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News

Le Grand Ménage Orange 2020


Bonjour à toutes et tous, ici les Schtroumpfettes !

Nous adressons un message à nos adhérents ou anciens adhérents : le Grand Ménage Orange (plus connu sous le nom de GMO) pour la période 2012-2020 vient officiellement de prendre fin ! Ce sont plus de 9800 chapitres qui ont été passés au crible par nos yeux scrutateurs. Vous trouverez plus d'informations ici.
Pour les membres dont le compte aurait été verrouillé ou qui auraient perdu leur validation automatique suite au GMO, veuillez nous envoyer un mail à l'adresse hpf.moderation@gmail.com.

A très vite !

De L'équipe de modération d'HPFanfic le 10/10/2021 10:21


Sélections du mois


Félicitations à Fleur d'épine, Juliette54, Drachvador, Polock et Uzy qui remportent la toute mignonne (ou moins) Sélection Famille !

Pour novembre 2021, c'est le thème de Deuil qui vous arrachera peut-être quelques larmes. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce thème en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois d'octobre, voyagez et rêvez dans des Lieux Magiques. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Entrez dans des grottes et des contrées jusque-là inexplorées !


De L'équipe des Podiums le 08/10/2021 13:54


116 ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 116e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 22 octobre à partir de 20h. Cette nuit sera en collaboration avec l'organisation de la SAL, la semaine d'intégration d'HPF. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 05/10/2021 19:15


115 ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 115e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 18 septembre à partir de 20h. Il s'agira d'une nuit où les musiques serviront aussi d'inspiration ! Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 08/09/2021 19:17


Sélections du mois


Félicitations à Calixto, Asianchoose et Lilimordefaim qui remportent la Sélection sur la plus classe des Serpentard alias Narcissa Malefoy !

Pour octobre 2021, on retourne à Poudlard, on fait les courses sur le Chemin de Traverse, ou on voyage dans des endroits étranges et inquiétants avec le Jury des Aspics consacré aux Lieux Magiques. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce thème en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois de septembre, savourez un bon chocolat à la cannelle avec Molly, ou participez à une "fête" tout en cotillon (ahem) chez les Black avec la sélection famille. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Que votre rentrée soit douce et pleine de beaux projets !

 


De L'équipe des Podiums le 02/09/2021 18:48


25ème édition des Nuits Insolites


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 25e édition des Nuits Insolites se déroulera le samedi 4 septembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !


De L'équipe des Nuits le 27/08/2021 18:50


Colin, Coleen par Drachvador

[13 Reviews]
Imprimante
Table des matières

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Note d'auteur :

Joyeux anniversaire Zandry !

Emotion choisie : l'amour ^^

 

Coleen a chaud. Dennis voit les petits cheveux collés à sa nuque lorsque sa queue de cheval se balance. Elle tient son sac à dos à la main. Elle est un peu essoufflée, il entend ses respirations qui sont plus bruyantes, moins lentes que d’habitude. Il a presque peur qu’elle ne trébuche tandis qu’il marche à sa suite sur le petit chemin de terre qui ne cesse de monter plus haut, toujours plus haut, avec ses cailloux et ses ornières. Avec toute sa poussière qui fait pleurer les yeux lorsqu’un coup de vent décide de les rafraîchir. Combien de fois Dennis a-t-il dû suivre ce chemin les yeux fermés, les entrouvrant seulement de temps à autres pour vérifier qu’il n’avait pas dévié de son itinéraire ? Et il était bien plus près du sol, alors.

-          On est bientôt arrivé.

Ce n’est pas une question de la part de Coleen, c’est Dennis qui se sent obligé de le dire. De rassurer Coleen qui n’a pas demandé à être rassurée. De la ménager, mais pourquoi ? S’il avait voulu la ménager, il l’aurait fait transplaner.

Tout ça parce que ses enfants se disputent un peu trop à son goût. Ce n’est peut-être pas une bonne idée, mais il est trop tard pour faire marche arrière. Il emmènera Coleen jusqu’en haut de la colline, il lui racontera tout.

