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News

Assemblée Générale Ordinaire 2022


Bonjour à toustes,

L'assemblée générale annuelle de l'association Héros de Papier Froissé est présentement ouverte sur le forum et ce jusqu'à vendredi prochain, le 24 juin 2022, à 22h.

Venez lire et discuter, et voter pour les candidats au conseil d'administration.

Bonne AG !
De Le CA le 17/06/2022 23:08


124ème édition des Nuits


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 124e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 24 juin à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt !
De L'équipe des Nuits le 08/06/2022 18:45


Assemblée Générale 2022


Chers membres d’HPF,

Nous désirons vous informer que l’Assemblée Générale 2022 aura lieu du vendredi 17 juin 22h au vendredi 24 juin 22h sur le forum.

Seuls les adhérents à l’association peuvent voter, mais tous les membres sont encouragés à venir lire et discuter.

Au plaisir de vous y voir !

Le CA
De Les membres du CA le 06/06/2022 18:39


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Juliette54, Tiiki et Bloo, qui remportent la Sélection Drabbles !

Vous pouvez dès à présent commencer vos lectures pour élire en décembre prochain vos Fictions longues préférées. Vous avez 7 mois pour découvrir 12 univers qui ont conquis les lecteurs ! Pour en savoir plus et pour suivre notre planning de lectures, rendez-vous ICI.

En juillet, on compte sur vous pour la Sélection des Animaux Fantastiques ! Avec la sortie du troisième film, c'est de circonstance, non ? Vous pouvez d'ores et déjà proposer vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Et au mois de juin, remontez aux origines de Poudlard. Nous vous proposons six textes qui mettront à l'honneur, individuellement comme collectivement, ses Fondateurs : Godric Gryffondor, Helga Poufsouffle, Rowena Serdaigle, et Salazar Serpentard. Vous avez jusqu'au 30 juin pour lire et voter par ici.



De Equipe des Podiums le 05/06/2022 16:03


123ème édition des Nuits


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 123e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 21 mai à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt !
De L'équipe des Nuits le 13/05/2022 17:22


Journées Reviews


Lire, écrire…

Tu as envie de lire ? De découvrir un ou une auteure ? D'échanger sur ses écrits et sur les tiens à travers quelques reviews sympathiques ?

La Journée Reviews est là pour ça, et elle aura lieu cette fois-ci du 13 au 16 mai !

Viens nous rejoindre en t'inscrivant ici !

Le principe ? Réparti.e.s en binômes ou trinômes, vous écrivez au moins 10 reviews à votre binôme (5+5 pour le trinôme) pendant ces trois jours, sur HPFanfiction ou le Héron, au choix.

 


De le 04/05/2022 19:14


Les zibelines triompheront bien par Bloo

[68 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Hello à toutes et à tous !

Je vous présente toutes mes excuses pour le temps qui s'est écoulé entre le cinquième et le sixième chapitre. Chapitre encore trèèès long à écrire, j'étais bloquée sur une scène tout en sachant exactement ce que je voulais écrire ensuite, d'ailleurs presque tous les dialogues sont rédigés depuis deux mois déjà.

Finalement, je profite des vacances pour souffler et me remettre à écrire, 3500 mots entre hier et aujourd'hui ! On se rapproche de la fin et j'ai envie de finir cette histoire avant la fin de l'été.

J'espère que ce chapitre vous plaira, un immense merci à Roxane-James, Sehnsucht, Haru Nonaka, Zandry et Kiwxi pour leur review sur le chapitre précédent ♥ . Je vous réponds dans la foulée !

Bonne lecture !

Trigger Warning : ce chapitre fait mention de viol et de suicide.

Les Gryffondor aimaient à penser qu’ils étaient les plus aventuriers, des chevaliers à Poudlard, rôdeurs, maraudeurs, ils se croyaient les plus régulièrement en-dehors de leur dortoir. La cape d’invisibilité de James avait certes aidé quatre étudiants à entretenir cette réputation qui relevait presque de la légende – elle restait l’un des secrets les mieux gardés du château et même les professeurs se demandaient encore pourquoi ils avaient eu tant de mal à prendre les garçons sur le fait dans les couloirs. Mais les autres élèves savaient : ils savaient que les Poufsouffle fréquentaient assidûment les cuisines, ils savaient les vieilles salles de classe dans lesquelles se retrouvaient les couples à la nuit tombée, et peu importait leur maison, ils savaient les excursions des Serdaigle et des Serpentard à la lisière de la forêt en quête d’ingrédients pour leurs potions et, dans la maison de Salazar, ils savaient depuis le temps que Regulus passait rarement ses nuits dans les cachots le weekend.

Ils ne disaient rien, les amies de Marlène et celles de Wilhelmina n’avaient rien dit quand les deux filles quittaient leur dortoir la nuit pour se retrouver en secret, Josephine n’avait jamais trahi son frère et personne ne l’avait fait parce que c’était le travail des Préfets. Les autres échangeaient des regards complices et propageaient les rumeurs mais pas jusqu’aux oreilles des professeurs. Les sorties nocturnes faisaient perdre de nombreux points à une maison et même les plus respectueux des élèves préféraient taire les escapades de leurs condisciples que de voir se vider leur sablier.

Regulus rentrait bien avant l’aurore mais il y avait toujours une insomnie, une petite faim, des devoirs à terminer et donc un camarade bien éveillé. Il n’était pas rare que des étudiants s’endorment dans la salle commune plutôt que dans leur dortoir, surtout en fin de semaine, et le portrait qui pivotait en arrachait invariablement à leur sommeil. Ils échangeaient alors un sourire entendu avec Regulus qui ne rapportait pas leurs activités nocturnes comme il aurait dû le faire et chacun retournait à sa vie. Les Serpentard faisaient peut-être la maison la plus solidaire en ces temps de guerre. Le ressentiment des autres maisons à leur égard était bien trop fort pour qu’ils puissent se permettre de se nuire entre eux et, s’ils y étaient contraints malgré tout, ils s’assuraient au moins de le faire loin des yeux et des oreilles des professeurs, des tableaux, des Poufsouffle et des Serdaigle et surtout des Gryffondor. Mais Regulus ne suscitait pas la moindre hostilité : il ne se faisait jamais prendre, il couvrait les bêtises des plus jeunes qui détournaient soigneusement le regard en retour et les plus grands le savaient soit dans la forêt, si nécessaire à leurs petites affaires, soit avec Sybil dont le sang était pur et les fréquentations plus acceptables depuis que Lily était partie.

