Severus et le Revenant: by bellatrix92
Summary:

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Fin juin 1995, la mort dans l'âme et terrifié, Severus doit retourner auprès du Seigneur des Ténèbres.

 

Un moment qu'il a soigneusement préparé, mais qui ne le laissera probablement pas indemne.

 

 

 

L'image appartient à Warner Boss


Categories: Durant Poudlard, Epoque de Harry, Severus Rogue Characters: Albus Dumbledore, Jedusor/Voldemort, Professeurs de Poudlard, Severus Rogue
Genres: Guerre, Missing Moments, Polar/enquête
Langue: Français
Warnings: Scène(s) gore(s)
Challenges: Aucun
Series: Les Enfants perdus
Chapters: 3 Completed: Oui Word count: 10594 Read: 622 Published: 10/02/2021 Updated: 16/02/2021
Story Notes:

Une courte fic "Missing-moment" sur un des moments probablement les plus terrifiants de la vie de Severus Rogue. Deux à trois chapitres sont prévus.

Ce n'est pas la première fois que j'écris sur ce moment de la Saga qui m'a toujours beaucoup fascinée et que je trouve assez "pivot" dans les livres. Ce court passage m'avait frappée dès ma première lecture à 10 ans et c'est à mes yeux le moment où Severus Rogue est le plus attachant.

Cette fic est également l'occasion pour moi de travailler sur la posture du ministère durant la fin du 4 et le 5.

J'espère donc que cette histoire vous plaira.

Cette fic peut se relier à d'autres dans mon UA: la traitresse et la fille trop parfaite notamment, mais aussi Lucius Malefoy et la Chambre des secrets dont elle est la suite directe, du point de vue de Rogue, et Severus et la Rose blanche.

 

PS: Dans la catégorie "Titre à la con", on ne fait pas mieux. Bref, si vous avez mieux à proposer je suis preneuse.

1. altercation à l'infirmerie by bellatrix92

2. Dans le cimetière by bellatrix92

3. Retour by bellatrix92

altercation à l'infirmerie by bellatrix92
Author's Notes:

Note: dans ce chapitre, tous les dialogues appartiennent à JK Rowling de même qu'une partie du scénario: en effet il s'agit d'une réécriture d'un des chapitres de la saga.

 

Bonne lecture, j'espère que cela vous plaira!

 

Severus Rogue retournait auprès de Lord Voldemort la peur au ventre et persuadé d'être un homme mort. Mais il avait donné sa parole et rien n'aurait pu le détourner de sa mission à cet instant.

Ce n'était pas d'ailleurs une décision qu'il avait prise à la légère, en vérité cela faisait déjà des semaines qu'il préparait cet événement. Et il le faisait avec la même détermination farouche qu'un condamné préparant ses obsèques.

Pour dire vrai, il avait plus peur que jamais lorsque, après deux heures à sentir la brûlure intense sur son avant-bras, il toucha enfin sa marque pour transplanner depuis Pré-au-Lard.

 

Les souvenirs de la soirée qui venait de s'écouler le tourmentaient déjà littéralement. Il revoyait tous les événements de la première tâche, jusqu'au moment où il avait assisté impuissant au baiser du détraqueur administré à Barty Croupton par le propre garde du corps du Ministre.

Pas qu'il ait jamais apprécié l'ex-mangemort, il l'avait toujours considéré comme un fou-furieux en réalité et ne l'aimait pas du tout. Mais depuis le moment où il avait été liquidé, la conviction que Fudge effaçait délibérément des preuves ne l'avait plus quitté. Dans sa tête, le souvenir de ce qui avait suivi était encore parfaitement net :

 

- Attendez un peu qu'Albus Dumbledore apprenne tout cela ! Ne cessait de répéter Minerva tandis qu'ils descendaient le long des couloirs jusqu'à l'infirmerie, comme si elle avait été incapable de dire autre chose.

- C'est peut-être regrettable, mais c'est comme ça, Minerva, finit par répliquer Cornélius Fudge d'une voix forte.

- Vous n'auriez jamais dû l'amener dans l'enceinte du château ! s'écria le professeur de métamorphose totalement hors d'elle. Quand Dumbledore l'apprendra...

 

Cornelius Fudge balaya sa remarque d'un geste méprisant qui choqua Severus lui-même, ouvrit la porte de l'infirmerie et s'avança dans la salle à grandes enjambées, d'un pas qui se voulait sûrement magistral.

- Où est Dumbledore ? demanda-t-il d'un ton impérieux à Mrs Weasley qui le toisait avec réprobation, entre ses fils et Hermione Granger.

- Il n'est pas là, répondit-elle avec colère tandis que, derrière le rempart protecteur que formait la famille Weasley, Severus apercevait Harry Potter en train de se réveiller. C'est une infirmerie, ici, monsieur le ministre, et vous feriez bien de...

 

Mais la porte s'ouvrit à nouveau sur Albus Dumbledore qui entra à son tour d'un pas pressé.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-il sèchement en regardant alternativement Fudge et le professeur McGonagall, visiblement étonné et presque agacé. Pourquoi tout ce bruit ? Minerva, je suis surpris de vous voir ici, je vous avais demandé de surveiller Barty Croupton.

- Il ne sert plus à rien de le surveiller, Dumbledore ! répliqua-t-elle d'une voix perçante. Monsieur le ministre s'en est occupé lui-même !

 

Severus avait déjà assisté à quelques crises de colère de Minerva, mais jamais il ne l'avait vue perdre à ce point le contrôle de ses nerfs. La colère couvrait son visage de plaques rouges tandis qu'elle serrait les poings et tremblait de fureur. Il lui faudrait en long moment pour retrouver suffisamment de calme et expliquer la situation, Cornelius Fudge lui-même n'y semblant absolument pas décidé.

Aussi Severus se décida t-il à parler :

- Quand nous avons averti Mr Fudge que nous avions capturé le Mangemort responsable des événements de cette nuit, dit-il à voix basse et choisissant ses mots de manière à ce qu'Albus saisisse les sous-entendus qu'il essayait de lui faire passer. Il a semblé estimer que sa sécurité personnelle était menacée. Il a insisté pour être accompagné d'un Détraqueur et il l'a fait entrer dans le bureau où Barty Croupton...

- Je lui ai dit que vous ne seriez pas d'accord, Dumbledore ! Tonna le professeur McGonagall, si nerveuse qu'elle tirait sur son col pour se donner un peu d'air. Je lui ai dit que vous n'accepteriez jamais de voir un détraqueur pénétrer dans le château, mais...

 

A présent, le torchon brûlait définitivement entre Minerva et le Ministère de la Magie qu'elle avait pourtant toujours soutenu et Severus était bien placé pour savoir que cela pouvait durer très longtemps.

C'est qu'en cette terrible soirée d'été, sa collègue venait de tomber de très haut après ce que Fudge venait de laisser commettre et il commençait même à se demander si, au fond d'elle et même si pour l'heure sa déconvenue s'exprimait surtout au travers d'une terrible crise de colère, elle n'entretenait pas à l'égard du ministre les mêmes soupçons que lui.

 

Au fond, que Cornelius Fudge ne veuille rien entendre, cela n'était guère étonnant au vu de sa légendaire couardise. Mais à présent, Severus doutait au plus profond de lui-même des véritables allégeances du Ministre de la Magie. Et si sous cette couverture de lâche se cachait en réalité le visage d'un véritable partisan du Seigneur des Ténèbres ?

Après tout, aucun des actes qu'il avait commis cette nuit n'aurait pu aller contre cette hypothèse et, bien que Severus ne soit pas vraiment du genre à avoir des conclusions hâtives, un tel comportement ne pouvait que l'alerter.

 

Même le fait que lui-même ait montré sa marque ne l'avait pas fait varier d'un iota sur sa position et, lorsque Cornelius Fudge tourna finalement les talons, Severus acquit la quasi-certitude qu'il visait juste.

