S'identifier | | Identifiants perdus | S'enregistrer |
Lien Facebook

En savoir plus sur cette bannière

News

112ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 112e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 22 mai à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 13/05/2021 13:15


Sélections du mois


Félicitations à Amnesie, Guette et Wapa qui remportent la Sélection sur Regulus (aka le meilleur personnage de tous les temps) !

Pour juin 2021, place à la troublante Pansy Parkinson. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce personnage en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois de mai, suivez les pas d'une Traîtresse-à-son-Sang, la noble et audacieuse Andromeda Black-Tonks. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Très belles lectures à vous !


De L'équipe des Podiums le 02/05/2021 16:39


23ème édition des Nuits Insolites


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 23e édition des Nuits Insolites se déroulera le SAMEDI 1er MAI à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 24/04/2021 16:26


Sélections du mois


À voter !

Les votes pour le thème de juin 2021 sont ouverts ! Venez choisir entre : Pansy Parkinson, Ordre du Phénix, Moldu, Folie ou Merope Gaunt.

Rendez-vous sur ce topic pour voter jusqu'au 30 avril 2021, 23h59.


De L'équipe des Podiums le 15/04/2021 17:37


111ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 111e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 17 avril à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 09/04/2021 16:31


Sélections du mois


Félicitations à Jalea, SourireSmagiqueS et Roxane-James qui nous ont fait rire aux éclats et qui remportent la Sélection Comédie avec leurs pépites !

Pour mai 2021, c'est au tour d'Andromeda Black-Tonks de briller. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce personnage en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois d'avril, voici le beau, le sombre, le torturé, le noble Regulus Black dans tous ses états. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Très belles lectures à vous !


De L'équipe des Podiums le 07/04/2021 23:36


Des selkies et des hommes par Ellie

[12 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Écrit pendant l'Échange de fics de 2015. Joyeux Noël Pimy !

Note de chapitre:

 

Frigga avait soixante-sept ans la première fois qu’elle vit son reflet dans un miroir.


 


Pour les Selkies, qui vivaient plusieurs centaines d’années, soixante-sept ans était le début de l’adolescence. Et en bonne adolescente qu’elle était, ce jour-là, Frigga s’était fâchée contre ses parents et s’était enfuie de chez elle après le dîner pour bouder un peu loin du village.


 


— « Il faudrait que tu en fasses plus pour aider ta mère à la maison, au lieu de rêvasser », rouspétait-elle en donnant des coups de nageoire aux algues, imitant la voix de son père. C’est pas comme si on demandait à Rollo d’aider, hein, noooooooooon, monsieur est bien trop occupé. Un jour, ils verront. Je leur prouverai que quand Rollo dit qu’il a eu une mauvaise journée de chasse, c’est juste qu’il a passé son temps à prendre des bulles avec ses amis. Et là ils s’excuseront, plus jamais ils me diront que je sers à rien, et…


 


Sa voix s’estompa quand elle remarqua quelque chose qui scintillait par terre, presque enseveli sous les algues. Curieuse, elle plongea, et mit sa main palmée sur l’objet froid et lisse. Elle tira le manche vers elle et l’objet sortit de la vase dans résistance.


 


C’était un petit miroir rond, à la bordure argentée. Frigga le tourna dans tous les sens, observant des mots gravés au dos dans une langue qu’elle ne connaissait pas – ils disaient « Eloïse Midgen », le nom de l’ancienne propriétaire du miroir, qui l’avait jeté dans le lac près de quarante ans auparavant, furieuse des commentaires moqueurs qu’il lui faisait chaque fois qu’il voyait son visage marqué d’un cafard. Puis, elle passa une palme sur la surface brillante, nettoyant la vase et la saleté qui s’était accumulée pendant les années et, pour la première fois de sa vie, posa les yeux sur son propre visage.


 


Elle grimaça. Ses cheveux tiraient vers le jaune, loin du beau vert foncé de ceux de sa mère, ses yeux étaient trop grands, trop globuleux – comme ceux d’un strangulot –, sa peau n’avait pas la même douceur presque argentée de celle de ses camarades ; elle ressemblait plutôt à une vulgaire pierre qu’on retrouverait au fond de l’eau. Frigga soupira et laissa le miroir retomber vers la vase. Son frère avait raison : elle était trop moche, jamais un mâle ne voudrait féconder ses œufs.


