S'identifier | | Identifiants perdus | S'enregistrer |
Lien Facebook

En savoir plus sur cette bannière

News

32ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 32e édition des Nuits Insolites se déroulera le samedi 18 février à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits en ce mois de Saint-Valentin. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic. A très bientôt !

 


De Les Nuits le 06/02/2023 15:45


128ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A très bientôt !


De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


Chers membres d'HPF,


Nous vous informons que la 31e édition des Nuits Insolites se déroulera le vendredi 16 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits pour la dernière de 2022. vous inscrire !


Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.


A très bientôt !



De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


127ème Nuit d'écriture


Chers membres d'HPF,

Nous vous informons que la 127 édition des Nuits d'HPF se déroulera le samedi 19 novembre à partir de 20h. Vous pouvez dès à présent venir vous inscrire.
Profitez du nanovember pour (re)découvrir les nuits !
Pour connaître les modalités de participation, rendez-vous sur ce topic.
A bientôt !


De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


你的目光 par CacheCoeur

[12 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

- Taille du texte +
Note de chapitre:

 

Si tu cliques sur le noeud chinois de la chance, tu pourras écouter une petite ambiance musicale ❤

Quand sa mère lui manquait, Sue regardait la lune en se disant qu'elle avait peut-être contemplé la même, avec quelques heures de décalage. Elle se sentait toujours aussi seule, mais étrangement plus apaisée.

Quand elle posa un premier dans l'ambassade sorcière chinoise, en sortant de la cheminée, Sue versa une larme.

Tu es chez toi. C'est ici que tu es née.

C'était idiot, mais elle avait cette sensation d'avoir retrouvé un bout d'elle-même, un morceau de son cœur, une petite pièce de joie, qu'elle avait laissé derrière elle lorsque son père et elle étaient partis.

Sue courut presque jusqu'à la sortie, bousculant ses superviseurs, les autres briseurs de sorts et les quelques sorciers qui travaillaient encore malgré l'heure tardive.

– SUE ! ATTENDS !

La voix de Justin était déjà lointaine. Le souffle court et la bouche sèche, elle poussa les lourdes portes rouges du temple qui faisait office de sénat au gouvernement magique chinois. Clouées de grands boutons d'or, elle fut surprise de constater à quel point elle était légère. Elle la franchit, alors qu'elle était à peine entrouverte et ouvrit grand les yeux.

La Chine s'étendait à perte de vue devant elle, et son cœur, son cœur comblé et heureux, dansait au rythme de la musique qui grondait dans la rue. Les feux d'artifices et pétards multicolores explosaient partout dans la nuit noire. Ils formaient des dragons, ces dragons à elle, des lotus et pétillaient jusqu'à mourir éteints. Il y avait tant de vies, tant d'énergie, que Sue sautilla sur place, elle-même galvanisée par tout ce qu'elle voyait, tout ce qu'elle sentait et découvrait.

Il y avait un stand juste devant elle, où une sorcière vendait des brochettes de cœur de lotus caramélisées. Elle n'en avait jamais goûté. Peut-être était-ce une sucrerie chinoise sorcière ? Elle en prit deux et se retourna, pour découvrir Justin, essoufflé et rouge d'avoir couru pour la rattraper. Elle lui en offrit une, alors qu'il grondait, les poings sur les hanches.

– Regarde Justin !

Les piliers rouges, les tuiles de jades, les statues de tigre qui s'animaient chaque fois qu'un passant les regardait, les 中国结, ces nœuds porte-bonheurs , qui se faisaient à l'infini, les bébés zouwus qui se chamaillaient dans la rue, les éventails que se lançaient les enfants et qui revenaient vers eux, les peintures de soie qui semblaient bouder les touristes qui les ignoraient... Les 四合院 se faisaient face les unes aux autres. Sue n'aurait su dire où ils se trouvaient exactement dans Pékin mais elle s'en fichait : elle n'avait jamais été aussi proche de ses rêves et de l'endroit où résidait son âme.

Justin serra sa main dans celle de sa partenaire et la regarda savourer ce moment, envahit par une tendresse infinie.

– Bienvenue chez toi, Sue.

Ses éclats de rire furent à peine couverts par les explosions d'une salve de feux d'artifices.

Justin bailla sans aucune retenue, alors que l'instructeur de la mission donnait ses dernières consignes. Sue n'en menait pas bien large non plus... Ils avaient visiter la ville, s'étaient baladés dans le Pékin chinois, sans s'aventurer du côté moldu. Justin y avait veillé, et après quelques verres de 白酒, Sue s'était mise à marcher en diagonale en chantant de vieilles comptines chinoises. Hilares, ils étaient rentrés à leur hôtel et s'étaient endormis dans les bras l'un de l'autre.

– Je regrette ce cinquième verre, grimaça-t-il.

– Je les regrette tous, maugréa Sue.