Coleen ne s’est pas plainte une seule fois depuis ce matin. Elle ne s’est pas plainte lorsqu’il l’a entraînée dans les rues encore endormies de Bedford, là où ils habitent. Elle ne s’est pas plainte lorsque, à pleine sortie du train à Ipswich, il l’a poussée vers un autobus à destination de Bury St. Edmunds. Elle ne s’est pas plainte lorsque, là-bas, tout ce qu’il a pu lui offrir à déjeuner a été du pain de mie industriel, entre les tranches duquel il avait maladroitement glissé une tranche de mimolette. C’est qu’on est lundi, et Dennis avait oublié la rituelle fermeture des commerces, à force de vivre dans une grande ville où l’on peut tout avoir, à tout moment. Lorsqu’ils sont repartis, Coleen ne s’est pas plainte lorsqu’elle est montée dans leur deuxième autobus de la journée, qui était aussi le deuxième de toute sa vie. Elle a souri au conducteur et demandé à s’assoir à l’arrière pour voir la route s’éloigner. Elle ne s’est pas davantage plainte lorsque Dennis l’a guidée dans les rues d’Ixworth jusqu’à l’en faire sortir, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent en pleine campagne.

Toutes ces choses que Dennis détestait et déteste encore – se réveiller aux aurores, prendre des bus de campagne qui vous font ressentir de l’empathie pour les salades dans leurs essoreuses, manger du pain de mie blanc sans croûte, tout simplement quitter la ville et retrouver la campagne, les mouches et les chemins non goudronnés, les rues sans trottoir et les champs à perte de vue – tout cela, Coleen le supporte sans mot dire. Toutes ces choses l’amusent. Dans le train, qu’elle avait déjà pris une fois quelques mois plus tôt, elle a dessiné ce qu’elle voyait, surexcitée à propos d’un rien, heureuse de reconnaître un hangar abandonné (« C’est le même que celui que nous avons vu en allant à Londres ! » - ce qui est impossible, Londres étant dans la direction opposée, mais pourquoi la détromper ? s’est demandé Dennis, bien trop attendri). Mais c’est le bus qui l’a vraiment émerveillée. Les deux fois, elle a passé son temps le nez collé à la vitre, observant le paysage qui tressautait sous ses yeux, changeant à vue d’œil, passant du bâti aux larges étendues de rien et de cultures, des panneaux publicitaires à ceux indiquant des chemins de randonnée. A intervalles réguliers, elle allumait son appareil photo pour immortaliser un épouvantail, un buisson sur le bord de la route, ou tout autre élément non identifié du paysage, que Dennis n’avait même pas remarqué et dont il aurait juré quelques instants plus tôt qu’il n’était pas digne de son attention. Non, Coleen ne s’était pas ennuyée malgré la longueur du voyage. Elle n’avait même pas eu l’air à plaindre. Jusqu’à maintenant.

Car il est une heure de l’après-midi, le soleil tape plus fort que jamais et, si Dennis a pensé à la crème solaire, Coleen n’a plus de casquette depuis qu’ils l’ont oubliée dans le bus. Elle ne prend plus de photos depuis un moment, se contentant de shooter dans les cailloux qui croisent son chemin. Et si elle ne veut pas m’écouter ? se demande Dennis. C’est sûrement beaucoup demander à une enfant de dix ans. Il aurait simplement pu la faire asseoir avec son frère dans le canapé du salon, à Bedford, et le leur raconter à tous les deux. Mais il n’y serait pas arrivé. Il a besoin d’être… là. En haut de ce chemin qui n’en finit pas de monter, en plein nulle part de la campagne anglaise. Et au fond, Dennis sait que Coleen l’écoutera, il sent que c’est la peur de ne pas trouver ses mots qui le fait hésiter. Lisa a dit qu’il y arriverait, pourtant. Lisa a dit qu’il devrait en passer par là un jour, qu’elle voyait bien que cela lui tenait à cœur, et Lisa a toujours raison. C’était une Serdaigle à Poudlard, après tout.

