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32ème Nuit Insolite


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De Les Nuits le 06/02/2023 15:45


128ème Nuit d'écriture


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Nous vous informons que la 128e édition des Nuits d'HPF se déroulera le vendredi 20 décembre à partir de 20h. N'hésitez pas à venir découvrir les nuits comme bonne résolution pour 2023. vous inscrire !
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De Les Nuits le 12/01/2023 23:25


Sélections du mois


Félicitations à MadameMueller, Lossifovna, CacheCoeur et Juliette54qui remportent la Sélection Fanfictions Longues !

Et pour le mois de janvier, venez lire la Sélection Remus Lupin ! Vous pouvez découvrir ces cinq histoires et voter jusqu'au 31 janvier ici.

Persévérance, loyauté, courage… Les valeurs de Hermione Granger vous inspirent-elles ? Lors du mois de février mettez-les à l’honneur lors la Sélection Hermione Granger ! Vous avez jusqu'au 31 janvier pour proposer des textes (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/01/2023 19:18


31ème Nuit Insolite


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De Les Nuits le 16/12/2022 12:52


Sélections du mois


Félicitations à CacheCoeur, Bloo et Kuli qui remportent la Sélection Next-Gen !

Et pour le mois de décembre, venez lire la Sélection Fanfictions longues ! Vous pouvez encore découvrir ces 12 histoires et voter jusqu'au 31 décembre ici.

Vous aimez les fourrures à poil doux ? Lors du mois de janvier vous en trouverez une toute douce avec la Sélection Remus Lupin ! Vous avez jusqu'au 31 décembre pour proposer des textes sur notre loup-garou favori (vos deux fanfictions favorites, ou votre favorite si elle fait plus de 5000 mots) sur ce thème. Pour ce faire, rendez-vous ici ou bien répondez directement à cette news.


De L'équipe des Podiums le 02/12/2022 20:53


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De Les Nuits le 15/11/2022 18:50


Dahlia par Celiag

[129 Reviews]
Imprimante Chapitre ou Histoire
Table des matières

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Note de chapitre:

Bonjour à tous. Merci pour l'accueil que vous avez réservé à cette nouvelle histoire :)

Dans ce chapitre, Dahlia sera régulièrement mégenrée et nous aurons droit à un condensé de transphobie ordinaire. C'est volontaire, j'estimais que c'était nécessaire pour le réalisme de l'histoire. Par la suite, ça ira mieux !

Bonne lecture.
Ça ne pouvait pas être une coïncidence. Une femme, portant le même nom que Drago était arrivée à New York le jour même où il disparaissait dans la mer du Nord. C’était trop énorme, personne ne pouvait croire à un tel hasard. Harry fixa la sorcière de l’immigration avec stupeur.

- Et… vous auriez une adresse ? demanda-t-il sans trop y croire.

- Oui, j’ai son adresse et l’adresse de son lieu de travail, si vous voulez.

- De son lieu de travail carrément ? s’étonna Hermione.

- Bien sûr, répondit calmement la sorcière. Il faut travailler si vous voulez avoir le droit de rester dans ce pays et avoir la chance de devenir Américain, un jour.

Elle semblait estimer que devenir Américain était le plus grand privilège qui puisse exister et Hermione lui lança un regard profondément sceptique. Harry eut peur qu’elle dise quelque chose de déplacé qui fâcherait l’employée et il se dépêcha de prendre la parole.

- Je veux bien tous les renseignements que vous avez sur elle, merci.

La sorcière se leva, marcha jusqu’à d’immenses étagèrent où étaient classés tous les dossiers des migrants et mit plusieurs minutes à trouver celui de Dahlia. Elle le copia d’un coup de baguette magique et le tendit à Harry qui s’empressa de le prendre.

- Merci, bonne journée !

Ils s’éloignèrent, gagnèrent un couloir où ils pourraient être tranquilles et ouvrirent le dossier. Dahlia Malefoy habitait à Hidden City et y travaillait également, dans une petite librairie, visiblement. Elle possédait un visa qui lui permettait de rester mais qui devait être renouvelé. En haut de la fiche, il y avait une photo collée qu’ils observèrent avec une certaine fascination, parce que c’était étrange de le revoir de cette façon. C’était clairement Drago sur la photo, avec les cheveux courts et tel qu’ils l’avaient toujours connu. Il n’y avait donc plus aucun doute possible.

- Putain, murmura Harry, parce qu’il avait vraiment besoin de jurer. Il ne s’est pas suicidé en fait, il est encore vivant ! C’est…

- On dirait bien.

- C’est complètement dingue ! Et pourquoi est-ce que c’est écrit Dahlia ? C’est quoi cette histoire ?

Hermione fixa encore la photo puis regarda Harry sans trop le voir, réfléchissant à la question.

- Je ne vois que trois solutions, dit-elle enfin.

- Ah bon ? s’étonna Harry qui lui, n’en voyait aucune.

- Oui, trois, dont deux me paraissent invraisemblables.

- Vas-y, l’encouragea Harry, avide d’entendre ses hypothèses.

- Premièrement, il a changé de nom et se déguise en femme pour être certain qu’on ne le retrouve pas. Cependant, je n’y crois pas, ça me semble un peu extrême comme technique. Surtout que je ne vois pas très bien qui pourrait le rechercher aussi activement.

- Oui, simuler son suicide et s’enfuir aux Etats-Unis me semble déjà bien suffisant. En plus, s’il avait vraiment voulu se cacher, il aurait carrément changé de nom ! Et il n’avait pas besoin de se changer en femme pour autant.

- Voilà… Donc je n’y crois pas. Deuxième solution, il se travestit.

- De toute évidence, il se travestit, oui, dit Harry.

- Je ne pense pas, rétorqua Hermione.

Elle se tut quand des employés passèrent devant eux et se tourna à nouveau vers Harry.

- Les hommes qui se travestissent ne changent pas de nom, du moins pas officiellement sur les papiers administratifs. Là, Dahlia Malefoy est une femme aux yeux de la société américaine, ce n’est pas anodin, on ne fait pas ça juste parce qu’on aime s’habiller en femme !

- Ah bon…

- Donc on en vient à la dernière hypothèse, sûrement la bonne et qui expliquerait beaucoup de choses…

Il la regarda avec perplexité, attendant la suite qui ne venait pas.

- Donc ? insista Harry.

- Eh bien, à ton avis ? demanda Hermione avec un léger agacement. Comment appelle-t-on les gens qui naissent avec le mauvais genre et qui sont obligés de changer leur prénom et leur genre sur les documents officiels ?

- Euh, tu veux dire…

- Tu sais ce qu’est une femme transgenre, non ?

Il le savait, oui, il en avait entendu parler à la radio et à la télé et franchement, ça lui avait toujours semblé étrange comme phénomène. Etrange et surtout très éloigné de sa vie à lui. Il regarda Hermione dans les yeux et éclata nerveusement de rire.

- Attends, Hermione, tu n’es quand même pas en train de dire que…

- Pourquoi donc ? On sait que Drago et Dahlia ne sont qu’une seule et même personne. Il y a de fortes chances que la femme que nous avons vue ce matin soit Dahlia, c’est même certain, elle lui ressemblait énormément. Donc, je ne vois pas quelle autre hypothèse pourrait coller. Et puis ce serait logique, elle a simulé son suicide et s’est enfuie pour pouvoir être qui elle est, loin de sa famille et de l’Angleterre où tout le monde la connait. J’imagine qu’être transgenre dans une famille comme les Malefoy ne devait pas être très vivable…

- Mais… ça voudrait dire… Drago serait une femme depuis tout ce temps et…

- Si c’est le cas, il n’y a plus de Drago, dit doucement Hermione. Maintenant, c’est Dahlia et c’est « elle ».

Harry était sidéré, à tel point qu’il aurait aimé s’asseoir et discuter avec Ron, juste pour évacuer. Il n’y croyait pas, c’était absurde et pourtant… pourtant la femme de ce matin était bien réelle, tout comme le dossier qu’ils avaient entre les mains.

- Nous devrions retourner à l’étage des Aurors, dit Hermione en regardant sa montre. Ils vont nous attendre.

Harry suivit Hermione comme un somnambule, incapable de se sortir Drago de la tête, Dahlia ou peu importe. Il repensait à Drago, à Poudlard, à sa façon de marcher, entouré de Crabbe et Goyle, à son sourire méprisant et cruel, à l’expression de haine qu’il avait sur le visage quand il regardait Harry, à son air terrifié pendant la guerre, puis pendant le procès. Était-ce vrai ? Hermione avait-elle raison ? Drago portait-il réellement ce secret depuis toutes ces années ? C’était incroyable, au sens littéral du terme. C’était trop énorme, Harry n’arrivait pas à concevoir la chose.



La matinée fut à la fois longue, remplie et inutile. Ils firent des portraits approximatifs à partir des descriptions des victimes et les firent publier pour demander à la population de les avertir si quelqu’un connaissait ces hommes. Ils retournèrent dans les bars où les victimes avaient rencontré leur agresseur, interrogèrent une nouvelle fois les serveurs et les serveuses, en vain. A la fin de la journée, ils espéraient tous avec ferveur que les portraits dans les journaux donneraient quelque chose.

- On va boire un verre ? proposa Troy Bernard en enfilant sa veste. Il faut accueillir les Anglais comme il se doit.

Ils furent tous d’accord et enthousiastes. Même Harry était touché par l’attention. Ils sortirent des bureaux et traversèrent la salle de pause. Ils y trouvèrent Sofia Cruz, la cheffe de la section de protection des mineurs, qui sortait d’une réunion éreintante, Tina Conti, la cheffe de la section grand banditisme et Will Masetti. Tina et Will étaient en pleine dispute et faisaient clairement un effort pour ne pas crier. Tous les autres Aurors essayaient de suivre la dispute, de loin, mais n’y arrivaient pas. Quand ils voulaient s’engueuler de façon privée, ils parlaient en italien.

- Non è nella tua giurisdizione, Tina !

- I tuoi trafficanti hanno rapinato una banca !

- Vous voulez venir boire un verre avec nous ? proposa Tyler Davis pour les interrompre.

- Je ne peux pas, j’ai un braquage de banque à gérer, répondit Tina en lançant un regard exaspéré à Will.

- Moi je peux, dit Will.

Harry perçut le léger froncement de sourcil de Troy Bernard mais ne dit rien. Il n’était là que depuis trois jours mais il avait repéré beaucoup de choses, c’était son métier après tout. Il avait remarqué que Tyler et Abby n’osaient presque jamais contredire leur chef, même quand ils n’étaient pas d’accord, que beaucoup de femmes à l’étage observaient Will avec un désir évident, que Troy parlait beaucoup de sa copine dont il avait l’air fou amoureux, que Troy Bernard et Will Masetti ne s’aimaient pas. C’était amusant à regarder et ça le laissait complètement indifférent. De toute façon, il ne reverrait plus jamais ces gens.

Ils allèrent prendre une bière dans un bar que les Aurors affectionnaient. Harry et Hermione durent répondre à pas mal de questions sur le fonctionnement des Aurors à Londres. On comparait, on jugeait aussi mais avec courtoisie. Plus Troy buvait et plus il devenait bavard, parlait beaucoup et trop fort. Pendant tout le début de la discussion, Harry sentit le regard de Will Masetti sur lui et il trouvait cela gênant. Will parlait peu mais il le regardait régulièrement, avec une insistance dérangeante.

- Je sais qui tu es, dit enfin Will en reposant son verre. Nous le savons tous.

- C’est-à-dire ? demanda Harry.

- Nous sommes Aurors, nous participons à la sécurité du pays. Donc quand il y a un coup d’état au Royaume-Uni, tu te doutes bien que nous sommes au courant. Tu es Harry Potter, tu as tué le type qui a fait le coup d’état.

Harry le fixa, choqué de la formulation. C’était donc à cela que ça ressemblait, vu de l’extérieur ?

- Euh… oui enfin, c’était…

- Tu es un genre de héros dans ton pays, non ? Normal, vous avez frôlé une dictature qui aurait été très destructrice. Et toi, tu es son amie, tu as combattu à ses côtés, non ?

- Oui, admit Hermione.

- On nous a envoyé la crème de la crème, commenta Will avec un sourire un peu ironique.

- Nous sommes nouveaux dans le métier.

Harry et Hermione durent répondre à de nombreuses questions sur la guerre. Les Aurors américains étaient partagés entre l’admiration, la perplexité, l’indifférence, la condescendance et la fascination. De toute évidence, ils se foutaient bien de ce qui se passait ailleurs que chez eux et ils ne mesuraient pas à quel point la domination de Voldemort avait été un enfer pour l’Angleterre. Devait-on les en blâmer ? Pas forcément. Cependant, pour la première fois depuis la fin de la guerre, Harry sentit son statut de héros vaciller largement. Troy Bernard avait plus de quarante ans, il avait de l’expérience et un charisme indéniable. Will Masetti avait sans doute dix ans de plus que Harry, il semblait aussi en avoir vu d’autres. Le fait que Harry ait tué Voldemort leur paraissait presque normal et pas si extraordinaire que ça. Harry n’avait jamais désiré être un héros mais tout de même, c’était un peu blessant.

