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112ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 112e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 22 mai à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 13/05/2021 13:15


Sélections du mois


Félicitations à Amnesie, Guette et Wapa qui remportent la Sélection sur Regulus (aka le meilleur personnage de tous les temps) !

Pour juin 2021, place à la troublante Pansy Parkinson. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce personnage en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois de mai, suivez les pas d'une Traîtresse-à-son-Sang, la noble et audacieuse Andromeda Black-Tonks. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Très belles lectures à vous !


De L'équipe des Podiums le 02/05/2021 16:39


23ème édition des Nuits Insolites


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 23e édition des Nuits Insolites se déroulera le SAMEDI 1er MAI à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 24/04/2021 16:26


Sélections du mois


À voter !

Les votes pour le thème de juin 2021 sont ouverts ! Venez choisir entre : Pansy Parkinson, Ordre du Phénix, Moldu, Folie ou Merope Gaunt.

Rendez-vous sur ce topic pour voter jusqu'au 30 avril 2021, 23h59.


De L'équipe des Podiums le 15/04/2021 17:37


111ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 111e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 17 avril à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 09/04/2021 16:31


Sélections du mois


Félicitations à Jalea, SourireSmagiqueS et Roxane-James qui nous ont fait rire aux éclats et qui remportent la Sélection Comédie avec leurs pépites !

Pour mai 2021, c'est au tour d'Andromeda Black-Tonks de briller. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce personnage en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois d'avril, voici le beau, le sombre, le torturé, le noble Regulus Black dans tous ses états. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Très belles lectures à vous !


De L'équipe des Podiums le 07/04/2021 23:36


Le cimetière des éléphants par Misti

[33 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note d'auteur :

Le cimetière des éléphants est un endroit où, selon une croyance européenne apparue au XIXe siècle mais infirmée depuis par les zoologues, les éléphants d’Afrique se rendent d’eux-mêmes pour mourir.

L’expression « cimetière des éléphants » est parfois employée de façon métaphorique pour évoquer le déclin ou la mise en rebut de personnes ou d’objets jadis valorisés.

Dans le commentaire politique, l’expression « cimetière des éléphants » est utilisée pour désigner des institutions, fonctions ou des rôles qui abritent les activités de personnages publics en fin de carrière.

(Wikipédia)
Note de chapitre:

Attention : ceci est la suite indirecte de Les jeux sont faits, que je vous conseille fortement de lire en premier.

Heeeeey ! Je ne sais pas si certains s'en souviennent, mais il y a un an et demi, j'ai annoncé que j'avais une idée de suite. Je l'ai mise de côté pour me concentrer sur d'autres projets, mais pendant ce temps le document Word a grossi et grossi jusqu'à faire 40 pages de long. Puis j'ai décidé que c'en était assez et j'ai écrit Le cimetière des éléphants (en quelques mois, un record pour la tortue que je suis). Donc me revoilà, dix ans après la guerre, maintenant que mes anciens lecteurs ont bien oublié la première fic, pour vous présenter celle-ci. Elle est terminée et sera publiée au rythme d'un chapitre par semaine. Elle se passe trois ans plus tard. J'espère qu'elle vous plaira !
Délit de fuite



C’était la première règle que Walter avait apprise durant son apprentissage d’Oubliator : effacer la mémoire d’un être humain n’était pas un acte bénin.

Chaque sortilège d’Amnésie devait être consigné dans un dossier détaillant les propriétés et circonstances exactes de l’opération. Le dossier était ensuite classé dans les Archives, où n’importe quel officiel pouvait vérifier, si besoin était, que tout était en ordre. Perturber l’ordre, c’était s’exposer à des conséquences plus grandes encore que celles qu’on avait évitées en premier lieu. D’où l’existence des Oubliators : le sort était à la portée de tout sorcier compétent, mais tout sorcier compétent n’était pas autorisé à l’utiliser. Quiconque s’aventurait, à l’insu du Ministère, à effacer des mémoires à droite et à gauche risquait de graves sanctions.

Le couloir qui menait au Quartier Général des Oubliators abritait une multitude de boîtes aux lettres rouges, encastrées dans les murs du sol au plafond. Tasse de thé dans une main, Walter récupéra son courrier de l’autre avant de tracer son chemin entre les box de ses collègues et l’affluence matinale des notes de service. Il lâcha la pile d’enveloppes sur son bureau, puis en décacheta la première.

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Plutôt mourir.