Mais enfin le chemin débouche sur une sorte de pré. Cette montée que Dennis a parcourue des milliers et des centaines de milliers de fois lui a parue bien plus ardue que toutes les montées d’antan. Jusqu’à ses onze ans, il la pratiquait plusieurs fois par jour pour rejoindre le village, aller à l’école, acheter des produits de première nécessité, voir ses amis, prendre le bus jusqu’à Bury, en de rares occasions attendues avec impatience. Maintenant qu’ils sont arrivés, ils font face à un large corps de ferme et à quelques maisons. Du haut de cette colline, ils dominent toute la vallée en contrebas. Le village d’Ixworth… et surtout des champs, des champs à perte de vue. Coleen traîne des pieds jusque sous un arbre avant de s’allonger à l’ombre, et Dennis la suit, s’assoit à son tour en tournant le dos aux habitations. Il a beau faire, il a l’impression que les bâtiments le regardent. Ici, tout appartient au passé. Il pourrait citer des dizaines de journées bien disctinctes où il s’est assis sous cet arbre en compagnie d’un autre enfant que Coleen. Autre, mais pas si différent…

Il fouille dans son sac et tend une gourde à sa fille. Coleen se redresse sur un coude le temps de vider la bouteille. Dennis la remplit d’un aguamenti avant de boire à son tour. Il pose une main sur les cheveux de Coleen. Les cheveux blonds, d’un blond doré et non pas terne comme les siens.

-          Ton crâne est brûlant. J’espère que tu ne vas pas faire une insolation.

-          Je peux ravoir la gourde ? demande Coleen en s’asseyant.

Il la lui donne et elle se la renverse sur la tête sans hésiter une seconde. Elle s’ébroue. Sa queue de cheval lui fouette les joues. Cela la fait rire, elle recommence. Dennis la regarde avec adoration, presque avec idôlatrie. Sa fille, sa Coleen. Enfin il l’a amenée là, sur la colline de son enfance. Une autre fois, il emmènera son fils, le petit frère de Coleen. Aujourd’hui cependant, il veut que le hameau soit tout à elle.

-          J’ai mal aux pieds, dit Coleen.

Sa première plainte de la journée. Dennis l’avait tant redoutée. A présent, il est soulagé qu’elle sorte. Il sait comment y remédier.

-          Je te porterai au retour.

D’habitude, cet honneur est réservé à Stuart, qui a deux ans de moins qu’elle. Coleen a dix ans, mais elle est toute menue, elle se fiche du regard des autres et n’aime rien tant que voir le monde d’une autre perspective.

-          Sur tes épaules ?

Dennis acquiesce et Coleen bondit sur ses pieds, soudain revigorée et pleine d’entrain. Elle sort son appareil photo de son sac et passe la bandoulière autour de son cou. Elle se retourne vers les maisons et les observe d’un air curieux.

-          C’était laquelle, la tienne ?

-          J’habitais derrière, répond Dennis en lui prenant la main. Viens, je vais te montrer.

Ils abandonnent leurs sacs sous l’arbre. On a beau être en 2016, il n’y a pas de voleurs à Hextell, hameau d’Ixworth.

Il n’y a même pas d’habitants. C’est ce dont Dennis se rend compte en s’approchant de la ferme. Le large bâtiment, qui autrefois grouillait d’activité, est silencieux. Une grille empêche d’entrer dans la cour où dorment deux tracteurs. Hormis les deux mastodontes, il n’y a rien. Ni ânes, ni poules, ni vaches. Ni fermiers.

-          Les Drolot habitaient ici, dit Dennis pour Coleen. Il y avait les grands-parents, les parents et les enfants. Ils occupaient aussi les deux maisons à côté.

-          Tu jouais avec eux ?

Dennis sourit à cette idée.

-          Ils étaient trop petits. Mon père – ton grand-père – était laitier à Ixworth. Tous les matins, bien avant l’aube pendant l’hiver, il allait prendre sa livraison de lait à la ferme des Drolot, et il rejoignait le village par le chemin que nous avons pris.

