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News

Assemblée Générale Ordinaire 2022


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 24 juin 2022, à 22h.

Venez lire et discuter, et voter pour les candidats au conseil d'administration.

Bonne AG !
De Le CA le 17/06/2022 23:08


124ème édition des Nuits


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 124e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 24 juin à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/06/2022 18:45


Assemblée Générale 2022


Chers membres d’HPF,

Nous désirons vous informer que l’Assemblée Générale 2022 aura lieu du vendredi 17 juin 22h au vendredi 24 juin 22h sur le forum.

Seuls les adhérents à l’association peuvent voter, mais tous les membres sont encouragés à venir lire et discuter.

Au plaisir de vous y voir !

Le CA
De Les membres du CA le 06/06/2022 18:39


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Juliette54, Tiiki et Bloo, qui remportent la Sélection Drabbles !

Vous pouvez dès à présent commencer vos lectures pour élire en décembre prochain vos Fictions longues préférées. Vous avez 7 mois pour découvrir 12 univers qui ont conquis les lecteurs ! Pour en savoir plus et pour suivre notre planning de lectures, rendez-vous ICI.

En juillet, on compte sur vous pour la Sélection des Animaux Fantastiques ! Avec la sortie du troisième film, c'est de circonstance, non ? Vous pouvez d'ores et déjà proposer vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Et au mois de juin, remontez aux origines de Poudlard. Nous vous proposons six textes qui mettront à l'honneur, individuellement comme collectivement, ses Fondateurs : Godric Gryffondor, Helga Poufsouffle, Rowena Serdaigle, et Salazar Serpentard. Vous avez jusqu'au 30 juin pour lire et voter par ici.



De Equipe des Podiums le 05/06/2022 16:03


123ème édition des Nuits


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 123e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 21 mai à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt !
De L'équipe des Nuits le 13/05/2022 17:22


Journées Reviews


Lire, écrire…

Tu as envie de lire ? De découvrir un ou une auteure ? D'échanger sur ses écrits et sur les tiens à travers quelques reviews sympathiques ?

La Journée Reviews est là pour ça, et elle aura lieu cette fois-ci du 13 au 16 mai !

Viens nous rejoindre en t'inscrivant ici !

Le principe ? Réparti.e.s en binômes ou trinômes, vous écrivez au moins 10 reviews à votre binôme (5+5 pour le trinôme) pendant ces trois jours, sur HPFanfiction ou le Héron, au choix.

 


De le 04/05/2022 19:14


Les zibelines triompheront bien par Bloo

[68 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Un immense merci à Roxane-James, Selket et Haru Nonaka pour leur review sur le chapitre précédent. Je crois que vos gentils mots m'ont bien aidée à écrire ce chapitre 5 aussi rapidement ♥ .

Bonne lecture !

Regulus avait passé un été détestable à bien des égards. Bien sûr, ce n’était en rien comparable à l’été précédent, quand Sirius avait fait un départ tonitruant chez les Potter et déclenché une tempête sans précédent dans la famille Black. Cette année, au moins, Regulus n’avait pas vu ses parents se lamenter chaque jour et lui demander, entre deux sanglots ou deux crises de colère, d’être le plus grand, toujours plus grand. Mais enfin le mois d’août se mourrait dans une langueur monotone et Regulus n’avait qu’une hâte : retourner à Poudlard. C’était bien pour cela qu’il avait répondu par la positive, et pour la première fois de sa vie, à l’invitation de Marlène McKinnon.

La famille McKinnon était perçue comme relativement tolérante mais elle n’avait pas la réputation sulfureuse des Potter ou, pire encore, celle des Weasley. Les McKinnon n’affichaient pas leur soutien à Voldemort et ses Mangemorts mais ils n’étaient pas beaucoup plus proches de Dumbledore, se tenant en retrait dans cette guerre qui déchirait le monde des sorciers. L’implication historique de la famille au sein du département de la coopération magique internationale expliquait peut-être cette apparente neutralité. Il se murmurait toutefois que Marlène n’était pas décidée à suivre les traces de ses aïeux. Son amitié avec Lily Evans faisait beaucoup jaser chez les étudiants de Sang-Pur, à Poudlard, et ses ASPIC en poche, la jeune femme avait tourné le dos à une carrière au Ministère pour embrasser la prestigieuse profession de duelliste. Elle était la meilleure sorcière de son année en défense contre les forces du mal et Donaghan Avery estimait justement qu’elle ferait une sérieuse menace si elle venait à lutter contre les Mangemorts.

Sans engagement officiel de sa part, Marlène McKinnon restait l’héritière d’une puissante famille qui avait su maintenir ses liens avec quasiment tous les sorciers du Royaume-Uni et, à ce titre, une des femmes les plus connues de sa génération. Elle avait pris l’habitude d’organiser une grande fête chez elle, à la fin de l’été, quelques jours seulement avant la rentrée à Poudlard, à laquelle étaient conviés les élèves de son année, peu importe leur maison, et parfois même des élèves d’autres années. Regulus avait toujours été invité en sa qualité de frère de Sirius, même lorsque celui-ci lui avait préféré James, et il avait décliné à chaque fois en grande partie pour cela. Mais Sybil ne lui avait jamais manqué pendant deux mois avant cet été.

Marlène, Lily, James et Sirius, ils ne retourneraient pas à Poudlard, et Marlène avait décidé d’organiser une dernière soirée avec les nouveaux élèves de septième année auxquels les diplômés passeraient en quelque sorte le flambeau. Sybil lui avait écrit dans l’une de ses lettres que c’était une tradition très ancienne aux États-Unis. Il se demandait si c’était elle qui avait soufflé l’idée à Marlène.

- Regulus Black, quel honneur ! s’exclama Marlène en ouvrant grand la porte de son manoir. Je suis ravie que tu aies enfin daigné répondre à l’une de mes invitations.

- Je suis ravie que tu l’aies enfin adressé à Regulus et pas au frère de Sirius, répondit-il froidement.

- Et bien vous avez en commun votre incroyable talent à jeter un froid sur une conversation à peine entamée, rétorqua Marlène en se décalant d’un pas sur le côté.

Elle fit signe à Regulus d’entrer et il s’empressa de le faire, peu désireux de s’appesantir davantage. La musique résonnait déjà fortement dans le vestibule, assez pour que Regulus reconnaisse ce groupe de scarabées Moldus dont les chansons s’exportaient jusque chez les sorciers. La musique était l’une des rares choses qui rapprochaient les deux mondes sans que personne ne s’en émeuve, pas au sein de leur génération en tout cas. Les groupes sorciers n’étaient pas nombreux et même les jeunes Sang-Pur les plus conservateurs étaient forcés de reconnaître que la musique Moldue se prêtait bien davantage aux soirées endiablées. Celles de Marlène avaient cette réputation.

- Josephine était dans la cuisine la dernière fois que je l’ai vue, lui lança Marlène avant de disparaître dans la foule.

Regulus oublia son agacement pour adresser un regard reconnaissant à la jeune femme avant de se mettre à la recherche de son amie. Il n’avait jamais vraiment parlé à Marlène, elle était seulement pour lui cette fille trop proche de son frère, mais Sybil louait sa prévenance et il comprenait maintenant ce qu’elle voulait dire.

Il trouva effectivement Josephine dans la cuisine, en train d’examiner avec attention le verre qu’elle avait à la main, les lèvres tordues en une moue réprobatrice.

- Il y a de l’alcool fort là-dedans, dit-elle en guise de salutation.

- C’est une soirée, répondit platement Regulus.

- Et pas des plus distinguées.

Elle était venue pourtant, et c’était plutôt rare de sa part. Josephine n’aimait pas le bruit, elle s’entêtait à critiquer les chanteurs Moldus devant Regulus alors même qu’il savait sa passion pour la littérature Moldue, elle ne buvait pas et elle haïssait l’odeur de la cigarette qui envahissait chacune de ces fêtes qui avaient lieu en-dehors de Poudlard.