Ils s’étaient retrouvés le vendredi de la rentrée, dans une salle condamnée que Regulus connaissait grâce à ses fonctions et que Sybil n’avait eu aucun mal à forcer. Le vendredi d’après les avait encore réunis, puis tous ceux qui avaient suivi, et Sybil et Regulus s’étaient aimés le soir dans le noir. Il n’avait jamais été aussi loin avec une fille avant de la rencontrer, elle ne l’avait jamais fait de son plein gré, c’était maladroit parfois et très doux surtout. C’était Sybil et Regulus dans un monde qui n’appartenait plus qu’à eux, c’était Sybil et Regulus sur une passerelle enchantée, une passerelle pour la vie qu’ils avaient choisie et qui mourrait bien trop tôt, comme Amy.

C’était une passerelle qui tanguait, trop belle pour être vraie, et dont Sybil avait chuté ce vendredi.

La neige tombait depuis plusieurs jours déjà à Poudlard. Elle avait enveloppé le château et ses habitants dans une langueur que venait encore renforcer toute la fatigue accumulée depuis la rentrée. Les vacances de Noël approchaient et l’ambiance s’était étonnamment détendue – Regulus peinait parfois à croire que l’année dernière, à la même époque, Sybil avait agressé Donaghan Avery et changé tant de vies pour toujours. Les professeurs avaient sorti le grand jeu pour apaiser les esprits : les évènements festifs se multipliaient le samedi après-midi, à défaut de sorties à Pré-au-Lard, et la rumeur d’un bal de fin d’année avait même couru quelques temps avant que Dumbledore en personne ne la démente formellement. Pour la première fois depuis bien longtemps, les commérages n’avaient pas fait état d’agressions et des tensions en découlant, mais de fêtes, de robes élégantes et de romances fantasmées.

Le deuxième match de Quidditch de la saison, qui opposait les Poufsouffle aux Serdaigle, avait eu lieu quelques heures auparavant dans cette trêve hivernale. Sybil avait réussi à conserver sa place dans l’équipe au prix d’un entraînement intensif durant l’été mais son jeu s’était à nouveau dégradé passées les premières semaines de cours. Elle avait pourtant très bien commencé son match, montrant à tous Sybil la talentueuse poursuiveuse, Sybil déterminée, Sybil qui n’était pas abîmée. Puis son balai était venu s’écraser au sol et sa tête avait violemment heurté les anneaux de ses adversaires. Le terrain enneigé était maculé de son sang et le match avait été interrompu une dizaine de minutes avant que les Serdaigle n’écrasent des Poufsouffle hagards. Personne ne savait ce qui s’était passé exactement, mais tout le monde y allait de sa théorie au retour du stade, certaines plus farfelues que d’autres. Il y avait ceux qui supposaient, comme cette fille de Serdaigle qui évoquait une créature magique dont les autres étudiants n’étaient pas convaincus de l’existence, et il y avait Regulus qui savait – Sybil était abîmée.

Elle était la seule élève à l’infirmerie ce soir-là. Madame Pomfresh l’avait depuis longtemps laissée endormie pour se retirer dans son propre appartement qui jouxtait la pièce. Elle était hors de danger, c’était ce que Regulus avait entendu pendant le dîner, et il avait laissé échapper un ricanement sous le regard pensif de Josephine. Parce que Sybil était beaucoup de choses, des choses jolies des choses moins belles, mais elle n’était certainement pas hors de danger.

Elle était un danger en danger.

Regulus resta assis près d’une heure à côté d’elle avant qu’elle ne se réveille. Il avait lancé un Assurdiato contre l’appartement de Madame Pomfresh et s’était préparé à passer la nuit à l’infirmerie mais c’était sans compter sur les cauchemars de Sybil. Il vit ses sourcils se froncer, ou du moins ce qu’il en apercevait entre les épais bandages dans lesquels sa tête était enrubannée. Il vit ses poings se contracter, ses lèvres se pincer, et puis les yeux sombres croisèrent les yeux clairs et il alluma la lumière sur la petite table de chevet – Wilhelmina avait déposé des fleurs cueillies avec Hagrid plus tôt dans la journée.

- Pomfresh ne t’a pas donné une potion de sommeil sans rêve ? s’étonna Regulus.

- Elles ne font plus effet sur moi depuis longtemps, dit Sybil d’une voix rauque.

Il la savait fatiguée, il la savait isolée, déprimée, il ne la savait pas accoutumée mais, après tout, il ne la savait pas non plus suicidaire avant qu’elle ne se jette de son balai sous les cris d’effroi de ses camarades.

Les professeurs avaient simplement conclu que Sybil avait perdu le contrôle de son balai et c’était ce que déploraient ses coéquipiers lorsqu’ils étaient venus la voir à l’infirmerie. Elle avait entendu des bribes de leur conversation alors que Madame Pomfresh peinait à l’endormir complètement. Mais elle savait bien qu’il en faudrait plus pour convaincre Regulus.

Il viendrait la voir, c’était ainsi, c’était vendredi, et il serait juste Regulus, juste avec elle toujours.

- Je te jure que ce n’était pas prévu, articula péniblement Sybil.

Elle s’exprimait étonnamment bien considérant son traumatisme à la tête mais Regulus aurait été moins étonné s’il l’avait connue un été aux États-Unis. Sybil avait fini les cours à Salem, brisée, trop abîmée, et elle n’avait pas rejoint ses parents dans la vieille demeure familiale, leur regard était celui des élèves qui ne l’avaient pas crue à Ilvermorny. C’était Dorcas qui l’avait envoyée auprès de cette femme dans les Rocheuses. Elle échangeait régulièrement avec la sorcière anglaise depuis sa conférence et elle était la seule adulte en qui elle avait eu confiance après son viol. Dorcas avait travaillé comme tireuse d’élite en Amérique du Sud où elle avait un jour été capturée avec son partenaire. Les sévices avaient duré des jours qui paraissaient toujours et elle en avait conservé cette impressionnante cicatrice au visage. Depuis, elle faisait des cauchemars pires encore que ceux de Sybil. Son partenaire était rapidement mort sous la torture mais, à elle, ses tortionnaires réservaient un sort pire que la mort, le sort des femmes en guerre, le sort des femmes à la guerre, le sort des femmes dans les guerres des hommes. Elle s’en était sortie vivante et morte. Seule la rage lui permettait de tenir. Elle avait parcouru le monde en quête des maîtres les plus puissants, des sorcières les plus expérimentés, et un jour elle avait rencontré une femme. Sybil avait tout appris auprès d’elle, de nuit, de jour, de l’aurore à la pleine lune elle avait combattu, et elle avait eu mal. Elle avait vite cessé de compter ses blessures, ses séjours dans des hôpitaux toujours différents, elle avait arrêté de pleurer sous la douleur, cette douleur-là en tout cas et, parfois, elle l’avait appréciée.

Elle avait aimé avoir si mal qu’elle en oubliait tout le reste.

- Est-ce que ça veut dire que tu ne recommenceras pas ?

- Je ne sais pas.

- Tu veux vivre ou tu veux mourir ?

- Je veux oublier.

- Et tu n’as vraiment que cette façon de le faire ?