Quand il rentra à l’hôtel, Harry était saoul et Hermione n’en était pas très loin non plus. Il se coucha dans son lit, s’enroula sous la couverture et essaya de s’endormir. Il en fut toutefois incapable. L’enquête de la journée et sa soirée avec les Aurors l’avaient diverti mais maintenant qu’il était allongé là, il ne put s’empêcher de repenser à Dahlia Malefoy. Qui était-elle exactement ? Il voulait savoir. Si Drago n’était pas mort, il voulait le savoir. Il avait envie d’aller voir cette femme et de lui poser des questions. Il savait qu’il le ferait, il ne pourrait pas faire autrement et repartir sans avoir obtenu de réponse. Il repensa malgré lui à la lettre de Drago, qui était soigneusement rangée dans le tiroir de sa table de chevet. Il ne l’avait jamais jetée, il n’avait jamais osé. Et maintenant, il n’était plus sûr de rien.

Le lendemain, l’enquête se poursuivit. Ils avaient eu des signalements pour les portraits des journaux et ils durent aller vérifier tout cela. Les analyses de sperme et de salive prélevés sur les victimes montraient clairement que le violeur était une seule et même personne. En début d’après-midi, les Aurors spécialisés dans les analyses magiques leur firent savoir qu’ils avaient trouvé des traces de Polynectar dans la salive du coupable.

- On s’en doutait, déclara Troy Bernard. Mais maintenant, nous savons comment il fait pour changer d’apparence. C’est malin et exaspérant.

- On devrait faire retirer les portraits dans ce cas, suggéra Tyler Davis. Notre homme ne ressemble pas à ça.

- Non, c’est important de les laisser, coupa Abby Lynch. Si nous retrouvons les hommes à qui le coupable a pris des cheveux, ça pourra peut-être nous mener jusqu’à lui.

- A sa place, j’aurais pris des cheveux de Moldus, dit Hermione. Je veux dire, de Non-Maj. Ça nous rendrait la tâche beaucoup plus difficile !

- Si c’est ça, nous ne pouvons rien faire, répondit Troy.

- Il faudrait publier ces portraits chez les Non-Maj et demander leur aide, déclara Harry d’une voix morne.

- Quoi ? Hors de question, vous êtes fous ! s’écria Troy. On ne collabore jamais avec les Non-Maj, ce serait… Ils ne savent pas que nous existons voyons !

Harry et Hermione lui lancèrent des regards blasés mais n’insistèrent pas. S’ils ne faisaient pas appel aux Non-Maj, ça risquait d’être long… Ils quittèrent le MACUSA à plus de six heures et demie, agacés par l’obstination des Aurors américains. Décidément, ils ne fonctionnaient pas du tout de la même manière. Harry et Hermione prirent un taxi, parce que Sofia Cruz et plusieurs Aurors de sa section se tenaient devant l’immeuble à parler avec des journalistes. Même cela, c’était pénible.

Dans le taxi, Harry regarda sa montre puis jeta un coup d’œil à Hermione.

- Tu ne voudrais pas passer à la librairie où Dahlia travaille ? Proposa-t-il.

Il y avait pensé toute la journée mais ils n’avaient pas eu l’occasion d’en reparler.

- Pourquoi ? Tu veux aller la voir ?

- Non, mais juste, vérifier que c’est bien lui.

- Elle.

- Tu as compris ce que je voulais dire. On pourrait mettre la cape et simplement regarder.

- On ne tient plus à deux sous la cape, nous sommes trop grands, on se ferait repérer. Vas-y tout seul si tu veux absolument aller la voir mais je trouve ça un peu ridicule.

Harry s’enfonça dans un mutisme boudeur et regarda défiler les immeubles devant lui. Dès qu’ils arrivèrent à Hidden City, Harry se dissimula sans sa cape d’invisibilité et transplana jusqu’à la petite librairie où Dahlia travaillait. Il avait besoin de savoir et besoin de voir. Il avait retenu l’adresse lue sur le dossier et il arriva sur une petite place, à quelques rues de la First Avenue. Il y avait là une épicerie, une boutique de chapeaux, un restaurant et une librairie. Elle fermait à sept heures et il était sept heures cinq. Harry s’approcha, vit que la pancarte « Closed » avait été retournée mais qu’il y avait toujours du monde à l’intérieur. Dissimulé sous sa cape, il colla son visage à la vitrine pour regarder.

Ça ressemblait à une librairie des plus banales, évidemment, avec des étagères pleines de livres. Au niveau de la caisse, il y avait deux femmes qui discutaient en rangeant distraitement ce qui trainait. L’une d’elle était Dahlia, l’autre une grande femme aux cheveux noirs. Harry observa Dahlia qui parlait avec animation et souriait régulièrement aux commentaires de sa collègue. Plus il la regardait et moins il doutait. Absolument tout, chez cette femme, était identique à Drago. Sa façon de sourire avec une expression moqueuse, sa façon de hausser les sourcils, de tenir sa baguette. Il hésita un instant, pas tout à fait sûr de ce qu’il désirait. Il aurait pu ôter sa cape, entrer dans la librairie et dire ce qu’il pensait réellement, à savoir : « C’est quoi ce bordel ? » Comment ça t’es pas mort ? J’ai cherché ton corps pendant des heures, imbécile ! Et c’était pour quoi cette lettre ? Et puis quoi, t’es devenue une femme maintenant ?

Harry tourna les talons et s’en alla, en colère contre il ne savait même pas quoi. C’était quand même incroyable de se dire que même mort et à des kilomètres de chez eux, Malefoy parvenait encore à le faire chier.

Harry rentra à l’hôtel, ignora le regard interrogateur d’Hermione durant le dîner, répondit du bout des lèvres que oui, il l’avait vue, elle était bien là mais il n’était pas allé lui parler. Il tenta de refouler tout cela et de penser à son enquête. Après tout, qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire que Drago soit mort ou non ? Ce n’était pas son problème. Ce n’était pas non plus son problème qu’il soit une femme ou un homme. Il n’avait rien à lui dire.

Durant les deux jours qui suivirent, Harry se concentra sur son travail. Les signalements ne donnaient rien, personne ne connaissait les hommes dont le violeur prenait l’apparence, surement parce qu’Hermione avait raison. Ils se rendirent dans plusieurs boutiques de potions et d’ingrédients de potion pour savoir qui, dernièrement, avait acheté les ingrédients nécessaires à la fabrication de Polynectar. Cela leur prit un temps fou. Ils se rendirent dans une ruelle proche de la librairie de Dahlia et Harry ne put s’empêcher de penser à elle, pendant une seconde.


C’était la fin d’après-midi. Ils avaient interrogé presque tous les hommes qui avaient acheté des ingrédients suspects et ça n’avait pas donné grand-chose. Harry et les autres prenaient une pause bien méritée avant de terminer. Certains suspects ne pouvaient venir qu’après leur travail et ils les attendaient. Harry se servit un café dans la salle de pause tandis qu’Hermione était introuvable, surement en train de discuter avec Abby et Tyler. Le calme relatif de la pièce fut interrompu brutalement quand Will Masetti sortit de son bureau à toute vitesse, rapatriant ses collègues autour de lui, enfilant sa veste avec précipitation.

- La transaction a lieu ce soir, nous le tenons, andiamo !

Tous les Aurors de la section des trafics arrivèrent en courant, jetant café, donuts et journaux. Visiblement, ils avaient trouvé leur coupable, eux. Harry les regarda disparaitre avec un peu d’envie. De son côté, il était loin d’arrêter le violeur… Dans la confusion générale laissée par le départ de l’équipe, Harry eut soudain l’idée absurde d’en profiter pour disparaitre quelques minutes lui aussi. À vrai dire, il savait très bien où il voulait aller. Il avait conclu que finalement, il voulait tout de même obtenir des réponses à ses questions. Puisqu’ils n’avaient pas grand-chose à faire en attendant que les derniers suspects viennent leur parler, il pouvait bien sortir un peu.

Harry quitta le MACUSA, transplana dès qu’il le put jusqu’à Central Park, entra dans la bouche de métro, remit sa cape et transplana à nouveau. Il arriva cette fois-ci devant un immeuble en brique rouge qui semblait vieux et pas très engageant. De toute évidence, les riches ne vivaient pas ici. Harry observa longuement la façade de l’immeuble en se demandant ce qu’il allait faire, maintenant qu’il était là. Il aurait peut-être dû aller à la librairie mais il avait envie de voir où elle habitait. Il songea un instant qu’il pourrait lui écrire un mot et le mettre dans sa boîte aux lettres mais ce serait absurde. En fait, c’était absurde d’être là, il devrait rentrer. Il était partagé entre son désir de parler à Malefoy et sa peur de le faire. Il n’était pas sûr que quoi ce soit de bon en ressortirait. Peut-être Dahlia serait-elle méchante, insultante et cruelle, exactement comme autrefois. D’ailleurs, Harry ne voyait pas pourquoi elle serait autre chose que ça. Mais tout de même, Drago lui avait écrit une lettre où il se confiait à lui. C’était perturbant, c’était à n’y rien comprendre.

Harry sursauta quand la porte de l’immeuble s’ouvrit et qu’une femme en sortit rapidement. Il se figea, regarda Dahlia s’éloigner sur le trottoir et la suivit sans même réfléchir. Ne travaillait-elle pas à cette heure-là ? C’était peut-être son jour de congé, qui sait… Pour être sûr de ne pas la perdre, Harry lança discrètement le sortilège du Nexus qui le liait à la personne qu’il filait, en cas de transplanage. Il savait que ce qu’il faisait n’était pas très bien, il n’avait pas à la suivre de cette manière mais tant pis. Après tout, Drago avait menti, il avait fait croire qu’il s’était suicidé et il avait embarqué Harry dans son mensonge. Harry estimait donc qu’il avait le droit de savoir.

Dahlia transplana au bout de la rue et Harry se laissa emporter avec elle grâce au lien magique. Ils arrivèrent dans une ruelle plus petite, plus sale et délabrée. Ils devaient être loin de la First et de la Seconde Avenue, dans un endroit pas très fréquentable. Harry serra sa baguette avec soin et se demanda dans quoi il s’était engagé. Avec méchanceté, il se dit qu’il aurait dû s’en douter, Malefoy avait toujours aimé les coins glauques, sombres et illégaux comme l’Allée des Embrumes.

Pour lui donner raison, Dahlia entra dans un bar à la devanture sordide. Harry s’empressa de rentrer derrière elle sans se faire remarquer, prenant soin de ne pas faire de bruit. Heureusement, la musique dissimulait parfaitement le bruit de ses pas. L’intérieur du bar était plus agréable que l’extérieur et paraissait même finalement sympathique. Ça devait être un lieu alternatif où des groupes de musiques se produisaient en petit comité. Un peu rassuré, Harry suivit Dahlia et la regarda s’asseoir à la table d’un homme qui attendait tout seul. L’homme était vieux, laid et Harry espéra – sans trop savoir pourquoi – que leur relation n’avait rien de sentimental. Il s’approcha suffisamment pour les entendre et écouter leur conversation, restant debout près de la table, contre le mur.

- Vous êtes en retard, fit remarquer l’homme.

Il n’avait pas l’air très à l’aise, au contraire de Dahlia qui s’assit comme si elle possédait elle-même le bar.

- Vous avez ce que j’ai demandé ?

Harry eut une réaction de surprise en entendant la voix de Dahlia. Ce n’était pas la même qu’avant, elle était moins grave, plus aigüe. Une fois la surprise passée, Harry se fit la réflexion que c’était plutôt logique.

- Oui, mais je veux l’argent d’abord.

Dahlia sortit une liasse de billets de son sac – des dollars sorciers –, la montra à l’homme discrètement puis la rangea.

- Je veux voir la marchandise, sinon pas d’argent, ordonna Dahlia.

Sa voix n’était plus la même mais Harry reconnut nettement les intonations méprisantes et autoritaires de Malefoy. Certaines choses ne changeaient pas, visiblement. Ce qui ne changeait pas non plus, c’était que Dahlia était clairement en train de faire quelque chose d’illégal et Harry en éprouvait un agacement croissant. Par Merlin, pourquoi fallait-il toujours que Drago fasse des conneries répréhensibles ? Il était insupportable. L’idée qu’il puisse faire quelque chose de vraiment grave effraya Harry et le déprima. Ce serait vraiment frustrant, décevant et triste que Drago soit devenu un criminel comme son père après avoir réussi à s’enfuir.

L’homme et Dahlia se levèrent, laissèrent de l’argent sur la table et sortirent dans la ruelle. Ils marchèrent quelques mètres avant d’entrer dans ce qui ressemblait à un garage ou à un entrepôt. L’homme sortit une clé et ouvrit la porte en vérifiant qu’ils étaient seuls. Ils marchèrent jusqu’à une table sur laquelle était posé une grosse malle et l’homme la déverrouilla d’un coup de baguette. Dahlia se pencha pour regarder et eut un air satisfait. Harry, lui, fixa le contenu de la malle avec horreur. Il y avait une bonne trentaine de révolvers moldus, soigneusement alignés. Putain, dans quoi s’était-il fourré ? Et Dahlia bon sang, qu’est-ce qu’elle foutait ?

