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128ème Nuit d'écriture


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Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
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De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Les ombres de l'escalier par Josy57

[13 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Je pense n'étonner personne en disant que j'adore la famille Black c’est donc logiquement que, lorsque Kathleen organise un concours à leur sujet, je réponds présente.
Voici donc un nouvel OS ( plutôt long celui-ci) au sujet de Bellatrix.

Bonne Lecture!
Note de chapitre:

Un grand merci à Ouistiti pour sa correction et également à tous ceux que j'ai harcelé à cause du titre !
Je l’observais depuis longtemps, depuis des années qu'il venait rendre visite à mon père. J’avais vu comme celui-ci se courbait devant lui, comme il prenait un ton servile. J’étais assise sur les marches de l'escalier de bois et j’écoutais leurs discussions qui s'élevaient du bureau. Je ne pouvais jamais les entendre distinctement mais j’imaginais à partir des bribes que je percevais. Dès que mon père faisait mine de sortir, je remontais rapidement jusqu'au palier, là où l'ombre me dissimulait à son regard. J’avais appris à poser mes pieds aux rares endroits où le bois ne grinçait pas, ainsi jamais je ne me fis prendre.

Cependant, au fil de ces nuits d'espionnage, j’acquis la certitude que lui avait connaissance de ma présence. Chaque soir, mon père sortait du bureau et escortait son visiteur jusqu'à la porte. Et à l'instant où celui-ci, d'une voix qui murmure, lui disait au revoir, je sentais son regard bruler sur ma peau. Il me semblait voir ses pupilles tournées droit vers moi, comme si c’était moi qu’il saluait. Mais j’attribuai longtemps cela à la pénombre et à mon imagination.

Je ne comprenais pas à l’époque quelle était cette étrange curiosité qui me forçait à rester là, frigorifiée dans ma chemise de nuit et morte de peur à l’idée d’être un jour prise. Peut-être était-ce le goût du danger, de l’interdit. Peut-être le plaisir de savoir que ces instants-là n’appartenaient qu’à moi, et qu’en se parant ainsi d’un voile de secret et de mystère, ils devenaient sacrés. J’aimais le temps que je passais au milieu de ces ombres mouvantes et silencieuses. J’aimais la façon dont elles glissaient autour de moi, m’enveloppant dans leurs froides volutes. Dans ces instants de nuit et de frisson, je me croyais reine du monde fantasmagorique qui naissait des ténèbres des marches de cet escalier. Mais au fond je crois bien que je savais qu’il y avait quelque chose de plus, quelque chose de différent, une petite flamme qui s’allumait en moi dans la noirceur de notre vieux manoir et qui attirait son regard sur moi.

Vint un jour, je suppose que je devais avoir treize ans, où ma mère entra dans sa chambre avec cette expression inquiète qu'elle prenait lorsqu'un événement imprévu venait bouleverser le cours de sa misérable vie. Elle se tenait ainsi, devant moi, immobile. Et c’est ainsi que je me souviens d’elle, tel un mannequin figé sur le plancher de bois, une femme qui avait fini par être aussi délavé que sa robe. Peut-être son âme aussi avait-elle été dévorée par les mites. Je n’avais pas encore daigné lever les yeux de l'ouvrage que je parcourais lorsqu'elle m'annonça qu'elle avait une chose importante à me dire. Je fermai donc mon livre et lui accordai mon attention.

- Oui, mère?

- Ton père m'envoie te prévenir qu'il t'attend dans son bureau en compagnie d'un invité qui souhaiterait te rencontrer.

Je fis alors la moue. Encore un de ses hommes qui allaient me scruter longuement afin de deviner si je pourrais faire une bonne épouse pour leur fils, avant de poser des questions à mon sujet à mon père comme si je n’étais pas présente.

- Relève tes cheveux Bellatrix, et mets une autre robe, ta tenue n'est pas convenable.

Je lançai alors un regard surpris à ma mère. Alors ça, c'était bien la première fois qu'on exigeait de moi une toilette particulière pour ce genre d'entretien. De plus ma robe était neuve et je n’en possédais que quelques-unes que l'on puisse qualifier de plus gracieuses.
Une fois apprêtée selon ce que je supposai être les souhaits de mon père, je sortis de ma chambre, descendis l'escalier à pas de loup et m’arrêtai quelques instants devant la porte.

