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127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Sélections du mois


Félicitations à AliceJeanne et TeddyLunard, qui remportent la Sélection Action/Aventure !

Vous voulez revenir dans le Futur ? Lors du mois de novembre c’est possible avec la Sélection Next-Gen ! Vous avez jusqu'au 30 novembre pour lire les 10 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter ici.

Et pour le mois de décembre, le thème et les textes vous attendent déjà avec la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez découvrir ces 12 histoires jusqu’à la fin de l’année et vous pourrez voter à partir de décembre. Pour en savoir plus, rendez-vous ICI !


De L'équipe des Podiums le 01/11/2022 19:00


15ème Échange de Noël


Le traditionnel Échange de fics de Noël est de retour pour sa 15ème édition !



Et cette année, vous pouvez écrire et recevoir : des fanfictions Harry Potter, des histoires originales... mais aussi des fanfictions sur d'autres fandoms ! Envie de nous rejoindre ?


Ça se passe d'ici le 31 octobre sur ce topic du forum HPF !


De L'équipe de modération le 23/10/2022 17:22


126ème Nuit d'HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 126 édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 21 octobre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De L'équipe des Nuits le 16/10/2022 11:07


Sélections du mois


Félicitations à Fleur d’épine, Ella C, Eejil9 et CacheCoeur, qui remportent la Sélection Femslash !

Vous voulez de l’action ? De l’aventure ? Ce mois de Sélections est fait pour vous ! Le Jury des Aspics vous invite à lire sur ce thème en octobre avec la Sélection Aventure/Action ! Vous avez jusqu'au 31 octobre pour lire les 5 textes proposés par les lecteurs et les lectrices et voter par ici.

Et au mois de novembre, partez dans le futur avec la Next-Gen ! Vous avez jusqu’à la fin du mois d'octobre pour nous faire découvrir sur ce thème si vaste vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots. Pour proposer des textes, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news !

Il y a également la Sélection Fanfictions longues pour occuper vos nuits d’insomnies ! Jusqu’au mois de décembre, venez découvrir 12 histoires incroyables ! Pour en savoir plus, rendez-vous ICI.

 

 


De L'équipe des Podiums le 03/10/2022 23:05


L'arc du guerrier Od par Westyversionfrench

[13 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Les paupières de Chuluun s’élevèrent brusquement. Devant lui, à quelques mètres, il y eut comme une altération des couleurs, et il vit deux silhouettes apparaître dans les tons roses du matin. Avant qu’il n’ait le temps d’observer les nouveaux venus, une odeur familière lui chatouilla les narines. Il se leva et alla serrer dans ses bras l’une des deux personnes. Il n’avait pas besoin de lire le nom sur le badge qu’elle portait pour la reconnaître.
“Luna Scamander. C’est un plaisir de te rencontrer à nouveau.” C’était une femme au crépuscule de la trentaine, le regard clair, légèrement ahuri, mais pas aussi clair que les longues mèches lunaires qui cascadaient jusqu’à ses genoux. Elle lui rendit son sourire et fit immédiatement les présentations.
“Bonjour Chuluun. Je n’ai pas eu le temps de t’écrire pour t’informer de notre visite.” Luna était une collègue magicozoologue qu’il avait rencontrée à un séminaire quelques années plut tôt, à Castelobruxo. Ils avaient sympathisé aisément, liés par une même passion des créatures les plus méconnues du monde magique. Ils s’étaient revus quelques fois, Chuluun ayant travaillé avec Rolf, le mari de Luna. Cette dernière était spontanée et sa venue n’était pas une surprise en soi, si ce n’était pour la présence de l’homme roux à ses côtés.

Chuluun le toisa. Il était plutôt petit. Mais, sous une peau constellée de taches de rousseur, traversée de maintes cicatrices, il était robuste et tout respirait la force octroyée par un rude travail en extérieur. Chuluun avait vu les corps de son père et de ses deux frères se modeler de la même manière alors qu’il grandissait. Il inclina la tête et tendit la main vers l’inconnu quand la voix lointaine de Luna annonça :
“Charlie Weasley, un ami dragonnier.” Chuluun déclina sa propre identité, son métier et les invita à entrer dans sa yourte. Charlie Weasley ne semblait pas étonné par cette habitation incongrue sur dans un archipel volcanique aux caprices sismiques. Il se contenta de remarquer :
“Enfin un logement décent ! Je ne comprendrai jamais comment font les sédentaires pour s’emprisonner entre quatre murs.” L’homme, qui devait approcher la cinquantaine, lui fit immédiatement bonne impression.