Il avait haussé la voix, parce qu’il espérait l’autre façon et, dans le fond, il avait raison. Sybil n’oubliait pas que dans les lits d’hôpital.

Elle avait oublié avec Regulus.

La première fois qu’il l’avait embrassée, à Pré-au-Lard, elle s’était sentie projetée des mois en arrière, dans l’herbe humide d’une froide soirée d’hiver, effroi glacial. Mais le visage de l’autre avait fini par s’effacer, remplacé peu à peu par les traits de Regulus, la prévenance de Regulus et ce sentiment de profonde confiance qu’il lui inspirait. Ils s’étaient embrassés, enlacés, aimés et un jour, ils avaient fait l’amour. Elle n’avait pas eu peur. Elle avait toujours peur, pourtant, quand ses camarades la frôlaient d’un peu trop près, quand elle rentrait seule dans son dortoir à la nuit tombée, quand ses adversaires au Quidditch fondaient sur elle et lui faisaient perdre ses moyens, mais avec Regulus non, elle n’avait pas eu peur. Elle n’avait juste jamais lâché son regard et, naïvement, elle s’était crue guérie.

Elle aimait Regulus.

Elle ne savait pas si c’était le destin, s’il était son âme sœur, s’il y avait quelque chose de magique dans cette force qui les attirait invariablement l’un vers l’autre malgré le fossé qui les séparait, et elle se fichait bien de savoir après tout. Il était, elle était, ils étaient et ils se suffisaient.

Ils se suffisaient dans un monde où la meilleure amie de Sybil n’était pas née de Moldus. Ils se suffisaient dans un univers où Regulus était un adolescent comme les autres. Ils se suffisaient dans un rêve où leur seule crainte était de croiser la route de Peeves en arpentant les couloirs de Poudlard sous la pâle lueur des étoiles. Ils se suffisaient dans une parenthèse qui avait été fermée depuis longtemps, déjà, qui ne s’était même jamais vraiment ouverte, mais à laquelle ils avaient accordé tant d’importance.

Sybil n’était pas guérie et son salut ne viendrait pas d’un garçon ni même de Regulus. Elle était peut-être capable de s’abandonner entre ses bras et de laisser ses mains parcourir son corps mais ça n’effaçait pas ce qu’elle avait subi. Elle se sentait vivante avec lui mais ça ne l’aidait ni à manger ni à dormir ni à s’aimer. Elle appréciait le regard que Regulus posait sur elle mais elle ne voyait pas ce qu’il voyait et c’était son regard à elle qui avait le plus d’importance. Regulus pouvait bien lui dire qu’elle était jolie, ça lui faisait plaisir c’était vrai, mais quand elle regardait la fille dans le miroir, elle ne voyait rien de très ravissant, de réjouissant encore moins. Regulus pouvait bien lui dire qu’elle était jolie, elle l’oubliait dès que leurs mains se séparaient et, un jour, il ne serait plus là pour le lui dire. Peut-être qu’avec le temps Sybil aurait fini par croire Regulus. Elle aurait peut-être aperçu ce qu’il distinguait derrière ses nombreux masques – la fille populaire, la fille déprimée, la fille forte, la fille violée.

Mais c’était son visage à lui qui allait bientôt être masqué et elle ne pouvait plus le tolérer.

- James a parlé à Lily, souffla Sybil en serrant très fort ses draps blancs entre ses poings plus pâles encore. Elle m’a dit qu’il ne valait mieux pas que je vienne chez eux pour les fêtes. Ma cousine rentre en Amérique. Je me suis demandé sur mon balai si j’avais un endroit où revenir moi aussi et, quand j’ai réalisé que je n’en avais pas, j’ai eu peur, et j’ai sauté.

Sirius avait écrit à Regulus. C’était sa première lettre depuis près de sept ans, la première depuis qu’il avait fui la maison de leur enfance. Il savait que Sybil avait agressé Benjy Fenwick et que Regulus l’avait aidée. Ce qu’il ne savait pas, en revanche, c’était quoi faire de cette information, c’était toutes ses implications, c’était les raisons qui avaient poussé son frère à couvrir une sorcière qui attaquait les siens. Alors, comme à chaque fois qu’il ne savait pas, Sirius avait écrit une lettre à Regulus et l’avait gardée quelques temps dans la poche de sa veste en cuir. Il n’avait jamais eu l’intention de la confier à son hibou mais Andromeda, elle, était moins têtue et rancunière que ne l’était Sirius. Il avait parlé à leur cousine, bien sûr, c’était toujours la deuxième étape après la lettre, et contrairement à lui, elle y avait vu l’espoir. C’était l’espoir qu’elle caressait lorsqu’elle s’était enfuie pour épouser Ted Tonks, né de Moldus, jetant la honte et le déshonneur sur le nom des Black, c’était l’espoir qu’elle caressait lorsqu’elle avait écrit encore et encore et encore à Narcissa et Bellatrix, longtemps après son mariage, pour les supplier de ne pas l’effacer complètement de leur vie, comme Walburga l’avait fait en brûlant son nom sur la tapisserie familiale. Ses sœurs ne lui avaient jamais répondu. Il se murmurait même que Bellatrix avait mis la tête de son époux à prix et comptait bien laver l’affront par le sang.

Alors Andromeda avait volé la lettre de Sirius et l’avait adressé à Regulus en prenant garde à ne pas signer, il aurait bien pu ne pas l’ouvrir sinon, mais il avait su que c’était elle parce qu’il se rappelait son écriture et parce que, malgré tout, il connaissait assez son frère pour savoir qu’il ne l’aurait jamais contacté de son plein gré.

Et Andromeda connaissait assez Sirius et Regulus pour savoir qu’un lien existait encore, fragile, presque invisible, et elle connaissait assez la vie, aussi, assez la vie et ses gâchis, ses peines évitables, elle connaissait les regrets et elle aurait voulu les éviter à ses cousins – c’était elle, l’aînée des trois sœurs, qui s’était occupée d’eux dans leur enfance, avant d’être bannie à tout jamais de la famille.

- James a parlé à Lily, répéta Sybil d’une voix blanche. Sirius, Remus, Peter, James, Lily et Marlène, ils savent tout.

- Fenwick m’a reconnu, avoua Regulus du bout des lèvres.

Elle ne lui demanda pas depuis combien de temps il le savait ni comment il avait appris cette information capitale parce qu’elle était sans importance. Regulus pouvait bien savoir depuis des mois ou quelques heures seulement, ça ne ramènerait ni la confiance de Lily et Marlène, ni certainement pas celle des garçons. Sybil était seule avec Regulus, elle avait perdu ses amis pour Regulus qu’elle perdrait à son tour dès la fin de l’année, Sybil était seule parce que le garçon qu’elle aimait n’avait jamais été une promesse mais une échappatoire.

