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Maintenance des sites


Bonjour à toutes et tous !


Pour nous prévenir un peu plus contre les bots, le serveur a besoin d'un petit redémarrage ! Le reboot traditionnel de 10h ce dimanche 25 septembre durera un petit peu plus longtemps, et au maximum une dizaine de minutes.



Merci de votre compréhension !


De Le CA et l'équipe technique le 23/09/2022 19:03


Ajout de nouveaux personnages !


Bonjour à tous et à toutes,


Les modératrices d'HPFanfiction ont le plaisir de vous annoncer que la liste de personnages a été complétée de A à Z ! La majorité des personnages de la saga sont maintenant à votre disposition pour les ajouter à vos résumés. Les personnages des Animaux Fantastiques et de L'enfant maudit ont également été étoffés. Si des personnages viennent à manquer, vous avez toujours la possibilité d'utiliser "Autre personnage Harry Potter/Animaux Fantastiques" ou "Personnage de Crossover".

Pour rappel, il existe un "Personnage original (OC)" pour catégoriser vos fics mettant en scène un de vos OCs. Pour les recueils de textes mettant en scène de multiples personnages, nous vous conseillons de les ranger dans "Autre personnage Harry Potter/Animaux Fantastiques". Enfin, certains groupes ont fait leur apparition, à savoir les Gryffondor/Poufsouffle/Serdaigle/Serpentard pour vos recueils sur les maisons ou les rivalités entre elles !

Attention ! Certains noms ont été modifiés : les personnages féminins mariés ont repris leur nom de jeune fille, pour ceux connus (ex : Bellatrix Lestrange est devenue Bellatrix Black, Molly Weasley est devenue Molly Prewett, etc...).

Nous vous encourageons à reclasser vos fanfictions en fonction des nouveaux ajouts, afin qu'elles trouvent plus facilement leur public. ;)

De L'équipe de modération le 17/09/2022 16:37


Sélections du mois


Le Jury des Aspics vous invite à lire sur les plus belles, les plus fortes, les plus merveilleuses Sorcières de la saga pour la rentrée de septembre avec la Sélection Femslash ! Vous avez jusqu'au 30 septembre pour lire les 11 textes proposés par les membres et voter par ici.

Et au mois d'octobre, jouez les Indiana Jones et partez à l’Aventure ! Il vous reste 15 jours pour proposer vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.

Si les thèmes ne vous plaisent pas, souvenez-vous qu’il reste la Sélection Fanfictions longues pour occuper vos jours, vos nuits et votre année 2023 ! Jusqu'en décembre, venez découvrir 12 magnifiques univers ! Pour en savoir plus, rendez-vous ICI.

 

 


De Equipe des Podiums le 14/09/2022 23:00


30ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 30e édition des Nuits Insolites se déroulera le samedi 24 septembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 10/09/2022 10:05


Concours d'écriture


Ici la voix...

La voix vous propose un concours Secret Story, pensé pour les membres les plus anciens du site comme ses plus récents utilisateurs ! Idéal pour apprendre à connaître de nouvelles personnes et découvrir la communauté HPFienne, autrices comme lectrices y sont les bienvenues ! La voix vous explique son projet plus en détails ici !
Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 28 septembre !




De La Voix le 05/09/2022 23:30


IRL Officielle


Bonjour à toutes et tous !


A l'occasion des 25 ans de la saga Harry Potter, l'association a décidé de marquer le coup en organisant une IRL officielle ! o/
Elle se déroulera du vendredi 30 septembre au dimanche 02 octobre 2022, au sud de Tours. Cette IRL est ouverte à toustes, lecteurs, auteurs, et membres de l'association. Vous trouverez plus de renseignements ici.
Nous avons hâte de vous rencontrer !

De Le Conseil d'Administration le 01/09/2022 18:12


Le Paradis de mon Enfer par Cassy

[71 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Bonjour à tous!!

Tout d'abord: je vous souhaite une très belle année 2020! J'espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d'année.

Je tiens comme d'habitude à remercier les personnes qui m'ont laissées des reviews et celles qui continuent à lire ma Fanfiction :D ça me fait vraiment très plaisir et me motive à toujours continuer!

D'ailleurs, je vous avais dit qu'elle serait sans doute fini à la fin de l'année 2019. Bien que ça s'approche, vous avez remarqué que ce n'était pas le cas. Enfaite, je remarque que quand je me mets des délais, je perds presque la motivation pour écrire, ou en tout cas je me mets une trop grosse pression. C'est d'ailleurs pour cette raison - et aussi car il était très grand et très fourni - que ce chapitre a mis plus de temps à s'écrire!

Alors maintenant, je préfère aller à mon rythme, tout en vous assurant que je terminerai cette Fanfiction :D

 

Dès lors, je vous laisse apprécier ce chapitre, qui est pour moi très important et qui m'a faite pleurer, je dois dire comme jamais lorsque j'ai écrit, notamment au POV Sirius... A vous de juger!

 

Bonne lecture :)

 

Elle se tenait droite comme i, mais ses jambes ne pouvaient cesser de trembler et de gigoter tandis qu'elle attendait dans la salle commune que le professeur Mcgonagall vienne les chercher. Autour d'elle, elle avait l'impression que l'ambiance était électrique. Il avait régné depuis plusieurs jours à Poudlard une atmosphère fébrile, qui n'avait cette fois-ci rien avoir avec les examens de fin d'année. Pourtant, c'était tout ce que Lily avait fait les semaines précédentes : réviser pour ses examens. Mais elle n'était pas fâchée de cela. Ça lui permettait de rester le plus loin possible des ennuis, des disputes, et surtout de Nelly. Elle essayait tant bien que mal d'accepter qu'Alice était désormais amies avec les deux filles, et qu'elle devait parfois la laisser pour rejoindre Nelly. Lily mentirait si elle disait que ça ne lui brûlait pas l'estomac à chaque fois que ça se produisait, mais elle essayait de garder la face, et les révisions l'y aidaient amplement. Mais depuis quelques jours, son esprit était accaparé par un stress qu'elle n'arrivait pas à masquer sous des piles et des piles de livres. C'était une angoisse qu'elle n'avait jamais réussi à gérer. Et, alors qu'elle était assise au milieu d'autres élèves qui attendaient impatiemment, elle se rendait compte que peu de septièmes années de Gryffondor ne ressentaient la même chose qu'elle. Elle pouvait voir des visages sérieux, d'autres excités, d'autres encore extrêmement joyeux. Mais Lily ne ressentait rien de tout cela. Tout ce qu'elle voulait, c'était que la journée se termine rapidement, et surtout sans encombre. C'était de la peur, pure et destructrice, qu'elle ressentait. Et elle savait qu'elle était la seule Gryffondor de son année à pouvoir le comprendre. Après des minutes interminables d'attente, le professeur Mcgonagall entra enfin dans la salle commune, s'éclaircit la voix pour rien- puisqu'il n'y avait déjà plus de bruit - et annonça solennellement :

-Chers élèves de septième année, vos familles vous attendent dans le hall. L'un après l'autre s'il-vous-plaît.

Ce fut la bousculade générale, mais Lily laissa volontiers passer les autres avant elle. Elle avait envie d'être la dernière, que personne ne soit témoin de ce qui allait se produire. Lorsqu'Alice lui passa devant avec un grand sourire, la rousse eut l'impression que ses joues allaient rester bloquées lorsqu'elle tenta de le lui retourner. Puis vint le tour de Nelly, que Lily était prête à fusiller du regard, mais la jeune femme semblait elle-aussi en proie à des sentiments qui la rongeaient de l'intérieur. Lily ne put s'empêcher de ressentir le besoin de savoir ce qui n'allait pas, mais secoua la tête pour éviter d'y penser. Le cœur battant, elle suivit, résignée, le reste des Gryffondors passer par le trou du portrait de la Grosse Dame et se précipiter dans les escaliers. Alors qu'elle-même sortait de la salle commune, elle entendit un éclaircissement de voix et rougit lorsqu'elle trouva le professeur Mcgonagall qui marchait à ses côtés.

-Le professeur Dumbledore s'est chargé personnellement d'aller accueillir vos parents, Miss Evans, ainsi que les autres parents d'élèves moldus de Poudlard.

Lily se sentit rougir. Elle détestait mettre ainsi ses parents en proie aux regards des autres. A réellement parler, elle ressentait de la honte envers ce qu'elle était. Elle rougit d'autant plus lorsqu'elle comprit que le professeur Mcgonagall l'avait remarqué.

-Ils avaient l'air ravis d'être ici, lui dit son professeur d'une voix un peu trop entendue.

Lily acquiesça, mais n'eut pas le temps de répondre qu'elle les vit, dans le hall près de la Grande Salle, au milieu des autres parents et famille des élèves qui faisaient des accolades chaleureuses à leurs enfants. Sa mère fut la première qu'elle aperçut et, sans se soucier que sa directrice de maison n'y assiste, Lily lui sauta dans les bras. Puis ce fut son père, qui lui fit un baiser sur la joue avec un sourire chaud. Puis la rousse s'arrêta net. Elle était persuadée qu'elle ne viendrait pas. Elle était persuadée qu'il n'y aurait que ses parents. Mais Pétunia se tenait, au moins aussi droite que la statue qui était juste derrière elle, les lèvres pincées, le menton haut et dédaigneux, le regard méprisant mais aussi - Lily le remarqua - apeuré, sur les tableaux qui parlaient entre eux ou essayaient de faire la conversation aux nouveaux arrivés. Rouge et le cœur battant dans sa gorge, Lily se força à s'éclaircir la gorge, et tendit une main peu assurée vers sa sœur aînée :

-Salut, dit-elle d'une petit voix.

Pétunia regarda la main de Lily comme si elle allait la brûler puis, en restant résolument accrochée à son sac, répondit d'une voix sèche :

-Salut.

Le malaise fut interrompu par le professeur Mcgonagall, qui venait se présenter aux parents de Lily.

-Oh bonjour Madame, fit la mère de Lily, dont les cheveux aussi roux que ceux de sa fille faisaient tourner les têtes des pères qui se trouvaient tout près - Lily eut envie de rire en voyant les regards polis mais fermes de son père envers ceux-ci. Ma fille nous parle très souvent de vous. Je crois bien que vous êtes l'un de ses professeurs préférés !

Lily se sentit à nouveau rougir et n'osa pas regarder son professeur qui, il lui semblait, avait les joues qui avaient rosi.

-Eh bien, votre fille fait partie des élèves les plus prometteurs de Poudlard. Elle sera une très grande sorcière, rajouta-t-elle en lançant un regard équivoque vers par-dessus ses lunettes à Pétunia, qui semblait déterminée à savoir si elle pouvait trouer le sol uniquement par la force de son regard.

-Nous n'avons aucun doute ! Ses notes sont excellentes, et puis il y a le fait qu'elle soit Préfète-en-Cheffe, c'est comme ça que vous dites pas vrai ma chérie ? demanda son père.

Lily regarda cette fois-ci le professeur Mcgonagall avec effroi puis baissa les yeux, honteuse de devoir commencer cette journée en annonçant à ses parents qu'elle n'était pas la fille qu'ils croyaient avoir.

-C'est cela. Comme je l'ai dit, votre fille est une sorcière exceptionnelle. Je vous souhaite une très belle journée. A demain Miss Evans.

Lily remercia son professeure du regard qui, elle l'aurait juré, venait de lui faire un clin d'œil. Quelque peu rassurée par les paroles de la directrice de Gryffondor et revigorée par le fait que personne ne semblait réellement s'intéresser à sa famille moldue, Lily proposa à ses parents de commencer par la Grande Salle, puis de faire le tour des classes environnantes au sous-sol. Tandis que sa mère s'émerveillait de tout ce qu'elle voyait, que son père faisait des commentaires pragmatiques sur la manière dont tout le monde pourrait construire un trompe-l'œil aussi merveilleux que le plafond de la Grande Salle et que Pétunia restait plantée plusieurs centimètres en arrière, fusillant du regard quiconque la dévisageait, Lily commençait à trouver la journée plaisante. Aux alentours, tout le monde avait l'air heureux, et la plupart des parents semblaient revivre une jeunesse depuis trop longtemps perdue, parlant amoureusement de chaque recoin de Poudlard. Elle appréciait présenter sa famille à ses amis, saluer les parents qu'elle connaissait déjà, puis présenter ses professeurs. Le professeur Slughorn fut absolument abasourdi lorsque son père lui expliqua sa profession, et Lily dut se retenir de rire devant les efforts que faisaient sa mère pour ne pas éclater de rire. La rousse essayait tant bien que mal d'inclure Pétunia dans ses explications, mais sa sœur semblait déterminée à ne pas apprécier cette journée. Bien que Lily en fut peinée, elle n'arrivait pas à s'empêcher de ressentir une certaine empathie pour sa sœur. Elle savait pertinemment au fond d'elle que Pétunia rêvait d'être à sa place. Alors que ses parents étaient en grande conversation avec le professeur Bones - qui avait été le seul capable de faire lâcher son sac à Pétunia qui le regardait désormais la bouche ouverte avec effroi - Lily en profita pour s'échapper quelques minutes du monde environnant dans la première salle de classe qu'elle crut au départ inoccupée. Elle sursauta lorsqu'elle vit que quelqu'un avait eu la même idée qu'elle, et s'apprêtait à partir rapidement lorsqu'elle comprit que ce n'était autre que Dorcas. Cependant, quelque chose la tint clouée sur les places. Ce n'était pas tant les sanglots de la jeune femme. C'était plutôt le fait que sa camarade de Gryffondor se tenait contre le mur, les bras croisés et les jambes pliées, et semblait en proie à une véritable douleur. Lily ne pouvait décemment pas partir en la laissant ainsi. C'était contre sa nature. Doucement, elle s'approcha, s'éclaircit la gorge pour prévenir Dorcas de sa présence et dit :

-Je suis désolée, je croyais que la salle était inoccupée.

