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128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

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A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
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A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Journée Reviews de novembre !


Les reviews, vous aimez en écrire et en recevoir ?

Entre deux textes pour le nano, nous vous invitons à participer à la Journée Reviews de novembre qui aura lieu du vendredi 18 au lundi 21 novembre. Vous pouvez venir vous inscrire sur cette page du forum jusqu'au mercredi 16 novembre. On a hâte de vous accueillir avec une bonne tasse de thé, des gâteaux et de nouveaux textes à découvrir !

A très vite !


De Le duo des Journées Reviews le 05/11/2022 20:37


Deus Ex Machina par Ivichki SyrVikan

[7 Reviews]
Imprimante
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

Bonjour, à l’instar de mes divers récits, je m’applique à travailler chaque texte différemment afin d’exercer ma forme et mon fond. Pour cette nouvelle, j’ai tenté de donner corps au paysage ceignant mes protagonistes, sans que cela n’alourdisse néanmoins l’histoire. J'espère que le résultat vous plaira.

Ps : Cette histoire à été écrite pour le concours "Mon centaure bien aimé".

Le soleil se répandait sur la roche nue, tel un tapis brûlant, dont les langues chaudes faisaient miroiter l’horizon pour en ériger de fantomatiques collines vaporeuses. Au sol, de larges anfractuosités conservaient jalousement une ombre bienvenue ; créant un tel contraste avec la pierre blanche surchauffées, qu’il semblait que quelqu’un avait déposé des plaques de goudrons frais au sol. 


Pas une âme ne s’agitait dans ce paysage monochrome et inhospitalier dont l’air immobile semblait, à chaque respiration, plus épais. Charlie Weasley plissa une nouvelle fois les yeux devant le paysage accidenté, habillé d’une végétation aussi éparse qu’inégale, et se retourna pour regarder derrière lui. Du plus loin que pouvait porter son regard, rien de cette roche sèche, pourtant vaguement familière, ne lui rappelait quoi que ce soit.


Comment était-il arrivé ici ? 


Une main en visière, le jeune homme de vingt-et-un ans tenta de se repérer dans cet océan lumineux qui lui brûlait la peau et lui faisait tourner la tête. Mais sans succès. Étrangement, il était incapable de rassembler ses souvenirs pour se remémorer ne serait-ce que là où il se trouvait la veille. Plus il essayait de mettre la main sur une image, une sensation, et plus il sentait comme un grand vide cotonneux prendre place au centre de son être pour le déboussoler davantage.


Il avait revu sa famille, de cela il en était certain. Malheureusement, il était bien incapable de calculer le temps s'étant écoulé depuis qu’il avait rejoint ses parents et ses frères en Égypte. En était-il parti ? Ou bien se trouvait-il toujours dans ce pays au passé mystique et fantasmé que son grand frère lui avait tant vanté ?


Avec une appréhension mêlée d’excitation, provenant de son esprit cotonneux, il se mit en marche en prenant la direction du soleil encore haut dans le ciel. Ses pieds crissèrent sur le sol assoiffé lorsqu’il s’engagea sur la pierre inégale, et il maintint sa paume devant son visage pour se protéger de l’ardeur de l’astre du jour.


 


Les heures sont-elles des jours pour le pénitent ? Ou bien le temps est-il simplement si cruel qu’il impose sa force sur chaque Homme pour lui faire durement ployer le genou ? Charlie l’ignorait. Tout comme il ignorait d'où lui provenaient ces questions si sibyllines, loin de la rationalité de ses propres pensées.


Le soleil descendit peu à peu sur l’horizon, à mesure que ses pas fatigués le menèrent vers une destination qu’il était bien incapable d’entrevoir. L’odeur de la mer se fit un instant sentir et il leva une mine attentive pour tenter de percevoir un miroitement dans ce paysage à la brillance mouvante. Ni le ressac des vagues, ni le bruit de l’écume glissant où se fracassant sur les galets ne se fit entendre et il accéléra inconsciemment le pas.


