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Défaut d'envois des mails


Les hiboux se sont perdus !

Vous avez dû remarquer que les notifications (de nouveaux chapitres, de nouvelles reviews et autres) n'arrivaient plus dans votre boite email ! Effectivement, les hiboux sont en grève pour quelques temps. Notre équipe technique est sur le coup pour corriger le problème aussi vite que possible. Merci de votre compréhension !


Jim Kay pour Bloomsbury Publishing


De Le CA et l'équipe technique le 26/09/2022 17:05


Maintenance des sites


Bonjour à toutes et tous !


Pour nous prévenir un peu plus contre les bots, le serveur a besoin d'un petit redémarrage ! Le reboot traditionnel de 10h ce dimanche 25 septembre durera un petit peu plus longtemps, et au maximum une dizaine de minutes.



Merci de votre compréhension !


De Le CA et l'équipe technique le 23/09/2022 19:03


Ajout de nouveaux personnages !


Bonjour à tous et à toutes,


Les modératrices d'HPFanfiction ont le plaisir de vous annoncer que la liste de personnages a été complétée de A à Z ! La majorité des personnages de la saga sont maintenant à votre disposition pour les ajouter à vos résumés. Les personnages des Animaux Fantastiques et de L'enfant maudit ont également été étoffés. Si des personnages viennent à manquer, vous avez toujours la possibilité d'utiliser "Autre personnage Harry Potter/Animaux Fantastiques" ou "Personnage de Crossover".

Pour rappel, il existe un "Personnage original (OC)" pour catégoriser vos fics mettant en scène un de vos OCs. Pour les recueils de textes mettant en scène de multiples personnages, nous vous conseillons de les ranger dans "Autre personnage Harry Potter/Animaux Fantastiques". Enfin, certains groupes ont fait leur apparition, à savoir les Gryffondor/Poufsouffle/Serdaigle/Serpentard pour vos recueils sur les maisons ou les rivalités entre elles !

Attention ! Certains noms ont été modifiés : les personnages féminins mariés ont repris leur nom de jeune fille, pour ceux connus (ex : Bellatrix Lestrange est devenue Bellatrix Black, Molly Weasley est devenue Molly Prewett, etc...).

Nous vous encourageons à reclasser vos fanfictions en fonction des nouveaux ajouts, afin qu'elles trouvent plus facilement leur public. ;)

De L'équipe de modération le 17/09/2022 16:37


Sélections du mois


Le Jury des Aspics vous invite à lire sur les plus belles, les plus fortes, les plus merveilleuses Sorcières de la saga pour la rentrée de septembre avec la Sélection Femslash ! Vous avez jusqu'au 30 septembre pour lire les 11 textes proposés par les membres et voter par ici.

Et au mois d'octobre, jouez les Indiana Jones et partez à l’Aventure ! Il vous reste 15 jours pour proposer vos deux fanfictions favorites (ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.

Si les thèmes ne vous plaisent pas, souvenez-vous qu’il reste la Sélection Fanfictions longues pour occuper vos jours, vos nuits et votre année 2023 ! Jusqu'en décembre, venez découvrir 12 magnifiques univers ! Pour en savoir plus, rendez-vous ICI.

 

 


De Equipe des Podiums le 14/09/2022 23:00


30ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 30e édition des Nuits Insolites se déroulera le samedi 24 septembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir vous inscrire !
Les modalités de participation sont disponibles sur le même topic.

A très bientôt !
De L'équipe des Nuits le 10/09/2022 10:05


Concours d'écriture


Ici la voix...

La voix vous propose un concours Secret Story, pensé pour les membres les plus anciens du site comme ses plus récents utilisateurs ! Idéal pour apprendre à connaître de nouvelles personnes et découvrir la communauté HPFienne, autrices comme lectrices y sont les bienvenues ! La voix vous explique son projet plus en détails ici !
Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 28 septembre !




De La Voix le 05/09/2022 23:30


How to unfold your love par Drachvador

[1 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note d'auteur :

Cet OS est mon cadeau de Noël pour Onesomergirl :) Il est un peu tard pour te souhaiter à nouveau un joyeux Noël, mais bonne année à toi !

J'ai emprunté le titre à While My Guitar Gently Weeps des Beatles, que j'ai dû écouter un bon millier de fois en écrivant cette fic.

J'ai mis un rating -12 à cause des scènes de bataille et de mort.

J'espère que Circé vous plaira et que vous vous attacherez à cette OC comme moi.

Bonne lecture !

 

Ginny ?

Elle a froid.

Sa robe boutonnée jusqu’au menton la serre au niveau de la gorge.

Avant que le flot d’élèves de Serpentard ne l’emporte hors de la Grande Salle, elle a eu le temps de repérer un éclat de cheveux roux. Son œil exercé n’a eu besoin que d’une fraction de seconde pour sonder la salle et voir un Weasley, loin derrière les tables, les bancs et les légions d’élèves de Poufsouffle et de Serdaigle, qui faisaient tous barrage de leur corps pour protéger Harry Potter.

Mais Circé ne veut pas livrer Harry Potter au Seigneur des Ténèbres. Non. Pour elle, le garçon qui vient d’apparaître parmi les Gryffondors après une année d’absence n’est qu’un indice supplémentaire justifiant son intuition. Tout comme la tignasse rousse de son ami le Weasley, qui n’est pas l’exacte teinte de roux qu’elle voudrait voir. Bientôt, sûrement. Dès que la bataille aura commencé, sûrement. Car si elle vient de voir un Weasley, pourquoi n’y en aurait-il pas d’autres ?

Cette idée lui vient de sa tante Parkinson. Les Weasley sont censés être des Sang-Pur, mais ils sont moins évolués que nous. Ils fonctionnent par meute. Ils se reproduisent par portée, comme les animaux.

Comme elle voudrait que sa tante ait raison. Comme elle voudrait que tous les Weasley soient là. Comme elle voudrait revoir Ginny…

Ginny est partie aux vacances de Pâques et n’est pas revenue. Parfois, souvent, tous les jours, Circé s’est demandé où elle se trouvait, si elle allait bien. Si elle était en sécurité, dans ce monde où les siens, à elle, Circé, ont pris le pouvoir. Lors des repas, des rassemblements et des cours, elle la cherchait machinalement parmi les Gryffondors. Ses cheveux couleur de feu restaient invisibles et Circé se sentait triste, tirait ses manches pour dissimuler ses poignets.

Mais aujourd’hui, les gens vont se battre. C’est le professeur McGonagall qui l’a dit, avant de demander de sortir à ceux qui n’étaient pas majeurs, ou ne souhaitaient pas rester. Tous les Serpentards se sont levés et elle les a suivis, sans avoir l’intention d’être évacuée comme eux. S’il y a une bataille, il y aura Ginny. Ginny participe aux batailles, c’est évident. Ginny se bat pour ses idées, auxquelles Circé n’est pas familière, et qu’elle résume par ce mot pratique, « idées », parce que ça ne l’intéresse pas mais qu’elle sait que cela existe, et peut-être, un jour. Elle veut voir Ginny. Pour voir Ginny, il faut rester.

Tranquillement, elle ralentit le pas. Les autres élèves sont pressés, ils ont peur, ils la contournent. Ils ne font pas attention à elle. Pourquoi la verraient-ils, quand d’ordinaire ils oublient déjà son existence ? Elle n’est que la banale, l’invisible, l’orpheline Circé Shafiq. Silencieuse. Vide. Une machine. Le rêve de beaucoup de parents Sang-Pur, qui à présent ralentit jusqu’à s’arrêter, se laisse dépasser par les derniers retardataires, puis oblique dans une autre direction. Elle se glisse sans bruit jusqu’aux gargouilles qui gardent le bureau directorial. Un serpent.

Tous, ils l’ont toujours dit. Circé ne réfléchit pas. Elle n’a pas de pensées à elle. Elle n’est pas vivante.

Ce n’est pas tout à fait éloigné de la vérité, mais ce n’est pas tout à fait exact.

Aujourd’hui, comme tous les autres jours de sa vie, elle ne réfléchit pas à ce qu’elle va faire ensuite, ni à la bataille qui se prépare. Elle met un pied devant l’autre dans les escaliers qui mènent au bureau de Rogue. Elle ouvre doucement la porte, est accueillie par le silence et un mur couvert de cadres vides. Elle ne s’étonne même pas d’avoir pu y entrer si facilement. Sur une étagère se trouve le Choixpeau magique, et c’est seulement en lui faisant face qu’elle se rend compte que c’est pour lui qu’elle est montée.

Elle veut mettre le Choixpeau sur sa tête en attendant de revoir Ginny.

Mais pourquoi ?

Huit lettres, un signe de ponctuation qu’on peut multiplier à l’infini. Le mot s’est formé laborieusement dans sa tête, pour finalement la trouver placide, déjà immunisée à sa propre question.

