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Sélections du mois


À voter !

Les votes pour le thème d'août 2021 sont ouverts ! Venez choisir entre : Moldu ou Narcissa Malefoy.

Rendez-vous sur ce topic pour voter jusqu'au 30 juin 2021, 23h59.


De L'équipe des Podiums le 16/06/2021 18:19


2ème édition du Tour du monde des Nuits


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que le Tour du monde des Nuits d'HPF se déroulera du vendredi 25 juin à partir de 20h au samedi 26 juin jusqu'à 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 15/06/2021 12:48


Sélections du mois


Félicitations à Calixto et AnthusPratensis qui remportent la Sélection sur notre Traîtresse-à-son-Sang préférée alias Andromeda Black-Tonks !

Pour juillet 2021, place aux parties d'échecs endiablées ou aux confidences dans les dortoirs avec le thème Amitié. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce thème en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois de juin, découvrez toutes les facettes de la troublante Pansy Parkinson. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Très belles lectures à vous !


De L'équipe des Podiums le 07/06/2021 19:51


Sélections du mois


À voter !

Les votes pour le thème de juin 2021 sont ouverts ! Venez choisir entre : Amitié, Scorose (Scorpius/Rose) ou Moldu.

Rendez-vous sur ce topic pour voter jusqu'au 31 mai 2021, 23h59.


De L'équipe des Podiums le 18/05/2021 00:06


112ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 112e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 22 mai à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 13/05/2021 13:15


Sélections du mois


Félicitations à Amnesie, Guette et Wapa qui remportent la Sélection sur Regulus (aka le meilleur personnage de tous les temps) !

Pour juin 2021, place à la troublante Pansy Parkinson. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce personnage en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois de mai, suivez les pas d'une Traîtresse-à-son-Sang, la noble et audacieuse Andromeda Black-Tonks. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Très belles lectures à vous !


De L'équipe des Podiums le 02/05/2021 16:39


Perfusions de peinture par Julia Erwelin

[30 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Écrite avec Catie, une auteur aussi cool qu'elle est une nana formidable, sisi! C'est donc une participation au cours de Ielenna, dont voici rapidement les impératifs :

- Un personnage devra relever un défi, lancé par quelqu'un d'autre ou par lui-même.

- La réussite n'est pas obligatoire, mais votre texte doit être centré autour de ce fameux défi.

- Le défi peut aller du petit pari enfantin à la demande en mariage ! Pas de limites !

Nos personnages sont donc Victoire et Dominique Weasley, avec quelques autres guests surprises, héhé. 

Note de chapitre:

Petite info : les chapitres impairs seront ceux de Dominique, rédigés par moi-même, quand les pairs verront l'histoire de Victoire, écrite par Catie !

Sur ce, une très bonne lecture à vous ! 

Sa tête dodeline, ses paupières se maintenant difficilement ouvertes. Sa main, pâle, tachetée de peinture, repose lâchement sur l’accoudoir du fauteuil. Ses jambes tressautent nerveusement, son sang palpitant d’un trop plein de caféine et de fatigue. Ses cheveux sont relevés en un chignon emmêlé, un pinceau un tant soit peu propre maintenant le tout dans un équilibre précaire. Ses yeux tombent sur sa robe bleue, terriblement ruinée, et un relent d’éducation la fait se morigéner, l’espace de quelques secondes, sur combien cela va être terrible de nettoyer toute cette peinture. Seulement, lorsque, dans un dernier élan de force, elle relève les prunelles vers le tableau devant elle, c’est un sourire qui étire ses lèvres. Elle l’aime bien, celui-là.

Il y a du bleu, partout. Du jaune, de l’or, du vermeille, du bleu ciel, des nuances de bordeaux, un peu d’écru. Ça part dans tous les sens, c’est vivant, c’est vécu. Ça l’a épuisée. Elle n’a pas dormi depuis deux jours. Toujours, alors que ses yeux s’autorisaient un instant de sommeil, des figures à rajouter, un trait à corriger, une nuance à préciser qui venaient la tirer de son repos et l’obligeaient à se redresser, à relever ses cheveux, encore, un peu plus haut, un peu plus serrés, pour se concentrer et s’y remettre. Elle n’arrive jamais à dormir, à prendre du temps pour elle, tant que ce n’est pas parfait.