Walter jeta l’invitation dans sa corbeille à papiers et y mit feu d’un coup de baguette, par précaution. Il ne fallait pas qu’elle tombe entre de mauvaises mains (Victoire). Il contemplait les flammes vertes dévorer le « bon vieux temps » quand une voix appela son nom.

— Lacey ? Qu’est-ce que tu fiches ici ? s’exclama Walter en voyant sa demi-sœur débouler dans le QG.

Un chignon défait retenait à peine ses cheveux noirs et des cernes se creusaient sous ses yeux.

— Tu ne réponds pas à mes lettres, tu n’es jamais chez toi quand je passe.... J’ai demandé à Victoire où tu étais et elle m’a dit que j’aurais le plus de chances de te trouver ici. Comme ça tu serais devenu accro au travail ?
— Même pas vrai, marmonna Walter – déjà-vu, lui à sept ans et Lacey à seize, un paquet vide de patacitrouilles brandi sous son nez.

Bien sûr, au passé comme au présent, il mentait.

— Je commençais à croire que tu m’évitais, dit Lacey sur un ton de reproche.

Oui, il l’évitait, mais pour une raison entièrement différente.

— Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il, bien qu’il ait peur de le savoir déjà.
— Que tu rendes visite à ta mère.

Walter jeta un œil autour de lui pour vérifier que personne ne les écoutait. Une grenouille en papier violet pâle sautillait autour de le chaise vide de Penryn ; à quelques mètres de là, Connor jouait à pierre-feuille-ciseaux avec le portrait de Mnemone Radford (la première Oubliator de l’Histoire sorcière), mis à l’honneur sur l’un des murs du QG. Il était encore tôt, la plupart de leurs collègues n’était pas encore arrivée.

— C’est pas du tout le moment, répliqua Walter d’un ton sec. J’ai beaucoup à faire, je ne peux pas me laisser distraire.
— C’est maintenant ou jamais, abruti. Ça ne te fait rien ? Ne me dis pas que ton travail est plus important que –
— Et toi, tu tiens le coup ?

Lacey le fixa avec surprise, puis se renfrogna brusquement.

— Tu es insupportable.

Elle le planta là. Un élan de culpabilité frappa Walter. Depuis qu’elle était entrée en dépression, Lacey n’aimait pas qu’on lui pose cette question, mais c’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour se débarrasser d’elle.

— Ah, Walter, parfait, j’ai un dossier pour vous.

Walter oublia Lacey et se tourna vers son chef, Daniel, qui s’avançait vers lui aussi vite que ses courtes jambes le lui permettaient.

— Encore ? Vous m’en avez déjà refourgué une quinzaine, j’ai assez de boulot comme ça !

Un des plus anciens Oubliators de la division, Elphias Fripemime, venait de partir à la retraite. Daniel avait passé les dernières semaines à redistribuer ses dossiers encore ouverts, aussi les Oubliators croulaient-ils sous le travail. Cela coûtait cher d’embaucher et de former une nouvelle recrue ; le Ministère n’avait aucune intention de remplir le poste.

— Pourquoi moi ? Et pourquoi maintenant ? se plaignit Walter.

Daniel avait écouté ses protestations sans ciller, comme s’il les savait inévitables. Maintenant il évitait son regard. Walter lui aurait presque trouvé l’air gêné, ou… penaud.

— Personne n’en veut, comprit-il.

Ce dossier était une patate chaude que ses collègues se renvoyaient les uns aux autres, et voilà que son chef venait la lui déposer entre les mains.

Daniel lâcha un petit rire grinçant.

— Haha, démasqué !
— Pourquoi ne pas le déléguer aux apprentis ? Ce serait une bonne opportunité pour eux de faire leurs preuves.

Victoire avait presque terminé sa période d’apprentissage et elle avait fait ses preuves depuis bien longtemps, mais Walter savait qu’elle était toujours impatiente de se voir confier plus de responsabilités ; elle lui serait reconnaissante d’avoir envoyé celle-ci dans sa direction.

— Je ne peux pas faire confiance à un apprenti avec ce dossier, ils n’ont pas assez d’expérience, allégua Daniel.

Walter le considéra avec perplexité. Si les apprentis ne pouvaient pas s’en charger, il ne s’agissait pas d’un sortilège de routine. La puissance du sortilège était proportionnelle à la quantité des souvenirs qu’il fallait effacer.

