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News

Assemblée Générale Ordinaire 2022


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 24 juin 2022, à 22h.

Venez lire et discuter, et voter pour les candidats au conseil d'administration.

Bonne AG !
De Le CA le 17/06/2022 23:08


124ème édition des Nuits


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 124e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 24 juin à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/06/2022 18:45


Assemblée Générale 2022


Chers membres d’HPF,

Nous désirons vous informer que l’Assemblée Générale 2022 aura lieu du vendredi 17 juin 22h au vendredi 24 juin 22h sur le forum.

Seuls les adhérents à l’association peuvent voter, mais tous les membres sont encouragés à venir lire et discuter.

Au plaisir de vous y voir !

Le CA
De Les membres du CA le 06/06/2022 18:39


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Juliette54, Tiiki et Bloo, qui remportent la Sélection Drabbles !

Vous pouvez dès à présent commencer vos lectures pour élire en décembre prochain vos Fictions longues préférées. Vous avez 7 mois pour découvrir 12 univers qui ont conquis les lecteurs ! Pour en savoir plus et pour suivre notre planning de lectures, rendez-vous ICI.

En juillet, on compte sur vous pour la Sélection des Animaux Fantastiques ! Avec la sortie du troisième film, c'est de circonstance, non ? Vous pouvez d'ores et déjà proposer vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Et au mois de juin, remontez aux origines de Poudlard. Nous vous proposons six textes qui mettront à l'honneur, individuellement comme collectivement, ses Fondateurs : Godric Gryffondor, Helga Poufsouffle, Rowena Serdaigle, et Salazar Serpentard. Vous avez jusqu'au 30 juin pour lire et voter par ici.



De Equipe des Podiums le 05/06/2022 16:03


123ème édition des Nuits


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 123e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 21 mai à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt !
De L'équipe des Nuits le 13/05/2022 17:22


Journées Reviews


Lire, écrire…

Tu as envie de lire ? De découvrir un ou une auteure ? D'échanger sur ses écrits et sur les tiens à travers quelques reviews sympathiques ?

La Journée Reviews est là pour ça, et elle aura lieu cette fois-ci du 13 au 16 mai !

Viens nous rejoindre en t'inscrivant ici !

Le principe ? Réparti.e.s en binômes ou trinômes, vous écrivez au moins 10 reviews à votre binôme (5+5 pour le trinôme) pendant ces trois jours, sur HPFanfiction ou le Héron, au choix.

 


De le 04/05/2022 19:14


Les zibelines triompheront bien par Bloo

[68 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Un grand merci à Saam, Selket et Aloeconit pour leur review sur le chapitre précédent. Merci d'avoir pris le temps de partager vos impressions avec moi !

Ce n'est peut-être pas très extraordinaire mais je suis vraiment contente d'avoir mis un peu moins d'un mois à écrire ce quatrième chapitre (surtout que j'ai eu une semaine de grippe là-dedans ahah). Parce que j'ai écrit trèèès lentement, j'ai eu beaucoup de mal (encore) à avancer cette histoire, qui me tient tellement à coeur et que j'ai tellement de mal à écrire en même temps (j'espère que ça ne se ressent pas trop ?) MAIS j'ai écrit un peu tous les jours, en général autour de 500 mots. J'espère bien continuer sur cette lancée :)

Bonne lecture !

Trigger Warning : ce chapitre fait mention de viol.

Marlène McKinnon était sans conteste la plus populaire de tous les élèves de Poudlard. James lui-même avait fini par le reconnaître en tentant maladroitement de prouver à Lily qu’il n’était plus l’être arrogant de leurs premières années au château. Seul Sirius rechignait encore à l’admettre mais c’était plus parce que Marlène avait toujours refusé de sortir avec lui que par réel égocentrisme. Sirius était fier, drôle, amical et méprisant mais, contrairement à James, il n’avait jamais vraiment été préoccupé par ce que les autres élèves pensaient de lui, encore moins par leur reconnaissance, et il se satisfait pleinement de la présence de ses trois amis à ses côtés. Il ne cherchait rien d’autre sauf peut-être de la réciprocité dans les yeux de Marlène, un peu d’intérêt pour sa personne au nom de cette première fois qu’ils avaient partagé l’été dernier. Mais malgré tous ses efforts, malgré la colère et les désaccords, Sirius avait été éduqué comme un Black et il n’avait pas l’intention de ramper aux pieds de Marlène.

Marlène ne rampait pas, elle.

Elle avait aimé faire l’amour avec Sirius comme elle aimait diriger le club de duel à Poudlard, comme elle aimait sortir avec Lily dans les boîtes de nuit Moldues pendant les vacances, comme elle aimait organiser les fêtes qui avaient lieu dans la salle commune des Poufsouffle même si le Choixpeau l’avait répartie à Serdaigle et comme elle avait aimé embrasser Circé Fawley lors d’une réception donnée au Ministère de la magie à l’occasion de la nouvelle année 1977. Elle aimait sans s’attacher, elle aimait sa légèreté, elle aimait le plaisir sans tous les tracas de l’engagement alors elle sautait d’une expérience à une autre et volait de fille en garçon, de garçon en fille. Seules ses amies étaient une constante dans la vie de Marlène et Lily était sa préférée d’entre toutes.

La première fois que Marlène avait parlé à Sybil remontait aux premiers jours de la rentrée. Elle avait vu Benjy Fenwick aborder la nouvelle et lui avait soufflé de se méfier du jeune homme au détour d’un couloir. Après, elle s’était assez rapprochée d’elle pour se confier, enfin, et Lily avait rougi de colère tandis que Sybil confisquait doucement mais fermement la bouteille de Whisky Pur Feu que Marlène avait à la main.

Benjy Fenwick avait une réputation de tombeur à Poudlard. Lily le haïssait parce qu’elle n’aimait pas la manière dont il traitait les filles, ses remarques déplacées, ses plaisanteries douteuses, cette façon, surtout, qu’il avait de fondre sur les étudiantes qui le repoussaient d’ordinaire lorsqu’elles avaient bu en soirée. Elle avait plus d’une fois essayé de le remettre à sa place d’une réplique sèche dont elle avait le secret mais Benjy s’en moquait et, pire encore, personne ne s’en préoccupait pour de vrai. Benjy était un garçon alors il pouvait être lourd, vulgaire, irrespectueux, peut-être même dangereux, ça ne faisait jamais de lui qu’un séducteur. Lily ne pouvait que pester contre les sorciers qui s’estimaient si supérieurs aux Moldus et qui n’avaient pourtant pas entamé la même révolution des mœurs ces dernières années. Elle pestait, et elle surveillait du coin de l’œil ses amies lorsque Benjy Fenwick les approchait. Mais Lily ne pouvait pas être partout et Marlène était naïve.