Dennis guide Coleen jusqu’à ce qu’ils aient fait le tour de la ferme. Les maisons sont toutes inhabitées. Une ou deux ont leurs volets fermés et leurs pots de fleurs plus ou moins nets, mais les quelques autres sont clairement abandonnées. Certaines n’ont plus de porte, ou plus de vitres aux fenêtres. Elles sont définitivement grises. Dennis refuse catégoriquement à Coleen le droit d’entrer à l’intérieur, de peur que la charpente ne s’effondre sur elle. Il continue à la mener vers l’arrière de la ferme tout en lui énumérant les noms des anciens propriétaires des maisons – ici les McLewen, ici les Swett, et là les Weddle.

Puis la maison de son enfance est là. Il y a vécu jusqu’à ses onze ans. Il y est retourné pour les vacances d’été jusqu’à ses dix-sept ans. C’est presque trop de souvenirs à la fois. Tout commence à se brouiller dans sa tête. Les époques, les personnes, les âges. Il lui semble, en ce début de mois de juillet, qu’il est de retour pour un nouvel été à Hextell. L’enfant qui l’accompagne se modifie, devient l’enfant qui se tenait à ses côtés à l’époque. Se tenait toujours à ses côtés. Lui n’est plus si grand. Il tombe à genoux à côté de Coleen qui lui jette un regard intrigué. Ses yeux demandent pourquoi, pourquoi tu fais ça Papa.

Il ne peut pas le lui dire. C’est Coleen, pas Colin. Pour elle, il est le père, pas le petit frère. Il ne peut pas courir le risque de l’effrayer en lui disant qu’en cet instant, il se sent bien plus enfant qu’adulte.

-          C’est de cette perspective que je voyais ma maison autrefois.

C’est une explication que la Coleen passionnée de photographie comprend et approuve.

Alors ils contemplent tous les deux la maison. Celle-ci est en bien meilleur état que ses congénères. Pendant un moment, Dennis lui raconte de petites histoires sur la maison, tout ce qui lui vient à l’esprit.

-          Derrière ces volets, à l’étage, c’était ma chambre… Les rideaux étaient violets… Pour le Noël de mes huit ans, j’ai fait doubler de volume la dinde parce qu’elle était trop petite à mon goût. Mon père a cru que la viande était avariée, c’était la première fois que je faisais de la magie…

Ce n’est pas ça, finit-il par se dire alors qu’il raconte à sa fille les après-midis passés à pratiquer la magie, caché dans la grange des Drolot. Ce n’est pas ça que je veux lui dire. Je suis en train de tricher.

-          Qu’est-ce que tu dirais d’un goûter ? demande-t-il.

Coleen est partante. Ils s’asseyent sous un arbre, à quelque distance de la maison. Le chocolat des biscuits a un peu fondu. Dennis n’a plus l’habitude d’être un Moldu soumis aux aléas de la température, mais Coleen s’en moque. Il se force à détourner les yeux de la maison et les fixe sur l’enfant qu’il a en face de lui. Coleen entrera à Poudlard l’année prochaine. Il est sûr qu’elle fera des merveilles là-bas, même s’il préférerait la garder avec lui. Il a eu le temps de s’habituer à l’idée qu’il est le père de cette petite chose blonde si parfaite, si originale, si surprenante – sa fille. Il y encore des moments où il s’en étonne, où il reçoit de plein fouet une vague d’adoration.

Parfois, il lui semble que Coleen le comprend mieux que personne – qu’elle le comprend même mieux que Lisa, qui est la mère de ses enfants. Parfois, il lui semble que Coleen est Colin, même si elle ne lui ressemble physiquement que par ses cheveux blonds. A chaque fois que cette idée lui vient, il la combat de toutes ses forces. Ne pas charger Coleen de son frère mort. Ne pas forcer Coleen à incarner Colin en plus d’elle-même. La ressemblance lui revient de plein fouet, aujourd’hui qu’il est de retour dans le Suffolk pour la première fois en dix ans et que sa fille le regarde, de petits cheveux échappés à sa queue de cheval flottant comme un halo autour de son visage, agités par la brise.