— Plusieurs mois ? s’enquit-il.
— Années, rectifia Daniel.
— Combien ? Deux, trois ?
— Plus.

Pas étonnant que personne n’en veuille. Plus les souvenirs à effacer étaient nombreux et plus les risques l’étaient aussi. Aucun Oubliator ne voulait envoyer son sujet dans la salle 45 de l’hôpital Ste Mangouste – c’était rare, mais ça arrivait. Le pied de Daniel tapait impatiemment le sol. Réticent à lui donner une réponse positive, Walter porta sa tasse à ses lèvres et avala une gorgée qui lui brûla la langue. C’était une grande preuve de confiance que de lui confier ce dossier. Sa carrière ne pourrait qu’en bénéficier.

Le sourire de Daniel trahit son soulagement quand Walter lui prit enfin le dossier des mains.

— Bon, à quoi on a affaire ? demanda-t-il en l’ouvrant à la première page.
— Des récidivistes, s’empressa de répondre Daniel avant que Walter ne change d’avis. Les Bowman, un couple de Moldus très religieux qui ont tenté trois fois de faire exorciser leur fille, une petite sorcière. Ils considèrent que les forces du mal s’expriment en elle par la magie.

Walter s’était occupé de fanatiques par le passé, il savait qu’il était impossible de les raisonner. Daniel fit écho à sa pensée en poursuivant :

— Ils ont déjà eu plusieurs avertissements, mais cette fois-ci la cour de justice magique a sévi. Tant qu’ils connaitront l’existence des sorciers, ils mettront en danger toute une population, leur fille en premier.

Comment faire oublier à ses parents qu’elle était une sorcière ? On pouvait modifier un souvenir, pas quinze ans de souvenirs. En revanche, on pouvait les effacer. C’était la seule solution. L’ampleur de la tâche se révéla à Walter : il devait effacer la Née-Moldue de la mémoire de ses parents. Il comprenait mieux pourquoi personne ne voulait de ce dossier, et aussi pourquoi son chef était venu vers lui : pas simplement pour ses aptitudes, mais pour son absence de scrupules. Daniel savait que Walter serait capable de garder la tête froide.

— N’oubliez pas, Walter – vous êtes un protecteur du monde magique et de la paix entre nos deux peuples, lança Daniel en s’éloignant.

Alors seulement, Walter remarqua la Beuglante. Ensevelie sous les autres lettres, il ne l’avait pas vue – pas assez tôt, car elle était sur le point d’exploser. D’un geste vif, il l’attrapa et la déchira, se préparant à être agressé par une voix furieuse et tonitruante.

A la place, des sanglots déchirants s’élevèrent dans le silence matinal du QG.

— Vous m’avez tout pris… tout… Comment pouvez-vous dormir la nuit ? Vous avez détruit ma vie et vous continuez de vivre la vôtre sans…

La tête d’ange de Connor, apprenti Oubliator, émergea d’un box avoisinant.

— Tout va bien ?

Le coin de sa bouche s’étirait en un sourire presque narquois, démentant l’apparente sincérité de sa question. Walter lui fit un signe d’assentiment et se remit à siroter son thé. Les Beuglantes n’étaient pas un aspect plaisant du métier d’Oubliator, mais tout le monde en recevait une à un moment ou un autre et il fallait bien s’y faire. Il croisa le regard de Mnemone Radford, qui haussa un sourcil. Lorsqu’elle avait développé les sortilèges d’Altération de la mémoire, avait-elle seulement idée de ce qu’engendrerait sa découverte ? Cette femme avait changé la face du monde, du leur et de l’autre.

La Beuglante se faisait plus virulente. Walter jeta une pile de parchemins dessus pour en étouffer les jurons colorés.

C’était la deuxième règle qu’il avait apprise durant son apprentissage d’Oubliator : de nombreuses personnes le tiendraient pour responsable. Mais il n’était que le rouage d’un système plus grand, d’un système essentiel. Ça ne le dérangeait pas de jouer le mauvais rôle, si c’était pour le bien de tous.




***



Alors qu’il rentrait d’un effaçage (un épouvantard qui avait traumatisé un pauvre couple de Moldus ainsi que l’agent immobilier leur faisant visiter une maison), Walter intercepta une note de service adressée à son attention.

RDV dans la cour du QG à 12H
Cette note s’autodétruira dans dix-neuf-huit-sept-s…


Ce sens de l’humour n’appartenait qu’à une personne de sa connaissance. Walter jeta le morceau de papier sur le sol avant qu’il ne se réduise en cendres.