Devant lui, apparut alors progressivement une large éminence rocheuse cachant le reste du paysage à ses yeux. Il l'emprunta sans hésitation et remarqua vite que la végétation se faisait peu à peu plus présente et l’air plus respirable. Il reconnut de nouveau cette odeur si particulièrement iodée, lui rappelant ses courts voyages sur la mer Méditerranéenne. D’ailleurs, si on lui avait posé la question quant à sa localisation actuelle, il aurait largement envisagé se trouver sur une des côtes nord de cette même mer. En Grèce ou peut-être en Yougoslavie, mais il n'était finalement sûr de rien.


Après une escalade que le soleil descendant accompagna, Charlie parvint bientôt au faîte de ce promontoire rocheux se colorant de l’or du soir. Il savait la mer non loin, il la sentait dans toutes les fibres de son être éreinté. Son murmure bruissant glissait et se mêlait à la brise chaude qui jouait avec ses cheveux à la rousseur flamboyante. Oui, il en était sûr, elle était, là. Juste après ce large rocher plat, allongeant son ombre autour de lui à mesure que la luminosité déclinait.


Enfin, il posa le pied sur le point le plus culminant et se retrouva tout en haut d’une longue falaise inégale. Celle-ci était parsemée de pins parasols s’accrochant à la roche pour ne pas sombrer des centaines de mètres plus bas. Il s'était attendu à la voir ici, cette mer d’un bleu si intense qu’elle se serait confondu avec le ciel et aurait lié son horizon avec le sien ; laissant finalement croire que le monde trouvait sa fin en cet endroit bien précis.


Pourtant, rien de cela ne parvint jusqu’à son regard quelque peu perplexe et c’est un océan de brume qui s’offrit à lui. Celui-ci s’étirait indolemment aux pieds de ce littoral déchiqueté et montait doucement à l’assaut de la paroi, tout en semblant ne jamais réussir à véritablement avancer. Il entendait les vagues jouer avec la houle et se mouvoir sous lui. Sous cette vapeur épaisse, grignotant le marine et le turquoise de l’onde à l’humeur bien souvent changeante. Elle était là, et c'était tout ce qui comptait.


Un sourire craquelé par la sécheresse illumina les traits du jeune homme et il se sentit soudain au bord du monde. Entre ici et là-bas, tel le Voyageur de Caspard Friedritch, contemplant la profondeur de son propre monde dont la spiritualité se reflétait sur chaque goutte d’eau en suspension. 


Fermant les yeux, il se prit à imaginer que le temps suspendait son court. Cessant d’égrener ses perles sur le long chapelet usé de la vie en lui laissant la possibilité de ne plus jamais avoir à quitter cet endroit. Une odeur capiteuse lui fit cependant rouvrir les paupières et il tourna le regard vers la droite, pour y apercevoir un vieux monsieur assis en tailleur un peu plus loin.


Étonné de ne pas l’avoir remarqué plus tôt, Charlie arpenta les pierres inégales pour rejoindre le vieillard dont la longue cape cachait son corps ; tandis que son visage parcheminé était en partie dissimulé par une large capuche. Autour de lui, plusieurs plats de cuivre contenaient des bâtonnets d’encens fumant dont l’odeur lui parut familière. Lui rappelant les bras accueillant d’une femme et le parfum de ses lourds cheveux défaits.


 


-Bonjour, commença-t-il en se demandant quelle langue était de mise dans cet endroit oublié des Hommes.


Il ne reçut aucune réponse et s’assit, lui aussi, en tailleur au centre du cercle formé par la douce fumée odorante qui lui fit légèrement chavirer les sens. Derrière l'homme, le soleil tombait vers l’horizon en nuançant peu à peu ses rayons, colorant progressivement les alentours d’un orangé lumineux. Sans qu’il n’y prenne garde, ses pensées virevoltèrent autour de lui. 


Il se sentit à nouveau fermer les yeux, tandis que les effluves de l’encens le caressaient et s’entortillaient autour de ses songes pour s’accorder avec sa respiration. Le bruit d’étoffe se fit imperceptible, mais il suffit pour faire revenir Charlie au présent et le faire rouvrir les paupières.


Devant lui, le vieil homme avait disparu. À sa place, se tenait désormais une splendide femme dont les vastes ailes noires miroitaient de reflets bleutés ; contrastant avec la fourrure ocre de son corps félin terminé par une longue queue s’agitant nonchalamment.