Elle n'avait même pas eu le temps de se laver le visage. Sa baguette dans la main, elle attacha ses cheveux avec sa famille pince en jade, celle en forme de lapin, qui avait appartenu à son arrière-grand-mère-paternelle.

– Les briseurs de sorts auront pour mission d'explorer les souterrains des Tours de guet.

Les sorciers britanniques hochèrent la tête : ils savaient tous pourquoi ils étaient ici. Depuis quelque temps, les moldus reportaient de plus en plus souvent des accidents étranges près de la Grande Muraille. Les autorités magiques chinoises, inquiètes, avaient tout de suite dépêché les meilleures brigades de briseurs de sorts, en plus des leurs, peu nombreux. Sue savait que la population magique chinoise était en pleine croissance pour le plus grand soulagement du gouvernement magique chinois : leur nombre, très bas, était un sujet de préoccupations depuis la fin de la troisième magique sino-japonaise.

La Grande Muraille de Chine parcourant une longue distance, il était indispensable de couvrir le plus de terrain possible. Le travail étant trop colossal, le pays avait demandé qu'une aide lui soit fournie. L'ouvrage durait depuis deux mois désormais, et en explorant les souterrains et tombeaux de la Grande Muraille, on avait découvert de nombreux caveaux de sorciers, cachés depuis des années et qui regorgeaient de trésors inestimables.

La double nationalité de Sue avait été un appui et la demande d'ordre de mission qu'elle avait envoyé avait tout de suite été acceptée : le duo qu'elle formait avec Justin avait été sélectionné pour avoir le privilège d'explorer les souterrains de la Grande Muraille.

– Je n'ai jamais vu autant de fantômes rassemblés au même endroit...

Sue frissonna également, en observant un groupe d'une quinzaine de fantômes, occupés à creuser la terre et traverser la muraille, comme s'ils étaient encore en train de la construire. Certains demandaient où était leur baguette, quand d'autres contemplaient béatement le ciel, comme s'ils n'avaient jamais rien vu d'aussi beau.

– La Grande Muraille est aussi appelée « le plus long cimetière sur terre » parce que beaucoup de personnes ont péri en la construisant. Elle aurait coûté la vie à plus d'un million de personnes, expliqua Sue.

– Même les sorciers ?

– J'imagine qu'il est compliqué de faire usage de la magie quand on est entouré d'autant de moldus... Les chinois ont toujours été chinois avant d'être moldus ou sorciers : ils auraient donné leurs vies pour leur pays.

Justin siffla, impressionné devant ses murs qui s'étendaient jusqu'à l'horizon Ses lèvres commençaient à tourner au bleu tant il avait froid. Sue ricana, légèrement moqueuse. Puis elle s'arrêta, en se rappelant que la dernière fois qu'elle avait vu Justin ainsi, ils étaient en fuite et se cachaient des Rafleurs et des partisans du Seigneur des Ténèbres.

Justin, devinant les pensées de son amie, lui pressa la main.

Justin est là. Tu es chez toi. Justin est là et tu es chez toi.

Justin, son seul ami, un ami qu'elle s'était fait parce que l'un comme l'autre, ils n'avaient plus eu personne. Lors de sa fuite, Sue était tombée sur lui, dans une grande forêt d'Ecosse, pas très loin de Poudlard. Ils s'étaient regardés dans le blanc des yeux, et étaient restés ensemble : c'était toujours moins pire que d'être seul, apeuré dans le froid et la crainte de faire attraper...

Ils avaient appris à se connaître entre les silences, les pleurs et les insomnies. Ils avaient trouvé un équilibre : Justin avait volé de l'équipement de camping, dans un village moldu par lequel ils étaient passés, Sue, elle avait chipé de la nourriture à des gamins qui jouaient dans le parc. Justin faisait à manger, Sue chantait. Justin pleurait, Sue séchait ses larmes et les siennes. Justin protégeait leur camp à l'aide de tous les sorts qu'il maîtrisait, Sue lançait quelques malédictions dans les alentours pour être certaine qu'ils seraient prévenus si quelqu'un s'approchait de trop près.

Ils avaient formé une sacrée équipe, et ils savaient tous d'eux qu'ils n'auraient pas survécu l'un sans l'autre. Dans un premier temps, leur relation n'avait été qu'un moyen de survie. Puis étaient venues les discussions au coin du feu, les rires, malgré le désespoir et la terreur de la guerre, les confidences et leurs ambitions folles, murmurées sur le bout des lèvres, comme des vœux irréalisables.

Sue avait laissé Justin entrer dans sa vie et dans son cœur parce qu'elle n'avait pas eu le choix. Alors qu'elle avait tout fait pour rejeter tout le monde autour d'elle, Justin s'était imposé, comme un cadeau du ciel.

Il était son premier et son seul ami.