Marlène n’avait jamais vu sa mère prendre la pilule, évidemment, elle n’avait jamais accompagné une amie de sa grande sœur dans une clinique pour avorter non plus et elle n’avait jamais brûlé de soutien-gorge au cours d’une manifestation – sa lingerie valait bien trop cher pour partir en fumées ! Marlène venait d’une puissante famille de Sang-Pur, des gens influents, relativement tolérants, mais des sorciers malgré tout. Ils valorisaient le respect et l’honnêteté, ils ne montraient pas, à l’égard des Moldus, la moindre animosité, mais pas vraiment de curiosité non plus. Marlène s’était ouverte à ce monde par l’intermédiaire de Lily mais, toute sa vie, elle avait vu les hommes se comporter d’une certaine manière avec les femmes, elle avait vu leur désir primer sur tout le reste, elle avait vu son père prendre toutes les décisions importantes et entendu sa mère lui dire, maintes et maintes fois, à elle, jamais à son frère, de prendre garde à sa réputation.

Elle avait beaucoup bu le soir où Benjy s’en était pris à elle dans son propre dortoir. Elle avait répondu à son premier baiser, peut-être même au deuxième, il ne l’avait pas écouté quand elle lui avait dit d’arrêter, mais elle avait d’abord dit oui et elle avait les membres trop engourdis pour se débattre. Quand Benjy était parti, la laissait inerte sur son lit, elle avait repensé à son père, à sa mère, et elle s’était juré de ne jamais rien dire. Quelques semaines plus tard, Eulalia Kane se plaignit dans le bureau de Dumbledore d’avoir été agressée au cours d’une soirée similaire et la rumeur se répandit comme une traînée de poudre à Poudlard. Pendant le cours de Métamorphoses, que Marlène avait en commun avec les Gryffondor, elle entendit Sirius et Peter se moquer d’Eulalia – elle inventait tout ça parce qu’elle n’assumait pas le choix de son partenaire bien sûr ! – et elle se sentit froide, encore. Remus était assis plus loin et James ne disait rien, sans doute parce qu’il sentait le regard de Lily sur lui, et Marlène se fit encore le serment de ne pas parler.

Elle avait aimé faire l’amour avec Sirius et embrasser Circé et elle aimait depuis retrouver en cachette Wilhelmina, l’amie de Sybil, parce que c’était elle qui décidait, mais elle fuyait dès l’instant où ses partenaires se montraient plus entreprenants qu’elle parce qu’elle avait trop peur de devoir donner plus que ce qu’elle voulait – plus jamais.

- Qu’est-ce que tu penses de Benjy Fenwick ? demanda Regulus à Josephine alors qu’ils étudiaient tous les deux dans une salle de classe désaffectée des cachots.

Elle leva sur lui ses grands yeux bleus et il sut aussitôt qu’elle ne le portait pas davantage dans son cœur que Lily Evans.

- Il est parfaitement vulgaire, ce qui n’est pas très étonnant au regard de ses fréquentations. Pourquoi ?

- J’ai entendu des choses déplaisantes à son sujet.

- À propos de ses engagements politiques ? s’enquit Josephine avec un léger rictus.

- Quoi d’autre ?

Si les choses étaient simplement restées ce qu’elles étaient, Regulus aurait souri brièvement à Josephine avant de replonger dans sa lecture et il n’aurait pas fait attention à son visage, encore moins à ses yeux. Il n’aurait pas remarqué sa légère absence, la tristesse dans son regard, il n’aurait même pas entendu son soupir parce qu’il aurait été tout entier concentré sur ses études, ou sa famille, ou ses engagements à lui, lui, lui et juste lui.

Les choses avaient changé et Regulus devait se rendre à l’évidence : il ne revenait pas inlassablement vers Sybil parce que le destin les avait mis l’un face à l’autre dans la salle commune des Poufsouffle mais parce qu’elle lui avait ouvert la porte d’un autre monde. Et c’était un monde dans lequel le soupir de Josephine était perceptible.

- Tu sais autre chose sur Fenwick ? demanda-t-il en refermant son manuel de potions.

Les yeux de Josephine croisèrent à nouveau les siens et ils se plissèrent légèrement.

- Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?

- Ce n’était pas de son engagement politique dont je voulais te parler, n’importe qui peut en avoir connaissance en l’écoutant clamer haut et fort son adoration pour Dumbledore à la table des Gryffondor.

- Benjamin Fenwick est un petit abruti.

- Attention Josephine, tu deviens presque grossière.

Elle lui jeta un regard noir dont il avait l’habitude parce qu’il aimait la taquiner de temps à autre sur son langage policé. Elle l’aurait presque fait passer pour un charretier s’il n’avait pas reçu une éducation finalement très semblable à la sienne.

- C’est lui qui a agressé Eulalia Kane.

Il y eut un bref silence dans la pièce pendant lequel Regulus repensa à Sybil qui avait cassé trois côtes à Donaghan Avery pour venger l’agression d’Eulalia.

- Je ne savais pas que l’identité de son agresseur était connue, avança-t-il prudemment.

- Oui, parce que tu es un garçon.

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Les filles parlent, Regulus. Rarement en public, surtout pas aux garçons, mais elles parlent.

- Les filles aussi se sont moquées d’Eulalia.

- Bien sûr, Eulalia est insupportable et il y a plus d’une fille dans ce château qui a dû être ravie de voir sa belle petite image en prendre un coup, dit Josephine sur un ton parfaitement indifférent. En plus, pendant que les garçons commentent la vie sexuelle d’Eulalia, ils font moins attention à celle des autres filles et il y en a que ça arrange bien. Les filles de Poudlard n’ont pas toute la distinction des femmes Sang-Pur, loin s’en faut.

- Mais tu la crois ?

- Bien sûr, répéta Josephine, c’est une simple question de logique. Toute l’école a jugé Eulalia, l’a méprisée, l’a insultée, tu sais que des garçons s’en sont pris à elle dans les couloirs, même ? Elle n’avait absolument aucun intérêt à inventer toute cette histoire.