- Pourquoi est-ce que tu es venue ? Tu sais très bien comment c’est.

- L’invitation sentait le scandale à plein nez.

L’invitation était la même depuis des années. Elle stipulait que l’on pouvait être accompagné à la condition que tout le monde vienne pour s’amuser. Cette année, pourtant, un changement notable avait piqué la curiosité de Josephine et même celle de Regulus.

Marlène avait écrit noir sur blanc que Donaghan Avery, Milburn Rowle et Benjy Fenwick ne seraient tolérés ni comme invités, ni comme accompagnants. Le premier n’avait jamais mis un pied chez elle de toute façon mais les deux autres étaient des habitués et leur exclusion avait alimenté bien des conversations sur le papier ces dernières semaines.

Quelque chose avait changé à Poudlard depuis que Sybil avait envoyé cette lettre à Sirius. La rumeur s’était répandue comme une traînée de poudre et avait complètement rebattu les cartes entre les étudiants. Tout le monde pensait que les agressions s’inscrivaient dans le contexte de la guerre, qu’il s’agissait de règlements de compte entre élèves, et la peur régnait dans le château où n’importe qui semblait pouvoir devenir une cible. Elle régnait toujours mais différemment. D’abord, les tensions politiques subsistaient et certains étudiants avaient le maléfice très facile dans les couloirs, ensuite, tous étaient loin de se sentir rassurés à l’idée qu’une sorte de justicier rôdait dans l’école et n’hésitait pas à frapper dans chacun des deux camps politiques. Regulus avait entendu plus d’une fois ses condisciples et même d’autres élèves critiquer ce justicier, fustiger ses méthodes. Il ne les avait évidemment jamais entendus évoquer une justicière.

Mais si les attaques étaient injustifiables aux yeux de certains, pas pour de telles raisons, pas sur de simples affabulations, d’autres au contraire avaient choisi de prendre le parti de celle qu’ils pensaient justicier. Sybil lui avait confié, un jour à la bibliothèque, que Marlène approuvait ce qui avait été fait et se sentait – un peu – moins effrayée par Benjy Fenwick depuis qu’elle savait les vraies raisons de son agression. Lily, elle, désapprouvait tout à fait la méthode, mais elle se réjouissait que le sujet des violences sexuelles soit enfin évoqué à Poudlard. Elle avait constitué autour d’elle un petit groupe d’étudiantes qui avaient été voir Dumbledore pour réclamer des mesures de prévention et un vrai soutien pour les victimes d’agressions. Le cas d’Eulalia Kane avait notamment été évoqué et le corps professoral avait bien été forcé de reconnaître qu’il n’avait rien fait pour protéger la jeune fille des représailles après qu’elle ait osé raconter ce qui lui était arrivé.

Sybil avait rédigé la plupart des réclamations que Lily avait ensuite portées chez le directeur. Elle n’avait pas souhaité les rejoindre, faisant plus confiance à son amie pour défendre leurs idées avec diplomatie. Lily voulait des sanctions scolaires, judiciaires, pas des agressions, ce que les professeurs étaient évidemment plus enclins à entendre que le fond de la pensée de Sybil. Avec Marlène, en revanche, elles avaient porté un projet qui faisait encore polémique au plus fort de l’été. Le club de duel était traditionnellement ouvert à tous les étudiants deux soirs par semaine. Marlène, qui le dirigeait, avait décidé d’organiser une troisième séance avec Sybil qui était exclusivement réservée aux étudiantes et consacrée à l’auto-défense avec et sans baguette magique. Les professeurs avaient rapidement suspendu les séances suite aux protestations de certains étudiants qui dénonçaient une discrimination à leur encontre. Mais les filles de Poudlard avaient fait front de façon inédite, dépassant les clivages politiques, les rivalités entre maisons, elles avaient fait front pour réclamer le maintien de leur séance en menaçant de boycotter complètement le club si les professeurs ne revenaient pas sur leur décision. Marlène avait même mis sa démission dans la balance et Lily était allée défendre le projet avec passion dans le bureau de Minerva McGonagall.

Les filles de Poudlard s’étaient parfois moquées d’Eulalia, elles répandaient rumeurs et commérages sur leurs camarades et étaient tout aussi capables de méchanceté et de médisance que leurs condisciples masculins. Mais, cette fois-ci, elles s’étaient unies pour une même cause. Parce que les filles savaient, bien avant que Sybil n’écrive à Sirius, ce qui pouvait arriver à n’importe laquelle d’entre elles. Elles savaient pour Benjy, à l’image de Josephine, elles savaient ce qui se passait lors des soirées, elles savaient pour leurs amies, leurs sœurs, pour elles parfois. Elles savaient et ne pouvaient plus le tolérer. Elles savaient et voulaient tout changer.

- Tu crois que Fenwick et Rowle seraient venus de toute façon ? demanda Regulus à Josephine.

Sybil lui avait dit que Benjy avait d’abord voulu parler aux professeurs à son réveil. Mais, lorsque Sirius était venu lui tendre sa lettre sans un mot, il s’était rétracté. Il avait juré qu’il ne se souvenait de rien, qu’il ne soupçonnait personne en particulier et qu’il n’avait pas la moindre idée de ce qui avait pu motiver son agression. Donaghan et Milburn, qui avaient été entendus une nouvelle fois, avaient répété presque mot pour mot son petit discours. Les professeurs se trouvaient depuis dans une impasse. Ils avaient entendu les rumeurs eux aussi – leurs élèves se croyaient toujours plus discrets qu’ils ne l’étaient vraiment. Ils voyaient bien les initiatives de leurs étudiantes et le changement de comportement de certains de leurs étudiants, à commencer par les trois garçons qui avaient été attaqués. Mais personne ne vint leur évoquer nommément les faits. Benjy, Donaghan et Milburn se taisaient et n’avaient aucune intention de parler, et leurs victimes ne vinrent jamais se confier à l’un des enseignants. L’histoire d’Eulalia en avait découragé plus d’une.

L’enquête était quasiment suspendue alors même qu’une nouvelle hypothèse était apparue : celle d’une vengeance de la part d’une victime. Seulement, aucun professeur ne voulait se risquer à convoquer pour l’interroger une victime et coupable présumée, pas alors que les étudiantes étaient si mobilisées tout à coup. Convoquer les victimes, c’était aussi reconnaître qu’elles étaient là et qu’elles n’avaient pas été vues, qu’elles étaient là et qu’elles avaient été ignorées, et c’était un scandale que l’interlocuteur de Poudlard au Ministère préférait étouffer en attendant de savoir le gérer. Il était hors de question que les rumeurs parviennent aux oreilles des parents d’élève ou, pire encore, de la communauté dans son ensemble qui était déjà bien agitée politiquement. Le Ministère de la Magie avait établi ses priorités et les filles de Poudlard n’en faisaient pas partie.

- Tu sais ce qu’affirme Milburn, dit Josephine en s’assurant que personne d’autre ne se trouvait dans la pièce.

- Et tu le crois ?

Si Josephine s’était ouvertement réjouie de l’agression de Benjy Fenwich, elle avait eu beaucoup plus de mal à admettre, en revanche, que Milburn Rowle et Donaghan Avery soient soupçonnés des mêmes actes. Dans sa réalité les hommes de Sang-Pur respectaient les femmes et peu importait que ses parents la vendent prochainement à un homme, peu importait qu’Evan ait une petite amie alors que la moindre relation amoureuse lui était interdite à elle, dans sa réalité les hommes de Sang-Pur respectaient les femmes, c’était tout, c’était vrai, il fallait bien ça pour les épouser.

- Amy a parlé à Evan pendant les vacances, confessa Josephine à toute vitesse.

- Qu’est-ce qu’elle a dit ?

