l'ancienne cuisine était devenue bien trop petite. Deux ans auparavant, Ron avait envoyé des artisans chez ses parents avec mission de l'agrandir. A l'occasion, tout le mobilier avait été changé mais Molly avait tenu à garder la vieille table qui datait de son mariage. On l'avait dotée de rallonges amovibles pour permettre à toute la famille de manger à l'aise.

Le canapé et autres meubles du salon avaient déjà été renouvelés quelques années auparavant ; ils étaient donc restés en état mais la pièce avait été élargie et d'autres sièges avaient été ajoutés pour prendre en compte l'accroissement familial.

Malgré la magie qui permettait d'optimiser l'intérieur d'un espace donné, la forme générale de la maison avait été modifiée et l'habitation apparaissait désormais plus ventrue. George avait déclaré qu'il fallait désormais appeler le foyer de ses parents "le Crapaud", mais personne n'avait souscrit à cette proposition.

La conversation du début du repas roula sur Poudlard. Toute la famille aimait avoir des nouvelles de l'école de sorcellerie. Cela rappelait de bons souvenirs aux plus âgés et cela passionnait les plus petits qui savaient qu'ils seraient appelés à s'y rendre un jour. Teddy fut prié de donner des nouvelles de tous les professeurs que connaissait la famille. Visiblement, il n'était pas venu à l'esprit du collégien que ses enseignants puissent être des personnes à part entière ayant une vie en dehors de leur salle de classe. Il fut donc bien en peine de répondre aux diverses questions. Sans doute allaient-ils bien puisqu'ils avaient trouvé le moyen de concevoir des questions pour l'examen de fin d'année et avaient corrigé les copies sans bienveillance particulière. Par contre, il se montra très prolixe sur la manière déloyale dont les Serdaigle avaient gagné la coupe des Quatre maisons en apprenant par cœur leurs leçons pour être incollables et rafler le maximum de points. Et c'est avec répugnance qu'il dut admettre que c'était les Serpentard qui avaient dominé le championnat.

— C'est à cause de notre gardien, affirma-t-il. Il n'est pas mauvais, mais il perd ses moyens les jours de match. C'est nul, on ne peut pas gagner avec une passoire pareille !

— Ce n'est pas un poste facile, argumenta Ron.

Enfin, avec le plat principal, Ginny fit le compte rendu de sa journée.

— On pensait avoir du monde mais de manière modérée, vu que les enfants n'étaient pas encore rentrés de Poudlard. Juste des journalistes qu'on n'avait pas invités hier, quelques curieux... Mais plein de parents sont venus se renseigner pour savoir si ce serait adapté à leur progéniture.

— Nous les avons incité à se rendre compte par eux-mêmes en leur vendant des billets qu'ils pourront réutiliser quand ils reviendront en famille, compléta Fleur. C'est pour ça qu'on n'a pas arrêté.

— Ce ne sont pas les elfes qui accompagnent les visiteurs ? interrogea Arthur.

— Si, mais ils ne sont pas encore complètement au point et on les aide à réguler les groupes, expliqua Ginny. Oh, Andromeda ! On a eu la visite de Caedmon Selwyn juste après que tu sois partie chercher Teddy.

Caedmon Selwyn était le président du groupe politique Magie,Quidditch et Tradition, qui occupait le rôle du parti d'opposition dans le monde sorcier britannique. La Gazette lui offrait régulièrement des tribunes qui critiquaient les idées développées dans Alternatives Magiques, l'hebdomadaire progressiste de Lee et Padma Jordan.

— Bon, réagit Andomeda, au moins on sait ce que contiendra le journal demain.

— Heureusement que beaucoup de monde est venu se rendre compte par lui-même de ce que nous présentions, commenta Ginny. Les remarques fielleuses auront moins d'impact.

— A partir du moment où vous aviez l'appui du Ministère, vous aviez nécessairement les critiques de MQT, jugea Percy.

— C'est idiot, décréta Ginny. Comme si quiconque pouvait avoir toujours tort ou toujours raison.

— Selwyn sera ravi d'apprendre que tu estimes qu'il peut parfois avoir raison, la taquina Harry.

Il jeta un regard à Ron qui lui retourna un clin d'œil. Le maître de la guilde des Artisans n'était pas complètement opposé aux arguments soutenus par Selwyn en matière économique. Harry n'avait pas d'opinion à ce sujet, par manque de connaissances, mais il soutenait loyalement les orientations de son ami, même si cela signifiait concéder des points à une personne qui ne partageait pas leurs valeurs humanistes.

Cela faisait maintenant sept ans que Ron avait pris la tête de la Guilde. Harry se rappelait de son manque d'assurance des débuts, sa crainte de ne pas être à la hauteur des responsabilités que cela impliquait. Mais son sens du devoir l'avait poussé à faire de son mieux, à apprendre de ses erreurs et à écouter les bons conseils. Il avait rapidement mûri et avait été reconduit au bout de cinq ans, avec près de quatre-vingts pour cent des voix. Il était désormais à l'aise dans son rôle, sans pour autant laisser les honneurs lui monter à la tête. Harry était d'ailleurs certain que si l'orgueil s'emparait de son ami, toute sa fratrie, dont les capacités de raillerie n'étaient plus à prouver, saurait y mettre bon ordre.

La suite du repas roula sur le programme des deux prochains mois. Comme chaque année, les familles devaient investir le Terrier et planter des tentes dans le jardin pour que tout le monde ait un lit. Il fut décidé que tout le monde s'installerait dès le lendemain qui était un samedi. Le lundi, ceux qui n'étaient pas en vacances pourraient se rendre à leur travail le matin en laissant leurs enfants aux bons soins de ceux qui demeuraient sur place. Les elfes qui refusaient de prendre des vacances et les nounous habituelles servaient de renfort pour s'occuper des douze enfants.

Ginny et Fleur avaient prévu de s'occuper tout l'été de leur musée ; elles se reposeraient en septembre. Andromeda les seconderait en fonction de l'emploi du temps de Teddy. Harry avait annoncé qu'il resterait de garde tout l'été au QG des Aurors pour prendre ses congés en même temps que sa femme. Par contre, la plupart des autres adultes auraient au moins deux semaines de repos qu'ils passeraient en famille.

— Il va falloir remonter les cabanes, décida Teddy. Je pourrais inviter mes copains à venir quelques jours ?

— C'est toujours David et la petite Isabel ? s'enquit Molly. Ils sont très bien élevés.

— Oui, c'est ça, convint Teddy en rosissant à la mention de sa petite camarade, ce qui fit échanger des regards amusés les femmes de la famille.

— Hé, on compte sur toi pour nous aider à fabriquer des produits, rappela Ron. On a beaucoup de ventes en été.

— Il ne doit pas faire de magie, rappela Andromeda.

— La plupart des manipulations sont manuelles, lui assura George.

Personne ne fut dupe. Mais il était parfaitement impossible de détecter la magie d'un mineur au cœur de la débauche de sorts utilisés dans l'arrière boutique des Sorciers Facétieux et une certaine tolérance prévalait quand la magie juvénile était bien encadrée.

— D'accord, je viens lundi ?

— Oui, autant commencer tout de suite, l'encouragea Ron . Cinq gallions par semaine et on t'accorde un congé quand tes copains seront ici, ça te va ?

— ça marche !

— Vous avez dit que j'aurai le droit d'apprendre à monter en balai l'été avant Poudlard, rappela Victoire.

— Je te donne ta première leçon dès demain, lui promit son père.

— Et moi ? demanda Dominique.

— Tu attendras d'avoir onze ans comme moi ! lui assena la future collégienne.

— Vic, ne parle pas à ta sœur comme ça. Ma chérie, tu connais la règle, c'est non, trancha Fleur.

— Pff ! c'est toujours les mêmes qui s'amusent, protesta Dominique.

— Allons, allons, intervint Arthur. Tu pourras venir avec moi au village moldu. J'ai vu qu'ils avaient installé une fête foraine.

Pendant que tous les autres enfants demandaient à leur grand-père de les emmener aussi, Harry et Ginny échangèrent un sourire. Après avoir élevé sept enfants, Arthur semblait grandement apprécier de s'occuper de la génération suivante.

ooOoo
End Notes:

Ce n'est pas un hasard complet si j'ai voulu que Molly soit attachée à sa table de cuisine. J'avais en tête un joli texte RedSioda dont le titre est ' La Table '

Je tente de lancer une campagne nationale dont vous êtes le héros : une plaquette d'information a été rédigée à l'intention des profs de français (et éventuellement les bibliothécaires) et vous pouvez tous la télécharger et la distribuer (ouvertement ou secrètement). En savoir plus : http://www.hpfanfiction.org/forum/viewtopic.php?f=10&t=5353

A la semaine prochaine (le samedi matin), avec "Travail d'été".

La nouvelle génération

Les grands (+ de 11 ans)

Teddy (Remus et Dora LUPIN-TONKS) : Mars 1998

Victoire (Bill et Fleur WEASLEY-DELACOUR) : 2 mai 2000

L'âge de raison (7-8 ans)

Dominique (Bill et Fleur WEASLEY-DELACOUR) : 20 juin 2003

Frederick (George et Angelina WEALSLEY-JOHNSON) : 28 décembre 2003

Les moyens (5-6 ans)

James (Harry et Ginny POTTER-WEASLEY): 17 juillet 2005

Louis (Bill et Fleur WEASLEY-DELACOUR) : octobre 2005

Rose (Ron et Hermione WEASLEY-GRANGER) : 04 janvier 2006

Albus (Harry et Ginny POTTER-WEASLEY) : 14 juin 2006

Les petits (3 ans)

LilyLuna (Harry et Ginny POTTER-WEASLEY) : 16 mai 2008

Markus (Dudley et Sarah DURSLEY- MALONE) : avril 2008

Roxane (George et Angelina WEALSLEY-JOHNSON) : 13 février 2008

Hugo(Ron et Hermione WEASLEY-GRANGER) : 28 juin 2008

Le bébé (16 mois)

MollyII (Percy et Audrey WEASLEY- GIORDIANO) : 16 févier 2010

Toute la liste des personnages : .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D

II : Travail d'été by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 4 juillet - 13 octobre 2011
La Gazette du sorcier l'attendait sur son bureau quand Harry y parvint le lundi matin. Le journal était ouvert sur la double page d'une tribune signée Caedmon Selwyn. Harry décida que cela pouvait attendre quelques minutes. Il commença par offrir un petit gâteau à son adjoint, venant d'une boite en fer blanc qui lui avait été donnée par Molly. Ce matin-là, tous les adultes qui étaient partis du Terrier pour travailler avaient pris la cheminée munis d'un petit paquet dont le contenu était propre à leur faire supporter leur dur labeur.

Les courageux travailleurs avaient partagé leur petit-déjeuner avec Teddy qui allait passer sa première journée en tant qu'employé de Ron et George. L'adolescent, fier d'agir en adulte, avait troqué pour l'occasion son chocolat chaud contre une tasse de café. Harry avait eu l'impression que le breuvage n'était pas au goût du jeune homme qui avait retenu une grimace et avalé le fond de sa tasse d'un seul coup. Molly et Andromeda avaient échangé un regard : Harry avait eu la certitude qu'un bon chocolat serait proposé le lendemain comme si cet épisode n'avait jamais eu lieu.

Si Teddy s'était montré excité en se préparant à commencer sa nouvelle carrière, Harry s'installa sans enthousiasme à son bureau et entreprit de lire ce que le fondateur de Magie, Quidditch et Tradition avait à dire sur le musée de la Magie. Comme il s'y attendait, le politicien désapprouvait fortement que de la magie non humaine soit mise à l'honneur au côté de la magie sorcière. En effet, non seulement toute une pièce était réservée aux créations gobelines et à l'art de la divination des centaures, mais on montrait également comment les sorciers s'étaient inspirés des autres pour inventer des sorts.

"Il est bien dommage que cette entreprise, à laquelle nous avons tous participé puisque les guildes et le Ministère ont versé des gallions, ait été détournée de son objectif annoncé au profit d'une désinformation partisane, s'emportait Selwyn. C'est avec indignation que j'ai découvert que la communauté magique avait été spoliée et que ce qui aurait dû faire notre fierté est en fait un instrument de propagande anti-sorcière. Non seulement on tente de nous faire croire que les sorciers n'ont rien inventé par eux-mêmes, mais en plus ce sont des créatures non humaines - elfes et loups-garous - qui sont en charge de nous guider dans notre propre musée."

— Ce cher Selwyn est égal à lui-même, remarqua Harry en reposant le journal.

— Je suis content que tu le prennes ainsi, le félicita Pritchard.

— Bah, c'est pas ce genre de remarques qui va décourager ma femme et ses associées, assura le commandant des Aurors.

Effectivement, le soir même on commenta l'article au Terrier et Ginny jugea que c'était même plus mesuré qu'elle ne s'y attendait.

— Vu le nombre de personnes qui sont venues voir et celles qui ont donné un coup de miroir pour prendre des renseignements, on n'a pas de souci à se faire, confirma Fleur.

— Il laisse quand même entendre que vous avez détourné de l'argent pour votre usage personnel, s'inquiéta Percy.

— Mais comme tous les maîtres de guilde ont mis la main à la bourse et ont suivi de près ce que faisait Ginny, ils seront les premiers à défendre le musée, remarqua Ron. Si nous ne le faisons pas, on va passer pour des incapables.

— Surtout ne t'en mêle pas, le mit en garde Percy. Il ne manquerait plus qu'on l'accuse d'avoir fait jouer ses relations familiales pour financer son détournement.

Ron leva les yeux au ciel sans répondre. Il était évident qu'il n'avait pas besoin de son frère pour arriver à cette conclusion.

— Teddy, tu ne devrais pas trop tarder à te coucher, changea opportunément de sujet Andromeda. Tu commences tôt demain.

— Grand-mère ! protesta l'adolescent. Il n'est que neuf heures.

— Il te faut bien une heure pour être effectivement dans ton lit, soutint-elle.

— Nous non plus n'allons pas tarder à aller dormir, renchérit Ron. Les premiers jours des vacances sont toujours très chargés.

— Ah, au fait, tu es au courant de ce qu'il se passe quand on arrive en retard au travail chez nous ? demanda George.

Teddy lui lança un regard méfiant, ne sachant pas si on se moquait de lui ou non.

— Les retardataires sont désignés volontaires pour tester les nouveaux produits, continua le sorcier facétieux.

— Et c'est pas une blague, affirma Angelina d'un ton compatissant.

— Je confirme, intervint Harry. Owen a assez protesté quand Eloïse s'est retrouvée pendant trois jours avec des pattes de canard.

— Mais si personne n'est en retard, qui teste les nouveaux produits ? interrogea Teddy qui ne voulait pas s'en laisser conter.

— George et moi, sourit Ron. Privilège d'inventeurs. Mais ça nous repose quand ça tombe de temps en temps sur les autres. Au lit, jeune homme.

— C'est valable pour tout le monde, fit Ginny en regardant l'horloge. Allez, dans la tente, les petits Potter !

— Mais on ne travaille pas demain, nous, protesta James.

— Mais vous êtes plus jeunes, justifia Fleur. Les Weasley Delacour, au lit !

Bon gré mal gré, la jeune génération fut envoyée se laver les dents.

ooOoo

Le mercredi suivant, Alternatives Magiques fit paraître une interview de Ginny. En effet, Lee avait estimé qu'il serait intéressant de permettre au musée de répondre aux accusations distillées par Selwyn deux jours auparavant et Padma était venue interroger la directrice du musée.

Alternatives Magique : Madame Potter, vous avez sans doute lu les reproches faits à votre musée par le leader de Magie, Quidditch et Tradition. Que souhaitez vous répondre ?

Ginny Potter : Eh bien, il n'est pas tout à fait faux de souligner que c'est un choix politique que de mettre en évidence nos sources d'inspiration. Mais les ignorer aurait également été un choix politique. On oriente forcément la manière de présenter les choses. Nous l'avons fait de la manière qui nous a semblé refléter au mieux la vérité historique et magique.

AM : Vous reliez très souvent les innovations magiques à des pratiques antérieures observées chez des créatures magiques. Ce n'est pas ce que l'on nous enseigne habituellement.

GP : Mais nous n'avons rien exagéré: que les elfes se soient déplacés instantanément d'un endroit à l'autre bien avant les sorciers est régulièrement attesté dans les ouvrages portant sur les transports magiques. Que l'inventeur du transplanage ait eu cet exemple à l'esprit ne fait aucun doute. De même, aucun livre sérieux ne peut parler de l'artisanat ancien sans faire état de l'influence que le savoir-faire gobelin a eu sur l'évolution de nos techniques. Nous nous sommes contentées d'illustrer cet état de fait en montrant des pièces sorcières et gobelines classées de manière chronologique et géographique.

AM : Est-ce vrai que votre personnel est largement non humain ?

GP : Nous employons des elfes, c'est vrai, tout simplement par ce que c'est eux qui se sont présentés les premiers quand nous avons fait paraître des annonces dans la presse. Ceux qui ont été engagés présentent les compétences dont nous avions besoin. Mais il y a aussi des sorciers qui travaillent avec nous.

AM : Sont-ils loups-garous comme le pense Monsieur Selwyn ?

GP : (rires) Si Monsieur Selwyn peut reconnaître un loup-garou en plein jour, il est plus fort que moi. Autrefois, on pouvait avoir des soupçons en découvrant sur eux les griffures et morsures qu'ils s'infligeaient lors des pleines lunes. Mais maintenant qu'ils ne se transforment plus grâce à la nouvelle potion Tue-Loup, je ne vois pas comment on peut les différencier des autres sorciers.

AM : Mais en employez-vous ?

GP : Je n'en sais rien. Je ne demande pas à mes employés ce qu'ils font de leurs nuits.

AM : Etes-vous satisfaite des entrées des premiers jours ?

GP : Nous avons beaucoup de monde, c'est très encourageant. Nous avons aussi reçu des demandes de visites pour des groupes étrangers. Mes associées et moi-même sommes très heureuses de la manière dont se présentent les choses.

ooOoo

Les choses se présentaient tellement bien que Ginny débarqua le vendredi midi dans le bureau de Harry.

— Ma chérie ? s'exclama Harry surpris mais nullement inquiet car elle avait un large sourire.

— Je sors du service des Transports magiques pour demander une seconde cheminée pour le musée, indiqua Ginny. On déjeune ensemble ?

Cela faisait longtemps que le couple ne s'était pas retrouvé seul pour partager un repas et ils décidèrent d'en profiter. Harry passa un coup de miroir à la Divine Cuisine, un restaurant français renommé. Théoriquement, il fallait réserver longtemps à l'avance, mais le Survivant obtint deux couverts dans l'heure. Il souffrait assez des obligations entraînées par sa notoriété, pour estimer qu'il avait parfois le droit d'en profiter.

— Alors, tout se passe comme tu veux ? demanda Harry une fois qu'ils eurent pris la commande.

— Je suis épuisée, confessa-t-elle. Mais évidemment, pas question que je m'absente ce week-end.

— Allez-vous fermer lundi comme prévu ? s'inquiéta Harry.

Exceptionnellement, le musée avait ouvert ses portes tous les jours la première semaine.

— On ferme, sinon le personnel ne tiendra pas le coup, le rassura Ginny. Je me demande même si je ne vais pas engager des extras juste pour l'été.

— Quelques Sang-purs pour faire taire les mauvaises langues ? demanda Harry.

— S'ils s'en présente, oui, on les prendra, assura Ginny. C'est un peu vrai qu'on a favorisé jusqu'à maintenant ceux qui nous paraissaient avoir le plus de mal à trouver un travail, reconnu-t-elle en baissant la voix.

— J'en apprend de belles sur vous, mon épouse, plaisanta Harry sur le même ton.

— Si on changeait de sujet ? proposa-t-elle. J'aimerais bien redevenir le temps d'un repas une femme au foyer sans responsabilités.

— Et moi un Auror de base ? s'amusa Harry. Je ne suis pas certain qu'on tienne le temps d'un repas.

Ils se sourirent. Ils savaient pertinemment tous les deux qu'ils adoraient leurs fonctions malgré les obligations intenses qui en découlaient.

— La prochaine fois que tu veux révolutionner la communauté sorcière, tu me préviens un peu à l'avance ? demanda Harry. Histoire que je me prépare à ce que tout le monde me demande des nouvelles de ma femme sans m'accorder le moindre intérêt.

— C'est ce qui se passe ? Tu me dois une faveur, alors.

— Je suis à vos ordres gente dame.

— Si on commençait par déguster nos entrées, suggéra-t-elle en voyant arriver deux assiettes magnifiquement dressées.

ooOoo

Le mois de juillet passa rapidement. Teddy avait travaillé quatre semaines sans discontinuer sous la direction de ses 'oncles'. Ces derniers n'avaient pas ménagé le jeune homme mais étaient très satisfaits de ses services. C'est avec des compliments qu'ils lui remettaient ses cinq gallions chaque samedi soir.

Ron et George avaient rassuré Andromeda. Son petit fils était tout à fait capable de faire de l'excellent travail, pour peu qu'il soit correctement encadré et intéressé par ce qu'il faisait. Même s'il ne brillait pas dans ses études, il ferait un bon artisan.

— On va le laisser prendre deux semaines de congés avec ses amis, avait proposé Ron. Ensuite, on le reprendra la seconde quinzaine d'août et on lui montrera en quoi consiste la gestion d'un magasin. Je veux qu'il comprenne que s'en tenir aux manipulations n'est pas suffisant et qu'il doit élargir ses connaissances s'il veut un jour être son propre patron. Sans compter qu'il va falloir qu'il donne un sérieux coup de collier en métamorphose et enchantements.

— Je ne sais pas ce que je ferais sans vous, avait admis Andromeda avec reconnaissance.

— Personne ne peut élever un enfant tout seul, avait remarqué Arthur. La communauté a toujours son rôle à jouer.

Cette réflexion donna à penser à Ron :

— Il est courant qu'on prenne des jeunes en apprentissage dans nos magasins, remarqua-t-il. Mais on se limite à ceux qui connaissent quelqu'un qu'on connaît. On devrait peut-être aller les piocher à Poudlard directement pour que tous les gosses aient leur chance.

— On donne une liste d'artisans intéressés et on demande aux gosses d'écrire eux-mêmes pour se dégotter un boulot, histoire de les dégourdir un peu ? développa George.

— Pourquoi se limiter à l'artisanat ? fit remarquer Hermione. Ils pourraient passer quelque temps au ministère de la Magie, dans nos fermes, chez les restaurateurs et autres.

— Et si tous les élèves de Poudlard devraient se débrouiller pour passer deux semaines dans le monde du travail durant les vacances d'été, à la fin de leur sixième année ? proposa Angelina. Cela leur octroierait des points supplémentaires pour leurs A.S.P.I.C.

— On a ce genre de stages obligatoires chez nous, leur apprit Audrey.

— Il faudrait qu'ils soient majeurs pour avoir le droit de faire de la magie hors de Poudlard, mit en garde Hermione.

— On pourra obtenir des dérogations pour ceux dont l'anniversaire tombe fin août, remarqua Arthur.

— S'ils limitent leur pratique magique à leur lieu de travail, c'est envisageable, reconnut Percy.

— Plus qu'à proposer ça au conseil d'administration de Poudlard, conclut Harry en se demandant combien d'idées naissaient dans les autres familles mais n'aboutissaient pas car leurs inventeurs n'avaient pas le réflexe d'en parler à ceux qui pouvaient les mettre en pratique.

ooOoo

Isabel et David, les amis de Teddy, arrivèrent au Terrier début août. Il était clair que la jeune fille plaisait beaucoup à Teddy et que c'était réciproque. Pour sa part, Harry les trouvait mignons. Les autres enfants semblaient assez indifférents à cette idylle. Savoir qui choisissait le jeu ou qui dirigeait les parties d'Auror et Mage noir était plus important. Victoire était très dominatrice et jalouse de son autorité mais ni Isabel ni David ne songèrent à contester sa position. L'aînée de Bill et Fleur respectait cependant la prééminence de l'âge en ce qui concernait Teddy et prenait en compte ses desideratas. Il y avait évidemment des frictions et des disputes sporadiques — notamment entre les frères et sœurs - mais, dans l'ensemble, la petite troupe jouait bien ensemble — souvent par groupes d'âge — et semblait passer d'heureuses vacances.

A l'origine, Andromeda avait prévu de ne pas travailler au musée les jours où son petit-fils resterait au Terrier. Molly et Fleur parvinrent cependant à la convaincre qu'à son âge le jeune homme serait gêné par sa présence constante, surtout devant ses amis. Finalement, elle se borna à commencer plus tard le matin pour assister au petit-déjeuner des enfants, puis de rentrer plus tôt dans l'après-midi pour le voir jouer avec les autres et en profiter pour parler un peu avec lui.

L'avant-dernière semaine du mois d'août, il fallut songer à se rendre sur le Chemin de Traverse pour l'achat des fournitures scolaires. Andromeda avait pris sa journée ainsi que Fleur qui voulait accompagner sa fille pour l'achat de sa première baguette. Le soir, Victoire montra à ses cousins sa nouvelle malle, son uniforme et surtout son hibou, une chouette hulotte brune qui fut baptisée Athéna.

Victoire brûlait d'expérimenter les sorts proposés par ses livres, mais ses parents se montrèrent fermes et la baguette fut mise de côté pour prévenir toute tentation. La jeune fille était déçue qu'on ne lui ait pas acheté de balai mais Bill et Fleur avaient décidé que cela attendrait l'année suivante et qu'elle devait se contenter des cours qu'elle avait suivis durant l'été. Victoire s'était montrée une bonne élève, moins intrépide que Teddy, mais plus attentive aux conseils qu'on lui prodiguait. Ginny, qui l'avait vue voler, avait assuré qu'elle avait d'excellentes bases et que, une fois les réflexes acquis, elle serait très habile.

Bien trop vite, il fut temps de boucler les malles et de conduire les deux aînés à la gare de King's Cross. Comme à son habitude, Harry accompagna son filleul.

— Amuse-toi bien, souhaita rituellement Harry.

— Travaille pour avoir de bonnes notes, recommanda Andromeda. Rappelle-toi ce qu'ont dit Ron et George.

— Oui, Grand-mère, soupira Teddy.

— Veille sur Victoire, continua-t-elle. Les premiers jours sont un peu difficiles.

Effectivement, non loin d'eux, Victoire semblait avoir du mal à quitter les bras de ses parents.

— Vous en faites pas ! On a convenu d'un langage secret pour se parler de loin et faire savoir si on a des ennuis, révéla Teddy. Le premier qui l'embête va voir de quel bois je me chauffe.

— Tu ne dois pas te battre, rappela Andromeda d'une voix soucieuse.

— Un peu de finesse n'est pas contraire à la philosophie de Gryffondor, fit savoir Harry.

Teddy leur fit un sourire pas rassurant du tout avant de les embrasser et de monter dans le train.

— On se voit à Noël, lança-t-il avec désinvolture. Allez, Vic, on y va ! Isabel m'attend dans le troisième wagon.

Bill monta dans le train pour installer la malle de sa fille et la cage de la chouette. Il sembla à Harry qu'il donnait, lui aussi, des directives à Teddy.

— C'est loin Noël ! soupira Fleur. Je n'ai jamais compris pourquoi Poudlard garde les enfants si longtemps. Pourquoi ne leur permettent-ils pas de rentrer chaque fin de semaine comme à Beauxbâtons ?

— C'est l'influence moldue, d'après Hemione, répondit Harry. A ce que j'ai compris, quand l'école a été modernisée au XIXe siècle, ils se sont alignés sur l'habitude anglaise des pensionnats.

— Peut-être qu'il serait temps de moderniser de nouveau, suggéra Fleur.

— Tout le monde est tellement habitué à ce calendrier que ce sera difficile d'y déroger, jugea Harry. Je ne pense pas que le Conseil d'école accepterait une telle révolution.

Le sifflet du chef de gare retentit. Il y eut encore quelques exclamations de familles retardataires qui arrivèrent tout juste pour faire grimper malles et enfants dans la dernière voiture, puis le train disparut dans un panache de fumée.

ooOoo

Le lendemain, la nouvelle se répandit par les miroirs familiaux : Victoire avait intégré Serdaigle.

— C'est plutôt une bonne chose que nous sortions un peu de Gryffondor, jugea Ginny.

— Pas de pression sur nos enfants, alors ? la taquina Harry.

— Qu'ils aillent où ils veulent, pourvu qu'ils ne soient pas ensemble. Albus est trop sensible aux taquineries de son frère et sera plus heureux sans l'avoir sur le dos.

— Ils peuvent changer d'ici là, remarqua Harry.

Si James veillait sur son frère à l'école et ne laissait personne l'ennuyer, il ne se privait pas lui-même de le taquiner en lui cachant ses affaires ou en répondant de travers à ses questions à un point qui était parfois à la limite du supportable pour le pauvre Albus.

A la base l'attitude de James dénotait un naturel taquin et expansif, ce qui n'avait rien de répréhensible en soi. C'était un enfant vif et charmeur, qui avait bon cœur mais qui aimait bien se faire remarquer par ses facéties. Ces dernières n'étaient pas toujours bien supportées par Albus, qui se montrait particulièrement sensible. Ginny et Harry devaient donc régulièrement intervenir pour rappeler leur aîné à l'ordre.

Albus était beaucoup plus calme, plus observateur, plus discret. Au contraire de son frère, il pouvait rester un long moment sans faire de bruit, absorbé par un jeu, se suffisant à lui-même. Ses yeux verts hérités de Lily et son air doux faisaient des ravages parmi les adultes qui le prenaient volontiers dans leurs bras pour le câliner, ce qui le comblait d'aise. Il s'entendait particulièrement bien avec Arthur dont la douceur tranquille correspondait à son tempérament.

Durant l'été, les deux frères avaient passé beaucoup de temps avec Louis et Rose qui avaient réagi placidement aux bouffonneries de James, et Albus avait réussi à calquer son attitude sur celle de ses cousins. Les relations fraternelles s'étaient donc améliorées mais Ginny craignait que l'effet des vacances ne s'estompe rapidement.

Après la rentrée des classes, la fréquentation du musée chuta brusquement. Certains sorciers avaient attendu la fin des vacances pour découvrir le nouvel endroit en toute quiétude, mais on était loin de l'afflux du début. Il fut décidé de n'ouvrir que quelques heures par jour et de permettre au personnel, qui n'avait pas compté ses heures durant l'été, de prendre du repos. Comme ils se l'étaient promis deux mois auparavant, Ginny et Harry firent un long voyage qui les éloigna d'Angleterre durant trois semaines. Molly fut ravie de garder James, Albus et Lily, contente de ne pas voir sa maison se vider complètement après deux mois aussi actifs.

Ils commencèrent par l'Europe avec l'Espagne où Ginny devait voir un collectionneur qui était spécialisé dans les témoignages de chasse aux sorcières du XVIIe siècle. Il leur montra notamment des pierres qui étaient dressées sur le faîte des cheminées moldues pour empêcher les sorcières de s'y poser. Il refusait de prêter ses pièces à un musée mais il acceptait de les faire admirer à ses visiteurs, agrémentées de passionnantes explications.

— Tu envisages de montrer ce genre de choses chez toi, demanda Harry à son épouse une fois qu'ils en eurent terminé.

— Pourquoi pas ? Cela fait partie de notre histoire et de nombreux sorts, comme celui de Chatouillis ont été inventés à cette époque pour échapper aux persécutions. Pareil pour les sortilèges importants que sont les repousse-moldus et l'incartabilité. Je sais que tu ne souhaites pas qu'on rappelle ce que nous pouvons reprocher aux Moldus, mais je donnerais entièrement raison à Selwyn si j'écartais ce pan essentiel de notre histoire pour des raisons politiques.

— Je comprends, reconnut Harry. Mais dans ce cas, pourquoi n'est ce pas déjà dans le musée ?

— Nous avons dû faire des choix et certains sujets ont été repoussés, pour des raisons de temps et d'argent. Mais c'est sur notre liste et, un jour, ce sera exposé. Notre collectionneur m'a donné plein de pistes et d'adresses pour trouver ce dont j'ai besoin.

Leur étape suivante était en Italie, à Venise où la tradition sorcière était très forte. La magie notamment permettait à la ville de ne pas sombrer dans la lagune et les sorciers se mêlaient chaque année à la population lors du célèbre carnaval. Ils visitèrent l'île incartable de Santa Morgana puis Harry se promena dans les rues moldues tandis que Ginny se rendait à la bibliothèque de la Scuela, l'université sorcière italienne.

Ensuite, ils partirent pour Genève pour visiter le siège central des banques gobelines. C'était un privilège rarement accordé aux humains. Bill avait été fort étonné et un peu jaloux quand il avait appris que leur demande de rendez-vous avait été acceptée et en avait conclu que le département gobelin du musée avait beaucoup plu aux créatures magiques. Harry fut fort impressionné par ce qu'il apprit des défenses pour garder les bâtiments. Il réalisa à cette occasion que l'établissement du Chemin de Traverse, bien qu'il soit jugé inviolable par la plupart des sorciers, avait des protections qui étaient loin de refléter l'étendue du savoir-faire gobelin.

— Vous n'auriez pas pu pénétrer ici, et encore moins en sortir, fit d'ailleurs remarquer leur guide à Harry, avec une mimique que ce dernier interpréta comme un clin d'œil.

— Je m'en rends compte, répondit-il humblement. D'ailleurs, je n'ai absolument pas l'intention de recommencer, précisa-t-il. C'était une manœuvre désespérée dans une situation très spéciale.

Leur guide haussa les épaules :

— Personnellement, je vous trouve moins à blâmer que le directeur de l'établissement de l'époque qui a laissé faire une chose pareille. Il a d'ailleurs été rétrogradé et envoyé dans un pays tropical — nous n'aimons pas trop la chaleur, vous savez.

Harry comprit pourquoi les gobelins anglais l'appréciaient si peu. Il était le symbole d'une profonde humiliation pour leur banque de Londres.

— Je suppose que la protection de la banque du Chemin de Traverse a été revue, avança Ginny.

— De fond en comble, confirma le gobelin.

Ils partirent ensuite en Europe centrale. Dans les Carpates, ils visitèrent une colonie de vampires puis se rendirent en Russie où il firent un détour pour voir la maison de Baba Yaga, soigneusement préservée en mémoire de la plus célèbre sorcière de la région. Ils descendirent ensuite dans le sud jusqu'à la Chine où ils visitèrent la Cité Interdite Sorcière. En Inde, un cousin de Parvati et Padma Patil les hébergea et leur fit rencontrer un fakir avec qui ils eurent une discussion passionnante.

Repartant vers le sud-ouest, ils firent plusieurs étapes en Afrique où ils eurent la chance d'être les spectateurs de danses et rites animistes. Harry apprécia d'autant plus ces manifestations qu'il avait, grâce à son épouse, des connaissances lui permettant de comprendre les opérations magiques auxquelles il assistait. Il espéra que d'autres familles, instruites pas le musée de la Magie, seraient curieuses d'en connaître davantage sur les magies étrangères et viendraient en voir les manifestations sur place.

Ils auraient bien continué leur périple dans les Amériques, mais les trois semaines de vacances étaient passées et il était temps de rentrer en Angleterre, pour retrouver leurs enfants et leurs obligations professionnelles.

ooOoo

A leur retour, ils retrouvèrent une vie paisible. Leurs trois enfants étaient désormais scolarisés. Harry les voyait le matin quand il ne partait pas trop tôt, ainsi que le soir si rien ne l'avait retenu au bureau.

Ginny avait retrouvé des horaires plus sereins. Le musée continuait à recevoir quelques visiteurs chaque jour, mais elle n'avait plus à s'en occuper, les elfes gardiens remplissant parfaitement leur tâche. Il lui restait à améliorer certaines pièces que la pratique avait révélé moins fonctionnelles que prévu. Avec Andromeda et Fleur, elle travaillait également sur des projets d'expositions temporaires qui pourraient amener les sorciers à revenir les voir.

A sa grande satisfaction, cela lui donnait largement le temps de s'occuper de ses enfants matin et soir. Si son travail était moins enthousiasmant que les derniers temps, elle retrouvait un calme qui était fort appréciable après l'année passée sous pression. Les trois enfants étaient ravis de retrouver leur mère quand ils rentraient chez eux.

ooOoo

Le mois d'octobre était bien entamé quand Harry reçu un message de Sarah, l'épouse de Dudley, par une des notes volantes du Ministère, en début de matinée. Elle lui demandait s'il pourrait prendre un moment pour la voir. Il lui donna rendez-vous deux heures plus tard dans un café du Chemin de Traverse.

Il arriva le visage transformé, se fit reconnaître de la voix, puis suggéra qu'ils commandent leur repas au comptoir avant de s'installer dans une table du fond, où il put reprendre sa physionomie normale. Une fois qu'ils furent assis, il réalisa qu'elle paraissait très ennuyée :

— Un problème ? s'enquit-il avec inquiétude.

— Je pense, oui, grimaça-t-elle. Markus a fait de la magie involontaire devant sa grand-mère.

Harry qui venait de prendre sa première sa bouchée faillit la recracher.

— Tu veux dire Pétunia ? demanda-t-il inutilement après avoir laborieusement dégluti.

Sarah confirma d'un signe de tête.

— Et ? demanda Harry s'attendant au pire.

— Elle s'est excusée, répondit Sarah.

— Quoi ?

— Elle s'est mise à pleurer et m'a demandé pardon. J'ai réussi à l'entraîner dans la cuisine avant qu'elle ne traumatise Markus, et elle m'a dit que tout était de sa faute, que c'était dans son sang et qu'elle était désolée.

Harry en resta sans voix, partagé entre le fou rire et la consternation. L'air troublé de sa cousine par alliance le dissuada de laisser pointer son hilarité.

— Oh ! parvint-il à éructer. Et qu'as-tu répondu ?

— Rien. J'étais tellement surprise que j'en suis restée sans voix un moment, puis Vernon est rentré du jardin, et elle m'a supplié de ne rien lui dire avec un air tellement terrifié que j'ai pas pu faire autrement qu'accepter. Elle est ensuite allée à sa rencontre en tentant de faire comme si de rien n'était et cela m'a mis tellement mal à l'aise que j'ai inventé un prétexte pour partir le plus vite possible.

Harry reprit son sandwich en tentant d'imaginer les suites de cette révélation. Sarah lui demanda :

— A ton avis, je dois lui dire la vérité à mon sujet ?

— Qu'en pense Dudley ? demanda Harry sans trop se mouiller.

— Il pense que je devrais me taire. Mais pourquoi ? Elle avait l'air affreusement malheureuse, elle se sentait tellement coupable. Les choses se passeraient sans doute mieux si on lui révélait tout.

Harry se donna le temps de réfléchir avant de trancher :

— Tu n'as pas à prendre en compte la tranquillité d'esprit de Pétunia. Elle ne le mérite pas. C'est à Markus que tu dois penser et à lui seul. A mon avis, elle se conduira mieux envers lui en pensant qu'elle est responsable de sa nature plutôt qu'en réalisant que tu es sorcière et qu'il tient de toi.

Le regard surpris de la jeune femme lui fit prendre conscience de la sécheresse de sa réponse. Il avait visiblement moins bien réglé ses comptes avec son passé qu'il ne le pensait.

— Tu penses qu'elle ne va jamais accepter le fait que Markus soit un sorcier ? s'inquiéta-t-elle.

Harry se dit qu'il valait mieux parler franchement :

— Non, elle n'acceptera jamais une chose pareille. A mon avis, elle va s'arranger à partir de maintenant pour voir Markus le moins possible. Elle aura bien trop peur qu'il recommence devant Vernon.

— Je peux m'arranger pour qu'elle vienne le voir sans son mari, commença Sarah.

— Sarah, elle déteste autant la magie que Vernon, si ce n'est plus, expliqua sans fard Harry. Elle n'a jamais avalé le fait que sa soeur soit sorcière et pas elle.

— C'est à ce point ?

— Tu ne te rappelles pas de ce que tu as entendu quand je l'ai croisée par accident chez Dudley, il y a quelques années ? Tu étais venu m'en parler. Ce jour là, tu as entendu ce qu'elle en pense réellement.

— Mais là, il s'agit de son petit-fils ! Elle lui est très attachée.

— Et moi, je suis son neveu. Ne te fais aucune illusion. Elle craint et déteste tout ce qui se rapproche de la sorcellerie. A partir du moment où elle a compris qu'elle ne serait jamais comme ma mère, elle a réussi à se convaincre que c'était anormal et elle ne veut rien avoir à faire avec l'anormalité.

Sarah dévisagea Harry avec surprise. Ce n'était pas la première fois qu'ils abordaient le sujet mais jamais Harry ne s'était montré aussi péremptoire au sujet de sa tante.

— D'accord, murmura-t-elle. Je ne lui dirai rien.

Ils terminèrent de manger en silence. En son for intérieur, Harry ne pensait pas que c'était une grande perte pour Markus de perdre le contact avec ses grands-parents paternels. Il avait une piètre estime pour leurs talents d'éducateurs. Il était d'ailleurs étonnant que Dudley s'en soit si bien tiré. Mais en y repensant, ce dernier s'était éduqué tout seul après l'électrochoc causé par le Détraqueur venu pour Harry. C'était d'ailleurs à sa connaissance la seule bonne action qu'on pouvait mettre au crédit des ignobles créatures.

C'est sur cette pensée dérangeante qu'il quitta Sarah pour retourner travailler.

ooOoo
End Notes:
: Je sais que la grande Jo a dit qu'elle n'imaginait pas que Dudley puisse avoir un enfant sorcier car aucune magie ne pouvait résister aux gènes de Vernon. Mais je n'ai pas résisté à l'envie d'écrire cette scène. J'espère qu'elle vous a plu et que vous me pardonnerez cette entorse au canon.

Si j'imagine Beauxbâtons comme un pensionnat laissant ses élèves rentrer chez eux chaque semaine, c'est influencée par La Ligue de Ruth Dedallime (fanfiction.net/s/2201796/1/La_Ligue).

Quand à la bibliothèque de la Scuela à Venise, elle appartient à Fénice et à sa merveilleuse "Distinction" (fanfiction.net/s/6393365/1/).

Caedmon SELWYN (Les Réformateurs) : Fondateur et président du mouvement Magie, Quidditch et Tradition (MQT). Candidat opposé à Kingsley Skacklebolt pour le poste de Ministre de la Justice. Inspiré de Seylwyn, famille dont Dolores Ombrage se prévaut pour justifier son médaillon et de celui qui répond à l'appel de Xenophilius Lovegood.

Toute la liste des personnages : docs.google.com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
III : Parmi nous by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 13 au 15 décembre 2011
A la mi-décembre, une note bleue passa la porte du bureau de Harry et vint voler sous son nez avec insistance. Le commandant des Aurors la saisit pour déchiffrer le message qu'on lui envoyait. L'expéditeur était le chef du Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus qui lui demandait quand il serait libre pour parler d'une affaire urgente qui intéressait leurs deux services. Harry l'invita en retour à passer à son bureau à sa convenance.

Dix minutes plus tard on frappait à sa porte et un homme de taille moyenne et au visage en lame de couteau entra :

— Jason Apollo, responsable du service des Excuses à l'usage des Moldus, se présenta-t-il avec un petit salut empli de respect à l'intention du Survivant.

— Enchanté. Je vous présente Stanislas Pritchard qui me seconde. Asseyez-vous, je vous prie.

— J'aimerais garder le maximum de discrétion sur le sujet qui m'amène, précisa Apollo.

— Je travaille en étroite collaboration avec mon adjoint, indiqua Harry.

— Bien. Savez-vous ce qu'est Internet ?

— Mon cousin m'a montré quelques sites, répondit modestement Harry.

— Je ne connais que de principe, reconnut Pritchard.

Apollo lui décrivit le concept de façon imagée et en utilisant des analogies magiques. Ce n'était manifestement pas la première fois qu'il faisait ce genre d'exposé pour des sorciers. Une fois l'explication terminée, il passa une liasse de feuilles à Harry en précisant :

— J'ai imprimé ça à partir d'une page Web.

Intrigué, Harry déchiffra le titre : Les sorciers sont parmi nous

— Mais qu'est-ce que c'est cette histoire ? s'exclama l'Auror.

— Lisez, vous allez comprendre, l'enjoignit Apollo.

Harry poursuivit sa lecture, à haute voix pour en faire profiter son adjoint.

Je m'appelle Joffrey Timberland.

Comme tout le monde, je croyais que la sorcellerie était une légende. Des contes pour enfants qui n'avaient aucune réalité, sinon symbolique. Jusqu'au jour où j'ai rencontré une sorcière.

Je n'ai pas su tout de suite que c'en était une. Je l'ai remarquée chez un ami. Ce que j'ignorais, c'est qu'il avait une sœur sorcière (oui, c'est une caractéristique qui surgit à l'improviste) et que cette dernière avait invité une camarade venant de son école de Sorcellerie, Poudlard.

— ça a été lu par des Moldus ? s'affola Harry en arrivant à ce passage.

— Par beaucoup de Moldus, confirma Apollo. ça a fait un buzz, c'est-à-dire que cela a été repris et commenté par plein de monde sur internet.

Atterré, Harry continua sa lecture.

Sans savoir dans quelle aventure je m'embarquais, je fis la cour à cette charmante jeune fille et nous décidâmes de nous revoir. Notre romance suivit son cours et, six mois après, je lui demandai de vivre avec moi. C'est alors qu'elle me révéla qu'elle était une sorcière et elle me décrivit le monde d'où elle venait.

Si certains sorciers naissent dans des familles non sorcières (moldues, comme ils disent), d'autres sont issus de lignées sorcières depuis de longs siècles. Ils vivent discrètement autour de nous, dans des maisons au cœur de nos villes ou aux lisières de nos villages. Comment se fait-il que nous ne le sachions pas ? Parce qu'ils ont des sorts, appelés Repousse-Moldus, qui nous font passer devant chez eux sans rien remarquer.

Même si leurs habitations sont près des nôtres, ils vivent dans une société parallèle parfaitement indépendante. Ils ont leur ministère, leur hôpital, leur école, leurs rues commerçantes, leur artisanat, leurs exploitations agricoles.

Suivait une description détaillée de Poudlard, Ste Mangouste, du Chemin de Traverse et de Pré-au-lard. Les sortilèges les plus courants, le transplanage, les voyages en Cheminette étaient également cités. L'auteur avait une belle plume et les détails exposés donnaient richesse et vitalité au récit. A sa lecture, Harry retrouva les sensations qu'il avait éprouvées quand il avait découvert tous ces lieux merveilleux. Il ne fallait pas s'étonner que le texte ait eu du succès, hélas.

La fin était nettement moins enchanteresse :

Ce qui a commencé comme un conte de fées s'est terminé comme un cauchemar. Celle qui était devenue mon épouse et la mère de Niklas, mon enfant, a contractée la variole du Dragon, une sorte de petite vérole qui semble encore présente dans le monde sorcier malgré son éradication chez nous par la vaccination. Elle est décédée rapidement car les sorciers n'ont, pas plus que nous, trouvé de remède à ce mal funeste.

Aujourd'hui, je vit seul avec le petit garçon qui est né de notre union. Je vivais, plutôt, car il y a deux semaines, Ignatius et Malvina Spavin, mes beaux-parents sorciers, ont décidé que leur petit-fils devait être élevé dans le monde magique. Ils l'ont emmené dans un de leurs endroits, là où les Moldus comme vous et moi n'avons pas accès.

Je n'ai pas l'intention de me laisser faire. Je sais qu'ils peuvent me mettre hors d'état de me battre pour récupérer mon fils d'un seul sortilège, le sort d'Oubliettes qui efface la mémoire. Mais ce que je sais sur eux ne s'effacera pas, car je vous transmets mon témoignage et chacun de vous qui avez lu ces lignes sera porteur de la vérité qu'ils tentent de nous cacher.

Niklas, je me battrai pour toi jusqu'au bout.

Le silence retomba dans le bureau quand Harry eut terminé sa lecture. Lui et Pritchard commençaient à comprendre pourquoi on faisait appel à eux.

— Devons-nous aller chercher l'enfant et le remettre à son père ? demanda finalement Harry.

— Cela ne résoudra pas tout, jugea Stanislas.

— Non, en effet, convint Apollo. Monsieur le Ministre a immédiatement contacté son homologue moldu pour voir comment gérer cette crise et nous aider à retrouver ce veuf. Mon service cherche la façon de rattraper cette catastrophe avant que la Confédération internationale des sorciers ne nous tombe dessus pour ne pas avoir préservé le Secret. De votre côté, nous aimerions que vous vérifiiez les dires de ce Timberland auprès d'Ignatius et Malvina Spavin, les supposés grands-parents, et que vous vous assuriez qu'ils n'ont pas l'intention de disparaître dans la nature. Il est inutile, je pense, de vous recommander la plus grande discrétion. Dans la mesure du possible, nous espérons garder ces informations pour nous.

— Avec tous les sorciers qui ont de la famille côté Moldus ? releva Harry. Je ne serais pas surpris que certains aient déjà entendu parler de ce texte.

— C'est possible, nous ne pouvons pas l'empêcher. Mais inutile de le confirmer, n'est-ce pas ?

ooOoo

— Spavin, dit pensivement Harry une fois son visiteur raccompagné à la porte du QG.

Pritchard était déjà levé pour prendre l'annuaire des cheminées que leur fournissait le service des transports magiques.

— Ils habitent à Abergavenny dans le pays de Galles, les trouva-t-il facilement.

— Va falloir envoyer quelqu'un qui a du tact, décida Harry. Cette affaire est très mal engagée.

— Je te conseille d'y aller toi-même, dit Pritchard. ça peut vraiment mal tourner et virer à la crise internationale. Tu dois avoir des indications de première main.

— Ou ne pouvoir m'en prendre qu'à moi-même si c'est à cause de nous que ça dérape, compléta Harry. Je prends Janice avec moi ? Non, Wellbeloved plutôt. Il a eu deux enfants et a trois petits-enfants. Il devrait savoir s'y prendre s'il faut parler au petit.

De plus, sans être Sang-pur Richard Wellbeloved ne fréquentait que des sorciers — de souche ou de première génération — et était plutôt traditionaliste. Il n'était pas anti-Moldus mais vivait très bien sans en fréquenter. Il saurait trouver un discours modéré si les grands-parents s'obstinaient à abuser de leur magie pour retirer un enfant à son père non sorcier.

Il fit venir Wellbeloved dans le bureau et lui montra l'article après lui avoir expliqué ce qu'était Internet.

— On ne peut pas simplement retirer le texte ? demanda l'Auror.

— Non, affirma Harry. Il y a déjà plusieurs sites qui l'ont reproduit et on ne sait combien de particuliers qui l'ont copié sur leur ordinateur personnel.

— Je ne comprends pas comment des Moldus peuvent diffuser un article de manière aussi large en si peu de temps, s'entêta Wellbeloved.

— Il se trouve, expliqua patiemment Harry, que les techniques moldues sont parfois plus efficaces que notre magie. Avec les avantages et les inconvénients que cela entraîne. Bon, de toute manière, ce n'est pas notre problème pour le moment. Nous, on gère l'enlèvement d'enfant, c'est tout.

— En commençant par vérifier si les assertions du père sont réelles, précisa Pritchard.

ooOoo

La cheminée la plus proche d'Abergavenny se trouvait à la lisière d'un bois. Un chemin sinueux en partait, sûrement protégé par des Repousse-Moldus, et desservait trois maisons un peu à l'écart d'un bourg. Celle qui les intéressait était relativement modeste et pourvue d'un petit jardinet sur le devant où jouait un enfant, bien emmitouflé dans une cape et avec une grosse écharpe en laine. Harry et Wellbeloved échangèrent un regard entendu.

Ils s'approchèrent de la barrière et Harry lança doucement :

— Niklas !

L'enfant leva la tête immédiatement et les regarda avec curiosité.

— Tu t'appelles bien Niklas Timberland ? insista Harry.

— Qu'est ce que vous voulez ? s'interposa un homme d'un certain âge en se plaçant entre eux et le petit. Rentre à la maison, Grand-mère t'appelle, ordonna-t-il d'ailleurs à ce dernier.

— Monsieur Spavin, demanda Harry ? Nous sommes les Aurors Potter et Wellbeloved.

— Je vous reconnais, Survivant, fit savoir Ignatius. Que voulez-vous ?

— Pouvons-nous entrer pour vous parler ? tenta le commandant des Aurors.

— Nous sommes très bien là où nous sommes, lui signifia Spavin.

— D'accord. Est-il exact que vous refusez de rendre Niklas à son père ? questionna Harry sans détour.

— C'est notre petit-fils, l'enfant de notre fille. C'est à nous de nous occuper de lui.

— C'est aussi le rôle du père, remarqua Harry.

— C'est un Moldu ! cracha Spavin. Que connaît-il des besoins d'un enfant sorcier ?

— Monsieur Spavin, Moldu ou pas, vous n'avez pas le droit de le priver de son fils.

— Vous êtes venu chercher Nikki ?

Pour la première fois depuis le début du dialogue, Ignatius parut inquiet.

— Pour le moment, nous tentons de faire la lumière sur cette affaire, temporisa Harry. Si on se mettait à l'abri et que vous nous expliquiez un peu mieux la situation ?

Spavin hésita un moment. A ce moment, la porte de la maison se rouvrit et une femme âgée se dressa sur le seuil.

— Laisse-les entrer, dit-elle. Nous devons leur faire comprendre pourquoi nous avons dû agir ainsi.

Ignatius s'effaça pour laisser passer Harry et son coéquipier.

— Nikki, dit la grand-mère au petit. Tu veux jouer dans le jardin avec ton balai ?

— Tu me lances la balle ? demanda le bambin.

— Tout à l'heure, lui promit-elle. Je dois avant parler à ces messieurs. Je peux te donner un gâteau, si tu veux.

Niklas tendit la main, laissa sa grand-mère ajuster son écharpe, sourit à la ronde et sortit jouer dehors, son gâteau d'une main, son balai pour enfant de l'autre. Les deux Aurors furent introduits dans un petit salon ensoleillé. Sur le manteau de la cheminée et sur les guéridons, de nombreuses photos d'une belle jeune femme et du petit garçon offraient des sourires éclatants. Par la large baie vitrée, on voyait l'enfant enfourcher son balai, les joues gonflées par la pâtisserie qu'il avait dû mettre toute entière dans sa bouche pour se libérer les mains.

— Quel âge a le petit ? demanda Wellbeloved.

— Cinq ans, répondit le grand-père. Et il est sorcier, on en a eu confirmation.

— D'accord, donc, c'est votre petit-fils, l'enfant de votre fille décédée, reprit Harry.

Leurs deux hôtes hochèrent la tête avec tristesse.

— Quand est-ce arrivé ? demanda-t-il doucement.

— Il y a un an à peu près, lui apprit Mrs Spavin. ça c'est déclaré très rapidement. On l'a transportée à Ste Mangouste, mais ils n'ont rien pu faire.

— Ensuite l'enfant est resté avec son père ? se renseigna Harry.

— Oui, dans un premier temps on ne voulait pas changer son environnement. On allait le voir le plus souvent possible, bien entendu. Mais quand il a montré ses premiers signes de magie incontrôlée, on a compris qu'on ne pouvait pas le laisser avec un Moldu. On a tenté de le faire comprendre à son père, mais il s'est montré têtu comme une bourrique et n'a rien voulu savoir. Nous n'avons pas eu d'autre choix que de prendre l'enfant chez nous sans son consentement.

— Il y a un certain nombre d'enfants sorciers qui vivent côté moldu sans que cela ne pose problème, rappela Harry. Les accès de magie sont généralement assez rares et n'interviennent qu'en cas de danger.

Il se demanda s'il devait rappeler que lui-même avait été dans ce cas mais il renonça. Cela ne lui rappelait pas de bons souvenirs et il aurait du mal à prétendre qu'il n'en avait pas souffert.

— Mais enfin, trouvez-vous souhaitable qu'un sorcier soit élevé chez des Moldus ? s'indigna Mr Spavin.

— Monsieur Timberland vous empêchait-il de voir Niklas quand vous le souhaitiez ? s'enquit Wellbeloved.

— Non, il ne manquerait plus que cela !

— Si vous souhaitez faire l'éducation magique de votre petit-fils, ce que je comprends parfaitement, pourquoi ne vous arrangez-vous pas avec le père pour le prendre régulièrement, une ou deux journées par semaine, par exemple ? proposa le coéquipier de Harry.

— On n'élève pas un enfant deux jours par semaine, opposa Malvina.

— Vous ne pouvez pas empêcher indéfiniment Niklas de voir son père, rappela Harry. Cela le fera souffrir inutilement.

— Nous sommes prêts à lui permettre de venir voir son fils quand il sera revenu à de meilleurs sentiments, affirma Ignatius. Mais nous savons qu'il a tenté de le monter contre nous.

Harry marqua une pause. Les Spavin étaient visiblement persuadés d'être dans leur bon droit et il ne voyait pas ce qu'il pourrait dire pour les convaincre du contraire. Mr Spavin avait manifestement réfléchi à la raison de la présence des Aurors pendant ce court instant de silence, car il demanda :

— Pourquoi êtes-vous ici ? Il n'a pas pu vous envoyer un hibou, quand même !

— Vous le sous-estimez, répliqua aigrement Harry. Il a réussi à intéresser le Ministère à son cas. Il est en ce moment même en train de raconter tout ce qu'il sait sur les sorciers à des milliers de Moldus, ce qui met notre Ministre dans une situation très délicate vis-à-vis de la loi du Secret.

Les Spavin se regardèrent, désemparés.

— Ne peut-on pas lui appliquer un Oubliette ? demanda Malvina. C'est ainsi que nous arrivons ordinairement à dissimuler notre existence aux Moldus, n'est-ce pas ?

— Outre qu'il n'est pas évident de faire oublier à votre gendre qu'il a un enfant sans lui infliger de gros dommages, il s'est arrangé pour que son silence ne mette pas fin à la diffusion de l'information. Je crains qu'il nous faille transiger. Pouvons-nous compter sur vous ?

De nouveau, le couple se consulta du regard :

— Il est hors de question que nous cédions à un quelconque chantage, affirma finalement Ignatius d'une voix ferme. Pas plus que nous ne rendions notre petit-fils à un homme qui attaque les sorciers de manière aussi perfide. Tout ce qu'il a prouvé, c'est que nous avons eu raison de prendre Nikki chez nous.

Harry inspira profondément pour garder son calme et se tourna vers son coéquipier pour voir s'il avait une suggestion à faire. Le regard que lui retourna Wellbeloved témoignait de son embarras. Lui non plus ne voyait pas comment débloquer la situation.

— Bien, décida Harry. Je pense que nous avons établi que vous avez enlevé votre petit-fils à son père et que vous n'avez pas l'intention de le lui rendre. Vous avez provoqué une crise grave ce qui me permet de vous assigner à résidence. Je vais appeler deux Aurors qui vous surveilleront. Votre cheminée sera coupée et un sortilège anti-transplanage appliqué sur votre maison.

— Vous n'avez pas le droit ! protesta Mr Spavin.

— Je ne vais pas tarder à l'avoir. Le temps que le Ministre me délivre l'ordre nécessaire, ce qui ne saurait prendre longtemps.

— Mais comment allons-nous acheter à manger ? s'inquiéta son épouse.

— Vous aurez le droit d'utiliser la cheminée publique, mais sans emmener l'enfant, concéda Harry.

Sans leur permettre d'objecter davantage, il se leva et passa dans le vestibule où il sortit son miroir communicant :

— Mandy Brocklehurst, demanda-t-il.

— Oui, Harry, fit la secrétaire du Ministre quelques instants plus tard.

— Je suis chez Monsieur et Madame Spavin, pour l'affaire Timberland. Ils ont l'enfant et reconnaissent l'avoir enlevé à son père. J'aurais besoin d'une assignation à résidence extraordinaire, le temps que je saisisse le Magenmagot pour la faire prononcer. Tu crois que c'est possible ?

— Kingsley est à Downing Street mais j'ai la procuration pour signer à sa place. Je te l'envoie où ?

— Un de mes hommes viendra le chercher.

— D'accord. Comment va le petit ?

— Il n'a pas l'air de se rendre compte du problème. Je suppose qu'on va devoir l'interroger lui aussi.

— Il te faut un papier du Magenmagot pour ça, rappela Mandy.

— Oui, je sais. Je m'en occupe.

— Bien, je te fais ton assignation.

— Merci.

Harry appela ensuite Stanislas à qui il fit un bref résumé de la situation et qui lui promit de lui envoyer deux Aurors avec le papier officiel attendu.

— Je prépare le dossier pour saisir le Magenmagot, compléta le commandant en second. Et je fais couper la cheminée particulière.

— Merci, Stan. On attend la relève.

Harry revint dans le salon où les trois autres l'attendaient dans un silence morose, les yeux fixés sur la fenêtre. Dehors, Niklas qui avait abandonné son balai et qui s'amusait à jeter des pierres contre un arbre.

Il fit signe à Wellbeloved de le rejoindre.

— On va poser l'anti-transplanage, indiqua-t-il aux grands-parents. Je vous déconseille de faire disparaître l'enfant de notre vue pendant que nous officions. Nous n'hésiterons pas à vous stupefixer en cas de besoin.

Il récolta deux regards meurtriers auxquels il ne prêta pas attention et sortit, son coéquipier sur les talons. Ils sourirent à Niklas en sortant puis se séparèrent pour se poster de part et d'autre de la maison. Harry siffla pour qu'ils lancent le sort requis au même moment puis ils se déplacèrent et recommencèrent l'opération pour s'assurer que le sortilège tiendrait bien.

Dix minutes plus tard, Primrose Dagworth et Michael Corner arrivèrent sur place. Primrose tendit à Harry le parchemin officiel émanant du bureau du Ministre et le commandant des Aurors retourna dans la maison pour le remettre à Mr Spavin. Il vérifia ensuite que le réseau de cheminette avait bien été coupé puis sortit après avoir salué silencieusement ses hôtes récalcitrants. La grand-mère le suivit dans le jardin et alla prendre la main du petit qui, du perron, regardait avec curiosité les Aurors qui prenaient leur poste.

De retour à son bureau, Harry constata que son adjoint était absent. Il supposa qu'il s'était rendu à la Maison de Justice pour obtenir en urgence les documents nécessaires pour poursuivre les interrogatoires et bloquer Mr et Mrs Spavin chez eux. En attendant son retour, il fit une note sur ce qu'il avait déjà accompli pour Kingsley, envoya une copie à Jason Apollo et en garda un autre exemplaire pour son propre dossier.

Stanislas revint une demi-heure plus tard et indiqua en tendant un papier à Harry :

— Voilà un mandat qui te permet d'interroger le gosse et de maintenir toute la famille sous surveillance. C'est valable pour une semaine seulement et ne sera renouvelé qu'avec une nouvelle demande émanant directement du cabinet du Ministre.

— Tu as vu Kingsley ou c'est Mandy qui t'a donné le nécessaire ?

— Mandy. Elle m'a dit que le Ministre devait rentrer vers midi.

— Je n'ai plus qu'à retourner chez les Spavin pour leur remettre ça et avoir un entretien avec Niklas, remarqua Harry. Si tu sors pour déjeuner, tu me ramènes un sandwich ? ça m'étonnerait que j'aie le temps d'y aller moi-même aujourd'hui.

Les grands-parents reçurent le papier officiel sans faire de commentaires mais, à leur regard, il était net qu'ils n'avaient pas l'intention de se laisser faire.

En leur présence, mais en insistant pour qu'ils gardent le silence, Harry interrogea aussi gentiment qu'il le put le petit Niklas. Celui-ci confirma qu'il vivait seul avec son père depuis que sa maman était allée rejoindre Merlin et qu'il était content d'être en vacances chez ses grands-parents.

Harry ne contredit pas sa version et lui souhaita de bonnes vacances. Il vérifia que les consignes étaient correctement passées auprès de Primrose et Michael puis rentra au ministère de la Magie.

En fin d'après-midi le lendemain, le miroir de Harry vibra. Le regard de Kingsley Shacklebolt rencontra le sien quand il ouvrit la communication.

— Une réunion est prévue avec le Premier ministre moldu demain matin. Tu pourras venir à neuf heures dans mon bureau ? On ira en Portoloin.

— Entendu.

— Rien de neuf depuis ton dernier compte-rendu ?

— Non. Tu veux que je te fasse suivre les rapports de ceux qui les surveillent ?

— Seulement si tu juges que cela peut m'intéresser, répondit le Ministre. Je croule déjà sous les messages venant de tous les autres pays. Je te fais confiance pour gérer ta partie.

ooOoo

Harry n'avait aucun élément nouveau quand il se présenta le lendemain au bureau de Kingsley. Ce dernier l'attendait avec Jason Apollo. Tous deux étaient vêtus en Moldus.

— On part dans deux minutes, l'informa Shacklebolt.

— Très bien, répondit Harry en dénouant sa cape et révélant son costume gris en fin cachemire et sa cravate vert émeraude.

— Très élégant, admira Apollo qui était vêtu d'un ensemble nettement moins chic.

Shacklebolt de son côté avait fait dans le sobre : costume anthracite, chemise et cravate noires.

— Nous avons eu un mariage il y a deux ans, expliqua Harry en faisant allusion à l'union de Percy et d'Audrey. Du coup, toute la famille peut faire face à une convocation devant les hautes instances moldues.

Les trois hommes se sourirent nerveusement, conscients de parler légèrement pour ne pas s'appesantir sur l'affaire délicate qui les réunissait.

— Bien, il est l'heure, fit remarquer le Ministre en reprenant son sérieux.

Ils remirent ou fermèrent leur cape et se rendirent dans l'atrium, qui était toujours le seul endroit par lequel on pouvait accéder et partir du Ministère. Kingsley leur tendit un briquet moldu et apposa sa baguette dessus pour le déclencher. C'était un Portoloin nouvelle génération, mis au point par le Centre de Recherche de l'Artisanat magique, qui partait sur demande et non à une heure programmée comme les anciens modèles. Il avait également la capacité d'être réutilisable, ce qui expliquait l'aspect sophistiqué du support.

En sentant un nouveau plancher sous ses chaussures, Harry déglutit pour chasser l'inconfort passager qui l'envahissait à chaque voyage, malgré l'habitude qu'il en avait. Il se trouvait désormais dans une large pièce austère, dont le cuir et les boiseries lui rappelèrent sa propre bibliothèque. Un large bureau se dressait près d'un mur, derrière lequel était assis un homme à l'aspect banal et aux cheveux gris qui les contemplait avec des yeux papillonnants.

Il resta un moment figé avant de se lever précipitamment :

— Excusez-moi, j'ai un peu de mal à m'habituer à la soudaineté de vos arrivées, expliqua-t-il en s'approchant d'eux.

Il serra la main de son homologue puis celle du chef du service des Excuses à l'usage des Moldus avant de la tendre vers Harry :

— Robert Hasting. Je suis enchanté de rencontrer le fameux Harry Potter.

— Je ne pensais pas être fameux ici, s'étonna l'Auror.

— Vous avez été intégré dans les notes secrètes que les Premiers ministres se transmettent lors des passations de pouvoir, lui révéla Hasting.

— J'en suis très honoré, fit Harry sans savoir s'il devait être fier ou désolé par cette information.

— Veuillez prendre place, les invita leur hôte en leur montrant un canapé et des fauteuils autour d'une table basse qui occupaient le centre de la pièce. Par contre, je suis désolé, je n'ai pas pu commander de rafraîchissements, compte tenu de ce qu'officiellement je n'attends aucune visite ce matin.

— Oui, comme lors de notre précédente rencontre, sourit Shacklebolt. Mais je peux y pourvoir, ajouta-t-il en sortant sa baguette et en prononçant une incantation.

Un plateau chargé d'un service à thé pour quatre, ainsi que d'une assiette couverte de petits fours salés et sucrés fit son apparition sur la table.

— Impressionnant, reconnut le Premier ministre.

— Simple sort d'acheminement, minimisa Kingsley. La nourriture a été préparée de façon tout à fait traditionnelle.

Apollo entreprit de faire le service tandis que le ministre de la Magie demandait à Harry de faire un résumé de son enquête.

— Conformément à notre engagement, nous avons identifié formellement Joffrey Timberland et avons coupé son accès à Internet. Allez-vous rendre l'enfant ? demanda Hasting quand le commandant des Aurors eut terminé.

— Nous n'avons bien entendu aucunement l'intention d'empêcher un père de voir son fils, commença Shacklebolt. Par contre, il est de notre responsabilité de nous assurer que ce petit sorcier ne sera pas non plus coupé de sa parenté magique et qu'il sera envoyé à Poudlard, notre école de sorcellerie, quand il atteindra ses onze ans.

— Le père ne demande pas seulement qu'on lui laisse voir son enfant, mais qu'on lui garantisse son droit naturel à l'élever, souligna le Premier ministre. Est-ce bien de cela que nous parlons ?

— Effectivement, confirma Kingsley. Notre politique a toujours été de laisser les enfants auprès de leurs parents moldus tant qu'ils ne sont pas en âge d'intégrer Poudlard. Mais compte tenu qu'il a de la famille sorcière, nous pensons qu'il doit également pouvoir la rencontrer régulièrement.

—Nous pouvons demander à Timberland de laisser son fils aller chez ses grands-parents un week-end sur deux, proposa le ministre.

— L'enfant doit également passer la moitié des vacances scolaires chez eux, intervint Apollo. C'est ce qui est habituellement accordé chez vous en cas de divorce, ajouta-t-il sans doute pour montrer qu'il était au fait des habitudes moldues.

— La moitié des week-ends et des vacances, concéda Hasting qui prit une gorgée de thé comme si la discussion était close.

— C'est d'accord, accepta Kingsley.

Il prit un petit-four et l'engloutit, tout en encourageant du regard Apollo à prendre la parole.

— De mon côté, commença le chef de service, j'ai réfléchi avec mon équipe à la façon de mettre fin à la regrettable publicité dont nous sommes l'objet. A priori, la situation est loin de s'améliorer. Au cours de ces deux derniers jours, les allusions au texte de Timberland n'ont cessé d'augmenter. La croyance la plus répandue c'est que c'est le début d'un roman qui doit être publié en ligne, et tout le monde attend la suite. D'autres pensent que c'est une publicité et se demandent pour quel produit. Quoiqu'il en soit, des forums y sont désormais consacrés et des discussions ont lieu à ce sujet sur de multiples sites. Nous avons même commencé à en trouver des traductions en espagnol et en français. Loin de faiblir, le mouvement prend de l'ampleur et on ne peut espérer qu'il soit rapidement oublié.

— Je suis submergé de messages venant de la confédération internationale des Sorciers, confirma Kingsley. Ils sont furieux et menacent de mettre l'Angleterre au ban des sociétés magiques si nous ne réglons pas rapidement ce problème.

— Nous avons eu une idée, assura Apollo, qui, nous l'espérons, devrait limiter les dégâts.

Il marqua une pause durant laquelle Kingsley, manifestement au courant, lui fit signe de la tête pour l'encourager à continuer.

— Nous avons pensé à une contre-offensive qui constituerait à publier d'autres histoires de ce genre, mais totalement fantaisistes. L'idée est de noyer le récit originel pour qu'il perde de son intérêt.

Il attendit l'avis du ministre moldu avec appréhension.

— Cela me parait une très bonne stratégie, approuva celui-ci. Avez-vous déjà préparé des textes ?

— J'ai toute une équipe en train de plancher dessus.

— Saurez-vous les poster sur internet ? s'enquit Hasting en reprenant un amuse-gueule.

Harry le vit froncer les sourcils en regardant le plat qui ne s'était pas dégarni bien qu'ils se soient tous servis plusieurs fois.

— Sans aucun problème, le rassura Apollo. Mon équipe est constituée de sorciers ayant grandi dans le monde moldu et qui restent en contact avec leur famille non sorcière. J'ai notamment un jeune homme qui maîtrise pleinement ce mode de communication. Il a un compte Facebook, précisa-t-il.

Le Premier Ministre hocha la tête, comme si c'était effectivement un gage incontestable de maîtrise du monde moldu.

— Mais ne serait-il pas mieux de poster avec l'identité numérique de Monsieur Timberland ? demanda-t-il après quelques secondes de réflexion.

— Si c'est possible, ce serait mieux, convint Apollo.

Ils échangèrent les informations nécessaires pour mettre en œuvre cette idée.

— Nous espérons commencer cette opération de désinformation au plus tard en début de semaine prochaine, conclut Apollo. Ensuite, nous approcherons de Noël et les gens auront sans doute d'autres préoccupations.

— Mais ce seront les vacances scolaires et les jeunes auront plus de temps pour surfer, opposa le Premier ministre.

— Merci pour cette information, nous la prendrons en compte, nota Apollo.

— Aurons-nous besoin d'autorisations spéciales pour publier nos textes sur internet ? s'informa Kingsley.

— Tant que vous n'enfreignez pas de lois, vous pouvez publier à votre guise, le rassura le Premier ministre. L'ordinateur que vous utilisez est-il magique ? demanda-t-il encore.

— Non, il est trop difficile de reproduire à l'identique une technologie aussi avancée, expliqua Apollo. Nous avons donc installé un véritable ordinateur dans un lieu où la magie n'est pas assez forte pour interférer. Pour la communication, nous nous en tenons à nos propres moyens : le hibou, la cheminée, les miroirs...

— Rien qui n'équivaille à Internet, reconnut Kingsley. Mais nous nous en passons jusqu'à maintenant.

Ils discutèrent ensuite de la meilleure manière de mettre d'accord la famille du petit Niklas. Ils décidèrent d'éviter dans un premier temps de mettre en présence les principaux opposants dans cette affaire. Ils commenceraient par transmettre, chacun de leur côté, les modalités qui venaient d'être définies et feraient de leur mieux pour s'assurer de la coopération des deux parties avant de ramener l'enfant chez son père.

— Je ne sais ce qu'il en est du côté de Timberland, mais les grands-parents sont arc-boutés sur leur position, persuadés d'agir au mieux pour leur petit-fils, indiqua Harry. Il faudra faire pression sur eux pour qu'ils acceptent.

— Le plus simple est de les menacer de les priver pour toujours de Niklas s'ils ne se soumettent pas à l'accord, trancha Kingsley. Je suppose que si son père déménageait, ils ne sauraient pas le retrouver dans le monde moldu.

— Nous pouvons aussi organiser un changement de nom, assura le Premier ministre. Dans cette hypothèse, nous vous tiendrions, bien entendu, au courant pour que vous puissiez l'envoyer dans votre école.

— Ne vous en faites pas pour ça, répondit le ministre de la Magie. Nos lettres de Poudlard trouvent toujours leurs destinataires. Du côté du père, continua-t-il d'une voix ferme, nous ne tolérerons plus aucune violation du Secret ou déménagement de son propre chef. S'il viole notre accord, nous lui enverrons nos Oubliators et nous effacerons tout ce qui pourrait nous mettre en danger. Comprenez bien que ce ne serait pas par vengeance, mais tout simplement parce que nous n'avons pas le choix si nous voulons protéger les sorciers à travers le monde.

— Je vois, fit le Premier ministre d'un ton contraint, comprenant visiblement que les sorciers agiraient à leur convenance, qu'ils aient sa permission ou non.

Shacklebolt promit également de tenir son homologue au courant de ce que les sorciers allaient publier lors de leur contre-offensive. Quand ils eurent terminé, Hasting regarda une dernière fois en direction des petits-fours et avança :

— Je suppose que vous n'obligez pas vos enfants à finir leur assiette.

Shacklebolt fronça les sourcils ne comprenant pas le sens de la remarque. Harry sourit :

— Nous n'utilisons ce genre de plat que pour éviter de faire le service. La nourriture n'est pas créée par magie, c'est impossible. Tout a été préparé à l'avance et amené ici petit à petit. Nos enfants apprennent à ne pas gâcher la nourriture qu'on leur donne, tout comme les vôtres.

Les deux autres sorciers saisirent alors de quoi il était question et leurs visages se détendirent.

— Je vous le laisserais bien, mais vous auriez encore plus de mal à le justifier que si vous aviez demandé quatre tasses pour vous seul, plaisanta Kingsley en faisant disparaître tout ce qu'il avait amené et en lançant un sort de nettoyage pour ne laisser aucune trace de leur en-cas.

— J'espère vraiment que cette affaire pourra se résoudre sans qu'aucune menace ne soit mise à exécution, conclut le Premier Ministre pour prendre congé.

— Je suis certain que notre coopération ne peut que déboucher sur un règlement satisfaisant de cette triste affaire, répondit gracieusement Shacklebolt. L'Atrium ? proposa-t-il à ses compagnons.

Les trois sorciers remirent leur cape pour ne pas se faire remarquer par les fonctionnaires du Ministère, saluèrent de la tête le Premier Ministre qui les observait avec fascination puis transplanèrent.

ooOoo
End Notes:
BONNE ANN…E A TOUS

La variole ou petite vérole est une maladie aujourd'hui éradiquée chez nous, qu'on saurait cependant sans doute guérir avec des antibiotiques. La Variole du dragon est une forme mutée pour laquelle nous n'avons pas de remède.

Jason APOLLO : Responsable du service des Excuses à l'usage des Moldus. Pour la similitude sonore entre "apologize" (s'excuser) et Apollo Jason.

Joffrey TIMBERLAND : père moldu de Niklas Timberland

Niklas TIMBERLAND : fils de Joffrey Timberland

Ignatius et Malvina SPAVIN : grands-parents de Niklas Timberland (Inspiré de Faris Spavin, Ministre de la Magie, 1865-1903 (EMEU 3))

Robert HASTING : Premier ministre britanique

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
IV : L'éducation des enfants sorciers by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 15 au 24 décembre 2011
IV : L'éducation des enfants sorciers

De retour au Ministère après leur visite au Premier Ministre moldu, il fut convenu que Harry irait voir les grands-parents de Niklas Timberland pour les informer de ce qui avait été décidé. Il fit venir Wellbeloved dans son bureau et résuma à son intention et à celle de Pritchard les grandes lignes de la réunion qui s'était tenue.

— Maintenant, à nous de convaincre Mr et Mrs Spavin de laisser l'enfant repartir et accepter les termes de l'accord, conclut-il.

Il n'était pas persuadé que le couple ait la sagesse d'accepter un droit de visite réduit. Un regard vers Wellbeloved le convainquit qu'il n'était pas le seul à le penser. Il s'imagina avec malaise devoir retirer l'enfant de force des bras de ses grands-parents.

C'est sans enthousiasme que les deux Aurors traversèrent le jardin des Spavin après avoir salué leurs collègues de garde dans le jardin. Harry remarqua que son coéquipier restait soigneusement un pas en arrière alors qu'il soulevait le heurtoir de la porte d'entrée.

Mr Spavin le fit entrer de mauvaise grâce et demanda en préambule :

— Quand allez-vous nous rendre notre liberté ?

— J'étais justement venu vous en parler, riposta Harry. Le ministère de la Magie a décidé que le père de Niklas serait obligé de vous accorder le droit de prendre le petit chez vous un week-end sur deux et pendant une grande partie des vacances scolaires.

Ignatius regarda sa femme qui était venue s'asseoir près de lui.

— Cela veut dire que nous devons le rendre ? demanda-t-il.

— C'est son père, rappela Harry. Niklas a besoin d'être avec lui.

— Vous vous moquez de nous ! s'exclama la grand-mère. Il est hors de question que nous le laissions partir !

— C'est une décision qui a été prise par le Ministère, tenta de les raisonner Harry.

— Qui a pris cette décision ? Est-ce vous ? l'apostropha Mr Malvin. êtes-vous à ce point dénaturé de nous arracher tout ce qui nous reste de notre famille, l'enfant de notre fille unique ?

— Nous avons réussi à imposer à Joffrey Timberland de vous laisser voir votre petit-fils alors que vous le lui aviez enlevé de force. C'est déjà beaucoup, même si vous ne semblez pas vous en apercevoir, fit remarquer Harry.

En voyant les mines renfrognées des grands-parents, l'Auror sentit sa colère monter à l'idée qu'ils ne faisaient aucun effort pour se montrer accommodants alors qu'ils avaient indirectement mis le monde sorcier dans une situation très problématique. Mais il ne pouvait dire ce qu'il pensait. Il représentait le Ministère, il devait faire preuve de retenue :

— Je comprends votre tristesse et je vois bien que vous tentez de faire au mieux pour votre petit-fils. Il a paru au Ministère que Niklas a le droit de voir non seulement ses grands-parents, mais aussi son père. Je suis certain que vous pouvez vous entendre pour le bien du petit.

— Vous ne comprenez vraiment rien ! cracha Mr Spavin.

— C'est possible. Mais vous et moi devons obéir au Ministère.

— Vous avez su désobéir au Ministère quand il donnait des ordres que vous désapprouviez, fit remarquer Ignatius.

— Il y a une légère différence entre persécuter la moitié des sorciers et faire en sorte qu'un père puisse voir son fils, répliqua sèchement Harry.

— Avez-vous des raisons précises de penser que l'enfant ne serait pas heureux avec Timberland ? intervint Wellbeloved.

— Il est MOLDU ! cracha Malvina.

Harry grinça des dents et laissa son partenaire répondre :

— Votre fille l'a jugé digne d'être le père de son fils, tenta Wellbeloved.

Les deux grands-parents serrèrent les lèvres. Visiblement, cela n'emportait pas leur conviction.

— Aussi injuste que cela paraisse, vous n'avez pas tellement le choix, dit Wellbeloved. Pourquoi ne pas essayer ? Si on se rend compte que c'est mauvais pour votre petit-fils, une autre solution sera recherchée.

— Est-ce applicable dès aujourd'hui ? demanda Malvina la voix tremblante.

— Non, il faut aussi signifier à Monsieur Timberland quelles seront ses obligations envers vous et s'assurer qu'il est prêt à les honorer avant de lui rendre le petit, la rassura le collègue de Harry.

— Vous pourrez toujours vous adresser au Ministère en cas de problème, précisa Harry, mais vous n'aurez pas le droit de modifier de votre propre chef les termes de l'accord. Y déroger de manière unilatérale, vous ferait perdre tout droit de voir l'enfant. Timberland ne peut pas venir dans le monde sorcier tout seul, mais vous non plus ne seriez pas capable de le retrouver s'il changeait de ville. Vous en tenir à ce qui a été décidé est le meilleur moyen pour vous de continuer à voir votre petit-fils.

— Et si Timberland décide de disparaître, dès que nous lui rendrons Niklas ? s'inquiéta Malvina.

— Le Premier Ministre moldu s'est engagé à ce que cela n'arrive pas, expliqua Harry. Ils ont une police efficace et peuvent nous le garantir.

— Pouvons-nous au moins garder Niklas pour Noël ? demanda Ignatius.

On était le 15 décembre. Harry ne doutait pas que le père ferait de son côté une demande analogue. Ce n'était pas à lui de prendre la décision.

— Je ne sais pas, je ferai suivre votre demande, fut tout ce qu'il put répondre.

Il n'eut pas de nouvelles à propos de cette affaire les jours suivants. Harry décida de limiter à un seul Auror la garde qu'il laissait à Abergavenny.

Le week-end passa, ramenant Teddy et Victoire de Poudlard pour les fêtes. En voyant sa famille réunie, il ne pouvait s'empêcher de penser à un père qui désespérait de voir son fils et des grands-parents qui craignaient d'en être privés. Il aurait bien aimé en parler à Ginny mais, pour le moment, rien n'avait transpiré du côté sorcier et c'était un sujet trop brûlant pour qu'il puisse le partager même avec son épouse.

ooOoo

Le mardi matin, Pritchard accueillit Harry la mine sombre.

— Quoi encore ? demanda Harry.

Sans répondre, son adjoint lui tendit la Gazette du Sorcier. Le Ministère veut arracher un enfant sorcier à sa famille pour l'envoyer chez les Moldus, titrait le quotidien.

— Bon sang, qui a craché le morceau ? sacra Harry.

— Les grands-parents, je pense, le renseigna Pritchard d'une voix dégoûtée. Ils sont interviewés en page trois.

Harry se jeta sur l'article indiqué. Comme il le craignait, Mr et Mrs Spavin protestaient contre la décision injuste du ministre de la Magie de remettre un enfant pourvu de pouvoirs à un Moldu incapable de faire face aux manifestations magiques d'un sorcier en devenir.

— Autant que je monte voir King avant qu'il ne me fasse appeler, dit sombrement le commandant des Aurors.

A ce moment, son miroir se mit à vibrer.

— J'arrive ! indiqua Harry avant même de vérifier qui était son interlocuteur.

Il retrouva Jason Appolo dans l'ascenseur. Ce dernier avait l'air atterré et c'est dans un silence morose que les deux hommes attendirent d'arriver à destination. Kingsley n'était pas seul dans son bureau. S'y trouvaient déjà le directeur de la Gazette du Sorcier Barnabas Cuffe, Lee et Padma, d'Alternatives Sorcières, ainsi que Xenophilius Lovegood du Chicaneur et Gigas Hertz de la RITM. Adrian Ackerley qui travaillait dans le service des relations internationales et que Harry connaissait un peu parce qu'il avait assisté Ginny dans ses voyages à l'étranger quand elle rassemblait des pièces pour son musée était également présent.

Une table ronde avait été dressée dans un coin du bureau autour de laquelle le Ministre les invita à s'installer.

— Messieurs et Mesdames de la presse, je vous ai priés de venir pour vous donner une vision la plus complète possible de ce que je pressens être le sujet qui va passionner les foules ces prochaines semaines, commença Kingsley. La Gazette a donné le coup d'envoi et il est maintenant trop tard pour traiter cette affaire avec la discrétion qu'il aurait été préférable de lui donner.

Cuffe sembla vouloir prendre la parole, mais Kingsley l'arrêta d'un geste.

— Je ne prétends pas vous dicter ce que vous devez mettre dans vos colonnes, simplement vous permettre de décider en conscience et en connaissance de cause ce qui peut ou non paraître dans vos publications, précisa-t-il. Vos trois journaux et la radio font l'opinion, vous avez une lourde responsabilité. Or cette histoire a pris une importance qui dépasse nettement la simple histoire de famille. Monsieur Apollo, du service des Excuses à l'usage des Moldus, va vous expliquer pourquoi.

Le fonctionnaire fit un récit circonstancié de l'affaire et distribua la copie du texte écrit par Joffrey Timberland aux journalistes. Sur un signe de son ministre, Harry résuma les entretiens qu'il avait eus avec les grands-parents et les mesures qu'il avait prises pour qu'ils ne disparaissent pas dans la nature avec l'enfant. Enfin, Ackerley indiqua les messages qu'il avait reçus de l'étranger et les inquiétudes que faisait naître cette histoire dans les autres gouvernements sorciers.

— Comme vous le constatez, reprit Kingsley, nous ne sommes pas complètement libres de nos mouvements. Nous avons des obligations vis-à-vis de la loi internationale du Secret ce qui nous oblige à prendre au sérieux le texte diffusé par le père de l'enfant. Par ailleurs, nos relations avec les Moldus nous interdisent de malmener cet homme, et un sortilège d'Oubliette qui transformerait son cerveau en légume, au vu de ce qu'il faudrait effacer, n'est envisageable qu'en dernier recours. Les deux parties devront donc transiger et nous les y obligerons si elles refusent de le faire de leur plein gré. Une population sorcière appelant à cor et à cri des mesures drastiques est bien la dernière chose qu'il nous faut.

— Malgré vos bonnes paroles, vous nous reprochez tout bonnement d'avoir mis au courant nos lecteurs d'une crise internationale, grogna Cuffe.

— Votre Gazette est bien plus libre depuis que je suis Ministre que durant les décennies qui m'ont précédé, rappela Kingsley d'un ton sec. Si je voulais vous censurer, je l'aurais fait depuis longtemps. Je vous demande simplement de ne pas laisser les choses s'envenimer à un point qui serait préjudiciable pour tout le monde.

— Nous faisons tous un tri dans ce que nous envoient les lecteurs, rappela Lee d'une voix calme. Nous ne laissons pas passer ce qui est trop loin de notre ligne éditoriale ou qui serait susceptible de nous aliéner notre public. Nous pouvons en effet veiller à informer les sorciers de ce qui se passe, tout en refusant de publier les lettres de lecteurs qui appelleraient à des débordements que nous voulons tous éviter.

— Pouvons-nous parler des fées qui échangent des enfants sorciers contre des bébés Moldus à Ste Mangouste ? interrogea Xenophilius.

Il y eut une pause. Cuffe considéra son collègue avec mépris, Adrian Ackerley — qui n'avait manifestement pas eu souvent affaire à lui — avec effarement. Lee, Padma et Hertz manifestèrent un amusement bienveillant et Kingsley resta impassible :

— Tout ce que je demande, c'est de l'information vérifiée et qui n'appelle ni à la violence ni à braver la loi, énonça-t-il d'une voix égale.

— Pour votre information, enchaîna Apollo, nous ne restons pas les bras croisé devant les agissements de Timberland. Nous avons commencé à publier d'autres textes dans la même veine, mais racontant des histoires complètement inventées pour noyer les informations qu'il donne dans des inepties. Hier, nous avons posté le témoignage d'une personne qui se rend compte que ses voisins sont des extraterrestres. Dans quelques jours, ce sera une histoire de jeu cosmique où les humains sont des pièces sur un échiquier.

— Mr Timberland ne va-t-il pas dire que cela n'a aucun rapport avec lui ? s'inquiéta Padma.

— Le Premier ministre moldu a fait le nécessaire de son côté. Nous allons utiliser l'identité virtuelle de Timberland pour poster sur le même site que lui. S'il crie au complot, cela ne fera qu'accréditer son manque de fiabilité.

Cuffe se rendait-il compte à quel point les Moldus coopéraient activement avec eux ? s'interrogea Harry. Sans doute que non.

— Quand le petit Niklas rentrera-t-il chez son père ? demanda Gigas Hertz.

— Le plus tôt sera le mieux, indiqua Kingsley d'une voix ferme. Aujourd'hui ou demain.

Harry se demanda dans quelle mesure leur interview dans les journaux leur avait fait perdre toute chance de garder leur petit fils pour Noël.

— Et si ce fou furieux continue à nous mettre en danger ? interrogea Cuffe. On va le laisser faire ? Et s'il refuse d'envoyer l'enfant à Poudlard ?

— S'il devient dangereux pour le Secret, il est évident que nous adopterons des mesures plus drastiques, affirma Kinglsey. Le Secret doit être préservé à tout prix et mon homologue moldu l'a bien compris. Mais pour le moment, tout ce que demande Timberland est le retour de son enfant. On va commencer par là, tout en veillant à ce que les grands-parents aient la possibilité de le voir régulièrement. Nous avons été très fermes là-dessus lors de nos discussions avec leur Premier ministre. L'enfant ne doit pas être coupé de ses racines sorcières et devra fréquenter notre école de sorcellerie.

— Cet accord contient-il d'autres termes ? se fit préciser Lee.

— Nous avons convenu des sanctions à mettre en place si une des parties viole l'accord. Elle perdra le droit de voir l'enfant. Si le père parle encore de nous d'une manière où d'une autre, nous lui effacerons la mémoire. Vous pouvez le publier.

Cuffe eut un rictus sardonique. A ce stade, Kingley ne pouvait de toute manière rien empêcher.

— Il serait bon, continua le ministre de la Magie, de faire connaître notre contre-attaque pour que les personnes qui savent la vérité sur nous puissent instiller le doute si on parle de sorciers devant elles en évoquant les autres pseudo-révélations.

— Entendu, nota Lee.

Il n'y eut pas d'autres questions et les journalistes prirent congé.

ooOoo

Une fois qu'ils furent entre eux, Harry demanda :

— Que fait-on maintenant ?

— Allez chercher l'enfant et rendez-le à son père, répondit le Ministre.

— Ils vont aller se plaindre à la Gazette et c'est pas Barnabas Cuffe qui leur conseillera la modération, prédit Harry.

— Le mal est fait, autant en finir. J'ai eu hier le ministre Hasting au téléphone : tout est prêt de son côté pour que Timberland ne nous joue pas de mauvais tour. Nous avons aussi établi un calendrier pour savoir où l'enfant doit être et quand. Voici les coordonnées de Timberland et les instructions pour que l'enfant passe d'un côté et de l'autre.

Harry retrouva Wellbeloved au QG des Aurors et l'informa des suites de leur affaire.

— Je pense qu'il vaut mieux commencer par aller voir où habite le père, conclut Harry. On pourra comme ça y transplaner directement une fois Niklas avec nous.

— Je ne pense pas que les Spavin nous le rendront sans protester, prévint Wellbeloved.

— Moi non plus, reconnu Harry. Pauvre gosse ! sa famille ne lui facilite pas la vie. Dis, j'y pense, si on emmenait Timberland avec nous ? Même si ses grands-parents crient, ce sera moins angoissant pour lui de partir avec son père qu'avec deux inconnus.

— Tu n'as pas peur que cela dégénère en bataille familiale ? opposa Wellbeloved. Je croyais qu'il était prévu que les deux clans opposés ne se voient pas.

— On va faire en sorte qu'ils ne se parlent pas, décida Harry. On va commencer par contacter Timberland. J'ai son numéro de portable, l'équivalent de son miroir, précisa-t-il pour son coéquipier. On va monter dans la rue et utiliser une cabine publique.

En accord avec les services moldus, une cabine publique en état de marche et acceptant les pièces de monnaie se dressait non loin de la fausse cabine qui servait d'entrée au Ministère. Harry et son coéquipier transformèrent donc leurs vêtements, prirent de la monnaie moldue dans la réserve de la brigade et montèrent à la surface.

— Monsieur Joeffrey Timberland ? demanda Harry quand son correspondant eut décroché.

— Lui-même, répondit une voix méfiante.

— Je m'appelle Harry Potter et je suis... comme votre épouse, expliqua Harry, qui même dans une conversation privée préférait respecter le Secret.

— Où est mon fils ? demanda immédiatement Timberland.

— Je veux justement vous rencontrer pour que nous allions le chercher ensemble. Pouvons-nous vous rencontrer chez vous ?

— Quand ?

— Dès que vous serez libre.

— Tout de suite ?

— Le temps que nous arrivions.

— Je serai chez moi dans un quart d'heure.

— Très bien. Il nous faudra sans doute un peu plus de temps. A tout à l'heure, Monsieur Timberland.

Les deux Aurors décidèrent de prendre le magicobus car il n'y avait sans doute pas de cheminée dans la banlieue de Leeds, où vivait le père.

Au bout d'une demi-heure, ils atteignirent leur objectif et descendirent, un peu chancelants. Jeoffrey Timberland leur ouvrit immédiatement la porte. C'était un homme d'une trentaine d'années aux cheveux châtains et aux yeux inquiets qui les dévisagea avec méfiance.

Il s'effaça pour les laisser entrer dans un salon lumineux mais légèrement en désordre. Harry se présenta et expliqua comment les sorciers voyaient la situation :

— Mr Timberland, votre fils va vous être rendu aujourd'hui. Mais nous voulons être clairs sur les conditions qui accompagnent son retour. Pour commencer, vous accepterez de leur confier leur petit-fils suivant un calendrier bien précis. Et quand il aura onze ans, vous le laisserez partir en internat à Poudlard, notre école de Sorcellerie.

— Je suis au courant, un secrétaire de Down Street est venu me l'expliquer, répliqua Timberland d'un ton sec.

— Ensuite, puisqu'il n'est plus possible de faire disparaître le texte dans lequel vous parlez de nous, vous vous engagez à ne pas le publier de nouveau sur aucun support, et à ne pas contredire la version selon laquelle cela fait partie d'un recueil de nouvelles fantastiques, tant par écrit qu'en paroles.

Timberland ne répondit pas.

— Monsieur Timberland, martela Harry, par votre action, vous avez mis des milliers de personnes en danger. Ce serait très ennuyeux pour nous, sorciers britanniques, si les Moldus étaient convaincus de notre existence. Mais pour ceux qui vivent dans des pays où la religion est au pouvoir, c'est la possibilité d'une mise à mort atroce pour tous ceux qui seraient soupçonnés d'être sorciers et qui n'auraient ni les pouvoirs, ni l'entraînement nécessaire pour échapper à leurs bourreaux.

— Je voulais juste qu'on me rende mon enfant.

— Je comprends vos raisons, mais j'aimerais que vous réalisiez la portée de vos actes et la raison pour laquelle nous ne tolérerons plus ce genre d'action de votre part.

— Vous n'avez qu'à vous arranger pour qu'ils ne me prennent pas mon fils ! s'entêta le père.

— Monsieur Timberland, continua fermement Harry, nous nous sommes engagés, vis-à-vis de vous et de votre Premier Ministre, à ce que vous puissiez l'élever dans les limites que je vous ai exposées. Mais si pour une raison ou pour une autre la situation ne vous convient pas et que vous mettez de nouveau en danger notre Secret, il n'y aura plus de solution amiable possible. Nous vous effacerons la mémoire en profondeur pour que vous ne vous souveniez plus de l'existence des sorciers, ce qui vous fera perdre définitivement votre fils et les dernières années de votre vie.

— J'ai parlé des origines de ma femme à d'autres personnes, les prévint-il.

— Nous les retrouverons et leur effacerons la mémoire également, assura le commandant des Aurors. Cela fait 300 ans que nous avons disparu de la mémoire des Moldus, croyez bien que nous avons les moyens de continuer.

Il laissa passer un temps avant de reprendre.

— Nous allons maintenant nous rendre chez les Spavin. Nous n'avons pas l'intention d'arbitrer une dispute, donc vous resterez à l'extérieur du jardin pendant que nous irons dans la maison pour en faire sortir Niklas.

C'est en silence que les trois hommes se préparèrent à transplaner. Harry laissa Wellbeloved s'occuper de prendre Timberland en escorte. Ils émergèrent juste devant le portail du jardin des grands-parents.

— Restez-là, ordonna Harry à son collègue et au Moldu en les faisant reculer derrière un buisson pour ne pas être visibles de la maison.

Il salua Vince Oldrige qui était de garde et se dirigea vers l'habitation. La porte s'ouvrit avant qu'il n'ait besoin de frapper. Mr Spavin avança sur le perron, baguette brandie vers l'Auror. D'un mouvement fluide, Harry sortit la sienne et lança un experliamus modéré pour désarmer son adversaire sans le déséquilibrer, avant même que ce dernier ait terminé de prononcer le sort qu'il lui destinait.

— Ne m'obligez pas à vous stupéfixer, indiqua Harry. Cela traumatiserait votre petit-fils et ne changerait rien à ce qui va se passer. Dites-lui au revoir, vous le reverrez bientôt.

Ignatius se tint un moment la tête haute, en posture de défi puis ses épaules s'affaissèrent comme s'il acceptait sa défaite. Harry surveilla les deux adultes tandis qu'ils serraient l'enfant contre eux, les yeux pleins de larmes. Impressionné, Niklas commença à pleurer à son tour, amenant Harry à intervenir :

— Ton papa t'attend dehors, il est pressé de te voir.

Le gamin tourna immédiatement la tête vers la porte, visiblement heureux à l'idée de revoir son père. Mr Spavin réagit avec vigueur :

— Vous l'avez amené chez nous ?

— Sur le chemin communal appartenant à tout le monde, répliqua sèchement Harry. Et si vous avez l'intention de lui faire une scène devant le petit, sachez que je manie très bien le Silentio aussi !

Deux regards furieux furent la seule réponse.

Harry ouvrit la porte en faisant signe à l'enfant de le suivre. Ce dernier regarda dans le jardin, vit son père qui s'était avancé jusqu'à la barrière et courut vers lui en criant "Papa !".

— Ramène-les, je reste un peu, cria Harry à Wellbeloved. On se retrouve au Ministère.

Il resta sur le perron le temps que les trois voyageurs disparaissent. Ensuite, il retourna dans la maison. Les Spavin étaient assis sur le canapé, anéantis, main dans la main.

— Vous allez le revoir dès lundi prochain, le 26 décembre, pour toute la semaine, tenta de les réconforter Harry en déposant sur la table devant eux un morceau de parchemin frappé des armes du ministère de la Magie. Un agent du Ministère viendra vous l'amener, puis reviendra le dimanche soir le ramener chez son père.

Les deux grands-parents ne bougèrent pas. Harry avait pitié d'eux, mais il devait mener sa mission jusqu'au bout :

— Vous devez être conscients que toute tentative de soustraire Niklas à son père vous fera perdre tous droits sur lui. Il en est de même pour son Timberland. Pour le bien de l'enfant, je vous conseille vivement de vous y conformer.

— Comment osez-vous parler de son bien alors que vous l'envoyez chez ces gens-là ! réagit Ignatius.

Harry soupira et partit sans répondre.

ooOoo

Dès que les enfants furent couchés ce soir-là, Ginny demanda à Harry :

— Tu savais pour cette histoire de violation du Secret ?

— Oui, répondit-il, incertain d'avoir envie d'en parler avec sa femme, encore secoué par les émotions de la journée. Et tout à l'heure, je suis même allé chercher le gamin pour le rendre à son père.

— Celui qui a révélé le Secret ? Tu crois que c'est une bonne idée ?

Au ton de Ginny, il était clair qu'elle était loin d'en être persuadée.

— Enfin, c'est son père ! Le fait qu'il soit moldu ne le disqualifie par pour élever un petit sorcier.

— Mais il a trahi le Secret ! Tu te rends compte de ce qu'il a fait ?

— Ginny, je suis en contact avec Kingsley qui a la Confédération internationale des sorciers sur le dos depuis une semaine, bien sûr je me rends compte, protesta-t-il agacé.

Elle le regarda un moment et demanda :

— Mais ça ne t'angoisse pas ?

— Enfin, ma chérie, le temps des chasses aux sorcières a passé de mode en Angleterre, et le Ministère fait son possible pour noyer le poisson avec de fausses informations sur internet. Ce sera dans le journal demain.

— Ils en ont parlé à la radio aujourd'hui, convint-elle, mais il n'empêche que ce type est au mieux un irresponsable, au pire un criminel. Lui confier un gamin ne me semble pas des plus judicieux. Harry, il a trahi le Secret, il en a parlé sur Internet que tout le monde peut lire !

Harry n'avait pas l'impression que cette une conversation l'aiderait à se sentir mieux avec cette affaire.

— Ecoute, si cela ne te fait rien, on change de sujet. J'en peux plus de cette histoire, et quelque chose me dit que c'est loin d'être terminé.

ooOoo

Effectivement, la contre-attaque ne se fit pas attendre : le lendemain, le 21 décembre, la Gazette du Sorcier titrait : "Un enfant arraché à sa famille la veille de Noël". Quelques pages plus loin, Magie, Quidditch et Tradition s'insurgeait dans une tribune contre la décision du ministère de la Magie de "céder à l'ultimatum d'un ennemi des sorciers".

'Comment peut-on confier un de nos enfants à un homme qui déteste autant les sorciers, un homme qui a comploté pour que le temps des persécutions reviennent ? interrogeait l'article.

Qu'est ce qui a pu amener le Ministère à faire si peu cas de notre sécurité à tous ? Pourquoi n'a-t-il pas envoyé immédiatement les Oubliators régler le problème définitivement ? Depuis quand le bien-être d'un Moldu doit-il passer avant la survie de centaines de milliers de sorciers ? Imagine-t-on les Moldus être aussi pusillanimes à notre égard ? Qu'ils soient si inconséquents quand il s'agit de la sécurité des leurs ?

Non bien entendu. Cette décision est parfaitement déraisonnable, n'importe qui peut s'en rendre compte. Le ministre de la Magie est-il inconscient ? Manque-t-il à ce point de sens politique ?

Oui, sans doute. Mais ce n'est pas tout. Cette décision imprudente a été dictée par une obsession. Une idée fixe qui a fait oublier au Ministère ses devoirs, y compris les plus impérieux. Je parle de sa volonté monomaniaque de nous transformer en Moldus, de nous amener à rejeter notre héritage, de nous faire oublier notre fierté sorcière.

Il faut donc que ce jeune sorcier soit éduqué de manière moldue, même si cet éducateur est un de nos ennemis. Il est considéré comme une priorité de le soustraire à ses grands-parents qui, quelle horreur! pourraient lui inculquer notre histoire et notre culture.

Il est temps de nous opposer à cette politique suicidaire. Nous sommes fiers de ce que nous sommes ! Nous refusons qu'on tente de nous transformer contre notre gré. Les sorciers doivent préserver leur culture et leurs particularités. C'est à nous d'apprendre aux sorciers nés de Moldus à devenir membres de notre communauté, pas à eux de nous en arracher.

Alors levons-nous et exigeons qu'on rende les enfants sorciers à leur famille sorcière !'

— Bon sang, s'exclama Harry en découvrant l'article que Pritchard lui avait mis de côté, c'était bien la peine de demander aux journaux d'avoir une attitude responsable !

— Tu préférerais que le QMT soit obligé de s'exprimer par tract ou de monter un journal clandestin ? interrogea son adjoint. Que tu le veuilles ou non, cela correspond à l'opinion d'une portion non négligeable de la population.

Harry sentit qu'il ne fallait pas trop creuser. S'il savait pouvoir compter sur la totale loyauté de Pritchard, il ne pouvait exiger que ce dernier aligne sa manière de penser sur la sienne. Tenter de le convaincre serait lui dénier son droit d'avoir son indépendance d'esprit ou le contraindre à l'hypocrisie. Or Harry tenait à préserver leurs relations d'un trop grand lien de subordination. Il avait besoin de savoir qu'il y avait au moins une personne dans la brigade capable de le contredire s'il allait trop loin ou faisait une erreur. Et en prime avoir un véritable ami dont il respecterait l'opinion divergente.

Et puis, Pritchard avait raison. A en croire la réaction de Ginny et ce qu'il avait entendu ce matin-là dans les couloirs du Ministère, le choc de la violation du Secret prévalait et la manière dont Kingsley avait traité cette affaire était très critiquée.

Sans plus de commentaire, il classa l'article dans le dossier qu'il avait constitué sur l'affaire Timberland-Spavin. Inquiet, cependant, il passa voir Hermione qui travaillait au même étage depuis qu'elle avait rejoint le service de la Loi magique et lui demanda ce qu'elle en pensait.

— C'est dans la droite ligne du QTM, remarqua-t-elle. Ils politisent cette affaire pour affaiblir la position de Kinglsey. Cette histoire est potion bénie pour eux. Un jeune orphelin, des grands-parents anéantis par le chagrin, un Moldu qui a brisé le Secret... Ils auraient bien tort de ne pas en profiter.

Elle considéra son exemplaire et continua :

— Qu'ils prennent parti pour les grands-parents est assez logique. Ce que je n'aime pas du tout, c'est la dernière phrase.

— Elle a quoi de particulier ? interrogea Harry.

— Elle ouvre le débat sur tous les enfants sorciers issus d'une famille moldue. L'article laisse entendre qu'il serait préférable qu'ils récupérés dès leur première manifestation magique et élevés par des familles sorcières pour qu'ils oublient tout de leurs origines. Cette manière de les couper de leurs racines serait aussi néfaste que les refuser à Poudlard du fait de l'impureté de leur sang.

— On n'en est pas là, si ? s'affola Harry, se repenchant sur l'article pour vérifier s'il n'avait pas raté une allusion.

— Non, pas encore, mais il est à parier qu'on y arrivera.

Harry la dévisagea, consterné.

— Fais pas cette tête là, fit Hermione d'une voix apaisante. Pour le moment, cela se passe plutôt bien. Du temps de Fudge, on aurait amnésié le père sans remords. On a un peu progressé, non ?

— Je suppose qu'il faut s'en contenter et espérer qu'il n'y aura pas trop de débordement, grogna Harry. Je ne sais pas lesquels j'ai le plus envie de maudire : ceux qui ont enlevé ce gosse ou celui qui n'a rien trouvé de mieux pour se faire entendre que de parler de nous sur internet.

Il songea avec horreur aux regards que le gamin risquait de devoir supporter quand il ferait son entrée à Poudlard.

— Pauvre gamin, le voilà bien mal loti, soupira Hermione qui, une fois de plus, semblait lire dans ses pensées.

ooOoo

Trois jours plus tard, Harry retrouva toute sa famille au Terrier pour le réveillon. Peu après son arrivée, Molly lui demanda ce qu'il pensait de l'affaire du "pauvre petit Niklas". Il répondit qu'il pensait que ce serait bien de ne pas aborder le sujet le soir de Noël. Elle convint que ce n'était pas une conversation très adaptée aux circonstances.

Ron et George arrivèrent assez tard car le magasin n'avait pas désempli jusqu'à la dernière minute. Ils avaient de nouveau embauché Teddy qui avait travaillé avec eux durant toute la semaine. Il se reposerait cependant la semaine suivante pour repartir au collège en pleine forme. Les trois administratrices du musée de la Magie, par contre, avaient fermé tôt. Autant les familles avaient investi leur établissement durant l'été, autant les familles restaient chez elles ou se rendaient visite lors de ces vacances-là. L'époque n'était pas non plus propice aux voyages touristiques, et peu de sorciers étrangers s'étaient présentés les derniers jours.

Le premier semestre de Victoire s'était bien déroulé. Dans ses lettres adressées à ses parents, elle avait longuement raconté les occasions où elle avait fait gagner des points à sa maison en écoutant en classe et répondant bien aux professeurs. La petite fille adorait manifestement ses cours de sortilèges et de vol sur balai. Elle aimait moins les potions "qui obligent à découper des choses dégoûtantes" et n'avait pas d'attirance pour la botanique. Elle trouvait la métamorphose "difficile", et Harry eut l'impression qu'elle avait un peu peur du professeur McGonagall.

Au fur et à mesure que la soirée avançait, les plus jeunes devenaient de plus en plus déchaînés, attendant avec impatience le Père Noël. Ceux qui purent veiller jusqu'à l'heure fatidique entendirent enfin un vrombissement qui venait du ciel. Ils se ruèrent dans le jardin, sans remarquer l'absence de Charlie qui jouait chaque année le rôle titre.

Emerveillés, ils se pressèrent autour de la moto de Harry que des sortilèges avaient rendue rouge et blanche pour l'occasion. Avec une grosse voix chevrotante, le héros de la fête appela les "enfants sages", leur remit leurs cadeaux et confia à Frederick ceux qui étaient destinés aux plus jeunes qui étaient allés dormir et qui les découvriraient à leur réveil. Il laissa en outre un sac plein de présents enrubannés pour les adultes "pour qu'ils restent jeunes malgré les années, ho ! ho ! ho !".

Après des baisers aux enfants ravis et des recommandations d'être "bien sages avec leurs parents et surtout avec leur oncle Charlie", la moto décolla dans un ronflement sonore et l'on rentra écouter la voix mélodieuse de Celestina Moldubec.

ooOoo
End Notes:
Barnabas CUFFE: Directeur de la Gazette du sorcier. Autrefois remarqué par H. Slugorhn

Gigas HERTZ: Directeur de la RITM, la Radio Indépendante à Transmission Magique.

Adrian ACKERLEY : Travaille au département de la coopération internationale magique comme secrétaire de Percy WEASLEY.
Frère de Stewart Ackerley, Serdaigle (1994 - 2001).

L'idée d'un enfant écartelé entre sa parenté moldue et sorcière est à mettre au crédit de Fenice. Par contre, j'ai bien l'impression de ne pas avoir traité le sujet comme elle l'imaginait.

Je ne sais pas ce qui m'a pris la semaine dernière d'écrire que nous saurions soigner la variole avec des antibiotiques si nous ne l'avions pas éradiquée par la vaccination. Comme certains d'entre vous me l'ont rappelé, les antibiotiques sont impuissant contre les virus et je m'incline devant les bienfaiteurs de l'humanité que sont Pasteur et Edward Jenner.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
V : Le sentiment de devoir acompli by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 25 décembre 2011 au 10 août 2012
Durant la semaine entre Noël et jour de l'an, la brigade tourna au ralenti : la maison de Justice ne tenait que les audiences urgente, une grande partie des Aurors était en vacances, on avait donc suspendu toutes les enquêtes qui ne demandaient pas un règlement immédiat.

Harry avait donné quelques jours à Stanislas Pritchard, c'est donc lui qui assurait la permanence. Ses excursions sur le Chemin de Traverse pour manger le midi lui avaient appris qu'on débattait énormément du cas de Niklas Timberland. On en parlait partout : dans les bars, dans les magasins, lors des dîners familiaux, au travail, dans les files d'attente... Au bout d'un moment, Harry avait envie de quitter les lieux dès que les noms de Timberland ou de Spavin étaient prononcés. Il prit d'ailleurs un certain nombre de gardes cette semaine-là pour être dispensé d'aller dîner au Terrier où le sujet ne pouvait manquer de tomber.

L'initiative du père avait profondément choqué. La culture du Secret était fermement implantée dans l'esprit des sorciers et savoir que leur existence avait été exposée à la vue des Moldus les effrayait. Joeffrey Timberland était donc violemment critiqué et beaucoup pensaient qu'il fallait lui envoyer les Oubliators pour prévenir tout risque de récidive.

De même, la décision du Ministère de lui rendre son enfant était désapprouvée par beaucoup de sorciers qui estimaient que le père avait, par son action, perdu toute légitimité pour élever l'un des leurs. La mainmise sur l'enfant par les grands-parents devenait, a posteriori, parfaitement justifiée : ils auraient agi car il avaient détecté l'irresponsabilité de l'homme et son incompréhension profonde du monde auquel son fils appartenait .

Avec le recul, Harry réalisa que s'il avait fait savoir publiquement la manière dont les Dursley l'élevaient, Dumbledore n'aurait jamais pu le renvoyer chez eux. Mais d'un autre côté, cela aurait donné du grain à moudre à ceux qui prétendaient qu'il était un adolescent perturbé, se rappela-t-il.

Alternatives Magiques, à son habitude, avait tenté de permettre à leur lecteur de se faire une opinion avec le maximum d'éléments : Daisy Hookum qui était spécialisée dans les dossiers sur les Moldus — Lee l'avait engagée car elle avait écrit le best-seller Ma vie de Moldue, après s'être privée de magie pendant un an — avait réussi à décrocher une interview auprès de Mr Jeoffrey Timberland.