Comme si elle avait été brûlée au fer rouge, Dorcas se remit sur pieds et essuya précipitamment ses larmes. Mais Lily les avait bien vues.

-Oh non, c'est moi je... Je m'en allais !

Alors que sa froideur habituelle envers Dorcas la poussait à laisser la situation ainsi, Lily s'entendit dire :

-Tu peux rester tu sais.

Dorcas fit quelques pas et s'arrêta, en interrogeant Lily du regard.

-Tu... Tu es seule aujourd'hui, c'est ça ? demanda Lily, en essayant de comprendre les larmes de la jeune femme.

-Oh non, fit Dorcas en secouant la tête. J'ai ma maman avec moi. Mais elle tenait absolument à parler au professeur Chourave. Apparemment, elle l'a beaucoup aidée lorsqu'elle était elle-même à Poudlard.

Lily acquiesça. Elle savait pourquoi Dorcas pleurait. Puis la rousse comprit quelque chose. Quelque chose que peut-être d'autres avaient essayé de lui faire comprendre au cours de l'année. Elle le comprit en se rendant d'à quel point elle avait eu peur du regard d'autrui quant à sa famille. Elle comprit à quel point c'était désagréable et blessant d'être jugée. Et elle comprit que c'était ce qu'elle avait fait avec Dorcas. Non seulement avait-elle jugé la fille, mais elle l'avait condamnée. Et, à voir les larmes de la jeune femme actuellement, Lily se dit qu'elle avait peut-être eu tord quant à son jugement.

-C'est à cause de Mulciber ? demanda-t-elle.

Elle vit à la tête à Dorcas qu'elle venait de dépasser une ligne invisible qu'il lui serait impossible de repasser. Mais peu lui importait. L'année allait se terminer. Poudlard allait se terminer. Et Lily avait besoin de comprendre.

-Je... Je... comment...bredouilla Dorcas.

Lily soupira et lâcha ses bras. D'une voix ferme mais moins froide qu'auparavant, elle dit :

-Je sais pour toi et lui. C'est pour ça que je ne t'aimais pas. J'ai cru vous apercevoir une fois, l'année passée. Je n'en étais pas tellement sûre, mais j'ai quand même bâti le jugement que je me faisais de toi sur cette image. Et puis tu étais très fermée, en retrait, alors je n'ai pas vraiment cherché à savoir. Mais j'en ai eu la confirmation au bal de Noël. Je vous ai clairement vu ce soir-là. Et tu n'avais pas l'air d'être forcée...

Elle vit Dorcas rougir. Ses yeux s'étaient arrêtés de pleurer, mais Lily y percevait toujours une souffrance énorme. Elle se demanda si elle avait bien fait de mettre le sujet sur le tapis, au vu du malaise environnant. Mais il était trop tard pour faire machine arrière. Pendant plusieurs secondes, il n'y eut aucun bruit dans la salle, et Lily commençait à sentir la chaleur lui monter le long des bras jusqu'à ses joues.

-Tu as toutes les raisons de me détester, finit par dire Dorcas - la voix enrhumée par ses sanglots. J'ai vraiment été la plus stupide qu'il soit. J'ai cru que... J'ai cru que peut-être, il était quelqu'un de bien.

Lorsqu'elle la vit ainsi vulnérable, frêle et blessée, Lily ressentit de la honte. Une honte énorme d'avoir pu juger quelqu'un aussi facilement. Quelqu'un qui, à ce qu'elle ressentait actuellement, n'avait besoin que d'une chose : d'aide. Elle était une Gryffondor, elle était censée porter son secours aux autres. Mais elle avait failli à Dorcas. Elle avait failli à beaucoup de gens.

-Non, tu n'es pas stupide. Il a fait la même chose avec Mary McDonald.

Dorcas la regarda, d'une manière presque suppliante.

-Mary... ? demanda-t-elle d'une petite voix. Tu sais ce qui lui est arrivé ?

Lily soupira : elle savait.

-Oui. Mais ce n'est peut-être pas le bon moment d'en parler. Je dois absolument rejoindre mes parents. Si ça te dit, une fois que cette journée sera terminée, on peut se rejoindre et je t'expliquerai ce que je sais.

Dorcas hocha la tête faiblement. Lily se retourna mais, avant de sortir de la salle, dit :

-Essayer d'aimer quelqu'un de mauvais, ce n'est pas stupide Dorcas. Ça prouve juste que tu seras meilleure qu'il ne le sera jamais.

Elle comprit en s'en allant que ses paroles avaient résonné exactement là où il le fallait.

 

 

L'atmosphère était palpable. Personne ne parlait et pourtant, alentours, les conversations grouillaient. La plupart des élèves de Gryffondor avaient déjà retrouvé leurs parents. Du coin de l'œil, James ne cessait d'observer Lily qui, avec le professeur Mcgonagall, accueillait sa famille. Sa mère avait les mêmes cheveux roux étincelants qu'elle. Son père avait l'air plus réservé, bien que chaleureux. Mais lorsqu'il vit sa sœur, droite comme un i, froide et qui regardait Lily comme si elle était dégénérée, James comprit qu'il avait peut-être jugé le caractère de feu de la rousse un peu trop rapidement. Il n'arrivait pas à se tenir sur place, et faisait les cent pas tandis qu'à ses côtés, Cassidy attendait, les bras croisés, beaucoup plus tranquille. Puis, quelques mètres plus loin se tenait Sirius, le regard bas, qui donnait l'impression d'avoir envie que le sol l'englobe. Apparemment, Cassidy était allée lui dire qu'il était évidemment le bienvenu auprès de ses parents. Et James devait l'avouer, il n'avait aucune envie de devoir expliquer à son père et à sa mère ce qu'il s'était passé entre eux. Au contraire, il se sentait presque honteux de les accueillir d'une telle manière. Ses pensées furent coupées par Cassidy qui, dans une exclamation, se fit entourée par les deux bras puissants de leur père. Peu après, James ressentit la même surprise lorsque sa mère le prit dans ses bras et lui administra un baiser sur le front. Légèrement déboussolé, il sourit à sa mère, et alla saluer chaleureusement son père. Il ne put détourner la tête lorsque ses deux parents allèrent saluer Sirius, qui tentait tant bien que mal de sauver les apparences, mais dont James pouvait sentir la souffrance jusque chez lui. Il se força à ne pas la ressentir.

-Qu'est-ce que ça fait plaisir de vous voir ! lança son père dont les yeux, émus, parcouraient les plafonds de Poudlard. Hé bien... Je dois avouer que ça me fait quelque chose de me retrouver ici. Pas vrai Euphémia ?

-Absolument, acquiesça sa mère, toute aussi excitée. Bien. Par quoi on commence ?

James lança un regard à Cassidy puis se força à tourner la tête pour ne pas voir les yeux de Sirius. Sa petite sœur prit la parole :

-Tout le monde sera dans la Grande Salle. On a pensé vous montrer la salle commune. Ça vous va ?

Les parents acquiescèrent de bon cœur et, avant de quitter le hall où toutes les familles s'étaient réunies, James lança un dernier regard auprès de Lily. Il aurait tant aimé pouvoir la présenter à ses parents.

 

Elle avait besoin de reprendre ses esprits et, surtout, de faire dégonfler ses yeux avant de retrouver sa mère. Elle savait pertinemment que si elle voyait sa fille ainsi, elle allait se faire du soucis. Et, lorsque sa mère se faisait du soucis, Dorcas savait que ça n'engageait jamais rien de bon. Elle avait été heureuse de la revoir, qu'elle la prenne dans ses bras. De plus, ce jour-là, sa mère semblait être dans de bonnes dispositions, heureuse de retrouver Poudlard. Apparemment, cette école avait marqué de nombreuses personnes. Dorcas se demandait ce qui allait en rester pour sa part, désormais qu'elle venait de se rendre compte qu'elle y avait gâché ses années. Elle aurait aimé pouvoir en parler avec sa mère, mais dans le fond, qu'est-ce que cette dernière pouvait bien y faire ? Elle aussi était tombée sur un mauvais garçon, l'avait crue, s'était faite des espoirs. Puis Dorcas était née, et son père les avait abandonnées, de la même manière que Mulciber l'abandonnait à présent. Prendre conscience de cela lui donnait l'impression qu'on lui poignardait les entrailles. Jamais Dorcas ne s'était sentie aussi peu aimée de toute sa vie. Si Lily ne l'avait pas trouvée, la jeune femme n'aurait pas réussi à calmer son flot de larmes. Et pourtant, il y avait quelque chose d'incroyablement réconfortant dans les paroles de la rousse. Bien que Dorcas savait qu'elles ne seraient jamais de grandes amies, elle avait confiance en Lily pour lui dire la vérité. Et ce qu'elle avait dit, Dorcas le chérissait à présent dans son cœur. Peut-être n'était-elle pas aussi faible et méprisable que ce qu'elle ne pensait. Peut-être avait-elle juste envie de voir le meilleur dans les autres. Dans tous les cas, elle se raccrochait au fait que le soir même, elle allait comprendre. Elle allait comprendre qui était réellement Mulciber et alors, peut-être pourrait-elle l'oublier complètement. Elle s'apprêtait à sortir de la salle de classe, calmée, lorsqu'elle entendit des bruits de pas arriver dans sa direction. Pour elle ne sut quelle raison, elle paniqua et entra dans la première armoire qui servait à stocker du matériel. Elle se glissa tant bien que mal dedans, sa petite taille aidant, et attendit, le cœur battant. Son cœur s'affola d'autant plus lorsqu'elle prit conscience de qui venait d'entrer dans la salle de cours.

-Pourquoi est-ce que tu m'emmènes ici ? demanda une voix lasse qu'elle ne connaissait que trop bien.

Son cœur tambourinait contre sa poitrine, et elle commençait à avoir incroyablement chaud. Elle essayait de ne pas penser au fait qu'elle était coincée dans un espace aussi confiné. Elle espérait de toutes ses forces qu'ils n'allaient pas faire longtemps. Car la vérité était que Dorcas ne savait pas ce que Mulciber ferait si jamais il la découvrait ici.

-Ton père voulait parler au professeur Slughorn, répondit une voix féminine grave, qui semblait résignée, comme si cela répondait à la question.

-Et ? demanda Mulciber, et Dorcas fut surprise de se rendre compte avec quel manque de considération il semblait s'adresser à sa mère.

Taraudée par la curiosité malsaine et son obsession de découvrir qui il était, Dorcas ouvrit la porte du placard de quelques millimètres, juste assez pour qu'elle puisse voir sa tête à lui, qui regardait sa mère l'air blasé. La femme, de bien quelques centimètres plus petites, donnait l'impression d'avoir envie de se faire la plus invisible possible. Elle avait de longs cheveux noirs d'ébènes et, lorsqu'elle se retourna, Dorcas ne fut pas surprise de se rendre compte qu'elle était d'une grande beauté. Seulement, cette même beauté était gâchée par les yeux les plus tristes que Dorcas n'ait jamais vus. La femme marcha de quelques pas, et, lorsqu'elle ouvrit la bouche, elle donnait l'impression de se parler plutôt à elle-même :

-C'est de ma faute, dit-elle d'une voix brisée, les yeux dans le vague contre le mur, à voir quelque chose que les autres ne voyaient pas.