- Il est inutile que tu fasses venir ses cadettes Cygnus, elles ne m'intéressent pas.

J'étouffai de justesse un hoquet de frayeur. Lui. C'était la voix du visiteur inconnu. Je suppose que j’aurai pu croire alors que lui aussi avait un fils auquel il cherchait une promise, néanmoins j’avais l’inexplicable certitude que ce n’était pas le cas. J’avais immédiatement compris qu’il était différent et sans avoir conscience, qu’il influerait sur mon destin.
Je pris quelques instants pour me ressaisir, puis je frappai à la porte. J’allais enfin savoir qui il était, j’allais enfin savoir pourquoi en sa présence mon cœur pulsait d’un trop plein d’appréhension mêlé d’une sorte d’espoir étrange. Ce fut mon père qui ouvrit avec un sourire forcé qui tentait de feindre l'aisance alors qu’il transpirait l'angoisse.

- Ah Bellatrix, te voilà ! Entre, nous t'attendions.

Le bureau de mon père était plongé dans une pénombre tiède que seule la lueur orangée des lampes venait percer. Dans ce décor en clair-obscur, entre les tapisseries et les tableaux, il se tenait comme un prince. Je fis quelques pas et me retrouvai face à lui.
Il dardait sur mon son regard sombre dans lequel je ne voyais aucune surprise. A croire qu’il me connaissait depuis longtemps. Il était grand, plus que je ne l'avais imaginé. Ses yeux fixaient les miens comme s'il avait pu voir à travers, jusque aux tréfonds de mon âme. Et sur ses lèvres se dessinait un demi-sourire, à la fois fier et provocant.

- Bonjour, Bellatrix

J'avais de nombreuses fois entendu mon père nommer cet homme "Maître", cependant, il me fallait feindre une ignorance totale à son sujet. Je souris donc poliment et répondis :

- Bonjour, monsieur, je suis ravie de vous rencontrer.
A mon pantomime de jeune fille modèle, il ne manquait que la courbette.

- Tout comme moi, je suis... charmé.

Mon père nous observait sans comprendre cette étrange intensité qui alourdissait l'air entre moi et cet inconnu. Il toussota comme pour s'éclaircir la gorge puis déclara:

- Bellatrix, je te présente le Seigneur des Ténèbres. Maître, je vous présente Bellatrix, ma fille aînée.

J'avais perçu dans sa voix la gêne qu'il avait eu à appeler ainsi l'homme devant moi. Peut-être supposait-il que cela briserait une part de l'immense respect que j'avais pour mon géniteur. Bien sûr, il se trompait, je savais depuis longtemps qu'aucune personne dans cette demeure ne méritait le titre qu’il se donnait. S’ils n’avaient pas souillé leur sang, c’était notre famille qu’ils avaient trahie. « Toujours Purs » ainsi nous devions être, et ainsi nous devions rester. Mais lorsque je regardais ma mère chétive et apeurée, aussi docile qu’un elfe de maison, je ne pouvais que m’interroger. Était-ce cela à leurs yeux la pureté ? Et mon père que je voyais jour après jour s’enfermer dans son bureau pour fumer et boire jusqu’à vaciller en espérant que cela lui permettrait d’oublier comme sa vie était médiocre. Se pensait-il pur ?

- C'est un très ancien ami de la famille, ainsi je lui ai de nombreuses fois parlé de toi, et il souhaitait te rencontrer.

Le Seigneur des Ténèbres me regarda encore un instant, un éclat acéré et étrange au fond des yeux, puis il me dit :

- Je tenais également à te féliciter pour ton brillant début de scolarité qui laisse présager un grand avenir pour toi.

Ce furent ses dernières paroles ce jour-là, ensuite il nous salua et partit. Je m’apprêtai à regagner ma chambre quand mon père me retint en saisissant mon bras. Il m’attira à lui et me dit, d’une voix rauque :

- Bellatrix, écoute moi, écoute moi bien. Tu dois te tenir éloigné de cet homme, s’il te parle, tu réponds poliment, s’il te demande une chose, tu essaies de refuser sans le mettre en colère.