- Vous les avez tous testés ? demanda Dahlia.

- Oui, ils fonctionnent tous. Mais vous savez, c’est dur de trafiquer des armes de Non-Maj, ça prend du temps…

- Et donc ?

- Je ne suis pas sûr que vous ayez apporté assez d’argent.

- Ne vous inquiétez pas, répondit Dahlia avec un sourire cynique. J’ai apporté exactement ce qu’il faut.

Elle ressortit la liasse de billets et la tendit à l’homme. Pendant qu’il comptait, Harry vit Dahlia mettre ses mains derrière son dos et agiter très légèrement sa baguette. L’homme se tourna vers elle.

- Il manque cent dollars, dit-il sèchement.

- Je ne crois pas, non.

- Si.

Il fit un pas vers elle, menaçant.

- Ecoute-moi bien ma poule, t’as intérêt à me donner mes cent dollars sinon je remballe ma marchandise et…

Il s’interrompit brusquement, alerté par un bruit. Spontanément, il se tourna vers la porte et Harry recula contre le mur du garage, anxieux. Soudain, sous le regard ébahi de Harry, la porte s’ouvrit à la volée sur Will Masetti et ses Aurors qui entrèrent dans la petite pièce en courant. Le trafiquant n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit, on le désarma facilement et les Aurors le trainèrent hors du garage.

- Je vous arrête pour détournement d’armes de Non-Maj, vente, possession et trafic d’armes illégales, énonça calmement Will tandis qu’on lui passait les menottes.

L’homme n’arrêtait pas de jurer. Harry attendit la suite, persuadé que Will allait s’en prendre à Dahlia mais non, personne ne semblait s’intéresser à elle. Deux Aurors saisirent la malle pleine d’armes et l’emportèrent à l’extérieur. Bientôt, il ne resta plus que Will et Dahlia dans le garage, et Harry, caché sous sa cape.

- C’est toujours un plaisir de travailler avec toi, Dahlia, dit Will en souriant doucement.

- Tu sais que je déteste ça, rétorqua froidement Dahlia. Quand est-ce que ça va s’arrêter ?

- Ce n’est pas moi qui décide ça, tu le sais bien. Et ça fait partie du contrat.

Dahlia eut une expression méprisante et un geste d’exaspération. Will semblait mal à l’aise et il tendit lentement la main vers le visage de Dahlia.

- Tu m’as manqué, murmura-t-il en caressant sa joue.

Elle se dégagea vivement de sa caresse.

- Je croyais que nous étions d’accord pour dire que ça, au moins, c’était fini.

Harry ressentit spontanément de la peine pour Will Masetti. Il n’aurait pas aimé qu’une femme le rembarre aussi froidement, ça lui aurait brisé le cœur. C’est d’ailleurs ce que Will semblait éprouver car il retira sa main et la laissa retomber le long de son corps.

- Pas besoin d’être aussi cruelle, je n’ai rien fait pour mériter ça.

Dahlia observa Will une seconde et se mordit la lèvre, nerveuse.

- Désolée… Je suis un peu à cran en ce moment.

Il y eut un silence puis Will reprit contenance, comme si rien ne s’était passé.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il fermement.

- Vous travaillez avec des Aurors anglais en ce moment ?

La question trahissait une certaine nervosité et Harry comprit ce qui mettait Dahlia à cran. Evidemment.

- Tu les as vus ? dit Will. Ils sont là pour travailler avec Bernard.

- Ce connard, marmonna Dahlia. Ils vont rester combien de temps ?

- Aucune idée, jusqu’à la fin de leur enquête.

Will hésita, regarda Dahlia triturer la manche de son pull et se rapprocha un peu d’elle.

- Dahlia, sois honnête. Est-ce que la présence de Harry Potter à New York est un danger pour toi ? Tu as été innocentée, n’est-ce pas ? Ils n’ont rien à te reprocher ?

- Bien sûr que non ! se défendit vivement Dahlia. Je ne suis pas en danger, c’est juste…

Elle détourna le regard, fixa le sol et se tut. Harry eut la nette impression que Will comprenait parfaitement ce qu’elle taisait. A cet instant, il était sûr de quatre choses : Will Masetti était amoureux de Dahlia Malefoy, il savait parfaitement qui elle était et ce qu’elle avait fait, Dahlia travaillait pour le MACUSA et enfin, Dahlia était aussi perturbée d’avoir croisé Harry qu’il l’était de l’avoir croisée.

- Tiens, dit Dahlia en tendant la liasse de billets à Will.

Il la prit vivement, compta plusieurs billets qu’il donna à Dahlia puis fourra le reste dans sa poche.

- Tu viens faire ton rapport ? demanda Will avec un regard quasi suppliant.

- Non, répondit fermement Dahlia. Hors de question que je croise Potter.

- Alors on peut aller boire un verre et en profiter pour faire ta déposition…

- Will… souffla Dahlia.

Elle lui sourit, beaucoup plus doucement qu’au début, comme si elle voulait se faire pardonner son rejet.

- Va fêter ta victoire avec tes collègues, ils doivent t’attendre.

- Il n’y aurait pas de victoire sans toi, rétorqua Will avec une tristesse évidente.

- Tout le monde s’en fout de ça.

Il ne chercha pas à la contredire et ils sortirent tous les deux du garage. Harry les suivit, assez rapidement, pour ne pas se laisser enfermer et se retrouva dans la rue. Il vit Will transplaner et Dahlia l’imita juste après, entrainant Harry avec elle. Ils atterrirent devant l’immeuble de brique rouge qu’ils avaient quitté une trentaine de minutes plus tôt. Harry mit fin au sortilège du Nexus, regarda Dahlia rentrer chez elle et transplana à son tour.

Il était un peu choqué par ce qu’il venait de voir, même s’il ne savait pas trop ce qui le choquait le plus. D’un côté, il était rassuré de savoir que Dahlia n’était finalement pas une criminelle mais une indic qui aidait les Aurors. D’un autre côté, savoir qu’elle avait été avec Will Masetti le perturbait. Ce qui le déstabilisait le plus, au fond, c’était de se rendre compte que Malefoy avait continué à exister sans eux pendant des années, se créant une vie complètement différente, après les avoir abandonnés au bord d’une falaise. Décidément, il ne connaissait rien de Malefoy, rien du tout. Il avait témoigné en sa faveur, il lui épargné la prison, ils avaient combattu ensemble, d’une certaine manière mais malgré tout, Malefoy restait un mystère total pour Harry.

Il arriva au MACUSA avant Will puisqu’il avait transplané dans New York, lui. Il s’empressa de trouver Hermione qui l’accueillit avec un regard noir.

- Où étais-tu ? Je t’ai cherché partout !

Il expliqua qu’il avait eu quelque chose à faire.

- Une piste que je voulais vérifier, marmonna-t-il.

Hermione, Tyler et Abby avait interrogé les deux suspects qui étaient venus et il n’en restait plus qu’un. Harry assista et participa au dernier interrogatoire pour se faire pardonner puis ils regagnèrent tous la salle de pause où Will Masetti et sa bande recevaient des félicitations méritées. Harry observa Will différemment, avec plus d’attention. On lui donnait des tapes dans le dos, on lui assurait que cette réussite était méritée et qu’il avait bien bossé. Personne ne prononça le prénom de Dahlia. Harry trouvait que Will était plutôt courageux de sourire aussi facilement devant ses collègues alors qu’il venait de se faire jeter deux fois de suite par la femme dont il était clairement amoureux. D’ailleurs, les autres savaient-ils ? Harry aurait parié que non.

Dès qu’ils rentrèrent à l’hôtel, Harry raconta à Hermione ce qu’il avait vu, sans occulter le moindre détail. Elle eut l’air surprise et choquée, elle aussi et elle se fit un thé avant de poursuivre la discussion.

- Elle a traité Troy Bernard de connard ? demanda Hermione.

- Oui, confirma Harry en souriant.

Il ne savait pas pourquoi mais ça lui plaisait.

- C’est quand même incroyable qu’un type comme Masetti soit sorti avec elle, non ?

- Pourquoi ? demanda Hermione.

- Eh bien, je ne sais pas mais… c’est quand même particulier non ? Je veux dire, Dahlia était un homme avant, c’est… Enfin bon, c’est son problème.

- Oui, ça ne nous regarde pas.

- Je veux aller la voir et lui parler, maintenant qu’on est sûr que c’est elle et qu’on est sûr qu’elle travaille du bon côté. Je veux juste savoir ce qui s’est passé.

- D’accord, dit calmement Hermione. Allons-y demain.

Il eut l’air surpris qu’elle accepte aussi facilement et qu’elle veuille l’accompagner. Hermione haussa les épaules et mélangea son thé avec soin.

- Quoi ? Après tout, moi aussi ça me perturbe de savoir que Malefoy est encore en vie, sa mort m’avait attristée à l’époque. Je serais contente de savoir qu’elle a réussi à s’en sortir.

Ils s’y rendirent le lendemain soir, après leur service. Ils attendirent devant chez elle, à peu près certains qu’elle finirait par rentrer du travail à un moment ou à un autre. Ils étaient allés vérifier, elle était bien dans la librairie aujourd’hui. Ils attendirent longtemps et il faisait quasiment nuit quand Dahlia arriva sur le trottoir. Il était huit heures du soir, elle avait dû rester discuter avec sa collègue ou faire autre chose, peu importe. Harry et Hermione sortirent de l’obscurité de la rue et s’avancèrent vers elle.

- Malefoy, dit Harry en la regardant fermement.

Dahlia sursauta tellement qu’elle faillit faire tomber son sac à main et lança à Harry un regard mauvais. Elle sembla hésiter un instant puis céder, réalisant qu’il n’était plus utile de faire semblant de rien. Elle ne pourrait pas fuir indéfiniment, ils l’avaient retrouvée.

- Potter, dit-elle avec résignation.

Et elle le prononça avec le même mépris et la même froideur qu’autrefois.

- Nous voulons juste discuter, précisa Hermione pour atténuer la tension.

- Je m’en doute…

Elle poussa la porte de l’immeuble comme elle aurait poussé la porte d’une prison et ils la suivirent en silence. Il n’y avait pas d’ascenseur, malheureusement, ils durent monter les quatre étages à pied. Les couloirs étaient sombres, les murs décrépis et l’ensemble vieillot. Dahlia ouvrit la porte d’un appartement, alluma la lumière et les fit entrer chez elle.

C’était petit mais joliment décoré. Il y avait une minuscule cuisine, un salon qui contenait un étroit canapé, une table basse, une table et deux chaises ainsi qu’une étagère pleine de livres. Tout était bien agencé mais serré. On n’aurait rien pu mettre d’autre. Il y avait une porte, à droite, qui devait donner sur la chambre. C’était très sobre et très modeste, elle ne devait pas avoir beaucoup d’argent. Ce qui choqua Harry, ce fut le bazar qui régnait dans cet appartement. Une pile de vaisselle sale s’entassait dans l’évier, des vêtements trainaient par terre, des livres et des magazines s’empilaient sur la table basse et s’étaient manifestement effondrés. Harry regarda l’ensemble avec stupeur. Allez savoir pourquoi, il avait toujours imaginé Malefoy comme quelqu’un d’ordonné et de soigneux.

Harry échangea un regard avec Dahlia, malgré lui et elle rosit légèrement. Elle rassembla approximativement les livres, fourra deux tasses sales dans l’évier – qui débordait – et leur désigna la table.

- Je ne pensais pas recevoir de visite, déclara-t-elle dans une sorte d’excuse.

Harry et Hermione s’assirent à la table pendant que Dahlia faisait apparaitre une troisième chaise et prenait place à côté d’eux. Ou plutôt en face. Maintenant qu’ils étaient aussi proches, à la lumière de la lampe, Harry trouvait cela encore plus impressionnant. C’était Drago et en même, temps, ce n’était pas lui. Dahlia avait un visage légèrement différent, plus fin. Et ses cheveux longs, ça la changeait beaucoup. Mais paradoxalement, elle n’avait jamais autant ressemblé à son père.

Elle aurait pu leur proposer quelque chose à boire, elle ne le fit pas. Elle ne voulait surtout pas leur donner un prétexte pour s’attarder. Elle posa sa baguette sur la table, devant elle, et croisa les bras dans un geste clairement défensif. Harry fixa la baguette, malgré lui, parce qu’elle était juste sous ses yeux, et il tressaillit.

- Cette baguette… commença-t-il.

- C’est la mienne, répondit froidement Dahlia.

- C’est celle que je t’ai prise pendant la guerre ! Je croyais qu’elle était encore chez moi, comment tu l’as eue ?

- Je suis venue la récupérer.

- Quoi ? Tu t’es introduit chez moi pour voler la baguette ?

- Tu me l’avais volée en premier.

Harry et Dahlia s’affrontèrent du regard un seconde puis abandonnèrent, conscients que ce n’était pas utile de se disputer pour cela.