Pourquoi.

Elle ne sait pas pourquoi.

Elle a déjà été répartie il y a six ans. La perspective de toucher le Choixpeau la rebute vaguement. Elle déteste toucher ce qui est sale, poussiéreux, toutes ces choses qui lui laissent une sensation étrange au creux des paumes, qui lui font se frotter les mains sur sa robe dans une piètre tentative pour s’en débarrasser.

Elle a froid, et elle s’approche machinalement de la cheminée, contemple l’âtre vide. Il ne fait pas plus chaud ici qu’au milieu de la pièce. On aurait pu penser, pourtant, qu’après d’innombrables hivers passés à accueillir un feu ronflant, l’âtre aurait conservé un peu de cette chaleur. Non.

Elle aura moins froid quand elle verra Ginny, se dit-elle.

Il y a un fauteuil près de la cheminée et elle s’y assoit, les yeux fixés dans le vide. Parfois, un courant d’air venu du dehors surgit du conduit et lui arrache un frisson, sans qu’elle fasse un seul geste. Elle reste là, résignée. Elle a toujours eu froid, ce n’est pas nouveau.

Avant, quand elle n’était pas encore à Poudlard, il y avait une chose qui la réchauffait : c’était d’être avec Drago. Mais, en dehors de ces brefs moments, c’était toujours le froid, de manoir en demeure familiale. Elle a grandi ainsi, ballotée de famille Sang-Pur en famille Sang-Pur. Les Malefoy quand elle était chanceuse, les Crabbe une bonne partie du temps, les Bulstrode, les Goyle, les Parkinson. Bien moins encombrante qu’un meuble, cette Circé. On pouvait la laisser quelque part et la retrouver au même endroit des heures plus tard, comme figée dans la glace. Elle était pour eux une relique – tout ce qu’il restait d’Evan Rosier, mort en 1980 avant même sa naissance, et de Morgane Shafiq, morte en 1981 avant même qu’elle ait poussé son premier cri.

Ce n’est pas pour s’apitoyer sur elle-même qu’elle vient d’y penser. Cela ne lui fait rien, vraiment, et de toute façon elle n’a jamais ressenti grand-chose. Simplement, dans la myriade de souvenirs associés à Drago, d’autres images s’imposent à elle, et elle a décidé de penser à Drago, un peu, une dernière fois. Mais comment dissocier les moments dans ce chaos organisé qu’a été son enfance ? Un souvenir de Drago souriant et nourrissant un paon dans le parc, derrière le manoir des Malefoy, en convoque immédiatement un autre, par exemple cette fois où Walden Macnair l’a pour la première fois menacée du sortilège Doloris, si elle n’était pas capable d’apprendre parfaitement l’arbre généalogique des Shafiq et des Rosier. Souvenirs de Drago, avec Drago, souvenirs sans lui. Qu’importe, puisqu’avant qu’elle entre au collège il était constamment présent à son esprit. Elle vivait pour lui, et si elle avait pensé cette phrase, elle aurait jugé la formulation excessive mais probablement vraie, qui était-elle pour juger et quels étaient les critères ?

Elle avait toujours été fascinée par Drago. Il avait un an de plus qu’elle et la peau très pâle. Ses cheveux étaient d’un blond presque blanc et c’était assez pour qu’elle le considère comme un mystère de la nature, tout comme ses parents, parce qu’elle, Circé avait les cheveux noir corbeau. Il était son modèle. Parfois, quand il n’avait pas d’autre distraction à sa disposition, il jouait avec elle. Elle faisait tout pour lui plaire, l’adorant en silence. Quand il disait quelque chose, elle le retenait immédiatement, elle qui était si moyenne et avait peiné à apprendre à lire.

Comme la fois où ils étaient partis acheter les fournitures scolaires de Drago, tous les quatre, Lucius, Narcissa, Drago et elle. N’étaient ses cheveux qui juraient avec les leurs, on aurait dit une famille. Les parents, les deux enfants. Circé voulait à tout prix que ce soit vrai. Elle avait dix ans et elle avait joué à la fille parfaite. Lucius et Narcissa les avaient laissés ensemble pour choisir les robes de sorcier de son cousin. Pendant que Drago faisait les essayages, Circé s’était perchée sur un petit tabouret, très droite, l’air grave et digne. Elle était une Malefoy ce jour-là, et une Malefoy maîtrise le décorum. Aussi, le garçon qui avait pénétré dans la boutique peu après eux n’avait même pas remarqué sa présence. Elle, en revanche, n’avait rien perdu de sa conversation avec Drago. Leur échange s’était gravé dans sa mémoire et elle ne l’avait jamais oublié. Les paroles du garçon, un petit maigrichon aux cheveux mal coiffés, lui étaient bien sûr tout à fait indifférentes. Elles n’étaient que les répliques permettant à Drago de s’exprimer. De briller.

-          Tu sais dans quelle maison tu seras ? avait demandé Drago, et elle avait trouvé cela incroyablement généreux de sa part, de demander ses préférences à un garçon insignifiant.

Le garçon ne savait pas. Drago, oui, et il s’était hâté de répondre à sa propre question avant d’ajouter :

-          Tu t’imagines, se retrouver à Poufsouffle ? Je préférerais m’en aller tout de suite.

Le dégoût était palpable dans sa voix. Cela, plus que les leçons sur la pureté du sang et les discours qui glissaient sur elle sans qu’elle les comprenne, elle l’avait intégré.

Elle n’irait pas à Poufsouffle. Ni à Gryffondor, cela allait de soi. Serdaigle était passable, mais elle n’en avait pas les moyens, et elle serait digne de Drago. Elle irait à Serpentard. Un an avant de rejoindre son cousin à Poudlard, elle était déjà décidée. Cette année sans Drago défile devant ses yeux tandis qu’elle tire sur les manches de sa robe, pour conserver un peu de cette chaleur inexistante qui doit bien exister quelque part. Puis le flot de souvenirs se ralentit, elle s’arrête sur sa cérémonie de la répartition.

« Envoie-moi immédiatement à Serpentard, sale chapeau repoussant. »

C’est tout ce qu’elle a eu à dire pour obtenir ce qu’elle voulait. Le Choixpeau n’avait pas plus tôt effleuré son crâne qu’elle quittait déjà le tabouret sous les applaudissements de ses nouveaux camarades de maison. Elle avait facilement repéré Drago parmi eux, il était plus pâle, plus délicat et plus blond. Il applaudissait. Elle avait fait le bon choix.

Oui, voilà pourquoi elle a décidé de penser à Drago. A cause du Choixpeau et de l’endroit où il l’a envoyée six ans plus tôt.

Erreur de jugement. Elle n’avait pas gagné l’amour de Drago, ce jour-là. Ni les suivants. Pourquoi accorder de l’attention à une première année lorsqu’on est en deuxième année, et qu’on est entouré d’une multitude d’amis bien plus intéressants ?

Confusément et entre deux frissons, Circé s’était rendu compte qu’elle n’était rien pour Drago. Cela ne lui avait pris qu’un millier de jours, et il est hors de question qu’elle s’attarde dessus à présent. Encore une petite centaine et elle s’était fait une raison, sans rien laisser paraître de la tempête qui ravageait sa tête. Apparemment indifférente. Apparemment la même.

Mais pas la même. Lorsqu’elle était dans la salle commune de Serpentard, elle ne se plaçait plus de façon que Drago soit dans son champ de vision. Dans la Grande Salle, elle ne scrutait plus son visage au lieu de manger. Elle avait passé sa quatrième année à observer les élèves des autres maisons, et elle avait fini par ne plus pouvoir se le cacher : ils avaient l’air plus heureux que ceux qui l’entouraient, elle. Larges sourires troqués contre les rictus sarcastiques, éclats de rire tonitruants au lieu des gloussements moqueurs, tapes dans le dos et accolades au lieu du rien et de l’absence de contact physique qui caractérisait les Serpentards.

Elle allait choisir un de ces élèves.

Un de ces élèves apparemment si heureux, et elle ne serait jamais déçue, parce qu’elle n’en attendrait rien.

Elle avait choisi Ginny, bien sûr. Le plus flagrant contraste avec Drago qu’elle avait pu trouver. Nul besoin de s’approcher de très près pour s’apercevoir que cette fille, cette Ginny Weasley, avait des cheveux d’un roux éclatant et rougissait souvent jusqu’aux oreilles, que ce soit de colère, d’embarras, d’animation, ou plus occasionnellement de Pimentine. Ginny était la personne la plus vivante que Circé ait jamais vue.

Elle est certaine que Ginny n’a jamais froid.