Par Hermione, Harry avait appris que dans un premier temps le père avait refusé de parler à la presse, ne désirant que se fondre dans l'anonymat et profiter de son fils. Mais Daisy avait fait valoir que son nom était désormais très connu dans le monde sorcier et elle avait présenté son article comme une occasion de se justifier et de rassurer les sorciers sur ses intentions à leur égard. Il avait fini par accepter, sans doute inquiet de la manière dont son fils pourrait plus tard avoir à répondre de la réputation de son père.

L'article parut la première semaine de janvier :

Alternatives Magiques : Monsieur Timberland, avez-vous conscience que vous avez commis un acte grave à l'encontre de la communauté sorcière ?

Jeoffrey Timberland : Au moment où je l'ai fait, non. Mais depuis, mon gouvernement et le vôtre se sont chargés de me le faire comprendre. Moi, tout ce que je voulais, c'était suffisamment attirer l'attention des sorciers pour qu'on m'aide à retrouver mon enfant. ça a été terrible quand mes beaux-parents m'ont enlevé Niklas. Je n'avais aucun moyen de les joindre ni de savoir où se trouvait mon fils. Je me suis senti très démuni et cela a été la seule idée que j'ai eue.

AM : Vous ne saviez pas que révéler notre existence aux Moldus était parfaitement interdit ?

JT : Si, mais je n'avais pas réalisé que cela mettait des personnes en danger.

AM : L'auriez vous fait si vous l'aviez su ?

JT : Eh bien... j'étais tellement désespéré que oui, je l'aurais peut-être fait.

AM : Merci pour votre sincérité. Et maintenant ? Pensez vous que vous avez d'autre manière de vous faire entendre ?

JT : Oui, je sais que je peux adresser une demande à mon Premier Ministre et que votre ministère de la Magie prend en compte les demandes qui sont faites de notre côté.

AM : Acceptez-vous pleinement que Niklas passe du temps avec ses grands-parents ?

JT : Vu la manière dont ils se sont conduits envers moi et la certitude qu'ils tenteront de monter mon fils contre moi, ce ne sera pas de gaieté de cœur. Mais on m'a bien fait comprendre que je n'avais pas le choix.

AM : Avez-vous été menacé ?

JT : En quelque sorte, oui. Les sorciers m'ont dit qu'ils étaient capables de me faire oublier mon fils et mon gouvernement m'a dit qu'il me ferait de gros ennuis si les sorciers ont encore à se plaindre de moi.

AM : Etes-vous content que votre fils soit sorcier ?

JT : C'est un héritage de feue mon épouse que j'aimais telle qu'elle était. Je ne peux donc pas vraiment le regretter. Par contre, ce sera dur quand il devra partir pendant de longs mois au collège.

AM : Accepterez-vous qu'il épouse une sorcière et qu'il ait des enfants sorciers ?

JT : C'est un choix que j'ai fait moi-même. De quel droit pourrais-je le lui refuser ?

ooOoo

Comme l'avait craint Hermione, certains courriers de lecteurs dans les journaux étaient allés jusqu'à préconiser la récupération la plus précoce possible des jeunes sorciers nés au dehors de la communauté magique. Sur ce sujet, les avis étaient plus partagés.

Les sorciers issus de Moldus étaient dans l'ensemble assez opposés à cette proposition. L'idée qu'on aurait pu les retirer à leurs parents dès leur première manifestation magique les choquait et ils s'y opposaient avec véhémence. En effet, même si la plupart d'entre eux se mariaient avec une personne sorcière et faisaient leur vie dans la communauté magique, ils gardaient des liens avec leur famille moldue. Depuis la guerre, de nombreuses commodités les poussaient à le faire : de nouvelles cheminées donnant dans les principales villes avaient été ajoutées au réseau existant, des habitudes de vie rapprochaient les sorciers de ceux qui ne l'étaient pas : miroirs communicants, scolarisation précoce des enfants, nouveaux produits de consommation comme les plats cuisinés tous préparés, vêtements de tous les jours qui étaient de plus en plus souvent de coupe moldue.

Les sorciers issus de mariages mixtes n'étaient pas non plus favorables à cette séparation anticipée. Leur parent non-sorcier leur paraissait digne de leur prodiguer une éducation et il était courant qu'ils gardent eux aussi des liens avec leur famille moldue. Une partie d'entre eux, cependant, soutenaient que se trouver écartelé entre deux cultures n'était pas toujours confortable et qu'une immersion totale dans le monde sorcier pourrait faciliter la vie des issus de Moldus.

Du côté des familles entièrement sorcières se trouvaient des tenants d'une éducation magique la plus prématurée possible. Ils estimaient qu'il était plus facile d'inculquer les bonnes habitudes à un jeune enfant plutôt qu'à un préadolescent. D'autres, cependant, pensaient que Poudlard suffisait pour donner aux enfants élevés ailleurs les valeurs nécessaires pour qu'ils jouent plus tard leur rôle dans la société. Les faire venir dès leur plus jeune âge dans le monde sorcier et leur trouver une famille d'accueil était donc une complication inutile et un traumatisme affectif non justifié.

Alternatives Magiques avait tenté d'apaiser les esprits :

'Finalement, la solution qui a été mise en place il y a trois siècle est celle qui correspond le mieux non seulement aux aspirations de chacun — être élevé par ses propres parents — mais aussi à l'intérêt de la communauté tout entière. Lors de notre petite enfance, nous recevons de notre famille naturelle les valeurs et les connaissances qui sont les siennes jusqu'au moment où notre magie demande à s'exprimer et qu'il devient indispensable d'apprendre à la contrôler.

Certains pensent qu'il serait préférable que chaque jeune sorcier arrive à Poudlard avec les mêmes habitudes et les mêmes connaissances. C'est oublier que nous sommes largement minoritaires parmi les humains et que notre survie dépend de nos capacités d'adaptation. Ces dernières s'appuient largement sur ce que nous apprennent les enfants de Moldus qui rendent familières les notions non sorcières à ceux qui n'ont jamais quitté le monde magique.

C'est ainsi que nos méthodes de dissimulation se sont adaptées aux évolutions technologiques, que nous anticipons les éventuelles intrusions du monde moldu dans le nôtre et que notre Ministère est capable d'inventer des excuses valables pour expliquer nos débordements hors de la sphère sorcière. Que nous le voulions ou non, nous avons besoin de cet apport culturel extérieur et l'apparition spontanée de la magie chez des enfants de Moldus nous la donne de manière naturelle.

Mille ans nous séparent des Fondateurs et de l'ouverture de notre prestigieuse école. Mille ans durant lesquels nous avons fait rentrer à Poudlard des jeunes sorciers extérieurs au monde magique. Certes, régulièrement, cette acceptation a été remise en cause, régulièrement, le monde sorcier s'est refermé sur lui-même. Cependant, les périodes d'ouverture ont largement prévalu et où cela nous a-t-il mené ? A une communauté sorcière d'Angleterre qui se porte bien, dont les membres augmentent à un rythme maîtrisé et qui continuent à inventer de nouveaux sorts, qui génèrent régulièrement des sorciers puissants.

Pourquoi bouleverser un usage qui a fait ce que nous sommes ? Pourquoi modifier ce qui est le rite de passage le plus important de notre vie, qui réunit dans un souvenir commun tous les sorciers de notre pays : l'arrivée à onze ans d'une lettre dans la maison où l'on a grandi.

Continuons à former tous ceux qui sont pourvus de pouvoirs magiques en les faisant venir de l'endroit où ils se trouvent, sans tenter de les faire correspondre à une image supposée parfaite mais qui serait en réalité trop figée et qui deviendrait rapidement inadaptée à notre environnement. N'intervenons pas de manière trop précoce et sûrement néfaste dans la vie des jeunes sorciers.

Laissons Poudlard appeler à lui ceux qui méritent d'être formés. C'est son rôle, il l'a toujours correctement rempli et il continuera à le faire.

Lee Jordan, directeur de publication'

Toujours par la Gazette — Alternatives Magiques proposaient bien des tribunes au MQT mais l'association avait toujours décliné l'invitation — , l'opinion inverse continuait à être soutenue. Mais les arguments de Lee avaient porté. Le succès de Poudlard dans sa capacité à former les sorciers, quelque soit leur origine, faisait l'objet d'un large consensus. Même la demande d'exclusion des enfants de Moldus, qui du temps de Harry n'était jamais loin, n'était plus évoquée, trop liée à l'année des Ténèbres de triste mémoire.

AlterMag enfonça le clou la semaine suivante : Padma était allée à Poudlard et avait obtenu une interview de la sous-directrice.

Alternatives Magiques : Professeur McGonagall, pourriez-vous nous dire comment vous faites pour connaître le nom des jeunes sorciers qui doivent recevoir leur première lettre de Poudlard deux mois avant la rentrée des classes ?

Minerva McGonagall : C'est très simple, nous avons ce parchemin et, chaque été, je le déroule pour découvrir les noms qui ont été notés onze ans auparavant, lors de chaque naissance sorcière de Grande-Bretagne.

A.M. : Est-ce une méthode qui date du temps des Fondateurs ?

M.M. : Non, c'est bien plus récent. Nous devons ce parchemin à Dilys Derwent, qui a été directrice de notre établissement de 1741 à 1768. Si j'enroule le parchemin jusqu'à son début, vous voyez que les premiers enfants inscrits de cette manière sont nés en 1747. C'est donc en 1758 qu'elle a pu utiliser son invention pour la première fois.

A.M. : Professeur, savez-vous quelle sorte de magie est à l'œuvre ?

M.M. : Non, mais vous n'ignorez sans doute pas que le professeur Derwent a été guérisseuse à Ste Mangouste avant de travailler à Poudlard. Elle a beaucoup travaillé avec des sages-femmes et a sans doute déterminé l'existence d'une émanation magique lors des naissances de sorciers. Avant que vous me posiez la question, je vous informe qu'elle n'a jamais consigné la manière dont elle s'y est prise pour façonner ce parchemin et que nous serions dans l'impossibilité de le récréer si nous venions à le perdre.

A.M. : Il doit donc être très soigneusement protégé.

M.M. : Effectivement, Mrs Jordan, la magie du château s'emploie à le garder en sécurité. Vous pouvez vous targuer d'être une des rares personnes à l'avoir contemplé.

A.M. : Mais si ce parchemin date du XVIIIe siècle, comment les enfants de moldus présentant des pouvoirs magiques étaient-ils mis au courant de l'existence de cette école de Sorcellerie auparavant?

M.M. : Comme vous le savez sans doute, il n'y a jamais eu de séparation stricte entre les mondes moldu et sorcier, même après l'adoption du code international du secret magique en 1692. Des manifestations de magie incontrôlée étaient régulièrement repérées par les nôtres qui conseillaient à ceux qui en était l'origine de se rendre à Poudlard. Parfois, des sorciers spontanés découvraient le château en passant à proximité et la grille s'ouvrait pour eux. A l'époque, il n'était pas rare que des adultes soient admis à suivre des cours.

A.M. : Et pour ceux qui n'avaient pas la chance de voyager ou d'avoir des voisins sorciers ?

M.M. : Il en restait encore beaucoup qui ne recevaient pas d'éducation magique, malheureusement. La magie mal maîtrisée a causé le malheur de certains, mais d'autres ont réussi à canaliser leurs pouvoirs de manière instinctive. Certains en vivaient, même. Les rebouteux, diseuses de bonne aventure, sourciers, hypnotiseurs, médiums étaient souvent des sorciers qui s'ignoraient.

A.M. : Revenons au présent. Pourriez-vous me montrer la liste des élèves que vous recevrez dans dix ans ?

M.M. : Voyez vous-même.

A.M. : C'est la liste des élèves qui ont été scolarisés cette année que vous me montrez là, Professeur.

M.M. : Effectivement. Et que voyez-vous en dessous ?

A.M. : Il n'y a rien, le parchemin est vierge.

M.M. : Eh oui, il vous faudra revenir dans une décennie pour voir la liste des jeunes sorciers ayant atteint leurs onze ans.

A.M. : Vous voulez dire que vous-même ne pouvez pas connaître le nom de vos futurs élèves avant l'été précédent leur rentrée ?

M.M. : Exactement. Les noms sont notés mais ne sont pas visibles avant qu'il soit temps pour eux d'entrer à Poudlard.

A.M. : J'ai entendu des personnes suggérer de se baser sur cette liste pour repérer les bébés sorciers se trouvant hors du monde magique et les amener le plus précocement possible à recevoir une éducation sorcière.

M.M. : C'est parfaitement impossible. Vous pourrez dire à ceux qui ont eu cette idée saugrenue de relire leur Histoire de Poudlard.

Cela mit fin aux argumentations sur l'éducation prématurée des enfants de Moldus. Le cas particulier de Joeffrey Timberland, cependant, faisait toujours polémique. Son interview n'avait pas totalement convaincu et beaucoup de sorciers continuaient à critiquer la décision du Ministère.

Même chez les Weasley, qu'on ne pouvait accuser ni d'être anti-moldus ni opposants au Ministre en place, les sentiments à propos de cette affaire étaient mitigés. Eux aussi avaient du mal à pardonner la violation du Secret et l'inconfortable sentiment de vulnérabilité qui les avait étreints quand ils avaient pris conscience de l'étendue des dégâts. D'ailleurs, Hermione pensait que si les réactions n'avaient pas été plus violentes au sein de leur communauté, c'était grâce à la méconnaissance que la majorité des sorciers avaient encore d'internet et de son étendue.

Quoiqu'il en soit, les membres de la famille n'étaient pas loin de penser que confier définitivement l'enfant à ses grands-parents aurait été une punition adaptée pour le Moldu indigne. Ils étaient cependant sensibles au droit de l'enfant de ne pas être séparé de son père et au fait que Timberland avait intérêt à se tenir tranquille maintenant qu'il avait obtenu satisfaction.

Ils avaient suivi avec beaucoup d'intérêt la contre-offensive médiatique menée par le Service des excuses à l'usage des Moldus pour affaiblir la portée du buzz sur internet. La campagne de publication de récits fantaisistes s'était déroulée comme prévu. Plusieurs chapitres s'étaient ajoutés à celui qui avait lancé l'affaire et, même s'ils avaient été considérés moins intéressants que le premier, ils avaient conforté le public dans la croyance que c'était un auteur amateur de littérature fantastique qui tentait de se faire connaître ou un auteur confirmé qui tentait un coup médiatique.

Les mois suivants, le service des Oubliators et celui des Excuses à l'usage des Moldus connurent un regain d'activité car l'attention des Moldus les plus observateurs était davantage attirée vers les phénomènes étranges dont ils étaient parfois les témoins, mais rien qui ne soient maîtrisable pour ces professionnels. La pression portée sur le ministère de la Magie par la Confédération Internationale des Sorciers retomba enfin et Kingsley avait pu souffler un peu. Il était cependant conscient que cette affaire l'avait politiquement affaibli.

Au cours des semaines suivantes, aucun incident ne vint émailler le passage de Niklas d'une partie de sa famille à l'autre. De l'avis de Harry et de Wellbeloved, la menace qu'on leur retire définitivement l'enfant n'était pas restée sans effet. L'opinion publique sorcière oublia donc à son tour les évènements et s'enflamma sur d'autres sujets.

ooOoo

Un après les vacances de Pâques, Harry reçut un appel d'Andromeda au bureau lui demandant s'il avait le temps de venir déjeuner chez elle. Il se douta qu'elle avait une bonne raison de l'inviter. Ils s'étaient vus quelques jours auparavant et se rencontreraient sans doute prochainement au Terrier. Il répondit donc qu'il serait chez elle à midi précise.

Son visage calme le convainquit qu'il n'y avait rien de grave à déplorer et c'est sans appréhension qu'il prit place dans la cuisine devant le ragoût fumant dont elle venait de remplir son assiette.

— J'ai reçu deux lettres de Poudlard, révéla enfin Andromeda en commençant à manger.

— Un problème ? s'enquit Harry.

— Minerva m'informe que Teddy a lancé un sort sur un élève de première année entre deux cours, fit-elle les lèvres pincées. Il l'admet tout à fait dans le message qu'il m'a envoyé et le justifie en expliquant que l'intéressé l'avait amplement mérité à cause de ce qu'il avait dit à Victoire.

— Oh, commença à comprendre Harry. Je ne sais pas si je peux être d'une grande aide. Quel était le sortilège ?

— Il a transformé la chevelure de son camarade en gazon. Cela a tenu une heure.

— Il a fait d'énormes progrès en métamorphose ! se réjouit Harry.

— Oui, il a de bien meilleures notes, cette année, reconnut Andomeda sans cacher sa satisfaction. Je pense que nous le devons aux bons conseils de Ron et George qui l'ont convaincu de travailler un peu plus. Mais ce n'est pas une raison pour faire de la magie aux dépends des autres élèves, se reprit-elle.

— Eh bien, si l'élève a effectivement causé un problème à Victoire, on ne peut pas reprocher à Teddy d'avoir agi, estima Harry. Après tout, c'est nous qui lui avons demandé de veiller sur elle.

— Il n'était pas obligé de lui jeter un sort ! s'indigna Andromeda. Il aurait pu prévenir sa directrice de maison ou celle de Victoire.

— Il aurait aussi pu le frapper, fit remarquer Harry. C'est plutôt bien qu'il s'y soit pris plus en finesse.

— Je pense effectivement que tu n'es pas d'une grande aide, évalua Andromeda.

— Ecoutez, si vous voulez que je lui écrive, je peux le faire, proposa-t-il ne voulant pas qu'elle puisse croire qu'il se désintéressait de l'éducation de son filleul.

— Non, finalement, je pense qu'il ne vaut mieux pas, répliqua-t-elle en lui tendant le plateau de fromage.

— Ne soyez pas trop sévère, plaida-t-il.

— Ne t'en fais pas. Il a l'air très fier de lui et je crains que ma désapprobation n'ait que très peu d'effet sur son auto-suffisance.

Harry comprit qu'elle avait espéré qu'il se charge de tancer lui-même le jeune homme et que son avis aurait plus de poids que celui d'une grand-mère. Mais il savait qu'il n'arriverait pas à écrire une lettre qui ne refléterait pas sa véritable opinion. Il prit même la décision d'en toucher un mot à Bill. Il était certain que ce dernier serait content de savoir que sa fille avait un preux chevalier qui prenait soin d'elle.

ooOoo

Les deux adolescents revinrent pour les vacances. Les parents avaient des raisons d'être satisfaits de leurs écoliers : Victoire n'était pas une mauvaise élève et Teddy, motivé par son expérience dans la boutique de farces et attrapes, avait nettement progressé.

L'été s'organisa selon l'habitude : la famille Weasley et affiliés se retrouvèrent au Terrier pour deux mois. Comme l'année précédente, l'adolescent alla travailler chez Ron et George, qui récompensèrent son travail scolaire en le laissant effectuer des sorts mineurs de fabrication. Il avait rompu avec Isabel, et seul son ami David fut invité au Terrier cette année-là. Par Victoire, on apprit qu'il avait une autre petite amie, 'une Poufsouffle plus âgée'. Le jeune homme restant discret sur le sujet, on n'en sut pas plus.

L'avant-dernier week-end du mois de juillet, alors qu'ils se mettaient à table pour le déjeuner du samedi, Molly remarqua que Teddy manquait à l'appel.

— Il est monté se laver les mains, je crois, répondit Victoire. Tu veux que j'aille le chercher ?

— Je ne suis pas encore passé à la salle de bain, intervint Harry. Je lui dirai de se dépêcher de descendre.

Harry gravit l'escalier pour se rendre à l'étage et poussa la porte de la salle d'eau qui était entrouverte. Le regard qu'il croisa par l'intermédiaire de la glace se trouvant au dessus du lavabo le figea sur place. Puis les traits se brouillèrent, et Teddy dit d'un ton détaché :

— Je descends tout de suite.

Il passa devant Harry toujours immobile et bientôt ses bottes résonnèrent sur le bois des marches. Lentement, l'Auror se passa les mains sous l'eau, se demandant ce qu'il convenait de faire. Prétendre qu'il n'avait rien vu ou en parler avec l'adolescent ? Et pour en dire quoi ?

Il s'arrangea pour ne pas regarder son filleul durant tout le repas. Ce n'est qu'en voyant Arthur s'éloigner d'un pas tranquille vers la véranda vitrée où il faisait habituellement sa sieste que Harry vit un moyen de partager ses interrogations. Oui, ce serait mieux que d'en parler à Andromeda comme il avait pensé le faire entre les pâtes à la bolognaise et la tarte aux fraises.

Il suivit donc son beau-père et le laissa s'installer confortablement avant de prendre la parole. Une fois bien calé dans son fauteuil à bascule, Arthur lui lança :

— Dis-moi, Harry, qu'est-ce qui ne va pas ?

L'Auror sourit à l'homme grisonnant et prit place sur un petit tabouret rembourré :

— Quand j'ai trouvé Teddy tout à l'heure, il faisait manifestement des essais de métamorphose du visage. Il avait pris l'apparence de Remus.

Arthur se balança quelques secondes sans répondre.

— Il a l'âge où il est normal de faire des expériences corporelles, remarqua-t-il. Sauf que c'est souvent un autre organe qui est en première ligne.

Harry sourit avant d'ouvrir de grands yeux :

— Vous pensez qu'il faut que je lui parle de ça aussi ? C'est mon rôle de parrain, non ?

— Sans doute approuva Arthur. Il y a des sujets qu'il peut difficilement aborder avec sa grand-mère.

— Bon, acquiesça Harry sans enthousiasme. Je vais faire de mon mieux. Mais vous vous y prendriez sans doute mieux que moi. Vous avez une certaine expérience en la matière, je suppose.

— C'est vrai que j'ai eu le temps de répéter mon petit discours, fit Arthur les yeux pétillants. Pour Bill, je n'étais peut-être pas encore très au point, mais j'ai vite compris que j'avais trop attendu et qu'un cousin plus âgé lui avait dit l'essentiel. Je suis tout de suite passé à Charlie, son aîné m'ayant affirmé ne pas avoir transmis ses connaissances, et j'ai vu que c'était le bon moment. Par contre, il m'a posé des questions sur la reproduction des créatures magiques pour lesquelles je n'avais pas de réponses. Quelques années plus tard Percy s'est montré très attentif et a posé des questions très pertinentes, mais je pense l'avoir un peu déçu en omettant de lui demander soixante centimètres de parchemin sur le sujet pour vérifier qu'il avait bien assimilé mon cours. Fred et George ont tenté de me faire croire qu'ils étaient aussi peu au courant des choses de la vie que des enfants de cinq ans, mais je n'ai pas marché et je suis passé directement aux notions avancées. Ce n'a pas été évident de garder le fil avec deux zigotos qui faisaient des jeux de mots à chaque phrase mais ils ont finis par être suffisamment intéressés par les nouveaux horizons que je leur faisais découvrir pour se calmer. Par contre, j'avoue avoir eu un peu peur de ce qu'ils allaient faire de ces nouvelles informations. Mais finalement, je n'ai pas reçu de lettre indignée de Poudlard, je pense qu'ils ont su rester corrects. C'est Ron qui s'est montré le plus 'innocent'. Je crois que ce que je lui ai révélé ne l'ait un peu effrayé et qu'il n'ait craint de ne pas être à la hauteur. Il faut bien admettre que cette chère Hermione appelle l'excellence, ce qui est un peu inhibant. Je me trompe, ou ce n'était pas un sujet souvent abordés dans votre dortoir ?

— En effet, on ne parlait pas trop de ça, du moins pas tous les cinq ensemble, se rappela Harry. Je pense que Dean et Seamus s'échangeait des magazines et peut-être incluaient-ils Neville. Mais Ron et moi restions assez inséparables et il a sans doute raté une forme d'initiation. Quant à moi, j'avais d'autres préoccupations, celle de survivre pour commencer. Et quand j'ai réellement commencé à m'intéresser à la question, j'avais Ginny en tête, ce qui rendait le sujet délicat, tant en présence de Ron que celle de Dean avec qui elle est sortie durant un moment.

Harry réfléchit un instant et réalisa :

— En fait, personne n'a eu cette conversation avec moi et j'ai tout appris sur le tas, si je peux utiliser ce terme en parlant de ma tendre épouse. Je suis très reconnaissant à Molly d'avoir fait du bon travail de son côté.

Les deux hommes échangèrent un sourire et Arthur conseilla :

— Eh bien, tu dois savoir ce que tu aurais aimé qu'on te dise et il suffit que tu le transmettes à Teddy.

— Et pour le fait qu'il prenne son père en modèle pour ses métamorphoses ?

— Je ne sais pas, Harry. Je pense que tu connais mieux que moi ce que peut éprouver un jeune homme qui n'a pas connu ses parents.

— Hum. Je suppose. Merci Arthur, bonne sieste.

ooOoo

Le lendemain, alors que tous les enfants étaient en train de jouer dans le jardin et les adultes dans le salon, la cuisine ou dans la veranda, Harry vint voir Teddy.

— Tu peux venir, mon grand ? J'ai besoin de toi cinq minutes.

Son filleul ne parut pas ravi de cette invitation mais n'osa pas s'y soustraire. Sans mot dire, il suivit Harry dans les escaliers jusqu'à la chambre de Ron, dont ce dernier reprenait possession chaque été avec Hermione, car il refusait toujours de dormir sous les tentes qui abritaient l'essentiel de la famille.

Harry ferma la porte derrière eux, pour qu'ils ne soient pas dérangés. De sa baguette, il déplaça deux chaises et les amena vers la malle du couple et déposa un petit paquet blanc sur cette dernière.

— Excuse-moi de t'avoir arraché à tes cousins, commença-t-il, mais je voulais te donner quelque chose qui t'appartient.

Sans entrain, Teddy s'approcha et s'assit sur le siège que lui désignait son parrain. Il lorgna avec méfiance ce qui lui était destiné.

— Quand je me suis fiancé, expliqua Harry, j'ai faire des recherches dans mon coffre chez Gringott's pour vérifier si je n'avais pas de bijoux de famille et j'ai retrouvé des souvenirs de mon père. Il avait notamment conservé des lettres que le tien lui avait envoyées. Je m'étais dit que je te les donnerais plus tard, et je pense que le moment est venu.

L'étonnement et la curiosité remplacèrent la défiance dans les yeux du jeune homme. Il tendit la main vers les enveloppes, mais hésita à les toucher.

— Vas-y, l'encouragea Harry. Elles sont à toi.

Teddy prit celle du dessus et l'ouvrit précautionneusement. En silence, il la parcourut puis la reposa d'une main un peu tremblante.

— Et toi, demanda-t-il, tu ne veux pas les garder ? Elles sont adressées à ton père.

— J'en ai fait des copies, le rassura Harry. C'est Remus qui les a écrites, alors je pense que c'est à toi d'avoir les originaux.

Visiblement ému, Teddy demanda :

— C'est à cause d'hier ?

— Hier m'a rappelé ce que je gardais au fond d'une armoire, reconnut Harry. Mais j'ai toujours pensé que c'était pour toi et que je te les donnerai quand tu aurais l'âge. Je pense que le moment est venu.

Il laissa un petit silence avant d'ajouter :

— Pour hier, je peux en parler avec toi si tu le souhaites.

Teddy regarda un bon moment ses chaussures avant de se lancer :

— En fait, commença lentement le jeune homme, c'est juste que j'ai l'impression que personne ici ne sait grand-chose sur mon père. Du coup, je me pose des questions. Est-ce de lui que je tiens mes facilités en technologie moldue ou ma maladresse en potions ? Qu'est-ce qu'il aimait manger ? Il avait eu des petites amies avant de rencontrer maman ?

— Je ne peux pas te répondre, reconnut à regret Harry.

— Je sais bien, répondit Teddy d'un ton triste.

— Mais on peut retrouver des personnes qui ont son âge et l'ont connu, tenta de positiver Harry. D'autres élèves ou des professeurs. Tiens, le professeur McGonagall ou Hagrid pourraient t'en parler. Le professeur Slughorn aussi. Tu pourras leur demander quand tu retourneras en classe. Ils pourront aussi te donner le nom d'anciens élèves à contacter.

— Oui... dit Teddy d'une voix pas très convaincue.

— J'écrirais à McGo et Slughorn, si tu veux, proposa Harry.

— Merci, fit Teddy d'une voix soulagée en caressant du bout des doigts les vieux parchemins que son père avait envoyés à un de ses amis.

— Et pendant qu'on est là, embraya Harry, euh, bon, tu as quatorze ans et demi, une petite amie, tu as peut-être des question que tu ne peux pas poser à ta grand-mère...

L'adolescent piqua un fard. Il secoua négativement la tête comme pour repousser cette conversation mais souffla d'une voix embarrassée :

— Je ne me vois pas trop parler de ça avec elle.

Harry se demanda par où commencer. En règle générale, il n'était pas trop gêné pour aborder le sujet ni même le mettre en pratique — mais dans l'intimité, et si possible avec Ginny. Bien entendu, il entendait régulièrement les plaisanteries grivoises que s'échangeaient ses collègues et y participait parfois si ce n'était pas trop scabreux. Mais donner des explications à un jeune homme dont le corps devait être en pleine ébullition était nettement plus délicat.

Finalement, il suivit les conseils d'Arthur et tenta de donner les renseignements qu'il aurait aimé recevoir à l'âge de son filleul, du moins quand ses démêlés avec Voldemort lui laissaient le loisir de subir les affres de l'adolescence. Il laissa volontairement de côtés certains détails, considérant qu'il avait bien le temps d'avoir une conversation sur les sujets plus avancés l'été suivant. L'important était que son filleul sache vers qui se tourner s'il avait besoin d'informations complémentaire.

Quand ils redescendirent, Teddy se rendit dans sa tente, sans doute pour ranger soigneusement le paquet de lettres dans ses affaires. Avant de laisser retomber le rabat qui lui servait de porte, il lança un grand sourire à Harry accompagné d'un geste de la main. Harry lui rendit son salut, avec la satisfaction du devoir accompli.

ooOoo
End Notes:
Avouez que vous avez un grand sourire en terminant ce chapitre ! Je dois avouer que pour l'histoire de Teddy, je me suis inspirée d'un OS montrant Teddy arriver chaque matin pour le petit déjeuner avec un visage différent et Andromeda, dépassée, appelant Harry à la rescousse. Si vous savez de quoi je parle, vous pouvez me le signaler pour que je crédite l'auteur ?

Vous êtes plusieurs à avoir pressenti qu'on atteindrait dans ce chapitre notre temps réel. Comme j'ai fait filer les mois, il est atteint et largement dépassé.

Concernant l'histoire des enfants moldus, beaucoup de vos messages ont souligné l'aspect intégriste, excessif ou paranoïaque des sorciers. Sommes-nous différents ? Notre débat français sur le voile, par exemple, montre bien à quel point il est impossible d'avoir une débat rationnel quand le sujet touche de trop près à notre culture, notre rapport à l'autre, notre angoisse de ne plus nous reconnaître dans notre société.

Et comme vous pouvez le constater, je ne pense qu'il y a d'autres manières de faire avancer les choses qu'en punissant les gens ou en légiférant dans l'urgence. Les sorciers ont débattu, des arguments ont été avancé, les peurs exprimées. Et finalement, on se rend compte que ce n'est pas un problème récent et que les solutions actuelles marchent plutôt bien dans l'ensemble. Alors une fois l'affaire particulière gérée, inutile de tout chambouler, il n'y a rien de nouveau sous le soleil...

Dilys Derwent : Guérisseuse à Ste Mangouste de 1722 à 1741 puis directrice de Poudlard de 1741 à 1768 selon sa carte de Chocogrenouille.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D

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La suite s'appellera 'Un homme charmant'.
VI : Un homme charmant by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 3 août au 3 septembre 2012
Au début du mois d'août, Harry reçut une note de service volante d'Adrian Ackerley qui travaillait sous les ordres de Percy au département de la coopération magique et qui avait assuré les relations internationales pour Ginny quand elle avait fait le tour du monde. Il demandait à Harry d'avoir l'obligeance de lui indiquer quand il aurait un moment de libre car il avait un sujet confidentiel à voir avec lui.

Harry considéra la requête avec circonspection. Quand on lui demandait s'il avait un moment, il se retrouvait souvent embarqué dans des affaires dont il se serait bien passé. L'aspect confidentiel ne lui disait rien qui vaille non plus.

Mais il n'était par ailleurs pas dénué de curiosité et ne put s'empêcher de s'interroger sur ce qu'il allait apprendre. Il répondit à Ackerley qu'il passerait en début d'après-midi. Il réalisa qu'il en savait peu sur cet homme. Il n'en avait entendu parler que par Ginny. Cette dernière subodorait que Percy le formait pour servir de successeur à Kingsley mais Harry n'avait rien remarqué qui alla en ce sens durant ces derniers mois. Elle avait aussi précisé que l'homme était ambitieux mais charmant, et il avait effectivement été très gracieux avec Harry quand il lui avait brièvement parlé le jour de l'inauguration du musée.

Le commandant des Aurors fit une petite recherche dans ses propres dossiers. Il trouva rapidement une liasse de parchemins au nom de Melissa Ackerley. Cette dernière était décédée pendant la guerre, tuée par les Aurors qu'elle avait attaqués quand ils étaient venus arrêter son mari, un sorcier issu de Moldus. Ce dernier avait été envoyé à Azkaban et leurs enfants, Adrian et Stewart, avaient été considérés comme disparus. Harry se rappela que Stewart avait été en même temps que lui à Poudlard. Il n'avait aucun souvenir d'Adrian, qu'il estimait un peu plus âgé que lui.

— Est-ce que tu saurais ce que sont devenus les fils Ackerley pendant la guerre ? demanda-t-il directement à son adjoint. Et comment le secrétaire actuel du chef du département de la coopération internationale est entré au Ministère ?

— Aucune idée, répondit Stanislas. Par contre, je sais que son chef de département est le beau-frère d'Harry Potter.

— J'évite de discuter boulot avec lui pendant les réunions de famille, mais tu as raison, je pourrais l'interroger directement, reconnut Harry.

Il repoussa l'idée de passer par le bureau de Percy avant de se rendre à son rendez-vous. Il n'y avait rien d'urgent et il avait du travail ce matin-là qu'il n'avait que trop tardé à exécuter. Il verrait son beau-frère le soir même puisque toute la famille campait au Terrier durant les mois d'été.

A l'heure convenue, il se présenta au département de la coopération internationale. Il trouva sans peine le bureau qu'il cherchait, juste à côté de celui de Percy. Son interlocuteur l'accueillit avec déférence, trop peut-être au goût de Harry qui n'aimait pas qu'on le traite comme 'Le Survivant', son statut de commandant des Aurors lui paraissant amplement suffisant. Quand Harry fut installé, Ackerley entra enfin dans le vif du sujet :

— Ce dont je vais vous parler est encore confidentiel, commença-t-il, car nous voulons en retarder l'annonce au premier septembre. Pour faire simple, un Tournoi des Trois Sorciers va être organisé.

Harry ne put retenir une exclamation de surprise. Il ne s'attendait pas du tout à ce genre de nouvelle.

— Vraiment ? Avec quelles écoles ?

— Les mêmes que la fois précédente : Beaux-bâtons et Dumstrang, le renseigna Ackerley. Nous aurions bien aimé inviter L'institut de Salem, mais la France tenait à participer et nos relations avec les pays d'Europe de l'Est ont besoin d'être renforcées. L'Amérique sera pour une prochaine fois. Après tout, nous ne sommes pas obligés d'attendre dix-neuf ans pour en organiser un autre.

Harry cilla au chiffre annoncé. Comme le temps passait vite !

— Vous serez bien entendu un invité d'honneur, tout comme votre belle-sœur et l'ancien champion de Quidditch Viktor Krum. Vous avez gardé des liens avec lui, il me semble.

L'homme était bien renseigné. Si Harry et Ginny n'avaient pas revu Viktor et son épouse depuis leur mariage sur l'île d'Avalon, ils s'envoyaient des vœux et des nouvelles chaque fin d'année. L'Auror se demanda si c'était Percy qui en avait parlé à son protégé.

— Ce sera à Poudlard ? demanda Harry, se demandant s'il avait vraiment envie de participer à cet évènement.

La manière dont s'était déroulée le précédent tournoi et surtout la manière dont il s'était terminé ne lui avaient pas laissé de bons souvenirs. Il eut une pensée émue pour le père de Cédric qui devrait revivre tout cela.

— Non, ce n'est pas notre tour, répondait son interlocuteur. Cela aura lieu à Beauxbâtons, sous le patronage de Madame Maxime. N'est-ce pas excitant ?

Harry dut se forcer à sourire. Il semblait que l'homme qu'il avait en face de lui ne réalisait pas le traumatisme que cela avait constitué pour lui à l'époque. Sans doute n'était-il plus à Poudlard à cette époque là.

— Avez-vous assisté aux épreuves de la fois précédente ? demanda-t-il pour en avoir le cœur net.

— Je venais de quitter l'école, mais je suis venu assister à la première épreuve. Quelle virtuosité vous aviez avec votre balai. Vous ne vous en rendiez peut-être pas compte, mais c'était à couper le souffle.

Comme Harry ne répondait pas, il ajouta d'un ton plus calme :

— Je comprends que cela puisse éveiller des souvenirs pénibles pour vous. Cette rencontre avec Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom... Cela a dû être effroyable.

Harry se demanda pourquoi on ne parlait jamais de Cédric. Il avait parfois l'impression qu'il avait disparu de la mémoire collective, chacun préférant se rappeler de la vaillance du Survivant.

— Qu'attendez-vous de moi ? demanda-il pour revenir au présent.

— Eh bien, vous serez un invité d'honneur, ce qui implique que vous soyez présent à chaque épreuve. En tant que vainqueur du précédent tournoi, nous espérons que vous accepterez de faire tirer les candidats au sort pour déterminer leur passage et que vous remettiez la coupe au gagnant. Nous serions aussi très heureux si vous vouliez faire un discours introductif...

Ackerley parut hésiter avant d'ajouter :

— Nous ne désirons pas rappeler que cela a marqué le début de notre guerre. Comme c'était un problème purement national, ce serait déplacé. Nous préférons nous concentrer sur l'émulation magique que cela entraîne et les rencontres que vous avez faites, vous voyez ?

— Oui, j'ai compris, soupira Harry. Le fait que Fleur ait connu un de mes proches et se soit mariée avec lui ou les relations que j'ai toujours avec Krum. De quoi faire rêver les petits sorciers et leur donner envie de participer.

— C'est tout à fait ça ! s'exclama Ackerley ravi. Tentez de retrouver l'excitation que cela a constitué pour vous, la fierté d'avoir surmonté toutes ces épreuves.

— D'accord, d'accord, fit Harry qui se retint de rappeler qu'il n'avait jamais voulu participer et qu'il ne l'avait fait que parce qu'il n'était pas possible de déclarer forfait. L'amitié entre les peuples et tout et tout, promit-il.

— Parfait ! le félicita Ackerley. Nous contacterons votre belle-sœur prochainement. Comme je vous le disais, la nouvelle ne sera officielle que le premier septembre, le jour de la rentrée des trois écoles concernées. Nous vous prévenons à l'avance pour que vous puissiez vous préparer à répondre aux interviews qu'on ne manquera pas de vous demander.

— Merci, parvint à dire l'Auror. Et sait-on déjà qui seront nos candidats ? Je suppose que le professeur Brocklehurst a une petite idée des élèves qu'il va envoyer en France.

— Oui, il nous a fourni une liste de candidats potentiels, confirma Ackerley, mais ce sera sur la base du volontariat et certains ne souhaiteront peut-être pas participer. Rien n'est donc définitif. Nous attendons la rentrée pour les derniers détails.

Harry hocha la tête tout en se félicitant que Teddy soit trop jeune pour poser sa candidature. Il n'avait pas envie de le voir danser avec un dragon ou discuter avec des êtres de l'eau.

— Les épreuves sont-elles déterminées ? s'enquit-il.

— Pratiquement. Je ne peux pas vous en parler tant que ce n'est pas confirmé, mais je pense que cela va être passionnant.

— Est-ce vous ou Percy qui représentera l'Angleterre lors des manifestations officielles ? demanda Harry pour en avoir le cœur net.

— Cela aurait dû être Monsieur Weasley mais, pour des raisons familiales, il a indiqué ne pas souhaiter le surcroît de travail que cela entraîne, répondit son interlocuteur d'un ton tranquille.

Il était vrai que quelques jours auparavant, Percy et Audrey avaient appris à la famille qu'un nouvel enfant allait arriver dans leur foyer six mois plus tard. Cependant, cela ne ressemblait pas à Percy de passer à côté d'une mission aussi prestigieuse pour une telle raison, même si la vie conjugale avait drastiquement diminué le nombre d'heures qu'il passait au bureau.

Non, il était plus probable que Ginny ait vu juste sur le futur politique d'Adrian Ackerley. Représenter l'Angleterre dans le tournoi, qui devrait être suivi de près par les sorciers, était une bonne opération de communication et lui servirait plus tard. Percy avait-il été écarté contre son gré ou avait-il au contraire conçu lui-même cette stratégie ? Quant à Ackerley savait-il ce qui était arrivé à son homologue de l'époque, Bartemius Croupton senior ?

C'est avec ces questions en tête que Harry prit congé.

ooOoo

Le soir même, une fois qu'ils se furent retirés sous leur tente, Harry raconta son entrevue à Ginny. Ce n'était pas une affaire d'Etat et il estimait pouvoir en parler à son épouse qui savait se faire discrète. La première réaction de cette dernière fut positive :

— C'est une bonne idée, cela fait tellement longtemps !

Puis avant que Harry ne puisse répondre, elle ajouta :

— ça ne va pas être trop difficile pour toi ?

— Je suppose qu'il faut que j'arrive à surmonter mes mauvais souvenirs, tenta-t-il de positiver.

— Harry, tu as le droit d'être encore traumatisé par ce qui t'est arrivé cette année-là, lui assura-t-elle. Le concept du Tournoi n'est pour rien dans l'horreur que tu as vécue, mais pour toi c'est lié et c'est normal que tu ne te sentes pas très bien avec l'idée qu'on vienne te chercher pour en faire la promotion. Tu n'as pas à te sentir coupable d'être moins joyeux que les autres.

Cette reconnaissance de son mal-être lui fit énormément de bien. Il savait qu'il ferait son possible pour jouer le rôle qu'on lui avait assigné mais il était important qu'une personne dont il était proche sache combien ça lui coûterait.

— Le pire, c'est l'idée de croiser le père de Cédric, quand la nouvelle sera publique, lui apprit-il encore.

Elle le serra contre lui sans parler. Il lui fut reconnaissant de ne pas lui dire qu'il n'y était pour rien dans la mort de son camarade. Il le savait pertinemment mais son sentiment de culpabilité ne s'estompait pas et sa compassion pour les Diggory était toujours aussi vive. Oui, une étreinte affectueuse était le meilleur réconfort qu'on puisse lui donner à ce moment.

ooOoo

Quelques jours plus tard, alors que les adultes se dispersaient pour tenter de coucher les enfants, Fleur retint Harry par le bras :

— Adrian t'a parlé du tournoi ? demanda-t-elle avec un air conspirateur et après avoir vérifié que personne n'était assez près pour les entendre.

— Oui, il y a quelques jours, répondit-il en se demandant depuis combien de temps Ackerley était devenu Adrian et si c'était ainsi que Ginny le désignait également.

— C'est excitant, n'est-ce pas ?

Harry s'obligea à sourire :

— Je suppose, oui.

Le sourire de Fleur se fana :

— C'est vrai que pour toi, ce n'est pas un souvenir agréable.

Il haussa les épaules, ne voulant pas s'appesantir sur ses pensées amères. Il était naturel qu'elle ait une vision différente de la sienne : le Tournoi lui avait donné l'occasion de rencontrer son mari et elle y avait tenu sa place avec bravoure.

— Tu aimerais que Victoire soit assez âgée pour y participer ? demanda-t-il cependant.

— J'aimerais qu'à l'âge requis elle ait le niveau et le courage de le tenter, répondit la vélane en regardant vers le dortoir en toile où Bill était en train d'accompagner leurs trois enfants.

La voix de Ron s'éleva dans leur dos :

— On conspire ?

— On discute, répliqua Harry doutant de parvenir à abuser son meilleur ami.

— Ron, tu as une tâche sur ta robe, tenta Fleur pour faire diversion.

— Je suis certain que votre sujet de conversation commence par un T et va par trois, annonça Ron avec un petit sourire.

— Moi aussi, je serais au courant de tout si mon épouse s'appelait Hermione, plaisanta Harry.

— Figure-toi qu'elle m'avait caché ça, cette petite cachottière, démentit Ron les yeux rieurs. Et ne me demande pas comment elle le sait, elle n'est pas supposée être au courant. Mais quand j'ai évoqué une réunion des Maîtres de guilde extraordinaire, elle a eu ce petit air supérieur qui ne trompe pas.

— Une réunion des Maîtres de guilde ? Vous allez monter vos boutiques en France ? demanda Fleur d'un ton qui laissait entendre qu'elle n'approuverait pas cela.

— Pas du tout mais les Anglais pourront assister au spectacle sans quitter le pays, leur apprit Ron. Grâce à une invention allemande qui sera présentée ici et à Berlin pour l'occasion.

— Ne me dit pas qu'ils ont inventé la télévision, s'étonna Harry.

— Non, seulement le cinéma, répliqua Ron.

— Tu es sérieux ? s'étonna Harry.

— Comme un président du Magenmagot ! affirma son ami. En fait, c'est basé sur le principe de la Pensine : des journalistes assistent à l'événement, le commentent, puis mettent leurs souvenirs dans des flacons qui sont envoyés par Portoloin dans un endroit où une Pensine améliorée pourra restituer les images de manière à ce qu'elles soient visibles pour toutes les personnes se trouvant à proximité.

— C'est merveilleux, commenta Fleur.

— Oui, c'est un progrès énorme, confirma Ron. De notre côté, nous sommes chargés d'aménager des lieux où nous ferons les projections. Nous attendons l'arrivée d'une Merveill'image d'un jour à l'autre.

— C'est le nom du projecteur de souvenir ?

— Le nom anglais, oui.

— Comme c'est amusant, s'exclama Fleur. Tout le pays nous verra assister aux épreuves. Est-il aussi prévu de faire une projection à Poudlard ?

— Il y en aura une à Poudlard et une autre sur le chemin de Traverse, l'informa Ron.

— Une projection publique de Pensine, répéta Harry pour se faire à l'idée. Dis, pourquoi c'est pas le Centre de recherche que tu as mis sur pied qui l'a inventé ?

— M'en parle pas ! grogna Ron en se rembrunissant. J'ai des gars qui travaillent sur des équivalents magiques des techniques de communication moldues, y compris le cinéma et la télévision, mais on s'est fait doubler en beauté. Des milliers de gallions investis pour rien. Bon, c'est la règle du jeu, quand on finance de la recherche, mais quand j'ai appris pour les super-Pensines, crois-moi, je suis devenu germanophobe. Mais bon, c'est comme ça, on n'a plus qu'à faire oublier au grand public que l'idée n'est pas de nous. Le Ministère est en négociation pour acquérir des droits d'utilisation pas trop ruineux. C'est ce cher Ackerley qui s'en charge, comme de l'organisation du Tournoi.

— Il est partout, celui là, grogna Harry qui ne s'était pas encore décidé à en parler avec Percy.

— Il le mérite, assura Fleur les yeux dans le vague. C'est un homme tellement charmant !

ooOoo

Alors que Ginny et lui se préparaient à se coucher, Harry chercha à en avoir le cœur net :

— Il est si charmant que ça, Ackerley ? demanda-t-il.

— Adrian ? C'est l'image qu'il donne en tout cas, répondit-elle.

— Tu penses qu'il ne l'est pas réellement ? insista-t-il.

— Je n'ai pas dit ça. Juste qu'il se donne tellement de mal à donner une image lisse de lui-même que je n'ai pas idée de ce qu'il y a dessous. Le fait que Kingsley favorise sa carrière est a priori un bon point pour lui. King a beaucoup d'expérience pour juger les gens.

— Fleur fait grand cas de lui, remarqua Harry.

— Chéri, ne me dis pas que tu prends tout ce que dit Fleur au premier degré !

— Elle plaisante quand elle dit qu'il est charmant ?

— Si elle l'a dit devant toi, c'est qu'elle pensait que cela allait te faire réagir. ça a bien marché, d'ailleurs, puisque nous avons cette conversation, constata Ginny. Tu es jaloux ?

— Tu veux dire que ce que dit Fleur n'est pas aussi idiot et maladroit que ça en a l'air ? s'étonna Harry.

S'il se posait des questions sur le caractère d'un homme politique ambitieux que sa femme appelait par son prénom, la personnalité de sa belle-soeur l'intéressait bien plus encore.

— J'ai mis du temps à le comprendre, admit Ginny, mais c'est sa manière de rappeler qu'elle est autre chose qu'un joli visage et une séduction irrésistible.

— A sa place, je tenterais plutôt de dire des propos sensés, remarqua Harry.

— Je pense que, lorsqu'elle a éprouvé le besoin de mettre en place cette tactique de diversion, elle n'imaginait pas être assez intelligente pour détourner l'attention de sa beauté par des traits d'esprit, analysa Ginny. Elle a donc fait le choix d'en rajouter dans le cliché de la ravissante idiote et ainsi s'est donné l'impression de provoquer volontairement l'antipathie de son entourage plutôt que la subir. Une sorte de vengeance contre ceux qui s'arrêtent à son seul physique.

Harry songea qu'elle s'était très efficacement vengée des femmes Weasley au début de sa relation avec Bill. Il jugea charitable de ne pas le faire remarquer tout haut mais son épouse n'était pas du genre à occulter ses erreurs :

— J'en reviens pas d'avoir mis autant de temps à remarquer qu'elle se jouait de nous, confessa-t-elle. Mais il faut bien avouer que nous ne lui avions laissé aucune chance au début. Par contre, dès que j'ai cherché à dépasser mon antipathie et à la traiter correctement, elle a très généreusement tiré un trait sur le passé.

Harry se rappela du séjour que Ron avait fait chez Fleur et Bill pendant la guerre quand il les avait temporairement quittés. Son ami lui avait confié qu'il avait choisi le foyer de son frère pour ne pas être jugé. Harry n'avait songé qu'au caractère égal et généreux de Bill. Qu'en était-il de sa jeune épouse ? Avait-elle également eu le tact nécessaire pour ne pas aggraver la culpabilité et le désespoir du jeune homme ? Quand Ron défendait Fleur, il pensait — tout comme Hermione il en mettait sa baguette au feu — , que son ami était aveuglé par la séduction de la Vélane. Maintenant, il réalisait que ce dernier était peut-être le plus perspicace d'eux trois.

— De quand date ta découverte de la vraie Fleur ? interrogea Harry.

— ça a commencé assez vite après le mariage, lui apprit-elle. La situation dramatique a, en quelque sorte, simplifié nos rapports et puis elle portait désormais le nom des Weasley. J'ai donc fait l'effort de m'intéresser à elle, de lui poser des questions sur sa famille, bref j'ai fait mon possible pour approfondir un peu nos relations... Et quand j'ai dû partir à l'école alors que je voulais rester à la maison avec les autres, c'est elle qui m'a soufflé en me disant au revoir "Il y a sans doute des batailles à mener à Poudlard". C'est avec ça en tête que j'ai réuni Neville et Luna dans le train et qu'on a décidé de résister dès le premier jour. Tu sais, j'ai presque été contente quand j'ai découvert qui était notre nouveau directeur et la présence de Mangemorts dans l'équipe enseignante. Nous avions nos ennemis à combattre nous aussi.

— Et moi qui pensais que c'était mon exemple qui t'avait influencée, plaisanta Harry.

— Eh non, j'ai fait tout ça pour Fleur, le taquina Ginny.

— Dis, pourquoi tu ne m'as pas dit tout ça plus tôt ? questionna Harry un peu vexé de s'être fait abuser aussi longtemps par la belle Française.

— Je pensais que tu avais compris, s'étonna Ginny. Tu avais l'air de bien l'aimer, sans pour autant baver sur sa blondeur.

— Il est bien connu que les blondes ne m'ont jamais attiré, rappela Harry. Remarque, en y repensant, elle n'a jamais trop joué les idiotes avec moi.

— Je pense que tu lui as tout simplement toujours parlé comme à une personne normale et que cela l'a dissuadée de se protéger en endossant son rôle habituel, proposa Ginny.

— Quand j'ai fait sa connaissance, elle était une adversaire dont j'ai pu admirer la dextérité, se rappela Harry. Cela m'a sans doute évité de me limiter à son aspect physique.

— C'est fou le nombre de choses bien que tu as faites un peu par hasard, mon chéri, feignit de s'extasier Ginny. C'est sans doute à ça qu'on reconnaît les héros.

ooOoo

Le reste du mois d'août s'écoula rapidement. Une semaine avant le départ des collégiens, Andromeda demanda à Harry et Ron de participer à une conversation avec Teddy et elle. Il s'agissait de déterminer les matières supplémentaires que le jeune homme suivrait au cours de sa troisième année.

Il venait de recevoir la lettre qui indiquait ses résultats aux examens finaux de l'année précédente. Si ses notes étaient nettement meilleures que les années précédentes, il lui restait encore des efforts à faire pour se maintenir dans le groupe des bons élèves. En métamorphose, défense contre les forces du Mal et en sortilèges, il avait obtenu Effort exceptionnel dans les épreuves pratiques, ce qui constituait un progrès, mais seulement des Acceptable en théorie. Quelques A mais aussi des Piètres et des Désolants étaient sorties des épreuves d'astronomie, botanique et histoire de la magie. En potions, il avait réussi à arracher un E en théorie mais un simple A avait couronné la pratique, ce qui l'avait beaucoup déçu car il avait eu de meilleures notes au cours de l'année.

— Je crois que j'ai paniqué, expliqua-t-il.

— Il fait si peur que ça le nouveau prof ? s'étonna Harry. Je croyais que tu l'aimais bien.

Le professeur Slughorn avait finalement pris sa retraite et un certain Lecreuset l'avait remplacé. Victoire et Teddy l'avaient décrit comme "pas trop vieux" — moins de trente ans, avaient traduit les adultes — et sympathique. "Certains ne connaissent pas leur chance", avait commenté Ron.

— Non, c'est pas du prof que j'ai eu peur, c'est de tout rater. Jusqu'au dernier moment, tu peux faire une petite erreur qui peut faire tout mettre par terre.

— C'est vrai qu'il ne faut pas grand-chose pour faire tourner une potion, reconnut Harry. Mais en travaillant, tu acquiers des réflexes qui te sauvent la mise. Crois-moi, j'ai souffert avec cette matière, mais j'ai fini par vaincre. Cela n'a été ni facile, ni agréable mais, comme cela m'a permis de décrocher mon travail actuel, je pense que mes efforts ont valu le coup.

Teddy acquiesça en levant les yeux au ciel. Harry décida que c'était la meilleure réponse que ce discours moralisateur pouvait avoir de l'adolescent.

— Revenons à tes futures options, continua-t-il. Tu as déjà choisi technologie moldue et soins aux créatures magiques. Ta grand-mère veut que tu en prennes une troisième. Il te reste donc à choisir entre arithmancie, runes, divination et études des Moldus.

— Divination ? proposa Teddy.

— Je n'en ai pas entendu dire grand bien, opposa Andromeda.

— Etudes des Moldus, alors.

— Je trouve que tu exclues un peu vite runes et arithmancie, jeune homme !

— A quoi ça me servirait ? questionna Teddy.

— A t'apprendre le raisonnement et la logique, répondit-elle. Et ça, tu en aura besoin toute ta vie.

— Mais ça demande beaucoup de travail ! protesta Teddy.

— Nous y voilà ! fit Andromeda d'une voix coupante. Ton choix va vers la matière qui te demandera le moins d'efforts, voilà tout. Cela ne me parait pas un très bon critère, bien au contraire.

Ron et Harry échangèrent un regard avant de détourner précipitamment les yeux pour ne pas éclater de rire en souvenir de leurs propres raisonnements.

— Je pense que tu devrais prendre soit runes, soit arithmancie pour t'apprendre la rigueur et le goût du travail, conclut Andromeda.

Teddy serra les dents et il devint évident qu'une discussion difficile se préparait.

— Andromeda, que souhaitons-nous pour Teddy ? intervint Ron.

— Qu'il travaille correctement, répondit la grand-mère un peu surprise par la question.

— Nous savons que Teddy est capable de bien travailler, assura Ron. Il l'a prouvé tout l'été. Je pense que ce que nous souhaitons, c'est que ses études lui permettent de faire le travail qu'il voudra plus tard. Un travail à la hauteur de ses possibilités et qu'il puisse aimer.

— Bien entendu.

— Alors ce qu'il lui faut, c'est d'avoir les bonnes notes dans les bonnes matières à ses A.S.P.I.C. On considère que cinq A.S.P.I.C., c'est un niveau correct. Il aura besoin des fondamentaux que sont la métamorphose, les sortilèges, les potions et défense. Donc quatre A.S.P.I.C. auxquels il ajoutera une autre matière, celle qu'il pensera le mieux réussir, a priori technologie moldue. Nous sommes d'accord ?

— Eh bien, oui... dit lentement Andromeda qui se méfiait manifestement de la suite.

— Il est très juste en fondamentaux. Alors il me parait judicieux de ne pas le surcharger de travail, et de lui permettre de dégager du temps pour s'améliorer dans ces quatre matières et avoir la possibilité de les garder en sixième année. Qu'il prenne étude des Moldus ou divination, peu importe, tant qu'il arrive à grappiller un A à ses B.U.S.E.S. pour ne pas avoir perdu son temps.

Un silence méditatif suivit cette tirade. Andromeda soupesait les arguments présentés. Teddy regardait Ron avec reconnaissance. Harry tenta de justifier sa présence :

— Je pense qu'étude des Moldus sera plus intéressant que divination. Et puis cela peut compléter utilement la technologie.

Teddy implora sa grand-mère du regard.

— D'accord, qu'il prenne études des Moldus ! accepta-t-elle en soupirant. Mais tu as bien compris, Teddy, nous voulons que tu n'aies que des E et des O dans tes fondamentaux. Et tu en es encore loin, il va falloir que tu t'y mettes sérieusement !

— Oui, Grand-mère.

— Je ne veux pas des promesses, mais des résultats.

— Oui, Grand-mère.

— Bien, je pense que c'est réglé. Tu peux rejoindre tes cousins.

Teddy sortit précipitamment, comme s'il craignait que sa grand-mère revienne sur sa décision. Cette dernière considéra ses deux vis-à-vis.

— Merci à vous deux. Plus il grandit, plus je me sens dépassée, avoua-t-elle.

— Il faut savoir déléguer les tâches secondaires, la réconforta Ron. Vous lui apportez la stabilité affective et représentez l'autorité, ce qui est le principal. Moi j'ai juste apporté ma connaissance du monde du travail. Quant à Harry... tu as servi à quoi, au fait ?

— Je l'ai détourné de divination, rappela-t-il humblement.

— Tu es un bon parrain, concéda Ron. Dites, c'est pas l'heure de l'apéritif ?

ooOoo

Cette année-là, ils se séparèrent des collégiens seulement le dimanche 2 septembre car le directeur avait jugé inutile de faire venir les enfants en début de week-end. Harry se demanda si cet arrangement, autrefois impensable, ne préjugeait pas d'un chamboulement plus important comme le retour des élèves en fin de semaine, comme cela se pratiquait à Beauxbâtons. Mais ce n'était peut-être qu'un alignement sur les jours de rentrée des classes en France et à Durmstrang pour permettre une annonce synchrone du tournoi.

— Edition spéciale cet après-midi ou demain matin ? demanda Harry à Fleur une fois que la fumée du Poudlard Express eut disparu.

— De quoi parlez-vous ? demanda Andromeda.

— Je n'ai pas le droit de le dire, sourit Harry.

— Ce soir, après l'arrivée des enfants, prédit Fleur.

— Mais qu'est-ce qui se passe ? s'enquit Bill à son tour.

— Une surprise, mon chéri, lui sourit son épouse. Tu ne veux pas que nous la gâchions en la révélant trop tôt.

— Je suis certain que Harry en a parlé à Ginny, grogna Bill.

— Arry n'aurait jamais fait ça, n'est ce pas, Arry ? minauda Fleur.

—Demain matin, conjonctura Harry. Une Bièraubeurre comme enjeu ?

— Tenu, accepta Fleur en topant sa main.

— Depuis qu'elle travaille au musée, je la trouve intenable, confia Bill à Andromeda.

— Je pense que c'est l'effet Ackerley, indiqua Harry à Bill.

— Quoi ? fit ce dernier complètement dépassé pendant que Fleur éclatait de rire.

— Que vient faire Adrian là dedans ? s'étonna Andromeda.

— Il parait que c'est un homme charmant, insista lourdement Harry. Bon, je vous laisse, Ginny a terminé de parler avec ses copines.

Il partit le sourire au lèvres, certain qu'Andromeda aurait de quoi s'occuper l'esprit au lieu de s'appesantir sur le départ de son petit-fils.

ooOoo

Il gagna son pari mais aurait préféré le perdre. L'article parut le lundi matin et était sur toutes les lèvres quand il arriva au QG.

— Harry, tu as vu ? Un tournoi, comme pour notre quatrième année ! l'apostropha Seamus.

— Super ! s'exclama Harry d'une voix qu'il espéra ne pas être trop ironique.

— Eh, mais c'est toi qui va faire le discours introductif, découvrit Alicia qui était en train de lire le calendrier des festivités.

— Il parait ! admit-il en s'obligeant à sourire.

— Harry, c'était comment de participer au Tournoi ? demanda Demelza d'une voix excitée.

Harry s'apprêtait à donner le change quand il croisa l'œil méprisant de Cyprien Muldoon. Soudain, il ne supporta plus le rôle de gaieté factice qu'il endossait. Il soutint un moment le regard de son subalterne avant de se tourner vers son interlocutrice.

— Tu sais, j'étais bien trop jeune pour concourir, rappela-t-il. Du coup, j'ai passé l'année à crever de peur. Je ne souhaite ça à personne.

Il sourit pour adoucir sa réponse puis, luttant contre son envie de foncer droit dans son bureau, il s'obligea à faire son tour habituel pour serrer la main de tout le monde. Arrivé devant Muldoon, il tendit la main sans le regarder et passa au suivant, sans se donner la peine de prononcer les paroles rituelles. Il lui sembla que l'homme était encore plus crispé que d'habitude.

Quand il s'éloigna enfin, le froid que sa sortie avait jeté s'était dissipé et on commentait l'article sur les merveill'images, les sorciers connaissant le monde moldu tentant d'expliquer le concept de cinéma.

— Tu vas devoir t'absenter souvent ? demanda simplement Pritchard quand il pénétra dans la pièce qui leur était réservée.

— Non, on ne m'exhibe que pour les grandes occasions. Je suppose qu'on utilisera un Portoloin pour voyager sans perte de temps. Je n'ai rien de prévu avant le 31 octobre, le jour de la désignation des candidats.

— Cela ne devrait pas trop chambouler le planning, alors, constata Stanislas.

— Non, et avec un peu de chance, cela détournera l'opinion publique de nos échecs. Tu crois que je peux demander à la brigade de faire des bavures uniquement la veille des épreuves ?

— Je pense que tu fréquentes trop Adrian Ackerley, jugea Pritchard.
End Notes:
Le registre de Poudlard: pour commencer, je vais répondre ici à une question intéressante qu'on m'a posé sur le fait que le nom des petits sorciers n'apparaissent que lorsqu'ils ont 11 ans sur le registre de Poudlard.

J'ai choisi cette solution pour deux raisons : la première, c'est que cela me permettait de mettre fin à la polémique en cours sans y passer davantage de chapitres (oui, c'est très terre à terre). La seconde, c'est que cela permet d'être conforme au canon. Sur son site, JKR a parlé d'une plume enchantée qui inscrit le nom des jeunes sorciers à leur naissance sur un registre à Poudlard (c'est moi qui ai ajouté que c'était l'oeuvre de Dilys Derwent). Or, la possibilité qu'on puisse demander à Poudlard si un enfant est bien sorcier rendrait incompréhensible que les Longdubat aient été réduits à jeter Neville par la fenêtre (ou tout comme) pour savoir s'il avait des pouvoirs magiques ou non. Il me semble aussi qu'il est fait allusion, dans les livres, au fait que l'arrivée de la lettre est vécue comme une confirmation pour beaucoup de jeunes sorciers. Donc, il fallait trouver une solution pour faire coexister cette incertitude sur la magie des enfants avant leurs premières manifestations involontaire et l'existence du registre de Poudlard.

J'aime à penser que Dilys Derwent avait volontairement fait en sorte qu'on ne puisse savoir le nom des sorciers avant qu'ils aient l'âge d'aller à Poudlard. Elle pouvait appréhender ce qui serait fait de cette information et préféré la garder secrète tant qu'on en avait pas besoin pour envoyer la lettre.

La publication : j'étais partie pour série de 6 chapitres, mais j'ai réussi à en assembler 4 de plus dans l'intervalle. Je vais donc tacher de finir de les faire corriger dans les temps et la publication se poursuit la semaine prochaine.

Le prochain chapitre s'appellera 'Procédure d'urgence'.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
VII : Procédure d'urgence by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 10 au 14 octobre 2012
Durant la seconde semaine d'octobre, Harry travaillait dans son bureau quand le miroir d'urgence de la brigade sonna. Stanislas s'empressa de répondre.

— A l'aide ! entendit-il sortir du miroir.

Harry bondit derrière son adjoint. C'était Kevin Whitby, l'air absolument paniqué. Harry tenta de se rappeler où il l'avait envoyé. Ah oui, un appel anonyme ayant signalé une activité suspecte dans une maison de banlieue de Liverpool. Mais où était Simon Belby, son partenaire ?

— Où es-tu ? demanda Pritchard d'une voix calme. Montre-moi un endroit où on peut transplaner.

L'image bascula et Harry vit d'abord de l'herbe, puis un corps inerte. Enfin cela se stabilisa et Harry se concentra pour mémoriser le bouquet d'arbres et la forme caractéristique d'un amas rocheux qui se trouvait devant. Il revint à la réalité en entendant Stanislas émettre d'une voix amplifiée par un Sonorus :

— MULDOON, BUREAU DU COMMANDANT, URGENT !

— Pas lui, protesta Harry. Il ne connaît pas les procédures...

Sans répondre, son adjoint tendit l'objet de communication vers l'Auror qui venait de faire irruption dans la pièce.

— Belby est sans connaissance et Whitby paniqué, résuma Pritchard. Danger non identifié. Rapatriement immédiat. Je prépare un groupe pour sécuriser la zone.

Tout en parlant, il présenta un portoloin lié qui permettrait aux autres de les rejoindre. Muldoon s'en empara avant même que Harry n'ait eu le temps de tendre la main. Ce n'était pas le moment de discuter ; le commandant des Aurors se rua hors du bureau pour joindre la zone de transplanage de l'atrium, Muldoon sur ses talons. Une fois les escaliers dévalés, ils traversèrent le grand hall comme des flèches.

Espérant que son bras droit n'avait pas fait d'erreur en choisissant son partenaire temporaire, Harry se mit dos à dos avec lui, bien que ce dernier ne suive pas les entraînements du samedi où ces déplacements d'urgence avaient été mis au point et inlassablement répétés. Il lança la formule de départ convenue :

— Je prends. Go !

Concentré à la fois sur sa destination et sur le contact de son coéquipier contre son dos, il réalisa un transplanage d'escorte. La suite ne fut qu'un enchaînement de réflexes : sortilège de bouclier, genou en terre pour constituer une cible moins visible, repérage, bouclier, bond pour aller récupérer le corps étendu qui se trouvait à quelques mètres d'eux en comptant sur Muldoon pour le couvrir. Un coup d'œil suffit pour déterminer que seul un transport d'urgence vers Ste Mangouste était envisageable.

Sous la protection des tirs de son coéquipier, Harry traîna le blessé vers l'endroit où il était arrivé. Kevin ne l'avait pas précisé, mais les deux Aurors avaient normalement jeté un sort anti-transplanage sur les lieux avant d'agir et il fallait revenir à l'endroit où ils étaient arrivés pour repartir rapidement. Quand il eut rejoint les rochers qui lui avaient servis de repère, il vérifia que les autres n'avaient pas besoin de lui. Muldoon, agenouillé derrière un tronc d'arbre abattu, lançait méthodiquement des sorts vers la maison qui se dressait un peu plus loin et d'où sortaient les jets de lumière caractéristiques des sortilèges. A ses côtés, se tenait Kevin visiblement en état de choc.

— Repli, cria Harry tout en se concentrant sur le hall de l'hôpital et arrimant sa prise sur Belby.

Il voulait que Muldoon rapatrie Kevin, qui n'était pas en état de se battre, et se mette aux ordres de la brigade que Pritchard devait être en train d'envoyer. Mais, juste avant de disparaître, il vit Mulddon se redresser et, loin de s'éloigner comme l'avait ordonné Harry, hurler un sortilège. Une langue de feu sortit de sa baguette en direction de l'endroit où se tenaient leurs ennemis.

Il était trop tard pour annuler le transplanage sans risquer de se désartibuler — d'autant que c'était un transplanage d'escorte — et Harry dut se résoudre à laisser son subordonné n'en faire qu'à sa tête. Un instant plus tard, il se trouvait à l'hôpital.

— A l'aide, hurla-t-il. J'ai un blessé urgent !

Assez vite, des robes vertes accoururent vers lui. Belby fut magiquement soulevé sur un brancard flottant et des sortilèges de guérison furent appliqués sur place. Harry reprit son souffle tout en observant la scène. Il n'aimait pas la pâleur livide de Belby, pas plus que le visage crispé des guérisseurs. Enfin, il réalisa qu'il ne servait à rien et qu'il ferait mieux de reprendre le commandement de son opération.

Il sortit son miroir et appela son adjoint.

— Toute une brigade est sur place, indiqua Pritchard avant que Harry n'ait posé la moindre question. Où es-tu ?

— Ste Mangouste. J'y retourne.

Il ferma le miroir et se concentra. Il était conscient que transplaner là où l'on se battait et sans personne dans son dos pour veiller sur ses arrières était risqué, mais il ne supportait pas l'idée que Muldoon mène un assaut, sans compter que c'était en contradiction totale avec un ordre qu'il avait donné.

Il se retrouva vite près de l'amas de roche qu'il avait mémorisé. Il s'aplatit dans l'herbe et observa la situation. La maison qui servait de camp retranché à ceux qui avaient blessé Belby était en flammes et les Aurors terminaient une opération d'encerclement. Un sorcier sortit de la bâtisse en jetant des sortilèges à tire-larigot, mais il fut rapidement cueilli par un Stupefix et attiré magiquement à l'écart. Harry entendait la voix sèche de Muldoon donner des ordres. La maison était maintenant complètement cernée et leurs adversaires sortaient les uns après les autres, chassés par les flammes et immédiatement capturés par les Aurors.

Harry aurait voulu reprendre la direction des opérations mais il était conscient que cela risquait de désarçonner ses hommes et les mettre en danger. C'est donc en spectateur qu'il regarda les Aurors éteindre enfin le feu. Il vit Muldoon s'élancer dans la maison avec Summers, son partenaire habituel, et en ressortir avec un nouveau prisonnier.

Quand Harry put s'avancer sans risquer de prendre un sort perdu, il ne lui restait plus qu'à faire le bilan : trois de ses hommes avaient reçu un sortilège, mais leurs camarades leur avaient appliqué les soins de base et ils n'auraient même pas à aller à l'hôpital. Le dernier prisonnier présentait des brûlures légères et deux Aurors s'apprêtaient à l'évacuer. Les autres étaient sous bonne garde et la maison commençait à être fouillée méthodiquement.

Harry rencontra le regard de Muldoon. Ce dernier le toisa, attendant sans doute la sentence. Harry avait bien envie de lui hurler sa désapprobation envers ses méthodes : les Auros n'étaient pas supposés carboniser les criminels ; le feu avait sans doute détruit toutes les preuves de leurs activités illicites ; sans compter la prise d'un commandement que Harry ne lui avait pas confié. Mais ce n'était pas possible, pas devant tout le monde, pas sous le coup de la colère. Harry n'avait jamais pris un de ses hommes à parti devant tous les autres et il n'allait pas commencer maintenant. Il se contenta donc de lui lancer un regard furibond, promettant silencieusement de régler la situation plus tard, et dit entre ses dents :

— Je retourne à Ste Mangouste pour prendre des nouvelles de Belby.

ooOoo

Le regard fuyant de l'hôtesse d'accueil quand elle lui indiqua où il était attendu fit comprendre à Harry que le pire était arrivé. Il se rendit docilement dans le bureau qu'on lui avait désigné et y trouva une guérisseuse en train de remplir une fiche.

— Monsieur Potter, l'accueillit-elle, asseyez-vous, je vous en prie.

— Allez droit au fait, répondit Harry sans bouger, sans doute plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

— Je suis navrée, nous n'avons rien pu faire, obtempéra le médecin d'une voix désolée. Il a reçu deux mauvais sorts, pas forcément mortels indépendamment, mais les deux se sont combinés et il a fait un arrêt cardiaque. Nous avons fait notre possible mais nous ne sommes pas parvenus à faire repartir son cœur.

Harry hocha la tête sans parler.

— Vous voulez le voir ? proposa son interlocutrice.

Harry acquiesça silencieusement et suivit la femme vers une salle tendue de tentures qui découpaient l'espace en alcôves. La guérisseuse le laissa dans l'une d'elle. Il passa entre deux rideaux et se trouva devant un corps reposant sur un lit et recouvert d'un drap blanc. Harry rabattit le tissu et contempla un long moment les traits apaisés et blafards de son collègue.

Il avait l'impression de porter des tonnes sur ses épaules quand il poussa la porte de son bureau vingt minutes plus tard. Il avait traversé le QG où régnait l'effervescence habituelle qui suivait les arrestations importantes. Mais ses pas lourds et son regard sombre avaient annoncé la mauvaise nouvelle, et les visages affairés étaient devenus graves.

Kevin Whitby et Muldoon se trouvaient avec Pritchard, sans doute en train de faire leur rapport. Les trois hommes se tournèrent vers lui et comprirent à leur tour. Kevin se tassa sur sa chaise et enfouit sa tête dans ses mains. Le visage de Cyprien Mulddon se décomposa.

Aucun mot ne fut échangé. Pritchard se leva lentement et alla chercher un parchemin dans un coffre. Il le tendit à Harry qui le prit avant de repartir vers les ascenseurs. Sur le palier, il lut la fiche où était notés l'adresse, la situation familiale de l'Auror, ainsi que les personnes à prévenir en cas de malheur.

Un quart d'heure plus tard, il frappait à la porte d'une petite maison se trouvant à la bordure d'un bourg.

— Mrs Belby ? demanda-t-il à la femme entre deux âges qui lui ouvrit.

— Oui ?

En le reconnaissant, elle devina instantanément la raison de sa visite. Il n'y avait en effet qu'une seule cause probable pour que le commandant des Aurors en personne vienne la voir. Il la vit pâlir et se raccrocher au battant de la porte. Il se força néanmoins à prononcer les mots honnis :

— J'ai le regret de vous annoncer le décès de votre mari, dit-il d'une voix rauque. Je suis profondément désolé.

Elle resta plusieurs secondes sans réagir et il craignit qu'elle ne s'évanouisse. Un bruit de pas se fit entendre derrière elle et une voix juvénile demanda :

— Papa est rentré ?

Mrs Belby ferma les yeux et s'écarta, dévoilant un jeune homme. Stanley, 18 ans, sorti de Poudlard quelque mois auparavant savait Harry grâce au parchemin que lui avait passé Pritchard.

— Que s'est-il passé ? demanda la toute nouvelle veuve.

— Nous avons été appelés suite à des manifestations magiques suspectes, rapporta Harry. J'ai envoyé votre mari et son coéquipier Kevin Whithby. Un quart d'heure plus tard, nous avons reçu un appel de détresse. Je me suis immédiatement rendu sur place avec l'Auror Muldoon mais il était trop tard pour votre époux. Il avait reçu deux mauvais sorts et son cœur ne l'a pas supporté. Je suis désolé, répéta-t-il ne sachant pas comment exprimer autrement sa peine et sa culpabilité.

— C'est grave ? demanda Stanley.

Sans répondre sa mère lui tendit les bras. L'air horrifié du jeune homme montra qu'il acceptait de comprendre. Il s'avança vers elle et la serra contre lui.

Harry recula pour leur laisser un peu d'intimité et fit quelques pas dans la cour bien entretenue qui se trouvait devant la maison. Il se sentait oppressé comme s'il venait de courir et il entendait son sang battre dans ses tempes. Il s'avança vers l'arbre le plus proche et s'y agrippa, comme si le végétal pouvait lui rendre un peu de sa sérénité.

Un long moment s'écoula avant qu'une voix timide ne s'élève :

— Monsieur Potter ?

— Madame Belby, se ressaisit-il.

— Pourriez vous nous dire où se trouve mon mari ?

— A Ste-Mangouste. Je peux vous accompagner, si vous le désirez.

— Je veux bien si cela ne vous dérange pas, accepta-t-elle simplement.

Elle exprima son souhait de s'y rendre en cheminée et Harry accepta sa proposition d'utiliser son âtre. Il était bien trop bouleversé pour transplaner de toute manière. Il les mena dans les couloirs qui menaient à la morgue et les laissa pénétrer dans la salle.

Quand ils en ressortirent, ils avaient les yeux rouges et le jeune Stanley soutenait sa mère. Harry leur fit signe de s'asseoir sur l'un des fauteuils proposés aux visiteurs.

— Je n'ai pas encore eu le temps de lire les rapports, mais dès que je saurai ce qui s'est exactement passé, je viendrai vous le dire, expliqua-t-il. Dès que possible, mon adjoint vous contactera pour vous assister dans vos démarches. Vous avez de la famille qui pourrait venir vous aider ?

— Je vais appeler mon frère, fit la veuve. Je vous remercie, nous vous avons retenu longtemps déjà.

— Il faut que j'y aille, reconnut Harry, mais vous pouvez compter sur nous. N'hésitez pas à appeler Stanislas Pritchard, si vous avez la moindre question.

— Et le coéquipier de mon mari, Kevin, comment va-t-il ? s'enquit la femme.

— Il n'est pas blessé mais il est sous le choc. Je vais sans doute le mettre en repos pour quelque temps.

Il prit congé d'elle et de son fils qui fixait le sol sans participer à la conversation, et retourna au Ministère.

ooOoo

Pritchard était seul dans le bureau, mais en conversation avec son miroir quand il arriva. Il coupa rapidement et indiqua :

— J'ai renvoyé Whitby chez lui. Muldoon est en train de superviser les interrogatoires. On sait déjà que c'est une affaire d'objets de magie noire, qui étaient fabriqués là avant d'être livrés par hiboux. On ne sait pas encore si le signalement vient d'un bon citoyen méfiant ou d'un adversaire aigri. Mais on a des aveux et on a retrouvé des objets imprégnés de magie...

— Malgré l'incendie ? demanda Harry.

— Oui, ils étaient entreposés à la cave. On n'a pas déterminé qui a lancé les sorts qui ont atteint Simon, mais peu importe, ils seront condamnés en bloc pour avoir tiré sur des Aurors et tué l'un d'entre eux.

Harry haussa les épaules. Même si toute la troupe finissait ses jours à Azkaban, cela ne rendrait ni un père, ni un mari aux Belby. Mais Stan avait raison. Il était important pour tous les Aurors de savoir que ceux qui avaient tué leur collègue seraient jugés et punis pour ce qu'ils avaient fait. Il s'assit ou plutôt se laissa tomber sur son fauteuil de bureau.

— Et celui qui a été brûlé dans ceux qu'on a arrêtés ? s'inquiéta Harry.

— Superficiel, il est actuellement en salle d'interrogatoire. Et toi, ça va ? s'enquit Pritchard.

— Je n'ai rien, moi.

— Tu as vu Magda ?

— La femme de Belby ? Oui.

— C'est pas ce qu'il y a de plus facile, dit doucement Stanislas.

— Par rapport à ce qu'elle va vivre, il serait indécent de me plaindre, répondit Harry qui ne voulait pas s'apitoyer sur lui-même. A ce propos, je lui ai dit que tu l'aiderai à s'occuper de tout. Je crois que dans ces cas-là, on prend toutes les dépenses en charge, non ?

— Oui, t'en fais pas. Je vais l'appeler.

Son adjoint laissa passer quelques secondes avant d'ajouter :

— Tu... tu dois être en rogne contre Muldoon...

— Ah ça, oui ! s'exclama Harry en se redressant, sa colère revenant intacte. Non mais il est malade, lui ! Tu te rends compte qu'il a foutu le feu à la baraque ? S'il avait dû comparaître pour le meurtre de ces types, j'aurais pas levé le petit doigt pour l'aider. J'aurais même été témoin à charge, tiens !

Pritchard garda le silence. Harry savait ce que cela voulait dire. Son adjoint n'était pas d'accord avec lui.

— Quoi ? Tu penses qu'il a eu raison ? Raison de désobéir à un ordre direct, brûler des personnes, prendre le risque de faire partir les preuves en fumée ? s'indigna Harry.

— Mais que se serait-il passé s'il t'avait obéi ? contra Pritchard.

— Il serait revenu au Ministère, aurait intégré la brigade qui arrivait et aurait suivi l'opération sous les ordres de Janice !

— Sauf que pendant un moment, les types auraient été laissés là-bas bien tranquilles et libres de filer. En arrivant, rien ne nous garantit qu'on aurait eu quelqu'un à arrêter. Si cela avait été le cas, qu'est-ce qu'on aurait dit à Magda ? Qu'un jour, peut-être, on saura qui a tué son mari ?

— Tu veux dire que mon ordre de repli était mauvais ?

— C'est pas ce que j'aurais donné comme ordre, condamna Pritchard.

— D'accord, il devait rester sur place pour les empêcher de filer. Mais il n'était pas obligé de mettre le feu à leur abri ! En plus, je doute que ce sort soit réglementaire, ce n'était pas un lance-flamme normal.

— C'était un moyen efficace de les faire sortir en vitesse. Je t'accorde que moi, je l'aurais pas fait, mais au final, ils ont eu juste un blessé léger et on les a tous arrêtés. On ne pouvait pas mieux réussir, vu la manière dont ça avait commencé.

— Je ne peux pas cautionner un type qui fout le feu à une maison où se trouvent des personnes, trancha Harry.

— Parce que toi, tu n'as jamais pris des risques pour les autres ? interrogea Pritchard.

— ça n'a rien à voir !

— Ce qu'il a fait est limite, reconnut Pritchard. Mais n'oublie pas qu'on venait de lui dézinguer un copain. N'as-tu jamais laissé parler ta colère, Harry ?

Harry lui jeta un regard las. Il n'avait pas besoin de répondre. Et puis il savait bien qu'un jour il se verrait opposer le Doloris qu'il avait jeté pendant la guerre. Oui, il connaissait la fureur et le désir de vengeance. Il savait aussi jusqu'où il était prêt à aller pour que des meurtriers ne s'évanouissent pas dans la nature.

— Kevin l'a vu faire, soupira-t-il. Et c'est dans nos rapports, cela va ressortir à l'audience. Si les types ne portent pas plainte contre nous, c'est qu'ils ont un mauvais avocat. Comment tu veux que je laisse passer ça ? Quel exemple cela donne aux autres ?

— ça vaut un avertissement dans son dossier, reconnut son adjoint. Mais pour l'opération, il l'a très bien menée. J'ai demandé un rapport à Janice aussi, et il a montré beaucoup d'efficacité et a traité les prisonniers de manière tout à fait correcte. Tu penses bien que si cela n'avait pas été le cas, elle aurait fait valoir son grade pour reprendre les choses en main.

Harry hocha la tête. Lui-même n'était pas intervenu voyant que Muldoon maîtrisait la situation et qu'il ne pouvait pas mieux faire.

— Ils ont pu sortir de la maison, continua Pritchard, et, quel que soit le sortilège utilisé, c'était des flammes ordinaires qui ont cédé devant des Aguamenti. Personne n'a jamais été réellement en danger. Tu réagis comme s'il avait lancé un sort noir.

— C'était pas franchement un sort blanc non plus. Tu sais bien que l'intention d'un sort peut le faire basculer du mauvais côté. Et l'intention de Muldoon était de se venger.

— Alors il a été très mauvais car personne n'est mort et le blessé va très bien. Mieux que Simon.

— C'est pas un discours de vengeance, ça ? releva Harry. Je verrai ça demain, continua-t-il d'une voix fatiguée pour empêcher son adjoint de continuer le débat.

— Entendu. Je te laisse signer les bordereaux de transfert pour qu'on se débarrasse de ces gibiers d'Azkaban et moi je vais appeler Magda Belby pour voir ce que je peux faire pour elle.

ooOoo

Harry se força à sourire devant ses enfants et fit semblant de suivre la conversation durant le dîner, mais il avait du mal à se concentrer sur ce que disaient les petits. Heureusement, Ginny détournait les questions qu'ils lui posaient, réagissait à sa place et emmena les enfants se coucher quand ce fut l'heure. Harry monta les embrasser et redescendit au salon.

Il se demandait si c'était une bonne idée de se servir un whisky quand Ginny arriva derrière lui et l'enlaça.

— J'ai entendu la radio, expliqua-t-elle. Je suis désolée, mon chéri.

— C'était une sale journée, convint-il.

Il lui raconta tout : l'intervention, l'incendie de la maison, sa visite à la veuve, sa discussion avec Stanislas à propos de Muldoon.

— Qu'est ce que tu ferais à ma place ? demanda-t-il finalement. A propos de Muldoon, je veux dire.

— Finalement, il ne s'en pas si mal tiré, jugea-t-elle. Il a arrêté les criminels sans tuer personne.

— Mais si l'un d'eux était mort dans l'incendie ? La maison de Justice nous aurait demandé des comptes. On n'est pas des bourreaux.

— Mais justement, Harry, personne n'a brûlé.

— Donc tu penses que je dois le féliciter parce qu'il a eu de la chance et que, par miracle, tout s'est bien passé ?

— N'est-ce pas toujours ainsi qu'on s'est conduit avec toi ?

Cette réponse laissa Harry stupéfait. Il voulu répondre par la négative mais il devait reconnaître qu'il y avait du vrai dans ce que venait de dire son épouse. Il avait régulièrement pris des risques, pour lui et pour ses compagnons, et aussi attaqué avec l'intention de blesser les autres. Si on ne lui en avait jamais tenu rigueur c'était parce qu'il avait atteint ses objectifs et que les risques pris valaient les résultats qu'il avait obtenus. En cas d'échec, les choses ne se seraient pas passées ainsi. Il en avait toujours été conscient, acceptant l'idée qu'on lui demande des comptes. En était-il ainsi pour Muldoon ?

Oui, sans doute. Harry ne l'aimait pas, n'appréciait pas sa manière de travailler, son refus d'accepter que la situation avait évolué et qu'il fallait s'adapter aux nouvelles lois sur la justice, mais c'était un homme qui assumait ses choix. Il n'avait jamais hésité à s'opposer à Harry, alors même que ce dernier avait les faveurs du précédent commandant, il n'avait pas baissé d'un ton quand Harry était devenu son supérieur, et il avait accepté sans broncher les conséquences de sa franchise : le manque de confiance de son commandant et les missions sans intérêt qu'on lui donnait à cause de son insubordination.

Harry réalisa que c'était pour cette raison qu'il ne l'avait pas désavoué devant les autres, juste après le combat. Parce que malgré tout ce qui les séparait, il devait bien lui concéder un certain respect et l'humilier devant tout le monde n'aurait pas été correct.

— Même Stanislas admet qu'il mérite un avertissement, argua-t-il cependant.

— Je ne prétends pas qu'il a bien agi, fit remarquer son épouse. Je remarque simplement que, par chance, tout s'est bien terminé et que tu n'es pas obligé de donner à cet épisode plus d'importance qu'il n'en a eu. Par contre, fait bien comprendre à ce Muldoon que la chance tourne et qu'il est imprudent de trop compter dessus.

— Il n'est pas du genre à écouter mes conseils, figure-toi.

— Je suis certaine que tu sauras t'y prendre, lui affirma Ginny en l'embrassant. Allez, viens te coucher.

— Je ne suis pas sûr de pouvoir dormir, confessa Harry.

— Tu seras mieux au lit avec moi qu'ici tout seul à côté du bar, décréta-t-elle. Tu veux que je te donne un peu de potion de sommeil ?

— Oui, ça vaut mieux, une longue journée m'attend demain.

ooOoo

En dépit de la potion et du réconfort que lui apporta la chaleur du corps de Ginny contre lui, il se réveilla très tôt le lendemain matin. Malgré son épuisement, il réalisa qu'il ne se rendormirait pas et décida de se lever. Les elfes n'étaient pas encore en cuisine et il se dit qu'il se ferait du café au QG.

Il était à peine six heures quand il poussa la porte de la grande pièce après avoir traversé l'atrium silencieux et eut immédiatement l'ascenseur. La salle n'était pas vide : cinq Aurors se trouvaient déjà là, buvant une boisson chaude autour de la table qui servait pour les pauses.

— Bonjour, salua-t-il à la cantonade.

Pritchard, Muldoon, Wellbeloved, Pilgrim et Summers lui rendirent sobrement son salut avant de reprendre leur conversation qui tournait apparemment sur le rôle qu'ils voulaient jouer lors de l'enterrement de leur camarade.

Harry s'étonna un instant de voir Wellbeloved, Pilgrim et Summers aussi concernés avant de se rappeler qu'ils avaient exactement le même âge que Belby et qu'ils avaient vraisemblablement été à Poudlard ensemble avant de travailler vingt-huit ans côté à côté dans ce service.

Magiquement, Harry fit venir son mug de son bureau et le remplit, bénissant celui qui venait de faire le café. Il le sirota sans intervenir : même s'il appréciait le défunt, il le connaissait finalement assez peu et ne se sentait pas fondé à organiser l'hommage qui devait lui être rendu.

Une fois qu'ils eurent fait le tour du sujet, Pilgrim demanda où en était l'enquête. Muldoon se tourna vers Pritchard, comme s'il attendait que ce dernier réponde mais l'adjoint de Harry garda le silence. Muldoon répondit donc d'une voix contrainte :

— Tous les dossiers ont été acceptés. Ils resteront en prison jusqu'à leur procès. J'ai tout transmis à Stan.

Il se tut et Harry comprit la question qu'il laissait en suspens. Ils avaient deux semaines pour monter le dossier définitif et le transmettre à la maison de Justice. Harry devait nommer un responsable pour coordonner la rédaction des rapports et veiller au respect des procédures. Ordinairement, c'était l'Auror qui avait mené l'action sur le terrain qui s'en occupait. Mais en l'état, Harry n'avait pas donné formellement le commandement à Muldoon et ce dernier avait sagement évité de s'auto-saisir, d'où le retour du dossier dans le bureau du commandant.

Le silence s'éternisait et Harry savait qu'ils attendaient tous qu'il se prononce. Il n'apprécia pas d'être ainsi mis au pied du mur, mais il fallait bien qu'il tranche. Il fit signe à Muldoon de le suivre et se dirigea vers son bureau.

Dès que son subordonné en eut franchi le seuil, il referma la porte derrière eux et dit :

— Je ne peux pas laisser passer qu'on mette volontairement le feu à un bâtiment où se trouvent des gens. Tu auras un blâme dans ton dossier. Si quelqu'un était mort, ça aurait été la mise à pied et la fin de ta carrière ici. Et si tu refais un acte de ce genre, même s'il n'y a pas de victimes, ce sera la mise à pied immédiate, c'est clair ?

— Oui, Commandant, répondit Muldoon d'une voix neutre en soutenant son regard.

— Pritchard m'a dit que les interrogatoires avaient été bien menés et j'ai vu que ta manière de coordonner l'attaque était correcte. Alors je te laisse responsable de ce dossier, mais je ne veux pas d'entourloupes sur les preuves, tout doit être conforme à la nouvelle procédure, d'accord ?

— Oui, Commandant.

Il rouvrit la porte, dont il n'avait pas lâché la poignée, indiquant ainsi la fin de la conversation. Muldoon passa devant lui sans rien ajouter. Harry s'assit à son bureau, tentant de déterminer s'il avait bien agi. Il fut rapidement rejoint par Stanislas qui lui lança son fameux demi-sourire.

— Au moins, je t'ai apporté un peu de satisfaction aujourd'hui, grogna Harry.

— Tu as bien fait.

— Franchement, j'en suis pas certain.

— Ce n'est pas un mauvais élément quand on lui donne l'occasion de le montrer, rétorqua Pritchard.

— D'accord, reconnut Harry, j'aurais dû le mettre sur une vraie enquête plus tôt, mais il n'empêche que son blâme, il ne l'a pas volé ! Et je ne sais pas encore ce que je vais faire si on nous attaque là dessus.

— On verra quand ça se présentera.

Le sujet était clos. Ils se mirent au travail puis Stanislas partit rejoindre Magda Belby pour l'aider à s'organiser.

ooOoo

Bien entendu, Harry dut faire un discours lors de l'enterrement. Il l'avait composé avec Stanislas, et il loua à la fois l'Auror et le mari et père dévoué. Tous ceux qui n'étaient pas de service était venus et Kinsley s'était déplacé. Harry fut heureux de noter qu'une famille nombreuse et peinée entourait la veuve et son fils. S'il était important pour eux de voir que celui qui les quittait recevait l'hommage de ses pairs, c'était les proches qui assureraient le soutien quotidien durant les prochains mois.

De son côté, il avait fait de son mieux pour épargner les soucis matériels à l'épouse de son subordonné. Il avait fait une demande pour que le Ministère prenne en charge les frais d'enterrement, Stanislas s'était occupé des démarches administratives.

Wellbeloved et Pilgrim avait porté le cercueil avec le jeune Stanley Belby et l'oncle de ce dernier. Ils l'avaient ensuite fait léviter dans la cavité, puis avaient lancé les premières pelletées de terre. Kevin Whitby, le partenaire du défunt, était venu avec son épouse. Il était effondré et Harry n'espérait pas le voir revenir au QG avant un long délai. Il était allé le voir chez lui la veille, et s'était senti désarmé devant tant de culpabilité.

Même en puisant dans son passé, il ne pensait pas avoir trouvé les mots pour lui expliquer qu'il n'avait pas failli et que des malheurs de ce genre arrivaient sans qu'une erreur professionnelle soit en cause. Deux sorts agressifs arrivant en même temps sur une même personne, un coeur qui lâche et voilà. En repartant, Harry avait eu l'impression qu'il avait parlé pour rien. Quoiqu'il ait sans doute rassuré l'épouse qui n'avait eu que la version de son mari et qui avait paru soulagée quand Harry avait affirmé que rien ne pouvait lui être reproché.

Près de lui, Angelina se tamponnait les yeux, ainsi que Demelza. Janice avait son air des mauvais jours, comme Harry ne le lui avait plus vu depuis l'enquête où ils avaient dû combattre un Feudeymon. Beaucoup de ses hommes avaient les poings serrés. Le visage de Muldoon semblait taillé dans le roc.

Harry se demanda cyniquement si son subordonné regrettait qu'il n'y ait pas eu de victimes suite à son accès de pyromanie.

ooOoo
End Notes:
Vous êtes plusieurs à me demander si je n'ai pas oublié Neville. Non, je n'ai oublié ni lui, ni Hannah, ni Luna, mais j'ai pas encore eu d'inspiration à leur sujet et j'ai encore le temps de les mettre en place pour qu'ils soient au bon endroit au bon moment !

Le prochain chapitre s'appellera 'De bons souvenirs'.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
VIII : De bons souvenirs by alixe
Author's Notes:
- LES SORCIERS -

Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 15 au 31 octobre 2012

IMPORTANT : J'ai retiré le passage dans le chapitre précédent où Harry propose à Muldoon de venir s'entraîner le samedi. En y réfléchissant j'ai trouvé que c'était assez illogique avec son état d'esprit du moment. C'est donc ré-abordé dans le texte qui suit, mais d'une manière différente.
Les jours suivants l'enterrement de Simon Belby furent un peu difficiles. Toute la brigade était à cran, les gestes étaient brusques, les paroles un peu vives. La quête qui avait été lancée pour la veuve de Simon Belby avait ramené une somme généreuse, que Harry doubla. Il chargea Pritchard et Wellbeloved de la faire parvenir à la famille avec un mot de sa part.

La veille du jour où ils devaient remettre le dossier définitif à la maison de Justice, un avocat se présenta au QG et demanda à parler à Harry. Mû d'un mauvais pressentiment et regrettant l'absence momentanée de Stanislas qu'il avait envoyé faire des recherches dans un autre service, Harry fit entrer l'homme dans son bureau et se disposa à l'écouter.

Une fois les salutations d'usage et les présentations terminées, l'homme de loi se contenta de tendre un document vers le commandant des Aurors. Harry ne fut pas surpris d'y découvrir une plainte pour tentative d'homicide volontaire envers les individus retranchés dans la maison prise d'assaut par les Aurors.

Harry feignit de tout lire en détail pour se donner le temps de réfléchir. Théoriquement, l'avocat n'avait pas besoin de lui soumettre son intention de porter plainte. Il pouvait déposer sa requête directement à la maison de Justice. L'homme était donc là pour négocier. Harry décida de mettre le responsable de la situation face à ses responsabilités. D'un geste, il demanda à l'avocat de patienter, puis il se leva pour aller ouvrir la porte de son bureau qu'il avait close pour garantir la confidentialité de l'entretien et appela d'une voix forte :

— Muldoon !

Quand l'Auror se présenta, Harry lui présenta la chaise visiteur qui restait libre et une fois qu'il fut installé, il lui tendit l'acte. En en prenant connaissance, Muldoon se décomposa.

— Bien, fit Harry à l'avocat, que proposez-vous ?

— Ce qui est arrivé à l'Auror Belby est regrettable, mais c'était un accident, attaqua l'homme de loi. Je veux que le procès ne porte que sur le trafic d'objets magiques illicites. Aucune allusion au meurtre d'un Auror, aucune allusion à vos très contestables méthodes d'arrestation.

Muldoon ouvrit la bouche puis la referma, comprenant qu'ils étaient coincés.

— Je vois, répondit Harry. D'autres demandes ?

— Pas pour le moment. Je suppose que nous nous reverrons à l'audience, ajouta l'avocat à l'intention de Muldoon tout en se levant. A très bientôt, donc.

Il sourit aimablement, et sortit de la pièce. Harry prit la plainte que Muldoon avait reposée sur son bureau, la barra d'un trait de plume et inscrivit "Transaction avec l'avocat. Accusation limitée au trafic".

— Tu n'as plus tellement de temps, signifia-t-il à Muldoon en lui tendant la feuille. Je veux le dossier d'accusation revu de fond en comble sur le bureau de Pritchard demain matin pour qu'il puisse le vérifier avant qu'on ne l'envoie.

— Avant, on ne nous cherchait pas des noises sur nos méthodes d'arrestation, fit Muldoon entre ses dents. Ceux qui sont en face ne sont pas des enfants de chœur. Ils nous balancent leurs saloperies de sorts et on en meurt, bon sang !

— Effectivement, avant c'était le bon temps, on pouvait faire griller les suspects sans que cela ne gêne personne, ironisa Harry. Tu sais, si tu y tiens, tu laisses le dossier en état et tu vas défendre ton opinion devant le Magenmagot. ça les passionnera. Et comme ça, on peut laisser l'accusation en l'état.

— Tu aurais préféré que je les laisse partir ?

— J'aurais préféré une arrestation propre qui ne m'oblige pas à me coucher devant l'avocat ! scanda Harry en tapant du poing sur la table. J'aurais préféré de toi une attitude professionnelle, éthique et défendable !

— Si je t'avais obéi, on n'aurait arrêté personne et ils seraient dans la nature ! opposa Muldoon.

— C'est pas que tu sois resté ou que tu aies mené l'assaut qui m'ennuie, c'est que tu aies lancé un sort qui aurait pu tuer ces gens, clarifia Harry. Notre boulot, c'est de les arrêter, pas de les condamner à mort.

— La vie de Simon vaut tellement peu, pour toi ?

— Pour commencer, tu ne savais pas à ce moment que Simon était mort, alors ne l'utilise pas comme justification. En tout état de cause, même si tu l'avais su, on ne t'a pas formé à ce boulot pour que tu te fasses ta petite justice privée. Et puis, ce n'est pas un meurtre délibéré, aucun des sorts n'était mortel. Ils ont pris le risque de blesser grièvement un Auror, c'est vrai, et j'aurais bien aimé qu'on les juge pour ça. ça, ils l'auraient mérité. Mais à cause de toi, cela ne va pas être possible. Tu réalises que c'est pour te protéger qu'on doit leur laisser passer ça ?

— Pourquoi tu ne me balances pas ? Tu en meurs d'envie !

— Remercie Pritchard, c'est lui qui pense qu'on doit te garder, et j'ai confiance en son jugement, lui lança sèchement Harry.

Le visage de Muldoon se contracta, et Harry eut l'impression qu'il luttait contre l'envie de lui casser la figure. Au lieu de cela, il dit d'un ton accusateur :

— Tu n'avais aucune raison de me dire de partir ! Tu aurais dû me demander de les empêcher de s'enfuir le temps que le groupe de Janice arrive.

— Tu sais pourquoi je n'ai pas voulu que tu restes sur place ? rétorqua Harry. Parce que Kevin était hors service et que je ne connaissais pas ton niveau. Je ne voulais pas perdre trois hommes le même jour.

— Je savais me battre quand tes parents n'avaient pas encore eu leur première baguette ! lança Muldoon d'un ton ulcéré.

— Comment tu veux que je le sache ? Si tu venais le samedi, on saurait à quel point on peut compter sur toi ! Mais tu préfères t'opposer, par principe, et pénaliser tes collègues en cas de coup dur.

— Si c'est aussi important, pourquoi c'est pas obligatoire, alors ? interrogea Muldoon.

— Pour me permettre de faire la différence entre ceux qui sont motivés et ceux qui ne le sont pas, répliqua Harry agacé par sa mauvaise foi. D'ailleurs, je veux t'y voir, maintenant. On a tous besoin de connaître ton niveau.

— Je suis pris le samedi, grogna Muldoon.

— Eh bien arrange-toi pour venir quand même ! intima Harry. C'est un ordre.

La porte de la pièce s'ouvrit et Pritchard entra. Il marqua un arrêt en les découvrant toujours assis, tendus l'un contre l'autre de part et d'autre du bureau.

— Un problème ? demanda-t-il en repoussant avec soin le battant derrière lui.

Du menton, Harry montra le papier que Muldoon tenait à la main. Ce dernier le tendit à Pritchard le visage fermé. Ce dernier le parcourut rapidement.

— C'est demain qu'on passe le dossier de l'accusation au Magenmagot ? Il faut le revoir en vitesse.

— J'y vais dès que le commandant en a terminé avec moi, répondit Muldoon d'un ton sec.

D'un signe de la tête, Harry lui donna son congé. La porte claqua et Pritchard s'assit à sur la chaise abandonnée par leur subordonné.

— Je comprends que tu sois furieux, Harry, mais ça aurait pu plus mal tourner. Les assassins de Simon vont se prendre pas mal d'années de prison et ce n'est pas le temps qu'ils auraient eu en plus qui nous l'aurait ramené.

— Va expliquer ça à la brigade, lança Harry d'une voix sèche.

— Ils savent tous qu'il nous arrive de devoir transiger. Ne te détourne pas définitivement de Muldoon.

— Tu veux que je lui confie des affaires importantes, après qu'il nous ait mis dans cette situation ? ne put croire Harry. Mais il est dangereux ce type !

— Je pense qu'il retiendra la leçon, pour peu qu'on lui donne l'occasion de faire ses preuves et de s'adapter à la nouvelle situation, plaida Pritchard. Il y réfléchira à deux fois avant de violer les règles désormais.

— Je ne sais pas. J'ai besoin de digérer tout ça, coupa Harry qui n'avait pas envie de se disputer avec son adjoint alors qu'il sortait tout juste d'une confrontation avec l'avocat puis avec Muldoon.

Le silence retomba pendant un moment. Harry termina de lire le rapport sur lequel il travaillait avant de recevoir de la visite. Il écrivit les trois lettres qui étaient en attente et signa des papiers administratifs.

Quand Pritchard dut considérer qu'il s'était calmé, il rappela :

— Tu pars en balade, mercredi prochain, c'est ça ?

— Ouais, il ne manquait plus que ça. Faut que j'aille faire le beau à ce fameux Tournoi. Tu iras voir la retransmission par Merveill'image ? demanda Harry, heureux de passer à un sujet plus léger.

— Pas celle qui est pratiquement en direct, mais ils referont une séance en soirée, je vais le proposer à Kendra. Vu que tu seras la vedette, je pense que cela l'intéressera.

Du temps où Harry rendait régulièrement visite à Stanislas, cloué chez lui par les séquelles du Feudeymon, il avait noué des relations amicales avec l'épouse de ce dernier. Elle lui était profondément reconnaissante du soutien moral qu'il avait pu apporter à son ancien coéquipier à cette époque, ainsi que de la seconde chance qu'il lui avait offerte en lui proposant le rôle d'adjoint.

— Ce ne sera pas moi la vedette, mais la Coupe de feu, rappela Harry. Moi, je vais juste lire les noms qu'elle va recracher.

— J'espère que les noms étrangers ne seront pas trop difficiles à prononcer, plaisanta Stanislas.

— C'est vrai, je n'y avais pas pensé, réalisa Harry. Le français est vraiment imprononçable, j'espère que je ne vais pas vexer quelqu'un à mort en écorchant son patronyme. Faut que je demande à Fleur de rester près de moi pour me souffler au cas où.

ooOoo

Quand Harry rentra chez lui, le dossier Muldoon le turlupinait toujours. Il raconta tout à Ginny le soir au moment où ils se mirent au lit. Elle écouta attentivement et se prononça :

— Stan a raison. Vous savez ce qui s'est passé pour Simon Belby, ce sont deux sorts qui ne voulaient pas tuer. Alourdir la peine de prison des criminels ne changera pas grand-chose. Oui, je sais que tu as l'impression d'être déloyal envers sa veuve et tes hommes en balançant ça sous le tapis, mais cette histoire d'incendie te minait également. Je pense que finalement c'est plutôt une bonne chose que vous ayez en quelque sorte "payé" pour ce sort d'incendie malheureux.

— Pas malheureux, criminel !

— Oui, criminel. Vous avez dû renoncer à quelque chose qui comptait pour vous à cause de ça et d'une certaine manière, justice est faite.

Harry ouvrit la bouche pour objecter, mais Ginny le prit de vitesse :

— Chéri, si cet incendie avait blessé quelqu'un, c'est Muldoon qui serait passé en jugement. La justice veille, alors dors tranquille.

ooOoo

Il était tôt une semaine plus tard quand Harry passa au QG pour vérifier que tout était en ordre et qu'aucun papier à signer n'avait été déposé sur son bureau. Il salua les deux Aurors qui avaient été de garde cette nuit-là et quitta les lieux avant que l'équipe de jour n'arrive. Il se rendit dans le bureau d'Adrian Ackeley à partir duquel il devait partir pour la France pour assister à la désignation des champions du Tournoi.

Il avait quelques minutes d'avance, ce qui lui permit d'accepter un café.

— Il est très fort, remarqua-t-il. C'est très bon, ajouta-t-il rapidement pour que sa remarque ne soit pas mal interprétée.

— Ma mère était d'origine italienne, lui apprit le secrétaire de Percy. Ce qu'ils nomment "caffè", là bas, est une boisson qui n'a rien à voir avec ce qu'on sert ici sous le nom approchant.

— Mais nous sommes plus généreux, argua Harry en montrant la minuscule tasse qu'il avait à la main.

— Je peux vous en donner triple dose, mais vous risquez de sauter sur place toute la journée et cela risque de faire mauvais effet.

— Bonjour, fit Fleur de la porte du bureau. Je ne suis pas en retard ?

- Vous arrivez au bon moment, ma chère Fleur, comme toujours, lui répondit Ackerley en allant l'accueillir. Le temps nécessaire à votre cappuccino.

Il s'empara d'une autre tasse plus large, y plongea un demi-sucre, ajouta un nuage de lait et donna un coup de vapeur avec sa baguette avant de tendre le résultat à la Française qui s'en empara en minaudant. Harry se demanda dans quelle mesure Ackerley avait compris quelle finesse d'esprit se cachait sous le sourire et les paroles légères de sa belle-soeur. Le déterminer serait très instructif pour évaluer l'homme politique.

Ackerley entretint la conversation avec Fleur pendant qu'elle dégustait sa boisson, ce qui ne l'empêcha pas de garder un œil sur sa montre et de donner le signal du départ à l'heure prévue. Ils se rendirent dans l'Atrium pour le départ. Le Portoloin personnel de l'assistant de Percy était une broche d'argent ouvragée qu'il gardait épinglée sur son chapeau. Il tint le couvre-chef devant lui pour permettre aux deux autres voyageurs d'accéder à leur moyen de transport.

La première chose que remarqua Harry en prenant pied en France fut l'odeur de la mer. Il eut juste le temps d'apercevoir une grande étendue bleue par la fenêtre qui était à sa droite avant que Madame Maxime ne capture son attention.

— Cher Arry, chère Fleur, Monsieur Ackerley, soyez les bienvenus !

Elle embrassa Fleur sur les deux joues, se permit d'effleurer l'une de celles de Harry et tendit la main à Ackerley qui, malgré la taille de son interlocutrice, arriva à se casser en deux pour un baisemain plein de panache.

— Harry ! lança une voix rocailleuse.

Son accolade avec Krum fut spontanée : les deux hommes traduisirent leur ravissement de se retrouver par de grandes claques dans le dos. Harry dut admettre que, même s'il était légèrement plus grand que son vis-à-vis, ce dernier était avantagé par une musculature d'acier. D'ailleurs, ses omoplates ne s'en tirèrent pas sans dommage.

— Quelle scène touchante ! énonça une voix qui fit grincer les dents de l'Auror.

Un flash l'aveugla et lui apprit qu'il serait le lendemain dans la Gazette et dans les bras de Krum — oui, les deux en même temps !

— Pas elle ! s'écria-t-il.

— J'adore votre chapeau, fit Fleur à l'intention de la journaliste.

— Certaines choses ne changent pas ! remarqua Viktor avec philosophie.

— Nous voici de nouveau réunis, fit Rita avec un sourire carnassier. ça rappelle de bons souvenirs, n'est-ce pas ?

Harry n'eut pas le temps de commenter cette assertion plus que douteuse. Madame Maxime lui prit le bras, saisit Viktor de l'autre et, ainsi entourée, les entraîna vers la porte. Fleur et Ackerley leur emboîtèrent le pas.

Ils débouchèrent dans une vaste pièce aux murs blanchis à la chaux. De larges baies donnaient sur une mer d'un bleu impressionnant et un ciel éclatant. La lumière du soleil donnait l'impression qu'on était encore en été, alors qu'ils avaient quitté Londres sous un crachin déprimant. Ils étaient arrivés sur une estrade qui surplombait ce qui devait être le réfectoire de l'école. Une quantité de tables rondes accueillaient chacune huit élèves, ce qui donnait une impression bien moins formelle que les longues tablées de Poudlard. Harry reconnut les Anglais à leurs robes d'école noires. Il remarqua avec plaisir qu'ils étaient dispersés parmi leurs nouveaux camarades, bien qu'ils ne soient arrivés que la veille. Les Français portaient la légère robe bleu pâle dont Harry se souvenait. Les élèves de Dumstrang étaient en marron, sans les chaudes capes fourrées qu'ils avaient amenées bien des années plus tôt en Angleterre. Les pensionnaires semblaient terminer leur petit-déjeuner, tout en lorgnant vers les invités et les journalistes qui se partageaient l'estrade.

On présenta Harry et Fleur au ministre des Sports russe, Davilo Padirchka, dont les ressortissants partageaient avec les Bulgares l'école de Dumstrang. Harry eut une heureuse surprise en découvrant l'identité de la traductrice qui servait d'intermédiaires aux salutations d'usage. Ce n'était autre que Yordanka, l'épouse de Viktor. Elle sourit chaleureusement à l'ancien champion avant de lui traduire les compliments du Russe. Harry et Fleur furent ensuite présentés à Branimir Razkazvatch, le directeur de Dumstrang puis au ministre des Sports français, Thierry Montel. Ils échangèrent enfin un sourire avec le professeur Brocklehurst qui avait accompagné ses élèves et qui était membre du jury avec les deux autres directeurs, les deux ministres des Sports et Ackerley.

Pendant que Fleur exerçait le charme français sur les représentants de l'Europe de l'Est, Harry en profita pour examiner la Coupe de feu qui se trouvait près d'eux. Elle était moins imposante que dans ses souvenirs, mais l'image qu'il en avait gardée était fidèle : en bois, ne payant pas de mine, les flammes bleutées qui la coiffaient dansant comme un feu de joie.

Madame Maxime frappa dans ses mains. Le brouhaha des élèves s'éteignit. La plupart les regardèrent d'un air attentifs, pendant que d'autres se dépêchèrent de terminer leur bol et leur assiette. Une dizaine de secondes plus tard, une cloche se fit entendre et les reliefs du repas disparurent de chaque table. Harry se demanda si Beauxbâtons aussi avait des elfes en cuisine et quel était leur statut.

Madame Maxime fit un petit discours, traduit par Yorkanda en anglais puis en russe et en bulgare, qui indiquait sa fierté d'accueillir le Tournoi des trois sorciers dans son école et dans lequel elle souhaitait bonne chance aux participants dont on allait bientôt connaître les noms.

C'était au tour de Harry. Il se racla la gorge et prononça le texte qu'il avait préparé et soumis à Fleur quelques jours auparavant. Il se dit ému de présider ce tournoi qui lui avait fait connaître des amis qu'il n'aurait jamais rencontrés sans cette occasion, leur parla de la richesse de recevoir des camarades étrangers ou de passer plusieurs mois dans une autre école. Enfin, il dit qu'il était temps de savoir qui allaient être les champions.