Alors pour une fois depuis des mois et peut-être la première fois depuis son viol Sybil laissa les larmes dévaler ses joues sans ressentir la moindre haine. Envolée la honte, la tristesse l’avait balayée avec la colère, la culpabilité à leurs côtés. Ses parents ne l’avaient pas cru. Ses amis ne l’avaient pas prise au sérieux. Ses nouvelles amies venaient de lui tourner le dos. Les rares émotions positives qu’elle avait ressenti ces derniers mois s’estomperaient à la fin de l’année et de sa parenthèse enchantée. Sybil pleurait et elle pleurait sans se haïr elle-même. Elle pleurait sans se flageller, sans regretter de ne pas s’être mieux débattue, sans regretter de ne pas s’être battue à Ilvermorny, elle pleurait sans regretter Donaghan Avery et Milburn Rowle et Benjy Fenwick, elle pleurait et c’était tout. Il n’y avait plus rien d’autre, plus aucune émotion, juste un énorme creux dans sa poitrine, un énorme vide autour d’elle dans lequel résonnaient affreusement ses sanglots. Sybil n’avait pas de regrets : elle n’avait plus rien. Plus d’émotions. Plus d’envie. Comme si les sortilèges de l’infirmière ne l’avaient pas sauvée quelques heures auparavant.

Comme si elle était encore étendue sur le terrain de Quidditch, les bras en croix, la chevelure en sang, étendue dans l’herbe gelée les poignets violacés.

- Je n’aime pas te voir pleurer, dit Regulus en prenant ses mains dans les siennes.

Personne n’aimait voir pleurer ses proches et Regulus ne le savait que trop bien, lui qui avait si souvent essuyé les larmes de son frère dans une chambre noire. Celles de son père, il les avait craintes, parce qu’elles n’exprimaient jamais que la rage, et celles de sa mère, il avait échoué à les arrêter, sauf dans un mirage : le mirage d’une vie heureuse qui s’était arrêtée lorsque Sirius avait reçu sa lettre pour Poudlard, illusion qui l’avait caressé une deuxième et dernière fois lorsque le chemin de Sybil avait croisé le sien.

- Pourtant, un jour, tu lèveras ta baguette sur un sorcier et il pleurera. Si ce n’est pas lui, parce que tu l’auras tué, ce sera son amie, son père, sa sœur, son fils. Quelqu’un dans ce pays pleurera à cause de toi. Quelqu’un ne pourra plus dormir sans se souvenir, et sans crier, quelqu’un ne pourra plus vivre sans cet effroyable étau autour du cœur qui t’empêche parfois de respirer. Quelqu’un n’ira plus jamais bien, exactement comme moi, et à cause de toi.

Il n’y avait plus de haine, plus de colère, aucun regret, il n’y avait qu’une profonde lassitude, un fatalisme à son paroxysme et l’honnêteté, enfin.

Sybil n’allait pas bien et Regulus n’effacerait jamais ce qui s’était passé.

Regulus allait devenir un Mangemort et Sybil ne le lui ferait pas oublier.

- Pourquoi maintenant ? souffla Regulus.

Il savait parfaitement ce qui l’attendait au début de l’été. Ça avait même été son souhait le plus cher autrefois. Mais dans les yeux de Sybil Regulus était devenu quelqu’un d’autre, une personne dont il n’avait pas honte de croiser le reflet, même s’il n’était qu’un leurre. Il avait été ce que son frère avait su être pour James, pour Remus, pour Peter, au point d’en oublier sa famille, et il le comprenait peut-être enfin après toutes ces années. S’il n’y avait pas eu la guerre, s’il n’y avait pas eu les Black, il aurait pu sécher les larmes de Sybil avec l’assurance de la faire sourire, mais c’était vain et elle l’avait compris alors à quoi bon.

Il savait mais il n’avait pas compris – il n’avait pas voulu le comprendre.

Il aimait Sybil, à lui il pouvait bien se l’avouer, ce n’était plus vraiment un secret. Il l’aimait et il avait voulu croire que ça n’était pas un problème, qu’il pourrait tout changer et rien à la fois, suivre la voie qu’il avait choisie et garder Sybil à ses côtés, servir sa cause et celle de Sybil, mais elles étaient irréconciliables comme leur monde et comme leurs amours.

- Je vais perdre Lily et Marlène, dit Sybil sans lâcher les mains de Regulus. Si je reste avec toi, je vais forcément les perdre, toutes les excuses du monde n’y suffiront pas. Je ne peux pas renoncer à tout pendant que tu ne renonces à rien. Je ne peux pas abandonner mes amis si tu n’abandonnes pas Voldemort.

Il n’y avait rien de plus américain chez Sybil que cette façon qu’elle avait de prononcer le nom de Voldemort sans réaliser, encore, la terreur qu’il insufflait aux sorciers et aux sorcières du pays. Au début, c’était sa popularité, son naturel, son aisance qui en faisaient un stéréotype aux yeux de Regulus. Il l’avait vue derrière le masque et elle l’avait vu sans.

- Je ne peux pas, souffla-t-il.

- Tu n’as que dix-sept ans !

- Et si je veux fêter un jour mes dix-huit ans, mes vingt ans, tous ceux qui suivront, je ne dois pas me détourner de Voldemort.

- Pourquoi t’être seulement tourné vers lui ?

- Je n’ai pas eu le choix !

Walburga n’avait jamais toléré le mensonge et elle les avait toujours bien détectés chez ses fils. C’était facile mais pas pour les mêmes raisons. Sirius mentait pour couvrir ses frasques mais, dans le fond, il en était trop heureux pour ne pas sourire largement à sa mère, qui reconnaissait entre mille le sourire fier. Il déclenchait des foudres dont Sirius ne se préoccupait guère, persuadé d’être dans son bon droit. Regulus, lui, avait toujours eu honte d’être pris sur le fait. Son regard froid, son port altier, tout son corps s’affaissait face aux mines contrariées de ses parents, et ils n’avaient qu’à voir ses yeux fuyant pour déverser leur sermon.

Depuis Regulus avait appris à mentir, plus que Sirius en tout cas, qui ne devait sa survie à Poudlard qu’à la cape des Potter et à la carte des Maraudeurs, il mentait quand il le fallait, il mentait et se protégeait, il mentait aux gens qui comptaient mais Sybil n’était pas une personne qui comptait pour le monde.

Elle était la personne qui comptait dans son monde.

- Je ne te crois pas. Tu as su faire le choix de m’aider, de garder mon secret, de m’éloigner de Benjy Fenwick. Tu as fait le choix de m’embrasser chez Marlène au lieu d’embrasser Joséphine. Tu m’as rendu ma baguette dans mon dortoir, ce soir-là, et tu ne m’as pas trahi, énuméra lentement Sybil.

- Et qu’est-ce que tu veux que je te dise ? s’exclama Regulus en lâchant enfin les mains de la jeune fille.