Je le fixais sans comprendre, ses mains tremblaient et sa respiration était haletante. Sa gorge semblait nouée d’une angoisse qui l’étouffait. Jamais mon père n’avait été de nature à faire des confidences ou à donner des conseils. Il était froid et s’inquiétait davantage de l’image que nous donnions de notre famille plutôt que ne nous.

- Père, qui a-t-il ? Que se passe-t-il ?

Celui qui depuis mon enfance m’était toujours apparu comme un colosse s’écroula à genou, se rattrapant sur mes épaules. Ses doigts s’accrochant à mes cheveux, à mes vêtements et il haletait. Son visage était presque collé au mien lorsque, dans un dernier filet de voix sifflante il me dit :

- Ne le laisse pas te prendre Bellatrix, ne le laisse pas…

Soudain, son visage s’était crispé, avait perdu toute trace de couleur et ses yeux avaient semblé sortir de ses orbites. Dans un terrible gémissement de douleur, son corps était retombé sur le tapis à mes pieds.

Bien sûr, il ne mourut pas, il n’était pas si faible, mais il ne fut plus jamais le même homme. Ses cheveux avaient subitement viré au blanc et il ne sortait même plus de son bureau pour manger. Les rares fois où il me croisait, il détournait les yeux pour ne pas croiser mon regard et disparaissait aussi vite qu’il le pouvait. A mes yeux, Cygnus Black était mort ce jour-là et pendant les quinze années qui suivirent, un fantôme prit sa place.

Il ne put donc jamais m’apprendre ce qui lui avait fait une peur telle qu’elle avait failli le mener au tombeau. Mais ce fut à partir de ce moment que mes cauchemars commencèrent. J’y voyais mon père assis à son bureau dans la nuit. Il était immobile, pensif. Ses yeux étaient fixés sur la flamme de l’unique bougie de la pièce. Elle illuminait ses prunelles d’une lueur vacillante et soucieuse. Puis un homme entrait sans même frapper. Il portait un masque de métal derrière lequel on ne pouvait discernait que l’éclat de deux iris rouges. Il s’approchait de mon père et le saluait. Soudain, il retirait son masque pour dévoiler qu’il n’avait pas de visage et s’avançait ensuite vers mon père pour le saisir à la gorge.

- Il est temps à présent mon vieil ami.

Mon père se mettait alors à le supplier :

- Par pitié, je vous donnerais ce que vous voudrez, je vous en prie !

Alors, l’homme retirait sa main et d’une voix aussi douce que du velours, demandait :

- Ce que je désire, quoi que cela soit Cygnus, tu en es bien sûr ?

- Oui, Maître.

Alors l’homme remettait son masque et repartait sans rien ajouter. Ces rêves me terrifiaient non pas par ce que j’y voyais mais plutôt par la lourde impression de menace qu’ils laissaient peser sur mon cœur des journées entières.

J’ai si longtemps cherché ce que mon père avait pu percevoir dans le fond de la voix du mage noir ou derrière ses mots, ce qu’il avait pu voir creux de mes pupilles. J’avais le sentiment que lui qui avait passé tant d’heures avec le mage noir, savait des choses à son sujet. Des choses que j’ignorais et dont il avait tenté de m’avertir. Dans un demi-sommeil j’entendais le Seigneur des Ténèbres m’appeler, susurrant mon prénom. Et dans son intonation, vibrait le danger et l’envie, dans une si sombre brume que je ne pouvais que craindre ce que je n’y pouvais discerner. Cette peur que je ressentais alors était en quelque sorte semblable à celle des bambins lorsqu’ils écoutent leurs histoires de petites filles séduites par des loups au fond des bois et de croquemitaine qui emportent les enfants.

J’ai plus tard revu le Seigneur des Ténèbres plusieurs fois où je restais seule avec lui. Je suppose qu’il perçu ma soudaine méfiance à son égard car je voyais bien qu’il en jouait. Lorsque j’eus quinze ans, il vint me voir travailler mes buses. Son regard sur moi me rendait mal à l’aise et me donnait pourtant l’étrange désir de l’impressionner. Et alors que j’exécutai un mouvement de baguette, il se glissa subrepticement dans mon dos et susurra à mon oreille, tout contre ma nuque :

- Ton poignet n’est pas suffisamment souple, détends-toi.