-Vous…


Son esprit vrilla, tangua à mesure que les vapeurs se faisaient plus fortes et que sa raison tentait de se raccrocher à ses certitudes. Face à lui, cette femme qui n’en était pas vraiment une agita sa longue chevelure. Celle-ci était aussi noire que la plus sombre des nuits sans lunes et presque aucune lumière n’accrochait son grain. Elle s’assit ensuite à même la pierre, avec une grâce féline qu’aucun humain ne pourrait imaginer imiter. Puis, ses pupilles en amandes se rivèrent aux siennes. 


Charlie se sentit pris au piège. Piégé par son propre corps dont il sentait la lourdeur le peser. Mais également par un sentiment incroyablement puissant qui sembla se déverser en lui pour engloutir ses sens encore ébranlés. Où était-il ? Qui était-il ? Il voyait ses pensées s’éparpiller telle une nuée de moineaux épris de liberté. Montant ainsi jusqu’au ciel, pour tournoyer encore et encore autour de son corps fait d’une chair mortelle et désormais bien trop lourd à porter.


Aussi soudainement que s’il sortait la tête hors de l’eau, il reprit ses esprits et inspira profondément un air marin, porté par une brise bienvenue. La  créature merveilleuse se tenait toujours assise sur ses pattes arrière et semblait le dévisager avec une suffisance amusée. Elle battit plusieurs fois de ses longues ailes aux plumes brillantes et les replia sur son dos sans un mot.


Que devait-il dire ? Y avait-il ne serait-ce qu’une seule phrase qui puisse réunir en ses mots malhabiles toute la puissance de ses pensées fracassées ? 


-Vous êtes un Sphinx… furent les seules choses intelligibles qui lui vinrent à l’esprit.


-En effet, lui répondit alors l’apparition, dont la fourrure ondulait sous le léger vent charriant l’air salin. J’aimerais te féliciter pour cette constatation, mais je sais que nombreux sont les Hommes à nous avoir déjà croisé, moi et mes sœurs, à travers ce vaste monde. 


Ses grands yeux de félin, dont l’iris vert tirait sur le jaune le plus incroyable qui lui ait été donné, se plissèrent de contentement et sa bouche forma un léger sourire conquis.


-Sais-tu pourquoi tu te trouves ici, petit homme ? lui demanda-t-elle ensuite.


Charlie fronça les sourcils et tenta de se reprendre. Oui, pourquoi était-il là et comment était-il arrivé, en définitive ? Il n’en savait rien et il baissa son regard sur ses deux mains, toujours posées sur ses genoux. Il savait qu’en les tendant devant lui, il pourrait presque effleurer les deux longues pattes que la créature maintenaient posées au sol et dont les griffes rétractiles se devinaient sous le poil dense.


-Je l’ignore, finit-il par dire en observant le beau visage qui ne cessait de scruter ses réactions. Vous allez me demander de résoudre une énigme ?


Ses mots la firent rire et il sentit son corps se détendre tandis qu’il souriait à son tour, sans avoir aucune idée de ce qui avait bien pu lancer son hilarité.


-Il est sûr que je vais te le demander. Et, si tu y réponds mal, tu mourras, tel est le mythe du Sphinx, n’est-il point ?


Le sourire du jeune homme disparu sur l’instant et un frisson glacé lui coula dans le dos. Il voulut se relever, mais ses jambes ne lui répondirent pas, ni ses bras, ni son torse dont la respiration se faisait maintenant sifflante. Il remarqua que, plus il s’acharnait à vouloir bouger, et plus le sourire du Sphinx s’étirait pour dévoiler deux fines canines, brillant sous ce soleil maintenant mâtiné de pourpre et de vermeil.


À bout de forces, Charlie cessa de se débattre en inspirant longuement et porta un regard clair et sévère sur la majestueuse créature d’un autre temps. Celle-ci hocha la tête de manière entendue lorsqu’elle interpréta son mutisme renfrogné et ses longues ailes s'agitèrent avant de se reposer sur son dos. 