Il avait besoin de ses mains pour jouer avec ses cheveux, puis les poser sur ses hanches, puis les cheveux encore, et finalement croisées contre son corps.

- Tu veux que je te dise que je l’ai admiré ? Tu veux que je te dise que j’ai voulu l’embrasser toute entière, sa cause, sa lutte, tu veux que je te dise que j’ai voulu sa guerre, que j’ai rêvé me battre à ses côtés ? À leurs côtés à tous, à eux, à nous les Sang-Pur, tu veux que je te dise que j’ai aimé mes privilèges et voulu les défendre, les conserver jalousement ? Mais malgré tout, malgré l’argent, les demeures, les voyages, les réceptions et les galas, malgré les somptueuses cérémonies familiales, l’avenir tout tracé, assuré, malgré cette certitude tranquille que ma vie serait toujours bonne, il y a un privilège que je n’ai jamais eu et que Sirius n’a jamais voulu reconnaître : je n’étais pas l’aîné. Sirius l’était. Même si je l’avais voulu, même si, dès le départ, j’avais été comme Sirius, je n’aurais pas eu le choix. Pas complètement. Ce que Sirius a fait, mes parents, mes cousines, ma famille, les Black, personne n’aurait toléré que je le fasse une seconde fois. Sirius était l’aîné et c’était peut-être son plus grand privilège. Il a pu s’en aller, j’étais là pour réparer. Moi, on ne me laissera jamais partir. Il n’y a pas de troisième chance derrière moi.

Le souvenir de leur conversation dans le domaine des McKinnon flottait lourdement dans l’atmosphère. Comme Regulus l’avait pensé l’été ne s’était pas vraiment arrêté et ses doutes le suivaient encore le soir dans son dortoir. Quelque chose avait changé et c’était peut-être juste Sybil, c’était peut-être ses sentiments, c’était peut-être aussi ces disparitions qui augmentaient, le sang sur les mains de sa cousine, le concret qui arrivait, pour de vrai, l’ambiance pesante, morose dans laquelle il grandissait et ses camarades avec lui, futurs soldats, même pas vingt ans.

Certaines choses avaient changé et d’autres non : Regulus était engagé et c’était pour la vie, une vie qu’il aurait voulu longue et qui risquait pourtant bien d’être écourtée. Il n’avait pas le choix. Il n’avait plus le choix et c’était sa croix, son mantra, il n’avait pas le choix et c’était comme ça.

- On pourrait partir, souffla Sybil. On pourrait partir tous les deux. On irait n’importe où, à l’autre bout du monde s’il le faut, quelque part très loin d’ici. On ne devrait plus rien à personne. On pourrait partir tous les deux.

Il s’autorisa un instant, juste un instant pour un dernier songe, à rêver cette vie que lui chantait Sybil. Il imagina leur fuite, leurs pieds fouler la terre d’Afrique, d’Europe, d’Amérique, tout sauf le pays de Sybil et le sien. Il repensa à ce voyage en famille, si lointain déjà, aux rares photographies que Sybil avait gardées avec elle pour se rappeler le Vietnam, la saveur de la cardamone. Il se vit dans les montagnes péruviennes sur les traces des légendaires créatures locales, il se vit à Prague dans les quartiers du Golem, il se vit en Provence au milieu des champs de lavande dont Sybil aimait tant le parfum. Sybil, Regulus et une promesse, une passerelle pour la vie rêvée.

Et l’espace d’un instant Regulus était Sirius. Il était Sirius qui avait tout laissé derrière lui, sa famille, son petit frère, son rang, son héritage, il était Sirius qui avait tout sacrifié pour son rêve éveillé. Parfois Regulus voulait encore croire qu’il n’avait pas pleinement mesuré toutes les conséquences de son geste, qu’il ne savait pas les larmes, le vide qu’il avait laissé derrière lui, mais Regulus, lui, Regulus savait.

Il savait que son départ achèverait sa mère, qu’il détruirait les ambitions de sa cousine, qu’il tuerait la lignée des Black et qu’il condamnerait son père à assumer son rôle, ce qui aurait dû être son engagement, et peut-être que Sirius avait su s’en acquitter et mettre ce poids sur leurs épaules à tous, mais Regulus n’était pas son frère.

Il n’avait ni son courage ni son indifférence.

- Je ne peux pas laisser ma famille.

Elle savait bien qu’il ne la suivrait pas parce que se serait-elle suivie elle-même ? Elle avait fui une fois, fui ses proches, son pays, fui sa maison, ses amis, elle avait fui et ça n’avait rien arrangé. Sybil n’avait peut-être plus de camarades qui l’accusaient d’être une menteuse, elle n’avait peut-être plus rien des États-Unis, plus d’objets de souvenirs, mais elle avait emporté ses problèmes avec elle. Sa peur, ses larmes et ses idées noires l’avaient suivie au bout du monde et la suivraient certainement au bout du monde plus loin encore.

Sybil savait que Regulus ne la suivrait pas, elle savait qu’il deviendrait un Mangemort, elle savait qu’il ne la guérirait pas et elle l’avait toujours su, mais l’entendre le lui dire avait une saveur écœurante et faisait une ambiance bien pesante.

- Alors je choisis mes amies, dit Sybil d’une voix blanche.

Lily et Marlène avaient été là pour elles. Elles l’avaient été l’année dernière, et cet été, et encore ces quatre derniers mois avant que James ne se confie finalement à Lily. Elles avaient répondu à chacune des lettres de Sybil avec patience, malgré leurs activités, leurs projets, leur vie qui commençait en-dehors de Poudlard, et elles y étaient restées quelque part, à Poudlard, le temps de gratter des feuilles et des feuilles de parchemin.

La présidence du club de duel avait été reprise par un Gryffondor de sixième année et les séances réservées aux étudiantes avaient été supprimées. Le long été qui s’était écoulé et le départ de Marlène avaient suffi à taire les ardeurs des sorcières. Sybil avait bien tenté de protester, de réunir des filles autour d’elle, mais les professeurs avaient été extrêmement clairs dès le début de l’année, ou plutôt le Ministère l’avait été dans ses lettres tout l’été : terminées les revendications, terminée l’insurrection, il y avait des choses plus importantes que le souhait des étudiantes.