Et c’est terrible - mais le parfait, elle n’y arrive jamais. Il y a toujours cet élément, là, cette chose, ce petit truc, cette étincelle qui toujours lui échappe. Ce mouvement, cette manière de lâcher le trait, qui pourrait la libérer, sauver son oeuvre, apaiser son âme - non, jamais, il ne lui vient, jamais. Alors elle se contente de s’y donner autant qu’elle peut, à reprendre, réajuster, puis se rouler par terre, à crier, pleurer, et déchirer son esquisse, détruire le tableau, balancer les pinceaux. Plus jamais elle ne les ramasserait. Elle arrêtait tout, elle laissait tomber.

Ça durait quelques heures, quelques jours à la limite, ce rejet de l’art. Et puis, ça la reprenait, ça l’habitait de nouveau, elle réalisait combien elle avait besoin de dessiner ça, regardez ça, ce bel arbre, son mouvement, le vent dans ses branches, le dégradé de vert, le nuancier de l’automne, ce Saule Cogneur qui voyait ses branches décéder sur le lac, il fallait qu’elle le peigne. Ils ne voyaient pas combien c’était beau, combien elle devait figer cela sur une de ces toiles ?

Non, vraiment. Ils ne comprenaient jamais. Ça la fait toujours soupirer, ça, Dominique. Elle lève les yeux au ciel, balance les bras et tente d’expliquer, de sa voix passionnée, combien c’est intéressant l’art, combien c’est beau de voir le monde à travers des yeux d’artiste. Quand Victoire l’entend dire ça, elle en rit toujours. L’art, ma Dominique, que veux-tu voir du monde avec de l’art ? Que veux-tu vivre de ce monde si tu ne l’imagines qu’à travers des esquisses ? Elle ne comprend rien, Victoire. Elle est comme sa mère, portée sur le matériel, les choses concrètes, les choses utiles. Il n’y a qu’Albus qui la comprenne un peu, et puis Lily. Souvent, Dominique se dit qu’elle aurait dû naître une Potter. Ils sont tellement plus dans le laisser-aller, eux, là-bas. Les siens, ils sont rigides. Ils sont puritains. Ils sont propres, délicats, absorbés par leur devoir de réussite, par leur orgueil. Elle ne marche pas comme cela, Dominique. Elle aime le sale, elle aime le désordre, elle aime le libre. Ça la fait rire, un peu, de voir Louis qui se rapproche d’elle, qui rêve d’escapades et d’aventures, en se raccrochant à leur oncle Charlie. Ça la fait moins rire, seulement, quand elle réalise que Louis, lui, on l’encourage. Qu’on l’envoie en Irlande, qu’on l’envoie en Roumanie, qu’il se laisse aller dans des moments de pur délire, de découvertes, de liberté.

Dominique, c’en est autrement. Elle est encore à Poudlard et, pourtant, quand elle voit ses amis se plaindre de combien ils sont à l’étroit, ici, qu’ils ont hâte d’être adultes et libres, dans deux semaines, enfin, quand elle voit ça, elle a envie de rire. Elle, dans deux semaines, elle sera loin d’être libre. Dans deux semaines, sa mère l’envoie au Ministère. Un poste sympathique, une évolution rapide, tu verras, ça te plaira, Dom. Tu n’as pas trop le choix, tu sais, ce n’est pas comme si tu allais être artiste. Artiste, ma chérie. Tu n’as pas fait Poudlard pour être artiste. Pitié.

Ça l’agace d’avance. Elle sait qu’elle ne s’y plaira pas, dans cet univers cadré, dans ce petit bureau, à travailler sur une dizaine de dossiers. Elle n’a rien osé dire, pourtant - qu’aurait-elle à dire ? Si, je me lance dans l’art, maman ? Je prends mes cliques et mes claques, me trouver un mécène à Paris, et je réussis ma vie d’artiste, en un claquement de doigts ? Elle n’est pas folle, pas assez. Alors elle s’est tue, sur le moment, a offert un sourire à Victoire, qui lui a caressé le dos, la félicitant de cette entrée rapide dans le monde des adultes. Comment aurait-elle pu dire quoique ce soit, à une mère tant d’espoir, tant d’ambition ? Leur mère, elle les voyait déjà grands, déjà importants, aux plus belles réceptions, à vivre bien leur vie. Leur père, aussi, inconsciemment, à rêver qu’ils aient la vie facile, plus que lui, les conditionnait sans s’en rendre compte. Alors elle, après sa soeur médicomage, sa soeur si intelligente, sa soeur si cadrée, si fabuleuse, sa douce et belle Victoire, que peut-elle faire, si ce n’est se plier à tout ça ?

