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32ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

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Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic. A très bientôt !

 


De Les Nuits le 06/02/2023 15:45


128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


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A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


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De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Lueurs et éclats par Dedellia

[4 Reviews]
Imprimante
Table des matières

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Note d'auteur :

Cette fiction a été écrite pour la merveilleuse idée de concours de Samantha Black "Mon centaure bien-aimé" qui constitue en l'écriture de la relation entre un humain et une créature fantastique pensante. Les contraintes seront à la toute fin.

Bonne lecture !

Note de chapitre:

Un merci infini à Lul et Katherine100 qui ont toutes les deux pris la peine de relire cette fiction !

 

De l’eau. De l’eau partout. À gauche et à droite, en haut et en bas, devant et derrière. Elle était entourée. Elle ne savait plus dans quelle direction elle devait nager pour s’en sortir. L’eau opaque et froide s’engouffrait dans son nez et sa bouche, lui donnant l’impression de se noyer. Des ombres apparaissaient devant ses yeux sans qu’elle sache si elles étaient réelles ou si son cerveau commençait à halluciner. Dans les premiers moments, elle avait tenté tant bien que mal de se débattre, mais après avoir réalisé qu’elle s’enfonçait peut-être encore plus ne sachant pas où était la surface, elle avait arrêté. Le sortilège de confusion l’avait bel bien frappée pour qu’elle se retrouve dans cette situation. Qui lui avait lancé, déjà ? Ce fut sa dernière pensée avant de sombrer dans l’inconscience.

 

— Tu crois qu’elle va bien ?

— Elle est restée dix minutes sous l’eau ! Comment veux-tu qu’elle aille bien ? Ohhh ! Le professeur Londubat va nous expulser…

— Calmez-vous ! Mme Pomfresh a dit qu’elle allait s’en sortir.

— Mais si jamais…

— Tais-toi ! Ça ne sert à rien de penser comme ça.

— Oui, si ça se trouve, elle ne se souviendra de rien. Les sortilèges de confusion sont pratiques pour ça.

— Je ne crois pas qu’on puisse s’en sortir, même si elle a tout oublié.

— Bien sûr que si.

— On se baladait dans le parc en pleine nuit. Non, on n’aura sûrement pas d’ennuis avec ça…

 

Victoire n’arrivait pas à déterminer qui parlait. Elle reconnaissait les voix, mais leur attribuer un visage… Elle avait l’impression d’être le sujet central, mais tout était encore flou. Sa gorge la faisait affreusement souffrir à chaque fois que l’air la traversait et elle se sentait lourde, couchée sur le matelas. Elle ouvrit les yeux doucement de peur qu’une lumière trop vive ne les agresse, mais il faisait nuit. Elle était à l’infirmerie et les rideaux entourant son lit étaient ouverts. À sa droite, trois Gryffondor de sa promotion se chamaillaient en chuchotant avec énergie. Ils n’avaient pas remarqué qu’elle était réveillée. Tant mieux, entre Lesley Abbey, Harry Boots et Eileen Spielman, elle préférait être ignorée, car vu la façon dont ils parlaient, c’était leur faute si elle se retrouvait là. Alors qu’elle les observait, un souvenir remonta à la surface.

 

Elle se baladait dans le parc. Il était tard et elle risquait une retenue, mais elle n’arrivait pas à dormir. Elle se sentait seule depuis qu’elle était revenue à Poudlard pour sa sixième année. Teddy, son meilleur ami et quasiment seul ami ici, n’était plus là, il avait obtenu son diplôme l’été dernier.

 

— Elle se réveille.

 

Zut ! Elle était repérée. Ses trois camarades se rapprochèrent et Spielman prit à nouveau la parole :

 

— Mme Pomfresh a dit qu’elle revenait dans deux minutes, Victoire.

 

Cette attitude la faisait vomir. Maintenant qu’ils risquaient d’avoir des ennuis, ils essayaient d’être gentils en utilisant un ton agréable. Ils l’avaient presque tuée. Il allait en falloir plus que ça. S’ils pensaient qu’ils allaient s’en sortir après tout ce qu’ils lui avaient fait subir depuis qu’elle était à Poudlard, ils se trompaient. Elle devait se souvenir de ce qui s’était passé… ou le leur faire croire.

 

Elle avait entendu des voix fortes et des rires venant de gens qui semblaient se moquer d’être entendus.

 

— Ah ! Vous êtes réveillée ! Comment vous sentez-vous ?

— Pas trop mal, mais j’ai mal à la gorge.

— Ce n’est pas surprenant vu l’eau que vous avez recrachée. Buvez ça, ça devrait vous soulager.

 

L’infirmière lui tendit un liquide rougeâtre qui sentait l’eau salée et ferma les rideaux, la soustrayant au regard de ses camarades. Victoire avala doucement la potion. Elle n’avait pas envie de s’étouffer, allez savoir pourquoi. Une fois qu’elle eut terminé, Mme Pomfresh lui reprit son verre et commença à l’ausculter.

 

— Respirez bien fort, demanda-t-elle.

 

Victoire fit ce qui lui était demandé durant les minutes qui suivirent. Elle avait compris avec les années qu’une patiente docile avait plus de chance de sortir rapidement de l’infirmerie. Lorsque les rideaux furent à nouveau ouverts, le quatrième acolyte avait rejoint la petite bande et le professeur Londubat discutait avec eux. Quand il entendit les rideaux glisser, le directeur des Gryffondor s’approcha d’elle tandis que ses camarades sortaient de l’infirmerie.

 

— Comment allez-vous Miss Weasley ?

— Bien, merci.

— J’aimerais savoir ce qui s’est passé.

— Voyons, monsieur Londubat, c’est le milieu de la nuit, laissez cette pauvre enfant tranquille.

— Il s’agit d’une situation sérieuse.

 

Devant les deux adultes qui continuaient d’argumenter, Victoire était plutôt perdue. Elle n’était pas certaine de ce qui s’était passé.

 

Elle n’avait pas reconnu les rires immédiatement, mais lorsqu’ils étaient passés sous une fenêtre, elle avait vu les quatre Gryffondor qu’elle détestait depuis ses premières années à Poudlard.

 

— Bon, je vais en discuter avec la directrice. Demain, première heure dans son bureau Miss Weasley.

 

Il quitta l’infirmerie et le calme revint. Victoire reposa sa tête aux cheveux encore humides sur l’oreiller et s’endormit sans mal. Elle était épuisée.

 

***

 

Victoire savait qu’ils l’attendraient à sa sortie de l’infirmerie. Ça tombait bien, elle avait justement des points à éclaircir. Elle prit soin de prendre un air peu avenant, ce n’était pas bien difficile, elle ne les avait jamais appréciés.

 

— Victoire, on voulait te demander quelque chose.

 

Voilà que l’utilisation de son prénom recommençait, quelle bande d’hypocrites.

 

— Tu m’excuseras, Spielman, mais je dois me rendre chez la directrice.

— On t’accompagne alors.

— C’est justement de ça qu’on voulait parler.

 

Boots se fit fusiller du regard par les autres. Comme si elle ne connaissait pas déjà l’objet de cette discussion. Elle n’était pas très à l’aise, mais elle se força à se rappeler que cette fois, c’était elle qui avait le pouvoir.

 

— Alors, quelle est votre version des faits ?

 

Les quatre Gryffondor se regardèrent d’un air paniqué. Ils savaient qu’elle savait qu’ils avaient menti, mais ne savaient pas encore ce qu’elle voulait. Cette phrase était incroyablement déconcertante, se dit Victoire. Ce fut Spielman qui eut le courage :

 

— On se baladait dans le parc en discutant et on a vu quelqu’un tomber dans le lac. On s’est précipités pour voir, puis on t’a trouvée sur l’une des rives.

— Trouvée sur une rive du lac ? Vous n’avez rien trouvé de mieux comme mensonge ?

— C’est bien la seule chose vraie dans cette histoire, marmonna Abbey.

— Comment j’aurais pu me retrouver toute seule hors de l’eau alors que vous m’avez jeté un sortilège de confusion à la tête ?

 

Le quatuor se jeta un nouveau regard mal à l’aise.