Quand la guerre s'était terminée, Justin et elle étaient retournés à leur vie d'avant, avaient choisi de terminer leurs études à Poudlard. Justin était resté avec ses amis, Lisa et Wayne, qui avaient également fui la Grande-Bretagne durant la guerre. Si le jour Sue et lui ne s'étaient plus parlés, la nuit, quand aucun des deux ne parvenait à dormir, ils se rejoignaient dans les couloirs du château et se serraient l'un contre l'autre.

Justin avait trouvé en Sue un refuge. Sue avait trouvé en Justin un havre.

Il la trouvait bizarre, joyeuse et extraordinaire. Il lui répétait qu'elle était drôle et qu'elle avait été stupide de rester enfermée sur elle-même.

Sue souriait, quand il disait ça. Elle se prêtait à y croire, à tous ces beaux mots et compliments...

– J'ai hâte de commencer ! s'émerveilla-t-il.

Sue se mit à mordiller ses lèvres :

– Les malédictions chinoises sont réputées pour être sacrément sournoises...

– Tu t'inquiètes pour moi ?

Elle fronça les sourcils, incapable d'admettre que c'était effectivement le cas. Justin était brillant, mais souvent distrait et gauche.

– T'es choue, Sue.

Elle leva les yeux au ciel, mais se mit à l'aimer encore un peu plus. Ils se comprenaient et partageaient désormais trop, avaient trop appris l'un de l'autre, pour s'abandonner ainsi.

Après l'obtention de leurs ASPICS, ils avaient suivi une formation de briseur de sorts : l'un des nombreux rêves qu'ils s'étaient trouvés en commun, de ceux qu'ils avaient murmurés comme de vagues espoirs dans le froid et près d'un feu...

– … JE TE GIFLERAI AVEC UNE FORCE QUI TE FERA VISITER TOUTE LA CHINE !

Sue sursauta en entendant les nouveaux éclats de voix.

Daphné Greengrass et sa longue chevelure blonde se frayaient un chemin parmi les briseurs de sorts, les joues rouges. Quand on la siffla, elle brandit son majeur à la foule, furieuse et débordante d'une énergie menaçante qui glaça Sue. Les rires gras des briseurs de sorts à sa droite se turent quand l'ancienne Serpentard les foudroya du regard.

– Greengrass, reviens ici tout de suite ! ordonna un sorcier de petite taille.

– Je refuse de travailler avec ces sal...

– GREENGRASS !

Loin de se démonter, les yeux verts de Daphné brillaient de nouveau avec détermination. Sue se disait que l'insolence et l'insubordination étaient ce qu'elle préférait chez elle... Quand elles étaient à Poudlard, Daphné était la première à répondre aux adultes et à faire entendre sa voix lorsqu'elle était excédée ou contrariée. La plupart du temps, elle devait reconnaître que Daphné avait ses raisons et que la fois où elle avait pendu Zabini par les oreilles parce qu'il avait glissé une main sous la jupe de Pansy Parkinson, qui en était restée tétanisée de peur, demeurait un moment de pure joie.

Sue était persuadée que Daphné suivait son chemin de vie, bien tracé, et qu'elle marcherait sur les pieds de toutes les personnes qui l'empêcheraient d'avancer.

Les bras croisés sur sa poitrine, la blonde ne se démonta pas et affronta son supérieur du regard. Elle ne bougeait plus, ne semblait même plus respirer mais dégageait une aura lourde et pesante.

– Très bien, céda l'homme. Trouve-toi une autre équipe.

Le visage de Daphné se détendit immédiatement et un sourire lumineux prit place sur ses lèvres pleines :

– Parfait !

Elle fit un clin d'œil à Sue, qui se sentit rougit de la racine des cheveux jusqu'à ses orteils.

– Je suis la traductrice de runes de votre équipe, enchantée ! se présenta-t-elle à l'unité dont faisait partie Sue. Je connais presque toutes les langues magiques anciennes, les runes du monde entier n'ont plus aucun secret pour moi, blablabla, je vous enverrai mon CV plus tard, mais je vous assure que je suis géniale !

– On a été dans la même promotion à Poudlard, fit remarquer Justin en grommelant alors qu'elle lui tendait la main comme s'ils ne s'étaient jamais rencontrés.

Elle l'examina de bas en haut, avec un certain dédain :

– Vraiment ?

Le petit rire de Sue résonna légèrement.

Travailler avec Daphné était un supplice autant qu'un délice.

Elle était professionnelle, bien entendu, et déchiffrait toutes les runes chinoises et anciennes des souterrains, leur permettant de progresser parmi les tombeaux sans trop de difficultés. Mais elle était bavarde, enthousiaste et cherchait la compagnie de Sue, qui ne se donnait grande peine de l'éviter.