Le Seigneur des Ténèbres avait déjà commencé à agir, avant même de retrouver un corps. Et nombre de ses pions étaient déjà placés au sein du Ministère.

 

Parvenu devant la porte de l'infirmerie, Cornelius Fudge s'arrêta soudain, comme s'il se trouvait sur le point d'oublier quelque-chose. Il fit alors volte-face et revint vers le lit de Harry Potter que le fracas de la violente altercation avait réveillé malgré son épuisement.

- Ton prix, dit-il au garçon avec froideur.

 

Severus lui-même se sentit choqué et ce n'était rien en comparaison de tous les autres. Cornelius Fudge sortit de sa poche un sac d'or qu'il laissa tomber sur la table de chevet.

- Mille Gallions, ajouta t-il avec morgue. Normalement, il aurait dû y avoir une cérémonie, mais étant donné les circonstances...

 

Le ministre enfonça son chapeau melon sur sa tête et sortit de l'infirmerie en claquant brutalement la porte derrière lui, sous les regards médusés et atterrés de tous ceux qui avaient assisté à la scène.

Dès qu'il eut disparu, Dumbledore se tourna vers le groupe rassemblé autour du lit de Harry Potter.

- Il y a du travail, dit-il avec gravité et Severus faillit lui répliquer que c'était un euphémisme. Molly, j'espère ne pas me tromper en estimant que je peux compter sur vous et sur Arthur ?

- Bien sûr que vous le pouvez, répondit la mère Weasley avec détermination, malgré sa pâleur horrifiée. Arthur sait très bien à quoi s'en tenir avec Fudge. Il n'a jamais eu d'avancement au ministère à cause de son affection pour les Moldus. Fudge trouve qu'il n'a pas le véritable orgueil des sorciers.

 

Severus hocha imperceptiblement la tête. Si au départ il avait été tenté de mépriser Arthur Weasley, ce sentiment avait disparu au bout de quelques années lorsqu'il été devenu évident que le plus grand protecteur des moldus du Ministère de la magie anglais connaissait de la Magie noire bien plus qu'il ne le laissait paraître au premier abord. Tout le monde savait pertinemment qu'il n'avait pas son pareil pour détecter et neutraliser les objets ensorcelés à des fins de malveillance et, quelque-part, cela forçait le respect de Severus.

Ce n'était pas pour rien si son fils aîné était devenu briseur de sorts.

Si on ajoutait à cela le fait qu'il ait même réussi à mettre Lucius Malefoy en mauvaise position... Nul doute que Arthur Weasley aurait pu faire un brillant mangemorts si ses choix l'avaient orienté vers ce genre de milieu, un chasseur d'artefacts et un informateur hors-pair.

 

Oui, nul doute qu'à présent il formait un des meilleurs soutiens de Dumbledore au Ministère, à condition de ne surtout pas être évincé et Severus craignait fort que Fudge s'empresse de le faire à présent.

- Il faut que je lui envoie un message, disait déjà Dumbledore à Mrs Weasley. Tous ceux qui sont prêts à accepter la vérité doivent être immédiatement avertis et Arthur est bien placé pour contacter ceux qui travaillent au Ministère et qui ne sont pas aussi aveugles que Cornélius.

 

Mais s'agissait-il véritablement d'aveuglement ? Songea douloureusement Severus.

- Je vais aller voir papa, annonça cérémonieusement Bill Weasley. Je pars tout de suite.

- Parfait, approuva Dumbledore. Raconte-lui ce qui s'est passé. Dis-lui que je prendrai bientôt directement contact avec lui. Mais il devra se montrer discret. Si jamais Fudge pense que je mets mon nez dans les affaires du ministère...

- Comptez sur moi, dit Bill.

 

Il donna une tape sur l'épaule de Harry, embrassa sa mère, mit sa cape et sortit d'un pas vif. De tous les enfants Weasley, il était le seul à qui Severus n'avait jamais mis une seule mauvaise note ni ôté un point et il ne doutait pas qu'en ce moment-même, le jeune homme avait parfaitement cerné la situation.

- Minerva, dit Dumbledore en se tournant vers elle. Je veux voir Hagrid dans mon bureau le plus vite possible. Et également, si elle consent à venir, Madame Maxime.

 

Minerva acquiesça d'un signe de tête, à présent presque totalement calmée bien que le rouge s'attarde encore sur certaines parties de son visage, et elle sortit à son tour de la salle. Son visage éprouvé et son souffle encore court ne laissait cependant pas de place au doute : ce qui venait de se produire l'avait sérieusement ébranlée et elle mettrait du temps à s'en remettre.

- Pompom, dit alors Dumbledore à Madame Pomfresh. Voudriez-vous être assez aimable pour descendre dans le bureau de Maugrey ? Vous y trouverez une elfe de maison du nom de Winky qui doit être dans un grand état de détresse. Faites ce que vous pouvez pour elle et ramenez-la aux cuisines. Dobby s'occupera d'elle.

- Très bien, répondit Poppy un peu étonnée.

 

Elle aussi quitta la salle et Severus comprit que le directeur venait de congédier tous ceux qu'il souhaitait tenir à l'écart de certaines informations. Un nœud d'appréhension se forma dans son estomac.

Albus Dumbledore s'assura que la porte était bien fermée et que les pas de Poppy Pomfresh s'étaient éloignés avant de reprendre la parole. Quel secret s'apprêtait-il donc à révéler en cet instant précis ?

L'absence de Minerva semblait soudain pesante à Severus mais il se souvint qu'elle ne faisait pas partie de l'Ordre, aussi proche de Dumbledore soit-elle et même si sa réaction de ce soir semblait consommer avec le Ministère qu'elle avait servi si longtemps une rupture définitive.

 

- Et maintenant, dit Dumbledore qui semblait en être arrivé aux mêmes conclusions que lui. Il est temps pour deux d'entre nous de se reconnaître tels qu'ils sont. Sirius... Voudriez-vous reprendre votre forme habituelle ?

 

Severus frémit rien qu'en entendant ce prénom et le gros chien noir qui se tenait à côté de Harry Potter leva les yeux vers Dumbledore puis, en un instant, se métamorphosa en un homme qu'il connaissait bien... Et qu'il détestait.

Mrs Weasley poussa un hurlement et fit un bond en arrière.

- Sirius Black ! s'écria-t-elle, l'index pointé sur lui, soudain terrifiée.

- Arrête, maman ! s'exclama Ron Weasley, ce qui lui valut un regard interloqué de la part de sa mère. Il n'y a aucun danger !

 

Severus, lui, n'avait pas crié ni fait de bond en arrière, mais c'était uniquement parce que ce qu'il ressentait à cet instant allait bien au-delà d'une réaction visible. Il croisa le regard d'un de ses pires ennemis qui se tenait à présent face à lui, guère plus avenant, et contempla le visage de Sirius Black avec un mélange d'horreur et de colère.

- Lui ! gronda-t-il à l'adresse de Dumbledore. Qu'est-ce qu'il fait ici ?

- Il est ici parce que je l'ai invité, répondit fermement le directeur. Tout comme vous, Severus. Je sais que je peux compter sur vous deux. Le moment est venu d'oublier vos anciennes querelles et d'avoir confiance l'un dans l'autre.

 

Albus ne pouvait pas parler sérieusement, c'était impossible, songea Severus. Il n'avait pas le droit de lui imposer une telle chose. Aussi il resta parfaitement immobile, se contentant de toiser Black avec animosité.

- À court terme, reprit le directeur avec une certaine impatience dans la voix. Vous pourriez vous contenter de ne pas vous manifester d'hostilité ouverte. Vous allez commencer par vous serrer la main. Vous êtes du même côté, désormais. Nous n'avons pas beaucoup de temps et, si les rares personnes qui connaissent la vérité ne s'unissent pas dès maintenant, il n'y aura bientôt plus d'espoir pour aucun d'entre nous.

 

Severus songea avec amertume qu'il les prenait encore pour des adolescents, ou alors qu'il vieillissait et devenait totalement gâteux. Cependant, ni lui ni l'autre n'eurent le courage de refuser.