- C’est elle qui a été agressée par Milburn.

Regulus avait beau le savoir depuis longtemps, il ne parvenait toujours pas à se faire à l’idée. Amy était une gentille fille, naïve sans doute, et dont la famille ne faisait pas partie des Vingt-Huit Sacrés, mais elle avait su trouver grâce aux yeux des Rosier parce qu’elle était à tout point de vue un idéal de bru. C’était une brillante sorcière, cultivée, distinguée, c’était une très jolie femme même si elle ne souriait plus depuis un an, et elle souhaitait se marier dès la fin de ses études pour se consacrer à son futur foyer, aux enfants qui l’animeraient bientôt. Les femmes avaient parfois plus de réticences, aujourd’hui, à renoncer à une carrière ou même à leur liberté de jeune diplômée. Evan Rosier n’aurait guère pu rêver mieux.

- Comment Evan a-t-il réagi ?

- Il a rompu leurs fiançailles.

Choqué, Regulus ouvrit grand les yeux pour faire face à Josephine, et il constata avec peut-être plus d’étonnement encore qu’elle avait l’air aussi écœurée que lui par la décision de son frère.

- Il a d’abord voulu tuer Milburn, bien sûr, expliqua Josephine. Mais ils ont dû effectuer cette mission ensemble cet été et leur différend a bien failli les tuer tous les deux. Ilil lui a fait comprendre qu’il ne tolèrerait pas de telles querelles dans ses rangs.

Josephine n’avait jamais prononcé le nom de Voldemort et même pas cette périphrase ridicule qu’utilisaient les sorcières et les sorciers le craignant.

- Alors Evan a rompu leurs fiançailles et, comme il fallait bien une raison, il a laissé entendre qu’Amy n’était pas fidèle. Il lui a proposé de l’argent en dédommagement mais elle l’a refusé.

- Elle vaut mieux que ça, dit Regulus d’une voix rauque.

- C’est injuste, je le crois moi aussi mais tu sais ce que c’est : il faut préserver les intérêts de la famille avant tout et Amy n’en faisait pas encore partie.

- Ce sont surtout les intérêts de Milburn qui sont préservés.

- Ce sont nos intérêts à tous en tant que Sang-Pur.

- Tu souhaites vraiment être associée à de pareils comportements ?

- Milburn Rowle n’est pas représentatif de toute la bonne société fort heureusement.

- Et Donaghan Avery ?

- Eulalia Kane a été agressée par Benjamin Fenwick, martela Josephine.

- C’est ce que racontait Donaghan cet été quand je l’ai croisé chez les Selwyn. Et c’est aussi ce que prétendait Milburn avant d’être finalement confronté.

- Qu’est-ce que tu veux, Regulus ?

Le ton était sec, les yeux de Josephine sombres, ses poings contractés sur la table en bois.

- Je me demandais comment tu vivais tout ça, répondit-il en s’approchant un peu plus près d’elle encore. Je t’ai étonnamment peu croisée pendant l’été.

Il s’était demandé plus d’une fois si Josephine ne le soupçonnait pas d’être derrière ces agressions. Après tout, il l’avait interrogé sur Fenwick quelques heures seulement avant que celui-ci ne soit attaqué, et aucun des condisciples de Josephine ne s’était jamais intéressé aux agissements des garçons avant Regulus. Il savait qu’elle ne dirait rien pourtant. Elle n’avait aucune preuve et ne se risquerait jamais à lancer de telles accusations, il en savait suffisamment sur elle pour la mettre dans une situation délicate et, dans le fond, elle se moquait bien de ce qui était arrivé aux trois étudiants. Ils s’en étaient remis et n’avaient qu’à passer à autre chose et elle n’allait tout de même pas pleurer pour eux. Elle était insensible aux souffrances de Benjy Fenwick et celles de Milburn et Donaghan l’atteignaient à peine plus, ils prétendaient être des soldats après tout, ils affronteraient bien pire. C’était la chanson qu’elle avait récité tout l’été dans sa tête à chaque fois que ses tergiversations la reprenaient. Elle s’en moquait, il n’y avait rien à discuter, rien à penser, elle s’en moquait, c’était tout.

Mais Regulus était passé par là avant elle. Il avait voulu croire que le départ de Sirius ne voulait rien dire, que son frère n’était qu’un idiot fini qui regretterait un jour sa décision et qu’il n’y avait rien à en dire, rien à penser. Il avait bien dû laisser filer cet espoir insensé. Le départ de Sirius n’était pas simplement un évènement fort regrettable qui alimentait les conversations des Sang-Pur. C’était une remise en question de leur monde, de son monde, de toutes les croyances de Regulus et du confort moral qu’elles lui avaient offert.

- Ça ne devrait pas te préoccuper, Regulus, dit froidement Josephine. Ce sont des histoires de femmes et tu sais bien qu’elles n’ont rien à faire dans nos conversations.

- Je ne sais pas qui est à l’origine de cette règle mais je la trouve parfaitement stupide.

- Personne ne te demande d’avoir une opinion dessus mais juste de l’appliquer.

- C’est aussi particulièrement stupide comme réponse.

Courroucée, Josephine fit un pas vers la sortie, cognant l’épaule de Regulus au passage, mais elle se ravisa au dernier moment et revint à sa place avaler d’une traite le verre d’alcool qu’elle examinait plus tôt. C’était probablement la première fois qu’elle buvait quelque chose d’aussi fort et Regulus eut soudain beaucoup de peine pour cette jeune femme égoïste et méprisante mais qui essayait sincèrement de faire au mieux. Josephine vivait dans une autre réalité que la sienne et elle s’y trouvait bien seule. Elle appliquait minutieusement toutes ces règles qu’on lui avait inculquées sans se douter un instant que ni Regulus ni aucun de ses camarades ne se donnaient tant de peine. Ils buvaient. Ils embrassaient des filles et ils étaient même plusieurs à avoir déjà eu des relations sexuelles. Ils avaient leur langage policé pour les réceptions châtiées bien sûr mais ils s’empressaient de l’abandonner dès qu’ils le pouvaient. Ils étaient des garçons. Josephine était une fille dont les parents lui martelaient depuis l’enfance que de tels écarts ne lui seraient jamais permis.

Josephine devait être parfaite pour gagner le droit à son existence parfaite, au mari idéal qui lui offrirait le quotidien enchanté, et Milburn et Donaghan lui avaient longtemps été présentés comme de potentiels époux.

- Je ne suis pas prête à parler de ça, dit-elle d’une voix blanche qui ne lui était pas familière.

Elle avait les larmes aux yeux, c’était assez rare pour être noté là aussi, mais elle ne le laissa pas la rattraper. Elle disparut du manoir des McKinnon aussi rapidement qu’elle y était apparue et Regulus n’essaya pas de la rejoindre chez elle. Il avait eu besoin d’accepter seul tout ce qu’impliquait la trahison de son frère.

La musique lui parvenait plus nettement aux oreilles maintenant que Josephine était partie et il décida de s’aventurer dans l’immense domaine qui entourait le manoir. La pièce principale où s’entassaient les élèves donnait sur une jolie terrasse et sa pergola et il y trouva sans surprise nombre d’invités en quête d’un peur d’air frais. Parmi eux il y avait Sybil en proie à une discussion visiblement animée avec James Potter. Elle portait une robe noire cintrée à la taille, très décolletée, et elle était perchée sur des talons hauts qui la rendaient aussi grande que son interlocuteur. Elle était jolie. C’était la première fois qu’il la voyait si apprêtée lors d’une soirée.

Elle croisa son regard et, sans se préoccuper une seconde de James qui continuait à lui parler, elle vint le retrouver contre le mur où il se tenait adossé, légèrement en retrait. Elle n’avait pas touché à ses longs cheveux, les laissant retomber en boucles épaisses sur ses épaules et dans son dos. Elle n’était pas maquillée mais elle avait les joues très rouges et Regulus se surprit à espérer que ce rosissement n’était pas simplement causé par la chaleur ambiante.