Lorsque Mulciber s'avança lui aussi, le cœur de Dorcas s'affola: il ne fallait pas qu'il la voie. Elle retint son souffle et se sentit sur le point de défaillir lorsqu'il répondit :

-Qu'est-ce que tu racontes ? Sortons d'ici.

C'était un ordre. Apparemment, Mulciber semblait avoir l'habitude de mener sa mère à la baguette. Mais celle-ci ne bougea pas. Elle venait de poser des doigts délicats sur les murs de marbre de la salle de classe et avançait gentiment lorsqu'elle dit - si bas que Dorcas dut tendre l'oreille :

-Tout ça, c'est de ma faute. Tu avais tout pour bien faire. Cette école, Poudlard... Je m'en souviens, oui. Moi aussi, j'avais tout pour bien faire.

Dorcas pouvait ressentir les paroles de la femme - bien qu'extrêmement peu fortes - comme si elles venaient de lui transpercer le cœur. Elles flottaient à travers la pièce, et, aux yeux écarquillés de Mulciber, Dorcas savait qu'il l'avait senti lui aussi.

-Mère, vous délirez. Venez, il faut que l'on retrouve Père. Vous savez très bien comment il est, il va se fâcher.

Cette fois-ci, la femme lâcha le mur et un rire sans joie sortir de sa bouche telle une exclamation.

-Oh oui, je le sais. Je le sais même très bien. Mais qu'est-ce que tu crois que ton père peut me faire qu'il ne m'ait déjà fait des centaines de fois ?

Dorcas commençait à comprendre l'ampleur de la situation. Elle avait l'impression que le garçon qu'elle croyait connaître était sur le point de défaillir. Jamais elle n'avait vu Mulciber aussi peu sûr de lui qu'à l'instant même, aussi déstabilisé.

-On y va, répéta-t-il d'une voix qui se voulait forte, mais sa mère ne le suivit pas.

A la place, elle posa la même main qui avait parcouru le mur sur la joue de son fils et, des larmes lui perlant dans les yeux, elle dit :

-Je suis désolée. Si j'avais été une meilleure mère, je t'aurais protégé de tout cela. Je t'aurais protégé de lui. Et alors, tu ne serais pas devenu le jeune homme que j'ai devant moi à présent. Tout ce que j'espérais, c'est que tu ne deviennes pas comme lui. Mais c'est trop tard n'est-ce pas ? Et c'est de ma faute. Je suis désolée, mon fils.

Sans qu'elle ne l'aperçut réellement, Dorcas sentit une énième larme s'écouler le long de sa joue et venir s'échouer sur l'une de ses mains, au même instant où celle de la mère à Mulciber touchait le sol. Puis la femme s'en alla, laissant à Dorcas la vue libre pour le voir entièrement. Son expression était indéchiffrable. Elle était un mélange de colère, voir presque de haine, de surprise, mais aussi, Dorcas en était certaine, de souffrance. Lorsqu'il partit et laissa la salle libre, la jeune femme resta un instant de plus dans le placard, en essayant de se remémorer l'expression de Mulciber. Car, Dorcas le savait, c'était le plus humain qu'elle ne le verrait jamais.

 

 

Cela faisait désormais plus d'une heure qu'ils arpentaient les couloirs de Poudlard, son père s'extasiant sur chaque détail dont il se souvenait, et sa mère rigolant à chaque anecdote qui lui revenait en tête. Malgré le stress qu'il avait pu ressentir, James était heureux de se retrouver en leur compagnie. Cassidy avait l'air d'être la plus à l'aise, et était celle qui les guidait là où bon lui semblait, en demandant à ses parents la moindre anecdote qu'ils pouvaient leur raconter. James avait un étrange sentiment au fond de lui : c'était bizarre, de se rendre compte que ses parents avaient aussi eu une jeunesse, qu'ils avaient aussi vécu ce que lui était en train de vivre, qu'ils avaient probablement aussi fait des bêtises. Bien que cette partie-là, remarqua-t-il, était souvent auscultée dans le récit de ses parents. Alors que Cassidy souhaitait les entraîner dans la salle de classe du professeur Flitwick et leur montrer avec quoi ils s'entraînaient d'ordinaire aux sortilèges, James entendit quelqu'un se racler la gorge derrière eux. Il se faisait tellement discret qu'il l'avait presque oublié.

-Si ça vous convient, je vais peut-être vous laisser profiter du reste de la visite entre vous, en famille. Je... Il y a quelque chose que j'aimerais faire. Mais on se rejoint pour le festin, pas vrai ?

James voyait au regard de ses parents que les paroles de Sirius les déboussolaient. Il jeta un coup d'œil à Cassidy, laquelle semblait peinée. Lui-même aurait eu envie de dire quelque chose, de dire au garçon qu'il pouvait rester, mais il n'y arriva pas. A la place, il regarda Sirius leur faire un petit signe timide de la main et s'en aller à l'angle du couloir, les mains dans les poches. Pendant plusieurs secondes, personne ne dit rien. Puis Cassidy, avec un peu trop d'entrain pour que ce soit naturel, fit :

-Bon, alors, vous venez voir la salle ?

-A vrai dire ma chérie, coupa leur père en se raclant la gorge - il ne regardait que James quand il disait ça, tu pourrais peut-être aller montrer la serre à ta mère ? Elle a toujours aimé la botanique. Quant à moi et James, on ira voir la salle de Défense contre les Forces du Mal. J'aimerais bien dire bonjour à ce bon vieux Burbog. On a cas dire qu'on se rejoint ici dans exactement trente minutes, ça vous va ?

Cassidy et James se regardèrent, le deuxième sachant pertinemment que son père ne voulait pas juste saluer l'un de ses professeurs. Le regard un peu trop entendu que ses parents se lancèrent entre eux ne présageait rien de bon à ses yeux. Résignée, Cassidy accepta, et James fit un geste d'au revoir à sa mère. Puis il suivit son père le long des couloirs : apparemment, il n'avait pas besoin de le guider, il avait l'air de se souvenir parfaitement des moindres recoins du château. Plus le silence entre eux s'appesantissait, plus James se sentit idiot. Lorsqu'il avait été le plus en colère contre Cassidy et Sirius, il avait pensé écrire à ses parents. Il avait imaginé la réaction horrifiée de sa mère, et celle de son père, qui sommerait à Sirius de quitter sur-le-champs leur maison. Mais désormais qu'il savait qu'il allait devoir s'expliquer quant à l'attitude de son ancien meilleur ami, la vérité semblait tout d'un coup bien moins évidente à ses yeux. Bien qu'il essayât de le repousser, James avait plutôt l'impression que c'était lui qui était en faute actuellement. Ils arrivèrent dans la salle de Défense contre les Forces du Mal, mais cette dernière était vide.

-Bon... On a cas rejoindre maman et Cassy, et peut-être qu'on croisera le professeur Burbog en chemin.

Alors qu'il s'apprêtait à sortir de la salle rapidement, son père se racla encore une fois la gorge :

-Pas si vite.

James se tendit immédiatement. Mais son père ne se tourna pas vers lui. A la place, il alla admirer les cobayes que les élèves utilisaient pour apprendre à se défendre.

-Ingénieux, dit-il en hochant la tête. A mon époque, c'était nous les cobayes. Mais j'imagine que les règles ont quelque peu changé.

-Il y a toujours des duels, fit James, comme pour prouver à son père que lui aussi avait appris à se défendre pour de vrai.

Il aurait aimé lui parler du groupe de défenses qu'il avait créé, mais savait que ce serait trahir le secret qu'il avait juré de garder. Son père eut un petit rire :
-Je n'en doute pas. Les cobayes sont bien mieux pour apprendre les sortilèges de défense. Ils apprennent la précision, bien mieux qu'un de tes amis qui a tellement peur qu'il te supplie de ne pas le stupéfixier.

James eut un petit rire. Après tout, peut-être que son père l'avait emmené ici uniquement pour lui parler de la Défense contre les Forces du Mal.

-Le professeur Mcgonagall a l'air de dire que tu as de bonnes chances de devenir Auror.

James regarda son père et se sentit rougir : ça lui semblait évident qu'il était au courant, mais lui ne l'avait jamais avoué à voix haute. Surtout, il ne pensait pas que sa directrice de maison le tenait aussi haut dans son estime, après tout ce qu'il lui avait fait subir cette année-ci.

-Ah oui ? dit-il d'une petite voix.

Son père hocha la tête avec un sourire fier, et lui mit gentiment la main sur l'épaule. James aurait voulu détourner le regard, mais il savait qu'il ne le pourrait pas.

-Tu sais fils... Je ne te l'ai peut-être jamais dit, mais je suis fier de toi mon grand. Et je sais très bien que venant d'un vieux singe tel que moi, ça ne veut pas forcément dire quelque chose à tes yeux. Mais j'ai été jeune. J'ai eu ton âge. Et j'ai connu Poudlard. Je sais à quel point certaines... distractions peuvent venir barrer ta route. Et je suis fier de voir que malgré tout, tu restes quelqu'un qui sait où il va, quelqu'un sur qui l'on peut compter.

En temps normal, le discours de son père - d'ordinaire peu démonstratif - l'aurait profondément touché. Mais James n'arrivait désormais plus à le regarder. Il avait honte. Son père ne savait finalement rien. Il ne savait pas que son fils n'était plus quelqu'un sur qui les autres pouvaient compter.

-Et tu sais... tout le monde fait des erreurs. Je n'oserais même pas te dire le nombre que j'en ai fait à même ses murs. Peut-être que si tu parlais au professeur Mcgonagall... Mais enfin, là n'est pas la question. La question, c'est ce qu'on en fait. Et moi, je crois avoir appris beaucoup de choses au cours de ma vie, de ma carrière. Notamment l'importance de garder les gens que tu aimes et qui t'aiment près de toi. Alors j'espère que tu me comprendras James, quand je te dirai que peu importe ce qu'il se passe entre toi et Sirius, il aura toujours sa place sous notre toit.

James releva la tête, les joues brûlantes. Alors il avait compris. Son père ne le regardait pas de manière sévère, il ne le regardait pas avec déception. Au contraire, il le regardait avec compassion. Incapable de le contrôler, James en eut les larmes aux yeux. La gorge trop nouée pour parler, il se contenta d'acquiescer.

-Et si je peux me permettre un conseil de vieux sage : il n'y a rien que votre lien d'amitié ne puisse surmonter.

James baissa les yeux, puis les releva. A ce moment-ci, son père le prit dans ses bras :

-Quoi qu'il en soit, fils, je suis fier de l'homme que tu es entrain de devenir.

James lui rendit son étreinte, les yeux le brûlant. C'était la première fois que son père le lui disait à lui seul, et il se rendait compte à présent à quel point il avait besoin de l'entendre.

-Eh bien, je crois que l'on ferait mieux de rejoindre ta mère et ta sœur !

 

 

 

Sa mère humait l'air agréable et printanier du premier jour du mois de mai. Le soleil brillait sur Poudlard, et l'enceinte était magnifique. Quelques familles s'y tenaient, certains se dirigeaient vers la cabane de Hagrid. Sa mère avait insisté pour l'y emmener, et Cassidy sentait que ses parents voulaient arriver à une conclusion. Une conclusion qu'elle n'était pas sûre de vouloir entendre.

-J'avais oublié à quel point c'était agréable de se trouver ici.

Cassidy sourit : elle-même en prenait conscience juste à l'instant présent. Elle avait eu une chance incroyable de pouvoir faire ses études à Poudlard, et, un jour, elle espérait peut-être avoir ses propres enfants dans l'école, afin de pouvoir - à l'instar de ses parents - goûter une fois de plus au plaisir que cela procurait.

-Tu sais, quand je vous vois ici, je me dis que l'on ne parle pas assez de ce qu'il se passe réellement dans vos vies.

Cassidy sentit son cœur s'affoler : qu'allait-elle pouvoir dire à sa mère ? Elle n'avait pas envie de lui mentir, mais n'était définitivement par prête à lui avouer la vérité.

-M'enfin, j'ai eu votre âge, je me souviens parfaitement de ce que c'était. Je ne devrais probablement pas te dire ça, mais si mes parents avaient tout su... Mon Dieu. Je préfère ne pas l'imaginer. D'ailleurs, je ne te l'ai jamais dit, mais au départ, tes grands-parents détestaient ton père.

Cassidy se tourna vers sa mère si fort que, pendant un instant, elle sentit sa tête tourner. Cette dernière eut un petit rire, ravie d'avoir provoqué l'effet escompté.

-Eh oui. Même si les années qui ont suivi ils n'ont juré que par lui, Fleamont Potter n'était pas assez bien pour Euphémia, leur unique petite fille adorée.

-Comment tu as fait ? Demanda Cassidy, un peu trop précipitamment à son goût.