Elle connaît Ginny par cœur. Du moins, pas ses rêves, ses goûts, ses secrets, ces choses dont elle est à peine consciente qu’elles existent parce qu’elle en a si peu elle-même. Non, ce qu’elle connaît par cœur chez Ginny, c’est la vie qui l’anime. Lorsque Circé la regarde, c’est comme si des ondes émanaient d’elle, de la chaleur aussi, et Circé voit presque circuler le sang dans ses veines, projeté à une vitesse phénoménale hors de son cœur, y revenant par l’autre ventricule, pompant sans cesse. Elle voit tout cela. Si Ginny apparaît dans un couloir, elle le sait immédiatement, même lorsqu’elle lui tourne le dos.

Autant dire que, ces derniers mois, et malgré l’arrivée du printemps, Circé a eu plus froid que jamais.

Heureusement, Ginny va revenir. Elle est peut-être déjà là, qui sait ? Circé ferme les yeux et tente de réprimer les grelottements qui l’agitent comme les feuilles d’une plante dans la brise. Assise du bout des fesses dans le bureau directorial, et sans s’apercevoir du caractère atypique de la situation, elle tente de projeter son corps dans le reste du château.

Ginny ?

Oui, Ginny est sûrement là. Sinon, comment expliquer cette soudaine chaleur dans sa bottine gauche ? Circé la verra bientôt.

Pour cela, il faut qu’elle pose ce maudit Choixpeau sur sa tête.

Elle devine que cela a un rapport avec Drago. Mais elle ne sait pas exactement pourquoi, elle ne parvient pas tirer le bon fil pour résumer en une seule phrase ce qui la pousse à un tel geste. Ses pensées ne cessent de lui échapper. Elle ne parvient pas à se concentrer. Que ce soit ici, dans le silence et la tranquillité, ou ailleurs. Elle ne sait pas réfléchir, se dit-elle. On ne lui a pas appris à le faire. Que des choses à apprendre et à recracher au mot près. Chez les Sang-Pur comme à Poudlard. Des listes et des définitions et des recettes et des incantations et des préceptes et des mots. De toute façon, même pour cela elle n’est que médiocre. Une mauvaise machine, une machine qui atteint simplement le quota de ce qui lui est demandé, puis s’arrête, incapable de continuer davantage, de faire du zèle. Déjà vidée. Incapable, surtout, de ne plus être une machine, d’innover. Une vraie machine, donc, confinée à son programme.

Mais une machine qui a froid. Et qui peut dire ce dont est capable une machine qui ne supporte pas sa carapace d’acier, un bûcheron de fer-blanc effrayé à l’idée de rouiller ? Alors, seulement, la machine s’anime…

Encore une fois, elle ne pense pas tout cela. Elle n’évalue pas en termes chiffrés son degré d’adhésion aux préceptes qu’elle a appris. Elle n’est pas ce type de machine.

Elle remue les orteils dans sa bottine, puis se lève du pied gauche, traîne le fauteuil, le poste devant l’étagère de livres dont elle ne prend pas la peine de lire les titres. Ce qui l’intéresse est tout en haut. Le Choixpeau. Un instant, elle esquisse un mouvement pour retirer ses chaussures avant de grimper sur le fauteuil. C’est ce qu’on lui a appris, mais cela n’importe plus vraiment. Pas un automate moldu, moi, est la phrase qui lui traverse l’esprit, une comète qui passe et dont elle oublie immédiatement qu’elle l’a vue, pensée. Elle monte sur le fauteuil. A présent, elle est à la hauteur du couvre-chef. Ils se font face.

Il n’a pas l’air vivant, mais elle non plus.

C’est à peine visible lorsqu’elle plisse le nez de dégoût et fronce les sourcils. Elle sent qu’elle doit le faire, alors elle attrape le chapeau rapiécé et le place sur sa tête. L’odeur de poussière emplit ses narines ? Debout sur le fauteuil, elle se tient immobile, entourée de ténèbres. Entourée de silence aussi. Il ne parle pas.

-          Bonjour, sale chapeau repoussant.

-          Circé Shafiq.

La voix lui arrache un frisson. Ce n’est pas qu’elle ne s’y attendait pas, au contraire : elle aurait été déçue s’il ne lui avait pas répondu. En revanche, une voix telle que celle-ci, qui résonne dans sa tête, comme venue de l’intérieur, comme venue d’elle-même, alors qu’elle n’est pas sienne, non, jamais… Une voix si sûre d’elle-même, dont la volonté ne peut être contrée… Ça, elle connaît. L’Imperium.

Le Choixpeau ne dit rien de plus, mais elle sait qu’il perçoit toutes ses pensées. C’est une donnée posée entre eux, pas besoin d’en dire quoi que ce soit.

-          Je ne t’ai pas laissé parler la dernière fois.

Pas de réponse. Il semble décider à la forcer à formuler sa requête. Alors qu’il peut tout percevoir, tout synthétiser d’elle en une fraction de seconde, voir clair en elle comme elle sait qu’elle ne verra jamais. Sale chapeau, pense-t-elle avant de murmurer, comme si la délimitation entre le pensé et le dit avait encore un sens :

-          Où est-ce que tu m’aurais envoyée, si je ne t’avais pas fait taire ?

Un soupir se fait entendre dans sa tête. Si profond qu’on dirait que le Choixpeau vient de rendre l’âme, alors qu’il ne peut pas mourir, ce qui doit constituer sa tragédie personnelle.

-          A Serpentard.

Déception.

C’est seulement à ce moment que Circé comprend. Elle voulait autre chose. Pour pouvoir rejoindre Ginny, ou pour une autre raison, qui la concernerait elle, elle-même, elle toute seule, indépendamment de la Gryffondor ?

Eh bien, elle ne l’a pas eue, cette autre chose.

-          Pourquoi ?

Silence dans le noir. Comme la nuit, comme lorsqu’elle est étendue silencieuse sur son lit, incapable de mettre la machine au repos, enfouie vainement sous plusieurs couvertures.

-          Réponds.

Circé a beau n’être que Circé, elle vaut tout de même mieux qu’un chapeau, fût-il celui qui décide du destin de tous les petits sorciers de Grande-Bretagne.

-          Je t’aurais envoyée à Serpentard, même si tu ne l’avais pas exigé, parce que c’est là que tu voulais aller.

La voix du Choixpeau, enfin, cette voix aux accents de mauvais sort qui la met mal à l’aise mais qu’elle accueille maintenant avec joie au creux de son crâne.

-          Ton désir d’aller à Serpentard occultait tout le reste, Circé Shafiq.

Elle ne réagit pas. Pas de façon physique, pas un de ses muscles faciaux ne bronche, mais le Choixpeau a accès à ce qui est ordinairement caché. Cette fois, il lui souffle lui-même sa prochaine question. Il la supprime, en fait.

-          Une drôle de Poufsouffle, n’est-ce pas ? Je n’en ai pas vu beaucoup des comme toi, prêtes à se faire envoyer à Serpentard par besoin d’être aimées, avant même de voir clair en elles-mêmes.

-          Tais-toi, dit-elle tout haut.

-          Tu ne penses pas ce que tu dis, lui répond la voix, et cela ressemble tellement à un ordre qu’elle ne proteste plus, habituée à obéir.

Il poursuit :

-          J’ai rarement vu un esprit aussi embrouillé. Tu ne sais pas utiliser les mots, ni pour te comprendre ni pour te projeter. Tu es pleine de contradictions, de préjugés, de jugements tout faits, parce que tu n’as rien d’autre à ta disposition, mais je vois que tu es encore ce que la fondatrice recherchait. Un séjour parmi les Poufsouffles te fera le plus grand bien.

-          Il va y avoir une bataille ce soir, informe-t-elle le Choixpeau. Contre…

-          Je sais. Tu iras parmi eux après, quand tout sera terminé.

Encore un usage du futur qui ressemble à un ordre, et qui signifie une chose, entre autres : elle survivra à la soirée, puisque le Choixpeau l’a décidé. Elle acquiesce dans l’obscurité.

-          D’accord. Autre chose ?

-          Et dire qu’il y a cinq minutes, tu me donnais des ordres.

Elle attend.

-          Très bien, soupire la voix, et Circé se rend compte qu’elle a un petit côté nasal – mais un bout de tissu n’a pas de nez… Je t’aiderai à résumer ce que tu as déjà presque compris, ce qui est vrai pour toi. Mais ensuite, tu me reposeras sur mon étagère.

-          Oui.

-          Les Poufsouffles, selon toi, ne peuvent pas être du côté des Mangemorts. Tu ne veux pas être du côté des Mangemorts, même s’ils sont ce qui se rapproche le plus pour toi d’une famille. Les Poufsouffles sont du côté de l’amour et de la vie, puisque tu me forces à formuler les choses ainsi. L’opposition est caricaturale, mais c’est ta conclusion, n’est-ce pas ? Les Poufsouffles combattent aux côtés de Ginny Weasley, même s’ils n’ont rien compris au reste. Cela t’aide-t-il à te lancer, Circé Shafiq ?