Madame Maxime prit place près de la Coupe, de manière à ce que cette dernière soit bien visible des élèves. Le silence était maintenant absolu. Harry regarda du côté des journalistes. Il y avait des photographes prêts à immortaliser la scène avec leur appareil, mais d'autres qui fixaient le réceptacle d'un air tendu, ne voulant pas rater les moments importants qu'ils devraient ensuite restituer dans les Pensines de la presse.

Les larges baies qui se trouvaient derrière les officiels, ainsi que les fenêtres qui ponctuaient les murs le long des tables s'obscurcirent. Ils n'étaient pas dans l'obscurité complète, mais la plus importante source de lumière était maintenant la Coupe qui recueillait toute leur attention. Les flammes bleues s'intensifièrent, obligeant Harry à détourner le regard puis une lueur rouge attira son attention vers l'objet. Une langue de feu projeta un morceau de parchemin dans les air, que Madame Maxime attrapa avec adresse. Elle passa le message à Harry qui le déchiffra à la lueur des flammes redevenues bleues :

— La championne de Poudlard est Hope Ketteridge ! déclama-t-il.

Un tonnerre d'applaudissements accueillit cette déclaration. La jeune Anglaise se leva et traversa la salle. Elle monta sur l'estrade et se plaça près des trois anciens champions, sans doute conformément à des instructions données avant l'arrivée de Harry.

Les trois vétérans eurent le temps d'adresser leurs félicitations à la nouvelle lauréate avant que la coupe ne rougeoie encore avant de rejeter un nouveau nom :

— Le champion de Dumstrang est Batoura Utchenik ! fit savoir Harry.

Quand il les rejoignit, Harry et Fleur le félicitèrent en anglais, laissant à Krum le soin de traduire et d'ajouter ses propres louanges.

Pour la troisième fois, la langue de feu délivra son message.

— Le champion de Beauxbâtons est Sebastien Lebeau !

Durant les applaudissements et la venue du champion aux côtés des autres, Harry lorgna la Coupe d'un regard inquiet. Il ne pouvait s'empêcher de craindre qu'elle ne délivre un quatrième nom, comme elle l'avait fait vingt ans auparavant. Quel cauchemar s'il se voyait de nouveau désigné...

Il sentit la main légère de Fleur serrer son bras et il se détendit. Il n'y avait aucune raison pour que les évènements anciens ne se réalisent de nouveau. Il retrouva son sourire et accueillit avec bonhomie le troisième lauréat.

Les fenêtres reprirent leur clarté et la salle fut de nouveau baignée de soleil. Les trois élèves furent priés de s'avancer sur le bord de l'estrade et reçurent l'ovation de leurs camarades.

— Ceux du fond n'ont pas de mal à voir ce qui se passe ici ? demanda Harry à Fleur.

—Fixe ton attention vers une table loin de nous, répondit Fleur.

Harry fit ce qu'elle lui demandait et, au bout d'une seconde, sa vision s'accommoda. Il vit et entendit nettement huit élèves en train d'applaudir. Non ! Ce n'était pas sa vision qui lui permettait de percevoir si distinctement sur une telle distance, c'était sûrement un sortilège.

— Ils nous voient et nous entendent comme s'ils étaient au premier rang, confirma Fleur. Cela nous évite de nous tordre le cou quand un professeur fait un discours. Ce serait une bonne idée pour Poudlard, non ? ajouta-t-elle avec un sourire en coin.

— Oh non, assura Harry entrant dans son jeu. Les places du fond de la Grande salle sont les plus prisées, on y est bien plus tranquilles.

— C'étaient tes préférées, je suppose, intervint Krum un éclair de malice dans les yeux.

— C'était là où Ron se sentait le mieux, leur apprit Harry, mais comme Hermione briguait le premier rang, du coup on s'installait plutôt au milieu.

Madame Maxime était en train d'obtenir le silence.

— La première tâche aura lieu le vingt-six novembre. Les champions n'auront pas d'indices pour s'y préparer et devront faire face à l'inconnu, annonça-t-elle avec emphase.

— Si c'est comme pour nous, la surprise risque d'être éventée, souffla Fleur.

— De toute manière, cette épreuve est davantage pour tester l'intelligence et la connaissance plutôt que les pouvoirs magique, remarqua Krum. L'espionnage, c'est de l'intelligence, non ?

— On peut voir ça comme ça, reconnut Harry qui envoyait parfois ses hommes ou ses informateurs infiltrer des groupes flirtant avec la magie noire.

Les flammes de la Coupe s'étaient éteintes. Les élèves se levaient et sortaient par la porte se trouvant à l'opposé de l'estrade, commentant les derniers évènements. Le professeur Brocklehurst avait dû faire un signe car les élèves de Poudlard non sélectionnés vinrent vers eux. Harry comprit qu'il avait encore un rôle à jouer. Il alla à leur rencontre, leur serra la main et leur dit :

— Je comprends votre déception. Vous avez fait un long voyage et vous étiez préparé à subir des épreuves. Mais la victoire de Mademoiselle Ketteridge sera celle de l'école, vous pouvez donc jouer un rôle en l'épaulant et l'aidant à rechercher les indices et les connaissances dont elle aura besoin.

Aristote Brocklehurst toussota dans son dos.

— Ah, oui, elle est supposée trouver toute seule, se rappela Harry. Mais, heu, bon, je ne pense pas me tromper en affirmant que tous les champions recevront un peu d'aide sur les recherches documentaires et les énigmes. Je ne vous conseille pas de tricher, mais de rester solidaires.

Les Anglais sourirent et assurèrent qu'ils feraient leur possible pour participer à la victoire de Poudlard.

— Profitez également de cette année dans une école étrangère. C'est une expérience précieuse qui n'est pas donnée à tout le monde. Félicitations pour avoir été choisis pour représenter notre école. Faites-nous honneur !

— Oui, Monsieur Potter, répondirent-ils plus ou moins en chœur.

— Je ne vous retiens pas plus longtemps, je suppose que vous avez cours, maintenant. Ne vous mettez pas en retard !

Harry rejoignit Krum et Fleur qui remplissaient le même office auprès des autres candidats malheureux. Harry remarqua que, contrairement à la dernière fois, il y avait des filles dans l'équipe slave. Les Anglais n'étaient peut-être pas les seuls à faire évoluer leur société.

Quand ils furent tous repartis, Fleur proposa :

— Je vous fais visiter mon école ?

ooOoo

Les journalistes avaient déjà disparu dans la salle où des Pensines devaient recueillir leurs témoignages et les commentaires qu'ils allaient y ajouter. Les autres officiels avaient déjà fait le tour du propriétaire avec Madame Maxime au cours des semaines précédentes, lors des préparations. Ils rentrèrent donc chez eux, libérant Yorkanda qui put se joindre au trio d'anciens champions.

A la suite de Fleur, Harry, Viktor et Yorkanda sortirent du réfectoire par la même porte que les élèves. Harry put mesurer la longueur de la pièce et jugea que le dispositif de rapprochement était très efficace. Ils débouchèrent sur une pièce octogonale, de dimension modeste par rapport à celle dont ils sortaient, mais suffisamment spacieuse pour contenir une cinquantaine de personnes. Au dessus des huit arches qui permettaient d'en sortir, étaient indiquées des destinations : Réfectoire, Salles de classe, Dortoirs des filles, Dortoirs des garçons, Administration, Communs, Animalerie, Terrasse. C'était écrit en français, bien entendu, mais Fleur se fit un plaisir de traduire. Des élèves passaient en courant, arrivant par une des issues, ressortant rapidement par une autre - essentiellement des dortoirs vers les salles de cours.

— D'ici, on peut aller partout dans l'école, indiqua Fleur avec fierté.

— Vraiment ? demanda Harry. Où sont les toilettes ?

Sans répondre, Fleur les entraîna vers la voûte donnant sur "Dortoir des garçons".

— Pour toi, c'est ici, indiqua-t-elle.

Ils avaient débouché sur une autre pièce de passage, qui n'avait que cinq sorties. Ils arrivaient de Vestibule et avaient désormais le choix entre Sanitaires, Salons, Salle de sport et Dortoirs.

— Tu vas dans les sanitaires et tu continues vers Toilettes, indiqua obligeamment Fleur.

— C'était juste pour savoir, précisa Harry. Mais je fais comment si j'ignore que Toilettes vient après Sanitaires, qui lui-même vient après Dortoirs des garçons ?

— Tu fais marcher ton cerveau, proposa sèchement Fleur.

— En tout cas, je pense que je trouverai sans peine les toilettes des dames, assura Yokanda en revenant sur leur pas. Je vous retrouve dans le vestibule dans cinq minutes !

— Et l'infirmerie ? s'enquit Krum.

Administration puis Service médical, récita Fleur. Nous remettons évidemment un guide aux nouveaux élèves pour qu'ils sachent se rendre partout dès leur arrivée. Il est rare qu'ils éprouvent le besoin de le consulter au-delà du second jour. La logique est tellement facile à comprendre, pour des esprits cartésiens du moins, précisa-t-elle d'un ton condescendant.

Harry se rappela alors pourquoi il avait trouvé Fleur éminemment agaçante durant l'année qu'elle avait passée dans son école. Quoiqu'en dise Ginny, sa belle-sœur ne se limitait pas à se conforter aux préjugés de ses interlocuteurs. Elle était vraiment prétentieuse et imbuvable quand elle s'y mettait, sans que ce ne soit nécessairement la faute de son vis-à-vis. A moins qu'elle ne le soupçonne d'être profondément anti-français et tente de le conforter dans son erreur. Eh bien, si la visite durait trop longtemps, son antipathie supposée pour les mangeurs de grenouilles allait devenir une réalité !

— Tu veux dire que les nouveaux élèves n'ont pas le plaisir de découvrir les lieux, de se perdre, de découvrir des salles mystérieuses ? insista Krum qui semblait partager les sentiments de Harry.

— Si tu veux parler de se retrouver dans des endroits sales, dangereux et inutiles, la réponse est effectivement non, répondit Fleur avec hauteur.

— Et aucune chance de se retrouver 'par hasard' dans les toilettes des filles, réalisa mélancoliquement Harry.

— Tu t'y retrouvais souvent, 'par hasard' ? demanda Krum avec intérêt.

— En fait, non. J'avais toujours quelque chose de précis à y faire, répondit Harry pour préciser les choses. Et puis ça faisait plaisir à Mimi geignarde.

— Faudra que tu me racontes ça, un jour, fit Viktor.

— Bon, puisqu'on est là, je vais vous montrer les équipements sportifs, coupa Fleur.

Ils échangèrent un regard complice dans son dos et la suivirent en silence. Le vaste gymnase où ils débouchèrent arracha tout de même un sifflement admirateur au Bulgare.

— ça c'est de l'équipement ! reconnut-il.

Harry pensait la même chose, mais il aurait préféré recevoir un sortilège, plutôt que de l'avouer, ne voulant pas ajouter à l'air suffisant de la Française.

— Et le stade de Quidditch ? demanda-t-il.

— On s'y rend par les terrasses, comme pour toutes les activités en plein air. Retrouvons Yorkanda et allons-y.

Ils repassèrent par la salle intermédiaire et atteignirent le vestibule en même temps que l'épouse de Krum.

— Je me suis permise de faire un petit tour par les salons, indiqua cette dernière. Le mobilier est magnifique. Qu'elle bonne idée de changer de style pour chaque pièce. J'avoue que j'ai un faible pour la salle Louis XV.

— C'est ma préférée aussi, s'enflamma Fleur. Vous avez regardé la toile de Jouy sur le mur de la cheminée ? C'est une merveille !

Elle s'engagea sous la voûte menant à la terrasse, tout en parlant rideaux et embrases avec l'épouse de Viktor qui regardait Harry d'un air consterné. Ce dernier leva les yeux au ciel et demanda :

— Comment va ta petite famille ?

— Très, très bien, assura l'ancien champion de Quidditch. Irina a huit ans, maintenant, elle nous en fait voir de toutes les couleurs avec sa magie spontanée. Au sens propre. Georgi est plus calme, mais nous ne doutons pas de ses pouvoirs sorciers.

— Yorkanda a pu continuer à travailler facilement ? s'enquit Harry qui se rappelait que Viktor lui avait appris qu'en Bulgarie les sorcières qui avaient des enfants étaient supposées rester à la maison.

— Sa mère nous a beaucoup aidés en gardant les petits, lui apprit Krum. Par contre, ma mère ne s'y fait pas et c'est difficile pour Yokanda qui doit supporter ses remarques désagréables.

— Pas de chance, soupira Harry. Je dois dire que ma belle-mère nous aide aussi beaucoup avec les enfants.

La température était douce quand ils débouchèrent à l'air libre. On était en octobre, ce n'était donc pas la canicule, mais le soleil avait réchauffé l'atmosphère et Harry eut l'impression d'être en vacances. C'était peut-être le chant des grillons ou les pins parasols qui donnaient cette impression. Après avoir humé avec délice l'air de la mer, il regarda autour de lui avec étonnement. Il s'attendait à se trouver au sommet d'une grande maison ou d'un petit château, mais le manoir qu'ils surplombaient était plutôt modeste. Des mas aux tuiles rouges s'étageaient en dessous d'eux vers la mer azur qui étaient deux cents mètres en contrebas d'une côte escarpée.

— L'école, ce sont toutes ces maisons ? demanda Krum prévenant la question qu'il allait poser.

— Exactement, confirma Fleur avec fierté. Et ici, vous voyez le stade de Quidditch, et là, celui de pelote basque. On s'y rend par les sentiers.

Effectivement, la terrasse était entourée d'un muret bas qui servait de rambarde et qui s'ouvrait sur des petits chemins.

— Et peut-on se rendre d'une pièce à l'autre par l'extérieur ? s'enquit Yorkanda.

— Oui, bien entendu, ce sont des promenades bien agréables. Il suffit de suivre les panneaux indicateurs pour savoir quel sentier emprunter.

— Aucun risque de se perdre, compléta Harry d'une voix doucereuse. Tout est balisé.

Fleur ne se donna même pas la peine de répondre. Krum étouffa un rire et son épouse foudroya les deux hommes du regard.

Ils commencèrent par se rendre sur le terrain de Quidditch. Il était parfaitement aux normes, ainsi qu'ils purent le constater de près, mais aucun d'eux ne consentit à le dire. Ils subirent ensuite une longue et ennuyeuse leçon sur les subtilités de la pelote basque magique. Assurément plus intéressante que la moldue, s'ils en croyait la Française, mais même Yorkanda dut dissimuler un bâillement au bout d'un quart d'heure d'explications techniques.

Ensuite, Fleur les emmena voir ce qui devait être accessible par la porte Animalerie du vestibule : l'enclos des licornes, la baie où l'on pouvait nager avec les sirènes, l'écurie des abraxans, ces énormes chevaux ailés, et enfin une grande volière qui semblait contenir des étincelles en perpétuel mouvement. En s'en rapprochant, Harry s'aperçu que les éclairs mordorés étaient des êtres vivants, qu'il reconnut pour les avoir vus dans son exemplaire du Quidditch à travers les âges.Les yeux écarquillés, il suivit le ballet incessant des vivets dorés, ces oiseaux qui avaient inspiré le Vif d'or.

— C'est magnifique, ne put-il s'empêcher de s'écrier.

Même le sourire supérieur de Fleur ne parvint pas à tempérer son émerveillement. Les deux Bulgares étaient muets, suivant des yeux les gracieuses arabesques. Leurs mains s'étaient jointes, comme s'ils voulaient magnifier cette expérience en la partageant.

La visite se termina sur cette apothéose. Ils finirent par s'arracher à ce tableau et, par une arche se trouvant à proximité, ils regagnèrent le vestibule, puis le bureau de Madame Maxime qui leur confia des portoloins pour qu'ils puissent rentrer chez eux.

En partant, Harry se promit de revenir au moins une fois avec Ginny pour qu'elle puisse, elle aussi, profiter de cette vision enchanteresse.

ooOoo
End Notes:
Les officiels :

Davilo PADIRCHKA: nom du ministre des Sports russe. Pardirchka signifie encourager, en russe, et Davilo veut dire fort

Thierry MONTEL : Ministre des Sports français (les nom et prénom sont l'amalgame de chroniqueurs sportifs français)

Branimir RAZKAZVATCH: nom du directeur de Dumstrang. Signifie conteur, en Bulgare

Les champions :

Batoura UTCHENIK : champion de Dumstrang : Utchenik ; disciple, batoura : grand obstiné

Sebastien LEBEAU: Champion de BeauxBâtons. Désolée, j'ai tapé 'sportif de l'année' dans google, et c'est tombé sur un champion de rallye...

Hope KETTERIDGE : championne de Poudlard. De Elladora Ketteridge (1656 - 1729) qui découvrit l'utilité de la branchiflore lorsqu'elle faillit s'étouffer en l'avalant et ne fut soulagée qu'en plongeant la tête dans un seau d'eau. (Carte des Sorciers Célèbres).

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Le prochain chapitre s'appellera 'Une conscience aiguë'.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
IX : Une conscience aiguë by alixe
Author's Notes:
- LES SORCIERS -

Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 31 octobre au 26 novembre 2012

Madame Maxime — après qu'ils eurent franchi les arches Administration, Direction, Bureau de la directrice — avait donné à Fleur et Harry un Portoloin pour qu'ils puissent revenir en Angleterre. Ils se retrouvèrent à leur point de départ, l'atrium du Ministère.

— Je pense qu'il faut qu'on rende ça à Ackerley, indiqua Harry en montrant leur moyen de transport, une tasse en faïence, peinte à la main de motifs bleus.

— Je monte avec toi, je ne lui ai pas dit au revoir tout à l'heure, répondit Fleur.

Ils prirent ensemble l'ascenseur pour se rendre au niveau du département de la Coopération internationale.

— Vous avez été parfaits, assura Ackerley après avoir pris possession de l'objet qu'on lui apportait. On sentait bien l'amitié entre vous trois, mais aussi le soutien que vous allez apporter à vos compatriotes.

— Vous avez déjà vu le reportage qui va être montré dans les Pensines ? comprit Fleur.

— Tout à fait, vous l'aimerez aussi, j’en suis certain.

— A ce propos, rebondit Harry, pourquoi ne pas m'avoir prévenu que c'était Rita qui couvrait l'évènement ?

— Eh bien, je n'en ai pas vu l'intérêt. Cela pose-t-il un problème ? répliqua placidement l'homme du Ministère.

— Vous n'avez pas remarqué qu'elle a le don de tout déformer dans ses articles ? J'espère que vous ne comptez pas sur moi pour lui donner une interview !

Ackerley considéra Harry avec acuité avant de répondre :

— Nous avons accepté le choix de la Gazette parce qu'énormément de sorciers apprécient le style de Mrs Skeeter et que cela nous donne l'assurance que ce Tournoi sera suivi avec assiduité par nos concitoyens. Quand on parle du ministère de la Magie dans les journaux, c'est rarement positif et, même quand l'article ne critique pas le gouvernement, le simple fait de rapporter nos actions entraîne les reproches de nos opposants. Ce genre de festivité a l'immense avantage de plaire à la quasi totalité de notre communauté et nous permet à peu de frais de redorer notre image. Rita Skeeter est une très bonne communicante, et nous n'allons pas laisser passer cette occasion qu'elle travaille pour nous. Quant à vous, continua le secrétaire de Percy coupant la tentative de Harry de reprendre la parole, j'ai lu vos dernières interviews avec elle. Vous n'avez plus quatorze ans et vous semblez très bien vous débrouiller désormais pour éviter ses pièges. Je ne me fais donc aucun souci au sujet des échanges que vous aurez avec elle.

Il y eut un temps de silence le temps que Harry digère ces informations.

— Vous pensez utiliser Rita ? finit-il par se faire préciser.

— Oui, comme il vous arrive de le faire en lui demandant de publier certaines informations pour faciliter vos enquêtes, lui fit remarquer Ackerley.

Harry ne répondit pas, se demandant ce que l'homme savait. Était-il au courant de l'information qui permettait à Harry d'avoir barre sur la journaliste ? Il était pratiquement certain que son ancien commandant en avait parlé à Kingsley. La question était de savoir si ce dernier en avait fait part à son interlocuteur.

— De toute manière, continua Ackerley, compte tenu de ce qui se passe à la Gazette en ce moment, Skeeter a tout intérêt à écrire ce qui plaira le plus au public si elle veut garder son contrat quel que soit l'issue de ces petits remous. Or, vous être trop apprécié des Anglais pour qu'elle prenne le risque de vous porter préjudice.

— Que voulez-vous dire ? Que se passe-t-il à la Gazette ? s'informa Harry.

— Demandez-le à votre ami Lee, je suis certain qu'il suit ça de très près, éluda Ackerley. Tout ce qui nous concerne aujourd'hui, c'est le fait que Skeeter joue plus que nous sur cette partie, ce qui la rend, comment dire... sensible à certaines influences.

— Mais, si elle doit montrer que le public l'aime, ne pensez-vous pas que cela va l'amener à en rajouter encore plus que d'habitude dans le sordide et l'imaginatif ? craignit Harry.

— Tant que cela ne nous concerne pas, je n'y vois pas d'inconvénient. Comme je vous le disais, ce qui compte, c'est que nos concitoyens lisent ses articles, les apprécient et nous associent à ce bon moment.

Harry ne trouva rien à répondre à cela. Son scepticisme dut cependant transparaître sur sa physionomie car Ackerley se pencha vers lui et lui confia :

— Ce n'est peut-être pas bien ragoûtant, mais si nous ne faisons pas ça, votre prochain patron sera Selwyn du MQT. Faire bonne figure devant Skeeter est finalement bien mineur par rapport à ce que nous pourrions vous demander.

Harry se demanda si c'était un simple argument ou une menace. Qu'il apprécie ou non Ackerley — il n'arrivait pas encore à se décider sur ce qu'il ressentait pour l'homme politique — il savait en revanche qu'il n'hésiterait pas à mouiller sa robe pour que le prochain ministre soit un progressiste.

Fleur décida que la conversation était close et salua l'assistant de Percy, avant de partir en entraînant Harry dans son sillage.

— Il est intéressant quand on le connaît mieux, n'est-ce pas ? demanda-t-elle alors qu'ils attendaient l'ascenseur.

— Je ne sais pas si j'ai envie de le connaître mieux, répliqua Harry. Je préférais le temps où je le trouvais juste charmant.


ooOoo


Intrigué par la remarque d'Ackerley sur ce qui se passait à la Gazette du Sorcier, Harry tenta de joindre Lee, le soir même. Ce dernier parut ravi de le voir se découper dans son miroir.

— Harry, que me vaut le plaisir ?

— Bonsoir Lee. J'ai entendu dire qu'il se passait des choses à la Gazette. Tu pourrais m'en dire plus ?

Le journaliste eut un grand sourire.

— Ça ne se raconte pas en cinq minutes. Ça mérite au moins une bonne Bièraubeurre.

— J'ai mieux à te proposer, contra Harry. Toi, Padma et vos héritiers à dîner chez moi demain soir. Comme ça Ginny en profitera.

— Attend, je regarde notre agenda. Quelle heure ?

— Dix-neuf heures. Tu te rappelles comment on vient ?

— Oui, c'est bon. A demain.

ooOoo

Ginny fut ravie à l'idée de recevoir ses vieux amis. Padma était enceinte quatre ans auparavant quand AlterMag avait été lancé, et leur aîné avait maintenant trois ans et demi. Une petite sœur était venue deux ans après.

— Pas trop déçue de ne pas avoir eu de jumeaux, demanda Ginny en plaisantant quand la conversation roula sur les enfants, une fois que ces derniers eurent été couchés par Miffy, qui avait accepté de rester plus tard ce soir-là pour permettre aux adultes de passer une soirée tranquille.

— J'aurais bien aimé, avoua la jeune mère, car la complicité qu'il y a entre ma sœur et moi est quelque chose de merveilleux malgré notre différence de caractère. Mais en tant que parent, avoir un bébé à la fois est quand même plus reposant. Cela m'a permis de continuer à travailler, d'ailleurs.

— C'est bien de s'arrêter un peu, défendit Ginny. Mais pas toujours facile de reprendre ensuite, reconnut-elle.

— Tu as eu une idée formidable avec ton musée de la magie, assura Padma avec ferveur. Notre société a besoin de sorcières comme toi !

Ginny devint toute rose, touchée par ce compliment.

— Ce n'est rien à côté de créer et maintenir un journal aussi intéressant, affirma-t-elle.

— Ça se complète bien, assura Lee. Tes panneaux explicatifs sont très didactiques. Bravo aux auteurs.

— Toute la famille a participé, indiqua modestement Ginny.

— Mais c'est toi qui a fait la trame et porté le projet sur ton dos avec Fleur et Andromeda, insista Harry, fier de son épouse. Bien, en parlant de société, enchaîna Harry pour ne pas embarrasser davantage Ginny, que se passe-t-il à la Gazette ?

— Qu'as-tu entendu et quelle est ta source ? s'enquit Lee.

— Des remous à la Gazette, notre amie Rita qui a intérêt à faire profil bas pour garder son contrat, récita Harry. Petite phrase en passant du charmant Ackerley, qui m'a renvoyé vers toi pour plus de détails.

— Je pense qu'il en sait presque autant que moi, celui-là, considéra Lee. Il a un réseau incroyable pour un homme si peu connu. Tous ceux qui comptent ont entendu parler de lui. Enfin bref. Donc à la Gazette, des journalistes ont commencé à s'unir pour protester contre les conditions de travail qu'on leur impose et les choix éditoriaux du directoire du journal présidé par Barnabas Cuffe. Vous avez déjà lu des articles d'Harold Tribune ?

— Oui, il a fait un super papier sur le musée, répondit Ginny. Il était dans un de mes groupes de visite et il a posé des questions très pertinentes qui révélaient beaucoup de culture.

— Justement, il a réussi à rassembler autour de lui des collègues qui en ont un peu marre de voir leurs papiers trop raccourcis, modifiés et remaniés au point de devenir factuellement inexacts, tout ça pour ajouter du sensationnel. Il milite pour en recentrage de la Gazette vers des articles plus fouillés, plus sérieux et avec moins de surenchère.

— Comme AlterMag ? demanda Harry.

Lee et Padma échangèrent un petit sourire.

— A vrai dire, on a l'impression qu'on leur sert un peu de modèle journalistique, avoua Lee pas peu fier de lui. On leur fait un peu honte à force de corriger les approximations qui sortent chez eux. Je ne leur jette pas la pierre, notez-le. Quand on te demande de traiter un sujet socio-politique en trois heures et moins de cinq mille signes, tu ne peux pas faire un papier dont tu serais fier. Tu vas sur le Chemin de Traverse entendre ce qui se dit à ce sujet, tu appelles ton contact au ministère, tu mélanges tout ça, tu retires un mot sur deux et tu donnes ton papier, sans savoir si tu vas le reconnaître quand il paraîtra dans le journal quelques heures après.

— Ne pas pouvoir approfondir les sujets comme ils le méritent est le propre de l'information chaude des quotidiens, à l'inverse de l'info froide des hebdomadaires, précisa Padma. Par contre, la mauvaise qualité de l'information s'est accentuée ces dernières années, et c'est en partie ce qui nous a motivé pour créer AlterMag. On n'était pas très satisfaits de notre collaboration avec la Gazette.

— Ce qui est heureux vu qu'ils nous ont rayés de leurs listes dès qu'ils ont compris que c'était nous qui étions derrière tout ça, plaisanta Lee.

— La Gazette peut-elle changer sous l'impulsion de ce Tribune ? s'enquit Ginny.

— Oui, si le Directoire de la Gazette, c’est le nom qu’on donne à l’assemblée des propriétaires du journal, le désigne comme nouveau directeur de publication.

— C'est possible ? s'étonna Harry.

— Les fondateurs de la Gazette ont prévu qu’une pétition signée par soixante-quinze pour cent des journalistes oblige le Directoire à démettre le directeur de publication en exercice et à en nommer un autre lors d’une assemblée générale plénière. Si Tribune s'y prend bien, il peut non seulement rassembler les signatures mais aussi convaincre les membres du Directoire de le désigner pour remplacer Cuffe.

— Qui compose ce Directoire ? demanda Ginny.

— Une dizaine de personnes. Une partie sont les héritiers des trois fondateurs du journal, les autres sont arrivés petit à petit, en apportant des fonds quand il a fallu des financements supplémentaires.

— Et ça fait combien de temps que Cuffe est à la tête de la Gazette ? demanda Harry.

Il se rappelait que Slughorn l'avait évoqué devant lui alors qu'il commençait sa sixième année. Cela faisait donc au moins seize ans…

— Plus de dix-sept ans, répondit Padma. Il est arrivé juste après le Tournoi des Trois sorciers précédent.

— Tu veux dire qu'il est arrivé au moment même où ils ont commencé à ridiculiser Harry ? réagit Ginny.

— Il était assez bien avec Fudge, expliqua Lee. Mais, pendant l'année des Ténèbres, s'il écrivait ce qu'on lui disait d'écrire pour que son journal survive, il a aidé plusieurs journalistes Nés de Moldus à prendre la clé des champs en les nommant correspondants à l'étranger. Ceux-là ne voteront jamais contre lui.

— Mais il offre régulièrement une tribune à Selwyn et Magie, Quidditch et Traditions, rappela Ginny.

— Le MQT est conservateur et défend la prééminence des sorciers sur les Moldus et les créatures magiques, précisa Padma, mais il ne préconise pas de les tuer ou les emprisonner pour le seul fait qu'ils existent. Seulement de les garder à leur place et les obliger à se plier aux règles édictées par les sorciers.

— C'est différent ? demanda Harry.

— La différence entre le XIXe siècle et l'année des Ténèbres, explicita Lee.

— Bon d'accord, c'est pas un grand méchant, juste un opposant à nos idées et ayant une conception du rôle de la presse différente de la nôtre, résuma Harry. Et Tribune ?

— Ce sera un concurrent intéressant, fit Lee d'un ton gourmand. Intraitable sur la vérité, il refusera de biaiser un article pour lui faire dire ce qu'il veut. Par contre, il est plutôt conservateur et suffisamment cultivé pour trouver de bons arguments pour défendre ses opinions.

— Sa position sur les créatures magiques ? s'inquiéta Ginny.

— Pas d'affection particulière ni de peurs irraisonnées, l'informa Padma. Il est favorable aux punitions fermes en cas de mise en danger avérée des sorciers et il est capable de soutenir l'emprisonnement préventif des loups-garous qui refusent de prendre la nouvelle potion Tue-Loup. Par contre, il ne rechignerait pas à en employer un qui se traite chaque mois pour ne pas se transformer.

— Comme tu dis, un homme intéressant, jugea Harry. Et concernant les Moldus ?

— Il n'a rien contre eux tant qu'ils n'interfèrent pas dans la sphère sorcière. Il n'est pas opposé aux mariages mixtes, considérant que c'est une question privée, mais s'opposera à l'utilisation des inventions non sorcières si elles risquent de bouleverser nos habitudes. Et comme il sait étayer ses propos, il peut se montrer un adversaire donnant du fil à retordre.

— Je suppose qu'il ne rechigne pas à utiliser les miroirs communicants, persifla Ginny.

— Oh, mais les miroirs ont été présentés, avec beaucoup d'habilité d'ailleurs, comme des inventions sorcières, autrefois réservées aux familles assez riches pour faire ce genre de commande aux artisans les plus doués. Les utiliser représente donc, pour beaucoup de sorciers, une victoire sociale plutôt qu'une revendication progressiste.

— Tous ceux qui ont de la famille moldue connaissent les téléphones portables et ont fait le parallèle entre les deux techniques, releva Harry.

— Certes, mais nous avons la vision de notre interlocuteur en plus, ce qui peut être interprété comme la preuve que la magie est supérieure à la technique, révéla Lee. Aucune contradiction avec la prépondérance des sorciers sur le reste de la création. J'ajouterai que la plupart des nouveautés mises récemment sur le marché ont été soigneusement reliées à des usages déjà acceptés chez nous par ceux qui en ont fait la promotion. Il faut visiter le musée de Ginny pour comprendre qu'un usage accepté et courant n'est pas forcément d'origine sorcière, ajouta-t-il avec un grand sourire.

— En tant que maître de Guilde, Ron est plutôt prudent et protectionniste, compléta Padma. C'est pour ça qu'il ne rencontre pas d'opposition quand il amène des nouveautés sur le marché.

— Prudent et protectionniste ? releva Ginny.

— Oui, il se prononce pour la modernité mais, dans les faits, il est assez conservateur, confirma la journaliste.

— J'en apprend de belles sur mon frère, fit Ginny soufflée.

— Il n'est pas anti-progressiste, précisa Lee, il est juste terre-à-terre et a un esprit pratique très prononcé. Il prend donc des décisions en fonction de ce qui est efficace et prudent, tout en laissant les idées d’Hermione colorer son discours d'arguments en faveur de la modernité.

— J'aurais pas analysé ça comme ça, fit Harry d'un ton piteux.

Il avait noté la différence d'opinion entre Ron et de sa belle-soeur Audrey qui défendait le libéralisme à la moldue, mais n'avait jamais classé la prudente réserve de son ami envers l'économie de marché sans contrainte inutile dans la catégorie "conservateur".

— Il fait du bon boulot, ajouta rapidement Lee. L'artisanat se porte bien et les marges sont maintenues assez basses pour que toutes les familles puissent se payer l'essentiel. Il encourage l'innovation quand elle ne remet pas le système en cause, ce qui permet d'éviter la sclérose, mais empêche des fortunes de se créer à partir de rien. Dans un sens, il fige l'ordre établi mais, d'un autre, il veille à ne pas laisser des bulles économiques croître trop vite puis exploser à la figure de ceux qui les auraient soutenues. Ainsi, d'un point de vue moldu, il est protectionniste, anti-libéral, voire réactionnaire.

Harry en savait assez sur les Moldus pour savoir que ces mots n'étaient pas considérés comme des compliments.

— Et c'est grave ? demanda Ginny.

— Dans notre petit système replié sur lui-même qui doit maintenir le secret de son existence, pas du tout, la rassura Padma. Mais on ne peut pas qualifier le programme économique de Ron de progressiste.

— Devons-nous le garder dans la famille ? interrogea Harry à l'intention de Ginny.

— Tant qu'Hermione ne demande pas le divorce pour incompatibilité économique, je suppose qu'on peut encore lui parler, jugea son épouse.

— Tant mieux. Après tout, cela fait quand même vingt ans qu'on est amis.

— Ne serais-tu pas un tantinet conservateur, mon chéri ?

— Pardonne-moi mon amour, je vais me surveiller, promit Harry.

Quand tous les rires s’éteignirent, Harry en revint à la Gazette.

— Si j'ai bien compris, Tribune est en train de rassembler les voix pour atteindre les 75 pour cent qui lui permettront de destituer le directeur actuel en espérant être le prochain. Il en est où, actuellement ?

— Alors ça, c'est un des secrets les mieux gardés, assura Lee. Tu penses bien que personne n'a intérêt à ce que cela se sache, que ce soit les alliés ou les opposants de la direction actuelle.

— Donc j'en conclus que tu le sais, supposa Ginny.

Le couple de journalistes se regarda. Padma hocha la tête.

— Dans deux mois, au plus tard, la Gazette aura un nouveau directeur, pronostiqua le rédacteur en chef d'AlterMag.


ooOoo

Le mois de novembre passa rapidement et bientôt arriva la date de la première tâche. Une semaine auparavant, les médias avaient commencé à parler de l'évènement. Un rappel des épreuves de la session précédente fut donné et des pronostics sur celle en cours furent avancés. Un portrait de la championne anglaise fut dressé : on interrogea ses parents, des commerçants du Chemin de Traverse et ses camarades de classe. D'après ce que Harry en lut, il n'avait pas été difficile de le rendre sympathique : mère sorcière issue de moldus mais père venant d'une famille sorcière bien établie — une aïeule faisait même l'objet d'une carte de chocogrenouille— , de bonnes notes en classe, préfète de Serdaigle, vice-présidente du club d'échecs.

Il faisait nettement plus frais fin novembre qu'un mois auparavant en France, mais le soleil était au rendez-vous et il n'était pas désagréable de rester dehors, installés dans les gradins en bois montés sur la plage. La vue était impressionnante. Derrière eux se trouvait la mer et, devant, une falaise surmontée de la pente escarpée où étaient parsemés les divers bâtiments de l'école dont les toits rouges tranchaient sur le vert et le brun de la végétation.

Les trois anciens champions étaient installés juste derrière les juges. Les parents des héros du jour se tenaient un peu plus loin. Harry avait un peu discuté avec le père et la mère de Hope. Il les avait sentis à la fois fier et angoissés pour leur fille. Il avait fait de son mieux pour les rassurer, leur affirmant que ni Adrian Ackerley, ni Aristote Brocklehurst ne laisseraient se blesser les élèves.

Quelques dignitaires français avaient également été conviés. Ils se tenaient dans une sorte de loge qui leur avait été réservée. Harry avait dû leur serrer la main et sourire avec modestie au rappel de ses hauts faits. Non loin d'eux se tenaient les journalistes et leurs photographes, tendant le cou, veillant à ne rien manquer de l'évènement. Le reste du public était composé des élèves de l'école française et des candidats étrangers qui avaient confectionné de grandes banderoles pour soutenir leur coreligionnaire.

Des murmures et des exclamations attirèrent l'attention de Harry. Trois équidés venaient de faire leur apparition sur la plage, guidés par le professeur Brocklehurst et Branimir Razkazvatch, le directeur de Dumstrang. Les bêtes furent menées près d'une étendue d'ajoncs, qu'elles se mirent à paître tranquillement.

— C'est quoi ces horreurs ? s'exclama Viktor.

— Des Sombrals, le renseigna Harry. Tu n'en as jamais vus ? s'étonna-t-il.

— Non. C'est affreux ces chose- là !

— Pas très joli, mais parfaitement inoffensif, assura Harry.

Enfin, les trois candidats firent leur entrée, sous la houlette de Madame Maxime et furent rejoints par les deux autres directeurs. Les trois jeunes gens saluèrent la foule, un peu pâles mais souriants. Le Français leva même la main en réponse aux acclamations enthousiaste de ses camarades de classe et de sa famille.

— Dites donc, les gamins sont courageux, pas un n'a bronché en regardant vers les Sombres Choses, remarqua Krum.

— Je pense qu'ils ne les voient pas, devina Harry.

— Comment ça ? s'étonna le Bulgare. On ne voit qu'eux.

— Il faut avoir une conscience aiguë de la mort pour les percevoir, lui apprit Fleur.

— Tu les vois, toi ?

— Après la guerre, tout le monde les voyait, même les plus jeunes, se rappela Harry. Mais visiblement nos petits jeunes ont tous gardé leur innocence.

La voix de Madame Maxime, amplifiée d'un sonorus, coupa leur aparté.

— Bonjour et bienvenue à tous. Nous voici pour la première épreuve de ce tournoi international, qui a pour but de resserrer les liens entre les diverses nations sorcières. Pour cette occasion, nous avons l'immense honneur d'accueillir MM Padirchka, Montel et Ackerley qui représentent les nations dont proviennent les élèves des écoles qui vont concourir. Ils constitueront le jury avec les professeur Razkazvatch, Brocklehurst et moi-même.

Les deux ministres des Sport et le sous-directeur de la coopération internationale saluèrent, ainsi que les directeurs d'école. Mme Maxime laissa la foule applaudir poliment et les intéressés remercier gracieusement le public pour cet hommage, sous le regard des journalistes.

Ensuite, l'imposante directrice demanda aux candidats de sortir leur baguette et de la lui remettre. Une fois qu'ils eurent obtempéré, la directrice les passa au directeur de Dumstrang qui les fit léviter, sous le regard inquiet des champions. A l'endroit où ils se trouvaient, une abrupte paroi rocheuse s'élevait à la verticale au-dessus de la plage, montant jusqu'à l'un des bâtiments de l'école qui avait été construit sur un aplat. On pouvait s'y rendre à pied, en passant par l'un des sentiers qui commençait un peu plus loin et qui faisait des lacets pour compenser la raideur de la pente.

Cependant, ce fut sur un aplomb se trouvant à mi-falaise que les baguettes des trois participants furent déposées, dans ce qui semblait être un nid de mouettes.

— Champions, annonça le professeur Brocklehurst, votre tache est de récupérer votre baguette le plus vite possible et de nous la remettre. Nous jugerons ainsi de votre sagacité.

Sur ces mots, les directeurs d'école prirent place à la table du jury.

Désemparés, sans doute désarçonnés par la perte de leur baguette sur laquelle ils avaient appris à compter, les champions examinèrent les rochers escarpés pour trouver des prises ou une astuce pour y monter, sans jeter un regard vers les trois bêtes qui paissaient tranquillement à quelques pas d'eux.

Il y avait quelques murmures dans le public, mais personne ne donna le moindre indice qui aurait annoncé la présence des montures. Le jeune Français se mit à faire des cercles concentriques sur la plage, au cas où la solution à leur problème serait cachée sous le sable.

A ce moment, un des Sombrals leva la queue et délivra à grand bruit un chapelet de crottin. Le champion bulgare l'entendit et resta stupéfait en voyant se constituer le petit tas de fumier à partir de rien. Son attitude attira l'attention des deux autres vers le sable souillé. La jeune Anglaise avait dû suivre des cours avec Hagrid, car elle s'avança vivement dans cette direction, les mains tendues, contemplant le sol. Sans doute repéra-t-elle un endroit où les joncs subissaient une tonte rapide, car elle se dirigea droit vers la tête d'une des bêtes. Quelques applaudissements éclatèrent dans l'assistance, de manière très éparse mais cela troubla les Sombrals qui levèrent le museau et s'ébrouèrent. La plupart des spectateurs, cependant, ne semblaient pas convaincus par la manœuvre de Hope Ketteridge.

Harry se pencha vers Fleur :

— J'ai l'impression que la plupart des adultes du public ne comprennent pas ce qui se passe.

— Tout les adultes ne perçoivent pas les Sombrals, confirma la Française.

— Mais ils savent bien ce qu'est la mort ! s'étonna Harry.

— C'est une chose de concevoir l'idée et une autre d'en avoir une conscience aiguê, expliqua-t-elle. Ceux que l'idée dérange trop la repoussent et s'aveuglent suffisamment pour que les Sombrals leur restent invisibles. C'est comme nos trois champions : ils savent que l'on meurt un jour mais ne le conçoivent pas réellement.

Harry se demanda soudain si Voldemort, qui ne supportait pas l'idée de mourir, était capable de les voir. Il n'eut pas le temps d'approfondir la question car son attention fut attirée par la championne anglaise qui tentait de monter maladroitement sur une masse chaude, convexe, mouvante et invisible pour elle.

— Au moins, elle essaie du bon côté, remarqua Krum.

— On peut espérer qu'elle fasse la différence entre le bout qui fait disparaître l'herbe et celui qui la rejette, répliqua Harry.

— Regardez, les autres cherchent à l'imiter ! s'écria Fleur.

Le moment suivant fut assez comique : les champions français et bulgare tâtonnaient dans le vide, sursautant quand les bêtes curieuses les reniflaient de leur naseaux humides. Quand chacun eut identifié une bête, chacun tenta de se hisser. Mais il n'est pas évident de monter sur une monture de cette taille, surtout sans la voir et, pour certains, sans connaître sa forme. Harry n'était pas certain que le Bulgare ait bien identifié les deux extrémités de sa monture attitrée. Les trois jeunes gens tentaient de s'agripper, sautaient, retombaient, restaient suspendus les pieds battants. Le public avait du mal à ne pas rire.

L'Anglaise fut le premier candidat en selle. Par contre, cela ne l'avança pas tellement car le Sombral, loin de prendre son envol vers l'objectif, se mit à trotter sur la plage, faisant bringuebaler sa cavalière qui avait bien du mal à garder son assiette.

— Et ça grimpe ces bêtes-là ? s'enquit Viktor en contemplant la paroi abrupte qui séparait les champions de leurs baguettes.

— Je ne sais pas, mais ça vole très bien, l'informa Harry. Je me demande d'ailleurs comment on les dirige.

— Tu ne les as pas montés une fois ? s'étonna Fleur.

— Si, mais je ne sais pas comment j’ai fait. Je crois que je lui ai juste dit où je voulais aller. Aucune idée de la manière dont il l’a compris.

— Harry, j'ai entendu plein d'histoires sur toi, mais celle-ci ne faisait pas partie du folklore, remarqua Viktor. Il faudra vraiment qu'une fois tu me racontes tes aventures. Les vraies.

— Quand tu veux, assura le Survivant. Quand est-ce que tu viens me voir ? Tiens, ce soir, vous ne pouvez pas vous libérer avec Yorkanda ? Si Fleur le demande, je suis certain qu'Ackerley s'arrangera pour qu'on vous trouve un Portoloin pour le retour. C'est un homme charmant, précisa-t-il arrachant un sourire à sa belle-soeur.

— Eh bien, pourquoi pas ? répondit Krum après avoir évalué la proposition. De toute manière, comme nous avions peur de rentrer tard, nous avions prévu de laisser les enfants chez ma belle-mère. Si Yokanda est d'accord, j'accepte avec joie.

— Fleur, tu es invitée avec Bill et les enfants, précisa Harry.

— Ça me tente bien, accepta-t-elle.

— J'appellerai Hermione et Ron en rentrant, ils seront sans doute ravis de se joindre à nous, continua Harry sur sa lancée.

— Cela va faire beaucoup de dérangement, remarqua Krum avec délicatesse. Tu devrais peut-être demander à Ginny ce qu'elle en pense.

— Elle sera contente de vous voir et mes elfes sont à la hauteur d'un tel défi, ne t'en fais pas. Au pire, ils feront le tour de la famille pour piller les garde-manger.

— Oh, vous avez encore des elfes de maison en Angleterre ? s'étonna Krum. J'avais lu qu'ils avaient tous été libérés. J'étais content pour Hermione.

— Elle a fait un travail formidable, confirma Harry, mais certains elfes ne sont toujours pas libres. De plus en plus, cependant, échappent au servage et se font engager par des employeurs, le plus souvent comme personnel de maison. C'est le cas de ceux qui travaillent chez moi.

Ils reportèrent leur attention sur la plage. Le Français et le Bulgare étaient enfin arrivés à monter dans le bon sens sur leur coursier. Hope n'avait toujours pas réussi à décoller. Elle avait tenté de tirer la crinière de l'animal, de le talonner, de lui parler, de crier, mais elle n'avait manifestement pas réussi à se faire comprendre de la bête. Soudain, Batoura, le Bulgare, s'envola sous le regard envieux des deux autres et de vifs applaudissements s'élevèrent du public — dont la plupart devaient le voir s'élever dans les airs sans appui. Cela parut débloquer Hope qui décolla à son tour. Sa monture était vive et s'éleva presque verticalement, manquant de perdre sa cavalière dans la manoeuvre. Elle vida des étriers sous les exclamations horrifiées de l'assistance, mais elle réussit à s'accrocher in extremis au Sombral et à rétablir son assiette. Harry avait tiré sa baguette, prêt à amortir une éventuelle chute et la garda sortie, même une fois que la jeune fille parue saine et sauve. Il jeta un regard vers les parents de cette dernière. Ils étaient très pâles, accrochés l'un à l'autre pour supporter l'angoisse de voir leur enfant prendre des risques.

Finalement, le Sombral de Sébastien Lebeau, l'élève de Beauxbâtons, prit sont envol à son tour, sans qu'on sache si c'était par mimétisme ou s'il obéissait à l'ordre du champion qui le chevauchait. Batoura et Hope avaient déjà atteint leur objectif. Ce n'était pas visible d'en bas, mais la corniche où se trouvaient les baguettes étaient manifestement assez large pour que deux Sombrals puissent y prendre pied.

Leurs cavaliers démontèrent et se précipitèrent sur leur baguette. Sébastien arriva à son tour, mais ne put atterrir faute de place.

Les deux autres avaient récupéré leur bien et tentaient de remonter sur leur moyen de transport. Mais le manque de place ne les y aidait pas. Alors qu'il cherchait à se hisser sur sa bête, la jambe de Batoura Utchenik glissa dans le vide et ce dernier faillit basculer de l'étroit rebord. Heureusement, il se tenait fermement à la crinière du Sombral et put se rattraper. Les halètements de la foule trahissaient autant d'effroi que d'excitation, nota Harry qui avait de nouveau levé sa baguette.

Alors que Hope était parvenue à reprendre place sur le dos de sa monture et s'apprêtait à décoller, le Sombral de Sébastien, qui voletait vainement à hauteur des autres, fondit vers le nid de mouette et réussit à saisir la baguette de son cavalier avec ses dents, avant de plonger vers la plage.

Il fut le premier à l'atteindre, talonné par l'Anglaise. Le Français ne perdit par de temps : il se laissa glisser à terre et reprit sa baguette dans la bouche de son animal et se précipita pour la tendre aux jurés sous les applaudissements de la foule. Hope le suivit de près, puis enfin Batura arriva à son tour, visiblement furieux après lui-même de s'être laissé distancer.

— Bien joué de la part du Français, commenta Harry. Mais c'est lui qui a indiqué la marche à suivre à son Sombral ou c'est la bête qui a pensé à récupérer la baguette sans se poser ? se demanda-t-il tout haut.

— J'ai l'impression que les sombres bêtes sont télépathes, observa Viktor. Regardez, il est en train de parler au sien.

Effectivement, le Français avait la main sur l'épaule de son partenaire. Il gardait les yeux fermés mais son visage expressif indiquait qu'il exprimait des sentiments. En réponse, le Sombral caressa le bras du jeune homme de ses naseaux. Ce dernier sourit et lui flatta l'encolure doucement en retour.

— A mon avis, il serait moins affectueux s'il le voyait, considéra Krum.

— Alors c'est heureux qu'il ne le voie pas, décréta Harry. Cet animal mérite d'être remercié pour lui avoir fait gagner l'épreuve.

— Ce serait bien parfois, si on jugeait les gens sur ce qu'ils font uniquement, et pas sur leur aspect, renchérit Fleur.

Krum, lui jeta un regard sous ses épais sourcils et sembla penser que la jolie Française ne devait pas tant que ça pâtir des jugement sur pièce.

— Nous sommes tous d'accord pour condamner les préjugés, conclut Harry. Mais qui n'en a pas ?

Le silence qui accueillit ses paroles lui fit savoir que ses interlocuteurs reconnaissaient — tout comme lui-même — ne pas être eux-mêmes toujours aussi neutres qu'ils le devraient.

Pendant que les champions remerciaient silencieusement leurs partenaires, les membres du jury apposaient leurs baguettes sur des pancartes pour y faire paraître les notes. Finalement Madame Maxime scanda les noms, et les juges indiquèrent les points qu'ils mettaient à chacun des trois champions en faisant un commentaire sur leur prestation.

Sébastien obtint dix points pour avoir ramené sa baguette avant les autres. Hope, qui connaissait les Sombrals et était arrivée en seconde place, eut neuf points ainsi que Batoura qui était arrivé dernier mais qui avait été le premier à faire comprendre à sa monture où elle devait aller.

— Bravo à nos champions qui se sont parfaitement acquittés de cette épreuve, conclut Mme Maxime. Notre prochain rendez-vous se tiendra le 6 avril, juste avant les vacances de Pâques. Autour de leur baguette, nos trois jeunes gens trouveront un papier qui leur donnera des indices sur ce dont ils auront besoin ce jour-là.

Les champions saluèrent leur public, firent un signe à leurs parents, reçurent une dernière ovation et se dirigèrent vers le bord de la plage d'où partait le sentier qui les ramènerait à l'école. Les élèves sur les gradins furent les premiers à se lever et à prendre le même chemin. Les adultes prirent le temps de commenter l'épreuve tandis que les Sombrals étaient ramenés vers les écuries.

Harry se tourna vers ses compagnons :

— En route pour le dîner Square Grimmaurd ?
End Notes:
Vous êtes plusieurs à m'avoir fait remarquer que les candidats au tournoi non mixtes était le fait du film et non du livre. Je n'ai pas vu le film, mais j'avais repris le livre et la description de l'équipe bulgare est furieusement masculine (notamment les carrures massives), ce qui m'avait permis de glisser ma remarque sur l'arrivée des candidates chez les candidats slaves, pour montrer que l'Angleterre n'était pas la seule à changer. Las, plus loin dans le livre, il parait qu'il est fait allusion à une jeune bulgare, ce qui me met en porte à faux. Va falloir que j'aille corriger ça, du coup.

Les officiels :

Davilo PADIRCHKA: nom du ministre des Sports russe. Pardirchka signifie encourager, en russe, et Davilo veut dire fort

Thierry MONTEL : Ministre des Sports français (les nom et prénom sont l'amalgame de chroniqueurs sportifs français)

Branimir RAZKAZVATCH: nom du directeur de Dumstrang. Signifie conteur, en Bulgare

Les champions :

Batoura UTCHENIK : champion de Dumstrang : Utchenik ; disciple, batoura : grand obstiné

Sebastien LEBEAU: Champion de BeauxBâtons. Désolée, j'ai tapé 'sportif de l'année' dans google, et c'est tombé sur un champion de rallye...

Hope KETTERIDGE : championne de Poudlard. De Elladora Ketteridge (1656 - 1729) qui découvrit l'utilité de la branchiflore lorsqu'elle faillit s'étouffer en l'avalant et ne fut soulagée qu'en plongeant la tête dans un seau d'eau. (Carte des Sorciers Célèbres).

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Le prochain chapitre s'appellera 'Le carnet de la Gazette'.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
X : Le Carnet de la Gazette by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Steamboat Willie et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : 27 novembre 2012 au 6 février 2013
Ackerley fut ravi de rendre service aux anciens champions et promit que des Portoloins partant de Londres à destination de la Bulgarie seraient disponibles en fin de soirée au Ministère ou délivrés à domicile. Harry remercia et indiqua qu'il viendrait les prendre, ne désirant pas révéler son adresse au secrétaire du département de la coopération magique internationale, aussi charmant soit-il.

Après le retour en Angleterre, il y eut des appels de miroir pour rallier Bill, Ron et Hermione, la mise en route d'un plan d'urgence par Trotty et Miffy, des arrivées en cheminée et, finalement, huit adultes et huit enfants se retrouvèrent dans le grand salon du square Grimmaurd. Il y eut des rires, des récits, des confidences, des révélations. Yorkanda, qu'ils connaissaient finalement assez peu, fit l'unanimité dans la famille par sa gentillesse et son humour.

Comme promis, Harry narra l'épopée du Ministère, ce qui impressionna fort l'épouse de Krum qui regarda Ginny d'un œil nouveau. Ils ne révélèrent pas grand-chose sur leur errance de l'année des Ténèbres, mais Ginny se fit un plaisir de décrire comment les élèves de Poudlard avaient résisté de leur mieux. Fleur concéda du bout des lèvres que dans certaines circonstances, la présence de pièces secrètes et de passages dérobés pouvaient rendre quelques petits services.

Sur l'insistance du Bulgare, Harry narra leurs plus hauts faits dans les toilettes des filles : préparation du Polynectar, discussions avec la fantomatique Mimi - l'Auror en profita pour avouer qu'elle était venue le surprendre dans son bain et lui révéler le secret de l'oeuf d'or du Tournoi -, et la découverte du passage qui lui avait permis de rejoindre la Chambre des Secrets.

Puis estimant qu'il avait assez parlé d'eux, Harry profita de l'occasion pour demander à Krum comment il avait été sélectionné comme joueur de Quidditch international, alors qu'il était encore élève à Dumstrang.

Viktor raconta les sélectionneurs qui venaient voir les premières années à l'école, les élèves choisis qui avaient à suivre en plus des autres cours un programme d'entraînement draconien, les drames des élèves qui ne donnaient pas satisfaction et qui en étaient exclus, la compétition féroce entre ceux qui restaient en lice, la confiance impossible à accorder ou à inciter. La chute — malchance ? sortilège malveillant ? — qui lui avait définitivement tordu la jambe mais sa volonté farouche de montrer qu'une fois en l'air, il n'en était que meilleur. La peur maintes fois vaincue, les gestes indéfiniment répétés jusqu'à la perfection, les victoires chèrement acquises. Et la consécration, enfin, du championnat du monde de Quidditch, suivie par le Tournoi des Trois Sorciers.

La voix de l'ancien champion s'était voulue légère et ironique au début du récit mais, au fur et à mesure que les souvenirs remontaient, elle s'était assombrie pour se faire sinistre au moment de narrer les victoires.

— Et moi qui t'enviais, murmura Ron quand il eut terminé.

— Tu n'as pas fait que des choses faciles non plus, remarqua Viktor.

— Beaucoup plus tard, reconnut Ron. A l'époque, ma plus grande épreuve a été de rester endormi deux heures au fond d'un lac.

— C'était humide, tenta charitablement Harry.

— T'es un vrai pote, Harry, remercia Ron.

— Signer des autographes donnait un sens à tout ce que j'avais fait, même si je n'étais pas assez à l'aise avec les gens pour montrer que cela me faisait plaisir, ajouta Viktor.

— Nous avons tous trouvé notre voie et la manière d'être heureux, remarqua Ginny pour alléger l'atmosphère. Il a suffi parfois de peu. Croire un peu en nos rêves...

— Rencontrer la bonne personne, continua Bill.

— Se voir proposer un projet passionnant et utile, ajouta Fleur.

— Défendre ce en quoi on croit, dit pensivement Hermione.

— Trouver d'autres héros pour se fondre parmi eux, proposa Harry.

— Se rendre compte qu'on n'a pas besoin d'être un héros pour être utile, compléta Ron

— Réussir dans un métier qui permet de rencontrer des gens intéressants, exprima Yorkanda.

— Rencontrer des personnes qui vous trouvent intéressant pour ce que vous êtes vraiment, soupira Viktor.

— Nous n'avons plus qu'à espérer que nos enfants y parviendront aussi, conclut Ginny en se tournant vers la table des jeunes qui résonnait de rires.

ooOoo

Le mois de décembre s'écoula lentement et la famille se prépara à fêter Noël. C'était une période intense pour le magasin de Ron et George, mais aussi pour le musée de la Magie, qui avait fait faire par des artisans des fac-similés de ses plus belles pièces et qui espérait les voir devenir des cadeaux de Noël raffinés.

Ils vécurent avec bonheur le retour de leurs collégiens, retrouvèrent la magie de Noël avec la joie et la candeur des petits, puis replongèrent dans le quotidien avec le mois de janvier.

C'est à cette époque que Sarah Dursley héla un beau jour Harry dans un couloir du Ministère. Ce dernier s'excusa auprès du Capitaine Thruston de la police magique avec qui il échangeait quelques mots et s'empressa de souhaiter la bonne année à sa cousine par alliance.

— Oh, tu sais Harry, fit cette dernière après l'échange de voeux, tu ne devineras jamais qui est venu nous voir pour le premier de l'an !

— Sorcier ou Moldu ? sourit Harry.

— Pétunia. Elle est arrivée sans prévenir, avec une montagne de cadeaux pour Markus. Elle lui a dit que le Père Noël s'était trompé et qu'il avait déposé tout ça chez elle, sous son sapin, alors elle venait les lui apporter. Le petit était ravi et elle est restée à jouer avec lui tout l'après-midi.

Harry en resta bouche bée.

— Pétunia, répéta-t-il comme pour s'assurer que ses oreilles ne l'avaient pas trahi.

— Oui, c'est merveilleux, non ? J'étais certaine qu'elle l'aimait vraiment.

— Oui, c'est bien, convint Harry. Comme quoi il ne faut jamais désespérer, ne peut-il s'empecher d'ajouter. Et Vernon ?

— Elle n'en a pas parlé. Je suppose qu'elle a inventé une excuse pour expliquer pourquoi on ne se voit plus. Tu penses bien que j'ai rien demandé.

— Qu'en dit Dudley ? demanda Harry avec curiosité.

— Il était très surpris, convint Sarah, mais je pense qu'il était très heureux aussi. Il ne l'a jamais exprimé mais je sais qu'il était triste que ses parents ne voient plus Markus.

— Si Pétunia est venue, c'est un bon début, dit Harry d'un ton encourageant.

— Et tu crois que je peux lui dire, pour moi ?

— Aucune idée, avoua Harry. Elle semble avoir beaucoup changé, mais c'est peut-être la culpabilité qui la fait agir ainsi. Cela dit, il faut avoir du sang sorcier des deux côtés pour qu'il s'exprime, et c'est donc bien par elle et par Dudley que Markus a des pouvoirs. Ce n'est donc pas un gros mensonge de continuer à lui faire croire que c'est de sa faute. De toute manière, je pense que c'est à Dud de prendre cette décision.

— Oui, je suppose. Mais c'était déjà un beau cadeau de Noël.

— Je suis content pour vous, sourit Harry en se disant que tous les espoirs étaient permis pour l'évolution de la société sorcière.

ooOoo

Un matin du mois de février Harry commença sa journée en lisant la Gazette du Sorcier. Le changement de direction, annoncé par les Jordan était intervenu deux semaines auparavant. Cela s'était fait sans tambour ni trompette, annoncé au lectorat par un simple article en page 3. Par contre, cela avait éveillé l'intérêt du Ministère, et le sujet avait été évoqué lors des réunions hebdomadaires auxquelles Harry et les autres chefs de service du département de la Justice Magique étaient conviés. Ils étaient dans l'expectative, se demandant de quelle manière le nouveau directeur de publication exercerait son pouvoir de critique et d'information.

Depuis, le commandant des Aurors lisait plus attentivement la Gazette, curieux d'y déceler les changements éditoriaux. Pour le moment, il n'avait rien vu de très nouveau mais Hermione lui avait dit qu'Harold Tribune devait sûrement travailler sur une nouvelle maquette pour permettre aux articles de prendre de l'ampleur et lancer des enquêtes de fond qui leur permettrait de ne plus se faire damer le pion par Alternatives Magiques.

Harry arrivait à la fin du journal quand il poussa une exclamation. C'était un petit entrefilet dans le Carnet de la Gazette, publié à l'initiative de la Guilde de la Table qui avait attiré ainsi son attention.

— Tu as besoin de moi ce matin ? demanda-t-il à son adjoint.

— Tu as la réunion des chefs de service du département de la Justice dans une heure, lui rappela Pritchard.

— J'y serai, s'engagea Harry. Je vais à Pré-au-lard.

— Entendu.

Harry descendit l'Atrium et transplana. Il réapparut sur la petite place prévue à cet effet, derrière la Poste. Il se rendit directement à la Tête de Sanglier. Il avait craint que l'établissement soit ne fermé, mais les lumières étaient allumées à l'intérieur et, à part un crêpe noir attaché au bouton de la porte, rien n'indiquait qu'un décès avait attristé l'endroit.

Il entra et jaugea la salle. Comme à l'habitude, des hommes et des femmes étaient disséminés autour des tables. Les conversations étaient basses, mais c'était toujours le cas dans ce pub : on y venait pour parler d'affaires qui ne regardaient pas les autres ou pour boire un verre tranquillement, sans être obligé de socialiser. Un homme entre deux âges remplaçait le maître des lieux derrière le comptoir. Harry s'approcha de lui.

— Je viens de lire dans la Gazette pour Abelforth. Savez-vous quand se tiendra l'enterrement ?

L'homme le regarda avec étonnement :

— ça vous intéresse ?

— Oui, répondit brièvement Harry qui n'avait pas l'intention d'épiloguer avec un inconnu sur les rapports qu'il entretenait avec le frère de l'ancien directeur de Poudlard.

— C'est demain. C'est Madame Rosmerta qui s'en occupe vu qu'il n'a pas de famille.

Le commandant des Aurors remercia et se rendit aux Trois Balais. La tenancière et Maitre de guilde réussit à dissimuler son étonnement de voir le Survivant prendre à coeur ce décès. Elle expliqua que c'était un livreur de Bièraubeure qui, surpris de ne pas trouver le vieil homme devant sa porte pour réceptionner sa commande, avait frappé puis était entré avec un voisin. Ils l'avaient trouvé dans son lit. Elle demanda :

— Vous voulez le voir ? Il est dans sa chambre.

— Oui, je veux bien. Excusez-moi, je dois appeler quelqu'un.

Il s'éloigna un peu et ouvrit son miroir.

— Hermione, tu as lu la Gazette ce matin ?

— Je suis en train.

— Alberforth est dans le Carnet.

— Quoi ? Attends je regarde. Ah, mince ! Qui s'occupe de lui ? demanda-t-elle.

— Sa Guilde, en la personne de Madame Rosemerta. Je vais aller lui dire au revoir, tu veux venir ?

— C'est à la Tête de Sanglier ?

— A l'étage.

— J'arrive.

Pendant le court trajet qui séparait les deux brasseries, Harry demanda :

— Où va-t-il être enterré ?

— Je ne peux pas le mettre avec son frère à Poudlard, alors j'ai pensé qu'il serait bien dans le cimetière de Pré-au-lard. Cela fait plus de soixante-dix ans qu'il vit ici.

— Pas à Godric's Hollow ?

— Eh bien... C'est vrai que le livre de Rita disait que sa famille était originaire de là-bas. Je n'y avais pas pensé.

Elle chemina un moment en silence avant de demander :

— Pensez-vous que ce serait plus approprié ?

— Je pense qu'il aimerait être avec sa soeur et sa mère, oui. Mais c'est vous qui avez tout organisé, c'est peut-être trop tard pour tout changer, ajouta-t-il poliment.

— Non, non, je vais voir. Je vous remercie de m'en avoir parlé.

Ils étaient arrivés. Hermione et Ron les rejoigirent quelques instants plus tard. Ils pénétrèrent tous ensemble dans le bar. L'un derrière l'autre, ils gravirent l'escalier vermoulu qui menait aux appartements privés du tenancier. Madame Rosemerta les laissa à l'entrée de la chambre.

— Je lui ai fait mettre sa meilleure robe, précisa-t-elle à Harry, mais si vous pensez qu'une autre tenue serait mieux...

— C'est sans doute parfait, assura-t-il, un peu gêné de s'afficher comme un proche du vieil homme alors que cela faisait des années qu'ils n'avaient pas été plus loin que des salutations polies.

La pièce n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'il s'y était rendu. Ses deux amis et lui entourèrent le lit en silence et communièrent un moment.

— Le portrait d'Ariana, dit soudain Hermione.

Harry et Ron se tournèrent vers la cheminée. La peinture était toujours à la même place.

— Pas mal de monde connaît le passage, rappela-t-elle. Sans lui pour le garder...

— Ce n'est pas forcément un mal qu'il y ait quelques passages entre Poudlard et l'extérieur, fit remarquer Ron.

— Celui là est spécial, protesta Hermione. Il a sans doute été créé pour que les deux frères puissent se rencontrer. Ils n'en ont plus besoin, maintenant. Vous croyez qu'ils voudraient qu'on utilise une image de leur sœur maintenant qu'ils ne sont plus là ?

— Et le tableau, on le laisse là ? demanda Harry.

— Au Ministère, on garde en vue de l'exposer de nouveau un jour, les photos, souvenirs et autres témoignages qui avaient été rassemblés pour fêter les dix ans de la bataille de Poudlard. Je peux m'arranger pour qu'on y mette le portrait.

Le deux hommes échangèrent un regard. Harry hocha la tête, marquant son assentiment et Ron haussa les épaules :

— Pour désactiver le passage, Bill a l'habitude de ce genre de chose, rappela ce dernier. Je le lui demanderai.

— Je viendrai avec lui, décida Hermione. J'en profiterai pour prendre le tableau.

Ils allaient partir quand Ron sembla frappé d'une idée.

— Harry, tu n'as pas toujours un appareil photo sur toi ?

— Si dans mon aumônière, confirma l'Auror qui emportait toujours de quoi relever des indices avec lui.

— Tu pourrais faire un cliché du portrait et le développer tout de suite ?

Harry s'exécuta le plus rapidement possible et tendis une photographie un peu floue à son ami.

Ron la prit et s'approcha du défunt. Avec des gestes doux, il déboutonna la robe qui habillait le dernier des Dumbledore, glissa le cliché contre sa poitrine puis remit le tissu en place. Hermione effleura une dernière fois la main du vieil homme, et ils quittèrent les lieux.

Madame Rosmerta était toujours dans la salle en bas quand ils y déboulèrent enfin. Elle était en train de refermer son miroir.

— Tout est arrangé, indiqua-t-elle à Harry. Nous l'inhumerons demain matin à dix heures dans le cimetière de Godric's Hollow. Vous viendrez ?

— Oui, je pense.

— Nous aussi, fit savoir Ron.

— Merci pour tout, ajouta Harry.

Le trio repartit vers l'aire de transplanage.

— Oh zut ! réalisa tout à coup Harry. Je suis en retard pour ma réunion.

— Moi aussi, sourit Hermione. Mais j'ai prévenu mon chef.

— Je suppose que Stan a pris ma place, conclut le commandant des Aurors d'une voix penaude.

— N'en profite pas pour te défiler, le tança Hermione. Tu viens avec moi.

— Elle est encore pire qu'à Poudlard, confia Harry à Ron.

Le sourire de son meilleur ami était nettement moins complice qu'à l'époque. C'est le problème quand vos deux meilleurs copains se marient ensemble : ils deviennent plus préoccupés par la paix de leur ménage que par les devoirs de l'amitié.

ooOoo

Le lendemain, Harry, Ron et Hermione choisirent de se rendre dans le petit village en cheminée. Cette dernière arrivait juste à côté du cimetière, ce qui leur évita de transformer leurs robes. Ils n'avaient pas fait grand frais de toilette, le défunt ne semblant pas apporter grand intérêt aux tenues, mais avaient mis des habits sombres, par respect pour lui.

Avant de se mêler à la foule, ils l'observèrent discrètement. Il y avait davantage de monde que Harry ne l'aurait imaginé. Hagrid se détachait du lot par sa haute silhouette. Il avait un mouchoir aussi grand qu'un drap de bain dans lequel il se mouchait bruyamment. A ses côtés, se tenait le professeur McGonagall, plus décharnée que dans les souvenirs de Harry. Le professeur Brocklehurst qui les accompagnait était quand à lui plus rond qu'auparavant.

Le commandant des Aurors reconnut près d'eux divers cabaretiers, restaurateurs, aubergistes du Chemin de Traverse et de Pré-au-Lard et, bien entendu, Mme Rosmerta qui discutait avec le directeur de Poudlard.

Le reste de la petite troupe devait être des clients reconnaissants. Ils formaient un petit groupe dépareillé qui ne se tenait un peu à l'écart, mais dont les membres ne discutaient pas entre eux. Harry reconnut parmi eux des petits escrocs qu'il avait croisés chez son collègue Tiern Watchover de la Police Magique. Les autres étaient encore plus marginaux. Il y avait quelques Harpies, reconnaissables à leur tignasse épaisse et leurs joues creusées ; une colonie relativement important — une trentaine de membres — vivait en bordure de la Forêt Interdite. Près d'elles s'agitaient quelques vampires, repérables par leur habitude compulsive de passer leurs langues sur leurs lèvres et à leur regard reflétant une faim toujours inassouvie — enfin, on pouvait l'espérer. Enfin, des loups-garous encore cernés et griffés par la pleine lune précédente se tenaient serrés, en meute, encore plus en retrait que les autres. Harry savait qu'une petite frange d'entre eux refusaient toujours de prendre la potion Tue-Loup, prétendant que c'était contre leur nature et, de ce fait, néfaste pour leur santé.

Harry se demanda où tout ce petit monde allait désormais être accueilli. Hermione avait dû suivre le même raisonnement, car elle demanda à Ron :

— Qui va reprendre la Tête de Sanglier ?

— C'est Madame Rosemerta qui va décider entre les candidats. Tu devrais peut-être t'arranger pour que le Ministère lui fasse savoir qu'une personne ayant l'esprit large est la bienvenue, précisa-t-il, devenu expert pour déceler les questions sous-jacentes dans les propos de son épouse.

Hermione hocha la tête d'un air pensif. Harry savait qu'elle regrettait que son ancienne supérieure, Hestia Jones, ne se consacre qu'à protéger les sorciers des créatures magiques, négligeant totalement la défense de ces dernières, même quand elles étaient pacifiques. Il ne fallait pas compter sur elle pour convaincre la Maître de guilde qu'un lieu pour accueillir les réprouvés était important pour l'équilibre de la société.

Des pas se firent entendre derrière eux, sans doute un autre sorcier arrivant par la cheminée. Ils s'apprêtaient à avancer pour lui laisser le passage quand Harry le reconnut :

— Mondingus, ça fait un bail !

Ce dernier eut un sourire crispé.

— Bonjour ! Vous êtes tous là à ce que je vois.

— Abelforth nous a donné un bon coup de main, dans le temps, tout comme vous, expliqua gentiment Hermione. Vous le voyiez souvent ?

— Oh, de temps en temps.

Harry ne put retenir un petit sourire. Il savait que son ancien allié continuait ses petits trafics et qu'il tenait ses réunions d'affaire à la tête de Sanglier. Sa mimique n'échappa pas à l'escroc qui s'éloigna un peu de lui.

— C'est jour de trêve aujourd'hui, le rassura le commandant des Aurors. Et puis, tant que vous ne concernez pas mon service, vous savez que je suis de votre côté.

Ils étaient tous quatre arrivés à proximité des autres. Hagrid fonça vers eux et les étouffa en les serrant contre son large torse, partagé entre la joie de les voir et la tristesse que lui inspirait la disparition du frère de son ancien protecteur. Les deux autres professeurs furent plus mesurés dans leur salut. Peu de temps après, Neville les rejoignit, accompagné de Padma et Parvati.

Finalement, Madame Rosemerta frappa dans ses mains et les conversations s'éteignirent. Quatre membres de la Guilde arrivèrent en transplanant, portant un cercueil sur leurs épaules. La cérémonie fut rapide. La tenancière des Trois balais rappela la longévité de la présence à Pré-au-lard du défunt, son lien de parenté avec le plus grand sorcier de leur génération, puis chacun défila pour mettre une pelleté de terre ou un petit souvenir dans la tombe. Plusieurs firent venir des verres d'alcool pour boire une dernière gorgée avec leur barman avant de faire tomber leur verre dans la fosse. Cela agaça visiblement beaucoup Mme Rosemerta, mais Harry, Ron et Neville se mirent à rire tout bas, bientôt suivis par Hermione et leurs autres amies. La cérémonie se termina tant bien que mal et l'assemblée commença à se disperser.

Neville et Parvati partirent rapidement, attendus à leur travail respectif. Padma passa de groupe en groupe, sans doute par conscience professionnelle. Harry regarda ses amis restés près de lui :

— Hum, je suppose que, puisqu'on est là, on pourrait aller sur la tombe de mes parents, proposa-t-il.

Durant toutes ces années, il n'y était jamais retourné. D'une certaine manière, sa première visite avait été tellement intense qu'il n'avait pas voulu revenir, considérant que cela ne pouvait rien lui apporter. Il savait qu'un jour il devrait y emmener ses enfants, mais il avait repoussé ce moment, se disant qu'ils étaient encore trop jeunes. Il était vaguement conscient que c'était une fausse excuse et que c'était lui-même qui craignait cette confrontation avec le passé. Mais comme le vieil Alberforth l'avait ramené là, il n'allait pas fuir. 'Ai-je jamais décliné les défis que m'ont lancé les membres de cette famille ?', songea-t-il avec ironie.

En s'approchant de la tombe de marbre blanc, il constata qu'il n'était pas le seul à avoir eu l'idée et que d'autres sorciers avaient fait un détour par le tombeau des Potter. Quand ils le virent avancer, cependant, ils s'éloignèrent, lui laissant la prééminence.

Un peu gêné, Harry s'avança sous les regards intéressés de la dizaine de sorciers qui étaient encore là. Ron les fusilla du regard et ils comprirent le message. Certains repartirent vers la cheminée, d'autres vers l'église attenante au cimetière pour visiter le monument aux morts ou les ruines de la maison, supposa Harry.

Il se recueillit un moment sur la pierre tombale, entouré pas ses amis, puis d'un pas lent ils allèrent à leur tour en direction de l'église, prenant juste le temps de transformer leurs vêtements avant de sortir du jardin des morts. Ron eut une exclamation quand l'obélisque moldu se transforma en statuaire représentant une famille et Harry réalisa qu'il n'était jamais venu à Godric's Hollow.

— Oh, tu étais mignon, remarqua son ami.

— Mes parents sont ressemblants, mais pour moi, je ne sais pas. Je ne pense pas qu'il existe des clichés ou portraits de moi bébé.

— Mais Dumbledore t'avait vu la veille du drame, rappela Hermione. Il a pu montrer son souvenir grâce à une Pensine.

Harry observa son effigie avec attention.

— C'est vrai qu'il y a un petit air de mon Albus à moi, remarqua-t-il.

Ils continuèrent leur périple vers la maison qui avait abrité la famille. Ils n'eurent pas à effleurer la porte pour faire apparaître la pancarte qui rappelait les effroyables évènements. Les trois professeurs de Poudlard se trouvaient sur place et étaient en train de déchiffrer les messages qui avaient été laissés là à l'intention de Harry.

— J'ignorais que tant de monde était venu là durant la guerre, fit remarquer le professeur McGonagall à son ancien élève.

— Nous y étions passés et j'ai apprécié ces marques de sympathie, lui apprit ce dernier. Cela m'avait terriblement remonté le moral.

Il omit de révéler qu'une heure et un combat acharné plus tard, il se sentait au trente-sixième dessous, sa baguette brisée, ne sachant plus que faire pour continuer sa quête.

Hagrid avait les yeux pleins de larmes.

— Si tu savais le choc que ça a été de voir cette maison en cendres, avec cette odeur de brûlé et de mort, raconta-t-il d'une voix rauque. Et au milieu de cette désolation, ce pauvre Sirius, ravagé de douleur, te tenant dans ses bras. C'est le souvenir le plus triste de ma vie...

Harry lui tapota maladroitement le bras.

— Merci de vous être occupé de moi, dit-il avec ferveur. Ce jour là et quand j'ai eu onze ans.

— Non, ce n'est rien. C'est Albus Dumbledore qui a veillé sur toi durant toutes ces années.

Harry sourit sans répondre. Il ne doutait pas de l'affection que lui avait porté le directeur, mais toutes ses actions avaient eu des intentions cachées. Au moins Hagrid avait-il toujours agi par bonté pure, sans arrière-pensées. Il n'aurait pas pu sauver le monde sorcier ni déjouer les intentions d'un mage noir, mais les personnes comme lui avaient aussi leur rôle à jouer dans une communauté.

— Vous vous sous-estimez, assura-t-il. Vous m'avez apporté plus que vous ne l'imaginez.

Le professeur McGonagall se racla la gorge, les yeux humides, tandis qu'Hermione prenait la main du géant pour la serrer avec douceur. Ron cachait son émotion en feignant de déchiffrer les messages portés sur le panneau et le directeur actuel de Poudlard regardait ailleurs, comme pour faire oublier sa présence.

— Bon, fit Harry pour détendre l'atmosphère. Comme dirait Ron, quand est-ce qu'on mange ?

ooOoo

Finalement, ils déjeunèrent tous les six aux Trois Balais. Harry en profita pour demander comment cela se passait avec Teddy.

— Il est loin d'être aussi bon qu'il pourrait l'être s'il travaillait ne serait-ce qu'un peu plus, mais il s'est quand même bien repris depuis un an et ses résultats ont un peu décollé, l'informa la directrice de maison.

— La famille a tenté de lui montrer à quoi servent vos cours, répondit Harry en montrant Ron du regard. D'ailleurs, nous avons pensé, entre nous, qu'un stage dans le monde du travail que chaque élève effectuerait durant les grandes vacances entre la sixième et la septième année serait très formateur.

— Je suis certain que ma guilde jouera le jeu, appuya Ron. Vous pouvez aussi en parler à Mme Rosemerta pour tâter le terrain.

— J'y ai déjà pensé, leur apprit le professeur Brocklehurst, car cela se fait chez les Moldus. Cela fait partie de ma liste de choses à mettre en place. D'ici un an ou deux, je pense, le temps de définir un projet pédagogique tout autour, promit-il.

— Teddy m'a demandé quelque chose, et je me rends compte que j'ai oublié, fit Harry, changeant de conversation. Il est à la recherche de personnes ayant bien connu son père. Je me demandais si vous pouviez lui faire quelques récits ou retrouver des devoirs rendus autrefois par Remus, s'adressa-t-il particulièrement au professeur McGonagall et à Hagrid.

— Je devrais pouvoir retrouver quelques photos, fit le professeur en créatures magiques d'une voix bourrue.

— Et moi lui rapporter quelques anecdotes, assura Minerva. Lui et ses camarades sont du genre inoubliables dans la carrière d'un professeur.

— Pires que les jumeaux ? s'enquit Ron en souriant.

— C'était un autre genre. On sentait que leurs petits secrets étaient magiquement plus dangereux que les farces et attrapes dont vos frères se délectaient. Mais, je ne sais trop comment, nous n'arrivions jamais à les surprendre en dehors de leur salle commune.

Le trio garda un silence prudent. Harry n'avait remis ni la carte ni la cape à Teddy car il savait qu'Andromeda y serait violemment opposée mais il n'excluait pas de les prêter à ses enfants, quand ils auraient l'âge de les utiliser avec sagesse.

— Depuis le départ de Fred et Georges, vous êtes presque en vacances, intervint Hermione pour détourner l'attention de leur ancienne professeure sur les élèves qui patrouillent librement dans les couloirs sans jamais se faire prendre. Je mets de côté les années de guerre, évidemment, ajouta-t-elle rapidement.

— Oui, quand les Mangemorts étaient à Poudlard, mon travail était différent puisqu'il consistait à faire en sorte que les élèves ne se fassent pas prendre, sourit l'austère enseignante. Une de mes tâches était d'occuper au maximum ce pauvre Rusard pour qu'il ne fasse pas bien son travail.

— Pas de danger qu'il résiste avec nous, grogna Ron avec rancune.

— Je ne sais pas trop, corrigea McGonagall. Sa nature de Cracmol le mettait potentiellement en mauvaise posture face à des puristes du sang comme les Carrow et j'ai voulu éviter de le compromettre pour ne pas le mettre en danger.

Harry se sentit un peu honteux de ne jamais penser aux difficultés rencontrées par le concierge du fait de son absence de magie. Il compatissait de manière globale avec les cracmols et leur souhaitait une vie heureuse, mais il n'associait pas Rusard à ses bons sentiments.

— N'est-il pas cruel de le laisser à ce poste qui le met en contact constant avec des élèves plus jeunes mais pourtant plus doués que lui en permanence ? demanda Hermione.

— Je ne sais pas qui a eu cette idée au début, reconnut Minerva, mais il a refusé toutes les propositions que lui a faites le professeur Brocklehurst.

— J'avoue que je ne sais pas si je dois le chasser pour le forcer à faire autre chose ou le laisser en paix se vautrer dans le masochisme, précisa le directeur de Poudlard.

— Pour en revenir à l'année des Ténèbres, reprit le professeur McGonagall, j'ai compris après coup que Severus s'efforçait lui aussi de distraire les Carrows pour qu'ils n'attrapent pas les élèves. Mais j'étais tellement en colère contre lui à cette époque que je ne m'en suis pas rendue compte, mais j'ai réévalué mes souvenirs suite à vos révélations, Monsieur Potter, et je m'en veux d'avoir été aussi aveugle. Pourtant la manière dont il a puni Mlles Weasley et Lovegood après qu'il les ait surprises dans son bureau aurait dû me mettre la puce à l'oreille. J'ai juste pensé qu'il manquait de discernement en les remettant dans les mains d'un allié. Ma colère m'a fait oublier qu'il était bien trop fin pour faire ce genre d'erreur. Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut voir...

Elle laissa passer un petit silence avant de reprendre :

— J'avoue que vous m'avez beaucoup inquiété, Monsieur Potter, quand vous m'avez écrit quelques semaines après la fin de la guerre pour me demander où le professeur Rogue était enterré. J'ai craint que la rancœur et la vengeance vous empêchent de vivre dans la paix. Je ne saurais dire à quel point votre émission à la radio avec Monsieur Jordan m'a rassurée. Vous sembliez tellement serein, positif et tourné vers l'avenir que j'ai compris que vous vous en étiez tiré.

Elle ne précisa pas à quel danger il avait échappé, mais Harry comprit parfaitement ce qu'elle voulait dire.

— Je n'étais pas encore complètement remis de cette période difficile, reconnut-il. Mais une bonne année à Poudlard a remis les pendules à l'heure.

— C'était une excellente idée de reprendre vos études, le félicita Brocklehurst. Rien de tel pour réapprendre les vertus d'une vie rangée.

— A vrai dire, je pensais arrêter, comme Ron, confessa Harry. Mais le Ministre a choisi pour moi en m'affirmant que je devais avoir mes ASPIC pour intégrer le corps des Aurors. C'était un gros mensonge, mais ça a marché.

— J'espère que vous n'en voulez pas à Kingsley, fit Minerva avec véhémence. Il se faisait beaucoup de soucis pour vous, lui aussi, et a cherché à bien faire.

— Je lui ai pardonné, assura Harry. Le fait que Ginny m'ait accompagné à l'école a rendu l'obligation fort agréable.

— Je préfère ne pas savoir comment, plaisanta Ron.

— Oh, rien d'inconvenant... du moins dans l'enceinte du château, précisa précipitamment Harry, faisant rire toute la tablée.

— Je vous remercie de m'avoir évité de prendre des mesures punitives que j'aurais détesté appliquer, fit ironiquement le professeur McGonagall. Je me suis inquiété pour vous aussi, Monsieur Weasley, continua-t-elle en se tournant vers Ron qui, pris de court, adopta une expression supposée innocente qui rappela des souvenirs à Harry.

— Je vous remercie, Professeur, répondit prudemment le maître de Guilde.

— Mais je suis admirative aujourd'hui devant votre réussite, même si retrouver vos produits dans mon école est parfois éprouvant.

— Vous m'en voyez désolé, affirma Ron d'un ton convaincu qui ne convainquit pourtant personne.

— Quant à vous, chère demoiselle Granger, je dois vous avouer que vous avez seulement été à la hauteur de mes espérances, continua McGonagall, pince-sans-rire.

— J'en suis très flattée, affirma Hermione avec un grand sourire.

— J'ai entendu dire que vous étiez en train de réformer toutes nos lois, continua son ancien mentor.

— Je ne fais qu'un travail de compilation et de toilettage, affirma Hermione d'un ton modeste.

— C'est ce qu'on m'a dit, répondit la professeure avec un petit sourire laissant entendre qu'elle avait une idée de ce que cette modeste définition pouvait cacher.

La revue des lois sorcières à laquelle Hermione s'était attaquée allait en effet au-delà d'un simple inventaire des lois existantes. Cela permettait de faire ressortir des textes oubliés, certains consacrant des droits dont les sorciers ignoraient pouvoir se prévaloir, d'autres que le ministre ne trouvait pas du tout à son goût et enfin certains qui étaient contradictoires ou qui faisaient double emploi avec des règles plus récentes. Pour les premiers, ils étaient transmis aux journaux qui choisissaient d'en parler ou non — cela faisait les délices de Justin Flinch-Flecher qui écrivait des fiches juridiques pour Alternatives Magiques. Pour les autres, leur annulation était demandée devant le Magenmagot.

Kingsley bénéficiant d'une majorité de mages en sa faveur, cela ne posait généralement pas de problème. Le droit était ainsi peu à peu simplifié, modernisé et humanisé. C'était un travail de longue haleine auquel Hermione s'était attelée peu après son arrivée au Département de la justice cinq ans auparavant.

Madame Rosemerta arriva à ce moment, leur apportant des cafés, cadeau de la maison, et s'assit un peu avec eux. Harry la remercia d'avoir pris en compte ses remarques et la félicita pour l'organisation sans accroc de la cérémonie. Ils parlèrent de choses et d'autres durant un petit moment, jusqu'à ce qu'Hermione se lance :

— Avez-vous déjà une idée de la personne qui va remplacer Abelforth ?

Harry vit Ron tiquer devant l'aspect direct de la question. Madame Rosemerta elle-même en resta interloquée. Les autres se tournèrent vers elle, sans doute intéressés par la réponse.

— Eh bien, mon conseil et moi-même n'en avons pas encore débattu, fit prudemment la Maître de guilde. Avez-vous un candidat à proposer ?

Elle darda un regard aigu vers Ron, qui se renversa en arrière sur sa chaise comme pour montrer qu'il n'était pas concerné par cette affaire. Harry fut dans un premier temps surpris qu'il ne marque pas plus de soutien à son épouse mais comprit qu'il ne voulait pas indisposer leur interlocutrice en prétendant marcher sur ses plates-bandes.

— Personne en particulier, assura Hermione. Mais j'ai vu ce matin le genre de personnes qui étaient accueillies par Abelforth et j'espère qu'elles seront toujours les bienvenues dans l'établissement malgré le changement de direction.

— Cela vous honore, répondit Madame Rosemerta.

Il était clair que ce n'était pas sa préoccupation première. Harry se rappela combien elle avait été dure en affaire avec Ginny quand elle avait négocié l'accord concernant le service de restauration du musée. Nul doute que cette clientèle disparate n'était pas des plus rentable. Il décida d'intervenir.

— Si Hermione s'inquiète pour des raisons humanitaires, commença-t-il, sachez que le Ministère en fait autant pour des raisons plus prosaïques. Vous n'ignorez sans doute pas que la Tête de sanglier, en acceptant les marginaux et les paumés dont on ne veut pas ailleurs, est devenu un endroit béni pour ceux qui cherchent des renseignements sur les affaires, disons en marge de l'économie officielle. Le chef de la police magique serait bien ennuyé de ne plus savoir où envoyer ses informateurs.

Il vit que sa mention à Tiern Watchover avait porté. Il n'était en effet pas rare que son service intervienne dans les bars, l'alcool qui y était vendu entraînant des désordres qu'il était de la responsabilité de la police de contenir. C'était également ce service qui veillait au respect des heures de fermeture et qui contrôlait les substances proposées aux clients. Il était donc important pour la guilde de la Table de rester en bons termes avec Watchover.

— J'y réfléchirai, promit leur hôtesse.

— Je prendrais bien de votre délicieux alcool de prune en digestif, conclut Ron en mettant fin à l'intermède. Un verre pour chacun de nous, c'est ma tournée !
End Notes:
Pour commencer je vous informe que j'ai l'intention de poser le chapitre 11 le plus vite possible, car il clot quelques sujets en cours. Il n'est cependant pas tout à fait terminé et ne sera pas prêt pour la semaine prochaine. Je vous donne donc rendez-vous dans 15 jours pour le découvrir. Ce sera la fin de la première tranche de publication.

Concernant les Sombrals qui mangent de la viande, ne peut-on pas considérer qu'ils sont omnivores, et qu'ils peuvent apprécier les ajoncs et les petites bêtes qu'on trouve dedans ? Cela m'éviterais de réécrire la scène.

Enfin, je vous informe que j'ai découvert qui avait écrit l'histoire sur Teddy qui m'a inspiré dans le chapitre 5 : c'est ma fidèle lectrice Aylala, qui a posté l'OS "Qui je suis" sous le pseudo Eiram84 (c'est maintenant dans mes histoires favorites). Je vous invite à découvrir cet OS ainsi que tout ce qu'Aylala a écrit sous son pseudo principal. En tout cas, c'est un exemple de plus de la manière dont nous nous enrichissons les uns des autres.


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Le prochain chapitre s'appellera... euh, il n'est pas encore nommé, en fait ^_^'.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D
XI : L'esprit de groupe by alixe
Author's Notes:
- LES SORCIERS -

Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice et Xenon.

Chronologie :

2 mai 1998 : Bataille de Poudlard

26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny

20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique

17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter

04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley

26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter

16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter

28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley

décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors

30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie

Période couverte par le chapitre : du 7 février au 6 avril 2013
Le procès des trafiquants dont l'arrestation avait coûté la vie à Simon Belby se tint quatre mois après leur arrestation, vers la fin du mois de février.

Dans l'intervalle, les relations entre Muldoon et Harry avaient lentement évolué, les deux hommes étant passés de l'indifférence la plus marquée à des échanges retenus et prudents. C'était un progrès cependant, chacun ayant fait certaines concessions.

Ainsi, trois jours après que Harry lui en ait donné l'ordre, Muldoon s'était présenté le samedi à l'entraînement, le visage fermé. Harry s'était demandé si Pritchard avait insisté pour que l'Auror leur fasse l'honneur de sa présence ou s'il l'avait fait de lui-même. Quoiqu'il en soit, il avait été soulagé de ne pas avoir à sanctionner un refus d'obtempérer.

Le commandant des Aurors avait fait signe à Janice de prendre en charge leur nouveau participant et était parti entraîner un autre groupe. Il voulait voir Muldoon à l'œuvre mais il avait préféré le laisser prendre ses marques avant d'aller l'inspecter. Il ne s'était rapproché qu'en fin de séance : comme il l'avait déjà remarqué, Muldoon tirait vite et juste. Par contre, il ne savait pas se placer correctement par rapport à ses collègues pour les couvrir et bénéficier de leur protection de la manière la plus efficace.

Muldoon avait néanmoins un très bon niveau de manière générale. Il s'était manifestement tenu au courant des manœuvres de base mises au point par Harry et Janice, sans doute par l'intermédiaire de son partenaire, Christopher Summers. Ainsi, il maîtrisait correctement le transplanage dos à dos ou la prise de coordonnées d'arrivée à partir d'un miroir. Mais il lui manquait encore l'esprit de groupe qui ne pouvait naître que des manœuvres inlassablement répétées avec ses camarades chaque samedi.

Muldoon était revenu à la séance suivante mais pas à celle d'après. Harry avait laissé passer sans rien dire. Les entraînements n'étaient pas officiellement obligatoires et, s'il était conseillé de s'y rendre le plus souvent possible, il était toléré de les manquer de temps en temps. Cela arrivait d'ailleurs parfois à Harry ou Janice, qui s'arrangeaient simplement pour que l'un d'eux soit toujours présent. Un samedi, ils avaient tous les deux eu un empêchement de dernière minute ; ce jour là, Hilliard Hobday et Horacius Hipworth avaient pris les choses en main, et les Aurors avaient enchaîné les exercices habituels.

Le quatrième samedi, Muldoon était revenu et, après la séance, Harry avait demandé à Janice si tout se passait bien. Janice avait eu un grand sourire :

— Tu sais, tu n'es pas le seul à avoir des soucis avec lui. De son temps, il y avait peu de femmes Aurors et, quand elles l'étaient, elles avaient la décence de ne pas monter en grade. Autant te dire qu'il a fait la tête quand j'ai été nommée chef de Brigade et encore plus quand j'ai remplacé Pritchard auprès de Faucett il y a sept ans.

— Ah bon ? s'était étonné Harry qui ne s'était aperçu de rien.

— On a donc eu des petites conversations musclées et on est plus ou moins parvenus à un statu quo.

— C'est bien, avait approuvé Harry en se demandant s'il parviendrait un jour à ce stade.

— J'ai rien dit pour son absence de la semaine dernière, avait continué Janice, mais tout à l'heure j'ai opposé son équipe à nos amis de la police magique. Son groupe s'est fait laminer par sa faute parce qu'il ne sait toujours pas se placer correctement. ça devrait le convaincre de revenir prendre sa revanche. Par contre, tu vas l'entendre râler sur la stupidité d'intégrer la police dans nos entraînements.

Trois ans et demi plus tôt, lors de l'affaire qui les avait mis face à une série d'incendies criminels, Harry avait demandé l'aide de la police magique car il manquait d'effectif pour l'opération de grande envergure qu'il avait déployée pour débusquer le coupable. En remerciement pour la totale coopération que lui avaient offerte le commandant Watchover et le capitaine Thruston, Harry avait proposé d'accueillir leurs hommes à ses entraînements.

Certains de ses collègues s'en étaient offusqué et avaient protesté quand les premiers policiers étaient arrivés. Harry avait tenu bon, rappelant leur efficacité dans l'enquête qui venait enfin de se terminer. Finalement, au prix de quelques ajustements, leur présence avait été acceptée. Harry et Watchover avaient convenu que le nombre des policiers devait rester largement minoritaire par rapport à celui des Aurors pour que ces derniers ne se sentent pas dépossédés de leur séance. Watchover n'envoyait donc que ses officiers supérieurs, les capitaines et les brigadiers. Ces derniers se débrouillaient pour transmettre ce qu'ils apprenaient à leurs hommes lors de séances organisées de leur côté.

Harry et Janice veillaient également à ne pas mélanger les policiers avec des Aurors ayant exprimé leur répugnance à les côtoyer. Heureusement, leurs collègues les plus jeunes, moins influencés par la concurrence féroce qui existait avant la guerre entre les deux services, n'y voyaient aucun inconvénient. Cependant, Janice et Harry n'hésitaient pas à opposer les deux corps, considérant que l'émulation était propice au perfectionnement.

Comme l'avait espéré Janice, Muldoon était revenu assez régulièrement après son humiliation et travaillait sérieusement pour rattraper son retard. Les rapports entre les deux hommes, néanmoins, restaient tendus. Harry n'avait osé féliciter Muldoon ni pour sa présence du samedi, ni pour ses progrès, de peur que ce ne soit interprété comme une manière de se réjouir de l'avoir fait plier.

D'une manière générale, il s'interrogeait sur ce que Muldoon pensait de ses efforts pour préserver sa fierté. En était-il soulagé ou au contraire, méprisait-il Harry de ne pas vouloir affirmer sa suprématie ? De même, le commandant des Aurors se demandait si son subordonné était conscient que la sanction encourue pour son geste criminel aurait été plus sévère si Harry ne s'était pas senti coupable de l'avoir aussi longtemps mis sur la touche par défiance.

Au début de l'année, le partenaire de Simon Belby, Kevin Whithby, était revenu des vacances prolongées qui lui avaient été accordées pour se remettre du choc. Pritchard avait alors proposé qu'il soit confié à Christopher Summers et que Muldoon soit mis en équipe avec Michael Corner. Cela confèrerait ainsi à Muldoon un partenaire beaucoup plus jeune que lui à qui il pourrait transmettre son expérience, sans que ce dernier ne soit assez malléable pour se laisser éloigner des principes mis en place après la guerre. Harry avait accepté cet arrangement et, autant qu'il avait pu en juger, Muldoon n'en avait pas paru mécontent. Il n'avait pas manifesté de satisfaction pour autant mais Harry comprenait que cela puisse être contraire à sa dignité.

Les malfaiteurs furent condamnés à cinq ans d'emprisonnement pour la vente de produits illicites et dangereux. Le décès de Bilby y fut évoqué en étant qualifié d'acte involontaire. Sans l'intervention malvenue de Muldoon, une accusation d'homicide aurait sans doute été lancée et la défense aurait dû démontrer que la conjonction des deux sorts qui avaient causé le décès n'était pas concertée.

Ce demi-silence fut farouchement commenté chez les Aurors. Plutôt que de laisser des théories se développer Harry décida d'en donner la véritable explication.

— Il y a eu des irrégularités lors de l'arrestation, ce qui nous a obligé à transiger avec la défense, indiqua-il en réponse à une question qu'on lui posa dans la grand salle du QG, de manière assez forte pour être entendu par tous ceux qui se trouvaient aux alentours. C'est ce qui arrive quand on outrepasse les règles. Quoiqu'il en soit, cela ne nous aurait pas rendu Simon et ceux qui ont lancé les sorts qui ont causé sa mort sont en prison pour des années. Gardez bien à l'esprit que notre mission est de défendre la loi et que notre conduite doit toujours être irréprochable.

— Quelles irrégularités ? demanda l'un des Aurors.

— Le dossier est clos, fit sèchement Harry. Il n'y a plus à y revenir.

Il n'avait mis au courant que Janice pour qu'elle ne se sente pas mise en accusation. Par contre, il s'était refusé à épingler Muldoon en public. Il savait que les rumeurs courraient et que Muldoon pourrait raconter une version arrangée à sa façon mais Harry n'avait jamais mis au pilori un de ses hommes et avait tenu à signifier que cela resterait entre lui et le contrevenant.

Le procès et l'explication mirent le commandement des Aurors en difficulté.

Pour commencer, la façon dont Harry avait expliqué la situation avait choqué un grand nombre de ses subordonnés, ces derniers trouvant indécent qu'il semble davantage condamner l'action des Aurors, qui avaient perdu l'un des leurs, plutôt que les agissements des malfaiteurs, qui étaient des meurtriers. Le silence de Pritchard à ce sujet montrait clairement son désaccord. Il aurait sans doute préféré que Harry pointe l'intransigeance des lois et de la justice ou la roublardise des avocats de la défense.

Le sort d'incendie de Muldoon fut également commenté ; le commandant des Aurors ne sut qui en avait parlé : peut-être Muldoon lui-même ou Kevin Whithby qui avait assisté à la scène, à moins qu'un des combattants arrivés sur les lieux quelques instants plus tard n'ait deviné ce qui s'était passé. Quoiqu'il en soit, d'après ce que lui rapporta Janice, près d'un tiers de la brigade pensait que c'était bien fait et que cela compensait le défaut de jugement.

Quand il l'apprit, Harry ne regretta pas d'avoir fermement condamné le sortilège, même si cela devait lui valoir une impopularité passagère. Il l'estimait préférable au sentiment d'impunité que ses hommes auraient pu éprouver s'il avait paru soutenir l'attaque portée par Muldoon. Il comprenait leur colère et leur besoin de vengeance : il avait lui-même ressenti ce penchant et avait lui aussi dérapé à une reprise. Mais cela ne rendait pas cette inclinaison légitime pour autant. Il était de leur devoir de se contrôler et de ne pas laisser leurs sentiments — tout aussi naturels qu'ils soient — se transformer en acte.

En tant que commandant, il était de son devoir de rappeler à ses hommes que leur fonction avait pour objectif premier d'empêcher leurs concitoyens d'exercer une justice privée qui ne pouvait donner lieu qu'à une escalade de la violence et déboucher sur le règne du plus fort sur le plus faible. Il était donc particulièrement grave de leur part de déroger à ces principes.

Il se rappelait encore avec acuité de son entretien avec Kingsley Shaklebolt, quelques semaines après la bataille de Poudlard. Ce dernier lui avait fait comprendre qu'il espérait le voir s'engager dans le corps des Aurors pour personnifier la droiture et servir d'exemple. Harry estimait qu'il était de son devoir de tout faire pour être à la hauteur des espoirs du ministre de la Magie.

Il n'y avait plus qu'à espérer que le message était passé et qu'aucun de ses hommes ne le contraindrait à prononcer de punition exemplaire.

ooOoo

Le mois d'avril et la seconde tâche du Tournoi des Trois Sorciers finirent par arriver.

Comme la fois précédente, Harry s'y rendit avec le secrétaire de la Coopération magique et sa belle-sœur. Les spectateurs furent installés dans le réfectoire, à l'extrémité normalement occupée par l'estrade des professeurs. La salle était séparée dans sa longueur en trois bandes de largeur égale, chacune surmontée par un grand sablier qui évoqua à Harry le décompte des points à Poudlard. Au premier plan se trouvaient trois portes closes qui condamnaient l'accès au reste de la salle. A droite de chaque porte, on voyait un pied supportant un petit sablier.

Une notice fut remise aux spectateurs, expliquant la série d'épreuve qui allait se dérouler. Pour commencer, les candidats avaient reçu des instructions la fois précédente, leur indiquant qu'ils allaient devoir revenir en arrière dans le temps. Une énigme leur donnait la mesure exacte du saut temporel à réaliser. Ainsi, les petits sabliers étaient des Retourneurs de temps, dont le champ d'action était limité, précisait la fiche, pour éviter tout accident. La porte ne pouvait s'ouvrir qu'à un moment bien précis. Il était donc important pour les champions de ne pas s'être trompés dans leur calcul. S'ils arrivaient trop tôt, ils devraient attendre que la porte puisse être ouverte et, comme les sabliers commenceraient leur décompte du temps dès leur apparition, ce serait autant de temps à rattraper pour la suite. S'ils arrivaient trop tard, ils pourraient passer mais ils se verraient infliger une pénalité de cinq minutes.

Après la porte, toute une série d'épreuves entravaient leur avancée vers la ligne d'arrivée. Le vainqueur serait celui qui y parviendrait le premier. Il gagnerait 10 points. Le second se verrait attribuer 5 points et le dernier 0. On jugerait également leurs diverses performances, sur une échelle de 12 — chaque juge attribuant une note sur 4 — qui compléterait les points relatifs à l'ordre d'arrivée.

Hope Ketteridge, la championne britannique, fut la première à apparaître brutalement. Elle s'escrima immédiatement sur sa porte, mais elle était arrivée trop tôt et cette dernière resta hermétiquement close. Au bout de deux minutes — ainsi que l'indiquait le sablier personnel de la jeune fille, les deux autres candidats apparurent à leur tour.

Les trois portes s'ouvrirent et les champions les franchirent. Ils s'éloignèrent des spectateurs pour affronter les diverses épreuves mais, grâce à la magie particulière de la salle, le public ne manqua aucun détail.

Les tâches auxquelles les "Trois Sorciers" étaient confrontés semblaient avoir été conçues pour vérifier si les champions maîtrisaient toutes les formes de magie qu'on leur enseignait dans leurs écoles respectives. Ils durent métamorphoser des objets pour passer des obstacles, lancer des sortilèges particuliers, déchiffrer un texte en runes, reconnaître parmi d'autres graines celles d'un haricot magique qu'ils plantèrent et arrosèrent avant d'y grimper pour attraper un objet attaché au plafond. Ils durent aussi choisir le bon ingrédient pour rendre inoffensive une potion d'endormissement.

Chaque épreuve prenait d'autant plus de temps qu'elle était mal exécutée, alors que les grains dans les sabliers géants s'écoulaient inexorablement, mesurant l'efficacité de leurs efforts.

Au début, Hope avait deux minutes de retard sur les autres. Batoura Utchenik, le Bulgare, lui permit de remonter à la seconde place quand il se trompa dans son choix en potions et resta pendant cinq minutes plongé dans un profond sommeil. L'épreuve de botanique se retourna contre Sébastien Lebeau : il ne prit pas la bonne graine et planta avec soin un flageolet des plus communs. Malgré un arrosage attentionné, rien ne vint et, au bout de deux minutes, le jeune français retenta sa chance avec une autre semence, qui s'avéra plus coopérative.

Mais il était désormais au coude à coude avec la britannique. Ce fut l'épreuve de runes anciennes qui les départagea. Sébastien déchiffra son parchemin plus rapidement qu'elle mais il fit une erreur d'interprétation qui le priva d'un indice, lui faisant perdre du temps lors de l'épreuve suivante.

Hope mit cinq minutes de moins que les autres à venir à bout du parcours, ce qui ne lui donna que trois minutes d'avance. De son côté, Sébastien Lebeau ne devançait que de peu Batura qui avait fait un sans faute après son échec en potion.

Avant de distribuer les points, on attendit que les doubles temporels des champions entrent dans la salle par une porte qui s'ouvrait près de l'estrade du public, s'avancent vers les portes closes et utilisent le retourneur de temps qui les fit disparaître soudainement.

Cela fit chuchoter les spectateurs qui étaient pour la première fois de leur vie confrontés à ce phénomène et qui tentaient de se convaincre que la scène qui venait de se dérouler était antérieure au parcours, du moins du point de vue des champions.

— C'est dingue de penser qu'on peut se rencontrer soi-même, remarqua Fleur bien que ce ne se soit pas produit, les deux versions des candidats ayant été soigneusement séparées, sans doute pour qu'ils ne puissent se transmettre à eux-mêmes des indices.

— ça fait très bizarre, confirma Harry. Surtout quand on se demande si on a enclenché les évènements avant ou après leur déroulement.

— Ne me dis pas que tu as fait ça aussi ! s'écria Viktor.

— Je me suis même sauvé la vie, indiqua Harry, assez intime avec ses anciens co-champions pour frimer un peu.

— Que se passe-t-il si un de tes "moi" tue l'autre ? demanda Krum. Vous mourez tous les deux ou l'un de vous continue à vivre tranquillement ?

— ça dépend si celui qui est tué est le premier ou le second, je suppose, répondit Fleur.

— Lequel appelles-tu le premier ? s'enquit Harry perplexe.

— Celui qui a vécu le moment en premier, répondit-elle.

— Mais ils le vivent en même temps, rétorqua Harry.

— Celui qui a l'impression de le vivre en premier, alors, précisa Fleur.

— Et lequel des 'toi' a failli mourir ? coupa Krum.

— Le premier.

— ça fait comment de savoir qu'on va se sauver la vie ensuite ? interrogea Fleur.

— J'en savais rien, expliqua Harry. Je ne m'étais pas reconnu.

— Attends, un type avec une cicatrice en forme d'éclair sur le front, ça n'a pas éveillé le moindre petit soupçon ? s'étonna Krum d'une voix incrédule.

— Il était loin. Enfin, j'étais loin et je me suis pris pour mon père.

— Je croyais qu'il était mort depuis plus de dix ans, se rappela Fleur.

— Je comprends ! s'exclama Krum. Tu croyais être revenu en arrière de plus de dix ans.

— Mais non, puisque je n'étais pas encore parti, protesta Harry.

Il y eut quelques secondes de silence, le temps que les autres tentent de mettre un peu d'ordre dans ces informations. Leurs regards compatissants n'étaient pas flatteurs pour l'équilibre mental supposé de Harry.

— Enfin, l'essentiel est que tu aies réussi à te sauver la vie, conclut Krum.

— Si j'avais échoué, il n'y aurait eu personne pour revenir me secourir, fit remarquer Harry.

— Mais alors, comment aurais-tu pu échouer ? interrogea Fleur.

— Eh bien... mais j'en sais rien, protesta Harry. Vous m'avez tout embrouillé, là !

Pendant leur discussion, les juges avaient décidé des notes à attribuer.

L'Anglaise, qui s'était débrouillée correctement, reçut 7 points à ajouter aux 10 que lui avait valu la première place. Batura avait fait un parcours magnifique si on mettait de côté son erreur d'ingrédient. Ses sortilèges et ses métamorphoses, notamment, avaient une élégance qui avait enchanté les juges qui lui attribuèrent un 11 pour le style. Sébastien, qui avait montré un côté brouillon, n'obtint que 6 points de bonus qui, ajoutés aux 5 obtenus pour son arrivée en second, le mirent ex aequo avec le Bulgare.

Ainsi, avec la première tâche, Hope totalisait maintenant 26 points, Sébastien 21 et Batura 20. Les spectateurs anglais firent connaître bruyamment leur satisfaction, et Harry vit les journalistes se ruer sur la jeune championne pour recueillir ses impressions.

Il songea que c'était le moment de rentrer chez lui.

ooOoo

Le lendemain était un dimanche. Une fois sortis de table au Terrier, Ginny proposa à Harry d'aller voir la retransmission de la seconde tâche par Pensine. Une séance était prévue à Pré-au-lard dans l'après-midi.

— Mais je l'ai déjà vue, protesta Harry.

— Mais j'ai envie de la voir quand même, rétorqua son épouse. Comme tu y assistes en direct, tout le monde m'en parle pour me demander ce que j'en pense.

Jusque là, Harry s'était peu préoccupé de la manière dont le Tournoi était retransmis auprès des sorciers. Après la désignation des Champions, il n'avait cependant pas pu échapper à ses retrouvailles avec Viktor, reproduites à la une de la Gazette. Il s'y était attendu et avait accueilli avec bonhomie les plaisanteries de ses amis et les remarques sans malice des fonctionnaires qu'il avait croisés les jours suivants dans les couloirs du Ministère.

Il suivit donc finalement Ginny sans trop maugréer, curieux de voir un Merveill'image en action. Audrey et Percy les accompagnèrent, les autres ayant déjà assisté à une séance ou n'étant pas intéressés. Leurs enfants restèrent sur place avec leurs cousins, trop jeunes pour se tenir tranquilles assez longtemps.

La projection avait lieu dans un bâtiment qui n'existait pas du temps où Harry était collégien et qui s'élevait à côté du magasin Honydukes sur un ancien terrain en friche. Des chaises étaient disposées en cercle autour d'une table où se trouvait une Pensine au moins deux fois plus grande que celle que Harry conservait dans le placard de sa chambre. Les Potter s'acquittèrent d'un gallion pour entrer tous les deux. Tous les sièges étaient occupés quand les fenêtres s'occultèrent, plongeant la salle dans une demi-pénombre. La Pensine s'éclaira alors et le réfectoire de Beauxbâtons apparut, d'abord localisé au dessus de la bassine de pierre, avant d'englober chaque spectateur dans la vision.

Les actions étaient commentées par la voix de Rita Skeeter qui se superposait au brouhaha des spectateurs et aux bruits naturels. On avait l'impression d'être plongé dans les pensées de la journaliste, même si Harry savait par Ron que les observations avaient été ajoutées après coup, au moment où les souvenirs avaient été sélectionnés et ordonnés.

Harry estima que la retransmission était bien plus passionnante que le spectacle en direct. Pour commencer, la chronologie des champions avait été retracée. L'énigme qu'ils avaient eu à résoudre était présentée en premier et la solution donnée. Puis on voyait les jeunes gens arriver devant leur porte et Rita indiquait de combien de minutes ils avaient choisi de revenir en arrière. Ils disparaissaient ensuite jusqu'à l'arrivée de Hope. Ensuite, on enchaînait directement sur le début des épreuves, le handicap de la jeune anglaise étant précisé oralement.

Par la suite, on voyait les champions affronter tour à tour chaque test, sans avoir à passer de l'un à l'autre, en espérant ne rien manquer d'important, comme cela avait été le cas pour les spectateurs. Au contraire, les moments présentés avaient été choisis pour être à la fois exhaustifs et sans temps morts. Les sorts pratiqués étaient expliqués et des comparaisons étaient faites entre les méthodes adoptées par les champions pour franchir chaque obstacle. Harry dut reconnaître que Rita savait tenir un public en haleine et trouver des manières amusantes de lancer des piques sur les jeunes candidats, même si ce n'était pas toujours gentil pour le Bulgare et le Français.