Sa mère la regarda avec des yeux trop entendus, et l'emmena à l'ombre d'un très grand hêtre, avant de la sommer de s'asseoir. Cassidy le fit. Après tout, c'était sa mère qu'elle avait en face d'elle. Elle pouvait lui faire confiance.

-Quand je te regarde maintenant, et que je vois à quel point tu as grandi, je me dis que j'ai peut-être fait quelques erreurs...

-Maman, arrête ça. Vous n'avez rien fait de faux.

Cassidy le pensait. Elle était persuadée d'avoir les meilleurs parents qu'il pouvait exister sur la terre. Sa mère lui sourit gentiment et poursuivit :
-Personne ne fait jamais rien de faux. Tout le monde fait des erreurs. Et la mienne, ça a été de ne pas assez te parler. Tu sais Cassidy, de toi et James, tu es celle qui me ressemble le plus.

Cassidy fronça des sourcils : elle avait toujours eu l'impression d'être à part dans sa famille, que ses parents et James formaient le trio parfait, et qu'elle était de trop.

-Oui, tu as parfaitement entendu. J'étais assez timide, assez réservée. Je vivais ma vie, et n'avait besoin de réellement personne. Jusqu'à ton père bien entendu... Quand je vois James, je revois Fleamont à son âge.

A mesure que sa mère parlait, elle semblait se replonger dans des souvenirs nostalgiques, heureux, doux, et Cassidy suivait son récit sans la couper une seule seconde, captivée :

-Je ne le dis pas de manière négative, mais je crois que d'une certaine manière, la vie est plus facile pour eux. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont forcément plus heureux. Ils doivent faire leur chemin, comme tout le monde. Mais il y avait quelque chose... d'évident. Ils ont le contact facile, ils font rire, ils obtiennent toujours ce qu'ils veulent.

Sa mère la regarda d'un air entendu, et Cassidy sourit : elle pensait à James et Lily, et se dit qu'en effet le pouvoir de persuasion de son frère n'avait pas de limite.

-Tu sais, je ne devrais probablement pas te dire ça mais ton père... il avait une certaine... réputation. Disons que ce n'était pas forcément un bon garçon. C'était un peu le cancre, celui qui faisait rire toute la classe. Je pense que le professeur Mcgonagall le punirait aujourd'hui même si elle en avait l'occasion !

Cassidy fronça d'abord des sourcils puis éclata de rire. Elle avait de la peine à imaginer son père, si sérieux dans son rôle d'Auror, être le cancre de la classe. Puis elle pensa à James, et à la manière dont lui et Sirius étaient devenus la cible numéro une de Rusard.

-Et moi, j'étais plutôt une bonne élève, je ne faisais jamais de vague. Alors quand ton père et moi avons commencé à se fréquenter eh bien... ça en a surpris plus d'un. J'avais toujours l'impression que l'on ne me trouvait pas assez bien pour lui. Ironique, quand on sait que mes parents pensaient exactement le contraire !

Cassidy acquiesça : elle n'avait aucun mal à savoir ce que sa mère avait ressenti. Elle aussi se sentait toujours moins bien que James.

-Mais la vérité, c'était qu'aucun des deux n'était vrai. Nous étions juste... différents.

Cassidy hocha la tête. Ça lui faisait un bien fou de savoir que quelqu'un la comprenait.

-Et personne ne misait un seul Galion sur nous. Il était bien trop mauvais garçon pour moi, disaient-ils... mais il ne me connaissait pas.

Cassidy mima le dégoût quand sa mère lui fit un clin d'œil avant d'éclater de rire.

-Pendant longtemps je me suis sentie comme si je n'avais pas le droit de l'aimer. Comme si j'étais stupide de le faire.

Cassidy releva lentement la tête. Sa mère ne la regardait plus. Son cœur se mit à battre plus fort. Elle avait pensé savoir où elle voulait en venir. Mais elle comprenait à présent que c'était une toute autre conclusion qui l'attendait.

-Tout le monde me répétait sans cesse que ça ne marcherait pas. Que nous n'étions pas fait l'un pour l'autre. Que c'était... interdit.

Cassidy sentit des larmes lui monter dans le creux des yeux, mais fut incapable de les arrêter.

-La vérité, Cassidy, c'est que l'on ne choisit pas. Et je vais te dire exactement ce que j'ai répondu à mes parents, à dix-sept ans, quand ils m'ont demandée ce que je trouvais à ton père. Je leur ai répondu : je ne lui ai rien trouvé. Ça m'est tombée dessus. Je n'ai pas choisi. Alors peut-être que ça marchera, peut-être que ça ne marchera pas, peu importe. Le fait est que je pense que lorsque deux personnes se rencontrent et vivent quelque chose ensemble, il y a toujours une raison. Soit c'est pour que ça marche. Soit c'est pour en apprendre quelque chose.

Cassidy sentit une larme couler, et n'essaya pas de le cacher lorsque sa mère se retourna vers elle, un sourire compatissant et doux sur le visage. Elle lui posa une main sur la joue, et la jeune femme lui fut reconnaissante de ne pas lui demander de s'expliquer. Il n'y avait pas besoin. Sa mère savait. Bien entendu qu'elle savait.

-Tu as le droit d'aimer qui tu aimes, Cassidy. Personne ne pourra jamais te le reprocher. Et sache que moi, je t'aime.

Cassidy se mit cette fois-ci à pleurer pour de bon, et jamais rien n'avait été aussi réconfortant que les bras de sa mère dans laquelle elle se blottissait à l'instant même.

 

 

Il n'en avait pas dormi de la nuit. A réellement parler, cela faisait plusieurs nuits que ça lui taraudait l'esprit. Il aurait tant aimé retrouver celui qu'il était ne serait-ce que l'année précédente : insouciant, toujours partant pour faire des blagues, cruel peut-être des fois, mais au moins il n'avait pas à gérer le flot d'émotions qu'il ressentait depuis un bon moment déjà. Et, à l'heure actuelle, il avait l'impression qu'il allait sombrer. La douleur qu'il ressentait était tellement vive qu'il n'arrivait même plus à être en colère, ni n'aurait réussi à pleurer. Il n'avait envie que d'une seule chose. Sa fierté l'en aurait empêché mais, au moment où il avançait, elle ne faisait plus partie de lui. Sirius marchait la tête basse, les mains dans les poches, le long des couloirs, en essayant de ne croiser le regard de personne, de ne pas penser aux Potter, à leur famille parfaite, au fait qu'il avait tout gâché, comme d'habitude, et surtout, au fait que personne n'était venu le trouver. Il marchait, dans le but peut-être de trouver le réconfort dont il avait désespérément besoin. Il marchait quand soudain, il les aperçut. Machinalement, il se mit dans l'encadrement de l'une des grandes fenêtres du hall principal, qui était ouverte et donnait sur la court de Poudlard, où des familles rigolaient ensemble. Son père se tenait droit et fier, sa mère au moins autant dédaigneuse à ses côtés. Ils portaient du noir, et l'armoirie des Black était fièrement dessinée sur leur cape. Ils parlaient avec les parents de Narcissa, qu'il reconnut immédiatement. Elle-même se tenait à leurs côtés, silencieuses en acquiesçant à ce que les adultes disaient et en faisant des sourires quand ça lui était demandé. Sirius ne savait pas du tout pourquoi il avait tenu à les voir. Il ne savait même pas ce que ça lui procurait. Etait-il possible que lorsque l'on ressente trop de douleur, celle-ci ne se sente plus du tout ? Car c'était l'impression que ça lui donnait quand il regardait ses parents : qu'il ne ressentait rien du tout. Après tout, eux ne l'avaient jamais aimé. Pourquoi devrait-il en être différent de son côté ? Mais, quand il posa ses yeux sur la personne qu'il souhaitait voir, Sirius ressentit. La douleur était si vive qu'il avait l'impression qu'elle allait lui transpercer l'abdomen. Cette fois-ci, il sentit des larmes lui piquer les yeux mais les refoula. Il le regardait, dans l'espoir que ce dernier allait tourner la tête. Ce qu'il fit. Sirius lui fit un signe imperceptible de la tête et se retourna, appuyé contre l'épais mur de la fenêtre, en attendant de voir ce qui allait se produire. Quelques secondes plus tard, Regulus se tenait devant lui, les mains dans les poches.

-Les parents vont devenir fou de rage s'ils nous voient ensemble.

-Oui, deux frères qui se parlent, c'est absolument honteux, fit amèrement Sirius.

Regulus ne réagit pas, et Sirius avala la bile qu'il avait au fond de la gorge.

-Qu'est-ce que tu leur as dit?

-Que j'avais quelqu'un à aller voir, répondit son petit frère en haussant les épaules.

-Combien de temps tu as ?

-Au vue de la discussion avec notre oncle et notre tante, je dirais que j'ai bien quelques minutes.

Regulus n'avait pas l'air spécialement désabusé de se retrouver en sa compagnie, mais il était difficile pour Sirius de le savoir, lui qui n'avait jamais connu quelqu'un d'aussi distant que son propre frère. Peut-être ses parents, s'il y réfléchissait bien. Mais au moins, quand son père le frappait pour le remettre dans le droit chemin et que sa mère le traitait de tous les noms, Sirius avait l'impression - certes malsaine mais nécessaire lorsqu'il était enfant - de compter pour eux. Désormais, c'était face à des murs d'indifférence qu'il devait se cogner. Mais si Regulus était venu, alors peut-être n'était-il pas si indifférent que cela. Sirius avait besoin d'en avoir le cœur net. Il lui fit signe de le suivre et, à l'abri des regards indiscrets, trouva un coin près d'un buisson où s'asseoir quelques minutes.

-Tu n'es pas avec les Potter ? finit par demander Regulus.

Sirius jaugea son frère : il n'avait pas l'air particulièrement haineux, ni extrêmement ému d'être à cet endroit avec son frère aîné. Il avait posé la question sur le ton de la conversation.

-Je les rejoint après, éluda Sirius.

Pendant quelques secondes, on entendit les mouches voler et le malaise s'intensifia entre les deux frères. Sirius se rendit compte qu'il ne savait pas exactement ce qu'il souhaitait dire à son frère. Peut-être avait-il juste besoin de la confirmation qu'il comptait encore pour lui, et il l'avait eu lorsque Regulus avait accepté de le rejoindre.

-Les parents vont bien ? demanda-t-il à contrecœur.

-Père a gradé au ministère. Je crois bien que c'est de cela qu'il parlait avec notre oncle. Tu sais comment ils sont ces deux, toujours en compétition...

Regulus en parlait comme s'il s'agissait de querelles normales entre deux frères, et Sirius sentit son ventre lui brûler.

-Mère s'occupe de... de certaines choses mondaines, avec d'autres femmes de sorciers du ministère. Avec l'aide de Kreattur.

-Kreattur vit toujours ? s'exclama Sirius en réprimant un frisson en pensant à son vieil elfe de maison, au moins aussi adorateur des forces du mal qu'il l'était de la famille Black - à une exception près.

-Tu parles. Il nous survivra tous.

Sirius regarda Regulus de plus près : il pouvait le voir à présent. A quel point il avait l'air plus jeune que lui. Ses traits étaient encore enfantins, et, si Sirius le regardait bien, il pouvait revoir le petit garçon avec qui il passait des heures à jouer dans sa chambre. Le petit garçon qui, pendant des années, avait été son seul allié.

-Je veux bien te croire, maugréa Sirius, dont l'évocation de l'elfe de maison lui rappelait tout ce qu'il détestait fondamentalement dans la famille.

-Tu ne veux pas leur parler ?

Il regarda Regulus et jaugea s'il était entrain de rire ou non. Puis Sirius prit soudain conscience, avec horreur, de la situation : il y avait une certaine naïveté, qui lui tiraillait les entrailles, dans les paroles de son petit frère. Il comprenait à présent pourquoi Regulus avait tenu à le suivre. Et, comme si quelque chose retombait lourdement et avec douleur dans son estomac, il comprit. Il comprit que plus jamais il ne reviendrait dans sa famille. Peu importait si les Potter le mettait dehors, cela ne voudrait pas dire qu'il redeviendrait un Black. Il comprit aussi que Regulus le serait toujours. Il comprit qu'à cet instant, il allait devoir être le grand frère dont il avait besoin. Après de douloureuses secondes de silence, le regard - très peu expressif mais presque teinté d'espoir - de Regulus sur lui, Sirius prit une grande inspiration et, en rassemblant son courage, dit :

-Je ne les verrai plus jamais, Reg. Non seulement ils m'ont renié de la famille pour de bon, mais moi aussi je les ai fait sortir de ma vie. Et... J'aurais envie de te dire à quel point je suis persuadé d'avoir pris la bonne décision, mais j'ai l'impression que ça ne servirait à rien. Pas vrai ?

