« Nous retrouvons notre envoyé spécial au cœur de Londres où des manifestations d'un nouveau genre se poursuivent depuis le début de la matinée. Vous ne rêvez pas, ce sont bien des feux d'artifices qui éclatent aujourd'hui au-dessus de la Tamise alors que nous ignorons quel événement est à l'honneur. Certains pensent que ... »
Lavande coupa le son de la télévision, la gorge nouée par les souvenirs qui déferlaient dans son esprit, vagues féroces venues lui rappeler le passé. L'écran retransmettait les images des multiples réjouissances qui animaient la communauté magique sous l'œil éberlué des moldus. Un an auparavant, le monde sorcier tremblait sous la main implacable de Voldemort et de ses troupes, les combats illuminaient Poudlard de sortilèges qui n'auraient jamais dû luire dans l'enceinte de l'école. Peu importait le camp dans lequel chacun se trouvait, les luttes avaient su se frayer un passage à coup de baguette, blessant et tuant. Une paix toute relative avait réussi à s'installer tandis que les Aurors étaient partis à la recherche des derniers sbires du Mage Noir à travers le globe, pour empêcher toute tentative de rébellion. Si la magie avait permis de dissimuler certains agissements aux regards des moldus, ces derniers n'avaient cependant pas été tenus totalement à l'écart de la situation, touchés par les retombées des actes des Mangemorts.
« Tu es sûre de vouloir y aller ? s'enquit Seamus en la rejoignant. Personne ne te reprochera ton absence.
- C'est bon, je ... Je peux au moins faire ça. »
Sa voix était tremblante, écho de la peur sournoise qui serpentait dans ses veines et lui donnait l'envie de rester cloîtrée derrière les volets de son appartement. Depuis l'attaque de Greyback, l'ancienne Gryffondor n'avait remis les pieds à l'extérieur que pour ses visites régulières chez le psychomage. Elle n'avait revu ses amis qu'après plusieurs mois à les éviter, craignant de les effrayer à cause des cicatrices qui marbraient son visage, coups de pinceaux grotesques qui avaient défiguré la beauté dont elle était autrefois si fière. Parvati et Seamus avaient percé ses remparts à doses de bienveillance et de soutien, lui ouvrant la porte de leur amitié qu'elle avait essayé de refermer en raison de son angoisse permanente. Ses autres camarades n'avaient jamais eu l'occasion de poser les yeux sur les griffures apparentes mais Lavande savait qu'elle ne pourrait pas attendre indéfiniment dans l'ombre de son cocon.
Les anciens élèves de Poudlard avaient été conviés à une cérémonie afin de célébrer leur victoire contre Voldemort, tout en rendant hommage aux disparus. À la vue de sa lettre, la jeune femme avait hésité, certaine de ne pas être suffisamment forte pour sortir en plein jour sans avoir l'impression d'être un phénomène de foire. Parvati lui avait rappelé qu'elle n'était pas la seule à porter les stigmates des combats, la convainquant ainsi de prendre son courage à deux mains pour enfin avancer sur le chemin de l'acceptation. Seamus s'était proposé pour venir la chercher, conscient qu'elle détestait transplaner seule et se retrouver au milieu d'une foule trop compacte. Elle commençait à regretter sa décision mais refusait de faire marche arrière car elle avait au moins la chance d'être en vie, ce qui n'était pas le cas de certains de ses anciens camarades.
Ce fut un calme bien étrange qui accueillit les deux amis à quelques mètres de la grande grille de Poudlard. D'autres sorciers et sorcières en franchissaient déjà l'entrée, les mines assombries par l'état du château qui ne resplendissait plus autant. Lavande sentit la main de son ami serrer la sienne en un geste d'encouragement et elle lui adressa un sourire sincère, rassurée par sa présence. Nul ne parlait autour d'eux, il n'y avait qu'un recueillement général, parfois entrecoupé par un léger sanglot ou le battement d'ailes d'un oiseau. Jamais encore l'école de sorcellerie n'avait été aussi silencieuse, relique d'un temps ancien que le moindre bruit aurait pu faire s'écrouler tant elle paraissait fragile. L'ancienne Gryffondor remarqua pourtant une nouveauté érigée dans le parc, une stèle à la mémoire des morts de la bataille de Poudlard devant laquelle s'alignaient des chaises et des bancs en grand nombre pour accueillir ceux qui venaient commémorer leur victoire.
Tandis que chacun s'installait à une place, Lavande se retrouva sans le vouloir à côté de Narcissa Malefoy. La mère de Drago avait perdu de sa superbe mais se tenait droite, les mains croisées sur les genoux, sans cacher son visage volontaire derrière un masque de repentance malvenue. La disgrâce qui pesait sur le nom des Malefoy ne semblait pas lui poser un problème trop important, elle se contentait d'être là sans paraître indisposée par certains commentaires qui fusaient de la part de ceux qui la voyaient. Les journaux avaient évoqué une histoire presque invraisemblable qui faisait d'elle une sorte d'héroïne, poussée par son instinct de mère, mais le récit était anonyme et personne ne voulait lui accorder de crédit. La brune ne lui adressa aucune parole, quelque peu gênée, préférant reporter son attention sur le Ministre de la magie, Kingsley Shacklebolt, qui prenait place à son tour derrière un haut pupitre.