 

— On espérait que tu saurais, en fait…

— On a pensé au calmar géant, mais il est trop gros, on l’aurait vu…

— Vous pensez qu’il s’agit d’un autre élève et vous voulez savoir qui pour pouvoir le soudoyer.

— Non ! protesta Spielman. Pas le soudoyer, juste vérifier ce qu’il a vu.

 

Victoire n’était pas dupe. Si elle avait eu une idée de qui l’avait sauvée, elle n’aurait certainement pas révélé son nom à cette bande. Mais l’hypothèse de l’élève sauveur ne cadrait pas, il aurait été vu. Puis, pourquoi s’enfuir après l’avoir sauvée ? Ça ne faisait aucun sens.

 

Le bureau de la directrice était juste au bout du couloir, elle allait bientôt révéler ce qu’elle savait ou ne savait pas. Victoire s’arrêta et les quatre autres l’imitèrent, c’en était presque amusant en fait.

 

— Je ne me souviens pas très bien de ce qui s’est passé.

 

Le mensonge eut un drôle d’effet sur ses camarades. Boots eut l’air soulagé, mais Spielman et Li eurent l’air méfiant. Ils avaient raison de se méfier, elle leur avait indiqué, il y avait quelques instants, qu’elle se savait victime du Confundo et voilà qu’elle disait avoir tout oublié. Ils n’avaient pas besoin de savoir qu’elle ne le savait que parce qu’elle les avait entendus. Ils se demandaient sans doute ce qu’elle allait demander en échange, mais elle ne leur donnerait pas cette information, c’était trop facile. Elle recommença à marcher avant de dévoiler sa dernière carte :

 

— Mais il parait que le temps peut faire revenir les souvenirs.

 

Elle ne les regarda pas et camoufla son sourire dans ses cheveux. Elle ne leur laissa pas l’opportunité de répondre et souffla le mot de passe.

 

***

 

Elle ne savait pas exactement pourquoi elle avait menti à la directrice. Oui, elle ne se souvenait pas vraiment de ce qui s’était passé, mais de là à dire qu’elle ne se souvenait même pas être sortie de son lit… Bon, c’était une façon d’éviter les ennuis, mais… peut-être un désir de comprendre par elle-même. On l’avait sauvée et elle voulait savoir qui ou quoi.

 

C’est ainsi qu’elle sortit à nouveau après le couvre-feu. Elle se dirigea vers le lac en s’assurant cette fois qu’il n’y avait personne d’autre. L’eau était calme sous la lune décroissante, rien ne venait la perturber, l’air de septembre était encore chaud et pas un souffle de vent ne venait changer le paysage. Victoire tenta de percer de son regard la surface noire du lac afin d’y déceler quelque chose, mais pas une ombre ne venait confirmer sa suspicion. Elle savait que le lac était très profond puisque sa mère l’avait exploré lors d’une tâche d’un tournoi il y avait une vingtaine d’années. Des centaines voire plus de types de créatures y vivaient et Victoire soupçonnait que l’une d’elles l’avait peut-être aidée.

 

Elle s’assit tout au bord du lac, juste assez loin pour ne pas y toucher. Si on l’avait sauvée, la créature allait peut-être revenir. Mais les minutes s’écoulèrent et l’eau resta paisible. Avec appréhension, Victoire retira ses chaussures et, assise sur un rocher, plongea un orteil dans le lac. L’eau froide la fit presque reculer, mais elle poursuivit sa progression. Elle avait maintenant les deux pieds immergés. De ce côté-ci du lac, l’eau ne devenait pas de plus en plus profonde, c’était abrupt, comme une falaise, alors si elle sautait du rocher, elle allait devoir s’attendre à nager. Elle n’en avait pas particulièrement envie, mais si c’était le seul moyen... Elle prit son courage et compta lentement jusqu’à trois.

 

Elle prit une profonde inspiration et se projeta dans le lac à la force de ses bras. Elle eut rapidement de l’eau par-dessus la tête, mais se força à ne pas paniquer. Elle savait dans quelle direction elle devait aller pour émerger. Elle nagea encore un peu plus profondément et s’arrêta, tentant de percer les profondeurs du lac. Peut-être n’était-elle pas assez loin du bord ? Elle remonta à la surface pour reprendre son souffle, puis fit quelques brasses vers le centre avant de recommencer. Elle allait amorcer pour la troisième fois son manège quand elle fut interrompue.

 

— Je croyais que ce n’était qu’un accident, mais il semblerait que tu aimes te mettre en danger.

 

Victoire eut l’impression que son cœur s’était arrêté et dans sa panique, elle s’étouffa avec l’eau du lac. Elle se retourna en toussant et découvrit la propriétaire de la voix. Une selkie dont les cheveux mouillés étaient collés contre son crâne. Les siens ne devaient pas être mieux se dit Victoire. Elle ne voyait pas sa queue, mais elle la devinait sous l’eau. Victoire n’avait jamais rencontré d’êtres de l’eau en vrai, ne les ayant qu’étudiés dans les livres et elle fut surprise de l’intensité de ses yeux jaunes. Alors que tout le reste de son corps se fondait à peu près dans le décor, ses yeux semblaient luire dans la nuit, peut-être pour percer les profondeurs du lac.

 

— Je m’appelle Victoire, dit-elle ne sachant pas trop ce qu’elle pouvait dire d’autre et étant encore déstabilisée par la rencontre.

— Et moi Lauralaï.

— Tu… Vous…

— Je suis une selkie, répondit Lauralaï devant la non-question. Et tu peux me tutoyer, on doit avoir le même âge, tu sais.

 

Il est vrai que son visage semblait jeune. Enfin, si elle se fiait aux critères sorciers du vieillissement. Elle chercha dans sa mémoire son cours de soins aux créatures magiques sur le sujet. Il datait de l’an dernier et elle n’eut pas trop de mal à aller chercher l’information. Les selkies avaient environ la même espérance de vie que les moldus, un peu plus si le peuple était dans un endroit protégé et adapté. Comme le lac de Poudlard. Elle ne savait pas trop si ces êtres vieillissaient de la même façon qu’eux. L’eau avait peut-être un effet sur la peau après tout, mais elle se voyait mal lui demander son âge ou questionner ses connaissances. Qu’est-ce que ça changeait après tout ? Elle se rendit compte qu’elle était en train de la fixer sans rien dire. Elle devait avoir l’air d’une idiote ! Heureusement, elle savait plutôt bien nager, c’était un élément de moins qui risquait de la rendre ridicule. Il fallait qu’elle trouve quelque chose à dire ! Maintenant ! Sinon, sa sauveuse allait penser qu’elle était impolie et Victoire avait besoin d’en savoir plus.

 

— Désolée… Euh… Tu… discutes souvent avec des sorciers ?

 

C’était la première chose qui lui avait traversé l’esprit pour enfin cesser de la regarder avec des yeux de poisson mort. Enfin, sans mauvais jeu de mots.

 

— Non, pas vraiment. J’aime bien vous observer par contre, vous mettez de l’animation. Le lac peut être parfois des plus ennuyeux…

— Ahh… Euh… Oui, sûrement.

 

Elle ne savait pas comment un lac comme l’avait décrit sa mère pouvait être ennuyeux, mais elle n’osa pas la contredire. Sauf que penser à sa mère et à ses aventures lui fit enfin réaliser où elle se trouvait et ce qui vivait sous elle.

 

— J’ai entendu dire qu’il y avait des strangulots dans le lac… dit-elle en cherchant les alentours de peur de se faire agripper par les chevilles et entrainer dans les profondeurs.

— Ah oui ! Il est difficile d’avoir une conversation avec ceux-là, ils ne pensent qu’à manger. Parfois, j’essaie, mais je me rends vite compte que c’est aussi inutile que la dernière fois. Des générations s’y sont essayées, sans succès.

 

Elle roula des yeux d’une façon qui lui rappelait beaucoup sa cousine Molly.

 

— Il parait qu’ils essaient de noyer les sorciers aussi, continua Victoire un peu inquiète.

— Oui, c’est pour ça qu’on les tolère par ici.