Très lentement mais en continuant de se lancer des regards assassins lui et Black s'avancèrent l'un vers l'autre et se serrèrent la main, pendant une fraction de seconde qui, Severus le savait, leur parut durer une éternité à tous les deux.

- Ça suffira pour l'instant, dit Dumbledore en se plaçant entre eux comme s'il craignait juste après cela un débordement de folie. À présent, j'ai du travail pour vous deux. L'attitude de Fudge, bien qu'elle ne soit pas surprenante, change tout. Sirius, il faut que vous partiez immédiatement prévenir Remus Lupin, Arabella Figg, Mondingus Fletcher, tous les anciens. Restez caché chez Lupin pour le moment, je vous contacterai là-bas.

- Mais..., bredouilla Harry Potter que ce départ semblait profondément chagriner.

- Tu me reverras très bientôt, Harry, assura Black et Severus détourna les yeux. Je te le promets. Mais je dois faire ce que je peux, tu comprends, non ?

- Oui, répondit Harry Potter d'une voix assez peu convaincue. Oui... Bien sûr.

 

Black lui saisit la main et la serra brièvement, puis il fît un signe de tête à Dumbledore, se transforma à nouveau en un gros chien et sortit de la salle en actionnant la poignée de la porte avec sa patte. Un instant plus tard, il avait disparu et c'était un véritable soulagement. Cependant, il fut de courte durée.

Le directeur de l'école se tourna alors vers lui et Severus serra les dents. Il avait déjà compris et aurait voulu que cette scène ait lieu sans témoin et il se sentait comme mis à nu.

 

- Severus, dit Albus Dumbledore d'une voix presque hésitante. Vous savez ce que je dois vous demander. Si vous y êtes prêt...

- J'y suis prêt, répondit Severus.

 

Le moment était donc venu et il aurait soudain souhaité que cela n'arrive jamais, mais il avait donné sa parole et il n'avait pas le choix. Il n'était pas un lâche et c'était une chose à laquelle il tenait.

Tandis qu'il sortait, silencieux comme une ombre, il sentit le regard plein d'appréhension que lui jetait Albus. Mais lui ne pouvait pas. Il n'avais pas le droit de se laisser aller à l'angoisse, il devait le faire, et pour cela apaiser son esprit.

 

Le trajet dans le château à présent silencieux lui parut durer une éternité, et en même temps filer en quelques secondes. C'était une étrange et inquiétante sensation à vrai dire et il huma plusieurs fois l'air du parc tandis qu'il se dirigeait d'un pas déterminé vers le Saule cogneur.

Même si rien n'aurait du l'empêcher d'emprunter le Grand portail devant lequel il voyait à présent Cornelius Fudge s'entretenir avec Filius Flitwick et Pomona Chourave, qu'il tentait visiblement d'attirer dans son camps, la chose le répugnait.

Et puis, la discrétion était sans doute ce qu'il pourrait y avoir de mieux dans son cas.

 

Il s'engagea dans le passage après avoir immobilisé les branches de l'arbre, la mort dans l'âme, et le remonta d'un pas qui lui sembla terriblement lent, craignant à tout instant que son courage ne flanche.

D'ailleurs il faillit s'arrêter dans la cabane hurlante et seuls les mauvais souvenirs qu'il en avait gardé le persuadèrent de continuer son chemin.

 

Enfin, il sortit dans l'air nocturne de Pré-au-Lard qu'il respira à pleins poumons, la poitrine soudain prise de tremblements. Il se sentait à cet instant plus vivant qu'il ne l'avait jamais été, signe que ce n'était peut-être plus pour longtemps.

Après avoir totalement et aussi soigneusement que possible vidé son esprit et poussé un ultime soupir d'appréhension, il toucha sa marque et transplanna, laissant l'horrible sensation d'étouffement l'envahir.

 

Dans le cimetière by bellatrix92
Author's Notes:

Disclaimer: encore une fois pour ce chapitre, les dialogues ne m'appartiennent pas (ceux dans les souvenirs de Severus du moins) car je réécris en partie un chapitre du Tome 4.

Heureusement, nous en avons fini avec cela!

 

Bonne lecture! J'espère que cela vous plaira.

Severus frémit imperceptiblement lorsqu’il atterrit dans le cimetière dont l’allure était plus que sinistre, même si de ce qu’il en voyait une véritable bataille semblait s’y être déroulée. La nuit était encore noire et il ressentit au plus profond de son être l’empreinte poisseuse laissée sur les lieux par la pratique de la Magie noire.
Oui, il s’était passé ici des choses terribles, il le ressentait jusque dans la moelle de ses os.

Lorsqu’un immense serpent rampa soudain entre ses pieds avec un sifflement modulé, il sursauta franchement et sentit un courant d’air glacé le traverser.
Non loin de lui, quelques mètres devant, Lucius Malefoy était tombé à terre, juste aux pieds du Seigneur des Ténèbres et il venait visiblement de recevoir une décharge du sortilège doloris. Cela se voyait à sa pâleur, à la terreur qui se trahissait encore dans ses prunelles grises et ne surprit guère Severus qui ne pouvait en ignorer la raison.

Clairement, Lucius n’aurait jamais du se mêler d’ouvrir cette foutue chambre, à présent il en payait pleinement le prix, Severus l’avait immédiatement compris. Une sueur froide coula le long de son dos et il réalisa à quel point ce retour le répugnait, en plus de le terroriser.
Mais pour l’heure, il devait garder son esprit totalement impénétrable, tout en laissant au Seigneur des Ténèbres l’impression qu’il pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert. Autrement dit la chose ne serait pas du tout aisée.

le Maître se retourna brusquement, probablement alerté par le bruit qu’il avait fait en transplanant à moins que le serpent ne l’ait prévenu.
- Severus, l’entendit-il souffler d’une voix surprise teintée d’une froideur de mauvais augure qui le glaça de la tête aux pieds.
- C’est bien moi, Maître, répondit-il cependant d’une voix calme en s’inclinant avec respect.

En même temps, malgré sa sérénité apparente, son cœur cognait rudement contre ses côtes et il en avait presque mal dans la cage thoracique. Il se sentait comme le jour où il s’était retrouvé pour la première fois face à Dumbledore mais chassa sans vergogne cette bribe de souvenir. Clairement pas le moment.

En face de lui, le mage noir ne semblait pas contrarié de devoir poursuivre sur un ton cordial, pour le moment du moins.
- Je t’attendais certes, mais pas si tard… Où étais-tu donc ? Et pourquoi avoir attendu pour me rejoindre ?

La voix du Seigneur des Ténèbres des Ténèbres aurait pu passer pour vaguement surprise et simplement curieuse si seulement la froideur qui s’en dégageait n’avait pas suffi à geler sur place n’importe qui.
A ses pieds, Lucius Malefoy se recroquevilla un peu plus et Severus lui-même sentit qu’il pâlissait.
- J’étais là où vous souhaitiez que je sois Maître, répondit-il d’une voix la plus neutre possible. À Poudlard.

Comme le Seigneur des Ténèbres restait silencieux, il ajouta d’une voix plus douce mais franche, exactement celle qu’il employait jadis pour convaincre le monstre en face de lui de se ranger à son avis, celle d’un serviteur dévoué à l’extrême mais sans complaisance :
- Je sais que mon retard a de bonnes raisons de vous déplaire mais ce n’est pas par légèreté ou manque de respect que je me suis permis de temporiser, c’est simplement pour être assuré de garder ma place et mon rôle d’informateur à votre service…
- Voyons cela, répondit froidement le Seigneur des Ténèbres.