Les enseignants n’avaient pas oublié pour autant la mobilisation de leurs élèves mais ils n’avaient pas su y répondre correctement. À la rentrée, Albus Dumbledore en personne avait annoncé un certain durcissement des règles, dans les dortoirs surtout, des rondes plus fréquentes des professeurs pour mettre fin aux éventuelles festivités. S’il n’y avait pas de fête alors il n’y aurait pas d’agression, s’il n’y avait pas d’agression il n’y aurait pas de représailles sur les garçons, et s’il n’y avait pas de de tensions il n’y avait plus nul besoin de formations à l’auto-défense. C’était simple, imparable, c’était bien loin de la réalité des filles, des femmes mais ce serait. Sybil n’avait pas su mobiliser ses camarades – aucune étudiante n’y était parvenue. Les autres avaient eu le temps de s’organiser. Lily et Marlène parties, il n’y avait plus de sorcières aussi charismatiques, respectées, plus de sorcières pour oser, surtout. Marlène avait toujours été sanguine et Lily se battait depuis sa première année pour se faire respecter, sorcière née de Moldus, major de sa promotion. Elles étaient prêtes à encaisser les coups, à supporter les quolibets, les rumeurs, ça ne les atteignait plus depuis longtemps. Mais la virulence de certains étudiants avait eu raison des successeuses. Le nouveau président du club de duel, et de nombreux Gryffondor autour de lui, arguaient de l’urgence de la guerre pour reléguer les revendications des filles au second plan. Sybil n’avait plus attaqué personne depuis Benjy Fenwick, elle n’était plus suffisamment au fait des commérages et ses forces l’abandonnaient de jour en jour. Le sentiment d’impunité, lui, avait regagné peu à peu les garçons. Les professeurs pouvaient s’immiscer deux fois plutôt qu’une dans les salles communes, il restait toujours les salles de classe, les dortoirs dans la journée, les recoins secrets de Poudlard et les vacances.

Sa rage, son impuissance, sa tristesse, Sybil les avait longuement écrites à Lily et Marlène et elles ne l’avaient jamais laissé tomber jusqu’à la dernière lettre de Lily. Elle aurait donné n’importe quoi pour les retrouver, tout effacer, n’importe quoi sauf peut-être Regulus, mais il ne laisserait pas tomber alors elle non plus.

- Est-ce que ça veut dire qu’on ne se verra plus maintenant ? demanda Regulus sur le même ton que Sybil.

- Maintenant ou dans six mois qu’est-ce que ça change ? On finira par ne plus se voir. Alors à quoi bon.

Ils s’étaient aimés dans le noir, à l’abri des regards, ils s’étaient aimés sans savoir ou peut-être en ne sachant que trop bien quand surgirait la fin.

Regulus était quelqu’un de pragmatique avant de connaître Sybil. Elle quelqu’un de romantique. Il n’aurait jamais entretenu une relation qui était vouée à l’échec, à moins qu’elle ne soit inhérente à son rang, elle aurait attendu qu’ils s’en aillent ensemble et pour toujours, le monde derrière eux, la vie devant. Tout avait changé. Il aurait continué à la voir, l’embrasser l’enlacer, jusqu’à la fin de l’année et le plus longtemps possible, pour toujours peut-être. Elle n’aurait pas exigé qu’il abandonne, qu’ils prennent le large, se contentant des rencontres obscures. Sybil sur son lit de l’infirmerie, Regulus les mains de nouveau dans les siennes, naturellement, sans même qu’ils ne s’en soient rendu compte, ils se sentaient sur le point de flancher, sur le point de tout envoyer valser – les convictions, les rêves. Mais rien n’avait changé. Tout en eux et rien au-dehors. Tout en Sybil, Regulus, mais rien dans le monde qui les voyait évoluer.

Ils avaient trop vite changé pour le monde ou peut-être était-ce le monde qui avait tourné trop vite pour eux.

- J’aurais aimé te rencontrer un an plus tôt, murmura Regulus en s’approchant des lèvres de Sybil.

- Moi aussi. J’aurais sans doute quitté mon petit ami pour toi. Il ne m’aurait pas violée.

- J’aurais été libre.

- On aurait été heureux.

Si le bonheur était un voyage alors ils l’avaient été, heureux. Mais Sybil et Regulus n’avaient pas trouvé leur destination, ni même une solution, ils étaient restés coincés sur leur passerelle et elle avait tangué, elle avait tout emporté avec elle.

Alors ils firent la seule chose qu’ils avaient jamais su faire, ils s’embrassèrent passionnément, ils se pressèrent l’un contre l’autre, ils s’enlacèrent à la faible lueur d’une bougie, dans la pénombre de l’infirmerie. Il était bientôt minuit, les fantômes arpentaient d’autres couloirs, Peeves dévastait une salle du premier étage, Miss Teigne surveillait l’accès aux cuisines, le professeur Flitwick préparait une visite surprise à ses Serdaigle dans la tour victorieuse et Sybil et Regulus scellaient une dernière fois leurs lèvres dans un baiser d’adieu qui ressemblait à tous les autres.

Regulus avait le visage impassible lorsqu’il arriva devant le portrait des Serpentard. Les hommes ne pleuraient pas, pas les Sang-Pur en tout cas, et certainement pas ceux qui dirigeraient un jour leur famille. Sirius lui avait arraché ses dernières larmes sans même le savoir. Elles n’avaient jamais retrouvé leur chemin sur ses joues depuis, mais sept ans après, il n’y voyait plus rien de brave. Regulus ne pleurait pas mais il avait si mal, son cœur se serrait si fort dans sa poitrine, qu’il aurait voulu laisser les larmes le gagner pour perdre un peu de ce poids qui l’éreintait, cette peine accablante. Il aurait probablement jugé Sybil bien faible s’il l’avait rencontrée quelques années auparavant. Maintenant, il lui enviait cette capacité qu’elle avait à partager ses émotions, même si ça ne lui faisait pas toujours du bien. Il aurait aimé lui aussi pouvoir se confier quelqu’un, se soulager un peu de son angoisse, sa colère, sa tristesse, mais il venait de perdre la seule personne en laquelle il avait vraiment confiance.

Il restait Josephine. Elle l’attendait justement devant leur salle commune, à moitié dissimulée dans l’obscurité, les cheveux strictement attachés toujours. C’était rare de trouver Josephine en-dehors de son dortoir le soir. Elle devait au moins avoir quelque chose de capital à lui dire pour risquer de faire perdre des points à sa maison.

- Elle ira bien ? demanda-t-elle sur un ton indifférent lorsque Regulus parvint à sa hauteur.

Elle se moquait éperdument de Sybil Kvapilová, au moins autant qu’elle méprisait les Poufsouffle, mais Josephine ne parlait jamais pour ne rien dire.

Regulus était longtemps resté un prétendant sérieux à sa main aux yeux d’Ignatia Rosier. Il n’avait jamais eu de vraie petite amie, tout au plus cette brève histoire avec Clarisse qui appartenait à la haute aristocratie française, et les femmes Sang-Pur louaient son sérieux, son esprit, sa droiture. Ces derniers mois, Walburga n’avait cessé d’écrire à son fils en lui assurant que les fiançailles viendraient, que ça n’était plus qu’une question de temps. Mais la rumeur de sa relation avec Sybil finirait bien par parvenir aux oreilles des Rosier, il le savait, la main de Josephine était trop convoitée à Serpentard pour que personne n’en vienne à s’épancher.

Le jour était certainement venu de perdre Josephine et Sybil.