Lorsqu’ils furent installés autour d’un thé fumant, Chuluun demanda :
“J’imagine que l’affaire pour laquelle vous êtes ici est de la plus haute importance.” Luna inclina la tête.
“Nous ne pouvions pas attendre ton retour en Mongolie, malheureusement.” Par l’ouverture étroite de la tente, on pouvait apercevoir le palais de Matuhokoro, l’école de magie japonaise où Chuluun était venu enseigner pour un semestre. Charlie Weasley demanda à brûle-pourpoint :
“Luna m’affirme que vous êtes spécialisé en… faute de meilleur mot… chevaux magiques.
-C’est exact.” Les sourcils du nomade se froncèrent. Il accorda un long regard à la peau brûlée du profil droit de Charlie Weasley et dit avec un sourire :
“Si vous comptiez faire cohabiter dragons et chevaux, j’ai le regret de vous annoncer que c’est peine perdue.” Charlie Weasley eut un rire surpris mais reprit, une tension encore palpable dans son timbre grave :
“Hélas, je n’en doute pas une seconde. Les chevaux font malheureusement partie des mets préférés de nos pensionnaires en Roumanie.” Chuluun, bien que davantage porté sur les équidés, n’en était pas moins fasciné par toutes les créatures existantes et écouta attentivement le récit de Charlie Weasley sur la vie dans la Réserve et les us et coutumes de leur colonie de dragons.

Enfin, le dragonnier expliqua.
“Il n’est pas rare que nous ayions à procéder à des autopsies sur nos sujets les plus malchanceux. Et, il se trouve, qu’il y a à peine trois mois, nous avons pu constater une irrégularité dans le régime alimentaire de l’un de nos plus vieux pensionnaires. Voyez ce que nous y avons trouvé...” Il fouilla dans les larges poches de sa cape et en sortit plusieurs clichés. Il les tendit à Chuluun qui les observa minutieusement.
“Cela ressemble à un squelette de poney moldu de grande taille. Mais je ne parviens pas à distinguer correctement les os, comme s’ils étaient floutés.
-Ils ne sont pas floutés. Tenez. Voici un gros plan.” Chuluun saisit le cliché et ouvrit la bouche, sidéré.
“Il y a des inscriptions…
-Sur tous les os composant ce squelette. Et je tiens à préciser qu’il a été retrouvé complet et intact à l’intérieur d’un dragon incapable de manger autre chose que des proies broyées depuis plus de quinze ans. Chuluun fixa les entailles, peu profondes, mais claires, comme si elles avaient été sculptées la veille.
“Aucun de vos collègues n’aurait eu le mauvais goût d’inventer cette histoire ?” Charlie fit un signe de dénégation.
“J’ai trouvé ce dragon mort. Je n’ai pas quitté la carcasse jusqu’à la découverte du squelette.” Il marqua un temps d’arrêt et continua :
“Officiellement, ce dragon est mort de vieillesse et mes supérieurs ne voient aucun intérêt à étudier ce squelette. Pour eux, il s’agit d’une proie ancienne, qui n’a jamais été correctement digérée, et dont les os auraient été altérés par les sucs gastriques du dragon.”

Chuluun fronça les sourcils.
“Mais il y a des inscriptions. Elles sont lisibles. Avez-vous consulté un spécialiste des runes ou de tout autre langage écrit ?” Luna inclina doucement la tête.
“Nous avons contacté Messieurs Goldstein et Pucey qui travaillent pour l’université des langues sorcières primitives. D’après eux, les inscriptions n’ont été taillées avec aucun outil utilisé par les hommes des anciennes sociétés. Il pourrait s’agir du fruit d’un homme isolé sans matériel adéquat mais aucune ADN humaine n’a été relevée en dehors de celle des mages soigneurs ayant ausculté le dragon. C’est comme si les inscriptions étaient présentes d’origine sur ce squelette. Sans compter que l’alphabet utilisé est inconnu des spécialistes sorciers.” Chuluun se frotta le menton, pensif. Charlie Weasley prit la suite du discours.
“Je suis entré en contact avec Luna car je pense qu’il pourrait s’agir d’une espèce magique légendaire ou inconnue. J’ai aussi pensé à une forme de rituel exercé par une communauté sur le cadavre d’un animal sacré. Vous auriez entendu parler d’un culte qui pourrait s’y apparenter ?” Chuluun s’ébroua.