Severus sut qu’il jouait maintenant la carte décisive, et il répondit après avoir mobilisé tout son courage :
- Albus Dumbledore lui-même, m’a envoyé auprès de vous, ce qui fait que par conséquent, il me pense encore à son service. D’où mon retard.
- Intelligent Severus, comme à ton habitude…

Le Seigneur de Ténèbres le dévisageait, avec à présent comme une pointe d’hésitation, un semblant de sourire qui aurait pu tromper quiconque de crédule, mais pas Severus.
Le mage noir était toujours aussi en colère contre lui, pas le moins du monde disposé à passer l’éponge sur ce qu’il considérait comme un écart. Il n’allait pas tarder à souffrir, et peut-être même mourir.

Soudain le Seigneur des Ténèbres se tourna vers Lucius Malefoy, toujours prostré à terre, en direction duquel il vrilla un regard assassin :
- Disparaît, lui ordonna t-il avec froideur.

Lucius ne se le fit pas dire deux fois, il se releva immédiatement bien que d’un pas vacillant et tourna sur lui-même après avoir jeté à Severus un ultime regard effrayé. Lui aussi avait compris.

Avant même qu’il n’ait disparu dans un crac sonore, le Seigneur des Ténèbres levait sa baguette en direction de Severus. Le plus difficile commençait et il serra imperceptiblement les dents.

Il avait beau avoir préparé cet instant depuis des mois, il se sentait terriblement vulnérable, comme si sa fin était proche. En même temps, c’était plutôt logique vu le guêpier dans lequel il s’était mis.

L’attaque de legilimencie du Seigneur des Ténèbres avait beau se baser sur un sortilège informulé, elle fut si violente et ravageuse qu’elle le jeta à terre et il s’écroula à son tour aux pieds du Mage Noir, tandis que celui-ci explorait chaque recoin de son esprit qui lui était accessible.
Le Seigneur des Ténèbres savait faire cela de manière très subtile, sans que quiconque s’en rende compte, mais il lui arrivait également de forcer le passage dans l’esprit de certaines personnes d’une manière aussi brutale, généralement dans le but de passer au dessus de leurs limites ou de les torturer.
C’était une véritable torture et Severus s’y était préparé, son esprit était déjà en position de défense avant même qu’il ne transplanne ici. Une coquille presque vide, garnie de souvenirs morts et inutiles qui pouvaient passer pour spontanés.
Lui même essayait en même temps de glaner quelques informations.

Qu’est-ce qui intéressait véritablement le Seigneur des Ténèbres après tout ? Quels renseignements recherchait-il précisément ? Sa vie privée à lui l’intéressait, certes… Il s’y était préparé d’ailleurs et il y avait de quoi après tout, après ce qu’il lui avait demandé des années plus tôt.
Mais il n’y avait pas que cela, le Seigneur des Ténèbres cherchait autre-chose, et il semblait bien décidé à le trouver tout en se passant de lui demander, tout simplement.

Deux incidents des années passées où Severus n’avait pas manqué de lui faire barrage dans la mesure du possible occupèrent soudain son esprit. Il se força à résister sans en avoir l’air, occulter comme à son habitude ce qui ne devait pas être vu, tout en conservant accessible bon nombre de leurres, comme sa conversation animée avec Lucius Malefoy lorsque celui-ci lui avait dévoilé l’ensemble de ses agissements et son plan en introduisant le journal dans l’école de Poudlard.
Cela ne sembla pas intéresser le Seigneur des Ténèbres cependant, ou peut-être l’avait-il déjà vu dans l’esprit de Lucius.

Pourtant, il se revit soudain dans les couloirs de l’école, tremblant dans l’attente de la résurrection du Seigneur des Ténèbres alors que Ginny Weasley venait de disparaître, relevant sa manche pour scruter l’endroit où se trouvait sa marque des Ténèbres.
Son visage était grave et pâle tandis qu’il constatait l’absence de la marque malgré la sourde brûlure qu’il ressentait depuis quelques instants.
- Me rejoindre à ce moment aurait été judicieux Severus, dit dans sa tête la voix du Seigneur des Ténèbres.

Severus hocha mécaniquement la tête, il s’efforçait de ne rien éprouver, ne rien ressentir face au Seigneur des Ténèbres. Il était à genoux, légèrement recroquevillé et attendait le verdict du mage noir avec angoisse.
C’était tout ce qu’il avait besoin d’être pour le moment.

Ses souvenirs compromettants n’étaient au fond guère nombreux, à bien y réfléchir. Et depuis longtemps il avait appris à les claquemurer au plus profond de son esprit. Pour le reste, le Seigneur des Ténèbres ne lui épargnerait rien et il le savait : les humiliations de jeunesse, les coups donnés par son père, les pleurs de sa mère, le souvenir de Lily également…
- Tu penses encore à cette Sang-de-Bourbe ? Lui dit son maître d’une voix aussi étonnée que méprisante, alors que le visage auréolé de cheveux auburns apparaissait dans son esprit.
- Elle n’est pas de ceux que l’on oublie facilement, répondit Severus épuisé. Je l’ai trop longtemps désirée pour cela de toute manière…
- Quel dommage que je n’ai pas eu le choix. Pour toi je l’aurais épargnée un peu plus longtemps. Oui Severus, je te l’aurais même offerte afin que tu puisses par toi-même te rendre compte à quel point elle était indigne de toi et de ton rang.

Il ajouta après quelques secondes, d’une voix encore plus coupante :
- Mais cette pauvre idiote a choisi de me résister.

Il y eut un éclair vert dans l’esprit de Severus, un cri de femme suivi du bruit de la chute d’un corps humain et il se recroquevilla un peu plus. Son esprit était plus mort que jamais à cet instant. Il savait parfaitement que le Seigneur des Ténèbres n’attendait qu’une faiblesse pour s’engouffrer dans une de ces failles qu’il craignait de deviner.

A lui de le détromper donc.
- Dommage, se força t-il donc à répondre d’une voix presque neutre où ne perçait qu’un léger regret mêlé de contrition.

Un goût de bile envahit sa bouche et c’est avec horreur qu’il sentit un autre souvenir se dégager de sa prison :

Il était de retour dans l’infirmerie qu’il avait quittée quelques dizaines de minutes plus tôt et apercevait à présent comme au fond d’un tube, juste au moment où la dispute entre Cornelius Fudge et Minerva McGonagall commençait à dégénérer :
- Chère madame, rugissait Fudge qui se mettait à présent sérieusement en colère face à l’irascibilité du professeur de Métamorphose. En tant que ministre de la Magie, je suis en droit de décider s’il convient d’assurer ma protection lorsque je dois interroger quelqu’un qui présente un danger potentiel…

Le son était de moins en moins déformé et, soudain, la voix de Minerva couvrit celle de Cornelius Fudge :
- Au moment même où ce… cette chose est entrée dans la pièce, hurla-t-elle en tremblant de la tête aux pieds, le doigt pointé sur le Ministre, elle s’est précipitée sur Croupton et… et…

Minerva essayait de trouver des mots pour raconter ce qui s’était produit et ce à quoi elle avait assisté en sa compagnie, impuissante. Mais elle se trouvait dans un tel état d’hystérie qu’elle fut momentanément incapable de parler. Son visage était marbré de fureur et son souffle saccadé faisait même craindre une crise cardiaque.
Severus sentit dans un coin de sa conscience que le Seigneur des Ténèbres tressaillait légèrement en apprenant ce qui était arrivé à son plus fidèle lieutenant.
- Et alors, ce n’est pas une grosse perte ! s’emporta Cornelius Fudge dans le souvenir, tandis que la scène horrible du baiser du détraqueur effleurait l’esprit de Severus. Apparemment, il a été responsable de plusieurs meurtres !
- Mais maintenant, il ne peut plus témoigner, Cornélius, dit alors Albus Dumbledore avec humeur.

Le directeur fixait Cornelius Fudge d’un regard dur où pointait la déception, comme si c’était la première fois qu’il le voyait tel qu’il était vraiment.
- Il ne pourra plus expliquer pourquoi il a tué tous ces gens, ajouta t-il gravement.
- Pourquoi il les a tués ? Il n’y a aucun mystère là-dedans ! s’exclama le Ministre. C’était un fou furieux ! D’après ce que Minerva et Severus m’ont dit, il semblait persuadé d’avoir agi sur les ordres de Vous-Savez-Qui !
- Lord Voldemort lui a bel et bien donné des ordres, Cornélius, répondit Albus Dumbledore. La mort de ces gens n’a été qu’un effet secondaire du plan qui visait à redonner à Voldemort toute sa force. Et ce plan a réussi. Voldemort a retrouvé son corps.