- Tu avais l’air aussi surprise que moi par sa perte de poids avant les vacances de Noël.

- Mais enfin Regulus je t’ai menti, dit Josephine en levant les yeux au ciel, parce que je n’avais pas compris que tu t’intéressais vraiment à ce qu’il y avait derrière son amaigrissement.

Josephine était une excellente menteuse et Regulus le savait bien mais elle ne mentait jamais pour rien. C’était la plupart du temps pour préserver ses intérêts, plus rarement ceux des autres, cette fois-là ceux d’Eulalia qu’elle exécrait pourtant.

- Et comment sais-tu que c’est Benjy Fenwick qui l’a agressée ? s’enquit Regulus.

- Je t’ai dit que les filles parlent et elles parlent beaucoup de Benjamin Fenwick, assez pour ne pas te donner l’envie de croiser ce charmant personnage dans les couloirs le soir.

- Eulalia a dit que c’était lui ?

- Non, dit franchement Josephine, mais elle avait sans doute trop bu pour se souvenir correctement.

- Qui est-ce qu’elle a accusé ?

Le visage de Josephine se tendit légèrement et Regulus décela chez elle les premiers signes de l’agacement : une emprise plus ferme sur sa splendide plume à dix Gallions, des yeux qui le fuyaient, un léger tic à la commissure de ses lèvres que Regulus et la mère de Josephine étaient les seuls à avoir remarqué depuis tout ce temps.

- Eulalia dit – je ne sais pas pourquoi – que c’est Donaghan Avery.

Elle n’avait consenti à lâcher le nom que du bout des lèvres.

- C’est parfaitement ridicule, Donaghan vient d’une très bonne famille et il a été très bien éduqué, ce qui n’est certainement pas le cas de ce Benjamin Fenwick.

- Évidemment, acquiesça Regulus.

Il ne pouvait pas dire à Josephine que Donaghan avait avoué avoir agressé Eulalia après avoir avalé du Veritaserum à son insu – Sybil l’avait dissimulé dans des sablés cette fois-ci. Il se compromettrait en plus de compromettre Sybil, parce qu’il était trop impliqué dans cette histoire, désormais, et de toute façon Josephine ne voulait probablement pas l’entendre. Or Regulus savait comme il pouvait être difficile, si ce n’était impossible, de ramener à la raison quelqu’un qui avait décidé de ne pas voir, de ne pas croire, de ne pas entendre, quelqu’un qui avait arrangé sa propre vérité et qui refusait toute remise en question. Sybil le lui avait d’ailleurs reproché, dans la maison de Dorcas, elle l’avait mis face à ses contradictions et il avait pu accepter de les reconnaître mais Josephine ne le ferait pas, parce que son univers n’avait encore souffert d’aucune contradiction. La première était peut-être la plus difficile à admettre.

L’univers de Regulus était plus fragile : il avait ses idées, des idées très arrêtées, des idées qu’il entendait porter, défendre, mais elles s’étaient déjà heurtées à la réalité. Il y avait Sirius qui malgré la gloire, la prestance, la dignité, il y avait Sirius qui avait préféré renoncer au rang des Black. Il y avait Kreattur qui, en dépit de son statut, celui d’une créature magique et de celle qui était peut-être la plus inférieure de toutes, s’avérait être son meilleur compagnon depuis l’enfance.

Et désormais il y avait Sybil et ce monde dont elle lui avait donné les clés – ce monde dans lequel il devait aller l’aider.

Il ne rouvrit pas son manuel de l’après-midi, se contentant d’aider Josephine qui avait toujours eu du mal avec les potions mais qui avait refusé d’abandonner cette matière malgré tout. C’était la préférée de son père et il était l’être le plus exigeant que Regulus avait jamais rencontré. Le soir venu, il la quitta aisément. Il avait l’habitude d’aller voler avant le dîner, quand le temps le lui permettait, aussi Josephine ne se formalisa-t-elle pas de le voir disparaître. Elle préférait manger tôt et ne l’avait jamais attendu quand il allait s’entraîner de toute façon.

Il s’était passé un mois, puis deux, puis trois depuis que Sybil avait demandé à Regulus de l’aider à se venger de Benjy Fenwick. L’ambiance était à peine plus détendue dans le château qu’elle ne l’était au début de l’année et les professeurs avaient formellement interdit toute sortie dans les couloirs en-dehors des cours et des repas. Pendant deux mois, ils avaient même accompagné leurs étudiants d’une classe à l’autre puis chargé les préfets de ramener tout le monde à son dortoir dès la fin du dîner. Ils s’étaient finalement relâchés à partir du troisième mois quand des Aurors supplémentaires étaient venus protéger le château et, surtout, parce qu’aucune nouvelle attaque de Mangemorts n’avait été recensée. Le raid sur Pré-au-Lard avait créé une onde de choc dans le monde magique mais il avait fait beaucoup de mal aux Mangemorts malgré tout : plusieurs d’entre eux avaient été tué et d’autres avaient été sérieusement blessé. Regulus, Donaghan et les autres avaient finalement entendu, de la bouche de leurs aînés pendant les vacances de Pâques, que les prochaines actions n’auraient pas lieu avant l’été. Les sorcières et les sorciers semblaient avoir compris eux aussi que les Mangemorts étaient affaiblis et, à Poudlard, la stricte attention des adultes se relâcha légèrement, laissant enfin l’occasion à Sybil de préparer l’agression de Benjy Fenwick.

Regulus avait bien tenté de la dissuader quelques fois en l’attrapant au vol à la bibliothèque. Ils s’étaient arrangés tous les deux pour que le professeur Flitwick les mette en binôme dans son cours et ils avaient donc une excuse pour se retrouver au moins une fois par semaine mais, au début, Regulus l’avait abordée presque tous les jours pour lui dire de renoncer. C’était une folie, les Aurors et les professeurs étaient sur le qui-vive et, considérant les opinions affirmées de Benjy Fenwick, les soupçons de son attaque porteraient aussitôt sur les Serpentard qui ne souhaitaient pas vraiment se faire remarquer en ce moment. Il finit par comprendre que Sybil ferait ce qu’elle avait décidé de faire avec ou sans lui et il préférait encore être avec elle et savoir exactement ce qu’elle planifiait.