“Je m’intéresse aux mythes, c’est vrai. Malheureusement, les connaissances des croyances anciennes, souvent proches des religions chamaniques, nous sont manquantes. On pourrait citer plusieurs cultures moldues et diverses communautés magiques qui ont révéré le cheval ou ses cousins fantastiques à travers l’histoire. Mais je n’ai jamais entendu parler d’un squelette entier gravé de textes. Tout au plus existe-t-il des dents portant des formules porte-bonheurs mais rien de cette ampleur.” Luna posa une main réconfortante sur l’épaule de Charlie. Celui-ci inclina docilement la tête et remercia le chercheur :
“Merci de nous avoir écouté malgré tout. Je vais continuer d’enquêter.
-Cette histoire est très intrigante. Et pour être tout à fait franc, ces motifs me sont familiers. J’ai l’impression de les avoir déjà croisés. Je vous recontacterai si je pense à quelque chose qui pourrait vous aider.” Ils échangèrent d’autres saluts et chacun regagna son foyer, la tête pleine de questions. Chuluun était vraiment désolé de ne pas avoir pu aider les deux autres sorciers. S’ils parvenaient à trouver le fin mot de l’histoire, leur découverte aurait des conséquences directes sur ses propres recherches.

Cette discussion aurait pu rester sans suites si Chuluun ne s’était pas réveillé quelques semaines plus tard, au beau milieu d’une nuit d’été sans nuages. Il était sorti, un peu groggy encore, sans se souvenir du rêve dont il s’était éveillé en sursaut, et convaincu que ses songes lui avaient dévoilé quelque chose de crucial. Chuluun, qui avait étudié en Mongolie, dans la seule Ecole Nomade de Magie au monde, connaissait des potions et des rituels permettant d’accéder aux rêves que l’inconscient nous refusait. Mais quoiqu’il fasse, il ne parvint pas à se remémorer autre chose que des souvenirs d’enfance altérés par le poids du temps. Toutefois, quand le froid s’installa durablement et que Novembre pointa le bout de son nez, il fit la seule chose qui semblait cohérente : il prépara son retour dans les steppes. Car depuis plusieurs nuits, résonnait dans ses songes, une vieille comptine que sa grand-mère chantait d’une voix cassée par l’âge, en berçant dans ses bras décharnés une relique ancienne que Chuluun n’aurait jamais dû oublier.


Par un matin frais de décembre, Chuluun se concentra pour connecter sa magie à l’air. C’était une vieille pratique qu’il avait apprise à l’Ecole Nomade, un simple regroupement de 5 yourtes abritant chacune un professeur, qui avait pour objectif d’enseigner la magie aux quelques adolescents sorciers des steppes. Des vibrations, comme des picotements intérieurs, le parcoururent et il fut capable, paupières closes, de contrôler à distance chaque élément d modeste intérieur de sa yourte. Il se concentra jusqu’à ne faire qu’un avec tous les meubles et tissus. Quand il reprit pied avec la réalité, légèrement barbouillé, il entendit au dehors la neige qui tombait en flocons lourds. Il était de retour en Mongolie.

Par habitude, il vérifia que chacun de ses biens l’avaient suivi dans leur intégralité. Puis, il s’assura que les alentours étaient déserts. Bien… Il plaça quelques sorts de repousse-moldus autour de l’habitation nomade et la para de différents boucliers visant à en interdire l’accès aux inconnus. Ensuite, il s’accorda le droit de prendre un peu de repos. Un transplanage de cette envergure ne pouvait être effectué que très rarement, car il puisait de manière intense dans la magie du sorcier. Chuluun ingurgita plusieurs potions pour aider à son rétablissement et se coucha, à la fois épuisé et excité par ce retour qui pouvait l’amener à résoudre les mystères des chants de ses aïeuls. Il avait trop longtemps détourné son attention des choses moldues, ennivré par les découvertes merveilleuses de son adolescence de sorcier. Les siens, éleveurs sans dons des steppes d’Asie Centrale, recelaient dans leurs chants, des légendes héritées d’un temps où sorciers et moldus cohabitaient en paix.