- Donc… dit Hermione pour changer de sujet. C’est Dahlia maintenant, c’est ça ?

Dahlia l’observa en silence, pour savoir si la question était un piège ou non puis se tendit.

- Oui, c’est Dahlia maintenant.

- C’est pour ça que tu es partie ?

- Oui, essentiellement. Ça aurait été… enfin… imagine un peu si j’étais sortie comme ça à Londres ! Mes parents m’auraient tuée.

Elle éclata de rire mais il n’y avait rien d’heureux dans son rire. Hermione eut une expression de compassion qui déstabilisa Dahlia et son rire mourut de lui-même.

- Mais donc, tu es devenue une femme alors ? demanda Harry.

- Non, répliqua froidement Dahlia sans le regarder. J’ai toujours été une femme.

- Ah bon… Mais…

- Ecoute Potter, je ne suis pas une encyclopédie, d’accord ? Si tu te poses des questions sur la transidentité, va lire des livres sur le sujet ! Je suis une femme, j’ai toujours su que j’étais une femme et maintenant je peux vivre comme je le veux.

- Même à Poudlard ? insista Harry.

- Oui.

- Ça ne se voyait pas.

Dahlia regarda Harry comme s’il était stupide, ce qui lui rappelait le bon vieux temps, si on pouvait dire ça.

- Evidemment, qu’est-ce que tu aurais voulu que je fasse ? Que je vienne en cours en jupe et que je me ridiculise devant toute l’école ?

- Oui, non, c’est sûr…

- Ça n’a pas dû être facile, dit gentiment Hermione. Tu as un travail apparemment, tout va bien ?

Pendant que Dahlia assurait de façon expéditive que tout allait bien, Harry l’observa du coin de l’œil, en essayant d’être discret alors qu’il ne devait pas l’être du tout. Son regard descendit sur son gilet gris, chercha un semblant de poitrine qu’il ne trouva pas et s’empressa de remonter, honteux.

- Mais alors, tu prends des… choses pour… être comme ça ? demanda Harry en faisant un geste vague dans sa direction.

- Harry, ça ne nous regarde pas, s’écria Hermione avec réprobation.

- Quoi ? Je demande juste par curiosité, c’est tout. Avoue que c’est quand même un peu déroutant non ? Pendant des années on l’a connue…

- Oui, je prends des potions pour être comme ça, Potter, coupa sèchement Dahlia.

- D’accord. Et tu t’es fait opérer pour changer… tu sais, pour changer de sexe ?

- Opérer ? demanda Dahlia d’un ton hargneux et agressif.

Sa main s’était crispée sur son gilet et elle fixait Harry avec une expression de haine et de rancœur qui le déstabilisa.

- Les sorciers ne se font pas opérer, dit froidement Hermione à Harry. Ils utilisent des sortilèges de reconstruction.

- Ah d’accord mais donc…

- Dis-moi, Potter, il y a une question que je me pose depuis des années et j’ai l’impression que c’est le moment idéal pour avoir ma réponse.

- Laquelle ? demanda Harry, étonné.

- Combien mesure ta queue ?

Harry la fixa, sidéré, et rougit un peu.

- Quoi ? Mais…

- Allez, vas-y, n’aie pas honte. Treize centimètres ? Quinze ? Dix-sept ?

- Mais arrête, ça ne te regarde pas ! s’écria Harry.

- Pardon, je croyais qu’on était en train de parler de nos parties génitales.

Dahlia s’adossa à sa chaise et le regarda, le visage fermé et méprisant. Hermione osa un coup d’œil vers Dahlia et ébaucha un très léger sourire, comme si elle appréciait la répartie de Malefoy. Harry, lui, se sentit stupide.

- Je ne disais pas ça pour te vexer, marmonna-t-il. C’est simplement que je me dis que si tu veux être une vraie femme, tu voudrais peut-être…

Les yeux de Dahlia s’écarquillèrent légèrement et ses doigts lâchèrent son gilet. Elle posa ses mains sur la table, comme pour se donner du courage ou s’empêcher de frapper Harry. Il observa machinalement le bracelet qu’elle portait au poignet droit, un bijou en argent représentant deux serpents entrelacés. C’était joli, ça aurait été encore plus joli si ça n’avait pas été sur Malefoy.

- Harry, ça n’a rien à… commença Hermione, l’air indignée.

- Je t’écoute, Potter, puisque tu es un expert en la matière, coupa Dahlia. C’est quoi une vraie femme pour toi ?

Il y avait un piège dans la question, assurément. Harry hésita un instant, pas très sûr de sa réponse.

- Eh bien, je pense que c’est quelqu’un qui a un corps de femme, je suppose, qui… je ne sais pas trop, qui a euh… enfin tu vois.

- Tu ne peux pas réduire ça au corps, Harry, rétorqua Hermione.

- Un avis sur la question peut-être, Granger ? Après tout, tu es concernée.

- Pour moi, être une femme c’est avant tout social. Ce n’est pas simplement avoir des cheveux longs et porter des jupes. C’est faire partie d’un groupe oppressé et en subir les conséquences.

- Tu veux dire qu’il faut se faire discriminer pour être une femme ? demanda Harry, sceptique.

- Pas tout à fait mais je trouverais ça déplacé qu’une personne revendique être une femme et continue à jouir des privilèges d’un homme.

- Tu m’as vue ? demanda froidement Dahlia. Tu crois vraiment que je jouis encore des privilèges d’un homme ?

- Je ne parlais pas de toi, je faisais une généralité. Dis-nous donc ton avis, toi.

Dahlia réfléchit à peine une seconde avant de répondre.

- Je pense que n’importe quelle personne qui dit être une femme en est une et que personne ne peut mieux savoir que nous ce que nous sommes. Le corps ou l’apparence n’ont aucune importance.

- C’est un peu facile, rétorqua Harry. Le corps c’est quand même important !

- Et pourquoi donc est-ce si important ? répliqua Dahlia. Ton pénis n’est quand même pas la partie centrale de ton identité, si ? Tu ne penses pas avec lui, tu ne parles pas avec lui, tu n’aimes pas avec lui. Si demain tu le perdais, ça ne changerait pas ta personnalité, tes défauts ou tout le reste. Ce n’est qu’un détail !

- Je ne suis pas d’accord, il y a des moments où c’est important et où on aime avec. Je ne pourrais jamais coucher avec une femme qui a un pénis.

- Harry ! s’indigna Hermione.

Dahlia rougit et détourna vivement le regard.

- Personne ne te le demande.

Il y eut un silence pesant et embarrassant pendant lequel Hermione foudroya Harry du regard. Il se demandait bien comment ils en étaient venus à débattre de ce qu’était ou non la féminité, il n’était pas venu là pour ça.

- Tu travailles avec le MACUSA, dit-il.

- Et alors ?

- C’est bien, je ne pensais pas que tu ferais quelque chose comme ça.

- Tu ne me connais pas.

- Non mais autrefois, tu n’étais pas vraiment du côté des Aurors, répliqua sèchement Harry.

- Tout le monde change, tempéra Hermione.

- C’est clair qu’elle a changé, admit Harry en appuyant sur le mot, avec un peu de moquerie.

Dahlia et Hermione levèrent les yeux vers lui, surprises de son ton.

- Pourquoi as-tu l’air tellement en colère ? demanda sincèrement Dahlia. Ça te dérange à ce point que je sois une femme ?

- Je me fous complètement que tu sois une femme, un trans ou je ne sais quoi !

- Alors quoi ? insista Dahlia d’un ton menaçant.

- Ce qui m’énerve c’est que j’ai cherché ton corps pendant toute une journée dans les eaux de la mer du Nord ! cria Harry. J’ai même assisté à ton enterrement ! Et j’ai reçu ta maudite lettre où tu me dis toutes ces conneries. A cause de ça, j’ai eu l’impression que c’était en partie ma faute si tu t’étais suicidé, je me suis senti coupable de ne pas avoir fait quelque chose plus tôt ou… Alors qu’en fait, tu vivais tranquillement à New York pendant tout ce temps !

Dahlia regarda Harry, ahurie, puis son visage s’assombrit nettement et devint aussi haineux qu’il pouvait l’être, autrefois. Elle se leva de sa chaise et se pencha vers lui avec mépris.

- J’en ai connu beaucoup des types égoïstes mais toi, tu détiens vraiment la palme ! Tu t’es senti coupable ? Mon suicide a bouleversé ta petite vie ? Mais qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Ce n’est pas ma faute si tu te sens responsable de tout ce qui se passe dans ce monde ! Tu as cherché mon corps ? Et alors ? As-tu la moindre idée de ce que j’ai vécu, moi ? De ma souffrance à moi ? Je me suis enfuie, j’ai abandonné mes parents et mon pays pour venir ici, où je ne connaissais personne. J’ai renoncé à tout ce que j’étais pour être enfin libre et moi-même. Je me fous que tu te sentes coupable ! De quel droit est-ce que tu te pointes chez moi pour m’insulter ou m’agresser comme ça ?

- Je ne t’ai pas agressée…

- Si tu l’as fait ! Tu viens avec tes questions dégueulasses et tu te permets de juger ce que je suis, de quel droit ? Pour satisfaire ta petite curiosité malsaine ?

- Non, ce n’est…

- Va te faire foutre Potter ! Je me fiche de ce que tu penses ! Oui je prends des potions, oui j’ai encore une bite et non, rassure-toi, je ne te demanderai jamais de coucher avec moi ! Maintenant, va-t’en, sors de chez moi, je ne veux plus te voir !

La voix de Dahlia avait changé et était brusquement redevenue grave comme autrefois, comme si sa colère lui avait fait perdre le contrôle de ses cordes vocales. Harry était sonné. Il avait rarement vu Malefoy aussi furieuse et c’était la première fois qu’elle lui criait dessus de cette manière. Sans doute en avait-elle eu envie durant toute sa vie, c’était chose faite. Harry se leva sans protester, désireux de partir lui aussi. Hermione le suivit sans rien dire, souhaita une bonne soirée à Dahlia et ils transplanèrent dès qu’ils le purent. Quand ils rentrèrent à l’hôtel, Hermione attrapa le bras de Harry pour l’empêcher d’entrer dans sa chambre. Il y avait tellement de colère et de déception dans son regard qu’il se figea.

- Le fait que tu l’aies insultée et humiliée pendant toute la conversation, c’était volontaire ou bien est-ce que tu ne t’es même pas rendu compte de ce que tu faisais ?

- Tu exagères un peu, je n’ai pas…

- Arrête Harry !

Il affronta le regard d’Hermione, trop en colère lui aussi pour ressentir autre chose.

- Et pourquoi devrais-je être gentil avec elle ? Parce que c’est une femme ? Parce qu’elle est trans ? Femme ou pas, ça ne change absolument rien à ce qu’elle nous a fait pendant des années. Je ne l’ai jamais supportée et ce n’est pas maintenant que ça va changer. Tant mieux pour toi si tu lui as pardonné les insultes et les cruautés, ce n’est pas mon cas.

Il ne laissa pas à Hermione le temps de répondre et s’enferma dans sa chambre en claquant la porte.



Durant les deux ou trois jours qui suivirent, Harry fut d’une humeur épouvantable. Le fait qu’Hermione lui fasse la gueule n’arrangeait rien. Elle n’était pas spécialement froide avec lui, elle ne lui lançait pas de regards noirs mais il pouvait sentir qu’elle lui en voulait. Son attitude passive-agressive angoissait Harry. En plus de ça, il n’arrêtait pas de repenser à leur rencontre avec Dahlia. Ça avait été un désastre, c’était peu de le dire. En même temps, quand une rencontre avec Malefoy avait-elle été une réussite ? N’était-ce finalement pas la suite logique de leur histoire ? Il avait beau se le répéter, il se sentait un peu mal parce qu’il savait bien qu’il avait mal agi. Plus il y pensait et plus il avait conscience de l’aspect déplacé de ses remarques. Sur le moment, il n’avait pas vu le problème et il avait posé les questions que n’importe qui aurait posé – il voulait fortement le croire pour se dédouaner – mais avec du recul, demander à quelqu’un ce qu’il avait entre les jambes était plus que grossier.

Il l’avait surement blessée avec ses questions mais une voix dans la tête de Harry lui répétait qu’il s’en moquait bien. Ne l’avait-elle pas blessé pendant des années avec ses remarques cruelles sur la mort de ses parents ou des gens qu’il aimait ? N’avait-elle pas blessé Ron avec ses questions déplacées sur les finances de sa famille ou l’apparence de sa mère ? N’avait-elle pas blessé Hermione avec ses insultes et son mépris sur ses origines ? Alors bon, si une fois dans sa vie c’était elle qui se retrouvait blessée, insultée et qui avait l’impression d’être nulle, Harry estimait que ce n’était que justice. Ce qui ne l’empêchait pas de se sentir coupable quand même.

Le troisième soir, Harry frappa doucement à la porte de la chambre d’Hermione et entra quand elle le lui permit. Il la regarda avec hésitation et sourit presque timidement.

- On peut parler ? Demanda-t-il.