 


Soudain, un rayon de soleil vint lui frapper le coin de l’œil et, levant la tête, Frigga se rendit compte qu’elle était bien plus près de la surface qu’elle ne devrait l’être. Les jeunes de moins de cent ans du village n’avaient le droit de franchir la surface que s’ils étaient accompagnés d’un adulte – Frigga n’en avait eu l’occasion qu’une seule fois dans sa vie, quand elle n’avait même pas quarante ans, à l’occasion des funérailles du directeur de l’école à côté de leur lac. « Sois silencieuse, lui avait dit son père. Cet homme était très important pour les Humains, comme l’est Murcus pour nous, il faut montrer notre respect. » Frigga se souvenait juste d’avoir trouvé les Humains extrêmement étranges d’enfermer leurs morts dans une boîte, alors qu’ils avaient tout un Lac à leurs pieds.


 


Elle tourna le visage vers les rayons de soleil qui perçaient les vagues et l’atteignaient, et sourit. Il était tellement rare qu’elle soit assez près de la surface pour sentir le soleil sur sa peau. Mais elle devrait faire demi-tour, rentrer chez elle. Sa mère lui disait sans cesse à quel point l’extérieur était dangereux pour des jeunes Selkies, l’environnement inhospitalier, les Humains imprévisibles. Ses parents seraient déjà furieux s’ils apprenaient qu’elle était si près de la surface. Elle devrait vraiment retourner à la maison.


 


Frigga donna un vigoureux coup de queue et se propulsa vers le haut. Quelques secondes plus tard à peine, sa tête émergea de la surface du Lac ; elle prit une grande inspiration et dévora des yeux tout ce qu’elle pouvait voir : le soleil qui approchait l’horizon, le grand château qui n’avait pas changé depuis la dernière fois qu’elle l’avait vu, la forêt qui semblait onduler à chaque coup de vent qui passait dessus, la jetée de bois qui s’avançait vers elle dans l’eau.


 


Et le garçon qui était assis dessus.


 


***


 


Ce samedi de mi-octobre s’annonçait très doux, et Lorcan en profita, tout de suite après le déjeuner, pour sortir, son carnet de dessins sous le bras. Ils avaient peu de devoirs cette semaine – et cette rédaction de métamorphose, il aurait bien le temps de la finir dimanche –, alors rien n’empêchait une petite promenade.


 


Lorcan Scamander avait appris à dessiner avant d’avoir appris à écrire. Dans la terre devant chez lui d’abord, puis sur tous les papiers que laissaient traîner ses parents, jusqu’à ce que finalement ils lui achètent des vrais carnets à dessin, avec de vrais crayons. À seize ans maintenant, il en avait rempli quarante-neuf. Sa bibliothèque, à la maison, débordait.


 


Il aimait bien faire des portraits comme des paysages, mais ce qu’il préférait par-dessus tout, c’était les créatures magiques. Dragons, licornes, hippogriffes, Nargoles ; ses parents leur décrivaient ce qu’ils croisaient lors de leurs voyages, Lysander rangeait le tout dans sa mémoire énorme pour raconter à ses amis, et Lorcan dessinait. Ses cahiers regorgeaient d’animaux de toutes les formes et de toutes les tailles.


 


Oh, Lorcan n’était pas naïf, il savait que beaucoup des créatures que lui décrivait sa mère n’existaient pas vraiment. Mais Luna Lovegood n’avait jamais mis de limites à l’imagination de ses fils, alors pourquoi Lorcan se permettrait-il de juger celle de sa mère ? Dans ses œuvres, les Ronflaks avaient toujours eu la même importance que les Sombrals.


 


En février prochain, sa mère fêterait ses cinquante ans. Pour tous ses anniversaires, Lorcan lui offrait un beau dessin, encadré, un qu’elle pourrait accrocher dans son bureau. Mais cette année, il voulait quelque chose de spécial, quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant. Encore plus beau, encore plus grand. Il demanderait peut-être à son amie Margery, meilleure en métamorphose que lui, de l’ensorceler, pour qu’il scintille, ou bouge un peu, ou quelque chose.