-Ta résistance t’honore, petit être, sois-en certain. Es-tu maintenant prêt à recevoir mes paroles ?


-Ai-je vraiment le choix ?


Elle rit de nouveau et posa ses coudes à même le sol pour faire reposer son menton délicat dans une de ses larges pattes. 


-Vaste question que voilà. Le choix est entièrement nôtre dès l’instant où il nous appartient et, pour ta part, il n’y a aucun choix. Seulement la conséquence de tes actions. N’as-tu pas remarqué que, malgré cette magie qui coule dans tes veines, tu es venu à moi sans en avoir fait usage un seul instant ? Tu as marché à travers ce désert brûlant, te repaissant de ce paysage que seule ton âme a su apprécier, et pas une seule fois tu n’as fui la douleur des éléments. Courage ou idiotie, ces deux mots sont finalement si similaires quand on y pense. Mais cela fait de toi quelqu'un de bien plus intéressant que je ne l’imaginais.


Le jeune homme ne répondit rien et laissa son interlocutrice se remettre sur ses quatre pattes pour entamer quelques pas. Elle le contourna avec une lenteur calculée et esquiva adroitement les larges plats de cuivre. Ceux-ci crachotant une lourde fumée blanchâtre se délitant doucement dans l’air du soir.


-”Tout comme le sang”, commença-t-elle d’une voix à la suavité du fruit sucré. “Je me glisse dans les veines tel un flot insidieux et perfide. Car je suis la douceur d’un poison amer et bienvenu, signant votre perte dès la première gorgée. Qui suis-je”


Elle revint enfin face à lui et se rassit avec souplesse.


-Voilà mon énigme. Voyons si l'humain que tu es saura faire preuve de clairvoyance. Non ! continua-t-elle en voyant le jeune homme ouvrir la bouche. Réfléchis avec justesse car il n’y aura pas d’essais, uniquement ta réponse, bonne ou mauvaise.


-Qu’arrivera-t-il si je vaincs ? demanda finalement le jeune homme après avoir pris quelques secondes de silence. Allez-vous vous jeter du haut de la falaise et y mourir, tout comme fit le Sphinx duquel Œdipe triompha ?


Avec un rire clair qui rebondit sur la pierre rougie par le soleil déclinant, la créature hocha la tête de dénégation et lui adressa un sourire moqueur.


-Ah, Œdipe… Cet homme était d’une arrogance folle, pour tout te dire. Mais je vais t’apprendre quelque chose, petit homme curieux. Vois-tu, notre peuple compte bien peu de membre car nous sommes toutes des filles de Typhon le Titan, Dieu parmi les Dieux, et nées de son ineffable colère. Notre grandeur se transmet à travers les âges car, en vérité, il n’y a pas de Sphinx Égyptien, encore moins de Sphinx Grec mangeurs d’hommes ou autres êtres nés de l’imagination des hommes. Non, il n’y a que nous, reines de ces vastes étendues de ciel que vous contemplez bien souvent avec envie. Nous traversons vos âges dans un battement de plume et aimons descendre jusqu’à certains que nous jugeons digne d’intérêt. Quant à Œdipe, c’était un imbécile ayant seulement entrevu le dessein que j’ai souhaité qu’il me devine, rien de plus. 


-Vous êtes donc immortelle ?


-Pour ma part, aucun être doué de sens n’a encore été capable de me terrasser, alors je préfère simplement prétendre vivre une longue et paisible vie. Mais je t’ai posé une énigme, gentil chaton, je te conseille de prendre le temps d’y réfléchir.


Le jeune homme se renfrogna et porta son regard au loin, par-delà cet horizon maintenant barré de longues traînées nuageuses d’un rose profond. “La douceur d’un poison amer”. Oui, l’amertume était présente au plus profond de sa gorge, se distillant dans son corps, celui-ci paralysé par une magie à la puissance bien trop vaste pour qu’il puisse l’appréhender entièrement. Elle s’insinuait et colorait son esprit pour en noircir les angles et rendre tout cela vain. 


Il tourna son regard vers la créature surnaturelle, dont la queue battait doucement en rythme, et cru la reconnaître. Ce fut bref mais, durant une seconde, il eut la sensation très nette de ses lèvres sur les siennes. Cette impression disparut aussi vite qu’elle était apparue en lui soufflant ce sentiment d’inachevé qu’il ne réussissait jamais à saisir véritablement.