Elle le repose sur son étagère, fidèle à sa parole.

-          Merci, sale chapeau, dit-elle avant de descendre de son perchoir et de le remettre en place.

Le bureau présente exactement le même aspect que lorsqu’elle y est entrée. Personne ne pourrait deviner qu’une fille de seize ans y a trouvé refuge. Elle quitte l’endroit sans un dernier regard.

 

 

* * *

 

 

C’est une Poufsouffle qui débouche des escaliers quelques secondes plus tard. Elle n’a eu qu’à transformer l’écusson de sa robe, sa cravate – c’est tout ce qui la séparait de l’autre maison. Bien sûr, elle n’a fait cela que pour indiquer son camp. Son unique but, en transformant son uniforme, est de devenir l’alliée de cet Ordre du Phénix… et de devenir la cible des autres.

Le couloir devant elle est désert, mais elle ne s’y engage pas tout de suite. Depuis d’autres parties du château lui parvient un mélange de cris de souffrance, d’incantations, de bruits de pas précipités ainsi que d’autres échos indistincts. Elle a manqué le début de la bataille. Son séjour dans le bureau a duré plus longtemps qu’elle ne l’aurait cru.

Il faut qu’elle se concentre.

Comment retrouver Ginny ?

Et si quelqu’un lui faisait du mal ? A Ginny, bien entendu. Elle, elle n’a pas peur. Les machines n’ont pas peur, même quand elles sont détraquées et qu’elles ne suivent plus le programme. Pas vrai ?

Non, pas vrai. Elle a peur pour Ginny. Alors elle a d’autant plus peur de ce qu’elle ressentira si Ginny est blessée, ou tuée.

Ce mot-là, ce dernier mot, Circé n’a pas de mal à le trouver. Il fait partie de son quotidien. Pas seulement depuis cette année, avec l’arrivée du Seigneur des Ténèbres au pouvoir. Avant, bien avant, le mot était déjà là. Son père a été tué. Sa mère est morte. Ce Poufsouffle, Diggory. L’ancien directeur, dont Drago se moquait mais qui avait l’air si gentil. Les gens meurent, elle n’a pas de problème avec cela. Simplement, il ne faut pas que Ginny soit le sujet d’une phrase mettant au passif le verbe « mourir ».

Elle s’apprête à mettre un pied dehors lorsqu’une forme lui coupe la route sans la remarquer. Elle penche la tête à l’extérieur et observe la silhouette qui court vers l’autre bout du couloir. Un homme en robe noir. Ami, ennemi ? Elle ne sait pas, et de toute façon : à quel camp appartient-elle, appartenait-elle, se rattache-t-elle, qui la reconnaîtra comme amie, qui l’identifiera en tant qu’ennemie ? Les mots du Choixpeau sont de moins en moins frais dans sa tête, et ils s’effacent, remplacés par des synonymes pas tout à fait exacts.

Il a dit qu’elle aurait été une Poufsouffle. Et elle veut retrouver Ginny Weasley.

Alors, cette fois après avoir vérifié que le couloir est bien désert, elle décide de partir vers la droite, d’où lui est tout juste parvenu un énorme craquement, suivi de quelques hurlements et d’un bruit encore plus assourdissant. Le tout suivi par un silence total. De ce côté-là, du moins.

Les combats ne sont pas aussi proches que le volume sonore le laissait supposer. Elle parcourt plusieurs couloirs sans croiser autre chose qu’une armure renversée et une chaussure solitaire – une chaussure d’adulte, décide-t-elle.

Elle finit par retrouver la source de l’énorme bruit. Des pierres en très grand nombre, éboulées d’on ne sait où puisque le plafond est toujours là, tout comme les murs. L’empilement forme en lui-même un nouveau mur, montant jusqu’au plafond, l’empêchant de passer de l’autre côté.

Il y a sûrement des gens sous ce cairn improvisé. Elle rebrousse chemin.

Trois personnes ont pris possession du couloir qu’elle a besoin d’emprunter. Un homme habillé tout de rouge. Elle ne l’a jamais vu. Ses vêtements sont ridicules, on dirait une de ces marionnettes du petit théâtre qu’avait Pansy lorsqu’elle était plus petit. La marionnette rouge représentait le Gryffondor tête-brûlée et idiot. C’est la seule chose à laquelle elle pense tandis que l’homme recule sous les assauts conjoints des deux autres. Des Mangemorts, ce qui ne laisse plus de doute sur le camp de l’homme rouge. Yaxley. Dolohov. Elle connaît.

Quand Pansy jouait avec son petit théâtre, le Gryffondor se faisait toujours remettre à sa place par les gentils. C’est le cas aujourd’hui aussi. Un sort de Dolohov finit par l’atteindre alors qu’il vient d’en contrer un de Yaxley. Un sort de mort, qui l’atteint au poignet. Il cesse de reculer, tombe en arrière.

Il est mort.

Elle ne bouge pas plus que lui, et c’est seulement à cet instant que les deux hommes remarquent sa présence.

-          Tiens, tiens, dit Dolohox en levant à nouveau sa baguette, mais l’autre l’arrête en fronçant les sourcils.

-          Arrête. C’est Circé Shafiq, la fille de Rosier. Elle est des nôtres.

Il lui sourit. Tous deux enjambent le cadavre de la marionnette pour se rapprocher d’elle.

-          Qu’est-ce que tu fais ici, petite ? Tu veux nous aider à nettoyer l’école, toi aussi ?

-          Tu devrais changer de costume. Cette robe te fait ressembler à une victime.

Ils s’esclaffent. Comme s’ils étaient ailleurs, en tout cas pas dans une école transformée en champ de bataille.

Ensuite, ils repartent d’où ils sont venus, la laissant là, elle qui n’a pas décoché un mot. Elle se penche au-dessus de l’homme rouge. Malgré ce qu’on pourrait croire, elle n’a jamais vu personne mourir devant elle, mais la réalité est conforme à ce qu’elle avait imaginé. Les victimes de l’Avada Kedavra ont l’air de dormir.

Pourvu que Ginny n’ait pas sommeil.

Circé n’a pas le temps de penser davantage à cet homme, ni à ses… à ses assassins. Elle pense déjà à autre chose.

Elle cherche.

Elle tourne à droite, puis encore à droite, mais ne croise personne d’autre Elle passe devant les toilettes de Mimi Geignarde, signe qu’elle est proche des escaliers. Les combats ont majoritairement lieu dans les étages inférieurs, et c’est là qu’elle veut aller, car c’est là qu’elle aura le plus de chance d’apercevoir Ginny, même si ce n’est que de loin.

Elle est presque arrivée au rez-de-chaussée lorsque quelqu’un se rue en courant sur elle, dans un tourbillon de robe à écusson rouge, hurlant : « Il ne faut pas rester ici ! Vite ! »

Il (puisque c’est une voix de garçon, lui semble-t-il) la tire si fort par le bras que son épaule craque. Elle est forcée de revenir sur ses pas, grimpant les escaliers quatre à quatre à sa suite et manquant de tomber.

Dans un éclair, son esprit enregistre plusieurs données. Celui qui l’entraîne à sa suite, tirant sur son bras comme si sa vie en dépendait, est bien un garçon aux cheveux blond foncé. Ils sont suivis ou poursuivis par plusieurs personnes. Les sortilèges fusent autour d’eux. L’un d’eux passe à quelques centimètres de la tête du garçon.

Lorsqu’ils atteignent le haut des escaliers du deuxième étage, le garçon crie : « Maintenant ! » et fait volte-face. Ils sont dans une position privilégiée pour accueillir ceux qui viennent à leur suite – apparemment, la vie de château les a dotés d’endurance. A force de courir, cependant, Circé s’est réchauffée. Elle reste là, le souffle court, tandis qu’une troisième personne les rejoint, se poste à la gauche du garçon, en lui hurlant :

-          Qu’est-ce que tu attends pour sortir ta baguette ?! Ils arrivent !!

Parce que c’est Ginny Weasley qui vient de lui en donner l’ordre, elle sort sa baguette sans hésiter. Juste à temps – leurs poursuivants sont là, ils s’arrêtent en contrebas, sur la plateforme entre les deux volées de marches.

-          Stupéfix ! fait le garçon.

Il manque sa cible. A sa voix se superpose celle de Ginny. Elle crie la même chose, enchaîne sortilège de Stupéfixion sur sortilège de Stupéfixion. Circé la regarde. Elle a obtenu ce qu’elle voulait, et par hasard. Ginny est là. Et elle est du côté de Ginny. Pas étonnant qu’elle n’ait plus froid.

Ginny est vivante, et elle n’est pas blessée. Ses mouvements sont rapides, précis. Lorsqu’elle contre au dernier moment un maléfice, le cœur de Circé fait un bond et elle reporte son attention sur… les ennemis.