Il aurait pu la dénoncer – il aurait dû la dénoncer, même. Mais, outre le fait que les Serpentard n’avaient pas pour habitude d’aller s’épancher dans le bureau de Dumbledore, sachant pertinemment que le directeur leur était hostile sous ses airs tolérants, Regulus se surprit peu à peu à détester Benjy Fenwick lui aussi. Il le vit se pavaner dans le château, de façon plus grotesque encore que James Potter, il le vit se permettre de toucher des filles qui ne lui avaient rien demandé mais qui ne pouvaient guère faire autre chose que de rire avec gêne et se détourner, il vit Marlène McKinnon perdre tous ses moyens à chaque fois qu’elle passait à côté de lui et d’autres filles, encore, qui avaient peut-être subi le même sort.

Il se surprit alors à se demander, comme Lily, pourquoi Merlin personne ne remarquait rien, avant de se souvenir que lui non plus n’avait rien vu, six années durant, et qu’il aurait continué à ne rien voir si Sybil ne lui avait pas ouvert les yeux.

- Tu es sûr que c’est ce que tu veux faire ?

Regulus n’était pas allé sur le terrain de Quidditch comme il l’avait affirmé à Josephine. Il avait rejoint Sybil devant la statue de la sorcière borgne et ils s’étaient tous les deux engouffrés dans le passage avant de s’asseoir – péniblement – et d’attendre.

- Je n’ai pas l’intention de me salir les mains comme tu le fais si c’est ce que tu veux savoir, répondit-il à Sybil en évitant de croiser son regard.

- Pourquoi, ton sang est trop précieux pour ça ?

Elle s’était longtemps contentée de lui exposer ses plans pour Benjy et d’échanger quelques banalités avec lui sans jamais venir le titiller sur ses opinions politiques. Les banalités étaient devenues de vraies conversations au fil du temps et ils s’étaient découvert plusieurs points communs à commencer par un profond intérêt pour les créatures magiques et pour la nature en général. Regulus aimait les grands espaces, il rêvait de parcourir le monde et n’appréciait rien de plus que de dominer le parc de Poudlard depuis son balai. Sybil voulait voyager, elle aussi, alors il lui avait raconté l’Inde et elle lui avait raconté le Viêtnam avant de le faire rêver de Tchécoslovaquie. Elle lui avait reparlé brièvement de cette cousine à Prague, qui recueillait tous les chats abandonnés du quartier et qu’elle adorait aider pendant l’été. Puis elle avait dit à Regulus qu’elle était végétarienne et, face à son regard perdu, elle s’était lancée dans un argumentaire passionné pour le respect de toutes les créatures, de tous les animaux. Il s’était senti étonnement concerné et il regardait depuis d’un drôle d’œil son assiette dans la Grande salle.

Regulus et Sybil avaient en commun leur amour de la nature et, parfois, cette passion faisait oublier à Sybil que tout les séparait sur d’autres points. Elle était cohérente dans ses idées, prônant l’égalité de toutes et tous indépendamment de sa nature mais aussi de son sang, et au fur et à mesure que le temps passait, elle s’en cachait de moins en moins. Elle adorait le cinéma et chantait les louanges de réalisateurs Moldus sans se soucier du scepticisme de Regulus. Elle aimait Lily, aussi, d’une amitié sincère et profonde qui l’amenait souvent à incendier les élèves de Sang-Pur qui osaient s’en prendre à elle. Ils avaient évité d’en parler pendant plusieurs semaines mais Sybil ne se satisfaisait plus de leurs conversations trop polies, elle ne voulait plus éviter les sujets qui lui tenaient à cœur et, surtout, elle ne supportait plus l’idée que Regulus soit raciste.

Avery, Selwyn, Rowle, Mulciber, Rogue, ils pouvaient bien dire ce qu’ils voulaient, elle ne se sentirait jamais qu’un peu plus déterminée à les abattre.

C’était différent avec Regulus.

- Je ne bats pas comme un Moldu, c’est tout, répondit Regulus sur un ton neutre. Et d’ailleurs, pourquoi est-ce que tu n’utilises pas de sortilèges ? Tu te mettrais probablement moins en danger.

- Je pensais que Avery et Rowle seraient bien plus humiliés d’être battus à mains nues.

- Et Fenwick ?

- La plupart des sorciers sont tellement habitués à utiliser leur baguette pour tout et rien qu’ils ne savent absolument plus se défendre quand ils en sont privés. Je suis une bonne duelliste mais ces garçons aussi et rien ne me garantit de faire le poids face à eux. Je doute en revanche qu’ils se soient entraînés intensivement au combat pendant des mois.

- Quand est-ce que tu as commencé cet entraînement ?

Regulus avait retint de justesse la question plus maladroite qui lui brûlait les lèvres mais Sybil avait très bien compris ce qu’il voulait dire. Lily avait déjà remarqué sa force une fois ou deux alors qu’elle les débarrassait d’un garçon un peu trop envahissant au cours d’une soirée et elle était beaucoup moins protectrice envers Sybil qu’elle ne l’était envers ses autres amies, à commencer par Marlène. Elle pensait qu’elle était forte, Regulus savait qu’elle était forte, mais c’était arrivé malgré tout parce qu’un jour, Sybil avait été une fille que personne n’aurait trouvé forte et qui était heureuse pourtant.

- La plupart des sorciers sont tellement habitués à utiliser leur baguette pour tout et rien qu’ils ne savent absolument plus se défendre quand ils en sont privés, répéta Sybil d’une voix blanche. Moi, ça ne m’arrivera plus jamais.

Comme souvent avec la jeune fille Regulus se demanda ce qu’il devait faire, ce qu’il devait dire ensuite, parce qu’il avait été préparé à toutes les conversations les plus ennuyeuses au monde depuis qu’il était un enfant, il avait été préparé aux sujets plus sombres, aussi, dans le secret des réunions en noir, mais il y avait encore des horreurs dans le monde des sorciers dont personne ne l’avait informé.

- Fenwick va arriver.

Elle lui avait donné rendez-vous pour neuf heures en se contentant de signer anonymement la missive aspergée de parfum. Benjy Fenwick était si certain de son charme et si excité à l’idée d’une nouvelle conquête qu’il ne s’était pas questionné une seconde et elle l’avait entendu se vanter de son invitation auprès de Sirius pendant le déjeuner.

- Tu vas juste le frapper ? s’enquit Regulus.

- Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’autre ?

