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Inscrivez-vous aux Journées Reviews !


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La Journée Reviews d’octobre se déroulera du vendredi 22 au dimanche 24 octobre. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !

Le principe ? Réparti.e.s en binômes ou trinômes, vous écrivez au moins 10 reviews à votre binôme (5+5 pour le trinôme) pendant ces trois jours, sur HPFanfiction ou le Héron, au choix.



De Les JR le 19/10/2021 20:31


Semaine d'adaptation ludique


La SAL revient !

Que vous ayez envie de découvrir le forum et ses sites, de braver des défis en équipes, ou de partager votre savoir de fossile de l'asso, vos pokeballs et vous pouvez vous inscrire dès à présent dans le vestibule !


De La SAL le 18/10/2021 14:50


Le Grand Ménage Orange 2020


Bonjour à toutes et tous, ici les Schtroumpfettes !

Nous adressons un message à nos adhérents ou anciens adhérents : le Grand Ménage Orange (plus connu sous le nom de GMO) pour la période 2012-2020 vient officiellement de prendre fin ! Ce sont plus de 9800 chapitres qui ont été passés au crible par nos yeux scrutateurs. Vous trouverez plus d'informations ici.
Pour les membres dont le compte aurait été verrouillé ou qui auraient perdu leur validation automatique suite au GMO, veuillez nous envoyer un mail à l'adresse hpf.moderation@gmail.com.

A très vite !

De L'équipe de modération d'HPFanfic le 10/10/2021 10:21


Sélections du mois


Félicitations à Fleur d'épine, Juliette54, Drachvador, Polock et Uzy qui remportent la toute mignonne (ou moins) Sélection Famille !

Pour novembre 2021, c'est le thème de Deuil qui vous arrachera peut-être quelques larmes. Vous pouvez dès à présent proposer vos deux fanfictions favorites sur ce thème en vous rendant ici ou bien en répondant à cette news.

Enfin, durant le mois d'octobre, voyagez et rêvez dans des Lieux Magiques. Venez voter pour vos histoires préférées juste ici.

Entrez dans des grottes et des contrées jusque-là inexplorées !


De L'équipe des Podiums le 08/10/2021 13:54


116 ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 116e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 22 octobre à partir de 20h. Cette nuit sera en collaboration avec l'organisation de la SAL, la semaine d'intégration d'HPF. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 05/10/2021 19:15


115 ème édition des Nuits HPF


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 115e édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 18 septembre à partir de 20h. Il s'agira d'une nuit où les musiques serviront aussi d'inspiration ! Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.

A bientôt!
De L'équipe des Nuits le 08/09/2021 19:17


Les inattendus de Dudley par Norya

[1 Reviews]
Imprimante
Table des matières

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Note d'auteur :

Cette histoire a été écrite dans le cadre de l'Echange de Noël 2020 à destination d'Eejil9, qui avait notamment envie d'histoire familiale, d'espoir ou encore de voir Dudley Dursley.

Ca tombait bien, j'avais envie d'écrire sur lui... :)
Plus jeune, si on lui avait qu’un jour, il en viendrait à aimer la magie et son monde, Dudley aurait éclaté de rire. Après avoir mis un poing dans la figure du malotru, bien évidemment.

Puis il y avait eu Sayuri qu’il avait rencontrée grâce à Ginny. Et aussi un peu grâce à Harry mais il aimait lui faire croire qu’il n’avait eu qu’un petit rôle dans cette histoire car il savait que cela faisait râler son cousin et Dudley se devait de reconnaître que même s’il avait fait la paix avec Harry depuis longtemps, le faire râler était un des bonheurs de sa vie.

Au départ, Dudley n’aurait jamais imaginé avoir un jour besoin de Harry. Il aurait pourtant pu voir venir les choses quand il avait soudain ressenti la nécessité de serrer la main de son cousin au moment où ce dernier était parti de la maison pour la dernière fois.

Sa vie, après le départ de Harry, suivit un chemin balisé pour lui : diplômé du lycée Smelting, envoyé dans des études de commerce sur instance de ses parents pour, à terme, prendre la succession de Vernon à la tête de la Grunnings.

Dudley ne s’était jusque là jamais posé la question de ce qu’il pouvait ou voulait faire. Il sentait bien que les longues études n’étaient pas faites pour lui, mais il n’avait jamais découvert ce qu’il pouvait aimer, autre que la télévision ou les jeux vidéo. Le hasard, finalement, le mit sur la voie d’une passion inattendue à partir du moment où il se fit un nouvel ami à Smelting, Conor Brennan, dont le père était à la tête de plusieurs garages de voitures anciennes.

Conor invita un jour Dudley au plus important garage de sa famille, tout près de Cork, où il passait souvent les étés à bricoler sur les voitures aux côtés de son père. Ce fut la vieille Morgan 4/4 de 1936 qui fit de l’œil à Dudley. Le coup de foudre, confirmé au moment où il glissa lentement les doigts sur la carrosserie bleue de la mécanique. Cette sensation de se sentir à sa place, de découvrir enfin la vérité, lui éclata à la figure ce jour-là.

Dès lors, dès qu’il le pouvait, week-ends ou vacances, il accompagnait Conor au garage où il apprit mécanique, soin et conduite de ces véhicules anciens. Il fit sauter nombre de séjours chez ses parents pour assouvir sa nouvelle passion, au grand dam de sa mère qui le pressait de questions et voulait qu’il lui présente « la petite jeune fille de bonne famille » qu’il avait dû rencontrer pour ne plus prendre le temps d’aller voir ses parents. Il éludait systématiquement les questions mais il savait qu’il allait devoir dire la vérité à ses parents, à savoir quitter ses études et se lancer dans la mécanique. Sur les conseils de Conor et grâce aux contacts de ce dernier, il rencontra le patron d’un garage tout près de Londres qui accepta volontiers de l’embaucher et de le former plus avant en voyant l’enthousiasme et les excellentes capacités dont il fit preuve lors d’une petite démonstration. « Vous avez ça dans le sang, jeune homme ! » et c’était le plus beau compliment qu’on lui avait jamais fait jusque-là.