Quand on arriva vers la fin, l'intonation haletante de Rita fit monter la tension chez les spectateurs qui devaient pourtant connaître l'heureuse issue de l'épreuve pour la britannique. Harry entendit des encouragements quand on montra Hope en train de grimper sur son haricot magique, elle fut applaudie pour son excellente traduction des runes et ce fut le délire quand elle franchit la ligne d'arrivée la première. Bien que les magnifiques sorts de Batura aient été présentés à leur avantage, le public siffla la note de style qu'il obtint, estimant qu'il faisait de l'ombre à leur championne.

Une interview de la jeune fille était présentée juste après. Elle fut acclamée quand elle apparut en gros plan et religieusement écoutée. Elle exprimait sa fierté d'être venue à bout des épreuves et d'avoir fait le meilleur temps. Elle avouait être complètement épuisée mais qu'elle n'avait pas vu le temps passer, trop concentrée sur les actes à accomplir. Elle espérait garder ses points d'avance lors de la troisième tâche et elle salua ses camarades restés à Poudlard.

Adrian Ackerley lui succéda. Il vanta l'excellente ambiance du Tournoi — plan sur les élèves qui assistaient au spectacle et encourageaient leur champion — et complimenta les candidats sur leur niveau de magie. Il se réjouit également du rapprochement entre les pays que cela occasionnait — gros plan sur les trois directeurs d'école en train de conférer, puis sur Harry et ses amis en pleine discussion, sans doute en train de débattre de la relativité du temps. Cette image réenclencha les applaudissements, la plupart des spectateurs ayant remarqué que le Survivant était des leurs pour cette séance. Enfin, le secrétaire de la Coopération magique réaffirma sa confiance dans les capacités de Hope à remporter définitivement la victoire.

Sur ces bons mots, les images se rétrécirent pour réintégrer la Pensine, tandis qu'une voix espérait que les spectateurs aient apprécié le spectacle offert par le Merveill'image et la guilde des Artisans. Des applaudissements confirmèrent le bon moment qu'ils venaient tous de passer.

En sortant de la séance, Harry eut envie de prolonger un peu leur sortie. Pas que retourner au Terrier et y retrouver le reste de la famille soit une corvée, mais il avait rarement l'occasion de sortir avec Ginny et encore moins avec Percy et Audrey. Il leur proposa donc d'aller boire une petite Bièraubeurre, ce qui fut accepté avec joie.

Les Trois Balais étaient pratiquement en face mais ils n'étaient pas les seuls à avoir eu cette idée et on y refusait du monde. Harry savait que Madame Rosmerta se débrouillerait pour lui trouver une place s'il se présentait à l'entrée, mais il eut une meilleure idée :

— Si on allait à la Tête de Sanglier ? proposa-t-il. Je n'y ai pas mis les pieds depuis que ça a changé de direction.

Percy fit une petite moue mais Ginny, qui connaissait les préoccupations de son mari à propos de ce lieu, le soutint sans réserve :

— Bonne idée, mon chéri. Audrey, ça va t'intéresser. Tu vas voir un pan de la société sorcière que mon frère ne t'a surement pas montré.

— C'est assez marginal, fit remarquer Percy.

— Mais ça fait quand même partie de notre monde, insista Harry. Je pense qu'Audrey comprendra mieux nos engagements si elle les voit de visu.

— Si je vois quoi ? demanda la Moldue d'un ton intéressé.

— Nos réprouvés, répondit Harry.

S'il n'avait pas eu le temps d'y passer depuis la disparition d'Abelforth, il savait par Ron que la Maitresse de Guilde avait tenu compte de leurs remarques et que le nouveau tenancier du pub, un certain Mars Jovial, avait l'esprit assez large et les épaules assez solides pour gérer la clientèle hétéroclite dont il avait hérité. D'après Tiern Watchover de la police magique, il avait également reconduit le marché qui avait été auparavant conclu avec l'ancien barman : la police le laissait tranquille et n'était pas trop regardante sur son heure de fermeture, en échange de quoi, leur service recevait régulièrement des tuyaux.

A peine cinq minutes furent nécessaires pour s'y rendre. L'extérieur n'avait pas changé mais la salle avait été repeinte et l'odeur de chèvre avait totalement disparu. L'endroit était toujours assez obscur mais, une fois que la vision de Harry se fut accoutumée, il put constater qu'il était bien plus propre qu'auparavant. Le barman avait une expression moins amène que le laissait supposer son nom mais les clients le saluaient avec chaleur, ce qui laissait supposer qu'il ne fallait pas d'arrêter à son expression revêche.

Ils choisirent une table pas trop loin de la porte. Pendant que Ginny montrait discrètement à sa belle-sœur les harpies, vampires et autres singularités du lieu, Harry et Percy se rendirent au bar pour passer la commande. Harry se dit que c'était le bon moment pour poser une question à son beau-frère sans être interrompu par un autre membre de la famille :

— Percy, tu penses quoi d'Ackerley, toi ?

Son beau-frère sourit et répondit sans paraître étonné de l'intérêt de Harry :

— Il est capable, ambitieux et charismatique.

— Et quelle est son ambition ?

— Etre un candidat capable récupérer le poste de Kingsley quand viendront les élections.

— C'est certain, King ne se représentera pas ?

— Il est fatigué et estime que dix ans de pouvoir, c'est suffisant. ça use, tu sais.

— Et toi, tu n'as pas envie de poser ta candidature ?

— J'y ai pensé, c'est vrai. Mais il me manque la capacité de plaire aux gens. Je ne sais pas plaisanter ni leur dire des choses qui leur font plaisir.

Effectivement, Percy était capable, ambitieux... mais pas charismatique.

— Et il t'a promis des choses quand il aura atteint son but ?

— Garder mon poste actuel me suffira. J'aime ce que je fais.

— Tu veux dire que les autres chefs de département vont changer ? s'inquiéta Harry.

— En fait, non, quoique je n'exclus pas quelques mises à la retraite sur d'autres postes prestigieux pour y placer ceux qui attendent un retour d'ascenseur. Sans compter que mon père sera volontaire pour céder son poste et se consacrer à ses petits-enfants et qu'il faudra bien pourvoir le poste qu'Adrian occupe actuellement.

— Et le département de contrôle et de régulation des créatures magiques ? demanda Harry.

— Je sais que tu en veux à Hestia pour ce qu'elle a fait à Hermione, mais ne compte pas sur Adrian pour la mettre sur la touche. Kingsley l'a gardée en hommage aux engagements qu'elle a pris pendant la guerre. Ackerley n'aura pas ces égards, mais il a besoin d'elle car il est de notoriété publique qu'elle fait passer la sécurité des sorciers avant tout. Or, tu n'es pas sans ignorer que le principal argument de nos adversaires politiques est notre pusillanimité envers les créatures magiques. Sa présence permet de montrer que nous nous soucions, nous aussi, de préserver les sorciers des dangers qu'elles nous font courir. Il s'enverrait un sortilège dans le pied s'il la renvoyait.

Harry grimaça mais les années et les responsabilités lui avaient fait perdre sa naïveté en politique. Les candidats au Ministère avaient besoin de convaincre les sorciers qu'ils prenaient soin de leur sécurité tout autant qu'ils devaient se concilier les bonnes grâces de la presse. Il avait manifestement mangé son pain blanc avec Kingsley qui souhaitait avant tout le bien-être de ses concitoyens. Il faudrait désormais composer avec un homme politique qui agirait tout autant par ambition que par devoir. La question était de savoir laquelle de ses deux notions allait prévaloir chez le bel Adrian.

— Pour en revenir à Ackerley, reprit Harry, tu penses que c'est quelqu'un de bien ?

— Je ne l'ai jamais vu faire quelque chose que je réprouve, répondit Percy. Je ne le connais pas si bien que ça, mais Kingsley l'a pris sous sa baguette et veille sur sa carrière. Il ne le ferait pas s'il le pensait capable de mener une politique mauvaise pour le monde sorcier.

— J'ai vu que son père avait été emprisonné pendant la guerre, se rappela Harry, sais-tu ce qu'il est devenu après ?

Harry pouvait faire enquêter sur la famille Ackerley par ses propres services s'il le voulait mais il était certain que cela viendrait aux oreilles d'Adrian et il ne voulait pas avoir l'air de se défier de lui. Il savait pouvoir faire confiance à son beau-frère pour ne pas répéter ses questions à l'intéressé.

— D'après King, répondit Percy, le père travaille à la poste de Pré-au-lard mais ne vit pas au village. Il a préféré s'établir dans le monde moldu, sans doute s'y sent-il plus en sécurité. Stewart, le frère d'Adrian, est employé au laboratoire de Ste Mangouste comme assistant de Maître de potions. Il semble qu'il vive à Londres et qu'il se soit marié avec une Moldue.

— Adrian aussi vit chez les Moldus ? interrogea Harry qui ne l'aurait pas imaginé aussi rattaché au monde non sorcier.

— Non, ce serait un suicide politique. Il vit à Tutshill dans le Pays de Galles.

Ce lieu était un village sorcier ancien où avait été fondé l'une des équipes de Quidditch britannique, les Tornades de Tutshill.

— Et il faisait quoi avant la guerre ? s'enquit Harry qui ne l'avait pas connu à Poudlard, ce qui indiquait qu'il était plus âgé que lui.

— Il a travaillé deux ans au département de la Justice magique. Grâce à son poste au Ministère, il a su qu'il était prévu d'arrêter sa mère mais est arrivé trop tard pour la sauver et pour empêcher qu'on emmène son père en prison. Par contre, il a réussi à récupérer son frère et à s'enfuir avec lui. Ils ont passé le reste de la guerre du côté moldu. Dès qu'il a su qu'on avait gagné la bataille de Poudlard, il est revenu, a pris soin de son père et l'a installé chez les Moldus avec son frère. Il a repris sa place au Ministère et s'est fait remarquer par Sturgis Podmore qui l'a présenté à Kingsley. Je pense qu'il aurait eu le poste de secrétaire de Podmore si finalement King n'avait pas préféré le donner à Hermione. C'est ainsi que je l'ai récupéré.

— Et ça te plaît de le former pour qu'il monte au-dessus de toi ? questionna Harry trop curieux pour faire preuve de délicatesse.

— Au moins je le connais et il semble avoir les mêmes valeurs que nous. Quand on lui a demandé d'assister Ginny pour récupérer des objets magiques étrangers pour le musée, c'était une sorte de test. Il a démontré qu'il avait l'esprit ouvert, qu'il était cultivé et qu'il avait le tact nécessaire pour nous représenter auprès des puissances étrangères.

— Tu t'es servi de Ginny pour le jauger ?

— Oui, elle n'est pas mauvaise pour évaluer les gens, reconnut Percy d'un ton trahissant sa fierté.

Cela expliquait pourquoi Ginny avait deviné très tôt les espoirs que Kingsley fondait sur Ackerley, comprit Harry. Les questions de son frère lui avaient tout simplement mis la puce à l'oreille.

— Je suppose qu'elle t'a dit qu'il était charmant, s'esclaffa-t-il.

— Il devrait plaire aux sorcières, confirma Percy dans un sourire.
End Notes:
Bonjour à tous !

Bon, cette fois ci, on a vraiment atteint la fin de la première tranche de publication. Mais ne vous plaignez pas, j'avais prévu 6 chapitres seulement et vous en avez eu 11 !

Je ne sais pas quand la suite arrivera. Restez à l'écoute de mon profil ici et de mon liveJournal (lien sur mon profil). N'ayez crainte, je terminerai, j'ai près de 60 000 mots qui sont déjà écrits (envron 12 chapitres) pas encore publiables (intrigues non terminées) mais que j'ai bien l'intention de ne pas laisser moisir dans mon ordinateur.

Toute la liste des personnages : docs. google .com/document/d/1AkzV4KGGRY6lD0fZc4k7io8_Dq5WrBc2bQ8-4NB8G1w/edit?authkey=CPWcrt8D

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APPEL A TEMOIGNAGES : une productrice de documentaire (société Gaptière Production) est en train de monter un web-documentaire sur le phénomène des fandoms et sur la créativité des fans. Elle est donc à la recherche de témoignage sur nos diverses façons de vivre la fanfiction, que vous soyez auteur ou non et tous le fandoms l'intéressent.

Le web documentaire comprendra un reportage qui passera à la télé, un autre qui sera accessible sur internet (le site de France Télévisions) et des liens pour approfondir certains points.

Vous pouvez me contacter pour entrer en contact avec elle ou lui écrire directement à emmanuelle.debats at gmail.com

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En attendant mon retour, portez-vous bien et lisez beaucoup !
XII : Le rêve de Mélusine by alixe
Author's Notes:
Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanatmagique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter(26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : du 24 juin au 30 juin 2013

Ginny était avec lui quand Harry arriva à Beauxbâtons pour assister à la Troisième Tâche. En effet, tous les spectateurs avaient pu venir avec leurs conjoints pour assister à la dernière manifestation du tournoi des Trois Sorciers qui devait se clore par un bal. De même, Bill avait accompagné Fleur. Les deux Weasley étaient absolument ravis de cette aubaine. Malgré l'apport indéniable des Pensines de presse, suivre l'épreuve en direct leur semblait bien plus exitant.

A leur arrivée, ils furent guidés vers les jardins puis dans une pinède par les arches de direction. Contrairement à l'Angleterre où le timide soleil n'arrivait pas à réchauffer l'atmosphère, l'air était doux dans le sud de la France et l'odeur des pins dépaysait les invités. Ils furent installés dans une sorte de clairière sur des gradins en bois. Au centre de l'espace dégagé il y avait un amas de rocs sombres. Au bout d'un moment, Harry remarqua un mouvement régulier qui faisait frémir ces rochers.

— C'est un être vivant, affirma-t-il à Ginny. Ça respire.

— Tu crois ? Ah, oui, tu as raison, convint-elle après avoir examiné la forme avec attention. Qu'est-ce que c'est à ton avis ?

— Aucune idée. Dommage que Charlie ne soit pas là, plaisanta Harry. Il l'aurait peut-être identifié.

Bill le surprit en affirmant :

— Je pense savoir ce que c'est !

— Et c'est quoi ? l'interrogea sa sœur.

— Tu vois ce qui ressemble à des striures ? Ce sont des cheveux et, en bas, il y a des écailles.

— Mais oui, s'exclama Fleur. Quelle bonne idée !

— Quelle idée ? demanda Harry.

La Française se tourna vers son époux qui lui fit un clin d'œil.

— Vous verrez bien, sourit Bill. Je vous ai donné assez d'indices.

Harry et Ginny se regardèrent perplexes.

— Fleur trouve que c'est une bonne idée, ça doit donc être spécifiquement français, résuma Ginny. Et ça a des cheveux et des écailles…

— Un dragon chevelu ? demanda Harry qui n'avait jamais brillé en créatures magiques.

— Ah, bien sûr ! s'exclama finalement Ginny. Oh, je me demande ce que cela va donner.

— Tu as trouvé ? C'est quoi ? questionna Harry.

— Tu verras bien, fit Ginny d'un air mutin.

— Pff ! Quelle famille, feignit de s'indigner Harry.

— Des prroblèmes, Harrry ? demanda une voix rocailleuse.

Les explications données et les salutations terminées, Harry se réjouit de l'arrivée de Viktor. Au moins, il n'était plus le seul à ne pas savoir ce qui reposait au centre de la clairière.

Un autre anglais se joignit à eux, le brave Hagrid qui lui aussi avait été convié pour la clôture du tournoi.

— C'est une belle idée, hein ! remarqua-t-il en montrant la forme mystère.

— Oui, tout à fait, répondit Harry. Je suis certain que vous pouvez m'en apprendre beaucoup à ce sujet.

Ginny ouvrait la bouche pour prier le demi-géant de ne pas vendre la mèche quand ce dernier se détourna d'eux : les juges arrivaient et prenaient place derrière la table qui leur était réservée. A partir du moment où Olympe était entrée dans son champ de vision, toutes les facultés d'attention de Hagrid étaient désormais mobilisées et Harry dut renoncer à en savoir davantage.

— Bienvenue à tous pour la dernière épreuve du cent-dixième tournoi des Trois Sorciers, psalmodia la directrice de Poudlard. Pour cette dernière épreuve, nous jugerons les champions sur leur imagination, la beauté de leur magie et leur capacité à rêver.

Les spectateurs se regardèrent avec étonnement. Les critères énoncés étaient assez inusités dans le cadre de ce tournoi, connu davantage pour sa dangerosité que pour sa poésie.

— Une fée est endormie au cœur de cette clairière, continua Madame Maxime. C'est la célèbre Mélusine qui a vécu longuement à quelques centaines de kilomètres d'ici. Pour la mettre dans de bonnes dispositions, les candidats devront métamorphoser les pierres qui leur ont été données selon la forme qui leur semblera la plus adéquate. Ensuite, ils pourront lui adresser un vœu. Il leur a été demandé de réfléchir à ce qui apporterait le plus de bonheur ou de progrès à la communauté sorcière. Ils seront notés non seulement sur ce qu'ils auront choisi pour s'attirer les faveurs de Mélusine, mais aussi sur ce qu'ils décideront de lui demander.

Pendant que le public assimilait les règles de l'épreuve du jour, les trois champions s'avancèrent vers de la forme immobile, un panier rempli de pierres à la main. En silence, ils s'inclinèrent devant la fée puis posèrent leur fardeau et sortirent leur baguette.

— C'est pas la vraie fée, si ? demanda Harry à Ginny qu’il savait plus calée que lui en créatures magiques étrangères, du fait des recherches qu’elle avait faites pour son musée.

— Non, bien sûr, cela fait des siècles que nul ne l'a vue.

Désormais, les trois jeunes gens disposaient leurs pavés. Le Français, Sébastien, les mis en tas devant lui, à quelques pas de Mélusine. Un peu plus loin, Hope, qui défendait les couleurs de l'Angleterre, en faisait autant, mais elle fit un tas plus haut, avant d'éparpiller quelques-uns de ses cailloux autour de son édifice. Batoura, le bulgare, les dispersa en un cercle large autour de la forme endormie. Une fois leurs pièces en place, ils se mirent à les enchanter.

Sébastien créa un coffre, qu'il remplit de pièces d'or, de pierres précieuses, de bijoux et de vaisselle en métal précieux. Il avait manifestement estimé qu'un trésor était propre à séduire la fée.

Hope mit plus de temps à élaborer sa métamorphose et Hagrid fut le premier à comprendre :

— C'est Poudlard ! s'exclama-t-il. Elle est en train de représenter Poudlard.

Effectivement, sous sa baguette prenaient peu à peu forme les contours majestueux du château où les Britanniques étaient initiés à la magie. On reconnaissait les créneaux de la tour d'astronomie, les toits étagés, la tour de Gryffondor et la voûte de la grande salle. Elle n'oublia pas de représenter également les serres et autres dépendances qui entouraient la bâtisse principale.

— On voit ma maison, se réjouit encore le géant. C'est une brave petite. J'espère qu'elle va gagner.

Il était plus difficile de comprendre ce que faisait Batoura. Il passait d'une de ses pierres à l'autre, agitant sa baguette, jetant des sortilèges qui semblaient requérir toute sa concentration. Les autres avaient terminé depuis longtemps avant qu'on puisse discerner ce qu'il était en train d'élaborer.

— Il fait des buissons ? s'étonna Harry.

— Il y des choses dessus, crut apercevoir Ginny.

— Des fleurs ? fit Fleur les yeux plissés.

— Oui, et des oiseaux, compléta son mari.

Il fallut encore plusieurs secondes avant que l'étendue de la création du Bulgare ne devienne évidente pour le public. Peu à peu, les fleurs créées sur les buissons fleurirent et une douce fragrance du Clérodendron leur parvint, ainsi que des trilles de rossignol et d'autres oiseaux que Harry ne sut identifier.

— Il est fort, souffla Viktor.

— Carrément, reconnut Harry. Ses métamorphoses sont vraiment brillantes.

Des murmures d'admiration s'élevèrent de la foule. Même Hope et Batoura ne purent cacher leur admiration.

La forme immobile eut un frémissement et l'attention de tous se porta dans sa direction. La silhouette sembla se dérouler. Une tête et un buste gracile drapés dans de longs cheveux, émergèrent lentement. Le bas du corps s'étirait en une queue de serpent étirée dont les écailles bruissaient en se frottant les unes contre les autres.

Une fois qu'elle se fut redressée, la fée ouvrit les yeux et dévisagea les trois candidats qui s'étaient rassemblés devant elle. Ils s'inclinèrent avec respect. Elle se tourna alors vers Sébastien qui lui dédia son offrande d'un geste. Elle observa l'amas de richesses, rampa vers l'or qu'elle fit rouler entre ses doigts et sourit :

— Les fées aiment les trésors, apprécia-t-elle. Merci généreux Français.

Elle regarda ensuite Hope qui la salua de nouveau en lui désignant la réplique de Poudlard. La fée avança en reptant sur les anneaux de sa queue pour admirer de près la maquette. Elle caressa les bâtiments du bout des doigts et hocha la tête avec approbation :

— Tu t'es rappelée que j'étais bâtisseuse et que j'aime voir les belles constructions. Celle-là me plait, petite Anglaise, merci.

Enfin elle porta son attention vers Batoura. Ce dernier se contenta d'un simple signe de tête, avant de présenter les plantations qu'il avait ajoutées à la clairière. Le chant des oiseaux redoubla et la fée huma l'air embaumé avec ravissement.

— Tu as la beauté en toi, affirma-t-elle d'un ton rêveur. La richesse se dépense, les bâtiments s'érodent, mais la beauté reste dans les cœurs. Tu seras le premier à exprimer ton vœu.

Batoura resta impassible, sans montrer aucun signe d'exultation sous le compliment. Il s'éclaircit la gorge et prononça d'une voix forte :

— Je sollicite de votre bonté l'édification d'une bibliothèque universelle qui donnerait accès à tous les livres écrits dans toutes les langues, et de tous les temps. Ainsi, aucune connaissance ne serait perdue, et le progrès pourrait s'édifier sur ce que les chercheurs, savants et aventuriers ont compilés les siècles précédents.

La fée resta un moment songeuse avant de faire remarquer :

— Toutes les connaissances ne sont pas bonnes à être connues. Ne crains-tu pas que certaines découvertes apportent la discorde et la destruction?

— L'ignorance en apporte également, soutint Batoura. La connaissance des arts Noirs peut être utilisée à des fins immorales, mais elle permet à ceux qui ont des principes de concevoir des moyens de défense et de discerner ce qui est Bien de ce qui est Mal.

— C'est un vœu digne de toi, jeune Bulgare. Je vais y songer.

Elle détourna son attention vers Hope qui déglutit nerveusement.

— A toi, jeune fille, de me dire ce que tu attends de moi.

— J'aimerais que vous donniez la panacée à l'humanité, cette plante capable de guérir toutes les maladies mortelles ou invalidantes.

— Voudrais-tu éloigner la Mort ? demanda Mélusine.

— Non, elle fait partie du cycle de la vie. Simplement éteindre la souffrance et permettre à chacun d'aller au bout de son temps.

— Tu es sage dans ta formulation. Je vais y songer.

C'était désormais au tour de Sébastien qui demanda avec assurance :

— Je voudrais que la loi de Gamp puisse être contournée et que chacun, même pauvre, soit assuré de pouvoir se nourrir en utilisant n'importe quel caillou.

— Qu'adviendrait-il de vous si vous n'aviez plus besoin de travailler pour vous nourrir ? opposa la fée Ne penses-tu point que cela encouragerait la paresse ?

— Ceux qui se contentent de gagner juste de quoi se remplir le ventre sont peu nombreux, assura le Français. Quant à ceux qui y sont réduits, ce sont les plus exploités et les plus fragiles. Ils auraient une vie plus belle, plus humaine, si leur esprit était libéré de l'obsession de trouver de quoi manger et nourrir leurs enfants.

— Ton cœur est généreux. Je vais y songer.

Là-dessus, Mélusine reprit sa place première et s'enroula sur elle-même. Bientôt on ne distingua plus que ses cheveux et les écailles de sa queue, avant que ces détails ne s'estompent et qu'elle ne se recouvre de mousse verte. Finalement, elle redevint semblable à un rocher. Les métamorphoses des concurrents prirent fin à leur tour, et ces derniers se retrouvèrent entourés de blocs de pierre.

Les applaudissements éclatèrent dans le public.

— Comment tu as trouvé ? demanda Harry à Ginny.

— C'était très intéressant. Ils sont jeunes, mais assez murs, finalement. Et talentueux.

— Batoura est plus que brillant, jugea Harry. C'est extraordinaire de savoir créer des fleurs odorantes ou des oiseaux qui chantent.

— Est-ce que cela va être suffisant pour qu'il rattrape les 6 points de retard qu'il a sur Hope ?

— Ça va être difficile. Par contre, je pense que c'est cuit pour Sébastien. Il a 5 points de moins que Hope et n'a pas spécialement brillé ce soir.

— Batoura a gagné, estima Krum. Non seulement il a fait la preuve qu'il savait manier une magie supérieure, mais il a fait le vœux qui va le plus plaire au jury.

Harry contempla les juges qui griffonnaient sur des parchemins. Il y avait les trois directeurs d'école qui, effectivement, devaient être particulièrement sensibles à l'intérêt du Bulgare pour la connaissance. Les trois autres membres du jury, les ministres des Sports français et russes ainsi qu'Adrian Ackerley, étaient des politiques. Etaient-ils plus sensibles à la faim dans le monde, à l'éradication des maladies ou au progrès de la recherche ? Le commandant des Aurors songea qu'ils devaient plutôt espérer que leur ressortissant gagnerait, ce qui serait bon pour le moral de leur pays et favorable à la popularité de leur Ministre.

— Tu crois qu'il était intentionnel de la part de Batoura de flatter les directeurs d'école ? demanda-t-il.

— Cela ne m'étonnerait pas, assura Krum.

— Vraiment très mûr, estima Ginny, mais son ton était nettement moins admiratif.

— Ce ne serait pas dans l'esprit du Tournoi, s'indigna Fleur.

— L'astuce fait partie de l'épreuve, rappela Viktor.

— Les notes arrivent, coupa Harry.

En effet, les juges rassemblaient leurs papiers et les firent passer à Madame Maxime. Elle fit rapidement les comptes, se leva et annonça :

— Pour cette épreuve, Hope Ketteridge, qui représente Poudlard, obtient 18 points.

Les Anglais présents applaudirent avec frénésie.

— Sébastien Lebeau, pour la France, obtient 17 points.

Ovation des élèves de Beauxbâtons et des officiels français.

— Batoura Utchenik, représentant de la Bulgarie et la Russie, obtient 25 points.

Tout le monde applaudit le Bulgare qui avait impressionné l'ensemble du public avec la magnifique métamorphose qu'il avait réussi à produire. Tout comme sous les compliments de Mélusine, il ne montra pas d'émotion, se contentant de saluer en silence.

— Il a réussi ! se réjouit Krum.

— Nous pouvons maintenant vous annoncer le classement final de ce Tournoi, continua Madame Maxime.

Elle fit une pause avant de prononcer avec emphase :

— Je félicite Batura Utchenik, vainqueur du 110e tournoi des Trois Sorciers.

La famille du Bulgare, venue au grand complet, explosa de joie tandis que l'assistance, reprenait ses applaudissements. Tous s'accordaient, malgré les diverses déceptions nationales, pour reconnaître que le champion méritait sa consécration.


Une fois que le jeune homme eut reçu des mains du Ministre des sports français la bourse de mille gallions qui consacrait traditionnellement la victoire, Madame Maxime conclut :

— Nous félicitons également Hope Ketteridge et Sébastien Lebeau pour leurs excellentes prestations. Merci à tous les trois pour le très beau spectacle que vous nous avez donné.

Chacun des pays perdants se mobilisa pour féliciter son ressortissant et les deux perdants tentèrent de faire bonne figure pour remercier leur public.

Adrian Ackerley se leva, attendant manifestement que les acclamations se calment pour ajouter quelque chose. Quand le silence revint, il annonça en anglais :

— Vous le savez, toutes les épreuves auxquelles nous avons assistées ont été enregistrées dans des Pensines pour être retransmises en public. Ces représentations n'ont pas uniquement intéressé les pays participants, elles ont été également suivies par d'autres écoles dans le monde entier. J'ai le plaisir de vous annoncer que nous avons fait des émules et que, dès l'année prochaine, un nouveau tournoi va voir le jour : le Tournoi des Amériques qui verra s'affronter les Etats-Unis, le Pérou, et Iles Magiques des Caraïbes.

— Quelle bonne nouvelle ! s'écria Ginny pendant que Yorkanda traduisait en français puis en bulgare et en russe. J'espère qu'ils mettront en valeur leur magie traditionnelle.

— Ce sera très formateur pour les autres écoles de magie, appuya Harry.

Après un dernier salut, les trois champions se retirèrent avec le jury et montrèrent le chemin qui menait au bâtiment central où devaient se tenir la réception et le bal qui allaient clore le Tournoi.

Si le bal de Noël du Tournoi dont il avait été le champion avait été un calvaire pour Harry, il trouva celui-ci très à son goût. Pour commencer, il appréciait maintenant la cuisine raffinée qui avait cours de ce côté-là de la Manche — bouillabaisse comprise. Après un excellent buffet, un groupe de musiciens vint animer la soirée. Cela commença par des danses traditionnelles pour faire valser les officiels et les professeurs. Harry, grâce aux cours de danse qu’il avait suivis pour préparer son mariage, put faire son devoir et inviter les épouses de dignitaires. Quand on arriva aux rythmes appelant plus de déhanchements et de laisser-aller, la piste fut envahie par les élèves.

Harry revint dignement prendre un rafraîchissement en compagnie de Ginny. Ils furent rejoints par Madame Maxime qui leur demanda s'ils appréciaient leur soirée.

— Beaucoup, assura Harry. Tout est très réussi. Ça a dû représenter beaucoup de travail.

— Effectivement, mais les résultats sont très gratifiants. Les trois écoles sont désormais en négociations pour des échanges d'étudiants réguliers.

— Vraiment ? se réjouit Harry.

— C'est une excellente idée, renchérit Ginny.

— Le directeur de Dumstrang avait des réserves, leur confia Madame Maxime en baissant la voix. Je pense que nous devons la réussite de cette négociation à Adrian, enfin je veux dire, Monsieur Ackerley.

— C'est lui qui a négocié ? s'étonna Harry.

— Le professeur Brocklehurst et moi-même avons reçu le soutien de nos Ministère dès le début mais le professeur Razkazvatch nous a informé que les ministres de la Magie Russes et bulgares allaient faire obstruction. Heureusement, votre secrétaire aux relations internationales a parlé aux bonnes personnes et les ministres ont finalement donné leur accord.

— Adrian est terriblement efficace, confirma Ginny qui avait profité de ses bons offices quand elle avait fait un tour du monde pour récupérer des pièces pour son musée.

— En attendant, cela va vous faire du bien d'être en vacances, remarqua Harry.

— Oui, j'ai hâte que l'année se termine.

— Allez-vous partir ? demanda Ginny.

— Hagrid et moi allons nous reposer en Bretagne. Nous allons dans le domaine de Brocéliande. Je me réjouis à l'idée des longues promenades en forêt que nous allons faire.

— L'endroit idéal pour récupérer après une année scolaire intense, sourit Ginny. On pourrait y dormir des siècles.

— Effectivement. Ce n'est pas la première fois que nous choisissons cette destination, elle nous convient bien à tous les deux.

— Ça doit être difficile pour Hagrid et vous de vivre séparés la plupart du temps, fit remarquer Ginny. Ne songez-vous pas à vivre dans le même pays ?

Madame Maxime sourit :

— J’aime énormément Hagrid et il m’apporte des choses qu’aucun autre homme ne m’a jamais apportées, assura-t-elle. Mais il faut voir les choses en face : je ne suis pas prête à abandonner mon poste ici pour le rejoindre, et je sais pertinemment qu’il serait très malheureux ici.

Harry et Ginny ne purent qu'en convenir.

— C’est une personne merveilleuse, continua Madame Maxime, avec un cœur énorme, une générosité, une loyauté et une passion pour les créatures magiques qui font tout son charme. Malheureusement, il lui manque la sophistication qui lui permettrait de trouver en France l'équivalent de son poste de professeur à Poudlard. Pour ces raisons, nous restons tous les deux là où nous avons réussi notre vie. Nous nous voyons le plus possible et c’est, à mon avis, le meilleur équilibre que nous ne pourrons jamais trouver.

— Si vous avez réussi à trouver le bonheur comme ça, vous avez bien raison, reconnut Harry.

— Je pense que nous sommes raisonnablement heureux, affirma la demi-géante.

Elle avait dû beaucoup se battre et beaucoup sacrifier pour arriver au poste qu’elle occupait aujourd’hui, réalisa Harry. De son côté, privé du droit d’exercer la magie, considéré comme à peine humain par une partie des sorciers, le poste de professeur obtenu par Hagrid était assez inespéré. Ils étaient sage tous les deux de préserver ces acquis, sans pour autant renoncer à leur amour. Leur arrangement, à défaut d’être totalement satisfaisant ou orthodoxe, était un bon compromis.

Désirant passer à un sujet de conversation plus léger, Harry se pencha vers son interlocutrice — au niveau de son corsage à vrai dire, vu leur différence de taille — et demanda d’un ton de conspirateur :

— Fleur affirme qu’il n’y a aucun passage secret, ni pièce cachée à Beauxbâtons. J’avoue avoir du mal à le croire. Entre-nous, est-ce vrai ?

Madame Maxime éclata de rire :

— Meuh cher Arry, vous ne changez pas. Vous non plus n’êtes pas transposable en France. Il vous faut des fantômes, du brouillard et des mystères.

Harry eut un sourire confus. Avec le recul, il savait bien que certaines de ses aventures auraient pu être évitées s’il avait songé à demander de l'aide à des adultes pour régler ses problèmes. A posteriori, il plaignait un peu Hermione qui l’avait toujours suivi par loyauté, bien que persuadée qu’il existait des moyens moins dangereux de faire face à leurs responsabilités.

— En fait, vous avez raison, avoua la Directrice. Il y a des raccourcis que les professeurs utilisent et des endroits qui ne sont pas accessibles aux élèves. Enfin, en théorie. Tous les trois ou quatre ans, l’un d’eux se doute de quelque chose et arrive à nous surprendre en train d’utiliser des portes qui ne sont pas signalées et certains arrivent même à parvenir dans des pièces où ils n’ont rien à faire. Nous tentons cependant de ne rien y entreposer de dangereux. Nous évitons les créatures magiques interdites, par exemple.

Harry songea qu’il avait non seulement eu accès à un des secrets de Beauxbâtons, mais aussi mis le doigt sur un sujet de discorde probable entre la directrice française et son amoureux.

— L’une des créatures magiques les plus dangereuses que j’ai eu à affronter était le dragon qui m’a été opposé pendant le Tournoi des Trois Sorciers, défendit-il son école.

Elle haussa les sourcils sans répondre.

— C’est vrai, admit Harry, les copines à huit pattes d’Hagrid dans la Forêt Interdite sont un peu carnivores…

Madame Maxime eut un petit sourire. Ginny lui donna un coup de coude dans les côtes.

— On avait aussi un animal très dangereux dans les sous-sols… reconnut-il encore, certain qu’Olympe avait été mise au courant par Hagrid. Mais le Professeur Dumbledore l’ignorait et aurait fait le nécessaire s’il l’avait su.

— Je peux vous assurer que nous n’avons pas de créatures ignorées dans nos murs, martela Madame Maxime d’une voix sans appel. Nous avons des contrôles réguliers des bâtiments par le Ministère, pour éviter toute surprise.

— Impressionnant, exprima diplomatiquement Harry.

Madame Maxime éclata de rire, sans montrer de rancune devant autant de mauvaise foi.

— Sauvons-nous quelques instants, les invita-t-elle, je vais vous faire visiter mon jardin secret.

Elle se dirigea vers la sortie de la salle, suivie par le couple Potter qui échangea un regard empli d'anticipation. Ils passèrent plusieurs arches qui les amenèrent près du bureau de la directrice. Dans le couloir, ils s'arrêtèrent devant une tapisserie qui représentait une dame assise dans un champ fleuri devant une tente conique, flanquée d'une licorne et d'un lion.

— Bonne nuit, Dame Hermine, fit aimablement Madame Maxime. Je vous présente Harry Potter et son épouse Ginny qui nous viennent d'Angleterre.

— Je suis honorée, les salua la dame de la tapisserie. Voulez-vous passer, chère Olympe ?

— Si cela ne vous dérange pas.

— Mais c'est un plaisir.

A ces mots, elle s'écarta et les invita d'un geste à pénétrer dans la tente. Les trois sorciers avancèrent et, sans surprise pour Harry et Ginny rompus aux passages magiques, ils se trouvèrent à fouler le tapis fleuri, passèrent entre les animaux fantastiques et enfin pénétrèrent dans l'édifice de toile.

Après quelques pas dans la pénombre, ils débouchèrent dans une vraie prairie, elle aussi couverte de fleurs multicolores, au centre de laquelle se dressait une serre. Cette dernière arracha un soupir de ravissement aux Potter : elle contenait des plantes tropicales multicolores, entre lesquelles voletaient des oiseaux de Paradis.

— C'est magnifique, souffla Ginny en se penchant sur une corolle écarlate pour en humer le nectar capiteux.

— Oh, ça pousse pratiquement tout seul, dit modestement Madame Maxime, en redressant une orchidée.

— Le professeur Chourave donnerait beaucoup pour voir ça, jugea Harry.

— Oh, mais je l'ai déjà invitée ici. Nous avons échangé quelques espèces rares, l'informa la directrice. Et Hagrid aussi a participé.

Elle désigna une direction et après quelques secondes de recherche, l'attention de Harry fut attirée par des petites silhouettes qui se faufilaient entre les lianes.

— Des botrucs ? s'exclama-t-il surpris.

— Oui, j'aime avoir de la vie ici. Hagrid me procure aussi du crottin de licorne et de Sombral. Cela fait merveille pour les plantations.

— Je l'ignorais, avoua Ginny.

C'est à regret qu'ils s'arrachèrent à leur contemplation pour rejoindre la fête qui battait toujours son plein. Harry procéda à une dernière tournée diplomatique, fit ses adieux aux Krum en leur promettant de les revoir bientôt, puis utilisa le Portoloin qui lui avait été attribué pour rentrer chez lui avec son épouse.

ooOoo

Le dimanche suivant, au Terrier, la conversation roula assez naturellement sur le Tournoi des Trois Sorciers.

— C'était vraiment très réussi, jugea Molly qui avait été voir toutes les retransmissions. Je suis un peu déçue pour Hope, mais Batura est un grand sorcier, il mérite sa victoire.

— C'est le résumé de ce que pensent tous les sorciers britanniques, sourit Ron.

— Les séances de Pensines ont-elles été très suivies ? s'enquit Audrey.

— On a dû rajouter des séances supplémentaires, répondit George. Cette première utilisation des Pensines a suscité beaucoup de curiosité. Les gens ont adoré.

— Grand succès auprès des journalistes également, ajouta Ron. Ils veulent généraliser cette manière de restituer leurs reportages.

— Bienvenue dans l'ère de l'audiovisuel, commenta Audrey.

— Maintenant que les Pensines sont mieux connues du grand public, va-t-on en commercialiser ? s'enquit Harry.

— Ça va pas ? répondit Ron. Tu imagines que tout le monde puisse mettre ses souvenirs privés dans une Pensine et les montrer à n'importe qui ? J'oserais plus me déshabiller devant personne !

— Quel dommage ! J'aimerais tellement voir ça dans la Pensine de quelqu'un d'autre, susurra Hermione, amenant un sourire sur les lèvres des membres de la famille.

— Je peux t’arranger ça, proposa Harry, générant les rires.

— Je pense qu’il est maintenant clair pour tout le monde que la généralisation des Pensines est une mauvaise idée, insista Hermione en reprenant son sérieux. Ce serait ouvrir la voie à toutes sortes de chantages et de malveillances.

Harry songea à celle qui dormait derrière ses vieilles robes mais se borna à un simple :

— Tu as raison, comme toujours.

Au regard que lui lança Ginny, il comprit qu'il était prié, dès leur retour à la maison, d'ajouter un sortilège de protection sur leur précieux artefact. Les souvenirs de Dumbledore et de Rogue n’étaient pas à mettre entre toutes les mains.

— Au Ministère, nous sommes en train de plancher sur une réglementation de l'utilisation des Pensines, reprit Hermione. Pour commencer, la législation qui en limite la détention par les particuliers et en impose la déclaration auprès du Ministère reste d'actualité.

— Oups, fit Harry.

— Tu en as une ? demanda Angelina.

Même Ron et Hermione le regardèrent avec surprise. Il réalisa qu'il ne leur en avait jamais parlé, tant les images qu'elle contenait étaient de nature privée.

— Oui, un héritage, expliqua-t-il. J'ignorais que je devais la déclarer. Pitié, madame l'Auror, je me dénoncez pas ! ajouta-t-il en direction de sa belle-soeur.

— Désolée, mais la loi et la loi. Je vous informe que vous êtes convoqué, demain, huit heures précises, dans le bureau du commandant des Aurors, lui signifia Angelina d’un ton sévère. Ne le faites pas attendre, il n’est pas de bonne humeur le matin.

— Pardon ! s’insurgea Harry déclenchant des ricanements.

— Pour en revenir aux Pensines de presse, continua Hermione imperturbable, leur usage sera réglementé pour que la vie privée des personnes soit protégée, sans pour autant empiéter sur le droit à l'information.

— Difficile équilibre, estima Percy.

— La règle sera qu'on ne doit pas diffuser des images privées ou de lieux privés sans l'accord des intéressés, sauf si c'est indispensable pour apporter la preuve d'une information importante.

— Qui jugera ce qui est suffisamment important pour justifier l'usage d'une image privée ? demanda Arthur.

— Une commission constituée de membres du Magenmagot et de journalistes, l'informa Hermione. On pourra la saisir si on s'estime mis à mal par une diffusion par Pensine. Si l'abus est avéré, le plaignant sera indemnisé. En cas de mauvaise foi de la part du journaliste, ce dernier pourra avoir une amende, ainsi que le journal qui l'emploie. En cas de récidive, cela pourra aller jusqu'à l'interdiction d'exercer mais les conditions pour prononcer une telle condamnation seront draconiennes. Il ne faut pas qu'on s'en serve pour museler la presse, conclut-elle.

— Ça ne va pas être évident, soupira Angelina anticipant sans doute ses difficultés à mettre la nouvelle législation en pratique.

— On s'en sort plus ou moins dans le monde Moldu, assura Audrey.

— Ils ont Rita Steeker, chez les Moldus ? interrogea Ginny visiblement pas convaincue.

— Ils ont pire ! garantit Audrey.

— C'est censé nous rassurer ? interrogea Bill.

— Eh bien… hésita Audrey, il faut reconnaître que de notre côté les mentalités ont évolué et que notre perception de ce qui est convenable ou non de montrer est devenue de plus en plus permissive. Mais c'est un choix de société. Pendant longtemps, les films moldus étaient tenus par des règles très strictes et la bienséance prévalait sur la liberté artistique. Par exemple, dans les années 50, on ne montrait jamais deux personnes assises sur le même lit et les scénaristes devaient trouver des images symboliques pour montrer où un couple en était dans sa relation.

— De toute manière, il y a des choses qu'on ne peut pas montrer, remarqua Molly. Quoi ? demanda-t-elle en voyant l'air dubitatif de sa belle-fille. On ne montre pas… tout, quand même !

Elle jeta un regard furtif vers la partie de la pièce où jouaient les enfants pour vérifier qu'aucune oreille innocente ne suivait la conversation.

— C'est plus explicite de nos jours, répondit prudemment Audrey.

— Arthur ! s'indigna Molly. Tu ne m'avais pas dit ça.

Son mari était toujours féru de technologie moldue et il sortait régulièrement du monde sorcier. Il lui arrivait même d'aller au cinéma, généralement seul ou avec Ron et Hermione, car Molly n'appréciait pas ces sorties.

— Tu m'as dit que cela ne t'intéressait pas, ma chérie, opposa-t-il.

— Nous nous assurons que papa ne voie que des films très convenables, assura Ron très sérieusement.

Le regard que sa mère porta sur lui montra qu'elle ne prenait pas ses affirmations pour gallion comptant.

— Je pense que je préfère rester dans une bienheureuse ignorance, décida-t-elle.

Son fils et son mari opinèrent, montrant qu'ils estimaient que c'était l'attitude la plus sage.

— Mais Ron, est-ce vraiment une bonne chose ces Pensines ? s'inquiéta Molly.

— Maman, soit nous choisissons de vivre comme le préconise Magie Quidditch et Traditions en vivant en complète autarcie, ce qui implique de nous couper au maximum du monde moldu et décourager les mariages mixtes qui nous apportent du sang neuf, soit nous acceptons le brassage culturel et génétique. Pour que ce brassage ne soit pas une assimilation pure et simple, il nous faut nous approprier les trouvailles moldues tout en les mettant en œuvre à notre manière.

— Mais ces Pensines…

— Permettent de voir comment vivent d'autres peuples à l'autre bout de la terre, sans quitter l'Angleterre compléta Ron avec passion. Elles peuvent garder la trace des évènements historiques, pour que la mémoire ne s'éteigne pas. Avec une de ces Pensines de presse, Ginny pourra montrer les rites africains, américains, asiatiques à ses visiteurs et leur donner l'impression d'être allés à la rencontre de tous ces sorciers étrangers. Tu te rends compte de ce que cela peut nous apporter ?

— Je pourrai en avoir une ? demanda avidement Ginny.

— Attends que les décrets soient sortis et fait une demande lui répondit Hermione.

— Je te fais confiance, mon chéri, répondit Molly à son fils. Je sais que tu fais ce qu'il faut.

— Je fais ce que je crois être le mieux, corrigea Ron d'un ton grave, comme soudainement dégrisé. Seul l'avenir nous dira si c'est nous ou le MQT qui avait raison.

— Tu prends en compte leurs arguments, rappela Hermione. Et tu n'es pas tout seul. Si les autres Maîtres de guilde te suivent, c'est qu'ils pensent comme toi. Tu ne portes pas seul le poids de l'avenir du monde sorcier sur tes épaules.

— Je sais, mais c'est lourd quand même, fit mélancoliquement Ron.

— C'est pour ça qu'on s'y met tous, lui rappela Harry lui donnant une bourrade. Dis, quand tu étais jeune tu voulais être à ma place. Qu'en penses-tu, maintenant ?

— J'étais très con, reconnut Ron.

— Pas devant les enfants ! scandèrent les mères de famille.

— Ron, soupira Molly d'une voix faussement exaspérée, mais qu'est-ce que je vais faire de toi ?

ooOoo

End Notes:
La présence de Mélusine est un hommage aux Secretsd'Hermione, merveilleuse fic de Miss Teigne.

Bonjour à tous !
Oui, je sais, ça fait longtemps. Pour me faire pardonner, je vous poste d'un coup plusieurs chapitres.
XIII : Un problème de sommeil by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : du 1er juillet au 18 novembre 2013

Le mois de juillet ramena Teddy et Victoire dans leurs foyers. Comme les autres années, toute la famille migra vers le Terrier. La petite Lucy, la fille de Percy et Audrey, étant née quelques mois auparavant, il y avait désormais treize enfants s'étageant entre quinze ans et 6 mois et douze adultes — treize quand Charlie était là — qui logeaient sur place.

Ginny, comme chaque été, était très occupée par son musée car elle faisait face à un afflux de visiteurs qui profitaient des vacances pour y mener leur progéniture. Elle n'avait pas encore récupéré de Pensine de presse, mais les expériences magiques qu'elle voulait faire partager aux visiteurs étaient d'ores et déjà scénarisées sur le papier. Fleur et Andromeda l'assistaient, mais voulaient également profiter de la présence des collégiens avant qu'ils ne repartent à Poudlard.

Après un vilain rhume qui avait tourné en bronchite l'hiver précédent, Arthur avait officiellement pris sa retraite. Son adjoint le plus proche, qu'il formait à cette fin depuis plusieurs années, avait pris sa place. Percy par contre était très occupé. En effet, son efficace adjoint, Adrian Ackerley, avait été muté au Département de la Justice Magique et il avait dû reprendre tous ses dossiers.

Harry, qui suivait avec intérêt la carrière de ce charmant homme comprenait bien la manœuvre : après s'être fait connaître du grand public en représentant l'Angleterre durant le Tournoi des Trois Sorciers, et dans un même temps montrant qu'il avait une envergure internationale, Ackerley se rapprochait maintenant de ceux qui voteraient directement pour choisir le ministre qui succéderait à Kingsley à la fin de son mandat — les membres du Magenmagot et les Maîtres de guildes. Les élections se tiendraient l'année suivante et chacun des candidats plaçait soigneusement ses pions.

— Tu as eu l'occasion de travailler avec Ackerley ? demanda Harry à Ron au cours de l'été.

— Il est actuellement chargé de mission auprès des services administratifs du Magenmagot, le renseigna Hermione. Mais je ne doute pas que, d'ici quelques mois, il demandera à travailler au Département de contrôle de l'artisanat magique ce qui le mettra en contact direct avec Ron et les autres Maîtres.

— Bonnard Tyson, qui travaille dans ce département, nous explique déjà les avantages que nous aurions à voter pour Caedmon Selwyn, compléta Ron.

— Et qui sont ?

— Davantage de régulation des produits venant du côté moldu, moins de taxes pour ce qui est purement sorcier, des choses comme ça.

— Ça tente tes collègues ? s'inquiéta Harry.

— Certains, reconnut Ron, les mêmes qu'il y a cinq ans. C'est le Magenmagot qui sera décisif, conclut-il. Ce sont eux qui peuvent faire basculer le vote.

— Nous en sommes conscients, assura Percy qui avait écouté la conversation. Adrian s'en occupe.

— Je suis bien content de ne pas avoir à voter, décida Harry. Je préfère m'en tenir à mes criminels. Je suis fait pour l'action, moi, pas pour la politique.

Côté criminalité, l'été fut relativement calme à la grande satisfaction de Harry qui ne demandait qu'à rentrer tôt et s'installer dans le jardin entouré de sa famille. Comme les années précédentes, Teddy travaillait chez Ron et George. Il trouva cependant le temps de discuter un peu avec Harry. Il lui confia qu'il trouvait les filles compliquées et qu'il avait bien du mal à savoir ce qu'elles attendaient de lui en tant que petit ami. Son parrain lui avoua qu'il n'avait aucune compétence sur la question et l'envoya voir Hermione qui se fit un plaisir de lui exposer la psychologie des adolescentes.

— Ce que j'ai surtout compris, c'est qu'il ne faut pas que je m'étonne de ne rien y comprendre, rapporta Teddy après sa séance explicative.

— Désolé de ne pas pouvoir t'aider davantage, s'excusa Harry. Je suppose que c'est comme lancer un sortilège. On ne peut apprendre qu'en pratiquant.

— Y'a plus désagréable comme matière à réviser, remarqua Teddy.

— Alors profites-en, lui conseilla Harry qui de son côté n'avait pas pu y consacrer autant de temps que ses camarades, trop occupé à lutter contre les mages noirs et autres traîtres.

L'été passa comme toujours trop rapidement et, début septembre, la famille Potter au grand complet accepta l'invitation en France des parents Delacour. Les années précédentes, après l'été familial au Terrier, Harry et Ginny avaient choisi de partir en amoureux. Mais cette fois là, ils s'étaient accordés sur leur désir d'avoir leurs enfants auprès d'eux. Lily avait désormais 5 ans et pouvait les suivre en promenade ou dans leurs visites. Il était temps également de montrer d'autres lieux et d'autres pays aux deux grands, qui avaient 7 et 8 ans.

 

Ils apprécièrent tous les cinq ces retrouvailles et ils ne regrettèrent pas d'avoir fait rater deux semaines de classe aux enfants.

ooOoo

Au cours du mois de novembre, un lundi matin, Pritchard signala à Harry :

— Tiens, tu devrais jeter un coup d'œil là-dessus.

Il lui tendit le rapport de l'équipe de garde de la veille. Ils avaient été appelés par Ste Mangouste en début de soirée. Au vu des premiers témoignages, un certain Jerold Plunkett était parti faire un tour dans les airs avec son frère, Edmund. Jerold Plunkett avait eu un malaise et était tombé de son balai. Son compagnon avait plongé pour tenter de le secourir mais l'accidenté avait déjà heurté le sol. Affolé, Edmund Plunkett avait pris le corps de Jerold et l'avait transplané à Ste Mangouste qui n'avait pu que constater le décès. L'hôpital avait alerté les Aurors en indiquant qu'ils faisaient les vérifications d'usage. Jusque là, rien d'extraordinaire. Ce genre d'accident arrivait une ou deux fois par an malgré les interdictions de survoler le territoire de cette façon.

Le rapport du médicomage qui complétait le dossier — arrivé tôt le matin même — donnait une tonalité différente à l'incident : le guérisseur chargé de l'examen du corps avait détecté des traces d'une potion de sommeil dans le sang de la victime. Il était en outre indiqué que Plunkett était guérisseur de son état.

— On est bons pour une enquête de fond, commenta Harry.

— Ça m'en a tout l'air, souscrivit Pritchard.

— Plunkett, ce nom me dit quelque chose, fit pensivement Harry.

— Cette famille possède le magicobus, le renseigna son adjoint.

— Ah oui, c'est ça. J'espère que cela ne va pas désorganiser le service.

— Si je peux me permettre, tu devrais prendre cette enquête sous ta responsabilité. Il va sans doute falloir poser des questions indiscrètes et les sorciers importants le pardonnent plus facilement au Survivant qu'à un obscur Auror.

— Tu as raison. Je pense que je vais prendre Wellbeloved, pour travailler avec moi.

— Très bon choix.

— Bon, je vais le chercher, je pense qu'il faut s'y mettre le plus vite possible.

Harry aimait bien Richard Wellbeloved, le partenaire d'Angelina. C'était un Auror ancienne génération, très sympathique et d'un calme à toute épreuve, ce qui le rendait précieux pour les enquêtes délicates. C'était un Sang-Pur qui ne cachait pas ses tendances traditionalistes, mais il avait l'esprit assez ouvert pour débattre de ses opinions avec des sorciers progressistes, sans que la discussion ne s'envenime.

Lors de l'enquête sur les incendies des maisons de Sang-Purs, il n'avait pas hésité à interpeller le ministre de la Magie pour protester contre une manière de mener l'enquête qu'il estimait trop politique. Harry le savait capable de lui indiquer son éventuel désaccord sur ses méthodes, sans que cela tourne au rapport de force comme c'était le cas avec Muldoon.

Harry le fit venir dans son bureau et lui fit un résumé de l'affaire. Le dossier médical, rempli par Edmund Plunkett, le témoin de l'accident, indiquait Le Relais de Poste comme lieu de résidence. Ils allaient commencer par là.

— On pourrait y aller en Magicobus, fit remarquer le nouveau partenaire de Harry.

— Oui, ça serait de circonstance, admit ce dernier. Ça nous évitera de marcher depuis la cheminée publique la plus proche.

En règle générale, il évitait ce moyen de transport car il le trouvait encore plus désagréable que le réseau de cheminette. Mais pour une fois…

Un quart d'heure plus tard, l'épaule endolorie, il examinait la magnifique demeure devant laquelle il avait été déposé.

— Joli petit manoir, souffla Wellbeloved.

— Oui, pas mal, admit Harry en sonnant à la porte.

Le battant sculpté s'effaça devant un elfe de maison, vêtu d'un torchon impeccable.

— Ces messieurs désirent ? pépia la créature.

— Nous sommes les Aurors Wellbeloved et Potter, les introduisit Harry. Nous sommes bien chez Monsieur Jerold Plunkett ?

— Non, Monsieur Potter, le détrompa l'elfe en le saluant bien bas en signe de respect. Vous êtes chez Mr Ulysses Plunkett, l'oncle du pauvre Monsieur Jerold.

—Où est la maison de Monsieur Jerold ? questionna Harry.

— A Norwich, le renseigna l'elfe. Mais Madame Nell, sa femme, est ici aujourd'hui.

— Et Monsieur Edmund Plunkett ? demanda Wellbeloved.

—  Il demeure au hameau de Bodmin Moor mais lui aussi est resté chez Monsieur Ulysses pour la nuit. Nous sommes tous très tristes pour ce pauvre Monsieur Jerold.

— Merci pour ces précieux renseignements, dit Harry. Pouvons-nous être reçus par Monsieur Ulysses ?

Les deux Aurors furent introduits dans le large vestibule et l'elfe partit en trottinant chercher son maître. Il fut très vite de retour :

— Si vous voulez bien me suivre. Monsieur Ulysses va vous recevoir dans le salon.

Ils arrivèrent dans la pièce en même temps qu'un homme très corpulent aux cheveux blancs, qui rappela à Harry le professeur Slughorn. En temps normal, son aspect devait être jovial, mais ses yeux rouges et son expression attristée montraient à quel point il était affecté par le drame.

— Monsieur Potter, c'est un honneur de recevoir votre visite, commença-t-il, tentant manifestement de faire bonne figure. Je crains cependant être un hôte bien piètre. Nous sommes tous sous le choc du décès soudain de mon neveu.

— Veuillez recevoir nos condoléances, lui répondit gravement Harry. Je suis désolé de venir vous importuner dans un tel moment mais ce genre de disparition soudaine fait obligatoirement l'objet d'une enquête.

— Je suppose qu'il faut donc en passer par là, en prit-il son parti. Mais je suis d'une impolitesse… je vous en prie, prenez un siège.

L'homme avait manifestement l'habitude d'évoluer en société et arrivait presque à masquer sa douleur derrière les formules convenues. Harry commença par présenter son partenaire, déclina la boisson qu'on lui proposait et entra dans le vif du sujet :

— Pourriez-vous nous indiquer ce que vous savez sur cet accident ?

Ils tirèrent du récit du vieil homme que la famille — sa belle-sœur, ses trois neveux et leurs épouses — avait déjeuné dans cette maison la veille à midi. Ce genre de réunion avait lieu à peu près une fois par mois mais Ulysses voyait encore plus souvent ses neveux dont il était très proche. Une fois le repas terminé, Jerold  et Edmund étaient allés faire un petit tour en balai, comme ils le faisaient régulièrement.

— Je sais que c'est en principe interdit, commenta à ce point Ulysses. Mais ils faisaient bien attention de s'appliquer des sorts d'invisibilité et leur balai est recouvert de repousse-moldus pour davantage de sécurité, ils ne faisaient rien de mal.

— Les Aurors ne se préoccupent pas de ce genre de délit, le rassura Harry. C'est du ressort du département des Transports magiques… Vous devez y connaître du monde, je suppose, ajouta-t-il.

— Oui, bien entendu, je m'y rends régulièrement pour affaires, confirma Ulysses.

— Donc, vos deux neveux se sont envolés après le déjeuner, le relança Harry.

— Oui, vers quinze heures. Nous ne nous doutions de rien. Edmund est revenu vers dix-huit heures et nous a appris…

L'homme ne put continuer. Il porta une main à ses yeux comme pour en cacher les larmes et resta de longues secondes avant de regarder de nouveaux les Aurors.

— Quelle tragédie, murmura-t-il alors d'une voix brisée.

— Excusez-moi d'insister, dit doucement Harry, mais j'ai besoin de savoir ce que votre neveu vous a dit exactement.

— Que vouliez-vous qu'il dise ? Que son frère était tombé de son balai et qu'il était…

Là encore, il ne put continuer sa phrase.

— Nous supposons que votre neveu a mangé et bu quand il était ici. Pourriez-vous nous indiquer ce qu'il a ingéré ?

Ulysses les regarda avec surprise avant de dire d'une voix hésitante :

— Le déjeuner, comme tout le monde.

— Vous avez pris un apéritif, un digestif ? s'enquit Harry.

— Un apéritif, puis tout le monde a pris du café

— Quel apéritif ? demanda Harry, sachant qu'il était plus facile d'administrer un produit dans un verre pris au salon qu'autour d'une table où les plats étaient partagés.

— Un whiskey Pur-Feu je crois, répondit l'oncle en tournant les yeux vers les portes en bois qui marquaient sans doute l'emplacement du bar.

Wellbeloved s'en approcha et ouvrit le meuble d'un mouvement de baguette.

— Est-ce ce flacon ? demanda-t-il en montrant une jolie bouteille ouvragée qui contenait un liquide dont la couleur se rapprochait le plus de la boisson indiquée.

— C'est ça.

— Qui l'a servi ? continua Harry, laissant Wellbeloved faire les relevés nécessaires.

— Je crois que c'est Edmund, lui apprit Ulysses.

— Et ensuite, vous avez tous mangé la même chose à table ou votre neveu a-t-il pris des aliments particuliers ?

— Je ne comprends pas le sens de vos questions, fit Ulysses en fronçant les sourcils.

— Votre neveu s'est endormi sur son balai, nous en recherchons la cause, explicita sommairement Harry. A-t-il des problèmes de sommeil ?

— Pas à ma connaissance, indiqua Ulysses.

Il y eut un petit silence et Ulysses répondit à la question première :

— Il a mangé les mêmes plats que nous à table et a ensuite pris du café comme tout le monde après le repas.

— Qui a fait le service à table ?

— Notre elfe. Est-ce important ?

— A ce stade, tout est important, répliqua Harry. Je suppose que toute la vaisselle qui a servi hier est déjà lavée.

— Sans doute que oui, notre elfe est très consciencieux.

Harry entendit son partenaire refermer les portes du bar et décida de passer à l'interrogatoire suivant :

— Pouvons-nous parler à Monsieur Edmund Plunkett ? demanda-t-il.

— Il est dans la bibliothèque, je crois, répondit leur hôte. Je vais vous y mener.

Les deux Aurors suivirent le vieil homme dans un corridor joliment décoré de lustres torsadés et de gravures représentant des moyens de transports : les différentes versions du Magicobus, mais aussi des balais, le Poudlard Express et même des tapis volants. Ulysses poussa une porte et entra, les Aurors juste derrière lui. Deux personnes se tenaient dans la pièce : un homme bien bâti, les cheveux bruns, et une femme blonde tout de noir vêtue. Cette dernière se trouvait dans les bras de son compagnon, le front contre l'épaule de celui-ci.

Harry s'arrêta tandis qu'Ulysses s'approchait du couple et disait d'une voix douce.

— Viens, ma petite, ta tante te cherchait. On va aller la retrouver.

Il détacha en douceur la femme de l'étreinte de l'homme et l'entraîna vers la sortie en la soutenant. Avant de sortir, il lança :

— Ces messieurs veulent te parler, Edmund.

Ce dernier avait une expression hagarde et les yeux injectés de sang. Il regarda sans les voir les visiteurs pendant plusieurs secondes avant de demander :

— Qui êtes-vous ?

— Nous sommes les Aurors Wellbeloved et Potter, expliqua Harry. Nous devons déterminer ce qui a causé le décès de votre frère.

— J'ai déjà tout expliqué à l'hôpital, fit douloureusement l'homme endeuillé.

— Nous avons copie de ce que vous avez déclaré, admit Harry. Mais cela n'explique pas comment votre frère s'est endormi sur son balai. Je suis désolé, mais nous devons vous poser quelques questions pour comprendre cela.

Le frère éploré secoua la tête comme s'il doutait de l'utilité de leur démarche, mais il se recula et s'assit sur l'un des sièges de la pièce en les invitant d'un geste à en faire autant.

— Votre frère avait-il des problèmes de sommeil ? commença Harry.

— Il ne m'en a jamais parlé, répondit le frère.

— Avait-il l'air fatigué avant que vous ne vous envoliez ? continua le commandant des Aurors.

— Non, pas du tout. C'est même lui qui a insisté pour que nous allions jusqu'à la côte parce qu'il avait envie de voir la mer.

Il s'interrompit puis s'exclama d'une voix brisée :

— Si j'avais refusé, on serait peut-être rentrés avant qu'il n'ait un coup de barre et s'endorme en volant !

Il se plia en deux, les coudes sur ses genoux, la tête reposant sur ses mains. Son corps se mit à tressauter sous les sanglots silencieux.

Harry échangea un regard avec son partenaire. Si la douleur était sincère, il serait cruel de continuer l'interrogatoire. Dans le cas contraire, ils auraient le temps de le réinterroger.

— Nous reprendrons notre conversation plus tard, proposa doucement Harry.

Il fit signe à son coéquipier et ils sortirent de la pièce.

— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Wellbeloved.

— On interroge les autres. Il faut qu'on détermine si la victime a montré des signes de somnolence avant de partir. Il faut aussi qu'on sache si quelqu'un avait intérêt à ce que Jerold disparaisse.

Harry suivit le couloir par lequel ils étaient arrivés et retrouva le vestibule. Il examina les portes qui donnaient sur l'endroit et poussa celle qui se trouvait derrière l'escalier. Comme il le supposait, elle donnait sur un corridor qui menait à la cuisine où il retrouva l'elfe qui leur avait ouvert.

— Comment vous appelez-vous ? demanda Harry à la créature.

— On m'appelle Catena, répondit l'elfe. Que puis-je pour ces messieurs ?

— Avez-vous vu Jerold Plunkett partir hier ?

— Non, monsieur Potter, j'étais ici à ranger la cuisine.

— C'est toi qui as servi à table ? demanda Wellbeloved.

— Oui, Monsieur l'Auror.

—Jerold Plunkett t'a-t-il semblé fatigué ?

— Pas spécialement, Monsieur l'Auror.

— L'as-tu vu prendre une potion ou boire quelque chose que les autres n'ont pas pris ? continua Wellbeloved.

— Non, Monsieur.

— Pourrais-tu nous montrer les verres, couverts ou assiettes dans lesquels il a bu ou mangé ?

— J'ai fait la vaisselle dans l'après-midi, leur dit la créature d'un ton hautain. Je ne laisse pas traîner les affaires sales ! Tout est rangé à sa place !

— D'accord, c'était juste pour savoir, tenta de l'apaiser Harry. Nous aimerions parler à Mme Nell Plunkett, maintenant. Peux-tu aller la chercher ?

Catena les escorta dans le salon et alla chercher la veuve. Quand elle les rejoignit, ils la reconnurent : c'était la jeune femme qu'Edmund était en train de réconforter quand ils étaient allés le rejoindre dans la bibliothèque. Ils ne tirèrent pas grand-chose de l'entretien. Elle n'avait remarqué aucune fatigue chez son mari avant son départ et assura qu'il ne prenait aucune potion pour dormir ni n'avait de problème de sommeil. Il n'avait pas non plus été astreint à des gardes de nuit depuis plusieurs mois, ce qui aurait pu expliquer des troubles de son cycle circadien. Elle-même n'avait jamais eu besoin de prendre de potion de sommeil et, à sa connaissance, il n'y en avait pas chez eux.

— Etes-vous rentrée chez vous depuis le drame ? s'enquit Harry.

Elle secoua négativement la tête. Harry continua son interrogatoire et apprit qu'elle était mariée à Jerold depuis un an seulement. Le couple n'avait pas d'enfant. Quand il eut posé toutes les questions prévues, Harry demanda :

— Autorisez-vous que nous envoyions quelqu'un chez vous vérifier votre pharmacopée ?

— Je… Oui, je suppose.

— Pourriez-vous débloquer la cheminée pour mon collègue ? insista Harry.

Prise de court, elle se dirigea vers l'âtre du salon et jeta de la poudre de cheminette dedans. Wellbeloved se dépêcha de la rejoindre pour partir avec elle. Elle fut de retour quelques secondes plus tard l'air déboussolée, sans doute étonnée par la requête qui lui avait été adressée.

— J'aimerais parler à votre tante, maintenant, requit Harry.

— Je vais la chercher, annonça-t-elle avant de traverser le vestibule pour se diriger vers l'escalier.

Mrs Bettany Plunkett avait l'air aussi bouleversée que son mari. Harry la fit asseoir avant de commencer son interrogatoire. Elle n'avait pas remarqué de somnolence chez son neveu, confirma qu'il n'était marié que depuis un an. Quand Harry lui demanda si le couple lui semblait heureux, elle eut l'air désarçonnée par la question. Avant qu'elle ne puisse commencer à répondre, son époux entra brusquement dans la pièce :

— Puis-je savoir à quoi rime cette enquête, demanda-t-il d'un ton rogue. Ma nièce vient de m'informer que vous lui avez demandé l'ouverture de sa cheminée !

— Effectivement, répondit Harry d'une voix calme.

— Pourquoi avez-vous fait une chose pareille ? tonna Ulysses qui semblait de plus en plus en colère.

Harry décida qu'il était temps de mettre cartes sur table pour s'assurer le concours de celui qui semblait être le chef de famille.

— Votre neveu ne s'est pas endormi par hasard, expliqua-t-il. Une trace importante de potion de sommeil a été retrouvée dans son sang. Nous devons déterminer s'il a ingéré cette substance lui-même, s'il l'a prise par erreur ou, éventuellement, si on la lui a donnée à dessein.

Ulysses Plunkett ouvrit la bouche de stupéfaction tandis que son épouse laissait échapper une exclamation d'horreur. Sans leur laisser le temps de se reprendre, Harry demanda :

— Jerold et son frère partaient-ils systématiquement en balade quand ils mangeaient chez vous chaque mois ?

— Oui, généralement, reconnut Ulysses.

— Pensez-vous que, dans ces conditions, votre neveu aurait pris une potion de sommeil avant de venir chez vous ?

— Il était guérisseur, rappela le propriétaire du Magicobus en se laissant tomber sur la chaise qui se trouvait derrière lui. Il était bien placé pour savoir ce qu'il ne faut pas prendre avant de monter sur un balai.

— Mais vous ne pensez tout de même pas qu'on lui a fait boire cette potion à son insu ! s'insurgea Mrs Plunkett.

— Je n'en sais rien, temporisa Harry. Cela peut être une erreur. Mais, puisque nous sommes dans les suppositions, qui héritera des biens de votre neveu ?

Les Plunkett échangèrent un regard horrifié. Plusieurs secondes s'écoulèrent avant qu'Ulysses ne réponde :

— Son épouse, je suppose, sauf s'il a fait un testament contraire. Il doit bien avoir quelques économies, mais rien qui ne justifie… des mesures aussi radicales. Il vit bien, mais c'est parce qu'il a un salaire confortable. A part la maison, je doute que Nell ne récupère grand-chose.

Harry hocha la tête mais il savait qu'on pouvait avoir des surprises au moment de l'ouverture des testaments. En attendant, il devait continuer à rassembler des indices sur ce qui s'était passé avant le décès.

— Y a-t-il des personnes que je n'ai pas vues et qui étaient présentes hier ? demanda-t-il.

— Oui, notre autre neveu Marvin, le cousin germain de Jerold et Edmund. Il était venu avec sa mère et son épouse, l'informa Bettany.

— De quelle manière Marvin, Jerold et Edmund vous sont apparentés ? questionna Harry qui commençait à être perdu.

Ce fut Ulysses qui répondit :

— J'avais deux frères, Basileus et Donatien, qui sont morts, l'un lors d'une attaque de Mangemorts sur le Chemin de Traverse durant la première guerre, et l'autre à Azkaban, avec son épouse qui était Moldue, pendant l'année des Ténèbres.

Ulysses laissa passer une seconde pour se reprendre avant de continuer :

—Jerold et Edmund sont les enfants de Donatien. Ils étaient adolescents à la mort de leurs parents et, comme nous étions très proches, ils sont naturellement venus vivre chez nous. Nous avions également fait notre possible pour aider Doraleen, la mère de Marvin, quand elle s'est retrouvée veuve avec un enfant en bas âge il y a vingt-cinq ans. Nous sommes une famille très unie.

— Et elle était là hier, se fit confirmer Harry qui avait sorti son carnet pour prendre des notes.

— Oui, c'est ça.

— Vous n'avez pas d'enfants ? s'enquit Harry qui essayait toujours de définir l'étendue de la famille.

— Hélas non, fit Ulysses en échangeant un regard peiné avec son épouse.

— Edmund n'est pas encore marié, continua Mrs Plunkett comme pour ne pas s'appesantir sur son absence de maternité. Marvin et Janet ont deux enfants qui sont à Poudlard. Je suppose que Jerold et Nell espéraient en avoir mais…

Submergée par le chagrin, elle ne put terminer sa phrase.

— J'ai besoin de voir Mr et Mrs Marvin Plunkett ainsi que votre belle-sœur Doraleen, indiqua Harry à Ulysses. Où puis-je les trouver ?

ooOoo

Avant de se rendre chez les cousins du défunt, Harry contacta par miroir Wellbeloved, qui était toujours chez la veuve, pour savoir s'il en aurait bientôt terminé. Ils convinrent de se retrouver dans l'Atrium du Ministère. Quelques minutes plus tard, le partenaire de Harry faisait son rapport :

— J'ai récupéré tous les produits liquides qui étaient dans la salle de bains et la cuisine et j'ai lancé tous les sorts de repérage possibles, sans rien détecter d'étrange. J'ai aussi ramené toutes les bouteilles qui auraient pu contenir la potion, ainsi que leur caisse de verre consigné. Je suis passé déposer tout ça au labo de Ste Mangouste.

— Parfait. Et l'échantillon du whisky de l'apéro ?

— Aussi.

— Très bien. Nous on va aller continuer les interrogatoires.

Marvin Plunkett lui ouvrit lui-même la porte de sa maison. Les Aurors purent constater la forte ressemblance qu'il avait avec son cousin Edmund. Ils expliquèrent la raison de leur visite et demandèrent à interroger séparément les deux époux. Ces derniers obtempérèrent et Mrs Janet Plunkett sortit de son salon pour laisser le champ libre à l'interrogatoire de son mari.

Ce dernier commença par redire tout ce que Harry et Wellbeloved savaient déjà : le déjeuner suivi de la promenade habituelle en balai. Non, son cousin ne lui avait jamais parlé de problème de sommeil.

— J'arrive pas à y croire, confia-t-il aux Aurors. J'ai l'impression qu'il va passer la porte d'un moment à l'autre ou que je vais me réveiller d'un cauchemar. C'est invraisemblable qu'il ne soit plus là. Il est trop jeune pour disparaître ainsi !

— Et il s'était marié récemment, lança Harry pour amorcer le sujet de l'héritage.

— Cette pauvre Nell, qui se retrouve veuve, à peine un an après son mariage ! C'est terrible. Nous sommes là bien entendu, surtout Edmund.

Harry sentit comme une bougie s'allumer dans sa tête. La plume de Wellbeloved qui s'était immobilisée au dessus de son carnet lui apprit qu'il n'était pas le seul à se poser des questions.

— Surtout Edmund ? répéta-t-il comme s'il ne comprenait pas.

— Oh ! n'allez pas imaginer des choses, relativisa Marvin. Il se trouve simplement qu'Edmund la connaît depuis plus longtemps que nous car elle a été sa secrétaire et c'est ainsi qu'elle a rencontré Jerold. Quoiqu'il en soit, nous ferons tout notre possible pour aider cette pauvre petite. Elle fait partie de la famille.

— Bien entendu, répondit Harry.

Leur entretien avec Mrs Marvin Plunkett ne leur apporta aucun élément nouveau. Elle semblait horrifiée par la situation et inquiète pour son mari :

— Il était tellement proche de son cousin, leur confia-t-elle. Jerold était pratiquement un frère pour Marvin. Le pauvre, il est complètement bouleversé par cette perte.

Malgré les perches que lui tendit Harry, Janet ne fit aucune allusion à un lien particulier entre la jeune veuve et son beau-frère Edmund.

— Bon, fit Harry en sortant de là. Plus qu'à voir la mère de Marvin, et on aura fait le tour de ceux qui ont déjeuné avec la victime hier.

Mrs Doraleen Plunkett leur parut sèche par rapport aux autres membres de la famille. Si elle avait pleuré la mort de son neveu, cela ne se voyait pas. Elle répondit à leurs questions avec précision, sans faire de commentaires sur la situation. Harry trouva qu'elle ressemblait à Andromeda par sa manière de réagir devant l'adversité.

Elle confirma à quel point les cousins étaient proches les uns des autres. Enfant, Marvin avait passé beaucoup de temps chez son oncle et sa tante qui prenaient soin de lui pendant qu'elle-même tenait le magasin que son défunt mari lui avait laissé. De son côté, Donatien venait souvent voir son frère avec sa famille, de sorte que les trois enfants se voyaient régulièrement.

— D'après ce que m'a dit votre fils, il tient le magasin familial avec vous, maintenant, se fit préciser Harry.

— C'est exact.

— Son épouse ne participe pas ? s'enquit Wellbeloved.

A la mention de sa belle-fille, Doraleen serra les lèvres.

— Non, elle préfère tenir son ménage et s'occuper de ses enfants. Son dernier n'est entré à Poudlard que cette année, répondit-elle d'une voix neutre.

Mrs Plunkett ne leur apprit rien d'autre et les deux Aurors se levèrent pour partir.

— Bon, que penses-tu de tout cela ? demanda Harry à Wellbeloved une fois sortis de la maison.

— Il faudrait peut-être éclaircir les rapports entre la petite veuve et son beau-frère, proposa son coéquipier. Jerold n'avait peut-être pas beaucoup de biens mais il laisse une jeune et jolie épouse !

— Compte tenu que, s'il y a complicité entre Edmund et Nell, ils ont largement eu le temps d'accorder leurs versions, ce n'est pas la peine de nous précipiter et lancer ce genre d'accusation sans preuve, jugea Harry. On va plutôt essayer de savoir ce que possédait réellement Jerold et l'état général des finances de tous ceux qu'il laisse derrière lui.

ooOoo

Harry rentra chez lui un peu plus tard que d'habitude, ce qui lui fit rater le dîner des enfants. Mais il arriva à temps pour le rituel du coucher et put surveiller le brossage des dents, lire une histoire à Lily — officiellement, les garçons étaient trop grands, mais ils venaient quand même se blottir sur le lit de leur sœur pour 'rester avec papa' — puis il embrassa tout le monde, et passa d'une chambre à l'autre avec Ginny pour répondre aux dernières doléances et autre marchandages dont l'unique but était de retarder le départ des deux parents.

Ginny et Harry descendirent enfin, promettant de revenir dix minutes plus tard si l'un d'eux ne dormait toujours pas. Ils s'attablèrent à leur tour dans la cuisine pour manger.

— Qu'as-tu fait aujourd'hui ? demanda Harry.

— Rien d'extraordinaire, répondit son épouse. Et toi, tu as passé une bonne journée ?

— Rien de mieux qu'un petit meurtre pour s'occuper.

— C'est toi qui enquête ? demanda-t-elle intéressée.

— Oui, parce que ça s'est passé dans une famille en vue. Je pense que je peux t'en parler car ce sera dans la Gazette demain. C'est le neveu du propriétaire du Magicobus.

— Ulysses Plunkett ? fit-elle en fronçant les sourcils.

— Son neveu Jerold. Tu connais Ulysses ? s'enquit-il.

— Oui, il nous a donné plein d'information pour la partie du musée qui est sur les transports. C'est de chez lui que viennent certaines maquettes de magicobus et de Poudlard Express. Il a fait un don conséquent en gallions, aussi. Je suis peinée pour lui, je vais lui écrire un mot.

— Utilise un papier à l'en-tête du musée et fait plutôt signer Andromeda ou Fleur, conseilla Harry. Il est fort possible que ce soit un meurtre familial et il va bientôt me détester car mon enquête va m'amener à fourrer mon nez dans ses affaires. Que tu communiques personnellement avec lui serait malvenu.

— Tu ne penses quand même pas que c'est lui le coupable ! s'exclama Ginny.

— A ce stade, je ne pense rien mais je n'exclus rien non plus, répondit-il honnêtement.

— Ah, je vois. Tu me raconteras… ce que tu peux me raconter ?

— Oui. Je risque de faire pas mal d'heures tant que cette affaire n'est pas bouclée, désolé.

— Je sais que tu aimes être sur le terrain, Harry. Profites-en et enquête bien.

End Notes:
Pour vous y reconnaitre dans la famille :

PLUNKETT: Inspiré de Josiah Plunkett, arbitre de Quidditch

Jerold PLUNKETT : Victime
Nell PLUNKETT : Veuve de Jerold
Ulysses et Bettany PLUNKETT : oncle et tante de Jerold, Edmund et Marvin
Edmund PLUNKETT : frère de Jerold
Marvin PLUNKETT : cousin de Jerold et Edmund
Janet PLUNKETT : épouse de Marvin
Doraleen PLUNKETT : Mère de Marvin
Catena : elfe de Ulysses et Bettany

Décédés :
Basileus : père de Marvin et frère de Ulysses
Donatien : père d'Edmund et Jerold et frère de Ulysses
XIV : La lettre d'amour by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : du 19 au 21 novembre 2013

Harry et Wellbeloved consacrèrent leur mardi aux recherches sur la famille Plunkett.

Ils apprirent ainsi que la fortune de la famille appartenait à Ulysses et était en grande partie investie dans son entreprise de transport, laquelle comprenait non seulement le Magicobus, mais aussi le Poudlard Express. L'homme d'affaire possédait également les voitures que le Ministère utilisait et était chargé de leur entretien. D'après ce que comprit Harry, le train et les voitures servaient davantage à donner du prestige à l'entreprise qu'à gagner de l'argent. Par contre, le Magicobus était assez rentable et avait permis à Ulysses de capitaliser une somme assez rondelette qu'il avait investi dans d'autres entreprises, toujours liées aux transports : compagnie de balais, fabrique de poudre de Cheminette. Il avait même des intérêts dans une entreprise étrangère qui distribuait des tapis volants sur le marché indien.

Jerold par contre ne possédait que la maison où il vivait, qu'il avait héritée de ses parents. Il vivait à son aise cependant, car son salaire était confortable. Son épouse était sa légataire universelle.

— Elle ne récupère pas grand-chose, jugea Wellbeloved.

— C'est Ulysses qu'il est intéressant de tuer, nota Harry.

— Rien ne dit qu'il n'est pas le prochain sur la liste, remarqua son partenaire. Jerold n'est qu'un coup d'essai ou l'échelon inférieur. Qui hériterait d'Ulysses s'il passait la baguette à gauche ?

— Visiblement, Edmund est le seul des trois neveux qui travaille avec son oncle. Mais il n'est pas forcément le seul héritier, remarqua Harry en compulsant ses documents. Il serait plus logique que ce soit l'épouse en premier, puis tous les neveux ensuite.

— L'héritage n'est pas une piste à exclure mais celle du frère rival amoureux est quand même plus simple, jugea Wellbeloved. Surtout que, s'il épouse la veuve, il récupère la maison de ses parents.

— Pour le moment, nous n'avons aucune preuve pour étayer cette relation, rappela Harry.

—  Mais notre expérience nous a appris que les meurtres ont trois sortes de raisons : le fric, les affaires de fesses et la lutte de pouvoir. Pour le fric, y'a pas grand-chose pour le moment, et pas de pouvoir puisque le défunt travaillait à son compte. Il ne reste que la jolie veuve.

— On va creuser de ce côté, accepta Harry.

Ils se penchèrent également sur les loisirs des divers membres de la famille. Il fallait parfois quelques jours pour faire remonter les informations mais, a priori, aucun n'avait de vice secret : pas de maîtresse dépensière, pas d'inclination pour les jeux de hasard, pas de consommation de produits illégaux.

Ils reçurent également les analyses du laboratoire de l'hôpital. Il n'y avait aucune trace de potion de sommeil dans aucun des échantillons qui leur avaient été soumis émanant de chez Ulysses Plunkett et de chez la victime.

Ainsi, rien n'indiquait que Jerold consommait des produits somnifères, ce qui accréditait la thèse de l'empoisonnement criminel.

ooOoo

L'enterrement devait se tenir le jour suivant. Une annonce dans le carnet de la Gazette du Sorcier indiquait que les funérailles se feraient dans la plus stricte intimité.

— Je ne veux pas les déranger, indiqua Harry à Wellbeloved. Je vais y aller tout seul en utilisant ma cape d'invisibilité.

C'est ainsi qu'il assista à la mise en terre de la victime. Il n'y avait que la proche famille, ceux qu'il avait déjà interrogés. L'oncle et la tante du défunt étaient toujours aussi effondrés. Serrés l'un contre l'autre, on pouvait se demander lequel des deux soutenait son conjoint.

Nell Plunkett ne pleurait plus mais croisait convulsivement ses bras autour d'elle comme pour se protéger du froid. Elle avait le regard fixe et Harry se demanda si elle voyait ce qui se déroulait devant elle. C'est Doraleen, la mère de Marvin, qui se chargeait de la réconforter, elle-même roide et sans expression.

Edmund et son cousin se chargèrent de faire léviter le cercueil dans la fosse. La baguette du frère du défunt tremblait tellement que Harry craignit que la bière ne dégringole dans la fosse mais Marvin, son épouse en soutien juste derrière lui, arriva à contrôler la manœuvre.

Une fois la cavité comblée, la famille repartit rapidement, comme si ils estimaient cette situation trop insupportable pour être prolongée. Le pas hésitant, ils rejoignirent la voiture qui devait, Harry le supposait, les ramener chez eux.

ooOoo

Il ne put cependant pas les laisser en paix bien longtemps. Il leur laissa trois heures pour se reposer et se restaurer avant de retourner frapper à la porte du manoir avec son partenaire. Ce fut Doraleen Plunkett qui leur ouvrit.

— Nous voudrions parler à Monsieur Edmund Plunkett, exposa Harry après l'avoir poliment saluée.

Il eut droit à un regard inquisiteur, mais la femme n'osa s'opposer au commandant des Aurors et les mena à la bibliothèque avant d'aller chercher le frère de la victime. Ce dernier avait une mine moins décomposée que le matin au cimetière mais avait des poches sous les yeux qui trahissaient le manque de sommeil. Etait-ce la peine ou les remords qui le tenaient éveillé ?

Dès qu'il fut assis face aux Aurors, Harry attaqua brutalement :

— Quels sont vos sentiments pour votre belle-sœur ?

Edmund sursauta violement. Il était clair que cette question l'avait troublé.

— Je fais ce qu'il est en mon pouvoir pour l'aider à surmonter ce drame, répondit-il d'une voix tremblante.

— Cela ne me dit pas ce que vous ressentez pour elle, insista Harry.

— Je ne comprends pas la raison de votre question, opposa sèchement le suspect qui semblait s'être ressaisi.

— Avez-vous des sentiments autres que purement fraternels à son égard ? questionna ouvertement Wellbeloved.

— Qui vous a dit une chose pareille ? riposta Edmund.

— Vous ne niez pas, commenta Harry. 

Edmund ouvrit la bouche avant de la refermer, comme s'il n'était pas certain de ce qu'il voulait ou devait dire.

— Je ne vois pas le rapport avec votre enquête sur le décès de mon frère, finit-il par remarquer. Je n'ai donc pas à répondre à votre question, ni pour nier, ni pour confirmer.

— Vraiment ? fit mine de s'étonner Wellbeloved. Mrs Plunkett, après un temps convenable bien entendu, sera bientôt libre de se remarier. Avec vous peut-être. C'est un mobile pour faire disparaître votre frère, donc directement lié à notre enquête.

Edmund les regarda d'un air stupéfait avant d'afficher une expression de dégoût.

— Je ne sais pas ce qui vous a fait imaginer ce scénario, Messieurs, mais vous faites complètement fausse route. Nell est profondément éprise de mon frère et je doute qu'elle songe à se remarier.

— Mais, dans le cas contraire, vous seriez sur les rangs, affirma Wellbeloved.

— Je ne vois pas ce qui vous permet d'affirmer cela, fit Edmund d'une voix blanche.

— C'est une très jolie femme et vous semblez proche d'elle, affirma Harry qui n'avait pas manqué de voir le trouble du jeune homme.

Edmund le contempla les lèvres serrées avant de soupirer et de se décider à répondre :

— Je ne sais pas d'où vous tenez cette information, mais je doute que votre informateur vous ai parlé par amour pour la justice. Je pense plutôt que c'est une immonde commère qui brode autour de ce qu'elle ne comprend pas.

— Nous voulons comprendre, justement, lui répliqua Harry. Nous serions donc intéressés par votre version. Soyez conscient que par vos mensonges, vous ne faites que confirmer les soupçons que nous avons envers vous. Nous vous donnons l'occasion de donner votre version… et de nous prouver que nous avons tort de vous suspecter.

Edmund baissa la tête, et c'est le regard planté vers la moquette qui recouvrait le sol qu'il leur parla :

— Je suis le premier à avoir connu Nell, commença-t-il, et je suis tombé amoureux d'elle très vite. Elle… a beaucoup de qualités. Elle était ma secrétaire et j'ai fait mon possible pour lui plaire. Puis il se trouve qu'un jour Jerold est passé pour déjeuner avec moi et je les ai présentés. Ça a été un vrai coup de foudre entre eux. Le mieux était que je m'efface. J'ai demandé au comptable de prendre Nell dans son service et j'ai engagé quelqu'un d'autre pour mon courrier. Je n'ai jamais parlé à Nell de mes sentiments pour elle et je ne pense pas avoir eu le moindre geste déplacé à son égard.

Il releva la tête et regarda les Aurors dans les yeux :

— J'en ai pris mon parti maintenant et je n'éprouve plus pour elle qu'une forte amitié. Elle et mon frère faisaient un très beau couple. Je vous jure sur la mémoire de mon frère que j'étais très heureux pour eux et que je n'aurais jamais rien fait pour les séparer. Je trouve choquant qu'on puisse imaginer autre chose et je vous conseille vivement de prendre vos renseignements auprès d'une autre personne que celle qui vous aussi mal informés. D'ailleurs, je me demande comment elle a pu savoir ça, car c'est de l'histoire ancienne et je n'en ai jamais parlé à quiconque.

— Pensez-vous que votre frère était au courant ? demanda Wellbeloved.

— Avant que vous ne me posiez vos questions, j'aurais répondu par la négative, sans hésitation. Mais maintenant… je n'en sais rien, avoua-t-il en accusant le coup. J'espère bien que non.

Il se leva brusquement et leur tourna le dos, les muscles crispés, luttant pour reprendre empire sur lui-même. Harry et Wellbeloved se regardèrent. Ce dernier haussa légèrement les épaules, comme pour dire 'ça peut être du flan', mais Harry avait l'impression que l'homme était sincère.

— Nous vous remercions, Monsieur Plunkett, dit-il.

Wellbeloved raccompagna Edmund au salon et revint avec la veuve qui avait l'air éperdu. Harry la fit asseoir et lui demanda :

— Mrs Plunkett, étiez-vous au courant que votre beau-frère Edmund éprouve des sentiments amoureux à votre égard ?

La veuve le regarda fixement le visage sans expression avant de froncer les sourcils :

— Pourquoi venez-vous me parler de ça ?

— Nous cherchons à comprendre qui avait intérêt à la disparition de votre mari, éclaircit Harry.

Elle secoua la tête comme si elle n'en croyait pas ses oreilles :

— Je ne sais pas ce que vous avez en tête mais je pense que vous faites complètement fausse route. D'ailleurs, qu'est-ce qui vous faire croire à l'existence de ces supposés sentiments ?

— Votre beau-frère semble très proche de vous, répondit Harry.

— Evidemment, nous partageons le même deuil ! s'exclama-t-elle. Il est naturel que nous nous réconfortons. Les relations que j'ai avec mon beau-frère sont purement amicales et, s'il ressent autre chose à mon égard, il le cache bien.

— Voulez-vous dire que vous ignorez qu'il est amoureux de vous ? avança Wellbeloved.

— Il ne manifeste aucun sentiment de ce genre à mon égard, répondit-elle fermement.

Elle laissa passer un moment de silence avant de conclure :

— Je trouve ignoble ce que vous sous-entendez avec vos questions. Jamais Edmund n'aurait fait de mal à son frère.

— Nous n'avons jamais évoqué cette possibilité, lui fit remarquer Harry.

— Vos questions sont parfaitement évocatrices, répliqua-t-elle dardant sur le commandant des Aurors un regard flamboyant. J'ai parfaitement compris où vous voulez en venir et je vous répète que vous perdez votre temps en imaginant ce genre de choses. Mon mari a pris ce produit par erreur, d'une façon ou d'une autre. Personne n'aurait pu le lui faire prendre pour lui faire du mal. C'est immonde d'imaginer cela.

Harry regarda son partenaire pour lui demander silencieusement s'il avait d'autres questions à poser. Ce dernier secoua négativement la tête et Harry rendit sa liberté à la jeune femme :

— Nous sommes désolés de vous avoir dérangés. Ce sera tout pour l'instant.

Elle se leva vivement et fila vers la porte comme si leur présence lui était devenue insupportable. Juste avant de sortir, cependant, elle demanda, sans se retourner :

— Avez-vous posé les mêmes questions à Edmund ?

— Cela change-t-il quelque chose ? demanda Harry.

Sans répondre, elle referma le battant derrière elle, laissant les deux Aurors seuls dans la pièce.

— Tu en penses quoi ? demanda Harry.

— Je ne sais pas. Plunkett aurait mieux fait de nier, remarqua-t-il. Après tout, comme il l'a deviné, notre idée ne repose que sur des suppositions et nous n'aurions pas pu prouver qu'il mentait. Mais il est intelligent et sait sans doute que les meilleurs mensonges sont ceux qui se rapprochent le plus de la vérité.

— A moins qu'il ne soit trop effondré pour raisonner correctement et m'a cru quand je lui ai dit que cela l'éloignerait de nos soupçons. Quoiqu'il en soit, c'est maigre comme piste, sans compter que nous n'avons aucun début d'élément de preuve. Il est temps de définir comment ce somnifère a été administré. Je suppose que toute la famille est encore là pour se remettre de la cérémonie de ce matin. C'est le moment d'organiser une reconstitution de ce repas de famille.

ooOoo

On ne peut pas dire que les deux Aurors furent accueillis avec chaleur quand ils se présentèrent au salon où se tenait toute la compagnie.

— Pouvons-nous vous aider ? demanda Ulysses d'une voix glaciale propre à décourager toute demande.

— Je suis navré de vous déranger encore, s'excusa Harry, mais nous sommes pratiquement certains que c'est durant le repas que votre neveu a ingéré la potion qui lui a été fatale. Nous avons donc besoin de savoir comment les choses se sont passées durant les quatre heures qu'il a passé avec vous avant de partir en promenade.

Il y eut des protestations, Ulysses fit même allusion à de nombreuses connaissances qu'il avait au ministère de la Magie mais Harry n'en tint pas compte et le maître de maison n'osa pas le mettre à la porte.

— Pour commencer, dans quel ordre êtes-vous arrivés ici ? commença patiemment l'Auror.

Sans tenir compte de leur mauvaise volonté, il les fit lever : Ulysses et son épouse restèrent dans le salon où ils avaient attendu leurs invités tandis que ces derniers se repliaient sur le hall d'accueil où débouchait la cheminée.

— Elle est débloquée pour chacun de nous précisa Marvin d'une voix maussade.

— C'est moi qui suis arrivé le premier, indiqua Edmund d'un ton las en se plaçant près de l'âtre. Je suis directement allé dans le salon.

— Très bien, faites-le, demanda Harry. Quelle heure était-il ?

Edmund le précisa et Wellbeloved, qui notait sur son carnet le déroulement des évènements, le prit en note.

C'était ensuite Doraleen qui avait pris pied dans le hall. Cinq minutes plus tard, Jerold et sa femme avaient à leur tour débouché de la cheminée. Harry les suivit dans le salon, laissant Wellbeloved noter la suite des arrivées.

Il retrouva le reste de la famille debout, ne sachant comment se comporter.

— Reprenez la place que vous aviez quand Jerold a pénétré dans la pièce, demanda Harry.

Ils s'exécutèrent puis l'Auror demanda :

— Quelqu'un s'est-il levé pour les accueillir ?

Ulysses se remit sur ses jambes, ayant manifestement décidé de coopérer pour en finir au plus vite :

— Ils sont venus vers ma femme et moi et j'ai serré la main de mon neveu avant d'embrasser Nell.

— Il m'a fait signe de ne pas me lever, continua Bettany et ils se sont tous les deux penchés pour m'embrasser.

Après un moment d'hésitation, Ulysses et Nell Plunkett s'avancèrent et amorcèrent une étreinte, puis la jeune femme se baissa vers la tante de son mari. Elle se dirigea ensuite vers Doraleen et mima un baiser avant d'adresser un vague signe de tête en direction de Edmund.

Harry était pratiquement certain que leur salut avait dû être moins formel mais, après l'interrogatoire dont ils avaient fait l'objet, il n'était pas étonnant qu'ils gardent une réserve marquée l'un envers l'autre devant les Aurors.

Enfin, la veuve gagna une bergère et se laissa tomber dedans.

— Où s'est installé Jerold ? demanda Harry.

On le lui indiqua et il prit la place du mort.

— S'est-il passé quelque chose avant que les autres n'arrivent ? demanda-t-il en regardant vers la porte de la pièce où patientaient Marvin, son épouse et Wellbeloved.

Il y eut un moment de silence, avant qu'Edmund reconnaisse :

— Je leur ai servi l'apéritif.

Harry le regarda et il se leva après une légère hésitation.

— Que chacun ait en main un verre avec la boisson qu'il avait prise, précisa Harry.

Il y eut un moment de confusion puis les premiers arrivés furent servis et Edmund tendit d'une main qui tremblait un peu un verre de porto à sa belle-sœur avant d'apporter un whisky Pur-feu à Harry.

Marvin et Janet firent alors leur entrée. A la façon distante dont Janet et Doraleen reproduisirent leur salut, Harry se vit confirmer sa première impression selon laquelle les deux femmes ne s'aimaient pas beaucoup.

— De la cuisine, Catena a sonné la cloche qui indique que le repas est prêt et nous sommes passés à table, indiqua Bettany en joignant le geste à la parole.

Tous se levèrent docilement et s'installèrent autour de la longue table de chêne. Une place vide montrait où s'était trouvée la victime. Jerold était placé entre ses deux tantes, Bettany et Doraleen.

— L'entrée, une salade de tomates, était sur la table, continua la maîtresse de maison. Quand on a eu fini, j'ai sonné pour que Catena nous apporte la suite.

— J'aimerais lui parler pour avoir confirmation, interrompit Harry.

Tous se figèrent et Harry comprit qu'il y avait un problème.

— Cela ne va pas être possible, opposa Ulysses. Nous l'avons retrouvé mort sur sa couche, hier matin.

— Quoi ? s'exclama Harry. C'est maintenant que vous me le dites ?

— Mais, enfin, nous avions autre chose en tête… balbutia Bettany.

Tous le regardaient étonnés, comme s'ils trouvaient incroyable qu'on fasse toute une affaire de cette disparition. Wellbeloved, par contre, écrivait posément sur son carnet.

— Un témoin meurt brutalement et vous ne le signalez pas immédiatement ? leur reprocha Harry. Quel âge avait-il ?

Ulysses et son épouse se regardèrent.

— On l'avait acheté un peu avant la guerre, je crois, se rappela cette dernière.

— Il devait déjà avoir une trentaine d'années à cette époque, compléta son mari. Je peux aller vérifier dans l'acte de vente, si vous voulez, proposa-t-il plein de bonne volonté.

— Inutile. Il n'est visiblement pas mort de vieillesse, répliqua Harry. Etait-il malade ?

— Pas à notre connaissance, reconnut Ulysses.

— Et vous savez de quoi il est mort ? insista Harry.

— Non, on n'allait pas faire venir un médicomage… c'était trop tard de toute façon, justifia Ulysses visiblement désarçonné par l'attitude de l'Auror.

— Bon, où est-il maintenant ? demanda Harry en tentant de contrôler la rage qui montait en lui.

— Dans le parc, le renseigna Ulysses. Je l'ai mis là-bas pour que le jardinier l'enterre quand il viendra demain.

Harry sera les dents et prit une grande inspiration pour se calmer. Il n'était pas là pour défendre la cause des elfes et il avait une enquête sur un meurtre à mener. Or cette disparition soudaine était peut-être un élément important. La créature aurait-elle pu révéler quelque chose. L'elfe avait-il été l'instrument du meurtre ? Avait-il vu l'assassin perpétrer son forfait ?

— Amenez-moi tout de suite à lui, commanda-t-il à Ulysses.

Toute la compagnie le suivit dans le luxurieux jardin de la propriété des Plunkett. A cent mètres de la maison, près d'un tas de bois, un monceau de branchages marquait la sépulture temporaire du serviteur de la famille. Harry fut soulagé qu'il ne soit pas juste jeté sur un tas d'ordure, comme il l'avait craint à un moment.

— Ecartez-vous, ordonna-t-il sans prendre la peine d'être poli.

Il s'approcha avec Wellbeloved et prit une profonde inspiration avant d'écarter les feuillages. Heureusement, il ne faisait pas très chaud, et le petit corps n'était pas trop marqué par les deux journées écoulées.

— Je m'en charge, fit gentiment Wellbeloved qui se dépêcha de lancer les sorts basiques pour déterminer si la créature avait été attaquée par magie. Il prit ensuite des clichés avec son appareil photo avant d'indiquer :

— Il faut l'envoyer à Ste Mangouste pour le reste.

— Emmène-le, décida Harry. Je vais examiner l'endroit où on l'a découvert.

Toujours suivi par la famille, Harry repartit vers la maison. Ulysses le mena vers une espèce de niche dans la cuisine, tandis que les autres se réfugiaient dans le salon. Du seuil, Harry examina l'endroit, qui était exiguë mais propre et confortable : il y avait un vrai matelas — et non une paillasse — et l'elfe avait deux caisses qui devaient contenir ses effets personnels. Au mur, étaient pendus une demi-douzaine de torchons.

— Avez-vous nettoyé l'endroit, depuis ? demanda Harry.

— Non, nous avions autre chose à faire. J'ai amené le corps dans le jardin et j'ai tiré le rideau qui sert de porte, c'est tout.

Harry sortit sa baguette pour examiner magiquement l'endroit. Il fit des relevés avant de prendre les empreintes digitales sur les caisses et vérifier superficiellement ce qu'il y avait dedans. Enfin, il examina le lit mais n'y détecta rien de suspect.

Wellbeloved le rejoignit alors qu'il était en train de bloquer magiquement l'accès à l'endroit, prévoyant d'y revenir quand il en saurait davantage sur les raisons du décès du serviteur. Ils envisagèrent d'entreprendre une fouille complète de la maison avant de renoncer. Si c'était un meurtre, son auteur avait eu plus de vingt-quatre heures pour faire disparaître les éléments de preuve. Autant terminer ce qu'ils étaient venus faire.

Ils retournèrent dans le salon pour retrouver leurs suspects et la reconstitution du repas reprit. Catena avait amené le poulet coupé en morceaux et entouré de ses pommes de terre au four. Chacun s'était servi en faisant passer le plat d'un convive à l'autre. Ils avaient ensuite pris le dessert, un pudding qui était une spécialité de l'elfe. Ulysses l'avait coupé et servi dans les petites assiettes. Les autres n'avaient fait que passer le pain et le sel.

— Après, nous sommes allés prendre le café au salon, enchaina Bettany en se levant de la table, docilement suivie par tous les autres.

— Non, Edmund, tu t'es mis dans ce fauteuil, lui rappela Doraleen alors que son cousin par alliance s'apprêtait à s'installer sur le canapé.

— Ah oui, c'est vrai, se rappela Edmund. Et Jarrold s'est installé sur la chaise près de moi.

En silence, toute la famille contempla le siège qui se trouvait pour le moment sans occupant. Harry, cette fois, n'osa pas prendre la place du mort. Il y avait sans doute un meurtrier parmi eux mais les autres étaient terrassés par le chagrin. Il resta donc debout près de la chaise en demandant :

— Et ensuite ?

— J'ai servi le café, le renseigna Nell. Catena l'avait préparé et posé le plateau sur la desserte, là.

— C'est vous qui avez servi Jerold ? s'enquit Harry.

— Oui, avoua Nell sans hésitation, visiblement persuadée que cette reconstitution était sans objet. J'ai rempli les tasses pour tout le monde, ajouté le sucre et le lait pour tante Bettany, Marvin et tante Doraleen, puis servi chacun.

Harry hocha silencieusement la tête et fit signe de la main de passer au moment suivant.

— Ensuite nous avons parlé, reprit Marvin d'une voix altérée, et, à quinze heures, Edmund s'est levé et est allé dans le vestibule avec Jerold.

S'en fut trop pour la veuve. L'évocation du dernier moment où elle avait vu son mari la fit éclater en sanglots. Harry, qui regardait dans la direction d'Edmund, vit ce dernier esquisser un geste vers elle, vite réprimé. Il tourna ensuite la tête pour cacher son expression pendant que Bettany s'asseyait près de la jeune femme pour la prendre dans ses bras, ses propres joues baignées de larmes.

Harry s'approcha d'Edmund et d'un signe l'engagea à sortir. Wellbeloved les suivit dans le vestibule et ferma la porte derrière eux. Il fallut un instant à leur suspect pour pouvoir prononcer d'une voix rauque :

— Catena est venu nous apporter nos capes de vol et nous sommes allés dans le jardin récupérer nos balais.

D'un geste, il montra par la fenêtre une cabane de jardin qui se dressait non loin de l'endroit où avait reposé l'elfe.

— Nous nous sommes envolés et, un quart d'heure plus tard…

Il se tut, les yeux embués. Il déglutit à plusieurs reprises avant de dire d'une voix âpre :

— Si vous en avez terminé, partez ! Nous avons le droit de pleurer mon frère en paix.

— Il est probable que l'un de vous l'ait tué, répliqua Wellbeloved d'une voix calme.

Edmund se tourna vivement vers l'Auror, les yeux durs, visiblement furieux. Mais, une fois de plus, il se maîtrisa et fit volte-face sans répondre, préférant rejoindre les siens dans la pièce d'à côté.

Du regard, Harry interrogea son partenaire.

— Je ne pense pas qu'on en tire davantage aujourd'hui, fit remarquer Wellbeloved. Autant rentrer au Ministère et mettre à plat tout ce que nous avons déjà appris.

ooOoo

 

Le lendemain matin, Harry rejoignit Wellbeloved pour tenter de faire le point sur ce qu’ils savaient de l’affaire Plunkett. Angelina, qui était installée juste à côté, sourit à son beau-frère quand elle le vit arriver. Harry savait que Pritchard l'avait affectée au tandem Hobday – Pilgrim tant que Wellbeloved travaillerait avec lui.

La reconstitution de la veille avait déterminé que Edmund et Nell auraient pu empoisonner la victime en lui servant l'un l'apéritif et l'autre le café, mais tous les autres lui avaient passé des plats lors du repas. Ils espéraient avoir rapidement les résultats de l'examen du corps de l'elfe. Connaître la raison de sa mort leur permettrait peut-être de relancer l'enquête avec des éléments nouveaux.

Par ailleurs, rien de l'enquête de voisinage qui se poursuivait n'avait toujours pas fait apparaître de vice secret. Wellbeloved était allé poser des questions dans l'entreprise d'Ulysses Plunkett où Edmund travaillait. Ce dernier faisait l'unanimité auprès du personnel. Beaucoup des employés témoignèrent de leur peine pour la famille, évoquant l'attachement d'Ulysses et d'Edmund pour Jerold, qui passait de temps en temps, et le terrible veuvage de Nell, qu'ils connaissaient bien car elle avait travaillé plusieurs mois comme secrétaire avant de reprendre ses études.

Ils s'apprêtaient à partir déjeuner quand Pritchard sortit du bureau du commandant :

— Un certain Marvin Plunkett demande à vous voir. J’ai dit à l’accueil de le laisser passer.

Harry échangea un regard surpris avec son enquêteur avant qu’ils ne se lèvent pour aller réceptionner leur visiteur inattendu sur le palier de l’étage de la Justice magique. Celui-ci ne tarda pas à sortir de l’ascenseur, visiblement nerveux. Il regarda autour de lui désorienté, ne remarquant Harry et son partenaire que lorsqu’ils vinrent à lui.

— Bonjour Monsieur Plunkett, que pouvons-nous pour vous ? demanda civilement Harry.

— Je vous apporte quelque chose que j’ai trouvé… et qui malheureusement est sans doute lié à la mort de mon cousin, articula Marvin comme si les mots avaient du mal à sortir de sa bouche.

— Veuillez nous suivre, lui proposa Harry en le pilotant vers l’une de leurs salles d’interrogatoire afin qu’ils puissent parler sans être dérangés.

Une fois installés, il y eut un long silence, comme si leur témoin se battait contre sa conscience. Harry fit signe à son partenaire de prendre patience. Il sentait que l’homme avait besoin de temps avant de leur indiquer la raison de sa présence. Enfin, Marvin Plunkett se décida :

— Ce matin, nous avons commencé à ranger les affaires de Jerold, expliqua-t-il. Mon épouse a pensé que ce serait trop douloureux pour Nell de le faire toute seule… Je ne sais pas si c’est lié ou non à sa mort de mon cousin mais… j’ai pensé qu’il fallait que je vous en parle.

D’une main tremblante, il sortit un parchemin de sa poche et le posa sur la table. Harry sortit sa baguette et s’en servit pour déplier la feuille sans la toucher. Il se pencha pour déchiffrer l’écriture nerveuse.

C’était une lettre d’amour, destinée à Nell Plunkett.

— Qui est l’auteur de cette missive, d’après vous ? demanda Harry qui avait sa petite idée sur la question mais voulait en avoir confirmation.

Leur témoin avala sa salive convulsivement avant de lâcher :

— C’est l’écriture d’Edmund.

Harry vit un mince sourire sur le visage de Wellbeloved. Ils tenaient enfin un début de preuve.

— Cette lettre n’est pas signée, tempéra Harry. Êtes-vous certain que cette lettre a été écrite par votre cousin Edmund Plunkett ?

— Il a une écriture très particulière, leur fit remarquer Marvin. En tout cas, je peux vous assurer que ce n’est pas l’écriture de Jerold.

— Auriez-vous un exemple de leur écriture respective ? demanda Harry.

— Non… je n’y ai pas pensé. Je suis désolé... j’étais tellement bouleversé ! Mais oui, on en a plein chez Jerold, des papiers à lui, des mots écrits par Edmund…

Sa bouche se tordit comme s’il allait pleurer mais il parvint à se maîtriser et dit d’une voix rauque :

— Comment a-t-il pu trahir Jerold ? Son propre frère !

Harry ne sut que dire à cet homme simple et droit, profondément blessé par cette tragédie familiale. Pendant leur échange, Wellbeloved n’était pas resté inactif. Il avait également sortit sa baguette et avait agi avec diligence. Il avait lancé un sort pour vérifier qu’aucun sortilège n'avait été jeté sur le parchemin, puis relevé les empreintes digitales. Enfin, il conjura une feuille de papier vierge et la déposa devant leur témoin. Il jeta un regard à Harry pour lui demander s’il pouvait intervenir et, au hochement de tête affirmatif de ce dernier, demanda :

— Pouvez-vous appliquer votre main sur ce papier ?

Sans discuter, Marvin s’exécuta. Wellbeloved demanda alors :

— Étiez-vous seul quand vous avez fait cette découverte ?

Marvin Plunkett le regarda sans comprendre :

— Que voulez-vous dire ?

— Y avait-il quelqu’un avec vous quand vous avez trouvé cette lettre ?

— Ma femme était dans la pièce à côté et je la lui ai montrée, évidemment. Je lui ai demandé ce que nous devions en faire et nous avons décidé ensemble qu’il fallait que je vous l’apporte car cela pouvait avoir un rapport avec l’enquête.

— Vous avez eu raison, l’assura Harry. Et Nell Plunkett, était-elle présente ?

— Elle est toujours chez mon oncle et ma tante. Elle nous a ouvert sa cheminée et nous a laissés seuls.

— Lui en avez-vous parlé à elle aussi ?

— Non, je suis venu directement. Vous croyez qu’elle savait que Jerold avait ça ?

Harry haussa les épaules. L’épouse savait-elle si son mari était au courant que son propre frère en pinçait pour elle ? Avait-elle menti en prétendant le contraire ? Il ne pouvait avoir de conviction tant qu'il ne le lui aurait pas demandé.

— Nous vous remercions d’être venu nous voir, conclut-il au lieu de répondre. Pourriez-vous garder le silence sur cette lettre, vous et votre épouse ? C’est important pour l’enquête.

— Oui, je comprends. Je l'expliquerai à Janet. Ne vous en faites pas, elle n’est pas du genre à parler à tort et à travers.

— Parfait, approuva Harry en se levant pour le raccompagner jusqu’à l’ascenseur.

— On arrête le bel Edmund ? demanda Wellbeloved quand ils se retrouvèrent seuls.

— Je pense que c’est la meilleure chose à faire, convint Harry. S’il sent que ça tourne mal pour lui, il risque de se faire la malle. Vu son implication dans les transports, je ne serais pas étonné qu’il sache bricoler un Portoloin.

ooOoo
End Notes:
Pour vous y reconnaitre dans la famille :

PLUNKETT: Inspiré de Josiah Plunkett, arbitre de Quidditch

Jerold PLUNKETT : Victime
Nell PLUNKETT : Veuve de Jerold
Ulysses et Bettany PLUNKETT : oncle et tante de Jerold, Edmund et Marvin
Edmund PLUNKETT : frère de Jerold
Marvin PLUNKETT : cousin de Jerold et Edmund
Janet PLUNKETT : épouse de Marvin
Doraleen PLUNKETT : Mère de Marvin
Catena : elfe de Ulysses et Bettany

Décédés :
Basileus : père de Marvin et frère de Ulysses
Donatien : père d'Edmund et Jerold et frère de Ulysses
XV : A charge et à décharge by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : 21 novembre 2013

Un quart d'heure plus tard, Harry et son partenaire frappaient à la porte de la maison où habitait Edmund Plunkett. Ce dernier leur ouvrit et se rembrunit en les reconnaissant :

— Encore vous ? Qu’est-ce que vous voulez encore ?

— Vous poser quelques questions, répondit calmement Harry.