Hermione hocha la tête et il vint s’asseoir sur le fauteuil qui se trouvait là. Elle fit chauffer la bouilloire et leur servit un thé brûlant. Ils n’en pouvaient plus de boire le café du MACUSA, le thé leur manquait terriblement. Ils burent une première gorgée en silence puis Harry se lança.

- Je sais que j’ai été insultant envers Dahlia l’autre soir et je sais que je n’aurais peut-être pas dû.

Il lui expliqua ce que disait la voix dans sa tête, celle qui pensait que Dahlia méritait bien de se prendre quelques humiliations. Hermione écouta calmement et souffla sur son thé. L’obscurité de la chambre et la lueur de la petite lumière leur donnait l’impression d’être à nouveau à Poudlard, dans la salle commune et d’échanger une énième confidence.

- Je comprends, avoua Hermione. Je pense que j’ai peut-être réagi un peu trop fortement l’autre soir. Après tout, je n’ai pas non plus spécialement envie de défendre Dahlia. Je me souviens parfaitement des choses qu’elle m’a dites, de sa façon de me traiter de Sang de Bourbe.

- Ah, ça me rassure un peu…

- Cependant, je pense qu’il ne faut pas se tromper de combat. Ce n’est pas parce qu’on méprise quelqu’un qu’on peut se mettre à insulter la couleur de sa peau, ses préférences amoureuses ou son identité de genre. Je pense qu’on vaut mieux que ça.

- Je… d’accord, un point pour toi, Hermione, céda Harry. Sur le moment, je ne pensais pas forcément à mal mais…

- Lui dire que son corps ne convient pas et qu’elle n’est pas une vraie femme, ça ne peut pas être gentil ou délicat. Et ce n’est pas à nous de juger ça de toute façon.

- Ouais…

Il but une autre gorgée, honteux de lui-même.

- Autre chose, dit Hermione pour attirer l’attention de Harry. L’autre soir, j’avais envie d’être aimable avec Dahlia, pas parce que j’ai tout pardonné et parce que le fait qu’elle soit transgenre efface tout mais simplement parce que je me suis dit qu’en cinq ans, elle avait peut-être évolué et changé et que je pouvais bien lui donner une chance.

- Elle a peut-être évolué mais elle était toujours aussi froide et désagréable, je crois que c’est ça qui m’a énervé le plus.

- Je pense qu’elle avait surtout peur d’entendre exactement les remarques que tu as faites…

- Peut-être ou peut-être qu’elle est juste toujours aussi insupportable et déplaisante.

- Nous ne le saurons sans doute jamais, maintenant, soupira Hermione. Mais tant pis, ça ne m’empêchera pas de dormir non plus.

Ils étaient réconciliés et Harry se sentit beaucoup mieux. Lui non plus ne perdrait pas le sommeil pour si peu. Après tout, ce que Malefoy était devenue ne l’intéressait pas outre mesure et maintenant qu’il savait que c’était bien elle, qu’il avait une explication rationnelle au pourquoi du comment, il pouvait arrêter d’y penser.



L’enquête piétina pendant deux jours encore jusqu’à ce qu’Abby Lynch arrive aux bureaux avec une nouvelle : il y avait d’autres victimes qu’ils n’avaient pas reçues et dont ils n’avaient pas eu les témoignages. Une femme qui avait envoyé une lettre durant la nuit pour avouer qu’elle avait été agressée elle aussi mais qu’elle n’avait pas eu le courage de le dire plus tôt. Et deux autres, dont l’agression ne datait que de quelques jours.

- C’est l’un de mes indics qui me l’a dit, expliqua Abby. Il a entendu des rumeurs, à la sortie d’une boîte de nuit. Il parait que des filles qui y travaillent ont été agressées cette semaine, à trois jours d’intervalle.

- Très bien, dit Troy Bernard. Il faut aller interroger ces filles dans ce cas.

Abby Lynch eut une réaction de malaise évidente et pinça les lèvres.

- Ça s’est passé au Duc’s Nights, déclara-t-elle.

Troy et Tyler eurent la même réaction qu’elle et un silence embrassé s’installa. Harry et Hermione échangèrent un regard.

- Eh bien quoi ? demanda Harry.

- Nous ne pouvons pas aller dans cette boîte de nuit, répondit Tyler. Personne ne nous parlera, c’est inutile.

- Pourquoi ça ?

- Parce que ça appartient à Michael Leone, un des parrains de la mafia new-yorkaise et qu’il déteste les Aurors, évidemment.

- La mafia ? répéta Harry, sidéré. Il y a des bandes mafieuses chez les sorciers ?

- Bien sûr ! Bienvenue à New York mon vieux !

Harry et Hermione étaient surpris mais ils n’insistèrent pas. En attendant, c’était bien problématique. Ils avaient besoin du témoignage de ces femmes, chaque information nouvelle pouvait les mener au violeur.

- Qu’est-ce qu’on fait alors s’ils refusent de parler aux Aurors ? demanda Hermione.

Tyler et Abby échangèrent un regard hésitant.

- Il va falloir faire appel à… commença Abby.

- N’y a-t-il pas une autre solution ? coupa sèchement Troy Bernard.

- Vous savez très bien qu’elle est la mieux placée pour ça.

- Je n’ai aucune envie de demander de l’aide à cette garce, dit Troy avec rancœur.

C’était peut-être la façon dont il avait prononcé le mot « garce », façon qui ressemblait beaucoup au ton de Dahlia quand elle avait dit « ce connard » mais Harry fut presque certain qu’ils parlaient d’elle.

- S’il existe quelqu’un qui puisse nous aider, il faut le faire venir, dit Hermione d’un ton ferme pour couper court à ce débat inutile.

- Très bien, céda Bernard, qui n’avait pas d’autre choix. Envoyez-lui un message et dites-lui de rappliquer immédiatement.

Tyler s’en chargea et ils allèrent boire un café en attendant. Ils décidèrent qu’Hermione et Abby iraient interroger la femme qui avait envoyé un courrier tandis que Harry et Tyler s’occuperaient du reste. A la fin du café, Hermione et Abby s’en allèrent pour rencontrer la nouvelle victime. Harry, Tyler et Troy Bernard restèrent dans la salle de pause, en compagnie de nombreux Aurors. Il fallut trente minutes à la personne qu’ils avaient contactée pour arriver et quand elle le fit, Harry vit que son intuition était la bonne, c’était bien Dahlia.

Elle pénétra dans la salle de pause avec précaution, l’air méfiante et pas du tout à l’aise. Elle croisa le regard de Harry, l’ignora et marcha vers Tyler.

- Je suis là, dit-elle à voix basse.

- Ah ! s’écria la voix grave et forte de Troy Bernard.

Il s’approcha d’elle et Harry le suivit, bien obligé d’y aller. Troy s’arrêta à côté de Dahlia et regarda Harry.

- Voilà donc notre experte dans tout ce qui est glauque, sordide, illégal et indécent, annonça Bernard à l’adresse de Harry.

Il souriait avec un mépris qui n’échappait à personne. Autour d’eux, les Aurors en pause se tournèrent vers eux avec un sourire moqueur, l’air habitués aux déclarations de Bernard. Dahlia, elle, lui jeta un regard glacial. Bernard lui répondit en souriant davantage, un sourire méchant et cynique. Il recula d’un pas, l’observa avec attention et sourit encore plus.

- Ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas croisé, dit-il. J’avais oublié… C’est quand même incroyable que tu aies un cul plus sexy que celui de ma copine alors que t’es même pas vraiment une femme !

Et pour ponctuer ses dires, il donna une tape sur les fesses de Dahlia. La plupart des Aurors éclatèrent de rire ou hochèrent la tête en souriant, l’air de trouver que les plaisanteries de Troy étaient bon enfant. Harry vit la mâchoire de Tyler Davis se contracter, il ne riait pas du tout, lui. Il vit le visage de Dahlia devenir rouge de honte et de colère contenue. Harry comprit pourquoi elle l’avait traité de connard. Il fut frappé par l’idée extrêmement déplaisante qu’il ne valait pas mieux que Bernard. Ne lui avait-il pas dit, quelques jours plus tôt, qu’elle n’était pas une vraie femme, lui aussi ? Dans la bouche d’un autre, l’insulte devenait plus évidente encore. Harry détourna le regard, gêné, ne sachant pas trop comment réagir.

- Je suis vraiment une femme, répondit la voix de Dahlia.

Cela déclencha d’autres rires méprisants mais elle les ignora. Harry se tourna vers elle et la regarda avec stupeur. Il ne savait pas vraiment comment le formuler mais il trouvait cela terriblement courageux de réussir à déclarer ça au milieu de tous ces gens qui se foutaient de sa gueule. Et le fait que ce courage soit celui de Malefoy le choqua sincèrement, le choqua et le laissa un peu admiratif. Si elle n’avait pas dit cela, il n’aurait pas jugé utile de faire un esclandre. Mais puisqu’elle se défendait avec courage et que personne d’autre ne semblait vouloir prendre sa défense, Harry leva les yeux vers Troy Bernard.

- Je ne sais pas si c’est un comportement habituel chez vous, mais en Angleterre, on appelle ça du harcèlement sexuel.

La déclaration de Harry fut suivie d’un silence des plus pesants et des plus tendus. Plusieurs Aurors eurent l’air mal à l’aise et Troy Bernard observa Harry avec hésitation, partagé entre son envie de rembarrer ce jeune anglais présomptueux qui osait lui faire un reproche et son désir d’étouffer immédiatement cette querelle inutile.

- Mais non voyons, dit-il en riant. Malefoy sait très bien que je plaisante, c’est pour rire.

- Elle n’a pas l’air de s’amuser, rétorqua froidement Harry.

- Ah… souffla Troy en souriant. Et je suppose que tu sais de quoi elle a l’air quand elle s’amuse ?

Il y avait une insinuation qui ne plut pas à Harry, pas plus qu’il n’aima les sourires goguenards des autres Aurors. Il y avait une chose que Troy et les autres n’avaient pas comprise, parce qu’ils ne connaissaient pas Harry et qu’ils vivaient dans un monde très différent du sien. Cette chose, c’était que Harry avait affronté des gens bien plus effrayants qu’eux et qu’il n’avait absolument pas peur d’un type comme Troy Bernard.

- Je la connais depuis que nous sommes enfants, nous étions à l’école ensemble. Je sais parfaitement de quoi elle a l’air quand elle s’amuse.

La réponse de Harry était si froide que les sourires disparurent du visage des Aurors. Il y eut un nouveau malaise, bien pire que le premier. Cette fois-ci, Troy fixait Harry avec surprise et embarras.

- Vraiment ? Merde mon vieux, tu aurais dû me dire que c’était une amie d’enfance ! Désolé.

Il avait l’air sincère. Harry trouva ce changement d’attitude étrange et suspect puis il comprit, aux expressions désolées des autres, qu’il y avait des valeurs dans ce bureau. Se moquer des femmes, des trans et autres minorités était normal mais s’en prendre à un ami d’enfance, une sœur, une copine, une cousine d’un des Aurors, c’était inenvisageable. Troy s’avança, posa une main sur l’épaule de Harry et lui sourit.

- Sans rancune mon vieux.

Harry ne répondit rien et regarda Dahlia entrer dans la salle de réunion. Elle alla s’asseoir le plus au fond possible, comme si elle voulait se cacher. Spontanément, Harry la suivit et s’assit à côté d’elle. Dahlia lui lança un regard hargneux, l’air de lui demander de s’en aller mais il ne bougea pas. Tyler et Troy entrèrent à leur tour et s’assirent face à eux sur la grande table. Troy entreprit de raconter à Dahlia les grandes lignes de leur enquête et de lui expliquer pourquoi ils avaient besoin d’elle.

- Il nous faut le nom et le témoignage des victimes, c’est essentiel, insista Tyler d’une voix plus douce.

- J’ai compris, assura Dahlia.

- Vous y allez tous les deux, j’imagine ? demanda Troy en regardant Harry.

- Euh oui, c’est parfait.

Troy se leva et se dépêcha de s’en aller. Tyler annonça qu’il allait voir où en étaient Hermione et Abby et disparut à son tour. Harry se tourna vers Dahlia, incertain et mal à l’aise.

- Euh, donc…

- Allons-y Potter, ordonna-t-elle en se levant vivement.

Il la suivit docilement dans les escaliers du MACUSA puis ils sortirent et Harry continua à la suivre sur le trottoir. Puisqu’il n’avait pas vraiment mieux à faire, il regarda ses longs cheveux blonds qui se balançaient dans son dos, son pull bleu ciel, son pantalon bleu et ses bottines de cuir noires. Ce ne fut qu’alors qu’il se rendit compte qu’elle portait un jean et cette idée l’amusa.

- Depuis quand tu mets des jeans, Malefoy ? demanda Harry.

Elle se retourna pour lui lancer un regard méprisant.

- Tout le monde met des jeans ici, c’est la mode, répondit-elle. Nous devons trouver un taxi.