Cornelius Fudge donna l’impression d’avoir reçu un coup de poing en pleine figure et il vacilla imperceptiblement. Clignant des yeux d’un air stupéfait, il regarda Dumbledore comme s’il ne pouvait croire ce qu’il venait d’entendre.
- Vous-Savez-Qui… est revenu ? balbutia-t-il, les yeux écarquillés. Ridicule. Allons, Dumbledore, reprenez-vous…
- Ainsi que Minerva et Severus vous l’ont sans doute rapporté, répliqua le directeur. Nous avons entendu la confession de Barty Croupton. Sous l’effet du Veritaserum, il nous a révélé comment il avait réussi à s’échapper d’Azkaban et comment Voldemort apprenant par Bertha Jorkins qu’il était toujours en vie l’a libéré de son père et s’est servi de lui pour capturer Harry. Le plan a réussi, comme je vous l’ai dit. Croupton a aidé Voldemort à revenir.
- Voyons, Dumbledore, répliqua Fudge, un léger sourire apparaissant soudainement sur son visage, comme s’il était en train de réagir à une bonne blague. Vous… vous ne pouvez sérieusement croire cela. Vous-Savez-Qui ? De retour ? Allons, allons, Croupton a certainement cru lui-même qu’il agissait sur ordre de Vous-Savez-Qui mais comment pouvez-vous croire sur parole un personnage aussi fou, Dumbledore… ?
- Lorsque Harry a touché le trophée, ce soir, il a été immédiatement transporté auprès de Voldemort, dit Dumbledore d’une voix ferme. Il a assisté à la renaissance de Lord Voldemort. Je vous expliquerai tout en détail si vous voulez bien venir avec moi dans mon bureau.

Dumbledore lança un regard à Harry Potter et vit qu’il ne dormait pas, mais il hocha la tête et ajouta :
- Je ne peux malheureusement pas vous permettre d’interroger Harry ce soir.

L’affreux sourire incrédule de Fudge persistait, prenant même une touche de suspicion. Lui aussi jeta un coup d’œil à Harry Potter, puis il se tourna à nouveau vers Dumbledore.
- Vous êtes… heu… prêt à croire Harry sur parole, Dumbledore ?

Les deux hommes s’affrontèrent du regard un moment, dans le plus lourd silence qui fut cependant rompu par un grognement de Black sous sa forme de chien. Ses poils étaient hérissés et il montrait les dents à Fudge.
- En effet, je crois Harry, répondit Dumbledore dont le regard flamboyait à présent. J’ai entendu la confession de Croupton et j’ai entendu Harry raconter ce qui s’est passé à partir du moment où il a touché le trophée et les deux récits coïncident, ils expliquent tout ce qui s’est passé depuis que Bertha Jorkins a disparu, l’été dernier.

Mais Cornelius Fudge continuait de sourire, à présent avec mépris.
- Vous êtes prêt à croire que Vous-Savez-Qui est revenu simplement parce que vous l’avez entendu dire par un fou assassin et un garçon qui… Fudge lança un nouveau regard à Harry Potter qui se rembrunit.
- Vous avez lu l’article de Rita Skeeter, Mr Fudge, dit à voix basse le garçon.

Lui aussi semblait blessé, et surtout terriblement déçu, cela se sentait dans sa voix.
L’ensemble des Weasley présents et Hermione Granger sursautèrent d’un même mouvement. Aucun d’entre eux ne s’était visiblement rendu compte que Harry Potter était bel et bien réveillé. Fudge rougit légèrement, comme pris en faute, mais une expression de défi apparut sur son visage buté.
- Et en admettant que je l’aie lu ? Dit-il d’une voix froide et presque sarcastique, le regard tourné vers Dumbledore. Et si j’y avais découvert que vous avez gardé le secret sur certains faits concernant ce garçon ? Il parle le Fourchelang, n’est-ce pas ? Et il est pris d’étranges crises…
- J’imagine que vous faites allusion aux douleurs de sa cicatrice ? Répondit le directeur sur un ton glacial.
- Alors, vous reconnaissez que ces douleurs sont bien réelles ? S’empressa de répliquer Fudge sur un ton à présent clairement moqueur. Il a des maux de tête ? Des cauchemars ? Peut-être aussi… des hallucinations ?

Il semblait si déterminé à rejeter en bloc les affirmations d’Albus Dumbledore qu’il en devenait presque hystérique :
- Écoutez-moi, Cornélius, répondit le directeur en avançant d’un pas vers Cornelius Fudge, cette fois-ci limite menaçant et donnant inexplicablement l’impression d’être beaucoup plus puissant que son interlocuteur. Harry est aussi sain d’esprit que vous et moi. Cette cicatrice qu’il porte au front n’a en aucune manière affecté son cerveau. Je suis persuadé qu’elle lui fait mal lorsque Voldemort se trouve à proximité ou qu’il éprouve des sentiments particulièrement meurtriers.

Cornelius Fudge avait légèrement reculé en voyant Albus Dumbledore avancer vers lui, mais il paraissait toujours aussi buté et incrédule :
- Pardonnez-moi, Dumbledore, dit-il froidement. Je n’avais encore jamais entendu parler d’une cicatrice qui puisse jouer le rôle de signal d’alarme…
- Écoutez ! J’ai vu Voldemort revenir ! s’écria soudain Harry Potter avec désespoir.

Il essaya de sortir de son lit mais Mrs Weasley l’attrapa avant et le força à se rallonger.
- J’ai vu les Mangemorts ! Je peux même vous donner leurs noms ! Lucius Malefoy…

Severus sentit un cube tomber dans sa poitrine et se vit lui-même faire un brusque mouvement mais, lorsque Harry Potter le regarda, il tourna à nouveau les yeux vers le Ministre, gêné d’avoir été pris sur le fait.
- Malefoy a été innocenté ! Protesta Cornelius Fudge, visiblement offensé. C’est une très vieille famille… Ils ont fait de nombreux dons pour soutenir d’excellentes causes…

Severus vit Mrs Weasley rougir de colère, mais elle fit un effort pour se contenir.
- Macnair ! poursuivit Harry Potter.
- Lui aussi a été innocenté ! Il travaille pour le Ministère, maintenant !
- Avery, Nott, Crabbe, Goyle…
- Tu ne fais que répéter les noms de ceux qui ont été acquittés il y a treize ans ! S’exclama alors Cornelius Fudge avec colère, balayant ses protestations d’un revers de main. Tu aurais pu trouver ces noms-là dans d’anciens comptes rendus des procès ! Pour l’amour du ciel, Dumbledore, ce garçon a déjà raconté des tas d’histoires à dormir debout l’année dernière. Ses affabulations sont de plus en plus invraisemblables et vous persistez à les avaler. Allons, Dumbledore, comment pouvez-vous encore croire ce qu’il dit ?
- Espèce d’idiot ! S’écria alors Minerva au comble de la fureur. Cedric Diggory ! Mr Croupton ! Ces assassinats ne sont pas l’œuvre d’un simple fou qui frappe au hasard !
- Je n’en vois aucune preuve ! Lui répliqua froidement Cornelius Fudge, le visage violacé par la fureur d’avoir été insulté. J’ai l’impression que vous êtes tous décidés à provoquer un mouvement de panique qui va déstabiliser tout ce que nous avons construit au cours de ces treize dernières années !