Dominique laisse tomber sa tête contre le fauteuil, et s’autorise enfin à fermer les yeux. C’est peut-être à cause de tout cela, à cause de cette vie bientôt toute formatée, que ce tableau-là, ce dernier, cet unique non-déchiré, il lui plaît assez. Elle y crie toute son envie de liberté, tout son dégoût du cadré, du réglé, avec son laisser-aller gestuel, son imbroglio de couleurs. C’est pour cela, aussi, sûrement, qu’elle n’a pas réussi à s’arrêter avant d’avoir terminé, jusqu’au bout, jusqu’à la dernière exaltation de pinceau, comme on ne s’arrête de trembler qu’une fois toutes les larmes coulées. Ça la rend furieuse, terriblement furieuse, de se dire que cette toile, cette seule toile qu’elle aime bien, elle la doit à ses ailes brisées.

Et, puis, Dominique n’a plus la force d’en vouloir à qui que ce soit, ni à sa mère, ni à sa soeur, ni même à elle-même, trop faible pour s’émanciper, car toute sa fatigue la rattrape, l’assomme brutalement, la plonge d’office dans les bras de Morphée. Elle est épuisée.

***

Six mois qu’elle n’a pas touché à un pinceau. Six mois qu’elle se démène au Ministère, tantôt traitée comme une stagiaire, tantôt rappelée à son statut d’employée pour les aider à démêler des dossiers difficiles, ou bien contraignants, qu’ils se rappellent soudain ne pas pouvoir faire et devoir, c’est si dommage, lui transmettre. Six mois, et elle n’en peut déjà plus. Comment font ses oncles et ses tantes, tous les jours, confinés dans cet endroit, à traiter de choses si inintéressantes ? Encore, serait-elle aussi brillante que tante Hermione, qu’elle s’illustrerait au département de la justice. Seulement, là ? C’en est ridicule. Elle doit tenir toute sa vie, ici ? Toute sa vie ? Vraiment ?

Et sa mère, tous les soirs, toute heureuse, à lui demander ce qu’elle a fait de sa journée, si ça lui plaît toujours ; et sa soeur, à annoncer ses fiançailles, à briller de bonheur, sa soeur à vivre sa vie avec bonheur ; et son frère, à Poudlard, loin de tout, à profiter de son amoureux, à vivre dans l’attente de cet été qu’ils vont passer ensemble. Ils les débectent tous, plongée qu’elle est dans son malheur. Elle aimerait qu’ils aillent mal, un peu, ou qu’ils réalisent combien elle, elle va mal. Combien ça ne lui correspond pas, cette vie. Elle aimerait qu’ils pointent du doigt ce qu’elle n’a pas le courage de crier tout haut, tout fort, en pleine figure.

Elle est sur le point de se lever brusquement, prête à quitter son bureau pour demander une pause, et aller s’énerver contre un vulgaire café, quand sa tante Ginny passe la tête par la porte. Surprise, Dominique sursaute, faisant rire cette dernière. Elle se redresse, va pour la serrer dans ses bras, puis l’interroge sur sa venue ici. Ginny hausse les épaules, expliquant qu’il s’agit d’une interview pour la Gazette d’un nouveau membre du département des sports, rien de passionnant… Elle est surtout là pour passer la voir. Dominique ne sort plus, depuis qu’elle est au Ministère. Elle aimait tellement venir chez eux, pendant les vacances, les ans précédents, et leur petite nièce leur manquait, surtout maintenant que tous leurs enfants étaient rentrés des vacances de Noël. Et même à Noël, ils n’avaient pas trouvé le temps, Harry et elle, pour se poser et lui parler véritablement, rien qu’à elle. Pourquoi ne viendrait-elle pas dîner, ce soir ? Elle leur raconterait sa nouvelle vie, et les nouveaux projets sur lesquels elle travaille. Parce que c’est sûr, n’est-ce pas, elle a certainement de superbes nouveaux tableaux en stock, leur nièce si douée !