-          Si je zoome suffisamment, je peux peut-être faire croire que c’est de la terre, remarque-t-elle.

Elle se met aussitôt en devoir de poser le gâteau fondu dans l’herbe et de tester sa théorie. Dennis la regarde avec un nouveau débordement d’affection tandis qu’elle regarde le cookie à travers l’objectif, plus sérieuse qu’une professionnelle. Le voudrait-il, qu’il ne pourrait pas s’empêcher de l’aimer. Dans cette chaude journée d’été, il se rend compte d’autre chose. Il ne peut pas protéger Coleen de la mort de Colin. Elle le porte déjà en lui, depuis que sa mère et lui ont choisi de la prénommer ainsi. Ce qu’il pourra lui révéler aujourd’hui à propos de Colin, à commencer par son existence même, ne changera pas la nature de Coleen. A l’inverse, il a besoin de lui parler de Colin s’il veut lui dire… ce qu’il veut lui dire à propos de Stuart.

Coleen lui montre la photo. C’est réussi. Elle a su prendre le bon angle, et si Dennis ne la voyait pas engloutir le modèle, il croirait qu’il s’agit vraiment de terre et de rochers. Cela le conforte dans sa résolution.

Mais comment commencer ? Par quoi ? Il n’a jamais dit à ses enfants qu’il avait un frère. Qu’il en avait un, avant.

-          Papa, pourquoi tu n’as pas emmené Maman et Stuart pour leur montrer ta maison ?

Il a envie de choisir la réponse la plus facile, celle qui est sans intérêt, Maman a déjà vu la maison et Stuart est trop petit. Mais non. Il ne se cachera pas derrière ces mensonges simples qui empêchent de creuser nos véritables motifs, nos vraies raisons. La vérité, c’est que cette journée est entre Coleen et lui. Simplement Coleen et Dennis, comme autrefois c’était Colin et Dennis.

-          Je voulais t’expliquer quelque chose, juste à toi, mais je ne suis pas sûr d’y arriver. Et avant, il faut que je te parle de… quelqu’un.

Coleen l’écoute. Il a l’impression qu’elle sait déjà tout, et c’est ce qui lui permet de continuer.

-          Je n’habitais pas qu’avec mon père dans cette maison.

-          Avec ta Maman ?

-          Au début, oui. Mais elle est morte quand j’avais trois ans. A la maison, il y avait aussi mon frère. Colin. Comme toi, mais avec un « i » au lieu des deux « e ». Il avait deux ans de plus que moi. C’était lui le grand frère, comme toi pour Stuart.

Lentement, de façon hachée, entrecoupant ses phrases de pauses, il lui raconte Colin. Chaque fois qu’il se perd dans ses souvenirs, Coleen le ramène à la surface avec ses questions, et il se retrouve à lui expliquer ce qui lui pose problème. Ces ressemblances qui le font douter, lui donnent l’impression de ne pas y voir clair, ou de voir double. De loucher, parce qu’un instant il y a Coleen, et que l’instant d’après c’est Colin qui a pris sa place.

-          Pourquoi aimes-tu tant prendre des photos, Coleen ?

Voilà. C’est sorti. Après quatre ans de tergiversations, depuis que Coleen a demandé un appareil photo au père Noël et l’a obtenu, il a formulé sa question en termes simples.

Il voit bien que Coleen est surprise par sa question, mais elle réfléchit soigneusement avant de sourire, comme si elle venait de comprendre quelque chose à propos d’elle-même.

-          J’aime quand les gens se mettent à voir le monde à ma façon. Tu vois ?

-          Je vois, dit Dennis avec un soupir de soulagement.

Parce que ce n’était pas pour ça que Colin prenait des photos. Colin, lui, voulait garder des souvenirs de ce qu’il voyait. Il se défiait de sa mémoire, mais surtout de la mémoire des autres. Il photographiait les choses, et surtout les gens, pour les sauver de l’oubli, leur offrir des rappels. Et aussi, se souvient Dennis avec un sourire, parce qu’il est bien plus facile d’observer les gens à travers un objectif que de les regarder directement dans les yeux. Et puisque Coleen se révèle finalement différente de Colin, en un sens, Dennis n’est pas responsable. Il n’a pas influencé les goûts de sa fille de façon involontaire. Du moins pas à ce point.