 

Victoire dut faire une drôle de tête, car Lauralaï expliqua :

 

— Un peu comme toi d’ailleurs.

— Euhhh…

— On a le même sang qui coule dans nos veines…, dit-elle d’un ton qui semblait vouloir dire que c’était évident.

— Euh…

La selkie semblait la trouver très stupide et devant son regard, Victoire commençait à le penser aussi.

 

— Je ne suis pas certaine de comprendre.

— Je le sens en toi, c’est très faible, mais c’est bien là.

 

Victoire eut soudain une illumination.

 

— Mon arrière-grand-mère était une vélane.

— Ah ! C’est donc ça, tu aurais pu le dire plus tôt.

— Je ne savais pas que les vélanes et les selkies étaient liées.

— Oui, bien sûr. Toutes les chasseuses d’hommes le sont.

 

Elle éclata d’un rire aigu et même si Victoire ne comprenait pas la blague, elle fut prise par le rire contagieux. Elle commençait toutefois à se fatiguer à force de nager sur place pour rester à la hauteur de la selkie. Elle allait annoncer qu’elle retournait sur le rivage quand elle réalisa qu’elle n’avait toujours pas posé la question qui l’avait poussée à retourner au lac.

 

— C’est donc toi qui m’as sauvée ?

 

Lauralaï ne répondit pas, mais lui fit un clin d’œil et un sourire, ce qui était une réponse en soi.

 

— Mais pourquoi ? Je croyais que les êtres de l’eau aimaient noyer les gens…

— Et je croyais que les vélanes aimaient séduire les hommes pour les tuer par la suite, comme quoi on a toutes les deux tort.

— Je ne suis pas une vélane.

— Ahh, mais je parlais de ton arrière-grand-mère, je sais bien que tu es plus humaine que vélane. Elle a bien dû aller plus loin que la séduction si tu es là.

 

Malgré la fraicheur de l’eau du lac, Victoire sentit une chaleur lui monter aux joues, ce qui sembla amuser Lauralaï.

 

— C’est la relation interespèce qui te gêne ou mon sous-entendu ?

— Aucun, je ne suis pas gênée.

 

Le rire de la selkie retentit à nouveau, mais cette fois Victoire ne se joignit pas à elle, elle était trop concentrée à garder la tête hors de l’eau. Ça ne passa pas inaperçu :

 

— Oh, j’avais oublié que les humains ne pouvaient pas rester très longtemps à nager comme ça. Viens, je vais t’aider à regagner la rive.

 

Victoire passa outre le commentaire sur les humains et saisit la main qu’elle lui tendait. Elle n’eut pas à faire bien des efforts pour avancer, car Lauralaï qui fendait l’eau avec une facilité déconcertante l’entrainait dans son sillage. Elle profita de ce déplacement que peu de sorciers avaient dû avoir la chance de vivre, mais ce fut de courte durée. En quelques secondes à peine, elle avait de nouveau les pieds bien ancrés sur le sol. Elle réalisa soudainement à quel point il faisait froid ainsi trempée, comme si la découverte de sa sauveuse l’avait gardée immunisée contre l’hypothermie. Elle se retourna vers le lac en posant une dernière question :

 

— Tu sais ce qui m’est arri…

 

Mais le dernier mot mourrut sur ses lèvres, l’eau du lac était à nouveau lisse, il n’y avait plus personne. Ça ne l’empêcha pas de poser une dernière question qui résonna elle aussi dans le vide :

 

— Est-ce qu’on se reverra ?

 

***

 

Le lendemain, elle était tellement concentrée sur son devoir de potions qu’elle manqua l’heure du couvre-feu de plusieurs longues minutes. Elle aurait pu sortir encore, bien sûr, mais elle n’osait pas si tard. C’était une chose de sortir juste quand le couvre-feu allait sonner et une autre de sortir bien après. C’était peut-être psychologique tout ça, mais elle ne voulait pas non plus manquer de sommeil. Elle avait encore des cours et surtout des ASPIC à préparer pour l’an prochain.

 

Personne n’avait rien dit la veille quand elle était rentrée tard dans la salle commune — après bien sûr s’être séchée de sa baguette — ceux qui restaient étaient trop concentrés sur leurs examens à venir ou avaient envie de l’imiter et sortir prendre l’air. Tant qu’ils ne se dérangeaient pas les uns les autres, les petits écarts étaient acceptés. Après tout, ils en avaient tous assez d’étudier. Lorsqu’elle eut terminé, elle remonta vers son dortoir. La fenêtre à côté de son lit faisait face aux hautes montagnes qui entouraient Poudlard. Elle aimait bien sa vue normalement, mais ce soir elle aurait bien aimé avoir une perspective sur le lac, car Lauralaï lui manquait déjà. Demain, elle sortirait.

 

***

 

— Je me demandais si tu allais revenir.

 

Encore une fois, la selkie apparut derrière elle sans même le bruit d’une éclaboussure. Et une fois n’était pas coutume, Victoire sursauta quand la voix résonna derrière elle. Son expression de surprise fit rapidement place à un sourire quand elle reconnut la voix. Le lac était un peu plus agité ce soir, mais ça ne semblait pas perturber sa compagne qui restait quasiment immobile, soit le contraire de Victoire qui gigotait pour garder sa tête hors de l’eau.

 

— Bonsoir, Lauralaï, ne dors-tu donc jamais ?

— Je pourrais te poser la même question.

 

Le ton taquin la fit sourire, il semblait que la selkie commençait à l’apprécier également. Cela faisait déjà quatre nuits qu’elle allait la rejoindre une fois le soleil couché, mais aussi quelques jours qu’elle n’était pas sortie. Elles avaient surtout discuté de leurs journées et du parc de Poudlard. Toutes les deux trouvaient l’endroit magnifique. Victoire avait parlé de ses cours, la magie fascinait Lauralaï, en particulier les sortilèges et la métamorphose. Elle avait fait quelques démonstrations simples qui avaient ravi la selkie. En retour, elle lui avait parlé de son monde et de diverses créatures qui y vivaient.

 

Victoire n’avait pas reposé la question qui l’avait laissée face à un silence. Et, de son côté, son enquête n’avait pas porté ses fruits et ses souvenirs étaient toujours aussi confus. Après les rires entendus ce soir-là, elle n’était sûre de rien. Elle avait la vague impression qu’elle s’était éloignée d’eux, ce qui aurait été le choix logique si elle ne voulait pas se faire prendre par leur faute. Si elle se fiait à la discussion entendue à l’infirmerie, ils avaient dû la trouver et lui jeter un Confundo à un certain moment. Était-elle tombée dans le lac ? Mais que faisait-elle si près du lac ?

 

— Tu sembles songeuse.

— J’essaie de me souvenir ce qui s’était passé la nuit où tu m’as sauvée.

 

La selkie la regarda un moment avec son regard perçant qui donnait l’impression qu’elle tentait de lire ses pensées. Mais les selkies n’avaient pas ce pouvoir, n’est-ce pas ?

 

— Viens, j’ai trouvé un endroit où tu pourrais être plus confortable.

 

Était-ce un moyen de changer de sujet ? Victoire n’en savait rien, mais elle saisit la main de Lauralaï qui l’entraina vers le centre du lac. Elle profita de cette sensation incroyable que de fendre l’eau à toute vitesse sans faire le moindre effort, elle avait espéré revivre ce moment depuis le premier soir et voilà qu’il se représentait à elle. Ce fut d’ailleurs un peu plus long, mais ça ne l’empêcha pas d’être légèrement déçue quand ce fut terminé. L’endroit déniché se trouvait être un énorme rocher qui fendait la surface du lac. Il était pourvu d’une petite plateforme qui semblait avoir été taillée pour que quelqu’un y prenne place comme dans un fauteuil. Elle pouvait s’y asseoir et être dissimulée au regard de quiconque jetterait un œil par la fenêtre. Pas que quelqu’un risquait de remarquer deux têtes sortant de l’eau à pareille distance et encore moins supposer qu’il s’agissait d’une selkie et d’une Serdaigle, mais elle aimait ne pas prendre de risque. Bien qu’elle aurait dû avoir peur d’être aussi loin de toute aide humaine et surtout en seule compagnie d’une créature qui avait la réputation de noyer les humains, il n’en était rien. Elle se sentait totalement en sécurité avec elle, après tout, elle l’avait sauvée sans y être obligée. Elle fit sécher sa robe de sorcier de sa baguette sous le regard inquisiteur de Lauralaï.