Dominique a un sourire gêné, fatigué. Elle n’a pas envie d’expliquer, là, maintenant, tout de suite, que non, elle ne peint plus, ça fait six mois. Elle hoche simplement la tête et répond qu’elle a hâte d’être à ce soir. Qu’à elle aussi, ils lui ont manqué. C’était bien, pas vrai, quand ils étaient jeunes ? Insouciants, libres, Albus, Lily, tous ensemble avec les pots de peinture et leurs petites mains, à crayonner tout ce qu’ils pouvaient toucher… Enfin, trêves de bavardage, Ginny la laisse reprendre son travail, maintenant, mais elle l’attend dès la fin de sa journée, pour vraiment en profiter ! Dominique sourit, l’enlace de nouveau, et ferme la porte derrière elle.

Elle se laisse tomber sur sa chaise de bureau, prenant sa tête dans ses mains. C’est terrible - quelques secondes passées avec sa tante, deux mots sur son enfance, et voilà que sa vie lui paraît encore plus terrible qu’avant. Elle a envie d’arrêter, de prendre son courage à pleine mains, et d’aller poser sa démission. De vivre sa vie.

Quelle idiote.

***

De longues heures plus tard, sa journée bouclée, Dominique transplane enfin. En la voyant, Ginny a une petite grimace, et Dominique panique un moment, en se demandant si elle est arrivée trop tôt, si c’était bien ce soir, si…

-    Ne t’inquiète pas, tu es parfaitement à temps, Dom. C’est juste qu’Harry a eu la même idée que moi, et a décidé d’inviter quelqu’un aussi… Je ne pense pas que ça te dérange, il est adorable, tu as sûrement dû déjà le rencontrer, en plus… Il était là pour mon anniversaire avec Seamus l’an dernier ! Enfin, viens, ils sont dans le salon.

Dominique retient une grimace - l’explication de sa tante n’est pas réellement explicative, et elle n’a aucune idée de qui est ce “il” dans le salon, mais la jeune femme ne peut s’empêcher de se sentir embêtée d’apprendre qu’ils ne seront pas juste tous les trois, ce soir. Elle s’était motivée, s’était promise de tout déballer à quelqu’un, au moins à eux, que peut-être ils l’auraient comprise et l’auraient aidé - après tout, tante Ginny était bien allée vivre de sa passion du Quidditch malgré le désaccord de sa mère, non ? Seulement, là, avec leur ami, elle ne peut plus dire quoique ce soit, n’est-ce pas ? Elle ferait enfant, imbécile pleine de naïveté, persuadée qu’elle pouvait vivre de ses rêves colorés. Ridicule.

Dans le salon, Harry est assis sur un des canapés, une bièraubeurre à la main, riant largement face à un homme au teint basané, au sourire immense, à la posture relaxée. Dominique fronce légèrement les sourcils avant de retenir une petite exclamation en le reconnaissant. Dean Thomas ! Ce dernier se tourne vers elle en les entendant entrer, et son sourire demeure alors qu’il la salue avec entrain. Légèrement intimidée, Dominique lui serre la main qu’il lui tend, avant de plaquer une bise sur la joue de son oncle. Dean Thomas, c’est l’ami de son oncle et sa tante à qui elle n’a jamais trop parlé, restant plutôt avec ses cousins et ses cousines lors des évènements où il était invité. Seulement, à chaque fois qu’Harry ou oncle Ron la voyaient peindre, ils s’exclamaient toujours qu’elle leur faisait toujours penser à Dean, avec son calepin à dessin.

Alors qu’ils se rassoient, Dominique sent le regard de l’ami peser sur elle et, alors qu’elle s’apprête à l’interroger, levant les yeux vers lui, elle se laisse mettre au silence par son sourire :

-    Alors c’est toi, leur petite nièce artiste ? Depuis le temps qu’ils m’en parlent !

Ses pommettes constellées de taches de rousseur se colorent brusquement, alors qu’elle tourne une tête offusquée vers Harry :

-    Vous parlez de moi ?

-    Tu dessines tout le temps, aussi ! Forcément qu’on parle de toi avec Dean. D’ailleurs, depuis que tu n’es plus à Poudlard, tu as dû avoir plein de temps pour peindre, non ? Tu penses en faire quelque chose ?

Le visage de la jeune femme s’assombrit alors qu’elle secoue la tête.