Il savait que ce changement perturberait sa mère mais que du moment qu’il était heureux, cela lui conviendrait. Son père, en revanche, ne l’accepterait pas, c’était certain. Parce que ce n’était pas dans la logique prévue, parce que ce n’était pas dans la norme pour un fils de directeur d’entreprise de se salir les mains dans le cambouis des voitures, fussent-elles anciennes. « Pas dans la norme ». Le jour où il se fit cette réflexion fut celui où il repensa à Harry pour la première fois depuis son départ, près de quatre ans auparavant. Si quelqu’un n’avait jamais été dans la norme paternelle, c’était bien lui. L’idée d’avoir un point en commun avec son cousin le fit sourire mais il ne savait pas alors que ce sourire-là serait le dernier avant un long moment.

Comme il l’avait prévu, Vernon hurla au scandale, traita de traître son fils, « après tout ce que j’ai fait pour toi ! » et ne lui adressa plus la parole. A chaque fois qu’il rendait visite à ses parents, seule sa mère était heureuse de le voir mais le silence de son mari pesait sur elle et le malaise planait sur les repas dominicaux. Un soir, Vernon décéda sans jamais avoir reparlé à son fils. Le cœur, déclara le médecin. Il se sentit incapable de soutenir sa mère, inutile pour elle et à cette idée-là s’ajouta une autre, plus insidieuse : et si c’était à cause de lui que son père était mort ? Après tout, c’était connu que le cœur était un organe fragile et qu’un choc pouvait l’endommager irrémédiablement…

Alors des cauchemars systématiques s’emparèrent de lui, toujours plus sombres, toujours plus angoissants, toujours à l’accuser, lui, de tous les mots, d’être l’homme le plus abject du monde, à lui dire que sa mère allait le rejeter, qu’il avait tué son père, que de toute façon, il n’était bon à rien ou que son talent pour la mécanique était en fait un délire après trois pintes de bières. Ces cauchemars ravivèrent les angoisses qu’il avait eues après l’attaque de ces monstres invisibles qu’avait combattus Harry, ces « Détraqueurs » comme il l’avait entendu les appeler et il n’avait même pas remarqué à l’époque que sa mère connaissait leur existence.

Les semaines passèrent et les choses ne s’arrangèrent pas. Sa mère l’emmena voir un médecin mais ce dernier n’eut pas l’air inquiet. « Enfin, Madame, ce jeune garçon vient de perdre son père ! Rien d’étonnant à ce qu’il aille mal. Vous voyez bien que vous n’allez pas bien non plus ! » Petunia quitta le cabinet médical en colère, sa peine un temps oubliée, son cœur de mère prêt à tout pour que son fils redevienne lui-même. Elle le força à revenir habiter chez elle « pour bien m’occuper de toi » lui expliqua-t-elle.

Dudley était si mal qu’il ne remarqua pas que sa mère gardait l’œil sur lui en permanence, surveillait chaque maigre bouchée qu’il avalait ou comptait ses heures de sommeil. Il n’avait pas conscience qu’en fait de vouloir s’occuper de lui, elle espérait surtout l’empêcher de faire une bêtise.
— Ecoute, Dudly… Dudley, je voudrais parler avec toi d’une chose…
Dudley, alors avachi sur son fauteuil, le nez dans un magasine de foot dont il tournait les pages sans vraiment les lire, leva les yeux vers elle, interpellé par l’usage de son prénom par sa mère, elle qui ne l’appelait que par des « mon chéri » ou des surnoms qui l’exaspéraient au plus haut point.
— Je… je sais que ce n’est pas facile à dire… Je ne veux pas dire que tu perds la tête et tout ça mais…
— Tu penses que je devrais voir un psy, c’est ça ? l’interrompit doucement le jeune homme.
— Eh bien, je… oui. Je ne sais pas si c’est une bonne idée, et peut-être que je me trompe et que tu vas mieux que ça et que tout ça va passer mais…
— Maman, arrête, on dirait que tu cherches à t’excuser en me disant cela, soupira Dudley.
— Mais je…
— S’il te plaît, laisse-moi finir. J’y ai pensé. Non, je ne vais pas bien, tu le vois. Mais je ne suis pas sûr qu’un psychiatre puisse m’aider. Enfin… C’est compliqué, je ne pourrai pas tout lui dire, il me prendrait pour un dingue !
— Enfin, au contraire, il faut tout lui dire, que je sache, les psys ne sont pas là pour juger les patients !
— Maman, tu ne sais pas tout. Je ne t’ai pas tout dit. Ni ce qu’il y a dans mes cauchemars ni rien à propos de ceux d’il y a cinq ans, répondit-il il en levant la main en voyant sa mère ouvrir la bouche sous le choc de ses mots. C’était dur et je ne sais pas si tu aurais pu l’entendre. Enfin, peut-être toi, tu aurais pu comprendre, mais pas papa.
Il se tut un instant et Petunia se précipita pour l’interroger.
— Tu me fais peur… De quoi parles-tu ?
— Il y a cinq ans, juste avant que Harry reparte pour son école, il y a eu cette attaque de ces trucs, là, je n’ai pas retenu leur nom…
Petunia blêmit.
— Les Détraqueurs ?
Dudley leva un œil surpris sur elle.
— Je… Sans doute. Je ne sais pas comment ça marche, leur pouvoir, ou je ne sais quoi, mais à partir de ce moment-là, j’ai eu plein de cauchemars, j’entendais tout le monde dire que j’étais mauvais, que je ne servais à rien… C’était affreux. Cela a duré plusieurs mois et puis les cauchemars ont finir par disparaître mais je n’ai jamais oublié ce qu’ils m’ont dit, même si ça me faisait moins peur. J’ai essayé d’être meilleur après. C’est pour ça que j’ai arrêté de parler à Piers, par exemple.
— Oh, Dudy, pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de ça ?
— Maman, tu sais bien que dès que quelque chose touche à Harry ou à la magie, tu te mets en colère et je ne te parle même pas de Papa ! Mais tu sais que toi non plus, tu ne m’as jamais rien expliqué à propos de ça ? Tout ce que j’ai appris, c’est ce jour-là quand j’ai vu que tu savais plein de choses et les quelques bouts de discussions que vous avez eus avec Papa après.
— Je suis tellement désolée, Dudley…
— Alors que voulais-tu que je te dise ? C’était impossible. Cela devait passer tout seul et ça l’a fait. Enfin, je le pensais. Parce que ça a recommencé. En pire.