Il regarda Regulus, mais en réalité, il le suppliait. Sirius avait besoin d'entendre qu'il y avait un espoir pour son petit frère. Mais, au lieu de cela, ce dernier confirma ce qu'il savait en réalité depuis toujours :

-On diffère sur certains points, Sirius. On l'a toujours fait. J'espère qu'un jour, tu comprendras pourquoi je crois en quoi je crois. J'aurais aimé que ça se passe autrement, tu sais... avec les parents. J'aurais aimé que toi aussi, tu crois en ce en quoi nous croyons.

A mesure qu'il regardait son petit frère parler, Sirius sentit ses yeux se remplir dangereusement, puis les larmes finir par couler. Mais peu lui importait. Il n'essayait même de les cacher. Parce qu'il comprenait. Tout plus clairement que jamais. Il comprenait qu'il ne réussirait jamais, sinon par la force, à faire changer Regulus d'avis. Que l'espoir qu'il avait secrètement entretenu qu'il réussirait à faire revenir son frère, puis peut-être même ses parents, à la raison, et qu'ensemble ils se battraient contre les forces du mal, n'allait jamais se produire. Que la seule personne dont il pouvait contrôler les actes était lui-même et que ne pas se trahir revenait à trahir sa famille, à laisser son petit frère. Et, à l'instant même, ça lui brisait le cœur.

-Moi aussi, Reg, j'aurais aimé que ça se passe autrement. Je suis désolé que ça n'ait pas été le cas.

C'était vrai. De ça, il était réellement désolé. Regulus hocha la tête, le visage toujours distant. Sirius renifla bruyamment, puis inspira avant de se lever.

-Je te demanderai une chose : si une fois, en cours de route, tu changes d'avis, viens directement me voir. Je veux que tu saches que je serai toujours là pour toi.

Le dire le rendait d'autant plus réel que Sirius le sentait au fond de ses entrailles. Il n'en voulait pas à son petit frère. Bien au contraire, il ressentait de la pitié pour lui. De voir avec quelle naïveté, avec quelle passion il s'était lancé à corps perdu dans une cause qui, aux yeux de Sirius, n'était pas la bonne et ne pouvait qu'échouer. Mais Regulus avait choisi son chemin, de la même manière que lui l'avait fait. Et Sirius avait le désagréable pressentiment qu'ils ne se croiseraient jamais plus. Son petit frère hocha la tête pour dire qu'il avait compris, mais semblait moins pris par l'émotion que Sirius.

-J'y crois vraiment, tu sais.

Sirius regarda dans les yeux de son frère : il n'y lisait pas la même cruauté qu'il y lisait dans ceux de son père, ou la même folie que dans ceux de sa mère. Sirius hocha la tête et répondit :

-Je sais.

Il était sincère. Et c'était sa manière à lui de lui dire qu'il lui pardonnait.

-Bon, eh bien bonne journée, fit Regulus.

Sans se laisser le temps de penser, Sirius le prit dans ses bras et le serra fort. Regulus ne bougea pas, mais Sirius sentait que son petit frère en avait autant besoin que lui.

-Adieu, dit-il en le regardant dans les yeux, puis en l'observant passer l'encadrement de la fenêtre pour finir par disparaître dans le couloir.

Sirius ne le savait pas encore réellement, mais au fond de lui, il l'avait compris : c'était la dernière discussion qu'il aurait à tout jamais avec son petit frère.

 

Ils étaient toujours enlacés lorsqu'un bruit vint le faire sursauter.

-Oh... Je suis vraiment désolée, mais je recherche mes parents. Je crois bien que je les ai perdus.

James se sentit rougir jusqu'aux oreilles, et espérait vivement que les traces de larmes ne se voyaient pas à l'oeil nu.

-Ne vous inquiétez pas très chère ! Nous allions justement sortir. Miss ?

-Evans, Monsieur.

James vit son père lui lancer un regard entendu et ses yeux s'illuminèrent lorsqu'il serra la main de la jeune femme, qui elle aussi avait les joues rosées.

-Miss Evans ! Eh bien, si j'en crois mon fils, je dois vous remercier pour être venue à mon secours quelques mois auparavant.

-Oh non... Ce n'était rien. C'est normal, répondit la jeune fille, que James sentait de plus en plus gênée.

Son père semblait être le seul complètement détendu par la situation. Il regarda Lily avec un sourire bienveillant et sincère, puis James et, le garçon le jurait, son père venait de lui faire un subtil clin d'oeil.

-Dans tous les cas, mon fils m'a souvent parlé de vous. Vous semblez être la sorcière de votre âge la plus compétente qu'il n'ait jamais vu ! Et je dois avouer que je suis d'accord avec lui. J'imagine que vous vous lancerez dans une carrière d'Aurore, avec des dons tels que les vôtres ?

James aurait eu envie de s'enterrer vivant mais, lorsqu'il vit le sourire sincère et gratifiant de Lily envers lui, il fut soudain reconnaissant envers son père d'avoir amené la conversation jusque-là.

-A vrai dire, c'est l'idée, oui... Je dois dire que votre fils fait aussi parti des élèves les plus doués de l'école.

Son père se tourna vers lui avec un immense sourire, lui mit la main sur l'épaule et répondit :

-Ça, je n'en doute pas une seconde.

A son tour, James sourit gentiment à Lily, qu'il voyait rougir à nouveau.

-Eh bien James, je vais faire en sorte de trouver ta mère et ta sœur, et l'on se retrouve devant la salle de sortilèges comme prévu, c'est d'accord ?

Avant qu'il n'ait eu le temps d'acquiescer, son père dévalisait déjà les escaliers avant que ceux-ci ne tournent, laissant James et Lily les bras ballants dans le couloir. Le garçon s'éclaircit la gorge et essaya de se donner contenance lorsqu'il dit :

-Bon... C'est mon père. Il est un peu...

-Il a l'air super, coupa Lily en voyant que James peinait à trouver ses mots.

Il acquiesça. Il n'y avait pas d'autres mots pour décrire ses parents à son sens.

-Et toi, tu as perdu ta famille ?

-Je crois bien que mon père est allé dans la serre. Il est absolument impressionné par les mandragores, mais j'ai un peu peur de ce qu'il va en faire... Ma mère l'a probablement suivie, et elle est sûrement entrain de poser des questions à tous les parents du coin.

James pouvait voir à la manière dont ses joues devenaient rouges, dont elle agrippait la manche de son pull et dont ses jambes se croisaient nerveusement que Lily était profondément gênée que ses parents soient à Poudlard. Il eut une vague de compassion pour elle. D'une voix douce, il dit :

-Je les ai croisés, dans le hall. Ils ont l'air géniaux !

Il était sincère. Ça se voyait dans leur regard que les Evans étaient très fiers de leur fille. Et, au sens à James, Lily pouvait être très fière d'eux, et d'elle-même. Elle lui sourit avec reconnaissance.

-Ta sœur est aussi là ?

La jeune femme détourna le regard, et James se tanna mentalement d'avoir abordé le sujet.

-Oui... Pétunia. Elle est... On va dire qu'elle accepte un peu moins que mes parents... ce que je suis.

-Je vois, fut la seule chose qu'il put dire, ne voyant pas très bien ce qu'il y avait à rajouter.

-Enfaite... Elle avait besoin d'aller aux toilettes et... Je l'ai envoyée au deuxième étage.

James fronça des sourcils puis, en prenant conscience des paroles de Lily, laissa éclater un rire sincère, qui lui faisait du bien. D'abord décontenancée, la jeune femme ne mit pas longtemps à le suivre, en se tenant les côtes, les larmes aux yeux. Ça lui faisait du bien, réellement du bien de lâcher toute la pression qu'il avait accumulé au cours des semaines précédentes, et de faire rire Lily. Après plusieurs minutes à avoir mal au ventre, les deux se calmèrent petit à petit. En s'essuyant les yeux, James dit du tac au tac :

-Lily... Je voulais te dire. Je suis désolé pour ma réaction. Elle n'était peut-être pas très justifié envers toi. Et surtout, je suis désolé que tu aies dû payer les conséquences pour ce qu'il s'est passé. Je veux dire, être Préfète-en-cheffe et tout ça...

Il gardait le visage bas, quelque peu honteux de lui. Il avait bien réfléchi, et en était venu à la conclusion que Lily avait injustement payé pour les erreurs de tout le monde. Lorsqu'il releva la tête, la jeune ne le regardait pas avec mépris. Au contraire, elle avait l'air reconnaissante, et souriait gentiment.

-Merci, dit-elle sincèrement.

Il hocha la tête. Alors qu'ils se regardaient, James se sentit faire un pas en avant, puis un autre. Lily ne bougeait pas, mais ne cessait de le regarder dans les yeux. Alors, le garçon s'approcha encore un peu. Il n'y avait plus que quelques centimètres qui les séparaient, et James pouvait sentir son cœur battre la chamade. Il la regarda avec un petit sourire, et le regard de la jeune fille confirmait ce qu'il savait déjà : elle aussi en mourrait d'envie. Alors, il inclina la tête et, comme une bouffée d'air frais après être resté trop longtemps sous l'eau, James joignit ses lèvres aux siennes. Elles étaient toujours aussi douces, aussi fruitées, et le garçon se demanda pendant un certain instant comment il avait fait pour vivre aussi longtemps privé de celles-ci. D'abord doucement, il vint placer une de ses mains dans le creux de ses reins, puis l'autre plus haut dans son dos. Elle-même lui posa une main sur la joue, et l'autre sur son bras. Le baiser était langoureux, comme si tous deux voulaient savourer ce qu'ils retrouvaient enfin. Puis leur étreinte se transforma. D'abord douce, elle devint nécessaire. James serra l'emprise qu'il avait sur la jeune femme, et celle-ci le lui rendit en appuyant plus fort sur son bras et en déplaçant sa main dans ses cheveux, insouciants du fait qu'ils se trouvaient en plein milieu d'un couloir qui allait bientôt être bondé de parents d'élèves. L'important, c'était qu'ils ne se lâchent surtout pas. Alors que James attirait Lily encore plus à lui, et que le baiser était désormais presque sauvage, il sursauta lorsqu'il sentit une présence sur sa droite. Ils se détachèrent brutalement, et James eut l'impression de replonger imperceptiblement sous l'eau. Il fronça des sourcils : pourquoi un petit Serpentard plus jeune qu'eux venait de les séparer ?

-Tu veux quoi ? demanda-t-il sèchement.

Le garçon en question, qu'il ne reconnaissait pas, était assez petit, les cheveux bruns, et avait les yeux dans le vague. Lui-même n'avait pas l'air de savoir très bien ce qu'il faisait ici.

-Le professeur Dumbledore m'a demandé de vous dire de le rejoindre en salle de métamorphose.

-Comment ça ? lança James, qui commençait à perdre patience.

-Le professeur Dumbledore m'a demandé de... répéta le petit Serpentard, mais Lily le coupa.

-Tu nous l'a déjà dit. On aimerait savoir pourquoi.

Le garçon les regarda semblait-il pour la première fois, et James avait la désagréable impression qu'il ne savait pas du tout ce qu'il faisait, ce qui ne lui inspirait pas confiance.

-Quelque chose avec les préfets.

-On n'est plus préfet, dit James en fronçant des sourcils.

Cela lui paraissait de plus en plus suspect : était-ce une mauvaise blague préparée par les Serpentards ? Le garçon prit une grande inspiration, ferma brutalement les yeux et, quand il les rouvrit, il avait l'air d'avoir quelque peu reprit ses esprits. Il dit d'une voix qui paraissait beaucoup trop forte pour sa petite taille :

-Le professeur Dumbledore m'a demandé de chercher les Gryffondors qui avaient déjà été préfets, ou l'étaient, et de vous dire de le rejoindre dans la salle de métamorphose. C'est à propos d'une surprise pour vos parents. Je suis en quatrième année, je n'en sais pas plus.

James fronçait toujours les sourcils et, lorsqu'il regarda Lily, elle-même ne semblait pas convaincue. Mais en même temps, s'il refusait un autre ordre de Dumbledore, la fin de ses études à Poudlard ne pourrait définitivement pas bien se passer. Il soupira et dit :

-C'est bon, on a compris. Tu peux y aller.

Puis le garçon s'en alla.

-Tu sais qui c'est ? demanda James avant de s'être assuré qu'il ne pouvait pas les entendre.

Lily fit non de la tête.

-C'est étrange non, que Dumbledore envoie un Serpentard de quatrième année nous demander de le rejoindre dans une salle de classe ?