-    Je n’ai pas touché à un pinceau depuis.

Dean se fige devant elle.

-    Comment ça ?

-    Je ne peux plus.

-    Tu dessinais pourtant tout le temps, je croyais ?

-    Oui, eh bien, je ne peux plus. Ce sont des choses qui arrivent, non ? répond sèchement Dominique.

-    Mais tu veux peindre, non ? C’est toute ta vie ! s’exclame Ginny d’un ton alarmé.

-    Dis ça à maman, tu veux ? grince-t-elle alors en levant les yeux au ciel. Écoutez, j’ai arrêté de peindre pour me concentrer sur ma vie d’adulte, mon boulot, tout ça. Je ne peux pas peindre alors que je suis bridée dans ma vie au quotidien, d’accord ? Donc j’arrête de peindre. J’arrête de peindre, et je gagne des sous. Au moins, ça me permet de vivre, ça.

-    Vivre ou survivre ? souffle alors Dean, le regard fixé sur elle.

-    Oh, c’est facile de dire ça ! s’énerve doucement la jeune rouquine. Vous faîtes quoi, vous ? Le métier de vos rêves en peignant des miracles ?

Dean se tait un instant, puis sourit.

-    Je vis de mes tableaux. C’est possible, tu sais. J’ai un atelier, illuminé, avec des toiles partout, de la peinture en grande dose, des pinceaux abîmés et d’autres tout neufs. C’est plutôt cool, comme vie.

Rougissant, Dominique détourne le regard et soupire :

-    J’aurais aimé avoir votre force, vous voyez. Moi, je gribouille sur mes dossiers, plutôt.

-    Et pourquoi ne pas changer ? Tu as, quoi, dix-neuf ans, tout au plus ? Arrête d’aller au ministère. Viens dans mon atelier. Peins. Essaie, au moins !

-    Dans votre… Oh, ça serait magique.

Elle a les yeux qui brillent, Dom. Un atelier. Pour peindre. Pour ne faire que ça. Pour oser prendre son courage, et essayer de réussir sa vie de sa passion. Ce serait bien, non ? Ce serait fabuleux, même. Elle serait heureuse. Elle serait étourdie par l’odeur de ses pots de peinture, elle se perdrait dans son dédale d’esquisses laissées au sol, elle peindrait à longueur de journée… Jusqu’à exposer, un jour ? Vendre son art ? Illustrer des ouvrages ? Intéresser la population ? Réussir ! Réussir de son art.

-    Réfléchis-y. Je t’introduirais à la société magique des artistes, si tu veux. Juste, réfléchis-y. Je ne devrais pas le dire, mais j’ai vu certain de tes dessins. Tu ne peux pas arrêter, tu comprends ? Réfléchis-y.

Et elle y réfléchit, Dominique. Elle y réfléchit, encore et encore, depuis une semaine. Ça lui tourne en tête. Elle ne pense qu’à ça. Elle ne voit que ça. La possibilité d’y arriver. Alors elle se dit, pourquoi pas ?

-    Papa, Maman, je veux recommencer à peindre.

Ça y est, elle l’a dit. Ils sont tous à table. Victoire et Teddy, la cuillère pleine de purée à mi-chemin vers leurs bouches, surpris par cette déclaration. Son père, plongé dans ses pensées, soudainement revenu à la réalité. Sa mère, prête à se lever pour aller chercher le prochain plat, figée. Comment ça, elle veut recommencer à peindre ? L’air perdu, Fleur sourit doucement et répond :

-    Mais enfin, ma chérie, tu peins quand tu veux, tu sais ça ?

-    Non, maman, tu n’as pas compris. Je veux peindre. Peindre, dans la vie. Faire des tableaux, tous les jours. Avoir un atelier. Peindre, vraiment. Pas juste comme un hobby.

-    Qu’est-ce que tu racontes enfin ?

-    Laisse tomber, maman, c’est la folie des vingt ans, ricane alors Victoire, en lui adressant un regard désabusé.

Elle se mord les lèvres, se relève de sa chaise, jetant violemment sa serviette sur la table.

-    Arrête de me prendre pour une gamine, Victoire. Tous les jours, je vais au Ministère, et je fais quoi ? Je vois ma vie me défiler sous les yeux, enfermée dans un système qui ne me correspond pas. Alors, quoi, je m’arrête là ? Je me laisse là-dedans ? Sans même avoir essayé de changer la situation ?