A son réveil, il mangea en grande quantité pour affronter le froid extérieur. Il quitta la chaleur de la yourte, solidement calfeutré de fourrures composées par sa grand-mère lors de son vingtième anniversaire et qu’il ne pouvait se résoudre à abandonner. Il avait beau avoir visité d’autres pays, vu le monde et contemplé la méconnaissance des steppes de son enfance, il demeurait un nomade dans l’âme. Et là où il se rendait, il ne pouvait paraître en étranger, sa tenue de professeur et son badge faisant défiler l'appellation “Magicozoologue” n’ayant pas de sens pour les gens d’ici. Bientôt, la silhouette sombre de sa yourte s’effaça dans les bourrasques de neige. Il marcha des heures dans un maelstrom blanc, et seul les souvenirs et son instinct le guidaient dans ce monde, aveugle et sourd dans les éléments déchaînés. Enfin, alors que le ciel blanc virait au gris du crépuscule, il vit une yourte, bien plus grande que la sienne. Il s’y dirigea résolument, ses empreintes aussitôt effacées par le vent et l’eau gelée.

Quand il cogna contre la toile tendue, appelant d’une voix grave qu’ils ne lui avaient jamais connu, ce fut sa grand-mère qui lui ouvrit. Ses orbites aux billes blanches, sans vue, ne cillèrent point. Elle souffla, avec un sourire :
“Chuluun.” Il la serra dans ses bras. Elle le guida à l’intérieur et Chuluun les observa à tour de rôle : son père, courbé par les ans, ses deux frères aînés, leurs femmes et leurs enfants. Les plus jeunes murmuraient entre eux, nul doute pour échanger sur cette apparition inattendue, celle de l’oncle légendaire, un peu chamane, qui les avait quittés avant leur naissance. Chuluun serra ses frères dans ses bras, salua leurs femmes, et offrit des cadeaux aux enfants. Ce n’étaient que des feuilles, des crayons colorés et quelques livres d’images mais pour les petits nomades, c’était le plus fabuleux des trésors.

Suivant la tradition, Chuluun attendit que les enfants soient couchés pour aborder la raison de sa visite.
“J’ai besoin de voir l’arc de Temun, notre aïeul qu’on nomme Briseur de l’Esprit Bavard.” D’une voix sèche, l’un de ses frères rappela :
“C’est le don des aînés de notre lignée. Tu ne peux le posséder.” Chuluun resta très calme.
“Je ne désire pas cette relique. J’ai seulement besoin de l’étudier, de lire les symboles et de le toucher.
-A quelles fins ?
-Pour comprendre ma magie.” Le mot fit passer un frisson de peur entre les différents adultes. Puis, l’aïeule, se leva et dit.
“C’est l’arc de mes pères. C’est mon souhait que le troisième fils de ma fille, qui est un grand chamane, l’observe avant que tu en hérites Badjar.” L’interpellé sembla contrarié mais inclina la tête. Chuluun fut autorisé à rester seul quelques instants avec l’arc, sous la surveillance de la vieille. Les adultes sortirent un instant dans le blizzard. C’était la coutume quand un chamane opérait et elle arrangea bien Chuluun qui devait lancer différents sorts sur l’objet pour mieux l’appréhender. Il veilla à ne réveiller aucun des enfants endormis.

C’était une très belle pièce, très vieille et ornementée. Après de longues minutes, Chuluun en déduisit qu’il n’était pas en bois mais en os. Il détailla les symboles qui en ornaient toute la longueur, les reproduisit exactement sur un parchemin à l’aide de sa baguette. Puis, il examina la corde. Elle luisait légèrement et de près, elle semblait composée de nombreux fils d’un noir bleuté. D’étranges reflets apparaissaient sous la petite lampe. Chuluun retira vivement sa main en sentant un flux d’énergie le traverser au contact de l’os. Il émanait de cet objet une aura magique, une magie animale. Chuluun demanda à sa grand-mère :
“Conte moi à nouveau la geste du Guerrier Od. Je dois l’avoir oubliée.” La grand-mère voulut l’entonner, mais sa voix essoufflée et rauque peinait à tenir, et sans le renfort des petites voix ensommeillées de ses neveux, Chuluun n’aurait jamais pu reconnaître le psaume sur le légendaire guerrier Temun Od.