 


Mais encore fallait-il qu’il trouve un sujet.


 


Lorcan erra toute la journée autour de Poudlard, s’arrêtant ici et là pour croquer une scène ou une autre dans son cahier. Des hiboux qui tournoyaient autour de la volière ; la Forêt Interdite qui cachait tant de créatures mystérieuses ; le Saule Cogneur, toujours fidèle au poste, même s’il commençait à se faire vieux et avait laissé une famille de Boursoufs faire son nid entre ses racines. Mais rien ne lui plaisait, n’était assez original à ses yeux pour offrir en cadeau à sa mère.


 


En fin d’après-midi, alors que le soleil approchait de l’horizon, il se rendit jusqu’au bout de la jetée sur le lac et s’y laissa tomber, regardant ses eaux sombres avec des yeux ennuyés.


 


— Calmar géant, appela-t-il. Si tu es dans le coin, ça serait vraiment génial que tu te montres. Maman m’a beaucoup parlé de toi quand j’étais petit, je suis sûr qu’elle adorerait un joli portrait de toi.


 


Un « plouf » se fit entendre à sa gauche, et il sursauta. Le Calmar l’avait-il vraiment entendu ? Mais quand il se tourna vers le son, d’abord il ne vit rien sur la noirceur de l’eau, seules les vagues et quelques algues. Ce ne fut qu’après quelques secondes qu’il réalisa que les algues étaient en fait des cheveux, longs et verdâtres, et que les vagues naissaient d’une tête presque humaine qui était sortie de l’eau.


 


Avant que Lorcan ne puisse faire ou dire quoi que ce soit, la tête se tourna vers lui, et ses yeux gris rencontrèrent ceux, verts, d’une sirène.


 


***


 


Au fil des années, Poudlard avait vu naître nombre d’amitiés étranges. Des sorciers et des centaures, des fantômes et des Sombrals, des chats et des elfes de maison. Même, une fois, une chouette qui descendait tous les jours de la volière donner un rat au calmar géant. Mais c’était la première fois qu’un humain devenait l’ami d’une Selkie.


 


Tous les jours, après ses cours, Lorcan descendait sur la jetée. Quand Frigga sentait le soleil descendre vers l’horizon, l’eau autour d’elle commencer à devenir un peu plus sombre, elle montait à la surface. Des fois, elle n’arrivait pas à fausser compagnie à ses parents, ou elle sentait que Rollo la surveillait de trop près pour oser s’éclipser. Mais Lorcan était patient ; il attendait quelque temps, et quand son amie ne se montrait pas, il rentrait, pour revenir le lendemain.


 


Ils ne parlaient jamais – comment l’auraient-ils pu, n’ayant aucune langue en commun ? Mais Lorcan dessinait, toutes sortes de choses, ce qu’il voyait pendant la journée, réchauffé par un feu portable que sa tante Hermione lui avait appris à faire. Quand il avait fini, il montrait son œuvre à Frigga. Elle ne disait jamais rien, ne faisait pas un son, mais voir ses yeux s’illuminer était tout le commentaire dont Lorcan avait besoin. Il n’avait toujours rien trouvé à offrir à sa mère, mais il remplissait maintenant des cahiers de portraits de ses camarades de classe, de son frère, de sa maison, de ses salles de classe. Des endroits que Frigga ne verrait jamais, mais dont elle pourrait rêver.


 


***


 


Lorcan était attablé au bout de la table de Serdaigle, la fin de son repas refroidissant devant lui pendant qu’il lisait son livre, quand quelqu’un s’attabla face à lui. Il leva les yeux, se demandant qui venait le déranger, et sourit quand il vit son frère.


 


Lorcan et Lysander étaient physiquement identiques, mais devaient maintenant montrer des photos d’enfance à leurs amis pour le prouver. Alors que Lorcan portait ses cheveux blonds courts et toujours bien peignés, et des lunettes perchées sur son nez droit, Lysander avait laissé pousser les siens jusqu’à ses épaules et y passait une brosse à peu près une fois tous les ans. Il avait été l’un des premiers cobayes pour une opération à Ste Mangouste qui guérirait sa myopie, en quatrième année, quelques mois seulement avant de se faire casser le nez par un Cognard, pendant un match de Quidditch. Mais malgré leurs différences, les deux garçons étaient restés aussi proches que le jour de leur naissance, et tout Poudlard savait que s’ils osaient se moquer de Lorcan, ils auraient bien vite Lysander sur le dos.