Elle en héla un dix secondes plus tard et ils se laissèrent conduire à Central Park avant d’entrer dans Hidden City. Harry n’avait pas envie de parler devant le chauffeur et il s’était abstenu mais il fallait qu’il discute avec Dahlia. Il voulait le faire avant qu’ils transplanent en direction de la boîte de nuit et il hâta le pas dès qu’ils sortirent de la station de métro magique, marchant à sa hauteur.

- Malefoy, attends, je voudrais te dire quelque chose.

Dahlia s’arrêta de mauvais gré et attendit avec une expression résignée. Harry se racla la gorge, nerveux et mal à l’aise.

- Je voulais… je voulais m’excuser pour l’autre jour, je… je sais que j’ai été blessant et… je suis désolé.

- Les gens sont toujours blessants sans le faire exprès, rétorqua Dahlia avec fatalisme.

- Non, je… je pense que j’avais envie d’être blessant, parce que c’était toi.

Dahlia tressaillit devant la sincérité de l’aveu et regarda Harry dans les yeux. Ils faisaient la même taille et ils s’affrontèrent du regard un instant, sur le trottoir. Pour la première fois depuis qu’il l’avait rencontrée à New York, Harry se sentit sûr de lui et presque serein. Dahlia finit par détourner le regard.

- Ecoute… Je comprends que tu me détestes encore et que tu m’en veuilles pour… tout ce qui s’est passé entre nous. Tu peux me reprocher tout ce que tu veux Potter, tu peux me reprocher mes choix, ma position pendant la guerre, les tentatives de meurtres, les insultes, les méchancetés, tu peux critiquer mes parents, ma lâcheté, tout ce que tu veux. Mais, s’il te plait, pas ça, pas le fait que je sois une femme.

Elle avait parlé calmement et fermement, sa voix n’avait pas chancelé mais Harry pouvait deviner la supplication. C’était exactement ce qu’Hermione lui avait dit, sur le fait de ne pas se tromper de combat.

- Très bien, céda Harry. De toute façon, je te crois, si tu dis que tu es une femme, c’est surement que tu en es une. Tu sais mieux que moi, je suppose… Et puis, je m’en fiche en fait.

- Merci.

- De rien.

- Puisqu’on y est… Je m’appelle Dahlia.

- Euh oui, je sais.

- Non, je veux dire, appelle-moi Dahlia, je préfère. Quand tu dis « Malefoy », j’ai l’impression que tu parles à… l’ancien moi. Je n’aime pas ça.

Oui mais justement, Harry avait envie de parler à l’ancien Malefoy, parce que Dahlia n’existait pas pour lui et qu’il ne savait pas qui elle était. Dire « Malefoy », c’était neutre, ça permettait la confusion.

- Hum, oui, je vais essayer, dit Harry.

- C’est si dur que ça ? demanda sèchement Dahlia.

- Je ne suis pas habitué c’est tout. Tu sais, c’est quand même un peu perturbant, tu ne peux pas m’en vouloir pour ça.

Elle lui adressa un regard qui semblait dire « Je peux t’en vouloir pour tout ce que je veux » mais elle ne le dit pas. Elle lui tourna le dos et posa une main sur sa hanche pour réfléchir.

- Bon, nous devons aller dans cette boîte de nuit et interroger les personnes qui y travaillent.

- Tu sais où c’est ?

- Bien sûr Potter, je ne serais pas là sinon.

Harry se sentit agacé par le son méprisant de sa voix. Pendant une minute, il avait presque éprouvé de la sympathie pour elle, ça n’avait pas duré longtemps.

- Au fait, tu n’étais pas obligé de prendre ma défense tout à l’heure, Bernard n’est qu’un imbécile vulgaire et machiste.

- Il fait ça souvent ?

- Presque à chaque fois qu’on se croise mais là c’était encore pire, je pense qu’il voulait crâner devant toi, puisque tu es leur invité.

- Je vois… C’était un remerciement ? demanda Harry en souriant légèrement.

- Non, je ne t’ai rien demandé. Comme je l’ai dit, rien ne t’obligeait à le faire, je n’ai pas besoin de ton aide.

- C’était aussi ce que tu disais dans ta lettre, il me semble, dit Harry d’un ton neutre. Que je n’étais pas obligé de témoigner en ta faveur. Pas de chance pour toi, Ma…

Harry s’arrêta et se racla la gorge.

- Dahlia, dit-il.

Elle se tourna vers lui et le regarda une seconde, avec une expression insondable qui perturba un peu Harry. Il vit les joues de Dahlia rosir un peu puis elle baissa vivement la tête et tendit la main vers lui. Elle attrapa son bras, prête à transplaner.

- Allons-y.

Il aurait voulu lui parler de la lettre, du procès et du reste mais elle les emporta dans Hidden City. Il eut la nette impression qu’elle voulait fuir cette discussion et il songea que ce n’était que partie remise.

Ils arrivèrent dans une rue déserte à cette heure de la journée, essentiellement composée de bars et de boîtes de nuit. Dahlia avait l’air de savoir parfaitement où elle allait et ce qu’elle faisait, ce qui rassurait un peu Harry. L’impression perpétuelle d’être perdu et de ne pas contrôler les éléments dans lesquels il se trouvait était vraiment agaçante. Ils s’arrêtèrent devant l’enseigne du Duke’s Nights, qui avait clairement l’air fermé.

- C’est fermé, commenta Harry.

- Oui mais le gérant doit être là, il est toujours là. C’est ici qu’il reçoit les dealers avec qui il travaille ou ses différents partenaires professionnels.

- Comment est-ce que tu sais tout ça ? demanda Harry.

- Parce que c’est mon travail de le savoir, répondit sobrement Dahlia.

Et cela ne semblait pas spécialement l’enthousiasmer. Harry avait l’intuition confuse qu’elle ne lui disait pas tout mais il n’insista pas.

- Le gérant, c’est Michael Leone ? dit-il à la place.

- Non, bien sûr que non, c’est juste un de ses hommes. Je n’ai jamais rencontré Leone, il me tuerait tout de suite si j’essayais. Ce type est un malade.

- Et le gérant, il voudra bien te parler, lui ?

- Oui, c’est… presque un ami.

- Ah bon…

Il avait envie de poser d’autres questions mais Dahlia ouvrit la porte d’un coup de baguette et entra dans la boîte de nuit vide et silencieuse. Ils furent accueillis par deux colosses vêtus de robes de sorciers sombres qui faillirent leur sauter dessus.

- Ah c’est toi, dit l’un des deux en reconnaissant Dahlia. Je vais lui dire que tu es là.

Quelques instants plus tard, ils furent introduits dans le bureau du gérant, un certain Tony, qui regarda entrer Dahlia avec un mélange d’agacement et d’affection.

- Ça faisait un bail, commenta Tony. Tu as l’air en forme.

- Oui, merci. Je…

- C’est qui ce type ?

Dahlia s’assit sur le canapé du bureau tandis que Tony fixait Harry avec suspicion.

- Ce n’est personne, répondit Dahlia. Un ami anglais…

- C’est un Auror, ne te fous pas de moi, ça se sent à des kilomètres.

- C’est un Auror anglais, il n’est pas là pour toi, il s’en fiche.

- Qu’est-ce que tu veux ?

- Apparemment, des filles qui bossent pour toi ont été agressées cette semaine.

Tony soupira, s’assit sur le bord de son bureau et croisa les bras. Harry n’osait pas parler, il pressentait qu’il valait mieux laisser Dahlia le faire s’il voulait obtenir quoi que ce soit.

- Un connard a violé deux filles, déclara Tony avec une colère évidente. Je déteste ça. Normalement, c’est mon job de les protéger mais là… Il a utilisé le sortilège de l’Imperium, comment je pouvais savoir qu’elles ne voulaient pas ? J’ai essayé de retrouver le gars et de lui régler son compte moi-même mais impossible.

- J’ai besoin du nom de ces filles, dit Dahlia. C’est après le violeur que les Aurors en ont.

Tony hésita une seconde puis baissa la tête en soupirant.

- Très bien.

- Elles travaillent aujourd’hui ?

- Non, elles sont en congé. Elles ne sont pas en état de se mettre à poil devant les clients.

- Tu es étonnamment compréhensif, fit remarquer Dahlia avec un ton cynique.

- Personne n’aime les stripteaseuses qui font la gueule, tu le sais bien. C’est mauvais pour le business.

Dahlia retint un commentaire acerbe, laissa Tony noter deux noms sur une feuille et l’attrapa sans hésiter.

- Merci Tony.

- Tu m’en dois une Dahlia.

Elle secoua la tête en souriant, l’air de dire qu’il pouvait toujours rêver et ils sortirent de l’établissement. Harry n’avait pas prononcé un mot mais il n’en avait pas eu besoin. Ça avait été bien plus facile que prévu et il essaya d’imaginer ce qui se serait passé s’il y était allé avec Tyler, sans Dahlia. Sans doute les gorilles de l’accueil les auraient-ils fichus dehors sans leur laisser le temps de se présenter.

- C’est un club de striptease en fait, dit Harry avec hésitation une fois qu’ils furent à nouveau dans la rue.

- Bonne déduction Potter.

- Tu… tu n’as quand même pas travaillé pour lui, n’est-ce pas ?

Dahlia se tourna vivement vers lui et le regarda comme s’il était demeuré.

- Bien sûr que non, par le grand Merlin, tu crois vraiment que j’ai envie de me déshabiller devant des gens ?

- Euh, je n’en sais rien, aucune idée…

- Plutôt mourir, murmura Dahlia en détournant le regard.

Il y eut un silence gênant puis Harry ouvrit la bouche, hésitant. Dahlia lui fourra le bout de papier dans la main et jeta un coup d’œil à sa montre.

- Voilà, tu as les noms. Je m’en vais maintenant, on doit m’attendre à la librairie.

- Quoi ? s’écria Harry. Non attends, il faut qu’on aille interroger ces deux femmes.

- Tu peux le faire tout seul, non ? Il suffit de chercher leur adresse dans les registres d’information et de t’y rendre.

- Je ne connais pas Hidden City, ce serait plus simple si tu… Et puis surtout, ce serait mieux qu’elles parlent à une femme dans un cas comme celui-là, non ?

- Demande à Granger de t’accompagner.

Néanmoins, Dahlia avait un peu rosi et contenait un sourire qui avait failli lui échapper. Peut-être parce que Harry venait de dire que les victimes avaient besoin de parler à une femme, ce qui officialisait l’identité de Dahlia et qu’elle en était heureuse.

- D’accord, céda Harry. Je ne vais pas te retenir plus longtemps si tu…

- C’est bon, je viens avec toi.

Il eut l’air surpris mais plutôt satisfait. Ils revinrent au MACUSA et y retrouvèrent Hermione qui avait terminé d’interroger l’autre victime. Elle discutait avec Abby et Tyler, dans la salle de pause, commentant ce qu’ils avaient appris. Ils se tournèrent tous en voyant Harry et Dahlia arriver.

- Bonjour Dahlia, dit gentiment Hermione.

- Salut Granger.

- Alors, il parait que vous êtes amis d’enfance ? demanda Abby, enthousiaste. Le monde est vraiment petit !

- On peut dire ça, répondit Hermione avec précaution.

De toute évidence, le bruit s’était répandu que les Aurors anglais connaissaient Dahlia Malefoy et qu’il valait mieux garder les plaisanteries et les moqueries habituelles pour eux en leur présence. Tyler jeta un coup d’œil à Dahlia et baissa la tête, mal à l’aise.

- Désolé pour ce matin, tu sais comme Bernard peut être…

- C’est bon, coupa immédiatement Dahlia. On a les noms des deux victimes.

Ils allèrent chercher l’adresse des deux femmes dans les registres civils. Tyler et Abby iraient en voir une, Harry et Hermione une autre. Avant qu’ils partent, Harry regarda Dahlia avec hésitation.

- Tu peux t’en aller si tu veux, je me doute que tu as des choses à…

- Cette femme, là, je la connais. Elle parlera surement plus facilement si je suis là.

Harry fut un peu étonné qu’elle n’en profite pas pour partir immédiatement, elle devait surement retourner travailler à la librairie. Cependant, cela ne le dérangea pas qu’elle vienne. Ils décidèrent donc d’aller rendre visite à la femme que Dahlia connaissait, laissant l’autre à Tyler et Abby.

La victime, une certaine Gabriella, vivait dans les immeubles éloignés du centre-ville, ceux qui suintaient la pauvreté, pas si loin de là où Dahlia habitait. Elle était chez elle et elle n’avait pas l’air en forme, c’était le moins qu’on puisse dire. Quand elle ouvrit la porte, elle était méfiante et craintive, elle ne se détendit qu’en voyait Dahlia. Harry se fit la réflexion qu’ils avaient bien fait de venir avec elle.

Gabriella les fit entrer et asseoir à la petite table de la cuisine. Il n’y avait pas assez de chaises pour tout le monde et Harry resta debout, en arrière.

- Je suis passée voir Tony, informa Dahlia. Ce sont des Aurors anglais, ils recherchent le type qui t’a fait du mal.

- Tu as vu Tony ?

- C’est lui qui m’a donné ton nom.