Dudley s’arrêta là car il n’osait pas dire à sa mère qu’il vivait chaque jour la mort de Vernon, qu’il se voyait le tuer ou, et c’était presque plus supportable, que les voix l’accusaient de sa mort. D’une part parce qu’il ne voulait pas la blesser, elle qui faisait taire sa peine pour le soutenir, lui, et d’autre part, parce que… Eh bien, parce qu’il avait honte et qu’il n’était pas sûr de sa propre innocence.
— Et tu comprends aussi que je ne peux pas parler de ça à un psy.
Petunia acquiesça doucement. Le silence se fit pendant quelques minutes jusqu’à ce qu’elle l’interrompe avec hésitation.
— Et… euh… Si les psys normaux ne peuvent pas entendre, ils n’en ont pas, les autres ?
— Les autres ? Un psy… magique, tu veux dire ?
— Oui, enfin, je ne sais pas comment ils appellent ça, chez eux. Mais… disons qu’eux, ils peuvent entendre des trucs bizarres, non ?
— Peut-être… Je ne sais pas. Et puis on fait comment pour en voir un ?
— Eh bien… commença Petunia en se tortillant les doigts.
— Tu veux contacter Harry ? fit Dudley les yeux ronds de surprise.
— Tu vois une autre solution, toi ?
— Mais je ne suis pas de leur monde, peut-être qu’ils ne m’accepteront pas !
— Si tu ne demandes pas à ton cousin, tu ne sauras pas !

Dudley ne répondit rien et laissa cette idée naviguer dans son esprit. Après tout, sa mère n’avait pas tort et le fait que ce soit elle qui suggérait cela n’était pas à prendre à la légère, bien au contraire.
— Ok, tu as gagné, je l’appelle, lui dit-il en se levant et en remontant dans sa chambre.

C’était là qu’il avait gardé la lettre de Harry où ce dernier leur expliquait qu’ils avaient gagné la guerre et que tout irait bien. Il avait aussi donné le numéro de téléphone de la maison de Londres dans laquelle il habitait désormais, pour « si jamais vous aviez besoin de quelque chose ». Dudley n’avait pas compris pourquoi son cousin leur avait dit ça vu comment ils l’avaient traité toute son enfance, tout comme à l’époque, il ne savait pas pourquoi il avait choisi de garder cette lettre. Peut-être que Harry avait pressenti que ce genre de choses pourraient arriver et peut-être que lui-même avait deviné qu’un jour, il aurait à le contacter.

Ce fut Ginny qui décrocha la première fois qu’il composa le numéro. Dudley faillit raccrocher mais se retint à temps.
— Dudley, le cousin de Harry ? demanda Ginny à l’instant où il commença à se présenter. Il grimaça. Evidemment que ça n’allait pas bien se passer. Qu’espérait-il ?
Mais la voix de Ginny resta douce et curieuse.
— Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Harry n’est pas là ce soir, mais je peux lui laisser un message !
Dudley n’aurait su dire si c’était son ton, son évidente envie de l’aider mais au moment où il commença à expliquer le but de son appel, il éclata en sanglots, sans même ressentir honte, lui qui ne l’avait plus fait depuis une dizaine d’années, et qui en avait été incapable devant sa mère. Il essaya de raconter comme il put pourquoi il appelait ; son récit était saccadé et décousu mais Ginny ne l’interrompit pas une seule fois. Il comprit bien plus tard qu’il lui serait à jamais reconnaissant pour cela, tout comme pour le fait qu’elle ne raconta jamais à Harry qu’il avait pleuré au téléphone avec elle alors qu’il ne la connaissait même pas.
— Ecoute… tu es à la maison de tes parents ou ailleurs ? lui demanda-t-elle une fois qu’il se fut arrêté de parler.
— Chez mes parents, mais pourquoi ?
— Reste là, je viens te chercher, répondit-elle et elle raccrocha.

Dudley regarda son téléphone maintenant silencieux d’un air hébété. Que venait-il de se passer ? Il n’eut pas le temps de chercher une réponse car la sonnette de la porte d’entrée retentit. Il s’approcha discrètement de la porte de sa chambre et passa une tête au-dehors. De là où il était, il ne voyait pas l’entrée. Sa mère avait ouvert la porte et il pouvait clairement entendre Ginny alors que sa mère semblait rester muette.
— Dudley ? l’appela-t-elle finalement.
Le jeune homme soupira et descendit avec hésitation.
Ginny était là. Elle n’était pas très grande mais paraissait élancée et sportive. Si elle n’était pas son genre de femmes, il pouvait aisément comprendre qu’elle ait plu à Harry. Elle était belle.
— Dudley ? dit-elle poliment en tendant une main fine. Je suis Ginny, je crois qu’on ne s’était jamais rencontrés.
— En effet. Je crois que j’avais seulement aperçu tes frères et ton père.
La jeune femme sourit.
— Ah oui, les fois où ils sont venus chercher Harry ! Je crois qu’ils ont mis un peu de bazar, désolée pour ça.
Dudley leva un sourcil surpris, mais ne dit rien.
— Ecoute, je pense qu’on peut t’aider, Harry et moi, et t’emmener voir des personnes qui seront plus efficaces que des médecins moldus. C’est pour ça que je suis venue.
Elle jeta un œil inquiet à Petunia puis se retourna vers lui.
— Tu es d’accord ?
Le jeune homme s’assit dans les escaliers en soupirant.
— Qu’en penses-tu, Maman ?
Petunia eut un petit sourire.
— Je crois qu’il faut que tu fasses tout ce qui est nécessaire. Même… commença-t-elle en regardant Ginny à la dérobée. Enfin… faire tout ce qu’il faut, mon chéri.