Temun le frêle dans sa faiblesse
A cru longtemps être prisonnier ;
Mais en charmant une déesse,
A bien été récompensé.

L’esprit des mots qu’on enleva
Trouva refuge dans un cheval.
Temun l’en fit sortir trois fois,
Tressant les crins de l’animal.

Pour honorer son pieux courage,
D’un bris de la carcasse sainte,
En arc on fit son apanage,
Invincible il fut, hors d’atteinte.


Chuluun ne se sentait pas plus aidé. La comptine lui révélait des éléments qu’il venait seulement de vérifier : l’arc était un fragment d’un squelette de cheval identique à celui retrouvé en Roumanie, dans le ventre d’un dragon. Mais le dragon lui-même, d’après Charlie, était un pensionnaire venu d’Asie. Rien d’étonnant qu’il n’ait croqué un cheval des plaines. Seulement, le cheval, n’était pas un équidé commun et Chuluun penchait pour une espèce magique encore non répertoriée, très rare ou éteinte. Il demanda à sa grand-mère si elle connaissait d’autres possesseurs d’objets semblables. Mais l’artefact était si unique qu’il avait donné ce statut princier aux siens, les illustrant parmi une lignée de héros dont Temun était le plus ancien. L’amant d’une déesse. Chuluun n’était pas idiot. En découvrant sa magie, et celles existant ailleurs dans le monde, il avait étudié les mythes fondateurs et comparé les similitudes. Souvent, une déesse pouvait identifier une femme à la beauté exceptionnelle et ou aux dons merveilleux. En d’autres mots, une sorcière. Chuluun avait déjà déduit depuis longtemps que sa famille comptait des sorciers dans ses aïeuls. Mais visiblement, le récit de Temun évoquait la première sorcière de leur famille, celle qui en épousant Temun avait transmis ses dons à toute la lignée.

Le flot d’informations le rendit confus. Il devait méditer à tête reposée de tout ceci. Comme les réponses qu’il traquait sans relâche semblaient liés à la terre de ses ancêtres, Chuluun accepta l’invitation de Badjar à rester quelques jours parmi eux. Il occupa ses journées à marcher dans les steppes, dessinant les paysages qui entouraient la grande yourte centrale, déterminé à s’imprégner de tout élément pouvant mener à une piste. Il avait écrit à Charlie Weasley pour lui apprendre qu’il avait retrouvé un os sculpté quasiment identique à ceux du squelette roumain. Le dragonnier, enthousiaste, avait demandé s’il avait besoin d’aide dans ses recherches, mais Chuluun l’avait remercié et affirmé qu’il se débrouillerait. Il était un peu déconcerté cependant, par l’attitude de sa grand-mère. Elle restait de longues heures, près des ruisseaux gelés, caressant la glace. Chuluun n’était pas dupe et savait, que comme beaucoup de sorciers des steppes dans un pays sans autorité magique, elle avait grandi sans guide quant à sa vraie nature et avait développée seule sa magie. Sa vieille main parcheminée, plus sensible qu’aucune rétine, lisait dans des caresses habiles le monde que ses prunelles lui refusaient.

Le troisième jour de son arrivée, Bolormaa, l’épouse de Badjar, vint le trouver alors qu’il profitait d’un soleil pâle pour panser les chevaux du troupeau.
“Badjar dit que tes pouvoirs dépassent l’entendement.” Il caressa l’encolure du poney brun, descendant sur ses jambes pour vérifier leur force.
“As-tu besoin de ma magie, Bolormaa ?” Elle tourna son regard pendant quelques minutes vers la yourte, et plus particulièrement vers le groupe de cousins qui riaient en se lançant des boules de neige.
“Je voudrais te parler de Nergüi, ma dernière fille. Grand-Mère dit qu’elle te ressemble.” Son inquiétude croissait en attendant une quelconque réaction de sa part. Chuluun savait où elle voulait en venir. Surprendre la jeune Nergüi tracer des signes dans la terre battue de la yourte sous la supervision de la vieille sorcière l’avait mis sur la voie.
“Pourquoi penses-tu que Nergüi a la magie en elle ?” Bolormaa chercha ses mots.
“Elle connaît les plantes et elle voit des esprits. Ils lui parlent et elle connaît certaines choses avant qu’elles occurrent.” Chuluun fronça les sourcils. A sa connaissance, il n’y avait aucune prédisposition à la divination dans leur lignée. Mais certains dons étaient innés.