Mon corps fut parcouru d’un long frisson glacial lorsqu’il posa ses mains sur mes hanches pour faire pivoter mon bassin. Puis, d’une voix qui jubile, il conclut :

- Voilà qui est parfait.

Puis il retourna s’asseoir dans ce qui avait été autrefois le fauteuil de mon père et continua à me scruter d’un regard dont je ne préférais pas connaître les motivations et les désirs.

Bien que je sente grandir en moi un trouble fiévreux en sa présence, je respectai longtemps le conseil de mon père : me tenir le plus éloignée possible de cet homme. Pourtant ce ne fut pas aisé, il se montrait souvent tellement plus digne de mon estime que tout autre. Je me souviens encore du jour où il me demanda de lui montrer la tapisserie qui représente notre arbre généalogique. Une fois qu’il fut devant, il murmura doucement :

- La noble et très ancienne maison des Black

Puis il laissa courir ses doigts sur notre devise et lu, en murmurant :

- Toujours Purs

Puis il caressa distraitement les brulures noires qui cachaient le visage de ceux qui avaient apporté la honte sur notre famille. Et d’une voix dans laquelle sourdait l’ironie il répéta :

- Toujours Purs

Moi j’attendais derrière lui, à quelques pas de la porte, j’observais chacun de ses gestes qui semblaient être nés pour m’ensorceler, je cherchais le piège dans chaque inflexion de sa voix.

- Ils pensent que la pureté réside dans l’image de respect des traditions qu’ils donnent, mais la réelle pureté et tout autre. C’est un alignement exact des astres qui ainsi forme une constellation. Lorsque la volonté est si forte qu’elle conditionne à la fois l’âme et l’essence d’une personne pour que celle-ci se réduise à n’être que la représentation de la poursuite d’une seul e idée, d’un unique idéal, alors cette personne est pure. Car il n’est rien qu’elle ne sacrifierait pas au nom de ce à quoi elle aspire. La pureté est comme le bonheur, absolue. Elle ne supporte aucun compromis.

A la suite de cette déclaration, un profond silence s’installa. Moi, j’étais émerveillée de découvrir une personne capable de formuler cette vérité absolue qui gisait dans mon cœur depuis des années. Lentement, il s’approcha de moi, et doucement il dit :

- Toi seule ici es encore pure Bellatrix.

Il saisit mes mains dans les sienne et les porta à ses lèvres avant de quitter la pièce et le manoir, me laissant comme pétrifiée de stupeur. Lorsqu’il parlait, ses paroles se changeaient pour moi en musique et en lumière, sa voix faisait vibrer en mon cœur une corde au son grave et étouffé. Il avait raison. Tout au long de nos vies, nous poursuivons un rêve, un objectif que nous ne pouvons jamais atteindre, mais cela nous rend plus fort d’y croire. En ce nous sommes pareils aux tournesols. Mais si la fleur pouvait s’approcher du feu, elle brûlerait.


Quelques mois après la fin de ma septième année à Poudlard, j’eus la surprise d’être reçue par mon père dans son bureau. Son teint était grisâtre et son visage émacié, jamais de ma vie je ne l’avais autant vu ressembler à un vieillard grabataire. Et dire que c’était lui qui, lorsque nous étions enfants nous terrifiait, mes sœurs et moi. Je ne pouvais à présent m’empêcher de le fixer et d’imaginer ce à quoi son cadavre ressemblerait. Maintenant c’était lui qui me craignait, je le voyais dans ses yeux, dans le léger tremblement de ses mains en ma présence, à sa manière d’éviter de croiser mon regard. Je ne l’avais plus vu depuis longtemps et je devinais que pour que cet entretien ait lieu, il fallait une raison de haute importance.