 


-Pourquoi ? finit-il par demander. Pourquoi vivre plus de mille ans pour répéter inlassablement les mêmes devinettes à des êtres que vous jugez inférieurs ?


Avec un étonnement teintant délicatement ses traits, le Sphinx pencha la tête sur le côté et le contempla silencieusement.


-Pourquoi l’enfant suit-il les pérégrinations d’une fourmi courant sur le sol ? lui dit-elle d’une voix amusée. Pourquoi s’émerveille-t-il de la force de cette si minuscule et si insignifiante vie, perdue dans le temps où tout est tellement plus que rien ? Il n’y a pas vraiment de réponse à cela. Il n’y a pas non plus de réponse au fait que, certaines fois, ce petit enfant si curieux plante ses doigts fébriles dans la terre meuble pour, motte après mottes, ouvrir à cœur la gigantesque fourmilière désormais condamnée par son insouciance. Car insouciance il y a là lorsqu’il pose un regard émerveillé sur le sol qui se couvre alors d’un tapis vivant et noirâtre ; dernier sursaut de survie d’une colonie en berne dont la destinée réside en l’injuste de l’ignorance heureuse. 


Le jeune homme assimila ses paroles si étranges et fronça les sourcils.


-L’insouciance n’est pas réellement le qualificatif que j’utiliserais pour définir un être tel que vous.


-En effet. Parlons plutôt de curiosité opiniâtre si tu préfères. 


-Une curiosité cruelle qui mène les hommes à leur perte ou au parjure par ignorance. Mais bon, j’imagine que je ne dois pas juger les occupations des Dieux.


Le Sphinx agita une patte griffue devant elle, semblant balayer ses paroles d’un geste,


-Ne te méprend pas, chaton. Cruauté il n’y a pas chez moi, cela est une notion purement humaine que seuls les faibles d’esprits, tels que vous, pouvez entrevoir.


-Alors pourquoi imposer vos caprices aux hommes ? Votre âge devrait faire votre sagesse.


-Oh non, je laisse la sagesse aux vieux croulants qui pensent tout savoir et aux nonnes qui s’imaginent avoir trouvé la solution dans les bras d’une statue de cire portant la croix. Tu es une fourmi, petit homme, et il m’amuse bien plus que tu ne peux te le figurer que de t’observer te battre face aux lois que le Destin t’impose contre ton gré.


-Alors j’avais raison, il vous plaît d’être bourreau. Nommez la chose comme vous le voulez, sa définition reste la même.


         Le Sphinx parut agréablement surpris et ses ailes s’agitèrent doucement, accompagnant sa moue curieuse.


-Peut-être est-ce toi qui as raison, mais, en effet, il me plaît. Allons, ne fait pas cette mine, tu te montres tout de même bien plus digne d’intérêt que certains hommes ayant croisé ma route. Beaucoup geignent et supplient, d’autres prient, bien peu se battent, si tu veux savoir. C’est d’ailleurs bien dommage, car ce sont ces derniers qui m’amusent le plus. Je pourrais même aller jusqu’à dire qu’ils me fascinent. 


         Charlie la regarda allonger son corps félin sur le flanc et cette même impression de la connaître s’imposa à son esprit. Il n’eut cependant pas la possibilité de tenter d’y voir plus clair car elle reprit.


-Mais je vais t'avouer une chose, lui dit-elle en posant une large patte tout près de lui. Les Dieux sont ennuyeux à souhait. Aucun ne revêt une quelconque importance à nos yeux car aucun ne sait ce que se battre signifie. Oh, bien sûr ils se chamaillent pour des raisons diverses sur les cimes de l’Olympe ; mais ils ignorent tous jusqu’au sens de ce mot que, vous, petits humains, comprenez mieux que personne. Ne fais donc pas cette tête, si ta Destinée ne te convient pas, alors prie ou maudis ceux d’en-haut, comme les hommes savent si bien le faire. Personne ne viendra, car aucun ne veut contrarier le Passeur, mais peut-être cela soulagera-t-il ton âme, qui sait ?