Severus arrivait à peine à croire ce qu’il entendait tandis que, dans son esprit, le Seigneur des Ténèbres s’était mis à ricaner. L’affrontement entre le Ministre et Poudlard semblait le ravir.
Difficile de croire à présent que, comme une majorité de personnes dans le monde sorcier, il avait toujours considéré Fudge comme un parfait idiot, trop grandiloquent et incompétent, mais un type intègre pour l’essentiel qui n’était desservi que par son côté trop influençable.
À présent, ils n’avaient plus devant eux qu’un petit sorcier rouge de colère et profondément capricieux qui refusait par confort l’idée de voir son monde subir la moindre perturbation.
Minerva de son côté était si bouleversée de le voir refuser de croire au retour de Voldemort qu’elle avait porté la main à son cœur. La tristesse et le désespoir se lisaient clairement sur son visage.
- Alors, on se faisait des illusions ? Murmura froidement le Seigneur des Ténèbres à son adresse.

Mais déjà, le directeur tentait de contre-attaquer :
- Voldemort est revenu, répéta Albus Dumbledore dans l’esprit de Severus. Si vous acceptez ce fait tel qu’il est et si vous prenez les mesures nécessaires, nous avons encore une chance de sauver la situation. La première décision, la plus importante, devrait être de retirer aux Détraqueurs le contrôle de la prison d’Azkaban…
- Ridicule ! S’écria Cornelius Fudge. Enlever les Détraqueurs ! Je serais démis de mes fonctions si je faisais une telle proposition ! La plupart d’entre nous n’arrivons à bien dormir que parce que nous savons que les Détraqueurs montent la garde à Azkaban !
- Et nous, Cornélius, répliqua froidement Albus Dumbledore tandis que ses yeux lançaient des éclairs. Nous dormons beaucoup moins bien en sachant que vous avez confié la surveillance des plus dangereux partisans de Lord Voldemort à des créatures qui se rangeront à ses côtés dès qu’il le leur demandera ! Elles ne vous resteront pas fidèles, Fudge ! Voldemort peut leur offrir beaucoup plus de possibilités que vous d’exercer leurs pouvoirs et de satisfaire leurs désirs ! Lorsque les Détraqueurs et ses anciens partisans l’auront rejoint, vous aurez bien du mal à l’empêcher de retrouver la puissance qui était la sienne il y a treize ans !

Le visage de Cornelius Fudge se durcit encore, il ouvrait et fermait la bouche comme si aucune parole ne pouvait répondre à pareil outrage.
- La deuxième mesure que vous devriez prendre, et tout de suite, poursuivit Dumbledore sur un ton pressant quoique un peu radouci. Ce serait d’envoyer des émissaires aux géants.
- Des émissaires aux géants ? s’écria le ministre totalement ahuri, retrouvant par là-même l’usage de la parole. Qu’est-ce que c’est que cette folie ?
- Tendez-leur la main de l’amitié dès maintenant avant qu’il ne soit trop tard, ou alors ce sera Voldemort qui saura les convaincre, comme il l’a déjà fait auparavant, que lui seul est en mesure de leur rendre leurs droits et leur liberté !
- Vous… vous ne parlez pas sérieusement ! balbutia Cornelius Fudge en reculant encore d’un pas. Si la communauté des sorciers apprenait que j’ai approché les géants… Tout le monde les déteste, Dumbledore… Ce serait la fin de ma carrière…
- Vous êtes aveuglé par l’amour de votre fonction, Cornélius !

Le directeur le fixait d’un regard flamboyant et il avait haussé la voix. Ainsi l’aura de puissance qui émanait de lui devenait si intense qu’elle était presque palpable. Cornélius Fudge n’avait clairement aucune chance en cas d’affrontement. Albus poursuivit sur un ton quelque peu moralisateur :
- Vous accordez beaucoup trop d’importance, comme vous l’avez toujours fait, à la prétendue pureté du sang ! Vous refusez de reconnaître que ce qui compte, ce n’est pas la naissance, mais ce que l’on devient ! Votre Détraqueur a supprimé le dernier membre d’une des plus anciennes familles de sang pur et voyez ce que cet homme avait choisi de faire de sa vie ! Je vous le dis maintenant : prenez les mesures que je vous ai suggérées et vous laisserez le souvenir, dans votre administration et ailleurs, de l’un des plus courageux et des plus grands ministres de la Magie qu’on ait jamais connus. Renoncez à agir et l’histoire se souviendra de vous comme de l’homme dont la faiblesse aura donné à Lord Voldemort une deuxième chance de détruire le monde que nous avons essayé de reconstruire !

Mais le ministre secoua la tête avec mépris :
- Complètement fou, murmura t-il en reculant encore d’un pas. De la démence…

Il y eut alors un grand et horrible silence, rompu seulement pour Severus par le bruit des ricanements du Seigneur des Ténèbres qui assistait à la scène depuis son esprit.
Poppy Pomfresh était figée au pied du lit de Harry Potter, les mains sur la bouche tant elle était outrée par les propos de Cornélius Fudge. Mrs Weasley, toujours penchée sur Harry, le tenait par les épaules pour l’empêcher de se lever. Ses enfants et Hermione Granger regardaient fixement le ministre, totalement abasourdis.
Quant-à Minerva McGonagall, sous la rougeur de sa colère, un teint pâli par le désespoir et le chagrin se lisait clairement et elle tremblait comme si elle avait froid :
- Si votre obstination à fermer les yeux vous mène aussi loin, Cornélius, répondit Albus Dumbledore d’une voix plus douce mais triste. Nous avons atteint la croisée des chemins. Vous agirez comme vous le jugerez bon. Et moi aussi, j’agirai comme je le jugerai bon.

Le ton du directeur n’avait strictement rien de menaçant ou même de grinçant même s’il venait de lui annoncer ouvertement son intention de se passer de l’autorité du Ministère dès à présent. Il s’agissait d’une simple constatation, mais Fudge se raidit comme s’il l’avait menacé de sa baguette magique.
- Maintenant, écoutez-moi bien, Dumbledore, répliqua t-il en agitant un index accusateur devant le visage du directeur. Je vous ai laissé la bride sur le cou. Toujours. J’avais beaucoup de respect pour vous. Parfois, je n’étais pas d’accord avec certaines de vos décisions, mais je ne disais rien. Il n’y en a pas beaucoup qui vous auraient permis d’engager un loup-garou comme professeur ou de garder Hagrid, ou encore de fixer le programme scolaire sans en référer au Ministère. Mais si vous vous opposez à moi…
- Le seul auquel j’ai l’intention de m’opposer, l’interrompit Albus Dumbledore, c’est Lord Voldemort. Si vous êtes contre lui, Cornélius, nous resterons du même côté.

Cornelius Fudge ne savait pas quoi répondre, c’était plus qu’évident. Il oscilla d’avant en arrière sur ses pieds en faisant tourner nerveusement son chapeau melon entre ses mains.
- Il ne peut pas être de retour, Dumbledore, dit-il enfin sur un ton qui avait quelque chose de suppliant. C’est impossible…

Severus se souvint avec horreur de ce qui avait suivi, mais il était trop tard pour arrêter le Seigneur des Ténèbres et il dut fournir un effort considérable pour s’empêcher de paniquer et de saisir sa tête dans ses mains tandis que le reste de la scène se déroulait dans son esprit :

Il se vit lui-même s’avancer vers le Ministre en passant devant Albus Dumbledore, puis relever la manche de sa robe et mettre son bras sous le nez de Cornelius Fudge qui tressaillit.
- Voilà, lui dit-il d’un ton brusque. Vous voyez : la Marque des Ténèbres. Et encore, elle n’est pas aussi nette. Il y a une heure, elle était devenue noire. Mais vous pouvez quand même la voir. Lord Voldemort a gravé cette marque par le feu dans le bras de chaque Mangemort. C’était un signe de reconnaissance et un moyen de nous faire venir auprès de lui. Lorsqu’il touchait la Marque d’un Mangemort, nous transplanions immédiatement à ses côtés. Cette Marque que vous voyez là est devenue de plus en plus visible au cours de l’année. Celle de Karkaroff également. Pourquoi pensez-vous que Karkaroff a pris la fuite, cette nuit ? Tous les deux, nous avons senti la Marque nous brûler. Et tous les deux, nous savions qu’il était de retour. Karkaroff redoute la vengeance du Seigneur des Ténèbres. Il a trahi trop de ses camarades Mangemorts pour être bien accueilli s’il revenait au bercail.