-Si c'est Dumbledore qui le lui a demandé, maugréa James.

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

-Disons que je ne peux m'empêcher de me demander si ce crétin de Malefoy ne nous a pas tendu un piège...

-Au milieu des parents ? Il est stupide, mais peut-être pas à ce point, objecta Lily, et James eut de la peine à trouver un argument.

-Bon... Le problème, c'est que je ne peux pas laisser mes parents tout seuls dans Poudlard. Et surtout, je dois aller sauver ma sœur de Mimi Geignarde... Elle doit être tétanisée à l'heure qu'il est.

Lily n'avait plus l'air très sûre de trouver sa blague drôle, et James lui posa une main réconfortante sur l'épaule en disant :

-Va sauver ta sœur et retrouver tes parents. Je m'occupe d'aller dans la salle de métamorphose. Si vraiment c'est Dumbledore, je te rejoints devant la Grande Salle dans quarante-cinq minutes. Ça va pour toi ?

Lily hocha la tête. Les deux se regardèrent à nouveau, et James sentit la gêne lui monter aux joues. Sans réfléchir, il posa ses lèvres sur la joue de la jeune femme et dit :

-On se retrouve tout à l'heure.

C'était une promesse, qu'ils allaient parler, et probablement tout reprendre à zéro. Elle lui fit un sourire sincère avant de s'éclipser dans l'angle du couloir et, lorsque James s'avançait pour aller dans la salle de métamorphose, son cœur était plus léger qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Malefoy n'avait cas bien se tenir, il n'y avait rien qui pouvait entacher l'état d'allégresse dans lequel James se trouvait à l'instant présent.

 

 

Bien qu'elle l'ait craint pendant plusieurs jours, cette journée lui apportait tout de même un certain réconfort apprécié. Le fait de revoir sa mère, qu'elle la prenne dans ses bras et lui dise que tout allait bien rendait à Nelly la bribe d'espoir dont elle avait besoin. Elle s'était imaginée la scène des centaines de fois et, dans sa tête, elle s'imaginait toujours sa mère, des cernes autour des yeux, le regard désespéré et les larmes perlant dans le coin de son regard. Mais c'était une toute autre personne qu'elle avait eu en face d'elle : sa mère s'était apprêtée, toujours aussi jolie, avait eu un sourire éclatant lorsqu'elle l'avait vu, et ne semblait pas aussi achevée que ce que Nelly s'était imaginée. A réellement parler, la jeune femme avait l'impression d'être la plus achevée des deux. Et ça, ça n'était pas passé inaperçue auprès de sa maman.

-Je suis vraiment désolée pour la lettre, mon ange. Mais je ne voyais pas très bien comment te l'annoncer autrement. Nous avons essayé de trouver un arrangement avec le professeur Dumbledore, mais c'était au moment où l'état de ton père s'est... aggravé. J'ai pensé qu'il était urgent que tu sois mis au courant, lui expliquait sa mère après qu'elles aient épuisé la visite du château et les sujets superficiels. Elles se baladaient désormais ensemble dans le parc de Poudlard, où nombre de familles se retrouvaient désormais après être allé inspecté les moindres recoins de l'école. Sa mère, n'échappant pas à la règle qui semblait universelle, s'était extasié du moindre de ses souvenirs. C'était étrange aux yeux de Nelly, de s'imaginer qu'un jour ses parents aient eu son âge, aient écumé les mêmes coins de l'école, aient connu les mêmes chagrins d'amour... Du coin de l'œil, elle le regarda encore une fois : ses parents étaient comme elle se l'était imaginée : ils avaient l'air d'une gentillesse incroyable. Son père semblait parler beaucoup et, au vu du sourire de Remus sur ses lèvres, avait l'air relativement drôle. Sa mère le regardait avec protection, et Nelly eut une bouffée de compassion pour eux. Elle ressentit aussi une culpabilité immense, en voyant la façon dont Remus se tenait en retrait, comme s'il s'excusait presque auprès de ses parents d'exister. La gorge nouée, elle observa sa mère : peut-être qu'elle aussi avait vécu des chagrins d'amour, mais probablement ne s'était-elle pas retrouvé dans les bras d'un Serpentard dangereux après s'être faite agressée par son ex petit-ami qui n'était autre qu'un loup-garou à chaque pleine lune. Elle ravala la bile qu'elle avait au fond de la gorge, et s'interdit de regarder une seconde de plus Remus avec sa famille. Elle avait assez à penser avec la sienne à l'heure actuelle.

-Il avait réellement envie d'être là aujourd'hui, tu sais. Mais je tenais à te l'annoncer de vive voix : s'il n'a pas pu venir, c'est en effet parce qu'il se trouve à Ste-Mangouste. Au départ parce que son état s'est aggravé, certes. Mais les médicomages ont tenu à faire toute sorte de test sur lui, et il s'est avéré qu'il a une forme très rare de dragoncelle, mais aussi une forme de maladie qui se soigne plus facilement que les autres. Ils sont en plein traitement, ma chérie. Et ton père a de très grandes chances de s'en sortir !

Nelly mit quelques instants à se rendre compte de ce que sa mère lui annonçait. Elle avait passé les dernières semaines à s'imaginer comment elle réagirait si sa mère lui annonçait le décès de son père. Elle s'y était préparée, jusqu'à ne plus rien ressentir du tout, et jusqu'à oublier complètement qui elle était. Depuis que sa mère lui avait écrit, Nelly avait l'impression de s'être perdue. Ce qu'elle avait fait avec Rosier, elle s'en voudrait jusqu'à la fin de ses jours. Et personne de son entourage ne pourrait jamais lui pardonner. Elle allait devoir leur mentir ou, comme c'était déjà le cas actuellement, couper les ponts avec eux. Et sa mère lui annonçait devant ses yeux qu'elle avait fait tout cela pour rien du tout. Nelly s'était préparée à plusieurs éventualités. Mais pas à celle de ressentir une colère immense lui prendre l'estomac alors que sa mère lui annonçait que son père allait vivre. Les larmes dans les yeux, elle releva la tête devant le visage réjoui de sa maman et, la gorge nouée, dit :
-C'est super. C'est vraiment une bonne nouvelle.

Sa mère dut croire à l'émotion et la prit dans ses bras. Ainsi, Nelly se laissa aller. Pour la première fois depuis bien trop longtemps, elle ressentit. Elle ressentit absolument tout, et ça lui brûlait les entrailles : elle ressentit la peur vive de perdre son père, puis de perdre sa propre vie. Elle revit les yeux jaunes de Remus la traquant comme si elle n'était qu'une vulgaire proie. Elle ressentit la colère contre ses anciens amis à l'infirmerie, le désespoir la prendre aux tripes, le vide intense et qui lui faisait mal, d'avoir l'impression que plus rien n'irait jamais mieux. Puis elle pensa à Rosier, et culpabilisa en ressentant son ventre se tordre, mais cette fois-ci de manière plus agréable. Et, alors que sa mère lui caressait doucement la tête, Nelly pleura. Elle pleura à ne plus réussir à s'arrêter. Elle aurait eu envie de tout lui raconter. Mais une petite voix lui disait que sa mère ne comprendrait pas. Car elle-même avait certes été à Poudlard, mais elle n'avait pas vécu dans les conditions dans lesquels les élèves actuels devaient vivre. Elle n'avait pas connu la peur, quotidienne, de perdre un être cher. Elle n'avait pas connu l'attrait, incontrôlable, que les forces du mal pouvaient avoir sur une personne. Alors, Nelly pleurait. Car c'était l'unique manière que sa mère pouvait lui donner un peu de réconfort : sans mot, uniquement par la présence.

-Je suis vraiment désolée, finit tout de même par dire celle-ci, la voix engorgée de larmes. Je sais que tu as eu peur. Mais ce sera bientôt fini, Nelly. J'ai besoin que tu m'écoutes.

La jeune femme se força à calmer ses sanglots, indifférente au fait que certains élèves de son année s'était retournés sur leur passage pour la regarder avec une curiosité qui n'était que peu appréciée, ou avec une fausse compassion sur le visage. Mais Nelly s'en contrefichait. Elle respira longuement puis, après plusieurs secondes douloureuses de sanglots, ses larmes se calmèrent enfin. Elle se moucha, essuya ses yeux et, consciente de son visage bouffi, tourna tout de même celui-ci auprès de sa mère, qui la regardait avec la même bienveillance que lorsqu'elle était enfant.

-Nelly, tu t'apprêtes à vivre tes deux derniers mois à Poudlard. Et je veux que tu m'écoutes très attentivement. J'ai mis longtemps à l'accepter, ton père aussi. Mais te voir ainsi aujourd'hui, me parler de Poudlard, de tes cours, de tes professeurs, de tes amis, j'ai pris conscience d'une chose, d'une chose qui est très réelle : tu n'es plus une enfant. Tu ne le seras jamais plus. Tu es mon unique fille Nelly, et... J'ai peut-être eu de la peine à m'y faire. Mais le fait est que tu es une femme à présent. Alors je ne vais pas te mentir : au-dehors, c'est effrayant. C'est la chose la plus effrayante que ton père et moi n'ayons jamais eu à vivre. Et je ne parle pas de sa maladie. Je parle du fait qu'à chaque fois qu'un client entre dans notre boutique, on se demande s'il fait partie des gens biens, ou des gens mauvais. Que notre baguette reste clouée à notre main, et que nous ne pouvons faire confiance à personne. Et ça, tu vas le vivre, la première minute après laquelle tu auras mis les pieds dehors. Et nous ne pourrons pas te protéger indéfiniment. Mais je me rends compte que tu n'as plus besoin que l'on te protège. J'ai parlé à ton professeur contre les forces du Mal - Monsieur Burbog, c'est cela ? - il m'a confirmé ce que je savais déjà : tu es bien plus courageuse et forte que tu ne le croies. Alors je veux que tu me promettes quelque chose : ton père, une équipe de médicomages très doués s'en occupe. Et moi aussi, je suis là. Chaque jour, pour lui. Alors, pendant ces deux mois, tu ne t'en préoccupes pas. Tu vis ta vie à Poudlard comme tu le souhaites. Peu importe les notes que tu obtiens à tes ASPICS, ou ce que tu vas faire de ta vie. Je sais pertinemment que tu trouveras ton propre chemin. Mais ces deux mois, ils comptent. Plus que tu ne peux te l'imaginer. J'ai besoin que tu vives. Tu m'entends ?

Jamais Nelly ne se serait imaginé que la journée des parents allait prendre une telle tournure. Aucun des scénario qu'elle avait précieusement élaboré dans sa tête pour se préparer à toute éventualité ne l'avait préparé à cela. Son cœur battait, mais elle n'avait plus envie de pleurer. Elle regardait sa mère comme si elle la voyait pour la première fois. Il semblerait qu'elle s'était trompée : sa mère comprenait. Elle comprenait parfaitement les émotions que Nelly devaient combattre chaque jour. Par ses mots, sa mère lui donnait l'autorisation d'être elle-même, sans culpabiliser. D'avoir son âge, sans penser au lendemain. Et, actuellement, c'était la chose dont la jeune femme avait le plus besoin.

-Promets-le moi, demanda une nouvelle fois sa mère dans un murmure.

Nelly hocha la tête et dit :

-Je te le promets.

Sa mère la prit encore une fois dans ses bras, et Nelly ressentit enfin une émotion qui la réconforta plus que jamais : elle se sentit en sécurité. Elle lâcha prise complètement. Tellement qu'elle en oublia presque pendant un instant où elle se trouvait. Une voix, de prime abord inconnue, la ramena brutalement à la réalité:

-Le professeur Dumbledore m'a demandé de te dire que tu es attendue dans la salle de métamorphose. C'est quelque chose à propos d'une surprise pour les parents.

Nelly fronça des sourcils : il portait la cravate de Serpentard. Puis, son ventre se tordit. Elle croyait comprendre : c'était probablement Rosier qui voulait la voir. La gorge nouée, elle regarda une dernière fois Remus, puis sa mère : elle avait promis de faire ce dont elle avait envie. Et, même si sa raison lui disait de fuir le plus loin possible, quelque chose en elle avait besoin de revoir le garçon. Sa mère lui fit un sourire bienveillant :

-Ne va pas faire attendre le directeur. Je m'en sortirai sans toi. Et puis, moi aussi j'avais des amis à mon époque ! J'ai hâte de les revoir. File, on se retrouve pour le festin !

Nelly acquiesça et, en détournant son dos de Remus, remonta l'allée qui allait l'amener vers Rosier.