 

— Je trouve toujours fascinante l’utilisation d’un bout de bois pour faire de la magie. Ça fonctionne comment ?

— Je ne connais pas très bien le concept je t’avouerais. Ça canalise notre énergie. Je crois que ça a un lien avec le cœur de la baguette.

— Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

— Canaliser l’énergie ou le cœur ?

— Les deux.

— Et bien, canaliser l’énergie c’est pour… hum… Comment expliquer ? C’est pour que la magie soit plus précise et concentrée, au contraire de la magie manuelle par exemple qui est plus difficile à maitriser. Je ne sais pas si c’est clair ?

 

Lauralaï hocha la tête, mais Victoire n’arriva pas à déterminer si elle comprenait ou si c’était simplement par politesse. Elle continua :

 

— Pour le cœur, c’est une substance magique d’origine animale généralement qui permet justement de donner au bois la magie. Par exemple, la mienne a du crin de licorne à l’intérieur. En fait, je ne sais pas trop pourquoi ça fonctionne, mais il y a des maitres baguettiers dont le métier est de trouver des compatibilités.

— Il y a un crin de licorne à l’intérieur du bois ? Pourtant il n’a pas l’air ouvert.

 

Lauralaï pencha la tête sur le côté, perplexe.

 

— Je ne sais pas non plus comment il a été mis là, répondit Victoire. Je ne peux pas t’aider. Tu veux voir ?

 

Elle lui tendit sa baguette pour qu’elle puisse l’examiner, mais la selkie recula brusquement.

 

— Je n’ai pas le droit, protesta-t-elle.

— Mais c’est moi qui te donne la permission.

 

Elle se contenta de secouer la tête et Victoire n’insista pas. Les règles de détention de baguettes étaient compliquées.

 

— Je peux lancer un Lumos ?

— Oui, bien sûr.

 

Elle illumina sa baguette en murmurant le sort du bout des lèvres, elle avait encore de la difficulté avec les informulés, ils venaient tout juste de les voir en cours. Elle se rendit compte que Lauralaï n’avait pas dû comprendre ce qu’elle voulait dire par « Lumos » et se sentit un peu mal à l’aise, mais devant son air fasciné elle n’osa rien dire. Avec la lueur de la baguette, elle pouvait distinguer bien mieux les traits de son amie. Elle pouvait maintenant voir son visage plutôt que l’imaginer en s’inspirant des livres. Sa peau avait une couleur grise qui pouvait bien se mêler aux fonds marins et des cheveux vert foncé comme les pins dans les montagnes. Elle avait des traits moins durs qu’elle ne l’avait cru dans l’obscurité, ils étaient plutôt doux, en fait. Elles n’étaient pas si différentes si on oubliait les couleurs et la queue de poisson au lieu des jambes. Autour de son cou, il y avait un collier constitué de pierres de tailles diverses qu’elle n’avait jamais vraiment remarqué. Elle se souvenait avoir lu que c’était l’une des caractéristiques de ce peuple, mais la raison n’était pas donnée. Peut-être était-ce de l’ordre de l’esthétique ?

 

— Est-ce qu’il signifie quelque chose ton collier ? demanda Victoire en le désignant de la main.

— Tu veux dire mon Couarpö ?

 

Couarpö. Elle n’avait jamais entendu ce mot et n’était pas certaine d’arriver à le prononcer. Elle hocha la tête.

 

— C’est un signe de notre expérience. À chaque année et à chaque bataille remportée, nous avons le choix d’y ajouter un Frirr ou d’en échanger un déjà présent pour un plus gros.

 

Frirr. Elle voulait sûrement parler des cailloux.

 

— Plus le Couarpö est fourni, plus on est considéré comme expérimenté, notre opinion est plus écoutée et on a certains avantages dans certains événements.

— Ahh ? Comme quoi ?

— En cas de désaccord sur le meilleur moyen d’améliorer la cité, par exemple, le plus expérimenté va trancher.

 

Elle toucha délicatement son collier.

 

— Comme tu vois, je n’ai pas beaucoup d’expérience. Le lac est beaucoup plus tranquille qu’il ne l’était avant ma naissance et je suis jeune comparée aux autres.

 

C’est vrai que sur les images de son manuel, les Couarpö étaient sertis de pierres aussi grosses que son poing voire plus grosses, au point de se demander comment c’était possible de porter un tel poids autour du cou. Mais sur les images, les selkies avaient aussi des airs agressifs et dangereux, ce qui n’était pas du tout le cas de Lauralaï. Alors peut-être que ce n’était pas vrai non plus.

 

— Si tu veux, je peux t’attaquer, et comme je suis certaine que tu vas me battre, tu vas pouvoir l’améliorer.

 

Victoire lui fit un clin d’œil et son amie perdit son air un peu triste pour rire. Victoire adorait ce rire qui semblait si libéré. Elle hésita un moment, espérant ne pas vexer la selkie, puis reposa la question qui était tombée dans le vide la dernière fois.

 

— Sais-tu ce qui m’est arrivé ? Comment je suis arrivée au milieu du lac ?

— Non. C’était plutôt étrange d’ailleurs. L’eau était calme, puis il y a eu du mouvement à la surface. Je n’étais pas très loin et je trouvais ça trop désordonné pour appartenir à une créature aquatique alors je suis allée voir. Je t’ai vue te débattre un moment, puis tu t’es arrêtée comme si tu cherchais quoi faire avant de devenir molle. Je suis arrivée juste après et je t’ai ramenée à la surface. J’ai vu des gens sur la rive sud, alors je t’ai déposée un peu plus loin pour qu’ils ne me voient pas.

— Et ensuite ?

— Je suis retournée dans l’eau.

— Donc tu n’as rien vu avant ou après que je sois tombée dans le lac.

— Non.

— Et tu as vu combien de personnes près du lac ? demanda-t-elle prise d’une inspiration subite.

— Quatre.

— Tu es sûre ?

— Oui, bien sûr, je l’aurais dit sinon.

 

Victoire était un peu déçue. Au moins, elle avait sa réponse. Il n’y avait donc que les quatre Gryffondor qui savaient ce qui lui était arrivé et comme ils pensaient qu’elle savait, elle ne pouvait décidément pas leur demander, elle allait devoir trouver un plan. Une idée lui vint en tête, ce n’était peut-être pas infaillible, mais c’était déjà quelque chose. Elle se pencha vers son amie et lui dit d’un ton conspirateur :

 

— Dis, Lauralaï, tu voudrais bien m’aider à comprendre ce qui s’est passé ?

 

La selkie lui répondit par un sourire un peu sournois. Parfait, c’était exactement ce dont elle avait besoin.

 

***

 

Le matin suivant, elle n’eut aucun mal à trouver les quatre Gryffondor. Peu importe où elle allait, ils n’étaient jamais bien loin.

 

— Je crois avoir trouvé la personne qui m’a sauvée.

 

Cette phrase leur fit écarquiller les yeux. La surprise ? La peur ? Victoire ne savait pas trop et à vrai dire, ce n’était pas important, il fallait simplement qu’ils la croient.

 

— Mais je ne suis pas sûre que ce soit elle, alors il faudrait que vous soyez là.

— Être là pourquoi ?

 

Elle voyait bien que la question ne servait qu’à lui cacher ce qu’ils espéraient, mais elle voyait dans leurs yeux qu’elle leur offrait sur un plateau d’argent ce qu’ils voulaient.

 

— Il faudrait confirmer ce qui s’est passé. Comme je n’ai pas eu le même point de vue que vous, je ne suis pas sûre.

 

Ils se consultèrent du regard et Victoire pria pour qu’ils acceptent.

 

— Et on la rencontre quand cette personne ? D’ailleurs qui c’est ?

 

Gagné. Victoire ignora la deuxième question en faisant mine de réfléchir à l’organisation.