Cornelius Fudge recula devant lui comme il avait reculé devant Dumbledore, tandis que dans son esprit il entendait le Seigneur des Ténèbres approuver. Hochant la tête, Cornelius Fudge ne semblait pas avoir assimilé le moindre mot de ce que le Maître des Potions venait de lui dire et de lui montrer. Il se contentait de regarder avec dégoût la Marque des Ténèbres qui s’étalait, rougeâtre et brûlante sur son bras.
Severus n’entendit soudain plus la voix du Seigneur des Ténèbres dans son esprit, ce qui était peut-être le pire. Le mage noir se contentait de prendre connaissance des informations pour le moment.

Enfin, Cornelius Fudge reprit ses esprits et se tourna à nouveau vers Albus Dumbledore à qui il murmura sur un ton, lui, clairement menaçant :
- Je ne sais pas à quoi vous jouez, vous et vos collègues, Dumbledore, mais j’en ai entendu assez. Je n’ai rien d’autre à ajouter. Je vous recontacterai demain pour parler un peu de la façon dont cette école doit être dirigée. Pour l’instant, je dois retourner au Ministère.

Une douleur effroyable s’empara soudain du corps de Severus et il se retrouva immédiatement précipité dans le cimetière, quittant brusquement ses propres souvenirs. Il se vit mourir.
Alors qu’il se tordait sur le sol, en proie au maléfice informulé que le Seigneur des Ténèbres venait de lui infliger, il le vit tourner lentement autour de lui, le visage froid et plein de colère :
- Tu as montré ta marque à plusieurs personnes Severus ? Ma marque ? Et tu en as expliqué le fonctionnement à tant de personnes réunies ? Ne sais-tu pas que c’est un signe secret Severus ?
- Je suis l’espion de Dumbledore, Maître, répondit le Maître des potions alors que le maléfice cessait d’agir. Et dans cette assemblée, je ne crois pas avoir appris grand-chose à qui que ce soit.
- Tu penses n’avoir rien dit Severus !? S’écria le Seigneur des Ténèbres en brandissant sa baguette. Crois-tu vraiment que les explications que tu as données seront sans conséquences ? N’as-tu pas pensé que si le Ministre lui-même la voyait, il serait susceptible de croire Albus Dumbledore ?
- Je n’avais pas le choix, répondit Severus d’une voix tremblante. Si je n’avais pas agi comme j’ai agi, Dumbledore ne m’aurait sans doute pas conservé sa confiance… Je devais assurer mes arrières avant de revenir… Et de toute façon, Corn...
- Endoloris ! S’écria avec fureur le Seigneur des Ténèbres.

Severus s’entendit lui-même hurler et se remit à se tordre de douleur par terre, la douleur était si violente qu’il se sentait perdre la raison. Peut-être était-ce cela que le Seigneur des Ténèbres voulait après tout, détruire son esprit et récolter dans ses morceaux des miettes d’informations.
Malgré la souffrance, il s’efforça de ne penser à rien, à tuer la moindre étincelle de son esprit afin de ne rien trahir de capital. Le Seigneur des Ténèbres pouvait tout aussi bien torturer une coquille vide.
C’est qu’il était entraîné et bien plus qu’il ne l’aurait avoué à personne, il avait déjà fait l’effort de vider son esprit alors qu’une potion de sa composition lui donnait l’impression de brûler ses entrailles, ou qu’un de ses membres se trouvait en contact avec du feu.
Il pouvait résister à la douleur sur ce plan-là, tout en espérant ne pas finir comme les Londubat.

La douleur dura longtemps, visiblement le Seigneur des Ténèbres évacuait sur lui une fureur sans bornes dont il n’était pas sûr d’être le seul responsable et, lorsqu’il leva enfin le maléfice, Severus était à peine conscient.
Il se sentait si faible qu’il resta étendu au sol un long moment, se contentant de reprendre son souffle, de respirer, l’esprit totalement vide et dans un tel état second qu’il ne réagit même pas lorsque le serpent passa au dessus de lui.
Le Seigneur des Ténèbres s’était remis à lui tourner autour cependant, et à la limite de son champs de vision. Severus l’entendit bientôt murmurer d’une voix mécontente :
- Dumbledore en sait beaucoup, bien plus que je ne le souhaitais, beaucoup trop. Cependant Severus, sa réaction est également très instructive… Tout comme celle du Ministère...

Seversu resta immobile, il ne pouvait pas bouger ou baisser sa garde. Il savait très bien que tout n’était pas encore terminé.
- Dis-moi en davantage, ordonna alors Lord Voldemort.
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Author's Notes:

et voici le dernier chapitre de cette fic, j'espère qu'elle vous aura plu. Bonne lecture!

Il avait survécu contre toute attente, à sa propre surprise d’ailleurs. Et il était même en mesure de rapporter à Dumbledore certaines choses utiles qu’il avait apprises ou qu’il supposait de par la réaction de Lord Voldemort.
Cependant, la souffrance qu’il éprouvait était terrible et il empruntait à présent le passage secret avec la même démarche que celle d’un homme presque ivre-mort, s’appuyant douloureusement contre les murs afin de rester debout.

A vrai dire il souhaitait juste mourir à cet instant et, soudainement pris d’une violente nausée, il se retrouva plié en deux par la douleur avant même d’être parvenu à sortir de la cabane hurlante.
C’est hâve et épuisé qu’il s’était déjà traîné jusqu’à l’habitation dans laquelle il avait, une seconde fois, bien failli perdre la vie l’année précédente. Et là, il tomba carrément à genoux sur le sol.
Dans la solitude de ces lieux fantômes où personne ne pouvait plus le voir, il s’effondra enfin, abandonnant sa pudeur et pleurant de tout son soûl.

Oui, il avait eu peur de mourir, terriblement même et il avait réellement pensé sa dernière heure venue. Il le ressentait encore dans tout son corps en plus du tiraillement caractéristique du maléfice doloris.

Mais au moins, il savait : le Seigneur des Ténèbres ne le pensait pas de l’autre côté, autrement il ne l’aurait jamais laissé repartir vivant. Simplement il avait été très déçu par son attitude, comme par celle de Lucius d’ailleurs, et Severus n’avait plus le droit à l’erreur à présent.

Il devait le dire à Dumbledore, que sa vie ne tenait plus qu’à un fil, qu’il fallait s’attendre à ce qu’il soit tué d’un moment à l’autre, et celui-ci devrait comprendre.
Oui, il comprendrait, du moins Severus l’espérait.

Aussi malgré la douleur, il fournit un effort surhumain afin de se relever, car il devait sortir d’ici à présent et faire son rapport. Le professeur Dumbledore l’attendait, peut-être inquiet du devenir de son espion mais probablement surtout de savoir ce que celui-ci pouvait lui apprendre sur le Seigneur des Ténèbres.
Pas que Severus puisse lui dire grand-chose de capital aujourd’hui, mais au moins serait-il en mesure de lui décrire l’état d’esprit dans lequel se trouvait le mage noir renaissant.

Mais si en fait, il avait du nouveau. Il y avait quelque-chose que le Seigneur des Ténèbres voulait connaître à tout prix : cette prophétie dont il n’avait entendu qu’une partie.
Le souvenir de sa plus grande erreur faillit jeter Severus à terre une nouvelle fois, alors que celui-ci n’avait fait que la moitié du chemin depuis la Cabane hurlante. C’était comme si un doigt géant s’était pointé au dessus de lui en hurlant « Tout est de ta faute, depuis le début! »

Peut-être bien après tout, et dans son cœur meurtri, c’était peut-être la pire des tortures.
Pour dire vrai, c’était depuis le moment où il avait entendu la nouvelle de la mort de Lily de la bouche d’Albus Dumbledore qu’il avait l’impression d’être condamné par la fortune, ainsi que complètement mort.
A l’intérieur de lui, on n’aurait rien pu trouver de vivant, c’est comme si son âme s’était éteinte avec la femme qu’il avait tant aimée.