Un silence immobile fit écho aux dernières paroles de la splendide créature et Charlie inspira profondément l’odeur de la terre chaude, que la fin de journée faisait ressortir. Elle parlait des Dieux comme s’ils étaient aussi réel que lui l’était, peut-être était-ce vrai, peut-être ne l'était-ce pas ? Le jeune homme se fit la réflexion que cette question était finalement si secondaire et il la repoussa au fond de son esprit. À la place, il observa à nouveau l’horizon dont le soleil à demi voilé semblait s'étaler sur cette mer gris perle.


 


“Un flot insidieux et perfide”, se remémora-t-il, en levant les yeux vers les premières étoiles apparaissant loin à l’Est. Tout comme ce sentiment d’injustice face à la mort qui se distille en quiconque se retrouve nez à nez avec la trame nue de sa Destinée. Il aurait dû en vouloir à cet être, il le savait. Cette créature en tout point fantasmagorique surgissant de nulle part, tel le Deus Ex Machina de la pièce, et donnant un coup de pied magistral à l’assemblage bien rodé de sa vie. 


Charlie ferma les yeux pour recueillir sur sa peau blanche les derniers rayons de ce soleil rougeoyant, avant qu’il ne disparaisse définitivement à l’horizon. Sous ce ciel encore paré de mille nuances, il se fit la réflexion qu’il n’avait finalement rien à léguer, rien à remettre à ce monde et qui put avoir une quelconque importance. Il avait lu quelque part que l’héritage n'était pas matériel, mais spirituel, et il aimait cette idée. 


-Il me semble vous connaître, pourquoi ? demanda-t-il finalement en brisant ce silence fait d’éternité et enserré dans ce cocon crépusculaire. Nous sommes-nous déjà rencontré ?


Un fin sourire éclot sur les lèvres charnues de cette femme au visage si magnifique et elle s’étira pour se rapprocher de lui.


-Ton acharnement est louable, je le reconnais car, oui, nous nous connaissons. Bien peu réussissent à s’en apercevoir avant la fin et encore moins nombreux sont ceux qui l’acceptent.


Des images, des sons et des odeurs lui revenaient en tête, s’acharnant à trouver une place dans ses souvenirs confus ou inexistants.


-Je prends conscience que je ne vous ai même pas demandé votre nom, lui dit le jeune homme après avoir tenté de faire du tri dans ses pensées.


-C’est vrai. Pour ton information, sache que j’en suis pourvu de mille, à l’instar de tous ces Dieux que vous vénérez avec passion. Cependant, un seul revêt tout son sens. Malheureusement pour toi, petit humain, il est imprononçable dans ta langue et possède bien plus de pouvoir que tu ne peux l’imaginer. Je ne m’abaisserais donc pas à le prononcer devant toi.


-Comment puis-je vous appeler, alors ? 


-Chez certains peuples, mes sœurs et moi-même sommes des Stryges, dans d’autre des Harpies ou encore même de ces sirènes ailées, chères à ce bon vieux Ulysse. Pour ma part, je n’ai pas de nom qui me définisse précisément mais, si tu en veux un, je peux te donner celui de Léthé. De toutes les façons, cette ridicule petite déesse de pacotille ne m’en voudra pas que je le lui vole.


-Léthé. 


Le jeune homme prononça ce mot et le sentit glisser sur sa langue, s’enrouler autour de ses sens pour insuffler un peu plus de vie à ses souvenirs erratiques encore papillonnant autour de lui. Oui, il avait déjà prononcé ces syllabes, voulant à la fois dire beaucoup et en même temps si peu. De cela, il était certain.


Avec étonnement, il s'aperçut que ses membres se faisaient désormais moins lourds, moins profondément enfoncés dans cette catalepsie indéfinissable. Il vit ses mains se mouvoir aisément et remarqua que les yeux brillants du Sphinx ne quittaient pas son visage. 