Chuluun s’occupait maintenant d’une monture d’un blanc cotonneux.
“J’irai discuter avec Nergüi si cela peut te rassurer.” Bolormaa inclina la tête pour le remercier. Puis, après une hésitation, elle demanda :
“Est-ce qu’elle va devoir partir, elle aussi ?” Il n’avait jamais expliqué clairement à ses frères ce qu’il avait fait, de ses huit à ses seize ans, à l'École Nomade. Mais ces derniers n’étaient pas dupes et avaient compris depuis longtemps qu’il n’était pas tout à fait comme eux. Chuluun sourit gentiment à Bolormaa :
“Tout dépend d’elle. Et de toi et Badjar. Grand-Mère n’a jamais dû partir. Elle a vécu heureuse dans la steppe avec Grand-Père et leurs enfants.” Bolormaa insista :
“Tu lui apprendrais si elle ne voudrait ni rester ni aller là-bas ?” Chuluun prit le temps de mesurer sa pensée. Puis, sincèrement, il dit en inclinant le menton :
“Je lui transmettrai tout ce que je sais.”

Ce fut étrange, les jours qui suivirent, d’être traité comme une sorte de bienfaiteur tout puissant, par les épouses de ses frères, qui lui demandèrent d’apprendre à lire et à écrire à leurs enfants. Il passa plusieurs heures par jour à les instruire de savoirs qui ailleurs étaient si accessibles. L’enthousiasme de ses neveux était contagieux et il en oublia presque son enquête, le nez plongé dans ses manuels. Badjar l’autorisa à contempler l’arc à nouveau et il put faire de nouvelles observations. La plus singulière était la composition de la corde de l’arme. En y regardant de plus près, on pouvait reconnaître un entrelacement de crins. Toutefois, Chuluun qui avait pansé des chevaux toute sa vie et qui connaissait toutes les races d’équidés de la planète, magiques ou non, ne parvenait à reconnaître ce crin si singulier. Lisse, solide, entre le noir et le bleu, il résonnait presque de manière métallique selon comment on le manipulait. En approchant son oreille de cette tresse étrange, il lui sembla entendre des murmures. La voix de l’aïeule l’interrompit.
“C’est le moment de parler à Nergüi.” Il la fixa avec surprise, convaincu qu’elle tentait, et pas pour la première fois, de détourner son attention du précieux artefact. Toutefois, comme il avait assez reporté son entretien avec sa jeune nièce, il sortit de la tente, non sans un dernier regard à l’arc.

Il peina à trouver Nergüi, qui n’était pas avec les autres enfants. Ces derniers ramassaient les excréments des animaux, qui seraient plus tard utilisés comme combustible. Bolormaa lui indiqua seulement que Nergüi aimait parfois s’isoler à quelques kilomètres du campement. En suivant le ruisseau le plus large, on descendait dans un creux formant un refuge adéquat pour quiconque souhaitait un peu de calme. Bien emmitouflé dans ses peaux, Chuluun suivit les indications d’un pas lent, profitant de cette marche salutaire pour imaginer la manière dont il pourrait évoquer sa magie avec Nergüi. Toute pensée le quitta toutefois lorsqu’il atteignit le rebord de la cuvette naturelle. A une dizaine de mètres en contrebas, Nergüi cassait de la glace sur le bord du ruisseau pour qu’un couple de chevaux sombres puisse boire. Chuluun s’interrogea sur les deux animaux. Ils ne faisaient pas partie de leur troupeau, il s’en serait souvenu après avoir pansé et cajolé les animaux ces trois dernières semaines. Ils étaient à la fois étranges et familiers. Discrètement, pour ne pas alerter les bêtes et la jeune fille, il descendit en se cachant du mieux qu’il pouvait derrière les arbustes squelettiques qui peuplaient maigrement la vallée cachée.