Sue était nerveuse. Ses mains faisaient et défaisaient sa coiffure, jouaient avec ses longs cheveux noirs et repartaient nerveusement jusqu'à son pull, qu'elle tirait avec force. Daphné, elle, semblait si à l'aise... Elle portait un corset vert, qui soulignait sa taille fine et parfaitement marquée, par-dessus une chemise noire, une tenue parfaitement inappropriée pour ce qu'ils étaient tous en train de faire. Les bottines détonnaient aussi, surtout lorsqu'elles claquaient contre les pierres froides des caveaux.

Tout chez cette fille, était empreint d'une assurance, d'une sorte d'indécence qu'on lui pardonnait parce qu'elle était belle, rusée et qu'elle avait une aura irrésistible.

– Sois plus discrète Sue..., se moqua Justin.

– Pardon ?

Son dragon dans sa nuque ronronnait plus fort encore que son cœur.

Daphné mordillait sa plume avec laquelle elle prenait des notes. Lorsqu'elle traduisait les runes, Sue l'écoutait, buvant ses paroles, alors que franchement... ça ne l'avait jamais intéressée.

Lorsque leurs yeux se croisèrent, Sue détourna les yeux. Elle attendit quelques secondes, avant de s'autoriser à vérifier si la blonde l'observait.

C'était le cas.

Elle ne détourna pas les yeux et lui offrit un sourire insolent.

Elle sait que tu la regardes. Et elle aime ça...

Sue bégaya quelques mots à Justin et passa à travers tout un groupe de fantômes qui râlèrent allégrement.

– T'es chou, Sue, s'amusa Justin.

Justin s'amusait à faire tourner la table du restaurant pour faire venir jusqu'à lui les plats que Sue préférait. Cette dernière était plongée dans un vieux manuel sur les malédictions chinoises, dans lesquelles elle souhaitait se spécialiser.

– Mais c'est impossible de manger avec ces trucs bordel de scrout de mes deux ! pesta Daphné.

Le riz qu'elle avait tenté d'attraper avec ses baguettes retomba dans son bol. Justin gloussa et se tut bien rapidement quand Daphné leva les yeux vers lui. Justin donna un coup de coude à Sue, qui s'empressa de sourire à la blonde :

– Il faut que tu utilises ton pouce et ton majeur pour tenir la première baguette. Coince l'autre entre ton index et ton pouce, c'est la seule qui doit bouger. Ensuite tu...

Suivant toutes ses instructions, Daphné geignit lorsqu'elle échoua et que la bouchée qu'elle s'apprêtait à manger, tomba sur son menton.

Cette fois-ci, même elle se mit à rire.

– Attends je vais te montrer.

Elle quitta sa place pour se positionner derrière Daphné et glisser ses doigts sur et entre les siens. Parcourue de légers frissons, elle lui fit répéter le mouvement, ouvrant et fermant les baguettes. Le silence se fit entre elle et le monde entier.

Quand Daphné déglutit, Sue eut la sensation d'avoir avalé son cœur.

– On a encore beaucoup de travail demain, fit Justin. Je suis crevé. Je vous laisse.

L'idée d'être seule avec Daphné lui donna le tournis. Elle se leva à son tour et rejoignit Justin en trottinant jusqu'à lui.

– T'as vraiment rien compris, bécasse, se désola Justin en frottant le dessus de son crâne avec force.

Sue remit ses cheveux en place, une mine intriguée sur le visage :

– Hein ?

Il agrippa son menton et la força doucement à regarder Daphné, qui faisait soudainement preuve d'une dextérité remarquable avec ses baguettes...

– C'est du chou mordeur de Chine, lui indiqua une voix juste derrière elle.

Sue se retourna, pour se retrouver nez à nez avec 陽, un briseur de sorts chinois un peu plus âgé, au sourire charmeur et aux manières polies. Il travaillait dans la même unité qu'elle et Justin et faisait toujours rire tout le monde.

– Si tu t'approches trop près, tu pourrais perdre ton nez, la prévint-il en chinois.

– Alors je ferais mieux de m'éloigner.

– Tu n'en avais jamais vu avant ? s'étonna-t-il.

– Je n'ai pas grandi ici. Enfin… c'est compliqué. Mais j'ai déjà vu du chou mordeur de Chine. On s'en sert pour certaines potions.

– C'est aussi délicieux lorsqu'il est bien bouilli !

– Vraiment ?

– Je t'assure !

陽 acheta deux choux qu'il plaça dans un grand sac. Son costume chinois était rouge, brodé de fil d'or et boutonné jusqu'au cou. Les sorciers d'ici ne portaient pas de chapeau mais des coiffes plus discrètes et moins hautes. Sue en avait déjà trouvé dans les affaires de son grand-père, mais ne l'avait jamais vu en porter.

– Tu n'as pas d'accent.

– Mon père est sino-britanique. Ma mère est chinoise. J'ai su parler chinois avant de savoir parler anglais, expliqua Sue.

– Tu as donc été à Poudlard…

Sue hocha la tête.