 

— Vous êtes disponibles demain soir ?

— Pourquoi pas ce soir ?

— J’ai un devoir de métamorphose à terminer. Donc demain ? Devant le serre numéro trois ?

— À l’heure du couvre-feu, dit Spielman qui de toute évidence voulait garder un semblant de contrôle.

— D’accord, à demain.

 

Puis Victoire se dirigea vers la Grande Salle d’un pas précipité pour éviter qu’ils ne lui posent d’autres questions. Elle tenta de dissimuler son sourire, mais n’y parvint pas complètement. Personne ne lui fit de remarque toutefois. Elle avait choisi le lendemain pour pouvoir fignoler les derniers détails du plan ce soir avec Lauralaï, mais aussi pour avoir le temps de contacter l’autre intervenant de ce plan. La journée passa lentement, Victoire ne cessait de repasser dans sa tête les étapes du plan, pas qu’il y en avait beaucoup, mais elle voulait être certaine du succès.

 

Finalement, les cours et le diner s’achevèrent. Victoire se dirigea vers la bibliothèque pour avancer quelques devoirs, mais passa plus de temps à guetter le lac par l’une des grandes fenêtres. La directrice n’avait pas pu la recevoir aujourd’hui. Si demain, elle n’avait pas plus de succès, elle devrait aller voir un des directeurs de maison. Probablement le professeur Londubat qui était le plus abordable, mais aussi le plus impliqué dans l’histoire. Elle fit semblant de retourner à son dortoir juste avant le couvre-feu, mais se dissimula plutôt dans un coin sombre près d’une porte qui la conduirait à l’extérieur. Elle entendit des pas résonner tout près d’elle, peut-être un professeur qui s’assurait qu’aucun élève n’était hors de son dortoir. Lorsqu’ils s’éloignèrent, Victoire se détendit, elle n’avait même pas remarqué qu’elle s’était crispée. Ce n’était pas la première fois qu’elle se faisait presque attraper, mais chaque fois son cœur s’emballait.

 

Il y avait une légère pluie ce soir qui brouillait la surface du lac, Victoire était bien contente d’avoir choisi une cape imperméable qui avait même l’avantage d’avoir une capuche dont elle se couvrit la tête. Tout paraissait bien plus sombre avec les nuages épais qui dissimulaient la lune et les étoiles, mais Victoire continua d’avancer dans le noir, n’osant pas allumer sa baguette. Elle trébucha une ou deux fois contre elle ne savait quoi, mais se rendit sans trop de mal à leur nouveau point de rendez-vous. Il était plus près du gros rocher déniché par Lauralaï et plus éloigné de l’école, lui permettant de limiter les risques qu’elle soit vue. Elle s’apprêtait à plonger dans l’eau, mais la selkie fit surface juste devant elle à une trentaine de centimètres du bord, elle s’accroupit pour être plus près.

 

— Bonsoir, Victoire, dit Lauralaï d’une voix douce.

— Bonsoir Lauralaï, dit Victoire en s’agenouillant. Comment s’est passée ta journée ?

— Très bien, merci, on a chassé un énorme serpent de mer qui avait pris par mégarde l’un de nos passages sous-marins.

 

Lauralaï lui avait déjà parlé de ces passages. Il s’agissait de portails magiques qui connectaient toutes les étendues d’eau de la planète ou presque. C’était un réseau utilisé par les êtres de l’eau pour voyager, mais il arrivait parfois que d’autres créatures les utilisent. Il fallait donc exercer une surveillance de ces passages pour éviter d’avoir des animaux parfois dangereux, mais également les dérèglements de la faune et la flore. Il était déjà arrivé dans le passé que quelques poissons traversent un portail pour se retrouver dans un lac où ils n’avaient aucun prédateurs ce qui avait résulté en la quasi-destruction de l’écosystème du lac. Lauralaï prenait d’ailleurs le sujet très à cœur, ce qui était compréhensible après tout. Dans les endroits plus moldus, il semblait y avoir beaucoup de problèmes avec des humains qui amenaient volontairement des espèces exotiques aux plans d’eau qui ensuite affectaient énormément la faune et la flore de ces lieux. Les endroits sains étaient de plus en plus rares obligeant les communautés magiques à se regrouper dans des endroits de moins en moins nombreux. Un peu comme les sorciers en fin de compte, quoique ce n’était pas la pollution leur principale raison d’exil.

 

— Ça compte comme une bataille ? demanda Victoire en repensant au Couarpö.

— Oui ! se réjouit-elle. Demain, c’est la cérémonie des Frirrs. Ça ne compte pas comme une grosse bataille donc ça ne paraitra pratiquement pas pour la taille, mais j’ai hâte !

— Je suis contente pour toi.

 

Victoire lui sourit, sincère.

 

— C’est fou quand même, murmura Lauralaï.

— Qu’est-ce qui est fou ?

— Que tu te réjouisses pour moi, alors que tu ne connais rien à notre culture. Pour toi, ce ne sont que des cailloux, mais pourtant…

— Et toi tu aides une humaine.

 

Il y eut un silence. Il n’était pas désagréable, mais il la porta à réfléchir. Qu’est-ce qui les avait rapprochées au-delà de cette nuit mystérieuse ? Leurs mondes les opposaient, les excluaient, pourtant elle adorait passer du temps avec la selkie. Elle en était même venue à étudier près du lac durant la journée, sachant très bien qu’elles ne pourraient pas se parler mais voulant être le plus près possible.

 

— Oh ! s’exclama soudain Victoire. Avant que j’oublie, tu te souviens que tu m’as dit que tu aimerais me faire visiter le lac ?

— Oui, tu as trouvé une solution ?

 

Les yeux de Lauralaï s’illuminèrent. Elle avait été déçue la semaine précédente quand Victoire lui avait indiqué qu’elle ne connaissait pas de sortilège pour respirer sous l’eau. La sorcière ne savait pas trop si c’était la déception de ne pas lui montrer son monde ou la déception d’apprendre que la magie ne se pliait pas toujours aux quatre volontés du sorcier. Elle se doutait que sa mère avait utilisé un moyen quelconque, mais ne savait pas lequel. Elle lui avait donc envoyé une lettre et commencé des recherches de son côté au cas où, mais la réponse de sa mère était parvenue avant qu’elle ne fasse une découverte. Elle avait utilisé l’excuse de « mon amie voulait savoir comment tu arrivais à respirer sous l’eau durant l’épreuve » ce qui n’était pas entièrement faux, car Lauralaï était bel et bien intéressée par la réponse. Ça n’avait vraisemblablement pas soulevé de soupçons, car sa mère ne lui avait pas fait de discours sur les dangers d’aller nager dans le lac.

 

Elle ne répondit pas à la question et pointa plutôt sa baguette sur sa tête. Comme lors de ses essais précédents, les alentours paraissaient un peu plus petits, comme s’ils étaient plus loin. C’était un peu étrange et il lui fallait toujours un temps d’adaptation avant de cesser de se cogner partout, mais il semblait bien fonctionner. Enfin, aujourd’hui serait le réel test, car si elle semblait respirer un air plus pur, il n’y avait aucune preuve qu’il fonctionnerait sous l’eau. Il fallait qu’elle cesse de penser comme ça. Lauralaï la regardait d’un air mi-intrigué, mi-fasciné, comme chaque fois qu’elle voyait la magie à l’œuvre. Elle tendit le bras comme pour toucher la bulle, puis se rétracta au dernier moment. Ce n’était peut-être pas une mauvaise idée, elle n’avait aucun indice quant à sa solidité.

 

— Ça te donne une drôle de tête.