-          Pourquoi tu souris, Papa ?

-          Mon frère aussi aimait la photographie.

L’effet que ces quelques mots ont sur Coleen est incroyable. Aussitôt, elle s’assied plus droite, fixe son père, attend avidement qu’il lui en dise plus. Dennis remarque que sa main gauche s’est crispée sur son appareil.

Il peut la comprendre. En une seconde, elle qui croyait être la seule de la famille à avoir une passion pour la photographie s’est découvert un oncle et un prédécesseur. Coleen ouvre la bouche, elle est prête à poser un millier de questions. Avec quel appareil photo il travaillait. S’il faisait des portraits ou des paysages. Noir et blanc ou couleur. Mise en scène ou prise sur le vif. Où il tirait ses photos, est-ce qu’il le faisait lui-même, et tant d’autres interrogations que Dennis n’arrive même pas à imaginer et auxquelles il souhaite de tout son cœur d’être capable de répondre. Pour l’instant, cependant, toutes resteront en suspens. Dennis doit avancer avant de perdre sa résolution.

-          Tu lui ressembles beaucoup.

Il lui fait la liste de toutes ces choses qui le frappent lorsqu’il s’y attend le moins depuis qu’elle a ouvert ses petits yeux de bébé.

-          Tes cheveux blonds. Ton courage. Tu n’as jamais eu peur de tout ce qui terrifie les enfants à ton âge. Quand j’étais petit, c’était toujours Colin qui me faisait comprendre qu’il n’y avait pas de monstre sous mon lit. Ton caractère volontaire. Tu n’as pas peur de parler haut et fort pour tes idées. Tu y vas, on dirait que tu n’hésites jamais. Ni ta mère ni moi n’avons jamais été comme ça. Nous avons toujours été plus… discrets, même si j’étais un Gryffondor moi aussi. Stuart me ressemble bien plus que toi.

Coleen l’écoute encore, il a toute son attention. Comment a-t-il pu croire que ce ne serait pas le cas ? Alors il prononce la phrase clé de son récit, celle qui est son but depuis ce matin, six heures, depuis que son réveil a sonné.

-          Souvent, Stuart et toi, vous me faites penser à Colin et moi au même âge. A quelques exceptions près.

C’est vrai. Il se voit lui-même dans Stuart, ce petit garçon aux cheveux ternes qui a hérité à la fois de la curiosité de Lise et de la sienne. Il voit son frère aîné dans cette petite fille pleine de vie. A quelques exceptions près… car quand ils sont ensemble, l’illusion s’altère. Quelque chose ne fonctionne plus, est trop différent.

                Dennis s’est perdu dans ses pensées et c’est Coleen qui rompt le silence.

-          Vous vous entendiez bien, tonton Colin et toi.

Dennis pourrait encadrer ce tonton Colin, s’il n’était pas rendu muet par la perspicacité de sa fille. Jusqu’ici, il croyait avoir à faire avec une future Gryffondor, mais elle se révèle chaque jour un peu plus Serdaigle. Coleen Crivey-Turpin, avec tout le courage de son oncle et toute la clairvoyance, l’instinct, la logique de sa mère. Dennis souhaite bon courage au Choixpeau quand le moment sera venu de la répartir dans une des quatre maisons.

                Coleen attend sa confirmation et son père finit par la lui donner.

-          Oui, on s’entendait bien. C’était mon meilleur ami.

-          Tu voudrais que Stu et moi, on prenne exemple sur vous.