– J'aurais aimé qu'on m'apprenne la magie dans une école moi aussi. Mais l'éducation des jeunes sorciers n'est pas encadrée par le gouvernement. Il n'y a que onze écoles de magie dans le monde, et la plus proche de la Chine est au Japon.

– Mahoutokoro, souffla Sue.

– Ils n'acceptent pas les sorciers chinois là-bas. La Chine et le Japon n'ont jamais été de très bons amis, grimaça-t-il. Les sorciers chinois sont peu nombreux : nous avons tous été décimés pendant la troisième guerre magique sino-japonaise dans les années quarante.

– J'en ai entendu parler, fit tristement Sue. Mon grand-père a fui le pays pour se réfugier en Grande-Bretagne. Il y a épousé ma grand-mère, cependant, il n'a jamais oublié les horreurs qu'il a vécu là-bas. Il n'en parlait jamais mais je le sentais dans son regard, chaque fois qu'il me parlait des raviolis vapeurs-farceurs qu'il mangeait petit et des plumes de phénix qu'il glissait derrière ses oreilles…

– Mes grands-parents sont restés et sont morts. Mon père était orphelin.

– Je suis désolée. Chang, une camarade plus âgée que moi, avait aussi de la famille en Chine je crois. Nous n'étions pas proches mais je sais que ses origines et la situation du pays la préoccupaient.

– Oui, les sorciers chinois ont beaucoup fui et vivent partout ailleurs … La diaspora magique chinoise est partout, sauf en Chine, se désola le jeune homme. Si la paix est revenue, les familles qui se sont installées à l'étranger durant la dernière guerre ne sont malheureusement pas revenues…

La Chine et le Japon avaient longtemps été des ennemies mortelles et les grands mages de ces pays n'avaient cessé de s'affronter pendant des siècles. Les Japonnais avaient pris le dessus et la population magique chinoise s'en était trouvée grandement réduite. Les massacres perpétués sur plusieurs siècles avaient abouti à ce que la population sorcière chinoise soit réduite, presque rayée de la carte, ou dispersée aux quatre coins du globe.

Mais comme les phénix, leur emblème, ils renaissent toujours.

Les sorciers chinois s'étaient relevés petit à petit, et bien que toujours très peu nombreux, commençaient à construire les bases d'une vraie nouvelle civilisation sorcière chinoise. Le tout restait fragile. Ce qui expliquait également l'appel à l'aide du gouvernement magique chinois pour explorer les tombeaux et souterrains de la Grande Muraille.

– Bientôt, nous aurons une école de magie pour nos jeunes sorciers, de meilleures infrastructures et des sorciers brillants et instruits, comme toi, pour construire un avenir…

– Vous êtes déjà très doués, affirma Sue en désignant toute une bande de briseur de sorts chinois qui passait à côté d'eux.

Des phénix au-dessus de leurs têtes prirent leur envol dans le ciel orangé.

– Vous avez appris tout ce que vous savez seuls. Moi, on me l'a enseigné.

– On serait meilleurs encore si on nous apprenait plus, soupira 陽.

– Je pourrais t'envoyer mes cours et… Je crois que j'aimerais rester ici, même après la mission.

Les yeux de 陽 se mirent à pétiller de joie.

– Vraiment ? Tu seras toujours la bienvenue ici. Après tout, tu es chez toi.

– Je n'ai jamais visité le Pékin chinois. Ma mère…

Sue savait que les sorciers chinois étaient très attachés à la pureté du sang.

– Aujourd'hui, les sorciers chinois sont rares. Ceux qui ont un sang-pur le sont davantage encore mon amie !

Sue lui sourit, soulagée. Ils continuèrent de se balader dans les allées du grand marché de Pékin. Sue s'extasia devant les barrettes à cheveux scintillantes dont les pierres finement taillées apportaient en fonction de leur nature l'amour, la fortune, la richesse ou tout l'inverse.

– Les malédictions traditionnelles chinoises portent beaucoup sur les pierres précieuses et semi-précieuses, fit remarquer 陽. La barrette en jade que tu portes te protège des vibrations négatives. Je sens son pouvoir…

Sue fronça les sourcils.

– Vraiment ? Je ne savais pas qu'elle était enchantée…

– Les pouvoirs des pierres sont très minimes, mais quelques sorciers chinois savent en tirer les fils et les rendre assez puissants pour qu'ils aient de réels effets. Il se raconte que 亶甲, le plus grand sorcier chinois, était capable de rendre létal n'importe quels cailloux, même aussi petit qu'un grain de poussière et de le glisser dans les poches de ses ennemis pour les maudire.

– J'ai tant à apprendre…, murmura Sue.

– Comme nous tous !

陽 se trouva soudainement assailli par tous ses amis, qui prirent également Sue sous leurs ailes. Au moment de rentrer chez elle, 陽 l'arrêta et lui désigna son grand sac :

– Du chou mordeur pour ce soir, ça te tente ? Il y aura même des raviolis vapeurs-farceurs si tu le désires !