- Je crois que personne n’a jamais traité James Potter comme tu viens de le faire, lui fit-il remarquer quand elle arriva à sa hauteur.

- Lily le fait bien mieux que moi.

- Tu n’as pas peur de ce qu’il va penser en te voyant avec moi ?

- Je sais exactement ce qu’il en pense. Et je m’en fiche.

Lily avait fini par questionner Sybil sur leurs rendez-vous hebdomadaires à la bibliothèque. Peu de binômes se retrouvaient si fréquemment puisque le professeur Flitwick donnait aussi beaucoup d’exercices individuels. Sybil avait éludé mais elle avait reconnu bien s’entendre avec lui. Elle savait que Lily la comprendrait, elle avait été amie avec Severus Rogue pendant si longtemps et elle voyait des qualités aux gens qui l’entouraient même quand personne d’autre ne les distinguait. James et Sirius n’avaient pas ce talent et, lorsqu’ils avaient fini par questionner Sybil à leur tour à la fin de l’année scolaire, la conversation s’était envenimée.

Depuis, James s’essayait à un délicat exercice d’équilibriste. Il n’avait personnellement rien contre Regulus, c’était objectivement un bon Préfet et il n’avait jamais fait de vagues à Poudlard, et Sybil était l’une des meilleures amies de Lily, mais lui était celui de Sirius. Et Sirius se braquait systématiquement lorsqu’il était question de sa famille. Il appréciait sincèrement Sybil, elle était drôle et naturelle avec lui, elle n’avait jamais cherché à lui dire ce qu’il voulait l’entendre lorsqu’ils avaient débattu les mois passés et ils partageaient le même intérêt pour la culture Moldue. Mais rappeler l’existence de son frère à Sirius était peut-être le meilleur moyen de se le mettre à dos.

Lily pensait qu’ils ne s’étaient jamais entendus – c’était ce que prétendait Sirius. James, lui, croyait que Sirius ne pardonnait pas à Regulus d’être resté chez leurs parents. Marlène se doutait que c’était plus compliqué mais se gardait bien de le faire savoir au principal intéressé. Sybil n’était pas loin de comprendre, les deux versions de l’histoire entre ses mains, et Sirius ne voulait pas l’entendre. Il n’était pas prêt à reconnaître que, peut-être, il y avait quelque chose à sauver chez Regulus, et qu’il ne s’en était pas assez préoccupé. Alors il avait mis Sybil en garde et dénigrait ouvertement le rapprochement entre son frère et elle.

Heureusement, ni lui personne ni personne d’autre n’avait eu vent des autres rencontres de Sybil et Regulus. Il y avait les rencontres diurnes avec la bibliothèque pour décor et il y avait pléthore de rencontres nocturnes dans les recoins isolés de Poudlard.

- Viens, lui dit-elle en lui tendant la main.

Elle mentait en disant qu’elle se moquait de l’opinion de James et de Sirius. Marlène et Lily étaient ses meilleures amies et James et Sirius faisaient bien trop partie de leur vie pour qu’elle les ignore tout à fait. Regulus la savait aussi bien plus proche des opinions politiques des garçons que des siennes et il était persuadé, plus que Sybil elle-même, qu’elle finirait par combattre à leurs côtés avec Dumbledore. Mais c’était à lui qu’elle offrait sa main aujourd’hui et c’était ses yeux dans les siens. Il la suivit, comme il l’avait suivie dans les couloirs de Poudlard, comme il l’avait suivie à Pré-au-Lard, il la suivit le long du manoir puis dans le domaine noir. L’obscurité les engloutit peu à peu mais ils ne tardèrent pas à s’arrêter et à se laisser tomber dans l’herbe grasse. Marlène avait bien montré à chacun de ses camarades où s’estompaient les sortilèges de protection. Son immense jardin avait été beau avec sa roseraie, ses allées verdoyantes et ses fleurs exotiques. Plus personne ne l’entretenait depuis qu’un employé avait été tué d’un sortilège perdu lors d’une attaque des Mangemorts sur le village.

- Tes amis ne t’ont rien dit à toi ? demanda Sybil en s’allongeant sur le dos.

Les étoiles étaient claires dans le ciel noir mais Regulus ne vint pas s’étendre aux côtés de Sybil – il contemplait le sombre horizon qu’ils avaient devant eux.

- Ils ne posent pas de questions. Evan m’a fait la remarque cet été mais de toute façon tu es une sorcière de Sang-Pur.

Il n’avait pas besoin de regarder Sybil pour savoir qu’elle venait de lever les yeux au ciel.

- Tu ne parles jamais de ta famille, lui dit-il en arrachant quelques brins d’herbe à ses pieds.

- Je ne les ai pas vus cet été.

- Quelle branche de ta famille est tchèque ?

- Mon père. Les Kvapil sont une vieille famille de sorciers pragois qui a émigré au début du siècle. C’était des commerçants et ils ont perdu une grande partie de leurs clients dans les guerres qui ont ravagé l’Europe.

- Ils sont beaucoup à être restés en Tchécoslovaquie ?

- Aucun. Ma cousine a décidé seule de s’y installer. Son père était plus nostalgique du pays que le mien et je crois qu’elle ne s’est jamais vraiment sentie Américaine.

- Tu voudrais faire comme elle ?

- Je ne sais pas. Je ne suis pas viscéralement attachée aux États-Unis et je ne tiens pas particulièrement à m’établir à Prague. C’est tellement facile pour nous de passer d’un pays à un autre que c’est comme si je n’étais de nulle part de toute façon.

- C’est le statut qui signifie quelque chose, dit Regulus.

Sybil ne releva pas. Il avait raison même si elle était écœurée de devoir le reconnaître. Les sorciers, du moins ceux qu’elle avait côtoyés dans ses trois pays, ne se préoccupaient guère des origines géographiques des uns et des autres. Un Sang-Pur restait un Sang-Pur sur n’importe laquelle des terres qu’il arpentait. Le sang était important. La famille était scrutée, les proches, le clan. Sybil ne le savait que trop bien et, contrairement à Regulus, elle trouvait beaucoup de courage à Sirius, même si elle aurait aimé qu’il sauve son frère cadet avec lui. Partir, c’était tirer un trait sur la légitimité de son existence. On existait comme membre d’un clan et pas individuellement. Partir, c’était mourir.

- Mes parents pensent que je mens et que je devrais passer à autre chose.

Regulus s’arracha à sa contemplation pour regarder Sybil dont les yeux voyaient sans les voir les constellations des Black. Elle n’avait plus les joues rouges et elle avait serré ses bras nus contre sa poitrine. Les soirées étaient fraîches surtout quand le vent soufflait sur les vêtements échancrés. Machinalement, Regulus retira sa veste pour la tendre à la jeune femme – c’était ce que faisaient les garçons de bonne éducation. Elle s’en saisit du bout des doigts et elle se redressa pour l’enfiler, se retrouvant face à Regulus, à ce visage qui lui avait tant manqué, beaucoup trop manqué, à ses lèvres pâles, ses yeux gris, ses gestes qui parlaient pour lui.

Il fit glisser les mèches de ses cheveux derrière ses oreilles, sans dire un mot, il remit en place le col de sa veste trop grande pour elle, en silence encore, et il n’avait toujours pas parlé quand il prit ses mains dans les siennes parce que c’était à elle de le faire.

- C’était mon petit ami, Regulus. C’était mon petit ami et j’étais amoureuse de lui. Il est venu déjeuner chez moi, il a ri avec mes parents, il a même rencontré mes grands-parents. C’était un bon élève, populaire, riche, et toute ma famille n’attendait qu’une chose, que nous nous fiancions.