Cette fois, ce n’est pas une question. Une multitude de souvenirs, certains très récents et d’autres plus vieux, défilent devant les yeux de Dennis. Il pourrait jurer que Coleen les voit aussi. Ses enfants qui se disputent à propos d’une poupée, d’un balai-jouet, d’une loupe, d’une pince à linge. Qui hurlent de frustration parce que l’autre a eu quelque chose et pas eux. Qui boudent, crient, pleurent. Leurs jalousies, leurs rivalités que Dennis ne comprend pas, ni Lise non plus, parce qu’ils aiment leurs enfants à égalité, savent que leurs enfants s’aiment aussi, et pourtant, lorsque les deux sont ensemble, c’est comme s’ils se transformaient. Coleen, qui est si raisonnable, ne l’est plus du tout en présence de Stuart. Stuart, qui est si calme, ne l’est pas vraiment lorsque Coleen est là. Bien sûr, il y a des moments où ils jouent sans se disputer, mais la menace du conflit pèse toujours, même lorsque le ciel est le plus dégagé. Et Dennis ne sait pas faire face à ces situations, parce que les choses n’ont pas une fois été ainsi entre Colin et lui.

-          Mais Papa, ça ne fonctionne pas comme ça.

Il sait. Tout comme il sait que c’est normal, pour des enfants, de se chamailler. Ses amis le lui ont dit, Colin et lui étaient l’exception, pas la règle. Malgré cela, il ne peut s’empêcher d’y voir un incroyable gâchis.

Un jour, Stuart pourrait disparaître et tu te retrouverais toute seule. Ou le contraire pourrait arriver. A chaque dispute, vous perdez un peu du temps qu’il vous reste à passer ensemble.

 

        Il ne peut pas dire ça. Il ne peut pas dire une chose si terrible et si vraie à sa fille de dix ans, sa fille. Comment évoquer la potentielle mort de son petit frère devant elle, alors que celui-ci est en parfaite santé et n’a que huit ans. Huit ans, dix ans… Dix ans à peine. Lorsque Colin est mort durant la bataille de Poudlard, lui, Dennis, n’avait que quatorze ans, et il était trop jeune, bien trop jeune. Même aujourd’hui qu’il en a trente-trois, il est encore mille fois trop jeune pour perdre son frère, son ami.

                A la façon dont Coleen a baissé les yeux sur son appareil photo et joue avec le cache de protection de l’objectif, il semble à Dennis qu’elle a compris ce qu’il a pensé. Pauvre enfant trop intelligente pour son propre bien. Il a envie de s’excuser, car s’il avait pensé moins fort, peut-être… A la place, il dit :

-          Un jour, ce ne sera plus toi contre Stuart. Ce sera Stu et toi contre le reste de l’univers. Vous aurez eu la même enfance, les mêmes souvenirs, la même éducation. Les mêmes parents, aussi. Cela deviendra important pour vous un jour, quand vous n’aurez plus d’autre repère que vous-mêmes.

Il peut voir que, cette fois, Coleen n’a pas tout compris. Qu’importe. Elle se souviendra de ses paroles, il le sait, et leur sens se révèlera bien assez tôt. Dès qu’elle aura mis un pied à Poudlard, pour être honnête.

-          Et Maman et toi ? demande Coleen.

-          Nous serons toujours là pour vous. Mais au fil des années, vous partagerez des choses dont nous ne ferons pas forcément partie.

-          Impossible !

Les petits sourcils froncés de Coleen. Sa fille, son dernier souvenir de Colin, est si jeune.

-          Allons, va jouer, nous reparlerons de Colin plus tard. Ce n’est pas toi qui te plaignais que les parcs étaient toujours bondés à Bedford ?

Elle se lève, obéissante. Elle rajuste les scratchs de ses baskets. Elle lui dit quelque chose, il voit ses lèvres bouger.

-          Je n’ai pas compris, Papa, mais je suis quand même contente de me fâcher avec Stu, parce que comme ça tu m’as parlé de tonton Colin.

Elle court dans le pré qui était son jardin autrefois. Elle fait la roue. Il la prend en photo avec l’appareil qu’elle a laissé à ses pieds. Ce n’est pas parfait, mais cela leur fera un souvenir. Des photos qui auraient plu à Colin.

Puis, Coleen l’appelle pour qu’il vienne l’aider à faire le poirier et il range l’appareil dans sa housse, se lève. Coleen l’attend.

 

Note de fin de chapitre :

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