Sue accepta sans hésiter une seule seconde.

故宫 était l'un des endroits les plus impressionnants que Sue avait jamais vus de sa vie. La vieille pagode sorcière, cachée et invisible pour les touristes moldus qui se pressaient pour voir la Cité Interdite, qui se dressait fièrement devant eux. De sa chambre, Sue pouvait parfaitement la voir et l'admirer. Sa mère l'y avait emmenée, une fois, lorsqu'elle était jeune. Elle avait encore des photos et même un dépliant, qui expliquait que la Cité Interdite tenait son nom du fait que seuls les empereurs et leurs proches étaient autorisés à l'habiter : le petit peuple n'y était jamais convié.

Sue s'enroula dans sa couverture, incapable de trouver le sommeil. Elle se décida enfin à quitter sa chambre, se sentant le courage soudain d'affronter le Pékin moldu.

Peut-être que ce serait plus facile de le faire comme ça, sans réfléchir...

L'air hivernal et glacial de décembre lui piqua le nez dès qu'elle sortit de sa chambre. La grande pagode rouge perçait le ciel et Sue n'avait jamais vu un bâtiment aussi grand. Lorsque son superviseur les avait guidés jusqu'ici, Sue avait halluciné, fascinée de constater qu'elle n'avait jamais vu cette pagode, alors qu'elle était venue ici très régulièrement enfant.

La magie cache beaucoup de choses.

Elle s'arrêta, quand elle vit Daphné accoudée l'une des balustrades. Elle avait délacé son corset dont les fils pendaient derrière son dos. Ses cheveux se laissaient porter par le vent et elle ne détourna pas le regard, même lorsqu'elle sentit Sue s'arrêter près d'elle.

– Tu ne m'évites plus.

Daphné ne posait jamais de question : elle avait toujours réponse à tout.

– Je ne t'évite pas.

– Je te mets mal à l'aise.

– Oui.

Sue ne mentait jamais : elle aimait bien trop la vérité.

Daphné sourit de la sincérité de Sue, et désigna le palais impérial :

– C'est une belle cité… Je n'en avais jamais vu de pareille.

Sue ne sût quoi répondre, alors comme à chaque fois que les mots lui manquaient, elle se contenta du silence naissant entre elles deux. Puis, elle se pencha à son tour au-dessus du vide :

– Peu de gens le savent mais son nom entier est la Cité pourpre interdite, en référence à l'étoile 紫微星, "la petite étoile violette". Dans l'astronomie chinoise, il s'agit de l'étoile polaire. C'est parce qu'elle est en centre de Pékin, qu'on lui a donné ce nom… Cette cité a été construite pour être comme l'étoile polaire : elle était le centre de rotation de la vie chinoise.

– Je dors toujours mal les nuits de pleine lune.

– Je dors toujours mal la nuit.

Le moindre bruit la faisait se réveiller, la peur au ventre, persuadée qu'elle allait devoir fuir avec Justin. Son état d'hypervigilence la maintenait constamment dans un demi-sommeil dont elle avait de plus en plus de mal à se contenter.

– Raconte-moi une histoire, Sue.

Le Pékin moldu attendra.

– Quel genre d'histoire ?

– Une qui me donnera envie de dormir.

Sue fronça les sourcils, contrariée.

– Mes histoires ne sont pas ennuyeuses.

– Je ne dors jamais parce que je suis fatiguée ou ennuyée. Je dors parce que j'apprécie beaucoup la vie que je mène lorsque je rêve.

Sue écarquilla les yeux et hocha finalement la tête et enleva sa pince de jade en forme de lapin. Elle dessina ses contours. C'était un bel ouvrage, fin et délicat. Le lapin avait un air sage et malicieux et ses yeux vides et ovales avait quelque chose de doux...

Elle tendit l'objet à Daphné qui s'en saisit du bout des doigts, presque timidement.

– C'est 玉兔. Le lapin de jade.

– Je ne t'ai jamais vu sans cette pince.

– Je ne m'en sépare jamais. Elle me rappelle ma mère.

Daphné attendit patiemment que Sue reprenne la parole. Elle se balançait sur ses pieds, en un rythme lent et improvisé, tout en regardant les étoiles et la Cité Interdite. Le nuage de pollution qui menaçait la ville dernièrement s'était quelque peu dissipé et permettait d'observer la beauté de la ville.