 


— Lys, dit Lorcan en rangeant son signet dans son livre. Qu’est-ce qui se passe ?


— Eh bien, c’est à toi de me le dire, p’tit frère, répondit Lysander en croisant les bras. J’ai entendu un idiot de Serpentard dire que tu étais si moche que tu avais dû aller chercher dans le lac pour te trouver une copine.


 


Lorcan sentit le rouge lui monter aux joues et baissa les yeux. En face de lui, Lysander haussa une épaule.


 


— Je l’ai cogné, évidemment, mais c’est vrai que tu passes beaucoup de temps avec la sirène, en bas, et je suis curieux.


— C’est pour faire mon cadeau pour maman, répondit Lorcan d’une voix basse.


— Ah, ok !


 


Depuis qu’ils étaient petits, « pour maman » expliquait toutes leurs bizarreries. Quand leur père les avait surpris à mettre du sable dans tous les plats de la cuisine, ils avaient dit qu’ils voulaient faire un gâteau pour maman. Quand Lysander avait été pris, à huit ans, sur le balai de Rolf à voler près de la cime des arbres, il avait expliqué qu’il voulait simplement cueillir une belle fleur pour maman. Et chaque fois que son frère regardait son cahier à dessin en fronçant des sourcils, essayant de deviner ce qui était sur la page, Lorcan disait que c’était pour maman, et c’était toujours suffisant.


 


— Bon eh bien si c’est que ça, dit Lysander en se levant.


— Attends, je veux te demander quelque chose !


 


Le garçon se tourna vers son frère, les sourcils haussés.


 


— Tu te souviens de ce qu’a utilisé Harry pour nager dans le lac pendant le Tournoi des Trois Sorciers ?


— De la Branchiflore, répondit Lysander du tac au tac, avant de froncer les sourcils. Pourquoi ?


— Pour rien, dit Lorcan d’une voix légère en ouvrant à nouveau son livre.


 


Mais Lysander se rassit devant lui et le lui enleva des mains, plongeant un regard sérieux dans le sien.


 


— Tu penses aller dans le lac ?


 


Lorcan haussa une épaule d’un air qu’il espérait nonchalant.


 


— Merlin, Lorcan, c’est moi qui suis à Gryffondor, c’est moi qui devrais faire des trucs stupides.


— Courageux, Lys. Tu es censé faire des trucs courageux.


— Et toi tu devrais être intelligent !


 


Les deux Scamander s’affrontèrent du regard quelques instants, puis, simultanément, des sourires naquirent sur leurs lèvres.


 


— Alors, tu vas m’aider à trouver de la Branchiflore ? dit Lorcan.


 


Lysander leva les yeux au ciel, avant de répondre :


 


— Ouais, mais à une condition.


— Tu veux venir.


— Bingo.


 


Avec un sourire, Lorcan tendit la main. Après un instant, Lysander éclata de rire et la serra.


 


***


 


Ce soir-là, tous les adultes du village étaient réunis sur sa place centrale pour une réunion municipale avec Murcus. La majorité des adolescents, eux, étaient partis faire la fête dans la forêt d’algues derrière les dernières maisons, mais Frigga n’avait pas suivi son frère quand il y était parti – ce n’était pas comme si elle avait reçu une invitation, de toute manière.


 


Quand l’heure de sa sortie quotidienne arriva, elle sortit de chez elle et se dirigea allègrement vers l’eau peu profonde du lac, n’ayant pas à se cacher, pour une fois ; il n’y avait personne dans les rues pour la voir. Elle monta rapidement à la surface, croyant que pour une fois elle serait là avant l’humain.


 


Mais le garçon était déjà là, debout au bout de la jetée. Frigga lui sourit en s’approchant de lui, mais se figea quand elle vit un second humain apparaître derrière son ami. Les deux garçons échangeaient quelques mots qu’elle ne comprenait pas alors que son regard interloqué passait de l’un à l’autre. Ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, comme… comme les jumeaux de sa tante. Frigga fronça les sourcils. Elle ne savait pas qu’il était possible d’avoir des humains jumeaux.