En levant la tête vers cette femme sans âge, ses souvenirs s’intensifièrent, ils s’agglutinèrent et comblèrent ce vide avec voracité pour tenter de lui faire se rappeler. Mais se rappeler de quoi ? Elle. Oui, elle, cet être si incroyablement étrange et en même temps bien plus semblable qu’il ne pouvait se le figurer. Il voyait maintenant chaque détail de son visage si proche de lui, la courbe de ses pommettes lisses, l’ourlet de ses lèvres rosées, la forme impensable de ses pupilles, tel le félin qu’elle était en partie. 


Mais alors pourquoi cette vague impression qu’elle n’avait pas toujours été ainsi ? Pourquoi chaque réflexion faisait-elle monter en lui cette prescience insoupçonnable de l’avoir rencontré à une autre occasion ? Une occasion spéciale. Une occasion durant laquelle son sang avait bouillonné dans ses veines et son corps avait répondu avec une force que ses souvenirs épars ne lui permettaient que de deviner.


 


La nuit était désormais complète, autour d’eux, les monts rocheux formaient de longues vagues blafardes, finissant devant cet à-pic vertigineux perdu aux yeux de tous. Au-dessus d’eux, les étoiles brillaient au firmament et laissaient entrevoir la longue traînée de la voie lactée, découpant la voûte céleste en deux hémisphères distincts. 


Charlie ne percevait aucun bruit environnant, ni celui des animaux nocturnes, ni plus celui de la mer qui avait cessé de s’agiter. Mais il n’en avait finalement cure. Tout son être se noyait désormais dans les immenses yeux de Léthé dont les iris renvoyaient la chiche lumière de la nuit, laissant croire qu’ils étaient illuminés de l’intérieur. Chaque battement de son cœur le rapprochait un peu plus de cette vérité qu’il voulait arracher à son être embrumé, chaque respiration silencieuse lui rappelait le goût de sa peau sous ses lèvres, chaque clignement de paupière ramenait à lui cette lumière qu’il pensait inatteignable. 


-Le temps est bientôt écoulé, petit homme, lui souffla-t-elle, en s’approchant de lui avec des gestes si lents qu’ils en étaient imperceptibles. 


Charlie ne répondit rien. Il sentait son sang battre à ses oreilles, la force de son désir se distiller en lui pour envahir sa gorge et colorer sa langue de mille et une saveurs, aussi amères que merveilleuses. Leurs lèvres étaient maintenant si proches qu’il pouvait s’enivrer de ce parfum charnel, ce parfum qu’il n’avait senti qu’une seule fois auparavant, mais qui avait suffi. 


Oui, une seule gorgée avait été nécessaire.


-J’ai la réponse, murmura-t-il en faisant glisser son souffle sur sa joue. 


Lorsqu’il sentit son nez effleurer sa peau à la blancheur de l'albâtre, son corps entier fut parcouru d’un frisson et ses mains tremblèrent devant la force de ce sentiment qu’il n’avait jamais expérimenté avec autant de puissance.


-Je t'écoute, Charlie, quel est ce poison amer et bienvenu qui a signé ta perte ?


-La dépendance.


Leurs lèvres s’effleurèrent et un très long sourire illumina les traits de Léthé qui rit doucement. 


-Bravo. Il est temps de vivre, maintenant.


Puis, le ciel tournoya autour de lui, les étoiles laissèrent leur sillon brillant sur la toile de l’espace et le monde disparut définitivement. 


 


Lorsque Charlie se réveilla en sursaut, il reconnut immédiatement la petite chambre d'hôtel qu’il avait loué la veille dans une des petites villes ayant émergé le long du littoral Grec. À travers les volets disjoints, le soleil matinal se répandait sur les draps du lit en de longues rayures d’or jouant avec les grains de poussière en suspension. Le bruit de la ville pénétrait dans la pièce et il pouvait entendre les villageois traverser les artères pour acheter légumes et fruits frais aux vendeurs de rue. Ceux-ci hélaient d’ailleurs les passants dans une langue que le jeune homme ne connaissait pas, mais qui avait cet accent chantant du Sud.


En tournant la tête sur le côté, il reconnut immédiatement la jeune femme allongée sur le ventre, à ses côtés, et l’observant avec une mine mutine. Ils s'étaient croisés la veille, alors qu’il profitait de son dernier jour de vacances pour randonner le long de cette mer turquoise qui le fascinait tant. Il s'aperçut également que les draps étaient froissés et que son corps nu portait encore la moiteur de leurs ébats passionnés. 