– On raconte qu'un jour, l'Empereur de Jade, le dieu suprême du ciel et de la souveraineté, prit le déguisement d'un pauvre vieil homme affamé, et vint mendier sa nourriture auprès du singe, de la loutre, du chacal et du lapin. Le singe cueillit des fruits dans les arbres et la loutre rapporta des poissons de la rivière. Le chacal vola un lézard et un pot de lait caillé. Le lapin, quant à lui, ne pouvait que ramasser de l'herbe. Comme il savait fort bien que l'herbe ne pouvait pas être donnée à manger à un humain, le lapin décida d'offrir son propre corps, se sacrifiant au feu que l'homme avait allumé. Il était prêt à se jeter dedans : il n'avait rien d'autre à donner, si ce n'était lui-même.

– C'est bien le maximum qui puisse être offert à quelqu'un, commenta Daphné.

– Et pourtant le lapin ne fut pas cuit. Le vieil homme se révéla soudain être le grand Empereur de Jade ! Profondément touché par le sacrifice désintéressé du lapin, il envoya celui-ci sur la lune pour y devenir le Lapin immortel de Jade. Quand le lapin n'est pas occupé à concocter des élixirs d'immortalité, il tient compagnie à la très belle déesse 嫦娥, dans le Palais de la Lune.

– C'est une belle histoire, murmura Daphné.

– Si tu fais attention, tu peux observer une forme de lapin visible par paréidolie sur la Lune.

– Vraiment ?

Sue hocha la tête.

– C'était mon histoire préférée, lorsque j'étais enfant. La gentillesse du lapin est récompensée …

– Sauf que tous les vieux hommes de ce monde ne sont pas des Empereurs de Jade déguisés, Sue. Ils ne t'enverront pas sur la Lune pour te remercier …

– J'ai appris ça lorsque je suis arrivée en Grande-Bretagne.

– Je n'ai pas non plus dit que nous n'étions tous que des vieux hommes ! s'amusa Daphné.

– Je sais.

– Alors pourquoi tu étais toujours si seule ?

Sue ouvrit la bouche, en regardant celle de Daphné. Elle esquissa un sourire, sans trop savoir pourquoi. Elle en avait juste envie…

– J'ai aimé dans ma vie. Mais personne ne reste et tout le monde part. Ne faire entrer personne dans ta vie, c'est le meilleur moyen de protéger son cœur et de ne plus souffrir.

– C'est stupide.

– Je sais, s'esclaffa Sue. J'ai eu mon lot de difficultés et de problèmes et j'ai réglé tout ça après un long travail sur moi-même. J'ai laissé entrer Justin, certes parce que je n'avais pas vraiment le choix mais... Maintenant, je suis heureuse de l'avoir avec moi. Son amitié est précieuse et je la chéris. Je pense que je serai prête à m'offrir à d'autres personnes.

Un sourire narquois mangea les lèvres de Daphné.

– Vraiment ?

– Oui.

L'air désespéré de Daphné la fit éclater de rire.

– Sue ?

– Hum ?

– Ne change pas.

Sue s'arrêta de rire et embarrassée, commença à triturer ses doigts.

– J'ai toujours du mal à dormir depuis la fin de la guerre. Pendant longtemps, Justin et moi étions incapables de dormir séparément.

– Justin, c'est l'autre crétin ?

Sue la regarda sévèrement, en souriant toujours :

– Justin est mon ami.

Daphné remit la pince de Sue entre ses mains et changea de position, pour tourner le dos à la Cité Interdite et mieux la regarder. Cette dernière ferma les yeux et sans réfléchir, parce que c'était dans ce genre de moment que Sue prenait les meilleures décisions, elle débita à toute vitesse la question qui lui mordait les lèvres depuis un moment :

– Pourquoi tu m'as sauvée ce soir-là ?

– Je ne t'ai pas sauvé, Sue, chuchota Daphné en baissant les yeux. Je t'ai simplement indiqué le chemin.

– Les Carrow allaient m'attraper. Ils allaient croiser mon chemin, mais tu m'as indiqué ce vieux passage secret qui m'a fait atterrir derrière l'entrée de Pré-au-lard... Tu as ralenti les Carrow. Je t'ai entendue leur parler et leur indiquer que tu avais vu des élèves en train de peindre des messages en soutien à Potter dans les couloirs.

Le visage de Daphné devint insondable et neutre. Sue et elle n'avaient jamais été proches et ne s'étaient même jamais réellement adressé la parole lorsqu'elles étaient à Poudlard. Mais ce soir-là, Daphné avait surprise Sue, un sac à dos sur les épaules et la peur dans les yeux.

Elle ne savait trop dire pourquoi elle avait souhaité que Sue se trouve loin des Carrow. Probablement parce qu'elle refusait qu'il lui arrive du mal. Certainement parce qu'elle savait qu'il était injuste qu'ils s'en prennent à elle à cause de son sang. Daphné avait été de ceux qui avaient fait profil bas durant la guerre. Ils ne s'étaient pas révoltés, avaient suivis les nouvelles règles en place, sans s'interroger, sans les remettre en question : c'était plus facile, plus rusé, que de gueuler à grands cris comme tout ceci était immoral et dégueulasse.