Le visage d’Amy vint hanter Regulus une seconde. Il hantait Josephine depuis le début de l’été.

- C’était bientôt Noël, les professeurs avaient organisé un de ces grands bals costumés dont ils avaient le secret et il m’a emmenée dans le parc. J’avais laissé ma baguette dans mon dortoir parce que je pensais juste passer la soirée avec la personne que j’estimais le plus au monde. Il a commencé à défaire ma robe et je lui ai dit d’arrêter, je ne voulais pas. Pas comme ça. Pas dehors dans le froid. Pas dans un parc où n’importe qui pouvait nous tomber dessus. C’était ma première fois. Il a continué. Je lui ai dit d’arrêter, je ne sais même plus combien de fois je le lui ai dit, et j’ai pleuré, j’ai pleuré tout du long, mais il ne m’a jamais écouté.

Et elle n’avait jamais vraiment arrêté de pleurer. Elle avait fondu en larmes dans son dortoir au début de leur sixième année alors que c’était lui qu’elle avait attaqué, accusé, elle avait pleuré en lui expliquant pourquoi elle faisait ce qu’elle faisait, elle avait pleuré à Pré-au-Lard, elle avait pleuré face au visage tuméfié de Benjy Fenwick. Elle pleurait dans son sommeil, en silence heureusement, depuis le temps, et parfois les larmes la prenaient même au beau milieu de la journée, sans aucune raison apparente, et elle se forçait à rire aux éclats pour ne pas inquiéter ses amis. Ils croyaient Sybil très bon public et aimaient la voir pleurer de rire lorsqu’ils lui racontaient des blagues – c’était gratifiant n’est-ce pas ?

Sauf que Sybil ne riait pas.

- J’avais des amies nées de Moldus. Elles m’avaient raconté beaucoup de choses. Tu ne le sais pas, évidemment, mais les femmes Moldues se battent partout dans le monde pour réclamer le contrôle de leur corps et plus de liberté. Elles se révoltent. Elles dénoncent les violences qu’elles subissent. J’ai cru bien faire en écoutant mes amies mais nous avons toutes sous-estimé le conservatisme des sorciers. Je suis allée trouver ma directrice immédiatement après l’agression, j’ai pris sur moi, j’ai repoussé cette envie furieuse que j’avais de me laver parce que je savais que ça effacerait les seules preuves de l’agression. J’ai fait tout ce qu’il fallait et même tout ce n’était pas assez. J’ai subi un examen extrêmement humiliant dont il est uniquement ressorti que je n’étais plus vierge, la belle affaire, et que c’était tout de même très inconvenant à mon âge. Mes parents m’ont envoyé une Beuglante le surlendemain. Mon petit ami m’a quittée, tu te rends compte, c’est lui qui m’a quittée en me traitant de menteuse devant toute l’école.

Ils ne le savaient pas encore mais Amy devait mourir seule, et jeune, dans quelques années à peine, en retrait de la société sorcière et oubliée de tous. Elle était devenue la honte de sa famille et n’était plus bonne à épouser personne. La chance d’Eulalia serait d’avoir des parents plus tolérants qui n’appartenaient pas à un milieu si traditionnel, mais elle devrait quitter l’Angleterre et les rares amis qu’elle y avait encore avant d’enfin sourire. Quant à Marlène, elle ne vivrait pas assez longtemps pour vraiment se remettre.

- J’ai fini mon année à Salem. L’école n’accueillait que des étudiantes et j’y ai trouvé le soutien que je n’avais pas eu à Ilvermorny. Les sorcières suivaient avec attention les mouvements Moldus et nous avions des groupes de parole pour en discuter. Elles me croyaient et j’ai fait partie d’un groupe dans lequel d’autres filles comme moi racontaient leur histoire mais, moi, je n’ai jamais pu parler. Je n’en avais pas envie. Tout ce que je sentais c’était une colère noire, et sourde, et si forte, qui grandissait un peu plus chaque jour. Je ne me sentais pas rassurée ou épaulée parce que d’autres filles étaient dans ma situation, au contraire, ça me rendait haineuse. J’étais tellement en colère, contre le monde entier. Les seules fois où la colère retombait c’était pour laisser sa place à la tristesse et alors je regrettais. Je regrettais de ne pas être allée prendre cette douche. Je regrettais de ne pas avoir rempli à ras-bord la grande baignoire du deuxième étage et je regrettais de ne pas m’y être noyée.

Regulus ne voulait pas mourir. Il en était certain, c’était peut-être ce qu’il y avait de plus profondément ancré en lui, c’était normal sans doute à seulement dix-sept ans. La mort ne lui semblait pourtant pas être, rationnellement, une pire situation qu’une autre. La guerre déchirait leur univers et elle n’avait pas fini d’amener son lot de souffrances. Elles étaient nécessaires, bien sûr, inhérentes au conflit, mais Regulus espérait égoïstement qu’il ne devrait jamais en payer le prix. Il avait perdu Sirius, ses illusions, ses rêves, c’était bien suffisant, ce devait être suffisant.

Mais la guerre déchirait un univers minutieusement codifié qui ne lui laissait pas, ne lui laisserait jamais, la moindre liberté. Regulus savait parfaitement ce que serait sa vie après Poudlard. Il dînerait chaque dimanche chez ses parents, il assisterait aux réceptions des Sang-Pur et prendrait soin de s’afficher à chaque évènement officiel au Ministère, dont il serait naturellement un mécène, il mangerait en respectant l’étiquette et aurait en tête toutes les règles la de bienséance à chaque conversation. Il se marierait, et si ce n’était pas avec Josephine, ce serait avec une fille qui lui ressemblerait. Ils auraient des enfants, au moins un fils, et ils laisseraient une gouvernante animer ses premières années, que leur aurait recommandé Walburga. Il deviendrait le chef de la famille Black à la mort de son père et ne devrait donc pas pleurer à son enterrement. Personne ne pleure, de toute façon, les émotions c’est rangé à l’intérieur.

Il servira Voldemort parce qu’il croit en la supériorité des Sang-Pur, parce qu’il veut un autre système politique, et surtout parce qu’il le doit – Sirius ne lui a certainement pas laissé ce choix-là.

Regulus avait parfois le sentiment d’avoir déjà vécu mille vies. Il avait certainement vécu ce que serait les prochaines décennies. Il savait tout, déjà, et il n’y avait pas la place pour l’improvisation, pas la moindre retouche possible sur la jolie toile familiale. Il savait tout, déjà, alors il aurait tout aussi bien pu partir maintenant, ça n’aurait pas changé grand-chose. Mais Regulus ne voulait pas mourir.

Il ne voulait pas couler, se noyer, et disparaître.

Sybil devait avoir vraiment souffert pour l’envisager même avec fugacité.

- Maintenant, tu sais tout, c’est assez pour une soirée.

Elle sortit sa baguette de sous sa robe et, d’un geste souple du poignet, convoqua deux grands verres de Whisky Pur-Feu depuis le buffet du salon endiablé. Ils ne mirent pas très longtemps à arriver, la plupart des fenêtres avaient été grandes ouvertes pour laisser entrer l’air frais. Regulus réalisa, alors que les yeux vides de Sybil croisaient enfin les siens tandis qu’elle lui tendait son verre, qu’il ne l’avait jamais vu boire. Mais comme Josephine avant elle, elle avala le liquide brûlant d’une traite, cul-sec. Et il en fit de même avant de jeter derrière eux les deux verres transparents.

- Tu as tenu ta promesse ? lui demanda-t-il.

- Tu veux savoir si j’ai tabassé quelqu’un cet été ?

- J’imagine qu’il y aurait autant de cibles à Prague qu’à Poudlard.

- Probablement, mais je ne les ai pas cherchées et je ne les ai donc pas frappées, j’avais besoin de souffler. Mon action la plus politique de l’été a consisté à m’introduire par effraction avec ma cousine dans un élevage de zibelines pour libérer ces pauvres bêtes. C’était un élevage Moldu alors tu parles d’un exploit.