A l’heure de sa pause-déjeuner, il sortit dans la petite cour adjacente au QG des Oubliators. Ces derniers partageaient cet espace avec les autres services du Département, y compris la Brigade de réparation des accidents de sorcellerie, dont James Potter faisait partie.

Le plafond magique de la cour affichait un ciel nuageux. James se tenait là, un grand parapluie noir en guise de canne, son long pardessus flottant dans la brise.

— Quand commence ma prochaine mission ? railla Walter au lieu d’un bonjour.
— Dans une semaine jour pour jour, dit James, guilleret. Si vous acceptez les termes du contrat, bien sûr.

Le regard de Walter s’arrêta sur son cendrier d’antan, un pot à fleurs vide posé sur l’appui d’une fenêtre, et l’envie d’une cigarette lui démangea les doigts.

— C’est à propos du départ d’Elphias Fripemime, déclara James, son sérieux retrouvé. Tu sais que sans lui, je n’ai plus de partenaire.

Pour une meilleure efficacité sur le terrain, le Département des accidents et catastrophes magiques avait formé des équipes constituées d’un Brigadier et d’un Oubliator. La quasi-totalité des accidents de sorcellerie impliquait un nettoyage de mémoire ; par conséquent, la plupart des Brigadiers opérait en duo avec un Oubliator. Le travail des Oubliators ne s’arrêtant pas aux accidents de sorcellerie, un grand nombre d’entre eux – dont Walter – était assigné à d’autres types de dossiers et ne collaborait que très peu avec la Brigade.

— Ce bon vieux Elphias… dit Walter. Je me demande ce qu’il va faire de tout ce temps libre.
— Il me disait tout le temps qu’à la retraite il partirait vivre sous les cocotiers à Bora Bora, fit remarquer James, son sourire flanqué de deux fossettes malicieuses.
— Pendant que nous on est coincés en Angleterre, où il pleut même à l’intérieur.

Un coup de vent plus fort que les autres ravagea les cheveux marrons de James, contrastant avec son regard immobile et songeur, fixé sur Walter.

— Ah, tu ne vas pas apprécier ma proposition, alors.

Si Walter avait compris où James voulait en venir, il ne comprenait pas ses raisons de vouloir en venir là. James connaissait tout le monde au Ministère, il était ami avec la terre entière. Walter n’avait jamais eu une conversation entière avec lui sans que James ne soit interpellé par quelqu’un dans un couloir, dans la rue, dans les toilettes.

— Pourquoi moi ?
— Pourquoi pas toi ? Tu es un Oubliator compétent, tu n’as pas de partenaire, et j’t’aime bien.

Quelques gouttes s’écrasèrent sur le visage de Walter. James ouvrit son immense parapluie au-dessus d’eux.

— Alors, t’en dis quoi ? Juste toi, moi, la route et un ciel plein de nuages… Que demander de plus ?




***



Les sortilèges d’Amnésie étaient une affaire délicate. Un travail minutieux entourait le choix des souvenirs qui devaient partir et de ceux qui pouvaient rester. Il y avait différents niveaux d’expertise : supprimer un souvenir, modifier un souvenir, remplacer un souvenir, créer un souvenir. Tout était dans l’intention de celui qui jetait le sort.

Une simple erreur suffisait à provoquer des trous de mémoires, ou une amnésie totale, ou encore des lésions cérébrales.

Walter s’occupa du père en premier.

Pas parce qu’il avait un plan, mais pour la simple raison que le père fut celui qui ouvrit la porte. Dès qu’il eut répondu affirmativement à la question « Mr Bowman ? », Walter ne perdit pas de temps. Quinze ans de souvenirs, disparus en un mot. Après l’avoir ensorcelé, il le guida vers le canapé et le fit s’asseoir. Walter le savait trop sonné pour bouger ou même savoir où il se trouvait. Après tout, il venait d’oublier sa fille.

Laissant Mr Bowman à sa contemplation du mur, Walter pointa sa baguette vers sa femme, qui venait d’entrer dans le salon.

— Qu’est-ce qu–
Oubliettes !

Celui-là fut plus dur. Walter décupla ses efforts : la mère s’accrochait à ses souvenirs, elle refusait de les lui céder. Ils remontaient plus loin encore que ceux du père, plus profondément, jusque dans ses entrailles.