Lavande se perdit lors du discours de Kingsley, son esprit accaparé par les impressions tenaces du passé. Le parc de Poudlard était lui-aussi un témoin des combats et elle supposait que chaque empreinte de magie encore visible était une volonté de rappeler que le pire avait eu lieu. Elle avait le sentiment que son corps revivait les scènes, sentant sur sa langue le goût du sang et de la cendre, sa peau frissonnant sous le souvenir des griffes de Greyback en train de lacérer son visage et sur ses crocs si près de sa gorge. Elle n'entendait plus les mots qui résonnaient autour d'elle, elle était la proie de cette image encore vivace dans sa tête, de la terreur qui l'avait noyée lorsqu'elle avait cru que cet instant serait le dernier de son existence alors qu'elle avait des projets pour l'avenir. Un sanglot passa la barrière de ses lèvres et elle se leva avec précipitation, sans tenir compte de Seamus qui l'appelait ou des regards qui la suivaient le long de l'allée pendant qu'au pupitre, Luna Lovegood déclamait le nom de leurs morts.
Laissant à ses pas le libre arbitre, Lavande se réfugia entre les murs de Poudlard, grimpant les escaliers un à un jusqu'au couloir du septième étage. Elle savait qu'elle ne pourrait aller plus loin car elle n'avait pas le mot de passe nécessaire pour rentrer dans la salle commune de Gryffondor mais revoir les lieux familiers apaisa un peu son chagrin. Elle erra pendant de longues minutes avant de s'arrêter devant le portrait de la Grosse Dame où Dean était déjà présent et déposait un bouquet de fleurs. Il se retourna vers elle en l'entendant arriver, détaillant ses joies humides de larmes et ses yeux rougis par les pleurs.
« J'ignorais que tu viendrais, déclara-t-il en s'avançant vers elle pour l'étreindre. Je pensais que tu resterais chez toi cette année.
- Je voulais ... je ne sais pas vraiment, sanglota-t-elle dans ses bras. J'ai cru être assez forte mais ...
- Un an n'est pas suffisant, comprit Dean. Ils nous manquent tous. »
Il n'avait pas besoin d'en dire plus, elle partageait sa douleur. Ils s'assirent à même le sol à côté du portrait qui avait vu passer leurs sept années d'études, la tête de Lavande posée sur l'épaule de son ami. Elle avait toujours apprécié son côté paisible, si loin de l'exubérance de Seamus, enfermé dans un monde où le silence était plus amical que des paroles inutiles. Dean avait lui-aussi choisi de mettre de la distance entre lui et la communauté magique après la bataille de Poudlard, le cœur en miettes et l'âme brisée. Si ses blessures n'étaient pas physiques comme celle de la jeune femme, il n'en était pas moins une victime de la guerre et de ses conséquences. Ils avaient perdu des amis de tous les âges et de toutes les maisons, des sorciers et des sorcières beaucoup trop jeunes pour participer à une bataille qui les dépassait.
« Comment était la cérémonie ?
- Kingsley a fait un discours sur ... enfin, il a fait un discours.
- Tu n'as rien écouté, s'amusa Dean sur un ton qui n'avait rien d'une moquerie. J'imagine qu'il a dû parler du courage de nos amis, des sacrifices qui ont été faits au nom de la justice et de la paix. J'ai entendu dire qu'un membre de sa famille n'a pas survécu à un duel avec un Mangemort.
- Comme tant d'autres, murmura Lavande. »
Elle avait remarqué le nombre effrayant de noms sur la stèle, plus qu'elle ne l'aurait supposé en premier lieu.
« Narcissa Malefoy était là, ajouta-t-elle.
- Et tu te dis qu'elle n'aurait pas dû, compléta Dean.
- Son mari et son fils sont des Mangemorts. Elle n'était sûrement pas une simple spectatrice.
- Je ne jugerai pas les autres, Lavande. Nous avons fait nos choix, ils ont eu les leurs. »
Elle réfléchit à ce qu'il lui avançait, à ce ton las qui n'était pas habituel chez lui. Dean aussi avait changé, il était plus lointain, comme s'il n'était jamais vraiment revenu de cette guerre.
« Ce matin, j'avais peur de venir à cause de mes cicatrices, avoua-t-elle. Maintenant, je comprends que je n'avais pas envie non plus de revivre ce que nous avons traversé.
- J'ai failli rentrer en voyant Poudlard dans cet état, lui apprit son ami. Mais j'avais besoin de refaire un tour dans les couloirs, pour me souvenir de ce qu'il y avait de meilleur ici. Je ne veux pas garder l'image des murs qui s'effondrent ou des corps entassés quelque part. C'était notre école, là où nous avons grandi, et j'aimerais m'en rappeler comme une seconde maison, pas comme un champ de bataille. »
Ils demeurèrent ainsi, à écouter les murmures des portraits, et à graver dans leurs mémoires les rires des premières amitiés au sein du château. Tandis que Dean se souvenait du déclic familier d'un appareil photo, Lavande se perdit dans les brumes des journées où elle se sentait à sa place.
Participation au projet inter fanclub organisé sur le forum.
J'ai répondu à trois contraintes : Narcissa Malefoy est un personnage, vous devez utiliser deux métaphores et vous devez commencer votre histoire par un journal télévisé.
Cette participation est très courte, ayant eu à gérer plusieurs problèmes IRL mais je voulais quand même faire un petit texte.