Dudley hocha la tête, retourna dans sa chambre et redescendit avec sa valise quelques minutes plus tard, le pas lourd. Ginny eut un sourire encourageant et le poussa délicatement dehors.
— Ne vous inquiétez pas, Madame Dursley, votre fils est en de bonnes mains, déclara Ginny en serrant la main de Petunia et Dudley aurait juré avoir aperçu l’ombre d’un sourire sur le visage de sa mère.
Dudley sentit la main de Ginny s’agripper à son bras puis le paysage autour d’eux tourbillonna plusieurs minutes puis se stabilisa devant une maison qu’il ne connaissait pas.
— Nous sommes arrivés chez nous ! Enfin, en vrai, c’est chez Harry, se corrigea Ginny, il a hérité de cette maison de la part de son parrain.
— Ah ? Je ne savais pas qu’il en avait un ! Il était de votre monde ?
— Oui, un sorcier, répondit-elle en ouvrant la porte. Il est décédé pendant la guerre. Ca a été dur pour Harry mais depuis que tout est terminé, il a voulu qu’on s’installe ensemble et on a commencé à rénover la maison.
— Elle était vieille ?
— Disons qu’elle était surtout flippante et glauque !

Dudley préféra ne pas penser à ce à quoi pouvait ressembler une maison flippante et s’avança dans l’entrée. La maison était tout sauf glauque. Elle paraissait même particulièrement lumineuse et empreinte de sérénité. C’était… étonnement rassurant. Ce n’était juste qu’une maison, mais Dudley s’y sentit bien immédiatement.
— Viens dans le salon, je vais te préparer un thé et prévenir Harry ! s’exclama Ginny en filant vers la cuisine.
— Tu ne lui as rien dit ? fit Dudley d’une voix blanche.
Ginny revint sur ses pas.
— Dudley, il y avait urgence. Et ne t’inquiète pas pour ça, tu as d’autres soucis en tête. Tout se passera bien avec Harry.
La jeune femme revient rapidement avec un plateau où elle avait disposé trois tasses de thé, une théière et un bol de lait fumant. D’un coup de baguette magique, elle fit voler vers eux une coupelle de biscuits et Dudley fit semblant de trouver cela normal.
— Harry m’a dit qu’il arrivait d’ici un gros quart d’heure. Il avait prévu de rester plus longtemps mais ta présence l’a décidé à rentrer plus tôt.
— Ah ?
— Je ne sais pas encore exactement comment on va t’aider, j’ai besoin de l’avis de Harry et de voir une amie médicomage.
— Elle soigne les gens qui ont des problèmes psys ?
— Elle, non, elle soigne, mais pas l’esprit. En fait, elle est étudiante médicomage, en dernière année mais elle pourra nous donner des conseils.

Ginny était en train de servir le thé quand Harry entra. Dudley se leva, mal à l’aise, mais Harry fit semblant de ne rien remarquer et lui serra la main joyeusement.
— Tu as bien fait d’accepter de venir, lui dit-il en souriant
Il s’empara d’un shortbread cuisiné par Molly et se tourna vers sa compagne.
— Tu as pu joindre Sayuri alors ?
— Non, pas encore, je ne voulais pas laisser Dudley seul et puis je voulais avoir ton avis sur une chose.
— Oui ?
— Sayuri a fait un stage en psychomagie l’an dernier et a travaillé avec des spécialistes des gens traumatisés après la guerre. Je pense qu’elle saura vers qui nous tourner mais ce ne sont pas des soins qui marchent en une seconde et ton cousin a besoin de quelque chose maintenant.
Dudley les regardait discuter sans vraiment saisir de quoi ils parlaient
— Tu penses à quelque chose en particulier ?
— Peut-être une potion de sommeil, mais c’est déjà fort pour un Sorcier alors pour un Moldu…
— Ne me demande pas mon avis sur les potions, tu sais quel est mon niveau ! s’exclama Harry
Ginny eut un petit rire.
— Très bien, je l’appelle !

Dudley la regarda se lever et se sentit soudain nerveux d’être seul avec Harry autour de la table. Il se racla la gorge et hasarda une question pour briser ce silence gênant.
— Vous aussi avez des téléphones chez les Sorciers ?
— Pour s’appeler ? Non, non, regarde ! fit-il en montrant la cheminée à son cousin.
Dudley suivit Ginny du regard et la vit se pencher devant l’âtre et jeter de la poudre. La cheminée s’illumina fortement et soudain, une tête apparut à travers les flammes sous les yeux du jeune homme qui en cracha son thé de surprise.
— Ginny ? Que se passe-t-il ? Tu ne m’appelles jamais à cette heure ! s’exclama la jeune femme aux traits asiatiques dont le visage dansait dans les flammes.
— Tout va bien pour moi. En fait, j’ai besoin de potion de sommeil, mais pas pour moi, ni pour Harry. Pour son cousin. Il ne va pas bien et je l’ai fait venir chez nous pour quelque temps, lui dit Ginny en tournant rapidement la tête vers Dudley.
Son interlocutrice suivit son regard et sourit au jeune homme.
— Je ne savais pas que Harry avait un cousin, tiens !
— En fait, il est Moldu.
Sayuri se tut un instant avant de reprendre.
— Une potion de sommeil sans rêves pour un Moldu ? Mmmh. Il faudrait calculer le dosage, on ne peut pas donner autant qu’à un Sorcier. On en a en stock ici, je vais prendre ce qu’il faut pour doser en fonction de lui une fois chez vous et j’arrive.
— Attends… J’ai besoin que tu me donnes le contact du meilleur psychomage que tu connais et qui serait susceptible d’accepter d’écouter un Moldu, termina-t-t-elle en chuchotant.
— Je crois que j’ai ce qu’il te faut. Je lui envoie un hibou avant de partir.