-    Parce que tu penses que tu peux y arriver ? De la peinture, Dom ! Comment tu veux y arriver, dans la vie, avec de la peinture ! Ça ne marchera jamais. C’est ridicule. Dans cinq ans, tu t’en rendras compte, et ça sera trop tard. Le poste que tu as abandonné, là maintenant, il sera pris par quelqu’un d’autre, et cette personne aura évolué, elle, elle sera importante, irremplaçable. Toi, tu ne pourras pas la remplacer, avec tes cinq années à vivre dans la peinture ! Sois réaliste, enfin.

-    Et si ça marchait ? Et si j’y arrivais ? Pourquoi je n’y arriverais pas, d’abord ? C’est comme ça que tu le vois, le monde ? Va travailler, gagne de l’argent, épouse ton meilleur ami, fais des enfants ? C’est comme ça, que le monde marche ?

-    Mais qu’est-ce que tu penses, Dom ? Que demain, parce que tu auras décidé de peindre, ton monde il ira mieux ?

-    Tu sais quoi, Victoire ? Je vais te le prouver, que mon monde il ira mieux.

Victoire éclate de rire, rejetant la main de Teddy qui tente de lui dire d’arrêter là, de ne pas faire de problèmes. Leurs parents se taisent, dépassés par ce conflit entre soeurs. Dominique tremble, les yeux humides, persuadée de voir ici sa vie se jouer. Toujours, elle s’est laissée faire par cette famille qui lui veut son bien, forcément, mais qui l’enferme dans un monde dont elle ne veut pas. Toujours, elle s’écrase devant cette grande soeur qu’elle admire un peu trop, qu’elle se déteste d’admirer autant, à qui elle aimerait simplement prouver, au fond, qu’elle est respectable, elle aussi, et que son monde n’est pas moins fabuleux que le sien. La voir rire, ainsi, presque dédaigneuse, elle ne sait pas, elle n’a jamais su vraiment la lire, mais elle sait que ça la blesse, que ça lui donne envie de tourner les talons, de courir vers la mer, et d’hurler dans le vent tout le mal qui la traverse. Seulement, cette fois, Dominique reste debout, tremblante, devant sa soeur.

-    Tu n’y arriveras pas, Dominique. C’est ridicule. Rends-toi compte. Comment veux-tu vivre de la peinture ? L’art est mort, dans le monde sorcier ! Tu ne fais pas dans le classique, comment vas-tu t’imposer ? Tu comptes t’imposer dans le monde moldu ? Quitter le Londres sorcier ? Peindre du classique ? Te changer, juste pour prouver que tu peux peindre dans ta vie ?

-    Je ne changerais pas. Et j’y arriverais. Tu verras, Victoire. Donne-moi deux ans. Dans deux ans, ça marchera. Ça aura commencé, en tout cas. Dans le monde sorcier. En moderne. Tu verras. Donne-moi deux ans. Si dans deux ans, rien n’a changé, je me rangerais. Tu peux bien me donner deux ans, non ?

Victoire détourne la tête. Soupire. Et se lève, quitte la table.

Dominique demeure en suspens, perdue. Cela veut dire oui ? Elle s’effondre sur sa chaise, tout son courage retombant, d’un coup. Elle lève les yeux, presque assommée, vers son père, qui n’a toujours rien dit.

-    Papa, s’il te plaît. Deux ans. Juste deux ans.

Et son père qui lui sourit, gentiment. Deux ans, bien sûr. Deux ans, ce n’est rien. Deux ans, il les lui donne encore et encore, si ça la rend heureuse. Elle aurait dû leur dire, tout cela. Elle aurait dû leur dire il y a si longtemps. Alors, quoi, deux ans pour que sa fille s’épanouisse ? Quel père dirait non ? Deux ans.

Dominique se lève. L’étreint.

Deux ans. Elle n’a plus qu’à courir chez Dean, alors. Et peindre.

Note de fin de chapitre :

On se retrouve très vite, vu qu'il nous faut nos 10 000 mots de postés avant le 8 mai, héhé. Comment ça, on a attendu la dernière minute ? Mais non, m'enfin ! N'hésitez pas à aller lire les autres participations en attendant, héhé ;)

- Julia

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