— Et si je ne veux pas y répondre ?

— On vous les reposera au Ministère, dans nos locaux, répondit sèchement le commandant des Aurors.

Edmund soupira en se passant la main dans les cheveux :

— D'accord, mais je vous assure que vous perdez votre temps. Je ne sais pas comment mon frère a absorbé cette potion et ce n’est pas en me posant des questions que vous le découvrirez.

— C’est ce qu’on verra, rétorqua Wellbeloved en avançant, obligeant Edmund à lui céder le passage.

La maison du frère de la victime était nettement moins imposante que le manoir de son oncle, mais meublée avec goût. A première vue, le standing de l’habitation était compatible avec les fonctions qu’il occupait dans la compagnie familiale. Edmund avait aménagé un salon-bureau au rez-de-chaussée, où il guida ses visiteurs. En s’asseyant, Harry jeta un œil sur les papiers qui jonchaient la table de travail. Il y reconnut l’écriture retrouvée sur le parchemin que Marvin leur avait confié.

Il sortit de son aumônière la pièce à conviction entourée d’un sort protecteur et la posa devant Edmund Plunkett. Il vit ce dernier écarquiller les yeux avant de devenir blême.

— Reconnaissez-vous cette lettre ? s’enquit Harry.

— Où l’avez-vous trouvée ? demanda l’autre en retour.

— Reconnaissez-vous l’avoir écrite ? insista l’Auror.

Edmund resta quelques secondes sans réaction avant d’admettre d’une voix blanche :

— Oui, c’est moi.

Très vite, il redemanda :

— Où l'avez-vous trouvée ?

— Monsieur Plunkett, réalisez-vous que vous nous avez menti à propos de votre belle-soeur et que cela vous met dans une situation très délicate ? demanda Harry sans répondre à la question.

— Mais bon sang, cela n'a rien à voir avec ce que vous cherchez ! Je n'avais pas à vous raconter ça !

— Je pense que vous n'avez plus le choix, maintenant. Il va falloir que vous nous racontiez 'ça', et tâchez de ne plus mentir !

Leur suspect jeta un regard désespéré sur le parchemin qui était sous ses yeux et soupira :

— Ce n'est pas ce que vous croyez. Je n'ai jamais donné cette lettre à Nell. Je l'ai écrite un soir où j'avais trop bu et... je ne l'ai pas retrouvée, du coup je pensais l'avoir brûlée. Je... je n'ai plus de souvenirs très clairs de cette soirée. C'était juste avant son mariage avec Jerold et j'avais encore un peu de problème avec cette idée.

— Dans ce courrier vous dites que vous l'aimez comme un fou et que vous ferez tout pour qu'elle soit à vous un jour, releva Wellbeloved impitoyable. N'est-ce pas ce que vous avez fait ? Il n'y a plus d'obstacle entre elle et vous, maintenant.

— C'est dément ! Je vous dis que j'étais ivre quand j'ai écrit ça ! Et puis ça fait presque un an, maintenant. Si j'avais voulu éliminer mon frère, pourquoi aurais-je attendu aussi longtemps ?

— La lettre n'est pas datée, fit remarquer Harry. Vous l'avez peut-être écrite la semaine dernière.

— Je...

Edmund relut sa missive et soupira :

— Bon, d'accord, y'a pas de date, mais je l'ai écrite il y a des mois, et je pensais qu'elle n'existait plus. Et où l'avez vous trouvée ? redemanda-t-il.

— Dans les affaires de votre frère.

Edmund devint encore plus livide qu'il ne l'était déjà. Ses yeux papillonnèrent et Harry crut qu'il allait défaillir. Il se rattrapa d'ailleurs au bord de son bureau, assommé par cette nouvelle.

— Oh, non ! souffla-t-il. Je n'ai pas fait ça...

— Vous n'avez pas fait quoi ? s'enquit Harry d'une voix douce.

Edmund secoua la tête.

— Mais comment l'a-t-il eue ? Je ne voulais pas...

— Vous ne vouliez pas quoi ? insista Harry espérant des aveux.

— Je ne voulais pas qu'il le sache. Tout ceci est tellement… injuste. Nous nous sommes toujours bien entendus, c'était un frère formidable. S'il a lu ça…  Qu'est-ce qu'il a dû penser de moi ?

— C'était insupportable et vous l'avez supprimé pour ne pas avoir à en assumer les conséquences ! proposa Wellbeloved.

Harry avait l'impression qu'Edmund ignorait réellement que son frère avait lu sa lettre car il ne voyait pas comment on pouvait imiter la stupéfaction et l'horreur que cette nouvelle lui avait causée. Mais l'homme leur avait déjà menti et il était souvent efficace de prêcher le faux pour savoir le vrai.

— Donc vous aimez toujours désespérément votre belle-sœur et son veuvage est une vraie aubaine pour vous, continua-t-il.

L'homme ne répondit pas, se contentant de secouer négativement la tête, le regard fixe, comme si son enfer intérieur l'isolait de son entourage.

Harry se demanda s'il devait continuer à enfoncer le clou. Il songea avec malaise à George et Angelina qui avaient, eux aussi, bâti leur couple sur une tragique disparition. Avait-il le droit de reprocher à cet homme d'aimer la même femme que son frère ? Il échangea avec son partenaire un regard incertain. Son coéquipier fit un geste de la main, pour suggérer de fouiller la maison.

— Pouvez-vous nous confier votre baguette ? demanda Harry.

Brisé, Edmund sortit docilement sa baguette de sa poche pour la confier à l’Auror. Wellbeloved fit signe qu’il restait sur place et qu’il s’occupait de fouiner dans la pièce où ils se trouvaient. Harry sortit pour s’occuper du reste. Il lui fallut une demi-heure à peine pour trouver, dans la salle de bain parmi les flacons de potions de toilettes, une fiole correspondant, selon son étiquette, au produit qui avait servi à endormir Jerold. Il la mit de côté et continua son exploration. Ce fut dans la chambre à coucher, sous le lit qu’il fit une découverte encore plus déterminante : dans la poussière, traînait un torchon sur lequel étaient cousus trois boutons : un vêtement d’elfe de maison.

Après avoir soigneusement relevé les empreintes sur la bouteille de somnifère et vérifié qu’aucun sortilège sortant de l’ordinaire n’avait été absorbé par le linge de maison, Harry redescendit retrouver son collègue et leur suspect.

— C’est à vous ? commença-t-il en posant le flacon sous les yeux d’Edmund.

— Non.

— Vous en êtes certain ?

— Je n'en prends jamais. Et vu ce qui est arrivé à Jerold…

— Donc c'est arrivé chez vous par l'intervention de Merlin ?

— Vous dites que c'est chez moi mais je ne l'ai jamais vu.

Harry changea brusquement de conversation :

— L’elfe Catena est-il venu récemment ici ?

— Non, pourquoi ?

— Vous ne lui demandiez jamais de faire le ménage chez vous ?

— Je le fais moi-même. Je sais que ce n’est pas impeccable, mais cela me suffit.

Le niveau de propreté avoué correspondait à ce que Harry avait constaté en furetant dans les autres pièces. Il fit léviter devant lui ce qu'il avait trouvé sous le lit et demanda au suspect.

— Avez-vous une explication pour ça ?

— Qu'est-ce que c'est ?

— Vous ne le reconnaissez pas ?

Au bout de quelques secondes, Edmund dit lentement :

— On dirait un des torchons de Catena. Ma tante en a toute une série avec des bandes bleues et vertes comme celui-ci. D'où le sortez vous ?

— Je l'ai trouvé chez vous.

— Je suppose qu'un jour ma tante me l'a prêté et que j'ai oublié de le lui rendre.

— Vous n'avez décidément pas beaucoup de mémoire.

— Je ne vais pas inventer une explication pour vous faire plaisir. J'ai autre chose en tête en ce moment que de comprendre pourquoi Catena a laissé un torchon sale chez moi, et puis je m'en fiche. Je voudrais que vous me laissiez en paix.

Harry décida qu’il était temps de passer à l’étape suivante.

— Vous êtes celui qui a le plus à gagner de la mort de votre frère. Vous avez eu la possibilité matérielle de lui faire prendre une potion de sommeil quand vous lui avez servi son verre de whiskey. Vous êtes en outre le seul témoin de son décès. Vous avez chez vous le produit qui a servi à l’endormir. Vous avez aussi en votre possession un vêtement appartenant à une créature qui a sans doute été tuée car elle en savait trop. Vous n’avez aucune explication satisfaisante pour expliquer la présence de ce linge chez vous. Vous nous avez en outre menti sur un point important, se rapprochant de ce qui peut bien être un mobile. Monsieur Plunkett, je vous arrête pour le meurtre de votre frère, Jerold Plunkett, et je vous demande de nous suivre sans résistance au Ministère.

Edmund ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit.

— Vous pouvez prévenir votre famille, lui indiqua Harry, et vous faire assister par un avocat.

Ces précisions n’étaient pas obligatoires mais Harry qui avait participé à la mise en place de la loi qui concédait ces droits se sentait moralement obligé d’en informer ceux qu’il arrêtait. Il savait que la plupart de ses collègues s’en abstenaient, bien qu'il les ait encouragé plusieurs fois à les faire. Il n’avait cependant pas donné à ces consignes un caractère obligatoire, sachant que c’était un point délicat pour beaucoup d’entre eux et n’avait pas voulu  les heurter de front sur ce plan.

Même avertis de leurs droits, les suspects utilisaient rarement la possibilité qui leur était donnée d’appeler un défenseur. Sans doute n’était-ce pas encore suffisamment entré dans les mœurs et la plupart des sorciers estimaient qu’ils étaient assez grands pour se débrouiller tout seul, du moins avant le procès. Par contre, ils demandaient la plupart du temps à prévenir leur famille de leur arrestation, sans qu’il soit besoin de le leur conseiller. Edmund ne dérogea pas à la règle :

— Je veux parler à mon oncle.

D’une main tremblante, il sortit un miroir communicant de sa poche et prononça le nom d'Ulysses d’une voix blanche. Ce dernier répondit rapidement.

— Ils m’ont arrêté, dit simplement son neveu.

— Qui, quoi ?

— Les Aurors. Ils pensent que j’ai tué Jerold. Je ne l’ai pas fait, je te jure que je ne l’ai pas fait !

— Evidemment que tu ne l'as pas fait, Edmund, nous le savons. Ne t’en fais pas, nous n’allons pas les laisser faire. Où es-tu maintenant ?

— Encore chez moi, mais ils parlent de m’emmener au Ministère.

— Passe-les moi.

Harry tendit la main et ferma le miroir d’un claquement sec, mettant ainsi fin à la communication. D’une main experte, Wellbeloved exécuta une fouille avec l’aide de sa baguette et confisqua tout ce que leur suspect avait dans ses poches. Ils le firent ensuite transplaner au Ministère et le pilotèrent rapidement vers une des geôles où ils pouvaient temporairement garder un prisonnier.

— Tu penses que c’est lui ? demanda Harry à son partenaire en poussant la porte du QG.

— On n'a pas de meilleur suspect et, plus on gratte, plus on trouve d’éléments contre lui. Il nous reste encore à faire les comparaisons d’empreintes. Je suis certain que l’oncle Plunkett va nous envoyer un baveux et on a intérêt à avoir de quoi lui fermer son caquet.

Une bonne surprise les attendait sur la table de Wellbeloved : le compte-rendu de l’examen du corps de l’elfe Catena.

— Il a succombé à une overdose de potion de sommeil, s’écria le partenaire de Harry qui avait lu le rapport en diagonale pour sauter à la conclusion. La même que celle qu’on a trouvé chez Edmund !

— Ah, très bien, commenta Harry avec satisfaction. Je vais voir Pritchard pour voir s’il n’a pas besoin de moi. Je te laisse vérifier les empreintes.

Harry était à peine revenu vers Wellbeloved quand il vit l’avocat St-John Bielinski entrer dans le QG et se diriger vers son bureau de commandant. Depuis qu’il était commandant, il avait eu à traiter plusieurs contestations rédigées par le brillant juriste et ils se voyaient également régulièrement aux audiences auxquelles Harry assistait, mais n’échangeaient rien de plus que des salutations courtoises. Le commandant des Aurors n’avait plus croisé directement le fer avec l’avocat depuis le mémorable procès Grimstone et s’en félicitait. Mais il avait l’impression que cette fois-ci, il n’y couperait pas. Ulysses Plunkett avait les moyens d’envoyer à son neveu l'un des meilleurs avocats du monde sorcier.

Bielinski le repéra et s'élança vers lui.

— Commandant Potter, salua-t-il. Je viens pour assister Monsieur Edmund Plunkett. Il parait que vous vous en occupez personnellement.

— C’est exact. Voulez-vous le voir tout de suite ?

— J’aimerais avoir accès à votre dossier auparavant.

— Très bien, mais toutes les pièces ne sont pas encore finalisées, prévint-il. Je vous fais immédiatement les copies de ce qu’on a déjà.

— Merci beaucoup.

Après un hochement de la tête en direction de Wellbeloved, Bielinski alla s’installer à la table qu’ils avaient installée dans un coin de la pièce à usage des avocats venant consulter les pièces. De son côté, Harry s’activa avec sa baguette pour dédoubler les documents principaux du dossier, terminant par le compte rendu de Ste Mangouste concertant Catena. Il alla ensuite le porter à l’avocat qui avait sorti une plume pour prendre des notes. De retour auprès de son partenaire, il lui demanda où il en était.

— J’ai analysé les empreintes du flacon de potion. Il y en a un paquet, ce qui est souvent le cas vu que le préparateur et le vendeur l'ont manipulé aussi et aucune n'est identifiable.

— Le torchon ?

— Rien trouvé d’intéressant dessus. Aux plis et à l’état général, j’ai l’impression qu’il était propre, plié et repassé, puis roulé en boule et jeté à terre. Il y a de la poussière dessus, mais pas comme si l’elfe l’avait porté en faisant un travail salissant. Plutôt comme si on l'avait posé sur un endroit sale.

Harry fit la grimace. Pour l’examen des tissus, la recherche magique piétinait et était loin d’atteindre les résultats que les Moldus obtenaient avec leurs microscopes surpuissants. Il se demanda s'il ne pourrait pas le faire analyser par les Moldus en passant par l'intermédiaire d'Audrey, l'épouse de Percy. Une procédure le permettait, mais une demande devait être déposée auprès du Mangengamot. Compte tenu que l'objet devait porter des traces de l'elfe, créature inconnue et qui devait le rester hors du monde sorcier, il était peu probable qu'il obtienne l'autorisation. S'il passait outre, la preuve ne pourrait pas être retenue par le tribunal.

Peu après, Bielinski revint vers eux :

— J’aimerais voir mon client, indiqua-t-il.

Harry se leva pour l’amener dans la section d’incarcération provisoire que les Aurors partageaient avec le service de la police magique. En chemin, l’avocat demanda :

— Des regrets à propos de notre dernière conversation, Monsieur Potter ?

Harry songea à ce brève échange dans un café, durant lequel Bielinski avait su le convaincre de l'importance du rôle de la défense dans un procès et aux encouragements qu'il lui avait donnés ce jour-là, sans imaginer que cela déboucherait sur une réforme aussi profonde du système judiciaire.

— Ça dépend des jours, répondit-il avec franchise.

Ils échangèrent un regard, mi-complice, mi-ironique, avant de se sourire. Ils restaient adversaires mais ils avaient en commun une action dont ils étaient fiers tous les deux.

Arrivé à destination, Harry laissa l'avocat entre les mains du gardien, laissant ce dernier procéder à la fouille réglementaire du visiteur et mettre de côté sa baguette. Quand il revint au QG, Pritchard lui fit signe qu’il avait besoin de lui.

Une heure plus tard, Bielinski frappait à la porte du bureau de Harry où ce dernier finissait de trancher les derniers points que son adjoint lui avait soumis.

— Pouvons-nous discuter du dosser ? pria l'avocat.

Harry donna encore une instruction, puis revint dans la grande pièce pour s'installer avec Wellbeloved et Bielinski à la table où l’avocat avait auparavant étudié les pièces du dossier.

— Avez-vous l’intention de demander l’incarcération immédiate de mon client ? demanda l’avocat.

— Oui, le risque de fuite est trop important, répondit Harry. Sans compter qu’il a tué deux personnes et pourrait récidiver.

— Je n’ai rien vu qui l’accuse formellement dans ce dossier, opposa Bielinski.

— Alors pourquoi nous aurait-il menti sur ce qu'il avait révélé à sa belle-sœur ? répliqua Wellbeloved.

— A propos de ses sentiments ? C’est personnel et il estime que cela n’a aucun rapport avec l’affaire.

— Monsieur Bielinski, intervint Harry. Vous avez lu les conclusions de Ste Mangouste à propos de la mort de la victime. La potion de sommeil qui l’a terrassé a été absorbée dans les deux heures, maximum avant le départ des deux frères pour leur petite balade. Cela signifie qu’elle a eu lieu pendant le repas de famille. C’est forcément un membre de cette famille qui a fait le coup. Tout renseignement pouvant nous éclairer sur les rapports entre la victime et cette famille est au cœur de l’enquête.

— Pas si la victime a volontairement ou accidentellement pris cette potion.

— Le suicide ou l’absorbation accidentelle était une possibilité avant la mort de l’elfe. Ce n’est plus le cas maintenant.

— Avez-vous envisagé que l’elfe aurait pu lui-même mettre fin à ses jours ? Par remords par exemple. Il a pu faire prendre le somnifère volontairement ou par accident à Jerold Plunkett, et n'a pas supporté cette idée.

— Vous savez très bien que les elfes ne se suicident pas, sauf sur ordre de leur maître, ce qui constitue une sorte de meurtre. Un elfe qui s’estime en faute a tendance à se punir en se faisant souffrir et cette créature ne porte sur son corps aucun signe de violence, vous avez lu le même rapport que moi. En outre, le fait que je n’aie pas retrouvé de flacon de potion de sommeil près de lui indique que quelqu'un d'autre est intervenu.

—  Les pistes qui vous mènent à Edmund Plunkett sont minces, voire inexistantes, réaffirma l'avocat. A part le béguin pour sa belle-sœur, votre dossier est vide.

— Vous avez lu la lettre qu’il lui a adressée, rétorqua Harry. Ce n’est pas un béguin, c’est une passion profonde qui, selon ce qu’il nous a lui-même expliqué, date depuis près de deux ans. Ensuite, il possède un flacon de la bonne potion…

— Comme la moitié de la population sorcière ! Il n'y a même pas ses empreintes dessus.

— … et il refuse de nous dire quand il l’a acheté.

— Il ne refuse rien, il ne l'a pas fait !

— Il a en outre été trouvé en possession d’un vêtement de l’elfe si commodément réduit au silence…

— C’est un torchon qui peut avoir d’autres utilités.

— Sauf qu’il était dissimulé à un endroit où on ne range pas habituellement les torchons.

 — Ce n’est pas au dossier.

— Vous savez bien qu’à ce stade de l’enquête il est important de garder certains détails pour nous.

Bielinski connaissait les règles du jeu et n’insista pas. Il savait qu'il aurait tous les éléments avant le procès, c'était la condition pour qu'ils soient opposés à l'accusé.

— Quoi qu'il en soit, dans l'hypothèse où il aurait empoisonné ce pauvre elfe, pourquoi aurait-il gardé un torchon qui l'incrimine ? demanda-t-il. Je n'ai pas lu que la créature ait été retrouvée dénudée. Ce tissu se trouve peut-être chez mon client depuis des mois.

Harry haussa les épaules :

— Désir de prendre un trophée, action sous l'effet de la panique, que sais-je ? Vous n'ignorez pas que les meurtriers créent bien souvent eux-mêmes les preuves qui les désignent.

— Il arrive aussi régulièrement qu'on crée de toutes pièces des preuves pour détourner les soupçons sur un autre que le véritable coupable. Mon client ne se rappelle pas avoir acheté ce flacon de potion et vous n'avez pas ses empreintes dessus, pas plus qu'il ne sait comment il a récupéré le torchon de l'elfe. Si quelqu'un avait voulu l'incriminer, il ne s'y serait pas pris autrement.

— Sauf que c'est la lettre qui nous a mis sur la piste et qu'il ne nie pas l'avoir écrite. Et puis, qui aurait eu accès à chez lui ? On n'y entre quand même pas comme dans un moulin !

— Il m'a dit que sa cheminée était débloquée pour son frère et son cousin, répondit l'avocat.

Son cousin. Celui qui leur avait parlé le premier des sentiments d'Edmund pour Nell et donné la lettre qui avait concentré les soupçons sur ce dernier, réalisa Harry. Il se tourna vers Wellbeloved qui avait l'air troublé lui aussi.

— Il faudrait qu'on lui pose quelques questions à son cousin, consentit Harry. Mais il me semble prématuré de permettre à Edmund de rentrer chez lui. Si jamais il est victime d'une machination, comme vous avez l'air de le croire, il peut aussi être la prochaine victime d'un sommeil fatal.

— Vous pouvez le mettre en garde, suggéra l'avocat.

— Voici ce que je vous propose, tenta Harry. Vous nous laissez les vingt-quatre heures, durant lesquelles nous avons de toute manière le droit de le garder, sans interférer ni communiquer ce que vous savez aux autres membres de la famille. De notre côté, nous nous engageons à ne pas demander son maintien en détention auprès du juge si nous ne trouvons pas d'autres éléments contre lui.

— Sans éléments supplémentaires, la maison de Justice vous le refusera, affirma Bielinski.

— Ça, vous ne pouvez pas en être certain. Le torchon de l'elfe dissimulé chez lui est très incriminant. Par ailleurs, s'il est innocent, il a tout intérêt à ce que le vrai coupable pense avoir réussi son coup en constatant que nous le gardons.

— Allez-vous vraiment enquêter à décharge ? s'enquit l'avocat.

— A charge et à décharge, précisa Harry. Comme toujours.

— Je dois parler à mon client avant de vous donner ma réponse.

— Oui, je comprends.

Harry attira un morceau de papier et signa une autorisation de visite. Son interlocuteur s'en saisit et repartit vers la sortie.

— Alors ? demanda Harry à Wellbeloved. Tu penses que ça peut être un coup monté ?

— Justement, comme tu étais occupé je n'ai pas eu l'occasion de t'en parler, mais il y a un élément bizarre : je n'ai pas trouvé d'empreinte des doigts de Jerold sur la lettre d'Edmund.

— Tu en es certain ?

— Oui, il y trois séries de paluches, dont celles de Marvin et Edmund. Je ne sais pas à qui appartient la troisième, mais ce n'est pas celles de Jerold.

— L'épouse de Marvin, sans doute, puisqu'il la lui a montrée et lui a demandé son avis.

— Il faut s'en assurer.

— Réinterroger tout le monde aussi. Et vérifier qu'il n'y a pas de Potion de sommeil qui traîne dans les pharmacies familiales.

ooOoo

Ulysses leur ouvrit lui-même sa porte. Son visage se contracta quand il les reconnut.

— Où est mon neveu ? demanda-t-il sans ambages.

— Au Ministère pour interrogatoire, répartit Harry.

Avant de partir, ils avaient revu Bielinski. Son client était d'accord pour que l'avocat garde pour lui les éléments du dossier qu'on lui avait communiqué pendant vingt-quatre heures, même vis-à-vis de sa famille.

— Mais pourquoi ? interrogea le vieil homme.

— Il avait en sa possession le produit qui a servi à endormir votre neveu Jerold, décida de révéler Harry.

— Une potion de sommeil ? Mais tout le monde en a. Vous en trouverez sans doute ici dans la pharmacie.

— Nous venons précisément pour nous en assurer, l'informa le commandant des Aurors. Nous allons fouiller votre maison.

Ulysses les regarda, sans mot dire, visiblement dépassé par la situation.

— Est-ce indispensable ? demanda-t-il.

— Nous enquêtons sur un meurtre. Maintenant, vous nous excuserez, nous avons du travail.

Durant l'heure suivante, les deux Aurors parcoururent la demeure de fond en comble. Nell Plunkett occupait sa chambre quand Harry demanda à vérifier l'endroit. Elle resta plantée dans la pièce, les bras croisés, le fusillant du regard durant tout le temps que dura l'opération. Harry remarqua qu'elle avait peu d'affaires à elle, ce qui était normal puisque son séjour en ces lieux n'était que temporaire.

Wellbeloved lui indiqua qu'il avait dérangé Mrs Bettany Plunkett quand il s'était attaqué à la cuisine et que Ulysses, réfugié dans la bibliothèque, avait prétendu être plongé dans un livre sans faire mine de le remarquer. Jusque là, ils n'avaient pas trouvé de flacon de potion de sommeil, qu'il soit vide ou plein.

Ils terminèrent par la chambre de l'elfe, toujours bloquée par le sort que Harry y avait apposé la veille. Ils relevèrent soigneusement les empreintes, au cas où l'une d'entre elles aurait échappé à Harry mais une rapide vérification leur permit de déterminer qu'il n'y avait que des traces de la créature dans cet espace. Pas plus que la première fois, ils ne trouvèrent de flacon contenant de somnifère. Ils échangèrent un regard entendu : une tierce personne était nécessairement intervenue.

En ressortant de la niche, ils retrouvèrent les trois membres de la famille dans la cuisine, en train de commencer leur repas. Harry remarqua qu'ils s'étaient tous servis très chichement. Ils n'avaient visiblement que peu d'appétit.

— Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ? interrogea Ulysses d'un ton brusque.

Les deux femmes le regardèrent d'un air inquiet, comme si elles trouvaient périlleux de s'en prendre ainsi à des Aurors.

— Non, répondit Harry.

— Je suppose que nous sommes supposés nous en réjouir, ironisa le maître de maison d'un ton froid.

— Pas spécialement, le renseigna Harry.

— Vous voulez dire que vous soupçonnez toujours l'un de nous ?

— Vous êtes vous récemment débarrassé d'un flacon de potion de sommeil ou d'un autre flacon en verre ?

— Non, bien sûr que non. Et je suis persuadé que Jerold a pris cette potion par accident.

— Le problème, Monsieur Plunkett, c'est que nous n'avons pas trouvé trace de ce produit chez lui, pas plus que chez vous.

— Il a dû le finir.

— Dans ce cas, nous aurions retrouvé le flacon vide chez lui.

Dans le monde sorcier, les contenants en verre étaient rapportés à ceux qui les avaient vendus, en échange d'une consigne.

— Vous-même récupérez votre verre, continua Harry en montrant une caisse en bois près de l'évier où s'entassaient des bouteilles de Bièraubeurre.

— Oui, comme tout le monde, je suppose.

— Depuis quand cette caisse n'a pas été vidée ?

— Vu ce qu'elle contient, cela fait plusieurs jours que cela n'a pas été fait, jugea Ulysses.

— Monsieur Plunkett, votre elfe est décédé d'une surdose de potion de sommeil, lui apprit Harry.

— Oh, mon dieu, s'écria Mrs Plunkett, les yeux écarquillés. Le pauvre petit ! Il a dû se tromper et en prendre trop.

— Ma tante, intervint Nell très pâle, ce que Monsieur Potter est en train de nous expliquer c'est qu'il n'a pas retrouvé le flacon.

— Il est bien quelque part, répondit Bettany. Forcément.

— Pas dans cette maison en tout cas, assura Harry.

Mrs Plunkett se tourna vers la caisse pour le verre comme si elle espérait qu'on puisse y retrouver la fiole manquante. Elle dû comprendre que c'était sans espoir et commença :

— L'un de nous a pu la briser ou la jeter sans s'en rendre compte…

— Ma tante, la reprit Nell d'une voix cassante, vous savez bien que c'est impossible. Cela fait trois jours que les Aurors nous tannent avec cette potion et…

Elle s'interrompit brusquement, le regard dans le vide.

— Ils ont raison depuis le début, reprit-t-elle d'une voix sans timbre. Ce n'est pas un accident. Sinon nous aurions retrouvé le flacon à la maison ou sur lui. QUELQU'UN A TUÉ JEROLD ! hurla-t-elle soudain en faisant sursauter tout le monde. Il a été tué ! Il a été tué !!

Devenue écarlate, elle frappait de ses poings crispés la table devant laquelle elle se trouvait assise, faisant basculer son assiette et renversant son verre.

— Ma chérie, s'écria sa tante éperdue en tentant de la prendre par les épaules.

Nell la saisit aux poignets et la secoua avec force :

— Vous me l'avez tué ! Vous me l'avez tué !

Comprenant qu'elle faisait une crise de nerf, Harry sortit sa baguette et lança sur la malheureuse un Impedimenta pour permettre à Wellbeloved et Ulysses, qui s'étaient précipités, de l'immobiliser et délivrer Mrs Plunkett de la poigne de sa nièce.

Très vite, la veuve se laissa aller en avant et se mit à pleurer en longs sanglots rauques. Sans rancune, sa tante la prit sans ses bras et la berça doucement en murmurant des mots tendres. Ulysses les contempla un long moment, le souffle court, les mains tremblantes.

Harry attendit patiemment qu'ils se rappellent de leur présence, les observant, tentant de ne pas manquer un indice. Finalement, Mr Plunkett se laissa tomber pesamment sur sa chaise.

— Vous m'avez dit, fit-il comme s'il avait du mal à s'exprimer, que vous avez trouvé un flacon de potion chez mon neveu Edmund.

— C'est exact.

— Je ne peux pas croire cela.

— Monsieur Plunkett, si vous veniez à disparaître, qui hériterait de vos biens ?

— Vous pensez que c'est moi qui étais visé ? demanda-t-il d'une voix incertaine.

— Ou bien que vous êtes le prochain sur la liste, répondit Harry en attrapant une chaise et se mettant au niveau de son interlocuteur.

— C'est un cauchemar, espéra Ulysses avec ferveur.

— C'est un moment difficile, convint Harry.

L'homme se secoua et fit un effort pour répondre à la question posée :

— J'ai fait un testament. Mon épouse héritera de la maison, ainsi que d'une somme d'argent suffisante pour la mettre à l'abri du besoin jusqu'à sa disparition. L'entreprise et le reste de ma fortune seront divisés en parties égales entre mes trois neveux.

— Seul votre neveu Edmund travaille avec vous, c'est bien ça ?

— Oui, Jerold a voulu devenir médicomage et Marvin ne court pas après les responsabilités. Il se contente de gérer l'épicerie qu'il possède avec sa mère. Une fois ma succession réglée, il y a assez de gallions pour que, si l'un d'eux veut se dégager de la société, les autres puissent racheter sa part. Je leur ai demandé de ne prendre aucune décision hâtive pour ne pas mettre l'assise financière de l'entreprise en péril et cela n'a pas semblé leur poser un problème particulier.

— Quand avez-vous pris ces dispositions ?

— Il y a deux ans, quand j'ai eu un ennui de santé et que j'ai réalisé que je n'étais pas immortel. Il ne m'était pas venu à l'idée que je ne serai pas le premier à partir, soupira-t-il avec tristesse.

A ses côtés, Nell s'était arrêtée de pleurer. Elle fermait désespérément les yeux, comme pour éloigner d'elle la réalité. Harry retint de justesse son conseil machinal de lui faire prendre une potion de sommeil pour qu'elle puisse récupérer de ses émotions.

— Monsieur Potter, pensez-vous vraiment que c'est Edmund qui a fait ça ? reprit Ulysses.

— Certains éléments laissent à penser qu'il peut nous apporter des réponses qui nous feraient avancer vers la vérité, répondit précautionneusement Harry.

— Ça veut dire que vous n'en êtes pas certain, traduisit Mr Plunkett.

Harry ne releva pas.

— Je ne peux pas croire qu'Edmund ait pu faire une chose pareille, insista Ulysses.

— Monsieur Plunkett, si on considère que le coupable est vraisemblablement une des personnes qui étaient à votre table dimanche dernier, qui pensez-vous capable de faire une chose pareille ?

Après un long silence, l'homme répondit :

— Vous imaginez vraiment que je vais accuser quelqu'un de ma famille ?

— Si vous avez remarqué un élément qui puisse me mettre sur la voie, j'espère simplement que vous me le transmettrez.

— Ne comptez pas sur moi pour vous aider à mettre l'un des miens en prison.

— Je vous rappelle que cette personne a tué votre neveu et qu'il est probable que vous soyez très haut sur la liste des prochaines victimes potentielles.

— C'est mon affaire.

— Réfléchissez-y. Une dernière question : votre nièce par alliance fait-elle encore partie des héritiers, malgré le prédécès son mari ?

Ulysses Plunkett ferma les yeux, refusant de parler.

Harry se leva et annonça :

— Je vais demander à un de mes hommes de rester avec vous cette nuit.

— Sommes-nous assignés à résidence ? demanda Ulysses.

— Je pensais plutôt vous protéger, révéla doucement Harry. Et je vous déconseille de manger ou boire quoi que ce soit qui n'ait pas été vérifié par eux avant.

Il sortit son miroir pour joindre Pritchard et lui demander de donner les directives requises. Ce dernier lui demanda s'il allait repasser prochainement au bureau :

— Non, nous avons encore une visite à faire, lui indiqua Harry.

ooOoo

End Notes:
Pour vous y reconnaitre dans la famille :

PLUNKETT: Inspiré de Josiah Plunkett, arbitre de Quidditch

Jerold PLUNKETT : Victime
Nell PLUNKETT : Veuve de Jerold
Ulysses et Bettany PLUNKETT : oncle et tante de Jerold, Edmund et Marvin
Edmund PLUNKETT : frère de Jerold
Marvin PLUNKETT : cousin de Jerold et Edmund
Janet PLUNKETT : épouse de Marvin
Doraleen PLUNKETT : Mère de Marvin
Catena : elfe de Ulysses et Bettany

Décédés :
Basileus : père de Marvin et frère de Ulysses
Donatien : père d'Edmund et Jerold et frère de Ulysses
XVI : Scène de ménage by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : 20 au 21 novembre 2013

Il était déjà huit heures du soir quand ils quittèrent la maison d'Ulysses Punkett, mais Harry et Wellbeloved décidèrent de ne pas remettre à plus tard leurs investigations. Ils se rendirent donc chez Marvin et Janet. Cette dernière les examina avec suspicion en les découvrant sur son paillasson et demanda :

— Que voulez-vous ?

— Vous parler, à vous et à votre mari.

— Cela ne peut pas attendre demain ? Marvin est très abattu.

— Je suis désolé, mais nous avons besoin de vous voir tout de suite.

Un pas traînant se fit entendre et Marvin, les yeux rouges, de larges cernes, la bouche serrée, déboucha dans le vestibule.

— N'en avons-nous pas fait assez ? demanda-t-il d'une voix chevrotante.

— Nous avons besoin de fouiller votre maison, expliqua Harry.

Harry crut que Marvin allait se mettre à pleurer mais il parvint à se contenir. Son épouse alla vers lui et le reconduisit au salon avec sollicitude. Les deux Aurors se mirent au travail. Une heure plus tard, ils convinrent entre eux qu'ils n'avaient rien trouvé d'intéressant — ils emportaient cependant des fioles trouvées dans la salle de bain.

Alors qu'ils repartaient, Wellbeloved fit remarquer qu'ils n'avaient pas fouillé la maison de Doraleen, la mère de Marvin :

— Elle n'a pas l'air d'avoir d'intérêt dans ce meurtre, raisonna-t-il, mais son fils a pu cacher quelque chose chez elle.

Harry se rendit à ces arguments et ils se présentèrent chez la belle-sœur d'Ulysses. Cette dernière ne parut pas comprendre l'intérêt de leur requête, mais accepta qu'ils entrent chez elle malgré l'heure tardive et les laissa faire à leur guise. Quand ils eurent terminé — ils avaient mis de côté quelques flacons de sa pharmacie — elle les apostropha :

— Ulysses m'a dit que vous aviez arrêté Edmund, vous ne songez pas sérieusement qu'il se soit attaqué à son frère, j'espère !

— Nous avons la certitude que le somnifère a été donné à votre défunt neveu dans les deux heures qui ont précédé son départ en balai. Il faut bien que quelqu'un l'ai fait.

— Mais pas Edmund !

— Qui alors ? demanda Wellbeloved.

— Je… je ne sais pas. Une erreur lors de la préparation du repas, par exemple.

— Catena ? accepta Harry. C'est une piste, effectivement. La question est de savoir qui l'a ensuite tué. Parce que deux erreurs en trois jours, ça fait beaucoup.

Les épaules de la femme s'abaissèrent et son visage prit une expression désespérée :

— Moi qui pensais que la fin de la guerre mettrait fin aux deuils et à la suspicion, remarqua-t-elle.

— Nous faisons de notre mieux, assura Harry, mais les passions et la cupidité ne peuvent jamais être totalement éradiquées.

ooOoo

Les enfants étaient couchés quand Harry rentra enfin chez lui.

— Tu as dîné ? s'inquiéta Ginny.

— Pas encore, reconnut-il, et pas eu le temps de déjeuner ce midi.

— Viens vite à la cuisine, alors. J'ai mangé avec les petits mais je vais te tenir compagnie. Tu avances dans ton enquête ?

— Oui, mais pas assez vite à mon goût. Je suis certain que j'ai deux meurtres, et non des accidents ou des suicides, et j'ai une personne en détention. Par contre, je doute d'avoir vraiment mis la main sur le coupable.

— Je suppose que tu avais des éléments pour l'arrêter.

— J'ai un mobile, mais cela ne suffit pas pour en faire un meurtrier. Je déteste ces histoires de famille ! Ou bien tu tombes sur un panier de crabe qui te dégoûte d'avoir de la parenté, ou bien tout le monde s'aime et personne ne peut avoir fait le coup… sauf qu'on a un cadavre par jour !

— Tu vas finir par trouver, lui assura Ginny d'une voix apaisante. Tiens, tu veux de la tourte aux rognons ?

— Merci, oui. Et toi, ta journée ?

— J'ai passé deux heures au Ministère cet après-midi pour obtenir une Pensine de Presse pour le musée. Tu étais déjà parti quand je suis passée pour te faire un petit coucou. Ce soir, c'est Albus qui a voulu lire l'histoire de Lily. Elle a affirmé qu'il lisait mieux que moi !

— Qu'a dit James ? s'enquit Harry qui savait que son aîné ne laissait pas une occasion de taquiner son cadet quand ce dernier avait exceptionnellement la vedette.

— Quand il a ouvert la bouche, je lui ai rappelé que les petits garçons qui disent des méchancetés n'ont pas de bisous le soir mais que ceux qui disent des gentillesses ont double câlin. Il a dit que j'étais très belle.

— Il n'a pas tort.

— D'accord toi aussi tu auras un double câlin, consentit Ginny.

— Au moins un élément positif dans ma journée, se réjouit Harry.

ooOoo

Ce n'est que le lendemain matin que les Aurors mirent au propre les résultats de leurs visites des soirs précédents. Ils n'avaient rien trouvé d'intéressant chez Marvin et Janet, pas plus que chez Doreen. L'Auror qui avait été envoyé chez Ulysses la veille au soir pour le protéger avait été relevé, et son rapport indiquait que rien de spécial ne s'était passé pendant la nuit.

Par ailleurs, ils n'avaient aucun élément supplémentaire n'incriminant Edmund.

— On n'a plus qu'à le relâcher, soupira Harry. Bielinski a rempli sa part de marché, à nous de remplir la nôtre.

— Le bel Edmund risque de tomber sur un os avec la petite Nell, jugea Wellbeloved. Maintenant qu'elle a compris que son époux a été aidé à tomber, elle sera moins encline à se consoler dans les bras du principal suspect.

— Sauf si elle est complice, objecta Harry sans y croire, impressionné par la scène de la veille.

— Si c'était le cas, elle ne serait pas très maligne. Pourquoi avoir rendu le flacon à Edmund ? Elle n'avait qu'à le laisser dans sa pharmacie pour asseoir l'hypothèse d'une surdose accidentelle.

— Aurait-elle voulu l'inculper ? s'interrogea le commandant des Aurors.

— Quel intérêt ?

— Récupérer tout l'héritage pour elle, raisonna Harry.

— Sauf la part de Marvin.

— Soit il est le prochain sur la liste, soit il ne lui fait pas d'ombre.

— Ok. Mettons qu'il lui revende sa part et elle se retrouve à la tête de la compagnie des transports. Enfin, une fois que l'oncle ne sera plus là.

— Ça commence à faire beaucoup de monde à éliminer avant de parvenir à ses fins, reconnut Harry.

Wellbeloved feuilleta pensivement les pièces du dossier et finit par dire :

— Le plus simple, c'est que l'un des trois héritiers élimine les deux autres.

Harry évalua les combinaisons possibles et remarqua :

— Dans cette optique, on peut estimer que Marvin a éliminé Edmund en le dénonçant, non ?

— C'est vrai que c'est déjà lui qui nous a mis sur sa piste en parlant de son amourette avec la veuve. Comme on n'allait pas assez vite, il nous aurait déniché la lettre pour qu'on arrête son cousin.

— On peut supposer qu'il a préalablement trouvé une occasion de se rendre chez Edmund, puisque la cheminée est ouverte pour lui, et d'y déposer le flacon et le torchon. Ensuite, il se rend chez Jerold et fait semblant de trouver la lettre. Il a bien pris la peine de préciser que sa femme lui a conseillé de nous l'apporter pour faire croire que les conséquences le répugnaient.

Ils méditèrent tous les deux sur cette hypothèse.

— Mais comment aurait-il administré le somnifère à son cousin ?

Ils se replongèrent dans la description du déjeuner qui avait précédé la mortelle randonnée.

— Il a pu s'arranger pour le verser dans l'apéritif ou le café, proposa Harry. Notre reconstitution peut ne pas être complètement exacte. L'assassin avait intérêt à dissimuler ce qui pouvait l'inculper et les autres étaient persuadés qu'on enquêtait sur un accident...

— C'est vrai, admit Wellbeloved. Par contre, tout le monde s'accorde pour dire que Marvin n'est pas intéressé par la direction de la société. Cela fait longtemps qu'il aurait pu y travailler s'il l'avait voulu.

— Il a peut-être d'autres griefs contre ses cousins, avança Harry. Comment savoir avec les histoires de famille ?

— Y'a pas trente-six types de mobiles, rappela Wellbeloved. Pour le sexe, c'est Edmund et Nell qui ont la motivation la plus évidente. Pour le pouvoir, Marvin ne semble par intéressé mais Edmund pourrait l'être : il ne supporte pas l'idée qu'une fois son oncle disparu il doive partager l'entreprise avec les deux qui ne s'en occupent pas pour le moment. Jerold avait peut-être indiqué qu'il prendrait des décisions qu'Edmund n'approuve pas, comme revendre ses parts à un étranger à la famille. Du coup, il faut qu'il décède avant l'oncle pour ne pas avoir l'occasion de le faire.

— Pour l'argent, par contre, Marvin est de nouveau dans la course, compléta Harry. Il peut avoir un gros besoin d'argent et veut vendre toute l'entreprise dès qu'elle entrera en sa possession.

— Sauf qu'on a déjà enquêté sur les deux cousins sans trouver aucune trace de dettes de jeu ou autre vice qui les auraient endettés ou qui demanderaient des fonds conséquents, rappela Wellbeloved. Mais on peut relancer l'enquête de ce côté. Cela ne fait que quatre jours, après tout.

— Oui, je vais demander à Pritchard de mettre quelqu'un là-dessus, décida Harry. Bon, et les autres ? Quels mobiles pourraient-ils avoir ?

— L'oncle et la tante sont hors de cause, raisonna Wellbeloved. Ils ont même plutôt intérêt à garder près d'eux leur famille pour s'occuper de leurs vieux jours. Quand à la mère de Marvin, elle n'a pas non plus trop d'intérêt dans l'affaire. Il nous reste Janet, la femme de Marvin…

— Elle bénéficie indirectement de la fortune de son mari, estima Harry. Elle pourrait l'avoir poussé à agir, c'est vrai. Ils peuvent être complices.

L'heure tourne, rappela Wellbeloved. Si on libère Edmund, c'est maintenant.

— Si Edmund est le coupable, on ne risque pas grand-chose à le libérer, tenta de se rassurer Harry. Il a eu ce qu'il voulait : la femme de sa vie est libre et le témoin éliminé.

— En espérant que personne ne voudra venger le mort, nuança Wellbeloved. Ça c'est déjà vu. Tiens, regarde qui vient !

St-John Bielinski venait d'entrer au QG et les cherchait des yeux. Sans doute venait-il signifier la fin du délai de retenue de son client.

Harry prit un parchemin et griffonna un ordre de remise en liberté.

— Bonjour, dit l'avocat. Où en est-on ?

— Une bonne nouvelle pour votre client, lui répondit Harry en lui donnant le document. Mais l'enquête n'est pas terminée.

— Vous êtes certain que c'est un homicide ?

— La famille vous le confirmera. La seule fiole de potion de sommeil que nous avons trouvée était chez Edmund Plunkett. Il est peu probable que l'elfe soit allé la mettre là-bas après en avoir ingéré assez pour ne jamais se réveiller.

— Est-on sûr qu'il est mort là où on l'a retrouvé ?

— Nous n'avons pas trouvé de traces prouvant le contraire. A moins qu'on considère le torchon trouvé chez votre client comme une preuve qu'il est décédé chez lui.

— Ou que quelqu'un l'ait trouvé mort et ait voulu faire porter le chapeau à mon client.

— En tout état de cause, ce n'est pas l'elfe qui s'est versé lui-même le somnifère. Nous n'avons pas retrouvé trace de ses doigts sur le seul flacon que nous avons récupéré.

— Ce n'est pas forcément la même personne qui a tué Jerold et l'elfe.

— Nous espérons que la suite de l'enquête nous éclairera sur ce point, répondit Harry, pour faire comprendre qu'il ne révélerait rien d'autre.

Bielinski le saisit parfaitement. Il les salua et alla faire délivrer son client.

ooOoo

Juste après le déjeuner, ils se rendirent une fois de plus chez les Plunkett. Le regard qu'ils reçurent de la part d’Ulysses quand ce dernier vint leur ouvrir n'était pas le moins du monde engageant. Il resta planté devant la porte, Primrose Dagworth, qui assurait la garde à ce moment là, derrière lui :

— Qu'est ce que vous nous voulez encore ? les apostropha le maître de maison.

— Nous avons encore des questions à poser, répondit tranquillement Harry.

— Ne pouvons-nous pas avoir un peu de paix ?

— Pas tant que nous ne serons pas certains qu'une autre victime n'est pas à craindre.

— Nous vous avons dit hier soir tout ce que nous savons. Vous ne trouverez pas vos réponses ici.

— Nous aimerions parler de votre société, lui indiqua Harry.

Comme le vieil homme ne semblait pas décidé à leur céder le passage, Harry insista :

— Edmund reste notre principal suspect. Ne voulez-vous pas l'aider à se disculper ?

Cela décida Ulysses :

— Je ne vois pas ce que je peux vous apprendre de plus, mais si vous y tenez… Que voulez-vous savoir ?

— Les implications financières de la mort de votre neveu.

— Venez dans mon bureau. Je préfère que le reste de ma famille ne vous voie que si c'est indispensable. Edmund est très secoué par son arrestation et Nell… Elle n'a pas prononcé un mot depuis votre départ hier soir. Si vous pouviez les épargner, je vous en serais très reconnaissant.

Harry ne dit rien car il ne pouvait rien garantir. Son hôte n'attendit d'ailleurs pas sa réponse est les entraîna dans une pièce du rez-de-chaussée qu'ils avaient vue la veille lors de leur perquisition.

C'était un large espace très clair, dont les larges baies vitrées donnaient sur le jardin.

— Voulez-vous boire quelque chose ? demanda Ulysses, sans doute davantage par habitude que par désir de leur être agréable.

— Je vous déconseille vivement de boire ou manger quoique ce soit qui ne soit pas préparé ou ouvert par vous-même, ou bien partagé par celui qui vous l'offre, répondit Harry.

— Je ne peux pas passer mon temps à soupçonner tous les miens, rétorqua Ulysses.

— Vous pouvez vous faire livrer des plats tous faits, suggéra Wellbeloved. Comme vous n'avez plus votre elfe, cela peut vous simplifiera la vie.

Ulysses parut méditer ce conseil et demanda :

— Pour Catena… allez-vous nous le rendre ?

— Demain je pense, le renseigna Harry. Vous pourrez ainsi lui donner une sépulture décente, ne put-il s'empêcher d'ajouter.

Ulysses eut un hochement de tête et fixa ensuite les Aurors comme pour leur demander d'en venir au fait.

— A combien s'estime le montant de vos biens et qui en bénéficiera à votre décès, demanda Harry sans détour.

Ulysses donna les informations demandées. Harry vérifia que Wellbeloved notait bien tout ce qui était indiqué et qu'ils pourraient ainsi faire des comparaisons avec les conclusions des enquêteurs que Pritchard avait chargé d'enquêter sur les biens de la famille. Lui-même avait peu de dispositions pour comprendre les affaires financières et avait depuis longtemps confié à son beau-frère Bill la gestion de sa fortune. Ce dernier lui faisait des comptes-rendus réguliers qu'il confiait à Ginny qui les déchiffrait et les rangeait soigneusement. C'était elle qui faisaient les comptes de la maison, s'occupait des émoluments de leurs employés, donnait aux elfes les gallions nécessaires à l'achat des denrées alimentaires.

Il en savait tout de même assez pour comprendre que les Plunkett étaient très fortunés et que cela pouvait susciter de la convoitise, allant jusqu'au meurtre. Il laissa le chef de famille terminer son énumération et demanda :

— Si j'ai bien compris, vos trois neveux sont héritiers, à parts égales.

— Exactement.

— Aviez-vous prévu le prédécès de l'un d'eux ? Je veux dire, Nell et Janet sont-elles nommées dans votre testament ?

— Non, pas encore, mais j'ai l'intention de le modifier pour que Nell récupère la part de son mari.

— Nous avons vu qu'elle ne travaillait pas, remarqua Wellbeloved.

— Oui, elle a arrêté juste après son mariage pour reprendre ses études en enchantements appliqués, précisa Ulysses. Je veux qu'elle continue et je lui apporterai mon aide financière jusqu'à ce qu'elle ait terminé et trouvé un travail correct. Je ne veux pas qu'elle soit exclue de la famille juste parce qu'elle a eu le malheur de devenir veuve aussi tôt.

— S'intéresse-t-elle à la bonne marche de votre société ? s'enquit Harry.

— C'est une femme très intelligente qui s'intéresse à beaucoup de choses. En outre, elle a travaillé plusieurs mois comme secrétaire, puis comme comptable adjointe chez nous. Mais si c'est pour savoir si elle aurait pu tuer Jerold pour hériter directement de moi, c'est stupide : comme je vous l'ai dit, mon testament ne lui permet pas, pour le moment, de prétendre récupérer mes biens. Elle ne pouvait pas être certaine que je modifierai mes dernières volontés en sa faveur. D'ailleurs, tant que je suis encore là, l'entreprise continue à m'appartenir.

Il était effectivement beaucoup plus sûr d'attendre la mort de l'oncle avant de se débarrasser du neveu. Sauf si, justement, elle avait eu peur que le mobile évident mène les Aurors à la suspecter.

— Pour le moment, vos seuls héritiers sont Marvin et Edmund, reprit Harry.

— C'est exact, mais ils l'étaient auparavant, rappela Ulysses.

— Que va-t-il se passer maintenant ? demanda alors Harry.

Ulysses resta un moment silencieux avant de répondre :

— Je me sens très vieux depuis… ce qui est arrivé. J'envisage sérieusement de tout vendre et de partager l'argent entre mes héritiers en ne gardant que de quoi vivre confortablement avec mon épouse. Au moins, on n'en parlerait plus !

— En avez-vous parlé avec Edmund ou les autres membres de votre famille ? s'enquit vivement Wellbeloved.

— Non, pas encore, mais je pense que je le ferai à la première occasion.

Harry et son partenaire échangèrent un regard. Ce fut le commandant des Aurors qui prononça la mise en garde :

— Si le motif était l'entreprise… vous risquez de contrecarrer les plans de l'assassin. Et de le pousser à agir contre vous avant que vous ne mettiez votre intention à exécution.

— Je ne sais pas si j'ai envie de continuer dans un monde où j'ai indirectement causé la mort de mon neveu et où je dois me méfier de ma propre famille… soupira Ulysses.

— Ne pouvez-vous pas prendre vos dispositions et n'en parler qu'après ? proposa Wellbeloved.

— Non, je n'ai jamais agi dans le dos des gens.

— Nous vous déconseillons fortement ce genre de déclaration, insista Harry.

— Je prends note de vos conseils, répartit calmement Ulysses d'un ton qui montrait qu'il n'en tiendrait cependant pas compte.

Il y eut un silence, durant lequel Harry se demanda qu'elle serait la solution la plus efficace pour protéger le vieil homme de sa famille.

— Je vais officiellement suspendre la surveillance dont vous bénéficiez depuis hier, décida-t-il finalement. A la place, un de mes hommes patrouillera dans la maison, dissimulé par un enchantement. Ainsi, si une personne de votre entourage cherche à s'en prendre à vous, nous pourrons la confondre.

— Pourquoi tous ces mystères ? se plaignit Ulysses.

— Parce que si vous décidez de provoquer le meurtrier, autant en profiter et lui laisser croire qu'il a le champ libre, expliqua Harry.

— Je vais vous servir d'appât ?

— En quelque sorte. L'acceptez-vous ?

— Combien de temps durera cette mascarade ?

— Je ne sais pas. Nous en reparlerons dans trois jours, par exemple. Pouvons-nous compter sur vous pour n'en parler à personne ? Pas même à votre épouse et surtout pas à vos neveux et nièces ?

— C'est d'accord. Si rien n'arrive, accepterez vous l'idée que ce peut-être le fait de quelqu'un d’extérieur à la famille ou un accident ?

— Si rien ne se passe, nous serons obligés de fermer le dossier, reconnut Harry.

— Bon, vous avez ma parole pour la période convenue.

— Bien. Ce soir, faites-vous livrer le repas et ne buvez que de l'eau du robinet et continuez pendant les trois jours. Si l'un ou l'autre de vos neveu et nièce arrivent avec un plat préparé chez eux, veillez à ce que personne n'en prenne.

Harry laissa Wellbeloved retourner directement au Ministère où il le rejoignit après avoir fait un détour par le square Grimmaurd. Ils expliquèrent la situation à Pritchard et ils mirent au point les gardes et la manière dont les Aurors se succèderaient discrètement. Un seul Auror à la fois serait présent dans la maison pour une durée de six heures. Il utiliserait la cape d'invisibilité de Harry et des sortilèges de silence pour rester discret. En cas de besoin, en prenant soin de ne pas être entendu, il pourrait utiliser son miroir pour appeler du renfort. Enfin, les relèves se feraient par Portoloin liés pour que la garde descendante choisisse le lieu le plus propice à l'échange.

Les Aurors choisis, Alicia Spinnet et son partenaire Yann Plumton, ainsi que le binôme Demelza Robins et Ed Strougler furent appelés dans le bureau du commandant pour être briefés sur l'enquête. Une fois qu'ils eurent bien compris ce qu'on attendait d'eux et qu'ils eurent pris connaissance des horaires de relève, Harry retourna au Relais de Poste avec Ed Stroulger, dissimulé sous la cape d'invisibilité.

Devant Ulysses, son épouse et Nell, le commandant des Aurors annonça à la cantonade qu'il mettait fin à la surveillance et partit ostensiblement avec Primrose en laissant Stroulger, invisible, derrière eux.

ooOoo

Le lendemain, était un samedi, mais Harry arriva tôt au QG pour être là quand la garde de nuit reviendrait pour faire son rapport. C'est Demelza qui avait assuré ce quart là et avait été relevée à sept heures du matin.

— J'ai failli t'appeler, lui confia-t-elle en avalant un bol de soupe pour ne pas aller dormir le ventre creux. La femme, Nell, elle est descendue en chemise de nuit vers deux heures du matin et a commencé à tout déplacer dans le salon. Je me suis dit qu'elle cherchait quelque chose ou qu'elle allait enchanter l'endroit, mais je me suis rendue compte qu'elle lançait des sorts ménagers. Elle a nettoyé la pièce entre deux et quatre heures du matin. Ensuite, elle s'est attaquée à la cuisine. Tu penses que je l'ai bien surveillée, au cas où elle empoisonne de la nourriture ou une assiette, mais j'ai rien vu. Pourtant, j'étais tellement près d'elle que j'ai cru plusieurs fois qu'elle allait me rentrer dedans. Remarque, je ne sais même pas si elle s'en serait aperçue. Elle était comme dans un état second. Elle a même fait l'argenterie à la main, tu te rends compte ?

— Somnambule ? interrogea Harry.

— Non, elle était bien réveillée, affirma Demalza. Et terriblement en forme. Rien que d'y penser, j'en suis épuisée, termina la jeune femme en baillant. Quand il a été l'heure de faire venir Plumton, elle était retournée dans sa chambre depuis une heure. J'ai pas osé entrer, mais j'ai rien entendu en écoutant à travers la porte, donc elle avait dû se coucher.

— Va vite te reposer, lui conseilla Harry.

Il hésita, puis décida de se rendre à la séance d'entraînement des Aurors qu'il animait toujours le samedi. On saurait bien le joindre si on avait besoin de lui.

ooOoo

Vers onze heures, son miroir sonna et Yann Plumton lui dit d'un ton haché :

— Viens avec une équipe, on a du nouveau ici.

Harry hurla à Wellbeloved qui était un peu plus loin de foncer au Relais de Poste. Ensuite, il fit s'avancer Chad Yodel et Eleanor Branstone avec qui il faisait des exercices à ce moment là et il les escorta par transplanage juste devant la maison des Plunkett. Edmund les attendait à la porte. Sans mot, il leur fit signe de se rendre dans le salon.

Bettany reposait les yeux clos sur le canapé. Un homme, que Harry reconnut être un médicomage qui collaborait parfois avec eux, s'affairait près d'elle. Ulysses, le teint terreux, regardait la scène du fauteuil où il paraissait s'être effondré. Nell, accroupie près de lui, le tenait par la main. Marvin et Janet étaient plantés dans un coin du salon et regardaient la scène, hébétés. Yann Plumton, qui avait ôté la cape d'invisibilité, surveillait tous les occupants de la pièce avec attention.

— Mais que se passe-t-il ? questionna Harry.

— On ne sait pas, répondit Edmund d'une voix tremblante. Tante Bettany s'est subitement effondrée. Votre collègue est apparu brusquement et a appelé du secours.

Plumton compléta :

— A première vue, pas d'empoisonnement ni magie noire. Il est possible que ce soit juste la tension de ces derniers jours, elle n'est plus toute jeune. Le analyses nous en diront plus, ajouta-t-il en montrant un flacon empli de liquide rouge.

— Qu'a-t-elle pris depuis ce matin ? demanda Harry.

— Du thé qu'elle a fait elle-même et un œuf coque. Ensuite, l'un des plats que nous avons fait livrer pour le déjeuner.

— On refouille tout, décida Harry. En commençant par toutes les personnes présentes et cette pièce.

Yodel et Eleanor se mirent au travail. Il ne leur fallut pas dix minutes pour trouver une fiole dans un panier à ouvrage de dame.

— A qui appartient-il ? demanda Harry.

— A moi, répondit Nell d'un ton calme, et je n'ai jamais vu cette bouteille.

Kevin, qui venait de humer le produit annonça :

— Queue-de-loup.

C'était le nom sorcier de la digitale, fleur dont on extrayait un médicament pour le cœur, dont la surdose pouvait être mortelle et provoquer des malaise comme celui que venait d'avoir Mrs Plunkett.

Sans perdre la veuve des yeux, Harry sortit son miroir et mit au courant Plumton qui était parti à Ste Mangouste avec l'échantillon de sang de l'accidentée.

— Pour le moment, ils n'ont rien trouvé, je vais leur dire de chercher de ce côté-là.

Harry vit une certaine agitation parmi ses suspects. Marvin échangea un regard avec son épouse et d'une voix hésitante, il expliqua :

— Tante Bettany venait de prendre le panier pour y chercher quelque chose. Elle a regardé dedans, et puis elle est retournée à sa place sur le canapé et s'est affaissée.

Cela se tenait. Trouvant un indice qui désignait sa nièce par alliance comme la meurtrière, elle avait fait un malaise.

Eleanor qui continuait à examiner sa prise fit un signe négatif en direction de son chef. Elle n'avait trouvé aucune empreinte sur le flacon.

— Je pense que Mrs Plunkett a besoin de se reposer, indiqua le médicomage.

— Quand nous en aurons terminé avec le salon, nous vérifierons la chambre de Madame et vous pourrez l'y transporter. L'Auror Branstone la surveillera. Mrs Plunkett, continua-t-il en direction de Nell, je vous prie de me suivre au Ministère.

Edmund ouvrit la bouche puis changea d'avis et la referma. Il fixa la veuve de son frère avec intensité mais ne bougea pas. Marvin et son épouse paraissaient trop sonnés pour réagir. Quand à Ulysses, il avait depuis longtemps approché son fauteuil du canapé où reposait son épouse et lui tenait la main sans quitter du regard son visage, indifférent à ceux qui s'agitaient autour de lui.

Nell pinça les lèvres et se leva sans protester. Elle s'avança pour rejoindre Harry et Wellbeloved qui la pilotèrent dans le jardin pour pouvoir transplaner avec elle. Yodel devait rester sur place pour surveiller la famille et tester tout ce qu'ils ingéraient. Harry lui promit de lui envoyer du renfort. Il le fit par miroir dès son arrivée au QG.

Harry installa sa prisonnière dans une salle d'interrogatoire sous bonne garde et tira Demelza de son lit en lui demandant de venir immédiatement. Il appela ensuite Alicia Spinnet qui devait relever Plumton à treize heures, et l'envoya chez les Plukett, munie de la cape d'invisibilité qu'il avait récupérée.

— La surveillance continue plus que jamais, expliqua-t-il.

Plumton arriva de Ste Mangouste et Harry lui demanda de faire son rapport :

— Ulysses et Bettany se sont levés à huit heures trente. Ils sont descendus ensemble à la cuisine, se sont fait du thé que j'ai discrètement vérifié puis se sont cuit des œufs. Nell elle est venue un peu plus tard prendre une tasse de thé sans rien d'autre, avant de remonter directement dans sa chambre. Bettany est montée faire sa toilette. Vers dix heures, Edmund est arrivé puis Marvin. Avec Ulysses, ils sont restés dans la cuisine. Mr Plunkett a évoqué une éventuelle cession de la société de transport. Après avoir accusé le coup, Edmund a certifié qu'il ferait son possible pour que les comptes soient en ordre.

— L'un d'eux a-t-il tenté de dissuader son oncle de vendre ? s'enquit Harry.

— Non, ils se sont regardés d'un air étonnés, puis lui ont dit de faire ce qui était le mieux pour lui.

— Bien, ensuite ?

— Janet est arrivé par cheminée et les a rejoint dans la cuisine. Edmund a proposé qu'ils passent au salon, ce qu'ils ont fait. Bettany les a rejoints, puis Nell qui avait entre temps été faire sa toilette.

— Comment Edmund, Marvin et Janet sont-ils entrés dans la maison ? demanda Wellbeloved.

— Par la cheminée du hall. Le conduit est commun de celui du poêle et on entend nettement les arrivées de la cuisine.

— Nell n'aurait pas pu faire un tour dans le salon pendant que tu étais dans la cuisine ? vérifia Harry.

— Non, car la cuisine est en partie sous l'escalier et personne n'aurait pu monter ou descendre sans que je l'entende. Visiblement, tout est fait pour que l'elfe sache où sont ses maîtres.

— Chacun des neveux et nièces sont arrivés séparément par la cheminée ? Même Marvin et Janet ? se fit préciser Harry.

— C'est ça. Mais ils ont pu faire un crochet par le salon qui était vide, quand j'y repense. Ils ont tous mis un petit moment à arriver dans la cuisine, délai que j'ai attribué au temps qu'il faut pour s'épousseter à la sortie du réseau de cheminette.

Demelza le rejoignit à ce moment là, les cheveux en broussaille. Wellbeloved résuma pour elle ce qui s'était déroulé pendant les dernières heures.

— La fiole n'était pas là il y a deux jours quand on a tout fouillé, rappela Harry. Il est possible qu'on l'y ait mise dans le dos de ceux que j'ai laissé sur place. Il aurait fallu un homme par pièce, pour tout surveiller.

— Ce panier dont vous parlez, il est recouvert de velours bleu marine, sur lequel est brodé un Magicobus ? demanda Demelza.

— Oui, répondirent de concert les trois autres.

— Cette nuit, Nell l'a vidé, elle a trié ce qu'il contenait et a tout remis dedans. Par précaution, je l'ai fouillé après qu'elle soit remontée et je peux mettre ma baguette au feu qu'il n'y avait pas de fiole dedans.

— Et dans la matinée, quand tout le monde était dans la cuisine, elle n'a pas pu la déposer ?

— Non, affirma Plumton. Je l'ai entendue descendre l'escalier et elle est entrée dans la cuisine juste après. Pareil quand elle est remontée.

— Et si elle avait fait léviter la fiole à partir de l'étage ?

— L'escalier fait un coude, rappela l'Auror. Elle aurait été obligée de descendre au moins jusqu'au palier et y stationner le temps de sa manœuvre. Cela ne m'aurait pas échappé.

— A priori, le flacon a donc été placé dans le panier entre l'arrivée d'Edmund — qui est le premier à être entré dans la maison après la dernière fouille — et le moment où Bettany l'a découvert, conclut Harry. Plumton, je suppose qu'une fois que toute la famille a été rassemblée au salon, tu ne pouvais pas les regarder tous en même temps. Mais te rappelle-tu si l'un d'eux s'est approché de ce fichu panier ?

— Ils sont tous passés près du guéridon, vu que c'est à côté de la porte, répondit l'Auror d'une voix dégoûtée.

— Je vois. Quelqu'un a quelque chose à ajouter ? demanda le commandant des Aurors.

Comme ils secouèrent tous négativement de la tête, il décida :

— Bien, je pense que nous pouvons interroger la dame.

ooOoo

Nell avait demandé à être assistée d'un avocat. St-Jonh Bielinski était arrivé pendant la discussion entre les Aurors et on lui avait permis de s'entretenir avec sa cliente.

Après les premières questions d'usage, ils écoutèrent tous la jeune femme réaffirmer qu'elle ne comprenait pas comment cette fiole s'était trouvée dans son sac à ouvrage.

— Quand l'avez-vous ouvert pour la dernière fois ? demanda Harry.

— Cette nuit. Je n'arrivais pas à dormir, j'étais dans un état de nerfs impossible, alors j'ai tenté de m'épuiser en faisant le ménage. J'ai, entre autres, classé mes écheveaux de laine qui étaient tout emmêlés. Je suis certaine que cette fiole ne s'y trouvait pas.

— Etes-vous sortie de la maison, ce matin ?

— Non, comme nous nous faisons livrer toute notre nourriture, nous n'avons même pas besoin de faire de courses. Il nous restait aussi des œufs que nous avons jugés sûrs.

Demelza et Yann Plumton hochèrent la tête, pour confirmer ses dires.

Harry continua les questions sur les projets d'avenir de la jeune femme, ainsi que ses relations avec Edmund. Mais il n'en apprit pas plus qu'il n'en savait déjà. Elle confirma qu'elle avait l'intention de terminer ses études avec l'aide pécuniaire de l'oncle de son mari — parce que c'est ce que Jerold aurait voulu — et qu'elle ne voyait en Edmund qu'un beau-frère qu'elle appréciait.

— Vous restez persuadée qu'il n'a pas de sentiments plus tendres envers vous ? insista Harry.

Nell soupira :

— Je vois bien que vous en êtes persuadés et que vous êtes même allés l'arrêter à cause de ça. Mais s'il y a une chose dont je suis certaine c'est que, même si c'est vrai, il n'aurait jamais fait de mal à son frère. Pour le reste… je ne veux pas y penser maintenant. Je ne peux penser qu'à Jerold.

Ses joues se baignèrent de larmes et il fut évident qu'elle n'était pas en état de continuer à parler.

— Avez-vous des questions à poser ? demanda Harry à Bielinski.

Cela faisait maintenant plus de six ans que les avocats étaient amenés à assister aux interrogatoires. Au fil des mois, les deux corporations avaient été amenées à apprendre à travailler ensemble et une procédure avait été mise en place de manière informelle : les avocats laissaient les Aurors mener l'interrogatoire, se contentant de prendre des notes. Leur rôle commençait quand les Aurors avaient terminé. Ils posaient alors des questions pour éclaircir un point ou permettre à l'accusé de faire ressortir un élément le disculpant. S'ils estimaient que des aveux avaient été extorqués par pression morale, il demandaient à leur client de confirmer leurs dires, amenant parfois ces derniers à se rétracter, ce qui était obligatoirement indiqué dans le procès-verbal de la séance, co-signé par les Aurors, le prévenu et l'avocat.

Certains Aurors ressortaient parfois furieux de ces séances, estimant que l'intervention de l'avocat leur mettait des bâtons dans les roues mais, dans l'ensemble, Harry et Pritchard avaient dû reconnaître que des éléments auxquels les enquêteurs n'avaient pas pensé ressortaient parfois grâce aux avocats, relançant l'enquête, les guidant vers une résolution satisfaisante.

Bielinski fit savoir qu'il n'avait rien à ajouter et Harry conclut à l'intention de Nell :

— Vous allez rester ici au moins tant que nous n'avons pas procédé à toutes nos vérifications. Nous devons contrôler votre maison.

— Je n'y suis pas retourné depuis… ce qui est arrivé à Jerold, rappela-t-elle.

— Cela ne change rien.

— Et ensuite ? s'enquit Bielinski.

— Nous verrons.

— Cela veut dire qu'on pense que c'est moi qui ai tué mon mari ? demanda Nell à son avocat d'un ton incertain.

— Cela veut dire que nous avons encore des recherches à faire sur vous, temporisa Harry. Cela ne devrait pas prendre trop de temps.

ooOoo

— Il serait quand même stupide de la part de Nell de cacher quoi que ce soit dans son propre sac à ouvrage, alors qu'elle sait que nous passons notre temps à fouiller la maison, remarqua Wellbeloved une fois que les Aurors se retrouvèrent entre eux au QG après avoir fait ramener Nell dans une cellule et pris congé de son avocat. Il est donc plus probable qu'on ait voulu faire retomber les soupçons sur elle.

— Ce sac à ouvrage a peut-être été choisi tout simplement parce que son emplacement favorisait les desseins du meurtrier, remarqua Yann Plumton. Il voulait simplement l'avoir sous la main au moment propice pour l'administrer à sa victime.

Après un silence méditatif, Wellbeloved remarqua :

— Je me demande si on s'est suffisamment penché sur Janet Plunkett.

— Quoi ? demanda Harry.

— Elle est la seule à ne pas être profondément attachée à Jerold ou Edmund. Et si Marvin n’est pas dans le coup, ça ne colle pas trop avec son caractère de remarquer une amourette que personne n’avait noté. Ce sont généralement les femmes qui remarquent ce genre de choses.

— Et c’est auprès d’elle que Marvin a demandé conseil avant de nous apporter la lettre, se rappela Harry. D’ailleurs, il va falloir vérifier si la troisième empreinte se trouvant dessus est la sienne. Mais ce n'est pas réellement une preuve, tempéra-t-il. L'attirance d'Edmund pour sa belle-sœur est réelle et, si elle l'a repérée, il n'est pas étonnant qu'elle n'ait pas pu le garder pour elle. Et n'importe qui aurait compris que la lettre devait nous être montrée. Ce n'est même pas elle qui l'a découverte.

— Vous croyez qu'elle s'arrange pour que son mari soit obligé de reprendre l'affaire de son oncle ? demanda Demelza.

Harry ne lui répondit pas. Il suivait des yeux celui qui venait d'entrer dans le QG et qui se dirigeait vers eux la mine résolue.

— C'est moi qui ai mis le flacon de poison dans le sac de Nell, déclara Edmund Plunkett. Je viens me constituer prisonnier.

ooOoo
End Notes:
Pour vous y reconnaitre dans la famille :

PLUNKETT: Inspiré de Josiah Plunkett, arbitre de Quidditch

Jerold PLUNKETT : Victime
Nell PLUNKETT : Veuve de Jerold
Ulysses et Bettany PLUNKETT : oncle et tante de Jerold, Edmund et Marvin
Edmund PLUNKETT : frère de Jerold
Marvin PLUNKETT : cousin de Jerold et Edmund
Janet PLUNKETT : épouse de Marvin
Doraleen PLUNKETT : Mère de Marvin
Catena : elfe de Ulysses et Bettany

Décédés :
Basileus : père de Marvin et frère de Ulysses
Donatien : père d'Edmund et Jerold et frère de Ulysses
XVII : Modifier ses habitudes by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : 23 novembre 2013

Quelques minutes plus tard, Edmund et les quatre Aurors — Harry, Wellbeloved, Demelza et Plumton — se trouvaient dans une salle d'interrogatoire. Sur l'invite du commandant, Edmund expliqua :

— C'est moi qui ai mis le flacon dans le sac à ouvrage de Nell. Je voulais le cacher et je n'ai pas trouvé d'endroit plus sûr. Je ne pensais pas que vous reviendriez tout fouiller.

— Sur qui aviez-vous l'intention de l'utiliser ? s'enquit Harry.

— Sur mon oncle. Vous vous êtes complètement fourvoyé sur mes intentions. Je voulais simplement avoir la société pour moi tout seul. J'ai paniqué quand mon oncle a dit qu'il allait vendre.

— Il ne vous en a parlé que ce matin, fit remarquer Harry.

— Je me doutais qu'il avait ça en tête.

— Votre intention était donc de le tuer avant qu'il ne mettre son projet à exécution ? lui fit préciser Harry.

Edmund hésita et temporisa :

— Je ne sais pas si je l'aurais fait mais, au cas où, j'ai préparé le terrain.

— Où avez-vous trouvé le flacon ?

— Allées des Embrûmes.

— Quel magasin ?

— Je ne sais plus. Ce n’est pas un endroit que je connais bien. Ça ressemblait à une apothicairerie.

— Quand avez-vous déposé la fiole ?

— Hier, répondit le jeune homme avec aplomb. Après le départ de votre chien de garde.

Un silence suivit ses paroles pendant que Harry échangeait un regard avec ses collègues. Soudain, agacé par cette affaire dans laquelle il s'enlisait et par le mensonge énorme de son interlocuteur, il sentit la colère l'envahir :

— J'aimerais que vous arrêtiez de nous prendre pour des imbéciles, Monsieur Plunkett, lança-t-il sèchement en se levant. J'ai vraiment autre chose à faire qu'entendre de faux aveux. Je peux vous coffrer si vous y tenez, mais cela ne fera pas sortir votre belle-sœur pour autant parce que, moi, je pense que vous tentez de sauver votre complice en racontant n'importe quoi. Par vos mensonges, vous l'enfoncez plus qu'autre chose. Sachez-le, je pensais la faire sortir rapidement mais, grâce à vous, elle va dormir ce soir au Manoir de Justice.

— Non ! s'écria Edmund, pâle comme la mort. Vous ne pouvez pas faire ça.

— Non seulement je le peux mais je vais le faire, cria Harry. Bon, alors, vous maintenez votre version pour que je vous coffre avec elle, ou bien vous repartez tant que vous le pouvez ?

— Vous allez garder Nell ? C'est vrai ?

— Et comment !

— Mais ça ne peut pas être elle ! Elle adorait Jerold ! Jamais elle ne lui aurait fait du mal. Jamais !

— Vous n'en savez rien.

— Parce que vous en savez davantage, vous ? hurla Edmund en se levant à son tour et défiant Harry.

Wellbeloved, Plumton et Demelza firent mine de s'interposer mais leur commandant, d'un geste, les enjoignit de ne pas intervenir.

— Ce n'est pas vous qui l'avez vu tomber amoureuse pratiquement au premier regard ! continuait Edmund hors de lui. Ce n'est pas vous qui avez dû assister Jerold quand il a commencé à faire sa cour ! Comme je la connaissais, c'est à moi qu'il a demandé quels étaient ses goûts et c'est grâce à moi qu'il lui a offert des cadeaux qui la touchaient et l'a emmenée dans des restaurants qui lui plaisent. J'ai accédé à sa demande parce que je savais que cela la rendrait heureuse. J'ai encouragé Jerold à lui demander sa main car c'est ce qu'elle attendait et souhaitait de tout son cœur. Bon sang, si elle avait arrêté de l'aimer, je l'aurais vu ! Mais ils étaient tellement heureux ensemble que j'en crevais de les voir et je me sentais dégueulasse de ne pas réussir à me réjouir pour eux !

Les yeux brillants, comme s'il était fiévreux, il asséna :

— Elle était folle de lui ! Elle est désespérée par sa mort. Ce ! N'est ! Pas ! Elle !

— Est-ce vous, alors ? demanda posément Harry, calmé par le désespoir qui émanait de son interlocuteur.

— Mais vous n'avez rien compris ! A quoi ça m'aurait servi ? Aujourd'hui, j'ai perdu mon frère, mais je n'ai pas gagné Nell. Elle ne sera jamais à moi, jamais !

— Qui pensez-vous que ce soit, alors ?

— Comment voulez-vous que je le sache ?

— Vous avez bien dû vous poser la question.

Edmund recula et se rassit. Harry en fit autant et attendit la réponse.

— Bien sûr que je me le suis demandé. Quand j'ai compris que c'était Marvin qui avait donné ma lettre, je me suis demandé si ce n'était pas lui. Mais c'est grotesque.

— Pourquoi ?

— Pourquoi aurait-il fait ça ? On a pratiquement été élevés ensemble ? Qu'est-ce qu'il gagne à la disparition de Jerold ?

— L'héritage ?

— Mais Marvin se fiche de l'argent. Il en a assez pour mener sa petite vie, ça lui suffit. S'il l'avait voulu, il aurait depuis longtemps développé son commerce ou aurait pris en charge une des activités de mon oncle, mais cela ne l'intéresse pas. Il préfère avoir du temps pour lire, se promener, vivre quoi.

— Pas vous ?

— J'adore m'occuper de l'affaire de mon oncle mais ma position actuelle de second me convient parfaitement. Depuis un an je bosse comme un elfe, mais ce n'est pas pour mon oncle que je me suis jeté à corps perdu dans ses affaires, c'est pour m'écrouler comme une masse sur mon lit en rentrant chez moi et me relever le matin avec trop de choses à régler pour avoir le temps de penser à ma vie sentimentale.

— Mais quand même, insista Harry. Mettons que ce ne soit pas vous. Quelqu'un a bien éliminé votre frère et a tenté de vous faire jeter en prison en mettant des preuves chez vous.

— Je vous dis que ce ne peut pas être Marvin. Ça n'a pas de sens. Je le connais depuis l'enfance, il n'aurait jamais imaginé un plan aussi cruel et tordu.

— Et son épouse ?

Edmund dévisagea Harry avec étonnement avant de baisser les yeux, plongé dans ses pensées. Quand il releva le regard, le commandant des Aurors fut surpris par la dureté qu'il y découvrit.

— Avec votre réputation, on a l'impression que vous êtes un chic type, mais en fait, non ! fit Edmund d'une voix grinçante.

— Pardon ? s'étonna Harry.

— Ce serait facile, hein ! Elle ne fait même pas partie de la famille au sens propre. Je la charge, et comme ça je suis libre, je disculpe Nell et je garde mon cousin Marvin. Vous trouvez que c'est correct, vous ? Ça vous arrive souvent d'acheter des témoignages ?

— Je ne vous demande pas d'inventer des charges contre elle, recadra Harry. Simplement de nous dire ce que vous pensez d'elle.

— Je ne suis pas stupide. Je me doute bien que, vu la situation, toute critique à son égard vaut une accusation.

— Ce n'est pas vous qui la jugerez, rappela Harry. Ni moi d’ailleurs. Par contre je sais que votre frère est mort, qu'un témoin a été tué et que votre oncle est sans doute le prochain sur la liste. Alors aidez-moi à rassembler tous les éléments qui pourraient aider à arrêter le meurtrier.

Edmund parut réfléchir, puis se décida :

— C'est presque trop facile, dit-il avec ironie. Plus j'y pense, plus je me dis que c'est elle qui vous a parlé de mes sentiments pour Nell. Ni mon oncle, ni ma tante, ni ma mère n'auraient pu faire une chose pareille. Marvin n'est pas du genre à remarquer ce genre de chose, alors il ne reste plus qu'elle. Je me trompe ?

Harry resta parfaitement impassible.

— Que pouvez-vous nous dire d'autre sur elle ? relança-t-il.

— Que c'est une casse-pied. Je ne sais pas comment Marvin peut la supporter. Elle n'est jamais contente, toujours à le houspiller parce que son magasin pourrait rapporter davantage s'il le voulait. Régulièrement, je bouillais de colère en entendant la façon dont elle lui parlait. Marvin est un type génial : il est gentil, patient, toujours de bonne humeur. Pourquoi elle l'a épousé si elle voulait un battant qui gagne toujours plus d'argent ?

Edmund se tut pensif avant de réaliser :

— Je ne me rendais même pas compte à quel point je la détestais. C'est immonde de vous dire tout ça en sachant ce que vous pouvez en tirer contre elle… mais ça fait du bien !

— Monsieur Plunkett, intervint Wellbeloved, maintenant que votre frère n'est plus là, dans l'hypothèse où vous seriez arrêté pour son meurtre, qu'arriverait-il une fois votre oncle disparu. Je veux dire du point de vue de la société ?

— Comme vous l'avez sans doute déduit, c'est Marvin qui héritait du tout.

— Dans le cas où la société serait encore dans la famille au moment du décès de votre oncle, pensez-vous que votre cousin la garderait ? se fit préciser Wellbeloved.

— Il serait capable de la garder en mémoire de mon oncle. Il n'a jamais été question de vendre jusqu'à hier. Pas avec moi qui m'en occupe et deux autres héritiers prêts à soutenir mes efforts. En tout cas, je pense que, s'il le voulait, Marvin pourrait maintenir l'entreprise à flot. Mais il préfère sa boutique, ses clients qu'il connaît bien, et son temps libre.

— Que se serait-il passé à la disparition de votre oncle si la situation avait été normale ?

Edmund considéra la question un moment avant de comprendre ce qu'elle sous-tendait :

— Ah, vous vous demandez, dans le cas où la société serait le mobile, pourquoi tuer Jerold qui ne s'en occupait pas et non moi ? C'est vrai que ce n'est pas très logique. Je comprends mieux pourquoi vous avez privilégié la piste sentimentale. Eh bien, le meurtrier a peut-être fait une erreur et a inversé les…

Il s'arrêta brusquement et resta figé de longues secondes. Son visage mobile qui était passé dans les heures précédentes de la résolution au désespoir, de la colère à l'ironie semblait maintenant sculpté dans la pierre. Harry eut même l'impression que son témoin avait cessé de respirer. Personne ne parla, attendant que ce dernier arrive au bout de sa pensée.

Enfin, une profonde inspiration redonna vie à leur interlocuteur. Il ferma les yeux et dit d'une voix basse, pratiquement un chuchotement mais d'une rare intensité :

— Je vais la tuer !

ooOoo

Après la tonitruante exclamation de leur témoin, les Aurors ne pipèrent mot, attendant qu'il en dise davantage. Il ne se fit d'ailleurs pas prier :

— Je suis désolé, ça aurait dû me revenir pendant votre reconstitution. Mais comme je n'étais pas persuadé à l'époque que c'était un meurtre, je n'y ai pas mis tellement de bonne volonté. Enfin bref ! Autant vous prévenir tout de suite, en soi ce n'est pas tellement déterminant, mais à la lueur de ce qui s'est passé après…. Donc, normalement, c'est moi qui prends le cou du poulet. Sauf que cette fois, c'est Jerold qui l'a pris. Il faut savoir qu'on s'était vus la veille et que je l'avais taquiné sur le fait qu'il est très routinier et qu'il n'aime pas changer ses habitudes. Du coup, il m'a pris mon morceau, sans doute pour me montrer qu'il n'est pas le seul à avoir ses petites manies. Pour le faire bisquer, j'ai rien dit et j'ai pris le croupion à la place. Comme ça, cela n'a l'air de rien. Mais il faut savoir que la semaine qui a précédé le drame, Jerold et moi aurions dû faire notre petite ballade habituelle mais qu'on ne l'a pas faite parce que je me suis endormi comme une masse après le déjeuner. C'est pour ça que je ne me suis pas installé sur le canapé pour le café comme d'habitude, mais sur une chaise. Vous en pensez quoi ?

— Si le cou de poulet était le vecteur du somnifère, la dose était trop forte la première fois, parfaite la seconde, mais votre échange fraternel a modifié la cible, évalua Harry. Mais quand est-ce que le meurtrier aurait assaisonné le poulet ? Personne n'a quitté la pièce, d'après la reconstitution que nous avons faite.

— Personne ne l'a prise au sérieux, votre reconstitution, révéla Edmund. Du coup, personne n'a jugé utile de préciser que Nell et Janet ont toutes les deux quitté le salon avant le déjeuner, pour aller aux toilettes avons-nous tous imaginé. Je suppose que ma chère cousine en a profité pour faire un petit tour à la cuisine.

— A moins que ce ne soit Nell, releva Harry.

— Pourquoi aurait-elle voulu me tuer ? riposta Edmund.

— Qui sait ? répartit Harry. Si vous êtes la cible, il nous faut reprendre l'enquête à zéro.

Le silence s'abattit sur la pièce pendant que tout le monde méditait sur les révélations du témoin.

C'était plausible, songea Harry. Janet aurait pu faire une première tentative et suite à son échec, recommencer en modifiant les doses.

— Avez-vous réfléchi sur la lettre que nous a donnée votre cousin ? demanda Wellbeloved. Vous rappelez-vous précisément quand vous l'avez vue pour la dernière fois ?

— Comme je vous l'ai dit, je n'étais pas très clair quand je l'ai écrite. J'étais saoul comme un troll et je ne l'aurais jamais composée dans d'autres circonstances.

— Où étiez-vous ?

— Chez moi je pense.

— Quelles personnes peuvent venir chez vous sans être bloquées par la cheminée ? s'enquit Wellbeloved.

— On en a déjà parlé et ma réponse n'a pas changé. Je l'avais ouverte pour mon oncle et ma tante, Jerold, Nell et Marvin. Maintenant, sur les conseils de mon avocat, elle est fermée pour tout le monde.

— Elle n'était pas ouverte pour Janet.

— Non, mais il arrive de temps en temps qu'elle et Marvin viennent dîner chez moi, indiqua Edmund. Je suppose qu'elle a pu avoir accès à mon bureau et fouiner pendant que Marvin et moi discutions dans la cuisine. On ne minute pas le temps qu'une dame passe dans la salle de bains.

— Pas d'autres personnes qui pourraient avoir accès à chez vous ? Un bon copain à vous ou une petite amie ? questionna Wellbeloved.

— Non. Mon meilleur ami c'est mon frère. Je n'en ai pas d'autre à qui je laisserais libre accès chez moi.

— Pas de petite amie ? insista l'Auror.

Edmund haussa les épaules :

— Quelques rencontres pour tenter d'oublier que je me suis attachée à la mauvaise personne, mais sûrement pas de quoi ouvrir ma cheminée, expliqua-t-il.

Harry se leva et fit signe à ses collègues de le suivre dans le couloir. Il referma soigneusement la porte derrière eux et lança une bulle de silence.

— Qu'en pensez-vous ? demanda-t-il.

— C'est l'audition la plus passionnante de toute ma carrière, assura Demelza. J'en ai eu des frissons !

— Demelza ! soupira Harry.

— Oups, pardon commandant ! Mais avoue qu'il est rare qu'un type arrive pour se dénoncer et termine en nous donnant une nouvelle piste après s’être fait enguirlander par le commandant des Aurors pour faux témoignage et lui avoir crié dessus à son tour.

Harry ne put s'empêcher de sourire devant le naturel de sa subordonnée. Il aimait beaucoup la jeune femme qui était pleine d'énergie et de joie de vivre.

— Ça peut être un coup monté du début à la fin, remarqua Plumton. Il nous a savamment donné des éléments pour nous amener à nous détourner de lui et de sa chérie.

— S'il avait voulu inculper Janet, il n'aurait pas dit avoir placé la fiole dans le sac à ouvrage de Nell hier soir, opposa Harry. Il aurait attiré notre attention sur son arrivée ce matin par la cheminée du hall pendant qu'il était dans la cuisine avec son oncle.

— Concrètement, qu'est-ce que vous avez contre Janet ? demanda Demelza.

— Le mobile, commença Harry. Son mari se retrouve aux commandes de la société si les deux frères sont mis hors-circuit.

— Comment se serait-elle débarrassée de Jerold une fois Edmund tombé de son balai ? souleva Demelza.

— La lettre pouvait servir contre Jerold aussi, comprit Wellbeloved. Un mobile pour avoir tué son frère et être envoyé en prison, libérant la place pour Marvin.

Les quatre Aurors se regardèrent.

— Ça se tient, mais on n'a quand même pas grand-chose de concret contre elle, fit remarquer Harry.

— La mort de l'elfe la désigne indirectement, jugea Wellbeloved. Il est mort parce qu'il aurait pu témoigner contre l'assassin. Or il n'a pas quitté sa cuisine pendant l'apéritif ni pendant le déjeuner. On peut donc supposer que s'il a vu quelque chose, c'est dans cet endroit. D'après Edmund, elle et Nell se sont absentées au bon moment pour assaisonner le seul plat qui pouvait être individualisé.

— L'oncle et la tante aussi auraient pu se charger du poulet, avant l'arrivée de leurs invités, nota Harry. Mais on n'a pas de mobile pour eux, reconnut-il aussitôt.

— L'apéritif et le café ont été servis devant tout le monde, continua Wellbeloved. Mais pas facile de verser quelque chose sans se faire remarquer alors que, pour le poulet, il suffisait d'envoyer l'elfe dans la réserve sous un prétexte quelconque pour faire sa petite affaire tranquillement. C'est même peut-être pour ça qu'il a été tué : pour ne pas qu'il puisse dire qu'il a laissé Janet seule dans la cuisine avant le début du repas.

— Il faut quand même faire confirmer cette histoire de cou de poulet et l'absence de ces dames, nota Harry.

— On relâche Nell ou non ? demanda Demelza.

— Si j'en crois votre surveillance et l'analyse de sa baguette, elle n'a pas pu matériellement mettre ce flacon dans son sac, analysa Harry. Et vu qu'on avait fouillé la maison avant et qu'elle-même n'est pas sortie, je ne vois pas d'où elle l'aurait tiré de toute manière. Donc il vient de l'extérieur. Il a été amené soit par Edmund, mais son aveu stupide l'innocente, soit par Marvin, soit par sa femme. Laquelle commence à attirer pas mal de présomptions sur elle.

— Fournies par les autres suspects, rappela Wellbeloved.

— Il en est de même pour Edmund. Allez, on libère Nell et on fait venir Janet pour l'interroger à son tour. Demelza, tu peux te charger de la levée d'écrou et nous rejoindre avec la dame dans l'Atrium ?

— Bien Commandant, tout de suite Commandant ! lança la jeune femme avant de partir vers l'ascenseur.

Ce dernier la conduirait aux cellules provisoires du Ministère qui se trouvaient au dixième niveau, près de la salle de jugement que Harry détestait particulièrement pour ce qu'il s'y était écoulé durant les années de guerre.

Ces lieux d'emprisonnement servaient non seulement aux Aurors mais aussi aux policiers magiques pour garder sous les verrous les personnes soupçonnées d'un délit qu'on voulait interroger ou empêcher d'interférer dans une enquête en cours. Auparavant, le temps de maintien en détention n'était pas réglementé et certains suspects y restaient plusieurs semaines. Ils ne s'en plaignaient pas toujours, l'alternative étant Azkaban dont le seul nom faisait trembler les plus endurcis.

Depuis la réforme de la procédure judiciaire, les Aurors et les policiers ne pouvaient maintenir des prisonniers dans ces cellules que vingt-quatre heures. Au-delà, ils devaient demander au service de la Justice magique un renouvellement pour une journée. Les enquêteurs devaient présenter des arguments propres à démontrer que cette privation de liberté était indispensable à la bonne marche de leurs investigations. Au bout de deux renouvellements — trente-six heures — le suspect était transféré dans la zone de détention du Manoir de Justice. Pour justifier une telle procédure, il fallait non seulement apporter suffisamment d'éléments pour que la culpabilité soit envisageable, mais aussi démontrer que la privation de liberté était indispensable (crainte que le suspect ne se présente pas à l'audience qui devrait trancher sur sa culpabilité, trouble à l'ordre public, disparition des preuves). De plus, plus personne ne pouvait être envoyé à Azkaban sans procès.

C'était cependant des gardiens administrativement rattachés à la sinistre prison sorcière qui s'occupaient des personnes préventivement détenues. Ces postes étaient réservés aux plus âgés ou ceux qui avaient été blessés dans l'exercice de leur fonction et qui ne pouvaient plus assurer leur service dans le froid bâtiment de la Mer du Nord.

Les hommes revinrent dans la salle d'interrogatoire où Edmund faisait nerveusement les cent pas. Il lança vers eux un regard anxieux :

— On va vous laisser partir, annonça Harry.

— Et Nell ?

— Elle aussi. Ma collègue est allée la faire sortir, vous la retrouverez aux cheminées.

Un intense soulagement se peignit sur le visage d'Edmund qui se précipita pour les suivre. Dans l'Atrium, ils n'eurent pas longtemps à attendre avant de voir Demelza et Nell surgir à leur tour des ascenseurs. La veuve se montra surprise en découvrant son beau-frère.

— Tu es venu me chercher ? demanda-t-elle finalement.

Edmund avala sa salive et avoua :

— Je suis venu me constituer prisonnier pour qu'ils te fassent sortir mais ils ne m'ont pas cru.

Nell le dévisagea un moment sans expression avant qu'une grimace de dégoût déforme ses traits. Trop vite pour que Harry ne puisse intervenir, sa main fusa et Edmund reçut une gifle qui lui dévissa le cou. Il pivota lentement la tête pour lui faire de nouveau face, la bouche ouverte de stupéfaction.

— Espèce d'imbécile ! lui signifia la jeune femme. Comment as-tu pu croire que j'avais tué Jerold ?

— Je ne l'ai jamais cru, assura Edmund d'une voix blanche. Je voulais juste qu'ils te laissent sortir et…

— En racontant que c'était toi ? coupa-t-elle avec mépris. Il ne t'est pas venu à l'esprit qu'ils ne pouvaient rien avoir contre moi puisque que je suis innocente ?

— J'ai eu peur que cela ne suffise pas et…

— C'est toi qui l'a fait ? le coupa-t-elle d'une voix sèche.

— Hein ? Bien sûr que non ! affirma-t-il avec force. Comment…

— Alors pourquoi tu les mènes sur une fausse piste ? tempêta-t-elle. Tu ne veux pas savoir quel est le salaud qui a fait ça ?

— Si, mais…

— Ne m'adresse plus jamais la parole, le coupa-t-elle avant de se tourner vers Harry qui suivait l'échange médusé. Je suis libre ou non ?

— Oui, vous êtes libérée, lui confirma-t-il en faisant son possible pour ne pas croiser le regard de Demelza qui devait être aux anges. Vous pouvez rentrer chez votre oncle. Vous n'avez pas le droit de quitter le pays et devez prévenir le Ministère si vous changez de résidence. Nous vous raccompagnons. Transplanage ou cheminée ? demanda Harry.

— Je n'aurai pas la force de transplaner, assura Nell.

Harry l'invita d'un geste à se diriger vers les cheminées, ce qu'elle fit sans un regard pour Edmund qui lui emboîta le pas d'un air malheureux tandis que les Aurors fermaient la marche.

Nell entra résolument dans le conduit. L'âtre qu'elle emprunta demeura un long moment bloqué, signe que la veuve restait en attente. Ulysses avait finalement verrouillé sa cheminée même pour les membres de sa famille, ce qui était plutôt sage. Edmund en profita pour se tourner vers Harry :

— J'ai vraiment agi comme un imbécile, reconnut-il d'une voix éteinte. Je pensais qu'au moins je pourrais l'aider, mais même ça, j’en suis manifestement incapable.

— Ce n'était pas très malin, reconnut Harry, mais ça partait d’un bon sentiment. Pouvez-vous nous débloquer la cheminée quand vous serez sur place ?

Edmund eut un sourire crispé avant de pénétrer à son tour dans le conduit qui venait de reprendre du service.

— Demelza, tu peux retourner te coucher, indiqua Harry. La surveillance continue et on compte sur toi à une heure du matin.

— Bien chef ! S’ils continuent à se faire des scènes, tu me raconteras, hein !

— Promis, assura Harry en riant.

Ulysses étreignait Nell quand Harry arriva à son tour dans le hall. Il ne parut pas ravi de revoir l'Auror qui commença par s'assurer que Plumton et Wellbeloved le suivaient bien.

— Comment se porte votre épouse ? s'enquit Harry.

— Elle se repose, répliqua froidement Ulysses. Il est hors de question que vous l'interrogiez.

— Je ne suis pas là pour ça. Votre nièce par alliance, Mrs Janet Plunkett, est-elle encore là ?

Le regard du vieil homme vers le salon lui fournit sa réponse. Harry avança dans la pièce, suivi de tous les autres :

— J'aurais quelques questions à vous poser, Mrs Plunkett, lança-t-il en direction de l'intéressée. Accepteriez-vous de me suivre au Ministère ?

Elle resta un moment médusée, avant de se lever d'un bond :

 

— Vous n'avez pas le droit de m'arrêter ! cria-t-elle. Je ne veux pas payer pour quelqu'un d'autre.

— Il n'est pas question d'arrestation, assura Harry. Juste un entretien.

— Je sais que ça arrangerait tout le monde que ce soit moi ! affirma-elle comme si elle n'avait pas entendu sa réponse. Je ne suis pas vraiment de la famille ! Ils ne m'ont jamais acceptée ! Ma famille n'est pas assez bien pour eux ! Ils me font des sourires en devant, mais derrière, ils rient de moi, je le sais !

— Enfin, Janet, protesta Ulysses, je ne sais pas ce qui vous fait penser…

— J'ai des yeux pour voir, assura Janet d'une voix stridente. Je sais ce que je dis. Vous avez tout fait pour que Marvin se détache de moi. Il m'a dit que vous lui aviez conseillé de ne pas m'écouter.

— Je voulais simplement le rassurer sur certains de vos propos qui l'avaient inquiété… commença le vieil homme.

— Mais bien sûr, vous en savez davantage que moi sur mon mari ! l'interrompit Janet. C'est bien ce que je disais, vous avez tout fait pour nous séparer. Que lui (elle désigna Edmund qui avait suivi Harry) fricote avec la femme de son frère, tout le monde trouve ça normal, mais quand je veux juste aider mon mari à obtenir ce qu'il mérite, tout le monde se ligue contre moi !

— Je ne te permets pas ! s'indigna Edmund tandis que son oncle laissait échapper une exclamation de surprise. Et tu es complètement folle ! Personne n'a jamais dit de mal de toi. Nous savons que Marvin t'aime, nous respectons ses sentiments.

— Comme tu respectes ceux de ton frère ? ricana Janet.

Edmund devint rouge — de honte ou de colère — et Harry sentit qu'il se retenait pour ne pas se jeter sur sa cousine par alliance. Nell avait caché son visage entre ses mains, tandis qu'Uysses et Marvin contemplaient la scène, l'air atterré.

— Madame Plunkett, pouvez-vous me suivre ? demanda Harry d'un ton calme.

— Et si je ne veux pas ?

— Dans ce cas, vous pourrez vous considérer en état d'arrestation répliqua froidement le commandant des Aurors.

La femme le contempla puis jeta un œil vers Plumton qui avait ostensiblement porté la main à sa baguette. L’œil étincelant, elle avança vers les Aurors d’un pas altier.

— Quelqu'un pourrait m'expliquer…, commença Marvin.

Edmund s'avança vers son cousin, lui posa la main sur l'épaule et lui dit d'un ton doux :

— Il faut qu'on parle.

ooOoo
End Notes:
Pour vous y reconnaitre dans la famille :

PLUNKETT: Inspiré de Josiah Plunkett, arbitre de Quidditch

Jerold PLUNKETT : Victime
Nell PLUNKETT : Veuve de Jerold
Ulysses et Bettany PLUNKETT : oncle et tante de Jerold, Edmund et Marvin
Edmund PLUNKETT : frère de Jerold
Marvin PLUNKETT : cousin de Jerold et Edmund
Janet PLUNKETT : épouse de Marvin
Doraleen PLUNKETT : Mère de Marvin
Catena : elfe de Ulysses et Bettany

Décédés :
Basileus : père de Marvin et frère de Ulysses
Donatien : père d'Edmund et Jerold et frère de Ulysses
XVIII : Un homme très séduisant by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : 23 au 25 novembre 2013

Harry, Wellbeloved et Plumton entraînèrent Janet Plunkett, poliment mais fermement, sur le perron du Relais de Poste, duquel ils transplanèrent vers l'atrium du Ministère de la Magie.

— Vous pouvez vous asseoir, commença Harry une fois qu'il eut mené son invitée dans une des salles d'interrogatoire. Madame Plunkett, désirez-vous qu'un avocat assiste à notre entretien ?

— Je croyais que je n'étais pas arrêtée.

— Effectivement, pour le moment vous êtes ici en tant que témoin. Mais vous avez quand même le droit d'être assistée et, même si vous le refusez maintenant, vous pouvez toujours changer d'avis et en demander un.

Janet hocha la tête pour montrer qu'elle avait compris mais ne demanda pas à être conseillée. Harry s'installa devant elle, encadré par ses deux collègues.

— Mrs Plunkett, commença l'Auror, vous avez porté tout à l'heure des accusations contre le cousin de votre époux. Qu'est ce qui vous fait croire qu'il y aurait quelque chose entre Mrs Nell Plunkett et son beau-frère ?

— Mon mari vous a porté la lettre qu'il a trouvée dans les papiers de Jerold. C'était clair, non ?

— Vous n'avez pas eu de soupçons auparavant ?

Elle sembla hésiter un moment avant d'affirmer :

— Pas spécialement. Contrairement à ce que vous avez l'air de croire, je ne passe pas mon temps à courir après le ragot.

Harry changea de sujet :

— Pensez-vous que votre époux souhaite travailler au sein de la société de son oncle ?

— Tous les autres membres de la famille vous ont certainement affirmé que non. Vu que l'on considère que je connais mon mari moins bien qu'eux, pourquoi me fatiguerais-je à prétendre le contraire ?

— Parce que je vous pose la question, dit doucement Harry pour lui rappeler le contexte de leur entretien.

Elle soupira exagérément avant de s'exécuter :

— Vous êtes marié, n'est-ce pas ? N'avez-vous pas l'impression parfois de savoir des choses sur votre femme dont sa propre famille n'a pas conscience et qu'elle n'ose pas leur dire ? Marvin est trop gentil avec tout le monde, et ils en profitent tous pour le faire agir exactement comme ils le souhaitent.

Deux heures plus tard, Harry n'était pas plus avancé. Janet n'était tombée dans aucun des pièges qu'il lui avait tendus. Elle ne s'était pas contredit sur son emploi du temps pour les jours où son cousin par alliance et l'elfe avaient été tués. Elle semblait remontée contre sa belle-famille mais ce n'était pas une situation assez inusuelle pour justifier qu'elle se soit mise à tuer à tour de bras.

Par contre, il répugnait à la relâcher car il craignait qu'elle ne fasse disparaître d'éventuelles preuves maintenant qu'elle savait qu'il la suspectait. Il jeta un regard vers ses collègues qui avaient écouté avec attention et pris des notes.

Le visage fermé de Wellbeloved lui fit comprendre qu'il n'était pas non plus favorable à ce qu'on la laisse repartir. Il regarda sa montre, il était près de six heures du soir.

— Mrs Plunkett, j'aimerais que vous restiez avec nous le temps que nous finissions de faire quelques vérifications. Vous êtes donc en état d'arrestation et je vais vous conduire à une cellule où vous allez passer la nuit.

— De quel droit ? protesta-t-elle. Vous n'avez aucun élément contre moi.

— Je n'en ai pas besoin, expliqua le commandant des Aurors. Il est prévu que nous puissions retenir les personnes pour le bien de l'enquête. Si vous voulez vous renseigner auprès d'un avocat, je peux faire venir Me Bielinski.

— Vous ne croyez tout de même pas que je vais faire confiance à celui que mon oncle a envoyé pour faire sortir Edmund et sa petite péronnelle !

— Vous pouvez appeler un autre avocat si vous le désirez.

— Je n'en ai pas besoin, je n'ai rien fait.

— Vous désirez prévenir votre mari ? proposa alors Harry.

Janet hésita :

— Je pourrai lui parler ?

— Brièvement et en notre présence, précisa Harry.

— Alors, prévenez-le vous-même ! Je ne veux pas troubler le lavage de cerveau que ne manque pas de lui faire sa famille.

— Comme vous le désirez.

Une fois qu'elle fut écrouée, Harry indiqua :

—Rentre chez toi, Plumton, tu dois relever Demelza demain matin. Il faut faire le rapport de tout ce qui vient de se passer pour que le dossier soit à jour demain, continua-t-il à l'attention de Wellbeloved. On aura besoin de monde pour faire de nouvelles investigations.

— Je préviens tout de suite une des équipes de réserves, proposa son partenaire.

Le lendemain était un dimanche. Il y aurait deux Aurors de garde au QG pour prendre les appels et une dizaine d'autres susceptibles d'être appelés en renfort par l'intermédiaire de leur miroir. Ils appréciaient savoir le plus tôt possible que l'on aurait besoin d'eux pour le jour suivant, ce qui leur permettait de décommander ce qu'ils avaient prévu ou de trouver un collègue compatissant pour les remplacer.

Il fallut plus de deux heures aux Aurors pour mettre le dossier au propre et ils rentrèrent chez eux fatigués et l'estomac dans les talons car, une fois de plus, ils avaient sauté le déjeuner.

ooOoo

Harry arriva juste à temps pour dire bonsoir à ses enfants. Ces derniers furent très déçus d'apprendre que leur père ne les accompagnerait pas le lendemain au déjeuner chez Arthur et Molly.

— Tu m'avais promis de faire équipe avec moi au croquet, protesta Lily.

— Je sais ma chérie, mais je suis certaine qu'oncle Ron me remplacera très bien. Il est meilleur que moi.

— Je prendrai des photos pour les montrer à Papa, proposa Ginny.

James feignit l'indifférence mais Harry ne fut pas dupe. Albus, plus expansif en ce qui concernait ses sentiments, serra longuement son père contre lui et ce dernier se promit de se débrouiller, dès que ce serait possible, pour aller les chercher à l'école et passer une soirée entière avec eux.

Une fois que les lumières furent éteintes, le commandant des Aurors fit honneur au repas que Trotty lui avait mis de côté.

— Alors ? demanda Ginny qui s'était installée devant lui.

— J'ai déjà arrêté trois suspects sur six et je n'ai aucune preuve contre quiconque. Je pense qu'une fois que je les aurai tous mis au violon les uns après les autres, je n'aurai plus qu'à recommencer pour un tour. Avec un peu de chance, un ou deux seront assassinés d'ici là, ce qui augmentera mes chances de tomber finalement sur le bon.

— Tu n'as pas un petit préféré ? s'enquit son épouse d'une voix amusée.

— Je penche en ce moment pour la cousine par alliance mais j'ai tellement peu d'éléments contre elle que je ne suis pas certaine de la coincer.

— Ça va venir, affirma Ginny. Ce soir, tu es juste épuisé et tu vois les choses en noir. Demain ça ira mieux.

— J'espère. Bon, je vais me coucher. J'ai donné rendez-vous à l'équipe à huit heures.

ooOoo

Harry arriva à sept heures et demi au QG et fut heureux de voir que Demelza était encore là, car il avait espéré la croiser.

— Rien à signaler, indiqua-t-elle. Edmund était rentré chez lui quand je suis arrivée, Nell n'a pas bougé de sa chambre, pas plus que l'oncle et la tante. Tu veux que je reste aujourd'hui ?

— Avec les cernes que tu as ? Va dormir, j'ai rappelé l'équipe de réserve. On se concentre sur Janet.

— Pas d’autres scènes entre les tourtereaux ? Ils sont trop choux ces deux là ! affirma-t-elle quand Harry eut secoué négativement la tête.

— Allez, va rêver de tout ça, l'encouragea Harry.

Il prit un café et quelques gâteaux — il n'avait pas pris le temps de déjeuner chez lui — tout en traçant des schémas sur le tableau mural du QG pour faciliter la prise de connaissance du dossier des deux collègues qui devaient le rejoindre, Nat Proudfoot et Seamus Finigan. Ces derniers furent ponctuels. Harry laissa Wellbeloved présenter l'affaire et les protagonistes avant de faire le point :

— Nous suspectons pour le moment Janet Plunkett. A priori, elle aurait assaisonné le poulet préparé par l'elfe avant le déjeuner en quittant les autres sous le prétexte d'aller aux toilettes. Ensuite, elle est revenue le lundi soir, après ma visite chez elle, pour tuer l'elfe qu'on a découvert mort le mardi matin. Le jeudi, on découvrait non seulement la lettre d'Edmund chez son frère Jerold, mais le torchon de l'elfe et une fiole de potion chez Edmund. Il faut découvrir quand et comment elle a pénétré chez les deux frères pour nous poser ces leurres. Chez Jerold, c'était vide tout le temps, car l'épouse loge chez l'oncle et la tante depuis le drame. Edmund a passé beaucoup de temps là-bas aussi. A priori, aucune des cheminées ne s'ouvre pour elle.

Il donna ses instructions et les Aurors se rendirent chez Marvin Plunkett. Ce dernier ne semblait pas avoir dormi de la nuit. Sa robe était froissée et ses traits tirés.

— Où est ma femme ? demanda-t-il.

Harry réalisa qu'il avait complètement oublié de prévenir le mari la veille au soir.

— Nous l'avons gardée cette nuit, répondit-il, le temps de faire des investigations supplémentaires. Elle n'a pas souhaité vous faire prévenir, ajouta-t-il, non pour se disculper mais en espérant dissuader Marvin de couvrir son épouse.

Il fit signe à son équipe qui commença à investir la maison.

— J'aurais quelques questions à vous poser, continua Harry. Pouvons-nous nous installer quelque part ?

Marvin le fit entrer dans le salon, et se laissa tomber sur le canapé. Harry prit place dans le fauteuil le plus proche.

— Monsieur Plunkett, je vais revenir au jour de la mort de votre cousin. Votre épouse a-t-elle quitté seule la pièce avant le déjeuner ?

— Oui, comme vous l'a déjà dit Edmund. Il m'a expliqué que la potion de sommeil aurait été mise dans le cou du poulet… Je n'arrive pas à y croire…

Harry le dévisagea. Ses yeux papillonnaient, comme s'il éprouvait des émotions trop violentes pour lui. Harry se sentit désolé pour lui mais il devait absolument continuer son interrogatoire.

— Pourriez vous me raconter exactement ce que vous avez fait lundi soir, après que je vous ai quitté ?

— Lundi ?

— Oui, je me suis présenté chez vous pour vous interroger, votre femme et vous. Qu'avez–vous fait après mon départ ?

— Eh bien, je ne sais plus trop. Je suppose que j'en ai parlé avec elle. J'étais impressionné que vous vous soyez déplacé en personne pour enquêter sur la mort de mon cousin, même si je pensais que c'était un simple accident. J'ai même dit à Janet que si jamais cela avait été criminel, au moins on aurait été sûrs que l'enquête était bien menée et le coupable arrêté.

Harry n'avait pas de certitude, mais il songea que c'était sans doute à ce moment que le destin de Catena avait été scellé.

— Et ensuite ?

— En bien je crois que j'ai continué la lettre que j'étais en train d'écrire à mes enfants qui sont à Poudlard pour leur expliquer ce qui s'était passé. Je n'avais pas réussi à le faire avant, j'étais sous le choc.

— Je suppose que votre épouse vous a aidé.

— Oui, enfin, il a fallu qu'elle aille s'occuper du jardin.

— Cela prend du temps de s'occuper d'une telle surface, dit Harry au hasard, ne se rappelant plus de la taille du terrain qu'il avait traversé pour se rendre dans la maison.

— Oui, surtout que… (Marvin s'interrompit brusquement.) Qu'essayez-vous de me faire dire contre ma femme ?

— Votre femme aurait-elle pu quitter la maison sans que vous le voyiez ? demanda directement Harry.

— Où serait-elle allée ?

— Une chose à la fois Monsieur Plunkett.

Marvin ne répondit pas tout de suite. Il tortillait dans ses doigts la large manche de sa robe de sorcier, répugnant visiblement à charger son épouse. C'était une personne loyale et qui le restait, même dans une situation où beaucoup ont tendance à ne pas montrer le meilleur d'eux-mêmes.

— J'ai vu qu'elle était dans le jardin, s'exclama-il finalement d'un ton soulagé. Elle est passée plusieurs fois devant la fenêtre.

Harry n'était pas certain que la réponse soit sincère mais il décida de ne pas insister.

— Et ensuite ?

— Nous avons dîné et nous sommes allés nous coucher.

— Vers quelle heure ?

Marvin haussa les épaules, comme pour dire qu'il ne savait pas exactement.

— Avant dix heures je pense. Je n'avais pas dormi du tout depuis l'accident, j'étais donc épuisé.

— Votre épouse s'est couchée en même temps que vous ?

— Oui.

C'était une réponse définitive. Marvin avait l'air satisfait de pouvoir la donner.

— Avez-vous bien dormi ?

— Mieux que la nuit précédente.

Avait-il été aidé par un peu de potion de sommeil ? En tout cas, Janet avait pu ressortir une fois son mari endormi.

— Votre épouse est-elle allée quelque part sans vous cette semaine ?

— Juste pour faire quelques courses, ce mardi. Il fallait bien qu'on se nourrisse.

— Le matin ou l'après-midi ?

— Le matin.

— L'avez-vous accompagnée ?