Quinze ans de souvenirs, arrachés au corps de leur propriétaire comme des morceaux de chair sanglante.

Walter baissa sa baguette. Mrs Bowman le regarda sans le reconnaître. Coup au cœur : c’était le visage de sa propre mère. Ses yeux noirs et vides. Il ne pouvait plus détourner le regard. La douleur se déversa lentement en lui, nouvelle et familière. Ça ne te fait rien ?

Des pas précipités l’alertèrent de l’arrivée du frère. D’un geste machinal, Walter étendit son bras et jeta le sortilège, maudissant son moment de faiblesse. C’était la faute de Lacey, de sa présence incongrue sur son lieu de travail, de ses reproches… Elle avait perturbé sa routine, altéré sa concentration ; elle était entrée dans sa tête.

Le frère, Samuel Bowman, avait dix-neuf ans, et il était la seule personne innocente de cette histoire. Avec sa mémoire disparaissaient les dernières traces de sa sœur dans le monde moldu. Les Bowman avaient coupé les ponts avec leurs familles respectives et avaient peu d’amis – « on s’en est occupés », l’avait rassuré Daniel. Ce soir, le Ministère les enverrait vivre un mensonge dans un autre pays et le Secret magique serait sauf.

C’était la troisième règle que Walter avait apprise durant son apprentissage d’Oubliator : on les avait avertis que ce serait difficile, éprouvant parfois, et contraire à leur code moral d’exercer ce métier. Au départ Walter avait ri : que pouvait-il bien y avoir de difficile à jeter un simple sort ? Rien, quand il s’agissait de quelques minutes de la vie d’une personne, de leur faire oublier qu’ils avaient vu quelqu’un voler sur un balai ou une araignée trop grosse pour être vraie…

Mais jouer avec la mémoire avait des conséquences. Quelque-part, à cause d’eux, à cause de lui, il y avait un enfant qui ne connaissait pas son père, un couple vivant dans l’illusion de sa fidélité, des secrets de famille œuvrant au noir, une ancienne flamme oubliée, un père qui ne connaissait pas son enfant… Les souvenirs – inextricablement liés aux émotions les plus intimes, essentiels dans la connaissance que chacun a de lui-même – sont la fondation de toute identité, la preuve que notre vie nous appartient et qu’elle a fait de nous qui nous sommes. Les Oubliators avaient le pouvoir de tout défaire.

Ils créaient des personnes erronées, des personnes incomplètes. Des orphelins.




***



— C’est pas vrai, grommela Walter en reconnaissant la robe rouge de Lacey au pied de son immeuble.

Il n’avait qu’une hâte, c’était de rentrer chez lui, de retirer sa cape trempée de pluie et de passer une soirée tranquille avec Victoire. Il n’était pas d’humeur pour une autre confrontation stérile avec sa demi-sœur.

— Tu me laisses pas le choix, argua Lacey. Il faut qu’on discute de l’héritage, de la maison.
— Non. Non. Hors de question. De quoi tu te mêles ?

Le visage fermé, Lacey dit d’un ton accusateur :

— Elle s’en va, Walter.

Walter entreprit de déverrouiller la porte d’entrée, présentant son dos à Lacey. Une colère sourde montait en lui. Avec ses immeubles aux briques noircies et ses volets décrépis, la rue était laide à pleurer, il ne voulait plus la voir.

Pour lui, elle était déjà partie depuis des années. Pour lui elle était déjà morte.

— Tu crois que je ne sais pas ça ?
— Je veux juste que tu sortes ta tête du sable et que tu lui dises au revoir avant qu’il ne soit trop tard.

Walter s’acharnait sur sa clef. La porte refusait de s’ouvrir. De l’extérieur de son poing, il donna un coup contre le battant et explosa :

— C’est déjà trop tard ! Et ce n’est même pas ta mère ! Arrête d’agir comme si c’était ta mère que mourrait !

Un tic tressaillit sous l’œil droit de Lacey, mais à la surprise de Walter elle ne fit pas machine arrière, au contraire – elle fit un pas vers lui, le regard glacial.

— Alors commence à agir comme si c’était la tienne !
— Tu ne peux plus me dire ce que je suis censé faire, on est des adultes.
— Oui, alors sois un adulte. C’est ton rôle de s’occuper d’elle, pas le mien.
— J’ai d’autres chats à fouetter.
— Et moi alors ? Tu crois que ça m’enchante de passer mes journées là-bas ?