Gabriella sembla rassurée. Si Tony avait donné son nom, cela voulait dire qu’elle avait le droit de parler. Dahlia le savait parfaitement et elle fit un geste encourageant à Gabriella. Cette dernière raconta sa soirée, qui ressemblait beaucoup aux autres. L’homme avait attendu la fin de son service, à la fermeture de la boîte et l’avait forcée à rentrer avec lui. Tony les avait vu partir ensemble mais elle semblait consentante, il n’avait pas compris qu’il y avait un problème. Elle n’avait pas grand-chose d’autre à dire. Sa description de l’homme concordait avec une de ses apparences les plus courantes. Il n’y avait rien de plus à ajouter, à part que…

- Il avait un accent, dit Gabriella. Un accent du Texas.

C’était la première fois que quelqu’un leur disait cela. Les témoignages avaient tous pointé le fait qu’il avait un accent plus américain qu’anglais, signe qu’il n’était surement pas britannique. Mais jamais personne n’avait précisé que c’était un accent texan.

- Comment tu le sais ? demanda Dahlia.

- Je viens du Texas, je sais comment parlent les hommes là-bas.

L’information était précieuse et ils la remercièrent chaleureusement. Hermione avait soigneusement noté tout ce que Gabriella avait dit et ils se retrouvèrent dans la rue, satisfaits.

- Un Américain originaire du Texas qui s’est rendu à Londres il y a quatre mois, il ne doit pas y en avoir tant que ça ! déclara Hermione avec enthousiasme.

- N’en sois pas si sûre, répliqua Dahlia. Ils sont beaucoup plus nombreux que nous dans ce pays.
Harry regarda sa montre, il était bien plus de midi.

- On devrait manger un morceau avant d’y retourner.

Hermione hocha la tête, hésita et se tourna vers Dahlia.

- Tu ne connaitrais pas un petit restaurant sympathique par hasard ?

- Si, répondit Dahlia d’une voix presque aimable. Je peux vous y emmener si vous voulez.

- Avec plaisir. Tu manges avec nous ?

Hermione lui souriait et Dahlia eut l’air embarrassée. Elle rougit un peu, détourna le regard et haussa les épaules.

- Oh, j’aurais bien voulu mais… C’est juste… Peut-être pas dans ce restaurant alors, peut-être un restaurant un peu moins populaire.

- Moins populaire ? demanda Hermione sans comprendre.

- Oui, je veux dire… Je suis un peu…

- C’est bon, je t’invite, déclara Harry d’un ton indifférent.

Dahlia lui jeta un regard surpris mais Harry fit semblant de ranger sa baguette dans sa poche pour l’éviter. Il avait côtoyé Ron suffisamment longtemps pour reconnaitre les signes du malaise qui envahissait Dahlia. Lui-même en avait souvent souffert durant son enfance, avant Poudlard, avec ses lunettes cassées, ses vêtements informes, ses chaussures trouées et ses cartables toujours démodés. La pauvreté était quelque chose d’insidieux et d’insupportable, qui faisait naitre une honte qui n’aurait pas dû exister. Harry avait vu l’appartement de Dahlia, le quartier dans lequel elle vivait. Il n’était pas dupe.

- Je n’ai pas besoin que tu m’invites, répondit Dahlia d’un ton cassant.

- Pour te remercier de nous avoir accompagnés alors que tu n’étais pas obligée, précisa-t-il.

Elle hésita, sembla peser le pour et le contre puis elle céda. Elle les fit transplaner dans une jolie ruelle fleurie, devant une petite brasserie accueillante. Ils prirent place tous les trois près de la fenêtre et commandèrent rapidement. Quand le serveur s’en alla, il y eut un bref instant de gêne. Après tout, c’était faux, ils n’étaient pas amis d’enfance, ils n’avaient jamais partagé le moindre repas et ils n’avaient jamais eu de discussion agréable de toute leur vie. Harry leva les yeux vers Dahlia, observa discrètement son visage, baissa les yeux, toujours pas vraiment habitué à sa nouvelle apparence.

- Alors, tu aides souvent les Aurors dans leurs enquêtes ? demanda Hermione pour briser le silence.

- Régulièrement, oui.

- Mais tu travailles vraiment dans une librairie en plus de ça ?

- Oui. Heureusement la propriétaire, Emily, c’est une amie. Elle ne dit rien quand je dois m’absenter.

Harry eut envie de s’étonner un peu méchamment du fait qu’elle ait une amie. D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Drago n’avait pas d’amis.

- Et comment en es-tu venue à travailler avec le MACUSA ? continua Hermione, réellement intéressée.

- Oh, c’est compliqué, dit prudemment Dahlia en évitant son regard. Ça s’est fait comme ça…

- Ils te forcent, non ? demanda Harry sans délicatesse.

Dahlia leva les yeux vers lui, surprise. Harry attendait patiemment une réponse. Il ne semblait pas la juger plus que ça, il voulait simplement savoir.

- Comment tu le sais ?

- Une intuition, répondit Harry qui ne voulait pas lui avouer qu’il l’avait suivie et l’avait surprise avec Will.

Hermione échangea un rapide coup d’œil avec Harry, faisant comprendre qu’il avait bien fait et ils attendirent tous les deux qu’elle accepte – ou non – de leur expliquer.

- Ils me forcent, oui, admit-elle enfin. Nous avons une sorte de contrat, je les aide et je peux rester à New York.

- Pourquoi ne pourrais-tu pas rester ? demanda Harry.

- C’est compliqué…

- Ils ont quelque chose à te reprocher ?

Dahlia regarda Harry dans les yeux, hésita, se mordit la lèvre avec nervosité puis rendit les armes. Harry estima qu’elle avait cédé un peu vite et il ne comprit pas pourquoi elle leur raconta son histoire aussi facilement. Toujours est-il qu’il était curieux de l’entendre.

- Quand je suis arrivée à New York, j’avais peu d’argent, expliqua Dahlia.

- Comment ça se fait ?

- Mes parents devaient croire à ma mort, ça n’aurait pas fonctionné si j’étais partie avec tout l’argent de mon coffre.

- Exact, admit Harry.

- Donc quand je suis arrivée ici, je n’avais que les quelques économies que j’avais discrètement réussi à faire. C’était quand même une somme importante mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Je… quand je suis arrivée, j’ai voulu qu’ils m’enregistrent sous le nom de Dahlia et en tant que femme mais les types de l’immigration ne voulaient pas. Alors je leur ai versé un pot de vin pour qu’ils acceptent, je ne savais pas quoi faire d’autre. Ça a fonctionné mais j’avais déjà perdu un peu d’argent. Ensuite, les logements à New York sont terriblement chers et ça m’a rapidement ruinée. Il a fallu que je me rachète toute une garde-robe puisque maintenant, je… pouvais m’habiller comme une femme. Bref, c’était un peu critique.

- J’imagine, dit Hermione. Ça a dû être extrêmement difficile pour toi de te retrouver toute seule ici…

- Ce n’était pas comme je l’imaginais, au début, répondit sobrement Dahlia.

- Et les Aurors alors ? encouragea Harry.

- J’y viens… J’avais du mal à trouver un logement, personne ne voulait louer à une personne qui n’avait qu’un visa de séjour. En plus, tout le monde me prenait pour un travesti et personne ne voulait me… bref, j’ai longtemps séjourné dans des sortes de motels, c’était l’enfer. En plus, un nouveau problème s’est posé. J’avais besoin… il me fallait des potions pour changer, je ne supportais plus de… Il fallait que je fasse ma transition, c’était une question de vie ou de mort.
Harry comprenait sans comprendre et il s’abstint de tout commentaire.

- Le problème c’est que je n’avais plus assez d’argent pour aller à l’hôpital et rencontrer un guérisseur donc j’ai… cherché une façon de me procurer des potions d’une autre manière. J’en achetais à des gens qui faisaient toute sorte de trafics, qui revendaient les potions moins cher aux gens comme moi qui étaient fauchés. A un moment, je n’ai plus pu payer et le dealer m’a proposé de travailler pour lui, dans l’un de ses bars.

- Donc tu as bien travaillé dans ce club de striptease finalement ! s’écria Harry, ahuri.

- Non, pour l’amour du ciel ! répondit Dahlia en rougissant. C’était dans un bar gay où les serveurs se travestissent. Les clients aiment ça, flirter avec des travestis, c’est leur truc.

Hermione voulut réagir mais Dahlia regardait Harry. Ils se fixèrent jusqu’à ce que Harry dise, avec une grande précaution :

- Mais… tu n’es pas un travesti, si tu es une femme… Les clients sont gay donc ils aiment les hommes. Ce n’est pas un peu bizarre ?

Dahlia essaya de rester impassible mais il fut clair aux yeux d’Hermione que la remarque de Harry insuffla en elle une joie incontrôlable.

- Si, tu as raison, c’était un gros mensonge. Mais à l’époque, mes potions ne faisaient pas encore effet donc j’avais mon ancienne apparence et je ne disais pas que j’étais trans. Je les laissais croire ce qu’ils voulaient le temps d’une soirée, ça n’avait pas d’importance. Je me sentais un peu mal de faire ça, évidemment, mais j’avais besoin d’argent donc…

- Je vois.

- Ça a duré un temps mais rien n’allait. Les potions qu’on me vendait, c’était de la merde, ça me rendait malade. J’étais toujours à court d’argent et un jour, j’ai été arrêtée par les Aurors de la section des trafics, alors que j’achetais des potions à mon dealer. Je n’avais qu’un visa et j’étais accusée d’achat et de possession de substances illégales. Ils voulaient me renvoyer en Angleterre. Je savais que ce serait pire que la mort pour moi de revenir, c’était inenvisageable…

- Oui, ça se comprend, commenta Hermione tandis que Harry hochait la tête.

- Et là, j’ai eu de la chance, enfin si on veut… Je suis tombée sur Will Masetti, le chef de la section.
Harry et Hermione n’eurent aucune réaction mais ils pensaient la même chose. Dahlia continua son récit sans se soucier d’eux.

- Will m’a prise en pitié, je ne sais pas pourquoi. Je devais être vraiment pathétique à l’époque… Il s’est arrangé pour me laisser rester, en négociant avec son patron. Will savait qui j’étais, il savait aussi que j’avais des aptitudes, que j’avais déjà combattu. Il m’a proposé de travailler pour lui pendant un temps en échange de quoi les charges pour possession de substance illégale seraient effacées et je pourrais rester sur le territoire américain. J’ai accepté, je n’avais pas vraiment d’autre choix de toute façon. Au début, je travaillais avec Will mais au fil du temps, j’ai travaillé pour les autres sections aussi, quand ils en avaient besoin. Voilà.

Elle n’avait pas parlé de sa relation avec Will mais Harry estimait que c’était compréhensible. Il y avait cependant une chose qu’il voulait savoir.

- Et ça te plait de travailler pour eux ?

Dahlia ébaucha un faible sourire et regarda Harry avec un air résigné, amer et un peu fragile.

- J’ai horreur de ça, avoua-t-elle. J’ai horreur de… de fréquenter sans cesse des gens mauvais. J’ai l’impression que je ne sortirais jamais de là. Moi je voudrais simplement travailler dans la petite librairie d’Emily et être libre.

- Je vois, répondit Harry. Ça va durer combien de temps ton contrat avec les Aurors ?

- C’est bien ça le problème, il n’y a pas de date de fin. Je suis coincée.

- Et Masetti, il ne peut pas y mettre un terme ? S’il t’aime bien…

- Il a déjà demandé mais son chef a refusé. Apparemment, je travaille bien et ils aiment ça. Et il y a toujours cette menace de me renvoyer en Angleterre.

- Tu ne peux pas obtenir un titre de résidente permanente ? demanda Hermione.

- Si, mais je dois avoir résidé et travaillé au moins cinq ans aux Etats-Unis et ça n’en fait même pas quatre.

- Autrement dit, il te reste encore un an à tenir et après, tu pourras leur dire que tu ne veux plus travailler pour eux.

Dahlia hocha la tête, but un peu d’eau et regarda sa salade. Ils avaient reçu leurs plats entre temps mais ils n’avaient pas mangé grand-chose, trop pris par le récit de Dahlia. Elle avait l’air de trouver qu’un an, c’était vraiment long à attendre. Ils se turent un instant et se mirent à manger. Dahlia avait chaud, le mois de mai était particulièrement ensoleillé et son histoire lui donnait encore plus chaud, comme si se rappeler tous ces mauvais souvenirs la brûlait de l’intérieur. Elle retira son pull d’un geste vif et remit correctement le col de son chemisier blanc. C’était encore un chemisier vintage avec de la dentelle blanche et Harry trouva cela joli, encore une fois.

Son regard fut attiré par des taches colorées sur le bras de Dahlia et il se tourna pour regarder. Son chemisier avait des manches trois quart qui laissaient apparaitre la peau de ses avant-bras. Au niveau du bras gauche, là où aurait dû se trouver la Marque des Ténèbres, elle avait un tatouage qui la recouvrait complètement, représentant deux fleurs partant de la même tige, une rouge et l’autre rose. C’était délicat, bien fait et plutôt élégant. Hermione remarqua le tatouage également et l’observa, tout comme Harry.