Je remarquai immédiatement la présence du Seigneur des Ténèbres debout derrière mon père, il m’adressa un vague hochement de tête et un sourire courtois, mais je devinais à la manière qu’il avait de poser son regard sur moi que l’heure était grave. L’air état lourd de tension et d’ombres. Un orage était sur le point d’éclater.
Soudain, deux personnes entrèrent. L’un était un homme grand mais déjà courbé par l’âge, l’autre un jeune homme qui semblait plus âgé que moi de quelques années. Ce dernier était massif, avec une forte mâchoire et des traits qui laissaient présager une mentalité dénuée de raffinement et d’élégance. Je voyais le regard que, de sous ses boucles brunes, il dardait sur moi. Il me jaugeait comme un vulgaire animal de ferme, s’attardant sur ma poitrine sans aucune gêne que je l’aperçoive. Je le détestai à la seconde même où je le vis.

- Bellatrix, je te présente Mr Lestrange et son fils, Rodolphus, ton futur époux.

Je me retournais vers mon père, incrédule. Mon futur époux ? Mes yeux s’écarquillèrent. C’était impossible, pas maintenant, pas comme ça ! Sans me consulter, sans même me faire avertir, il m’avait vendue à un homme dont je ne connaissais rien. La haine dans mon regard fut suffisante pour qu’il baisse le sien. Puis, d’une voix amère je me forçais à déclarer :

- Bonjour messieurs

Le père me sera la main en souriant et dit :

- Je suis certain que vous serez une merveilleuse épouse pour mon fils.

J’aurais voulu arracher les yeux de cet homme qui me toisait de toute sa condescendance. J’aurais aimé hurler que moi, on ne m’achetait pas. Mais mes lèvres étaient scellées, cousues d’amertume.

- Le mariage aura lieu quelques mois après vos dix-huit ans.

Alors ainsi, il me restait à peine cinq mois pour faire le deuil de mes espoirs et de ma volonté. Il me restait cinq mois pour vivre assez furieusement pour tenir tout le reste de mon existence. Il me restait cinq mois avant de trahir mes rêves de petite fille et devenir aussi fade et médiocre que ma mère. Ainsi, ma vie ne m’avait jamais appartenu, je n’avais jamais eu ne serait-ce que l’espoir d’échapper à cela.

Je me tenais au milieu de cette pièce qui semblait danser un ballet infernal autour de moi. Ils étaient tous là, à me regarder, pendant que dans mon crâne, un sifflement d’horreur s’amplifiait de seconde en seconde. J’aurais voulu vomir. J’aurais donné tout ce que j’avais pour qu’il y ait un moyen de pouvoir fuir, ne serait-ce qu’un dernier espoir.

J’étais perdue dans un torrent de dégoût et d’effroi lorsque je le vis partir sans un mot vers la porte et quitter la pièce. Sa silhouette sombre se détachant avec une netteté étrange du voile qui couvrait mon regard. Je ne sais encore ce qui me pris mais mon cœur se mit à battre plus fort que jamais. Non, lui il ne partirait pas, il ne s’enfuirait pas pour ne pas me voir mourir. Alors je me mis à courir, à courir hors de cette pièce et dans les couloirs, à courir derrière lui. Lorsque j’arrivai en haut de l’escalier, je l’aperçus en bas, sur le point d’ouvrir la porte et de disparaître. Je dévalai les marches et me jetai devant lui pour lui barrer le passage.

Son regard surpris se posa sur moi, mais il ne tenta pas de m’écarter, il savait que j’allais parler, il voyait les mots et la colère qui brulaient dans mes yeux. Alors il m’écouta.

- Alors, vous allez partir et les laissez faire ? Vous allez disparaître et les laisser faire de moi une chose insignifiante. Pour vous ce n’étiez que des mots, parce que vous ne ferez rien pour me garder pure, vous êtes lâche et vous fuyez !

Sa main jaillit et me saisit à la gorge, me plaquant contre le mur. Mais en lieu de resserrer l’étreinte de ses doigts, il caressa doucement mon cou, se délectant de la peur mêlée de défi dans mon regard. Je ne baissai pas les yeux, je voulais voir la fureur que j’avais fait naître en lui, je voulais qu’il soit en colère, au moins autant que moi.

- Je ne peux rien faire pour empêcher qu’on te marie Bellatrix, tu m’entends ?

Il avait dit cela d’un un murmure de violence étouffée. Il laissa un instant le silence brûlant flotter autour de nous. Puis il se pencha encore un peu et susurra :

- Mais je peux encore te sauver de ce dont tu as peur. Je peux les empêcher de te détruire.