— J'étais supposé aller travailler au magasin que j'ai avec ma mère. En fait, je n'en ai pas eu le courage, je suis resté ici.

— A quelle heure est-elle rentrée ?

— Je ne sais pas exactement. A temps pour préparer le déjeuner, en tout cas.

— Vous a-t-elle quitté entre le moment où Jerold et Edmund sont partis en balai et le moment où je suis venu vous interroger pour la première fois ?

— Non, bien sur que non, j'étais terrassé par le chagrin, elle est restée près de moi tout le temps.

— Elle n'est même pas sortie dans le jardin ?

— Je ne sais plus. Pas longtemps, en tout cas.

— Etes-vous allé chez Jerold avant le jeudi matin ?

— Non.

— Et votre femme ?

— Elle n'a pas l'accès par cheminée et personne n'était là pour lui ouvrir.

— Vous êtes arrivé avant elle, jeudi ?

— Je suis passé juste devant, pour lui débloquer la cheminée.

— Est-elle entrée dans la pièce où vous avez découvert la lettre d'Edmund.

— Je l'y ai appelé pour la lui montrer.

— Je veux dire avant que vous la découvriez.

Marvin réfléchit.

— Non, je ne le pense pas. Elle n'aurait pas pu la déposer à mon insu, si c'est à ça que vous pensez.

C'était bien à ça que pensait Harry mais il changea de sujet.

— Etes-vous allé chez Edmund avec elle cette semaine ?

— Non.

— Quel partie du poulet votre cousin Edmund a pour habitude de manger ?

— Le cou. Il m'a dit qu'il vous l'avait dit.

— Est-ce ce qu'il a pris dimanche dernier ?

— Je n'ai pas fait attention. Il parait qu'il a échangé son morceau avec son frère, mais moi, j'ai rien remarqué.

— Merci Monsieur Plunkett, conclut Harry. Avez-vous quelque chose à me confier qui pourrait aider l'enquête ?

L'homme secoua farouchement la tête en un mouvement négatif.

— Votre cousin a été assassiné, dit doucement Harry. Ce n'est pas trahir votre famille que de nous aider.

— Je n'ai rien à ajouter, affirma Marvin.

Harry le délivra et passa de pièce en pièce pour se donner le temps de réfléchir. Janet était allée dans le jardin le lundi soir après sa visite, sans doute bouleversée de savoir qu'une enquête sérieuse allait être menée. Elle avait dû mettre au point à ce moment la suite des opérations : éliminer l'elfe, mettre des preuves chez Edmund et chez Jerold, pour arriver de manière détournée à éliminer celui qui était encore en vie à cause de l'échange entre le cou de poulet et le croupion.

Wellbeloved le rejoignit avec les deux autres Aurors.

— Vous avez ce qu'on est venus chercher ? demanda Harry.

— Oui, c'est bon. On a vérifié dans tous les placards et dans la cabane de jardin. On a toutes les paires.

— Parfait, on va chez Edmund, maintenant.

Wellbeloved et lui-même firent transplaner leurs collègues. Harry leur demanda de vérifier l'extérieur sans attendre, pendant qu'il sonnait à la porte. Edmund mit plusieurs minutes à ouvrir : ils le tiraient manifestement de son lit.

— Vous m'arrêtez de nouveau ? demanda-t-il en reconnaissant Harry.

— Pas forcément, répondit Harry. J'ai quelques questions à vous poser.

— Si après tout le temps que nous venons de passer ensemble, nous avons encore des choses à nous dire, c'est que nous sommes faits pour nous entendre, ironisa leur ancien suspect.

Il sembla réaliser que Harry et Wellbeloved n'étaient pas venus seuls et il se pencha pour voir les Aurors qui vérifiaient ses fenêtres.

— Ils font quoi, là ? Vous pensez que je cache un cadavre dans mon jardin ?

— On recherche des preuves de votre innocence mais si on trouve un cadavre, promis, on s'en occupe aussi, rétorqua Harry.

Edmund le regarda et sembla renoncer à comprendre :

— Je vais me préparer un thé, déclara-t-il. Vous en voulez ?

— Non, mais je vous suis, fit le commandant des Aurors.

Harry eut le tact d'attendre que son hôte ait son mug dans les mains avant de demander :

— Dans la journée de mardi, êtes-vous sorti ?

Edmund réfléchit pour rassembler ses souvenirs :

— Oui, j'étais chez mon oncle pour organiser l'enterrement toute la matinée et une partie de l'après-midi. Ensuite, je suis rentré dormir un peu.

— Commandant, les interrompit Seamus en entrant dans la cuisine, on a trouvé ce que tu cherchais.

Harry et Richard Wellbeloved lui emboîtèrent le pas, suivis après un temps d'hésitation par Edmund.

— Regardez, continua Seamus, très content de lui. Des traces de chaussures juste devant la porte-fenêtre du salon. Porte-fenêtre qui, comme par hasard, a été magiquement forcée récemment. J'ai l'empreinte magique.

— Bon boulot, le complimenta Harry.

— Bon, quelqu'un est entré ici, quelqu'un pour qui la cheminée n'est pas ouverte, explicita Wellbeloved. L'empreinte correspond ?

— Parfaitement, assura Poudfoot qui tenait une paire de bottes en caoutchouc à la main.

— A qui sont-elles ? demanda Edmund. Oh, ne me dites pas…

— Si, si, confirma Harry. On vient de passer chez votre cousin pour les récupérer.

— C'est bon pour moi ? avança Edmund.

— Disons que ça commence à un peu mieux se présenter pour vous, répondit Wellbeloved.

— Bien, passons au point suivant, coupa Harry. Monsieur Plunkett, Janet est-elle déjà venue dans votre chambre ?

— Je ne fais pas de fixation sur les femmes mariées aux membres de ma famille, répondit sèchement Edmund.

— Pas forcément pour une visite galante, précisa Harry pendant que ses collègues tentaient de cacher leur sourire. Simplement, a-t-elle pu dernièrement se trouver dans votre chambre pour une raison ou une autre ?

— Normalement non, répondit son interlocuteur manifestement sur ses gardes.

— Et la salle de bain ?

— Oui, c'est là que se trouvent les toilettes.

— D'accord, merci pour ces précisions. Bon, on y va, conclut Harry en se tournant vers ses hommes.

Edmund regarda les Aurors pénétrer dans sa maison puis se retourna vers Harry qui les avaient laissés passer devant lui :

— Si on trouve des traces de sa présence chez moi à des endroits où elle n'avait rien à y faire, vous pourrez la coincer ?

— Ça pourrait jouer, admit Harry.

Tout le monde se retrouva au premier étage où se trouvait la chambre. Harry, Welbeloved et Edmund regardèrent Proudfoot relever les empreintes qui se trouvaient sur les poignées de la porte. Heureusement, Harry avait pris soin de ne laisser aucune trace de lui-même lors de sa première inspection.

— Elle a déposé une preuve là-dessous, rappela-t-il en montrant le lit qu'Edmund n'avait pas eu le temps de faire.

Wellbeloved, d'un coup de baguette, envoya le meuble au plafond. On vit alors distinctement le rectangle de poussière qui délimitait la partie de parquet qui était moins accessible et qui échappait aux sorts de ménage du célibataire. La marque de l'endroit où s'était trouvé le torchon de Catena faisait une marque plus foncée, de la couleur du parquet, la poussière étant resté sur le tissu. Contrairement à ce que Harry avait espéré, il n'y avait pas de marque de main sur le sol.

Proudfoot, qui regardait vers le plafond au contraire de ses collègues qui examinaient par terre, fit remarquer :

— Si elle a balancé le torchon sous le lit, il lui a fallu un appui.

Aussitôt, Harry visualisa la scène : une personne accroupie qui lance un linge… oui, généralement, on tente de se stabiliser de l'autre main. Le torchon s'était plutôt trouvé vers le pied du lit, ce qui excluait des traces sur la table de nuit. A son tour, il leva les yeux vers la couche d'Edmund. C'était un lit à deux places en fer forgé, comme cela avait été la mode une vingtaine d'années auparavant. Le cadre était visible, la courtepointe qui recouvrait le sommier étant relativement courte. Seamus s'était déjà approché et Wellbeloved avait abaissé le meuble pour le faire léviter à hauteur de ses yeux. Ils regardèrent leur collègue lancer les sorts de relèvement d'empreinte et sourirent en voyant les marques rouges caractéristiques apparaître sur le sommier de métal. Proudfoot tendit le parchemin qui permettrait de les fixer.

— Même si elle est venue ici pour poser son manteau sur le lit ou visiter la pièce par curiosité, une empreinte à cet endroit précis va être difficile à expliquer, remarqua Wellbeloved avec satisfaction.

— Pourquoi n'a-t-elle pas soulevé le lit comme vous ? interrogea Edmund.

Wellbeloved fit reposer le lit sur le sol. Cela généra un léger claquement quand le métal entra en contact avec le sol parqueté.

— Trop bruyant, surtout que votre salon est juste en dessous, expliqua-t-il.

— Terminez ici, relevez tout ce qu'il y a à relever. On ne sait jamais, elle a pu s'attarder pour fouiller un peu ou trouver une nouvelle cachette, ordonna Harry à ses collègues.

Il examina les indices déjà relevés — l'empreinte de pas dans le jardin reportée sur un parchemin, celles récupérées sur le lit, le flacon qui contenait la signature magique du sort qui avait servi à forcer la porte-fenêtre et enfin le sac contenant toutes les chaussures de Janet.

— Je pense qu'on en a assez, décida-t-il. On y va ? demanda-t-il à Wellbeloved.

Ce dernier lui répondit par un grand sourire.

ooOoo

Ils retournèrent au Ministère et firent extraire Janet Plunkett de sa cellule. Elle demanda à être assistée par un avocat. Les Aurors demandèrent par miroir à la Maison de Justice de leur envoyer l'avocat de garde ce dimanche-là. Harry et Wellbeloved le laissèrent s'entretenir avec sa nouvelle cliente, avant de les rejoindre.

Une fois que tout le monde fut installé à la table d'interrogatoire, Harry sortit posément les bottes de la femme, du sac où toutes ses chaussures avaient été fourrées.

— Reconnaissez-vous ces bottes comme étant les vôtres ? demanda-t-il.

Alors que la prisonnière hésitait à répondre, il fit remarquer :

— Nous les avons trouvé dans votre placard.

L'avocat fit un léger signe de tête et Janet convint du bout des lèvres :

— Oui, elles sont à moi.

Harry sortit le papier où avaient été reproduites les traces de pas récupérées dans le jardin d'Edmund, juste devant la porte-fenêtre forcée. Il indiqua à quoi elles correspondaient et conclut :

— Les traces correspondent parfaitement à vos bottes, Madame Plunkett. Pouvez-vous nous expliquer cela ?

— J'ai dû me tenir à cet endroit lors de ma dernière visite chez le cousin de mon mari, proposa-t-elle en haussant les épaules.

— Et le sort de forcement de la porte-fenêtre ? s'enquit Harry.

— Il n'est pas de mon fait.

Harry sentit l'avocat se tendre. Ce dernier était parfaitement au courant de la possibilité pour les Aurors d'identifier l'empreinte magique d'un sort et de le relier à un sorcier. Wellbeloved sortir sa baguette magique :

— Madame Plunkett, puis-je relever votre empreinte magique ? demanda-t-il.

— Je ne vois pas pourquoi je vous y autoriserais, lança-t-elle avec beaucoup de sang-froid.

— Pour tout vous dire, nous n’avons pas besoin de votre consentement, l'informa Harry. La question était une simple courtoisie.

Janet lança un regard nerveux vers son avocat, qui secoua tristement la tête pour confirmer. Considérant qu’ils s’étaient montrés assez polis, Harry signifia à son subordonné de s’exécuter. Ce dernier lança un Prehendo magiam en direction de Janet avant d’attirer l’aura qui s’était échappé d’elle dans une fiole qu’il avait préparée.

De son côté, Harry avait sorti le flacon qui contenait l’empreinte du sortilège d’ouverture retrouvé sur la porte-fenêtre d’Edmund.

— Comme c’est étrange, commenta-t-il. Outre vos traces de pas, nous avons une porte forcée par vos soins. Cela ne vous évoque rien ?

Janet le fusilla du regard sans desserrer les dents.

— Je vais ajouter un indice supplémentaire, continua Harry. Il se trouve que nous avons retrouvé vos empreintes digitales sur le lit d'Edmond Plunkett. Vous n’avez vraiment aucune explication à donner ?

— C'est un homme très séduisant, répliqua-t-elle d’un ton provoquant.

Harry marqua un temps d'arrêt, désarçonné par sa réponse.

— Êtes-vous en train de soutenir que vous avez été la maîtresse du cousin de votre mari et que c'est à cette occasion que vous avez touché son lit ?

— Je vous qu'il n'est pas besoin de vous faire un dessin.

Malgré les preuves qu'ils avaient relevé contre elle, Janet ne céda pas un pouce durant l'interrogatoire. Elle affirma et réaffirma qu'elle avait dû laisser ses empreintes lors d'une visite amoureuse qu'elle avait faite à Edmund, sur la demande de celui-ci. Le sort sur la porte-fenêtre ? Edmund, par discrétion, lui avait demandé de transplaner dans son jardin et de rentrer par le salon. La porte était coincée et elle craignait d'être vue par les voisins. Elle avait donc fait au plus simple. Etait-ce un crime ?

En se relayant, Harry et Wellbeloved lui firent répéter inlassablement ses réponses, mais elle tint bon. Non, elle n'avait pas drogué son cousin par alliance, n'était pas retournée chez Ulysses le lundi soir pour administrer une potion à l'elfe, n'avait pénétré chez Edmund que sur son invitation, et n'avait en aucune manière déposé de lettre compromettante chez Jerold.

Elle pensait que les Aurors avaient été mal informés à son sujet par une belle-famille qui la détestait et qui voulait lui faire porter le chapeau dans un drame familial qui ne la concernait pas. Elle affirma même que la complicité et l'entente entre les membres de la famille était factice — la preuve en était la conduite d'Edmund avec les épouses de ses cousins — et qu'il n'était pas rare qu'ils se disputent entre eux. Elle précisa que Ulysses n'appréciait pas toujours les initiatives d'Edmund au sujet de sa compagnie, que Nell n'avait épousé Jerold que pour son argent et s'était laissée séduire par Edmund pour consolider sa position.

Au bout de cinq heures d'interrogatoire, les Aurors étaient écoeurés par le fiel et la rancœur dont faisait preuve la femme et comprirent qu'ils n'en tireraient pas d'aveux. Harry la fit transférer au manoir de Justice avec un rapport circonstancié et rentra chez lui.

ooOoo

Le lundi matin, il conclut avec Wellbeloved que leur enquête était arrivée à son terme. Ils avaient une coupable et des éléments de preuve contre elle, à défaut d'aveux. En fin de matinée, leur dossier était prêt à être transmis au Magenmagot.

Plumton arriva à leur bureau, à l'issue de sa garde chez les Plunkett.

— Vous en êtes où ?

— On a inculpé Janet. On va d'ailleurs relever la surveillance chez eux, et leur faire un compte rendu de notre avancée, indiqua Harry.

— Elle a avoué ?

— Seulement d'être la maîtresse du bel Edmund, grogna Wellbeloved.

— Quoi ? s'étrangla Plumton.

— C'est une coriace, confirma Harry. Mais on a suffisamment pour la boucler, à mon avis.

Harry donna un coup de cheminée à Ulysses Plunkett pour lui demander s'il pouvait passer dans l'après-midi les tenir au courant de la situation.

— Vers quinze heures, proposa le vieil homme.

— Parfait.

Harry appela ensuite Alicia Spinnet qui était de garde au Relais de Poste.

— La surveillance est terminée. Tu peux rentrer, indiqua-t-il.

— A tout de suite, répondit-elle brièvement.

A quinze heures précises, les deux Aurors qui avaient mené l'enquête transplanèrent et sonnèrent à la porte des Plunkett. Ce fut Edmund qui leur ouvrit et les introduisit dans le salon. Toute la famille était là, y compris Bettany, allongée sur le canapé.

Harry commença par prendre des nouvelles de la vieille dame, avant de faire un résumé rapide des derniers rebondissements de l'affaire. Il savait qu'il ne leur apprenait pas grand-chose, les récits de Marvin et Edmund les ayant sans aucun doute tenu au courant.

— C'était bien Janet, alors ? se fit confirmer Ulysses.

— C'est ce que nous pensons et ce que semblent indiquer les preuves. Par contre, elle n'a rien avoué.

— Et comment explique-t-elle ses empreintes dans mon jardin et dans ma chambre ? demanda Edmund avec colère.

— Elle affirme qu'elle est venue chez vous sur votre invitation, dit avec tact Harry.

Il fallut plusieurs secondes à Edmund pour comprendre.

— Vous plaisantez ! s'exclama-t-il, manifestement choqué.

— D'un point de vue tactique, c'est une excellente défense, tenta de dédramatiser Wellbeloved. Cela lui permet de contrer toutes les preuves que nous avons relevées contre elle.

Cela ne parut pas consoler le prétendu séducteur qui se tourna vers son cousin et commença :

— Marvin, je t'assure que…

Ce dernier, le visage figé, leva les mains pour l'interrompre :

— Je ne veux plus parler d'elle. Elle n'est plus mon épouse.

Un silence navré suivit cette réponse. Harry se dit qu'il n'était pas le seul à se demander comment on allait expliquer la situation aux deux enfants qui se trouvaient à Poudlard. D'autant que Janet avait tout intérêt à soutenir sa version devant les juges et que par conséquent ce serait reporté par la presse. A l'air sombre de Bettany et Ulysses, ils en étaient pleinement conscients. Nell avait l'air profondément dégoûtée, et évitait soigneusement de regarder en direction d'Edmund.

Wellbeloved fit un petit signe de tête en direction de Harry. Ils avaient accompli leur devoir, le reste ne les regardait pas. En silence, les Aurors se replièrent vers le vestibule et reprirent la cheminée.

ooOoo
End Notes:

Chronologie de l’enquête
Dimanche 17 novembre
: accident

Lundi 18 novembre : Harry se saisit de l'enquête. Premier interrogatoire (Ulysses et Bettany ; Edmund, Catena, Nell, Marvin, Janet, Doraleen).
Mardi 19 novembre : recherches, mort de Catena
Mercredi 20 novembre : enterrement, interrogatoire de Edmund et Nell, reconstitution
Jeudi 21 novembre : Marvin apporte la lettre, arrestation d'Edmund, fouille de la maison, ne retrouvent pas de flacon
Vendredi 22 novembre : Font le point, libération d'Edmund, Discussion avec Ulysses
Samedi 23 novembre : durant la nuit, Nell fait le ménage, malaise de Bettany, arrestation de Nell, Edmund vient s'accuser, libération de Nell, arrestation de Janet
Dimanche 24 novembre : Enquête à charge contre Janet

Voilà, c'est tout pour cette fois. J'espère que cette enquête vous a plu.

Si vous passez à la Japan expo les 5 et 6 juillet, passez donc me voir au stand AR34 !

Ou, encore mieux, venez à la conférence sur la fanfiction, le dimanche 6, salle video, à 11h.

A défaut, vous pouvez visionner le web documentaire sur la fanfiction, à partir du 5 juillet : Citizen fan : citizen-fan.nouvelles-ecritures.francetv.fr

Infos complémentaires sur mon LiveJournal : http://alixe75.livejournal.com/

XIX : Un mauvais moment à passer by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : 26 novembre 2013 au 4 février 2014

Harry fut presque heureux de retrouver la morne routine de ses devoirs de commandant des Aurors au sortir de l’enquête sur la disparition du neveu du propriétaire du Magicobus. Pour l’instant, rien n’avait filtré dans la presse, mais il n’en serait sans doute plus de même au moment du jugement.

Le mois de décembre arriva vite et les fêtes ramenèrent les élèves de Poudlard à la maison. Le soir du réveillon, Harry renvoya ses collègues chez eux dès seize heures, sauf ceux qui étaient de garde, à qui il fit livrer un repas de traiteur pour compenser leur soirée familiale. De retour chez lui, il retrouva Ginny qui avait, elle aussi, fermé tôt son musée :

— On n’a eu personne cet après-midi, expliqua-t-elle. Tout le monde achetait ses derniers cadeaux. Du coup, j’ai accordé la fin de la journée au personnel.

— Les meurtriers doivent avoir trop de courses à faire pour nous occuper à plein temps aujourd’hui, plaisanta Harry.

— Par contre, Ron et George travaillent comme des fous ce soir, commenta son épouse.

— Ils ont embauché Teddy ?

— Avec double paie. Andromeda aimerait qu’il travaille un peu moins pendant les vacances et un peu plus à Poudlard, mais il adore vraiment donner un coup de main à la boutique et il est enchanté d’être rétribué pour sa peine.

Bien que Harry ait fait en sorte que son filleul et sa grand-mère aient une pension confortable, Andromeda mettait un point d’honneur à apprendre à Teddy la valeur des galions et la nécessité de ne pas les dépenser à tort et à travers. Elle avait donc limité son argent de poche et demandé à Harry de ne pas trop gâter financièrement le jeune garçon. Ce dernier était ravi de pouvoir contourner les principes de sa grand-mère sans qu’Andromeda puisse s’y opposer.

Les Potter prirent leur temps pour s’habiller et préparer les enfants avant d’aller au Terrier. Ils y retrouvèrent Arthur et Molly, ainsi qu’Angelina, Audrey, Hermione, Andromeda, Charlie, Bill et Fleur, et tous les enfants. Lily, Albus et James abandonnèrent immédiatement leurs parents pour aller jouer avec leurs cousins.

Percy ne tarda pas trop à arriver — il passait vraiment beaucoup moins de temps au Ministère depuis qu’il était marié —, et Molly servit les entrées en guise d’apéritif pour faire patienter ses hôtes en attendant les sorciers facétieux et leur apprenti. Enfin ces derniers se présentèrent, et la maîtresse de maison convia toute la famille à s’installer pour manger.

Il y eut le désordre habituel — quatorze adultes et douze enfants tentaient de trouver leur place autour de la longue table. Tout le monde était en train de s’asseoir quand Teddy bouscula Victoire en lui marchant sur le pied — il faut dire qu’il avait respiré par erreur un peu de Poudre de clown et s’était retrouvé affublé de deux grandes péniches.

— Mais fais attention, espèce de Cracmol ! lança Victoire.

— Victoire ! s’offusqua sa mère qui, malheureusement pour la jeune fille, était assez près pour avoir tout entendu.

— Quoi ? se plaignit l’adolescente. Je parle à Teddy.

— N’utilise pas ce mot, lui intima Fleur, pas comme injure. Tu sais que nous ne tolérons pas qu’on se moque de ceux qui n’ont pas de magie.

Victoire soupira exagérément :

— Pff ! Avec ton raisonnement, on ne peut traiter personne d’imbécile parce que c’est pas la faute aux débiles s’ils ne sont pas intelligents ? On ne peut plus rien dire, alors !

— Certaines injures sont moins acceptables que d’autres en fonction des valeurs que nous défendons, justifia sa mère. Maintenant, soit tu demandes pardon, soit tu sors de table. Est-ce clair ?

— C’est injuste.

— C’est comme ça !

— Ouais, on va pas en faire une potion ! Teddy, t’es pas cracmol, juste un idiot de garçon ! Ça va comme ça ?

— Baisse d’un ton si tu ne veux pas être punie, lui rétorqua sèchement Fleur.

L’adolescente s’assit, la moue boudeuse, tandis que Teddy, qui semblait assez imperméable aux injures, qu’elles soient acceptables ou non, prenait enfin place.

— C’est de son âge, c’est un mauvais moment à passer, dit Molly pour calmer sa belle-fille, quand le brouhaha qui s’était interrompu pendant la prise de bec s’éleva de nouveau.

— La question est de savoir si on va tenir jusqu’au jour béni où ce sera effectivement derrière nous, grogna Fleur. Elle le fait exprès, ou quoi ?

— C’est certain que d’autres milieux sont moins accommodants, sourit Harry qui était installé à côté de sa femme. Quand on se fait féliciter pour avoir utilisé les termes de « sang-de-bourbe », « elfe de maison » ou même « Moldu », comment s’opposer à ses parents ?

— Vous pouvez rire ! Un jour vous supplierez qu’on vous rende vos gentils bébés d’il y a quelques années, les prévint Bill.

— Nous compatissons, assura sa sœur. Et on sait que ça nous pend au nez, c’est pour ça qu’on tente d’en rire.

— Allons, Fleur, ce n’est pas si grave, assura Molly d’un ton apaisant voyant que sa belle-fille ne se laissait pas attendrir par les plaisanteries des autres. Elle a utilisé ce mot sans y penser. Elle a bon cœur et il ne lui viendrait pas à l’idée d’injurier un cracmol si elle en rencontrait un.

Fleur s’apaisa un peu, d’autant que la défense des cracmols était entrée dans la famille par Molly. En effet, cette dernière faisait toujours partie du conseil d’administration de l’école élémentaire des petits sorciers. Or, au cours de la décennie écoulée depuis sa création, des élèves en dernière année n’avaient pas reçu de lettre pour Poudlard. Les parents, souvent Sang-Pur et ne connaissant rien au monde moldu même s’ils s’étaient montrés assez progressifs pour scolariser leurs enfants, s’étaient tournés vers l’école pour trouver une solution pour eux. En effet, une partie des maîtres et maîtresses qui s’occupaient des petits étaient des instituteurs moldus, ayant un conjoint ou un frère ou une sœur sorciers. Ils avaient donc été considérés comme de bon conseil pour trouver un établissement convenant aux enfants sans magie.

L'école avait été plus loin. Non seulement elle avait aidé les parents dans leurs démarches administratives, mais elle leur avait suggéré de fonder une association pour fournir assistance et soutien aux personnes partageant leurs difficultés. Une mère d'élève avait pris les choses en main et avait proposé une série d'idées pour venir en aide aux familles dans ce cas. Ainsi, ceux qui le désiraient pouvaient placer leurs enfants dans le même collège moldu, pour que ces derniers se sentent moins perdus. Le Ministère, saisi par une demande, avait fait installer une cheminée à proximité de l'établissement choisi pour faciliter l'arrivée des élèves chaque matin. Elle avait été conçue sur le modèle de celle qui desservait le quartier où vivaient Ron et Hermione : c'était une voiture, stationnée dans une rue, bardée de repousse-moldus pour détourner l'attention, mais de laquelle personne ne pouvait s'étonner de voir sortir ou entrer des collégiens.

Cela s’était organisé peu à peu sur plusieurs années et Molly leur avait rendu compte au fur et à mesure des avancées de la situation. Toute cette organisation avait eu une excellente influence sur les familles concernées : s’occuper des enfants cracmols étant moins problématique, les tensions que cela créait auparavant dans les foyers avaient diminué. Cela restait encore honteux, mais les parents, se sentant moins isolés et voyant leurs enfants s’épanouir, en parlaient plus aisément et le sujet était de moins en moins tabou. Le terme « cracmol », cependant, était toujours une injure relativement courante dans le monde sorcier — faisant concurrence à « travailler comme un elfe », « saoul comme un troll » ou « retors comme un gobelin ».

La suite du repas se déroula sans anicroche. Charlie fit son habituelle livraison sur la moto de Sirius, Celestina Moldubec leur fit admirer son chaudron plein de passion et on mit les enfants au lit.

ooOoo

Une fois la trêve des confiseurs terminée, la presse annonça l’imminence de l’audience qui devait juger Janet Plunkett, pour le meurtre du cousin de son mari. Les soupçons qui avaient pesé sur Edmund, le frère du défunt, justifiés par l’attirance qu’il éprouvait pour sa belle-sœur, furent abondamment commentés par les journaux, rendant l’affaire très populaire.

Harry était pratiquement certain qu’aucun de ses hommes n’avait vendu la mèche ni parlé à la presse de la manière dont l’enquête s’était dans un premier temps dirigée vers Edmund. Le reste de la famille avait tout intérêt à garder le silence sur cet épisode. Non, cet étalage sordide ne pouvait profiter qu’à une seule personne. Le commandant des Aurors regretta que Janet n’ait pas accepté d’être défendue par Bielinski. Ce dernier aurait sans doute fait son possible pour que chaque preuve soit remise en cause, mais il n’aurait jamais utilisé un moyen aussi bas et embarrassant pour le reste de la famille.

Mais Harry ne pouvait rien faire d’autre que refuser de faire le moindre commentaire sur l’affaire et préparer son dossier de manière à confondre Janet de la manière la plus irréfutable possible. Il savait qu’elle ne plaiderait pas coupable et que son défenseur ferait tout pour rejeter les soupçons sur Edmund, ou du moins faire valoir un doute assez persistant pour qu’on ne puisse pas condamner l’épouse de Marvin.

Enfin, le procès commença. Harry était le principal témoin de l’accusation. Dans la salle où il devait attendre d’être appelé, il retrouva Edmund Plunkett, qui avait été cité par la défense.

— Ça va ? lui demanda Harry.

— Il faut bien, soupira le malheureux.

— Un très mauvais moment à passer, et ensuite, ce sera terminé, tenta de l’encourager Harry.

— Oh, je ne pense pas qu’on laissera tomber si facilement une histoire aussi croustillante, fit Edmund d’une voix lasse.

— Il ne faut pas y prêter la moindre attention, expliqua Harry.

— Plus facile à dire qu’à faire, rétorqua son interlocuteur d’une voix agacée, comme si on lui avait trop de fois sorti cet argument.

Harry le considéra un moment sans rien dire, puis demanda d’une voix douce :

— Vous vous rappelez qui je suis ?

Edmund le regarda, étonné :

— Le commandant des Aurors ?

— Avant.

Avec hésitation, se demandant manifestement où Harry voulait aller, Edmund hasarda :

— Le Survivant ?

— Exactement. Celui qui a été interviewé par Rita Skeeter à quatorze ans, qui a été traité d’adolescent mythomane à quinze ans, qui a été déclaré Ennemi numéro Un à dix-sept, et qui a réapparu, après neuf mois d’absence, à la une de la Gazette du Sorcier avec un bébé dans les bras. Quand je vous explique comment vous protéger de la presse, Monsieur Plunkett, je sais exactement de quoi je parle.

Le regard d’Edmund changea, mais il protesta :

— Je ne peux pas totalement ignorer ce qui est dit de moi !

— Bien sûr que si, assura Harry. Rien ne vous oblige à lire les journaux. Arrangez-vous, pendant quelque temps, pour ne parler qu’à votre famille et à vos collaborateurs. Ils ne feront aucun commentaire, soit parce qu’ils vous aiment, soit parce que vous êtes leur patron et qu’ils ne peuvent pas se le permettre. Ce que vous ne savez pas ne peut pas vous blesser.

— Mais je dois lire les journaux pour mon travail...

— Demandez à votre secrétaire de faire une revue de presse avec les articles susceptibles de vous intéresser professionnellement et de brûler le reste. Mon commandant en second s’en charge pour moi.

— Mais cela n’empêchera pas les gens de parler dans mon dos.

— Certes, mais quand vous serez devant eux vous n’aurez aucune idée de ce qu’ils peuvent en dire, et ça vous évitera de vous demander s’ils sont en train d’y penser.

— C’est déjà insupportable de savoir qu’ils ont discuté de ma vie privée !

— Croyez mon expérience, ça l’est beaucoup moins quand on ne sait pas exactement de quoi il s’agit. Et pour ce procès, vous allez y assister, c’est bien suffisant. N’en lisez aucun compte rendu, ce serait vous torturer pour rien.

— Si vous le dites, hésita Edmund.

— Je le dis, je l’affirme et je le pratique depuis maintenant quinze ans. Tentez au moins l’expérience pendant les deux prochaines semaines, je suis certain que vous vous sentirez mieux.

— Je vais y réfléchir.

À ce moment, la porte s’ouvrit et Nell fit son entrée. Harry réalisa qu’elle aussi avait été citée à témoigner et son aversion pour l’avocat de Janet monta encore d’un cran. Elle eut un mouvement de recul en découvrant son beau-frère et elle balaya frénétiquement l’endroit des yeux avant de repérer une chaise éloignée où elle s’installa. Sans leur accorder un autre regard, elle sortit un livre de son aumônière et se plongea dedans.

Edmund s’était de son côté abîmé dans la contemplation de ses chaussures. Dans l’atmosphère devenue pesante, Harry accueillit l’arrivée de l’huissier qui le priait de se présenter immédiatement devant la Cour avec une infinie reconnaissance. Le commandant des Aurors s’empressa de le suivre.

Il fut relativement satisfait de son audition. Il avait désormais l’expérience des procès et présenta son dossier posément, alignant les preuves recueillies et indiquant le raisonnement qui les avait amenés à éliminer toute autre possibilité. L’avocat de l’accusée n’était pas mauvais, mais Harry connaissait maintenant toutes les ficelles des contre-interrogatoires et ne se laissa pas piéger.

Ce fut ensuite au tour d’Edmund, puis de Nell, d’être interrogés par la défense. Ils avaient bien préparé leur audience, et Harry y reconnut la patte de Bielinski. Chacun en dit le minimum, profitant de leur statut de témoin pour refuser de répondre aux questions trop personnelles. Edmund arriva à glisser à quel point il aimait son frère et était profondément meurtri par sa disparition. Nell affirma tranquillement que son beau-frère n’avait jamais témoigné en sa présence d’un attachement autre que l’amitié, que ce soit avant ou après la mort de son mari. Quand l’avocat de Janet lui infligea la lecture de la lettre d’amour qu’Edmund avait écrite à son intention, elle répéta que la conduite de ce dernier avait toujours été d’une correction sans défaut. Elle parvint également à évoquer le bonheur qui avait été le sien durant son bref mariage et fit savoir que, éprouvée par son veuvage, elle vivait très retirée, ne voyant que son oncle et sa tante par alliance.

Janet, quand le représentant du Ministère l’interrogea, fut sans concession envers sa belle-famille. Elle laissa clairement apparaître son ressentiment et son mépris à l’égard de ceux dont elle portait encore le nom, affirmant qu’ils s’étaient ligués contre elle pour sauver la tête d’Edmond. Harry jugea, à la mine pincée de son défenseur, qu’elle ne suivait pas les conseils de retenue qu’il avait dû lui donner et nota avec satisfaction que l’animosité de l’accusée indisposait le jury.

Ce dernier délibéra longtemps et Harry craignit que les dénégations répétées de Janet et la campagne de presse infamante pour Edmund n’aient porté leurs fruits. Mais finalement, Janet fut déclarée coupable du meurtre de Jerold Plunkett et de l’elfe Catena, et condamnée à vingt ans d’emprisonnement à Azkaban.

 

ooOoo

Heureusement pour la famille Plunkett, le monde sorcier eut bientôt d’autres sujets de conversation. En effet, l’élection du ministre de la Magie devait avoir lieu trois mois plus tard. Kingsley présenta son successeur, Adrian Ackerley. Ce dernier, après avoir travaillé au service de la coopération magique et à ce titre avoir été l’un des artisans du Tournoi des trois Sorciers, avait été muté au département de la Justice magique pour une mission qui l’avait mis en liaison avec les juges du Magenmagot. Récemment déplacé au service de contrôle de l’équipement magique, il était à présent en contact direct avec les guildes. Ainsi, comme l’avait une fois expliqué Hermione, après s’être fait connaître du grand public le candidat avait mené sa carrière de manière à bien connaître les grands électeurs : présidents de chambre du Magenmagot puis maîtres de Guildes.

Le grand public s’intéressa alors à lui et les journaux exposèrent ce qu’ils savaient de lui. Cela correspondait à ce que Percy en avait révélé à Harry : sa carrière au Ministère à la sortie de Poudlard, sa mère tuée quand elle avait voulu empêcher l’arrestation de son mari durant l’année des Ténèbres, son père emprisonné à Azkaban à cause de ses origines moldues, sa fuite avec son petit frère qu’il avait réussi à récupérer in extremis à l’école de Brocklehurst où il étudiait, puis son retour au Ministère dès la guerre terminée. Le candidat permit à Sorcière Hebdo de visiter sa maison à Tutshill dans le Pays de Galles. Quand la journaliste du journal lui demanda pourquoi il n’y avait pas de Mrs Ackerley, le célibataire répondit qu’il n’avait pas eu la chance de rencontrer la femme de sa vie. Vision romantique qui plut beaucoup aux lectrices du magazine.

Alternatives Magiques posa des questions plus centrées sur le bilan qu’il faisait des quinze années où Kingsley était resté au pouvoir, et l’interrogea sur son propre programme. Ce qui en ressortait ramena également Harry à la discussion qu’il avait eue avec Percy. Ackerley était un progressiste, mais n’avait pas le même souci que l’actuel Ministre d’améliorer le sort des créatures magiques. D’autre part, il était beaucoup plus ambitieux politiquement, et prenait bien garde de ne rien dire qui soit impopulaire. C’était normal en période électorale, mais Harry était de plus en plus convaincu que cela ne changerait pas après une éventuelle élection. En effet, l’homme voudrait tout faire pour se maintenir à son poste, même si c’était au détriment des créatures douées de magie. Heureusement, par son discours, mais aussi son ascendance, son ouverture d’esprit concernant ce qui était moldu était sans équivoque.

La Gazette du Sorcier parla assez peu du candidat progressiste. Elle se contenta de monter en épingle les décisions politiques les plus impopulaires de Kingsley : son refus d’imposer la prise de la potion Tue-Loup aux loups-garous, son manque de fermeté envers le Moldu qui avait révélé sur internet l’existence du monde magique pour récupérer son enfant enlevé par les grands-parents sorciers. Les termes des articles étaient mesurés, contrairement à ce qui aurait pu se passer quand le quotidien était sous la direction de Barnabas Cuffe. Mais le nouveau directeur, Harold Tribune, était plus fin et de ce fait encore plus percutant. Le journal faisait aussi la part belle à l’éternel candidat traditionaliste au poste de ministre de la Magie, Bertold Higgs.

Si Harry espérait qu’Ackerley soit élu, il se sentit moins personnellement engagé par la bataille politique que les fois précédentes. Pour commencer, il n’avait pas avec Ackerley les liens qu’il avait avec Shacklebolt. Ils n’avaient pas fait la guerre ensemble. Ensuite, il savait que ce n’était pas à lui de s’investir pour le mener au pouvoir : l’homme était un fin stratège, qui n’avait pas besoin que d’autres prévoient sa campagne pour lui. De toute manière, en tant que commandant des Aurors, Harry estimait qu’il avait un certain devoir de réserve. Les inclinaisons de ses hommes se partageaient entre les deux candidats et il ne voulait pas que l’élection devienne un sujet trop brûlant au QG.

ooOoo

Un mois avant l’élection, cependant, Harry se trouva malgré lui mêlé à la campagne d’une manière qu’il n’avait pas envisagée.

Cela commença par une note de service qui vint voleter sous le nez de Harry. Ce dernier la saisit pour la déchiffrer. Elle était signée d’Éric Munch, qui était chargé de l’accueil au ministère. Il indiquait qu’une certaine Dione Pennifold désirait parler au commandant des Aurors. Il fallut quelques secondes à Harry pour déterminer qui elle était puis la mémoire lui revint. L’Auror griffonna en réponse de la laisser monter et renvoya le papier. Ensuite, il alla sur le palier pour accueillir la femme quand elle sortirait de l’ascenseur.

Elle parut soulagée de le voir quand les portes s’ouvrirent. Harry la salua et la pilota vers son bureau. Il la fit asseoir, lui proposa un thé puis s’enquit de la raison de sa visite.

— Je suis désolée de vous déranger, commença-t-elle, mais je ne savais pas à qui d’autre en parler. Vous vous êtes montré si compréhensif, la dernière fois.

— Vous avez été très efficace dans l’affaire de Wigglesmade, lui rappela Harry. C’est grâce à vos visions que tout s’est bien terminé et que nous avons réussi à coincer le kidnappeur de la jeune Meghan.

Mise en confiance, elle se lança :

— J’ai fait un rêve cette nuit. J’ai vu le candidat Ackerley et il semblait mort.

 

Stanislas Pritchard, qui travaillait à proximité, leva le nez de son parchemin pour dévisager la visiteuse.

— Des éléments sur la façon dont cela doit se passer ? demanda Harry avec professionnalisme.

— Pour le moment non. Je vois son visage et ses épaules, mais rien des alentours.

Harry réfléchit un moment en triturant son stylo. Il tenta de se rappeler la façon dont les songes de la devineresse lui avaient permis d’agir efficacement dans l’affaire de l’enlèvement durant laquelle il avait fait sa connaissance.

— Vous allez me décrire le plus précisément possible ce que vous avez vu et on va voir ce qu’on peut en tirer, proposa-t-il.

— C’est juste une image. Je vois monsieur Ackerley, étendu à terre. Son visage est pâle, ses yeux sont ouverts, mais sans vie.

Harry nota soigneusement cette description.

— Êtes-vous certaine qu’il soit mort ?

— Oui.

— Des traces sur son visage ? Du sang, de la sueur ?

— Un peu de sang au niveau de la bouche, et peut-être de la poussière blanche, ce qui expliquerait qu’il soit aussi livide.

— Entendez-vous quelque chose ?

Elle fit un signe de dénégation.

— Comment est-il habillé ?

— Il porte une robe traditionnelle, à col brodé. Elle me semble grise, mais je n’en suis pas certaine. Il est possible que ce soit la poussière qui lui donne cette couleur.

— Il est comme il est maintenant ? Ou bien plus vieux ?

Elle répondit immédiatement :

— Comme maintenant. De toute manière, quand j’ai ce genre de rêves, ils concernent un futur proche.

— Proche comment ? demanda Pritchard.

— Tous les rêves dont j’ai eu la clé sont des actions déjà enclenchées, donc qui ont des conséquences qui ne sont pas très éloignées. C’est généralement une affaire de semaines. Mais je dois vous dire que ne n’ai pas eu d’explication à certaines de mes visions. Je ne sais pas si j’ai raté l’interprétation ou si elles ne sont pas encore accomplies.

Harry nota le laps de temps indiqué avant de remarquer :

— Ce que vous avez vu de moi, la première fois que nous nous sommes vus, était assez loin dans le passé.

Elle marqua un arrêt avant de se rappeler à quoi il faisait allusion. Quand elle l’avait rencontré pour la première fois, elle avait distingué que, dans le passé, le Survivant avait eu deux âmes en lui. Ce rappel de son ancien statut de horcruxe avait glacé Harry.

— Ce n’était pas une vision, mais une réminiscence, expliqua la devineresse. Les rêves prémonitoires marchent autrement. Je pense qu’ils ne peuvent se former que lorsque tous les éléments qui sont indispensables pour créer la situation que je vois sont réunis.

— Vous voulez dire que les éléments qui vont mener à la mort d’Ackerley sont déjà en place ?

— Oui, c’est ça.

— Dans l’hypothèse où je dois mourir de vieillesse, intervint Pritchard, vous pourriez voir mon trépas dès maintenant, même s’il ne doit intervenir que dans de nombreuses années, puisque les éléments qui vont l’amener sont en place depuis ma naissance.

— Sauf que l’usure de votre corps amenant le décès n’a pas encore atteint un point critique, annonçant la rupture finale, le contredit la devineresse. Et je ne peux pas non plus voir les vêtements que vous porterez tant qu’ils n’ont pas été tissés ou achetés.

— Ce que vous nous expliquez c’est que la robe dans laquelle vous avez vu Ackerley décédé est déjà en sa possession ?

— Ou bien déjà livrée dans le magasin où il va l’acheter.

— Et s’il ne porte jamais cette robe, il ne va pas mourir ? s’enquit Stanislas.

— S’il évitait de la porter, suite à mes indications, cela pourrait changer le futur, effectivement. Mais comme la robe n’est sans doute pas la cause du décès que j’ai vu dans ma vision, cela ne modifiera que le vêtement qu’il portera ce jour-là.

— Mais alors, s’écria Pritchard, à quoi elle nous sert, cette vision ?

— Je sais que c’est frustrant, reconnut la voyante, mais parfois les détails que je révèle permettent de déterminer le jour ou l’endroit d’un événement et, ensuite, d’agir directement sur ce dernier pour en changer le cours.

— Comme je l’ai fait en me jetant sur l’oiseau qui a transplané, et qui m’a mené chez le kidnappeur, illustra Harry. Il faut quand même que l’événement en question soit évitable, ajouta-t-il après réflexion.

— Bien entendu. Si quelqu’un doit mourir de vieillesse, ni rien, ni personne ne pourra l’empêcher.

— On ne peut se cacher éternellement de la Mort, fit Harry avec un sourire nostalgique.

Devant le regard d’incompréhension des deux autres, il précisa :

— Le conte des trois Frères.

Ses interlocuteurs hochèrent la tête et il enchaîna :

— Dans l’affaire Wiggleswade, vous avez fait plusieurs songes qui se sont complétés. Pensez-vous qu’il en sera de même cette fois-ci ?

— Je ne sais pas. Parfois, je ne fais qu’un seul rêve sur le même sujet.

— Avec ce qu’on a ici, ça risque d’être un peu juste pour agir, remarqua Pritchard.

— Il y a parfois davantage d’indices dans une vision que ce qu’on peut en croire à première vue. Tout ce dont je suis certaine, c’est que plus je désirerai rêver de cette affaire, moins j’y réussirai. Croyez-moi, ce n’est pas la première fois que j’espère désespérément en apprendre davantage.

Il était évident qu’elle était sincère et qu’elle ferait son possible pour les aider. Harry n’avait pas d’autres questions à poser. Il regarda Stanislas qui secoua négativement la tête. Quand Harry revint après avoir raccompagné la visiteuse à l’ascenseur, Pritchard lui demanda :

— T’y crois vraiment ?

— La divination est une forme reconnue de magie, affirma Harry. Et cette femme m’a déjà prouvé qu’elle n’était pas une simulatrice.

— Je ne vois vraiment pas comment on pourrait éviter à Ackerley de mourir avec de tels indices. Si tant est que ce soit un accident ou un attentat.

— Tu soulèves un point important, remarqua Harry. Mon expérience en la matière m’a appris deux choses : non seulement une prophétie doit être interprétée pour être utilisable, mais, en plus, en tentant de la combattre il arrive qu’on la rende réelle.

— Je ne suis pas certain d’avoir compris ton deuxième point, dit Pritchard après un petit silence. Ou plus exactement, je la trouve en contradiction avec ce que la Pennifold a dit tout à l’heure.

Harry tenta de prendre un exemple sans rapport avec lui :

— Mettons qu’une prophétie indique que ton voisin va mettre le feu à ta maison. Pour l’éviter, tu fais ton possible pour le faire déménager en le persécutant. Au final, il va finir par incendier ta maison pour se venger de tes actions, ou bien par accident en tentant de brûler les liserons gloutons que tu as plantés dans son jardin pour le convaincre de partir.

— D’accord, c’est le remède qui peut déclencher le mal. Mais dans le cas où la connaissance de la prophétie est l’élément déclencheur, comment cette prophétie peut-elle exister ?

Harry considéra la question :

— Peut-être qu’elle n’est finalement qu’un élément qui va compléter les autres. Dans mon exemple, tu ne serais pas enclin à la prendre au sérieux si tu n’étais pas déjà en bisbille avec ton voisin. En tout cas pas au point de planter des liserons gloutons pour le chasser.

Il resta un moment plongé dans ses pensées. Que ce serait-il passé si Rogue n’avait pas répété la prophétie de Trelawney à Dumbledore ? Est-ce que ses parents auraient pour une quatrième fois défié Voldemort, provoqué sa colère, et les choses n’auraient-elles finalement pas tourné de la même manière ?

— Le plus sûr serait de ne rien faire du tout, proposa Pritchard. On n’y croit pas, on ne la déclenche pas.

— Sauf que dans l’affaire Wigglesmade, c’est parce que je l’ai cru que j’ai pu l’utiliser et retrouver la petite. On ne peut pas rester les bras croisés. Si Ackerley se fait tuer, comment on expliquera notre inaction ? demanda Harry.

— Je déteste la divination, conclut son adjoint.

— J’aime pas trop non plus, admit Harry. Mais cela m’a déjà rendu service, alors je ne peux pas faire comme si je ne n’y croyais pas du tout. Je pense qu’on va commencer par prévenir Kingsley et Ackerley, décida-t-il finalement.

Une demi-heure plus tard, Mandy Brocklehurst introduisit Harry dans le bureau ministériel. Ackerley était déjà arrivé.

— De quoi s’agit-il ? demanda le Ministre qui avait manifestement compris que c’était une nouvelle urgente et qui ne s’embarrassa pas des politesses d’usage.

— Une affaire compliquée, soupira Harry avant d’en résumer les grandes lignes.

Le Ministre et son candidat restèrent un moment songeurs après avoir entendu son récit.

— Cette femme est-elle fiable ? demanda Ackerley.

— Oui, j’ai déjà travaillé avec elle, et elle m’a bien aidé, affirma Harry.

— Justement, si elle était contre moi et voulait m’empêcher de faire campagne, elle pourrait utiliser la confiance que vous avez en elle depuis ce jour-là, fit remarquer Ackerley.

— Comment pourrait-elle vous empêcher de faire campagne ? s’enquit Harry froissé par la supposition du candidat.

— Quel conseil allez-vous me donner ? lui retourna Ackerley.

Harry s’apprêta à répondre puis retint les mots qui allaient lui échapper. Ackerley n’avait pas tort. Il se devait de lui conseiller de limiter ses déplacements, et allait mettre autour de lui une protection qui allait le couper des autres. Bref, rendre sa campagne moins efficace.

— Qu’avez-vous de prévu à votre programme prochainement ? demanda Harry.

— Trois visites encore ce matin — j’ai déjà du retard — et deux réunions cet après-midi. Autant vous dire qu’il est hors de question que je sois suivi par vos hommes. D’une part, j’aurais l’air d’un couard, et d’autre part, cela m’empêchera de mettre suffisamment mes interlocuteurs en confiance pour des tractations délicates.

— Ce n’est pas une question de courage, argumenta Harry. Vous êtes menacé et…

— Kingsley n’accepte jamais d’être suivi par un garde du corps, coupa Adrian.

— Il a été Auror et…

—… et moi je n’ai même pas fait la guerre. Le rappeler serait un suicide politique. Oubliez !

— Si je ne fais rien, et que vous mourez, c’est mon service qui passe pour incompétent. Oubliez ! rétorqua sèchement le commandant des Aurors fortement agacé par le ton employé — Kingsley ne lui avait jamais parlé ainsi.

Il y eut quelques instants de silence. L’expression de Pritchard et Shacklebolt était impénétrable, tous deux exprimant silencieusement l’intention de ne pas intervenir. Finalement, Ackerley leva les mains, paumes vers Harry comme pour indiquer qu’il ne voulait pas entrer en conflit avec son interlocuteur.

— Je comprends que vous vous sentiez obligé d’agir, assura-t-il, mais, de mon côté, je ne veux pas limiter mes chances de gagner sans être certain qu’une action est indispensable.

— Je ne peux pas vous prouver que la prédiction est juste, reconnut Harry. Je peux seulement vous faire bénéficier de mon expérience. On peut échapper à certaines prédictions si on agit correctement, et cette femme est une authentique devineresse. J’aimerais au moins que vous fassiez comme si quelqu’un voulait du mal. Avez-vous une robe de cérémonie à col brodé ? enchaîna-t-il.

— J’en ai plusieurs. Et ce n’est pas difficile de le savoir, je les porte régulièrement quand je fais campagne. Dois-je renoncer à porter des robes ?

Harry examina le pantalon et la veste de son interlocuteur.

— Pas de robe aujourd’hui ? demanda-t-il.

— Seulement cet après-midi, car je suis invité par une corporation. Ce matin, je rencontre individuellement des personnes influentes, je n’ai pas besoin de ce cérémonial.

La mode sorcière avait énormément changé depuis la guerre. Alors qu’auparavant le costume classique était la robe sorcière, les vêtements « à la moldu », mais de fabrication sorcière, étaient devenus de plus en plus portés, considérés à la fois comme modernes et pratiques. Mis à part les plus traditionalistes ou les personnes âgées, on ne portait désormais la robe que pour « s’habiller ». Sortir dans un endroit chic, rendre visite à des connaissances éloignées ou professionnelles, des occasions particulières. En tant que champion du parti moderniste, Ackerley se devait de choisir ses vêtements avec tact.

— Si quelque chose doit arriver, indiqua Harry, ce sera un jour de cérémonial. Mais que vous renonciez à porter une robe ne changera rien, je le crains. Puis-je avoir votre emploi du temps ?

Ackerley serra les lèvres.

— Pour étudier avec vous les précautions à prendre, tenta de tempérer Harry.

— Je vais voir ça avec ma secrétaire, fit Adrian du bout des lèvres.

— Je peux vous faire suivre sans que personne ne s’en rende compte, tenta encore Harry pour convaincre son interlocuteur.

Il vit le candidat se crisper :

— Sans que je m’en rende compte ? interrogea-t-il d’une voix contrôlée.

— Pas sans un ordre de ma part, intervint alors Kingsley. Mais, de manière concertée, une protection discrète est une possibilité à envisager de manière ponctuelle, ajouta-t-il ayant manifestement mieux compris ce que voulait dire le commandant des Aurors.

— En fonction de l’emploi du temps que nous allons étudier ensemble, insista ce dernier.

Il y eut une pause durant laquelle le candidat sembla évaluer la confiance qu’il pouvait accorder à Harry.

— Entendu, finit par accepter Ackerley. Mais à une condition : je veux rencontrer — discrètement bien entendu — cette femme qui aurait eu cette vision sur moi.

Harry réfléchit un moment :

— L’endroit le plus discret serait du côté moldu. Je peux même modifier son image, pour ne prendre aucun risque.

— Demain, au Starbucks café de Euston Road, avec vous uniquement. Soyez tous deux méconnaissables, ordonna Adrian en se levant. Maintenant, vous m’excuserez, mais je suis déjà très en retard.

Il les salua de la tête pour adoucir la brusquerie de son départ et sortit d’un pas pressé. Harry contempla un moment la porte qui se refermait avant de reporter son attention vers le ministre de la Magie.

— Des instructions ? demanda-t-il.

— Je suis certain que vous n’en avez besoin, ni l’un ni l’autre, sourit calmement Kingsley.

Harry lui renvoya un regard noir et se leva en disant :

— Alors, je ne te dérange pas plus longtemps.

Kingsley lui sourit et Harry ne put s’empêcher d’en faire autant, sachant que le ministre sortant avait tout à fait raison de laisser Harry et le candidat se mesurer l’un à l’autre. Si Ackerley passait, ils auraient à travailler ensemble au minimum pendant cinq ans.

Suivi de son adjoint qui était resté silencieux durant toute l’entrevue, le commandant des Aurors réintégra son bureau. Il en ferma soigneusement la porte et demanda :

— Tu en penses quoi ?

— Il est évident que le prochain Ministre n’aura pas autant de bienveillance à ton égard que l’actuel, remarqua Pritchard. Ni la même compréhension de notre travail.

— Je savais bien qu’il n’était pas si charmant que ça, grogna Harry. Et l’autre, Higgs, tu sais des choses sur lui ?

— Quand il y a un changement de politique en haut lieu, c’est toujours un mauvais moment à passer pour les fonctionnaires du ministère, rappela l’adjoint du commandant.

— Tu crois… que j’ai du souci à me faire pour mon poste ? demanda Harry qui n’avait jamais réfléchi à la question.

— On peut espérer qu’il ne soit pas assez idiot pour t’amener à agir contre le Ministère, jugea Pritchard en levant les yeux au ciel.

— Higgs reviendrait sur les lois judiciaires ? évalua Harry.

— Ce serait difficile. Elles sont maintenant assez populaires grâce à tes copains journalistes. Et de toute manière, tu continuerais à nous obliger à faire des dossiers bourrés de preuves, non ?

— Oui, sans doute. Par contre, personne n’ira défendre les elfes ou les loups-garous si leur statut se dégrade, craignit Harry.

— Je n’ai jamais compris pourquoi tu tenais tant à ce qu’on laisse les garous se transformer en paix, grogna Stanislas qui savait que Harry avait soutenu le combat d’Hermione contre une législation contraignant les lycanthropes à prendre la potion Tue-Loup améliorée qui annulait les effets de la lune.

— Parce qu’une action répressive du Ministère les aurait amenés à se méfier et à rentrer dans la clandestinité, expliqua patiemment Harry. Il est toujours plus efficace de convaincre, plutôt que contraindre. D’ailleurs, le nombre de réfractaires est en baisse, mois après mois. Plus le temps passe, plus ceux qui se refusent la potion constatent que ceux qui la prennent sont en bonne santé et vivent bien mieux qu’avant. Le problème est pratiquement résolu en Angleterre, et mon beau-frère Percy m’a dit que d’autres pays sont intéressés par des rachats de brevet. Et côté, Moldus, continua-t-il, qu’est-ce qui changerait ?

— Le Ministère arrêterait d’être en adoration devant eux, ce qui ferait plaisir à pas mal de sorciers que cette idolâtrie agace prodigieusement, énonça Stanislas, indiquant sans doute possible sa propre opinion. Mais ne t’en fais pas, les guildes resteront indépendantes et continueront à nous faire adopter en douce des habitudes moldues, ajouta-t-il avec un sourire ironique.

— Les guildes sont assez conservatrices, corrigea Harry. Elles refusent de mettre en vente des marchandises dont elles ne maîtriseraient pas totalement la fabrication et l’entretien. Certains chefs de guilde parlent même d’instaurer une taxe sur les achats qu’on ferait chez les Moldus, si tu veux tout savoir.

— Oh ! Et tu parles encore à ton beau-frère Ron ?

— C’est une question dont nous débattons souvent ma femme et moi, sourit Harry qui ne mentait pas, car c’était un sujet de plaisanterie récurrent entre Ginny et lui.

— Les repas de famille doivent être assez particuliers, chez vous, avança Stanislas.

— On ne discute pas tant que ça politique, assura Harry. Quand tu as une dizaine de mômes dans les pattes, ça limite le temps de parole.

— Je suppose, oui.

Harry reprit son sérieux et revint au sujet de départ :

— Ça ne va pas être évident, jugea-t-il. Non seulement on manque d’éléments, mais en plus il va falloir ne pas interférer politiquement, sans compter que nous devons mettre le moins d’hommes possible sur l’affaire pour limiter le risque de fuites.

— Ne te lance pas dedans tête baissée, conseilla Pritchard. Pas avant d’en savoir plus. Pas contre l’avis du principal intéressé. Parce que si ça tourne mal, tout va te retomber dessus.

— Si Ackerley meurt alors qu’on savait qu’il était visé, ça me retombera dessus de toute manière, argumenta Harry. Et ça retombera en plus sur tous ceux qui espèrent qu’il devienne ministre.

— Mais, si j’ai bien suivi, en agissant mal tu donnes plus de chances à la prédiction de s’accomplir qu’autre chose, rappela Stanislas.

Harry soupira :

— Quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi on a toujours des enquêtes pourries juste avant chaque élection ?

End Notes:

Bonjour à tous ! Me voici enfin après un long silence.

Comme je l'ai dit à plusieurs reprises, cette fic est longue à sortir, mais elle n'est pas abandonnée. Merci pour votre patience.

Merci également à tous ceux qui me laissent des petits mots sur cette histoire ou celles qui sont terminées. Ils sont tous lus avec plaisir. J'en profite pour souhaiter la bienvenue à ceux qui nous ont rejoint depuis la parution du précédent chapitre.

Nous nous retrouvons la semaine prochaine pour la suite de l'enquête.

pour ceux qui sont passé au numérique ou préfèrent lire hors ligne, je mets à disposition des documents epub et pdf des trois premiers tomes de cette saga à cette adresse : http://etude.fanfiction.free.fr/Alixe.php.

XX : La liste des priorités by alixe
Author's Notes:

Repères chronologiques
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
2006 : Naissance de Rose Weasley (4 janvier) et d'Albus Severus Potter (26 juin)
2008 : Naissance de Lily Luna Potter (16 mai) et d’Hugo Weasley (28 juin)
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : 5 février au 6 mars 2014

Harry et Dione Pennifold étaient méconnaissables quand ils poussèrent la porte du café Starbuck où ils étaient attendus. L'Auror repéra facilement Adrian Ackerley qui, avec un pull et un pantalon de velours de bonne coupe, se fondait dans le décor. Harry, pour sa part, avait opté pour un vêtement un peu plus négligé — jeans et blouson — et la devineresse s'était choisi une jupe longue dans un style un peu bohème.

Cela n'empêcha pas le candidat de se lever poliment à leur approche et de les inviter à s'asseoir avec son sourire le plus éclatant. Visiblement, il avait adopté le mode « charmant » pour l'occasion.

— Et si ce n'était pas moi ? demanda Harry qui s'était affublé de cheveux blonds coiffés en catogan, inspirés de la coiffure de Bill.

— Eh bien, vous auriez parfaitement imité votre démarche, affirma Adrian. Madame, je suis enchanté de faire votre connaissance. Je suis touché que vous vous donniez autant de mal pour moi.

— C'est naturel, affirma la voyante. Si je peux vous éviter un accident, il serait criminel de ma part de ne pas faire savoir ce que je sais.

— En tout cas, merci d'avoir pris la peine d'être venue de ce côté-ci.

— J'en comprends bien la nécessité. J'espère que rien de ce que je ferai ne vous portera préjudice.

Adrian proposa aimablement :

— Voulez-vous un café ou quoi que soit d'autre ?

— Un café sera très bien, assura Dione.

— Je m'en charge, indiqua Harry en se levant. Vous reprenez quelque chose ? demanda-t-il en remarquant la tasse à moitié consommée d'Ackerley.

— Non merci.

L'Auror alla au comptoir, passa ses commandes et revint avec un plateau. Pendant qu'il plaçait devant la femme le gobelet et les sachets de sucre, il comprit que, durant son absence, le candidat s'était intéressé à son interlocutrice qui était en train de lui indiquer depuis combien de temps elle exerçait.

Adrian attendit que Harry commence à consommer sa boisson pour revenir au sujet qui les intéressait :

— Comme je l'ai expliqué à notre ami ici présent, le fait même qu'on sache qu'il faut me protéger est préjudiciable, expliqua-t-il, avec moins de rudesse dans la voix néanmoins que lorsqu'il s'était adressé auparavant à Harry. Il me serait très difficile, maintenant, d'annuler ce qui est prévu sur mon agenda, sans conséquences directes sur la campagne.

— Selon ma vision, vous risquez bien davantage que de ne pas être élu, remarqua Dione.

Adrian hocha la tête, comme s'il prenait en compte l'argument présenté. Mais Harry ne se faisait pas d'illusion : la partie était loin d'être gagnée.

— Qu'avez-vous vu exactement ? demanda le candidat à la devineresse, les yeux plantés dans les siens, donnant l'impression d'une attention sans partage.

Elle répéta ce qu'elle avait déjà révélé aux Aurors : elle l'avait vu inconscient, peut-être mort. Il portait une robe traditionnelle.

— J'ai fait un autre rêve cette nuit, continua-t-elle. J'ai la sensation que c'est lié à vous. J'ai vu une image représentant un aigle à deux têtes, rouge, sur fond jaune.

— Une équipe… sportive ? demanda Harry en tentant de visualiser les images de chacune des équipes de Quidditch qu'il connaissait.

— Non, affirma Adrian. Ni un blason familial.

Harry prit mentalement note de vérifier, tout en se disant qu'il était peu probable qu'il prenne le candidat en défaut sur un sujet aussi susceptible de lui être utile pour sa campagne.

— Madame, je vais prendre en compte ce que vous m'avez appris, autant qu'il est possible, assura Adrian. Je pense que je peux compter sur vous pour prévenir l'Auror Potter si une nouvelle vision vous vient.

— Bien entendu…

— Et je compte sur vous pour la faire parvenir avec la même discrétion qu'aujourd'hui, insista Ackerley tout sourire, mais avec un regard qui ne dissimulait pas son intention d'être obéi.

— Vous pouvez compter sur moi, Monsieur.

— Je vous en suis très reconnaissant, remercia le candidat en tendant la main en direction de la voyante, comme pour sceller un accord, en plus de prendre congé.

Après le départ d'Adrian, Harry et Dione terminèrent leur consommation en silence avant de se lever à leur tour.

— Il est bien poli mais, en définitive, il ne va pas prendre mon avertissement au sérieux, n'est-ce pas ? exprima la devineresse alors qu'ils revenaient vers le Chaudron Baveur qui était accessible à pied de leur lieu de rendez-vous.

— C'est probable, en convint Harry. Pour lui, ce que vous avez vu n'est qu'une possibilité, alors que perdre l'élection, s'il lève le pied, est une certitude.

— Je ne sais pas ce que je peux faire de plus pour le convaincre de prendre mon avertissement au sérieux. Je ne suis même pas certaine qu'il croie en mes prédictions.

— Il y croit suffisamment pour être venu ce matin, tenta de la rassurer Harry. En tout état de cause, tout ce qui est en votre pouvoir est de continuer à me dire ce que vous voyez sur lui. Pour le reste, c'est mon travail et ce sont ses choix. Nous ne pouvons pas faire mieux et il est inutile de nous en faire pour ce que nous ne pouvons pas changer.

Harry sentit le regard de la femme sur lui.

— Vous pensez que je suis mal placé pour donner ce genre de conseil ? demanda-t-il.

— Non, pas du tout. Ce que vous dites est plein de sagesse. Mais vous n'auriez pas parlé ainsi la dernière fois que nous nous sommes vus.

— C'est vrai. Il faut croire que mes nouvelles responsabilités m'ont appris les limites du pouvoir et m'ont incité à prendre du recul, reconnut Harry. Je vais bien entendu faire mon possible pour protéger Monsieur Ackerley, mais je lui reconnais le droit de refuser mon aide.

ooOoo

Les semaines qui suivirent furent éprouvantes pour Harry qui dut faire preuve de toute sa diplomatie — qualité qui n'était pas son fort — pour convaincre Adrian Ackerley de le laisser faire son travail. Il découvrait, sans trop de surprise d'ailleurs, car il ne s'était jamais laissé abuser par l'onctuosité du discours, un homme obstiné qui cédait difficilement sur ses positions. Le commandant des Aurors ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose. D'un côté, un dirigeant trop influençable n'était pas souhaitable, mais de l'autre, il fallait espérer que cela n'irait pas jusqu'à un entêtement qui l'empêcherait d'écouter les conseils de son entourage.

Finalement, ils avaient trouvé un accord : seul Harry assurait personnellement la protection du candidat, gardant le secret vis-à-vis de ses subordonnés. En échange, Ackerley s'arrangeait pour prévoir des rencontres dans des endroits faciles à surveiller ou recevait dans son bureau au Ministère (les visiteurs devaient laisser leurs baguettes dans l'atrium, ce qui tranquillisait Harry qui en profitait pour régler les affaires courantes).

Un autre aspect déplaisait davantage à Harry. Par les paroles que le candidat laissait échapper en marge de ses sorties officielles, le commandant des Aurors avait de plus en plus l'impression qu'il manquait à Ackerley la passion ou la soif d'idéal qui avait toujours justifié ses propres actions. Kingsley s'était présenté et s'était maintenu quinze ans au pouvoir dans des buts bien précis : faire évoluer la société sorcière vers une plus grande ouverture sur les Moldus, faire respecter les créatures magiques, et mettre fin à la corruption régnant au sein du Ministère. Adrian Ackerley avait certes des sympathies pour les idées progressistes, mais Harry avait la nette impression que c'était avant tout l'amour du pouvoir qui le motivait.

Harry réalisa alors combien ses proches se considéraient comme redevables envers la communauté, au point de s'effacer derrière ce qui semblait être leur devoir : l'amélioration du sort des créatures magiques pour Hermione, les lourdes fonctions de chefs de département pour Arthur et Percy, l'école primaire pour Molly, le musée pour Ginny, Fleur et Andromeda, le journal pour les Jordan…

Habitué à davantage de grandeur d'âme, Harry s'aperçut qu'il avait du mal à respecter celui qu'il espérait cependant voir prendre la tête du ministère de la Magie. Il avait conscience qu'il était présomptueux de sa part de juger un homme sur des critères aussi élitistes que les siens, et que l'homme possédait de grandes qualités — en particulier sa aptitude à séduire et convaincre et ses incontestables capacités à mener à bien ses projets — mais c'était plus fort que lui. Harry se sentait de moins en moins d'affinités avec Ackerley. Il en vint même à penser qu'il se sentait plus proche de Bertold Higgs, malgré leurs opinions divergentes, car ce dernier briguait le poste pour défendre ses convictions, et non par ambition personnelle.

Il gardait cependant pour lui toutes ses réflexions, ne pouvant ni s'épancher sur l'épaule de son adjoint, le seul au courant de l'enquête en cours, ni auprès de sa famille, à qui il ne pouvait pas en parler.

Sa fameuse enquête, à elle seule, était éminemment frustrante. Tout ce que Harry savait c'est qu'Adrian Ackerley devait mourir prochainement, sans doute de manière non naturelle. Ses recherches avaient réussi à décrypter l'image vue par la voyante la nuit qui avait précédé sa rencontre avec Ackerley dans le café moldu : l'aigle à deux têtes était le logo d'une marque de bièraubeurre, qu'on trouvait apposée sur les tonneaux que les bars recevaient et revendaient ensuite au pichet ou au verre.

La logique aurait voulu que le candidat accepte d'être suivi par au moins un Auror lors de ses visites électorales et ne boive pas de bièraubeurre. Mais cela fut jugé incompatible avec la tenue d'une campagne efficace. Tout ce que Harry put obtenir, c'est de pouvoir être présent, sous sa cape d'invisibilité, à quelques manifestations particulièrement médiatisées qui devaient attirer le plus de monde, et que le candidat lui laisse le temps de jeter quelques sorts de vérification sur son verre avant de le porter à ses lèvres. Le commandant des Aurors devait reconnaître qu'il y avait perdu son temps. Il ne surprit aucune action suspecte à l'encontre d'Ackerley, et il ne détecta dans les diverses chopes ingurgitées en sa présence aucune trace de poison ni sortilège malfaisant.

— Au moins, il est toujours vivant, tentait de le réconforter Stratford.

— Oh, une minute avant son assassinat, je ne doute pas qu'il le sera, répliquait Harry.

Il ne restait plus qu'une dizaine de jours avant les élections quand Dione Pennifold le contacta par miroir.

— J'ai vu une nouvelle image, lui annonça-t-elle. Je l'ai dessinée du mieux que j'ai pu. Je vous envoie un hibou.

À son intonation désolée, Harry comprit qu'il ne devait pas attendre un indice qui lui donnerait une piste supplémentaire. En effet, quand il eut la missive en main, il resta perplexe devant le cercle jaune qui se profilait devant une large bande verticale grise. À tout hasard, il fit tourner l'image dans la brigade pour savoir si cela évoquait quelque chose à l'un de ses subordonnés, mais sans succès.

Ackerley n'eut pas davantage d'explication. Harry soupira avec résignation et remarqua :

— Je suppose que ces derniers jours vont être bien remplis.

— J'en ai terminé avec les meetings publics et les visites de boutiques et d'exploitations agricoles et artisanales. Plus que les discussions privées.

Harry savait que les fameuses discussions privées étaient en réalité des tractations faites avec ceux qui allaient participer à l'élection. Ron lui avait expliqué comment cela marchait : les candidats tentaient de gagner les votes en échange d'un règlement à faire voter ou à rendre caduques s'ils étaient élus, et les personnes sollicitées tentaient d'obtenir le maximum de promesses, sans pour autant s'engager totalement à voter pour l'un ou l'autre des candidats. Certains votants devaient sans doute accepter de l'argent. Bref, bien des choses que Harry aurait préféré ignorer et auxquelles heureusement Ackerley ne le laissait pas assister.

— Dans deux jours, il y a le match de Quidditch, rappela Harry.

C'était un match qui devait opposer l'Orgueil de Portree aux Frelons de Wimbourne. Or les Frelons l'avaient emporté sur Portree en finale de la coupe de la Ligue de l'année précédente, lors d'un match dont l'arbitrage avait été fortement controversé. Tous ceux qui s'intéressaient au Noble Sport voulaient y assister, soit pour avoir la preuve que les Frelons pouvaient battre de nouveau Portree, soit pour démontrer que Portree l'aurait l'emporté si l'équipe n'avait pas été injustement désavantagée (un de ses joueurs s'était fait sortir à la vingtième minute). Il y aurait bien entendu des retransmissions par Pensine de presse, mais ce n'était pas la même chose qu'être dans le stade.

Ginny avait tenté d'acheter un billet, mais sans succès, ces derniers s'étant arrachés dans les premières heures de la mise en vente. Elle avait semblé déçue mais était vite passée à autre chose.

Le ministre de la Magie en exercice y assisterait et, par courtoisie, y avait invité les deux candidats à sa succession.

— Je suppose que vous voudrez m'y suivre, soupira Ackerley la veille de la rencontre.

— Tout à fait, confirma Harry.

— Par pur sens du devoir, bien entendu, fit le candidat avec un petit sourire ironique.

— Comme toujours, répliqua Harry un peu agacé par le sous-entendu. La probabilité qu'on vous attaque est faible vu que tout le monde aura remis sa baguette à l'entrée, reconnut-il, mais d'un autre côté, tout le monde étant au courant de votre présence, je ne peux pas totalement ignorer le risque. Voyez le bon côté des choses, personne ne s'étonnera de m'y voir, c'est le match de l'année.

— Votre épouse a-t-elle prévu d'y assister ?

— Elle n'a malheureusement pas réussi à obtenir de place. Je lui raconterai.

Le candidat le considéra un moment avant d'écarter des documents se trouvant sur son bureau et d'y récupérer un coupon de papier brillant.

— Je sais que cette histoire est pénible pour vous et que ma conduite vous cause bien du souci, commença Adrian. Cette place m'a été donnée au cas où je voudrais venir accompagné, mais je n'avais pas l'intention de l'utiliser. Considérez-la comme une modeste compensation des tracas que je vous donne.

ooOoo

— Comment tu as fait ? s'extasia Ginny quand Harry lui tendit le ticket. Oh, je suis tellement contente, merci, mon amour !

— On me l'a proposée, simplifia-t-il alors qu'elle lui sautait au cou. Mais si tu m'avais dit que c'était aussi important pour toi, je me serais débrouillé pour t'en obtenir une, bien avant. Tu aurais aussi pu demander à tes diverses relations.

Toujours serrée contre lui, Ginny haussa les épaules.

— Je sais que tu n'aimes pas profiter de ton statut pour obtenir des faveurs et moi non plus. Je pouvais m'en passer.

— Tu peux me parler de tes déceptions, fit-il remarquer en l'étreignant. Je suis là pour ça aussi.

— Mhm.

Harry fit reculer Ginny pour la contempler avec attention. Elle évita son regard.

— Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta-t-il. Tu n'as pas l'air dans ton assiette.

— Non, tout va bien. Je n'allais pas t'ennuyer avec un caprice.

— Tout va bien ? répéta-t-il.

— Mais oui. La nouvelle salle avec les pensines sera ouverte pour les vacances de Pâques. Il faut que tu viennes voir, ça va être formidable.

Comme elle l'avait prévu l'année précédente, Ginny avait réussi à faire témoigner des sorciers de nombreux pays et leurs explications sur leurs méthodes magiques, avec des démonstrations à l'appui, étaient visualisables comme si on y était grâce à la technique des Pensines de presse. C'était Fleur qui avait assuré les interviews, Ginny ayant préféré rester en Angleterre près de sa famille.

— Mais ? insista encore Harry qui trouvait le ton enjoué de sa femme un peu trop forcé pour être honnête.

— Je ne sais pas, avoua Ginny la tête baissée, laissant ses cheveux lui masquer le visage. J'ai vraiment été très déçue de ne pas avoir de place pour cette rencontre. De manière… exagérée. Ce n'est qu'un match.

— Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? On ne se parle plus ?

— Mais si, Harry, mais je vois bien que depuis plusieurs semaines tu es sur une affaire qui te pose problème. Je ne voulais pas t'importuner avec des futilités. Ne te sens pas coupable pour ça, ajouta-t-elle vivement. Si ça avait été grave, je t'en aurais parlé. Là, c'est simplement… je ne sais pas. J'ai un peu de mal à m'intéresser à mon travail. Peut-être un peu de fatigue. Ça va passer.

— C'est le Quidditch qui te manque ? l'interrogea Harry. Tu n'as pas été tentée de reprendre la compétition quand Lily est rentrée à la petite école ?

— Je n'avais plus la condition physique pour le faire, assura Ginny. Ce n'était pas raisonnable d'y songer.

— Mais tu préférerais un métier davantage lié au Quidditch, c'est ça ? insista son mari. Tu n'as jamais cessé de t'y intéresser, remarqua-t-il.

Elle faisait toujours son possible pour assister à plusieurs matches importants par an, réalisa Harry, et elle suivait suffisamment l'activité sportive pour le tenir au courant.

— J'ai adoré monter mon musée, assura-t-elle. J'ai appris tellement de choses, je suis tellement fière d'avoir apporté tout ce savoir à nos visiteurs. Pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression d'avoir contribué pour de bon à l'amélioration de notre communauté. J'étais la seule de vous tous à ne pas l'avoir fait.

Ce discours rappela à Harry ses réflexions sur Ackerley. Il doutait que ce dernier ait ce genre de préoccupations. Mais il se concentra sur le cas de sa femme qui l'intéressait bien plus.

— Maintenant que ton musée est bien établi, tu te sens peut-être moins indispensable là-bas et du coup cela perd pour toi son intérêt, supputa-t-il. Tu devrais peut-être envisager une nouvelle carrière.

— J'y pense depuis quelques mois, avoua-t-elle. Mais je ne vois pas ce que je pourrais faire.

— Créer une nouvelle marque de balai, proposa-t-il en souriant.

— Non, je ne me vois pas mage-ingénieur, répondit-elle avec sérieux. La technique ne m'intéresse pas. J'ai pas non plus envie de diriger une équipe de Quidditch, ajouta-t-elle l'ayant visiblement envisagé. Ni d'entraîner des joueurs…

— Écoute, je vais être un peu pris jusqu'aux élections mais après, je te promets, j'aurai davantage de temps à te consacrer. On trouvera ce qu'il te faut, j'en suis sûr.

— Merci, Harry. Rien que le fait que tu m'encourages à voir au-delà de mon musée m'aide beaucoup. Je crois que je me trouvais tellement stupide de ne pas me contenter de ce que j'avais, que je n'osais pas me projeter ailleurs.

— Il n'y a pas de mal à vouloir changer, lui assura Harry. Tu dois suivre tes envies, jusque-là, ça t'a très bien réussi !

ooOoo

Le jour du match arriva. Le matin, Harry et Ginny s'étaient dit « A plus tard ». Harry avait prévenu sa femme qu'il serait sur place, du fait de la présence de trois personnalités importantes en cette période électorale. Elle avait semblé trouver cette organisation parfaitement normale.

Harry arriva un peu avant Ackerley. On était à moins d'une semaine des élections, et il se sentait particulièrement nerveux. Sur les conseils de Pritchard, il avait demandé à Janice de l'accompagner, après l'avoir rapidement briefée sur cette mission particulière. Elle devrait faire des rondes, à l'affût de tout incident sortant de l'ordinaire, tandis qu'il assurerait la protection rapprochée.

Petit à petit, la tribune officielle se remplissait. Harry échangea un sourire avec Ginny quand elle arriva, ainsi qu'avec Gwenog Jones qui l'accompagnait. Il vit le journaliste Harold Tribune, le patron de la Gazette du sorcier, aller vers elles et les saluer. Harry nota la présence de Jorg Whitehorn, l'actuel patron de la société des balais de course Nimbus en pleine conversation avec son concurrent des balais Brossdur.

Ackerley et son compétiteur, Bertold Higgs, arrivèrent pratiquement en même temps. L'opposant d'Adrian était accompagné de son épouse. Ils se saluèrent avec bonhomie, sans doute un peu pour la galerie. À peine un quart d'heure avant le début du match, le Ministre sortant arriva à son tour.

Le responsable du stade, dont la chaise était tout juste derrière celles de ses augustes invités, entretenait les trois politiques, dans l'attente du coup d'envoi. Comme à son habitude, Ackerley semblait captivé par ses paroles — il avait l'art de donner l'impression à ses interlocuteurs qu'ils étaient des personnes passionnantes. Kingsley souriait poliment, mais Harry n'était pas persuadé qu'il écoutait réellement. Mr et Mrs Higgs hochaient régulièrement la tête pour montrer leur intérêt.

Le commandant des Aurors vit cependant Mr Higgs étirer discrètement le bras pour regarder sa montre. Il était assez près pour distinguer l'accessoire qui enserrait le poignet du candidat : les deux brides argentées du bracelet formaient une bande verticale où s'intercalait un cadran doré. Harry sentit ses cheveux se dresser sur sa nuque tandis qu'il tentait de trouver un sens à ce qu'il voyait. Higgs était manifestement lié l'accident qu'il craignait pour Ackerley. En était-il le commanditaire ou une co-victime ?

Il saisit son miroir pour avertir Janice. Mais avant qu'il ne l'active, ce dernier vibra, réagissant à un appel en entrée. Harry l'ouvrit, prêt à raccrocher au nez de l'importun pour joindre sa collègue, mais il vit que c'était cette dernière qui l'appelait. Il allait lui faire part de sa trouvaille, quand la vue bascula et le visage de Janice fut remplacé par un symbole qui lui donna un nouveau coup au cœur.

— Qu'est-ce que c'est que ça ? interrogea fiévreusement Harry.

— Un tonneau de bièreaubeurre qui n'a rien à faire où il est.

— Mais où es-tu ?

— Juste en dessous de toi. Dans l'espace vide entre la tribune et les vestiaires qui sont en dessous.

— Et moi j'ai trouvé le cercle d'or et les deux barres argentées, la renseigna Harry. Au bras de Higgs.

— Si le tonneau représente un danger, toute la tribune est visée, fit Janice d'une voix pressante, faisant écho à la conclusion à laquelle Harry était en train d'arriver.

— J'évacue la tribune, réagit Harry.

— Attends ! l'arrêta Janice. Je ne sais pas ce qui peut déclencher le danger. Il te faudra plusieurs minutes pour faire sortir les cent personnes qui sont avec toi. Et tu imagines ce qui peut se passer si les cinq mille spectateurs du stade voient la tribune désertée, juste au moment où le match commence ?

Mouvements de foule, piétinement, étouffement. Oui, Harry voyait très bien. Il savait que les stades moldus étaient bâtis selon des règles très strictes pour prévoir les évacuations d'urgence, mais ce n'était pas le cas des constructions sorcières. Entre les sortilèges anti-transplanage et les sorciers délestés de leurs baguettes, les stades pouvaient devenir une nasse mortelle en cas de problème.

— Je m'occupe du tonneau, proposa Janice. Évacue pour commencer le Ministre et les candidats. Envoie-moi du renfort.

— Entendu, accepta Harry avant de refermer son miroir.

Il avança vers le trio de politiques, se pencha vers eux et chuchota pour ne pas être entendu par leur entourage :

— Monsieur le Ministre, Messieurs les candidats, je vais vous demander de vous diriger tranquillement vers la sortie. J'ai des raisons de penser que vous n'êtes pas en sécurité ici.

— Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? demanda le directeur du stade.

— Nous étions tombés d'accord sur le fait…, commença simultanément Ackerley.

— Vous évacuez tous les trois, coupa Harry. Vous aussi, Madame, ajouta-t-il à l'adresse de l'épouse de Higgs, tout en s'interdisant de regarder en direction de Ginny.

Kingsley était déjà debout et tendait galamment son bras à Mrs Higgs qui était à ses côtés. Cette dernière ne put rien faire d'autre que de l'accepter et se lever à son tour. Son mari l'imita et finalement Ackerley en fit autant.

Harry se tourna vers le directeur :

— Officiellement, ils sont allés parler aux joueurs pour les encourager, indiqua-t-il. Et restez dans le coin, j'ai besoin de vous parler. En attendant, arrangez-vous pour retarder le début de la rencontre de dix minutes.

Tout en menant ses protégés vers la sortie, Harry ouvrit son miroir et appela son adjoint :

— C'est pour aujourd'hui. Envoie-moi tous ceux que tu peux joindre. Je t'envoie quatre personnes au Ministère par cheminée.

— Compris, fit brièvement Pritchard avant de couper la communication pour appliquer les ordres qu'il venait de recevoir.

Ils étaient presque arrivés à la porte de la tribune quand Ackerley se tourna vers Harry :

— Votre épouse… commença-t-il.

Harry sentit sa gorge se serrer. Depuis qu'il avait pris sa décision, il tentait de ne pas penser à Ginny et au risque qu'elle courait si Janice n'arrivait pas à désamorcer le danger représenté par le tonneau qu'elle avait trouvé ou, s'ils avaient fait fausse route, que la menace ne vienne d'ailleurs.

— Elle n'est pas la première sur la liste des priorités, répondit-il sèchement. Et nous ne pouvons évacuer toute la tribune sans risquer un mouvement de panique qui risque d'être meurtrier. Il faut près d'une heure pour vider le stade.

— Il a raison, intervint Kingsley de sa voix grave. Sortons d'ici pour le laisser faire son travail, ajouta-t-il d'une voix sans réplique.

Les autres se le tinrent pour dit et prirent docilement la suite de couloirs qui les menèrent aux cheminées et aires de transplanage. Quand ils les atteignirent, des Aurors étaient déjà sur place, en train de se rassembler en brigades.

— Wellbeloved, escorte ces messieurs dames au Ministère en cheminée. Reste avec eux tant que Pritchard ne les a pas récupérés, ordonna Harry.

Il distribua ensuite ses ordres : une brigade fut envoyée sous la tribune officielle en soutien à Janice. Les autres furent répartis dans le stade pour noter tout ce qui pouvait leur paraître suspect.

— N'hésitez pas à fouiller ceux dont le comportement ne semble pas conforme à celui d'un passionné de Quidditch, ordonna Harry. Vous avez le droit de les stupéfixer s'il le faut. Allez, au boulot !

Le commandant laissa un Auror en faction sur place pour transmettre les consignes à ceux qui allaient arriver puis retourna à la tribune officielle. De la porte, il fit signe au directeur de le rejoindre.

— Puis-je savoir ce qui se passe ? s'écria ce dernier.

Harry lança une bulle de confidentialité autour d'eux.

— Nous avons des raisons de penser qu'un attentat est prévu ici. Pouvez-vous annuler le match ? Si oui, en combien de temps pouvons-nous faire évacuer tout le stade ?

— Annuler le match ? s'étrangla le directeur. Vous croyez qu'ils vont repartir tranquillement, demanda-t-il en montrant les tribunes réservées aux supporters des équipes qui allaient s'affronter, qui formaient des pavés bleu et rouge, qui déjà scandaient leur réprobation du retard donné au coup d'envoi. Notre hantise à chaque fois, c'est que la rencontre soit trop courte et que les spectateurs refusent de partir.

Harry avait en effet entendu parler d'une demande de modification des règles du Quidditch, en vue de retarder la lancée du Vif d'or et de garantir une durée minimale à chaque match. La dernière fois que le Vif avait été récupéré dans les cinq premières minutes — une rencontre entre les Pies de Montrose et les Tornades de Tutshill —, il y avait eu une dizaine de blessés. Et c'était un stade plus petit, lors d'une rencontre amicale.

— Peut-on suspendre le bouclier anti-transplanage ? continua Harry.

— Il faut cinq briseurs de sorts et cela prend un certain temps, répondit le directeur. De toute manière, vous aurez du mal à convaincre tout le monde de partir sans repasser par les vestiaires pour récupérer les baguettes, ajouta-t-il.

Harry eut un soupir frustré. Il ne pouvait pas faire évacuer la tribune officielle sans générer un mouvement de panique, il ne pouvait pas faire évacuer le stade sans déclencher d'émeute, il n'était pas certain que le tonneau soit la seule menace, ni même qu'il était réellement une menace.

— Nous avons trouvé un tonneau de bièraubeurre juste sous la tribune officielle, révéla Harry. Est-ce normal qu'il y soit ?

— Que voulez-vous dire par « juste sous la tribune » ? Nous sommes au-dessus des vestiaires et…

— Je parle de l'espace situé entre la tribune et les vestiaires.

— A priori non. À la limite, on y stocke du mobilier provenant des vestiaires, mais l'usage de ce genre de boisson y est proscrit donc…

— Qui y a accès ?

— Eh bien, mon personnel. Comme dans tous les endroits non publics, on y accède avec un passe que tous mes employés ont sur eux.

— Je veux la liste de vos employés et je veux savoir si l'un d'eux s'est absenté cet après-midi.

— J'ai la liste dans mon bureau. Quant à savoir qui est là ou non, il faut attendre la fin du match, car, pour le moment, mes équipes sont dispersées un peu partout.

À ce moment, le miroir de Harry vibra. C'était encore Janice.

— On a réussi à amener le tonneau à la zone de transplanage. Je m'occupe de l'évacuer.

— Parfait.

— J'ai laissé sous la tribune ceux que tu m'as envoyés, ils passent tout au peigne fin.

— Je vais les rejoindre, merci.

Il ferma le miroir et fit signe au directeur de le suivre.

— Mes gars vont inspecter le stade pour vérifier qu'il n'y a pas de magie suspecte, l'informa-t-il. Vous allez faire un tour avec moi et me dire si un objet n'est pas au bon endroit. On va commencer par cet espace en dessous de la tribune officielle.

Durant les deux heures suivantes, alors que les exclamations des supporters ponctuaient la rencontre qui avait enfin commencé, Harry visita tous les coins et recoins du stade, le ventre noué par l'idée d'avoir laissé échapper un indice crucial. Certes, le Ministre et les candidats étaient en sûreté — il recevait de loin en loin des rapports rassurants de son adjoint — mais Ginny et des milliers de ses concitoyens étaient encore sur place, sans garantie que l'attentat ait été effectivement contrecarré. Mais durant tout ce temps, ils ne trouvèrent rien de notable, et Harry ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou s'en épouvanter. Plusieurs fois, il s'étonna de ne pas recevoir de compte-rendu de Janice sur le contenu du tonneau mais, entre les appels qui le tenaient au courant des manœuvres de ses hommes et sa propre inspection, il n'eut pas le temps de la rappeler.

Enfin, les clameurs annoncèrent la prise du Vif.

— Donnez à votre personnel l'ordre de presser le mouvement pour faire sortir tout le monde, ordonna Harry au directeur.

Une heure et demie plus tard, Harry rassembla tout le personnel du stade et tous les Aurors qui étaient présents au centre de la pelouse. En les interrogeant, il détermina qu'un certain Dagbert Horton manquait à l'appel. Selon les témoignages de ses collègues, il était bien venu le matin pour préparer le lieu pour les festivités de l'après-midi, mais personne ne l'avait vu depuis l'arrivée des premiers visiteurs. Trois Aurors furent immédiatement envoyés pour l'appréhender à son domicile et, en cas d'absence, commencer une enquête de voisinage.

Aucun des employés ne put donner de renseignement supplémentaire sur l'individu. Il ne travaillait parmi eux que depuis deux mois et ne s'était lié à aucun d'eux.

— À quelle date a-t-il été embauché ? demanda Harry ?

— Le 4 février dernier, répondit le directeur en consultant sa liste.

C'était le jour où Dione Pennifold avait fait son premier rêve, calcula Harry. Cet homme était donc bien lié à l'attentat raté, et son engagement au stade avait été un élément déterminant dans la suite des événements prévisibles.

Son miroir se rappela une fois de plus à son souvenir. Il répondit et eut la surprise de voir le visage d'Andromeda.

— Je suis près de Janice, lui apprit-elle sans préambule. Elle est à Ste Mangouste, suite à une désartibulation sévère.

— Quoi ? Comment va-t-elle ?

— Pas aussi mal que ça aurait pu. Heureusement, j'étais dehors quand elle s'est matérialisée devant chez moi, et j'ai pu récupérer tous les morceaux éparpillés dans mon jardin avant de l'emmener à Ste Mangouste.

Harry inspira un grand coup pour rester calme et faire taire son sentiment de culpabilité.

— Est-elle en état de parler ? demanda-t-il.

— Elle dort.

— D'accord. Merci de m'avoir appelé.

Dans la foulée, il appela son adjoint, le mit au courant des derniers développements et lui demanda de faire le nécessaire pour que l'hôpital les prévienne dès que Janice serait éveillée. Ensuite, estimant qu'il ne pouvait plus rien apprendre sur place, il délivra le personnel du stade, renvoya une partie des Aurors chez eux avec ordre de rester disponibles en cas de rappel, et repartit au Ministère avec une dizaine de ses subordonnés pour continuer l'enquête.

ooOoo

Les heures suivantes lui en apprirent un peu plus sur leur suspect — qui bien entendu était introuvable. Dagbert Horton avait trente-cinq ans et était sorti de Poudlard avec de bonnes notes en Potions et en Défense contre les forces de Mal, mais c'était à peu près tout. Il ne semblait pas avoir gardé de travail bien longtemps. Sa mère — qui était veuve — ne lui avait pas parlé depuis des mois et avait semblé plus résignée qu'autre chose en constatant que les Aurors en avaient après son fils.

Dagbert Horton avait fait partie des manifestants qui s'étaient battus cinq ans auparavant lors de l'élection précédente, quand une cinquantaine de citoyens, répartis entre les supporters de Kingsley et ceux de Higgs avaient échangé des coups de poing dans la rue. Horton avait été adhérent du parti Magie, Quidditch et Tradition à cette époque, mais en avait été exclu depuis. La police magique l'avait arrêté plusieurs fois suite à des plaintes pour violence, déposées par des femmes qui s'étaient laissées convaincre de l'héberger chez elles. Il n'avait cependant jamais été condamné, ses victimes ayant toutes retiré leur plainte avant le procès.

Harry fit surveiller la maison maternelle et celle de chacune des conquêtes connues de Horton. Les centres de Portoloins internationaux furent prévenus. Un peu plus tôt, il avait donné son accord pour que le Ministre et les deux candidats puissent rentrer chez eux sous bonne garde. Même Kingsley n'avait pas protesté en apprenant que Harry lui avait adjoint deux de ses hommes pour veiller sur sa sécurité. Le commandant des Aurors n'aurait su dire si c'était pour donner le bon exemple aux deux autres, ou s'il devait reconnaître que la moindre des précautions était de ne pas rester seul tant que le terroriste était en liberté.

Alors que Harry s'apprêtait à rentrer chez lui vers dix heures du soir, Ste Mangouste appela : Janice s'était réveillée. Il décida de s'y rendre lui-même.

Il la trouva recouverte de bandages et embaumant l'essence de dictame. Son œil valide était cependant visible, ainsi que le bas de son visage, ce qui lui permettait de parler. Andromeda, qui était à son chevet, prit congé et rentra chez elle, laissant les deux Aurors.

— Comment vas-tu ? demanda Harry.

— Un peu fatiguée, admit sa collègue. Je crois que je n'ai plus l'âge de ces plaisanteries.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? interrogea-t-il.

— Je me suis fait avoir comme une bleue. Je me méfiais, pourtant, il ne m'inspirait pas confiance, ce tonneau. Impossible de savoir s'il était programmé pour faire du dégât à heure fixe ou suite à une impulsion quelconque. C'est pour ça que je me suis dépêchée de l'évacuer, en le secouant le moins possible. J'ai aussi demandé à ne pas être assistée pour le transporter, histoire d'éviter les mélanges de magie. J'avais prévu de l'amener dans la lande de Bodmin dans un premier temps et de voir là-bas ce qu'on pouvait faire. Ensuite, je ne sais pas si c'était le moment prévu ou si le transplanage l'a trop remué, mais dès que je suis arrivée à destination, boum ! il m'a sauté à la figure. Si je n'avais pas eu le réflexe de retransplaner immédiatement, j'étais cuite. Et j'ai eu de la chance d'avoir été d'instinct chez ma plus ancienne amie. Si j'avais voulu rejoindre Pierre, je serais en ce moment en train de flotter dans la Manche en plusieurs morceaux.

Pour avoir déjà expérimenté le transplanage d'urgence, Harry savait que le choix de la destination était instinctif, lié à un sentiment de sécurité et d'amour. Pour sa part, il s'était retrouvé dans le jardin du Terrier, preuve que Molly avait réussi à lui inculquer, par des années de maternage intensif, que sa maison biscornue était un endroit sûr où il était le bienvenu. L'amitié qui s'était renouée entre Andromeda et Janice quelques années auparavant devait être très forte pour lui montrer le chemin dans un moment de stress intense.

— Je me félicite d'avoir indirectement permis vos retrouvailles, assura chaleureusement Harry.

Janice sourit faiblement, et continua d'une voix embarrassée :

— Quand je t'ai dit de ne pas évacuer la tribune, j'avais oublié que ta Ginny y était, confia-t-elle.

— Tant mieux, car tu as pris la bonne décision, assura Harry. Je ne sais pas si on aurait eu le temps de l'évacuer à temps. Et même si ça avait été le cas, si le tonneau avait explosé au-dessous d'une tribune vide, on aurait pu avoir des morts avec la panique dans le stade. Tu as sauvé pas mal de vies aujourd'hui, sans compter celle du Ministre et des deux candidats, conclut-il, tout en prenant la décision de faire son possible pour qu'elle reçoive une médaille pour son acte héroïque. Andromeda a-t-elle prévenu Pierre ? s'enquit-il.

— Oui, et elle a eu le bon sens d'attendre que je sois hors de danger pour le faire. Du coup, il n'a pas pu trouver de Portoloin pour ce soir. Il sera là demain matin.

— Bien. Je te laisse te reposer, fit-il en se levant.

— Va te coucher, conseilla Janice. Tu as une tête épouvantable, tu sais ?

— Maintenant, oui. À demain.

Les enfants étaient couchés quand Harry arriva chez lui. Ginny vint à sa rencontre.

— Tu rentres tard, mon pauvre chéri.

La voir bouleversa Harry. Il avait repoussé toute la journée la pensée de ce qui pouvait arriver à sa femme, de ce qui aurait pu lui arriver si Janice n'avait pas trouvé le signe recherché sur le tonneau, si elle avait manqué la petite porte menant au réduit, si… Il s'avança et prit Ginny dans ses bras. Elle se laissa faire. Elle dut sentir son malaise, car elle ne dit rien, se contentant de le serrer contre elle et le laisser enfouir sa figure dans le creux de son cou.

Enfin, il soupira et la laissa aller.

— Mauvaise journée ? demanda-t-elle pleine de sollicitude.

— Une journée qui aurait pu très mal finir, soupira-t-il.

— Tu as dîné au moins ? s'inquiéta-t-elle en bonne fille de sa mère.

— Euh, non, je ne crois pas.

— Eh bien, tu vas me raconter tout cela à la cuisine. On t'a gardé ta part.

Pendant qu'il se débarrassait de sa cape et se lavait les mains, elle mit son couvert et réchauffa les plats d'un coup de baguette. Il lui raconta tout d'une traite, entre deux bouchées. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance pour tenir sa langue et estimait en outre être pratiquement parvenu au bout de sa mission.

— Effectivement, c'était une journée difficile, convint Ginny. Je me suis doutée qu'il y avait quelque chose de bizarre quand tu es parti avec les officiels et qu'aucun de vous n'est revenu, mais je ne pensais pas que c'était si grave.

Il la regarda un moment sans rien dire.

— Quoi, demanda-t-elle.

— Tu ne m'en veux pas de t'avoir laissé dans la tribune ? Alors que je n'étais pas certain que le danger était écarté ?

— Bien sûr que non, s'exclama-t-elle, comme étonnée qu'il ait cette pensée. Tu as pris cette décision pour de bonnes raisons. D'ailleurs, si tu avais pu choisir une autre personne, c'est Harold Tribune que tu aurais dû mettre à l'abri. La disparition du directeur du journal le plus important du monde sorcier aurait été très néfaste pour notre communauté.

— Et tu crois que la mort de l'épouse du commandant des Aurors n'aurait pas été grave ? Tu crois que j'aurais été en état de continuer à faire mon boulot, si tu avais disparu ?

— Oui, répondit instantanément Ginny. Je ne dis pas que ce ne serait pas difficile pour toi, ajouta-t-elle en voyant son mouvement de dénégation, ni que tu n'aurais pas des moments de passage à vide, mais je te connais. Tu as toujours fait passer ton devoir avant tes sentiments. Tu ne te serais pas laissé aller avant d'être certain que le travail allait être fait, par toi ou un autre. Tu aurais tenu le coup pour les enfants et pour mes parents. Ce n'est pas pour rien que tu es le Survivant, Harry.

Alors qu'il restait muet devant une telle foi, elle se leva et vint s'installer sur ses genoux.

— Je ne te souhaite pas de passer par là, mon cœur, dit-elle d'une voix douce, et je suis bien contente d'être encore en vie et ne pas laisser mes enfants à moitié orphelins. Janice et toi avez fait du bon travail, avez pris les bonnes décisions. Et tu sais quoi ? Je n'en suis même pas étonnée. Juste aussi fière de toi que d'habitude.

— Moi aussi je suis fier de toi, marmonna Harry.

— Oui, mais on ne joue pas dans la même cour, ce dont je me félicite. La maturité m'a appris à apprécier ce que je suis. À ce propos…

— Quoi ? demanda Harry alors qu'elle s'interrompait.

— Non, se reprit-elle. Ce n'est pas le moment d'en parler. On verra plus tard, il n'y a rien d'urgent. Tu as besoin de dormir, et moi aussi.

Elle se leva et prit sa main.

— Allez, au lit ! insista-t-elle.

Il la suivit dans les étages, apaisé par cette conversation. Alors qu'il se laissait aller au sommeil, bien confortable dans son lit, le corps chaud de Ginny contre lui, il se dit qu'il avait quand même de la chance d'avoir une épouse qui savait à la perfection lui dire ce qu'il avait besoin d'entendre.

End Notes:

Voilà la suite ! Encore un chapitre pour avoir la conclusion de cette enquête. A bientôt.

XXI : La fin d'une époque by alixe
Author's Notes:
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).

A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe et Fenice.

Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Election de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
Période couverte par le chapitre : 7 mars au 26 avril 2014
À sept heures trente du matin, Harry fut réveillé par son miroir. C'était Pritchard.

— On l'a coincé, indiqua-t-il tout de go. Il est là, je vais superviser l'interrogatoire. J'ai envoyé une note au bureau de Shacklebolt. Prend ton temps pour déjeuner, on a les choses en main.

— D'accord, merci.

— Tu dois y aller ? demanda Ginny d'une voix endormie.

— Non, mon second m'a accordé une grasse matinée, plaisanta Harry. Ils l'ont eu, mais ne me demande pas comment.

— Bah, tu l'apprendras bien assez tôt, affirma Ginny en se lovant contre lui.

Après un petit déjeuner revigorant et un dernier baiser à son épouse et ses enfants qui partaient pour l'école, Harry se rendit à son bureau. Pritchard était encore en salle d'interrogatoire et ce fut Angelina qui lui expliqua comment ils avaient mis la main sur leur proie.

— Comme on l'espérait, il s'est rendu chez une de ses anciennes petites amies. On ne l'a pas vu arriver hier soir, il a transplané directement dans la maison. Mais elle s'est arrangée ce matin pour que son chien aboie comme un fou avant qu'il ne reparte. Ça a mis la puce à l'oreille de Yann Plumton qui était en faction, et il a posé un anti-transplanage sur la maison et a demandé du renfort. Primrose Dagworth et Michael Corner venaient à peine d'arriver, que Dagbert a ouvert la porte pour faire sortir le cabot. Il s'est fait stupéfixer à vue, et ramener ici. Il a des traces de diverses substances explosives sur ses vêtements et on a envoyé quelqu'un à Ste Mangouste récupérer la robe de Janice pour faire des comparaisons. On a bien reçu ton mot d'hier soir, et on a aussi retrouvé des débris du tonneau sur la lande de Bodmin près du repère de transplanage de la zone la plus désertique. Les examens sont en cours. Comme tu vois, on avance bien.

— Formidable. Je me demande si je ne vais pas rentrer chez moi.

— Comme tu veux Harry, sourit Angelina. Oh, je crois que j'ai vu quelques notes voler vers ton bureau. Si j'étais toi, j'irais vérifier qu'il n'y a rien d'urgent, vu que ton adjoint est occupé ailleurs.

— Je vais nommer un second adjoint, prétendit Harry avant de suivre le conseil de sa belle-sœur. Comme ça je n'aurai plus qu'à rester chez moi.

Trois notes l'attendaient, provenant du Ministre et des deux candidats. Tous l'invitaient à passer les voir, quand son emploi du temps le permettrait. Il les empocha et ressortit pour se rendre au bureau de Shackelbolt.

— Beau travail, Commandant, lui sourit Kingsley à son entrée.

— C'est Janice qui a tout fait et qui s'est tout pris, corrigea Harry. Vous lui devez tous les trois une fière chandelle. Et à Dione Pennifold aussi.

— Si tu n'avais pas pris au sérieux les prédictions de cette dame, je ne serais pas là pour t'en féliciter. De toute manière, tu sais maintenant comment ça marche. En cas d'échec, les sous-fifres trinquent, en cas de succès, les chefs ont une promotion !

— Ce n'est pas ce qui a caractérisé les quinze ans que vous avez passés ici, tempéra Harry.

Il se demanda ce qu'il en serait les années suivantes. Mais il garda ses pensées pour lui.

— Ms Pennifold a reçu un hibou de remerciement ce matin, lui apprit Kingsley et je ne partirai pas sans récompenser Janice. Horton a-t-il avoué ?

— Aucune idée, reconnut Harry. Stan n'était pas encore sorti de la salle d'interrogatoire quand j'ai quitté le QG pour venir te voir, mais nous avons fait des prélèvements sur ses vêtements qui devraient nous donner des preuves, s'il nous en faut encore.

— Je n'en doute pas. Tu dois te sentir soulagé.

— Oui, j'ai vraiment pensé qu'on n'y arriverait pas. Ce n'est pas facile de protéger quelqu'un qui ne veut rien savoir.

— Quel que soit mon successeur, tu peux t'attendre à d'autres bras de fer, prévint Kingsley.

— J'en suis conscient. Je suppose que c'est mon prochain défi.

— C'est bien que tu le prennes de cette manière. Je ne m'en fais pas pour toi. Tu as jusqu'à présent relevé avec brio tous ceux qui se sont présentés à toi.

— Je suis content que vous le pensiez.

— Tu en doutais ? s'étonna Kingsley. Si tu veux savoir, tu as été au-delà de ce que j'espérais. Je ne pensais pas que tu arriverais aussi vite à être à l'aise dans tes nouvelles fonctions. Je savais que tu aurais du mal à passer de l'action au bureau, mais tu as su contourner l'obstacle dans les jours qui ont suivi. Ton association avec Pritchard est très efficace.

— Ce n'est pas moi qui y ai pensé, c'est Owen Harper.

— Tu as su bien t'entourer et tu sais écouter les autres. Ce sont des qualités utiles.

— Si vous le dites, admit Harry pour mettre fin à ces éloges qui le gênaient, même s'il en était au fond très satisfait. Et vous, qu'allez-vous faire après les élections ?

— Me reposer, pour commencer. Renouer avec mes amis, aussi, je suppose. J'ai perdu de vue pas mal de monde, faute de disponibilité. J'aimerais bien voyager. Le musée de Ginny m'a donné plein d'idées. Sais-tu que, depuis son ouverture, il y a davantage de demandes pour les portoloins internationaux ?

— Vous êtes certains que c'est lié au musée ?

— Oui, et à notre prospérité, aussi. Les sorciers se cultivent plus, et sont plus enclins à sortir de leurs cercles habituels. La découverte d'autres magies a beaucoup intéressé les gens, et ils vont davantage en Afrique, en Asie ou en Amérique du sud, alors qu'auparavant, ils se contenaient de l'Europe et des États-Unis.

— Avec un peu de chance, la Guilde des transports magiques va voter pour Ackerley, alors.

— Oui, ils m'ont toujours soutenu, c'est vrai. Mais je ne te retarde pas plus longtemps. Ah, j'y pense, on commence à se demander pourquoi nous n'avons pas assisté au match, hier. Je suppose qu'il était difficile de le cacher, alors que le directeur de la Gazette et de Quidditch magazine étaient dans la tribune où nous étions supposés être. Enfin, tu connais la musique, il faudra que tu t'exprimes publiquement dès que tu auras de quoi donner des éléments tangibles.

— Entendu. Je vais voir où ça en est.

Pritchard était dans leur bureau commun quand Harry s'y présenta.

— On a les aveux, lui apprit son second. Quand on lui a dit qu'on avait trouvé des traces d'explosifs sur ses vêtements, il a craqué. Apparemment, il n'aime pas la politique du Ministère des quinze dernières années, et il trouve Higgs trop mou à son gout. Il espérait faire le ménage d'un seul geste et ensuite, que le meilleur sorcier, je suppose que c'est pour lui le plus agressif, prenne le pouvoir et redonne aux sorciers l'éclat de leur gloire passée.

— Quels explosifs a-t-on trouvés ? Cela correspond à ce qu'on a sur la robe de Janice et les fragments du tonneau ?

— En fait, j'en sais encore rien. Mais l'efficacité de nos preuves est notoire, et il s'est tout de suite dégonflé. J'espère que ce sera corroboré par les analyses, car sinon, c'est un peu léger.

Harry mesura la portée de cette évaluation. Quelques années auparavant, les preuves matérielles étaient considérées comme secondaires. L'intime conviction des Aurors et les aveux obtenus suffisaient pour considérer un dossier comme bouclé. Désormais, les Aurors se sentaient davantage en confiance quand des éléments tangibles apportaient la preuve qu'ils ne s'engageaient pas sur une fausse piste.

— Est-on certain qu'il a agi seul ?

— C'est ce qu'il affirme, mais j'ai mis Yodel, Branstone, Stroulger et Robins sur l'affaire. Ils doivent interroger toutes ses relations et voir s'il n'était pas en lien avec un groupe quelconque.

— Parfait. Pas de questions de la presse ?

— Si, ça n'arrête pas. J'ai chargé Primerose de les tenir à distance tant qu'on n'aura pas les résultats définitifs de nos analyses. Ça devrait être bon pour cet après-midi. Tu voudras t'en charger ?

— Oui, vu le contexte, il faut que ce soit le commandant qui fasse une déclaration, décida Harry. Bon, là, faut que j'aille voir Ackerley. Rien d'urgent ?

— Non, tout roule, ne t'inquiète pas.

— Mais qu'est-ce que vous avez tous à me dire de ne pas m'inquiéter ? s'étonna l'Auror. J'ai l'air paniqué ?

— Ce matin non, mais, la semaine dernière, tout le monde a vu que tu avais un problème et se demandait pourquoi. Maintenant qu'ils savent que tu bossais sur l'attentat du Ministre et des candidats, ils comprennent ton stress et, comme ça s'est bien terminé et qu'on retombe dans l'enquête de routine, ils veulent te donner le temps de récupérer un peu.

— Et toi, tu étais au courant, aussi. Tu ne prends pas le temps de souffler ?

— Eh bien… Pritchard eut l'air un peu embarrassé, mais continua : J'ai jamais eu la foi que tu avais dans les prédictions de cette femme. Du coup, j'ai jamais vraiment considéré Ackerley comme en danger. Je t'ai aidé du mieux que j'ai pu, mais sans me ronger comme tu le faisais. Considère que je tente de me rattraper, maintenant.

— Ah, tenta d'assimiler Harry. Bin pour quelqu'un de pas convaincu, t'as pas mal assuré. C'est toi qui m'as conseillé d'emmener Janice.

— J'ai pensé que cela te rassurerait et que, s'il y avait un coup dur, elle serait de bon conseil. Je ne crois pas à la divination, mais j'étais quand même conscient qu'on avait trois personnes importantes au même endroit, dans un lieu potentiellement dangereux.

— Bon, d'accord. Je suppose que c'est le résultat qui compte. Je vais voir Ackerley, comme ça se sera fait.

Le candidat se leva et alla à la rencontre de Harry.

— Je ne pourrai jamais vous remercier suffisamment, assura Adrian en saisissant la main de Harry et l'étreignant vigoureusement. Vous avez été d'une sagacité incroyable et d'un sang-froid extraordinaire. Je suppose que, compte tenu de ce que vous êtes, je ne devrais pas en être étonné, mais il y a des choses qu'il faut voir, pour pleinement les réaliser.

— Je n'ai fait que mon travail, assura Harry mal à l'aise. Ainsi que l'Auror Janice Davenport, qui a pris les bonnes décisions et qui est maintenant à l'hôpital.

— Je lui ai rendu visite ce matin, et j'ai prévu de rendre visite à Ms Pennifold tout à l'heure. J'ai aussi fait porter des fleurs à votre épouse, j'espère que cela ne vous dérange pas. Je me sens tellement navré de l'avoir mise en danger.

Harry savait qu'il devait répondre que c'était le terroriste qui avait mis sa femme en danger et qu'elle avait été très heureuse de voir le match, mais il n'arriva pas à le formuler. La peur qu'il avait eue pour elle la veille, et qu'il avait dû refouler durant tout le temps de la rencontre, était encore trop proche.

— Nous attendons encore quelques résultats et ferons une déclaration à la presse, indiqua-t-il à la place, en reprenant sa main qui était toujours coincée dans celle d'Adrian.

— Vers quelle heure ?

— J'attends le résultat de diverses analyses.

— Et comment allez-vous présenter les choses ?

Le ton restait courtois, mais les yeux trahissaient l'intérêt qu'il portait à la question. Harry décida que la communication du bureau des Aurors à la presse était une affaire interne, dans laquelle un candidat n'avait pas à interférer.

— Cela dépend des éléments que j'aurai à ce moment-là à ma disposition, répondit-il donc. Si vous voulez bien m'excuser, j'ai encore beaucoup de choses à faire ce matin.

ooOoo

— Alors ? demanda Harry à Pritchard, en constatant qu'il étudiait des résultats d'analyse.