Les deux chevaux étaient à peine plus petits que ceux de ses frères. Leur crinière était plus longue toutefois, et semblait animée par un vent invisible. Différentes mèches se distinguèrent même de l’amas sombre. Observant rigoureusement, Chuluun réalisa non sans surprise que les crinières s’animaient souvent après que Nergüi ait parlé, sa petite voix grêle résonnant contre les parois enneigées. En s’approchant, Chuluun fut certain qu’elle parlait aux deux animaux, et qu’à leur manière, ils semblaient lui répondre. Il écouta, silencieux et immobile, cette étrange dialogue en partie muet. Un rire secoua Nergüi qui babilla :
“D’accord ! Je vais essayer.” Elle s’assit en tailleur sur la neige et ôta son bonnet. Puis, après avoir dénoué ses longs cheveux de jais, elle resta inerte, comme en proie à une grande concentration. Enfin, après quelques instants, ses propres mèches sombres s’élevèrent, et après s’être modelées en angles étranges formèrent comme un pictogramme. Immédiatement, les animaux secouèrent leur encolure légèrement luisante et leur crinière s’anima pour former l’exact même caractère que les cheveux de sa nièce.

Chuluun sentit la branche fine sur laquelle il avait calé son pied céder. En quelques secondes, il glissa de plusieurs mètres dans la neige, et ce mouvement soudain alerta les trois figures auprès du ruisseau. Cheveux et crinières retombèrent et les des deux équidés tournèrent leurs têtes massives vers l’intrus. A cet instant, Chuluun ouvrit grand la bouche, sidéré. Il ne rencontra aucun regard, les deux taches bleutées sur les faces lisses des animaux étant dépourvues d’organes. Il ne s’agissait pas de chevaux mais de créatures magiques équines, qui lui étaient inconnues. Nergüi le fixait avec appréhension, son attention portée à la fois sur sa personne et sur les deux monstres. La crinière de l’une des deux créatures se mit à pousser et alla effleurer la joue de la jeune fille qui tourna la tête. Les mèches surnaturelles se mirent à signer à nouveau et inconsciemment, les cheveux de Nergüi les imitèrent. Chuluun prit l’absence de fuite pour un bon signe et se leva lentement, marchant dans leur direction. Le petit groupe attendit et resta attentif à ses gestes. Les deux équidés utilisèrent leurs oreilles légèrement plus grandes que la moyenne pour étudier le moindre son qu’il produisait : sa respiration accélérée, la neige crissant sous ses pas, les bruissements des peaux qu’il portait, et enfin, sa voix, un peu tremblante.

“Nergüi. Tu me présentes tes deux amis ?” La fillette, aux orbes d’un brun doux, au visage rond et plat, hésita. Elle rattacha vivement ses cheveux et remit son bonnet.
“Oncle… Voici Tarvaa et Tengri.” L’un des deux animaux avança la tête et ses naseaux s’approchèrent de la main de Chuluun. Il laissa la bête le sentir, frissonnant sous le chatouillement des poils extra sensibles autour de sa bouche. Il continua d’interroger Nergüi.
“Ce ne sont pas des chevaux communs.” Nergüi grimaça mais répondit :
“Mam Gran dit que tu connais tous les chevaux, même ceux des légendes.” Il lui sourit :
“Je n’ai pas la chance d’avoir jamais vu deux comme ceux-ci.” Elle se baissa et inscrivit un symbole particulier que Chuluun lut d’une voix basse :
“Metjuni. Qu’est-ce que cela signifie ?” Elle haussa les épaules.
“Le nom de leur clan. Ils me l’ont appris au printemps dernier, quand nous avons fait connaissance.” À la suite de cette explication, Chuluun observa les deux crinières, qui avaient retrouvé leur taille originelle, et qui mimaient le mot Metjuni, tel un écho. Chuluun affirma :
“Esprit des mots.” Nergüi croisa les bras, sourcils froncés. Il clarifia :
“C’est la signification de ce mot. Dans une langue oubliée dont il n’existe que très peu d’écrits. Les traces les plus anciennes ont été trouvées ici, en Mongolie.”