Elle ne les connaît pas. Il y a une femme brune aux yeux bizarrement écartés. Un homme large d’épaules dont elle est certaine qu’il fait partie de la famille de Crabbe. Elle croise le regard de la femme. Jusque-là, c’était comme s’ils ne l’avaient pas remarquée, concentrant leurs efforts sur les deux élèves qu’ils poursuivaient. La femme l’a vue à présent, la petite Poufsouffle à l’air bien plus jeune que ses congénères.

Une cible facile. Une cible qui, s’ils l’atteignent, déconcentrera sûrement ses compagnons, le temps de les frapper, eux aussi.

Bon calcul. La femme lance un sort à Circé, qui n’a toujours pas esquissé le moindre mouvement. Comme si elle n’était pas en danger. Ces gens, en face, sont censés être les siens. Comment une simple robe avec un peu de jaune peut-elle suffire à les égarer ? Comment un camp, comment la vie ou la mort peuvent-ils dépendre d’un bout de tissu ? Son cerveau tourne à vive allure, peinant à trouver un sens à tout cela. Elle doit son salut au garçon, momentanément rendu oisif par le duel singulier que Ginny semble avoir engagé avec l’autre homme. Au dernier moment, il tire Circé par le bras. La même épaule, le même craquement. Le sort la manque, atteint une armure qui heurte le sol avec un bruit formidable.

-          Il faut te défendre ! lui crie le garçon avant d’esquiver lui-même un jet de lumière noire.

Se défendre. Ah, oui. Les défendre tous les trois. Elle peut le faire.

Les quatre autres sont occupés à échanger sorts et contre-sorts quand elle lève sa baguette et la pointe sur les deux Mangemorts.

-          Obstructi vapor solumbro.

Une fine vapeur se dégage de sa baguette et tourbillonne autour des deux sorciers. Elle les enserre, de plus en plus compacte, de puis en plus sombre, de plus en plus solide, jusqu’à ce qu’ils soient complètement soustraits à leur vue. Un cri leur parvient, de l’homme, probablement, même si sa voix est altérée par le ciment brumeux. Lorsque la vapeur se dissipe, les deux Mangemorts sont allongés au sol, et Circé sait qu’ils ne se relèveront pas. Ils ne sont plus un problème. Elle se tourne vers les deux autres, seulement pour constater qu’ils ont les yeux fixés sur les deux corps en contrebas.

-          Qu’est-ce que c’était que ce sort ? finit par demander le garçon.

Il a l’air choqué. Comme si elle n’avait pas fait ce qu’il fallait, en se défendant comme il lui a dit de le faire. En les défendant.

-          Un sortilège d’Etoupe, dit-elle.

-          Et qu’est-ce qu’il fait ?

Elle pensait que c’était évident, mais elle lui explique quand même, parce qu’il est l’allié de Ginny.

-          Il étouffe.

En entendant cela, tous deux parviennent enfin à détacher leurs regards des Mangemorts et à les ramener sur elle. Sur elle.

Ginny la regarde. Elle a l’attention dont elle rêve depuis des mois. Ginny la regarde droit dans les yeux, avec son visage volontaire et ses cheveux de furie. Circé est certaine que, si tant est qu’elle possède une âme, Ginny est en train de la décrypter plus facilement encore que ne l’a fait le Choixpeau.

Puis Ginny lui parle, et Circé sent ses joues s’embraser pour la première fois de sa vie.

-          Mais qui es-tu ?

Ginny ne l’a pas reconnue.

Le regard du garçon oscille entre son visage et l’écusson mensonger épinglé sur sa poitrine.

-          Je pensais que tu étais une Poufsouffle de quatrième année, ou de cinquième…

-          Mais les Poufsouffles ne connaissent pas ce genre de sort, complète Ginny, et quelque chose se tord dans la poitrine de Circé.

Elle se fiche absolument de ce qu’ils viennent de dire. Tout ce qu’elle a remarqué, c’est qu’ils finissent les phrases de l’autre. Elle n’a jamais fini la phrase de qui que ce soit. Personne n’a jamais fini la moindre de ses phrases. Personne n’a jamais su ce qu’elle voulait dire.

Elle est tellement aux prises avec les sentiments qui l’agitent qu’elle néglige de leur répondre. Elle les regarde, le visage dénué d’expression, la bouche légèrement entrouverte. Ses bras pendent le long de son corps, inutiles. Un temps passe.

-          Est-ce qu’ils sont morts ? demande le garçon en tournant à nouveau son regard vers les Mangemorts.

-          Je ne sais pas, répond-elle en toute honnêteté.

Elle n’avait jamais employé ce sort avant aujourd’hui. Il fait partie des enseignements qu’elle a reçus chez les Bulstrode. A moins que ce ne soit chez les Goyle. Ou chez les Montague – très probable. Elle a appris les effets exacts du sort, peut-être il y a un an, ou cinq, ou même dix, mais elle les a oubliés. Elle finit toujours par oublier. Sa tête est remplie de formules dont elle ne sait pas à quoi elles correspondent, se succédant en une mélopée plus ou moins poétique. Tous ces sorts appris à la chaîne. Elle ne sait pas, est-ce que ce ne sont pas tous les mêmes ? Elle aurait très bien pu en jeter un autre, mais c’est celui-là qui lui est venu sur le moment.

            Comment saurait-elle ? Elle ne sait jamais ce qu’elle fait, et elle le lui avoue sans ambage.

-          Je t’ai déjà entendue dire ça, dit le garçon. Tu es à Serpentard ! Circé Shafiq ?

Oui ! Elle est dans la classe du garçon. Ses souvenirs se remettent en place. Le garçon est un Sang-de-Bourbe appelé Colin Crivey, il est très souvent avec Ginny. Cela faisait un mois ou deux qu’elle ne l’avait plus vu. Elle l’avait oublié. Il a un peu grandi, ses cheveux auraient besoin d’être coupés, mais cela ne justifie pas qu’elle ne l’ait pas reconnu avant. L’oubli est réciproque. Elle ne peut pas lui en vouloir, ni en vouloir à Ginny.

Ginny, maintenant, la regarde différemment. Circé lui offre un pauvre sourire. Que fera-t-elle si Ginny la rejette ? Elle ne pensait pas être confrontée à cette situation. Est-ce qu’elle n’est pas une Poufsouffle pour Ginny ? Revenir aux Serpentards, alors ? Non, elle ne veut pas… Mais pourquoi, au fait ? Que lui a dit le Choixpeau ?

-          Tu es de notre côté ? demande la Gryffondor.

De ton côté, à toi.

Circé acquiesce, et Ginny lui fait un vrai sourire, un grand. Son sourire. Circé n’aurait jamais imaginé qu’un des sourires de Ginny lui serait adressé à elle, rien qu’à elle, et pourtant, dans sa tête, Ginny est sa meilleure amie. La personne qu’elle préfère à Poudlard, sans qui le château est trop froid.

Mais elle a chaud, à présent.

Elle a encore plus chaud lorsque Ginny fait un pas de plus vers elle, et qu’elle sent soudain ses doigts qui s’affairent sur son col.

-          Si tu veux vraiment ressembler à une Poufsouffle, il faut que tu desserres ta cravate. Les Poufsouffles n’ont pas l’air si guindés.

Quelques secondes plus tard, Ginny recule, satisfaite. L’incroyable proximité disparaît. Circé passe la main sur son col – les premiers boutons sont défaits, la cravate est négligemment accrochée autour de son cou. Jamais elle n’a été si débraillée.

Des cris montent des étages inférieurs. Les combats se propagent. Est-ce parce que les Mangemorts sont de plus en plus nombreux, ou pour une autre raison ?

-          C’est bien qu’on fasse équipe, remarque le garçon – Colin. Comme aucun de nous n’est censé être là. Je suis remonté des cachots, Ginny s’est échappée de la Salle sur Demande. Et toi, d’où tu viens ?

Mais Circé n’a pas le temps de lui répondre. Un affreux cri résonne depuis le premier étage, les faisant tous trois frissonner, et ils sont rattrapés par la bataille autour d’eux.

-          Ok, dit Ginny. Ok, voilà ce qu’on va faire. Il y a trop de Mangemorts en bas. Je vais descendre, en attirer un ou deux – ou plus, ça dépend de combien me verront. Vous, vous les attendez ici. Ok ?

-          Ok, dit immédiatement Circé, suivie une fraction de secondes plus tard par Colin.

Sans plus attendre, et avec l’absence d’hésitation propre à la marionnette de Pansy, Ginny dévale les marches.

-          Tenez-vous prêts ! leur crie-t-elle par-dessus son épaule.

La situation est chaotique. Beaucoup de choses pourraient mal tourner, mais Circé ne pose pas de questions, parce que c’est Ginny qui est aux commandes.