Sybil avait revêtu son masque avant d’enfoncer fermement une perruque blonde par-dessus le tissu.

- Est-ce qu’ils savent pourquoi tu les attaques ?

- Je ne leur fais pas vraiment la conversation.

- Mais est-ce qu’ils ont au moins conscience des raisons de leur agression ?

- Je risquerais d’attirer de gros problèmes à Amy, Eulalia et Marlène si j’en disais trop, siffla Sybil.

- Ou tu pourrais donner un vrai sens à tout ça.

Regulus distinguait à peine les yeux de Sybil à travers son masque et il remarqua, étonné, qu’elle les avait outrageusement maquillés. Il comprit tout à coup pourquoi ni Donaghan Avery ni Milburn Rowle n’avaient soufflé le moindre mot quant à leur agresseuse. Drapée dans des vêtements très moulants qu’elle n’avait certainement pas achetés chez Madame Guipure, Sybil n’avait pas laissé aux garçons le moindre doute sur sa féminité et elle s’était ainsi offert la meilleure garantie possible qu’ils ne parleraient pas. Le monde dans lequel ils avaient grandi, tous, le monde qui avait vu naître Regulus était un monde où les hommes combattaient tandis que les femmes enfantaient, c’était un monde dans lequel les hommes faisaient bien ce qu’ils voulaient pendant que les femmes étouffaient dans leur corset, dans leur rôle, dans leur vie. C’était un monde dans lequel il n’y avait de pire humiliation qui soit que d’être battu par une fille – si, il y avait pire, encore, il y avait être battu à mains nues par une fille.

Ce monde dont on avait chanté les louanges à Regulus avait craquelé une première fois quand Sirius s’en était allé. Il s’effritait à chaque fois que Kreattur apportait plus de réconfort à Regulus que ses propres camarades à Serpentard. Puis Sybil l’avait fait vaciller et plus rien n’avait de sens mais, dans les yeux de la jeune femme, il ne vit pas le désir d’y remédier.

Il ne vit que la peur avant qu’elle n’ouvre le passage et ne s’accoude contre la statue de la sorcière borgne, dos au couloir, ses cheveux blonds bien en évidence.

Dissimulé dans l’étroit passage, Regulus repensa à toutes ces fois où Sybil lui avait demandé s’il était certain de vouloir venir ce soir-là. Il lui avait dit qu’il ne se mêlerait de rien mais il était là, et Benjy Fenwick allait arriver et Sybil allait l’attaquer, et Regulus était là. C’était idiot, c’était complètement incongru et il était à deux doigts de s’extirper de l’escalier pour dire à Sybil qu’il s’en allait, qu’il l’aidait, qu’il faisait quelque chose, n’importe quoi, quand un sifflement retentit dans le couloir obscur.

Benjy Fenwick arrivait les mains dans les poches à son rendez-vous et il sifflotait.

- Salut ma jolie, lança-t-il en arrivant à la hauteur de Sybil.

Il avait du charme, c’était évident, de beaux yeux, un visage séduisant, il avait du charme mais, quand le poing de Sybil s’abattit violemment sur sa joue droite, le sortilège fut rompu tout à coup. Il se massa douloureusement le visage avant de se ressaisir et de s’emparer de sa baguette mais Sybil fut plus rapide. Elle le désarma d’un coup de pied très précis et la baguette roula presque jusqu’aux pieds d’un Regulus un peu soulagé malgré lui – ce n’était pas lui qui avait été trop faible face à Sybil dans le dortoir des Poufsouffle mais bien Sybil qui était trop forte pour lui et pour eux tous.

La perruque de Sybil lui échappa rapidement et vint s’échouer sur le sol, ne laissant que du noir sur son corps, du noir dans le couloir et du rouge sur ses poings serrés. Benjy Fenwick rendit quelques coups mais, comme l’avait professé Sybil, il ne tint guère longtemps sans sa baguette pour se défendre. La jeune femme le propulsa rapidement au sol, le visage déjà bien abimé, et elle s’agenouilla sur lui, elle bloqua son thorax entre ses deux cuisses et maintint fermement ses deux poignets au-dessus de sa tête. Benjy se débattit mais sans parvenir à se dégager : il était impuissant sur le sol froid, il était à la merci de Sybil qui ne le frappait plus, qui se contentait de maintenir son emprise et de partager un peu de sa peur, enfin.

Benjy Fenwick était en train de ressentir ce qu’avait ressenti Marlène dans son dortoir.

Il était comme Amy et Eulalia avant lui.

Il avait peur comme Sybil avait peur, toujours, sauf quand elle avait lu l’effroi dans le regard de Donaghan, l’effroi dans les yeux de Milburn et maintenant l’effroi sur le visage de Benjy.

C’était comme si la peur changeait de camp brusquement, parce que Sybil avait le contrôle, Sybil prenait le pouvoir pour elle et pour toutes les femmes, celles que Benjy Fenwick avait abusées, celles qui n’étaient pas crues, pas soutenues, celles qui avaient disparu derrière leurs amis, leurs maris, leurs amants, leurs conjoints. C’était se revanche, sa chance, et Sybil la savoura, elle se laissa lentement envahir par la haine et, quand sa main se tendit bien haut dans le ciel, Benjy s’était résigné.

Il avait cru que la résignation de Marlène était une autorisation.

Peut-être aussi n’avait-il simplement pas voulu la voir.

Le poing de Sybil s’abattit sur le visage de Benjy Fenwick une fois, deux fois, trois fois, et lorsque Regulus éclaira le couloir, qui était l’un des rares à Poudlard sans le moindre tableau, son premier réflexe fut de se jeter sur Sybil pour l’empêcher de frapper une quatrième fois, une fois de trop. Déséquilibrée, elle roula sur le côté avant de dégainer sa baguette et de la pointer sur Regulus en même temps qu’il braquait la sienne sur elle. Ils se firent face dans un silence de mort que vint seulement troubler un long râle de Benjy Fenwick. Le jeune homme se redressa péniblement et seule la présence de Regulus empêcha Sybil de le renvoyer au sol : elle n’avait pas envie de se battre avec Regulus, surtout pas comme ça, pas dans cet état avec ses yeux qui pleuraient et ses mains qui tremblaient. Elle se contenta de regarder Benjy cracher du sang pendant de longues secondes avant de s’évanouir pour de bon.