- J’espère que tu iras bien, dit Regulus en glissant ses mains dans les poches de sa cape de sorcier.

Il connaissait assez Josephine pour savoir qu’il était inutile de nier, encore plus d’argumenter, et il n’était pas du genre à supplier. Il avait de toute façon une parfaite conscience de ce qu’il avait fait chez Marlène McKinnon – Sybil et lui avaient finalement bu très peu d’alcool. Il savait qu’en embrassant Sybil il condamnait probablement son futur avec Josephine Rosier et il l’avait fait pourtant, sans vraiment se poser de questions, ça semblait naturel.

- Je vais me marier avec Aldo Greengrass, annonça Josephine avec un fin sourire aux lèvres.

Regulus l’avait croisé quelques fois au Ministère, plus rarement au manoir familial. Les Greengrass étaient des gens respectés mais, ces dernières années, ils n’avaient guère fait parler d’eux. Aucun membre de la famille n’avait rejoint les rangs de Voldemort et, s’ils ne montraient aucune hostilité à l’égard des Mangemorts, ils faisaient partie des rares familles de Sang-Pur à ne pas les soutenir financièrement. Considérant les engagements d’Evan, le frère de Josephine, il était étonnant que la jeune femme ne soit pas promise à un homme plus proche de Voldemort.

- Après ce qui est arrivé à Amy, Evan a exigé que je sois mariée au plus vite, expliqua Josephine comme si elle avait suivi le cours des pensées de Regulus. Aldo a eu trente ans récemment et les Greengrass étaient prêts à payer très cher pour assurer le maintien de leur lignée.

Sybil, Lily, Marlène, toutes ces filles de Poudlard, elles auraient probablement hurlé au scandale si elles avaient entendu Josephine, elles auraient volontiers étripé Evan Rosier et jeté son corps en pâture avec ceux de Donaghan Avery, Milburn Rowle et Benjy Fenwick – ou peut-être pas. Les choses avaient changé depuis Sybil et d’autres non. Les sorcières se mariaient en moyenne dans les trois années qui suivaient la fin de leurs études à Poudlard. Elles étaient nombreuses à interrompre leur carrière pour élever leurs enfants. Josephine parlait à Regulus et, à travers elle, il entendait Bellatrix, Narcissa, il entendait Andromeda hausser la voix jusqu’à disparaître de la tapisserie des Black, il entendait sa mère.

Aldo Greengrass ne serait certainement pas le pire des hommes pour Josephine. Il n’était pas impliqué dans la guerre, il était riche et influent, mais aussi honnête et intelligent. Il ne ferait probablement jamais de mal à Josephine, il lui serait fidèle et peut-être même chaleureux, mais il ne l’aimait pas comme Regulus aimait Sybil.

- Est-ce que tu aimes Aldo Greengrass ? demanda-t-il poliment.

- Non, mais je ne t’aimais pas non plus Regulus. J’ai de l’estime pour toi, tu vaux bien mieux que la plupart de nos camarades, mais je n’étais pas amoureuse de toi. J’aimais la vie que nous aurions pu avoir.

- C’est triste.

- Tu sais comment ça fonctionne.

Il le savait mais il réalisait, alors que le masque de Josephine se fissurait, froide et calculatrice Josephine dont les lèvres s’affaissaient, Regulus réalisait qu’il ne pourrait plus jamais le tolérer. Il imaginait Sybil promise à un homme plus âgé qu’elle sans l’avoir choisi. Il l’imaginait pleurer, hurler, peut-être battre cet homme à mort à la seule lueur de la lune. Josephine ne pleurerait pas, elle ne crierait pas, elle ne protesterait même pas, et pendant longtemps Regulus aurait pensé qu’elle consentait de fait, mais il savait désormais que ça n’était pas le cas. Josephine ne pleurerait pas, ne crierait pas, peut-être était-elle-même persuadée, en son for intérieur, que ce mariage était la meilleure chose qui puisse lui arriver, mais Regulus ne pouvait plus y croire. Tout était tellement plus beau, tellement plus fort lorsque l’on avait le choix.

- Je comprends que ça ne te satisfasse plus, ajouta Josephine d’une voix étonnamment douce. Mais, contrairement à ce que tu crois, tu as toujours eu le choix. Plus que moi, en tout cas. Tu as choisi de servir Voldemort, tu n’étais pas obligé, tes propres parents sont en retrait. Puis tu as choisi Sybil alors que tu m’avais, moi, et une vie plus que confortable avec. Moi je n’ai que ce monde-là. Peut-être que ces filles ont raison, dans le fond : le simple fait d’être un garçon t’a toujours laissé une plus grande liberté que la mienne.

- Andromeda est partie.

C’était la première fois qu’il prononçait à haute voix le nom de la cousine honnie.

- Andromeda est partie parce qu’elle avait quelqu’un d’autre à épouser. Moi, qu’est-ce que ça m’apporterait d’être libre ? En épousant Aldo j’aurais une maison, ou plutôt un manoir, j’aurais un nom, une fortune, je n’aurais pas besoin de travailler, j’aurais tous les privilèges possibles et imaginables, pas une réception ne sera organisée au Ministère sans que je ne reçoive mon invitation personnelle. Je n’ai peut-être pas eu le privilège d’être mon frère mais j’en ai d’autres que j’entends conserver.

Elle parlait d’une voix forte et assurée mais, malgré tout, il la trouvait plus pâle que d’habitude. Ça pouvait n’être que le maquillage : il était minuit passé et elle avait sans doute nettoyé son visage depuis des heures, laissant au naturel sa peau de porcelaine. Ça pouvait être autre chose mais elle ne le lui dirait pas et il ne ferait pas changer Josephine Rosier d’avis comme Sybil avait su le faire pour lui.

Alors, comme il venait de le faire à l’infirmerie, Regulus se pencha sur le visage de Josephine qui lui paraissait si petite tout à coup, et il posa ses lèvres sur son front en même temps que la sorcière prenait une grande inspiration. Elle garda les yeux clos un moment et, quand l’iris bleu croisa l’iris gris, Josephine murmura :

- Fais attention à toi. C’est à la vie ou à la mort. S’ils te recherchent un jour je ne dirais rien, je ne leur parlerais pas de Sybil, mais je ne t’aiderais pas non plus. Je préfère vivre cette vie-là que de risquer de tout perdre.

Le regard de Josephine croisa souvent celui de Regulus dans les jours qui suivirent et qui les séparaient encore de Noël. Ils prenaient toujours leur déjeuner ensemble, elle l’attendait le matin dans leur salle commune et il lui gardait une place à ses côtés en cours. Aux yeux du monde rien n’avait changé mais dans ceux de Josephine et Regulus plus rien n’était comme avant. C’était comme si, maintenant qu’ils n’étaient plus destinés l’un à l’autre, ils ressentaient finalement cette tendresse qui leur avait toujours fait défaut. Il y avait une douceur dans la voix de Josephine lorsqu’elle s’adressait à lui, dans les mains de Regulus lorsqu’il lui tendait ses affaires, dans leurs gestes, leur souffle.