-          Shafiq… euh, Circé ? demande le garçon tandis qu’ils se mettent en position tout au bord des escaliers, la baguette levée.

-          Oui ?

-          Tu n’es pas obligée de les tuer… Je veux dire, les stupéfixer est suffisant, tu sais…

Son ton est hésitant. Est-ce qu’il a peur qu’elle ne se vexe, ou qu’elle ne se retourne contre lui ? Est-ce qu’elle a à ce point l’air d’une bête sauvage sans repères, tout juste libérée de la boîte où elle a dormi durant des années ?

-          Ok, dit-elle.

Il semble que ce soit la seule chose qu’elle sache dire, désormais. Ça, et des formules magiques, lorsque Ginny arrive en courant, trois Mangemorts sur les talons. Mangemorts qui sont très surpris d’être reçus par un comité d’accueil, et accessoirement de trébucher sur deux de leurs congénères. Ceux-là, ils n’ont aucun mal à les stupéfixer, et Ginny – Circé l’admire, tant et tant – repart à la chasse sans même prendre le temps de souffler.

-          Bien visé, lui souffle Colin, parce qu’elle a atteint un Mangemort en pleine poitrine dès la première seconde.

Elle lui jette un coup d’œil et croise son regard. Il lui sourit.

Elle ne s’est jamais autant sentie à sa place que dans cette bataille où fusent les sortilèges de mort, aux côtés d’un Sang-de-Bourbe et d’une traître-à-son-sang.

Même si elle ne comprend pas pourquoi il ne faut pas tuer leurs ennemis. Ils partent avec un désavantage, s’ils n’ont pas droit aux mêmes sortilèges et surtout aux maléfices. Le garçon, cependant, a l’air tellement soulagé qu’elle ait suivi son conseil qu’elle est prête à se conformer à ces règles étranges. Elle a l’habitude de ne pas comprendre, n’est-ce pas ?

Ils répètent la manœuvre à plusieurs reprises. Toutefois, plus le temps passe et plus mettre les Mangemorts hors d’état de nuire devient difficile. Colin et Circé ont moins de marge pour lancer leurs sorts. Ginny court moins vite. Les Mangemorts sont plus nombreux. Ils semblent même… s’attendre à leur ruse ? Ce qui ne devrait pas être possible. Lorsque ce sont, non pas deux ou trois Mangemorts qui arrivent dans leur champ de vision, mais six, talonnant Ginny de près, Circé panique. Elle en a vu un, un septième, qui s’est arrêté de courir au tournant de l’escalier, et qui lève sa baguette, les yeux fixés sur les cheveux choux.

-          Stupéfix !

C’est Colin, qui l’a vu lui aussi. Le Mangemort bascule en arrière, tombe dans les escaliers, ne s’arrêtant que bien plus bas.

Leurs sorts dérisoires ne seront pas suffisants contre les six autres. Circé le sait d’instinct.

-          Ne les tue pas ! lui jette Colin entre deux sorts.

Elle s’arrête dans son geste. Cela ne lui laisse que l’alternative de protéger Ginny, qui est encore à une volée de marches d’eux et qui avance comme au ralenti. Le plus rapide de ses poursuivants l’a presque rattrapée, et tend la main vers ses cheveux qui flottent derrière elle…

-          Desillusio ! fait Circé.

Ginny disparaît, et l’homme referme sa main sur du vide.

-          On se replie ! crie la Serpentard-Poufsouffle à l’intention des deux autres.

Ils se mettent à courir. Un couloir, puis un autre, à demi dissimulé par une tapisserie. Circé est en tête. Elle ne s’arrête que lorsqu’elle est certaine de ne plus entendre d’autres bruits que ceux que font les deux Gryffondors, et se retourne alors vers eux.

-          Finite, souffle-t-elle, la baguette pointée sur le vide, qui laisse alors apparaître Ginny, essoufflée et presque pliée en deux.

-          On les a semés ? demande Colin, et cela semble le cas.

-          Je suis désolée, dit Circé, la voix hachée. Je ne voulais pas décider pour vous – je ne voulais pas fuir, mais j’ai eu peur – ils étaient trop nombreux – et vous ne voulez pas que je les tue – ils étaient sur le point de…

Elle sent une main se poser sur son avant-bras. Colin. Il sourit, Ginny aussi.

-          Merci de m’avoir sauvée, dit-elle. Tous les deux.

Ils se trouvent dans un corridor mal éclairé, que Circé n’a jamais emprunté au cours de ses six années de scolarité.

-          Où sommes-nous, exactement ? demande Colin comme si leurs pensées étaient connectées.

-          C’est… Stupéfix ! s’écrie Ginny, les yeux fixés sur une silhouette massive et encapuchonnée qui vient de déboucher dans le corridor et tombe à terre.

-          Par ici ! crient des voix.

Ils n’ont pas le choix. Ils se remettent à courir, repartant d’où ils étaient venus.

Ils ne tardent pas à se rendre compte que la situation est bien plus… mouvementée. Les combats, auparavant limités au rez-de-chaussée, se sont propagés jusqu’à l’étage où ils ont trouvé refuge – le quatrième. Il y a des Mangemorts partout. Des gens de leur camp, aussi, mais surtout des Mangemorts. Pas que Circé se soucie d’être reconnue, mais c’est mauvais pour eux. Les affrontements sont souvent des trois contre un, des quatre contre deux… Et lorsque les sortilèges manquent leur cible, ils continuent leur course jusqu’à heurter un obstacle, que ce soit une tapisserie, une armure, ou une personne de l’un ou l’autre des deux camps. Tous trois les évitent tant bien que mal, tandis qu’ils courent, cherchant un couloir moins bondé.

-          On ne se sépare pas ? hurle Ginny, en tête cette fois.

Le château semble s’être transformé en labyrinthe. Ils ont perdu leurs repères, peut-être à cause de ces combattants omniprésents et si inhabituels. C’est-à-dire, à cause de la panique. A la suite de Ginny, ils obliquent dans tel et tel couloir, se retrouvant parfois face à des choses qu’ils n’auraient pas voulu voir, d’autres fois face à des combattants qui leur barrent le chemin bien plus sûrement qu’un Sphinx, une Chimère ou même un Scroutt à pétard.

-          Ici, finit par dire Ginny en s’arrêtant net.

Quatre couloirs se rejoignent ici. Quatre issues potentielles… et quatre sources de menace. Pour l’instant, l’endroit est désert.

-          Ça vous va ? demande-t-elle sans les regarder, les yeux fixés sur deux hommes qui se battent très loin, tout au bout du couloir.

Pour toute réponse, ils prennent place à ses côtés, se tournant le dos pour avoir une vue complète des quatre issues. Circé oscille sur ses jambes pour sentir les épaules des deux autres contre les siennes. Elle est avec eux.

-          Je prends le quatrième couloir avec Circé, annonce le Sang-de-Bourbe – non, le garçon – non, Colin.

Ginny s’apprête à protester, mais il l’arrête.

-          On va se partager ce couloir avec Circé, et pour elle il désigne le couloir désert qui est entre eux deux. Je crois que rien n’en sortira, il vient de la Bibliothèque.

Le « Stupéfix ! » de Ginny fait office d’approbation. Le combat recommence, rendant tout dialogue impossible, hormis quelques « Bien joué » et, bien plus nombreux, des « Ça va toujours de votre côté ? »

Une fois ou deux, ce ne sont pas des ennemis qui débouchent sur eux, mais des alliés.

Ne l’ayant pas reconnu, Circé manque même d’en stupéfixer un. Ils ne font que passer, d’ailleurs.

-          Retournez vous cacher, les enfants ! leur jette un sorcier d’âge mûr lorsqu’il les dépasse. Alors qu’il s’engage dans son couloir, Ginny stupéfixie un Mangemort qui allait lui lancer un sort.

-          Je ne vois pas pourquoi il dit ça, fait-elle lorsqu’elle s’aperçoit que Circé l’a vue. On se débrouille pas mal, non ?

Leurs quatre couloirs sont jonchés de Mangemorts. Ce qui représente un obstacle supplémentaire pour les nouveaux arrivants.

Circé aimerait pouvoir lancer d’autres sorts que celui de Stupéfixion. Ce n’est pas que le côté monotone lui pèse. Être une machine à stupéfixer, si c’est à côté de Ginny et de Colin, lui convient mieux que bien. Mais le sort ne permet de mettre les ennemis hors d’état de nuire qu’un par un. Elle ne connaît aucun sort « inoffensif » permettant de toucher plusieurs personnes à la fois, et elle n’a pas le temps de creuser la question. Les Mangemorts arrivent par salves, et celles-ci sont de plus en plus rapprochées.

Il va être trop tard, voilà la phrase qui lui vient à l’esprit tandis qu’elle crible mécaniquement de Stupéfix l’autre bout du couloir. Desserrant à peine les dents. Comme quoi les sortilèges informulés étaient à sa portée, au final.