 

Victoire n’avait pas pensé à ça, mais si tout paraissait plus loin et petit, son propre visage devait avoir l’air disproportionné pour les autres. Mais pourquoi se souciait-elle de ce dont elle avait l’air ? Pour cesser de se casser la tête plus qu’elle ne le faisait déjà, elle sauta par-dessus Lauralaï et se retrouva immergée sous l’eau. Par réflexe, elle retint son souffle et ferma les yeux. Elle voulut remonter à la surface, mais elle s’en empêcha, il fallait qu’elle teste son sortilège. Elle ouvrit lentement les yeux et observa les alentours. La bulle tenait bon, mais elle n’arrivait pas à se forcer à respirer, c’était tellement contre nature que de respirer sous l’eau. Lauralaï avait également plongé sous l’eau et l’observait. Et c’est ce qui la convainquit d’essayer. Elle devait se montrer brave et visiter ce lieu si cher aux yeux de son amie. Victoire laissa aller l’air qu’elle retenait depuis déjà plusieurs secondes et inspira. Ça fonctionnait ! Devant elle, Lauralaï semblait soulagée, elle aussi devait avoir eu un léger doute quant à l’efficacité du sortilège. Elle lui tendit sa main et Victoire la saisit avec un sourire. Ce n’était pas la première fois, mais au contact de sa peau, le cœur de Victoire rata un battement. Elle espéra que rien ne transparaisse sur son visage, mais elle ne pouvait pas en être sûre. Alors que d’habitude, elles filaient à travers l’eau à toute allure, cette fois, elles prenaient tout leur temps afin que Victoire puisse admirer les alentours. C’était incroyable que de voir le lac de cette nouvelle perspective, on aurait dit qu’elle était tombée dans un autre monde, mais une partie de ses pensées restait accrochée à leurs doigts entrelacés.

 

Il lui fallut un moment pour reprendre ses esprits et elle avait toujours l’impression d’avoir un sourire idiot greffé au visage, mais elle réussit à résumer ses avancements de la journée. Il fallait qu’elles discutent du plan.

 

— Ça ne me laissera pas beaucoup de temps pour m’y rendre, dit Lauralaï d’une voix qui paraissait plus grave sous l’eau.

 

Victoire n’avait pas pensé à ça quand elle avait accepté l’heure de rencontre avec les Gryffondor.

 

— Je vais essayer de gagner du temps.

— Si tu peux, ce serait bien, mais sinon, je vais me débrouiller.

— On fait comme ça alors.

 

Elles discutèrent encore un peu des détails, s’interrompant parfois pour commenter les alentours ou se poser des questions. Elles ne réussirent pas à visiter l’entièreté du lac, il était beaucoup trop grand pour ça, mais elles se promirent de recommencer une fois leur plan du lendemain mis derrière elles.

 

— Merci, dit finalement Victoire après avoir remis les pieds sur la terre boueuse. De m’aider, de m’avoir fait visiter. Je ne comprends même pas pourquoi tu fais tout ça pour moi, je ne suis qu’une humaine après tout.

— Mais pas n’importe quelle humaine…

 

Lauralaï posa ses mains sur la terre et tendit ses bras pour extirper son torse de l’eau. Leurs visages n’étaient qu’à quelques centimètres l’un de l’autre et Victoire en perdit les mots. La question qu’elle voulut poser ne traversa jamais ses lèvres tant elle était captivée par les yeux qui la fixaient d’une manière indéchiffrable. Elle sentit une chaleur la traverser complètement malgré le froid qui les entourait. Il semblait n’y avoir rien d’autre qu’elles. Elle voulut dire quelque chose, la complimenter sur sa beauté, son charme, mais encore une fois, son corps refusa de lui obéir. Elle ne pouvait plus parler, elle ne pouvait plus bouger, elle en oubliait presque de respirer. Le visage de Lauralaï se rapprocha encore plus et finalement, elle réussit à bouger. Elle franchit la distance qui les séparait et posa ses lèvres sur les siennes. Des lèvres douces qui semblaient hésitantes au début, mais qui prirent de l’assurance enflammant encore plus le ventre de la jeune femme. Le baiser ne dura pas longtemps en partie à cause de leurs positions précaires, mais cela ne lui enleva rien. Son cœur battait encore à tout rompre quand elles se séparèrent et quand elle voulut parler, elle réalisa qu’elle était encore muette. Victoire était comme ensorcelée.

 

Ce fut la selkie qui brisa le silence :

 

— Elle a une drôle de texture ta cape, dit-elle en la faisant glisser entre ses doigts.

— Elle est imperméable.

— Comme mes écailles alors.

— Je suppose, oui.

— Elle est brisée ?

— Non, répondit Victoire. Pourquoi ?

— Tu es complètement mouillée.

— C’est parce qu’elle ne protège que ce qu’elle cache.

— Donc tu voulais te protéger de la pluie, mais pas de l’eau du lac ?

 

Victoire se trouva profondément stupide. Elle n’avait pas du tout réfléchi. Elle avait vu la pluie tomber et s’était dit qu’elle allait s’en protéger, sans réaliser qu’elle allait nager. Son absence de réponse et son air découragé firent éclater de rire Lauralaï. Elle réussit toutefois à souffler un « à demain » avant de s’enfoncer sous l’eau en riant toujours. Victoire se releva et posa ses doigts sur ses lèvres comme pour sentir celles qui y étaient quelques instants auparavant. Elle sourit.

 

— À demain, dit-elle en direction du lac

 

***

 

Le lendemain fut consacré à trouver le meilleur moment pour se rendre au bureau de la directrice sans se faire voir par l’un des quatre idiots. Ce n’était pas facile, il semblait toujours y en avoir un qui lui collait aux basques. Finalement, après le cours d’histoire de la magie, le seul qui partageait son cours s’étant endormi, elle put s’échapper sans problème. Malheureusement, la directrice était toujours occupée ailleurs et elle dut plutôt se diriger vers le bureau de Neville. Au milieu du chemin, elle réalisa que son dernier cours de la journée était la botanique et qu’elle pourrait simplement lui en parler à ce moment ou juste après. Contente de cette décision, elle se retourna pour se diriger vers la Grande Salle et faillit entrer en collision avec Li.

 

— Salut Victoire. Ton ami est toujours disponible pour ce soir ?

— Je suppose, dit-elle d’un ton détaché alors que la surprise l’avait pratiquement faite sursauter. Je n’ai pas eu de nouvelles.

— Ahh… D’accord… Tu allais manger ?

— Oui.

— Je t’accompagne.

 

Elle ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel, tant pis s’il la voyait. Elle était au moins soulagée qu’elle ne soit pas plus questionnée que ça sur son changement de direction. Li tenta quelques fois de faire la conversation, mais devant le manque de collaboration évident de Victoire, il finit par se taire. L’arrivée à la Grande Salle mit fin à ce terrible moment. Il se dirigea vers la table des Gryffondor après un « salut » auquel Victoire ne répondit pas et elle-mêmealla vers sa propre table. Dominique était déjà là avec ses amis, ou sa troupe d’admirateurs comme aimait les appeler Victoire.

 

Elle-même avait très peu d’amis. Il y avait Teddy bien sûr, mais il n’était plus à Poudlard. Il y avait Sharon aussi, sa seule amie à Serdaigle. En fait, la seule personne dont elle se considérait assez proche à Poudlard pour la considérer comme une amie. C’est d’ailleurs vers elle qu’elle se dirigeait. Heureusement, aujourd’hui, elle avait choisi un endroit assez éloigné de Dominique et ses admirateurs. Car oui, même si la plupart des gens s’assoyaient toujours au même endroit dans les autres maisons, les Serdaigle avaient la bizarre habitude de changer de place à pratiquement tous les repas.

 

Et maintenant, se dit Victoire, il y avait Lauralaï qui venait s’ajouter à sa courte liste. Quoique, elle n’était pas certaine de pouvoir la qualifier simplement du mot amie, mais elle n’en avait pas d’autre, aucun dont elle était certaine. Et aucun qui n’était simple d’ailleurs. Comment qualifier sa relation avec la selkie ? Elles s’étaient embrassées, mais…

 

— Ça va ? lui demanda Sharon. Tu as l’air bizarre depuis quelques jours.

— Oh, répondit Victoire encore un peu distraite par une certaine individue. C’est juste que j’ai trop à penser, je pense.

— Je crois savoir ce qui se passe.

 

Comment avait-elle deviné ?

 

— C’est à cause de Spielman et sa clique ?

— Hein ?

 

Victoire était tellement persuadée que son secret s’était fait révéler qu’elle ne comprit pas tout de suite.