La lumière des flammes se fana et Sayuri disparut. Ginny se releva.
— Voilà, elle va arriver avec de quoi t’aider dans l’immédiat.
— Et c’est quoi, cette… potion ? demanda Dudley, inquiet.
— Rien de plus qu’un médicament. Un sirop, en fait, intervint Harry.
— Mais c’est fait de quoi ? Ca marche comment ?
— Majoritairement de plantes. Et je ne sais pas exactement comment ça marche, en fait. Sans doute comme un médicament, je pense !

Dudley hocha la tête sans rien dire.
— Dudley, je suis sérieux ! insista Harry en lui posant la main sur l’épaule. Je ne vais pas te faire prendre de risques. Personne ne le souhaite. Si Ginny t’a fait venir, c’est parce que tu as appelé à l’aide.
— Elle est venue sans te demander ton avis.
Harry eut un sourire triste.
— Tu comprendras bientôt, en la fréquentant, que Ginny n’en fait qu’à sa tête, donc rien d’étonnant à ce qu’elle se soit précipitée sans m’en parler. Et puis de toute façon, elle a eu raison. J’aurais fait pareil, Dudley, si c’était moi qui avais décroché. Pourquoi crois-tu que je vous avais laissé mon numéro de téléphone ?

Dudley hocha la tête mais ne put soutenir le regard de Harry. Il craignait trop de se remettre à craquer et il ne se sentait pas prêt à l’assumer. Il sentait encore la main de Harry sur son épaule et ce poids, au lieu de l’alourdir, était un peu comme une bouée sur laquelle on s’accroche frénétiquement pour ne pas couler.

Quelques minutes passèrent et les flammes de la cheminée s’éclairèrent soudain de vert juste avant que Sayuri ne fasse son entrée dans le salon de Harry et Ginny. Elle posa une sacoche sur un fauteuil, salua ses amis joyeusement et s’approcha de Dudley.
— Bonsoir, je m’appelle Sayuri Okada, se présenta-t-elle.
Elle lui tendit la main sans hésitation et il la serra légèrement.
— Dudley Dursley, je suis le cousin de Harry mais je ne suis pas… euh… Sorcier.
— Oui, je sais, Ginny m’a prévenue. Ce n’est pas un problème pour moi. Ce sera juste un peu plus long pour terminer la potion, c’est tout, lui dit-elle en souriant.

Dudley la regarda se pencher sur sa sacoche et en extraire plusieurs fioles et sa baguette magique qu’elle agita dans les airs dans sa direction. Elle hocha la tête sans rien dire puis attrapa plusieurs ustensiles, versa un peu de chaque flacon dans un bocal plus grand — mais comment diable faisait-elle pour faire entrer tout ce barda dans cette petite sacoche ? — et agita à nouveau sa baguette au-dessus. Quelques secondes plus tard, elle parut satisfaite et versa le contenu du bocal dans de nouvelles fioles.
— Tiens, dit-elle à Dudley en lui tendant les fioles. C’est de la potion de sommeil. Deux cuillères à soupe juste avant de te coucher et tu devrais mieux dormir.
— Comment ça serait possible ? Ca fait de longues semaines que je dors mal ou peu, je me réveille dix fois par nuit, j’ai testé plein de médicaments, ça n’a jamais marché et…
— C’est une potion qui va te permettre de dormir sans rêve, l’interrompit Sayuri qui empêcha d’un geste Harry et Ginny d’intervenir. Tu peux me faire confiance. Elle peut être donnée à des gens qui ont vécu des drames, des accidents, comme par exemple les gens qui ont survécu à la dernière guerre. Beaucoup ont été durement touchés, dans leur propre chair ou ont vu des gens mourir sous leurs yeux. Ce sont des traumatismes qui ne passent pas si on ne fait rien. Je crois que même les Moldus étudient cela.

Le jeune homme se tourna vers son cousin et ce dernier hocha la tête.
— Ca nous a été utile, tu peux nous croire, lui dit doucement Ginny. Alors d’accord, ça ne suffira pas pour que tu ailles mieux tout de suite, mais déjà, si tu pouvais dormir sans interruption….
Dudley acquiesça à son tour en regardant le liquide bordeaux translucide tourner dans le flacon sous son impulsion.
— Comment ça va se passer après ?
Il vit Ginny se tourner vers son amie.
— J’ai contacté le Docteur Maslow. Je lui ai dit que c’était un besoin urgent et que c’était pour le cousin de Harry Potter. En général, ce nom ouvre bien des portes, termina-t-elle en souriant à l’attention de Dudley.
Harry roula des yeux d’un air désabusé mais même Dudley put voir qu’il avait du mal à réfréner un sourire.
— Je vous tiens au courant dès que j’ai du nouveau, lança Sayuri avant de repartir chez elle dans un dégagement de fumée.

Ginny mena Dudley dans une chambre d’amis qui avait sa porte juste en face de la leur, au deuxième étage de la maison. De vifs mouvements de baguette, elle fit le lit tandis que derrière elle, Harry apporta la valise et la déposa au pied de la chaise qui trônait devant un joli bureau qui devait avoir plusieurs siècles d’existence, soupçonna Dudley.
Il posa les fioles sur la table de nuit et s’assit sur le lit une fois que Ginny eut fini de s’affairer.
— On va te laisser te reposer. N’oublie pas : deux cuillères à soupe, lui rappela Ginny en lui tendant l’ustensile — il ne se rappelait même pas l’avoir vue aller le chercher dans la cuisine.

La jeune femme prit Harry par la main et l’entraîna dehors. Elle allait refermer quand Dudley l’interpella.
— Merci d’être venue.
Elle lui sourit puis referma la porte.