-          On peut s’arrêter cinq minutes ? demande Colin. Se replier, juste un moment ?

Il est trop tard.

Elle a instinctivement compris le sens de ses mots. Il a à peine frémi lorsqu’il a reçu le sort, mais c’était suffisant pour la faire frémir aussi, avec leurs épaules qui se touchent. Est-ce que Ginny l’a senti, elle aussi ? Circé ne sait pas de quel sort il s’agit, mais il y en a un. Pourtant, Colin continue d’enchaîner les Stupéfix, toujours eux, mettant à terre tous les Mangemorts qui se présentent dans son couloir.

Ginny a dû comprendre, se dit Circé, car elle réagit très vite, demandant à Colin s’il est capable de marcher.

-          Quel est le couloir le moins fréquenté ? fait-elle, s’adressant à Circé.

-          Le nôtre.

Ils partiront par là.

Après une dernière explosion de sortilèges et au « go !! » de Ginny, ils se hâtent dans le couloir de la bibliothèque, Circé en avant, rejetant hors de leur chemin les quelques Mangemorts immobiles, Ginny fermant la marche, avançant à reculons. Colin au milieu, clopin-clopant.

Leur but est d’entrer dans la première salle de classe qu’ils rencontreront, mais Colin est de plus en plus lent et le couloir devient interminable. C’est alors que Ginny les pousse sans crier gare sur une des tapisseries bordant le mur. A première vue, elle n’est pas différente des autres, mais se révèle cacher un étrange angle dans le mur, assez large pour que Colin puisse s’asseoir et que les deux filles s’accroupissent près de lui.

-          Assurdiato ! fait Ginny. Je pense que personne ne nous a vus, et maintenant ils ne pourront pas non plus nous entendre.

Puis elle regarde Colin, et sa voix se fait plus douce, presque craintive.

-          Tu as été touché ?

-          Ce n’est rien, répond celui-ci. Je ne crois pas que le sort m’ait fait grand-chose. Je suis juste… fatigué.

-          Un sort qui fatigue ? Ils manquent vraiment d’imagination, ces Serpentards, répond-elle sur le même ton, comme si tout n’était qu’une vaste plaisanterie, avant de se troubler et de s’adresser à Circé : « Pardon. Il ne faut plus que je dise des choses comme ça, maintenant que j’ai une Serpentard parmi mes alliés. »

-          Tes amis, la corrige Colin.

-          Mes amis.

Circé serait prête à entendre un millier de critiques, si c’est pour recevoir tant de gentillesse. Une alliée, elle ? Une amie ? C’est plus que tout ce que Drago aurait jamais songé à lui offrir. Elle se doute bien que l’amitié n’est pas si simple, mais le mot est la promesse de quelque chose, pour l’avenir. Pourtant, elle ne ressent pas la joie sans borne à laquelle elle se serait attendue. Elle se fait du souci pour le garçon. Pour Colin. Son ami, si tant est qu’on puisse être ami avec un étranger qui vous a déboîté l’épaule en vous sauvant la vie. Ce dont elle est certaine, c’est qu’il compte pour elle. Il ne lui a fallu que… quoi, une heure ? deux ? pour s’attacher à lui. Et il n’a pas l’air d’aller bien. Elle ne dit rien à ce propos, gardant ses doutes pour elle. Durant les minutes qui suivent, Ginny est silencieuse elle aussi. Elles attendent. Le seul bruit, dans la tente-cabane formée par la tapisserie, est celui du souffle court de Colin. Qui ne revient pas à la normale. Encore quelques minutes, et Ginny ne parvient plus à garder son inquiétude pour elle.

-          Comment tu te sens, Colin ?

-          Oh, pas mal du tout, répond-il d’une voix sifflante. Les cinq minutes sont déjà passées ? On y va, alors.

Malgré leurs protestations, il tente de se lever avant de se laisser retomber contre le mur, la tête en arrière.

-          Encore cinq minutes et j’irai mieux, dit-il. Vous… Vous n’avez qu’à y aller sans moi. Je vous rejoindrai.

-          Hors de question, dit Ginny tandis que Circé secoue la tête avec vigueur. On ne se sépare pas.

Alors ils attendent.

Jusqu’à ce que…

-          Vous avez entendu ? demande Ginny.

Entendu, oui… Ils ont entendu un nombre incalculable de choses. Peu de personnes se sont approchées de la tapisserie depuis qu’ils y ont trouvé refuge, mais les couloirs alentours ne cessent de bruire de cris et de chocs.

-          Quoi ? demande Circé.

Colin lève sa baguette.

-          Je… Je crois que j’ai entendu la voix de mon père.

Elle tressaille.

-          Quand tu te seras assez reposé, on pourra peut-être le chercher, dit-elle à Colin qui hoche la tête en signe d’approbation. Juste pour vérifier qu’il va bien.

Ils se taisent à nouveau, écoutant les bruits de combat qui les cernent de tous côtés. Il ne se passe que peu de temps avant que Ginny ne soit à nouveau parcourue d’un frisson. Là où Colin et Circé n’entendent qu’un mélange indistinct de cris, elle semble extraire ceux de ses proches de la masse informe. Circé a croisé le regard de Colin, et elle est certaine que lui non plus n’a pas de membre de sa famille dans la mêlée.

Il y a sûrement Drago quelque part, mais elle refuse d’y penser, parce qu’elle n’est pas sûre de ce qu’elle ressent à son sujet.

-          Je l’ai encore entendu. Mon père.

Ginny ne dit rien de plus, mais sa nervosité est visible. Son regard saute d’un visage à l’autre, de sa baguette à la tapisserie, et elle se mord la lèvre. Sans rien dire.

Cela dure pendant cinq minutes encore, ou dix, ou simplement deux, comment le savoir ? Les cris ont remplacé le tic-tac régulier des horloges.

Tout ce temps, qui pourrait aussi bien être une éternité, Circé l’a passé les yeux fixés sur Ginny.

Ginny, Ginny, Ginny. Le garçon était présent à son esprit, aussi. Comme si, dans sa tête, ces deux Gryffondors se mêlaient en une seule notion, quelque chose à chérir, qui lui soulève le cœur.

C’est Colin qui rompt le silence (tout relatif) après que Ginny a sursauté comme un animal aux abois.

-          Tu devrais aller voir, Ginny. Tu l’as encore entendu…

Il s’interrompt, prend une grande inspiration saccadée, reprend :

-          Il a peut-être besoin d’aide.

-          Je ne peux pas te laisser ! se rebute Ginny.

-          Je ne serai pas tout seul… Circé va rester avec moi. Je vais mieux, de toute façon.

A ces mots, il jette un regard appuyé à Circé, et elle répète, docile :

-          Je vais rester avec lui.

Sauf qu’elle ne veut pas. Elle veut rester avec lui, bien sûr, mais elle ne veut pas que Ginny s’en aille. Qu’elle s’en aille, toute seule, dans cette bataille où elle ne se défend qu’à coups de sorts mineurs. Laissant Circé, accessoirement, et Salazar sait qu’elle ne veut pas avoir froid de nouveau.

-          Non, refuse Ginny, et Circé souffle intérieurement.

-          Si, dit Colin.

Ils se regardent, longtemps, dans une conversation que Circé ne peut pas entendre, et encore moins comprendre. Lorsqu’ils en reviennent au langage habituel, c’est Colin qui est vainqueur.

-          Je vais simplement voir, dit Ginny. Je reviens dans cinq minutes. Vous avez intérêt à être toujours là.

Circé est vaincue, elle aussi. Elle ne peut que s’incliner, malgré la peur qui la fait frissonner.

Ginny serre Colin dans ses bras, puis fait de même avec Circé. Transport et angoisse font battre son cœur plus vite.

-          Fais attention, dit-elle.

La seule chose qu’elle est capable de dire, mais cela suffit.

-          Repose-toi, Colin, recommande la Gryffondor à son ami, qui lui répond d’un « compte-sur-moi » enjoué.

Puis Ginny soulève un pan de la tapisserie, jette un coup d’œil aux alentours, et s’extrait de la cachette. Le tissu retombe, lourd et poussiéreux. Remuant aussi une lointaine odeur de sang.

Colin, qui s’était redressé pour Ginny, se laisse retomber de tout son poids. Sa tête est en arrière, ses mains posées au sol. N’était le mur pour le soutenir, il serait allongé.

-          Colin, dit Circé.

-          Mmh ?

-          Même dans une heure, tu ne pourras pas te lever.

-          Je sais.

-          Où est-ce que le sort t’a touché ?

Il lève une main tremblante et se tapote la poitrine, près du cœur.

-          Ils ont bien visé, dit-il en guise de commentaire.