- Elles étaient élevées pour quoi ?

- Pour leur fourrure.

Leurs lèvres se pincèrent légèrement, presque en même temps, Sybil parce qu’elle repensait aux zibelines emprisonnées, Regulus parce qu’il songeait aux fourrures que revêtait sa mère pendant l’hiver. Les zibelines avaient une des fourrures les plus précieuses au monde, il le savait maintenant, et il fallait toujours le meilleur pour les Black. Il chassa cette pensée de son esprit. Sybil n’avait pas besoin de savoir où se trouvaient ses précieuses zibelines.

- Je tiendrai ma promesse aussi, dit-il le regard planté dans le sien. Je comprends que tu n’aies pas envie d’en parler davantage ce soir, ni demain ni après-demain, mais je ferai ce qu’il faut pour toi. Dis-moi quand ça ne va pas, dis-moi ce dont tu as besoin et tu ne seras jamais toute seule.

- Je voudrais faire quelque chose pour toi moi aussi.

- Je n’ai pas vraiment besoin de quoi que ce soit.

- Vraiment ?

C’était faux évidemment, il le savait, elle l’avait deviné, mais ce n’était pas la première fois et certainement pas la dernière qu’il disait quelque chose sans le croire, sans le penser, juste parce que c’était ce qu’il convenait de dire.

- Je voudrais pouvoir t’offrir une vie que tu aurais vraiment choisie, dit Sybil d’une voix douce.

Elle n’était pas la meilleure sorcière de leur promotion, elle en était même loin, ses notes avaient dégringolé au cours du dernier semestre. Mais elle avait une vraie intelligence sociale. Elle comprenait les gens, elle voyait les blessures que personne ne remarquait, elle lisait derrière les mots de façade et, quand elle se prononçait finalement et rendait son jugement, elle avait toujours bon.

Elle avait bon jusque dans son ton, cette voix doucereuse, trop douce, la voix de celle qui avait encore compris. Regulus n’avait pas le choix de sa vie et elle ne pourrait rien y faire. Elle savait aussi qu’en dépit de sa promesse il ne serait pas toujours là pour elle. Ils avaient ouvert une parenthèse enchantée à Pré-au-Lard, peut-être même avant, mais ce n’était qu’une parenthèse. La deuxième viendrait clore une histoire qui ne leur appartenait pas – c’était la leur mais pas tout à fait, c’était aussi celle des sorciers, c’était celle de Voldemort, c’était celle du monde dans lequel ils évoluaient et qui les séparerait inéluctablement.

- Tu peux peut-être m’embrasser.

Il ne voulait plus prétendre que Sybil n’était pas son amie. Elle était certainement plus qu’une amie, même, et il représentait sans doute la même chose à ses yeux, ils le savaient tous les deux. Il trouvait du réconfort dans sa présence, un drôle de sentiment d’apaisement qui ne lui était guère familier, des sensations. Il n’avait pas vécu sa vie avec Sybil : tout était à découvrir et tout était à réinventer. Mais ils n’en auraient pas le temps.

Il ne voulait pas réfléchir à ce qu’il ressentait pour Sybil. Il le ressentait, et c’était bien, et c’était tout.

- Je viens à peine de me réconcilier avec James et Sirius ne semble toujours pas convaincu que je sois une personne de confiance, dit mollement Sybil.

- Personne ne nous regarde, objecta Regulus.

Il n’avait pas mis la moindre pression dans sa voix, dans ses gestes, ils étaient simplement seuls, pour de vrai, loin de la fête, de la musique et du regard des étudiants, loin des autres et loin du monde.

- C’est vrai.

- Tu en as envie ?

- J’en ai envie.

C’était tout ce qui importait pour l’instant – et c’était si bien que ce soit tout.

Ils s’embrassèrent timidement, d’abord, le temps de se redécouvrir, puis leur étreinte se fit plus intime, et leurs gestes plus pressants. Sybil se laissa à nouveau tomber au sol et cette fois Regulus la rejoignit, il n’y avait plus d’horizon, plus de ciel et plus d’étoiles, juste Sybil et Regulus dans l’un de leurs rares instants de liberté.

Ils étaient encore enlacés quand le souvenir de l’été se rappela violemment à Regulus. Il n’y avait pas un bruit, pas de musique au loin, rien non rien de rien, ils étaient seuls et dans le noir et une ombre planait pourtant qui était encore plus sombre que l’obscurité ambiante. Sybil s’était confiée, enfin. Presque un an après leur première rencontre, elle avait mis des mots froids et précis sur les terribles évènements qui avaient changé sa vie pour toujours, et s’il ne l’avait jamais pressée de le faire auparavant, c’était parce qu’il craignait qu’elle ne lui demande la même chose en retour. Elle aurait pu. Elle aurait peut-être dû. La vie de Regulus avait été une succession d’épreuves qui n’étaient sans doute pas si terribles mais qui l’avaient marqué de la même façon. Sybil n’échapperait jamais tout à fait à son destin et lui non plus mais, contrairement à la jeune femme, il avait toujours cru qu’il avait eu le choix. C’était sa décision, son engagement, c’était ses qualités, sa loyauté, son sens de la famille, c’était l’homme qu’il avait voulu devenir et le garçon qu’il avait été.

Mais rien n’allait plus depuis cet été.

- J’ai quelque chose à te dire, lança-t-il d’une voix un peu rauque.

Sybil s’arracha à son étreinte pour lui faire face : elle savait déjà qu’elle n’aimerait pas ce qu’il allait lui énoncer.

- J’ai vu Voldemort pendant les vacances.

- Quelle charmante façon que de les occuper, murmura Sybil en détournant son regard.

- J’étais très jeune la première fois que je l’ai vu. Il n’était pas connu comme il l’est maintenant et je ne lui ai pas parlé, un enfant comme moi n’avait pas le moindre intérêt à ses yeux. Je me souviens de ma cousine hypnotisée et des hommes de la famille s’enfermant dans une pièce avec lui, et de ma frustration de ne pouvoir assister à l’entrevue.

- Tu avais quel âge ?

- Six ans, sept ans tout au plus. J’étais chez ma cousine pour l’été et Sirius n’avait pas été autorisé à venir, il était puni j’imagine. C’était la première fois que je vivais quelque chose d’important sans lui. Il n’a jamais voulu comprendre que l’ascension de Voldemort me fascine tant, il brûlait les coupures de journaux que je conservais dans ma chambre mais, pour moi, ce n’était que de la jalousie, c’était parce qu’il n’avait pas eu la chance de le rencontrer, il ne pouvait pas savoir, et il reviendrait à la raison le jour où il le verrait.

- Tu crois vraiment qu’il aurait accepté de le rencontrer ?

- Ce n’est pas la question. Je crois que s’il le voyait aujourd’hui, il me dirait qu’il avait toujours eu raison, qu’il reste sur ses positions, et je ne saurais pas quoi lui opposer cette fois.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

Ils n’avaient jamais vraiment discuté des idées de Regulus. Leurs rencontres s’étaient toujours articulées autour de ses idées à elle, de ce combat qu’elle avait engagé, et du sens qu’il convenait de lui donner. Puis le temps avait passé, leurs liens s’étaient renforcés et leurs conversations avaient glissé des sujets les plus banals aux sujets politiques. Mais elle n’avait jamais engagé de vrai débat avec lui parce qu’elle n’en avait pas envie. Elle voulait une société égalitaire dans laquelle les Sang-Pur et les Nés-Moldus soient traités de la même façon parce qu’elle ne trouvait pas une plus grande valeur aux premiers, comme elle ne trouvait pas de plus grande valeur aux hommes qu’aux femmes.