Mais, pour autant, était-ce bien lui, ce cadavre qui se traînait à présent hors de portée des branches du Saule cogneur ? Et qui remontait l’allée d’un pas totalement vacillant ?
Oui, et il ne pouvait le nier.

Le trajet depuis le parc jusqu’au château lui parut interminable dans la lueur du soleil levant, et il crut qu’il ne parviendrait jamais en haut des escaliers qui devaient le mener à sa destination.

Enfin parvenu au bureau du Directeur, il s’effondra plus qu’il ne s’assit dans le fauteuil que celui-ci lui tendait. À présent la nausée le submergeait à nouveau et il sentait également que tout son corps tremblait.
Ses jambes ne l’avaient tenu debout que pour arriver jusqu’ici et, d’ailleurs, Albus lui-même s’inquiétait à présent de son état :
- Severus, demanda t-il avec sollicitude. Avez-vous besoin de soins ?

Il balaya la proposition d’un revers de main :
- Rien de grave, répondit-il presque sèchement. Seulement une énorme fatigue… La soirée n’a pas été des plus agréables...

Par Merlin, sa voix tremblait tellement qu’il arrivait à peine à articuler une phrase. Dumbledore se leva en fronçant les sourcils et s’avança vers la cheminée. Severus l’entendit appeler l’infirmière et, quelques instants plus tard, Mrs Pomfresh se tenait devant lui :
- Poppy, demanda Dumbledore. Nous avons besoin de votre aide. Pouvez-vous, je vous prie, venir examiner le professeur Rogue ?

Severus se trouvait si mal en point qu’il n’était même plus en état de résister et ne protesta pas. Quelques instants plus tard, Poppy Pomfresh pénétrait dans le bureau directorial et s’avançait vers lui en sortant sa baguette, l’air profondément inquiet.
Elle étouffa un cri lorsque, relevant sa manche pour prendre son pouls, elle aperçut la Marque des Ténèbres. Pourtant, elle l’avait déjà vu dans la soirée et cela ne pouvait pas la surprendre à ce point.
Severus ne put s’empêcher de regarder à son tour, curieux de comprendre ce qui pouvait mettre autant en émoi l’infirmière de Poudlard.

Le choc fut rude : sa marque était redevenue complètement noire, même si elle ne le brûlait pas à présent. C’était un signe bon pour l’alerter :
- Il est très en colère… Souffla t-il. Et il y a de quoi à vrai dire… Pour lui, son retour est un semi-échec.

Pomfresh dut prendre conscience qu’elle avait dérapé, car elle se reprit et murmura :
- Comment vous sentez-vous Severus ?
- Nauséeux, répondit-il. Cette nuit m’a totalement épuisé.

Bien sûr, il ne pouvait pas révéler devant l’infirmière qu’il avait rejoint le Seigneur des Ténèbres, même s’il n’aurait pas mis sa main au feu qu’elle n’en sache plus qu’elle ne voulait bien l’affirmer.
Après tout, Poppy Pomfreh était une proche d’Albus Dumbledore depuis tant d’années… Et elle avait soigné tant de gens que son poste était forcément stratégique. Il y avait donc fort à parier qu’elle était de la Résistance, un agent comme lui, peu lié aux autres plans mais soigneusement protégé car détenant un rôle-clé.

D’ailleurs, était-elle vraiment dupe à cet instant ? Severus ne pouvait le jurer car l’esprit de l’infirmière était soigneusement verrouillé tandis qu’elle l’examinait. C’était une excellente occulmens et Severus le savait depuis très longtemps.
- Vous avez besoin de repos Severus, marmonna Poppy Pomfresh sur un ton assez contrarié. Je ne peux malheureusement pas faire grand-chose d’autre pour vous…
- Je vous donnerai congé dès ce matin, approuva Dumbledore. Il faut que vous vous remettiez de tout cela.

Severus se fit violence pour ne pas exprimer sa contrariété. Poppy Pomfresh partie, il fit un effort pour fournir au directeur un récit des événements à peu près cohérent de tout ce qui s’était passé durant la nuit. C’est qu’il y avait bien davantage de choses à dire que ce qu’il aurait pensé tout d’abord.
Gêné, il passa cependant sous silence les sortilèges de doloris qu’il avait encaissés, même s’il fut rapidement convaincu qu’Albus Dumbledore n’était pas dupe et l’avait parfaitement deviné.
- Le Seigneur des Ténèbres connaît chacune de mes failles, dit-il gravement au directeur. Cette nuit mon esprit lui a résisté suffisamment pour que je revienne ici vivant. Mais sa confiance ne m’est certainement pas acquise et il attend de moi des preuves sérieuses de ma fidélité.
- Une situation donc très difficile pour vous Severus.
- Délicate, du moins. Il faut vous attendre à ce que je ne dure guère longtemps comme espion.

Il avait dit cela et sa voix tremblait de plus belle :
- Il est encore temps de vous retirer, répondit le directeur. Pour cela je me fie à votre jugement.
- Non, répondit le Maître des Potions. Je reste à ce poste. De toute manière je n’aurais guère d’utilité ailleurs.
- Vous êtes un excellent combattant Severus, le tempéra Albus Dumbledore. Mais je dois reconnaître que c’est surtout par votre capacité à recueillir des informations sur Lord Voldemort que vous êtes précieux à l’Ordre. Personne d’autre ne pourrait tenir ce rôle et nous informer comme vous le faîtes…
- Il y a cependant un élément que vous semblez éviter d’aborder Albus, fit remarquer Severus. La question de la relation que pourrait entretenir Lord Voldemort avec le Ministère doit être posée… Comme moi, vous avez constaté l’attitude de Fudge. À mes yeux, cela le rend plus que suspect.
- Fudge était terrifié par la Marque, fit alors remarquer Albus Dumbledore. Et Lord Voldemort, d’après ce que vous m’en avez raconté, était particulièrement furieux que vous la lui ayez montrée. Je ne vois guère de possibilité qu’ils aient été complices.
- Oui, c’est ça, il craignait que cela ne fasse réfléchir le Ministre… Mais je suis tout de même troublé.
- Pourquoi donc ? Lui demanda le directeur.
- Hier soir, pendant la dispute qui nous a opposés à Fudge, j’avais le sentiment qu’il se cachait délibérément les choses… Au point que nous pouvions questionner ses véritables allégeances.

Albus Dumbledore se leva brusquement et se mit à arpenter la pièce à grands pas :
- Cornelius n’est pas un partisan de Lord Voldemort Severus, répondit t-il sur un ton définitif. Cependant, dans son entourage proche, plusieurs personnes pourraient bien l’être et œuvrer activement à étendre leur influence. Je pense bien sûr à Ludovic Verpey qui n’a jamais cessé d’être suspect à mes yeux, quoique ses ennuis avec les gobelins le tiennent pour l’instant éloignés de tout… Et également à Dolores Ombrage dont les propos extrêmes sont bien cachés par son apparence pour le moins criarde.
- Sans compter Lucius Malefoy et bien d’autres, répondit sombrement Severus Rogue. Mais pensez-vous vraiment qu’il s’agit réellement d’aveuglement de la part de Fudge ?
- J’en ai peur, oui. Cornelius a pris goût au pouvoir durant les dernières années, tout en complexant de son indécision. Il y a fort à parier qu’il essaie de… Rectifier le tir disons.

Dumbledore arpentait toujours son bureau, pensif et étrangement las. Ils restèrent un instant silencieux, jusqu’à ce que le directeur ajoute :
- Il y a fort à parier que le Ministère va tenter de contrôler l’école dès la prochaine rentrée. Et quand je dis le Ministère…
- Vous pensez aux possibles partisans de Lord Voldemort, répondit Severus d’une voix blanche.
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