Resté seul, il regarda quelques instants le flacon puis se décida à en verser le contenu dans deux cuillères qu’il avala prestement. Le goût était étonnamment subtil et délicat, loin de l’idée qu’il s’était faite.
Circonspect, il s’allongea sur le lit sans prendre le temps de se déshabiller et tenta de prendre une position confortable. Le sommeil le gagna en quelques minutes et seule la lumière d’un rayon de soleil taquin le réveilla, à sa grande surprise. Il jeta un œil sur sa montre : 9h30. Incroyable.

Il se leva, lissa ses vêtements pour ne pas donner l’impression qu’il avait dormi ainsi et descendit au rez-de-chaussée. Il entendit Ginny chantonner dans le salon et s’approcha. Elle avait le nez dans un journal, de toute évidence à une page de mots croisés, ce qui semblait l’enchanter. Elle leva la tête et eut un large sourire quand elle le vit.
— Bonjour ! Comment ça va, ce matin ? C’est tard, tu as dormi longtemps ?
— Salut ! Oui, je ne me suis pas du tout réveillé de la nuit, c’était… inattendu. Merci.
— J’ai une bonne nouvelle : Sayuri t’a dégotté un rendez-vous à midi ! Une chance que tu te sois levé tout seul, ça m’aurait embêtée de devoir te réveiller en sursaut. Tu veux manger quelque chose ?
— Oui, je veux bien manger un peu, admit-il. Mais va moins vite, s’il te plaît. Déjà que je ne suis pas du matinà, là je crois que c’est encore pire d’habitude.
Ginny éclata de rire.
— Oh dis-toi que même dans ces conditions, tu es plus vif que ton cousin !
A sa propre surprise, Dudley eut un sourire et cette sensation presque oubliée lui fit beaucoup de bien.

Ginny l’accompagna à Saint-Mangouste et l’hôpital des sorciers ne manqua pas d’étonner le jeune homme qui vit voler des sortes d’avions en papier au-dessus d’eux — communication entre les services, précisa Ginny — et remarqua des patients aux symptômes plus étonnants les uns que les autres. Il vit même une femme dont la peau avait pris la teinte feu et les marques noires d’un tigre.
Quand ils sortirent de l’ascenseur au quatrième étage, il vit Sayuri qui les attendait. Elle les accueillit en souriant et, passant sa main sous le bras de Dudley, elle laissa Ginny là et l’entraîna dans les couloirs en lui expliquant chaque service devant lequel ils passaient.
— Ne t’inquiète pas. C’est vrai qu’on est passé devant beaucoup de services de gens très atteints mais il n’a pas que ça, ici. Le service des soins psychologiques post-guerre a été installé dans ce secteur car c’est l’étage le moins fréquenté et les gens en difficulté n’ont pas en plus à affronter toute une foule de gens bruyants. Ah ! Nous voici arrivés !
Elle fit glisser une porte et guida Dudley dans une large salle d’attente aux couleurs pastel.
— Le Docteur Maslow ne va pas tarder à arriver, je vais attendre avec toi puis te raccompagnerai à la sortie pour que Ginny te ramène.
— Euh… Sayuri, je peux te poser une question ?
— Bien sûr !
— Pourquoi prends-tu tout ce temps pour moi ? On ne se connaît même pas et…
— Parce que Ginny m’a demandé de l’aide et c’est une excellente amie à moi. Parce que je médicomage même si je n’ai pas encore fini ma formation et qu’on aide les gens qui en ont besoin.
— Mais tu n’es pas censée travailler en ce moment- même au lieu d’attendre avec moi ?
Sayuri rit doucement.
— Si, mais je travaille quand même. Ne t’inquiète pas pour ça. Tu sais, Ginny ne demande pas souvent de l’aide, alors si elle le fait, c’est que la cause le mérite. On ne peut pas dire non.
— Je ne crois pas être si méritant…
— Oh, tu veux dire par là que tu n’as pas toujours été gentil avec Harry quand vous étiez petits ? rit-elle
Dudley blêmit.
— Tu… tu es au courant de ça ?
— Oh ! T’inquiète pas, je ne connais pas les détails. On s’en fiche pour le moment ! D’une part parce que j’ai été très chipie avec mon petit frère et ma petite sœur et d’autre part, parce que bientôt tu iras mieux alors je t’aurais bien dit que Harry pourrait en profiter pour te rendre la monnaie de ta pièce à ce moment-là, comme ne manque pas de le faire ma fratrie, mais ce n’est pas son genre. C’est un garçon qui a un cœur énorme et malgré tout ce qu’il a vécu dans cette lutte contre le Seigneur des Ténèbres, on dirait qu’il ne connaît pas la rancœur. Je l’admire beaucoup.
Dudley se détendit.
— Mais ne lui dis pas que je t’ai dit ça, il va pas savoir où se mettre, reprit Sayuri. Et ne le dis pas non plus à Ginny, elle risque de m’envoyer un maléfice de Chauve-furie plutôt costaud !
Le jeune homme allait demander des précisions sur ce qu’elle venait de dire mais il fut interrompu par l’arrivée du médecin.
— Monsieur Dursley ?

Le Docteur Maslow s’avança vers eux. Si Dudley était grand, Maslow était immense et sa poigne de fer le surprit quand ils se serrèrent la main. Il portait des lunettes aux montures épaisses, d’un bleu foncé assorti à sa veste de costume. Ginny l’avait prévenu que, généralement, les médicomages portaient une robe de sorcier mais que d’après Sayuri, Maslow, bien qu’ayant dépassé la cinquantaine, était une gravure de mode et aimait se démarquer des autres par son style et plaisait à tous les étudiants médicomages, femmes comme hommes. Sa voix était douce et chaleureuse et Dudley se sentit immédiatement en confiance. Alors il commença à parler, sous l’impulsion du médecin. Un peu, d’abord, le premier jour, pour se présenter, dire d’où il venait, qui était sa famille. Puis la première attaque des Détraqueurs, qui avait été le premier choc dans sa vie. Tout ce qu’il savait, c’était qu’ils étaient des créatures dangereuses et hideuses, mais pour lui qui ne pouvait les voir, il n’y avait qu’une sensation de froid, d’oppression et ces images, ces sons, ces menaces… Il ne pouvait sentir concrètement que les conséquences de la présence de ces monstres mais il ne pouvait réaliser ce qu’ils étaient vraiment. Le Docteur Maslow lui montra alors des gravures les représentant. Cela ne lui ôta pas ses cauchemars mais il avait enfin quelque chose de réel à quoi les raccrocher et un poids, tout petit encore, commença à s’envoler de sa poitrine.