Et comme elle estimait que sa légitimité de femme n’était pas un sujet de débat mais simplement un fait, un fait que tout le monde se devait d’accepter, elle ne voulait pas questionner la légitimité des Nés-Moldus avec Regulus ni avec quoi que ce soit d’autre. Ils étaient légitimes, ni plus ni moins que n’importe quel sorcier et que n’importe quel individu qui foulait cette planète, ils étaient légitimes et Regulus n’avait qu’à l’accepter.

Puis le temps avait passé, encore, et Sybil qui défendait les femmes, Sybil qui chantait les louanges de ses amies et croyaient profondément en chacune d’entre elles, Sybil avait réalisé que le regard de Regulus était comme le regard qu’elle posait sur Marlène, Lily et Wilhelmina. Sybil s’était sentie plus légitime dans les yeux de Regulus que dans les yeux de ses parents, de ses camarades, de ses professeurs. Il l’écoutait. Il la croyait. Il la respectait. Et il le lui avait promis – il se battrait pour elle.

C’était le chemin qu’elle avait suivi à Ilvermorny et sur lequel elle s’était engagée pour de bon à Salem. Elle voulait se battre pour les femmes, toutes les femmes, celles qui subissaient les mêmes inégalités qu’elle et celles qui en connaissaient d’autres encore. Celles qui étaient nées de Moldus. Celles qui étaient pauvres. Celles qui aimaient les filles. Celles qui étaient noires. C’était au nom de toutes les femmes que Sybil, naturellement, s’était engagée non pas seulement contre le sexisme mais contre le racisme, contre l’homophobie, contre cette idéologie mortifère qui dominait encore bien des pans de la société sorcière.

Regulus l’avait crue. Il l’avait aidée à venger Marlène qui fréquentait les Nés-Moldus. Il avait cru Eulalia qui n’avait pas le sang pur. Il avait cru Amy et Eulalia contre Donaghan et Milburn qui, eux, n’auraient jamais cru les deux filles contre Regulus.

Ça avait été le chemin de Sybil et la jeune femme se surprit à espérer que cela devienne celui de Regulus.

- Il y a quelque chose qui ne va pas chez lui, lâcha Regulus.

- Je pourrais te citer une demi-douzaine de choses qui ne vont pas chez lui, dit Sybil en ricanant.

C’était un rire jaune et froid, glacial même, et la jeune femme fut soudain parcourue d’un violent frisson.

- Tu ne comprends pas. Il est… différent.

- Différent de quoi ?

- Ce n’est pas l’homme dont je me souvenais. Je… c’est stupide, tellement de temps a passé et je n’étais qu’un enfant, alors je crois que toutes ces années, j’ai chéri un souvenir qui n’en était pas même un, j’ai cru que c’était un souvenir mais ce n’était peut-être qu’une illusion. J’étais là, dans la même maison que lui, mais cette image qui m’avait tant marqué, je crois ne l’avoir eue sous les yeux que quelques secondes à peine.

- Et l’image que tu as eue cet été ?

- Ce n’était pas celle d’un homme.

Sybil était loin d’imaginer ce qu’avait vu Regulus. Elle ne pouvait même pas l’envisager. C’était une fille effroyablement cynique pour son âge mais même elle avait encore de sa candeur quant à la magie noire. Elle connaissait les sortilèges impardonnables, les méthodes les plus courantes des Mangemorts, elle était extrêmement lucide sur la façon dont ils traitaient leurs ennemis, sans doute plus encore que Regulus, parce qu’elle savait comment les hommes se comportaient inéluctablement en temps de guerre. Mais Sybil n’avait pas grandi dans un manoir entourée de grimoires sur la magie noire. Elle craignait Voldemort mais il restait à ses yeux un homme qui, un jour, serait arrêté ou mourrait au combat.

- Il n’est pas humain, Sybil. Son visage… si je le revoyais aujourd’hui du haut de mes six ans, et si Sirius le rencontrait après tout, nous dirions enfin la même chose, qu’il est monstrueux.

- Bien sûr qu’il est monstrueux, Regulus, il tue des gens parce qu’il estime que leur sang n’est pas suffisamment pur !

- C’est aussi ce que font ses Mangemorts et ils n’ont pas les yeux rouges. Ils n’ont pas la peau blanche comme de la craie. Ils n’ont pas les traits déformés et inhumains.

- Mais est-ce que c’est vraiment ça le plus important ?

Ça l’était pour lui qui savait. Même les plus mauvais des hommes avaient leurs limites, même la magie noire avait ses règles et même le plus fidèle des Mangemorts restait un peu d’un être humain. Un être maléfique, un être vil, horrible, mais un être qui mourrait un jour comme ses victimes. La mort mettait tous ses enfants à égalité et personne ne pouvait prétendre y échapper à moins de renoncer à son humanité.

Regulus avait bien eu tout l’été pour y songer, un été pour étouffer, coincé entre la vieille bibliothèque familiale et ses obligations sociales. Il avait détesté la chaleur, il avait détesté le soleil qui réchauffait ironiquement la froide demeure familiale, il avait détesté la langueur, insupportable, il avait détesté les stupides réceptions auxquelles ses parents le traînaient depuis toujours pour dire les mots qui ne comptaient pas vraiment.

Il n’aimait pas l’été depuis que Sirius était rentré un jour de mauvaise grâce et sans même prendre le temps de serrer dans ses bras ce petit frère qu’il n’avait pas vu depuis des mois.

L’été venait toujours lui arracher une année de liberté. L’été serait un jour sa vie pour toujours. Le prochain été serait sa vie pour toujours parce qu’il ne s’arrêterait jamais.

- Qu’est-ce que tu essayes de me dire ? Qu’est-ce que tu veux ?

La voix de Sybil s’était incroyablement radoucie mais c’était fini la douceur, fini la candeur de l’enfance, fini les rêves de l’adolescence, fini bientôt Poudlard et fini la vie qu’il lui avait promis mais qu’il ne pourrait jamais lui offrir, fini la vie qu’elle lui avait fait entrevoir et qui était sans espoir.

- Je crois que c’est assez pour une soirée, dit-il avec un pâle sourire.

Il avait emprunté ses mots à Sybil et il lui emprunta aussi ses gestes. Deux verres d’une liqueur exécrable rejoignirent les verres de Whisky Pur Feu et ils se contemplèrent une seconde dans le blanc des yeux, dans le noir du domaine, avant d’éclater de rire brusquement et d’effrayer une chouette hulotte qui survolait la scène depuis le ciel étoilé.

Ils ne savaient pas pourquoi ils riaient – c’était peut-être la grimace de Sybil, la façon dont Regulus s’était presque étouffé en avalant la liqueur, c’était peut-être leurs joues trop rouges tout à coup, c’était peut-être la seule chose qu’ils ne savaient pas.

Mais ils rirent.

Sybil n’avait pas dit à Regulus qu’elle avait parfois pris la parole dans ces groupes qu’elle fréquentait à Salem. Elle ne lui avait pas montré la zibeline qu’elle avait autour du cou et qu’un puissant sortilège dissimulait aux yeux de tous, sauf ceux de Dorcas et de Circé et de quelques autres femmes encore. Le pendentif renfermait un secret mortel qui n’était plus seulement le sien. Regulus n’avait pas dit à Sybil qu’il avait préparé un poison pendant l’été à la demande de Voldemort et parce que Rogue travaillait déjà à une mission plus périlleuse. Il ne lui avait pas montré la lettre de Bellatrix dans laquelle cette dernière expliquait avoir convaincu Voldemort de le marquer dès la fin de ses études pour effacer l’affront de Sirius, pour redorer le blason des Black.

Ils s’étaient rencontrés dans la salle commune des Poufsouffle un soir où Regulus voulait oublier et ils n’avaient jamais oublié. Mais dans le jardin de Marlène les quatre verres en cristal que les McKinnon réservaient d’ordinaire aux mariages furent bientôt six, puis huit, et lorsque Sybil et Regulus entreprirent de les ramasser, ils riaient encore aux éclats.