 

La personne qu'elle était en début de journée et celle qu'elle était à présent n'étaient plus les mêmes. Elle était redevenue légère, allègre, enjouée et pleine de vie. Elle n'avait même pas bronché lorsque Pétunia l'avait incendiée après avoir passé vingt minutes à essayer de se débarrasser de Mimi Geignarde. Au contraire, ça ne l'avait fait que plus rire. Et même lorsque ses parents l'avaient regardée d'un regard qui en disait long après avoir appris l'aventure de l'aînée, Lily avait répondu innocemment, non sans lancer un clin d'œil complice à son père qui n'avait pu s'empêcher de rigoler. Ils étaient en très grande conversation avec le professeur Dumbledore, Pétunia les bras à nouveau résolument croisés sur son sac, quand la jeune femme avait décidé qu'elle pouvait s'octroyer quelques minutes pour elle-même. Elle avait besoin de remettre de l'ordre dans ses émotions : le fait de voir ainsi les parents se réunir, de remarquer les différences notoires entre les enfances des sorciers au sang pur d'avec elle, elle mentirait si elle disait que ça ne l'avait pas déboussolée. Mais elle avait aussi pris conscience que la plupart des gens se contrefichaient que ses parents soient moldus. Au contraire, ils semblaient plutôt curieux et bienveillants envers eux. Et puis, Lily avait une famille qui savait très bien se défendre. Elle avait été ravie de voir que Monsieur Malefoy s'était immédiatement ravisé de faire une remarque à ses parents alors qu'ils s'étonnaient de voir les statues bouger ainsi lorsque sa mère avait répliqué froidement mais avec classe que les statues qu'elle avait dans sa maison ne s'avisaient pas de bouger en sa présence. Lily avait trouvé cela très drôle, et avait lancé un regard meurtrier à Malefoy avant de le pousser de l'épaule en amenant ses parents plus loin. Ça restait tout de même plus sûr avec ce genre de famille. Mais ses camarades de Gryffondor s'étaient montré très accueillants et Alice, qui était déjà venue passer plusieurs jours à la maison, les avait présenter à sa famille, qui n'avait pas tari d'éloges sur Poudlard et leur en avait expliqué les moindres recoins. Lorsque sa mère lui avait demandé où se trouvait Nelly - dont elle connaissait les parents, Lily avait rougi et avait tenté de maugréer quelque chose. Elle remarquait très bien que sa mère ne la croyait pas, mais lui était reconnaissante de n'avoir rien dit. A réellement parler, la rousse n'avait cessé d'y penser. D'une part, elle se demandait sincèrement pourquoi Nelly ne se trouvait qu'avec sa mère, et pourquoi son père n'était pas présent. Ça lui faisait mal, très mal de se dire qu'elle ne pourrait même pas aller la saluer. Mais toutes ces émotions étaient devenues bien plus légères dès le moment où James l'avait embrassée. Lily se rendait compte qu'elle en rêvait depuis longtemps, que le garçon lui avait réellement manqué. Elle avait l'impression que cette journée était la dernière épreuve qu'elle allait devoir subir à Poudlard et que, pour les deux derniers mois qui leur restaient, tout ne serait plus qu'aventure, amitiés et amour. Elle soupira de bonheur en se disant que le pire était derrière elle, ravie de se retrouver quelque peu seule dans le parc - pourtant grouillant de monde - illuminé de soleil de Poudlard. Alors qu'elle plissait des yeux pour se trouver un coin tranquille, elle remarqua quelque chose qui attira son œil : en retrait du reste de la foule se tenait Sirius, assis au pied d'un chêne, la tête basse entrain d'arracher de l'herbe au sol. Lily déglutit : l'époque où elle méprisait le garçon était bien révolue, mais elle ne pouvait pas non plus dire qu'ils étaient de grands amis. De plus, elle venait tout juste de se réconcilier avec James : que penserait ce dernier s'il savait qu'ils avaient parlé ensemble ? Alors qu'elle voulait se retourner pour trouver un autre coin, elle remarqua quelque chose, d'assez imperceptible mais, plus elle s'approcha, plus elle se rendait compte que son intuition était juste : Sirius pleurait. C'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait décemment pas le laisser ainsi.

-La place est libre ? demanda-t-elle d'une voix douce en pointant du doigt le bout d'herbe à ses côtés.

Sirius releva la tête mais la baissa aussitôt, honteux que ses larmes se soient vues. Il tenta de les essuyer rapidement, et Lily eut la décence de faire comme si elle ne l'avait pas remarqué. D'une voix rauque, le garçon répondit :

-C'est libre.

Puis Lily s'assit et, sans réellement s'en rendre compte, se mit aussi à arracher l'herbe au sol.

-Sacré journée n'est-ce pas ? continua-t-elle.

-On peut le dire.

Elle sentait à sa voix qu'il avait honte de ses sentiments, mais une intuition lui disait que Sirius avait peut-être plus besoin de parler que ce qu'il ne laissait entrevoir. Alors, Lily se dit que la meilleur manière de l'y amener était peut-être de parler d'elle :

-Tu sais... J'ai vraiment stressé pour cette journée. Après tout, ma famille n'est pas... tout à fait comme celle des autres.

Sirius avait relevé la tête et la regardait. Elle sentit ses joues rosir mais continua tout de même :

-C'est assez ironique, quand on y pense. Pour certaines personnes, ici, je suis une... anormalité, va-t-on dire. Et, là-bas, pour d'autres, je suis un... un monstre.

Sa voix s'était brisée en disant le dernier mot, qu'elle n'avait que trop entendu. Sirius la regardait désormais les sourcils froncés, en prenant conscience de ce qu'elle lui disait.

-Tu veux dire que tes parents... ?

-Pas mes parents, non. Ma sœur, expliqua Lily.

Sirius hocha la tête, signe qu'il comprenait exactement comment elle se ressentait.

-Pour ce que ça vaut, je ne pense pas que tu sois ni une anormalité, ni un monstre. Enfin... A part quand tu lances des sorts ! Là tu deviens imbattable.

Il lui sourit gentiment, et Lily le lui retourna.

-Merci, dit-elle sincèrement. Et pour ce que ça vaut, je pense que tu as été très courageux, de faire ce que tu as fait.

Sirius avait comprit ce qu'elle voulait dire, elle le sentait. Elle avait beaucoup réfléchi sur son cas : certes parfois son attitude la taraudait toujours, et il y avait une complexité chez le garçon qui parfois la rebutait. Mais il n'en restait pas moins qu'à ses yeux, Sirius était l'une des personnes les plus courageuses qu'elle ne connaisse. Elle s'en rendait compte à présent : abandonner sa famille, se retrouver seul, c'était à ses yeux l'une des choses les plus difficiles à affronter dans ce monde. Sirius eut un petit rictus sans joie :

-Oui et bien... Je n'en suis pas si sûr. Ça l'aurait peut-être été, si je n'avais pas tout gâché.

Elle le regarda : il avait l'air sincère. Elle ne l'avait jamais vu aussi abattu, et elle en eut presque pitié. Elle soupira et dit :

-Cette histoire avec James et Cassidy ? Ça passera, crois-moi. Ça passe toujours. Je vous ai observé. Et le lien qu'il y a entre toi et James... Je n'ai jamais vu rien de semblable.

Elle était sincère. Il y avait une amitié si forte que Lily était persuadée qu'elle était indestructible. Sirius sembla se radoucir.

-Tu crois ? demanda-t-il d'une petite voix, que Lily trouvait touchante de vulnérabilité.

-Je le crois, dit-elle sincèrement.

Pendant quelques instants, ils ne dirent rien, mais Lily pouvait sentir que, tout comme elle, il se sentait un petit peu mieux. Le silence fut rapidement brisé par un petit raclement de gorge timide :

-Je peux m'asseoir ?

Lily leva la tête. C'était Remus. Son cœur se mit à battre. Elle ne savait pas très bien ce qu'elle ressentait à propos du garçon, mais, lorsqu'elle l'avait vue avec ses parents et qu'il lui avait adressé un grand sourire, la rousse s'était tout simplement sentie soulagée. Soulagée d'enfin retrouver les gens qui comptaient à ses yeux.

-Journée étrange, pas vrai ? dit celui-ci en prenant place à côté de Sirius.

-Tu peux le dire, grogna ce dernier. Tes parents vont bien ?

-Toujours les mêmes, sourit Remus. Ils sont en pleine discussion avec le professeur Burbog, et j'ai préféré m'éloigner quand ils ont commencé à vanter mes mérites inexistants en Défense contre les Forces du Mal.

Sirius eut un petit rire et Lily le suivit timidement.

-Et toi Lil's, comment va ta famille ?

Elle regarda Remus : c'était impossible pour elle de lui en vouloir. A l'instar de Sirius, les deux garçons vivaient des choses tellement intenses et compliquées qu'elle ne pouvait que ressentir de la compassion à leurs égards.

-Ils vont bien. Heureusement que ma sœur n'a pas amené son mari. Premièrement, il n'aurait pas réussi à passer les portes et deuxièmement, je crois qu'il nous aurait fait un arrêt au premier fantôme croisé. Et croyez-moi, Madame Pomfresh ne me l'aurait jamais pardonnée s'il s'était retrouvé dans son infirmerie.

D'abord silencieux, Sirius et Remus se mirent à rire. D'abord doucement pour ne pas la vexer puis, lorsqu'ils virent qu'elle aussi s'y était mise, les trois jeunes gens se mirent à éclater de rire. Comme plus tôt dans la journée avec James, Lily eut l'impression de se vider d'un poids qui la détruisait depuis beaucoup trop longtemps.

-J'aurais payé cher pour voir ça, finit par dire Sirius en s'essuyant des larmes, de rire cette fois-ci, sur les joues.

Alors que les deux garçons s'étaient mis à énumérer tout ce que Peeves allait bien pouvoir faire comme bêtises lors de la journée, Lily les écoutait d'une oreille distraite. A quelques mètres d'eux, elle venait de voir le même garçon de Serpentard parler à Nelly et, presque immédiatement, la jeune femme quitta sa mère pour remonter l'allée qui menait dans le château. La rousse fronça des sourcils : il leur avait dit que c'était à propos des préfets or, jamais Nelly n'avait été préfète. Sans qu'elle ne sut exactement pourquoi, Lily eut le mauvais pressentiment qu'il lui resterait encore un dernier obstacle à franchir avant la fin de son école à Poudlard.

 

 

La journée était en passe de devenir longue, comme il savait qu'elle allait l'être. Il avait hâte de se rendre au festin, de pouvoir quelque peu se libérer de l'emprise de ses parents, et surtout de celle de sa mère. Au cours de la journée, elle n'avait cessé de vanter ses mérites auprès de ses professeurs qui - à son grand soulagement - avaient tous acquiescé. Seulement, une fois le dos de ses enseignants tournés, elle n'avait cessé de lui reprocher son manque d'enthousiasme ou de tenue. Rien de ce qu'il ne faisait, rien n'était jamais assez parfait pour elle.

-Et donc, quand est-ce que nous allons voir les parents de ta petite-amie ?

Franck sentit son ventre se tordre. Il avait réussi à l'éviter la journée durant. Comment, il ne le savait pas tellement. Il avait l'impression que son père, plus réservé et aussi moins exigeant, l'avait compris et l'avait aidé. Seulement, lorsque sa mère avait quelque chose en tête, les hommes Londubat savaient pertinemment qu'elle gagnait toujours. Il ravala la bile qu'il avait au fond de sa gorge.

-Je te l'ai dit, c'est peut-être un peu tôt pour faire les présentations...

A réellement parler, Franck n'avait pas abordé le sujet avec Emmeline. En vérité, cela faisait un petit moment déjà qu'ils ne parlaient pas beaucoup. Ils se voyaient, souvent en compagnie de Marlene et de Benjamin, parlaient des cours - Franck restait le plus souvent silencieux, puis ils s'embrassaient, et retournaient chacun vaquer à leurs occupations. Plus cette espèce de relation avançait, plus Franck avait l'impression de n'être qu'un accessoire auprès d'Emmeline. Et, lorsqu'il avait aperçu sa famille de loin, il comprenait que c'était probablement le cas. Les Vances agissaient comme si les murs mêmes de Poudlard leur appartenaient. La mère était d'une très grande beauté, à l'instar de sa fille. Emmeline avait une très jeune sœur, qui probablement commencerait Poudlard l'année suivante. Franck était persuadé qu'elle deviendrait aussi jolie. Son père, prestigieux, imposait le respect et l'élégance. Il se demandait presque comment Emmeline n'avait pas fini à Serpentard, avec autant de dédain dans sa lignée. Mais Franck commençait à se dire que les maisons ne déterminaient de loin pas une personne. Lui-même ne se trouvait pas aussi courageux qu'il l'aurait pensé ces temps derniers. Pas une seule fois Emmeline n'avait levé le regard vers lui. Bien que sa propre mère fasse peur à la plupart des personnes qui la croisaient, Franck n'avait pas envie de savoir ce qu'elle allait penser des parents d'Emmeline. Surtout parce qu'une petite voix au fond de lui lui disait qu'elle les trouverait probablement mieux que ceux d'Alice... Il ravala sa salive, la gorge nouée.