— C'est tout bon. Les traces d'explosif retrouvées sur la robe de notre suspect-qui-a-avoué-et-qu-on-va-rapidement-déférer-devant-le-magenmagot correspondent à celles de la robe de Janice et du tonneau. J'ai eu Janice en miroir. Elle n'aura pas de séquelles, mais a besoin de vacances. Je lui ai dit de prendre le temps qu'il lui fallait.

— Tu as bien fait. Je peux voir les analyses ?

— Tiens. Tu as vu Higgs ? s'enquit le second.

— Non, pas encore. Mais il n'est pas au Ministère, et je n'ai pas que ça à faire.

Pritchard considéra Harry sans rien dire. Ce dernier réalisa alors qu'en refusant de répondre à cette demande de rencontre alors qu'il était allé voir Ackerley, il opposait au second candidat un camouflet qui n'était pas compatible avec la neutralité politique dont devait faire preuve le commandant des Aurors. Cela pourrait en outre s'avérer très maladroit si jamais Higgs devenait le prochain Ministre.

— D'accord, se rendit Harry. Ça t'ennuie d'appeler son QG de campagne et voir comment on pourrait se rencontrer rapidement ? Pendant ce temps-là, je prépare mon discours à la presse.

Pritchard se saisit de son miroir et Harry de sa plume.

— Il va venir te voir, d'ici une heure, annonça Pritchard après avoir parlementé un moment.

— Bien, et on peut annoncer une conférence de presse pour ce midi.

— J'appelle les journaux.

Une heure plus tard, Harry fut avisé que son invité était arrivé au Ministère. Poliment, il se leva pour aller l'accueillir à l'ascenseur. Il eut la mauvaise surprise de voir arriver Higgs avec deux journalistes, qui n'eurent pas l'outrecuidance de les suivre dans le bureau des Aurors, mais qui prirent une photo quand le commandant et le candidat se serrèrent la main.

Sans laisser paraitre son agacement, Harry pilota Higgs vers son bureau et l'invita à s'asseoir.

— Je ne veux pas vous déranger longtemps, assura le candidat en prenant place. Je suis certain que vous êtes très occupé. Je voulais personnellement vous remercier de m'avoir sauvé la vie hier, ainsi qu'à mon épouse.

— C'est mon travail de veiller sur mes concitoyens, répliqua platement Harry.

— Je sais que vous ne m'appréciez pas tellement, fit remarquer Higgs. J'ose espérer que nos désaccords sont moins profonds que vous ne l'imaginez.

Harry s'accorda quelques secondes avant de répondre :

— J'ai lu attentivement votre programme et je pense être capable de me forger une opinion réfléchie, Monsieur Higgs. Je connais donc précisément nos divergences, ce qui ne m'empêche pas de mesurer également ce qui peut nous rapprocher. De mon côté, j'ose espérer que vous considérez que je fais bien mon travail, ce qui devrait nous garantir un terrain d'entente dans l'hypothèse de relations directes entre nous.

— Vous avez démontré l'efficacité du bureau des Aurors de manière éclatante, concéda Higgs. J'ai entendu dire que le criminel a déjà été arrêté.

— Effectivement et, d'ici une cinquantaine de minutes, j'en informerai la presse. Nous avons des aveux et des preuves irréfutables contre lui. Il dormira ce soir dans les cellules du manoir de Justice.

— C'est très impressionnant. On reconnait bien là votre patte.

— C'est le résultat d'une enquête et des bons réflexes de mes subordonnés.

— Je vois que vous savez très bien communiquer sur l'organisation et les résultats de votre service. Avez-vous pensé faire une carrière politique ?

— Oui, et j'ai abandonné l'idée dans la seconde qui a suivi. Je suis un homme d'action.

— De convictions, aussi.

— Pas au point d'en faire mon métier.

Higgs se leva.

— Je vous remercie de m'avoir reçu, Monsieur Potter. Je ne vous dérange pas plus longtemps, je sais que votre temps est précieux. J'ai hâte de travailler avec vous.

— Je ne doute pas que ce serait intéressant, répondit poliment Harry.

Il raccompagna son hôte jusqu'au palier, puis revint à sa place.

— Désolé, je ne pensais pas qu'il viendrait avec son service de presse, fit Pritchard visiblement mortifié.

— Bah, si Ackerley y avait pensé, il en aurait fait autant, évalua Harry. C'est de bonne guerre, je suppose. La bonne nouvelle, c'est que dans une semaine, tout ce cirque sera terminé. Et que grâce à l'autre fou furieux, on a marqué des points hier, et celui qui aura le fauteuil du Ministre nous laissera en paix.

Devant la presse, Harry révéla qu'ils enquêtaient sur un attentat depuis qu'ils avaient été prévenus qu'un acte terroriste se préparait par une prédiction. Il tut le nom de Dione Pennifold, considérant qu'il lui apporterait davantage d'ennuis en le révélant que d'avantages. Ils avaient discrètement surveillé les meetings politiques les plus importants et surveillé avec attention la rencontre sportive. Cela leur avait permis de désamorcer le dispositif dangereux, mettre les dirigeants à l'abri au cas où une action désespérée était menée contre eux et déterminer le nom du responsable. Le retrouver avait ensuite été une opération de routine pour le bureau des Aurors. Les preuves qu'ils avaient contre lui étaient accablantes et sa condamnation certaine.

Il répondit ensuite aux questions. La présence de Ginny dans la tribune qu'il n'avait pas évacuée fut évidemment évoquée, et il arriva à énoncer calmement qu'après avoir évalué la situation, il en avait conclu que c'était la solution la plus sûre pour tout le monde.

Enfin, on le laissa retourner dans son bureau. Il rentra tôt le soir, pressé de retrouver sa famille, sentant le poids des dernières semaines le rattraper. Les enfants furent ravis de passer un long moment avec leur père, avant même que Ginny ne rentre. Il supervisa leur toilette, présida leur repas et prit Lily sur ses genoux quand sa femme lut l'histoire du soir.

Puis les deux époux descendirent dans la cuisine pour manger à leur tour.

— Tu te rappelles de notre conversation sur ce que je voulais faire ? demanda Ginny quand Harry eut terminé de raconter sa journée.

— Oui, et je t'ai dit que lorsque mon enquête serait terminée, on y réfléchirait tous les deux.

— J'ai eu une proposition hier. J'ai dit que j'allais y réfléchir et je voudrais savoir ce que tu en penses.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Harold Tribune me propose de couvrir la coupe du monde de Quidditch en Argentine, cet été.

Harry haussa les sourcils, agréablement surpris par ce développement.

— Tu en as envie ? s'enquit-il.

— Si je dis oui, je ne serais sans doute pas à la maison de tout l'été, précisa Ginny. Sans compter que je laisse tomber Andromeda et Fleur.

— Tu en as envie ? réitéra Harry.

— Ça me plairait, bien sûr…

— Alors, fais-le, conseilla Harry. Cet été, les enfants seront dans le jardin de tes parents, comme d'habitude, et moi j'irai habiter là-bas, comme chaque année. On pourra se débrouiller sans toi. Je suis certain qu'Andromeda et Fleur sont plus que compétentes pour s'occuper du musée. Si elles ont besoin d'une personne supplémentaire, elles n'ont qu'à en embaucher une.

— Je ne te manquerais pas ? sembla regretter Ginny.

— Pas plus que quand tu étais Harpie. Avons-nous fait une erreur à cette époque ?

— Je n'ai pas été très sympa avec toi à ce moment de ma vie. J'étais très égocentrique, jugea-t-elle.

— Pas plus que moi qui ai choisi la carrière d'Auror sans te consulter. C'est un métier à risques, je peux chaque jour me prendre un mauvais sort et te laisser seule avec les enfants. Tu as mené ta vie, et tu as bien fait. Je suis fier d'avoir épousé une Harpie, je suis fier de ce que tu as fait avec le musée, et je serais très heureux de te voir t'épanouir en journaliste sportive, assura Harry.

Ginny laissa passer un moment, songeuse.

— Et cela ne t'ennuie pas que je travaille pour la Gazette ? Ce ne sont pas vraiment tes copains.

Harry considéra cet aspect de la question.

— Je préfère la Gazette maintenant qu'il y a quelques années, décida-t-il. Tribune est quelqu'un de correct, à défaut de partager nos convictions.

— Et s'il ne m'avait fait cette proposition que pour se rapprocher de toi ? s'inquiéta soudain Ginny.

— Je n'ai jamais favorisé AlterMag, alors que j'ai participé à sa création et qu'il est écrit par des copains, rappela Harry. Tu crois qu'être le patron de ma femme lui apporterait un avantage ? D'ailleurs, je suis certain que tu auras des propositions de Quidditch magazine et autres chroniques sportives dès que ton premier article paraitra dans la Gazette. Il n'aura pas barre sur nous.

— Bon, alors je dis oui ?

— Tu dis oui, lui sourit Harry.

ooOoo

Les élections se tinrent à la fin de la semaine. Curieusement, alors qu'il s'était énormément investi cinq ans auparavant, Harry s'en sentait assez détaché cette année-là. Il espérait qu'Ackerley soit élu pour que les créatures magiques ne perdent pas les acquis des quinze dernières années, mais pour le reste, il estimait avoir fait sa part.

Ron, de par son rôle de maître de Guilde, fut très sollicité les quelques jours qui précédèrent l'élection, mais Harry avait l'impression que son ami n'y mettait pas la même énergie qu'autrefois. Hermione n'était pas non plus aussi survoltée qu'on aurait pu le croire. Elle estimait avoir fait son possible pour convaincre les sorciers que respecter les créatures magiques n'était ni irresponsable, ni dangereux et ne retirait rien aux sorciers. À ce stade, les convictions n'allaient pas changer.

Du côté du politique, l'attentat raté avait eu un effet d'apaisement. Du fait qu'ils aient partagé un même danger, les candidats se montrèrent moins agressifs l'un envers l'autre qu'en début de campagne. Leurs supporters s'étaient également rapprochés dans leur émoi mutuel : leur hargne se concentrait sur l'homme qui avait voulu les priver de leur élection et de leur match de Quidditch.

Il y eut sans doute des tractations serrées les deniers jours — les affaires continuaient —, mais c'est dans un climat relativement serein qu'Ackerley devint ministre de la Magie, d'une très courte tête. Dans sa première allocution aux journaux, il affirma qu'il prendrait en compte les opinions de tous les sorciers, qu'ils aient ou non espéré sa victoire.

— C'est la fin d'une époque, analysa Percy. Il n'y aura plus de grandes réformes, Ackerley se contentera d'agir a minima, sans mécontenter personne.

— Reviendra-t-il sur le statut des créatures ? s'inquiéta Fleur.

— Seulement si des évènements leur donnent mauvaise presse, jugea Percy. Si un loup-garou qui refuse de prendre sa potion mord quelqu'un, il légifèrera dans le sens demandé par l'opinion publique, sans penser au long terme. Mais si tout se passe bien, il n'ira pas leur chercher des ciseburines dans la tête.

— Et si… Harry hésita avant de formuler sa crainte, puis se lança : vous n'avez pas peur qu'Hestia Jones en profite pour monter des incidents en épingle et s'arranger pour monter l'opinion contre les créatures ?

— Je ne suis pas certaine qu'elle restera en poste, répondit Hermione, qui avait gardé une certaine rancune envers son ancienne chef de département. Adrian sait qu'elle est vindicative, et ce n'est pas ce genre de chef de département qu'il veut. Il va sans doute la remplacer par Twonk Tugwood, son second, qui n'est pas du genre à faire des vagues, et qui est très compétent.

— Et toi ? lança Ginny sur le ton de la plaisanterie. Quand est-ce que tu deviens chef du département de la Justice magique ?

— L'année prochaine, quand Sturgis prendra sa retraite, répondit sereinement Hermione.

— Tu es sérieuse, c'est décidé ? s'étonna Angelina.

— Plus ou moins. C'était clairement son but, quand j'ai été recruté. Ackerley n'a aucune raison de s'y opposer. Grâce à mes aventures avec Harry et à mon mariage avec Ron qui est très apprécié, je suis assez populaire.

— C'est vrai, tu n'as rien fait pour ça, plaisanta Harry.

— Compte tenu de mes positions pour les loups-garous, je devrais être impopulaire, assura Hermione.

— D'autres mutations de prévues ? demanda Molly à son fils.

— Peut-être aux transports magiques, avança Percy. Après tout, Ackerley doit bien avoir des personnes à remercier.

ooOoo

Harry pensait en avoir terminé avec la politique quand, vers la fin du mois d'avril, il reçut une invitation de Lee et Padma pour discuter d'Alternatives Sorcières. Il se rendit chez le couple avec Ginny, espérant qu'il n'y aurait pas de mauvaises nouvelles pour le journal.

Ils retrouvèrent toute l'équipe du journal, ainsi que Ron et Hermione, chez les journalistes : en plus de Lee et Parvati, il y avait Padma qui assurait la mode et la culture, Denis Crivey qui fournissait les photos d'illustration, Justin Flinch-Flecher de la rubrique juridique, Daisy Hookum chargée des dossiers sur les habitudes moldues, Jesper Forskare pour les articles scientifiques et Alasdair Maddock qui était responsable de la partie sportive. Ron, Hermione, Harry et Ginny étaient les initiateurs et financiers.

— Bien, commença Lee. Je vous ai fait venir pour faire avec vous le bilan du journal depuis sa création et vous informer des possibilités qui s'offrent aujourd'hui à nous.

Il marqua une pause, mais comme personne n'avait de remarque à faire, il continua :

— Notre numéro zéro a été mis en vente le 23 avril 2008. Cela fait donc exactement six ans que nous existons et nous pouvons nous enorgueillir d'avoir sorti plus de 300 numéros, ce qui est bien davantage que je ne l'espérais à l'époque. À ce jour, nous avons atteint notre objectif premier qui était, à défaut de concurrencer la Gazette, de faire entendre un autre son de cloche, plus novateur, plus critique. Comme nous en avions l'intention, nous avons lancé des débats, donné aux sorciers des connaissances pour qu'ils puissent établir leurs opinions sur des éléments et des chiffres réels et pas seulement sur ceux que la Gazette voulait bien leur donner. Nous avons introduit une véritable discussion publique en mettant en cause la vision de la Gazette et en acceptant que cette dernière en fasse de même avec nos articles. Au regard de son contenu et de sa périodicité, notre journal se vend très bien. Tout le monde ne le lit pas, mais tout le monde en a entendu parler et sait ce qu'il contient. De ce point de vue, c'est un véritable succès.

Lee se tut, mais personne ne parla. Harry déglutit nerveusement. Il savait que Lee ne les avait pas fait venir pour chanter ses propres louanges et que cette démonstration positive ne pouvait que servir d'introduction à un discours moins plaisant.

— Le problème c'est que la population sorcière est limitée et que le prix de notre magazine doit rester raisonnable. Par ailleurs, notre volonté d'indépendance nous fait refuser les donations et limite nos recettes publicitaires. Or nous avons des ambitions qui nous obligent à passer beaucoup de temps sur chaque article et ce temps doit être salarié car nous devons payer nos loyers, nous nourrir et élever nos enfants. Pour toutes ces raisons, l'équilibre budgétaire est très difficile à atteindre. Vous le savez tous, cette aventure n'a été possible que grâce à la générosité et au dévouement de tous ceux qui ont participé à cette formidable aventure. À commencer par Ron et Hermione qui en ont eu l'idée et nous ont soutenus. Ensuite grâce à Harry et Ginny qui nous ont prêté la somme nécessaire pour lancer le journal. Il nous a fallu plus de cinq ans pour rembourser cet argent, mais ils n'ont demandé aucune mornille d'intérêt. Je tiens également à citer Xenophilius Lovegood qui nous a généreusement laissé utiliser sa presse gratuitement, le temps que nous récupérions à droite et à gauche des pièces détachées pour bricoler la nôtre. Les numéros ont également pu sortir, chers amis rédacteurs, grâce à l'énergie que vous avez su donner, au temps non rétribué que vous avez accepté d'offrir et à la passion journalistique que vous avez mise au service d'Alternatives Magiques.

Le regard chaud de Lee s'était alternativement posé sur toutes les personnes composant l'assemblée et chacun avait pu ressentir la sincérité de la gratitude qu'il exprimait.

— Grâce à toutes ces bonnes volontés, nous avons pu tenir tout ce temps. Mais cela ne s'est pas fait sereinement. Plusieurs fois, je me suis demandé si Altermag pourrait paraitre la semaine suivante, plusieurs fois j'ai dû me démener pour trouver in extremis un financement qui nous sauverait sans compromettre notre philosophie. J'avoue qu'aujourd'hui, je suis fatigué.

Harry vit Ginny porter sa main à sa bouche. Comme lui, elle craignait qu'il n'annonce qu'il renonçait et que le journal allait irrémédiablement disparaître.

— Non, fit Lee en réponse aux expressions de ses amis, je n'ai pas l'intention de mettre fin à cette expérience, mais on m'a proposé de la continuer différemment et je vous avoue que je suis très tenté d'accepter. Mais compte tenu que nous avons toujours travaillé en équipe, c'est toute l'équipe qui doit prendre cette décision.

Il leur sourit et reprit son exposé :

— Vous le savez, la Gazette a subi pas mal d'évolutions l'année dernière. Barnabas Cuffe a été mis en minorité et c'est Harold Tribune qui en est désormais directeur. Depuis, beaucoup de choses ont changé. La vérification et le recoupement des sources sont plus rigoureux, la hiérarchisation des informations a été revue. Nous, les journalistes d'Altermag, nous étions devenus des parias. Cela fait des années que nous avons perdu toutes les piges que nous avions chez eux, ce qui nous a donné bien du mal à joindre les deux bouts, car il ne nous restait plus que la radio et les magazines spécialisés. Or, depuis plusieurs semaines, on nous fait de nouveau des propositions à la Gazette, et ça paye bien.

Les autres journalistes hochèrent la tête. Ils appréciaient manifestement leur nouvelle situation. Ginny ouvrit la bouche, sans doute pour annoncer la proposition qu'elle avait elle-même reçue, mais Lee continua sans s'en rendre compte :

— La première fois que c'est arrivé, on s'est demandé s'il n'y avait pas de conflit d'intérêts. Tentaient-ils de nous détourner de notre publication en nous faisant travailler pour eux ? Était-ce un moyen détourné de nous couler ? Mais finalement, on s'est dit que tant qu'ils prenaient nos écrits sans les retoucher et tant que nous ne nous sentions pas mal à l'aise avec ce que nous publiions chez eux, c'était tenable. Et effectivement, tout s'est bien passé. Ce qu'ils voulaient c'était notre manière d'écrire et de travailler et ils n'ont pas tenté de faire pression sur nous.

Là encore, ses collègues exprimèrent leur accord. Harry vit Ginny, qui s'était raidie quand Lee avait évoqué leurs craintes, se détendre.

— J'ai vu monsieur Tribune la semaine dernière, et il m'a fait une proposition que je voudrais vous soumettre à mon tour, révéla enfin Lee. Il m'a proposé de racheter Altermag et de le faire paraitre comme supplément à la Gazette, chaque mercredi. Je resterai rédacteur en chef du magazine, mais nous devenons tous des salariés de la Gazette. Je n'aurais plus à m'occuper du financement ni des publicités, juste du contenu.

Il y eut plusieurs secondes de silence, le temps d'évaluer les conséquences de la proposition.

— Tribune pourra-t-il influer sur le contenu d'Altermag ou te faire remplacer ? demanda finalement Hermione.

— En théorie, il pourra me virer quand il le voudra. On va dire que c'est une question de confiance ; il s'engage moralement à ne pas le faire. Et si jamais il ne tient pas parole, rien ne nous empêche de recommencer à publier notre magazine. Je ne lui cède que le titre.

— Je veux bien admettre que la Gazette ait évolué, remarqua Harry, mais elle n'a pas changé tant que cela. Si Altermag ne joue plus son rôle de critique, il perd sa raison d'être. Pourrez-vous vraiment critiquer ce qu'écriront vos nouveaux collègues, montrer qu'ils se sont trompés ou qu'ils ont menti ?

— Il parait que cela ne posera pas problème. Nous serons un autre titre et nous constituerons une équipe distincte, pour cette publication.

— Mais quel est l'intérêt de Tribune, alors ? demanda Ginny les sourcils froncés. Pourquoi financer ses concurrents ?

— Je pense qu'il veut tout simplement récupérer du lectorat pour sa Gazette. Il y a un certain nombre de sorciers qui se sont désabonnés du temps de son prédécesseur, suite à certains articles qui ne leur ont pas plu. En montrant qu'il est prêt à avoir dans son giron des titres comme Altermag, il veut montrer que la Gazette a changé et faire revenir les anciens lecteurs. Il gagnera de l'argent aussi, car il récupérera nos lecteurs, avec un investissement assez peu conséquent.

— Et c'est ce que tu veux ? questionna Harry.

— On n'est pas là pour faire du lavage de cerveau, mais pour garantir une presse pluri-politique, rappela Lee. Ça ne me dérange pas que les gens lisent les articles orientés de la Gazette s'ils ont aussi la possibilité de lire les miens. Tant que les rédacteurs de l'Altermag garderont leur esprit critique et que nous ne sommes pas censurés, nous restons dans notre objectif du départ.

— Pourra-t-on continuer à acheter Altermag sans avoir la Gazette ? demanda Ron.

— Non, expliqua Lee avec un petit sourire comme si Ron avait mis le doigt sur quelque chose d'important. Altermag est le supplément de la Gazette, on achètera tout ou rien, chaque mercredi, quelque mornilles de plus que le prix habituel.

— Ah, je comprends mieux, fit le maître de Guilde. Quand tu dis qu'il va récupérer vos lecteurs, ce n'est pas un projet, c'est un passage obligé.

— C'est ça, confirma Padma. Mais ils ont mis les moyens : ils nous prennent Lee, Parvati et moi comme salariés à plein temps et les autres seront mieux payés pour chacun de leurs articles que nous ne pouvions le faire.

— Et pour vos abonnés, que va-t-il se passer ? s'informa Ginny.

— Ils recevront chaque mercredi Gazette et AlterMag jusqu'à la fin de leur abonnement, lui apprit Lee. Ensuite, il faudra prendre un abonnement à la Gazette ou acheter les deux journaux chaque mercredi.

— Ouais, ils se servent bien de vous pour augmenter leurs ventes, grogna Ginny.

— Mais nous aussi, fit remarquer Parvati. Songe à tous les abonnés de la Gazette qui vont nous recevoir d'office.

— Et Quidditch, Magie et Tradition ? interrogea Hermione. Continueront-ils à s'exprimer dans la Gazette à la demande ?

Lee la regarda en riant franchement.

— Je me demandais combien de temps il te faudrait pour poser la question, avoua-t-il.

— Tribune leur a proposé d'ajouter un in-folio à son édition habituelle quand ils le demanderont, les informa Padma.

— C'est une vraie révolution ! s'exclama Hermione.

- Pourquoi ? demanda Harry.

- Tu ne comprends pas ? dit son amie d'une voix vibrante. Tribune a viré MQT de la Gazette !

— Ah, c'est bien ! s'écria Ginny

— Oui, c'est bien, parce qu'en parallèle, il leur offre quand même une diffusion grand public, comme il le fait avec Altermag, précisa Hermione. C'est très intéressant : à la fois ils possèdent tout, mais en même temps, ils se désolidarisent des publications politiques annexes. Cela donne davantage de libertés à ces dernières car elles n'ont pas pour ambition de rester consensuelles pour grand public.

— Tu veux dire que plus personne ne va contrôler ce que publie le MQT ? comprit Harry.

— C'est ça, confirma Lee, pas plus qu'ils ne contrôlent ce qu'on publie nous. Padma et moi restons juridiquement responsables du contenu d'AlterMag et je suppose que c'est Selwyn, en tant que directeur de MQT, qui devra répondre de son encart.

— Vous n'avez pas peur de ce qu'il va publier ? interrogea Ginny.

— On ne peut pas demander l'indépendance pour nous et pas pour ceux qui n'ont pas nos opinions, rappela Hermione. La seule chose qui me chiffonne, c'est le monopole que cela donne à la Gazette.

— Du point de vue économique, sans doute, concéda Lee. Mais, comme nous gardons la main sur ce qui parait, ce n'est pas vrai d'un point de vue politique. Et, une fois de plus, rien ne nous oblige à rester travailler pour la Gazette si les choses tournent mal. À tout moment, nous pouvons démissionner et reprendre notre indépendance.

— Après le confort du salariat, cela risque d'être difficile, nota Ron.

— C'est déjà difficile, rétorqua Lee. Je n'en peux plus de courir après les financements. Je voudrais refaire du journalisme, tout simplement, sans passer mon temps à me vendre, résoudre les problèmes de presse coincée et me ronger les ongles parce que la commande de papier n'est pas arrivée. Ecoutez, je ne veux pas avoir l'air de me plaindre, mais c'est usant de se demander chaque semaine si on arrivera à assurer le prochain numéro. Cela n'aurait pas duré éternellement, nous étions trop sur le fil de la baguette pour ça. Là, j'ai l'impression de respirer, j'ai vraiment l'espoir que ce journal pour lequel on s'est battu pourra se maintenir durablement. En tout cas, je pense qu'on n'a jamais eu de meilleures chances. On ne va pas continuer éternellement à maintenir un journal qui n'atteindra jamais l'équilibre budgétaire, demander aux chroniqueurs de travailler pratiquement pour rien, et d'être dépendant de la charité des autres. Je sais que Harry nous a financés par conviction politique, comme tous ceux qui nous ont fait vivre jusqu'à maintenant, mais ce n'est pas sain.

— Mais on ne va pas renoncer à nos rêves pour une question d'argent…, commença Ginny.

— Non, c'est une question de marché. Cela fait un moment que j'ai compris ça : nous ne sommes tout simplement pas assez de sorciers pour ajouter un journal à ceux qui existaient déjà. Et puisqu'on ne peut pas assurer le pluralisme en créant une autre maison de presse, alors faisons évoluer celle qui existe pour qu'elle assure le pluralisme à elle toute seule. La Gazette se dote d'un magazine de société qui fait des enquêtes fouillées, et éventuellement remet en cause ce qui a été publié dans la rapidité du quotidien. De notre côté, nous sommes toujours prêts à donner des tribunes à ceux qui ne partagent pas notre opinion. Peut-être que le MQT acceptera de débattre directement avec nous, désormais.

— Je comprends, fit Harry. De notre côté, nous aussi avons décidé de faire confiance à Tribune.

Il se tourna vers Ginny qui, un peu gênée, leur apprit qu'elle allait couvrir la coupe du monde de Quidditch pour la Gazette.

— Tu ne nous en avais pas encore parlé ! reprocha Ron.

— Je ne signe que la semaine prochaine, expliqua Ginny. Je voulais être certaine que cela se fera avant d'en parler. Et maintenant, avec ce que j'apprends, je ne sais pas trop…

— Ginny, on en a déjà débattu, argumenta Harry. La Gazette ne t'achète qu'une série d'articles.

— Nous ne sommes sûrement pas les seuls à avoir des principes, fit remarquer Parvati avec le sourire. Si nous nous amollissons, d'autres journalistes pourront reprendre le flambeau. Il n'y a pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui prennent les risques.

— Mais quand même, murmura Ginny, ce ne sera plus pareil.

— Le changement, c'est ce que nous avons infligé à tous ceux qui ne voulaient pas que nous changions le monde sorcier, fit remarquer Hermione. Il faut nous montrer beaux joueurs quand d'autres prennent des initiatives auxquelles nous n'avons pas pensé.

Lee et Padma échangèrent un regard. Visiblement, l'accord moral d'Hermione les rassurait. Lee lança encore un tour de table, pour permettre à chacun de s'exprimer. Puis ils votèrent à main levée.

La Gazette avait acquis un nouveau magazine.

ooOoo
End Notes:
In-folio : Se dit du format d'un livre où chaque feuille d'impression, pliée en deux, forme deux feuillets – ou folios – soit quatre pages

...

Sources :
JKR : Ginny devient correspondante pour la Gazette.
Dan Pottermore : Article de Rita Skeeter sur la coupe du monde de 2014

Désolée, je pensais avoir posté ici ce chapitre qui est en ligne ailleurs depuis un moment. Pour la suite, j'y travaille, j'ai un chapitre en correction en ce moment même.
XXII : Rajeunir les rangs by alixe
Author's Notes:
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
22 mars 2014 : Élection d’Adrian Ackerley comme ministre de la Magie

Période couverte par le chapitre : 28 avril au 22 décembre 2014
Janice Davenport avait posé ses vacances à la suite du congé de trois semaines qui lui avait été octroyé pour qu’elle se remette de la désartibulation grave qu’elle avait subie quand elle avait évacué le tonneau rempli de substances explosives, destiné à éliminer l’ancien ministre de la Magie et les deux candidats à sa succession.

Le lundi de son retour, elle se rendit directement dans le bureau que Harry partageait avec son adjoint. Après avoir salué ses deux chefs, elle posa un papier sur le bureau du commandant des Aurors.

— Qu’est-ce que c’est ? s’inquiéta Harry, alerté par la physionomie grave de sa collègue.

— Ma démission, répondit-elle tranquillement. Je me suis rendue compte que j’étais fatiguée. Cela fait plus de trente ans que je suis Auror. J’ai envie de profiter de la fin de ma vie.

— Tu n’es pas obligée d’aller sur le terrain si tu ne le souhaites pas, contra Harry. Ton expérience nous sera précieuse, même si tu décides d’opter pour un poste moins exposé.

Il regarda en direction de Stanislas, qui avait réussi sa reconversion après l’épreuve qui l’avait fortement handicapé.

— Harry, j’ai l’intention de vivre en France désormais. Pierre et moi allons nous marier. Nous en avons assez de vivre séparés.

— Vous marier ? Mais je croyais qu’il…

Par discrétion, Harry ne répéta pas la confidence que lui avait faite Janice, plusieurs années auparavant sur le statut marital de son amoureux.

— Il est divorcé maintenant, lui apprit-elle. Et lui aussi va présenter sa démission. Nous allons ouvrir un centre de formation au Duel. Nous y recevrons les sportifs et ceux que le ministère de la Magie français voudra faire entraîner — ses Chasseurs ou ses policiers. Tu pourras m’envoyer tes aspirants, si tu veux, sourit-elle. Nous aurons enfin des heures de travail régulières, et nous nous retrouverons tous les deux chaque soir, sans gardes la nuit ou le week-end. C’est ce que nous souhaitons.

Harry chercha encore quelques arguments pour retenir un de ses meilleurs éléments mais n’en trouva pas. Et puis, après tout, Janice n’avait-elle pas assez donné pour la communauté ? Il comprenait qu’elle veuille passer la main.

— Il ne me reste donc qu’à vous offrir mes félicitations pour votre prochain mariage et tous mes vœux de réussite pour votre nouvelle entreprise, dit-il finalement.

— Merci Harry.

Stanislas s’empressa à son tour de la féliciter.

— Où allez-vous habiter ? s’enquit-il ensuite.

— On a commencé à chercher une maison, au pays basque, avec une grande remise qui servirait de gymnase. J’aimerais habiter pas trop loin d’un village moldu, mais assez à l’écart pour que des arrivées par transplanage soient possible.

— La voiture cheminée, c’est aussi un moyen de transport très commode et très discret, commenta Harry en pensant au faux véhicule installé près de chez Ron et Hermione qui leur servait de point de départ et d’arrivée.

— On y pensera !

Janice passa ensuite dans le QG pour dire au revoir à ses anciens collègues. Comme son absence avait duré un mois, Harry avait déjà redistribué les dossiers qu’elle avait en cours et incorporé son partenaire, Augustin Dolohov, dans une autre équipe.

— Ça va faire drôle, sans elle, fit remarquer Harry à Stanislas.

— D’autres départs sont à prévoir, répondit son adjoint. Muldoon et Hobday ne sont plus de première jeunesse. Hipworth et Hurtz non plus. Moi aussi, j’envisagerais sérieusement la retraite si tu ne m’avais pas offert une place ne demandant pas d’efforts physiques et ayant pratiquement des horaires de bureau.

Se débarrasser de Muldoon, avec qui il ne s’entendait pas, n’ennuyait pas vraiment Harry. Mais si quatre seniors qui approchaient de la soixantaine partaient dans un délai rapproché, cela créerait un vide, long à combler. Il avait fait rentrer quelques jeunes deux ans après son arrivée à la tête du bureau des Aurors, et il était manifestement temps de recommencer l’opération.

— On prévient Poudlard que nous ouvrons des postes ? proposa-t-il à Pritchard.

— Ça serait sage, en effet. Il reste encore deux mois d’école et deux mois de vacances avant la rentrée de septembre. Cela devrait suffire pour donner aux gamins le temps de la réflexion.

ooOoo

Deux semaines avant que les vacances d'été ne ramènent Teddy et Victoire de Poudlard, le sort s'abattit sur Neville Londubat. Après le décès de sa mère prise de langueur un an auparavant, son père échappa à la vigilance du personnel infirmier et sortit dans la rue. Il n'alla pas loin et fut récupéré dans l'heure, mais les années passées sans sortir l'avaient fragilisé et, malgré la douceur relative du mois de juin, il attrapa une bronchite qui l'emporta en une semaine. En apprenant la nouvelle, sa grand-mère, Augusta, s'effondra. Elle décéda trois jours plus tard sans avoir repris connaissance.

C'est avec beaucoup de tristesse et d'inquiétude pour son camarade que Harry se rendit aux deux enterrements consécutifs. Il imaginait le désarroi de son ancien condisciple mais se sentait impuissant à alléger sa peine et son sentiment d'abandon.

La professeur McGonagall abandonna ses élèves en train de passer leurs examens de fin d'année pour porter un dernier hommage à son amie de classe. A la demande de Neville, elle fit l'homélie funèbre, car elle était celle qui la connaissait depuis le plus longtemps. Elle parla de la jeune fille pleine de rêves, de son mariage malheureusement interrompu par son veuvage précoce, de la perte de son fils et de tout son amour qu'elle avait reporté sur son petit-fils. Elle décrivit l'immense tendresse qu'elle avait eue pour Neville, qu'elle cachait sous des paroles bourrues comme si elle avait eu peur, en avouant ses sentiments, d'attirer sur lui le malheur qui avait déjà durement frappé les Londubat.

Beaucoup de monde était venu aux deux enterrements. Si les premières années de Neville à Poudlard avaient été solitaires, sa pugnacité à Poudlard durant l’année des Ténèbres l’avait révélé, et il avait ensuite gardé le contact avec un certain nombre de ses condisciples de l’époque. Il était également très apprécié de ses collègues herboristes qui fleurirent à profusion la tombe des disparus. Il pouvait enfin puiser du réconfort auprès de son épouse Hannah et leurs deux enfants, qui avaient quatre et six ans.

— Je suis en train de réaliser que mon travail pour la Coupe du Monde de Quidditch va me faire rater les deux mois d’été chez mes parents, soupira Ginny alors qu’ils rentraient chez eux.

— Ils vont bien et seront encore là à ton retour, tenta de l’apaiser Harry. Mais au fait, pourquoi nous ne ferions pas un tour en famille en Patagonie ? Je suis certain que les garçons seraient contents de voir un match de Coupe du Monde.

— C’est une excellente idée, mon chéri !

ooOoo

Finalement, une bonne partie de la famille se rendrait en Amérique du Sud. D’autres décidèrent de rester en Angleterre : Arthur qui se fatiguait vite désormais ne souhaita pas entreprendre le voyage et Molly n’en voyait pas l’intérêt. Il fallait en outre s’occuper des enfants qui avaient été jugés trop jeunes pour profiter du voyage.

Fleur et Andromeda restèrent également. Elles devaient s’occuper du musée de la Magie qui recevait la plus grande partie de ses visites durant l’été. Bill aurait bien fait le déplacement mais il avait signé pour un travail qui lui prendrait tout l’été et ne pouvait se permettre de mécontenter un client.

— Il y aura des retransmissions par Pensine, avec seulement un quart d’heure de décalage, tenta de le consoler Ron quelques jours après le départ de Ginny et deux semaines avant que le reste de la famille n’aille la rejoindre.

— Comment est-ce possible ? s’étonna Andromeda.

— Les journalistes chargés de retransmettre leurs souvenirs vont travailler par trois, se remplaçant toutes les 30 minutes environ. Pendant que l’un regarde, les autres transmettent leurs souvenirs avec leurs commentaires, et la pensine est expédiée dans le pays pour lequel il travaille par portoloin international. Le temps qu’on regarde la séquence, la suivante arrive à son tour. C’est pratiquement comme si on y assistait en direct.

— Si tous ceux qui n’auront pas pu aller en Patagonie veulent voir le match, vous allez avoir du monde, commenta Harry.

— On peut dupliquer le contenu des pensines, ce qui permet de prévoir plusieurs lieux de retransmission simultanés, lui apprit George. Cinq pour les premiers matchs, dix à partir des quart de finale, et vingt pour la finale si on est qualifiés.

— C’est extraordinaire, s’extasia Molly.

— Je vous y emmènerai, promit Bill aux enfants déçus de ne pas faire partie du voyage.

— Des nouvelles de Ginny ? demanda Fleur à Harry.

— Elle est bien arrivée et devrait publier ses premières interviews à partir de demain. Elle a déjà vu Viktor Krum, qui est à présent entraîneur de l’équipe bulgare.

— C’est super, tu pourras le voir quand tu iras.

— J’y compte bien !

Le début de l’été s’était écoulé tranquillement. Il n’y avait pas eu de grosses affaires au bureau des Aurors, ce qui avait permis à Harry de travailler modérément et d’accorder des congés à ses subordonnés. Avec Stanislas, il avait épluché la quinzaine de candidatures qu’ils avaient reçues. Ils n’avaient pas limité leurs recrutements à Poudlard, mais avaient fait paraître dans la Gazette du Sorcier une petite annonce, pour que ceux qui auraient souhaité se présenter les années précédentes puissent le faire. Souhaitant rajeunir leurs rangs, ils avaient cependant limité leur offre aux sorciers âgés de 18 à 26 ans.

La semaine qui précéda le départ de Harry, ils reçurent les dix candidats dont ils avaient retenu le dossier. Trois venaient de Poudlard, trois appartenaient au service de police magique et deux autres étaient briseurs de sorts. Il y avait également un apprenti-médicomage et un homme qui semblait revenir d’un long périple autour du monde.

Pour l’entretien de motivation, Harry s’adjoignit l’aide de Stanislas et de Primrose Dagworth. Il avait hésité entre elle et une Auror de la nouvelle génération — Alicia ou Angelina — mais avait finalement opté pour l’expérience. Primrose s’était bien adaptée aux nouvelles procédures et avait très bien formé les aspirants qu’on lui avait confiés.

Les trois plus jeunes, qui venaient de passer leurs ASPIC, avaient de la fonction d’Auror une vision très romantique, remplie de traques et de duels. Harry leur parla des preuves, de la paperasse et des méthodes d’investigation. Un seul sut remettre ses représentations en cause et poser des questions pertinentes. Harry connaissait les trois policiers, qui étaient des fidèles des entraînements du samedi matin. Deux étaient assez vifs et maîtres de leurs nerfs pour recevoir les formations particulières de combats contre la magie noire, réservées aux Aurors. Celle qui avait commencé une formation en médicomagie plaida sa cause avec passion, indiquant qu’être Auror avait toujours été sa vocation, mais que faute de poste l’année où elle était sortie de Poudlard, elle avait choisi une autre voie. Le globe-trotter leur sembla intéressant par sa curiosité d’esprit et son ingéniosité : il avait vécu plusieurs mois parmi les Moldus, sans baguette — pour voir comment ils arrivaient à se débrouiller — et avait tout au long de son périple vécu chez l’habitant, gagnant sur place de quoi se nourrir, se loger et payer les moyens de transports qu’il utilisait pour se rendre d’un pays à l’autre. Traverser des contrées ravagées par la guerre lui avait donné envie de se battre à côté des Aurors. Les trois briseurs de sorts avaient bien entendu les connaissances magiques adéquates, mais Harry, qui requérait parfois les services de leur profession, savait que leur travail se caractérisait par beaucoup d’autonomie et d’expertise magique. Or, il avait besoin de personnes sachant travailler de concert et de fins psychologues. Les trois Aurors les interrogèrent en tentant de déterminer s’ils sauraient s’adapter aux exigences de la brigade.

Après avoir éliminé les deux jeunes sortant de Poudlard qui leur avait semblé trop insouciants, deux des briseurs de sort qui à leur avis ne feraient pas l’affaire et le policier qui ne suivrait pas le rythme, il leur restait six choix possibles, alors qu’ils n’avaient prévu que quatre places.

— On peut en prendre un ou deux de plus, proposa Harry.

— Outre que nous n’avons négocié que quatre postes avec le Trésor, il vaut mieux échelonner nos recrutements et prendre un petit jeune d’ici quelques années, opposa Pritchard.

— Avant d’intégrer deux policiers, il faudrait en évaluer les conséquences, ajouta Primrose. Potter, tu n’aimerais pas qu’on te débauche un de tes hommes après que tu l’aies formé. Le commandant Watchover ne va pas apprécier.

— Elle a raison. Si on laisse entendre qu’on fait notre marché chez les jeunes de la police, certains vont aller s’y engager dans l’attente qu’on ouvre un poste, et cela risque d'entraîner pas mal de frustration de leur côté, et de tensions avec Watchover, développa l’adjoint de Harry.

— Vous voulez qu’on pose la règle de ne prendre personne de la police magique ? questionna Harry. Ce serait dommage et injuste. Pourquoi prendrait-on des médicomages ou tout autre corps de métier. On devrait limiter nos candidatures à ceux qui sortent de Poudlard alors.

— Mais on n’a qu’un candidat potable cette année, rappela Primrose.

— Effectivement, approuva Harry. Donc, on prend tous les corps de métier, sans exception pour les policiers.

— Dans ce cas-là, on prend Ilena Rastrick, suggéra Stanislas. Elle a vingt-six ans, et huit ans de service dans la police magique. S’il faut attendre huit ans pour espérer avoir une petite chance d’être pris par les Aurors, ce ne pourra pas être considéré comme un plan de carrière valable par des jeunots de dix-huit ans. On pourra faire valoir ça à Watchover.

— On peut lui dire qu’on a trois candidatures, sans dévoiler leur nom, et qu’on a bien envie de les accepter, réfléchit Harry. Une fois qu’il aura changé de couleur, on indiquera qu’on ne veut pas le dépouiller et qu’on se limite à une seule personne et pas la plus jeune pour ne pas donner l’impression que la police magique est un stage pour devenir Auror.

— Bonne tactique, mais cela ne va pas l’empêcher de demander une contrepartie, prévint Pritchard.

— Logique. On renverra d’une manière ou d’une autre l’ascenseur, décida Harry. Tout le monde est d’accord pour Rastrick ?

— Elle est excellente en duel, grâce à sa bonne appréciation des situations et capacité tactique. C’est une très bonne enquêtrice, et ça fera un très bon Auror, approuva Primrose.

— Entendu, accepta Stanislas. La médicomage ?

— Elle sera précieuse pour les premiers examens sur cadavre, soutint Harry. Et pourra nous traduire certains rapports un peu techniques sur lesquels on est obligés de demander des explications à Ste Mangouste.

— Il y a quand même un truc qui me chiffonne, avoua Primerose. Guérir ou envoyer des sorts paralysants pour arrêter une personne, ce n’est pas vraiment la même démarche. C’est pas antinomique de passer d’un poste à l’autre, comme ça ?

— Blesser n’est pas notre but, remarqua Stanislas. On ne le fait que quand on n’a pas le choix. Protéger est notre ambition, ce qui n’est pas si loin de la guérison. La médicomagie n’est pas toujours tendre non plus. Ils luttent contre la mort, combattent la maladie, désensorcellent, constatent des maltraitances. Je pense que d’un point de vue psychologique, c’est assez proche. Sans compter les horaires tordus et les heures de garde.

— Vu comme ça… , reconnut Primerose. Je retire mon opposition.

— C’est bon pour moi, accepta Harry. Le voyageur ?

— Je sais que tu as des réserves pour les briseurs de sort, mais lui, je le vois encore moins faire de la paperasserie, rendre compte de ses initiatives, commença Primrose. Et, sans vouloir critiquer, avec la nouvelle loi judiciaire, on passe pas mal de temps à ça.

— Je ne peux pas dire le contraire, reconnut Harry.

— Par contre, j’ai bien envie de l’adresser à Faucett, intervint Pritchard. Pour les pré-enquêtes internationales, il fera un bon observateur, sachant se fondre dans le décor, quel que soit le pays où on l’enverra.

Par l’intermédiaire de Stanislas, Harry avait de temps en temps des nouvelles de Dave Faucett, leur ancien commandant, qui avait rejoint la Confédération Internationale des Aurors. Il trouva l’idée excellente.

— Oui, tu as raison, ses capacités y seront bien mieux utilisées. C’est un gars sur lequel on peut compter pour être autonome pendant plusieurs semaines et revenir avec une tonne d’informations.

— Bien, donc il ne nous reste plus que le briseur de sort, continua Stanislas. Moi, il m’a convaincu.

— Je l’ai trouvé pas mal non plus, ajouta Primerose.

— Je m’en remets à votre jugement, décida Harry.

— Parfait, conclut Primerose. Donc, je récapitule, on a deux filles et deux gars, entre dix-huit et vingt-six ans, venant tous d’horizons différents. Ça me parait pas mal.

— Plus qu’à envoyer les lettres, négocier avec Watchover et recommander notre Globe-trotter à Faucett, compléta Harry.

— Tout devrait être réglé quand tu rentreras d’Amérique du Sud, sourit Pritchard.

ooOoo

Harry revint la dernière semaine d’août. Il fit le point sur toutes les enquêtes en cours, prépara les plannings pour la rentrée et la réorganisation des binômes en vue de l’intégration de leurs quatre nouveaux aspirants. Avec Stanislas, ils avaient décidé de choisir les formateurs dans la génération des Aurors entrés en même temps que Harry, plutôt que de choisir les Aurors les plus âgés. C’est ainsi que Michael Corner, Seamus, Alicia et Angelina devinrent Aurors Formateurs. Harry les convoqua individuellement pour leur faire part de leur promotion et s’assurer qu’ils souhaitaient jouer le rôle de mentor.

Comme l’avait fait Faucett en son temps, il descendit dans l’atrium accueillir ses nouveaux subordonnés. Ilena Rastrick arriva un grand sourire aux lèvres et serra la main de son nouveau commandant, visiblement pressée de prendre ses fonctions. Caelean Flume, le plus jeune des recrues, était visiblement impressionné. Sa main était moite quand il la tendit à Harry et il semblait avoir du mal à réaliser sa bonne fortune. Althea Synthol, la médicomage était décontractée et regardait avec curiosité autour d’elle. Le jeteur de sort, Dayo Oloba, semblait un joyeux drille. Il eut le temps de lancer cinq plaisanteries avant qu’ils n’arrivent aux ascenseurs.

Pendant que leur formateur attitré leur faisait faire le tour du propriétaire, Harry alla saluer Owen qui était revenu de vacances ce matin-là. Il prit des nouvelles d’Héloïse et de leur petite fille qui allait avoir cinq ans deux semaines plus tard.

— Elles se portent à merveille, merci, répondit Owen, d’un ton qui n’était pas aussi enjoué qu’il aurait dû l’être.

— Et le reste de ta famille ? pensa à demander Harry.

— M’en parle pas, mes parents sont dans tous leurs états, confia Owen.

— Que se passe-t-il ?

— C’est ma sœur, explosa Owen. Tu connais la dernière ? Elle attend un enfant !

Harry hocha la tête de son air le plus neutre. A sa connaissance, Shaleen Harper n’était pas mariée. Aux dernières nouvelles, elle vivait en Chine et faisait une étude sur les Boutefeux chinois. Par ailleurs, la question des naissances était un sujet délicat pour Owen et son épouse Héloïse. Tous deux avaient espéré fonder une famille nombreuse mais ils avaient eu du mal à concevoir leur fille et ils n’avaient pas eu de second enfant. Harry comprenait que la grossesse de la sœur célibataire d’Owen puisse les perturber.

Owen continua, ayant manifestement besoin de se confier :

— Elle affirme qu’elle veut l’élever toute seule car elle n’aime pas assez le père pour faire sa vie avec lui. Elle dit qu’il a proposé de donner de l’argent, mais qu’il n’a jamais voulu d’enfant et qu’elle n’a pas le droit de le lui imposer. Elle ne pouvait pas y penser avant ? Elle croit que c’est facile de s’occuper d’un gamin, de le suivre toute son enfance ? Et de quel droit elle le prive d’un père ?

— Savez-vous qui c’est ? s’enquit Harry qui ne jugea pas utile de répondre à la question de principe.

— D’après elle, on n’a pas besoin de le connaître puisqu’il n’interviendra plus dans sa vie, l’informa Owen d’une voix agacée. A mon avis, il est marié et elle veut éviter un scandale.

— Il est peut-être Chinois et a une culture trop différente de la nôtre pour qu’elle veuille faire sa vie avec lui, supposa Harry.

— C’est possible aussi. On le verra vite je suppose.

Contrairement au monde Moldu, l’apparence ethnique chez les sorciers était assez peu prise en compte. La volonté de ne pas se mêler avec des Moldus avait été la plus forte et, pour éviter l’endogamie, les sorciers avaient préféré se marier à l’étranger qu’avec des non-sorciers. Les couleurs de peau étaient donc assez variées dans la communauté sorcière anglaise. Par contre, leur système culturel rigide imposait à tous de se plier aux habitudes magiques du pays (1). La magie pratiquée en Angleterre était très différente de celle connue en Afrique, en Asie ou en Amérique du sud ou même en Europe de l’Est, même si certains sortilèges étaient fortement inspirés d’autres cultures. C’est pourquoi le musée de Ginny était non seulement intéressant, mais aussi perturbant pour ceux qui ne voulaient pas reconnaître que leurs habitudes avaient des origines étrangères.

— En tout cas, continua Owen, mes parents ne le prennent pas très bien. Ils m’ont même demandé de lancer une enquête pour savoir qui est ce fichu père, tu te rends compte ?

— Tu peux leur répondre que ton commandant refuse de t’envoyer en Chine, répondit Harry en souriant.

— Ouais, je vais leur dire ça, grogna Owen. Si ça se trouve, c’est un Moldu, et elle n’a pas voulu le leur dire.

— Ça les ennuierait ? s’enquit Harry qui avait eu l’impression que la pureté du sang devenait de moins en moins importante, même chez des familles traditionnalistes.

— Ça les aurait ennuyés il y a dix ans, reconnut Owen. Maintenant que Shaleen a dépassé la trentaine, ils sont prêts à accepter tous les mâles qui accepteraient de lui mettre la bague au doigt.

Harry pensa par devers lui que, dans dix ans, ils seraient sans doute finalement heureux d’avoir ce petit enfant, même s’il était né hors mariage. Mais il garda ses réflexions pour lui. Il savait qu’Owen souffrait de ne pas avoir donné de descendant mâle à ses parents pour reprendre le nom des Harper. D’ailleurs, si l'enfant de Shaleen s’avérait être un petit garçon, serait-ce un soulagement pour son ami ou une blessure morale de plus ?

— Je suis certain que ta sœur a pensé au bien-être de son enfant et qu’elle a choisi ce qui était, à son avis, la meilleure solution, assura-t-il pour apaiser son ami. De ce que tu m’as dit d’elle, elle a la tête sur les épaules, non ? Elle se donne les moyens de ses ambitions et n’a pas fait d’erreur manifeste dans sa vie jusqu’à maintenant, n’est-ce pas ?

— Oui, c’est vrai, reconnu Owen d’une voix un peu moins contrariée.

Shaleen avait depuis longtemps affirmé son attirance pour les dragons. Cela avait moyennement plu à ses parents qui n’étaient pas d’accord pour qu’elle passe sa vie à travailler dans des réserves, travail bien trop dangereux et pas assez féminin à leurs yeux. Elle avait habilement rassuré ses parents, sans pour autant renoncer à son rêve, en acceptant de continuer ses études en choisissant une formation de vétérimage, option Créatures magiques. Elle avait ensuite profité de tous les échanges étudiants possibles, ce qui lui avait permis de voyager comme elle le désirait, de faire des stages en contact avec les grands sauriens, tout en gardant la possibilité de faire carrière dans l’enseignement ou la recherche.

Les Harper avaient été déçus qu’elle s’installe pour plusieurs mois à l’autre bout du monde, mais elle rentrait régulièrement en Portoloin pour les voir. Owen, formé à détecter les sortilèges de dissimulation, était certain qu’elle cachait régulièrement des brûlures. Comme elle n’était pas supposée être en contact avec des dragons, il n’en avait pas parlé à ses parents, ne voulant pas les inquiéter inutilement.

— Bon, pour te changer les idées, je te laisse te replonger dans tes dossiers, conclut Harry. J’ai Conseil de Départements, ce matin, il faut que j’y aille avant que Stan vienne me le rappeler.

ooOoo

Cette rentrée-là, non seulement Teddy et Victoire s’étaient rendus à Poudlard, mais aussi Dominique qui entrait en première année. Il n’y avait plus que Louis chez Bill et Fleur, et ce dernier avait du mal à se faire à sa nouvelle solitude. Sur le conseil de Molly qui était une confidente privilégiée de ses petits enfants, James, Albus et Rose, qui avaient pratiquement le même âge, furent, régulièrement invités le week-end à la Chaumière aux Coquillages.

Ginny avait beaucoup apprécié son été en tant que correspondante sportive de la Gazette et souhaitait continuer dans cette voie. Le journal l’avait félicitée pour la qualité de ses reportages et lui avait proposé un contrat d’un an qu’elle avait signé après en avoir discuté avec Harry. Elle craignait de devoir encore s’absenter souvent, et d’être une mauvaise mère pour Lily qui n’avait que six ans et demi et James et Albus qui avaient respectivement atteint huit et neuf ans. Mais Harry lui avait assuré qu’il s’arrangerait pour rentrer tôt si elle devait voyager, et en cas d’impossibilité, il y aurait toujours Molly à appeler à la rescousse.

Le mandat de Ron, en tant que Maître des guildes expirait durant le mois d’octobre. Le plus jeune des frères Weasley fut renouvelé dans ses fonctions pratiquement sans débat, tant son exercice du pouvoir faisait consensus.

ooOoo

L’automne passa à grande vitesse et les vacances de Noël arrivèrent rapidement.

Teddy et les deux filles de Bill et Fleur revinrent de Poudlard. Dominique était enchantée de ses débuts à l’école de Magie. Son intégration dans la maison de Poufsouffle s’était bien passée, et le filleul de Harry, qui se considérait manifestement responsable des jeunes de la famille, l’avait aidée à se familiariser rapidement avec le château et ses habitants.

Deux jours après leur retour, en fin de journée, Harry terminait de relire un dossier qui devait être présenté au Magenmagot à la première heure le lendemain. Antony Goldstein frappa à la porte de son bureau.

— J'ai un jeune homme qui affirme avoir des informations à nous transmettre sur un meurtre mais qui ne veut en parler qu'à toi, Commandant.

Harry hésita. Stanislas était déjà parti et il n'avait pas envie de rentrer trop tard car Andromeda et Teddy étaient invités pour le dîner. Il songea à confier le visiteur à Antony qui était de garde cette nuit là. Mais quand un témoin se déplaçait, c'était généralement pour donner des informations sérieuses, ce qui était plus rarement le cas avec les lettres anonymes.

— D'accord, soupira-t-il.

Antony se décala et laissa passer un jeune homme de seize ou dix-sept ans. Il parut familier à Harry qui pourtant ne put mettre un nom sur ce visage. Il l'invita à s'asseoir devant lui :

— Prenez place, Monsieur… ?

— Grimstone, répondit l'adolescent comme s'il lançait un défi. Benjamin Grimstone.

Harry réprima un sursaut. Cette affaire avait une dizaine d'années, mais les visions auxquelles il avait été confronté l'avaient poursuivi des années durant. Il tenta cependant de rester impassible.

— Êtes-vous réellement venu témoigner sur un meurtre ? demanda-t-il calmement.

Le jeune homme secoua négativement la tête en silence, avant de se lancer :

— J'ai dix-sept ans, je suis majeur maintenant et je veux savoir pourquoi on m'a retiré à la garde de mes parents.

Le silence retomba entre eux pendant que Harry se demandait comment il allait pouvoir répondre.

— Je suppose que vous avez un tuteur, avança-t-il finalement. Il ne le sait pas ?

— Il me dit qu’il n’y a rien à raconter et que c’était mieux pour moi ! fit Benjamin avec agacement. Mais j'ai le droit de savoir ! Je suis majeur, maintenant !

— Je comprends que vous vous posiez des questions, fit Harry avec douceur, mais vous allez vous rendre compte très vite qu'il est rare que les réponses vous apportent la paix. En général, elles ne font qu'amener d'autres questions auxquelles il est encore plus difficile de trouver la réponse.

Le mélange de colère et d’exaspération que l’Auror lut dans le regard de son vis-à-vis lui rappela une scène dans le bureau du directeur de Poudlard. Il se retrouva partagé entre le désir d'apporter un peu de paix à ce jeune homme et celui de le protéger d'une réalité difficile.

Puis il prit sa décision. Ce que Dumbledore lui avait volontairement caché lui avait fait mal, aussi.

— D'accord, je vais te dire ce que je sais. D’ailleurs, la plupart des faits peuvent se trouver dans les journaux de l’époque. Tu n’as pas pensé à regarder ?

— Dans les journaux ? s’étonna Benjamin. C’était si grave ?

— Le fait que je sois intervenu dans cette affaire lui a donné un éclairage supplémentaire, expliqua Harry. Je te préviens quand même : même moi, je n'ai pas tous les éléments que tu attends et tu dois te préparer à repartir d'ici sans être satisfait.

L'expression du jeune homme s'apaisa mais la méfiance était toujours là.

— C'était il y a une dizaine d'années, en 2004, je crois, commença Harry. Nous avons été appelés par Ste Mangouste. On t'avait amené, en indiquant que tu étais tombé dans un buisson de Grifftout mais tes blessures, dont tu dois encore avoir les marques, avaient alerté le médicomage qui s'est occupé de toi. J'ai formellement reconnu un sort noir.

— Un impardonnable ? demanda le jeune homme.

— Non, pas un impardonnable. Le problème, continua Harry, c'est que pour te soigner, on avait dû effacer les traces de magie et que nous n'avions aucun indice pour déterminer qui t'avait fait ça. Par contre, il nous a paru évident qu'on ne pouvait pas te rendre à tes parents qui avaient manifestement menti sur ce qui t’était arrivé. Il y a donc eu un procès, au cours duquel nous avons prouvé que tu avais été blessé par un sort noir et qu’il était préférable que tu changes de foyer. Chez qui es-tu allé ? s’enquit-il.

— Chez un cousin de mon père et sa femme. Ils ont deux enfants, en plus de moi.

— Ils se sont bien occupés de toi ?

— Oui, affirma Benjamin d'une voix tranquille, mais j’ai besoin de savoir quand même.

— Je comprends, assura Harry. C’est insupportable de se dire que d’autres en savent davantage que vous sur des sujets qui vous touchent de près.

Benjamin hocha la tête, visiblement satisfait de la compréhension dont faisait preuve Harry mais cela n’était manifestement pas suffisant :

— Mais qui m'avait envoyé ce sort ? insista-t-il. Mon père ? Ma mère ?

Harry repensa à la discussion qu'il avait eue avec leur avocat, St-John Bielinski, quelques mois après le jugement.

— Nous avions des présomptions contre eux, indiqua-t-il prudemment, mais nous n'avons jamais trouvé aucune preuve. La seule chose dont nous étions certains c'est qu'ils avaient menti, soit pour se protéger eux-mêmes, soit pour protéger quelqu'un d'autre. C'est pour cette raison qu'ils ont été déchus du droit de t'élever, mais aucune peine n’a été prononcée contre eux.

— Mais pourquoi auraient-ils fait ça ? Qu'avais-je fait pour mériter un pareil traitement ? s'écria le jeune homme dont le visage reflétait désormais le désarroi.

— Rien ne justifie de faire subir un tel sortilège à un enfant, assura Harry. Personne n’avait le droit de te faire ça.

Benjamin abaissa le regard vers ses mains qu'il tordait avec nervosité.

— Je t'avais prévenu que mes réponses amèneraient des questions supplémentaires, rappela doucement Harry.

— J'aurais tellement voulu savoir ce qu'il s'était réellement passé, murmura-t-il.

— En fait, tu connais la vérité, rappela Harry. Tu avais sept ans, tu étais assez grand pour savoir qui te lançait des sorts et dans quelles circonstances. Tu ne t'en rappelles pas ?

Le jeune homme secoua la tête d'un air découragé.

— Eh bien je pense qu'au fond de toi, tu sais que tu vivras mieux sans le savoir, décréta Harry. Parfois la certitude est plus douloureuse que la connaissance.

Benjamin émit une sorte de grognement.

— Par contre, je me demande si tu as posé les bonnes questions, continua Harry.

Son interlocuteur leva les yeux vers lui.

— Ce que tu veux savoir, c'est si ce qui s'est passé autrefois va avoir un impact sur ta vie future, développa le chef des Aurors. Ma réponse est que c'est à toi de faire en sorte que non. Tu as été maltraité, tes parents ont eu de grands torts envers toi, c'est un fait. Mais cela ne t'empêchera pas de devenir quelqu'un de bien.

— Oui, c’est ce que dit mon père adoptif : le passé est derrière, ce qui compte c’est le présent et le futur. Mais ce n'est pas comme ça que je le sens, moi ! Il est là, le passé et j'ai besoin de le connaître pour me connaître moi !

— Sur ce point, tu as raison. Le passé remontera à des moments où tu ne t'y attendras pas, le prévint Harry. Parfois, tu ne comprendras pas pourquoi tu agis bizarrement ou pourquoi une situation t'est insupportable. Mais cela se surmonte quand on a suffisamment de projets à mener et de personnes aimantes autour de soi pour passer outre.

Benjamin n’avait pas l’air convaincu.

— Je ne dis pas ça pour minimiser ce qui t'es arrivé, assura Harry. Mais parce que je l'ai vécu et que je ne m'en tire pas si mal.

— Vous avez été maltraité par vos parents ? demanda le jeune homme d'un ton qui laissait entendre qu’il n’en croyait rien.

— Par ceux qui m'ont élevé après la mort de mes parents, corrigea Harry comprenant qu'il ne pouvait faire l'économie de cette vérité. Je n’ai pas été battu, c’est vrai, mais pendant dix ans, je n'ai été aimé de personne, traité comme un pestiféré et parfois enfermé pour des fautes que je n'avais pas commises. Puis je suis allé à Poudlard, j'ai eu des amis, j'ai rencontré une famille qui a fait de son mieux pour que je me sente entouré et aimé. Cela n'a jamais remplacé mes parents décédés, ni effacé ce que j'ai vécu, mais c'était déjà énorme. Aujourd'hui, je suis heureux avec mon épouse et mes enfants. C'est la seule chose qui compte.

Il y eut un long silence que Harry respecta. Benjamin finit par dénouer ses mains agrippées l'unes à l'autre et les essuya sur sa robe. Il se leva et dit d'un ton penaud.

— Je suis désolé d'être venu vous ennuyer avec mes problèmes. Merci de m'avoir reçu.

— Ce n'est rien, assura Harry en se levant pour le raccompagner. Tu peux revenir quand tu veux si tu as une autre question à poser ou juste besoin de conseil. Ça fait du bien parfois de discuter avec un inconnu. Par contre, en échange, je te demande la discrétion sur ce que je t'ai révélé. Mon enfance ne regarde personne et je ne veux pas la retrouver dans les journaux.

L'adolescent hocha solennellement la tête puis s'avança vers la porte. Il s'arrêta brusquement avant d'en franchir le seuil et demanda sans se retourner :

— Ceux qui vous ont maltraité, vous leur avez pardonné ?

Harry eut besoin de quelques secondes pour pouvoir répondre :

— J'ai pardonné à mon cousin car il a réellement regretté son attitude de l'époque et qu'il était assez jeune pour être sous l'influence de ses parents. Par contre, mon oncle et ma tante n'ont jamais manifesté le moindre remord et je pense leur en vouloir encore aujourd'hui. Mais je n'ai aucun désir de vengeance. Ne pas les voir me suffit. Ils ne font plus partie de ma vie. Qu'ils vivent ou qu'ils meurent, ça m'est égal.

Le jeune homme hocha la tête et partit sans dire un mot de plus. Harry se laissa retomber dans son fauteuil, se demandant si Vernon et Petunia lui étaient aussi indifférents qu'il l'avait prétendu.

Il s'inquiétait aussi pour le jeune Grimstone. Avait-il réussi à lui dire ce qu'il avait besoin d'entendre ? Était-il assez mûr pour comprendre ce que Harry avait tenté de lui transmettre ? Ses pensées revinrent une fois de plus à Dumbledore. Il mesura les doutes que le Directeur avait dû éprouver, alors que le temps était compté et que le Survivant était encore bien jeune pour recevoir son enseignement et qu'il y avait tant de choses à lui faire comprendre.

Il lui fallut de longues minutes avant de pouvoir se replonger dans son dossier.

ooOoo
End Notes:
(1) Note : je suis consciente que ma vision du rapport des sorciers avec les étrangers est plus proche de la position française (ceux qui s’installent chez nous doivent abandonner complètement leur culture et adopter la nôtre) que de la position anglo-saxonne (tant qu’ils paient des impôts et ne menacent pas l’ordre public, les étrangers peuvent vivre en ghetto selon leurs coutumes). Je sais que l’histoire se passe en Angleterre et j’aurais naturellement appliqué les principes de ce pays, mais cela aurait été en totale contradiction avec le canon qui montre des sorciers d’origines ethniques variées (les Patil, Cho, Angelina) mais évoluant dans une société sorcière purement européenne (décrets contre les tapis volants, aucune allusion aux magies non occidentales). J’ai cependant glissé l’idée qu’il y avait davantage de magie non occidentale dans les pratiques que ne le pensent les sorciers britanniques car j’estime tout simplement impossible qu’un peuple ouvert à l’immigration ne profite d’aucun enrichissement culturel.


Pour commencer, excellente année 2017 à tous.

J'ai pris comme bonne résolution cette année de terminer enfin cette histoire, et je profite de cette publication pour vous en faire part.
Le chapitre suivant est en correction mais ne me plait pas (il enchaine deux segments un peu trop plats à mon avis) et la suite sera une enquête que je n'ai pas terminé d'écrire (mais je sais quelle en est la résolution). Donc pas de publication pour tout de suite, mais j'y travaille.

Je précise que ce chapitre ne prend pas totalement en compte tout ce qu'on trouve dans la nouvelles de Rowling, sous la plume de Rita Skeeter (L'armée de Dumbledore à nouveau réunie pour la finale de la coupe du monde). J'ai tenté, mais cela m'a tellement bloquée que j'ai résolu de ne prendre que ce qui me parlait dedans.
Harry Potter et l'enfant maudit ne sera pas non plus considéré comme le canon (je n'ai pas encore lu cette histoire).

Pour ceux qui veulent suivre les rares messages que je laisse sur internet, je signale :
.Ma page facebook (surtout pour parler d'évènements liés à la fanfiction), sous le nom : Alixe Vive la Fanfiction

.Mon livejournal, sous le nom d'Alixe75. Pour ceux que cela intéresse, je parle de mes méthodes d'écriture sous le mot-clé : "secrets de fabrication". J'y parle de la chronologie de mes histoires, de comment je travaille avec mes relecteurs, de mes méthodes d'écriture, de la façon dont je faisais des statistiques sur l'avancée de mon écriture (oui, ça, c'était avant), et sur la manière dont je découpe mon histoire en chapitres.

A toutes fins utiles, je signale mon site consacré à la fanfiction et à son étude par les universitaires : etude.fanfiction (point) free (point) fr


J'ai écrit une petite histoire dans l'intervalle, que j'ai posté sur Wattpad (Alixe75). C'est une fanfiction suffisamment OOC pour être postée en original (ce que j'ai fait). J'ai posté tous les jours un chapitre ultra-court durant 6 mois et ça a été une expérience très intéressante. Vu les licences que j'ai prise avec le canon, vous pourrez la lire même sans connaitre l'animé, tout est dans le texte. En parallèle, je suis en train de reposter cette saga sur Wattpad, pour voir si je peux toucher un autre public.

Je poste aussi sur Archive Of Your Own (AO3), pour faire vivre la partie française de ce site.

Voilà, je crois que j'ai tout dit. Sachez que je suis très heureuse à l'idée de vous retrouver (et je tenterai de mieux répondre à vos petits mots).
XXIII : Les lieux stratégiques du monde magique by alixe
Author's Notes:
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l’Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d’Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
22 mars 2014 : Élection d’Adrian Ackerley comme ministre de la Magie
Période couverte par le chapitre : 14 janvier au 12 mai 2015
À la mi-janvier, un évènement vint bouleverser le monde sorcier : Tom, le patron du Chaudron Baveur, décéda brusquement d’une attaque. Cela eut un retentissement considérable : non seulement c’était un membre honoré de la guilde de la Table, mais il était pour beaucoup celui qui les avait accueillis dans le premier lieu magique où ils avaient mis les pieds.

Harry se rendit à son enterrement comme beaucoup de sorciers. À la fin de la cérémonie, de retour au Ministère, il prit le même ascenseur que Tiern Watchover.

— Tom était un de nos informateurs, révéla le commandant de la police magique.

Cela n’étonna pas Harry. Le Chaudron Baveur était un endroit stratégique, puisqu’il constituait, avec l’hôpital Ste-Mangouste, un des rares points où l’on pouvait accéder au monde magique sans poudre de cheminette ni code secret.

— Il avait une excellente mémoire et savait parfaitement qui entrait sur le Chemin de Traverse en passant par chez lui et qui en sortait, développa Watchover. Grâce à lui, nous avons pu arrêter des escrocs qui tentaient de profiter de l’ignorance des parents moldus qui amenaient leurs enfants sorciers pour acheter leurs fournitures. Ils se présentaient comme voulant les aider, mais les conduisaient chez des complices qui leur vendaient les produits plus chers et ils se partageaient les bénéfices.

— Je vois, fit Harry. Qui a pris la place de Tom ? J’ai lu dans le journal que le café était maintenu ouvert.

— Madame Rosmerta nous a envoyé quelqu’un. Comme ça, le passage reste fonctionnel et surveillé.

— Et ensuite ? demande Harry.

— Je ne sais pas. J’espère que ce sera abordé au prochain Conseil de départements.

Harry passa l’après-midi chez ses beaux-parents le dimanche qui précéda cette rencontre hebdomadaire. Comme souvent, il en apprit davantage en dégustant le déjeuner concocté par Molly qu’en s’ennuyant en réunion.

— Madame Rosmerta a lancé un appel à candidatures pour déterminer qui prendra la succession, les informa Ron. Les personnes intéressées devront déposer un dossier qui contiendra un projet indiquant la manière dont ils comptent faire évoluer le bar.

— Vous croyez que cela va beaucoup changer ? s’inquiéta Molly.

— Rosmerta choisira ce qui sera le plus avantageux pour elle d’un point de vue économique, jugea Ron. Je ne pense pas qu’elle ait d’idée préconçue sur ce que doit devenir cet établissement.

ooOoo


Les modalités pour le choix du nouveau barman furent bientôt publiquement connues et chacun donna son avis sur ce qu’il attendait du successeur de Tom. Pour beaucoup, qu’il serve de la bonne bière et que les chambres soient confortables était largement suffisant. D’autres, qui avaient séjourné dans la partie hôtel, remarquèrent qu’un peu plus de propreté ne serait pas du luxe. Certains, moins sympathiques, en profitèrent pour faire savoir qu’ils apprécieraient qu’on soit plus regardant sur les clients : tout comme feu Abelforth, Tom servait parfois des harpies et même des elfes dans la salle.

Deux mois plus tard, les projets furent présentés dans le bâtiment qui avait déjà accueilli les séances du Merveill'image lors du Tournoi des Trois Sorciers et de la coupe du monde de Quidditch. Les sorciers purent aller les consulter et une urne à la sortie permettait de voter pour celui qu’ils avaient préféré.

Harry s’y rendit en famille. Il y avait cinq candidats, qui étaient présents à des horaires indiqués sur une affiche pour répondre aux questions que leur poserait le public. Un certain Melchisedec Beaulitron avait imaginé une salle futuriste en chrome et néons, avec un gigantesque écran de télévision et animation karaoké le soir.

— C’est un projecteur magique ? demanda Ginny au restaurateur qui était venu à leur rencontre quand il les avait aperçus en train d’examiner son projet.

— Non, Madame Potter, il marche à l’électricité, répondit-il. Nous sommes assez à la marge du monde magique pour qu’il n’y ait pas trop d’interférence. L’idée est de donner aux sorciers un avant-goût de ce qu’ils peuvent trouver dehors. Vous voyez, toutes mes chambres ont un thème en rapport avec une technologie de pointe moldue.

Il y en avait en effet une qui était consacrée aux communications, une autre à la conquête de l’espace, une troisième aux techniques, et le reste à l’avenant.

— Cela fait penser à un musée des Moldus pour les sorciers, remarqua Ginny avec approbation.

Après avoir été calmer James et Albus qui jouaient à chat parmi les stands, ils s’intéressèrent au candidat suivant, Magnum Primat qui, avait au contraire, centré l’établissement sur le monde magique, comme pour en faire une introduction pour les Moldus qui y passeraient : on avait sur les murs du bar des plans du Chemin de Traverse et de Pré-au-Lard, des vues de Poudlard, des portraits de sorciers célèbres. La carte des consommations proposait des Alohomora, des Reparo et des Wingadium. Les chambres avaient des noms de lieux connus : Loch Ness, Avalon, Stonehenge.

Les deux candidats suivants étaient moins innovants. Une décoration différente pour la salle, mais très classique, et une nouvelle carte pour le restaurant, sans plus. Celui qui offrait des bonbons aux enfants s’attira les suffrages des trois petits Potter.

Hannah Abott était également sur les rangs. À première vue, la salle ne changerait pas. Les mêmes sièges et tables en bois, les murs de briques recouverts d’affiches indiquant les manifestations sorcières prévues. Le tout semblait juste plus propre et plus neuf. Il ne semblait pas non plus qu’il y ait d’évolution dans l’aménagement des chambres.

Par contre, de nombreux services, qui n’existaient pas auparavant, étaient proposés aux sorciers : location de vêtements moldus, possibilité d’acheter des cartes de Londres et des pass pour prendre le métro et les bus, excursions dans la ville avec un guide « connaissant le Londres moldu comme son chaudron ». Les sorciers qui débarquaient pour la journée de la campagne pour faire leurs courses n’étaient pas oubliés : service de consigne pour qu’ils laissent leurs colis encombrants, possibilité de livraison leur permettant de repartir sans être trop chargés, forfait « petit-déjeuner/lunch » pour ceux qui voulaient arriver aux aurores. Pour les matinées de rentrées des classes, en septembre et à la fin des petites vacances, un bus magique serait affrété pour amener les familles à la gare de King’s Cross.

Par ailleurs, Hannah avait, elle aussi, prévu d’assister les Moldus arrivant chez elle : carte des lieux sorciers, avec la liste des magasins rangés par catégorie et localisés sur le plan, taux de change entre les livres moldues et les gallions affichés pour leur éviter de se faire escroquer, des photos de promotions d’élèves de Poudlard, propres à rassurer les parents qui allaient abandonner leurs enfants de longs mois dans un monde inconnu.

— C’est fantastique, s’écria Harry. Mais pourquoi cela n’a pas été fait plus tôt ?

— Oh, mais les autres propositions ne sont pas mal non plus, répondit modestement Hannah. Je m’en veux de ne pas avoir pensé à l’écran géant.

— À mon avis, tu as de bonnes chances, assura-t-il à l’épouse de Neville.

Il en était persuadé. Les services payants qu’elle proposait plairaient à Mme Rosmerta et l’assistance aux moldus serait du goût de son collègue Watchover avec qui la maître de guilde veillait à entretenir de bonnes relations.

À la fin du mois d’avril, le nom du nouveau gérant du Chaudron Baveur fut enfin connu : c’est Hannah qui remportait le marché.

Harry en fut ravi pour elle. Quand ils étaient à Poudlard, ils n’étaient pas spécialement proches, mais depuis qu’elle était avec Neville, il avait appris à mieux la connaître et à l’apprécier. C’était une femme gentille, simple et qui était parfaitement indifférente à la notoriété que Neville avait acquise pour avoir tranché la tête du serpent de Voldemort avec l’épée de Godric Gryffondor. Elle l’estimait pour ses qualités et le rendait très heureux. Ils avaient désormais deux enfants qui étaient plus jeunes que ceux de Harry et Ginny.

ooOoo


Quelques jours plus tard, Shaleen Harper, la sœur d’Owen, mit au monde un petit garçon qu’elle nomma Phineas. Si les Harper avaient espéré que cela ferait venir le géniteur, ils en furent pour leurs frais. La jeune mère assura cependant qu’il avait tenu parole et lui avait confié un pécule pour participer matériellement à l’entretien de l’enfant. Quand son ami lui fit part de ce dénouement, Harry l’invita à prendre un verre. À la seconde bière, Owen avoua à Harry que, finalement, il était soulagé à l’idée que le nom des Harper ne s’éteigne pas avec lui. S’il ne désespérait pas d’avoir la chance d’avoir un autre enfant, c’était déjà une responsabilité de moins.

En silence, Harry porta un toast au père inconnu.

ooOoo


Le printemps laissa la place à l’été. Comme toujours, la tribu apparentée aux Weasley déménagea au Terrier pour partager ces deux mois de vacances. Teddy, Victoire et Dominique revinrent de Poudlard où ils venaient de terminer respectivement leur sixième, quatrième et première année.

Cette année-là, Victoire avait un petit ami qui l’avait invitée pour une semaine de vacances. Bill avait catégoriquement refusé qu’elle s’y rende. Fleur avait tenté de proposer une alternative : que Teddy y aille avec elle. Cette médiation avait échoué : la jeune fille avait déclaré qu’elle préférait mourir plutôt que faire savoir à tout le monde à quel point ses parents étaient rétrogrades. D’ailleurs, Teddy n’était pas très chaud à l’idée d’aller jouer les chaperons, même si le soupirant « n’était pas un si mauvais type ».

Il y eut une semaine de pleurs, protestations, plaintes et bouderies, durant laquelle Victoire échangeait des lettres presque quotidiennes avec l’intéressé, ce qui faisait grogner Bill qui soutenait qu’elle épuisait le hibou familial. Enfin, Fleur annonça qu’elle était invitée à prendre le thé par la mère du prétendant. Victoire l’accompagna et revint ravie. Le jeune homme avait été convié dans les formes à venir passer quelques jours au Terrier. Il devait arriver le surlendemain.

Mark Madley ne plut que modérément aux enfants qui séjournaient chez Molly et Arthur. Il snoba les cousins de sa belle, considérant qu’ils étaient trop jeunes pour susciter son intérêt. Victoire, qui normalement retombait en enfance pour partager les occupations de la bande dès qu’elle arrivait au Terrier, se laissa contaminer par son attitude. Non seulement elle restait collée à son petit ami, mais elle feignait de se désintéresser de ses anciens camarades de jeu, même quand ils se trouvaient réunis à table.

Piqué, James commença à suivre les jeunes gens qui cherchaient fréquemment à s’isoler et leur faisait des farces qu’ils appréciaient modérément - mais qui aime se retrouver aspergé de terre sous prétexte de degnomage de jardin ? Il fallut que Ginny y mette bon ordre pour qu’il laisse le couple en paix.

Finalement, il y eut une dispute et Mark repartit chez lui. Victoire refusa toute une journée de parler à quiconque, s’abstenant même de paraître aux repas. Puis elle réintégra sa place dans la bande et tout redevint comme avant.

De leur côté, Angela et George se préparaient à se séparer de Freddy qui allait entrer en première année à Poudlard à la rentrée suivante. Dominique, totalement insensible aux émois de sa sœur, prenait très à cœur son rôle de protectrice envers son cousin. Elle lui racontait les veillées de la salle commune de Poufsouffle, les batailles de boules de neige, les délicieux repas — moins bons que chez mamie Molly, reconnaissait-elle. Freddy était très impatient de partir pour ce qu’il imaginait être un grand terrain de jeu, et ses parents tentaient de lui rappeler qu’il s’y rendait pour s’y instruire et pas seulement pour s’y amuser.

— C’est pas l’impression que tu donnais, glissa Harry un jour à George.

— Harry, sois gentil, va t’occuper de tes mômes. Sinon, je leur raconte ce que tu faisais, toi.

Harry n’insista pas. James partirait à son tour l’année d’après et il n’était pas du tout pressé que ce jour arrive.

ooOoo


Au cours du mois de septembre, Harry travaillait avec Stanislas quand son miroir sonna. Il sentit son cœur se serrer en voyant le visage pâle de Ginny dans le cadre.

— Que se passe-t-il ? s’enquit-il avec appréhension.

— J’ai laissé James à la maison ce matin, car il semblait avoir un peu de fièvre, et Miffy m’a appelée au journal il y a deux heures : il avait des boutons qui sortaient. Je l’ai amené directement à Ste-Mangouste. Il est atteint d’éclabouille !

Harry revit en un éclair la goule maquillée qui avait tenu le rôle de Ron pendant la guerre.

— Ils peuvent le soigner, n’est-ce pas ? demanda-t-il.

— Ils ont mis dernièrement au point un médicament, et on attend de voir s’il fait de l’effet, expliqua Ginny d’une toute petite voix. Et il faut que tu viennes : tous ceux qui ont été en contact avec lui ces derniers jours doivent prendre une potion pour éviter d’être malades à leur tour.

— J’arrive tout de suite !

Un simple échange de regard avec son adjoint suffit : Harry pouvait laisser son service en toute sérénité, il était entre de bonnes mains.

Il s’élança vers l’escalier pour rejoindre l’atrium, trop impatient pour attendre l’ascenseur. Moins d’une minute plus tard, il débouchait dans le hall de l’hôpital. Il se pressa vers le comptoir d’accueil devant lequel plusieurs sorciers faisaient déjà la queue. La personne derrière laquelle il se plaça le reconnut et lui offrit de passer. D’ordinaire, il refusait poliment, mais il se contenta cette fois-ci de remercier d’un signe de tête. Il remonta ainsi toute la file jusqu’à l’infirmière qui lui dit immédiatement quand il entra dans son champ de vision :

— Monsieur Potter, vous êtes attendu au second niveau.

Une fois arrivé à destination, il regarda autour de lui dans le couloir, incertain. Une jolie femme en robe verte vint à sa rencontre :

— Bonjour, Monsieur Potter, merci pour votre promptitude. Votre petit garçon va bien pour le moment. Votre épouse est près de lui. Voulez-vous bien me suivre ? Je vais vous donner votre potion et vous pourrez aller les voir.

— Merci… (Harry se rendit compte que son interlocutrice lui était familière) Mademoiselle Wiggleswade !

— Je suis madame Barnton maintenant, sourit-elle manifestement satisfaite qu’il l’ait reconnue.

Il s’était écoulé dix ans depuis qu’il était allé la chercher dans la maison où elle avait été séquestrée. Elle avait largement eu le temps de se marier et de terminer ses études.

— Je vous suis, Guérisseuse.

Il avala sa dose de potion sans broncher, malgré le goût amer.

— La prise du médicament avant l’éruption de boutons a une efficacité maximale, expliqua Meghan Barnton. Vous n’avez aucun risque de développer la maladie.

— Et pour mon fils ?

— La plupart du temps, notre traitement permet une guérison complète, sans séquelles ni marques.

— La plupart du temps ?

— Dans certains cas, nous rencontrons des complications, convint-elle, mais plutôt chez les sujets fragiles comme les personnes âgées et ceux qui souffrent d’une autre affection.

— Vous allez traiter tous ceux que mon fils a fréquentés dernièrement ?

— Oui, la période de contagion commence trois jours avant l’apparition des premiers boutons. Sans cette potion, vous auriez vous-même pu déclarer la maladie dans trois semaines et contaminer votre entourage durant soixante-douze heures.

— Dois-je aller chercher nos autres enfants et nos elfes ? s’enquit-il. Et puis…

— Vos elfes ont été prévenus et nous les attendons, le rassura-t-elle. J’ai envoyé deux infirmières avec un chaudron à l’école de votre fils. C’était plus simple que de faire venir ici tous ses camarades et les instituteurs.

— Il y a ma belle-mère aussi…

— Votre épouse nous a donné toute une liste de personne à traiter, n’ayez crainte. Si vous voulez bien me suivre…

Harry obtempéra et l’accompagna vers l’ascenseur.

— Comment James a attrapé ça, pour commencer ? interrogea-t-il. Si c’est aussi contagieux, comment se fait-il que cela n’ait pas encore généré d’épidémie ?

— Il y a des personnes qui portent le mal sans aucun symptôme, expliqua la médicomage. Elles transmettent rarement la maladie, mais cela arrive. Et dans ce cas, le nouveau sujet, lui, la développe et devient dangereux pour son entourage. Heureusement, la potion nous permet de traiter préventivement les proches et stopper la contamination.

— Je ne vais donc pas être malade.

— Pour être précise, la maladie sera présente dans votre corps, mais ne pourra pas se développer, et aura peu de chance de contaminer quelqu’un d’autre.

— Mais pourquoi ne pas traiter tout le monde ? interrogea Harry. Comme ça, plus personne ne pourrait tomber malade.

— Eh bien, pour commencer, il faudrait confectionner des litres et des litres de potion et faire passer toute la population à l’hôpital, ce qui semble démesuré pour une maladie qui tue moins que les sortilèges accidentels ou les intoxications par potions. Ensuite, croyez-vous que tous les sorciers accepteront de faire prendre une préparation médicinale à leurs enfants en pleine santé ? Ceux issus de Moldus, peut-être, parce qu’ils sont familiers avec la notion de vaccination, mais il y aura plus de résistance chez les autres. Ce n’est pas dans nos traditions d’agir ainsi.

En discutant, ils avaient changé d’étage et été au bout d’un corridor. Meghan Barnton ouvrit la porte d’une chambre et s’effaça pour le laisser passer. Ginny se jeta dans ses bras quand elle le vit arriver. Tout en la serrant contre lui, Harry regarda vers le lit où reposait un James au teint brouillé par l’éruption de pustules écarlates.

— Tout devrait disparaître d’ici un jour ou deux, indiqua la guérisseuse dans son dos.

Ce rappel sembla revigorer Ginny qui lâcha Harry et tenta de se composer un visage plus serein.

— Je serai à l’étage si vous avez besoin de moi, termina la médicomage en se retirant discrètement.

— Ça va ? demanda Harry à son épouse.

— J’ai eu très peur quand j’ai reconnu ce qu’il avait, expliqua Ginny. Tu sais, quand on a choisi cette maladie pour justifier l’absence de Ron à Poudlard l’année des Ténèbres, c’était quelque chose qui effrayait, car c’est très contagieux et parfois mortel. Sans compter les marques que ça laisse. La médicomage a été très apaisante, et ça va mieux. Mais elle ne m’a pas caché que le traitement ne marche pas à tous les coups et qu’on ne sera fixés pour James que dans deux jours.

Ils regardèrent avec angoisse en direction de leur fils alité.

— Par contre, reprit Ginny, il semble que la potion préventive soit complètement au point et que ni les autres petits ni nous ne risquons quoique ce soit.

— C’est déjà ça, tenta de positiver Harry.

Il n’y avait rien à faire à part s’asseoir et regarder l’enfant. Cela ne servait à rien, mais ni Harry ni Ginny ne pouvaient se résoudre à le laisser là tout seul. Ils avaient besoin de le veiller, de vérifier que son état ne s’aggravait pas et de se tenir prêts à appeler les médicomages en urgence si sa condition le requérait.

Harry tenta de ne pas se laisser aller à imaginer le pire. Il avait surmonté la mort de ses parents, de Sirius, de Dumbledore, de toutes les victimes de la bataille de Poudlard qui lui étaient proches, mais il sentait que la disparition d’un enfant était ce qu’il y avait de pire et qu’aucune de ses épreuves ne pouvait l’avoir préparé à cette tragédie. Il regarda Ginny, les mâchoires serrées, le teint blafard et il sut que ses pensées étaient du même acabit que les siennes. Elle combattait la peur viscérale qui envahit tout parent dont l’enfant lutte contre la maladie.

Les elfes Miffy et Trotty, après avoir pris leur potion, passèrent pour demander s’ils n’avaient besoin de rien. Molly arriva à son tour et indiqua que si Ginny restait toute la nuit, elle viendrait la relever au matin. Sa fille accueillit cette proposition avec gratitude.

En fin d’après-midi, Harry la convainquit de rentrer à la maison pour s’occuper des petits qui allaient revenir de l’école. Elle partit après avoir embrassé James sur le front et inutilement demandé que Harry l’appelle au moindre changement.

Quand elle le rejoignit quatre heures plus tard, Harry avait mangé un plateau apporté par une infirmière et un lit avait été dressé dans un coin de la chambre.

— Tente de dormir un peu, conseilla Harry à sa femme en l’embrassant.

Elle eut un pauvre sourire avant de l’enjoindre à son tour de bien se reposer.

Avant de se coucher, il vérifia que ses cadets dormaient bien. Lily avait une fois de plus repoussé ses couvertures, qu’il lui rajusta tendrement. Dès qu’il mit les pieds dans la chambre d’Albus, ce dernier l’interpella :

— Papa ?

— Tu es encore réveillé ? Il est tard.

— Je n’y arrive pas. Comment va James ?

— Il dort. Il a besoin de toutes ses forces pour lutter contre la maladie.

— C’est grave ? demanda le petit garçon.

Harry s’assit sur le lit et prit son second fils dans ses bras.

— C’est grave, mais il va s’en sortir, affirma-t-il de sa voix la plus assurée. C’est douloureux quand ceux qu’on aime sont malades, continua-t-il, mais cela ne veut pas dire que cela va mal tourner.

Albus soupira sans répondre.

— Tu veux que je te raconte une histoire pour t’aider à t’endormir ? proposa Harry.

Son fils hocha la tête, et Harry entreprit de réciter les aventures de Babitty Lapina et la souche qui gloussait. C’était la préférée de son petit garçon, et Harry la connaissait par cœur à force de la lui lire régulièrement depuis des années. Albus aussi l’avait mémorisée, et c’est ensemble qu’ils terminèrent le récit par « et plus aucun sorcier, plus aucune sorcière ne furent persécutés dans tout le royaume. »

— Allez, dodo, maintenant ! ordonna Harry. Papa est fatigué.

Il se prépara pour la nuit et se laissa tomber sur son lit. Il était en train de sombrer quand il entendit la porte de sa chambre s’entrebâiller, des pas légers s’approcher et une voix suppliante demander :

— Je peux dormir avec toi ?

Sans même ouvrir les yeux, il souleva la couverture le temps qu’un petit corps chaud se glisse dessous et se love contre lui. Nul ne put dire lequel des deux sombra dans le sommeil le premier.

ooOoo


Il fit déjeuner les enfants le lendemain matin, puis appela Ginny pour avoir des nouvelles avant de les emmener à l’école. Le visage de son épouse trahissait sa fatigue et sa voix lasse lui fit mal quand elle lui annonça qu’il n’y avait rien de nouveau. Elle fit l’effort de paraître enjouée pour parler à Lily puis Albus. Les deux enfants semblèrent rassérénés par les bisous envoyés virtuellement par leur mère.

La maîtresse de James vint à lui quand elle le vit arriver dans le préau où débouchaient les cheminées où les parents déposaient et reprenaient leurs enfants.

— Bonjour, Monsieur Potter. Comment va James ?

— Pour le moment, son état est stable. Je suis désolé, cette histoire a dû perturber l’école.

— Ce n’est pas votre faute. Dites bien à James que tous ses camarades l’attendent avec impatience. Je vais leur proposer de faire des dessins ou des lettres pour lui, aujourd’hui. Je pourrais vous les faire passer ce soir.

— C’est vraiment gentil à vous, répondit Harry, touché.

— Oh, c’est bien normal, c’est un enfant si sociable et si poli.

— Turbulent aussi, compléta honnêtement Harry.

— Il est certain que la classe va paraître calme aujourd’hui, sourit la maîtresse, mais il sait se faire pardonner toutes ses espiègleries par des attentions charmantes. Il va manquer à beaucoup de monde.

Harry la remercia encore et reprit la cheminée pour le Ministère. Dès qu’il parvint à son bureau, il appela Ginny pour lui raconter la scène. Comme lui, elle fut heureuse d’apprendre combien James était populaire dans son école. Ils furent interrompus par Molly qui, fidèle à sa promesse, venait pour permettre à sa fille de rentrer chez elle prendre un peu de repos.

Harry mit ensuite Pritchard au courant de la situation puis tenta de se plonger dans son travail pour que le temps passe plus vite. À midi, cependant, au lieu de partager son déjeuner avec son adjoint, il prit rapidement un sandwich puis fit un saut à Ste-Mangouste pour embrasser son fils et échanger quelques mots avec sa belle-mère.

Heureusement, il dut régler à son retour un problème sur un dossier — des preuves détériorées qui menaçaient d’invalider toute la procédure — ce qui l’absorba une bonne partie de l’après-midi.

Rien n’avait changé quand il rejoignit son épouse à l’hôpital peu avant dix-sept heures. Elle s’était fait remplacer par sa mère durant la matinée, et avait dormi après avoir prévenu la Gazette qu’elle serait absente. Elle ne resta quelques minutes avec Harry avant de repartir pour chercher ses cadets à l’école.

Harry terminait de dîner quand un mouvement en provenance du lit attira son attention. James venait d’ouvrir les yeux. Il bondit à son chevet.

— Bonjour, mon chéri, comment tu te sens ? demanda-t-il de sa voix la plus douce.

— Papa ?

— Oui, Maman est à la maison, mais elle va bientôt venir te voir.

— Je suis malade ?

— Un peu. Mais on t’a donné quelque chose pour te guérir. Tu as faim ou soif ?

— Les deux, statua James après une seconde de réflexion.

— Attends, je demande à quelqu’un de venir.

Il se pencha pour actionner la sonnette d’appel et prononça le nom de Ginny en ouvrant son miroir. Elle répondit immédiatement :

— Il y a un petit garçon qui veut te parler, lui annonça-t-il.

Il passa l’objet à James puis porta son attention vers l’infirmière qui était arrivée. Elle observa un moment le patient qui écoutait sa mère puis repartit. Quand elle revint, elle était accompagnée d’un médicomage que Harry ne connaissait pas. Ce dernier le salua avec déférence et examina l’enfant avant de prononcer des mots abscons qui correspondaient sans doute à un traitement. Quelques instants plus tard, l’infirmière faisait prendre une potion au malade tandis que le médicomage assurait au père :

— Votre fils semble bien réagir à ses remèdes. Il va encore être fatigué quelque temps, mais dès demain les pustules commenceront à s’atténuer.

— Va-t-il garder le visage grêlé ? s’inquiéta Harry.

— Normalement non. Nous serons définitivement fixés d’ici quelques jours.

Un repas fut proposé au petit garçon, mais James, épuisé, ne put finir la purée que son père lui donnait à la cuillère.

— Ne vous en faites pas, le rassura l’infirmière. Ce que je lui ai fait prendre en premier est très nourrissant. Il a besoin de se reposer et vous aussi.

Ginny revint vers dix heures du soir, une fois les petits couchés, pressée de voir son fils aîné. Elle fut déçue de le retrouver endormi, sans évolution par rapport à l’état dans lequel elle l’avait quitté quelques heures auparavant.

— Il va sans doute se réveiller demain matin, la rassura Harry.

Il resta encore deux heures avec elle car ils n’avaient fait que se croiser depuis la veille.

— Toute ma famille t’embrasse, lui dit Ginny.

— Je sais que ta mère les tient au courant pratiquement heure par heure, répondit Harry. Angelina et Hermione pensent bien à nous aussi.

— C’est vraiment gentil de la part de l’école, remarqua Ginny en lui montrant les dessins et messages qu’on lui avait remis quand elle était allée chercher Albus et Lily.

— Mettons-les au mur, proposa Harry. Comme ça, il les verra quand il se réveillera.

ooOoo


Le lendemain matin, il avait oublié de mettre son réveil et ce fut ses deux enfants qui vinrent le tirer du sommeil. Malgré l’heure tardive, il fit durer le câlin.

— C’est vrai que James t’a parlé ? demanda Lily. Qu’est-ce qu’il a dit ?

— Pas grand-chose. Il était encore très faible et a juste pu manger un peu avant de se rendormir.

— Ça veut dire qu’il est guéri ? s’enquit Albus.

— Presque. Tu te rappelles quand tu as eu mal à la gorge et de la fièvre. Il a fallu plusieurs jours avant que tu te sentes comme d’habitude, et tu as manqué une semaine entière de classe. Là, c’est pareil, il lui faudra plusieurs jours pour guérir complètement. Allez, c’est l’heure de s’habiller, vous êtes en retard et Papa aussi.

Ils prirent cependant le temps d’appeler Ginny avant de partir. Par miroir, elle leur montra la décoration qu’ils avaient la veille improvisée avec ce que les camarades du petit malade avaient envoyé.

— Vous irez le dire à sa maîtresse, d’accord ? les chargea-t-elle.

— On peut venir le voir ce soir ? demanda Albus.

— Non, l’hôpital n’est pas un endroit pour les enfants. Mais, s’il ne dort pas, vous pourrez lui parler par miroir. Bisous, mes chéris, partez vite, c’est l’heure.

Dans la matinée, Ginny appela Harry pour lui apprendre que James s’était réveillé. Il était en train de manger de bon appétit et ses pustules commençaient à cicatriser, comme l’avait prédit le médecin.

— C’est merveilleux ! Je passe vous voir ce midi.

— Très bien. À tout à l’heure, mon chéri.

Au moment de partir, Harry se rappela le ton suppliant d’Albus le matin même, lui demandant de les tenir au courant si son frère se réveillait de nouveau. Il décida de se rendre à l’école.

C’était l’heure où les enfants qui ne mangeaient pas à la cantine étaient récupérés par leurs parents. La maîtresse de James était donc présente, en train d’échanger des saluts avec des mères d’élèves. Elle vint aux nouvelles :

— Tout va bien, lui assura Harry. Serait-il possible de dire à mes enfants que leur frère va mieux et qu’il est en voie de guérison ?

— Bien entendu. Attendez un instant, je vous les amène, ils préféreront sans doute avoir la bonne nouvelle de votre bouche.

Albus eut l’air inquiet en découvrant son père dans le préau, mais le large sourire de Harry le rassura. Il se jeta dans ses bras, bientôt suivi de Lily. Harry leur résuma ce qu’il savait et leur dit qu’il allait lui rendre visite tout de suite.

— Tu l’embrasseras pour moi ? demanda Lily.

— Bien sûr, ma chérie. Et je te rendrai ses bisous ce soir.

Harry serra fort ses enfants contre lui, en les remerciant d’avoir été si sages et si courageux dans ce moment difficile, et les renvoya au réfectoire pour qu’ils ne manquent pas le repas.

ooOoo


Le sourire de son fils quand il entra dans sa chambre d’hôpital lui ôta un grand poids de la poitrine. Il s’assit près de lui et le serra contre son cœur. James se laissa faire un long moment, preuve qu’il était encore faible et ne se sentait pas dans son assiette. En règle générale, il se mettait à gigoter dès que l’étreinte s’éternisait, au contraire d’Albus et Lily qui aimaient se faire câliner longuement.

— Je viens de voir ton frère et ta sœur, raconta Harry. Ils sont très contents d’apprendre que tu vas mieux et ils t’embrassent très fort. Toute ta classe aussi. Comment trouves-tu leurs dessins ?

James leva les yeux vers le mur où ils avaient été fixés.

— Ils sont super. Tu leur diras merci ?

— Non, c’est toi qui les remercieras, répondit Harry. Tu vas bientôt sortir d’ici et tu retourneras à l’école.

— Tu penses rester combien de temps ? demanda Ginny à son mari.

— J’ai encore une petite heure, estima Harry après avoir regardé sa montre.

— Je vais en profiter pour aller prendre une douche, si cela ne t’ennuie pas.

— Non, vas-y. À tout à l’heure.

Ginny embrassa James et Harry puis fila. Le père et le fils se retrouvèrent en tête-à-tête.

— Maman a pleuré quand je me suis réveillé, déclara soudain James.

— Elle était très fatiguée, tenta de minimiser Harry.

— C’est dangereux, ce que j’ai ?

Harry aurait voulu avoir des paroles apaisantes, mais il ne pouvait pas éternellement cacher la vérité à James. Autant éviter de lui mentir.

— Avant, ça l’était beaucoup. Maintenant, avec le nouveau médicament, ça l’est moins, mais on était quand même très inquiets. Et puis c’est toujours très difficile pour des parents d’avoir leur petit garçon à l’hôpital.

— J’ai failli mourir ? insista James.

Harry secoua négativement la tête, tant cette idée lui était pénible. Mais son fils ne paraissait pas effrayé à cette idée, juste fasciné. Là encore, il préféra opter pour la sincérité.

— Ça avait peu de chance d’arriver, mais on ne pouvait pas s’empêcher de le craindre.

— Je suis comme toi, alors, déclara James avec un grand sourire. Un survivant !

ooOoo
End Notes:
Melchisedec BEAULITRON : membre de la guilde de la Table

Magnum PRIMAT : membre de la guilde de la Table

Phineas HARPER : fils de Shaleen Harper (neveu de Owen Harper)

Mark MADLEY : Camarade de Victoire

Melchisédec, Primat et Magnum sont des tailles de bouteilles (30, 27 et 1,5 litres)
XXIV : La danse de Salomé by alixe
Author's Notes:
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l’Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d’Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
22 mars 2014 : Élection d’Adrian Ackerley comme ministre de la Magie
Période couverte par le chapitre : 19 octobre 2015
Harry venait à peine d’arriver, ce matin d’automne, quand il reçut une convocation du ministre de la Magie. Il s’y rendit immédiatement.

Après les salutations d’usage, Ackerley tendit un parchemin à Harry.

— Nous avons été saisis d’une requête assez particulière, indiqua-t-il. Un centaure a été retrouvé égorgé dans la Forêt interdite, et ils veulent que vous déterminiez qui a fait ça.

— Un centaure tué ? Nous devons enquêter dessus ? Qui a demandé que ce soit moi qui m’en charge ? s’étonna Harry.

— D’après le directeur de Poudlard, ce sont les centaures eux-mêmes.

— Vraiment ? Et qui a été tué ? Pas Firenze, j’espère, s’inquiéta Harry.

Ackerley lui jeta un drôle de regard. S’il avait l’esprit sans doute plus ouvert que la moyenne de la société sorcière, le fait qu’on puisse s’inquiéter pour un centaure particulier dont on connaissait le nom le dépassait manifestement.

— C’est une femelle dont l’appellation est Salomé, précisa-t-il toutefois d’une voix égale.

Harry se détendit en apprenant que son ami se portait bien et décida de ne pas relever les termes méprisants du Ministre. Il préféra s’enquérir :

— C’est un sorcier qui l’aurait assassinée ?

— Je suppose qu’ils le croient et que c’est pour cela qu’ils demandent justice auprès du Ministère. Il est très vraisemblable, cependant, que nous ne soyons pas en cause. Ils vivent entourés d’autres créatures dangereuses.

Il était évident pour Harry que le Ministre espérait bien le voir conclure son enquête de manière à exonérer les sorciers. La neutralité de la voix et les mots soigneusement choisis n’en intimaient pas l’ordre, mais on sentait l’attente implicite. Il y a quelques années, Harry aurait sans doute indiqué clairement qu’il trouverait le coupable et l’arrêterait, même si cela mettait le Ministère dans l’embarras. Mais il avait mûri et se contenta de hocher la tête. Il était inutile de déclarer une guerre qu’il n’aurait pas nécessairement à mener. Le mieux était de conduire son enquête dans les règles de l’art et de voir où cela le mènerait.

— Cela implique de se rendre dans la Forêt interdite, remarqua le Ministre. Je suppose que cela n’est pas un problème pour vous.

— J’y suis allé deux ou trois fois, admit Harry qui ne savait pas s’il avait tellement envie de réitérer l’expérience.

— Vous serez également sous la protection du garde-chasse de Poudlard, ajouta Ackerley.

Même Harry ne pouvait pas considérer cette surveillance comme parfaitement rassurante.

— Je suppose que les centaures s’arrangeront pour préserver ma sécurité, avança-t-il.

— On peut l’espérer, abonda le Ministre. Du moins tant qu’ils sont satisfaits de la façon dont nous menons nos investigations, ajouta-t-il néanmoins. Je m’en remets à votre diplomatie.

— Savez-vous qui est leur chef de clan actuellement ? demanda Harry.

Ackerley fourragea dans ses papiers pour retrouver l’information :

— Je crois que le professeur Brocklehurst me l’a indiqué. Ah, oui, un certain Bane. Vous le connaissez ?

— Nous ne sommes pas exactement amis, reconnut Harry. Il n’est pas vraiment prohumain. J’aurais préféré Firenze. Enfin, c’est lui qui demande notre intervention, je suppose que cela devrait bien se passer.

— Sans doute. Vous êtes attendu à Poudlard, lui indiqua le Ministre. Tenez-moi au courant de vos avancées.

Harry le salua et retourna à son bureau. Il fit le résumé de son entretien à Stanislas Pritchard.

— Ackerley te demande d’enquêter sur la mort d’un centaure ? s’étonna son adjoint.

— La requête vient d’eux.

— En soi, c’est étrange. Mais pourquoi le Ministre a-t-il donné suite ?

Harry savait que Stanislas n’avait pas la même ouverture d’esprit que lui concernant les créatures magiques pensantes. Cependant, son adjoint était assez représentatif de la mentalité sorcière et il était judicieux de prendre son avis en compte.

— Peut-être avons-nous des accords qui nous obligent à répondre à cette demande, avança-t-il en songeant qu’il devait s’en assurer auprès d’Hermione.

— Je ne sais pas. Qui veux-tu prendre comme partenaire ? s’enquit Pritchard, préférant manifestement revenir à des questions qui étaient davantage de son ressort.

Harry réfléchit. Cette histoire allait demander du doigté. Il valait peut-être mieux écarter les sorciers qui auraient du mal avec l’idée de traiter les centaures comme des égaux. Sans doute les plus jeunes, qui avaient vécu dans un monde plus ouvert, seraient plus à même de l’accepter. Ou bien un élève de Poudlard du temps où Firenze était professeur… Cela assurerait qu’il connaisse les bases de la politesse centaurienne.

— Owen, décida-t-il.

Il réalisa qu’il regrettait le temps où ce dernier était son coéquipier. Son poste actuel les avait éloignés et, même s’ils prenaient un verre tous les deux de temps en temps, ces moments se faisaient trop rares.

— Pourquoi pas ? approuva son adjoint. Tu vas te retrouver en terrain inconnu, et c’est une bonne chose d’y aller avec quelqu’un avec qui tu as déjà travaillé.

Ils firent venir Owen dans leur bureau. Dans un premier temps, l’ancien partenaire de Harry se montra ravi d’être choisi pour accompagner l’enquête de son commandant. Il déchanta cependant en comprenant que cela impliquerait de pénétrer dans la Forêt interdite.

— Tu sais, à part les cours avec le grand Hagrid, j’évitais le coin, indiqua-t-il. C’est aussi dangereux qu’on le dit ?

— T’en fais pas, tenta de le rassurer Harry. J’y suis allé plusieurs fois et j’en suis toujours revenu.

— Tu as survécu de plein à trucs qui tueraient un sorcier normal, opposa Owen. Enfin, je suppose que je n’aurai qu’à rester près de toi…

— Tu n’es pas content de revoir Poudlard ? lui demanda Harry pour l’amadouer.

— Si, bien entendu, mais j’ai toujours entendu de sales histoires sur la Forêt interdite. Tiens, je crois que c’est à cause de Malefoy. C’était sa menace suprême, ça, de nous amener dans la Forêt et de nous y abandonner. Il semblait penser qu’il n’y avait pas d’endroit pire au monde.

— Le jour où il s’y est rendu la première fois, il y avait Voldemort qui assassinait les licornes pour boire leur sang, et ce n’était pas très rassurant, reconnut Harry tout en songeant que, depuis cette époque, Malefoy avait vu bien pire.

— Formidable, tenta de positiver Owen. Nous n’allons affronter qu’un tueur de centaures, cette fois-ci. On est des Aurors, c’est la routine.

— Je suis ravi de te voir dans d’aussi bonnes dispositions, ironisa Harry. On y va tout de suite. Mais d’abord on passe chez moi, j’ai mes armes secrètes à aller chercher.

— Ah ! fit Owen d’un ton entendu. Je savais bien qu’il y avait un truc !

Ils prirent une cheminée dans l’atrium vers le Square Grimmaurd. Harry se rendit dans la bibliothèque qui lui servait de bureau pour y récupérer la carte du Maraudeur et sa cape d’invisibilité.

— Monsieur Harry, les arrêta Miffy alors qu’ils repassaient par la cuisine, il y a du courrier pour vous qui est arrivé juste après votre départ. C’est un grand hibou qui l’a apporté.

Harry reconnut tout de suite le sceau de Poudlard et l’ouvrit.

Cher Monsieur Potter,

Firenze est venu me voir ce matin pour me prier de vous faire parvenir une demande. Il souhaiterait que vous enquêtiez personnellement sur la mort de la centauresse Salomé qui a été retrouvée la gorge tranchée hier soir dans la Forêt interdite.

Compte tenu de la haute sensibilité des relations diplomatiques entre les centaures et les sorciers, je me vois dans l’obligation de tenir le Ministre informé de la situation.

Bien cordialement,

Aristote Brocklehurst


Cela répondait à la question posée par Pritchard : Ackerley avait validé cette enquête parce qu’il savait que Harry serait sollicité directement et qu’il accèderait à la demande. En investissant lui-même Harry, le Ministre obligeait le Commandant des Aurors à le tenir au courant de l’avancée de ses investigations et pouvait contrôler la situation.

Il n’y avait plus qu’à espérer que Harry ne déclenche pas une nouvelle guerre entre sorciers et centaures.

ooOoo

Par cheminée, ils prévinrent Poudlard de leur arrivée puis transplanèrent juste en face du portail de l’école. Ce dernier s’ouvrit devant eux, et les deux Aurors découvrirent la personne qui remplaçait Rusard, enfin à la retraite. C’était une femme d’une trentaine d’années, à la peau mate, et aux yeux sombres en amande. Son sourire cordial et son air avenant la rendaient immédiatement sympathique.

Par Molly, Harry savait que c’était l’ancienne gouvernante d’une famille aisée qui s’appelait Hamal Darnapan. Elle avait perdu coup sur coup son mari, décédé brutalement, et son travail — le plus jeune des enfants de ses employeurs avait intégré Poudlard. Seule et sans logement, elle avait postulé au poste que Rusard venait de laisser vacant, mettant en avant son habitude des enfants et son expérience dans la tenue d’une grande maison.

Les élèves, notamment les plus jeunes, appréciaient la chaleur et la gentillesse de la femme, qui n’hésitait pas à leur apporter son aide quand ils se perdaient dans le château ou qu’ils étaient victimes d’une mauvaise blague de Peeves. Contrairement à Rusard, elle n’était pas cracmolle, et savait utiliser la magie à bon escient. Ceux qui avaient pensé que son arrivée assouplirait la discipline en avaient été pour leurs frais. Elle ne badinait ni avec le couvre-feu ni avec les bonnes manières. Les sortilèges qu’elle réservait à ceux qui ne se trouvaient pas où ils devaient l’être pouvaient se révéler très désagréables.

— Bonjour, messieurs les Aurors, les accueillit-elle en souriant. Le directeur vous attend dans son bureau.

Quand ils pénétrèrent dans le hall, Harry regarda autour de lui, respirant à plein poumon l’odeur familière du lieu.

— Gryffondor est bon dernier, fit remarquer Owen en désignant les sabliers géants du menton.

Constatant que Serpentard côtoyait Poufsouffle dans les hauts scores, Harry s’abstint de répondre à cette réflexion déloyale et suivit la gardienne dans les escaliers.

Hagrid se trouvait avec le professeur Brocklehurst. Il fallut plusieurs minutes à Harry pour s’extirper de la chaleureuse étreinte du demi-géant. Après que Harry l’eut assuré de son bon état de santé, ainsi que de celui de sa douce moitié, de sa descendance, comme de chacun des autres membres de sa famille, puis pris à son tour des nouvelles de son gigantesque ami et de sa monumentale fiancée, il put enfin tourner son attention vers Brocklehurst et le saluer. Il allait aborder la raison de leur présence quand un portrait qu’il ne connaissait pas attira son regard : le professeur Rogue le lui rendit sans ciller.

Harry n’était pas revenu dans ce lieu depuis plus de six ans, lors de sa confrontation avec une amulette agressive. Le professeur Brocklehurst lui avait alors affirmé que le portrait de son prédécesseur était en train d’être peint. Sa conscience acquittée, Harry n’y avait plus pensé. Il s’approcha pour détailler l’œuvre. C’était un tableau de taille modeste par rapport aux autres, ce qui convenait au mandat très controversé de celui qui y était peint. En outre, il ressortait assez peu, le sinistre directeur ayant été représenté dans une de ses éternelles robes noires sur un fond vert foncé. Seul son teint pâle, sous des cheveux de jais, faisait une tâche claire sur la toile. Harry retrouva la physionomie revêche, les yeux froids et l’air hautain dont il ne se souvenait que trop bien.

— Bon… bonjour, Professeur Rogue, balbutia-t-il ayant l’impression d’être ramené quinze ans en arrière.

— Eh bien quoi, Potter, durant toutes ces années, vous n’avez pas appris à vous exprimer clairement ?

S’il avait été en face du véritable Rogue, Harry lui aurait rétorqué que d’autres n’apprenaient pas à être aimables. Mais il se trouvait devant un portrait qui était établi à partir de souvenirs et cela l’avait forcément rendu moins complexe que ceux qui étaient peints du vivant de leur modèle.