-Léthé ? demanda-t-il d’une voix quelque peu cassée en plongeant ses yeux dans les siens. 


La jeune femme sourit davantage et il vit ses pupilles se dilater pour devenir deux amandes noires, dont l’iris se teinta d’un vert quasiment jaune qui sembla l’éblouir. Oui, c'était elle. 


-Était-ce un rêve ? 


Elle rit doucement et ses yeux se plissèrent délicatement.


-Oui petit homme. La magie onirique qui nous a été conféré dès notre naissance est la plus puissante qui existe sur cette terre.


Sans prendre gare, son regard glissa sur ce corps de femme si parfait, dont la peau à la blancheur éclatante semblait luire d’une lumière intérieur. Oui, il se souvenait désormais. Il se souvenait de son être ondulant sur lui, de ses baisers qui s’étaient rapidement fait mordant et de l’incroyable jouissance qu’il avait ressentie cette nuit-là. 


-Partagez-vous souvent la couche de ceux que vous croisez ? souffla-t-il, sans vraiment savoir quelle réponse il espérait.


-Si je le souhaitais, je pourrais te réponde que je suis la seule à avoir cette petite habitude, mais ce n’est pas le cas. Du plus loin que je me souvienne, cela en a toujours été ainsi parmi nous. 


La main fraîche de Léthé se posa sur sa joue et elle le força à lever de nouveau les yeux vers son beau visage. Ses lourds cheveux d’un noir de jais l’encadraient de ses mèches un peu en désordre, mais elle gardait une prestance dont il se souvenait parfaitement. 


-Trêve de paroles, Charlie, lui souffla-t-elle en se penchant vers son visage. Il est maintenant temps pour toi de dormir d’un sommeil sans rêves.


Lorsque ses lèvres chaudes rencontrèrent les siennes, son corps entier frissonna et il glissa une main fébrile dans le cou de la jeune femme qui accentua son baiser. Il sentit rapidement sa langue s’insinuer pour passer la barrière de ses lèvres et il y répondit avec avidité. Un goût imprononçable, qu’il lui sembla pourtant si bien connaître, s'insinua alors dans sa gorge et son esprit s’enfonça progressivement dans le sommeil. 


Avec douceur, la jeune femme se dégagea de leur étreinte et le regarda papillonner des yeux pour tenter de conserver sa lucidité jusqu’au bout.


-Nous reverrons nous ? réussit-il à demander dans un dernier effort.


-Peut-être, peut-être pas, lui répondit-elle avec douceur. Je l’espère.


Puis, il sombra.


 


*


 


Charlie n’avait pas bougé de son banc depuis plusieurs heures. Autour de lui, le flux des visiteurs s'étaient peu à peu tari et le soleil ne pénétrait désormais plus par la haute baie vitrée, située un peu plus loin.


-Le Kunsthalle ferme dans quinze minutes, vint lui annoncer un des gardiens dans un allemand parfait.


Celui-ci l’avait à l’œil depuis un petit moment déjà, mais Charlie n’en avait pas fait grand cas. Au loin, il entendait la circulation dense de la ville de Hambourg et voyait les lumières blafardes des lampadaires percer peu à peu l’obscurité crépusculaire de cette fin de journée. 


Le jeune homme acquiesça pour signifier au gardien qu’il partait et récupéra son sac à dos au sol, avant de se relever. Il observa une dernière fois le tableau de taille modeste exposé face à lui, ainsi que la petite plaque de laiton portant l’inscription “Le voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich - 1818”.


Puis, il s’en détourna et quitta le musée d’Art pour se retrouver face à la ville encore animée. Elle était désormais couverte d’un ciel sombre sans nuage, laissant peu à peu place aux étoiles de la nuit.


-Un jour, peut-être, souffla-t-il alors pour lui-même, en sentant à nouveau les griffes de l’amertume se planter dans son cœur. Dépendance, oui, tel est le mot…


Il inspira à plein poumons pour faire refluer sa peine, puis il transplana.


 

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