 

— Ils te suivent depuis plusieurs jours, depuis que tu t’es retrouvée à l’infirmerie. Ils ont recommencé à t’embêter ?

— Non, pire. Ils veulent qu’on devienne amis.

 

Sharon prit une expression horrifiée et les deux amies éclatèrent de rire. Le sujet ne revint pas, mais Victoire ne pouvait plus cesser de penser à ce qui allait se passer ce soir, mais surtout à Lauralaï.

 

Quand vint le cours de botanique, Victoire mentionna dès le départ son souhait de discuter à la fin du cours, ce qui lui fut accordé sans hésitation. Elle tâcha de faire le plus attention possible dans toutes ses manipulations pour faire bonne impression, puis attendit sagement qu’il fût prêt. Le professeur Londubat accepta son idée facilement, à croire qu’il avait déjà fait partie de drôles de plans dans sa jeunesse lui aussi. Il avait fait partie de la résistance lors de la guerre contre Voldemort, après tout. Il n’avait pas du tout l’air d’un guerrier avec son air jovial et son amour pour les plantes, mais elle ne voyait pas pourquoi les gens mentiraient. D’ailleurs Lauralaï non plus n’avait pas l’air d’une guerrière, mais elle avait attaqué un serpent de mer et, pour en avoir vu même juste en images, il fallait un sacré courage pour s’attaquer à ces créatures. Victoire secoua la tête. Quand allait-elle arrêter de tout ramener à la selkie ? Les gens allaient commencer à penser qu’elle avait pris trop de soleil si elle était rouge en tout temps.

 

Le soir arriva. Ella posa une cape noire sur ses épaules et quitta la tour de Serdaigle en prenant tout son temps. Ils étaient déjà là quand elle arriva.

 

— Tu es en retard, grogna Boots avant de se faire donner un coup de coude par Li.

— Oui, je sais, j’ai croisé quelqu’un et j’ai dû me cacher dans un placard pour ne pas me faire voir.

— Ton ami n’est pas là, dit Spielman pour changer de sujet.

— C’est peut-être juste un retard ? supposa Victoire dans l’espoir de gagner encore un peu de temps.

— Ça fait déjà sept minutes. Si même toi tu es arrivée, en te cachant dans un placard en chemin, il devrait déjà être là.

 

Raté. Il fallait passer à la prochaine étape.

 

— Ou alors, on s’est mal compris. Peut-être qu’on n’est pas à la bonne serre.

— Ouais, ça vaut la peine d’essayer.

 

Elle vit qu’ils étaient agacés et ne tenta donc pas de les retenir plus longtemps. Il fallait que Lauralaï ait eu le temps de se mettre en place. Le cœur de Victoire rata un battement quand elle la vit assise sur un rocher tout au bout de la dernière serre, comme prévu. Elle ne savait pas trop ce qui avait causé le raté si c’était la nervosité ou, comme la veille, la présence de Lauralaï, mais elle ne s’y arrêta pas.

 

— Là ! pointa Abbey.

 

Ils ne semblèrent rien remarquer d’anormal et Victoire en fut soulagée. Il était vrai après tout qu’il était difficile de deviner qu’une être de l’eau se cachait sous la longue robe qui allait jusqu’aux pieds — ou au bout de la queue dans ce cas-ci — et le capuchon qui couvrait sa tête et plongeait son visage dans l’obscurité. Ils s’approchèrent en accélérant le pas, mais Lauralaï leva sa main pour leur faire signe de s’arrêter. Ils obéirent, sans doute incertains de ce qui allait se passer. Ils cherchèrent les alentours du regard et Victoire ne put s’empêcher de les imiter. Il  avait vraiment l’air de n’y avoir personne.

 

— Hominum Revelio, lança Li en pointant autour d’eux.

 

Elles avaient de la chance qu’il n’ait pas pointé sa baguette directement sur Lauralaï, ou alors ils se seraient posé des questions, mais ils allaient rapidement découvrir leur observateur. Que pouvait-elle faire ? Toutefois, ce fut au tour de Victoire de se poser des questions quand le sortilège fut jeté derrière eux, la zone avait été complètement couverte. Où était le professeur Londubat ? Le sort avait-il échoué ? Elle en doutait fortement. Ou alors il n’était pas venu ? Avait-il mal compris ? Ça ne servait à rien de faire tout ça s’il n’était pas là… Mais elle n’avait aucun moyen de signaler le souci à son amie. Et peut-être était-il bel et bien là, caché quelque part. Alors elle laissa le plan se dérouler devant elle.

 

— Qui es-tu ? dit Spielman.

 

La gentillesse qu’elle s’efforçait d’avoir envers Victoire ne semblait pas s’appliquer à l’inconnu. Inconnu pour eux du moins.

 

— Est-ce que ça a vraiment de l’importance ? demanda la selkie.

— Oui, on veut savoir si on te fait confiance.

— C’est à moi de juger, pourtant.

 

Spielman sembla en avoir assez et s’avança. Lauralaï sortit de sa poche une baguette. Victoire savait qu’il ne s’agissait que d’un bout de bois, mais à cette distance, ils n’avaient aucun moyen de le savoir. C’était à son tour, Victoire sortit distraitement sa propre baguette et la pointa sur Spielman. Comme tous les yeux étaient portés sur la selkie, personne ne le remarqua. Quand Lauralaï lança son sort, Victoire se concentra de toutes ses forces pour effectuer un sortilège informulé. Ils venaient tout juste de les voir, mais la facilité du Jambencoton et son désespoir lui permirent de réussir. La Gryffondor s’effondra au sol, l’air agacé. Cela eut pour effet de faire dégainer leur baguette aux trois autres, mais la jeune femme toujours par terre leur fit signe de laisser tomber.

 

— Alors, tu as sauvé Victoire ?

— C’est vous qui l’avez poussée ? rétorqua Lauralaï.

— On ne l’a pas poussée ! s’indigna Li.

— Alors que s’est-il passé ?

— Pourquoi ce désir de savoir ?

— Pour savoir si je dois vous dénoncer.

— On pourrait se mettre tous contre toi. Quatre contre un, ça nous favoriserait.

 

Quatre contre deux. Comme si elle allait les laisser l’attaquer sans rien faire.

 

— Pourquoi risquer une bataille alors qu’il est possible que je ne vous dénonce pas ?

 

Victoire voyait bien qu’ils n’étaient pas convaincus.

 

— Et qui vous dit que je n’ai pas prévenu quelqu’un d’autre de cette rencontre ? Au cas où une situation comme celle-ci se produirait.

 

Les Gryffondor se retournèrent vers Victoire avec tous le même regard accusateur. Elle secoua la tête, dans une tentative de montrer qu’elle n’était pas au courant.

 

— Tu vas nous dire qui c’est.

 

Spielman s’était retournée vers la selkie. De toute évidence, aucun n’avait compris qu’il ne s’agissait pas d’un élève de Poudlard. En fait, elle-même aurait eu de la difficulté à s’imaginer quoi que ce soit si elle n’avait pas été au courant.

 

— Après que vous m’ayez dit ce qui s’est passé.

— On peut te faire parler.

 

Ils insistaient trop, ça ne se passait pas aussi facilement que prévu. Victoire commença à avoir peur qu’ils ne l’attaquent et elle n’arriverait jamais à la défendre toute seule ! Heureusement, Lauralaï était douée pour argumenter.

 

— Vous n’agissez pas du tout comme si vous étiez innocents. Même Victoire semble commencer à se douter de quelque chose.

 

Alors que les regards se retournaient vers elle, Victoire tenta de prendre le meilleur regard suspicieux qu’elle pouvait. Ce n’était pas trop difficile. Même si elle avait compris en les entendant parler alors qu’ils la croyaient endormie qu’ils avaient une part de responsabilité, leur acharnement était étrange. Ils pensaient qu’elle savait ce qui s’était passé, mais en agissant ainsi ils pouvaient laisser entendre que c’était pire que ce qu’elle se rappelait. C’était un casse-tête de réfléchir à qui pensait quoi et agir en conséquence, mais elle dut paraitre assez convaincante, car Lauralaï continua.