Elle fut alors prise d’une irrésistible envie de pleurer, de pleurer bruyamment et d’éclater en de violents sanglots, mais elle se contenta de laisser des larmes silencieuses répandre du mascara sur ses joues rouges et noires maintenant.

- Il faut partir d’ici, dit Regulus d’une voix rauque.

Sybil acquiesça et baissa sa baguette mais, lorsqu’elle se pencha pour ramasser la perruque blonde qui gisait au sol, elle tomba à genoux sur la pierre froide et ne parvint pas à se relever.

Personne ne l’avait arrêtée quand elle avait attaqué Donaghan Avery et Milburn Rowle. Elle les avait frappés jusqu’à ne plus sentir ses mains, ses bras, et alors seulement elle s’était retirée ensanglantée dans la chaleureuse salle commune des Poufsouffle. La douleur physique était suffisante pour éclipser les blessures de son esprit et Sybil n’avait jamais pleuré en s’effondrant sur son lit.

Mais Regulus ne l’avait jamais vue avant aujourd’hui.

- Il faut partir, la pressa-t-il en venant s’agenouiller à sa hauteur.

- Je ne peux pas.

- Est-ce que tu peux te laisser porter ?

Elle se figea un instant avant de dodeliner légèrement de la tête et Regulus n’attendit pas plus longtemps pour passer un bras derrière son dos, un autre sous ses genoux et pour l’entraîner avec lui.

Il les désillusionna en cours de route, quand il vit apparaître les premiers tableaux sur les murs, et il prit la direction de la salle de classe désaffectée dans laquelle il avait l’habitude d’étudier avec Josephine. Peeves ne s’y aventurait jamais parce qu’il n’y avait rien d’intéressant à y trouver, tout au plus deux tables et quelques chaises, et de telles quantités de poussière s’y accumulaient que plus personne n’y avait mis les pieds depuis des années. Josephine la nettoyait en réalité à chaque fois qu’elle y entrait mais elle se contentait de déplacer la poussière et de la faire réapparaître avant de quitter la pièce. Les salles abandonnées étaient nombreuses à Poudlard mais il était rare d’en trouver une qui ne soit pas fréquentée par d’autres étudiants – Josephine tenait à conserver ce privilège parmi tant d’autres.

Regulus ne prit pas la peine de nettoyer quoi que ce soit avant de déposer Sybil contre l’un des murs de la pièce. Il s’assit à côté d’elle et, le visage inexpressif, il lui demanda s’il pouvait lui retirer ses gants d’abord, son masque ensuite. Elle hocha la tête, elle la hocha à chaque fois alors Regulus essuya ses larmes d’un revers de manche, il fit disparaître le sang de Benjy d’un sortilège informulé et il mit à peine plus longtemps à soigner les mains de Sybil. Il avait toujours bien maîtrisé les sorts de guérison.

Sybil et Regulus restèrent un long moment l’un à côté de l’autre, si proches et si éloignés à la fois, perdus dans deux mondes qui n’avaient rien à voir et qui s’entrechoquaient étrangement depuis quelques mois. Quand Sybil se tourna finalement vers Regulus, sa montre indiquait minuit passé.

- Tu penses que je suis folle n’est-ce pas ?

- Non, répondit-il avec honnêteté.

- Mais tu crois que j’ai fait quelque chose de mal.

- Je ne vais pas te dire que la violence ne mène à rien alors que je suis prêt à l’employer pour servir mes idées s’il le faut, dit Regulus avec un faible sourire. Parfois, il n’y a pas d’autre choix, c’est comme ça. Mais quand je t’ai regardée tout à l’heure j’ai eu le sentiment que quelque chose n’allait pas.

- Parce que Benjy Fenwick n’est pas un Moldu ? demanda Sybil avec amertume.

- Parce que ça ne t’apporte rien.

Sybil remarqua tout à coup que Regulus avait gardé une de ses mains dans les siennes depuis qu’il les avait soignées et qu’elle ne l’avait même pas noté. C’était naturel, tout simplement, comme si son corps s’était habitué à la présence de Regulus, devançant son esprit torturé et les doutes qui la rongeaient.

- Je crois que la violence peut être nécessaire quand elle est au service d’une cause mais elle ne doit pas être inutile, poursuivit Regulus. Fenwick ne sait même pas pourquoi tu t’en es pris à lui. Il clamera probablement à tout va que ce sont des Serpentard qui l’ont attaqué quand il se réveillera. Tous mes camarades pensent que les Gryffondor se cachent derrière l’agression de Rowle et Avery et ils ne soupçonnent pas une seconde la vraie raison derrière tout ça, à supposer qu’il y en ait une.

- Tu sais très bien quelle est cette raison ! s’indigna Sybil.

- Non, je ne sais pas, parce que je n’ai pas eu l’impression que tu te battais pour quelque chose tout à l’heure mais seulement contre toi-même.

Regulus avait tenté bien des fois de la dissuader et elle en avait fait de même pendant toutes ces semaines. Elle avait voulu l’empêcher de venir, de l’accompagner, elle aurait voulu qu’il ne la voit pas comme ça, jamais. Petit à petit, entre deux conversations passionnées et quelques rares confidences, elle s’était faite à l’idée de combattre sous les yeux de Regulus.

Parce que Sybil appelait à l’aide depuis tout ce temps et que peut-être, enfin, quelqu’un allait la voir, l’entendre.

- Tu as le choix Sybil : tu peux continuer à frapper des garçons jusqu’à les faire s’évanouir dans les couloirs du château pour apaiser ta souffrance ou tu peux faire de cette violence quelque chose de politique.

- Tu dis ça comme si c’était facile.

- Je ne dis pas que ça l’est, mais ce que tu fais aujourd’hui ne l’est pas non plus et je pense que ça finira par te faire encore plus de mal. Un jour, tu seras attrapée, ou tu ne seras plus capable de te relever, et personne ne viendra te défendre parce qu’aux yeux de tous tu seras juste une fille qui a violemment attaqué des garçons sans la moindre raison.

- Amy, Eulalia et Marlène pourraient avoir des problèmes si je révélais mes motivations.

- Elles pourraient aussi être soulagées de savoir que quelqu’un les croit et s’est même battu pour elles.

- Et qui se bat pour moi ?