Durant deux mois, il rencontra deux fois par semaine le médicomage. Il logeait toujours au Square Grimmault et Ginny essayait de l’accompagner, quand elle n’avait pas un match à l’extérieur. Les autres fois, Harry se chargeait de le guider. Si les conversations avec son cousin étaient toujours un peu hésitantes, bien se détendant petit à petit, celles avec Ginny étaient chaleureuses et empreintes d’une complicité naissante à laquelle il ne se serait jamais attendu. C’était simple de parler avec elle.
Il croisait aussi régulièrement Sayuri. Presque chaque semaine, ils prenaient un verre à la cafétéria de Sainte-Mangouste. S’il apprécia la bièraubeurre qu’elle lui fit découvrir, il s’étrangla avec le Whisky Pur Feu sous le rire de la jeune femme.
— Mais vous n’avez pas de boisson forte chez les Moldus ? Ou c’est toi qui es un peu fragile malgré ta carrure ?
— Hé ! C’est fort ton machin ! Mais vous savez distiller le feu, vous autres ?
Sayuri repartit en un éclat de rire.
— Non, non, ne t’inquiète pas ! Par contre, apparemment, je vais devoir éviter te faire goûter le saké sorcier, si tu réagis comme ça aujourd’hui, pas sûr que tu survives au Saké Doragon !
— C’est pire que ça ?
— Oh, alors tu vois, ça, à côté, c’est de la… comment vous dites ? De la grenadine !
— Ok, je rends les armes, t’as gagné, je suis fragile ! Mais c’est quand même la première fois qu’on me dit ça, même ma surprotectrice de mère n’oserait pas !

Il sourit en imaginant cette idée et il se rendit compte qu’en pensant à sa mère, les angoisses concernant sa supposée responsabilité dans la mort de son père commençaient à s’estomper. Il eut envie de le partager avec sa nouvelle amie, ou peut-être avec Ginny, mais il avait trop peur que cette sensation ne soit que fugace et qu’en parler ne la fasse s’enfuir alors qu’il n’avait envie que d’une chose : s’y accrocher. Il se contenta de sourire.
Perdu dans ses pensées, il ne nota pas que Sayuri l’observait avec attention.
— Ca va, Dudley ? Tu ne dis plus rien… Je ne t’ai pas vexé ?
— Non, pas du tout. En fait… Ca va. Enfin, je crois.
— Les choses avancent. Je le vois bien. Je ne te connais pas depuis longtemps mais… ça se voit sur ton visage.
— Que veux-tu dire ?
— Le début de l’apaisement.

Dudley ne sut pas quoi penser de cette remarque de Sayuri. Devait-il être touché qu’elle ait noté cela ? Devait-il s’inquiéter qu’elle arrive à le percer à jour ? Et d’ailleurs, était-ce bien ce qu’il se passait ? D’un côté, il savait qu’il se sentait moins oppressé ou que ses nuits étaient meilleures, même sans la potion qu’il prenait soin de ne pas boire tous les soirs, mais de l’autre, il savait que tout n’était pas encore réglé.
— Merci, c’est un peu grâce à toi, dit-il simplement.
— Tu n’as pas à me remercier. Et je suis ravie pour toi que tu sois sur la bonne voie ! répondit-elle en souriant et en serrant doucement sa main
Dudley regarda un instant la main fine de Sayuri posée sur la sienne puis la serra à son tour.

Au début du troisième mois, Dudley, qui sentait qu’il pourrait sans doute quitter la maison de Harry et Ginny pour ne pas abuser et qu’il se pensait capable de vivre seul ou à la limite chez sa mère, dut céder devant les insistances de Harry pour qu’il reste encore, un soir où Ginny avait un match.
— Ecoute, mon vieux, tu vas peut-être mieux, mais tu n’es pas obligé de précipiter les choses. Il vaut peut-être mieux qu’on ne soit pas trop loin. Comme un recours, tu vois ?
Dudley sourit.
— C’est Ginny qui t’a dit de dire ça, hein ?
Harry rougit brusquement, ce qui fit élargir le sourire de son cousin.
— Oui, enfin… non. Enfin, si, elle l’a dit plus ou moins mais je trouve qu’elle a raison et je te l’aurais proposé de toute façon.
— Je crois que je commence à comprendre que des fois, elle puisse être terrifiante, maintenant que je vous fréquente depuis quelque temps.
— Ah, tu vois !
— D’ailleurs, c’est quoi un sortilège de Chauve-Furie ?
Harry ouvrit des yeux ronds de surprise.
— Mais comment tu connais ça, toi ?
— Oh, c’est Sayuri qui l’a évoqué une fois qu’on discutait.
— Que vous discutiez, hein ? fit Harry, goguenard.
— Hein ? Mais qu’est-ce que tu v…, s’interrompit-il en rougissant à son tour.
C’était une réaction tellement inattendue, qu’il se sentit rougir encore plus fort, ce que ne manqua pas de noter Harry, qui explosa de rire.

C’était agréable d’être là, dans une pièce avec Harry, et de le voir détendu, de le voir rire et de se dire que jamais il n’aurait imaginé qu’il apprécierait sa compagnie ni même qu’une telle scène pourrait se produire dans la réalité. Ce soir-là, Dudley se dit qu’il était content de s’être trompé, et que, peut-être, de ce gouffre duquel il essayait de sortir, viendrait quelque chose de meilleur que ce qu’il avait avant, que peut-être il fallait qu’il descende au plus bas pour que d’un coup de pied au sol, il puisse remonter plus haut qu’il n’avait jamais été.
Quand Ginny rentra un peu plus tard, elle les trouva tous les deux, le nez plongé dans un manuel de sortilèges, Harry expliquant à son cousin leur usage et elle sourit doucement avant de les rejoindre et de proposer à Dudley de faire une démonstration du Chauve-Furie, sous les cris d’orfraie de Harry qui ne se sentait pas de jouer les cobayes.