-Mon fils, il est tout à fait normal pour moi de vouloir savoir qui tu fréquentes... Surtout étant donné ton passif.

Franck voulut la fusiller du regard, mais se ravisa lorsqu'il vit l'air qu'elle venait de prendre. Si il allait sur ce terrain, il savait pertinemment qu'elle allait lui dire des choses qui resteraient à jamais gravées dans son esprit, et il n'était pas prêt pour cela. Il jeta un regard furtif à son père, qui baissait les yeux.

-Soit. Mais j'ai besoin de prendre l'air. Et si on allait dans le parc ?

Gagner du temps était la seule chose qu'il pouvait faire à présent. Sans attendre leur réponse, il les emmena là où bon nombre d'élèves avaient eu la même idée que lui. Franck respira l'air en fermant des yeux, tout en ayant l'impression qu'il allait suffoquer. Lorsqu'il les rouvrit, il se tanna mentalement de s'être rendu à l'endroit le plus probable à rencontrer d'autres Gryffondors.

-Eh bien, bonjour Franck.

C'était le père d'Alice. D'ordinaire blagueur et aussi enjoué que sa fille, il lui avait adressé un signe de la main froid et distant. Franck sentit la chaleur lui monter dans les joues, et ça n'avait rien d'agréable. Il n'osa pas tourner la tête.

-Bonjour, Mr. Fortescue, répondit-il poliment. Mme Fortescue.

La mère d'Alice se contenta d'un signe de tête, et Franck comprit que leur fille avait dû leur raconter ce qu'il s'était passé. Il y avait de ça quelques semaines, le garçon n'aurait même pas pris la peine de s'arrêter. Mais, il ne savait très bien pourquoi, il se sentait actuellement comme un petit garçon pris en faute, qui avait besoin de se faire pardonner. En se souvenant de la raison pour laquelle le Choixpeau l'avait conduit jusqu'à Gryffondor, il prit encore une grande respiration et la regarda enfin. Il avait l'impression que ça faisait des semaines qu'il ne l'avait pas réellement vue. Elle était toujours aussi jolie. Peut-être même plus. Lorsqu'il vit avec quel mépris elle le regardait, Franck se sentit stupide. Au départ, il s'était senti puissant face à elle. Il mentirait s'il disait qu'il n'avait pas pris un certain plaisir à lui faire du mal. Et puis, quoi de mieux que de sortir avec la plus jolie fille de Poudlard, surtout en sachant à quel point Alice pourrait se dénigrer face à elle. Alors qu'il l'avait enfin en face d'elle, elle et sa famille, Franck prit soudain conscience de l'ironie de la situation. Il se sentit certes gêné, mais eut aussi envie de rire. Car, d'une certaine manière, il pensait qu'il avait bien mérité de se trouver où il se trouvait actuellement. Il méritait le mépris que les Fortescue pouvaient avoir à son égard. Et, quoi que puisse en dire sa mère, Franck était persuadé qu'à l'instant présent, il était celui qui ne méritait pas Alice.

-Vous passez une bonne journée ? dit-il en se raclant la gorge, de plus en plus rauque.

-Agréable, finit par répondre le père d'Alice en voyant qu'aucune des femmes à ses côtés ne comptait le faire.

Il osa à nouveau la regarder, et quelque chose en lui brûla. Une sensation qu'il n'avait que peu connu. Toute sa vie, il s'était efforcé d'être à la hauteur de ce que sa mère pourrait penser de lui. Il n'avait jamais réellement l'impression d'y être arrivé, mais le fait d'essayer était tout ce qu'il connaissait. Décevoir sa mère était une chose qui lui était connu. Cependant, il ne pensait pas que se décevoir lui-même pourrait lui faire autant de mal. Pendant un instant, il eut envie d'éclater d'un rire sinistre, et d'avouer ainsi, devant tout le monde, l'énorme erreur qu'il avait commise en voulant faire du mal à Alice. La tension était palpable. Elle ne fut qu'amplifiée lorsque ses parents arrivèrent.

-Oh... Monsieur et Madame Fortescue, bonjour, lança la mère à Franck d'une voix qui se voulait aimable, bien que piquante.

Son père les salua avec bien plus de considération, et Franck le remercia du regard.

-Alice... comment vas-tu ma chère ? lui demanda sa mère.

Franck avait le cœur qui battait à tout rompre. Il n'était même plus sûr de se rappeler de sa voix. Et pourtant, il avait envie de l'entendre. A tout prix.

-Très bien, Madame Londubat. Maintenant si vous voulez bien m'excuser, mon père ici présent adorerait rencontrer Peeves. Vous comprenez, pour faire des blagues. Je suis sûre qu'en votre temps, il vous arrivait d'en faire. Très belle journée.

En temps normal, Franck aurait envoyé un regard meurtrier à Alice pour avoir ainsi osé défier sa mère. Mais il comprenait désormais. Il comprenait toutes les erreurs qu'il avait pu faire, en voulant être à la hauteur de ce que ses parents pensaient de lui. Il comprenait surtout à quel point ça ne servait à rien de vouloir impressionner autrui, du moment qu'on se décevait soi-même. Alors, au grand étonnement de tout le monde, il se mit à éclater de rire. Sa mère, les lèvres plus pincées que jamais, le regardait sévèrement. Son père fut d'abord décontenancé, mais ne mit pas longtemps à le suivre. Les Fortescue restaient ainsi à se regarder, mais Franck sentait qu'eux aussi avaient envie de rire.

-Je m'excuse, dit-il entre deux hoquets de fou-rire, ça doit être la pression qui redescend.

En se calmant petit à petit, il lança un regard à Alice. Il aurait juré qu'elle lui avait souri. De manière imperceptible, peut-être non voulu. Mais Franck se sentit soudain plus léger.

-Bon, mère, père, je crois qu'il est temps, comme viens de le dire justement Alice, d'aller s'amuser un peu. Monsieur Fortescue, Madame Fortescue.

Alors qu'ils s'apprêtaient à quitter son ex belle-famille pour éviter plus de dégâts, un jeune garçon qui ne devait pas avoir plus de quatorze ans et qui était- au vu de sa cravate - à Serpentard vint parler dans l'oreille d'Alice. Alors que ses parents avaient pris de l'avance sur lui, Franck traîna des pieds pour savoir ce qu'il lui voulait.

-Dumbledore m'a dit de te dire qu'il t'attend dans la salle de métamorphose.

Franck fronça des sourcils : qu'est-ce que Dumbledore pourrait bien faire dans la salle de métamorphose et surtout, pourquoi voulait-il voir Alice ?

-Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda la jeune femme, aussi étonnée que lui.

-Dumbledore m'a dit de te dire qu'il t'attend dans la salle de métamorphose, répéta le jeune garçon avant de s'en aller.

Il vit Alice froncer des sourcils puis hausser des épaules avant de prévenir ses parents qu'elle allait voir de quoi il en découlait. Franck aurait aimé la suivre. Il suspectait justement Peeves d'être à l'origine d'une très mauvaise blague. Il hésita quelques instants : comment pourrait-il bien justifier le fait de suivre Alice et surtout, comment la jeune femme réagirait ? Il savait pertinemment qu'il allait s'attirer une scène s'il le faisait. A contrecœur, il suivit ses parents qui l'attendaient, sa mère impatiente, pour rentrer dans le château. Ils se rendaient tous ensemble, comme la plupart des autres familles, dans la Grande Salle, avant de prendre place avant le festin.

-Je dois te dire, fils, je suis bien heureuse que tu ne sois plus amouraché de cette petite Fortescue... Enfin bon... Avoir un tel père... Et puis, on ne peut pas vraiment dire qu'elle soit une sorcière d'exception. Je dois te dire que je n'ai jamais compris ce que tu lui trouvais. Elle est si...

-Si quoi, maman ? demanda Franck d'une voix forte en s'interposant devant elle, la forçant à s'arrêter. Si tu veux tout savoir, la raison pour laquelle je ne suis plus avec Alice est que je suis un idiot qui écoute tout ce que sa mère lui dit. Tu as réussi à me persuader, je ne sais comment et j'ai honte de le dire, que peut-être je valais mieux qu'elle. Et tu veux savoir la vérité ? Jamais. Jamais je ne vaudrai mieux que cette fille. Parce qu'Alice est tout ce que je ne serai jamais. Et ses parents sont tout ce que vous ne serez jamais : ils soutiennent leur fille, rient avec elle, ne passent pas leur temps à lui faire comprendre qu'elle n'est pas assez. Mais peu importe, coupa-t-il en voyant que sa mère, outrée, voulait prendre la parole. Là n'est pas la question. C'est la dernière fois que je te laisser insulter Alice devant moi. Parce que crois-moi, le seul qui ai perdu dans l'histoire, c'est moi.

-Comment oses-tu me parler sur ce ton ? Et dans cette école ? Je devrais te...

-Assez !

Franck sursauta. C'était la première fois qu'il entendait son père hausser le ton. D'ordinaire, il était celui qui calmait les mœurs. Ni lui ni sa mère n'osèrent broncher alors que son père continuait :

-J'en ai plus qu'assez d'entendre toujours les mêmes rengaines. Franck est un jeune homme d'exception. Tu le sais pertinemment, puisque tu me le répètes tous les jours et que tu le répètes à quiconque souhaitent l'entendre. Et tu m'as avoué l'autre jour que tu regrettais le fait qu'il ne soit plus avec Alice. Alors pourquoi cette mascarade ? Notre fils fera ce qui l'entend, avec qui il l'entend. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

Franck n'en revenait pas et, lorsqu'il se tourna vers sa mère, il se rendit compte qu'elle non plus. De mémoire vivante, il ne se souvenait pas l'avoir déjà vu sans voix. Et pourtant, ce fut le cas. Ce fut le cas lorsqu'ils rejoignirent en silence la Grande Salle, et ce fut le cas lorsqu'ils s'assirent tous les trois - la tension redescendue - à une table. Franck regarda son père, et il eut juré que celui-ci venait de lui faire un clin d'œil. Il sourit, mais essaya de ne pas trop le montrer devant sa mère, qui semblait toujours aussi choquée. Ils attendirent quelque peu. Franck regarda autour de lui : la plupart des professeurs se trouvaient déjà à table, mais certains discutaient encore avec des parents, relatant de bons souvenirs ou de drôles d'anecdotes. Peeves flottait par-dessus les familles, tel un lion en cage, mais le professeur Mcgonagall l'avait bien à l'œil. Franck fronça des sourcils. Ainsi donc, Peeves était présent. Il refit plusieurs fois le tour de la Grande Salle : les parents d'Alice étaient présents, mais elle-même ne l'était pas. Son cœur se mit à battre plus fort et un mauvais pressentiment le prit aux tripes lorsque, plus loin, il vit Dumbledore monter sur l'estrade. Si Dumbledore avait demandé à Alice d'être dans la salle des métamorphoses, pourquoi était-il présent sur l'estrade, prêt à faire son habituel discours ?

-Quelque chose cloche, dit-il plutôt pour lui-même, mais son père demanda :

-Comment ça ?

-Je dois aller chercher Alice.

Il voulut se lever mais le professeur Dumbledore demanda le silence, qui se fit instantanément. Le cœur battant, Franck gardait le regard rivé sur les portes de la Grande Salle, espérant y voir Alice débouler, maladroite comme à son habitude, devant tout le monde. Mais la jeune femme n'arrivait pas. Alors que le professeur Dumbledore ouvrait la bouche pour les saluer, sa baguette contre son visage pour amplifier sa voix, une énorme explosion se fit entendre. Des murmures étonnés et des petits cris échappèrent de la Grande Salle. Puis Helias Bones, un septième année de Serdaigle né moldu, fit claquer les portes de la salle, les cheveux ébouriffés, le souffle court et le regard apeuré.

-Il les a pris en otage ! Ce garçon, il a ma famille ! Aidez-moi!

Il fallut plusieurs secondes à l'assemblée pour réagir. D'un silence de plomb découla un mouvement de panique. Franck se leva immédiatement, le cœur plus battant que jamais : il fallait absolument qu'il retrouve Alice.

 

Note de fin de chapitre :

A bientôt pour la suite de ces péripéties ;-)

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