 


Quand le premier garçon retira son chandail, Frigga inspira brusquement. Il avait la peau si blanche ! Elle savait bien que les humains n’avaient pas la même couleur que les Selkies – elle n’était pas stupide, malgré l’opinion de Rollo sur la question –, mais c’était la première fois qu’elle en voyait tant de preuve. Après tout, la dernière fois qu’elle avait vu des humains de près, quand quatre d’entre eux avaient été retenus prisonniers dans le village plus de vingt ans auparavant, ils avaient été vêtus. Ce qui n’avait pas empêché Rollo et ses amis de se moquer de Frigga, disant que ses cheveux étaient de la même couleur que ceux de la plus petite humaine.


 


La Selkie sursauta quand quelque chose plongea à ses côtés, l’éclaboussant copieusement. Elle attendit quelques secondes et, quand rien ne remonta à la surface, descendit sous l’eau à son tour.


 


À quelques mètres sous la surface, son ami l’attendait, tout sourire. Ses courts cheveux jaunes flottaient autour de sa tête, lui donnant l’air d’un oursin, et il ne portait plus que des petits pantalons qui lui couvraient le haut des jambes. Ses mains et ses pieds s’étaient palmés, et des fentes étaient apparues sur les côtés de son cou. Frigga fronça les sourcils, cherchant un moyen de lui demander ce qu’il avait fait, quand elle sentit quelque chose passer derrière son dos.


 


— WOUHOU !


 


L’autre humain avait plongé à son tour et était en train de tourner sur lui-même, ses cheveux ondulant derrière lui alors qu’il flottait la tête en bas. Frigga ne put s’empêcher de sourire face à la pure joie du garçon. On aurait dit un jeune Selkie qui nageait librement pour la première fois !


 


Quelques instants plus tard, elle sentit quelque chose lui toucher le bras. Elle sursauta et se tourna vers son ami, qui tendit un doigt palmé pour désigner quelque chose au loin. Elle comprit qu’il lui demandait d’aller voir les profondeurs de lac – dans la direction du village ! – et secoua frénétiquement la tête. Ils ne pouvaient pas aller au village, si ses parents apprenaient qu’elle était allée à la surface sans supervision – et pire, qu’elle y avait rencontré des humains –, elle serait punie jusqu’à ses 500 ans, au moins ! Rollo et les autres seraient impressionnés qu’elle avait à ce point enfreint les règles, mais… non. Le jeu n’en valait pas la chandelle.


 


— Par là-bas, dit-elle, avant de montrer du doigt la direction opposée, quand elle vit que l’humain ne la comprenait pas.


 


Frigga se mit à nager, lentement, jetant sans cesse des coups d’œil par-dessus son épaule pour s’assurer que les deux garçons aux cheveux jaunes la suivaient.


 


Cette journée-là, Frigga passa le meilleur après-midi de sa courte vie. Elle apprit aux jumeaux à chatouiller les strangulots et à s’enfuir sans se faire attraper, ils jouèrent à cache-cache dans les hautes algues – deux jeux auxquels plus personne ne voulait jouer avec elle, disant que c’était pour les enfants et qu’à plus de soixante ans, elle devrait être plus mature que ça. Mais pendant cette heure avec les humains, elle retomba en enfance, faisant des galipettes et des pirouettes avec eux, sentant une euphorie qu’elle n’avait pas sentie depuis des années, les bulles de ses fous rires se mêlant à celles de ses nouveaux amis.


 


Bien trop tôt, un des garçons regarda une machine qu’il avait accrochée à son poignet, et fit un signe à son frère. Ils indiquèrent la surface, et c’est à regret que Frigga comprit qu’ils devaient la quitter. Elle les raccompagna jusqu’à la jetée, les laissa la serrer dans leurs bras avant qu’ils ne sortent, ne les quitta pas des yeux avant qu’ils n’aient disparu de vue, repartis vers le château qui leur servait de maison. Alors seulement, elle replongea et partit vers le village, morose.


 


Les Selkies ne pleurent pas, mais s’ils le pouvaient, ce jour-là, les larmes de Frigga se seraient mêlées à l’eau du lac.