Une irrésistible envie de lui faire mal prit possession de Walter. Sa demi-sœur avait le chic pour faire renaître en lui les pires instincts de son enfance.

— Toi, tu ne peux même pas utiliser ta baguette. Tu n’as rien à faire.

Quand l’Alzheimer de sa mère avait commencé à devenir dangereux, Lacey s’était dévouée pour s’occuper d’elle et ils avaient tous accepté – après tout, elle était la seule d’entre eux qui n’avait pas de travail. Fait que Walter venait de lui rappeler, pas de la manière la plus délicate qui soit.

Lacey lui jeta un regard blessé. Elle resta immobile, silencieuse, pendant de longues secondes, avant de lui tourner le dos. Walter la regarda marcher d’un pas furieux jusqu’à ce qu’elle ne soit qu’un point rouge dans la grisaille, au bout de la rue. Il avait dépassé les bornes, il le savait. Il ignorait ce que Lacey avait fait pour être interdite de magie par le Ministère, mais ça devait être grave, et c’était un sujet sensible. Il regrettait de l’avoir ramené sur le tapis, surtout que c’était à cause de lui que… non, ce n’était pas sa faute. Il fallait qu’il soit rationnel. Ce n’était pas sa faute si elle avait perdu les pédales.

Il avait besoin de penser à autre chose. Voilà, il avait juste besoin d’une distraction. Une offre d’emploi, un peu de changement, la compagnie de James... Sa distraction, il l’avait déjà.




***



La semaine qui suivit se termina avant d’avoir commencé, comme un rêve flou et discontinu qu’on oublie à peine réveillé. Ce vendredi-là, Walter ouvrit les yeux avec peine et, pendant une seconde, ne reconnut pas où il se trouvait ; puis son réveil le tira de sa transe ensommeillée en lui hurlant de « sortir ses fesses de son lit plus vite que ça ».

Dans la cuisine, Victoire lisait le nouveau numéro de Sorcière Hebdo devant une assiette d’œufs au plat et d’haricots blancs en bonne voie de refroidissement. Walter se pencha par-dessus son épaule.

— Qu’est-ce que tu lis de beau ?
— Une interview de Guillelma Robbin – tu savais qu’elle avait un nouveau single ? Il est sorti jeudi dernier, j’arrive pas à croire que j’ai manqué ça…

L’éditorial annonçait en haut de page : La popstar Guillelma Robbin révèle en exclusivité à notre envoyé de Sorcière Hebdo sa flamme naissante avec le chanteur du groupe Hippo Trip, qui lui servira de première partie lors du festival de Pontrhydyfen.

Walter sourit, planta un bisou sur la joue de Victoire et décrocha sa sacoche en cuir du porte-manteau.

— C’est ton premier jour avec James ? demanda Victoire, la bouche pleine de toast.
— On commence lundi, aujourd’hui il va juste me montrer sa piaule.
— Et tu lui montreras la tienne s’il te montre la sienne, c’est ça ?

Walter ne lui fit pas le plaisir de réagir à une blague de si mauvais goût – c’est qu’il avait corrompu Victoire jusqu’à son âme ! – mais il sourit au son du rire qui éclata dès qu’il eut claqué la porte.

Quelques minutes plus tard, James ouvrait la porte de son bureau d’un geste théâtral et Walter put constater qu’il n’avait pas parlé d’un cagibi au sens figuré. Sur la gauche, calé contre le mur latéral, se trouvait un bureau en forme de L ; derrière le bureau, une chaise ; derrière celle-ci, une fenêtre qui baignait la pièce dans la lumière.

Du fait des objets personnels qu’il contenait, c’était le bureau le moins professionnel que Walter ait pu voir : une affiche Weasley & Weasley placardée sur la porte, la corbeille débordante d’origamis abandonnés, une batte appuyée contre le mur, le tableau noir recouvert de craie (« Tati : XXII / James : XIIII », un dessin de Scroutt à Pétard, « 18 Juillet : anniversaire d’Hugo ! »), et les visages souriants des Potter-Weasley parmi les grimoires et les parchemins amoncelés sur les étagères. James adorait sa famille, c’était évident. Une banderole verte et dorée traversait la pièce en diagonale, témoignant de son allégeance envers les Harpies de Holyhead. Walter se sentit étrangement heureux d’avoir cela en commun avec lui.

— Bienvenue dans mon royaume, dit James en ouvrant la fenêtre.