La voix de Sybil s’était brisée brusquement et sa main n’avait toujours pas lâché celle de Regulus. Elle devait être honnête envers elle-même : elle avait apprécié sentir une certaine admiration dans le regard que Regulus posait sur elle depuis qu’il la connaissait vraiment. Tout comme elle appréciait la confiance que lui accordaient Marlène et Lily, cette façon qu’elles avaient de s’en remettre à elle lorsqu’elles avaient besoin d’aide. Elles lui faisaient confiance pour régler leurs problèmes parce qu’à leurs yeux Sybil était une fille forte et généreuse qui mettait sa bravoure au service de ses amies.

Mais Sybil n’était pas cette fille, elle ne l’avait jamais été et elle savait pertinemment qu’elle ne le serait jamais. Elle serait toujours la fille qui n’avait pas été capable de se défendre face à son agresseur. Elle serait toujours la fille qui n’avait pas supporté les rumeurs ni encaissé les rejets. Elle était la fille qui avait fui, qui avait traversé un océan et changé de continent, sans même retrouver le sommeil, l’apaisement, la paix ou le soulagement au bout du tunnel.

Et elle avait peur.

Elle avait peur à chaque seconde qui rythmait sa vie.

C’était pourtant la peur qui l’avait aidée, d’abord. La peur d’être agressée de nouveau l’avait envoyée auprès de cette entraîneuse qui avait fait d’elle la fille mettant Benjy Fenwick à terre. Puis la peur d’être démasquée, la peur que les autres étudiants sachent, la peur d’entendre encore les murmures derrière son dos, les critiques acérées et les insultes fleuries, la peur l’avait maintenue droite. Elle avait joué les filles sociables, drôles, extraverties, la fille qu’elle n’avait jamais été, la fille que personne ne soupçonnerait jamais, parce qu’elle préférait encore prétendre être cette fille qu’assumer celle qu’elle était pour de vrai. Alors elle avait souri, et ri, et distribué les pâtisseries, et elle avait des amies avec elle, des amis autour d’elle. La peur l’avait d’abord aidée et, après, elle l’avait rattrapée. C’était facile de donner le change au début. Tout était plus facile que d’être Sybil et son histoire. C’était plus facile d’être une étrangère, une inconnue pour elle-même, c’était plus facile d’être la fille populaire que la fille qui avait été violée. C’était apaisant. C’était faux.

Sybil n’y arrivait plus et Regulus l’avait bien vu. Il avait vu ses cernes, ses absences, il avait vu ses notes baisser avec Flitwick et il savait qu’elles baissaient aussi dans les autres matières, il l’avait vue rater des enchaînements au Quidditch qu’elle maîtrisait parfaitement au début de l’année et il avait vu le masque se fissurer petit à petit. Sybil ne riait plus aux blagues graveleuses de ses camarades. Elle ne faisait plus semblant d’apprécier des gens qu’elle abhorrait. Elle brillait moins, elle ne se faisait plus autant remarquer dans la Grande salle qu’elle fréquentait de toute façon de moins en moins. Le temps passait et Sybil s’effaçait.

Il aurait voulu dire à Sybil que quelqu’un se battait pour elle quelque part sur cette planète. Il ne savait pas que c’était déjà un peu le cas parce qu’il n’avait aucune idée des mouvements qui étaient à l’œuvre dans le monde des Moldus et surtout des Moldues. Dans le monde de Regulus les sorciers se battaient pour lui, pour sa famille les Black, les Sacrés, d’autres se battaient pour les Nés-Moldus, mais personne ne se battait pour Sybil. Personne ne se battait pour les femmes. Elles étaient là, pourtant. Elles supportaient toutes les causes inlassablement. Il y avait dans chacun des deux camps des femmes qui maintenaient le mouvement, des femmes qui accueillaient, hébergeaient, nourrissaient, supportaient, des femmes qui se donnaient mais pour lesquelles personne ne se battait.

Regulus ne s’était jamais senti concerné par les inégalités que dénonçaient les sorciers nés de Moldus. Il aimait Kreattur mais certainement pas au point de se battre pour les droits des elfes de maison ni des autres créatures magiques. Il se sentait concerné par Sybil. Il se sentait révolté et préoccupé parce que rien ne lui paraissait justifier ce qu’elle vivait. Amy Cauldwell, Eulalia Kane, Marlène McKinnon, Sybil Kvapilová, aucune d’elles ne pouvait décemment mériter ce qui lui était arrivé. La violence devait toujours avoir un but politique. Le petit plaisir coupable, les intérêts purement personnels et le mépris des femmes étaient tout ce qui avait guidé Donaghan Avery, Milburn Rowle et Benjy Fenwick. Ils ne s’étaient d’ailleurs pas vantés d’avoir privé des filles de leur confiance, de leur joie de vivre, de leur désir, de leur sommeil, de leur envie, de leur vie.

C’était arrivé à Sybil et c’était arrivé à beaucoup d’autres filles, c’était arrivé à Amy qu’il appréciait, et cela voulait dire, peut-être, que c’était arrivé à d’autres femmes qu’il estimait. Sa mère pouvait avoir été agressée hier. Josephine pouvait l’être aujourd’hui. Sa fille pourrait l’être demain. Ce n’était plus un drame lointain que l’on tait parce qu’après tout il n’arrive qu’aux autres. C’était la réalité de ses proches et Regulus avait des défauts, il en avait beaucoup trop, mais il aurait fait n’importe quoi pour sa famille, ses rares amis, son clan.

Et Sybil n’était pas son amie mais il aurait voulu la défendre contre le monde entier elle aussi.

- Promets-moi de ne plus te mettre dans la même situation que tout à l’heure et de réfléchir à ce que je t’ai dit.

- Pourquoi ?

- Promets-le moi.

- Je te le promets, dit Sybil.

Elle aurait pu mentir, ça aurait été facile même si elle n’excellait pas comme Josephine dans cet art de l’hypocrisie. Elle aurait pu mentir mais elle ne pouvait pas se mentir à elle-même : elle avait attaqué Donaghan Avery, Milburn Rowle et Benjy Fenwick au nom de ses amies, au nom des femmes, mais elle les avait aussi attaqués dans une tentative désespérée d’étouffer sa peine et ça n’avait pas marché. Au contraire, même, elle se sentait un peu plus triste à chaque jour qui passait, et beaucoup plus désespérée. Elle n’avait pas le sentiment d’obtenir la moindre justice, ni pour elle – c’était impossible – ni même pour les filles – elles vivaient toujours avec la culpabilité des victimes.

- Si tu me le promets alors moi je me battrais pour toi.