 

— Pourquoi l’avez-vous poussée ?

— On ne l’a pas poussée…

— Elle est tombée toute seule ?

— Oui !

— Bien sûr… Les gens tombent dans un lac et se retrouvent à plusieurs courants de distance juste comme ça.

 

Victoire se tendit à l’utilisation du mot « courants », mais les autres ne semblèrent pas réaliser l’incongruité de l’expression.

 

— Ben, ce n’est pas vraiment notre faute. C’est elle qui est allée dans le lac, on ne voulait pas qu’elle aille par là.

— Vous l’avez droguée ?

— Non ! C’était juste un simple Confundo. On ne pensait pas que ça aurait des conséquences.

— Pourquoi lui avoir lancé ?

— Euh… Ben… C’est que…

— Vous vouliez cacher quelque chose.

 

Victoire eut l’impression qu’un voile commençait à se lever sur ses souvenirs. Elle se souvenait du moment où elle avait eu conscience qu’elle n’était pas seule dans le parc.

 

Des voix et des rires résonnaient dans la nuit.

 

Elle se concentra sur les voix pour tenter de déterminer à qui elles appartenaient, ce qui allait se passer, mais un violent mal de tête lui vrilla les tempes. Elle cessa de forcer et laissa plutôt les souvenirs venir à elle.

 

Il s’agissait bien des quatre Gryffondor. Elle les vit bien avant qu’ils ne la remarquent.

 

— On se baladait dans le parc, commença Spielman. On voulait juste se relaxer après cette journée un peu difficile.

 

Vu leur attitude et la bouteille qu’ils se passaient entre eux, ils étaient saouls. Ça expliquait aussi pourquoi ils ne semblaient pas du tout se soucier de se faire repérer. Victoire, qui ne désirait pas se faire attraper à cause d’eux, s’était éloignée vers le lac mais manque de chance, ils l’avaient vue et s’étaient dirigés vers elle.

 

« Hey Weasley ! Je suis content de te voir ! On cherchait justement une distraction. »

 

Sur cette remarque très spirituelle de Boots, les trois autres éclatèrent de rire. Victoire tenta de s’esquiver, mais leur attention revint rapidement.

 

— On a vu Victoire et on a décidé de faire un duel.

 

— On voulait justement essayer de nouveaux sortilèges qu’on a découverts aujourd’hui. 

 

Ce n’était définitivement pas une expérience que Victoire voulait vivre. Sauf que le destin en avait décidé autrement. Elle eut beau tenter de se défendre, elle n’était pas la plus douée en duels et à quatre contre une, elle n’avait aucune chance. Elle se sentit tomber sur le sol, puis rouler dans l’herbe. Son corps se remplit de frissons et elle leur cria d’arrêter.

 

— À un moment, elle a reçu un sortilège de confusion et elle s’est jetée dans le lac.

 

— Arrête Lesley ! Elle va aller tout raconter si on continue. 

— Il suffit d’utiliser un Confundo, elle n’arrivera même pas à révéler quoi que ce soit. 

 

Le sortilège de confusion lui fit perdre le fil de tout. Les sorts se mélangeaient dans sa tête, elle ne savait plus trop depuis quand elle était couchée sur le sol, mais quand elle tenta de se relever, elle sut rapidement que c’était une erreur. Ses jambes étaient chancelantes et elle faillit tomber avant de réussir à adopter une posture à peu près stable. Elle n’avait pas remarqué qu’elle était si près du lac. Et peut-être que les Gryffondor non plus, ce qui expliquerait la suite. L’un d’eux lui lança un sortilège d’expulsion, l’air fut éjecté de ses poumons et elle se retrouva propulsée dans l’eau du lac complètement désorientée.

 

— Un duel ! s’indigna finalement Victoire. À quatre contre un ?

— Tu ne sais pas ce que tu…

— J’ai sauté dans le lac ? le coupa-t-elle. Vous m’avez lancé un Expulso !

— Mais on ne pensait pas que tu allais tomber dans le lac. Il faisait si noir…

— Donc vous avouez ? s’immisça Lauralaï.

— Qu’importe ce que nous avouons. Après cette nuit, vous ne vous souviendrez de rien toutes les deux.

— On voit ce que donnent vos sortilèges de confusion, railla Victoire.

— Je pensais à un autre sortilège pour les souvenirs… dit Spielman sournoisement.

— Mais tu oublies l’autre personne au courant, Eileen, dit Abbey.

— Il n’y en a pas d’autres, c’est du bluff. J’en suis sûre. Tout comme elle ne se souvenait de rien avant cette nuit. Elle nous a manipulés pour qu’on avoue et qu’elle se souvienne.

 

Boots et Spielman pointèrent leurs baguettes sur elle tandis que les deux autres visaient Lauralaï. Elle eut bien plus peur pour la selkie que pour elle. Ils ne pouvaient pas la toucher, ils n’avaient pas le droit ! Mais elle était prise au piège, elle ne pouvait pas l’aider. Le professeur Londubat n’était peut-être vraiment pas là après tout. Alors que Victoire commençait à être terrifiée, Neville choisit ce moment pour finalement intervenir. Les quatre fautifs baissèrent immédiatement leurs baguettes et se retournèrent, un air terrifié maintenant peint sur leurs visages à eux.

 

Victoire n’eut cure de ce qui allait se passer par la suite et courut vers la selkie. Elle avait envie de lui retirer sa capuche pour vérifier qu’elle allait bien, mais elle n’osa pas alors que les autres étaient toujours présents. Elle se contenta de lui prendre les mains.

 

— Tu vas bien ?

— Je me sens un peu sèche, mais ça en valait la peine ne t’en fais pas.

— Je vais t’aider à retourner au lac.

— Je n’en doute pas un instant, mais toi comment vas-tu ?

 

Comment allait-elle ? Soulagée, peut-être. Moins terrifiée maintenant qu’elle se savait prise en charge. Appréhensive de la suite, ils n’allaient certainement pas en rester là. Ils allaient se venger de la punition qu’ils allaient gagner ce soir, c’était certain. Mais il y avait devant elle quelqu’un qui éclipsait tout le reste.

 

— Bien, merveilleusement bien.

 

Et sans se soucier de si elles étaient observées — Neville aurait très bien pu amener les Gryffondor dans le château pour les punir sans qu’elle le remarque — elle se pencha vers Lauralaï pour l’embrasser. Leur baiser dura plus longtemps que le premier et la magie qu’elle avait ressentie la veille ne s’était pas évaporée. Des frissons parcoururent tout son corps — de plaisir cette fois — et les alentours disparurent. Il n’y avait plus qu’elles deux quelque part dans l’univers. Peu importaient ses attaquants, peu importait qu’elle connaisse enfin la vérité, elle avait trouvé bien plus que ça.

 

Elle était dans un endroit et un moment qui faisait fit de leurs différences ou plutôt qui les reconnaissait, mais qui les enlaçait malgré tout. Victoire ne savait pas ce que le futur leur réservait, il y avait bien des obstacles qui allaient se dresser devant elles, mais elle n’en avait cure. Pour l’instant, elle était simplement comme une selkie dans l’eau.

 

Note de fin de chapitre :

- Le personnage « créature magique » doit être identifié clairement et être nommé (avoir un prénom). Je crois que vous aurez compris qu'il s'agit de Lauralaï ;)
- Le personnage humain découvre une habitude culturelle propre au peuple du personnage « créature magique » qui apparaît dans le texte. Le Couarpö
- Les deux personnages devront avoir une conversation.Je vous laisse le choix de votre conversation
- Votre histoire devra être écrite au point de vue interne (première ou troisième personne, c’est à vous de choisir). Point de vue interne de Victoire à la troisième
personne
- Une créature magique ne pourra pas être utilisée par plus de deux auteurs, donc si Bidule et Machin veulent écrire sur le centaure, ce dernier ne pourra plus être utilisé.J'ai réservé juste à temps ;)
- Il devra faire entre 1 000 et 15 000 mots.Environ 10k mots

J'espère que vous avez apprécié, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire alors un grand merci à Samantha Black pour l'opportunité. Allez lire les autres participations du concours !

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