-          Je ne pense pas que cela fasse une quelconque différence, dit Circé. L’expression « touché en plein cœur » n’est qu’une expression moldue, valable pour leurs armes rudimentaires, et que les Sang… les Nés-Moldus ont apportée avec eux. Ce n’est qu’une croyance. Je peux regarder ?

C’est la première fois qu’elle parle autant. A Colin, peut-être à qui que ce soit, va savoir. Le garçon a l’air surpris, mais acquiesce.

-          Je t’en prie… mais débrouille-toi avec les boutons.

Circé se rapproche de lui pour les défaire un par un. Le torse de Colin est absolument normal. Pas la moindre trace d’impact, juste de la peau pâlotte. Elle met sa main à l’endroit qu’il lui a indiqué, et lui jette un regard stupéfait. Sa peau est glacée. Suffisamment glacée pour qu’elle, qui a toujours eu les mains froides, presque engourdies, trouve qu’en comparaison son propre sort n’est pas si mal. Colin a vu sa réaction et hausse les sourcils.

-          Tu n’as pas froid ? demande-t-elle.

-          Non. Pourquoi ?

Pour toute réponse, elle boutonne à nouveau la robe du garçon jusqu’au dernier bouton. Elle se saisit ensuite de sa main. Chaude. L’autre aussi. Son front ? Pareil. Le cou est tiède, entre les deux.

-          Tu es assez énigmatique, comme infirmière, lui fait remarquer Colin en plaisantant.

Si elle était une vraie infirmière, ou n’importe quoi d’autre, elle pourrait faire quelque chose. Mais elle ne connaît pas ce type de magie, dont l’action est différée dans le temps, permet de toucher un ennemi, peut-être même sans qu’il s’en rende compte. Elle ne connaît pas assez la magie noire et le regrette, alors qu’auparavant elle estimait en savoir bien assez.

-          Tu es très froid près du cœur, alors que tes mains sont chaudes, se contente-t-elle de dire.

Des mots simples, descriptifs, que Colin accepte puisqu’il ne répond pas, ferme les yeux.

Peut-être qu’il ne se rendra compte de rien, pas comme elle.

-          Ginny ne revient pas, finit-elle par dire, parce que c’est la vérité même – Ginny est partie, et cela fait plus de cinq minutes, et que faut-il en conclure ?

-          C’était le but, sourit Colin.

Circé lui jette un regard perplexe. Elle ne comprend pas et attend qu’il lui explique :

-          Je ne voulais pas qu’elle voie ça.

Le dernier château de cartes s’effondre. Il ne reste plus que quelques fondations à balayer, ce dont Circé se charge en faisant semblant de ne pas avoir compris qu’il a compris qu’elle a compris qu’il a compris.

-          Ça, quoi ?

-          Ça, ma mort.

Colin a pris un ton détaché et Circé est soudain incapable de faire semblant correctement. Il faudrait qu’elle bondisse, qu’elle abrutisse ce garçon de dénégations jusqu’à ce que le flot de paroles l’endorme, littéralement de préférence. A la place, elle dit, d’une toute petite voix mal assurée : « Mais peut-être que tu ne vas pas mourir », employant le même mot direct que lui, parce qu’elle-même n’a jamais tourné autour du pot lorsqu’il s’agissait de la mort. Jusqu’ici, elle ne l’a jamais crainte, parce que la vie n’était pas inoubliable.

-          Ne t’inquiète pas, dit Colin en souriant à nouveau. Je ne me rends pas tout à fait compte de ce que ça implique.

Il respire à fond, prend son temps avant de parler à nouveau :

-          Je suis en train de me refroidir, on est d’accord ? C’est comme si mon cerveau vivait la même chose. Tout est entouré de coton. Les sons sont amortis. En fait… on dirait que tu es très loin.

Circé sait ce qu’elle doit faire. Elle se décale jusqu’à être flanc contre flanc avec Colin, prend sa main dans la sienne. Aussi chaude que tout à l’heure. Ce n’est pas pour tout de suite.

-          Tu ne le connaissais pas, ce sort ? demande Colin, et Circé remarque alors que sa voix semble un peu lointaine. Flottante. Elle ne l’avait pas remarqué avant, ne le connaît pas assez pour cela.

Maintenant, elle ne le connaîtra jamais.

-          Non. C’est un… horrible sort.

Horrible. Le mot la déçoit, incapable de transmettre ce qu’elle voudrait. Un sort qui vous transforme lentement en cadavre, accélérant le processus de la vie. Un sort qui vous fait devenir froid, rend vos mouvements laborieux, votre respiration difficile, ralentit progressivement les battements de votre cœur.

            Colin hoche la tête, et ce serait imperceptible si Circé ne le fixait pas de ses yeux grands ouverts. Il y a une question qu’elle ne devrait pas lui poser, et qu’elle ne peut retenir, parce que vraiment, le monde est si étrange de nos jours, tout est sens dessus-dessous :

-          Pourquoi tu ne paniques pas ? Tu n’as pas peur ?

-          Je te l’ai dit… fait Colin qui a l’air fatigué. J’ai l’impression d’être dans du coton. De ne pas voir plus loin que ça… Chez moi… chez moi c’est la campagne, il y a des champs partout. Si tu t’allonges dans un champ de blé… tu es entouré d’épis, ils sont… mille fois plus haut que toi. Ils te cachent le monde. Il n’y a plus qu’eux, la terre, et un petit morceau de ciel… Je me sens comme ça.

Il ne peut plus faire de phrase sans avoir besoin de reprendre son souffle. Encore un signe qui confirme leur intuition à tous les deux : il décline. Circé ne dit rien.

-          La seule chose que je regrette… reprend-il, c’est de ne pas avoir pu dire au revoir à mon petit frère. A mon père, aussi, mais surtout à Dennis.

Circé est saisie par le désir incontrôlable d’échanger sa place avec ce garçon dont elle ne savait même pas qu’il avait un frère. Je ne manquerais à personne, moi, se dit-elle, et elle ne le regrette plus vraiment – elle regrette de ne pouvoir en faire quelque chose de beau. Mais elle ne le dit pas à Colin. Il serait, d’ailleurs, incapable de lui faire comprendre la vérité, allongé qu’il est dans un champ, la vérité qui est la suivante et que personne n’a jamais dite à Circé : que ce qui donne de la valeur à une vie, à une personne, ce ne sont pas les gens qui l’aiment, mais l’amour qu’elle est capable de porter aux autres.

Cette leçon sera pour une autre fois, Circé en reste oublieuse. Pour le moment, dans un effort désespéré pour mieux connaître Colin, elle le fait parler. D’une voix lente, saccadée, parfois presque inaudible, il lui parle de Dennis, de choses qui comptent pour lui. Il ne dit pas grand-chose, finalement, rien d’extraordinaire, mais Circé est suspendue à ses lèvres. Puis il s’endort au milieu d’une phrase. Elle le veille, tenant toujours sa main, et elle attend.

Que Ginny revienne.

Qu’un Mangemort les trouve.

Que Colin devienne complètement froid.

-          Elle n’est pas là ? demande Colin, les yeux papillonnants, lorsqu’il s’éveille à nouveau. Je suis désolé que tu sois là, toi.

Circé rejette sa dernière phrase d’un geste de la main.

-          Tu crois qu’elle va bien ?

-          Evidemment. Elle est plus douée que moi. Elle est certainement prise dans le feu de l’action. Et elle veut sûrement… me donner plus de temps pour récupérer.

Une pause, si longue que Circé croit qu’il s’est rendormi.

-          Quand tu iras la retrouver, tout à l’heure… Tu ne lui diras pas, pour moi, d’accord ? Invente quelque chose. Attends la fin de la bataille pour…

Il ne dit pas « attends qu’on ait gagné ». Quelle que soit l’issue des combats, c’est Ginny qui importe. Circé adhère totalement à cet état d’esprit. Elle serre fort la main de Colin. « D’accord ».

-          J’aurais voulu te connaître avant, dit Colin, et elle serre encore plus fort, sans que cela paraisse le déranger.

 

 

* * *

 

 

Plus tard, tremblant malgré elle, Circé laissera retomber la main devenue glacée du garçon. Elle le dissimulera d’un sortilège d’invisibilité, parce que c’est ce que lui dictera l’impulsion du moment. Puis elle sortira, sans songer à se cacher elle-même, se frayant un chemin au beau milieu des combats, s’y mêlant négligemment – les yeux moins fixés sur ses ennemis que cherchant Ginny, parce qu’elle sera de retour au point de départ, celui où seule compte la Gryffondor rousse qu’elle ne connaît pas. Ginny, et ses propres mains si froides à cause d’un Gryffondor qui aura traversé sa vie le temps d’une bataille.

Elle trouvera Ginny. Elle lui mentira. Elles se battront côte à côte.

 

Note de fin de chapitre :

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, je prends le positif et le négatif :)

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