Sybil avait beaucoup de défauts, comme Regulus, mais avant d’entrer à Poudlard et de devenir cette fille qu’elle n’était pas, elle avait pour plus grande qualité l’honnêteté, peut-être juste après la loyauté. Elle assumait ce qu’elle était, ce qu’elle aimait, et elle vivait avec passion la moindre de ses relations. C’était une partie d’elle qui s’était envolée le jour où son petit ami l’avait agressée. Mais quand Regulus lui promit de se battre pour elle, Sybil retrouva un peu de cette adolescente romantique et passionnée, elle sentit ses joues s’enflammer et son cœur tambouriner un peu plus fort contre sa poitrine, et sans réfléchir une seconde elle plaqua ses lèvres contre celles de Regulus.

Ce n’était pas le timide et innocent baiser qu’ils avaient échangé à Pré-au-Lard. L’instant n’était pas le même non plus. Regulus répondit aussitôt au baiser de Sybil, elle enroula ses bras derrière sa nuque et ils se pressèrent l’un contre l’autre pendant de longues secondes sans qu’à aucun moment Sybil ne le repousse brusquement. Ils s’embrassèrent avec ferveur et se séparèrent naturellement, parce qu’ils avaient besoin de respirer, et pas parce que Sybil s’était soudain sentie projetée des mois en arrière. Ce soir il n’y avait qu’elle et Regulus. Il n’y avait pas cet autre garçon dont le visage venait la hanter à chaque fois qu’elle pensait y échapper. Il n’y avait pas son corps qui se souvenait, lui, mieux que son esprit qui refoulait tout ce qu’il pouvait. Il n’y avait que la main de Regulus dans la sienne et ses yeux gris qui la contemplaient avec une certaine douceur.

Il n’y avait même plus la peur et c’était bien la première fois.

Regulus ne dormit pas dans son dortoir cette nuit-là. Il gagna non sans peine la salle commune des Serpentard mais préféra s’endormir dans l’un des épais fauteuils qui habillaient la pièce que de prendre le risque de réveiller ses camarades. Il avait laissé Sybil partir à contrecœur dans les étages non sans s’être assuré qu’elle était bien désillusionnée. Il la chercha en premier quand il pénétra dans la Grande salle au matin. Elle était assise à la table des Serdaigle, à côté de Marlène, et elle avait sa main posée sur celle de son amie. La rumeur de l’agression de Benjy Fenwick courrait déjà dans les couloirs de Poudlard et, comme à chaque fois que le jeune homme était mentionné, Marlène s’était décomposée. Lily l’avait vu elle aussi et elle avait rapidement quitté sa propre table pour rejoindre Marlène et Sybil, ignorant les protestations de James – ils sortaient finalement ensemble depuis quelques semaines mais Lily n’était pas du genre à mettre ses amies de côté, pas même pour son amoureux.

Quand le regard de Sybil croisa celui de Regulus, elle lui sourit timidement avant de redevenir plus sérieuse. Elle n’était pas seulement venue s’asseoir avec Marlène à cause de ce qui était arrivé à Benjy Fenwick, non : c’était surtout en prévision de ce qui allait se passer.

Sybil et Regulus ne s’étaient pas quittés sur un baiser au milieu de la nuit. D’abord, ils en avaient échangé bien plus d’un, et ensuite ils avaient parlé. Ils avaient parlé si longtemps que les premières lueurs de l’aube perçaient déjà à travers les nuages lorsque Sybil était finalement tombée de fatigue dans la salle commune des Poufsouffle. Elle avait juste eu le temps de disperser ses notes de cours et ses manuels devant elle pour faire croire aux élèves les plus matinaux qu’elle s’était endormie sur ses devoirs. Mais ce n’était pas la défense contre les forces du mal qui avait privé Sybil de son sommeil une bonne partie de la nuit – pas tout à fait. C’était le long détour qu’elle avait effectué par la volière. L’enveloppe qu’elle avait confiée à un hibou de l’école était adressée à Sirius Black. Il était très ami avec Benjy Fenwick auquel était destinée l’enveloppe dans l’enveloppe et il était surtout un vrai cancanier. Il n’avait pas sa langue dans sa poche et se faisait une joie de partager la moindre rumeur avec James, Peter et Remus, qui n’étaient eux-mêmes pas les derniers à commérer. Sybil le savait bien pour en avoir largement profité à son arrivée à Poudlard. Sirius lirait la lettre à Benjy, évidemment, et tout le château serait informé de son contenu dans les heures qui suivraient.

Alors, lorsque le hibou choisi par Sybil vint se poser devant Sirius, celle-ci chercha à nouveau les yeux de Regulus qui lui avait promis de la soutenir. Qui lui avait promis de l’aider. Qui lui avait promis de se battre pour elle et qui lui promettait d’un hochement de tête, comme il le lui avait assuré quelques heures auparavant, qu’elle avait pris la bonne décision.

Ils comptèrent ensemble, en silence, le mouvement de leurs lèvres presque imperceptible :

- Trois, deux, un.

Et Sirius ouvrit l’enveloppe au-dessus de son assiette encore vide – il venait à peine d’arriver – avant de déchirer la seconde enveloppe – naturellement. Il la lâcha presque aussitôt comme si les quelques mots rédigés à la hâte venaient de le brûler. Le ciel grondait au-dehors, le brouhaha des conversations n’étouffait qu’à moitié l’écho de l’orage et un coup de tonnerre retentit en même temps que Sirius se penchait à l’oreille de James pour lui murmurer précipitamment le contenu de la missive.



« Les violeurs doivent payer, Fenwick – demande à Rowle et Avery »



Note de fin de chapitre :

Merci d'avoir lu !

Le prochain chapitre aura pour titre Cul-sec.

N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, de cette histoire, de Sybil, de Regulus : vos avis sont importants pour moi. C'est clairement ce qui m'aide à ne pas me décourager et tout simplement abandonner quand je passe deux heures à écrire 400 pauvres mots que je ne trouve même pas bons ahah.

Je suis notamment curieuse de savoir si vous trouvez Regulus réaliste, fidèle au peu qu'on sait de lui, et sa relation avec Sybil, qu'en pensez-vous ? Je marche sur des œufs avec ces deux-là et j'espère que leurs réactions vous paraissent légitimes, même si je n'en ai pas encore fini avec les tergiversations de Regulus ;) .
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