Je voyais le sourire sur ses lèvres, et je songeais à ce que mon père m’avait dit, il y avait des années de cela. « Ne le laisse pas te prendre ». Je me souvenais la terreur dans ses yeux et le bruit sourd de son corps sur le sol. Mais quelle valeur avaient les paroles de celui que venait de me trahir ?

Je relevai les yeux vers l’homme qui me scrutait.

- A quelle condition ?

Son regard vrilla le mien et il susurra :

- Toi et moi le savons, Bellatrix

A cette seconde je compris ce que mon père avait aperçu dans mes yeux, le soir où il s’était écroulé, il avait vu que je ne pourrais pas échapper à cet homme, qu’il était déjà trop tard, et ceux depuis l’instant même où je l’avais vu pour la première fois. Parce que lui saurait me parler et me comprendre, il saurait m’ensorceler, jusqu’à obtenir de moi ce qu’il voulait, quoi que cela soit.

Je souris amèrement, et demandai simplement :

- Quand ?

Sa main laissa ma gorge, pour saisir mon menton et relever mon visage plus près encore du sien :

- Tu es bien impatiente. Nous devrons attendre quelques temps après ton mariage, pour qu’aux yeux de tous, ce soit Rodolphus qui t’ait amenée à rejoindre mes rangs.

J’écartai mon visage et détournai le regard. Je suppose qu’il percevait chacun de mes doutes, parce qu’il ajouta :

- Je ne peux rien t’offrir de plus, mais avec moi, tu combattras et ta vie t’appartiendra, à toi.

- A vous aussi…

Avec la douceur de la pitié et la cruauté du juge qui annonce la sentence, il conclut :

- A toi de choisir Bellatrix, c’est moi, ou eux.

Puis, il ouvrit la porte et partit. Laissant entrer un courant d’air glacial qui glissa sur ma peau. J’étais seule, debout au beau milieu du grand hall sombre du manoir. Et pour la première fois depuis que j’y vivais, ce que j’avais longtemps considéré comme mon royaume m’apparut pour ce qu’il était : une prison de lambris et de soie. Je regardai autour de moi, les tapis et les chandeliers, les tableaux et les dorures. Puis je me détournai vers l’escalier plongé dans l’ombre, là où tout avait commencé. Je gravis chaque marche avec lenteur, prenant conscience à chaque pas de ce qu’en un instant j’avais perdu d’illusion. Je caressai la rampe dorée du bout des doigts, laissant mon regard vague errer ça et là, sur ce qui avait été le fief de mon innocence et de ma naïveté. Puis rendue au palier, je me retournai lentement, derrière moi il y avait le mensonge et la cruauté, devant moi, il n’y avait plus rien. Je contemplai avec un certain vertige cet escalier qui venait de me mener pour la dernière fois en un lieu hors du temps. Entre silence et douceur, là où, pour quelques heures encore on ne pourrait pas m’atteindre. Puis, j’entrai dans ma chambre en silence et sans prendre la peine d’y allumer la lumière, j’en fermai la porte, pour enfin être seule. Je m’adossai au mur et me laissai glisser jusqu’au sol.

Cette nuit-là, je me suis recroquevillé en moi-même, je me suis blottie dans les cendres de mon monde déchu, sachant qu’au lendemain il me faudrait renaître. J’ai pleuré pendant des heures comme pour faire sortir de moi tout ce qu’il me restait de faiblesse et d’innocence. J’avais dix-sept ans et je venais de prendre conscience du prix qu’il me fallait payer. J’avais dix-sept ans et mon seul espoir de ne pas me perdre à jamais était de vendre mon âme au diable. J’en avais conscience, je voyais bien que rien de bon n’existait dans le cœur de cet homme. Mais il m’avait choisi, et moi, j’allais le choisir. Peut-être était-ce cela au fond : ou m’imposait un mariage non-consenti de prétendu lumière et moi, je préférais à cela une alliance de ténèbres, qui à mes yeux était bien plus juste. Je n’ai jamais désobéi à mon père au fond, je ne l’ai pas laissé m’emporter, c’est moi qui l’ai suivi. Lui, aux yeux duquel, je serais toujours pure.
Note de fin de chapitre :

Voilà j'espère que vous aimez aimé =)
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