Daphné avait grandi dans une famille de sang-pur et ne s'était jamais interrogée sur le fait de savoir si elle valait mieux ou non que le reste du monde : elle en était déjà persuadée. C'était un fait, c'était dans ses gènes et dans son sang. En grandissant, elle avait haï les moqueries de Pansy, elle avait observé les nés-moldus de leur promotion : ils n'étaient pas moins intelligents, pas moins doués ou beaux qu'eux. Ils étaient comme elle, en fait. Des enfants. Et si désormais Daphné se savait supérieur et mieux que les autres, c'était parce qu'elle était exceptionnelle en bien des manières, qui ne concernaient absolument pas la pureté de son sang. C'était pour ce qu'elle était, elle, Daphné Greengrass, en tant que personne et pas en tant que chair et amas de cellules...

– Le Choixpeau a hésité à m'envoyer à Gryffondor, confessa-t-elle.

– Tu y aurais sûrement ta place.

– Un éruptif aurait davantage eu sa place dans un magasin de porcelaine ! se vexa-t-elle. Je n'ai rien à voir avec ces mal-élevés et ces abrutis aux cerveaux finis aux fonds de chaudron !

Sue secoua la tête en riant doucement.

– J'ai des manières et j'y tiens, assura Daphné. Mais je crois... Je crois que je ne manque pas de courage et quand je t'ai surprise, prête à fuir, je me suis dit... Je me suis dit que je ne supporterai pas de les voir te faire du mal.

– Pourquoi moi ?

Parce qu'elle était Sue Li, cette fille renfermée mais souriante, cette fille à la pince de jade en forme de lapin, qui racontait que les dragons n'avaient pas d'aile et ne crachaient pas de feu, cette fille qu'on lui avait un jour présenté, dans le jardin des Bullstrode, alors qu'elles n'avaient que huit ans... Une petite fille qui s'était fait un plaisir de tâcher sa robe toute blanche et de courir après les papillons. Une petite fille sans manière, mais qui riait aux éclats, sans se soucier montrer ses dents ou de paraître inélégante.

Sue Li avait été une bouffée d'air frais pour Daphné Greengrass.

Et comme l'air, elle la savait présente mais insaisissable. Parce que Sue rejetait tout le monde.

Avant. Sue Li rejetait tout le monde, avant.

– Parce que je t'aime bien, Sue, articula-t-elle enfin. Et aussi pour soulager ma conscience si je suis tout à fait honnête… La culpabilité, ça vous file de l'acné et j'aime préserver mon beau visage.

– Merci.

Daphné écarquilla les yeux.

– De m'avoir sauvée, ce jour-là. Pas de bien m'aimer. Ce serait étrange de te remercier pour ça...

– En effet, ce serait étrange.

Mais Sue Li était une personne étrange. Ce n'était pas ce qui lui plaisait le plus et pourtant, ça la rendait charmante.

– J'ai essayé de te le dire, à la soirée, chez les Bullstrode.

– Je sais.

– Mais je n'ai pas réussi. C'était la première fois que je participais à un événement de ce genre depuis la fin de la guerre, et en vérité, je n'y suis allée que pour te voir.

– Vraiment ?

– J'ai pris peur. J'avais pourtant répété tout un discours...

– Tu n'as pas à me remercier de t'avoir indiqué l'endroit par lequel j'avais vu ce crétin de Justin disparaître dix minutes avant toi.

Sue sourit de plus belle. Il était simple, en fait, de sourire en la présence de Daphné. Une seule pensée tournait dans la tête de Sue :

Daphnée m'a conduit jusqu'à mon premier ami. 月老. Tout est lié dans la vie.

– Merci quand même.

Daphné haussa les épaules, faisant semblant d'avoir l'air détaché et cool. Mais ses jambes tremblaient et son cœur tapait bien trop fort dans sa poitrine.

– Je t'aime vraiment bien, Sue.

Cette fois-ci, la brune ne rougit pas. Son dragon ronronnait de nouveau sous sa peau. Elle analysa ces mots et les savoura avec une certaine fierté.

Ne t'emballe pas. Ce n'est pas ce que tu crois. N'est-ce pas ?

– Je vais aller dormir. Tu m'as donné envie de rêver avec cette histoire de lapin de jade.

– Bonne nuit, Daphné.

– Elle le sera.

Quand la blonde l'embrassa sur la joue, Sue ferma les yeux et commanda à sa peau de s'en souvenir jusqu'à la fin des temps.

Elle aussi, retourna se coucher. Sa nuit fut peuplée de rêves dans lesquels Daphné riait, l'embrassait et ne portait qu'une simple pince de jade taillée en forme de lapin.

Note de fin de chapitre :

 

La semaine prochaine, tu apprendras que les coeurs les plus purs sont parfois de pierre.

Vous devez s'identifier (s'enregistrer) pour laisser une review.