La plupart des étudiants qu’ils croisèrent en regagnant le manoir était bien plus éméchée qu’eux. Certains tenaient à peine debout, d’autres n’avaient plus la moindre conscience de ce qu’ils étaient ni de ce qu’ils faisaient, et quelques rares élèves s’étaient endormis dans les recoins les plus improbables, assommés par l’alcool. Sybil et Regulus avaient l’insouciance mais pas l’inconscience. C’était comme s’ils savaient que les mots échangés dans le noir étaient trop importants pour disparaître de leur mémoire. Ils se souviendraient. Ils n’avaient pas ce luxe de pouvoir oublier.

Lily les regarda danser les sourcils froncés. Elle ne buvait presque plus depuis que Marlène leur avait raconté son agression à Sybil et elle. Ça ne lui manquait guère, elle préférait être celle qui venait en aide aux autres et surtout à ses amies que celle qu’il faut secourir passé minuit. Mais il était trop tard, ce soir, pour arracher Sybil au regard courroucé de Sirius. Marlène les avait vus et n’avait rien dit, c’était leur vie, Remus les avait vus et n’avait rien dit, Sybil savait toujours ce qu’elle faisait, James les avait vus et n’avait rien dit mais il avait compris, Sirius aussi. Heureusement, le verre qu’il avait à la main était encore plein, James avait retrouvé son briquet plus tôt dans la soirée et Peter leur avait confié ses cigarettes avant de disparaître dans les étages avec une fille de leur année.

Benjy Fenwick n’avait jamais répondu aux questions de ses professeurs mais il avait parlé à Sirius. Il était encore conscient quand Regulus s’était jeté sur Sybil, quand Sybil avait pleuré et quand Regulus l’avait portée loin du couloir froid. Mais Sybil avait une voix si enrouée, une voix qui tremblait, qu’il ne l’avait pas reconnue. Il avait reconnu Regulus : les deux garçons s’étaient affronté plus d’une fois au Quidditch.

Pour la première fois de sa vie Sirius n’avait rien dit à Remus, à Peter, à ses camarades, aux fantômes et à Hagrid dans sa bicoque. Il s’était confié à James qui avait un nouveau secret lui aussi. Lily exaspérée était venue lui dire un soir que c’était Benjy ou elle et le nom de Marlène avait été lâché. Sirius en aurait presque fini le travail de Sybil et Regulus. C’était cela qui les avait finalement éloigné de Benjy, Benjy le mauvais Gryffondor, Benjy le traître, c’était Lily plus que Sybil et ses longs discours qui laissaient Sirius relativement indifférent. Il n’y avait qu’un seul combat à ses yeux et c’était le combat contre Voldemort, pas celui des femmes et certainement pas celui des créatures magiques.

Et parce qu’il ne voyait le monde qu’à travers ce prisme Sirius ne pouvait toujours pas comprendre Regulus. Il pensait celui qui avait été son frère engagé sur le chemin des Mangemorts et rien d’autre. Il pensait l’agression de Benjy politique avant que Lily ne lui ouvre un peu les yeux et que James, plus rationnel, moins impliqué émotionnellement, ne lui fasse remarquer que les premières agressions avaient visé de futurs Mangemorts. Il pensait et il n’acceptait pas. Il avait abandonné Regulus parce qu’il le croyait perdu, il s’était vu vaincu déjà face à leurs parents, la famille, les Sang-Pur, il avait abandonné Regulus égoïste, Regulus mauvais, Regulus assassin. On était avec ou contre Voldemort qui avait causé tant de peines inconsolables et de souffrances insurmontables. Sirius était contre et Regulus était pour, c’était tout, alors il avait abandonné.

Sybil était contre. Ils n’en avaient jamais douté, ni James ni Sirius, et ils n’en doutaient toujours pas. Ce n’était même pas possible : elle avait la confiance pleine et entière de Dorcas Meadows. Ils l’avaient sincèrement crue charmée par ignorance la première fois qu’ils l’avaient vue rire avec Regulus. Mais elle leur assenait aujourd’hui une autre évidence et, surtout, une autre réalité. Une réalité dans laquelle Regulus n’était pas juste un Mangemort et Benjy un allié. Une réalité dans laquelle Dorcas Meadows protégeait Sybil Kvapilová qui avait attaqué trois étudiants. Une réalité dans laquelle Marlène la droite et Lily la juste se montraient plus préoccupées par les suites à donner aux agressions que par les agressions elles-mêmes. Une réalité sans la lumière d’un côté et l’ombre de l’autre. C’était la réalité des filles de Poudlard. C’était la réalité des femmes. Celle des Nés-Moldus, aussi, qu’il n’avait jamais perçue de la sorte parce que malgré son courage, malgré sa volonté et son ouverture, Sirius restait un Sang-Pur. C’était une réalité que Regulus avait su voir avant son frère et qui venait encore épaissir la noirceur du monde.

- On devrait peut-être monter ! cria James à l’oreille de Sirius par-dessus la musique assommante.

Elle était forte, de plus en plus forte, la musique, Sybil, il ne l’aurait pas cru, Regulus le faible était fort, personne n’avait rien vu et personne ne voyait rien.

- T'as raison, répondit Sirius d’une voix rauque.

Et ils restèrent dans le salon.

Sybil se trémoussait toujours dans les bras de Regulus mais personne n’y faisait vraiment attention si ce n’était Remus et Lily et Marlène et les garçons. Au plus fort de la nuit les masques étaient tombés, les maisons n’existaient plus et même le parfum du scandale avait disparu. Les sorciers redevenaient pour quelques heures des adolescents semblables à cent mille autres, des adolescents ne craignant ni la mort, ni la douleur, des adolescents que la guerre n’avait pas déjà fauchés, enterrés, annihilés. C’était les plus belles heures de leur jeunesse. Ils avaient seize ans, dix-sept ans, dix-huit ans pour les plus grands, et tous dansaient dans ce bal des damnés, et tout était bien dans le monde condamné.

Note de fin de chapitre :

Merci d'avoir lu !

Le prochain chapitre s'intitulera Passerelle.

Un petit point à propos de mes personnages : évidemment, je ne suis pas forcément d'accord avec eux quand ils s'expriment, notamment à propos de la violence, et je ne ferais jamais ce que fait Sybil mais serais davantage sur la position de Lily. Mais je trouve que c'est quelque chose qui interroge malgré tout, parce que ça nous renvoie à ce qui dysfonctionne dans notre société (les violeurs/agresseurs sont très rarement condamnés alors les victimes ont le sentiment légitime de ne jamais obtenir justice alors, on fait quoi ? On s'arrête à la présomption d'innocence et on laisse au bas mot 95% des victimes sur le côté ?). Si le thème vous intéresse, je vous recommande fortement de regarder la série Sweet/Vicious : elle compte une seule saison de 10 épisodes, le pitch c'est deux étudiantes Américaines qui constatent l'impunité des violeurs sur le campus et décident donc de se déguiser en justicières la nuit pour quand même faire bouger les choses. Je me suis largement inspirée de cette série pour écrire cette fanfic et je vous la recommande vraiment, le sujet est lourd, il y a des passages très durs mais c'est aussi très drôle, les personnages principaux sont attachants, c'est plein de bienveillance, sororité et positivité, bref c'est top ♥ .

Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? De l'histoire de Sybil ? Est-ce que vous la comprenez peut-être un peu mieux en ayant lu ça ? Et Regulus, est-ce que vous le trouvez crédible dans ses réflexions ? Que vont faire James et Sirius ? Comment réagiraient Lily et Marlène si elles apprenaient pour Sybil ? Quid des petits indices que j'ai laissés quant aux futurs chapitres, vous avez des hypothèses pour la suite ? ;)
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