Dudley accepta donc de rester, en reconnaissant que le dernier argument de son cousin, « c’est quand même plus facile ainsi pour toi et pour nous de t’amener à Sainte-Mangouste », était imparable mais il fut intraitable sur le fait qu’il allait participer l’entretien de la maison et aux courses. Ginny céda en maugréant, mais obtint de lui qu’il ne les paye pas pour les premiers mois déjà passés.

***

Il resta finalement quatre mois au Square Grimmault, oscillant entre l’envie de participer à la vie familiale et celle de rester discret pour ne pas déranger Harry et Ginny. La maison était grande, il était facile de mener sa vie discrètement sans trop importuner le jeune couple. Dudley découvrit des relations naturelles et saines, la franchise et l’énergie de Ginny, la simplicité et l’empathie de Harry, même s’il se sentait encore mal à l’aise par moments avec son cousin, quand il repensait à leur enfance. Avec Ginny, cela paraissait plus facile, il n’y avait pas le passé.

Il mettait beaucoup d’espoir dans l’avenir. Il sentait que qu’il n’y aurait pas de retour en arrière dans ces nouvelles relations. Il avait l’impression de ne jamais avoir vraiment connu cela, mis à part avec Connor et il songea que cela lui convenait mieux que les relations faites de concurrence ou de domination qu’il avait pu avoir avec ses anciens amis de lycées, comme Piers. Il savait qu’il n’était pas d’un coup devenu une autre personne, mais il sentait que depuis sa rencontre avec Connor et les événements qui l’avaient mené jusqu’ici, il trouvait une voie qui pourrait le rendre heureux maintenant et pour le reste de sa vie.

Et puis il y avait Sayuri, et il se demandait comment il avait pu intéresser cette jeune femme vive et intelligente pour qu’elle ait envie de l’embrasser la veille de son départ. Le Docteur Maslow lui avait dit qu’il n’était pas utile de se poser trop de questions, de toute évidence, il n’y arrivait pas encore au bout de quatre mois de consultations. Mais après tout, ils avaient eu à gérer les cauchemars et les angoisses du jeune homme, les questions existentielles avaient été moins urgentes. Maintenant qu’il allait mieux et arrivait à mieux gérer seul ce qui l’avait amené au médicomage, il avait choisi de poursuivre les consultations auprès du Docteur Maslow. S’il pouvait être mieux en sortant de cette sombre période qu’il ne l’était en y entrant, alors en plus de nouvelles amitiés et amours, il aurait tout gagné…

***

Dudley passa tendrement sa main sur le ventre arrondi de sa compagne.
— Tu fais une tête bizarre depuis quelque temps. Qu’est-ce qui te tracasse ? lui demanda Sayuri.
— Eh bien… commença-t-il en cherchant ses mots
Cela ne lui semblait pas facile à demander mais hésiter longtemps ne l’aiderait pas.
— Comment ça passera si le petit n’est pas un sorcier comme toi ? se lança-t-il finalement. Ca peut arriver ou quand on est sorcier, on a forcément un enfant capable de magie ?
— Oui ça peut arriver, bien sûr. Il y a des naissances d’enfants sans pouvoirs magiques dans des familles de sorciers. Ce n’est pas courant, mais ça arrive. C’est un peu différent pour nous car nous sommes un couple mixte Sorcier/Moldu. La probabilité est sans doute plus grande !
Dudley eut une moue triste.
Sayuri se tourna vers son compagnon pour lui caresser la joue.
— Toi, tu t’inquiètes encore trop. Cet enfant, magie ou pas, je l’aimerai. Et tu sais pourquoi ?
— Parce que c’est mon fils et surtout parce que c’est le tien !
Et elle l’embrassa sur le nez.

***

Le téléphone portable de Dudley sonna alors était au volant de sa voiture, ramenant ses deux enfants à la maison. Ils étaient encore loin de chez eux, aussi il se gara sur le bas-côté et saisit son appareil. Sa mère.
— Oui, Maman ?
— Oh, mon Dudlynouchet, comment ça va ?
— Maman, je te l’ai déjà dit, arrête de m’appeler comme ça !
— Je… très bien, mon Dudlyn… mon chéri. Je t’appelle pour le repas de dimanche. Que veux-tu pour le dessert ? Et les petits ? Et Sayuri ?

Dudley jeta un œil à l’arrière du véhicule où étaient assis leurs deux enfants, Nao et Hana. Nao, leur aîné, qui avait douze ans, était plongé dans un livre a priori bien trop difficile pour son âge. Il n’avait pas de pouvoirs magiques, mais Sayuri et lui en étaient si fiers ! C’était leur petit génie, deux ans d’avance à l’école, si intelligent et curieux ! Il fronçait les sourcils sous sa frange brune et lisse et Dudley sourit en voyant la concentration barrer son front.
Et puis il y avait Hana, sa petite poupée blonde de huit ans qui lui ressemblait physiquement. Le mélange des yeux en amande de sa maman et du bleu des siens était absolument parfait. Sayuri avait été fière de lui quand il avait rapidement dit à sa mère l’été précédent qu’Hana avait fait preuve de magie et elle savait qu’il avait été très inquiet de la potentielle réaction de Petunia. A tort, heureusement. Petunia faisait une belle grand-mère et les conseils de Molly, la belle-mère de Harry, semblaient porter ses fruits. C’était d’ailleurs étonnant de voir à quel point elles s’entendaient bien et combien sa mère avait pu s’enticher de Molly. Inattendu mais heureux.

Dudley se secoua mentalement et, souriant à ses enfants, il se retourna de nouveau et répondit à sa mère.
— Gâteau au chocolat, bien sûr ! Quelle question !
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