Walter tendit le cou vers l’extérieur.

— Oh, je ne savais pas que ta fenêtre donnait sur la cour.

Elle surplombait la cour, plus exactement ; Walter pouvait voir un monticule de vieux mégots au fond de son pot à fleurs.

— Ça n’a pas de sens, réalisa-t-il soudain. Nos services sont au même étage.
— Va comprendre l’architecture du Ministère, dit James. Une tragédie, je te dis pas le nombre de fois où je voulais juste un peu d’air frais et j’ai dû subir l’image de ma cousine et toi en train de faire des trucs répugnants…
— Hé, on n’a jamais rien fait que s’embrasser ici.
— C’est bien ce que je dis.

Walter se rappela une mésaventure : Victoire, lui, et une pluie d’encre sur leurs têtes.

— Attends… L’encrier, c’était toi ?
— Je ne vois pas de quoi tu parles. Bref –

Avant qu’il n’ait temps de changer de sujet, la porte du bureau s’ouvrit à la volée, dévoilant une femme d’âge mûr au menton déterminé, aux cheveux blonds cendrés coupés en dessous de ses oreilles, et plus grande que Walter d’une tête.

— Madame la Brigadière-en-chef, vous êtes resplendissante aujourd’hui ! s’exclama James avec le naturel de l’habitude. Nouvelle robe ? D’après la coupe, je dirais… Tissard et Brodette ?
— Les compliments ne te mèneront nulle part, répliqua-t-elle, l’expression orageuse.

Pourtant James avait l’œil, la robe était de chez Tissard et Brodette – Victoire y avait traîné Walter pendant des heures samedi dernier, il pouvait désormais identifier les pièces de leur collection d’été à des kilomètres de distance et en mouvement.

La Brigadière-en-chef lâcha un journal sur le bureau avec une telle force que le claquement fit sursauter Walter. C’était un exemplaire de la Gazette du Sorcier, dont la Une proclamait en grosses lettres :

LA BRIGADE DES AMATEURS

Se saisissant du journal, James glissa une paire de lunettes à monture métallique sur son nez. Walter lut par-dessus son épaule :

Bien que trois années se soient écoulées depuis, le monde magique se souvient de l’inondation à l’origine encore inconnue qui ravagea l’immeuble de la riche famille Navinsky. Quelques jours plus tôt, des images de l’incident ont fait surface sur les réseaux de communication moldus, créant une menace nouvelle pour le Secret magique.
Vous vous demandez sûrement, chers lecteurs, qui est le responsable. La Brigade de réparation des accidents de sorcellerie – chargée d’effacer toute preuve de la nature magique de l’inondation – n’aurait donc pas su se montrer efficace ?
Je peux vous révéler en exclusivité que James Potter, le fils aîné du Survivant, est le Brigadier auquel le dossier Navinsky était assigné ; le Brigadier qui n’est pas capable de faire son travail, et qui met toute la société sorcière en danger par la même occasion. Le célèbre Harry Potter doit être tellement fier !


En parallèle de sa lecture, Walter étudia le visage de James, qui perdait peu à peu ses couleurs.

— Donna, je comprends pas, dit-il enfin, relevant la tête pour croiser le regard de sa cheffe. Ce n’est pas possible.
— Je t’ai répété cent fois de mieux rédiger tes rapports. Si tu avais été plus rigoureux sur le papier, ça ne serait jamais arrivé !
— D’accord, je les rends en retard et ils ne sont pas très bien écrits, mais je les fais, mes rapports ! Quelques ratures n’ont rien à voir avec… avec ça. Vous savez que mes interventions sont propres ! Est-ce que vous me croyez assez négligent pour –
— Peu importe si l’erreur vient de toi ou d’un autre Brigadier ou d’un des Oubliators qui a bossé sur le dossier, objecta Donna, implacable. Tu étais à la tête du projet, tu es donc responsable de cette fuite et de la honte qu’elle jette sur le Département !

Elle jeta un bref regard à Walter pour se désintéresser aussitôt de lui.

— Tu as intérêt à résoudre le problème. Et vite. Il n’y a pas de temps à perdre.

Il n’y avait jamais de temps à perdre.

C’était la quatrième et dernière règle que Walter avait apprise durant son apprentissage d’Oubliator.

Note de fin de chapitre :

Merci d'avoir lu ! Le prochain chapitre s'intitule (très sérieusement) C'est moi qui klaxonne.
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