Parfois, Josephine contemplait Sybil depuis la table des Serpentard, et il arrivait que la Poufsouffle ne lui retourne son pâle sourire. Elles étaient comme liées sans jamais s’être parlé, liées dans ce qu’elles traversaient, ce qu’elles apprenaient à faire avec toutes les erreurs qu’implique l’apprentissage – dire au revoir.

Josephine continua à passer la majeure partie de ses journées avec Regulus et il continua de s’installer à la table de Sybil dans la bibliothèque. Ils travaillaient dans un silence paisible qui ne les satisfait pas vraiment mais qui valait toujours mieux que le silence de la nuit, lorsque venait l’heure de rejoindre leur dortoir et qu’il n’y avait plus les retrouvailles dans le noir.

Un matin, le dernier samedi avant que le Poudlard Express ne ramène la plupart des étudiants dans leur famille, Regulus emprunta la splendide plume de Josephine pour noircir un parchemin. Il avait perdu la sienne la veille au soir mais ne pouvait soudain plus attendre une minute de plus que le hibou de ses parents ne lui en amène une nouvelle au petit-déjeuner. Il prit la plume que lui tendait Josephine et partit vers la volière, dans un couloir toujours désert où personne ne verrait Regulus Black écrire à Lily Evans.

Il n’avait jamais vraiment parlé à la jeune femme. Elle était à Gryffondor, elle était une née-Moldue, elle riait parfois avec son frère et elle avait même fini par sortir avec James Potter. Mais il savait qu’elle était probablement la personne dont Sybil avait le plus besoin au monde aujourd’hui. Lily Evans n’était peut-être pas bonne à fréquenter aux yeux de la famille Black mais pour Remus, pour Marlène, pour Sybil et tant d’autres élèves de ce château, elle avait été un modèle, une oreille, une aide précieuse et passionnée. Lily Evans n’était peut-être pas bonne à fréquenter mais elle était respectée.

Il n’eut étrangement aucun mal à lui écrire. Lily était peut-être son interlocutrice mais c’était Sybil le vrai sujet de ses écrits, la fille qu’il avait sous les yeux, dans le cœur. Il dit à Lily qu’il aimait son amie comme on aimait probablement une seule fois dans sa vie. Elle comprendrait. Elle avait eu beaucoup de petits amis avant James – c’était une fille populaire et sociable – mais à lui elle avait dit oui quelques mois seulement après son diplôme. Elle l’avait senti que ce serait pour la vie.

Il avait eu Clarisse, Josephine, mais Sybil serait toujours différente.

Lily n’avait jamais pardonné à Severus Rogue de l’avoir traitée de Sang-de-Bourbe devant toute l’école. Elle l’aurait suivi au bout du monde, pourtant. Il avait été son premier ami. Elle l’avait excusé un nombre incalculable de fois avant de finalement couper les ponts, elle avait voulu croire en lui, en leur amitié, elle aurait fait n’importe quoi pour les sauver. Si elle avait balayé les supplications de Severus après sa terrible insulte, c’était parce qu’elle avait compris, enfin, qu’il n’avait aucune véritable envie de se faire pardonner. Il voulait Lily avec lui mais à ses seules conditions, Lily avec lui mais pas devant ses amis de Serpentard, Lily avec lui mais sans ses amis à elle, Lily avec lui mais pas les autres enfants nés de Moldus, Lily juste pour lui. Elle avait essayé de le garder de son côté, de l’arracher à l’influence de Donaghan Avery et de leurs camarades, mais Severus avait fait son choix.

Sybil avait choisi Lily. Elle avait choisi Marlène, ses amies, les garçons. Elle était prête à changer, à se faire pardonner, elle n’attendait qu’un signe, une lettre, même la plus courte des missives. Alors, lorsqu’elle reçut le minuscule parchemin de Lily, elle n’hésita pas une seconde et se précipita au-dehors dans le parc blanc. Elle courut dans la neige éclatante, les cheveux au vent, les joues roses à moitié dissimulées par son épaisse écharpe jaune. Elle traversa la passerelle qui menait à Pré-au-Lard sans un regard derrière elle, ignorant les mines interrogatrices des quelques élèves qu’elle frôla sur son chemin, et lorsqu’enfin les grilles de Poudlard apparurent dans son champ de vision, elle vit l’épaisse chevelure rousse de Lily.

Un simple Alohomora ne suffisait évidemment pas à quitter l’enceinte du château, et si Lily s’apprêtait à épouser un Maraudeur, ni elle ni eux n’étaient capables de pénétrer dans l’endroit le plus protégé de Grande-Bretagne en temps de guerre. Mais quand Sybil s’approcha de la jeune femme, sa cadence ralentie tout à coup, le souffle coupé par l’émotion, Lily oublia sa colère, sa déception, son incompréhension, elle oublia tout ce qu’elle avait ressenti quand James lui avait parlé, tous ces sentiments qui l’avaient assailli, envolés aujourd’hui.

Elles auraient le temps de parler.

Elles auraient le temps de hausser la voix, de se disputer peut-être, d’argumenter sans doute.

Mais, d’abord, Sybil tomberait à genoux dans la neige, les mains accrochées à la grille qu’elle serrerait si fort que ses jointures blanchiraient, elle aurait le visage strié de larmes, la bouche déformée en une grimace, et les mains de Lily se refermeraient doucement sur les siennes.

D’abord, Lily essuierait ses larmes une à une, elle lui murmurerait que tout irait bien même si elles savaient toutes les deux que ça ne serait probablement pas vrai, Sybil s’excuserait, s’excuserait et s’excuserait encore, elle parlerait de Regulus aussi, enfin.

Elle parlerait de Regulus qu’elle embrasserait passionnément sur cette passerelle, dans quelques mois à peine, cette passerelle qui l’avait ramenée à Lily et bientôt, à lui.

Note de fin de chapitre :

Merci d'avoir lu !

J'espère que malgré toutes les difficultés que j'ai eu à écrire ce chapitre, il vous parait satisfaisant et répond à vos attentes :) .

Le prochain chapitre s'intitulera En apnée. Des hypothèses sur la suite ?

Que va faire Sybil ? Et Regulus ? Vont-ils prendre une autre décision tous les deux ? Est-ce que Regulus va honorer son choix ? Le prochain chapitre marquera le grand retour des zibelines avec un nouvel aspect du combat de Sybil.

N'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, vraiment, vos reviews du dernier chapitre m'ont réchauffé le coeur et ont été ma motivation pour écrire quand j'étais bloquée et que je n'avais vraiment pas le coeur. Du fond du coeur merci à toi qui prendra le temps de me laisser un petit mot ♥ .
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