 


***


 


Frigga ne revit pas son ami de la semaine. Elle se rendait à la jetée tous les soirs, pourtant, et y attendait le plus longtemps possible, souvent jusqu’à après le coucher du soleil, mais le garçon ne se montrait jamais. La jeune Selkie était inquiète. Et s’il avait été puni ? Ses parents à elle lui interdisaient de communiquer avec des humains – peut-être que le garçon n’avait pas le droit de revenir la voir.


 


Ou peut-être qu’il ne le voulait plus, tout simplement.


 


De plus en plus morose, Frigga tournait en rond pendant des heures tous les soirs avant de rentrer chez elle, le cœur dans les nageoires.


 


***


 


— C’est l’anniversaire de maman dans deux semaines, dit Lysander. T’auras jamais le temps !


— Tais-toi et décris.


 


Tous les soirs après les cours, depuis leur après-midi dans le lac, Lorcan et son frère se retrouvaient dans la salle sur demande. Lysander décrivait tout ce dont il se souvenait – les algues qui ondulaient dans l’eau, les rayons du soleil qui frappaient les cheveux blonds de la sirène, la douceur de ses nageoires qui flottaient autour d’elle comme une crinoline –, et Lorcan peignait. C’était ce qu’ils devaient offrir à leur mère, il le savait. Lysander lui raconterait, Lorcan lui montrerait. Ce serait parfait.


 


Alors il finirait son tableau à temps, même s’il devait y passer ses nuits.


 


***


 


Ce fut finalement douze jours après leur après-midi passé ensemble que les amis se revirent pour la première fois. Frigga sortit la tête de l’eau à l’heure habituelle, dirigea son regard vers la jetée automatiquement. Elle s’attendait tellement à ce que celle-ci soit vide, comme elle l’était depuis presque deux semaines, qu’elle mit un moment à réaliser que quelqu’un y était assis. Mais quand elle distingua Lorcan, assis calmement près de l’eau, elle fut si surprise que ses membres se figèrent et qu’elle redisparut sous l’eau.


 


Elle ne se laissa pas couler bien longtemps et, avant même que les plus hautes algues commencent à la chatouiller, donna quelques vigoureux coups de queue vers la jetée. Quand elle ressortit la tête de l’eau, elle n’était plus qu’à quelques mètres de son ami. Lorcan l’entendit et se tourna vers elle avec un grand sourire, lumineux, plus grand qu’il ne l’avait jamais été. Frigga remarqua tout de suite qu’il n’avait pas son habituel cahier de dessins sur les genoux. Il tenait plutôt une toile enroulée lâchement, sur laquelle il avait posé deux mains protectrices. Aussitôt que Frigga s’était suffisamment approchée, il se leva, détacha le ruban qui tenait la toile enroulée, et la laissa s’ouvrir devant lui.


 


Frigga dévora des yeux le portrait que Lorcan lui offrait. Une Selkie à la peau verte et lisse, aux cheveux de la couleur du soleil. L’eau verte qui l’entourait était percée de rayons de soleil, les algues tellement fines qu’elles bougeaient presque sous ses yeux.


 


— C’est toi, dit Lorcan.


 


Frigga ne comprenait pas les mots, mais quand Lorcan l’indiqua du doigt, elle posa la main sur sa poitrine et écarquilla les yeux. C’était elle ? Cette belle créature devant elle, c’était vraiment comme ça que son ami la voyait ?


 


Elle s’approcha encore plus, assez près pour poser ses mains sur la jetée. Lorcan s’accroupit, baissant la toile pour que Frigga puisse mieux la voir. Elle passa ses doigts dessus, sans la toucher mais sentant la texture, les couleurs, les heures qu’y avait passé Lorcan. Elle examina les yeux de la peinture et se reconnut dans leur regard un peu triste, un peu seul. Elle traça le contour des lèvres, tournées dans sa petite moue habituelle. Et elle se trouva belle.


 


Finalement, elle leva les yeux vers Lorcan.


 


— Merci, dit-elle en langue aquatique.


 


Lorcan n’entendit qu’un grognement incompréhensible. Mais il posa sa main sur celle de Frigga et la serra avec un sourire.


 


 


Il avait compris.

Vous devez s'identifier (s'enregistrer) pour laisser une review.