- Des dahlias, fit remarquer Hermione avec douceur.

Dahlia jeta un coup d’œil à son bras et pâlit un peu, l’air gêné.

- C’est mieux que la Marque de Vous-Savez-Qui, non ? Je ne voulais plus la voir.

- Tu la regrettes ? demanda Harry.

- Evidemment. C’est pour ça que tu es venu me défendre au procès, non ? Tu sais bien que je regrette.

- Oui, c’est ce que tu m’as écrit…

- Avoir ça sur mon corps, c’était… Il fallait que ça disparaisse. Quand je dis que je voulais partir à New York pour être libre, je ne parle pas seulement de ma transidentité, je parle aussi de cela. Ici, il n’y a pas de Mangemorts, le nom de Malefoy n’évoque pas l’horreur.

- Je vois, dit Hermione. C’était une façon de repartir complètement à zéro.

- Oui, si on veut.

- Donc… dit lentement Harry. Toutes les idéologies des Mangemorts, tout ce que tu pensais autrefois, tu as abandonné tout ça ? Tu ne le penses plus ?

- Drago pensait des choses ignobles et a fait des choses ignobles, répondit Dahlia sans les regarder. Pas moi.

Harry et Hermione échangèrent un regard.

- C’est un peu facile, non ? rétorqua Harry. C’était quand même toi.

- Je sais mais ce que je veux dire c’est que… j’ai passé quasiment toute ma vie à être le fils que mes parents désiraient, dans tous les sens du terme. Mais ce n’était pas vraiment moi, je… ce n’était pas moi. Et puis j’étais jeune, je ne me rendais pas toujours compte de…

- Tu étais un gros con, coupa Harry. Méchant, cruel et vraiment méprisable.

- Harry… souffla Hermione.

- Quoi ? Tu le penses aussi. On se rappelle bien les insultes sur les Sang de Bourbe, sur mes parents et sur la pauvreté de Ron. Mais c’était Drago, c’est ça ? Ce n’était pas toi…

- Je sais que c’était moi, répondit sèchement Dahlia. Mais comme je l’ai dit, je… ce n’est plus ce que je pense. Franchement, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? C’était il y a des années, on était petit !

- Pas si petit que ça… rétorqua Harry.

- Très bien, je m’excuse ! ça vous va ? Je suis désolée.

- D’accord, dit Hermione.

Elle l’avait dit d’un ton apaisant, comme si elle voulait faire comprendre qu’elle acceptait les excuses et qu’ils pouvaient aller de l’avant. Harry marmonna quelque chose qui avait une signification similaire et tout le monde se détendit. Après tout, Harry n’avait pas spécialement envie de détester Malefoy toute sa vie, surtout si elle avait changé et lui demandait pardon.

- Par contre, quand tu parles de moi au passé, parle aussi au féminin, dit Dahlia à Harry d’un ton détaché.

- Tu viens littéralement de parler de toi au passé en disant « Drago », répliqua Harry.

- Oui, mais moi je peux. Moi je parle de moi comme je le veux, toi tu parles de moi comme je te dis de le faire.

Harry eut envie de la frapper, femme ou pas. Son ton autoritaire et hautain lui tapait sur les nerfs, exactement comme autrefois. Il leva les yeux vers elle, prêt à lui lancer un regard haineux mais il vit qu’elle souriait. C’était un sourire ironique et moqueur, comme elle savait si bien le faire, mais qui n’était pas méchant. De toute évidence, cela l’amusait de profiter de la situation pour donner des ordres à Harry et cela l’amusait qu’il s’énerve. Harry garda son calme, il ne voulait pas avoir l’impression de perdre face à elle.

- Très bien, au temps pour moi… Je la refais donc : tu étais une grosse conne méchante, cruelle et vraiment méprisable.
- Va chier Potter, répliqua vivement Dahlia, furieuse.

Harry lui sourit à son tour, légèrement mais avec une moquerie évidente. Ils se fixèrent quelques secondes sous le regard lassé d’Hermione qui ne pouvait s’empêcher de les trouver puérils tous les deux. Harry était certain qu’à cet instant précis, Dahlia avait envie de le frapper, elle aussi. Et d’une certaine façon, il trouva cela réconfortant de voir que tout n’avait pas changé.

- Dahlia, dit sèchement Hermione pour les ramener à quelque chose de plus intéressant.

- Quoi ? demanda Dahlia en s’arrachant au regard de Harry.

- Tu as dit que les potions que tu prenais étaient de mauvaise qualité et te rendaient malade. Ça va mieux maintenant ? Tu es allée voir un guérisseur ?

- Oui, j’ai arrêté à cette époque-là. On m’a prêté de l’argent pour aller à l’hôpital et j’ai pu prendre les potions adéquates.

- On t’a prêté de l’argent ? fit remarquer Harry avec flegme.

- Aucune importance, coupa Dahlia d’un ton catégorique.

Harry aurait parié n’importe quoi que c’était Will Masetti qui avait prêté de l’argent à Dahlia. En vérité, Will avait embauché Dahlia, avait convaincu ses supérieurs de la laisser vivre à New York et lui avait prêté de l’argent pour qu’elle aille faire sa transition correctement. Il l’avait fait parce qu’il avait eu pitié d’elle, parce que le hasard avait fait que la cousine de Will, qui vivait à Los Angeles, était une femme transgenre également. Et puis après, la pitié s’était changée en amour. Mais tout cela, Dahlia n’avait pas envie de le dire, ça n’appartenait qu’à eux. Et elle n’avait aucune envie de parler d’amour devant Potter qui aurait l’air surpris et choqué de penser qu’un homme comme Will puisse aimer une femme comme elle. Ce serait bien trop humiliant et insultant.

- Allez, assez parlé de moi, déclara Dahlia. Et vous, comment se passe votre vie ? Je ne suis pas étonnée que Potter soit devenu Auror mais toi, Granger, je ne m’y attendais pas.

- Ce n’est qu’un tremplin pour la suite, avoua Hermione. Je voudrais travailler au Magenmagot mais ça ne peut pas se faire en trois ans, il faut bien que je fasse autre chose en attendant.

- Je vois, commenta Dahlia en souriant. Tu es plus ambitieuse qu’il y parait.

- L’ambition peut être une excellente qualité.

- C’est ce que j’ai pensé pendant longtemps aussi, répondit Dahlia d’un ton presque rêveur.

- Et ? encouragea Hermione.

- Et rien, je trouve juste que… On m’a élevée en me promettant un avenir brillant, riche et important et je croyais que je voulais ça. Aujourd’hui, je veux simplement travailler dans la librairie d’Emily et être tranquille.

Harry fut à peu près certain qu’elle ne disait pas toute la vérité, qu’elle avait toujours des rêves bien plus vastes que ceux-là mais il s’abstint de tout commentaire. Cela ne le concernait pas.

- Alors, tu es toujours avec Weasley ? demanda-t-elle à Hermione.

- Oui, toujours, répondit Hermione d’un ton ferme pour devancer toute critique. Nous allons nous marier en automne.

Dahlia la fixa avec stupéfaction, comme si cette idée lui paraissait absurde. Elle éclata de rire, un rire plus amer que moqueur.

- Vous marier, rien que ça ! Eh bien, félicitations. Et toi, toujours avec Ginny ?

- Non.

Dahlia eut l’air surprise à nouveau.

- Ah, c’est drôle mais je m’étais toujours dit que votre couple ressemblait à ceux qui sont faits pour durer.

- Qu’est-ce que tu en sais ? rétorqua Harry.

- Je ne sais pas, c’était juste une impression.

- Faut croire que tes impressions sont mauvaises.

Dahlia lui jeta un regard agacé. Ils continuèrent à discuter pendant le dessert, racontant comment leur enquête les avait amenés là alors qu’ils pensaient avoir perdu toute trace de leur coupable. Ils avaient étrangement beaucoup de choses à se dire mais Harry savait pertinemment pourquoi, c’était cette sensation bizarre et réconfortante de rencontrer une personne connue à l’autre bout du monde. Ils ne connaissaient personne dans cette ville et ils tombaient sur Malefoy. Ils avaient naturellement envie d’échanger des nouvelles du pays.

Ils sortirent du restaurant et se retrouvèrent au soleil, dans la petite ruelle. Finalement, c’était Hermione qui avait payé, mettant cela sur leurs frais de déplacement. Harry s’étira rapidement, Hermione renoua ses cheveux et Dahlia tourna son visage vers le soleil, pour profiter des rayons. Il y avait une ambiance irréaliste, parce qu’ils étaient à New York, avec Malefoy, et que personne n’avait vraiment envie de s’en aller. Dahlia finit par baisser la tête et se tourner vers Harry. Elle tritura la manche de son pull plusieurs secondes puis trouva le courage de dire ce qu’elle voulait dire.

- Et comment… comment vont mes parents ?

Harry et Hermione échangèrent un regard. Ils n’avaient pas osé en parler, ils ne savaient pas vraiment si Dahlia désirait avoir de leurs nouvelles ou non. Maintenant qu’elle avait posé la question, ils étaient un peu embarrassés.

- Ça a été très dur, je ne pense pas qu’ils s’en soient remis, répondit Harry un peu durement.

Dahlia pâlit et fixa le trottoir. Elle frissonna, remit son pull bleu ciel et croisa les bras pour se protéger d’un froid imaginaire.

- C’est-à-dire ? Ils… Qu’est-ce qu’ils font ?

- Ta mère allait tout le temps sur ta tombe, les premiers mois, dit lentement Hermione. Mais elle a arrêté et ce n’est pas plus mal. Elle s’est réconciliée avec sa sœur Andromeda, je pense que ça lui a fait beaucoup de bien et que c’est ça qui l’a aidée à surmonter ta mort. Elle… ne fait pas grand-chose à part rendre visite à sa sœur. De toute façon, ils n’ont plus de baguette, plus d’amis… ça fait des mois que je n’ai pas entendu parler d’eux
.
- Je vois… Et mon père ?

- Ta mort l’a changé, déclara Harry.

- Changé comment ? demanda Dahlia dans un souffle, avec une peur évidente.

- Il s’est mis à donner plein d’argent à des associations, il a parlé dans le journal, pour dire qu’il regrettait ce qu’il avait fait pendant la guerre, il a fait des dons à Poudlard, pour aider à l’intégration des Nés-Moldus.

- C’est une blague ? demanda Dahlia, sidérée.

- Non. Il a dit que ses idées abjectes lui avaient pris son fils et qu’il passerait le reste de sa vie à s’en repentir. Enfin, il a dit un truc dans ce genre-là.

Dahlia resta silencieuse un instant et personne n’osa interrompre ses pensées. Harry pouvait voir l’imperceptible tremblement de ses mains et l’expression de tristesse sur son visage, il essaya d’imaginer ce qu’elle pouvait ressentir à l’idée d’avoir brisé le cœur de ses parents de cette manière. Il ne lui vint pas à l’esprit qu’ils avaient brisé le sien bien avant.

- Vous ne devez pas leur dire que vous m’avez vue, surtout pas.

- Ça ne risque pas, je n’ai pas pour habitude de parler à tes parents, répliqua Harry.

- Je ne plaisante pas Potter, jure-moi de ne rien leur dire !

- Oui, oui, je ne dirai rien.

- Merci…

- Mais… tu sais… ta mort les a changés. Peut-être… peut-être qu’ils le prendraient plutôt bien, je veux dire…

- Non, hors de question, coupa sèchement Dahlia. Je ne veux pas, ils viendraient me voir et je ne veux pas.

- Pourquoi ?

- Je ne veux pas voir leurs regards déçus et dégoûtés sur moi, je ne le supporterais pas.

Harry et Hermione hochèrent la tête, promirent à nouveau puis il fut temps de se séparer. Ils devaient retourner au MACUSA pour faire part de leurs découvertes et écouter ce qu’Abby et Tyler avaient appris de leur côté. Il y eut un léger malaise, ils ne savaient pas trop s’ils devaient se dire adieu ou pas. Dahlia évitait le regard de Harry et elle finit par tendre la main à Hermione d’un geste vif et résigné.

- Bon, eh bien au revoir. Je ne pense pas qu’on soit amené à se croiser à nouveau donc… Bonne chance pour votre enquête.

- Merci Dahlia. Je suis heureuse de voir que tu es en vie et que tu as réussi à devenir ce que tu voulais.

- Merci…

Elles se serrèrent la main puis Dahlia se tourna vers Harry et lui tendit la main à son tour. Il la prit doucement dans la sienne, un peu gêné. Il n’avait pas pour habitude de donner des poignées de mains aux femmes.

- Au revoir Potter.

- Salut M… au revoir Dahlia.

Il regarda le bracelet argenté scintiller au poignet de Dahlia puis retira sa main. Elle leva les yeux vers lui et son visage sembla perdre toute son impassibilité pendant une seconde. Elle fut sur le point de dire quelque chose, comme une supplique, mais elle se tut et son visage reprit son expression froide et hautaine. Elle se détourna d’eux et transplana sans rien ajouter tandis que Harry et Hermione repartaient dans le sens inverse.
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