Il s’accroupit et, de son doigt, traça les contours du caractère. De l’un de ses ongles un peu plus long ; taillé en pointe, celui qui portait un anneau couleur de cuivre ; jaillit un faisceau vert qui fit ressortir l’inscription dans la neige. Immédiatement, les deux Metjuni donnèrent de petits coups de tête dans son dos, affectueusement. Il se retourna pour poser une main sur l’un des puissants poitrails, caressant Tarvaa. Tarvaa se laissa faire. Chuluun effleura l’endroit qui aurait dû présenter le renflement d’une orbite, déconcerté par l’absence de sensibilité. Puis, sa main chemina l’air de rien sur les flancs, tentant de tracer de son doigt les os qui se devinaient sous la robe épaisse d’un noir hypnotisant. Il lissa le poil doux et un peu huilé. Alors, les côtes entièrement parcourues, dévoilèrent des motifs en ombres à peine esquissées. Il les avait étudiés assez de fois sur les photographies de Charlie Weasley pour les reconnaître. Les inscriptions étaient bel et bien d’origine, aucune main humaine n’aurait pu produire une telle harmonie de signes. Ce qui le déconcertait encore, c’était le fait que les caractères indécryptables, formaient une langue lui était familière. Mais ce système d’écriture pouvait très bien être une variante inconnue de l’alphabet de l’Orkhon auquel étaient apparentées les runes hongroises par exemple, elles-mêmes très méconnues, et utilisées par des sorciers depuis la nuit des temps. Il pouvait déjà distinguer quelques similitudes. En caressant d’autres parties osseuses du corps plus gras de Tengri, il put mettre en évidence d’autres inscriptions que Nergüi s’amusa à lire.

Chuluun la fixa avec stupéfaction :
“Tu comprends cette langue ?
-Je sais seulement lire les inscriptions. Tarvaa m’a appris. Mais je ne sais pas ce qu’elles veulent dire.” Chuluun sortit le carnet de magicozoologue qu’il gardait toujours sur lui et commença à représenter les deux animaux tandis que Nergüi continuait de lire. Il fallait mettre son visage très près de l’animal pour saisir les discrètes variantes de couleur. Petit à petit, le dessin prenait forme et Chuluun s’exécuta avec l’habitude d’un chercheur de terrain. Il croqua les animaux sous différents angles et nota leurs caractéristiques magiques les unes après les autres, aidé des précisions de sa nièce qui avait eu une année entière pour se familiariser avec eux. Elle fut capable de lui donner des explications sur leur mode de vie, leur régime alimentaire et les heures du jour ou de la nuit auxquelles ont pouvait les rencontrer. Le soir tomba bientôt et les deux Metjuni les laissèrent une heure avant que le soleil ne se couche, ce qui leur laissa le temps de rejoindre le campement.

Avant d’aller dormir, Chuluun observa à nouveau la corde de l’Arc d’Od, comparant son aspect et sa texture aux crins qu’il avait pu manipuler de Tarvaa et Tengri. Il semblait que le temps n’ait pas de prise sur cette matière surnaturelle. Cette résistance pouvait aussi expliquer comment un squelette entier avait pu être aussi bien conversé dans le corps d’un dragon. Quant à savoir si le Metjuni avait été mangé des décennies ou des siècles avant la mort du dragon, il faudrait se rendre sur place pour étudier le vestige lui-même. Chuluun prit alors sa décision : il resterait quelques semaines de plus, le temps qu’il faudrait pour rédiger un rapport complet sur ce nouvel équidé magique. Puis, les nécessités scientifiques accomplies, il proposerait à Nergüi de l’accompagner en Roumanie et ailleurs, là où son savoir pourrait s’accroître, et où sa magie pourrait s’épanouir.

Note de Fin :
“Od” signifie étoile.
“Chuluun” signifie Pierre.
Metjuni est l’anagramme de Temujin, premier nom de Gengis Khan.
Tarvaa est un adolescent de la mythologie mongole qui aurait reçu son don après un contact prolongé avec le monde des esprits. Quand il en est revenu, ses yeux avaient été mangés par des corbeaux.
Tengri est la divinité mongole équivalente au Ciel.
Badjar, Bolormaa et Nergüi sont des prénoms mongols.
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