— Est-ce bien ce que vous souhaitiez, Monsieur Potter ? s’enquit Brocklehurst.

— Oui, merci infiniment. C’est parfaitement lui.

— Évidemment ! Vous devez apprécier de savoir que j’ai été représenté par un peintre de seconde zone, Gryffondor qui plus est ! grogna le maître de potions.

Harry sourit en pensant à Dean qui avait été choisi pour cette tâche, non seulement parce qu’il faisait de magnifiques portraits, mais parce qu’il avait suffisamment côtoyé l’enseignant pour lui transmettre les traits les plus saillants de sa personnalité.

Harry s’approcha ensuite de la peinture du professeur Dumbledore. Ce dernier paraissait dormir, mais cela n’empêcha pas l’Auror de lui dire bonjour. En réponse, un éclair bleu, semblable à celui qu’il avait naguère aperçu dans un miroir, filtra sous les paupières closes et il lui sembla que, sous la moustache blanche, la lèvre se retroussait légèrement. Avec un sourire, il revint vers les autres.

— Il ne me parle pas souvent, regretta Aristote Brocklehurst.

— Il doit estimer que vous vous en tirez très bien, lui assura Harry. Sinon, je pense qu’il s’efforcerait de bousculer vos certitudes par ses phrases tellement détournées qu’il vous faudrait des semaines avant de comprendre qu’elles n’étaient pas aussi hors sujet qu’elles le paraissaient.

— Ah, je me sens moins fruste d’un coup. Il est donc normal d’avoir l’impression qu’il répond parfois aux questions que je ne me pose que des mois plus tard ?

— Absolument.

— Bien, je m’en souviendrai.

Il y eut un petit silence, puis le directeur de Poudlard revint sur leur préoccupation du jour :

— Comme je vous l’ai écrit, Firenze est venu ce matin à l’aube pour demander que vous fassiez une enquête sur le meurtre d’une centauresse.

— C’est épouvantable, mugit Hagrid les faisant tous sursauter. Cette pauvre petite, fauchée dans la fleur de l’âge !

Brocklehurst attendit que son professeur de soins aux créatures magiques ait terminé de trompéter dans son mouchoir pour continuer :

— Désirez-vous voir la dépouille ? Si c’est le cas, il faut le faire tout de suite.

— Oui, nous devons recueillir les preuves et examiner le corps, approuva Harry. Je suppose que c’est Hagrid qui nous conduira sur place.

— Je suis à ta disposition, Harry, assura le géant en bombant le torse.

Owen ne paraissait pas convaincu que ce soit une bonne chose, mais garda le silence. Quand ils débouchèrent de l’escalier en colimaçon, le premier cours du matin venait de se terminer et des élèves se croisaient pour se rendre à leur leçon suivante. La présence de deux adultes étrangers à l’établissement ne passa pas inaperçue. Cela rappela des souvenirs, pas toujours excellents, à Harry. Comme il l’avait fait des années plus tôt, il feignit de ne pas voir les doigts pointés ni entendre les chuchotements excités. Du coin de l’œil, cependant, il chercha Teddy, Fleur, Dominique et Freddy, mais ne les aperçut pas.

À la lisière de la Forêt interdite, Bane et Firenze les attendaient.

ooOoo

Imitant Brocklehurst et Hagrid, Harry pencha la tête pour les saluer respectueusement. Owen, un peu en retrait, en fit de même.

— Nos chemins devaient se recroiser, Humain, l’accueillit Bane.

— Si c’est écrit dans les étoiles…, répondit Harry se disant que centaures ou sorciers, les adeptes d’art divinatoire se prévalaient toujours d’avoir prévu les catastrophes et, plus c’était macabre, plus ils en avaient l’air satisfaits.

— Je ne crois pas que vous connaissez l’Auror Harper qui viendra avec moi, ajouta-t-il en désignant son collègue.

— Est-il de ton clan ? demanda Bane.

— Oui, c’est cela, répondit Harry qui n’avait jamais envisagé les choses ainsi, mais qui considérait le terme bien choisi.

— Alors il aura autant que toi la protection des Centaures, assura Bane.

Harry remercia en inclinant la tête, se réjouissant de trouver Bane dans de si bonnes dispositions. Il se demanda cependant si cela suffirait à faire taire les appréhensions de son partenaire.

— Bonjour Harry Potter, intervint seulement Firenze.

— Bonjour Firenze. J’espère que la vie de la forêt est douce pour vous, répondit Harry reprenant les termes que le centaure avait prononcés la dernière fois qu’ils s’étaient vus, lors de son mariage avec Ginny.

— Hélas, la forêt a repris ce qu’elle avait donné. Lourd est mon cœur, aujourd’hui, car le rameau de mon être a été amputé.

Il fallut plusieurs secondes à Harry pour comprendre le sens de cette formule alambiquée :

— Salomé était votre fille ?

— Son essence s’est éteinte avant que son heure ne soit venue, confirma Firenze d’une voix triste.

— Toutes mes condoléances, dit Harry sincèrement désolé pour lui.

— Nous n’avons que faire des paroles vaines des humains, le reprit sèchement Bane. C’est la vengeance que nous attendons de vous.

Harry reconsidéra le contexte. Firenze, visiblement assommé par la douleur n’avait sans doute aucune vision politique. Ce n’était pas le cas de Bane qui voulait manifestement profiter de la situation pour mettre les sorciers dans l’embarras. La volonté d’Ackerley de suivre l’enquête de près était parfaitement justifiée. Ce qui intéressait Harry, cependant, restait la résolution de ce crime.

— Nous ferons notre possible pour identifier l’assassin de Salomé et le punirons en conséquence, garantit Harry en choisissant ses mots. Pour commencer notre enquête, pouvons-nous heu… voir le lieu où cela s’est passé ?

Sans répondre, Bane leur tourna le dos et s’engagea sur un sentier. Brocklehurst leur adressa un silencieux signe d’encouragement alors que Firenze, Harry, Hagrid et Owen s’enfonçaient sous les arbres.

ooOoo

Il leur fallut près d’un quart d’heure de marche pour arriver à destination. Au bout de cent mètres, les ramures denses des arbres les plongèrent dans une semi-obscurité. De nombreux sons leur parvenaient : craquements, bruissements, halètements, cris divers. Harry sentait Owen juste derrière lui, le serrant de tellement près qu’ils se heurtaient à chaque fois qu’il ralentissait pour négocier une ornière ou une branche d’arbre en travers de sa route. Il espéra que la terreur de son partenaire se calmerait une fois qu’ils auraient commencé leur travail.

Soudain, leur guide s’arrêta. Harry, dont le regard était rivé au sol pour éviter de trébucher sur une racine ou un autre piège, leva les yeux pour évaluer son environnement. Il sentit son cœur s’emballer en reconnaissant les lieux.

— Il fallait que ce soit là…, murmura-t-il décontenancé.

— Ce lieu est maudit, confirma Hagrid, d’une voix étonnamment ténue.

Pourtant, la clairière semblait chaude et rassurante après la pénombre des bois. Les rayons de soleil s’y déversaient et même les bruits qui leur parvenaient étaient moins oppressants. Mais Harry y voyait le cercle des Mangemorts, les yeux à l’éclat purpurin, le rayon vert porteur de mort. Il supposa que Hagrid se rappelait son corps sans vie et revivait le macabre pèlerinage qu’il avait ensuite effectué.

Bane s’écarta, et le spectacle qu’il révéla n’était pas susceptible d’égayer les pensées de Harry. La dépouille reposait sur le flanc droit. C’était un corps robuste à la robe isabelle. Les seins ronds qui adoucissaient la partie humaine du cadavre ne laissaient aucun doute sur son caractère féminin. Sa longue chevelure était exactement de la même teinte que la queue claire qui recouvrait en partie la croupe de la victime.

Avant de s’avancer davantage, Harry scruta le sol. Il était défoncé par des marques de sabot.

— Vous passez souvent par ici ? demanda-t-il aux centaures.

— Quand notre chemin nous y mène, répondit Bane.

— Il y a énormément de traces, montra Harry.

— Nous sommes venus en nombre pleurer la douce Salomé, expliqua Firenze.

Autant pour les indices.

Les deux Aurors s’avancèrent lentement pour examiner la dépouille de plus près. La pâleur de la partie humaine du corps imposant ne laissait aucun doute sur l’absence de vie. Le visage de la morte était pénible à voir. Elle avait la bouche entrouverte et les yeux révulsés. Avant d’approcher davantage, il leur fallait commencer à récupérer les preuves matérielles.

— Nous allons utiliser de la magie, prévint Harry.

Il attendit que les deux centaures aient incliné la tête pour sortir sa baguette de sa poche. Owen en fit autant et envoya les sorts d’enquête de routine. Très vite, ils déterminèrent qu’aucune magie noire n’avait été lancée sur la victime et qu’aucun sortilège n’était détectable sur le corps.

Ensuite, ils recueillirent tout ce qui pouvait s’être déposé autour du cadavre. Ils récupérèrent ainsi un panier qui se trouvait près d’elle, à moitié enfoui dans la terre. Puis, ils se rapprochèrent et examinèrent la centauresse. Elle avait eu la gorge tranchée, ce qui était sans doute la cause de la mort. D’autres coupures étaient visibles sur son corps, mais rien de fatal à première vue. Chacune des blessures ressortait, mince trait écarlate sur la peau livide de Salomé. La partie animale n’avait pas été épargnée, mais les poils rendaient les estafilades moins visibles.

Owen et Harry continuèrent leurs prélèvements, se concentrant désormais sur le cadavre. Ensuite, Harry sortit son appareil photo. Les deux centaures fixèrent le boitier avec méfiance, ne sachant manifestement pas ce que c’était. À la prise du premier cliché, Bane se cabra, mais Firenze le retint par le bras. Harry, qui s’était interrompu, vérifia que le chef des centaures n’avait pas l’intention de le charger, avant de prendre un second cliché. Méthodiquement, il photographia la lésion à la gorge, puis fit le tour du corps pour en saisir chaque angle de vue, et enfin recula pour prendre la clairière dans son ensemble.

Owen examinait la plaie principale :

— C’est bizarre, remarqua-t-il. On dirait que la coupure a été nettoyée. La peau est propre, sans traces de sang.

Harry se tourna vers les centaures :

— Est-ce que vous avez touché à Salomé ? demanda-t-il.

Firenze secoua négativement la tête, alors que Bane décrétait :

— Nous nous rendons à la terre, tels que la mort nous a pris.

Harry en conclut que les centaures ne pratiquaient pas la toilette mortuaire.

— Mais je suppose que vous avez vérifié qu’elle était décédée, insista-t-il. L’avez-vous bougée ? Avez-vous examiné ses coupures ?

— Non, répondit Firenze. J’ai tout de suite vu que sa vitalité s’était envolée à jamais. J’ai appelé mes frères et sœurs, et nous avons commencé le rite du départ, en cercle autour d’elle. Nous l’avons veillée pour que nul ne la touche et avons creusé sa dernière couche sous les arbres les plus proches. Elle serait déjà ensevelie, si le professeur Brocklehurst ne m’avait pas dit que vous aviez besoin de la voir pour savoir qui a fait ça.

Bane tapa au sol avec son sabot, signifiant clairement sa désapprobation. Harry comprit que moins ils auraient de contacts avec le corps de la défunte, mieux cela serait. Les Aurors continuèrent leur examen et revinrent à la blessure principale dont ils reprirent des photographies. Ils se concentrèrent ensuite sur le sol. Il y avait bien du sang séché sur l’herbe, mais pas la flaque à laquelle ils pouvaient s’attendre.

— Combien de litres, à ton avis ? demanda Owen.

— Au moins quarante litres, estima Harry après avoir contemplé le corps.

Owen secoua la tête et refit un prélèvement de terre.

— Elle a pu être déplacée avant leur arrivée, proposa-t-il.

Harry soupira. Ils avaient peu de chance de le déterminer vu que le clan des centaures avait dû arpenter la clairière toute la nuit.

— Il faut la soulever, décida-t-il.

Après avoir prévenu leurs hôtes de leur intention, Harry et Owen firent léviter le corps de Salomé et l’examinèrent avant de scruter le sol sur lequel elle reposait. Ils firent d’autres prélèvements puis la redescendirent en douceur.

Les deux Aurors échangèrent un regard : il y avait davantage de sang autour des blessures qui se trouvaient contre la terre et l’herbe sous le corps avait été non seulement écrasée, mais aussi rougie.

— Elle a saigné sur place, mais seules les coupures accessibles après qu’elle soit tombée ici ont été nettoyées, formula Owen.

— Les plaies les plus petites ont été faites avant qu’on lui tranche la gorge, énonça Harry. Elle a sans doute cherché à se défendre ou à s’échapper.

— Salomé sait faire respecter ses sabots, assura Firenze.

— Un centaure ne fuit pas, ajouta Bane.

Harry se rappela tous les moments où il avait vu les centaures en formation guerrière et demanda tout haut :

— Avait-elle un arc ?

— Oui, normalement. Mais nous ne l’avons pas retrouvé, indiqua Firenze. Peut-être ne l’avait-elle pas pris.

Harry leva sa baguette :

— Accio arc !

Celui que portait Bane en bandoulière obéit à l’injonction. Le centaure le rattrapa au vol et fusilla Harry du regard. Un moment après, des morceaux de bois épars et une corde en lambeau foncèrent vers eux, provenant d’un buisson situé à l’orée de la clairière.

— Il semble qu’on l’ait désarmée, avança Owen.

Ils examinèrent ses mains. Elles présentaient des entailles profondes, qui accréditaient la thèse d’Owen. Harry lança un sort de détection sur les débris de l’arc, mais seul son sortilège d’attraction fut repéré. L’extrémité des morceaux de bois leur sembla nette. L’arme avait été découpée, sans doute par la même lame qui avait blessé et tué Salomé. Ils examinèrent avec soin le buisson d’où venaient les débris, mais n’y détectèrent rien d’intéressant.

Harry estima qu’ils en avaient terminé avec le relevé des indices et qu’il était temps de définir les circonstances du drame.

— Avez-vous une idée précise du moment où cela a pu arriver ? demanda-t-il aux centaures.

— Elle est partie de notre village quand le soleil était à un tiers de son déclin, les informa Firenze. Elle aurait dû revenir à la nuit tombée.

— Entre seize heures et dix-huit heures, traduisit Owen après un temps de réflexion. Elle s’était éloignée seule ?

— Comme à l’accoutumée, répondit l’ancien professeur de divination.

— Les autres centaures l’ont-ils aperçue après son départ ? poursuivit Owen.

Harry qui écoutait l’échange en prenant des notes se demanda si on le laisserait les interroger directement.

— Nul du clan ne l’a vue, mais c’est normal, car nous vaquions tous à nos activités dans des endroits différents.

— Saviez-vous où elle devait aller ? Avait-elle quelque chose de particulier à faire ?

— Chaque membre du clan a des tâches définies. Salomé était chargée de cueillir les baies dans cette partie de la Forêt. Elle le fait entre le zénith du soleil et son coucher.

Logique, songea Harry. Ils veillent durant la nuit pour observer les étoiles et dorment pendant la matinée. L’après-midi ils doivent chercher de la nourriture et effectuer tous les autres travaux nécessaires à leur survie.

— Donc tout le monde savait où elle se rendait, résuma-t-il. Quand l’avez-vous découverte ?

— Quand la lune a croisé l’orbe de Cassiopée.

Harry nota la réponse sur son cahier, songeant que le professeur d’astronomie pourrait l’éclairer plus tard, mais Firenze comprit la difficulté et reformula :

— C’est après la chute du jour, une demi de vos périodes de temps, je crois.

— Vous voulez dire une demi-heure après le coucher du soleil ? Dix-huit heures trente ? le fit préciser Owen.

— Je ne comprends toujours pas comment vous appelez les moments, leur confia Firenze. Nous nous basons sur le soleil et les astres.

Harry se demanda comment il avait fait pendant sa période d’enseignement. Dumbledore venait-il le prévenir qu’un cours était imminent ou le centaure se contentait-il d’attendre l’arrivée des élèves pour dispenser son savoir ?

— Combien de temps mettez-vous entre ici et votre village ? demanda encore Owen.

Firenze réfléchit un moment avant de dire :

— La moitié de la moitié de vos périodes au pas. Moins au trot ou au galop.

— Elle n’a pas pu arriver dans la clairière avant 16 h 15 et aurait dû en repartir au plus tard à 17 h 45, récapitula Owen. Enfin, si on s’est bien compris.

— Ses membres étaient-ils rigides, quand vous l’avez découverte ? Son corps était-il déjà froid ? se fit préciser Harry.

— J’ai respecté la présence de la mort, répondit le père de la victime avec dans sa voix une tristesse qui toucha Harry.

Owen de son côté se mordillait la lèvre inférieure, comprenant que le tabou du contact avec les morts allait compliquer la datation du décès.

— Et vous n’avez découvert personne dans les environs ? reprit le partenaire de Harry.

— Nous avons organisé une battue, les informa Bane qui s’était rapproché d’eux pendant l’interrogatoire. Mais l’humain n’a pas fait face à son acte.

— Vous avez entendu quelqu’un fuir ? tenta de décrypter Harry. Vous l’avez aperçu ?

— Des branches cassées ont dévoilé son chemin, mais nous avons perdu sa trace dans les rocs.

— Les rocs ? répéta Owen.

— Je pense qu’il veut parler d’une colline truffée de grottes à un kilomètre d’ici, intervint Hagrid.

Harry et Owen se regardèrent, moyennement enthousiastes à l’idée de s’enfoncer encore dans la Forêt.

— Êtes-vous certains que c’était un humain ? insista Harry. L’avez-vous vu réitéra-t-il.

— Qui d’autre pourrait tuer avec autant de cruauté ? demanda Bane d’une voix qui disait le peu de bien dont il créditait les humains.

— Les coupures pourraient être le fait d’une lame, mais aussi d’une griffe, fit remarquer Harry. Hagrid, est-ce que les mandibules d’une acromentule pourraient causer une blessure de ce genre ?

— Je le savais, jeta Bane à Firenze. Tout ce qu’ils vont faire c’est rejeter la responsabilité sur d’autres. Ils ne sont pas nos amis et nous n’avons rien à attendre d’eux ! Elle porte le signe des hommes sur elle, ajouta-t-il en pointant la gorge ouverte, mais ils continuent à nier l’évidence.

Harry inspira profondément. Interroger les centaures s’avérait truffé d’embûches. Mais ils avaient besoin de réponses.

— Par où a fui le meurtrier ? questionna Harry.

Sur un geste de Firenze, il découvrit un sentier qui serpentait entre les arbres, dans la direction opposée de celui par lequel ils étaient arrivés. Un coup d’œil suffit à faire comprendre à Harry qu’il trouverait difficilement des indices. La charge des centaures avait labouré le terrain.

— Quel genre de traces avez-vous vues ?

— Celle que laissent les vandales que vous êtes ! fit Bane d’une voix méprisante.

Harry contempla l’équidé en se demandant s’il avait l’habitude de pister les animaux. N’étaient-ils pas végétariens ?

— Pouriez-vous me montrer là où vous avez perdu sa trace ? les pria-t-il.

— Je vous conduirai, accepta Firenze. Ensuite, pourrons-nous terminer les rites funéraires ?

— Oui, il n’y a plus de raison de les différer, répondit Harry considérant qu’il avait récupéré tout ce qui pouvait l’être.

Il parcourut l’endroit des yeux. Malgré le cadavre en son centre, la clairière paraissait, à la lumière du jour, bien moins lugubre que lorsqu’il l’avait découverte, accompagné de ses fantômes. Il se rappela qu’il avait laissé tomber la pierre de la Résurrection à cet endroit même, quand le sortilège de Mort du Seigneur des Ténèbres l’avait renversé. Était-elle encore ici, enfoncée dans la terre meuble, piétinée par toutes les créatures qui étaient passées par là ces quinze dernières années ? Devait-il la rechercher ? S’il arrivait à faire parler Salomé, elle pourrait lui décrire son assassin et les éclairer sur les circonstances du drame...

Il repoussa cette idée. La pauvre fille serait-elle heureuse d’être rappelée par un inconnu pour raconter comment elle était morte ? Le conte des Trois frères et l’expérience de Dumbledore lui indiquaient que rien de bon ne pouvait sortir de l’utilisation de cet artefact. Il devait y renoncer définitivement, tout comme il l’avait fait avec la baguette de l’Aîné. Il ne désirait pas mettre la main sur cette pierre et être ensuite responsable de ce qu’il adviendrait d’elle.

Par contre, il devait déterminer où il se trouvait au cas où il aurait besoin de revenir sur les lieux du crime. Il sortit la carte du Maraudeur de sa poche et repéra l’endroit où apparaissaient son nom et celui de ses compagnons. Son père et ses amis connaissaient ce lieu et l’avaient noté sous le vocable de « Clairière Sombre ». Tout en remballant rapidement son parchemin pour ne pas être questionné dessus, il s’interrogea sur ce qui s’était passé pour que les Maraudeurs lui attribuent une appellation aussi sinistre.

— Pouvons-nous y aller maintenant ? demanda-t-il.

Sous la conduite des deux centaures, ils suivirent la sente sinueuse. Il leur fallut plus de vingt minutes, en marchant d’un bon pas, pour atteindre le lieu où la roche remplaçait l’humus. Harry constata, à la démarche de ses hôtes, que les centaures n’aimaient pas marcher sur un sol pierreux.

Devant eux, il y avait une cinquantaine de mètres en pente douce puis une falaise, percée de trous qui auraient effectivement pu offrir un refuge à l’agresseur, d’autant que les centaures ne pouvaient pas en faire l’escalade. Harry et Owen échangèrent un regard. Il leur faudrait des heures et des heures pour fouiller l’amas de roches. Owen sortit sa baguette :

— Homo Revelum, lança-t-il à tout hasard.

Il n’y eut aucune lueur révélant une présence humaine.

— On va quand même y faire un tour, décréta Harry faisant — discrètement — soupirer son coéquipier.

Laissant les centaures en bas, les deux Aurors, pesamment suivis par Hagrid, crapahutèrent dans les trous des rochers. Certains étaient de simples niches, d’autres étaient de vraies grottes faisant jusqu’à dix mètres de profondeur.

Ce fut Owen qui fit leur plus intéressante découverte : un tas d’ossements, avec un peu de chair séchée qui y adhérait encore.

Hagrid le rejoignit en soufflant et indiqua :

— C’est sans doute les restes de repas d’une harpie ou d’un charognard. Cela ressemble à des os de lapin.

— Des harpies ? frissonna Owen.

— Quel genre de charognards ? s’enquit Harry.

— Croups sauvages, loups, chartiers, acromentules, répondit Hagrid.

Entendant la fin de l’énumération, Harry lui jeta un regard surpris. Pour se justifier, le géant précisa d’une voix outrée :

— Les descendants d’Ararog sont très mal élevés.

— Auraient-ils pu s’en prendre à Salomé ? redemanda Harry vérifiant que les centaures n’étaient pas à portée de voix.

— Cela arrive très rarement. Pour commencer, les centaures baissent rarement leur garde. Ensuite, les acromentules n’ont pas du tout envie de voir leur nid détruit par une charge de centaures.

— Bon, conclut le commandant des Aurors, nous avons vu ce que nous voulions voir. Il est temps de rentrer.

ooOoo

Il était près de midi quand ils sortirent de la Forêt interdite.

— Tout le monde doit être en train de déjeuner, fit remarquer Hagrid. Vous vous joignez à nous ?

— Merci, Hagrid, mais nous avons nos prélèvements à analyser et nous devons poursuivre notre enquête. Pourras-tu saluer le directeur de notre part et dire qu’on reviendra bientôt ?

Le professeur de Créatures magiques les raccompagna à la grille, d’où ils transplanèrent dans le hall du Ministère.

En arrivant au QG des Aurors, Harry se rendit au bureau de Demelza, qui semblait s’ennuyer ferme devant une montagne de parchemins.

— On t’a donné quelque chose d’urgent à faire ? s’enquit-il.

Demelza le regarda d’un air suppliant :

— Dis-moi que tu as besoin de moi pour une enquête intéressante !

Harry lui sourit avec compassion. Elle était dans son cinquième mois de grossesse et était confinée au bureau, ne pouvant plus prendre le risque d’aller sur le terrain. Elle offrait ses services à ses collègues pour ce qui n’exigeait pas d’effort physique et ne présentait pas de danger, ce qui se traduisait dans les faits par beaucoup de paperasserie.

— L’analyse de prélèvements d’une scène de meurtre, ça te va ?

— J’en rêvais, merci, merci !

— La victime est une centauresse, précisa Owen.

— Je sens que je vais adorer ! s’extasia la future mère.

— Prends ça comme un cadeau de naissance en avance, plaisanta Harry.

Il reprit son sérieux et lui expliqua les grandes lignes de leur affaire. Il conclut :

— N’hésite pas à demander de l’aide à Althea ou au département des Créatures magiques. C’est un contexte délicat, nous n’avons pas droit à l’erreur ou à l’échec.

Ce n’était pas la première fois que Harry se félicitait d’avoir intégré une ancienne médicomage dans leur équipe, susceptible de faire les analyses ne demandant pas de matériel spécifique ou de faire jouer ses relations quand ils étaient obligés de passer par Sainte-Mangouste.

— Je vais faire de mon mieux pour faire parler tes prélèvements, assura Demelza.

Harry lui sourit puis la laissa avec les échantillons.

— Bon, fit-il en direction d’Owen. Il est temps de faire le point.

ooOoo
End Notes:
Hamal DARNAPAN : nouvelle concierge de Poudlard

Salomé : Centauresse, fille de Firenze

Et nous voilà repartis pour une longue enquête. Cinq chapitres suivront (ils sont en correction).
XXV : Le traité des Buveurs de Sang by alixe
Author's Notes:
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l’Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d’Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
22 mars 2014 : Élection d’Adrian Ackerley comme ministre de la Magie
Période couverte par le chapitre : 19 octobre 2015
Pendant que Harry sortait son carnet et consultait ses notes, Owen fit un saut sur le Chemin de Traverse pour aller leur chercher de quoi déjeuner. Quand il revint, Harry le remercia d’un hochement de tête et résuma :

— Cette pauvre Salomé a été vraisemblablement blessée à plusieurs reprises par une lame avant d’avoir la gorge tranchée avant-hier entre 16 h et 17 h 30. Les centaures ont pisté son assaillant, mais ils ne l’ont pas vu, ce qui ne les empêche pas de le soupçonner d’être un humain. Les traces qu’on a retrouvées sous elle laissent penser qu’elle a été blessée sur place. Par contre, il y a peu de sang par rapport à ce qu’on aurait dû trouver et les entailles sont comme essuyées, sans bavures. Nos sorts de détection et de diagnostic ont exclu la magie noire ou blanche. En attendant le résultat de l’analyse de nos prélèvements, que peut-on en déduire ?

— La Forêt interdite est saturée de magie. Des sorts légers sont sûrement indétectables, fit remarquer Owen.

— Tu crois qu’on aurait manqué un sort de découpe ?

— Pour le cou, non, c’est trop profond, cela aurait laissé des traces magiques. Les autres blessures, oui, c’est possible.

— Pas de Sectumsempra, en tout cas, trancha Harry. Pour moi, la mort a été causée par une lame. Elle a pu être maniée par un humain, comme le sous-entend Bane, mais aussi par une harpie, un vampire ou même un centaure.

— On peut partir de là, proposa Owen. Je dirais que l’arme a été tenue de la main droite.

— Moi aussi, fit Harry en reprenant l’un de ses clichés. À mon avis, le premier point à déterminer est : l’assassin vit-il dans la Forêt ou y est-il étranger et y a pénétré ce jour-là ?

— S’il vient de l’extérieur, c’est sûrement un humain, nota Owen.

— Partons de cette hypothèse, décida Harry. Pourquoi aurait-il commis ce crime ? Voulait-il tuer un centaure ou n’importe quelle autre créature magique ? L’a-t-il choisie, elle, spécifiquement ? L’a-t-il attaquée volontairement, l’a-t-il éliminée parce qu’il se pensait en danger ou parce qu’elle pouvait révéler quelque chose qu’il voulait garder secret ? Pourquoi était-il venu dans la Forêt ?

— Est-ce courant que les humains se baladent par là ? demanda Owen. Elle est dangereuse. C’est la raison pour laquelle autant de créatures magiques s’y réfugient, ils sont à l’abri de nous et des Moldus.

— Certains y sont parqués pour ne pas mettre les humains en péril, rappela Harry. Ce qui est le cas des harpies et des vampires, je crois. Et si ce n’est pas une créature, c’est forcément un sorcier. Tout le périmètre est protégé par des repousse-moldus, il me semble.

— Certains ne tentent-ils pas d’y braconner ? interrogea Owen.

— Je suppose qu’un dingue peut vouloir se prouver qu’il peut vaincre un centaure ou une acromentule, avança Harry.

— Et pourquoi pas une histoire de contrebande ? proposa Owen. Le venin d’une acromentule, ça se monnaye bien. Quant au sang de licorne, c’est aussi cher qu’illégal. Par contre, je ne me rappelle rien sur celui de centaure.

— Jamais vu ça dans une potion, mais nous savons tous les deux que ce n’est pas mon fort. C’est une piste à suivre, en tout cas. D’autant que cette histoire de blessure nettoyée montre que du sang a disparu, remarqua Harry avant de continuer. Seconde hypothèse, le coupable est une créature magique comme un vampire ou une harpie.

— Ils ont des mains pour tenir une arme et sont attirés par le sang, convint Owen.

— Mais les harpies sont relativement frêles et je n’ai jamais entendu parler de l’une d’elles s’attaquant aux centaures, ils sont trop coriaces pour elles, jugea Harry. Pareil pour les vampires, mais tous les deux auraient pu changer la donne en utilisant une arme. Il faut que Demelza fasse des recherches de traces de salives dans les échantillons qu’on lui a fournis.

— Troisième hypothèse, continua Owen, ce meurtre est le fait d’un centaure. Il faudra demander si la victime n’avait pas un amoureux éconduit ou autre chose qui expliquerait un crime passionnel ou crapuleux.

— Va falloir poser cette question hors de la présence de Bane, qui va nous accuser de vouloir faire porter le chapeau aux siens. D’autant que les centaures n’utilisent jamais d’acier. Tout objet ayant eu besoin de feu pour être produit est impur pour eux, si mes souvenirs sont bons.

— Pour ce que nous en savons, la lame pourrait être en os ou une pierre taillée montée sur une lance en bois ? objecta Owen. Et dans l’hypothèse du métal, nous savons que les humains peuvent violer leurs propres lois et leurs règles sacrées. Tu crois que les centaures en seraient incapables ?

— Aucune idée, reconnut Harry. Il faut aussi se demander si aucune créature magique n’aurait pu infliger ce genre de blessure sans arme. Avec des mandibules ou autre.

— C’est vrai, tu as posé la question à Hagrid tout à l’heure, mais Bane l’a empêché de répondre, se rappela Owen.

— Bon, voilà comment je vois les choses, dit Harry après réflexion. En attendant les résultats des analyses, on va commencer à interroger les éventuels témoins.

— Qui par exemple ? demanda Owen avec méfiance.

— Déjà, le professeur Brocklehurst sur les défenses de la Forêt pour déterminer qui peut y rentrer, et par où. Ensuite, Hagrid, pour le questionner sur les relations des centaures entre eux. Je veux lui demander comment joindre les harpies et les vampires.

— Je savais qu’on en arriverait là, soupira Owen.

— Je t’ai choisi pour ton ouverture d’esprit, l’informa Harry.

— Être tolérant n’implique pas forcément d’être totalement dépourvu d’instinct de survie, répondit son partenaire.

Harry laissa un mot à Demelza, qui était partie déjeuner, pour lui dire de faire des recherches de salive et de lancer une enquête auprès des Herboristes sur le sang de centaure. Ensuite, il passa dans son bureau pour vérifier que Stanislas Pritchard pouvait s’en tirer sans lui.

— Tout va bien, répondit ce dernier, mais j’ai eu un message du Ministre qui veut savoir où tu en es.

— Pour le moment, nulle part, l’informa Harry avec humeur. Je n’ai interrogé presque personne et j’attends les analyses. Je verrai si je peux lui en dire plus ce soir. S’il me demande, je suis toujours à Poudlard.

ooOoo


Le directeur les accueillit dans le hall :

— J’ai pensé que vous auriez besoin d’un endroit tranquille pour travailler et j’ai indiqué ce matin aux professeurs que j’allais mettre une classe vide à votre disposition. Ils ont tous insisté pour participer à son aménagement. J’espère que vous la trouverez à votre goût.

Harry n’avait pas envisagé de s’installer à Poudlard. Mais cela lui permettrait de rester à distance du Ministre, ce qui n’était pas sans le charmer. De toute manière, il pouvait difficilement refuser cette offre sans être impoli :

— Merci, infiniment d’y avoir pensé, fit-il.

Le directeur les pria de les suivre au premier étage. Ils dépassèrent l’infirmerie et tournèrent dans le couloir où se trouvait le bureau du professeur McGonagall. Avant de l’atteindre, le professeur Brocklehurst ouvrit une porte toute simple après avoir prononcé « Beati Docti ».

— Heureux les savants, traduisit Owen en souriant.

— Tout à fait, le félicita le directeur. Comme vous pouvez le constater, le corps professoral de Poudlard vous tient en haute estime.

La pièce dans laquelle ils entrèrent était chaleureuse et fonctionnelle. Fauteuils rembourrés, un bon feu, mais aussi une table de travail et des étagères sur lesquelles se trouvaient une réserve de parchemins, des bouteilles d’encre noire et rouge, des plumes, des canifs pour les tailler. On avait également prévu du papier et des stylos. Des tapisseries évoquant les quatre maisons étaient pendues aux murs.

Sur une desserte, il y avait une théière et une cafetière, ainsi qu’une assiette couverte de petits fours. Harry aurait parié qu’elle se regarnirait au fur et à mesure qu’ils piocheraient dedans.

— Installez-vous, les invita le directeur. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous pouvez utiliser la cheminée pour me joindre à mon bureau. Vous pouvez également appeler les elfes à la cuisine. Ils se feront un plaisir de vous rendre service. Bien entendu, la volière est à votre disposition.

— Merci infiniment, fit Harry. Cela me parait tout simplement parfait. Et pour tout vous dire, c’est de vous que nous avons besoin, maintenant.

— Que puis-je pour vous ?

— Pourriez-vous nous indiquer quels sont les sortilèges qui protègent la Forêt interdite ? demanda Harry.

— Ils sont assez compliqués. Le professeur Dumbledore les renforçait régulièrement sans aide, mais ce n’est pas de mon niveau. Le professeur Flitwick doit m’assister. Ils sont à la fois complexes et puissants. Il y a des sorts de protection, de confusion, des repousse-Moldus, qui ne doivent pas entrer en conflit avec ceux qui génèrent des microclimats pour que certaines créatures ou plantes venant de régions plus chaudes ou plus froides que l’Écosse puissent y prospérer.

— Ce qui nous intéresse le plus, c’est qui peut y entrer ou en sortir librement ? spécifia Owen. Et par où ?

— À partir du moment où on a de la magie dans les veines, on peut y aller, leur apprit le professeur Brocklehurst. En fait, le problème est généralement d’en sortir indemne, la faune, voire la flore, pouvant présenter des dangers. La densité des arbres, les zones marécageuses et les ronciers y ajoutent des limites naturelles. On peut difficilement y circuler en dehors des chemins, le reste n’étant pas vraiment praticable pour les humains.

— Donc, si un sorcier est allé dans la Forêt, il est entré par un sentier, en déduisit Harry.

Il songea fugacement que ce pouvait être un animagus qui pouvait circuler de manière moins contrainte, puis il se rappela que l’assassin avait scrupuleusement suivi la piste alors qu’il avait des centaures à ses trousses. Cela rendait l’hypothèse peu probable.

— Difficile de faire autrement, confirma Brocklehurst.

— Savez-vous combien de voies permettent de pénétrer dans la Forêt ? continua Owen.

— Eh bien, il y a le chemin qui part du parc de Poudlard, juste derrière la maison d’Hagrid, et un autre qui donne sur Pré-au-Lard. Hagrid pourra vous répondre avec davantage de certitude que moi.

— Quelqu’un aurait-il pu s’introduire par l’entrée de Poudlard hier ? s’enquit Harry.

— Il aurait fallu pour cela qu’il passe par le parc, déjà. Ou que ce soit un résident habituel du château.

— Pourriez-vous nous dire où se trouvaient les professeurs, entre 16 et 17 heures 30 hier ? demanda Harry.

— La plupart donnaient leur dernier cours de la journée. Je peux vous fournir les emplois du temps, si vous le désirez, proposa le directeur après un petit silence.

— Je veux bien, merci. La procédure est de disculper au plus vite ceux dont l’implication est improbable, mais que le hasard a placés au mauvais endroit, justifia poliment Harry. Et vous-même, où étiez-vous ?

— J’étais dans mon bureau, je crois. Ah oui, j’en suis certain, je voyais avec Mrs Darnapan certains détails d’organisation.

— Félicitations, vous venez de rayer deux suspects de notre liste, le remercia Harry.

— J’en suis doublement ravi.

— Eh bien, je pense que nous pouvons vous délivrer. Nous n’avons pas d’autre question pour le moment.

Brocklehurst les salua et repartit. Harry et Owen prirent place à la table, sous des tentures aux couleurs de Gryffondor et de Serpentard. Ils admirèrent un moment la décoration, puis se servirent en boisson et en sandwichs.

— Il y a les elfes, aussi, finit par reprendre Owen, revenant à ceux qui avaient pu rentrer dans la forêt à partir de Poudlard.

— J’en ai déjà vu un assommer un humain avec une poêle à frire, mais je n’imagine pas ces créatures tuer un centaure, même avec un couteau de cuisine.

— N’ont-ils pas combattu lors de la Bataille de Poudlard ?

— Ils ont été efficaces pour déconcentrer les Mangemorts ou les harceler par-derrière, mais je ne pense pas qu’ils en aient mis un réellement hors de combat. On les interrogera pour savoir ce qu’ils ont vu, mais ce ne sont pas des suspects, pour moi. Par contre, on peut entrer dans Poudlard plus facilement et discrètement que ne le croit Brocklehurst. Tiens, regarde-moi ça.

Harry sortit sa carte du Maraudeur de sa poche. Il l’ouvrit sur la table et laissa Owen la découvrir. Il ne fallut que quelques secondes à son partenaire pour en comprendre les potentialités :

— C’est génial ! C’est toi qui l’as enchantée ?

— Mon père et ses amis l’ont conçue. Elle leur a été confisquée, mais les jumeaux Weasley l’ont retrouvée chez Rusard et me l’ont donnée.

Owen l’examina encore un moment avant de remarquer :

— J’interprète mal ou il est possible d’entrer dans l’école sans passer par la grille ou le lac ?

— Tu as une bonne vue. À ma connaissance, il n’y a plus que deux passages secrets qui soient encore en activité, précisa Harry. Celui de la sorcière borgne et le saule Cogneur, indiqua-t-il en les montrant sur le plan.

Cela le fit songer au décès d’Abelforth et au passage de la Salle sur demande qu’il avait fermé avec ses amis.

— Tu ne crois pas qu’on devrait en parler à quelqu’un ? interrogea Owen.

Harry réfléchit :

— Pas si on peut l’éviter. J’aime l’idée qu’on puisse entrer et sortir du château par des passages secrets.

— C’est à toi de voir, laissa tomber Owen.

— En attendant, c’est ici que Salomé a été tuée et c’est là que les centaures ont perdu la trace de l’assassin, montra Harry sur le plan.

— Il y a un chemin entre les grottes et Pré-au-Lard, remarqua Owen.

— Je suppose que c’est celui dont nous a parlé Brocklehurst.

— On peut voir un embranchement qui mène aux camps des vampires et des harpies, détecta Owen.

— Il faudra quand même vérifier que ces sentiers existent toujours. Cette carte a été dessinée il y a près de trente ans.

Ils examinaient le plan quand la sonnerie indiquant la première récréation de l’après-midi retentit. Fascinés, ils regardèrent les points qui jusque là étaient agglomérés dans les classes en sortir en s’éparpillant pour se rendre aux cours suivants selon les options choisies ou dans la cour pour les plus jeunes. Harry, plus habitué que Owen à surveiller du coin de l’œil ce qui se passait à proximité de son nom, jeta son carnet sur la carte juste avant que la porte de la salle ne s’ouvre sur la professeure McGonagall.

— Mon cher Harry, Monsieur Harper, comment allez-vous ?

— Parfaitement, j’espère qu’il en est de même pour vous, Minerva, lui assura Harry en allant la saluer.

Ils s’appelaient par leurs petits noms depuis qu’ils avaient fait équipe ensemble au croquet, le second jour du mariage de Harry.

— Professeur, fit plus respectueusement Owen qui avait préféré le football cet après-midi-là.

— Je suis bien sûr désolée pour cette pauvre centauresse, mais je suis ravie d’avoir l’occasion de vous revoir. Je suis venue vérifier que vous n’aviez besoin de rien. N’hésitez pas à demander des renseignements à moi ou à mes collègues.

— Justement, en profita Owen. Quels élèves avaient cours du côté des serres avant-hier soir ?

La professeure de métamorphose eut l’air choquée.

— Nous recherchons des témoins, précisa Owen.

— Oui, oui, bien entendu, se reprit McGonagall. Pomona pourra sans doute mieux vous répondre que moi, elle a une bonne vue des serres. Des élèves ont peut-être remarqué quelque chose en venant ou repartant à son cours, avança-t-elle.

— Ça fait pas mal de monde à interroger, soupira Owen.

— On peut le faire par classes entières, proposa Harry. Ce ne sont pas des suspects, seulement des témoins.

— Je peux m’en charger, fit une voix connue.

— Professeur Williamson ! s’écria Harry.

Le professeur de défense contre les forces du Mal était un ancien Auror qui avait perdu un bras lors de la bataille de Poudlard. Ce serait un informateur de choix. Il était entré dans la pièce pendant leur dialogue McGonagall, suivi de Ponoma Chourave et du professeur Flitwick.

— Nous profitons de la récréation pour venir vous dire bonjour, fit le minuscule enseignant.

— Comment puis-je vous aider ? s’enquit Williamson.

— Nous cherchons à déterminer qui pourrait avoir vu quelqu’un pénétrer ou sortir de la Forêt interdite avant-hier l’après-midi en question, notamment aux alentours de 16 h et 18 h.

— Comptez sur moi. Rien d’autre ?

— Pas pour le moment, répondit Harry.

Ils discutèrent ensuite dix minutes avec les professeurs, avant qu’ils ne repartent vers leur classe, la récréation tirant à sa fin.

ooOoo


Après avoir constaté que Hagrid n’était pas en cours, les deux Aurors sortirent du château et se dirigèrent vers sa cabane. Pendant leur trajet, Owen demanda :

— Tu avais l’air de bien connaître la clairière où se trouvait la centauresse. Il s’y est passé quelque chose de particulier ?

— C’est là que Voldemort m’a tué, répondit Harry sans réfléchir.

Il réalisa ce qu’il venait de dire et précisa :

— Enfin, qu’il a essayé.

Owen qui avait accusé le coup se reprit et remarqua :

— J’ai entendu raconter que tu avais été ramené mort de la Forêt et que tu étais ensuite miraculeusement ressuscité. Je pensais que c’était une exagération de ceux qui avaient rapporté la scène.

— J’ai survécu à l’Avada de Voldemort, mais j’ai dû faire semblant d’y avoir succombé pour qu’il ne se méfie pas de moi et avoir une chance de retourner la situation, expliqua Harry.

Il resta un moment rêveur avant de raconter :

— C’est Narcissa qui avait été envoyée pour vérifier qu’il m’avait bien eu. Je lui ai dit où se trouvait son fils, et elle a menti pour moi.

— Narcissa ? La seule que je connaisse, c’est la mère de Malefoy.

— C’était elle. Oui, on a parfois des alliés inattendus, hein ?

Owen le fixa un moment avant de demander d’une voix dégoûtée :

— C’est pour ça que les Malefoy s’en sont encore bien tirés alors qu’ils ont hébergé le Seigneur des Ténèbres ?

— Eh bien… en partie, oui. On leur a quand même confisqué tous leurs biens et leur manoir. Et leur fils est obligé de travailler.

— J’ai pourtant du mal à concevoir que tu puisses tout leur pardonner.

— La vengeance, c’est pas mon truc, décréta Harry.

Ils arrivaient à la cabane. Harry frappa et Hagrid vint leur ouvrir. Il les fit entrer et les invita à s’asseoir à sa table.

— Servez-vous, dit Hagrid, en leur présentant une boite cabossée emplie de gâteaux.

Owen, sans méfiance, prit le premier morceau qui se trouva sous sa main. Harry choisit prudemment celui qu’il repéra comme étant le plus petit. Hagrid versa leur thé dans des mugs en fer blanc et remplit le seau qui lui servait de tasse.

Le partenaire de Harry mordit avec enthousiasme dans son biscuit et le regretta vivement, au vu de la grimace de douleur qui déforma ses traits. Il regarda l’extrait de granit qu’il tenait à la main avec rancœur et lorgna en direction de son coéquipier pour voir comment il s’en tirait. Harry, qui avait des années d’expérience en la matière, était en train de tremper son morceau de gâteau dans le thé. Il l’y laissa une bonne vingtaine de secondes pour être certain que la portion soit assez malléable pour être ingérée sans risquer de dégâts internes. Moyennant cette précaution préliminaire, le biscuit était presque mangeable.

— Hagrid, demanda Harry après être venu à bout de la moitié de sa part, quelles sont les créatures magiques, présentes dans la forêt, qui pourraient utiliser une arme ?

— Les centaures ont des arcs, comme vous le savez. Les harpies et les vampires, qui ont une forme humaine, le pourraient aussi, s’ils arrivaient à en fabriquer ou à s’en procurer.

— Donc ils pourraient tous utiliser une lame comme celle qui semble avoir blessé et tué Salomé, en déduisit le commandant des Aurors.

— Les centaures ne touchent pas à l’acier, le contredit Hagrid. C’est fait avec du feu, donc impur, pour eux. Si l’un d’eux était pris à le faire, il serait banni du clan.

— Et les autres ? s’enquit Owen.

— Ce sont des braves gens, affirma Hagrid. Ils n’auraient jamais attaqué Salomé.

Harry n’eut pas besoin de regarder son coéquipier pour savoir que cet argument lui semblait un peu léger.

— Et y aurait-il des créatures qui pourraient infliger ces blessures ? demanda-t-il. Avec leurs griffes ou mandibules ?

Hagrid réfléchit puis secoua la tête.

— À mon avis non. En tout cas, pas une de celles qui habitent la Forêt.

— Si une nouvelle créature s’y introduisait, le saurais-tu forcément ? continua Harry.

— Les centaures l’auraient vite repérée et ils me l’auraient dit, affirma Hagrid.

— Qui ? Firenze qui pleure sa fille ou Bane qui veut que ce soit un humain qui ait fait le coup ? souligna Owen.

— Il est aussi possible qu’ils ne s’en soient pas encore rendu compte, remarqua Harry. Espérons qu’ils ne le garderont pas pour eux si le cas se présente.

— On peut interroger d’autres créatures, éventuellement, imagina Owen. Ça parle un Chartier, non ?

— Cela ne dit pas grand-chose à part des insanités, regretta Hagrid.

— J’ai encore une question, fit Owen. Si j’ai bien compris, les centaures ne touchent pas leurs défunts. Comment vont-ils faire pour mettre Salomé dans sa tombe ?

— Ils utilisent des branches pour pousser les corps. Comme ils inhument leurs morts aussi proches que possible de l’endroit où ils sont tombés, ce n’est pas si compliqué, expliqua Hagrid.

— On l’aurait fait léviter pour eux, si on l’avait su ! regretta Harry.

— Ils considèrent que l’utilisation de la magie est sacrilège, lui apprit Hagrid. Ils vous ont laissé faire, mais je suppose qu’ils ont pratiqué des rites de purification avant de l’inhumer.

— Je vois, fit Harry avant de continuer : Comment se rend-on au village des harpies et celui des vampires ?

— Quoi ? On ne va pas y aller ! s’exclama Owen.

— Il faut bien les interroger, rappela Harry.

— Ça ne veut pas dire se jeter dans la gueule du loup-garou ! protesta Owen.

— Il a raison, intervint Hagrid. Ils n’aimeraient pas du tout. D’ailleurs, c’est interdit par les traités. Quand je les rencontre, c’est dans la forêt par hasard ou à la Tête de sanglier.

— D’accord, je vais y réfléchir, promit Harry.

ooOoo


De retour à leur bureau provisoire, Harry utilisa son miroir pour appeler Demelza :

— Tu as quelque chose ? lui demanda-t-il.

— Pas encore, Commandant. C’est la première fois que je travaille avec des fluides de centaure, et ce n’est pas évident. J’ai écrit un mémo au département des Créatures magiques pour avoir les compositions du sang et de la salive des centaures, vampires et harpies. J’ai aussi commencé à envoyer du monde chez les apothicaires.

— Parfait. Je te laisse travailler. Tu peux me joindre sur mon miroir.

Après avoir coupé la communication, Harry réfléchit un moment puis appela Hermione. Elle répondit rapidement. Vu les étagères derrière elle, elle se trouvait dans son bureau du département des lois magiques, au Ministère.

— Tu peux mettre une bulle de silence ? la pria Harry.

Elle s’exécuta avant de demander :

— Rien de grave ?

— Non, une enquête en cours.

Le commandant des Aurors lui résuma l’affaire, puis lui s’enquit :

— Tu as des conseils à me donner concernant les harpies et les vampires ?

— Tu sais au moins qu’il ne faut surtout pas tenter d’entrer dans leur camp, vérifia Hermione.

— Bien entendu, bluffa Harry ce qui provoqua un grognement de dérision chez Owen.

— Bien. Le mieux est que tu demandes aux chefs de clans de te rencontrer. Si mes souvenirs sont bons, tu as Sânge Tivornya chez les vampires et Celeno Andor pour les harpies. Les informations vont vite dans la Forêt interdite, ils sont sans doute déjà au courant de ce qui s’est passé, donc inutile de tourner autour du pot. Ils se rendent souvent à la tête de Sanglier. Tu n’as qu’à y aller et remettre un mot au premier vampire ou harpie que tu verras. S’il n’y en a aucun, confie-le à Mars Jovial, le tenancier, il fera suivre.

— D’accord.

— Laisse-les choisir l’heure et le lieu de la rencontre, ils apprécieront.

— Où crois-tu qu’ils vont me donner rendez-vous ? questionna Harry.

— Au bar, à mon avis. Oh, surtout, ne fais aucune réflexion, et n’aies pas l’air dégoûté par ce prennent les harpies.

— Elles boivent quoi ?

— A ton avis ? Enfin, je suppose qu’elles consomment aussi de l’alcool, mais elles commandent surtout du sang.

— Je croyais qu’elles étaient traitées pour ne plus en avoir besoin ? s’étonna Harry.

— Oui, grâce à la potion inventée par Regulus Moonshine il y a une vingtaine d’années, qui leur permet de contrôler leur appétit pour la chair humaine, confirma Hermione. Mais le sang reste leur boisson préférée. Dans les pubs, on leur sert du lapin, du poulet, du bœuf, du porc ou autre animal plus exotique pour celles qui peuvent y mettre le prix. Elles se sont engagées à ne plus toucher aux humains quelque soit la manière dont il serait servi.

— C’est bon, je crois que j’en sais assez sur la question, dit précipitamment Harry qui voyait Owen verdir. Ah si quand même, tu penses qu’elles pourraient être attirées par le sang de centaure ?

— Harry, pitié, avant de lancer des accusations, cours à la bibliothèque pour emprunter « Traités avec les Buveurs de sang ». Les vampires et harpies sont laissés libres de vivre dans la Forêt interdite et de se déplacer dans le monde magique en échange de leur engagement à ne pas boire le sang des créatures pensantes et des humains. S’ils ont violé ce traité, cela peut être très grave.

— Même d’un point de vue sorcier ? intervint Owen. Pour la plupart d’entre nous, ce que font les créatures entre elles ne les concerne pas.

— D’autres feront remarquer que la prochaine victime sera peut-être humaine, prévint Hermione. Ils estimeront que le traité a été violé et demanderont que l’on pourchasse les buveurs de sang, comme au XVIIe siècle.

— Tu le crois vraiment ? douta Harry. J’ai plutôt eu l’impression que notre Ministre préférerait de beaucoup la culpabilité d’une harpie ou d’un vampire à celle d’un sorcier.

— Adrian est un fin politique en général, mais il ne comprend rien à la problématique des créatures magiques, trancha Hermione. Elles lui sont indifférentes, et il sous-estime totalement la peur ou la haine que certains sorciers ont pour elles.

— Bien, merci de rajouter une couche de complexité à mon enquête, ironisa Harry. Enfin, on va commencer par tenter de trouver le vrai coupable, ensuite, on s’inquiétera des retombées politiques.

— Fais comme tu le penses, conclut Hermione avant qu’ils ne mettent fin à la communication. Tu te débrouilles toujours très bien.

— Je déteste qu’on me dise ça, grogna Harry en refermant son miroir. Sous prétexte que je suis le Survivant, certains se déchargent de leurs problèmes sur moi. Moi aussi je fais des erreurs !

— Eh bien, évite d’en faire quand on sera face aux buveurs de sang, répliqua Owen. Je vais chercher le livre d’Hermione à la bibliothèque.

— Dépêche-toi, c’est bientôt la fin des cours, conseilla Harry.

Owen revint juste à temps. Alors que les élèves retournaient dans leur chambre ou filaient à la bibliothèque avant d’aller dîner, les Aurors composèrent les messages où ils demandaient à rencontrer les chefs des harpies et des vampires.

Toute l’école se trouvait dans la Grande Salle, ils quittèrent leur bureau pour se diriger vers la sortie. Alors qu’ils traversaient le hall, le directeur surgit du réfectoire.

— Messieurs, tout se passe bien ? demanda-t-il.

— Nous avons les premiers éléments, répondit vaguement Harry.

— Désirez-vous manger avec nous ? leur proposa Brocklehurst.

— Nous ne voulons pas troubler le calme du dîner, déclina poliment le commandant des Aurors.

Tandis qu’ils prenaient le chemin des doubles portes, des chuchotements excités se firent entendre, leur apprenant que des élèves les regardaient par les issues qui séparaient le vestibule de la Grande Salle. La voix calme de Brocklehurst y mit fin tandis que Harry et son partenaire descendaient les marches du perron.

ooOoo


Une fois arrivés aux grilles du parc, ils obliquèrent vers Pré-au-Lard. Il faisait nuit quand ils l’atteignirent. Ils suivirent la rue sinueuse jusqu’à la Tête de Sanglier. Ils en poussèrent la porte et du seuil, Harry balaya la salle des yeux. Il y avait encore peu de monde à cette heure-ci et les deux Aurors furent immédiatement remarqués par les quelques buveurs, qui interrompirent leur conversation.

Harry n’avait aucune raison de cacher l’existence de son enquête et n’avait pas modifié son visage, ce qui justifiait le silence expectatif qui accompagna leur trajet jusqu’au bar. Il posa ses deux missives sur le zinc.

— Bonjour, fit-il à l’intention du barman. Pourriez-vous faire parvenir ces messages ?

— Je ne suis pas postier, lui fit fraîchement remarquer Mars Jovial.

Harry ne répondit pas, se contentant de montrer les destinataires qu’il avait inscrits sur les parchemins.

— Je suis certain que vous trouverez des messagers, assura-t-il tranquillement. Dites-leur que c’est assez pressé. S’il y a une réponse, vous pouvez en informer le directeur de Poudlard, je repasserai la prendre.

Le tenancier haussa les épaules et faucha les lettres pour les mettre sous le comptoir.

— Ce sera quoi ? demanda-t-il comme si Harry attendait pour se faire servir une consommation.

— Une prochaine fois, peut-être, répondit Harry en faisant demi-tour pour ressortir.

ooOoo


Quand Harry arriva chez lui, Ginny n’était pas rentrée. Elle avait laissé aux elfes un message indiquant que le match qu’elle couvrait s’éternisait et de ne pas l’attendre pour le dîner. Le bain des enfants était en train de se terminer sous la surveillance de Miffy. Harry démêla les cheveux de Lily tout en incitant les deux garçons à arrêter de se disputer.

Ils étaient en train de finir leur dîner quand Ginny arriva enfin.

— Je n’ai jamais vu des attrapeurs aussi nuls, décréta-t-elle. On aurait dit qu’ils faisaient exprès de ne pas repérer le Vif. Je me suis demandé s’ils se décideraient un jour à le récupérer ou s’ils attendaient que leurs coéquipiers tombent d’épuisement pour s’y mettre. Certains spectateurs en étaient à faire de grands gestes pour leur indiquer où il se trouvait, mais peine perdue.

— Et qui a gagné ? s’enquit James.

— Bonne question. Plus personne ne regardait à la fin. Même l’arbitre passait son temps à loucher sur sa montre. On y était depuis dix heures du matin ! Je crois que j’ai discuté deux heures au téléphone avec ma mère. Elle était ravie. Pour une fois que j’avais un peu de temps à lui consacrer !

— Tu devrais aller voir de mauvais matchs plus souvent, plaisanta Harry.

— Ouais, mais demain, quand je vais devoir rendre mon papier, je vais souffrir. J’ai bien tenté de le commencer en attendant que cela finisse, mais je n’ai rien écrit de publiable. On sent que j’avais juste envie qu’ils s’écrasent tous au sol et qu’on n’en entende plus parler.

— C’était quelles équipes ? s’enquit Albus.

— Maman l’a dit hier : les Chauve-Souris de Ballycastle et les Tornades de Tutshill, le rembarra James.

— James, ça suffit, le reprit Ginny. Ton frère n’était pas dans la pièce quand tu me l’as demandé.

— Leurs attrapeurs ne sont pas bons ? s’étonna Albus. Dans mon album, ils disent que Merwyn Finwick et Erwin Bledon sont de grands joueurs.

— Ils ont pris leur retraite cette année, et ne sont pas les seuls, expliqua sa mère. Depuis, leurs directeurs peinent à reconstituer des équipes potables. Les nouveaux ont du potentiel, mais il va falloir un an ou deux pour être au niveau. Tiens, ça me fait un bon angle pour mon article : « Comment bien gérer un renouvellement d’équipe ? ». Je devrais pouvoir pondre quelque chose d’intéressant, et ne pas avoir à parler de ce match de malheur. Merci d’avoir posé la question, mon chéri.

Elle se pencha pour embrasser son cadet. Comme souvent quand Ginny s’occupait de son frère, James se déplaça pour obtenir lui aussi l’attention maternelle. Harry l’intercepta au passage :

— Papa veut un bisou ! affirma-t-il pour qu’Albus n’ait pas à partager son câlin.

James se laissa faire, puis Harry invita son cadet à venir sur ses genoux pour que James puisse à son tour aller dans les bras de sa mère. Ce fut ensuite au tour de Lily, et puis Ginny déclara qu’il était l’heure pour tout ce petit monde d’aller se coucher.

— Il est trop tôt, protesta rituellement James.

— Le temps que tu sois au lit, ce le sera, rétorqua sa mère en l’entraînant à l’étage.

Il fallut plus d’une demi-heure aux deux parents pour refermer les portes sur des enfants dans leur lit, à défaut d’être complètement calmes et prêts à dormir.

ooOoo
End Notes:

Merwyn FINWICK : Attrapeur de l'équipe des Tornades de Tutshill (Gazette du Sorcier)

Erwin BLEDON : Attrapeur de l'équipe des Chauve-Souris de Ballycastle (Inventé pour le jeu de mot)

Regulus MOONSHINE : Sorcier qui inventa dans les années 90 une potion réduisant l'appétit pour la chair humaine chez les harpies (Gazette du Sorcier)

Je vous retrouve dans 15 jours avec un chapitre intitulé Des voisins calmes et courtois.

XXVI : Des voisins calmes et courtois by alixe
Author's Notes:
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l’Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter
04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d’Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
22 mars 2014 : Élection d’Adrian Ackerley comme ministre de la Magie
Période couverte par le chapitre : 20 et 21 octobre 2015
Avant qu’il ne parte de chez lui le lendemain matin, Harry reçut un appel par miroir du directeur de Poudlard.

— Un message vous attend à la Tête de Sanglier, l’informa-t-il.

— Ah ! excellente nouvelle. Merci, Professeur, bonne journée.

— Aurons-nous le plaisir de vous voir ?

— Je ne le sais pas encore.

Le bar n’était pas réellement ouvert quand Harry y passa. Cependant, le tavernier entrebâilla sa porte et lui tendit un parchemin plié. De son autre main, il tenait un balai. Manifestement, il faisait de temps en temps le ménage, ce qui était inattendu compte tenu de l’état du pub en règle générale.

Owen était plongé dans un livre quand Harry arriva au QG des Aurors. D’autres ouvrages étaient posés sur sa table de travail, ayant tous trait aux buveurs de sang.

— On a rendez-vous avec Sânge Tivornya, ce soir, à dix-neuf heures, à la Tête, apprit Harry à son partenaire. Tu me résumeras tes saines lectures, avant qu’on y aille.

— C’est le vampire ?

— Oui, c’est ça.

— Vous ne vous ennuyez pas dans cette enquête, s’exclama Demelza qui s’était approchée d’eux.

— C’est le moins qu’on puisse dire, sourit Harry. Alors, de ton côté, quoi de neuf ?

— À première vue, tout le sang que vous avez prélevé vient d’un centaure. Althea est repassé derrière moi pour vérifier. Je n’ai rien repéré qui puisse être humain, ou d’une autre créature.

— Des résidus de salives sur la peau ?

— Seulement de la sueur, mais là, je ne peux pas trop dire si elle est centaurienne ou pas. Mon échantillon n’était pas assez consistant.

— Des traces de corne, de chitine ou quoi que ce soit de non humain ?

— Nous n’avons rien trouvé.

— On a pensé à une arme qui ne serait pas métallique. Des restes de bois, os, pierre ?

— Absolument rien. Les entailles sont très propres.

— D’accord. Que vas-tu mettre sur le rapport ?

— Pas grand-chose, en fait. D’après les photographies, la créature a été blessée plusieurs fois par un objet coupant qui n’a pas laissé de trace, et c’est l'artère sectionnée de son cou qui a été la cause de la mort. Les coups ont été portés par un droitier. J’ai agrandi les photos, je ne peux que confirmer que les coupures ont bien saigné, donc que les blessures ont été faites quand elle était encore vivante, et qu’elles ont été nettoyées ensuite.

Depuis que l’usage des photographies moldues s’était généralisé pour servir de pièces à conviction, la question du développement était devenue cruciale. Les Aurors avaient besoin d’avoir les tirages rapidement et éventuellement de faire des agrandissements, possibilité que n’offraient pas les clichés sorciers.

Les enchanteurs d’appareils magiques dédaignaient les équivalents moldus et s’étaient indignés à l’idée d’apprendre à développer les photos statiques. Par ailleurs, il était délicat de confier les pellicules en dehors du monde sorcier, au vu des images immortalisées par les Aurors. Harry avait donc décidé qu’ils s’occuperaient eux-mêmes de leurs clichés. L’exercice était proche de leurs techniques de potion, et la magie permettait d’obtenir très facilement l’obscurité requise pour les manipulations avec un minimum d’aménagements. Les policiers en faisaient autant.

— Et l’enquête sur les apothicaireries ? continua Harry.

— J’ai lancé l’alerte, on a interrogé quelques contacts, mais rien pour l’instant. Désolée, commandant.

— Cela ne fait que vingt-quatre heures qu’on a commencé, rappela Harry. Tu as fait du bon boulot, merci. Pour la suite, j’aimerais que tu trouves un spécialiste en créatures magiques et que tu lui demandes si l’une d’elles aurait pu infliger ce genre de coupures.

— D’accord.

Harry se dirigea vers son bureau pour vérifier que Stanislas n’avait rien à lui faire signer.

— Tu as été voir le Ministre ? fut le salut de son adjoint.

— Non, je n’ai pas encore grand-chose à lui dire.

— Faut quand même que tu ailles au rapport. Il n’ose pas l’exiger, mais depuis ton départ hier, j’ai déjà eu quatre messages pour demander si tu étais là.

— Je suppose que je ne peux pas y couper, soupira Harry.

— C’est lui le Ministre, confirma son second.

Comme toujours, Ackerley fut charmant, offrit une tasse de café à son commandant des Aurors et lui demanda des nouvelles de sa femme et de ses enfants avant d’aborder le sujet qui les réunissait ce matin-là.

— Alors, mon cher Monsieur Potter, vers où nous dirigeons-nous ?

— Pour le moment, nous avons fait le relevé de la scène du crime et avons établi les causes de la mort, ainsi que l’heure approximative du décès, exposa Harry. Nous savons dans quelle direction le tueur s’est enfui, mais sa trace se perd dans une zone rocheuse. Nous pensons aussi que le meurtrier devait avoir une arme à la main.

— Vous en êtes certain ?

— La victime présente de nombreuses estafilades et a eu le cou profondément entaillé. D’après mes sources, aucune créature ne peut faire ce genre de plaie. Mais je continue à enquêter là-dessus pour en être certain. Une grande partie du sang qu’elle a perdu a été collecté.

— Un animal ? proposa Ackerley.

— Nous n’avons pas trouvé de trace de salives sur les plaies. Il est aussi probable que les blessures soient le fait d’une lame, ce qui implique une certaine intelligence et des mains.

— Plusieurs créatures vivant dans la Forêt interdite correspondent à cette définition.

— J’enquête dans cette direction. Je dois interroger un vampire ce soir.

— Vous avez parlé de sang recueilli. C’est assez caractéristique de cette race, non ?

— Il peut avoir été récupéré à d’autres fins. Comme ingrédient de potion, par exemple.

— Merlin nous en préserve ! s’exclama le Ministre. D’ailleurs, cela me paraît un peu tiré par les cheveux.

La vision de la chevelure crème de Salomé étalée autour de son visage blafard s’imposa à Harry. Il en resta muet.

— Je suis certain que vous finirez par trouver quelle créature a agi, reprit Ackerley. Et puis, si ce cas demeure irrésolu, ce sont des choses qui arrivent, malheureusement.

— Pas à moi, répliqua Harry d’une voix sèche en se levant. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai une enquête à mener.

ooOoo


Il y avait trois accès qui émergeaient de la Forêt interdite. Selon l’expérience de Harry, confirmée par Hagrid et le professeur Brocklehurst, il était pratiquement impossible de sortir des chemins ou sentes qui serpentaient dans l’espace sylvestre. Les quitter exposait à des périls certains : sol marécageux où l’on pouvait se retrouver engloutis, territoires de créatures hostiles, plantes carnivores. Certains animaux, par nature paisibles, pouvaient se transformer en dangereux prédateurs si le voyageur imprudent s’aventurait sur une zone de ponte ou d’élevage de petits.

Soit le meurtrier de Salomé habitait dans la Forêt, soit il en était sorti par les trois issues qui y menaient. En attendant de rencontrer les vampires et les harpies et d’évaluer leur implication dans cette affaire, Harry décida de retourner dans la carrière où les centaures avaient perdu la trace de celui qu’ils poursuivaient et de déterminer par où ce dernier avait pu sortir de la forêt.

— Ce n’est pas forcément le meurtrier qui a été pourchassé, fit remarquer Owen quand Harry lui fit part de son programme. Ça peut être quelqu’un qui passait dans le coin, a vu la scène ou est tombé sur le cadavre une fois que tout était terminé, et a ensuite jugé que ses chances de convaincre les centaures de son innocence étaient inférieures à celles de leur échapper en prenant les jambes à son cou. Personnellement, j’aurais choisi la fuite.

— Même si c’est le cas, ça peut être un témoin intéressant, fit valoir Harry.

— Il peut aussi ne pas être sorti de la Forêt, continua Owen.

— On va déterminer quelles créatures vivent dans ce coin, confirma le commandant des Aurors.

Conscients qu’ils ne pouvaient partir déambuler seuls, ils débauchèrent Hagrid pour leur expédition. Ce dernier confia ses classes à madame Darnapan, avec le soin de surveiller des devoirs portant sur les leçons précédentes.

Quand Harry lui parla des deux issues de la Forêt qu’il voulait vérifier, Hagrid se gratta la tête :

— Je ne connais que deux manières pour sortir de là : par le parc et par Pré-au-Lard.

Harry se saisit de la Carte des Maraudeurs dans sa poche et l’activa :

— C’est le plan de ton père et de ses amis ? demanda le géant d’une voix émue.

— Oui, vous l’avez déjà vu ? s’étonna Harry.

— J’les ai récupérés une paire de fois dans la Forêt. J’savais pas encore pour Rémus, mais j’avais repéré qu’ils s’y promenaient souvent. Ils ne s’en cachaient pas de moi, les coquins, ils savaient bien que je ne les dénoncerais pas. J’les ai vus plus d’une fois sortir ce papier et poser leur baguette dessus, comme tu viens de le faire.

Harry avala sa salive et montra du doigt les deux chemins qui s’ajoutaient à la sortie du parc.

Hagrid plissa les yeux, se gratta la tête et finit par dire :

— Ah, je vois. Par là, c’est de l’histoire ancienne, expliqua-t-il en désignant l’une des deux sorties. Cela fait un bout de temps qu’on ne peut plus y passer. Il y a trente ans de ça à peu près, un peu avant que tu n’arrives à Poudlard, il y a eu une invasion de Mimbulus Mimbletonia, ce qui a rendu le chemin totalement impraticable. Il ne reste que ce passage-là, celui qui permet aux vampires et aux harpies d’aller à Pré-au-Lard.

— Il passe par les grottes où nous nous sommes arrêtés l’autre fois, nota Owen.

— Si c’est bien le meurtrier qui a été poursuivi par les centaures, il a pu soit rejoindre les camps des buveurs de sang, soit ressortir par Pré-au-lard. Il n’a pas pu repasser par la clairière puisque la veillée funèbre d’y tenait. Bon, on retourne sur les lieux du crime, on passe aux grottes et on explore la suite du chemin.

Une fois sur les lieux du drame, les Aurors vérifièrent qu’aucun indice n’avait échappé la veille à leur vigilance. Durant la nuit, Salomé avait été inhumée. Un monticule de terre se dressait à l’endroit où elle se trouvait auparavant.

— Dites, Hagrid, comment les centaures ensevelissent-ils les leurs sans les toucher ? s’intéressa Owen.

— Ils creusent la tombe juste à côté, puis font tomber le corps en le poussant à l’aide d’un bâton qui est enterré lui aussi, expliqua le géant.

— Et si l’un d’eux décède à l’endroit où ils habitent ? questionna Harry. Ils l’enfouissent sur place ?

— Oui, ils aiment mieux déplacer leur camp que déranger un mort, confirma Hagrid.

Les Aurors ne trouvèrent ni arme ni artefact qui auraient pu être lié au meurtre.

Avant de repartir sur les traces de la chevauchée des centaures, Harry examina encore sa carte et s’interrogea sur les raisons qui avaient poussé son père et ses amis à intituler le lieu « Clairière sombre ». De quoi y avaient-ils été témoins ? Cette pensée fit remonter un souvenir dans la mémoire du Survivant. Si la Forêt éveillait en lui moins de terreur que chez Owen, il y avait cependant vécu des moments effrayants, avant même sa dernière confrontation avec le Seigneur des Ténèbres.

— Hagrid, est-ce que vous vous rappelez de la fois où vous m’avez emmené dans Forêt pour une retenue, durant ma première année ?

— Pas vraiment, répondit le demi-géant après un moment de réflexion. Ça fait bien longtemps, maintenant.

— Vous enquêtiez sur la mort de licornes, lui rappela Harry. Nous avons su ensuite que c’était QuirrelL qui les égorgeait pour renforcer l’âme de Voldemort qu’il portait en lui.

— Oui, se souvint enfin le Gardien des clés avec émotion. Il en avait tué plusieurs. Pauvres petites créatures si pures…

— Est-ce que ce n’était pas déjà ici que nous en avons trouvé une ? insista Harry. Quirrell- Voldemort était en train de boire son sang quand je suis arrivé.

Hagrid s’abîma dans une profonde réflexion et fini par concéder :

— C’est bien possible, Harry, c’est bien possible…

— Vous parlez de la fois où Malefoy est entré dans la Forêt ? interrogea Owen. Le fameux soir ?

— Oui, confirma Harry qui était de plus en plus certain qu’il s’était bien trouvé en cet endroit quand il avait onze ans. Je t’accorde que le courage n’était pas la vertu principale de Malefoy à l’époque, mais ce que nous avons vécu aurait été flippant pour n’importe qui. Moi aussi j’ai eu très peur.

Il se tut un instant, alors qu’ils se remémoraient les sombres évènements qui s’étaient déroulés, il y avait si longtemps.

— C’est la première fois que je voyais des centaures, se rappela-t-il. Il y avait Bane, un certain Ronan, et Firenze. Il est venu à mon secours quand Voldemort, m’a attaqué. J’avais oublié ça, murmura-t-il avec émotion.

— Firenze est quelqu’un de bien, renchérit Hagrid.

— Tu veux dire que ta première confrontation avec Voldemort était déjà ici ? en déduisit Owen faisant le lien avec ce que Harry lui avait révélé la veille.

— Il semblerait bien, réalisa Harry un peu secoué.

Les trois hommes restèrent un moment silencieux. Enfin, Harry se secoua et dit :

— Bon, on a du travail. Je le dois bien à Firenze.

Ils prirent le chemin menant aux grottes, vérifiant chaque embranchement rencontré, pour voir où il menait et vérifier qu’ils n’y trouvaient pas d’indices. Chacune de ces pistes finissait par se rétrécir et n’être praticable qu’à des créatures trop petites pour correspondre aux suspects en puissance. Pas de trace de sang séché non plus, rien de fabriqué par la main de l’homme.

Une fois à la carrière, seule une allée s’en éloignait, si on excluait celle par laquelle ils étaient arrivés. Ils la suivirent en gardant la même méthode d’investigation. Cela les amena à suivre les bifurcations qui menaient au camp des vampires puis vers celui des harpies. Hagrid les empêcha cependant de trop s’approcher des lieux d’habitation des buveurs de sang. Il leur montra des tas de pierres et des plantes disposées de manière particulière qui signifiaient qu’il ne fallait pas aller plus loin sous peine de contrevenir aux traités signés avec ces créatures. Ces déambulations les avaient menés à la fin de l’après-midi et la luminosité se mit soudain à baisser.

— Nous ne sommes plus très loin de l’orée de la forêt, les rassura Hagrid.

Les trois promeneurs accélérèrent le pas, mais la nuit tombait vite et Harry craignit qu’ils n’arrivent pas à sortir du couvert des arbres avant d’être complètement dans l’obscurité. Il était en train de se demander si allumer sa baguette pour s’éclairer serait considéré comme une agression par les centaures, quand il aperçut, à son grand soulagement, des lueurs dans une trouée d’arbres. Malheureusement, le chemin s’incurva et sembla les en éloigner.

— Ce n’est pas plutôt par là ? demanda Harry en retenant la manche de leur guide.

— Non, mon garçon, tu irais droit vers des marécages. Ces lumières sont des Pitiponk. Il ne faut pas les suivre, si on n’veut pas se perdre. Ce sont de petits chenapans.

Harry n’eut pas besoin de regarder Owen pour savoir ce que ce dernier pensait. Selon leurs livres de classe, ces créatures prenaient un malin plaisir à égarer les voyageurs en faisant briller une lumière sur leur pied unique, et de nombreux explorateurs avaient payé de leur mort les « plaisanteries » de ces « chenapans ».

La voie qu’ils suivaient changea encore de direction et ils se trouvèrent brusquement devant les rues illuminées de Pré-au-Lard. Le chemin qui menait à la forêt était séparé de la première maison par un pré où paissaient des vaches. L’étendue herbeuse qu’ils traversèrent était hors du cercle de lumière et Harry nota qu’ils pouvaient entrer directement dans le village ou en faire le tour, sans que personne ne les remarque. Les chances qu’on repéré quelqu’un qui sortait de la Forêt le soir du meurtre étaient pratiquement nulles.

ooOoo


Il était presque dix-neuf heures, le moment d’honorer leur rendez-vous avec le chef de clan des vampires de la Forêt interdite. Harry fouilla des yeux les endroits les plus sombres, sachant que son interlocuteur ne serait pas à l’aise en pleine lumière. Mais les recoins étaient nombreux, les habitués se rendant dans ce lieu pour rencontrer leurs connaissances sans être dérangés. Il fallut le signe discret d’un homme pour repérer celui qu’ils étaient venus voir. De loin, Harry n’aurait pu l’identifier comme un vampire. Il fallut qu’il soit assis en face de lui pour remarquer les yeux trop brillants et le teint pâle qui caractérisaient ces créatures.

Sânge Tivornya ne se leva pas pour les accueillir ni n’eut de mouvement pour les mettre à l’aise. Il se contenta de regarder les Aurors prendre place devant lui, attendant qu’ils indiquent ce qu’ils lui voulaient. Harry décida de se passer de préliminaires.

— Nous enquêtons sur la mort d’une centauresse, lui apprit-il. Votre campement est à un kilomètre de l’endroit où cela s’est produit. L’un des vôtres aurait-il des informations à nous donner pour savoir qui a commis ce meurtre ?

Le vampire resta un moment silencieux, sans expression particulière, avant de demander :

— Pensez-vous que l’un des miens a fait ça ?

— C’est une possibilité pour nous, compte tenu de votre proximité et du fait que le sang de la victime a été recueilli. Mon enquête suit aussi d’autres pistes.

Toujours impassible, Tivornya demanda :

— Avez-vous trouvé sur elle des marques qui nous identifient ?

Harry mit quelques instants à comprendre que c’était d’une morsure dont il était question.

— Surtout des coupures, accepta-t-il de révéler.

Le visage du vampire se contracta de dégoût.

— Ce ne peut être nous. Nous ne pouvons ingérer que du sang qui n’a pas été corrompu par l’air. C’est pour cela que nous allons le chercher en profondeur, ajouta-t-il avec un sourire carnassier qui révéla ses canines hypertrophiées.

Harry sentit Owen se raidir à ses côtés. Lui-même s’efforça de rester impassible.

— Avez-vous des différends avec les centaures ? demanda-t-il le plus tranquillement possible.

— Pourquoi en aurions-nous ? feignit de s’étonner Sânge Tivornya. Ce sont des voisins si calmes et si courtois.

Le ton dégoulinait de sarcasme. Harry garda le silence, se contentant de se renverser contre son dossier, pour montrer qu’il attendait que le vampire réponde sérieusement. Ce dernier parut réfléchir quelques secondes puis se résigna à exposer la situation sans faux-semblants.

— Nous tenons beaucoup à pouvoir rester dans la Forêt interdite. Même si les centaures ne font que nous y tolérer, nous y sommes en sécurité. Nous préférons les lieux humains, mais les gens ont peur de nous et nous attaquent régulièrement. Avoir la liberté de circuler dans le monde sorcier le soir et avoir notre camp sous la protection de la Forêt durant le jour quand nous sommes vulnérables est le meilleur compromis que nous avons eu depuis des siècles. Ce serait suicidaire de notre part de nous mettre les centaures à dos.

— Je comprends, fit Harry. Mais, quelles que soient les orientations politiques d’un groupe, on ne peut attendre que tous les individus qui le composent aient la sagesse d’agir pour le bien de tous.

— Nous n’avons pas tellement de relations avec les centaures. Ils nous ignorent, même quand nos chemins se croisent. Bien peu se donnent la peine de nous saluer, et encore moins de chercher à nous connaître individuellement. Firenze et sa fille font partie des rares qui le font. Si l’un de nous avait eu la bêtise de s’attaquer à un centaure, il n’aurait pas choisi Salomé. Et imaginer qu’il l’ait fait pour se défendre est impensable. Elle aurait été la dernière à chercher à nous nuire.

Pour la première fois, les traits du vampire laissèrent apparaître une émotion.

— Nous avons tous été tristes d’apprendre la mort de Salomé. La nuit passée, tout mon clan a observé un jeun rituel.

— Je vois, dit doucement Harry. Et qu’en est-il de la relation entre les harpies et les centaures ?

— Elle ressemble à la nôtre, si ce n’est qu’ils se croisent encore moins, car les harpies sont diurnes. Tout comme nous, elles sont protégées des attaques extérieures par les centaures qui ne tolèrent pas qu’on s’en prenne à ce qui est sur leur territoire, qu’on soit des lapins ou des êtres pensants.

Les harpies et les vampires sont de leur côté protégés des centaures par le traité des buveurs de sang, qui garantit la non-agression entre eux, en plus de la paix avec les sorciers, compléta Harry dans sa tête.

— Aucun habitant de la forêt n’a intérêt à attaquer les centaures et encore moins la possibilité physique d’en sortir vainqueur, ajouta Tivornya.

— Une arme a été utilisée, révéla Harry. L’agresseur avait des mains pour la tenir.

— Ce peut donc être un sorcier.

— Nous ne l’excluons pas, assura le commandant des Aurors.

Le vampire le regarda avec acuité et s’étonna :

— Pourquoi faites-vous cette enquête ?

— Firenze l’a demandé, lui apprit Harry.

— Depuis quand est-ce suffisant ?

— Depuis qu’Hermione Granger est arrivée à convaincre le Survivant que toutes les créatures pensantes ont droit à notre respect et notre attention, répliqua-t-il.

— Nous avons entendu parler d’elle, remarqua pensivement le vampire, mais n’avons jamais été persuadés que ses efforts pourraient avoir des conséquences sur notre sort. Peut-être allons-nous changer d’avis.

— Je l’espère, fit Harry. Bien, nous avons fait le tour. Si vous souhaitez me contacter ou me transmettre une information, vous pouvez passer par le gérant de ces lieux ou Hagrid.

Harry se leva, imité par Owen qui était resté silencieux à ses côtés durant tout l’entretien. Le vampire se mit également debout et, quand ils furent face à face, Harry lui tendit spontanément la main pour prendre congé. Avec un mince sourire, le buveur de sang la saisit. Owen ne fit pas un geste, et le vampire les laissa partir sans quitter Harry des yeux.

Alors qu’ils rejoignaient la sortie, le barman les héla, brandissant un morceau de parchemin.

— Un message pour vous !

Harry alla le prendre et le remercia.

— Je n’arrive pas à croire que tu as failli me faire serrer la main d’un vampire, s’exclama Owen dès qu’ils eurent refermé la porte du pub derrière eux.

— Pourquoi ne l’as-tu pas fait ? demanda Harry en dépliant son message. Tu ne risquais rien.

Owen frissonna de dégoût et secoua la tête :

— Je n’ai pas comme toi l’habitude des créatures.

Harry décida de laisser tomber. Owen était issu d’une très ancienne famille de sorciers, et son éducation ne l’avait pas préparé à de telles rencontres. Harry ne savait pas si sa propre ouverture d’esprit lui venait davantage des discours d’Hermione ou de son expérience de paria lors de ses premières années. Un peu des deux, sans doute. Par contre, Owen allait encore devoir prendre sur lui d’ici peu.

— On a rendez-vous demain matin à onze heures avec une dame. Fais-toi beau !

— Ouais, ouais, fit Owen sans enthousiasme.

Ils marchèrent un moment sans rien dire, puis Owen affirma :

— Je crois qu’on est passé à côté d’un truc.

— Quel truc ? demanda Harry.

— Quel que soit la créature ou l’humain qui a attaqué Salomé, il n’a pas dû s’en tirer sans séquelles. Elle avait des sabots, elle avait un arc.

— Il avait une lame, fit remarquer Harry.

— Ça a duré un moment, rappela Owen. Il l’a blessée à plusieurs reprises avant de l’égorger. J’ai joué au football à ton mariage avec Firenze dans les buts. Deux bras, quatre jambes, je t’assure que ça avantage drôlement. Tu imagines te battre contre lui, même avec une épée ?

— Sainte-Mangouste ? demanda Harry après une seconde de réflexion.

— Si c’est un vampire ou une harpie, ils n’y seraient pas allés, raisonna Owen. Leur chef de clan nous mène en bateau et cache peut-être le coupable.

— Ils n’ont pas de mobile. Ce n’est pas pour le sang : un vampire aurait utilisé ses crocs et une harpie aurait préféré la chair, objecta Harry.

— La raison est peut être ailleurs : la faire taire ou lui prendre quelque chose.

— Mais cela n’explique pas le recueil du sang, fit remarque Harry.

— Fausse piste ? proposa Owen.

— Vers qui ? opposa Harry.

— D’accord, commençons par Sainte-Mangouste, accepta Owen.

ooOoo


Ils s’y attelèrent à la première heure le lendemain matin. Ils y firent chou blanc. Aucun patient reçu les jours précédents ne correspondait à ce qu’ils recherchaient.

— Guérisseur privé ? avança Owen alors qu’ils repartaient vers les cheminées du hall d’accueil de l’établissement. Un vétérimage ?

— On ne peut pas tous les interroger, bougonna Harry. Je vais demander de l’aide à Watchover.

Ils se rendirent au Bureau de la police magique, et Harry exposa les circonstances de son enquête à son homologue.

— J’ai déjà du monde sur les apothicaireries, au cas où du sang de centaure y était proposé, indiqua-t-il. Ça m’arrangerait si vos hommes laissaient traîner leurs oreilles à Pré-au-Lard ou sur le Chemin de Traverse et entendent parler de quelqu’un qui semble s’être pris une bonne raclée ou avoir été blessé par un Abraxan. Je ferai passer le mot de mon côté aussi.

— Vous pouvez compter sur moi, assura Watchover. Mais… sans vouloir m’immiscer dans votre enquête…, vous êtes certain que c’est un sorcier qui a fait le coup ?

— Non, reconnut Harry, mais je ne peux pas aller perquisitionner chez les harpies ou les vampires et vérifier que personne n’a reçu de coup de sabot. Je ne lâche pas le morceau, mais je commence par ce que je peux faire facilement.

— J’espère qu’aucun jockey malchanceux n’a été blessé par sa monture, fit le policier sur le ton de plaisanterie.

— Tant que son cheval peut témoigner de ce qui s’est passé, il ne risque rien, répartit Harry en souriant.

Tout à coup, Watchover reprit son sérieux et dit :

— Attendez, ça me revient, mais je crois bien qu’un de mes hommes m’a dit qu’il avait remarqué quelque chose de louche concernant une harpie à la Tête de Sanglier, il y a quelques semaines. Vous voulez que je creuse un peu ça ?

— On en rencontre une demain matin, l’informa Harry.

— Un instant, je vais voir si mon agent est là, fit Watchover en sortant de son bureau pour scruter la salle où travaillaient ses hommes.

Harry et Owen l’entendirent crier un nom et un policier ne tarda pas à les rejoindre.

— Oui, Chef, fit-il en saluant de la tête les deux Aurors.

— Tilden, tu m’as raconté quelque chose à propos d’une harpie, il y a un petit moment. Tu peux répéter pour le Commandant Potter ?

— Oui, Commandant. Ce n’est peut-être rien, mais j’ai vu qu’une harpie était en affaires avec un mec, qui n’était pas du genre à venir à la Tête. C’est la manière dont il se tenait qui m’a alerté. On ne le sentait pas à l’aise. Il lui a filé quelque chose, peut-être de l’argent. Je ne sais pas ce qu’il a eu en échange. Mais juste après que je les ai perdus de vue à cause d’un groupe qui est passé entre nos tables, il s’est levé et il est parti. Je l’ai filé jusqu’à la cheminée publique de Pré-au-Lard. J’ai pas pu entendre sa destination. Je n’avais rien de spécial contre lui, j’ai laissé tomber.

L’agent Tilden jeta un regard nerveux vers les Aurors et s’inquiéta :

— J’aurais pas dû ?

— Difficile à dire pour le moment, minimisa Harry. Nous enquêtons sur un acte commis il y a trois jours dans la Forêt interdite. Cela n’a peut-être rien à voir. Si vous le revoyez, dites-le nous. De notre côté, on tâchera d’en savoir plus, si on en a l’occasion.

— Entendu, répondit Watchover. Et nous, on ouvre l’œil sur tout ce qui pourrait ressembler à une blessure causée par un sabot.

ooOoo


Le soleil faisait de son mieux pour éclairer le bar quand Harry et Owen s’y rendirent plus tard dans la matinée. C’était une entreprise louable, mais laborieuse, compte tenu des traces opaques qui recouvraient les vitres. Un rayon de soleil particulièrement opiniâtre avait réussi à se frayer un chemin jusqu’à une table qu’il éclairait de manière indiscrète, révélant une saleté qui aurait gagné à rester moins visible. Mais il était de notoriété publique que les habitués du lieu n’avaient pas de grandes exigences ni pour le décor ni pour la bonne chère. On venait là pour affaires ou pour se faire servir une boisson dont la concentration en alcool était inversement proportionnelle à la taille du verre.

Le regard de Harry fut immédiatement attiré par une silhouette seule à une table. De loin, elle paraissait être une dame sur le retour, affublée d’une robe jaune citron et dont le cou était orné d’un boa rouge en plume. Alors qu’il s’approchait, il remarqua le lourd maquillage qui, sans pouvoir rendre beau le visage ingrat de la harpie, lui donnait un relief qui n’était pas loin d’être fascinant.

Celeno Andor regarda vers Harry, alors il s’avançait vers elle. Quand il s’arrêta près de sa table, elle lui tendit un bras terminé par un gant, d’un geste languissant. Harry ne put rien faire de moins que de se casser en deux pour un baise-main formel. Il garda avec soin ses lèvres loin du but, non seulement parce que c’était plus convenable, mais aussi parce qu’il ne savait pas ce qui était caché par le tissu. Owen l’avait mis en garde contre les griffes des harpies qui pouvaient être mortelles.

La créature parut apprécier l’hommage et lui désigna un siège tout près du sien. Harry sourit poliment, mais choisit de s’installer plutôt en face d’elle. Owen s’assit précipitamment près de Harry, le plus loin possible de leur interlocutrice. Harry l’entendit inspirer brusquement en remarquant ce qui se trouvait sur la table : une assiette où restait un morceau sanguinolent de viande crue. Il y avait aussi un gobelet en argent rempli d’un liquide rouge et Harry se força à ne pas y laisser traîner son regard.

À la place, il fixa son interlocutrice. Elle l’observait, jaugeant ses réactions. Harry ressentit le charme étrange et toxique qui émanait d’elle.

— Merci d’avoir accepté de nous rencontrer aussi vite, dit-il poliment.

— Vous vouliez me parler ? demanda-t-elle d’une voix langoureuse.

— Tout à fait, Madame, dit Harry. Je suppose que vous savez pourquoi.

— Oui, la petite Salomé. (Elle resta pensive un instant.) Une charmante enfant. En quoi mon peuple est-il concerné par son trépas ?

— Vous habitez dans la forêt et pouvez avoir été témoin de la scène, ou avoir vu qui était dans les environs ce jour-là.

— Je suis rassurée. Je craignais que vous n’accusiez l’un des miens de cet acte affreux.

— Nous n’excluons aucune hypothèse à ce stade de l’enquête, fut la réponse automatique de Harry.

Il utilisait souvent cette formule, qui pouvait tout autant signifier un prosaïque « Nous n’avons aucune idée de qui a bien pu faire ça » qu’être l’expression d’un constat : « vous êtes encore sur ma liste de suspects ».

— Il paraît que vous avez interrogé ce cher Sânge, dit la harpie.

— En effet. Un entretien très instructif. Quel genre de rapport avez-vous avec les centaures ? enchaîna Harry pour l’empêcher de continuer à tourner autour du pot.

— Ces lourdauds ? Nous n’entretenons aucune relation avec eux. Ils ne daignent pas converser avec la race inférieure que nous sommes.

— Même Salomé ?

— Je vois qu’effectivement votre échange avec Sânge n’a pas été inutile. Oui, quand elle nous remarquait, la petite Salomé était correcte. Un peu condescendante, bien entendu, mais elle faisait un effort, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

— Quand elle vous remarquait ? souligna Owen.

— Ces quatre pattes se croient tellement malins ! fit dédaigneusement Celeno Andor. Mais ils ne sont pas aussi bons traqueurs qu’ils le prétendent. Ce n’est pas difficile de passer inaperçu avec eux. Ils n’ont aucun flair !

— Vous les sentez venir de loin, comprit Harry.

— Bien entendu. Ils ont le sang chaud.

— Les vampires ont-ils les mêmes facultés olfactives que les harpies ? s’enquit Harry qui ne se rappelait pas que Owen l’ait renseigné sur le sujet.

— Ils l’affirment, mais je n’en jurerais pas, fit leur interlocutrice en haussant les épaules.

— Pensez-vous que Salomé ait pu être surprise par son agresseur ? demanda Owen.

— Pas s’il a été silencieux.

— Comme vous et les vampires savez l’être ?

— N’en tirez pas de conclusions hâtives, répondit-elle confirmant implicitement que les vampires, eux aussi, pouvaient être discrets. Les centaures sont persuadés ne rien craindre dans la forêt. Même si Salomé a entendu quelqu’un venir, elle ne s’en est pas forcément préoccupée. N’importe quoi peut approcher un de ces lourdauds, sans éveiller sa peur ni sa méfiance. Si vous voulez mon avis, seul un centaure a pu efficacement s’en prendre à elle.

— C’est votre théorie ? interrogea Harry.

— C’est soit un centaure, soit un humain usant de magie, trancha-t-elle.

— Pas de magie, assura Harry. Une arme, que seule une créature ayant des mains a pu utiliser, révéla-t-il.

Elle resta un instant songeuse, pesant l’information qu’il venait de lui donner.

— Si les centaures ne veulent plus de nous dans la forêt, nous n’avons plus d’endroit où aller, se dédouana-t-elle. Aucune de nous n’aurait l’idiotie de s’en prendre à l’un d’eux.

— Pour éliminer le témoin d’une faute, peut-être, proposa Harry.

— Quelle faute ? Nous n’avons d’autre obligation que de ne pas toucher aux créatures pensantes. S’est-on plaint dernièrement qu’un sorcier ou centaure ait été dévoré ?

— Les centaures sont-ils comestibles pour vous ? questionna Harry.

— Aucune de nous n’a eu l’occasion de le tester, rétorqua-t-elle sèchement. Mais oui, sans doute. Comme les humains, ajouta-t-elle avec défi.

— L’une de vous a peut-être voulu essayer, insista Harry. Elle en a eu la possibilité, et s’est laissée tenter.

— Salomé a-t-elle été mordue ? s’enquit la harpie. Lui manque-t-il un morceau de chair ?

Aucun des deux Aurors ne répondit, ce qui valait une dénégation.

— Nous nous contrôlons parfaitement ! affirma Celeno Andor avec force. Nous prenons toutes notre potion quotidiennement*. J’y veille personnellement. Si l’une de nous avait été saisie de la Grande Faim, elle n’aurait pas pu en cacher les symptômes, et nous nous en serions occupées.

— De quelle manière ? demanda machinalement Harry.

La harpie eut un large sourire qui dévoila une dentition démesurée.

— De la manière habituelle, répondit-elle, sibylline.

Harry décida qu’il préférait ne pas savoir et qu’il était temps de changer de sujet.

— Que vendez-vous aux sorciers ? interrogea-t-il.

— Comment ça ? demanda-t-elle le visage figé.

— Certaines d’entre vous ont été vues en train d’échanger de la marchandise contre de l’argent. Qu’est-ce que c’était ?

La harpie les regarda un moment durement, faisant disparaitre tout ce qui aurait pu être plaisant de son visage. Puis ses traits se détendirent sans effacer sa laideur, et un ricanement rauque fit presque sursauter les Aurors. Elle se laissa aller à son hilarité quelques secondes avant de lâcher :

— Vous n’êtes pas au courant ?

— Manifestement non, reconnut Harry.

— Certains d’entre vous paient des fortunes pour qu’on nettoie les buissons.

— Pardon ?

Harry savait que les harpies faisaient de basses-œuvres pour les sorciers, comme curer les étables, chercher du bois ou trier les ordures. Mais nettoyer les buissons lui paraissait une activité étrange.

— Il y a un monsieur qui veut du fil d’acromentule. Il n’est pas très regardant sur la qualité, alors on se contente de récupérer ce que ces bestioles laissent traîner derrière elle sur les branches des arbres. Même pas besoin d’approcher leur nid, tout bénef pour nous.

— Un monsieur ? répéta Harry, intrigué par le terme choisi.

— Oui, pas le genre à être à l’aise ici. Pire que vous. Il paraît qu’il est en recherche, c’est ce qu’il nous a dit. Comme il paie bien, j’ai mis deux filles sur le coup. Elles lui apportent ses bouts de fils, et il est content.

— Il fait de la recherche ? tenta de comprendre Owen.

Celeno Andor haussa les épaules. Visiblement, elle ne savait pas et ne trouvait pas le sujet intéressant.

— Et le sang de centaure, ça se négocie ? demanda Harry.

Elle lui lança un regard qui le mit sur la défensive et, quand elle se pencha pour combler l’espace que la table créait entre eux, il ne put s’empêcher de se plaquer au dossier de sa chaise :

— Personne ne touche au sang d’un animal pensant dans ma tribu, siffla-t-elle en détachant chaque mot. L’odeur du sang ne peut se dissimuler. Si l’une de nous le faisait, c’est son sang à elle dont nous nous abreuverions.

— Je vois, dit Harry d’une voix la plus neutre possible, alors que la sueur lui coulait dans le dos.

Il ne trouvait plus aucun charme à la créature et dut mobiliser tout son sang froid pour soutenir son regard. Il savait qu’il ne pouvait pas lui dissimuler l’odeur de sa peur, mais il n’avait pas l’intention de lui céder un pouce de terrain. Il devina plus qu’il ne vit le geste d’Owen vers sa baguette et il leva la main en sa direction pour prévenir toute action intempestive :

— Madame Andor, reprit-il d’une voix ferme, je veux simplement savoir ce qui est arrivé à Salomé.

Après avoir fait durer l’affrontement silencieux quelques secondes supplémentaires, la harpie se recula enfin sur sa chaise et répondit :

— Moi aussi.

ooOoo


Quand Harry et Owen sortirent du bar, ils marchèrent un moment dans la grand-rue d’un pas rapide, pour évacuer la tension.

— Charmante, ta nouvelle amie, finit par dire Owen. Je comprends que tu la rencontres dans un endroit discret. Ta femme risque de ne pas apprécier, si cela vient à sa connaissance.

— Par Merlin ! s’écria Harry. J’ai cru qu’elle allait me bouffer sur place.

— T’es pas le seul, il me semble avoir vu les autres clients commencer à parier, l’informa Owen. Mais si ça peut te consoler, tu n’as pas trop mal géré. J’ai rêvé ou, au moment où on est partis, elle t’a fait un clin d’œil ?

— T’as pas rêvé, fit sombrement Harry. Je ne veux pas savoir ce que cela signifie.

— Je pense que tu l’as favorablement impressionnée, proposa Owen.

— C’est bon, arrête avec ça ! s’agaça Harry.

— Je ne plaisante pas. Elle t’a testé, tu as passé l’épreuve avec succès, évalua son partenaire avec sérieux. Je pense qu’on a des chances qu’elle nous révèle ce qu’elle sait, si du moins elle sait quelque chose.

Owen laissa planer un silence avant de confesser :

— J’en suis le premier étonné, mais je la crois quand elle dit que ce n’est pas l’une d’entre elles.

— Tu lui fais confiance ? Plus qu’au vampire ?

— Oui. Ne me demande pas pourquoi.

— En fait, c’est toi qu’elle a séduit, ricana Harry.

ooOoo
End Notes:
L’idée de lier la clairière à l’épisode de la licorne est de judith1 qui m'a commentée ici.

Agent TILDEN : Policier magique
Regulus MOONSHINE : Sorcier qui inventa dans les années 90 une potion réduisant l'appétit pour la chair humaine chez les harpies (Gazette du Sorcier)
Sânge TIVORNYA : Chef de clan des vampires de la Forêt interdite
Celeno ANDOR : Chef des Harpies de la Forêt interdite

On se retrouve bientôt pour un chapitre dont le titre sera "La lettre de sang" (ça en jette, hein !).
XXVII : La lettre de sang by alixe
Author's Notes:
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
26 décembre 2003 : Mariage de Harry et Ginny
20 juin 2004 : Élection de Ron à la tête de la guilde de l'Artisanat magique
17 juillet 2005 : Naissance de James Sirius Potter 04 janvier 2006 : Naissance de Rose Weasley
26 juin 2006 : Naissance d'Albus Severus Potter
16 mai 2008 : Naissance de Lily Luna Potter
28 juin 2008 : Naissance de Hugo Weasley
Décembre 2009 : Harry devient commandant des Aurors
30 juin 2011 : Inauguration du musée de la Magie
22 mars 2014 : Élection d'Adrian Ackerley comme ministre de la Magie
Période couverte par le chapitre : 21 et 22 octobre 2015
De retour au Ministère, Harry et Owen repassèrent au QG des policiers.

— J'ai une piste pour ce qu'a vu votre gars, indiqua Harry à Watchover. Il parait que quelqu'un achète aux harpies du fil d'acromentule.

— Pour quoi faire ? s'étonna le commandant Watchover.

— Mon contact ne savait pas. Je pense que c'est pour faire des recherches. Il semble payer correctement.

— Un chercheur ? Guilde des artisans ?

— C'est la piste que je suivrais.

— Je vous la laisse ?

Harry hésita. Il lui suffisait d'appeler Ron par miroir pour que son ami se charge de poser des questions autour de lui. Mais il préféra décliner :

— Je ne pense pas que ce soit lié. Quelqu'un qui entre dans la forêt pour tuer un centaure n'a pas besoin d'aide pour récupérer des fils. A priori c'est davantage dans votre périmètre que dans le mien.

— Entendu, je reprends l'affaire. Concernant le coup de sabot, désolé, rien pour l'instant.

— Merci d'avoir cherché. Je vais voir si mon équipe a eu plus de chances avec les apothicaires.

— Je l'espère pour vous. Votre rendez-vous avec votre harpie s'est bien passé ?

Owen laissa échapper un petit rire :

— Ça m'étonnerait que vos gars n'en entendent pas parler à la Tête de sanglier aujourd'hui, commenta-t-il.

— Quelque chose que je devrais savoir ? interrogea Watchover.

— Rien de bien méchant, minimisa Harry en se demandant les proportions qu'allait prendre l'incident.

ooOoo

Au QG des Aurors, Harry fonça sur Demelza qui tenait une conversation par miroir. Quand elle le vit, elle interrompit son interlocuteur et secoua la tête en direction de son chef :

— Désolée, Harry, j'ai rien de neuf. Les enquêtes sur les apothicaires et les blessures causées par les chevaux suivent leur cours. Althea a encore fait chou blanc, illustra-t-elle en montrant son miroir.

— Bon, continuez, fit Harry en tentant de cacher sa déception.

Il se dirigea vers son bureau :

— Le Ministre te fait dire qu'il est disponible à n'importe quelle heure pour toi, lui annonça Pritchard sans prendre le temps de le saluer.

Harry soupira. Cela ressemblait bien à un ordre d'aller au rapport. Au moins, Kingsley comprenait que, quand on n'a rien trouvé, on avait autre chose à faire qu'à perdre son temps à le faire savoir à son supérieur.

— Eh bien, il ne va pas être déçu ! grogna-t-il en faisant demi-tour. Owen, je compte sur toi pour le rapport. Soit sobre, il va sans doute être lu par le Ministre.

— Oui, chef !

— Et mollo sur Celeno, hein ! Ne te laisse pas emporter par ta prose. Manquerait plus qu'on provoque un incident diplomatique pour un regard de travers.

— Quoi ? s'étrangla Stanislas.

Harry les abandonna et prit l'escalier pour monter à l'étage supérieur. Mandy Brockehurst-Belby, la secrétaire du Ministre, parut soulagée de le voir, et bondit de sa chaise pour aller frapper au bureau de son patron. Elle dit simplement « Harry Potter » et s'effaça pour le laisser passer avant de refermer la porte derrière lui.

— Cher Monsieur Potter, comment allez-vous ?

— Très bien, Monsieur le Ministre, merci.

— Alors, cette enquête, elle avance bien ?

Harry fit un rapide récit des entretiens qu'il avait eus depuis la veille, se bornant à en résumer le contenu, sans donner de détails. Ackerley l'écouta attentivement et lui demanda :

— Quelle est votre impression ?

— Que les créatures vivant dans la Forêt interdite n'ont pas intérêt à s'attaquer aux centaures et appréciaient particulièrement cette centauresse. Comme vous vous en doutez, il est hors de question d'interroger les membres des tribus, je ne peux donc me fier qu'à la parole de leurs chefs.

— De ce que vous m'avez dit, ils sont prêts à tout pour défendre leur clan, fit Adrian Ackerley d'une voix songeuse.

— Oui.

— Y compris mentir pour que les leurs n'aient pas à subir les conséquences d'un acte malheureux d'une brebis galeuse, continua le Ministre.

— Il n'est pas improbable que, dans ce cas, ils abattent la brebis et fassent leur possible pour que cela ne filtre pas, admit Harry.

Ackerley hocha la tête.

— Pensez-vous déboucher sur une conclusion dans cette enquête, alors que vous ne pouvez pas perquisitionner chez nos principaux suspects ?

— j'en ai d'autres, rappela Harry. Les investigations continuent du côté de Pré-au-Lard. Par ailleurs, les harpies et les vampires se savent soupçonnés et, s'ils ont des indices qui pointent chez leurs voisins, il y a de bonnes chances qu'ils les fassent connaitre pour prouver leur innocence.

— Espérons qu'ils ne créeront pas de fausses pistes contre les sorciers, s'inquiéta Adrian Ackerley.

— Nos progrès en détection et analyse de preuves sauront déjouer leurs ruses, assura Harry en espérant que ce soit vrai.

— J'aimerais que vous ne preniez pas de décision qui pourrait être mal comprise sans m'en parler avant, dit le Ministre d'une voix pressante. Nous pouvons réfléchir ensemble à la meilleure solution.

— À bientôt, Monsieur le Ministre, fit Harry en prenant congé.

Il sortit du bureau et fut accueilli dans l'antichambre par le sourire compatissant de Mandy. Il le lui rendit vaillamment et redescendit dans son département.

Owen était assis à sa table, les bras croisés, dictant son rapport à son stylo-plume qui s'activait sur son papier. Harry s'approcha et regarda par-dessus son épaule. Il fut satisfait de ce qu'il y lut et rejoignit Pritchard.

— Rien d'urgent à signer ? demanda-t-il.

— Une ou deux notes, mais ça peut attendre si tu es pressé.

— J'ai surtout besoin de m'asseoir et de réfléchir.

— Quel est le problème ?

— Oh, rien. Une scène de crime totalement piétinée. Des témoins potentiels que je ne peux pas interroger. Un Ministre qui ne tient pas vraiment à ce que je trouve le coupable et qui veut me dire comment m'y prendre. La possibilité de relancer une guerre raciale si je fais un faux pas.

— Faut-il absolument que tu résolves cette enquête ?

— Tu ne vas pas t'y mettre aussi ! Quand j'étais jeune, Firenze m'a sauvé la vie. Il s'est battu à la bataille de Poudlard de notre côté, et a été grièvement blessé. Je lui dois la vérité sur la mort de sa fille !

— Très bien. Alors, quelles sont tes pistes, quelles enquêtes mènes-tu ?

Harry raconta tout à Pritchard, avec le maximum de détails, cette fois-ci. Il savait que son adjoint avait lu les premiers rapports, qu'il devait suivre ce que faisait Demelza, et que le but du récit était de vérifier que rien n'avait été laissé de côté. Il était en train de terminer quand un employé de la volière du Ministère vint frapper à leur porte.

— Une lettre pour vous, Commandant Potter.

Harry tendit la main et récupéra une enveloppe grand format qui semblait contenir plusieurs feuillets. Il remercia le coursier et la décacheta. C'était le rapport de Williamson.

Cher Commandant Potter,

J'ai mené des interrogatoires sur tous les habitants de Poudlard, dans le but de déterminer :

a) si quelqu'un est entré dans la Forêt interdite dans les deux heures précédant le crime

b) si une personne est sortie de la Forêt interdite dans les deux heures suivant le crime

c) si tout humain ou créature demeurant à Poudlard et de plus de 16 ans avait un alibi durant la période nécessaire pour commettre le crime (absence d'une durée d'une heure, entre 15 h et 18 h 30 pour un crime estimé entre 16 h et 17 h 30).

d) si une personne étrangère à l'école avait été vue dans l'enceinte de Poudlard, la veille, le jour ou le lendemain du meurtre (avant votre arrivée).

Le c) a été le plus facile à déterminer. Tous les élèves, excepté trois, étaient en classe durant ce laps de temps, et pouvaient témoigner de la présence de leur professeur (dont moi-même). Les trois élèves absents étaient à l'infirmerie, sous la surveillance de Mme Pomfresh qui a discuté ou donné des médicaments à deux d'entre eux. Elle n'a pas dérangé le troisième qui dormait, mais ce dernier n'était pas en état de sortir de l'infirmerie, encore moins d'aller dans la Forêt.

Le professeur Lecreuset, qui enseigne les potions, n'avait pas cours et est passé aux cuisines chercher un citron dont il avait besoin pour une préparation qu'il destinait à l'infirmerie. Mme Chourave rangeait les serres après son dernier cours, ce qui est corroboré par le professeur Hagrid qui est venu lui demander un conseil pour son potager et ils ont discuté un moment.

Mme Darnapan et le professeur Brocklehurst ont travaillé ensemble dans le bureau du directeur jusqu'à 17 h puis Mme Darnapan est allée en inspection dans les dortoirs pour vérifier que le ménage avait été bien fait par les elfes pendant la journée. Plusieurs tableaux en témoignent. Le professeur Brocklehurst n'a pas quitté son bureau aux dires des gargouilles qui en gardent la porte.

Pour déterminer le d), j'ai personnellement interrogé tout humain, créature, fantôme, portrait, statue, armure pouvant parler. Aucun d'entre eux ne m'a signalé avoir vu une personne étrangère à Poudlard durant la période sur laquelle portait mon investigation. J'en conclus qu'il est fort improbable qu'une personne non résidente à Poudlard y ait mis les pieds ce jour-là.

Concernant le a) et b) : de nombreux témoins ont pu garantir que personne n'entrait ou ne sortait de la Forêt interdite sur des laps de temps assez courts : élèves près d'une fenêtre donnant de ce côté du parc, le professeur Chourave et ses élèves dans les serres, le professeur Hagrid dans le parc, des elfes vaquant à diverses occupations. Ils n'ont vu personne s'approcher de la Forêt.

En mettant bout à bout toutes ces périodes, je suis arrivé à la conclusion que les abords de la Forêt interdite ont été surveillés de 15 h à 16 h 15, de 16 h 50 à 17 h 20 et de 17 h 35 à 17 h 45, de 18 h 10 à 18 h 30. Cela laisse 1 h 35 sans surveillance.

Cependant, compte tenu des points c) et d), la probabilité que le meurtrier soit entré ou sorti de la Forêt par Poudlard est très faible.

Je suis désolé de ne pouvoir vous apporter davantage de certitude.

Votre dévoué,

Josef Williamson

Pièces jointes :

• liste des êtres vivants présents à Poudlard les 17 au 19 octobre

• liste des personnes interrogées

• liste des elfes interrogés

• liste des fantômes interrogés

• liste des objets magiques interrogés

• procès-verbaux d'interrogatoire

• plan des lieux avec indication de la localisation des témoins des points a) et b)


— Eh bien, conclut Harry en feuilletant les annexes, ça, c'est ce que j'appelle un rapport complet. J'ai bien envie de l'afficher au mur pour montrer à nos Aurors ce que j'attends d'eux.

— Je peux t'en trouver d'autres, fit remarquer Stanislas. Josef a toujours enquêté comme ça. Il n'aurait eu aucun mal avec ta réforme de la preuve, lui.

— Mais pourquoi diable l'avez-vous laissé partir ? s'étonna Harry. Il aurait pu rendre de grands services ici, même sans aller sur le terrain.

— C'était son choix, justifia Pritchard.

Alors qu'Harry allait répondre, son adjoint ajouta :

— Enfin, pas seulement. Il y avait le contexte, aussi. On sortait de la guerre, et savoir se battre était plus important que de remplir des papiers et enquêter. Ça n'a commencé à se calmer que l'année de ton arrivée, après qu'on eu coincé tous les Mangemorts en fuite. Ce n'était pas un temps où on pouvait garder un Auror à qui il manquait un bras, tout simplement.

— Quel dommage, jugea Harry.

— Oui, mais ce qui est fait est fait. Ça fait quinze ans qu'il enseigne, maintenant. Il fait un travail utile, là-bas.

— D'accord, mais pour mon affaire je ne suis pas plus avancé, sinon que le meurtrier est entré et sorti par Pré-au-Lard.

— Ou n'est ni entré ni sorti, le reprit Stanislas.

Pour toute réponse, Harry soupira. Que ce soit un habitant de la Forêt ou un sorcier, il ne voyait pas comment le coincer.

— Bon, je pense que je vais faire une pause cet après-midi. On a interrogé tous les témoins potentiels, récupéré tous les indices possibles, alerté tous ceux qui pourraient nous signaler des éléments intéressants, il faut attendre de voir si quelque chose en sort.

— Tout à fait, confirma Stanislas. Mets ton enquête en pause jusqu'à demain, le temps que tout cela se décante.

— J'aimerais bien, mais je te rappelle que j'ai un Ministre qui exige un compte-rendu deux fois par jour.

— Tu es capable de résister à cette pression. Tu es le commandant des Aurors, c'est toi qui mènes les enquêtes, pas lui.

Harry en convint et alla voir la petite équipe qui travaillait avec lui sur le meurtre de Salomé. Il dit à Owen, Demelza et Althea de terminer de mettre le do